Le devoir, 30 avril 2016, Cahier E
[" Loui Mauffette, 25 interprètes, et un hommage à la poésie Page E 3 Le reggae pour l\u2019éveil des consciences avec Tiken Jah Fakoly Page E 6 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 S T É P H A N E B A I L L A R G E O N E n biologie, on parlerait d\u2019une extinction massive.Le concept se transpose d\u2019autant plus facilement que le secteur de l\u2019animation québécoise a perdu environ plus des trois quarts de sa valeur de production en une dizaine d\u2019années.Elle totalisait 112 millions en 2004-2005 et 21 millions seulement en 2014-2015.Le plancher historique a été atteint l\u2019année d\u2019avant, avec 13 millions seulement.Les terribles données apparaissent dans le Profil de l\u2019industrie audiovisuelle au Québec en 2015 tout juste publié par l\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec en collaboration avec l\u2019Association québécoise de la production médiatique.La régression paraît encore plus forte rapportée sur une période plus étendue, le secteur ayant généré jusqu\u2019à 200 millions de chif fre d\u2019affaires au tournant du siècle.« La décroissance s\u2019explique par de multiples facteurs, par exemple l\u2019explosion de la bulle technologique, le départ de certains fleurons comme Cinar, le recul des achats de certains diffuseurs nationaux, la concurrence des studios étrangers et l\u2019apparition de crédits d\u2019impôt en Europe ou ailleurs au Canada et la migration de la main-d\u2019œuvre vers l\u2019industrie du jeu vidéo et des ef fets spéciaux », explique Nancy Florence Savard, présidente d\u2019Alliance Québec Animation (AQA) qui regroupe les forces vives du secteur, les producteurs comme les studios.« C\u2019est une industrie qui a connu plusieurs défis, ajoute-t- elle.Par contre, le savoir-faire demeure et la reconnaissance aussi.Si bien qu\u2019il y a un regain, et on commence à voir l\u2019émergence d\u2019un cinéma d\u2019animation 100% québécois ou canadien qui n\u2019existait pas autrefois.» La légende de Sarila, copro- duit par la maison de Mme Sa- vard, 10e Avenue Productions, a relancé le bal en 2013.L\u2019année suivante, les écrans accueillaient Le coq de Saint-Vic- tor (encore 10e Avenue).La guerre des tuques 3D a maintenu la cadence en 2015.«Nous sommes à l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle niche, poursuit la présidente.Le secteur a aussi stimulé les coproductions, si bien que l\u2019on compte une dizaine de longs métrages en partie ou en totalité canadiens sur trois ans.Notre main-d\u2019œuvre est aussi de plus en plus appréciée puisque de grands studios étrangers viennent s\u2019installer chez nous.Prenez Le Petit Prince qui a été fait à Montréal.» D\u2019accord, prenons.Le Petit Prince (2015) est une coproduction d\u2019On Animation Studio.Son cofondateur, Alexis Vonarb, a épinglé une affiche en japonais de son film à vocation universelle dans son petit bureau, rue Sainte-Catherine, à Montréal.« Le Petit Prince marche très bien : on a dépassé les 100 millions au guichet et nous ne sommes pas encore sortis aux États-Unis et en Angleterre, dit M.Vonarb.Nous avions déjà produit des séries d\u2019animation pour la télé sur le même sujet por teur, un classique de la littérature mondiale, le plus traduit après la Bible.Ce n\u2019est plus un livre français : chaque culture se l\u2019est approprié.» Pourquoi Montréal On Animation existe depuis 1996 et est établie à Montréal depuis quatre ans.Le bureau du patron se trouve dans le quar tier général d\u2019un autre studio d\u2019origine européenne, TouTenKartoon, qui vient de travailler sur l\u2019adaptation du Saint-Exupéry mais aussi sur Avril et le monde truqué, coproduction franco-cana- dienne.Des ébauches du story-board sont encore épinglées sur le mur d\u2019une salle où travaillaient à leurs ordinateurs deux dizaines d\u2019animateurs le jour de l\u2019interview.«Le milieu français s\u2019est demandé pourquoi on allait faire ce film à Montréal, explique M.Vonarb, lui-même d\u2019origine européenne.C\u2019est simple : nous avons trouvé ici un bassin de talents liés à l\u2019animation.On voulait brasser les cultures et les façons de faire européenne et américaine.À la fin, on a eu 25 nationalités sur le film.» Le Québec est réputé en production médiatique virtuelle (animation, jeux ou effets spéciaux).Plus d\u2019une trentaine d\u2019entreprises y soutiennent plus de 1000 emplois directs.En 2014-2015, le volume des productions étrangères et de service de production est passé à 407 millions Entre le recul des productions 100 % québécoises, le développement de longs métrages d\u2019ici et d\u2019ambitieuses coproductions internationales, le secteur du film d\u2019animation est en transformation Réanimation VOIR PAGE E 10 : ANIMATION LES FILMS EQUINOXE Affiche du film Le coq de St-Victor (détail) du réalisateur Pierre Greco LES FILMS SÉVILLE Scène du fi lm Le Petit Prince du réalisateur Mark Osbo rne L a semaine dernière, la ville de Cannes se voyait bousculée en son cœur palpitant, entre le boulevard Carnot et le Palais des festivals, par un exercice de simulation d\u2019attentat terroriste.Police nationale et municipale, gendarmerie, pompiers, ambulanciers, personnel hospitalier et plus de 200 figurants volontaires à pied d\u2019œuvre, créaient l\u2019horreur au figuré.Interdiction de circuler sur divers points de convergence de la Croisette ou autres artères et signal lancé aux Cannois : «Pas d\u2019affolement.Si vous entendez des détonations, inutile d\u2019appeler Police-secours ! » Message reçu ! Voici tout le monde arrimé au scénario du pire.De quoi inspirer les cinéastes invités.Le 69e Festival de Cannes, où l\u2019on s\u2019envole bientôt, sera assorti du plus haut niveau de sécurité possible, avec un dispositif destiné à englober toute la ville.Et d\u2019imaginer du coup une immense coupole de science-fiction recouvrant notre paradis artificiel de la plage aux hauteurs du Cannet.Comme un vertige\u2026 Du 11 au 22 mai scintillera là-bas une myriade de stars, en leurs beaux atours, dansant sur un volcan qui pourrait\u2026 si jamais\u2026 Le rêve blindé Les grandes manifestations culturelles qui ont rimé longtemps avec joie de vivre, festivités et œuvres sublimes, sur tout sur cette Côte d\u2019Azur alanguie lascivement au soleil, ont perdu leur innocence.On y vend du rêve, en se blindant contre le cauchemar.Les tapis rouges se déroulent sous escortes armées.Ça suscite l\u2019embarras.Un tel cénacle des privi légiés bien isolés des désordres du monde.Presque Versailles.Mais Versailles est jadis tombé\u2026 Déjà en 2015, la sécurité avait été haussée d\u2019un cran à Cannes, dans la foulée des massacres de Charlie Hebdo.L\u2019après-novembre rouge à Paris et les attentats de Bruxelles jettent deux ombres noires supplémentaires au tableau de bord.Nos sacs sont scannés depuis tant d\u2019années aux portes du palais, nos vêtements aussi.Les chiens renifleurs jouent du pif.Les cars de CRS se cordent déjà nombreux sur la Croisette et dans les petites rues avoisinantes.Les barrages se multiplieront.Il faut ce qu\u2019il faut.On n\u2019est pas à plaindre, plutôt à envier, de filer vers le plus grand festival de films du monde, mais l\u2019ambiance pousse à s\u2019interroger sur les ef fets des attentats terroristes sur le monde occidental, en Europe surtout, en France en particulier \u2014 toujours sous état d\u2019urgence \u2014 à travers l\u2019univers culturel comme ailleurs.Ça paraît pour l\u2019instant moins perceptible en Amérique du Nord.Encore qu\u2019aux derniers Oscars, la mécanique sécuritaire s\u2019était haussée de quelques crans après les attentats de Paris et de San Bernardino.Au Festival de Marrakech, j\u2019aurai vu en décembre tant de militaires et de policiers, jusqu\u2019à la garde royale, entourer l\u2019enceinte des projections : un nombre record d\u2019uniformes et de carabines déployés, qui effrayaient le client davantage qu\u2019ils ne le rassuraient.Les bonzes de la Berlinale avaient plutôt misé en février sur des escouades de policiers en civil, laissant planer l\u2019impression de convivialité.Chaque rendez-vous ajuste son tir, déploie ses propres couleurs et ses paravents.Même au théâtre, le prochain Festival d\u2019Avignon devra s\u2019offrir pour sa 70e édition des effectifs de sécurité chiffrés à 50 000 euros.Les attaques meurtrières au cabaret parisien Le Bataclan en novembre ont démontré que la musique était une cible.Ça vaut pour l\u2019ensemble des arts, à plus forte raison un rendez-vous de cinéma, auréolé (et parasité) par tous les mythes des riches et célèbres habitants de l\u2019Olympe descendus sur la Croisette en goguette, à la barbe des djihadistes.Cannes offre un condensé de leurs bêtes noires : l\u2019art, le vedettariat, les charmes dénudés des sirènes d\u2019Hollywood et d\u2019ailleurs.« Voilà des mois et des années que j\u2019essaie d\u2019augmenter la portée de ma bombe, chantait Boris Vian dans La java des bombes atomiques.Mais je n\u2019me suis pas rendu compte / Que la seule chose qui compte / C\u2019est l\u2019endroit où ce qu\u2019elle tombe.» De fait, le Palais des festivals, au surnom plus que jamais mérité de bunker, c\u2019est petit, en somme\u2026 avec tant de célébrités au mètre carré.La densité fait cible.Le génie des lieux L\u2019émoi sécuritaire se conçoit.Les festivaliers comprennent et approuvent les mesures de sécurité.Pas fous.Ouvrez-le mon sac ! Prenez-la, ma bouteille d\u2019eau ! Scannez ma carte trois fois plutôt qu\u2019une.Ce n\u2019est pas qu\u2019on ait peur, remarquez.Je parle pour moi.Chacun vaque à ses affaires et y vaquera encore.Cer tains, Parisiens et Bruxellois, traumatisés, garderont sans doute l\u2019oreille aux aguets.Mais Cannes, c\u2019est Cannes.Les uns et les autres y vont pour mille raisons, tantôt cinéphiliques, tantôt festives, si nombreux par ailleurs à brasser des affaires dans les soubassements du Marché du film et à chercher des accords de coproductions dans les pavillons nationaux au long des plages.Si toutes ces stars, en plus des 200 000 festivaliers, s\u2019apprêtent à envahir l\u2019ancien port de pêche \u2014 ironie du sort, plus nombreuses que jamais: de Julia Roberts à George Clooney, de Woody Allen à Steven Spielberg, de Kristen Stewart à Marion Cotillard, de Jodie Foster à Isabelle Huppert, en passant par notre Xavier national \u2014, c\u2019est qu\u2019elles se sentent relativement en sécurité.Là n\u2019est pas la question.On sera mieux protégés qu\u2019ailleurs sur notre île flottante, la cause est entendue.C\u2019est le génie des lieux qui souf fre en silence, lui si épris de légèreté, de liberté, égalité, fraternité, d\u2019idéal universaliste sur farandole d\u2019artistes encerclant la planète par-delà les régimes politiques de chaque pays, pour la noble cause du cinéma.Barricades et fusils se révèlent antinomiques avec la vocation d\u2019ouverture de ces manifestations-là.En forçant leurs dirigeants à multiplier les verrous et à déployer le plein arsenal des forces armées, les terroristes contribuent à dénaturer leur essence, à miner leurs valeurs.En ce sens, ils ont gagné une manche.On espère que ce n\u2019est pas toute la partie.otremblay@ledevoir.com CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 2 1395, boul.de la Concorde Ouest www.maisondesarts.laval.ca MAISON DES ARTS DE LAVAL Maison des arts de Laval Métro Montmorency INFORMATION GÉNÉRALE 450 662-4440 30 AVR à 14 h 5 MAI à 20 h MAISON DES ARTS DE LAVAL CONTES ARBOUR Théâtre Bouches Décousues Théâtre 5 ans et + Le cycle de la vie raconté par Madeleine, dans son atelier d\u2019artiste touche-à-tout LES HAUT- PARLEURS Théâtre Bluff Soirée 25e anniversaire Un récit émouvant qui met en lumière les traces immuables que laissent les autres dans nos vies.BILLETTERIE 450 667-2040 © M é l a n i e O u e l l e t t e © M i c h e l P i n a u l t G R A N D PA R T E N A I R E texte français normand chaurette mise en scène serge denoncourt de shakespeare abonnez-vous ! tnm.qc.ca billets en vente dès maintenant ! Coupole sur un bunker ODILE TREMBLAY VALÉRY HACHE AGENCE FRANCE-PRESSE Simulation d\u2019attentat terroriste le 21 avril dernier devant le Palais des festivals à Cannes. F R A N Ç O I S L É V E S Q U E C\u2019 est l\u2019histoire d\u2019un enfant qui était fasciné par le monde des grands.Son père aimait à recevoir ses amis poètes, ce qu\u2019il était également.Se déployaient alors dans la salle à manger les imaginaires les plus débridés.Caché sous la table, l\u2019enfant écoutait, émerveillé, les convives réciter leurs vers et ceux des géants qui les avaient précédés.Des années plus tard lorsque Guy Mauffette mourut, son fils Loui, l\u2019enfant devenu grand, voulut retrouver ces moments bénis en ramenant sur scène Nelligan, Duras, Joyce, Genet, Hébert, Rimbaud, Leclerc, Uguay, Desrosiers\u2026 Naissance en 2006 du spectacle Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent.Cru anniversaire, cette 10e édition qui se tiendra à la Cinquième Salle de la Place des Arts du 8 au 16 mai, sera également la dernière.Pourtant, le rendez-vous poétique où l\u2019on s \u2019enivre l \u2019espr i t e t à l \u2019 i ssue duquel on trinque avec les interprètes continue d\u2019af ficher complet.Tout proche, le public écoute, comme le petit Loui naguère, émerveillé lui aussi.Pourquoi, alors, mettre un terme à cette belle aventure ?« Il faut que je me ressource, explique Loui Mauffette.Les gens ne soupçonnent pas à quel point ce show-là, c\u2019est mon enfance [le titre est un hommage à l\u2019émission de radio Le cabaret du soir qui penche qu\u2019animait son père].Ces poèmes évoquent des souvenirs précis, ou alors ils dévoilent une part de qui je suis.Toutes mes obsessions sont là.Je parle de mes histoires à travers les mots des poètes.» « C\u2019est bizarre à dire, mais j\u2019ai réalisé que je commence à m\u2019éloigner de mon père, poursuit-il.Tout ça a démarré à son décès, comme une manière de le célébrer, de le connaître davantage, ou peut-être juste de le garder avec moi.Et là j\u2019ai besoin de retourner vers lui une dernière fois.J\u2019ai commencé avec lui et je termine avec lui.Une fin de cycle.Mais je vais renaître ailleurs, autrement.J\u2019ai plein d\u2019autres projets fous.» Bouts d\u2019éternité Car il en faut un, grain de folie, pour tenir la barre de pareil « bateau ivre », avec ses 25 interprètes et ses invités-surprises réunis autour d\u2019une table.Tout ce beau monde que Loui Mauf fette souhaite faire briller chacun son tour tout en offrant aux spectateurs des morceaux choisis distincts les uns des autres\u2026 Pas simple.« C\u2019est primordial pour moi de donner à chaque membre de la famille, cette belle gang qui me suit là-dedans, son bout d\u2019éternité.Or, si j\u2019ai un Boris Vian jazzé, l\u2019interprète qui suit ne peut pas jazzer son texte aussi, même si son instinct lui commande ça.Ça demande de l\u2019humilité.Rien n\u2019est jamais figé.Je suis un dysfonctionnel notoire, un bordélique, mais je tiens paradoxalement de mon père, un per fectionnisme maniaque.Certains poèmes ne peuvent pas se côtoyer de trop près.L\u2019ordre des textes peut changer à deux jours de la première.» Chaleur et générosité Un habitué de ce happening , Maxime Denommée adore y revenir.« Le show est à l\u2019image de Loui : chaleureux et généreux.Les spectateurs le sentent.Chaque fois qu\u2019on rencontre le public, il se passe quelque chose de magique.C\u2019est un hommage plein d\u2019amour que Loui rend aux poètes.C\u2019est senti, viscéral.» Même son de cloche chez Julie Le Breton.« Tous les comédiens sont là pour l\u2019ensemble, estime-t-elle.Y a tellement d\u2019énergie qui jaillit de nous, mais aussi qui rejaillit sur nous, que nous en retirons un plaisir vraiment intense.Et tous ces gens qui sont là, rassemblés autour d\u2019un truc qui est souvent très cérébral \u2014 la poésie \u2014, mais qui soudain devient ludique et viscéral, comme disait Max.Nous redevenons nous aussi des enfants qui percevons avec le cœur, avec le corps.Tout ça dans le plaisir et dans la lumière et dans le bonheur.C\u2019est très nourrissant pour nous, de sor tir de la structure scénique habituelle, de sa rigueur, pour arriver dans cette espèce de chaos organique d\u2019où jaillit quelque chose de très, très beau.» « La force du spectacle réside dans ce qu\u2019il est peu répété, renchérit Maxime Denommée.On tient nos feuilles \u2014 ça s\u2019inscrit dans le concept.On se met tous en danger, et ça aussi les gens le sentent.Ça induit une écoute aiguë, réelle, entre nous.» Refuser de s\u2019assagir Une fin de cycle, donc, pour reprendre la formule de Loui Mauffette.Est-ce à dire que ce gamin autoproclamé est enfin prêt à grandir ?« Il faudrait , concède Loui Mauf fette.Mais non, je ne crois pas que ça arrivera de mon vivant.» D\u2019où la nature joyeusement turbulente d\u2019un spectacle qui refuse de s\u2019assagir.Et les feuilles de s\u2019envoler alors que flottent encore les mots des poètes.Autour de la table, des chaises repoussées.Debout, les hôtes convient les spectateurs à les rejoindre.Ces derniers, l\u2019âme rassasiée, peuvent alors se remplir la panse de sandwichs et de punch à la vodka.Sous la table, rien d\u2019apparent.Rien, sinon des pages éparpillées.Et les souvenirs d\u2019un enfant.Le Devoir P O É S I E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 3 « Spectaculaire ! Macha Limonchik est au sommet de son art et atteint un niveau d\u2019intériorité et de puissance inégalé.C\u2019est très, très, très, très beau.» Catherine Pogonat, Dessine-moi un dimanche, ICI Première « Une petite merveille ! Époustouflante interprétation de Macha Limonchik.» Marie-Hélène Proulx, labibleurbaine.com « Le jeu de Macha Limonchik est resserré au maximum et s\u2019en dégage une intensité qu\u2019on ne lui connaissait pas.Le groupe Dear Criminals livre une musique tout aussi intime et organique.» Samuel Pradier, revuejeu.org « Les lettres d\u2019amour vont assurément marquer cette deuxième partie de la saison théâtrale 2015-2016.» Philippe Couture, voir.ca Macha Limonchik est sublime.Dans les airs, Weiss est puissant et subjuguant.Ce spectacle est presque trop beau parfois.C\u2019est parfait, calculé, visuel, puissant.Marie Pâris, montheatre.qc.ca « David Bobée crée une œuvre globale et magistrale.Macha Limonchik est bouleversante de véracité.» Gilles G.Lamontagne, sorstu.ca ENTREVUE L\u2019enfant chargé de songes Loui Mauffette clôt un cycle après dix ans de Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent PEDRO RUIZ LE DEVOIR Loui Mauffette entouré de deux de ses complices, Julie Le Breton et Maxime Denommée.Il faut que je me ressource.Les gens ne soupçonnent pas à quel point ce show-là, c\u2019est mon enfance.Ces poèmes évoquent des souvenirs précis, ou alors ils dévoilent une part de qui je suis.Toutes mes obsessions sont là.Loui Mauffette « » POÉSIE, SANDWICHS ET AUTRES SOIRS QUI PENCHENT Conception et mise en scène : Loui Mauffette.Avec Anne-Marie Cadieux, Maxime Denommée, Sylvie Drapeau, Francis Ducharme, Kathleen Fortin, Maxim Gaudette, Roger La Rue, Julie Le Breton, Mylène Mackay, Pascale Montpetit, Iannicko N\u2019Doua, Patricia Nolin, Sébastien Ricard, Emmanuel Schwartz, et cie.À la Cinquième Salle de la Place des Arts du 8 au 16 mai. M É L A N I E C A R P E N T I E R P our clore les activités de l \u2019Agora de la danse au 840, rue Cherrier, à Montréal, qu\u2019imaginer de mieux qu\u2019un événement rassembleur posant au premier plan les principaux acteurs de son rayonnement ?S\u2019al l iant au volet « Trace- interprètes » de la compagnie Danse-Cité, l\u2019Agora de la danse, en accueillant entre ses murs le projet Nous (ne) sommes (pas) tous des danseurs, of fre une tribune au danseur, ce créateur à par t entière dont la parole est rarement entendue.L\u2019initiative inédite, dont Sophie Corriveau et Katya Mon- taignac sont les instigatrices, propose aux spectateurs de plonger dans le vécu de 16 interprètes du microcosme québécois de la danse.Autant de visages pour arborer une diversité de points de vue.Durant trois soirées, ils se lanceront dans une (auto-)réflexion créative sur leur métier et leur place au sein du milieu artistique et de la société.Alors que la voix de l\u2019interprète demeure enrichissante dans les processus créatifs, elle peine pourtant à sortir du studio et à trouver résonance.Dans l\u2019espace public et médiatique, on lui préfère manifestement celle du chorégraphe.« À l\u2019origine, on avait cette idée de faire une table ronde de danseurs, un événement qui les inviterait à témoigner de leur pratique, et on avait le fantasme d\u2019une table qui puisse danser.On invite donc le danseur à prendre la parole de façon très large à travers son médium», affirme la directrice artistique Katya Montaignac.« Chaque danseur est libre de proposer ce qu\u2019il veut autour des questions ou thématiques qu\u2019on amène.Il est entièrement responsable de ses interventions.La somme de leurs témoignages crée l\u2019événement.» Souvenirs, questionnements, improvisations, chants, états de corps sont autant de moyens d\u2019expression proposés aux intervenants.Dans ce dispositif conviant le spectateur autour de la table à proximité des danseurs, celui -ci est voulu comme un témoin pri- vi légié et acti f s i et seulement s\u2019il le souhaite.Par ce projet, les deux créatrices cherchent avant tout à faire surgir le vécu et la sensibilité des 16 personnalités afin de proposer une vision plurielle du métier de danseur à travers le prisme du danseur.L\u2019ouverture d\u2019une voie Première interprète à bénéficier d\u2019une résidence de création à l\u2019Agora, Sophie Corri- veau est reconnaissante de l\u2019ouverture vers le travail du danseur dont a fait preuve Francine Bernier, directrice de l\u2019institution.« C\u2019était vraiment impor tant pour moi de par tager cette occasion avec d\u2019autres artistes », affirme l\u2019interprète d\u2019expérience, à l\u2019appel de qui chaque créateur invité a répondu avec ferveur.Ce projet laisse pour tant beaucoup de place à l \u2019 imprévu.« On prépare le ter - rain.Il n\u2019y a pas de répétitions, c\u2019est une plongée dans l\u2019inconnu et ça peut être parfois une mise à nue, » avouent les deux collaboratrices.La table ronde dansée joue sur la tension qui existe entre se mettre en scène et être soi- même, une caractéristique qui définirait le danseur.« On oscille toujours entre le vrai et le faux, de manière beaucoup plus trouble qu\u2019au théâtre, af- firment-elles.Le danseur joue beaucoup dans cet espace entre réalité et fiction, entre lui- même, ce qu\u2019il peut être et son potentiel d\u2019imagination.» Nous donnant l \u2019occasion de mieux nous découvrir et de confronter nos visions, cet événement a pour ef fet de s\u2019adresser au potentiel danseur en chacun de nous.Que cela soit à travers les danses sociales ou certaines festivités, la danse est une des prat iques culturelles les plus communément partagées au sein de nos sociétés.Il s\u2019agit alors d\u2019une incursion vers ce que la danse, cette expérience consciente du corps et du mouvement, vient apporter comme grain de création dans nos vies.Collaboratrice Le Devoir NOUS (NE) SOMMES (PAS) TOUS DES DANSEURS De et avec : Sophie Corriveau, Katya Montaignac, Johanna Bienaise, Sarah Bild, Lucie Boissinot, Marc Boivin, Dany Desjardins, Marie Claire Forté, Manon Levac, Marie Mougeolle, Dominique Porte, Daniel Soulières, Catherine Tardif, Andrew Turner, Vincent Warren, Jamie Wright, Enora Rivière.À l\u2019Agora de la danse du 6 au 8 mai.D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 4 Les danseurs au centre de l\u2019Agora ALAIN LEFORT Durant trois soirées, les danseurs se lanceront dans une (auto-)réflexion créative sur leur métier et leur place au sein du milieu artistique et de la société.La fin des activités du 840, rue Cherrier ne signe en aucun cas la fin de l\u2019Agora de la danse.Celle-ci déménagera ses activités au cours de l\u2019automne prochain et s\u2019installera dans l\u2019édifice Wilder, nouveau complexe dédié entièrement à la danse, situé dans le Quartier des spectacles.Elle y cohabitera avec les Grands Ballets canadiens, Tangente et l\u2019École de danse contemporaine de Montréal, et fournira aux artistes de nouveaux espaces de création et de diffusion propices à l\u2019innovation.Une place de choix au centre de la ville C A T H E R I N E L A L O N D E «J e cherche comment mettre en scène un texte théorique», résumait il y a quelques jours en entrevue la chercheuse, professeure et ancienne critique en danse au Devoir Andrée Martin, au sortir d\u2019une répétition où elle répétait trois lettres de son grand Abécédaire du corps dansant.«C\u2019est un laboratoire d\u2019incorporation du texte théorique.L\u2019intelligibilité, ce que tu dis, la manière dont tu le dis, tout entre en compte.Si tu dis la même chose avec le corps qu\u2019avec le texte, ce n\u2019est pas redondant, non, ça s\u2019annule carrément.Il faut chercher des chemins détournés pour mettre en bouche, en tripes, en corps.» Si on a vu dans la dernière décennie de nombreuses chorégraphies où les danseurs parlent, interpellent le public, plongent dans leurs souvenirs ou se nourrissent de roman ou de poésie, l\u2019essai reste un grand absent.«Là, j\u2019apporte un texte théorique pas facile à passer, avec le désir que les gens comprennent.Physiquement et intellectuellement.» Il y a 11 ans, celle qui s\u2019intéresse au corps au travail, au corps et à la transversalité, mais qui reste créatrice, a reçu l\u2019invitation des éditions Autrement à diriger, dans une collection qui parlerait du corps, l\u2019ouvrage sur le corps dansant.Énorme commande.«Comme je suis une grande fan de Roland Barthes, j\u2019ai pensé que des fragments me permettraient de me structurer de manière à ce que je ne me perde pas.» Le temps d\u2019épingler son concept d\u2019abécédaire, le projet de livre avait avorté.N\u2019empêche, Andrée Martin a entamé l\u2019écriture, commençant forcément par le A.« Je me disais \u201cc\u2019est bien, mais il manque quelque chose\u201d.J\u2019ai réécrit\u2026 Même chose.Et j\u2019ai réalisé que c\u2019était le corps dansant qui manquait.» C\u2019est à l\u2019arrivée des danseurs en studio \u2014 d\u2019abord Judith Lessard-Bérubé et Nicolas Fi- lion \u2014, invités avec madame Martin, qui dansait aussi, à y rencontrer le texte, que cet ABC a trouvé son ADN.Ont suivi, avec différentes équipes d\u2019interprètes, au fil des ans, dans le désordre, C-Chute, D-Dressage, E-Expres- sion, G-Geste.U-Usage est directement inspiré de la trilogie travail-œuvre-action pensée dans La condition de l\u2019homme moderne d\u2019Hannah Arendt ; B-Blessures, des affects chez Spinoza.Différentes explorations et manières de modeler ces matériaux si étrangers que sont la danse et l\u2019essai ont été nécessaires.L\u2019écriture, passage obligé, a été travaillée au corps par les corps, arrivant par fois en amont, en morceaux, après le geste.« La grande dif fi- culté, c\u2019est la relation avec le texte : est-ce qu\u2019on est dans le littéral ?Est-ce qu\u2019on annule ?Est-ce qu\u2019on bonifie ?L\u2019idée, c\u2019est de faire résonner corps et texte en relation.Après c\u2019est une question d\u2019espace \u2014 quel espace pour le texte ?pour la danse ?\u2014 et de timing.» Elle a été critique.Elle est chercheuse.Et praticienne.Comment concilier ces postures, et répondre à l\u2019apparence d\u2019objectivité exigée par le journalisme ou l\u2019académisme ?«On est de moins en moins dans ces clivages.Avec tout le paradigme recherche-création en danse développé en Amérique du Nord \u2014 on est vraiment des leaders mondiaux là-dessus \u2014, on a reconnu que l\u2019objectivité, merci Michel Foucault !, est un leurre.On va faire un ef for t d\u2019objectivité : rigueur, protocole, méthodologie (en arts, elle est très influencée par les sciences sociales).Mais l\u2019art est subjectif, et se doit de l\u2019être pour exister.» L\u2019abécédaire a déjà fait des petits.Des photographies de Dominique Malaterre en sont directement inspirées et seront exposées au théâtre.Et Manon Levac a entamé l\u2019écriture d\u2019un Abécédaire biographique de mon corps dansant, intime, nourri de vécu, d\u2019auto-explicitation et de son expérience d\u2019interprète de métier ayant dansé auprès d\u2019une panoplie de chorégraphes.Andrée Martin a fait s\u2019incarner déjà 12 des 26 lettres de l\u2019alphabet.«Il y a un effet cumulatif, d\u2019expérience et de ce qui est déjà dit dans les lettres faites.Étrangement, les premières lettres duraient entre 20 et 30 minutes ; maintenant elles durent toutes une heure.Si je veux suffisamment de texte pour qu\u2019il y ait un apport théorique, et dans la même proposition laisser parler le corps pour ce qu\u2019il a à nous dire, il faut déployer le temps.Cet abécédaire est à la fois un jeu, une stratégie, une manière de construire qui permet des hyperliens.C\u2019est comme si j\u2019avais trouvé la métastruture pour faire toute ma carrière.» Le Devoir L\u2019ABÉCÉDAIRE DU CORPS DANSANT A-ACTION, B-BLESSURES, M-MUSCLES Trois créations d\u2019Andrée Martin interprétées par huit danseurs.À l\u2019Agora de la danse, du 3 au 5 mai.Dansantes théories Andrée Martin présente trois vivantes lettres d\u2019un ambitieux Abécédaire du corps dansant ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Chercheuse, professeure et ancienne critique en danse, Andrée Martin propose maintenant « un laboratoire d\u2019incorporation du texte théorique». M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 5 Grands partenaires Partenaire du 60 e EN PIÈCES DÉTACHÉES - 2 MAI 2016 Une œuvre marquante du répertoire de Michel Tremblay créée au Quat\u2019Sous en 1969.Avec Sandrine Bisson, Marilyn Castonguay, Sarianne Cormier, Catherine-Amélie Côté, Gabrielle Côté, Guillaume Cyr, Josée Deschênes, Sylvie Drapeau, Muriel Dutil, Kathleen Fortin, Annette Garant, Eve Landry, Marika Lhoumeau, Fanny Mallette, Marina Orsini, Alice Pascual et Étienne Pilon Mise en lecture Sébastien David Assistance à la mise en lecture Chloé Ekker Invité d\u2019honneur Michel Tremblay ELVIRE JOUVET 40 - 5 MAI 2016 Ce texte phare de Brigitte Jaques a connu un immense succès sur la scène du Quat\u2019Sous en 1988.Avec Pierre Bernard, Alex Bergeron, Marie-Pier Labrecque, Maxim Paré-Fortin et Benoit Rioux Mise en lecture Pierre Bernard Invitée d\u2019honneur Françoise Faucher LECTURES-BÉNÉFICE 60e ANNIVERSAIRE THÉÂTRE DE QUAT\u2019SOUS BILLETS En pièces détachées : 60 $ Elvire Jouvet 40 : 30 $ 514 845-7277 | quatsous.com Un rendez-vous avec l\u2019histoire ! En présence de Yvon Deschamps, fondateur et coprésident d\u2019honneur du 60e Les pro?ts serviront à soutenir le développement du Théâtre de Quat\u2019Sous.P H I L I P P E P A P I N E A U L es voyages forment la jeunesse, mais les moments passés chez soi cimentent aussi bien des choses.Après les longues tournées qui ont suivi ses trois premiers albums, le tr io montréalais Plants and Animals s\u2019est offer t une pause de plus de trois ans, pour laisser un peu de « vie normale » s\u2019infiltrer dans sa création, pour changer le r ythme et pour pouvoir créer dans le plaisir.Le résultat, qui rappelle les débuts musicaux du groupe, por te le nom de Waltzed in From the Rumbling.Assis côte à côte, le chanteur Warren Spicer, le guitariste Nicolas Basque et le batteur Matthew Woodley scrutent dans la lumière du jour la pochette de leur album, qu\u2019ils viennent tout juste de libérer de sa prison de plastique.En filigrane, on y voit reluire de petites icônes.Et l \u2019 image principale, qui a des allures d\u2019affiche du début du XXe siècle, montre une dame dans un avion qui se dirige vers un paquebot, sous un ciel orangé.Comme s i le Pet i t Pr ince rencontrait Tintin.« Pour ce disque-là, on était conscients de l\u2019impact du visuel, de ce qu\u2019on voulait que les gens voient avant d\u2019entendre la musique, raconte Nicolas Basque.Bon, il y en a beaucoup qui vont aller le streamer, mais y\u2019a quand même un noyau de fans qui va trouver des significations avec la pochette.Et ça représente bien l\u2019état du disque.Tu ne sais pas ce que la femme fait.Est-ce qu\u2019elle saute ?Elle est mal prise ?Elle rejoint le bateau ?Il y a l\u2019aventure, l\u2019idée de se lancer dans le vide.» Plants and Animals s\u2019est fait découvrir en 2008 avec son premier disque, Parc Avenue, et son hymne Bye Bye Bye, avant de lancer les albums La La Land en 2010 et The End of That en 2012.Les revoici après un long hiatus passé à Montréal, où la vie a repris son cours.Elle a même trouvé son chemin pour faire de ces trois trentenaires de jeunes papas.L\u2019énergie de ce nouveau Waltzed in From the Rumbling , que Spicer estime moins biographique que leurs autres disques, n\u2019est donc pas marquée par la tournée, la distance ou la musique, mais par la vie avec les proches, par des émotions contradictoires, comme le titre du disque l\u2019indique.«On avait l\u2019image de ce couple à l\u2019aéropor t, qui se tenait dans ses bras avant de se quitter, reprend Nicolas Basque.Cet état de mélancolie, où t\u2019es heureux d\u2019être triste, finalement.Y\u2019a cet état-là.C\u2019est pas juste de la tristesse ou le plaisir de se retrouver, c\u2019est une espèce d\u2019émotion plus complexe entre les deux.» Quelques instants plus tard dans la discussion, il laissera échapper comme ça : «Cet état-là peut être à propos de quelqu\u2019un qui est malade, ça peut être plus large.» Expérimentations Aux oreilles des amateurs du groupe, Waltzed in From the Rumbling fera penser plus fortement au premier disque du groupe, qui était plus acoustique, plus accueillant que les autres étapes de leur discographie.Les trois musiciens l ivrent ici 11 chansons de rock-folk chaleureux, qui fait penser aux années 1970 dans les inspirations et les instrumentations.Aussi dans nos tympans : Gainsbourg dans quelques lignes de basse, les Beatles époque Abbey Road pour certains délires, du wurlitzer, des cordes, des voix en harmonies.On s\u2019y retrouve plongé dans un vaisseau qui avance tout en souplesse, mais pas en ligne droite.La clé ici est le temps.Plants and A n i m a l s a p r i s son temps.Ayant rompu les l iens avec leur équipe de gérance, les trois amis ont pris les semaines et les mois nécessaires.Une séance de studio infructueuse?Pas grave, ça viendra plus tard.En plus, Warren Spicer a agi en tant qu\u2019ingénieur de son, laissant le groupe en autarcie, même si quelques amis sont venus aider ici et là, comme Adèle Trottier-Rivard, Katie Moore, François Lafontaine et Mishka Stein (Patrick Watson).Et ce qui est venu avec ces conditions, c\u2019est une grande liberté.« On est souvent allés trop loin et on a reculé, raconte le plus discret Matthew Woodley \u2014 dit Woody.On a fait toutes sor tes d\u2019af faires, essayé des textures, ajouté des couches, et après on les a \u201cstrippés\u201d.Parce qu\u2019on a une règle : si quelqu\u2019un a une idée, on l \u2019essaie.Par fois, après réflexion, on se rend compte que l\u2019idée est mauvaise ! C\u2019est aussi l \u2019avantage des deux ou trois ans qu\u2019on a pris pour faire l\u2019album, on pouvait prendre conscience de ce qui marchait et de ce qui ne marchait pas.» Nicolas Basque, qui a beaucoup joué avec Philémon Cimon dans les derniers mois, a l\u2019impression que Plants and Animals a pu «approfondir le langage» du groupe, son vocabulaire.Le mot est de lui.«Je suis retourné dans ce que je faisais quand j\u2019étais à l\u2019université en musique, à Concordia.J\u2019ai relu des trucs.À l\u2019époque, j\u2019écoutais de la musique contemporaine, du Messiaen.Il a écrit un livre en plusieurs tomes, il a construit un langage, un genre de progression d\u2019accords, une musique qui lui appartient.Je pense qu\u2019on s\u2019est beaucoup posé de questions là-dessus.Comment faire ressortir notre identité au service de la chanson, de la musique?» Avec le temps\u2026 Le groupe s\u2019est donc offert le luxe du temps, mais cette force est aussi un couteau à double tranchant: quand on revient sur ses terres, on peut aussi se faire oublier, et encore plus dans une sphère bouillonnante comme celle de la musique.«Le monde est dif férent, l\u2019industrie est dif férente.Nobody\u2019s using Hotmail anymore ?» rigole Spicer.Il faut donc repartir à l\u2019aventure, à la conquête ?« Complètement », dit Nicolas Basque.«Sérieusement on s\u2019est mis dans l\u2019état d\u2019esprit que c\u2019est un reboot, ajoute Spicer.On ne par t pas en disant que ça va être fou, on est un peu comme un nouveau groupe.En fait on aurait probablement dû se séparer, comme ça on aurait pu faire un grand retour ! » Pour l\u2019instant, les spectacles se multiplient à leur agenda, et les gars de Plants and Animals rêvent à l\u2019Europe qui les a toujours bien accueillis, particulièrement la France et l\u2019Allemagne.« Mais on a fait attention, on s\u2019est parlé avant, dit Basque.On est conscients que c\u2019est facile d\u2019être pessimistes, d\u2019être chialeux, jaloux du succès des autres.On n\u2019est pas dans cet état d\u2019envie, on veut juste faire des shows e t que le s gens tripent.» Comme quoi y \u2019a moyen de valser même dans la tourmente.Le Devoir WALTZED IN FROM THE RUMBLING Plants and Animals Secret City Records Repartir à l\u2019aventure Le trio Plants and Animals lance son quatrième disque, au son confortable mais stimulant PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les trois musiciens livrent onze chansons de rock-folk chaleureux, qui fait penser aux années 1970 dans les inspirations et les instrumentations. Y V E S B E R N A R D «S i l\u2019histoire est toujours écrite par les vainqueurs, elle est souvent chantée par ceux qui l\u2019ont subie », écrit-on dans les notes de la pochette du disque Racines de Tiken Jah Fakoly pour présenter la pièce Christopher Columbus.Elle se retrouve sur l\u2019album avec d\u2019autres classiques du reggae qui, comme Get Up Stand Up, Slaver y Days ou Zimbabwe, ont contribué à la sensibilisation aux droits de la personne.Elles seront portées par Tiken Jah Fakoly qui of frira en plus plusieurs de ses grandes chansons dans la tournée québécoise qu\u2019il entreprend cette semaine.Mardi, il se produit au Palais Montcalm de Québec, puis il poursuit sa route en passant par Chicoutimi, Sherbrooke et Saint-Casimir, en s\u2019ar rê- tant aussi au Métropolis de Montréal ce vendredi.Dans Racines, qui est paru en septembre dernier, le reg- gaeman ivoirien installé à Bamako, reprend, avec des pointures jamaïcaines, mais en ajoutant plusieurs instruments africains, des immortelles de Bob Marley, Max Roméo, Burning Spear, Peter Tosh, Buju Banton, Alpha Blondy et les Clash.Pourquoi a-t-il opté pour ce répertoire, alors qu\u2019il a souvent déclaré ne pas vouloir faire de reprises?«Je ne voulais pas ressembler aux autres», ré- pond-il.«Mais j\u2019ai eu envie de rendre hommage à l\u2019âge d\u2019or du reggae et de prouver que depuis les années 1970, le reggae a toujours contribué à la promotion de la liberté d\u2019expression et à l\u2019éveil des consciences dans le monde.J\u2019ai écouté des titres que j\u2019écoutais pendant mon enfance, j \u2019ai trouvé qu\u2019il y avait des messages forts et que les textes étaient encore d\u2019actualité.» Naissance du reggae Pour l\u2019enregistrement du disque, il est retourné en Jamaïque, a enregistré la matière première au mythique studio Tuf f Gong, a collaboré pour une troisième fois avec Sly & Robbie et a invité plusieurs légendes.Tout cela est relaté dans le court-métrage Racines de Jessy Nottola, présenté la semaine dernière au festival Vues d\u2019Afrique.On pénètre également dans le monde d\u2019Orange Street et du quartier Trenchtown à Kingston, là où le reggae est né.Entre autres moments forts, U-Roy établit le lien entre l\u2019Afrique et la Jamaïque, alors que Ken Boothe, le vétéran crooner, parle du R & B qui vient de la souffrance et de l\u2019exploitation.Avec Tiken Jah, il ouvre le disque Racines en posant la pièce Is it Because I\u2019m Black?sur un rythme reggae.Le moment est touchant et le reggaeman explique ce choix : « C\u2019est une chanson qui a été chantée en 1968 par Syl Johnson en pleine période de ségrégation, dans la période de Mar tin Luther King.Au- jourd\u2019hui, je vois que les Noirs sont encore abattus par les policiers, je me dis que cette chanson mérite d\u2019être chantée.» L\u2019actualité internationale nous ramène aussi à son classique Ouvrez les frontières, l\u2019un de ses titres les plus marquants.Quel regard pose-t-il aujourd\u2019hui sur la catastrophe humaine de tous ces gens coincés en mer, sur les routes ou dans les camps ?« Ça a pris cette tournure à cause de la guerre.Je pense aussi que c\u2019est une situation qui a été provoquée par le système occidental.Si on n\u2019avait pas détruit la Libye et la Syrie, on ne serait pas dans cette situation.Les responsabilités sont donc partagées, mais il demeure une injustice qui mérite d\u2019être dénoncée : les Canadiens peuvent aller partout en Afrique et faire ce qu\u2019ils veulent, mais quand les Africains veulent aller au Canada ou aux États-Unis, c\u2019est tout un problème.J\u2019espère toutefois que la paix viendra et que les islamistes seront combattus.Je suis musulman pratiquant et je ne pense pas que ça soit musulman d\u2019aller mettre des bombes et de tuer des innocents.C\u2019est un devoir de combattre l\u2019idéologie intégriste.» Collaborateur Le Devoir Tiken Jah Fakoly au Québec : Première partie : Pomerlo À Québec : à la salle Raoul-Jo- bin du Palais Montcalm le 3 mai ; À Saguenay : à l\u2019hôtel la Sague- néene le 4 mai ; À Sherbrooke : au théâtre Granada le 5 mai ; À Montréal : au Métropolis le 6 mai ; À Saint-Casimir : à La Taverne le 7 mai.Renseignements : tikenjah.net M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 6 VENTE / EXPO 9e édition G R A T U I T E ENTR ÉE 5 AU 8 MAI 2016 VENEZ À LA RENCONTRE DE PLUS D\u2019UNE CENTAINE D\u2019ARTISTES, ARTISANS ET DESIGNERS DANS LEUR ATELIER ! VENEZ VOUS PERDRE LÀ OÙ LA CRÉATION SE TROUVE Métro Frontenac Bus 125 Ontario / 10 de Lorimier MA I lavireedesateliers.com RUE PARTHENAIS ÉDIFICE GROVER LE CHAT DES ARTISTES COOP LEZARTS En partenariat avec 3-4-5 MAI 6-7-8 MAI 18 H 18 H A G O R A D E L A D A N S E H O R S - S É R I E Production Danse-Cité En collaboration avec Sophie Corriveau et Katya Montaignac Coproduction Agora de la danse SOPHIE CORRIVEAU & KATYA MONTAIGNAC Nous (ne) sommes (pas) tous des danseurs ANDRÉE MARTIN Abécédaire du corps dansant (A)-Action (B)-Blessures (M)-Muscles Production Andrée Martin En collaboration avec le Département de danse de l\u2019UQAM INTIMITÉ CIRCULATIONS RÉACTIONS TABLE RONDE DANSÉE TARIF UNIQUE / 20$ © Nans Bortuzzo © Alain Lefort TARIF UNIQUE / 20$ 2016 REVUE ET CORRIGÉE LA LISTE DE MES ENVIES S A I S O N ABONNEZ-VOUS! | rideauvert.qc.ca rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel LA CANTATRICE CHAUVE SUIVIE DE LA LEÇON VOL AU-DESSUS D\u2019UN NID DE COUCOU QU\u2019EST-CE QU\u2019ON A FAIT AU BON DIEU ?16 17 Le reggae et l\u2019éveil des consciences, encore et toujours Tiken Jah Fakoly revient avec ses grandes chansons et des classiques jamaïcains YOURI LENQUETTE Pour l\u2019enregistrement du disque, il est retourné en Jamaïque, a enregistré la matière première au mythique studio Tuff Gong et a invité plusieurs légendes. M U S I Q U E C L A S S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 7 SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 NOUVELLE SAISON BILLETS EN VENTE MAINTENANT 9 2 C O N C E R T S LA FONDATION ARTE MUSICA PRÉSENTE SALLE BOURGIE Présenté par C H R I S T O P H E H U S S L e petit prince du piano est là depuis si longtemps qu\u2019on a de lui l\u2019inaltérable image du poète mozartien, immortalisée par l\u2019intégrale des concer tos pour piano du compositeur salzbourgeois qui a marqué les années 1980.Murray Perahia vient, le 19 avril, d\u2019entrer dans sa 70e année.Il nous visite pour une seconde fois à la Maison symphonique de Montréal, mercredi.Une visite bienvenue.Nous avons tous droit à cette séance de rattrapage avec Murray Perahia.Lorsque le fameux pianiste était venu à la Maison symphonique en octobre 2012, c\u2019était après une éclipse de 24 ans, son précédent concert montréalais datant de 1988.Cette importante soirée reste, pourtant, un souvenir amer puisqu\u2019une large partie du public s\u2019était fait massacrer le concert par l\u2019appareil auditif d\u2019un spectateur qui émettait d\u2019incessants «bip bip» dans les fréquences aiguës.Ce type d\u2019événement s\u2019étant reproduit à deux ou trois reprises ensuite, nous entendons désormais une annonce demandant, avant le début du concert, «d\u2019ajuster les appareils auditifs ».Perahia, lui aussi, nous doit une revanche car, en actionnant les pédales, il avait très largement abusé du claquement du talon, notamment dans Schubert.Maria João Pires nous ayant déjà servi cette désagréable médecine cette année, nous n\u2019avons pas envie d\u2019y goûter de nouveau.Un pianiste international d\u2019expérience doit pouvoir maîtriser, malgré l\u2019exaltation du concert, cette composante qui peut ruiner l\u2019agrément de l\u2019écoute musicale.Un programme monumental Nous aurons bien besoin de toute notre concentration pour absorber un programme très exigeant pour le pianiste et pour l\u2019auditeur.La première partie est dédiée à trois compositeurs : Haydn, Mozart, Brahms.Les Variations Hob XVII : 6, un bijou de la maturité de Haydn, constituent un préambule parfait à la dense et tendue Sonate en fa mineur de Mozar t (K.310/300d), composée après la mort de la mère du compositeur.Murray Perahia commencera sa partie consacrée à Brahms avec ce qui fut le dernier rappel de son précédent récital ; la Ballade en sol mineur, op.118, no 3.Toutes les pièces choisies sont issues des quatre ultimes opus pianistiques de Brahms: Opus 116 no 1, Opus 118 nos 2 et 3 et Opus 119 nos 2 et 3.On rappellera que Perahia, qui s\u2019est fait très rare au disque, a consacré l\u2019une de ses dernières parutions, il y a six ans, aux pièces Opus 118 et 119 de Brahms.Mais la grande surprise nous viendra après la pause, puisque Perahia s\u2019attaquera à l\u2019un des plus imprenables sommets de la littérature pianistique : la Sonate no 29, «Hammerklavier» de Beethoven.La Hammerklavier (dont le nom signifie pianofor te en allemand) est la plus longue des œuvres pour piano de Beethoven et du répertoire pianistique en général (50 minutes), un monument comme peuvent l\u2019être la 9e Symphonie ou la Missa solemnis.Lors d\u2019une entrevue avec Jean-Efflam Bavouzet, ce dernier se souvenait de son apprentissage de « la fugue de la Sonate Hammerklavier de Beethoven».Le pianiste français s\u2019y était plongé sans pouvoir en sortir, un processus résumé par le constat : « Il y a trois jours où l\u2019on ne peut pas dormir.» Le défi Si le programme surprend au plus haut point, c\u2019est que non seulement on n\u2019a jamais vu un pianiste de 69 ans spécialiste de Mozart, Bach et Schubert soudain poussé par une urgence de prendre cette partition titanesque à bras-le-corps.Mais plus encore, s\u2019il y a un pianiste que l\u2019on n\u2019imaginait jamais aux prises avec la Hammerkla- vier, c\u2019est bien Murray Parahia.Si vous suivez la carrière du pianiste américain, vous noterez que depuis plus de 20 ans il s\u2019est fait plutôt discret.En effet, sa carrière a été marquée par des diminutions physiques, notamment le pouce de sa main droite, avec une blessure mal cicatrisée au début des années 90 et une récidive en 2004.Perahia s\u2019en était ouvert lors d\u2019une entrevue avec Piano magazine : « Il y a une vingtaine d\u2019années, on a découvert une malformation osseuse de l\u2019un de mes pouces et je souffre d\u2019inflammation par intermittence.J\u2019ai bien cru, à de trop nombreuses reprises, ne plus pouvoir continuer à jouer.La dernière fois, cela a duré près d\u2019un an et demi.Et puis mes capacités sont revenues.Mais j\u2019ai vécu l\u2019enfer : seule la musique, par l\u2019écoute ou la lecture de par titions, a pu me consoler de ne plus pouvoir jouer.» Ce qui lie Perahia à Beethoven est plus profond qu\u2019on ne l\u2019imagine, puisque le pianiste a été engagé par le célèbre éditeur Henle pour piloter une édition révisée des partitions des sonates.Il a donc étudié jusqu\u2019aux brouillons et esquisses manuscrites de Beethoven, ainsi que les éditions princeps, et s\u2019est totalement plongé dans l\u2019œuvre pianistique du compositeur.Pera- hia a avoué depuis que ce travail avait équilibré son existence lorsque ses problèmes de santé l\u2019ont à nouveau éloigné des scènes après 2004.Entendre Murray Perahia dans la plus redoutable des sonates sera un événement et, on l\u2019espère, un privilège.À l\u2019éditeur Artaria qui demandait à Beethoven s\u2019il était conscient des difficultés de la Hammerklavier, le compositeur répondait : « Ce qui est dif ficile appartient à la catégorie du Beau, du Bon et du Grand.» Le Devoir MURRAY PERAHIA Haydn, Mozart, Brahms, Beethoven à la Maison symphonique de Montréal, mercredi 4 mai à 20 h.Pour préparer le concert en écoutant la Hammerklavier au disque, par exemple avec les versions Backhaus (Decca), Guilels (DG), Serkin (Sony) ou Uchida (Philips).Murray Perahia face à une montagne Le pianiste américain sera la vedette d\u2019un récital hors normes, mercredi NANA WATANABE Murray Perahia a été engagé par le célèbre éditeur Henle pour piloter une édition révisée des partitions des sonates de Beethoven. M I C H E L B É L A I R C ontre vents et marées, avec un financement statutairement insuf f isant, à l\u2019huile de bras donc, c\u2019est du 6 au 15 mai que la 12e édition de Petits Bonheurs, « le rendez-vous culturel des 0-6 ans », prendra son élan à la Maison de la culture Hochelaga-Mai- sonneuve\u2026 Sauf que le réseau Petits Bonheurs est devenu tellement vaste que le festival aura déjà démarré le 24 avril à la salle Le Tremplin à Sherbrooke et qu\u2019il ne se terminera qu\u2019à la toute fin du mois de mai à Noranda, en Abitibi-Témiscamingue.Continuité Depuis le temps qu\u2019on vous en parle ici, vous savez tout de Petits Bonheurs et de sa pérennité assurée à bout de bras par l\u2019équipe de Pierre Larivière de la Maison de la culture Hoche- laga-Maisonneuve.Vous avez vu naître le réseau Petits Bonheurs aussi qui s\u2019est étendu des quartiers moins favorisés de Montréal à sa grande banlieue, puis à des villes pôles comme Trois-Rivières et Sherbrooke avant de rejoindre, depuis cette année, l\u2019Abitibi-Té- miscamingue.Et vous savez même que Marion Delpierre assume maintenant pleinement la direction de l\u2019événement avec une armée de bénévoles.Jointe au téléphone i l y a quelques jours, elle parle du réseau avec enthousiasme\u2026 «Nous poursuivons en pleine continuité le travail de Pierre [Larivière] et de son équipe ; nos objectifs sont toujours les mêmes.Mais je tiens à préciser que les partenaires du réseau Petits Bonheurs sont tous aussi dif férents qu\u2019autonomes ; certains sont des dif fuseurs de spectacles spécialisés et d\u2019autres des \u201c pluridisciplinaires \u201d, comme on dit dans le jargon du milieu.Et tous par tagent la même \u201c charte des valeurs Petits Bonheurs \u201d ».C\u2019est-à-dire qu\u2019ils s\u2019engagent d\u2019abord à rendre la culture accessible à faible coût aux tout-petits, surtout à ceux qui n\u2019y ont pas d\u2019habitude accès.La nouvelle directrice souligne aussi que les membres du réseau s\u2019impliquent de plus en plus en par tageant les choix comme les coûts.Tous ont ainsi leur mot à dire dans le fonctionnement de l\u2019ensemble en validant les principes de l\u2019accessibilité à coût réduit et en choisissant les spectacles qu\u2019ils présentent dans leur programmation.C\u2019est ce qui explique que l\u2019affiche de Petits Bonheurs-Blainville ou L\u2019Assomption varie de celle de Petits Bonheurs-Laval, Longueuil ou Lanaudière.Et, bien sûr, les petites salles et les régions profitent de l\u2019attrait de Petits Bonheurs-Montréal, qui programme à la fois la crème de ce qui se fait ici en jeunes publics et les spectacles étrangers les plus significatifs.Avec le recul, on peut même dire que Petits Bonheurs et son réseau en sont venus à tenir un rôle aussi important que tous les grands joueurs du secteur comme le festival Coups de théâtre ou la Maison-Théâ- tre.Marion Delpierre ajoute là- dessus avoir reçu, au cours de la dernière année seulement, une bonne quarantaine de propositions de spectacles pour tout-petits en provenance d\u2019ici.À ne pas rater Et que faut-il absolument ne pas rater dans cette 12e édition de Petits Bonheurs ?La nouvelle patronne pointera d\u2019abord trois spectacles de grandes pointures étrangères : Le nid, de la compagnie belge De Spiegel \u2014 un spectacle musical tiré de Caban, une installation précédente de la compagnie \u2014 pour les tout-petits dès 12 mois et jusqu\u2019à trois ans ; Enchantés, une production du Fil rouge d\u2019Ève Ledig, où la danse interroge le rapport des enfants à la présence masculine (dès un an) ; et L\u2019avoir !, ode chantée au savon, une des plus récentes productions (dès 18 mois) de Laurent Dupont, un pionnier du théâtre pour bébés, sur l\u2019importance des rituels et des contacts.Le nid sera présenté au théâtre Ou- tremont les 8 et 9 mai, L\u2019avoir ! à la Maison de la culture Ho- chelaga-Maisonneuve du 8 au 10 mai, tout comme Enchantés les 14 et 15 mai.La présence internationale se fera aussi sentir avec une compagnie italienne Dramma- tico vegetale qui propose Che si che no (1 à 3 ans), sur les choix que l\u2019enfant est amené à faire ; et une autre compagnie belge, La berlue, avec Le grand rOnd, un spectacle pour les petits dès 3 ans.Ailleurs dans la programmation mont- réalaise, on retrouvera des spectacles québécois « classiques », comme Le jardin de Babel du Théâtre de l\u2019œil (4 à 6 ans), ou presque neufs comme Tendre (3 à 6 ans), Carré de sable (dès 18 mois), Terriers (4 à 6 ans), Suites curieuses ou Élisapie et les aurores boréales (2 à 6 ans).À cela il faut rajouter une série de bancs d\u2019essai et de spectacles touts neufs de jeunes compagnies qui ne demandent qu\u2019à faire connaître leur travail.On trouvera bien sûr tout ce qu\u2019il faut savoir sur les spectacles, les compagnies, les horaires et les tarifs en visitant le site du festival : petitsbonheurs.ca Collaborateur Le Devoir J A Z Z T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 8 1516 Présenté par La Fondation Arte Musica présente Billets et programmation complète ISABELLE FAUST et LES VIOLONS DU ROY , chef Concertos pour violon, BWV 1041, 1042 et 1056 Une rencontre au sommet ! TRIPTYQUE Luna Pearl WOOLF Mélange à trois, un opéra sans paroles Rumi: Quatrains of Love One to One to One (première) Une soirée exceptionnelle où trois œuvres exaltent la dynamique du nombre trois.FABIO BONIZZONI, clavecin Œuvres de , et Claveciniste italien parmi les plus renommés ! Concert en lien avec l\u2019exposition Pompeii JEUNES PUBLICS Des Petits Bonheurs presque partout SENNE VAN LOOCK Le nid, de la compagnie belge De Spiegel, est un spectacle musical pour les tout-petits dès 12 mois et jusqu\u2019à trois ans.S E R G E T R U F F A U T I l était écrit dans le ciel qu\u2019à la faveur de la sortie du film Born to Be Blue, dans lequel l\u2019acteur Ethan Hawke campe fort bien Chet Baker, s\u2019ensuivraient des dossiers dans les magazines, des productions accomplies à l\u2019enseigne de l\u2019hommage et des rééditions d\u2019albums.En ce qui concerne ces dernières, le trompettiste né dans l\u2019Oklahoma en 1929 a tellement enregistré, surtout entre 1973 et 1988, année de sa mor t à Amsterdam, qu\u2019il faut s\u2019attendre à une avalanche au cours des prochains mois.Ce dont on ne se plaindra pas.Bien.Suivez le guide.Dans le numéro courant de Jazz Magazine, Baker, qui avait fait de My Funny Valentine SON standard, est le sujet d\u2019un dossier qui propose ce que l\u2019on attend de ce type d\u2019exercice : articles, repères, photos.On y apprend, entre autres choses, que des musiciens européens, dont le trompettiste Erik Tr uf faz, ont confectionné un Autour de Chet qui vient de paraître en France et qui ne devrait pas tarder à traverser l\u2019Atlantique.L\u2019étiquette ?Verve/Universal.En attendant, on vous suggère fortement le tout récent Love for Chet du trompettiste Stéphane Belmondo, qui est paru sur étiquette Naïve et qui d\u2019ailleurs se produira lors du prochain Festival de jazz de Montréal.Ce Love for Chet est en fait un coup de chapeau au Chet dernière époque.Celui qui aimait par-dessus tout se produire en trio sans batterie.Ici, Belmondo est accompagné de Jesse Van Ruller à la guitare et Thomas Bramerie à la contrebasse.Cet album est une déclinaison sonore de la finesse.Cela étant, du dossier on a retenu ces mots du pianiste Michel Graillier qui accompagna Baker pendant des années : « On a beaucoup épilogué sur sa fragilité.Pur fantasme : c\u2019était au contraire une force de la nature [\u2026] De même, son jeu de trompette n\u2019avait rien de faiblard, je ne sais pas où les critiques sont allés piger cette image de mince filet, de sonorité défaillante\u2026 Il suf fit d\u2019écouter les disques, la sonorité est toujours pleine, claire, puissante.» L\u2019acquisition de ce mensuel (12 $) a ceci de recommandable qu\u2019il s\u2019accompagne de la réédition du numéro d\u2019avril 1955, avec Charlie Parker en couverture qui venait de décéder.Outre les articles sur Parker, ce « jazz mag» proposa un long entretien avec Dizzy Gillespie qui parle de\u2026 Chet Baker.« Voyez-vous, je crois que Chet Baker en par ticulier sacrifie le rythme à l\u2019harmonie.Il est obsédé par l\u2019harmonie\u2026 Ses pensées rythmiques ne sont pas assez suivies, nettes et précises\u2026» Et maintenant les albums.Pour ce qui est des années 1950, c\u2019est tout simple : on conseille tout d\u2019abord l\u2019acquisition de Chet Baker \u2014 Eight Classic Albums sur étiquette Real Gone Jazz qui comprend notamment le grand succès de Chet de cette décennie, soit Chet Baker Sings ainsi que Playboys avec Art Pepper.De cette époque, on retient également les deux live avec le pianiste Russ Freeman, et les productions avec Gerry Mulligan sur étiquette Pacific Jazz, ainsi que l\u2019excellent Chet Baker in Paris \u2014 Barclay Sessions 1955 & 1956 sur Verve.Ensuite ?Chet Baker in New York sur Riverside, parce qu\u2019il est accompagné par des poids lourds du «bibeaupe» comme Johnny Griffin au ténor.Après quoi, on vous conseille d\u2019éviter les productions du début des années 1970 sur A & M et CTI pour mieux fouiner du côté des étiquettes Soul Note, Criss-Cross, Enja, mais surtout, sur tout, Steeple Chase pour les trios avec Doug Raney ou Philip Catherine à la guitare, on pense notamment à The Touch of Your Lips qui confirma le retour en grande forme de notre trompettiste, ou encore avec le pianiste Graillier et le contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse pour Candy sur Sonet Jazz History.Le hic avec ces étiquettes est le suivant : ces labels sont mieux distribués par Amazon.C\u2019est dit.?Du 29 juin au 9 juillet, dans le cadre du Festival de jazz de Montréal, l\u2019Upstairs propose l\u2019affiche suivante : Total Madness formé de Jean-Michel Pilc au piano, Ari Koenig à la batterie, François Moutin à la contrebasse, Joel Frahm au ténor et Jacques Schwartz-Bart à l\u2019alto.Le lendemain, ce sera cet orchestre moins les souffleurs.Le surlendemain?Le quartet israélien du trompettiste Itamar Bo- rochov.Ensuite, ce sera le guitariste Peter Bernstein accompagné par le trio du guitariste Mike Rud.Ensuite, un des gros noms de cette semaine: l\u2019organiste Lonnie Smith, qui vient de publier un album sur Blue Note avec Joe Lovano sur certaines pièces.Il se produira deux soirs d\u2019affilée.Les 6 et 7 juillet, l\u2019autre poids lourd, soit le trompettiste Roy Hargrove en quintette.Le 8 juillet, ce sera la chanteuse Roberta Gambarini avant que la chanteuse par excellence Ranee Lee ne conclut l\u2019événement.?Héros de Stevie Ray Vaughan, précurseur du blues-rock qu\u2019admiraient tant Keith Richards, Duane Allman et Eric Clapton, le guitariste Lonnie Mack est mort le 21 avril dernier.Il avait 74 ans.Après avoir connu le succès à la fin des années 1950 et au début des 1960 avec ses instrumentaux, après avoir aidé les Doors lors de l\u2019enregistrement de Morrison Hotel, Mack s\u2019était replié dans les environs de Cincinnati avant que Vaughan ne coproduise en 1985 le disque du retour: Strike Like Lightning sur Alligator.Cet album ainsi que les suivants firent mouche.Snif, snif\u2026 Collaborateur Le Devoir Les patiences mélodieuses de Chet Baker FROM AWAY Rétrospective Joan Jonas Commissaire : Barbara Clausen À la Fondation DHC/ART jusqu\u2019au 18 septembre N I C O L A S M A V R I K A K I S E lle a été une pionnière de l\u2019art vidéo et de la performance aux États-Unis dans les années 1960 et 1970.Elle qui a commencé sa carrière comme historienne de l\u2019art et comme sculptrice trouvait que son travail n\u2019était pas assez en contact avec la vie.Ne voulant pas créer d\u2019objets, elle s\u2019est tournée vers la performance et la vidéo.Elle vivait alors à New York et a assisté à bien des performances et collaborations entre les arts visuels et la danse, phénomènes qui pullulaient alors dans la Grosse Pomme.Elle a vu les créations d\u2019Yvonne Rainer, de Rober t Rauschenberg\u2026 C\u2019est le moment où, sous l\u2019impulsion de Claes Oldenburg, le genre changea de nom et se débarrassa de l\u2019appellation « happening » pour être majoritairement nommé « performance ».Jonas commence à montrer son travail alors qu\u2019elle est déjà âgée de 32 ans et réalise des per formances qui ne furent pas toutes enregistrées.Elle va rapidement créer des pièces qui sont devenues mythiques, dont son premier film, muet, Wind, réalisé en 1968, et Organic Honey dont les six versions furent interprétées entre 1972 et 1980\u2026 Le 3e étage de la Fondation DHC/ART est d\u2019ailleurs consacré aux archives de l\u2019artiste à propos de cette œuvre.Cet étage est certainement un des plus forts de l\u2019expo.Toujours au même niveau, vous trouverez la vidéo Songdelay de 1973, mettant en scène les artistes Gordon Matta-Clark, Carol Gooden, Tina Girouard et le chorégraphe Steve Paxton dans des «actions» réalisées à l\u2019extérieur.Jonas ef fectua aussi une œuvre avec Richard Serra, Anxious Automation, avec de la musique de Philip Glass.Dans ses pièces des années 1960 et 1970, i l y a une radicalité des propositions, des manières de s\u2019approprier et de décortiquer le quotidien, qui est remarquable.C\u2019est aussi le moment où elle commence à interroger la notion d\u2019identité, par exemple dans Vertical Roll.Identités en représentation Pour la commissaire indépendante, historienne de l\u2019art et professeure à l\u2019Université du Québec à Montréal, Barbara Clausen, qui s\u2019est occupée de cette rétrospective, le travail de Joan Jonas devance, d\u2019une certaine manière, les théories sur la per formativité de Judith Butler, qui explique comment nous sommes l\u2019être que nous jouons.Elle ajoute que les grands artistes arrivent à devancer intuitivement les théoriciens\u2026 Voilà un énoncé qui demanderait réflexion, mais c\u2019est un fait que dans ses œuvres, Jonas s\u2019est souvent penchée sur la question de l\u2019identité, sur les écarts et jeux qui existent entre le réel et la représentation.Un exemple.Dans Duet, Jonas fait face à son image montrée sur un écran vidéo et, dans un face-à-face surprenant, elle semble aboyer contre elle- même\u2026 Elle reviendra plus tard dans son œuvre sur les liens entre les humains et les animaux.Dans Duet , nous pouvons nous demander « où est la véritable Jonas » ?Notre identité est un dialogue entre l\u2019image que nous avons de nous-mêmes, l\u2019expérience du réel que nous vivons et l\u2019imaginaire qui nous travaille\u2026 Le retour de la narration Cette expo nous rappellera comment, depuis la fin des années 50, le paradigme ar tis- tique a changé.Depuis près de six décennies, les arts visuels ont ouvertement renoué avec la narration et la fiction.Les arts de la performance, de la danse et de la vidéo ont été pour beaucoup dans cette ré- appropriation du récit que la modernité avait majoritairement mis de côté.Jonas s\u2019est souvent inspiré de contes, légendes et récits du monde entier.Et une approche multidisciplinaire fut aussi mise de l\u2019avant dans son œuvre.Venise Cette expo s\u2019achève par une adaptation de l\u2019œuvre que Jonas a montée l\u2019an dernier pour le pavillon des États-Unis à la Biennale de Venise.Intitulé They Come to Us Without a Word, cette installation multimédia est divisée en cinq sections se référant aux abeilles, à la force du vent, aux poissons, aux miroirs et à l\u2019espace de la classe.Même si cette œuvre fut célébrée, entre autres par la renommée critique Roberta Smith du journal The New York Times, il faut dire qu\u2019elle est visuellement la plus littérale et la plus didactique de l\u2019artiste.Ses éléments semblent nous renvoyer à des images simples énonçant comment la nature est en péril.L\u2019aspect sonore et narratif de cette œu- vre est pourtant interpellant, le propos ne manquant pas de pertinence.La référence aux histoires de fantômes de la tradition orale du Cap-Breton et au livre de John Berger intitulé Why Look at Animals?est une des grandes forces de l\u2019ensemble.Ce texte explique que notre rapport aux animaux permit la métaphore, comment les humains se sont servis de ces animaux comme double d\u2019eux-mêmes afin de se représenter et d\u2019exprimer des valeurs abstraites\u2026 Collaborateur Le Devoir LOIN DES YEUX Optica (5445, avenue de Gaspé, espace 106, à Montréal), jusqu\u2019au 11 juin.J É R Ô M E D E L G A D O U ne série de négatifs raturés, un livre sans images et une flopée de lumières éblouissantes.Il est beaucoup question de l\u2019impossibilité de voir dans l\u2019exposition Loin des yeux, la dernière du centre Optica avant la trêve estivale.Pourtant, ce sont bel et bien des œuvres photographiques et vidéographiques qui ont été réunies par la commissaire indépendante Claire Moeder.Et si la photographie était autre chose que de la capture d\u2019images ?À voir ce que les six artistes et collectif de Loin des yeux proposent, il faut bien arriver à cette conclusion.L\u2019image brille par son absence.Quand elle finit par apparaître, notamment dans le projet Web Les dis- paraissants de Claire Hannicq, c\u2019est pour aussitôt disparaître.Les objets en plomb fabriqués puis photographiés par l\u2019artiste de Besançon, en France, ne sont visibles qu\u2019une seule fois.Objet de mémoire, la photo perd ici une de ses principales fonctions.La dimension critique de l\u2019exposition prend pied dans un constat qui fait consensus depuis bon nombre d\u2019années : la prolifération des images dans nos sociétés est insensée.Nous sommes devant tellement de photos qu\u2019on ne les voit plus.L\u2019approche de Claire Moeder ne consiste pas à répertorier les effets de cette abondance visuelle, ce qu\u2019ont fait, déjà, parmi d\u2019autres, les deux dernières éditions du Mois de la photo à Montréal (sur le thème de l\u2019automatisation, en 2013, et de la postphotographie en 2015).Moeder a plutôt opté pour le contraire en se tournant vers ces pratiques qui scrutent la condition invisible de la photographie.A priori, il n\u2019y a pas grand-chose à voir dans les deux salles d\u2019Optica.L\u2019œuvre Décalques de Julien Discrit en est presque l\u2019emblème.Dans cette installation lumineuse qui ne s\u2019active que de manière très espacée dans le temps, il n\u2019y a aucune impression sur papier, aucune image en mouvement.La fiche technique parle de «verre trempé, projecteur lampe halogène, programme informatique, câble d\u2019acier».Paysage de lumière Quand l\u2019œuvre de cet autre Français, de Reims, lui, se met en marche, c\u2019est dans un paysage de lumière que le spectateur plonge.Décalques porte d\u2019ailleurs cet autre titre, plutôt évocateur : Ciel voilé et soleil couchant d\u2019un après-midi d\u2019été, sur les bords du fleuve Saint- Laurent, près d\u2019une pile du pont Jacques-Cartier, le 27 juillet 2015 à 19 h 58.On est devant l\u2019essence de ce qu\u2019est la photographie, sa matière de base, la lumière.Si la lumière n\u2019est pas la chose la moins visible de la photo, elle est celle qui nous fait détourner les yeux.Il n\u2019est pas conseillé de défier par la vue la lumière, et c\u2019est ce qui caractérise les propositions vidéo des deux Québécoises de l\u2019exposition (Alana Riley et Jacinthe Lessard- L.), tout comme celle d\u2019Anouk Kruithof, des Pays-Bas, ou de la seconde œuvre de Claire Hannicq.Un éclairage brutal, de front, empêche la lecture facile et fait disparaître toute trace de récit, comme s\u2019il brûlait son sujet.Il n\u2019est pas tant question de surexposition que de faire de la lumière l\u2019objet de la prise de vue.Non sans humour, comme chez Alana Riley, dont l\u2019œuvre, diffusée sur un robuste téléviseur, s\u2019intitule Dans la lumière (Voici ce à quoi ressemble 500 000 watts de son et lumière combiné à plus de 40 motocyclettes en marche).Ici, comme ailleurs, l\u2019impression de vide, du rien-à-voir, s\u2019estompe.Le détournement, le renversement, voire la coloration d\u2019une surface sont des procédés ou la résultante de dif fé- rentes manières d\u2019explorer l\u2019image.Brouiller l\u2019image ou la montrer en mots, comme chez le collectif européen Pétrel/Roumagnac, c\u2019est un peu, beaucoup, pousser le visiteur dans une expérience inusitée de la photographie.Certes, l\u2019expérience peut s\u2019avérer physiquement éprouvante.Trop de lumière, comme trop de photos, ne rend-il pas aveugle ?Collaborateur Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 9 DE VISU C U L T U R E 1395, boul.de la Concorde Ouest MAISON DES ARTS DE LAVAL Maison des arts de Laval Métro Montmorency MARIE CÔTÉ Contours, détours et retournements Commissaire : Marie Perrault P h o t o : G u y L \u2019 H e u r e u x © M a r i e C ô t é , F l o t t e r , 2 0 1 3 - 2 0 1 5 , C o l l e c t i o n d u C I A C 17 JUL 1er MAI 1er MAI au Exposition Vernissage à 14 h Presgieuse exposion : 15 oeuvres de Marc?Aurèle Forn jamais vues du public depuis près de 50 ans Pour voir les oeuvres : http://lafitte.com/expositions.htm 7 au 28 mai, mardi à samedi de 11h à 17h Toutes les oeuvres sont disponibles pour achat 31 mai \u2013 18 juin : Maîtres Québécois Alleyn, Ferron, Gagnon, Hurtubise, Lemieux, McEwen, Mousseau, Pellan, Riopelle, Suzor Côté Achetons tableaux de maîtres canadiens et européens 2160, rue Crescent, Montréal, H3G 2B8, (514) 842-1270 lafitte@lafitte.com \u2013 www.lafitte.com www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Et pourquoi pas la France?.LES LIEUX DE MUSIQUE \u2013 L\u2019ART DES LIEUX Thème riche et fascinant pour un voyage exclusif aux beaux détours! HONFLEUR, PARIS et la campagne française du 24 septembre au 9 octobre 2016 Imaginez la côte normande et l\u2019art impressionniste, entrez dans l\u2019intimité des maisons de Satie, Ravel, Debussy et, de récital en opéra, de jardins en musées, vivez, avec nous, une expérience inoubliable! Détails sur demande Du 30 avril au 26 juin 2016 CULTURE SHIFT, UNE RÉVOLUTION CULTURELLE La biennale d\u2019art contemporain autochtone, 3e édition VERNISSAGE : Dimanche 1er mai, 14 h Mercredi 4 mai, 10 h CAUSERIE \u2013 DÉMYSTIFIER L\u2019ART Contemporary Native Art avec Mike Patten (En anglais) Entrée libre INFO :514 630-1254 www.pointe-claire.ca L\u2019expérience du (in)visible Cinq artistes et un collectif scrutent le côté invisible de la photographie L\u2019expérience du monde La célèbre et mythique artiste Joan Jonas a une rétrospective à la Fondation DHC/ART PAUL LITHERLAND Si la lumière n\u2019est pas la chose la moins visible de la photo, elle est celle qui nous fait détourner les yeux.JOAN JONAS L\u2019œuvre They Come to Us Without a Word a été montée l\u2019an dernier pour le pavillon des États-Unis à la Biennale de Venise. (par rappor t à 164 millions l\u2019année suivante).Cinesite Studios, maison londonienne, vient tout juste de s\u2019installer à Montréal avec dès le départ trois projets de longs métrages à développer et la promesse d\u2019en lancer jusqu\u2019à dix.L\u2019usine créative devrait employer un demi-mil- lier de professionnels.Klaus, premier projet montréalais de Cinesite, sera réalisé par l\u2019Espagnol Sergio Pablos, qui a donné Despicable Me (2010), dont les revenus mondiaux frisent les 700 millions.Des jouets À l\u2019entrée du bureau de M.Vonarb traîne un monticule de boîtes de Playmobil parce que son nouveau projet se concentre là, autour des figurines et de leurs accessoires, comme il y a déjà eu des produits filmés dérivés de Lego, comme le jeu Angr y Birds viendra se poser dans quelques jours sur un écran près de chez vous.« Les gens de Playmobil nous ont envoyé des cargaisons de jouets, dit le producteur heureux.Nous sommes en discussion avec Investissements Québec pour structurer la production ici.Il y aura une coproduction ou des ententes de service.» Playmobil : Robbers, Thieves & Rebels planifie un budget de 100 millions, comme Le Petit Prince.Une autre grande production, Captain Underpants jouit de comptes semblables, équivalant en fait au budget annuel du Conseil des ar ts et des lettres du Québec.Ce Capitaine Bobette (pourquoi p a s ?) s e r a f a i t m a i n p a r Groupe Mikros Images, autre société française établie ici.Le fait que la géante américaine DreamWorks finance le projet rajoute de l\u2019intérêt.« Nous ne sommes ni producteurs, ni coproducteurs, explique Pascal Laurent directeur du studio montréa- lais de Mikros, rejoint en Europe.Nous sommes des prestataires de services : nous fabriquons des images pour des productions ou des coproductions, comme les studios Rodéo, Mokko, Obliquefx.Captain Underpants sera la première production des studios DreamWorks commandée à une firme étrangère.» La boite de l\u2019avenue McGill à Montréal a aussi travaillé sur Le Petit Prince, faisant passer de 50 à 240 ses postes de travail.Ils sont une centaine de moins à s\u2019atteler au projet américain et à un autre baptisé Sahara , une coproduction franco-québécoise.En biologie, on parlerait d\u2019une très riche niche écologique.« Il y a un regain et je vois tout ça d\u2019un très bon œil, conclut la présidente Savard de l\u2019AQA.La beauté de l\u2019animation, c\u2019est qu\u2019elle repose sur des mandats de longue durée.C\u2019est très structurant et pérenne.Les meilleures œuvres restent pour des décennies sur les écrans.Et c\u2019est une vitrine exceptionnelle pour exporter les talents québécois.» Le Devoir C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 10 BILLETS EN VENTE MAINTENANT ! BILLETTERIE Place des Arts et Maison symphonique de Montréal 514 842-2112 / 1 866 842-2112 / placedesarts.com MONTREALJAZZFEST.COM /montrealJazzFest @FestivalJazzMtl /montJazzFest festivalJazzMtl CONCERT D\u2019OUVERTURE en collaboration avec MELODY GARDOT Première partie LISA SIMONE MS.LAURYN HILL Première partie JALEN N\u2019GONDA BRIAN WILSON présente PET SOUNDS 50e anniversaire avec AL JARDINE et BLONDIE CHAPLIN KOOL & THE GANG NOEL GALLAGHER\u2019S HIGH FLYING BIRDS RUFUS WAINWRIGHT avec GRAND ORCHESTRE OPÉRA PRIMA DONNA et SES GRANDES CHANSONS DEUX SOIRÉES SYMPHONIQUES VISUELLES 29 et 30 JUIN 2 et 3 JUILLET CONCERT PRÉSENTÉ À 20 h 30 4 JUILLET 5 (COMPLET) et 6 JUILLET 7 JUILLET HIROMI En ouverture EDMAR CASTANEDA 30 JUIN BLUE NOTE 75 BAND : ROBERT GLASPER LIONEL LOUEKE AMBROSE AKINMUSIRE MARCUS STRICKLAND DERRICK HODGE KENDRICK SCOTT Première partie 5 FOR TRIO 1er JUILLET TAJ MAHAL 2 JUILLET 30 JUIN 1er JUILLET 2 JUILLET présenté par STACEY KENT Première partie JAMISON ROSS PRESERVATION HALL JAZZ BAND 3 JUILLET 9 JUILLET 9 JUILLET PROGRAMME DOUBLE CONCERT D\u2019ADIEU AU FESTIVAL CHICK COREA TRIO avec CHRISTIAN McBRIDE et BRIAN BLADE MONTREAL JUBILATION GOSPEL CHOIR I\u2019LL TAKE YOU THERE OLIVER JONES TRIO L\u2019ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ INVITE OLIVER JONES EMILIE-CLAIRE BARLOW SYMPHONIQUE JAZZ AT LINCOLN CENTER ORCHESTRA avec WYNTON MARSALIS GREGORY PORTER Première partie JAIME WOODS CONCERT DE CLÔTURE en collaboration avec BATTLE OF THE BANDS VIII LE GLENN MILLER ORCHESTRA contre LE CAB CALLOWAY ORCHESTRA 6 JUILLET 7 JUILLET 9 JUILLET 29 JUIN LES GRANDS CONCERTS THÉÂTRE MAISONNEUVE, PdA \u2013 20 h LE FESTIVAL À LA MAISON SYMPHONIQUE MAISON SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL \u2013 19 h ÉVÉNEMENTS SPÉCIAUX SALLE WILFRID-PELLETIER, PdA \u2013 19 h 30 piano Dorothy Fieldman Fraiberg violon Yukari Cousineau violon Marie-Claire Cousineau alto Jean René violoncelle Sheila Hannigan Œuvres de Spohr, Bryars et Dvorák Le jeudi 5 mai, 20 heures Salle Redpath, Université McGill Entrée libre www.allegrachambermusic.com SING STREET ?Drame musical de John Carney.Avec Ferdia Walsh-Peelo, Aidan Gillen, Lucy Boynton, Jack Reynor.Grande-Bretagne\u2013Irlande\u2013États-Unis, 2016, 105 minutes.A N D R É L A V O I E L es meilleurs films du cinéaste irlandais John Carney évoquent le pouvoir mystérieux des chansons, et leur influence sur ceux et celles qui les fabriquent.La démonstration s\u2019avérait très convaincante dans Once, un premier long métrage aussi désargenté qu\u2019un musicien de la rue, mais d\u2019une générosité débordante.Begin Again, concocté dans des conditions luxueuses (avec de grosses pointures, dont le chanteur Adam Levine du groupe Maroon 5), illustrait la même idée, mais de façon plus convenue.Il n\u2019y a rien de tel dans Sing Street, visiblement autobiographique, et d\u2019une esthétique juste assez rugueuse pour donner l\u2019illusion du journal intime filmé sans concessions.En 1985 à Dublin, la vie ne ressemblait pas à un vidéoclip de Duran Duran ou de Spandau Ballet, même si ces groupes donnaient le ton à une époque, et à une génération.John Carney en faisait partie et se cache sous les traits de Conor (Ferdia Walsh-Peelo, figure angélique et talent prometteur), un garçon timide grattant sa guitare pour étouffer les chicanes de ses parents, forcé aussi de changer d\u2019école où les brutes se recrutent autant parmi la haute direction que dans la cour de récréation.Pour séduire Raphina (Lucy Boynton, pleine d\u2019aisance), une fille plus vieille que lui et d\u2019une beauté foudroyante, Conor décide de fonder un groupe avec l\u2019aide d\u2019autres éclopés de son école et sous les conseils de son frère décro- cheur, qui ne semble jamais sortir de la maison familiale.Bien en phase avec les courants musicaux du moment, le groupe finit par adopter les postures, les maquillages et les obsessions visuelles de leurs idoles, permettant ainsi à Conor de faire de Raphina l\u2019égérie de leurs vidéoclips, elle qui rêve d\u2019une carrière de mannequin, et sur tout d\u2019imiter de nombreux compatriotes : se pousser à Londres.Portrait cru Loin du clinquant d\u2019une décennie qui inspire la parodie (et avec raison !), Sing Street dresse un portrait cru d\u2019une période foisonnante, mais dont l\u2019euphorie était loin d\u2019être partagée par tous.La musique devient moins source de nostalgie que contrepoint ironique à une situation économique et sociale désolante.Carney tisse un parfait mélange de succès de toutes allégeances (allant de Genesis à The Cure) et de chansons originales issues de ce groupe improvisé.Celui-ci gagne vite en professionnalisme, trop vite même, mais cette ascension est construite de manière sinueuse, s\u2019égarant sur les dilemmes et les déchirements de cette génération sacrifiée.Le cinéaste établit d\u2019amusants contrastes entre les excès de maquillage et l\u2019architecture déglinguée des quartiers populaires de Dublin, surtout celle d\u2019une école visiblement en ruines où l\u2019on apprend à recevoir des coups.John Carney n\u2019a pas la vir tuosité d\u2019Alan Parker (The Commitments revient souvent en mémoire), mais Sing Street dégage tant de sincérité (tous les interprètes jouent à l\u2019unisson à défaut de toujours chanter juste) qu\u2019il en devient un hymne aux beautés cachées des années 1980.Et qui saura résister à son hommage enlevant à Back to the Future ?Collaborateur Le Devoir Quand la vie n\u2019a rien d\u2019un vidéoclip Les années 1980 à Dublin, entre crise économique, synthétiseurs et maquillages outranciers REMSTAR Sing Street dégage tant de sincérité qu\u2019il en devient un hymne aux beautés cachées des années 1980.SUITE DE LA PAGE E 1 ANIMATION En 1985 à Dublin, la vie ne ressemblait pas à un vidéoclip de Duran Duran ou de Spandau Ballet LE BOUTON DE NACRE ?Documentaire de Patricio Guzmán (réalisation, scénario et voix).Images : Katell Djian.Musique : Hughes Maréchal, Miranda y Tobar.Montage : Emmanuelle Joly.France-Chili- Espagne-Suisse, 2015, 82minutes.O D I L E T R E M B L A Y L e Chilien Patricio Guzmán est un œil et une voix posés sur sa patrie d\u2019origine avec une cohérence et une acuité au fil des œuvres qui force l\u2019admiration.À celui qui, au cours des années 1970, collaborait avec Chris Marker pour la trilogie La bataille du ciel, on doit un grand nombre de documentaires abordant souvent la dictature, tel Chili, la mémoire obstinée en 1997 et Le cas Pinochet en 2001.Toute son œuvre, dont chaque film devient un nouveau chapitre, est chargée de la mémoire de ce long pays aux secousses marines, géologiques et politiques.Le cinéaste est doublé d\u2019un poète du souvenir et de l\u2019exil (il vit en France), dont la caméra et la voix hors champ évoquent les zones d\u2019ombre et de beauté avec une vraie grâce, surtout depuis Nostalgie de la lumière en 2010, alors que le Chili devenait mythique et cosmique dans le désert d\u2019Atacama.Le bouton de nacre, primé au scénario à la Berlinale en 2015, se pose à sa suite par l\u2019esprit, quoique dans un tout autre décor.On aborde cette fois la pointe de la Patago- nie aux paysages de glaciers bleutés, aux grottes de glaces, à la grêle sur les roches.Les images éblouissantes de Katell Djian combinées aux sons et au montage hypnotiques témoignent d\u2019un art fascinant à changer constamment d\u2019échelles.Tout commence sur un bloc de quartz de 3000 ans trouvé dans le désert d\u2019Atacama qui contient une goutte d\u2019eau.Car c\u2019est d\u2019eau, métaphore de vie et de mort, qu\u2019il sera question ici, à travers cet immense archipel qui, vu d\u2019en haut, évoque les ner vures d\u2019une feuil le.La mémoire aquat ique por te aussi en elle l\u2019extermination des tribus nomades de l\u2019eau comme celle des exécutions de Pinochet, alors que les corps ligotés à des rails se voyaient jetés du haut des airs dans la mer.La voix hors champ du cinéaste abordera tout au long la puissance et l\u2019impor tance de l\u2019eau, mais aussi sa mémoire des méfaits humains.Entre l\u2019astre et la goutte d\u2019eau, Guzmán voyage à travers les dimensions.Il évoque deux histoires de boutons de nacre.Celle de l\u2019autochtone dit Jimmy Botton, acculturé et emmené en Angleterre au XIXe siècle en échange d\u2019un bouton en nacre.Un autre tout pareil est retrouvé au fond de la mer soudé à un rail ; seul signe de l\u2019être assassiné durant les sanglantes années 1970, qui l\u2019a porté.Les anciens nomades de l\u2019eau, arrivés au Chili 10 000 ans plus tôt, avec photos d\u2019archives ressuscitant sur eux d\u2019extraordinaires peintures corporelles à échos cosmologiques, sont évoqués aussi par la voix des derniers survivants dans leur l angue b ientô t morte, et par celle d\u2019un poète- philosophe.Surtout par le commentaire de Guzmán, voix intérieure en glissement constant à travers les images de dépossession d\u2019un documentaire poignant et splendide.Le Devoir C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 E 11 Faire L\u2019inis, c\u2019est beaucoup de travail.Avant, pendant et après.inis.qc.ca Vous voulez travailler dans l\u2019industrie du mobile, Le programme Médias interactifs et jeux vidéo Réalisateur multiplateforme Applications mobiles Concepteur de jeux vidéo Réalité augmentée Concepteur multiplateforme Expérience utilisateur Programme Médias interactifs et jeux vidéo 18 La mémoire de l\u2019eau FUNFILM La voix hors champ du cinéaste abordera tout au long la puissance et l\u2019importance de l\u2019eau, mais aussi sa mémoire des méfaits humains.L\u2019ÉTUDIANTE ET MONSIEUR HENRI ?Comédie dramatique d\u2019Ivan Calbérac.Avec Noémie Schmidt, Claude Brasseur, Guillaume de Tonquedec, Frédérique Bel.France, 2015, 98 minutes.A N D R É L A V O I E I l ne faut pas être fin limier ou grand cinéphile pour anticiper la conclusion bienheureuse de L\u2019étudiante et Monsieur Henri ; on y cause musique, et l\u2019intrigue, au demeurant charmante et doucement mélodramatique, est réglée comme du papier à musique.S o n a u t e u r e n c o n n a î t parfaitement la partition.Ivan Calbérac avait d\u2019abord signé ce texte pour la scène, devenu un grand succès qui allait inévitablement trouver son chemin jusqu\u2019au grand écran.Le film porte immanquablement les traces de ses origines théâtrales, le plus souvent cantonné dans un vieil appar te- ment parisien à faire baver d\u2019envie les agents immobiliers, et pourvu d\u2019une jolie enfilade de bons mots, même si nous sommes loin des répliques incisives qui faisaient le délice d\u2019Un air de famille, Le dieu du carnage et Le prénom.Guillaume de Tonquedec, par ailleurs une des vedettes du Prénom, se retrouve au cœur de cet af frontement jamais très violent entre Constance (Noémie Schmidt, de l\u2019aplomb chez cette nouvelle venue), une jeune et jolie provinciale, et Henri (Claude Brasseur, capable de jouer ça dans son sommeil), un vieux grincheux qui pourrait par fois por ter ombrage à Tatie Danielle.Dans le rôle du fils d\u2019Henri, il impose la présence d\u2019une colocataire à son père, question de le sur veiller en échange d\u2019un loyer au coût dérisoire.Constance accepte le marché, mais celle qui rate toujours tout est forcée de conclure une autre entente, cette fois avec Henri : faire du charme à son fils pour bousiller son mariage avec une catho pas très rigolote (Frédérique Bel, résolument à contre-emploi).Entre mensonges et coups de gueule, cette ar tiste dans l\u2019âme et cet ancien compta- b le f r us t ré (de tout ! ) en viendront, bien sûr, à trouver un terrain d\u2019entente, autour d\u2019un piano qui n\u2019avait pas servi depuis longtemps.Ce théâtre de bon goût et de bon ton transposé au cinéma donne inévitablement des f i lms consensuels, et L\u2019étudiante et Monsieur Henri n\u2019échappe pas à ce travers, négligeable si l\u2019on adhère à l\u2019idée du cinéma comme source de réconfort.À ce chapitre, Ivan Calbérac tire sur toutes les bonnes ficelles, abordant des sujets graves (la crise du logement, la misère économique des étudiants, etc.) dans un style propret qui ne risque pas de secouer les consciences.Même le vieil anarchiste de salon, capable de débiter les pires ignominies (sur tout quand il s\u2019agit de son fils), rentrera lui aussi dans le rang de l\u2019harmonie familiale.Le contraire eût été étonnant, car même si papy fait bel et bien de la résistance, dans la tête de son auteur, jamais il n\u2019a été conçu pour faire la révolution.Collaborateur Le Devoir Papy fait de la résistance Une charmante intrigue réglée au quart de tour, comme du papier à musique AZ FILMS Dans le rôle de Constance, Noémie Schmidt, une nouvelle venue, a beaucoup d\u2019aplomb. FRANCOFONIA ?1/2 Essai d\u2019Alexandre Sokourov.Avec Louis-Do de Lencquesaing, Benjamin Utzerath, Vincent Nemeth, Johanna Korthals Altes.France\u2013Allemagne\u2013Pays-Bas, 2015, 88minutes.O D I L E T R E M B L A Y B ien évidemment, on évoque L\u2019arche russe, film-événement d\u2019Alexandre Sokourov, unique plan-séquence avec balade dans le temps et l\u2019espace à travers le mer veilleux musée de l\u2019Ermitage à Saint-Pétersbourg.Francofonia, sur le Louvre à Paris, œuvre plus mineure que L\u2019arche russe mais parente, ici fragmentée, demeure un exercice de voltige poétique et tissé d\u2019enseignements.À cette interpénétration de photos et films d\u2019archives, de scènes du passé recréées par des acteurs se faisant fantômes, se greffe une démarche documentaire à la caméra glissant parmi les galeries, caressant un tableau, une statue, sous la voix hors champ omniprésente de Sokourov, fil d\u2019Ariane parfois ténu entre passé et présent.Le cinéaste considère l\u2019Ermitage et le Louvre comme deux montagnes européennes, deux navires présentés métaphoriquement au milieu des tempêtes.Le plus grand cinéaste russe contemporain, à la barre de bijoux noirs comme Moloch et Faust, ne signe pas ici son œuvre la plus unifiée, quoique Francofonia porte sa marque de bout en bout.Un Sokourov mineur se révélant supérieur à bien des docu-fictions apparemment réussis.Également peintre, il pose à travers ces deux films en écho un regard d\u2019artiste sur la pérennité de l\u2019art au milieu des pires vicissitudes de l\u2019histoire, cherchant aussi à filmer l\u2019art pictural au plus près ; les œuvres répondent aux œuvres répercutées les unes sur les autres, en mise en abyme.Sur les wagons du temps, il nous entraîne surtout, après détours par les lits de mort de Tolstoï et de Tchekhov, dans le Louvre sous l\u2019Occupation.Alors que le conser vateur Jacques Jaujard (Louis-Do de Lencquesaing) a fait cacher dans les voûtes de châteaux français les œuvres impor tantes du musée (près de 4000 trésors), le comte de Metternich (Benjamin Utzerath), chef de préservation du patrimoine artistique des nazis, devient un allié, par amour de l\u2019art.Errant à travers les galeries comme des spectres bouf fons, Napoléon (Vincent Nemeth) plastronne devant les chefs-d\u2019œuvre qui l\u2019immortalisent et Marianne (Johanna Korthals Altes) répète à l\u2019envi: «Liberté, égalité, fraternité.» Si le film s\u2019égare parfois dans ses digressions historiques, sa beauté surgit ailleurs : parmi ces œuvres phare du Radeau de la méduse à La Joconde dont Sokourov traque les craquelures et les regards sur le temps passé.Dans sa méditation intérieure, entre douleur et espoir sur un monde dont l\u2019art n\u2019est pas tout à fait le garant, les pillages trimbalent les grandes œuvres d\u2019un continent à l\u2019autre, otages muets des guerres.Et tout ça fait un Louvre\u2026 Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 CINEMA E 12 C U L T U R E CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE version originale avec sous-titres anglais « Intelligent, beau et d\u2019une profonde humanité.» Nicola Brarda, CRITIKAT LE MONDE PREMIÈRE PARIS MATCH LES FICHES DU CINÉMA A T A C A M A P R O D U C T I O N S p r é s e n t e FESTIVAL DE BERLIN OURS D\u2019ARGENT DU SCÉNARIO PRIX DU JURY ŒCUMÉNIQUE COMPÉTITION OFFICIELLE VENISE 2015 theatreoutremont.ca 514 495-9944 LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT Dieu existe et il habite à Bruxelles ! 8,50 $ AVEC CATHERINE DENEUVE ET BENOÎT POELVOORDE Le lundi 2 mai | 16 h et 19 h 30 de Jaco Van Dormael O D I L E T R E M B L A Y I l ne tourne guère plus vite que son ombre, le cinéaste de Cyrano de Bergerac.Douze années s\u2019étaient écoulées depuis la sortie de son trépidant Bon voyage, lui-même à huit ans d\u2019intervalle du Hussard sur le toit.Belles familles, avec Mathieu Amalric , Marine Vacth, Nicole Garcia, Gilles Lellouche, etc., sorti en France en 2015, prend l\u2019af fiche chez nous vendredi.«Entre-temps, il y eut des projets avortés, explique-t-il.Normalement, je tourne tous les cinq ans.Un film ne s\u2019est pas fait, une histoire morte, comme un chewing-gum trop mâché\u2026» Il devait être tourné en Kirghizie mais ça coûtait trop cher, et de version de scénario en version de scénario, le projet est tombé à deux mois du tournage\u2026 Ça l\u2019a déprimé.Le cinéma avait changé, la façon de le faire aussi.Je rentre à la maison, titre d\u2019un film de Manoel de Oli- veira, peut s\u2019appliquer à la démarche de Belles familles.Il s\u2019est tourné vers l\u2019intime.Rien d\u2019autobiographique, si ce n\u2019est par l\u2019esprit, mais des gens qui l\u2019ont inspiré pour une scène ou l\u2019autre avec leurs historiettes et ses propres souvenirs en ar- rière-scène, avec l\u2019héritage, les retrouvailles, les disputes, les blocages familiaux.Aujourd\u2019hui, le mythique cinéaste français se dit conscient de ne pas avoir toute la vie devant lui.À 84 ans, en un demi-siècle de carrière, il a seulement huit longs métrages à son nom\u2026 « Je n\u2019ai plus le temps d\u2019attendre.Un nouveau projet est en route\u2026» Son premier film, La vie de château en 1966, décrivait déjà cette vie d\u2019une élite de province, son milieu d\u2019origine.Belles familles a également pour point central une vieille et vaste demeure, avec un grand parc, là où un personnage longtemps absent s\u2019enfarge dans ses racines et découvre une jeune fille.Le cinéaste a cherché à tisser les fils entre les personnages, avec ouverture sur les destins, les épreuves, les regrets de chacun, et la modernité qui s\u2019engouf fre dans un monde assoupi ; peignant à la manière impressionniste.Le reste est rythme, direction d\u2019acteurs (il a adoré son groupe) et découpage.Toute l\u2019équipe savait qu\u2019il n\u2019avait pas tourné depuis longtemps et voulait lui plaire.Son fils Martin a composé la trame musicale.« Un grand mélodiste», résume-t-il.Sa Cerisaie « Je suis un homme de la province française, évoque-t-il.Dix-huit années passées en Bourgogne, en des temps anciens collés à mes souvenirs.J\u2019y repense.Le XIXe siècle a duré là-bas jusqu\u2019aux années 1940 et 1950, avec son univers flaubertien.La maison de mon enfance est comme celle du film que j\u2019ai choisie pour la ressemblance.J\u2019avais six frères et sœurs\u2026 Un monde en autarcie.Tout ça a disparu, remplacé par un immeuble, mais la maison vit encore en moi.L\u2019enfant, l\u2019adolescent que j\u2019étais y a tout appris : les amours, les fâcheries, les guerres dans ce concentré.La demeure fut occupée par les of ficiers allemands, puis par les Américains.Les lieux comptent, ces territoires de la dramaturgie.L\u2019histoire de ma maison de famille fut mêlée à l \u2019histoire avec un grand H, et j\u2019ai voulu faire un film sur un lieu qui n\u2019existe plus.C\u2019est ma Cerisaie.D\u2019autant plus que mon père était un homme de la campagne, venu du Morvais avec des sabots.Il est devenu ingénieur.» Il précise s\u2019être un peu inspiré de L\u2019heure d\u2019été d\u2019Olivier Assayas, beau film mélancolique de transmission, avec une maison et ses objets qui ne représentaient pas la même chose pour chacun des enfants.« Comment faire un film sur un lieu ancien où j\u2019ai vécu une combinaison de petites histoires, de petits drames, de petites amours ?» s\u2019est- i l demandé à son tour.Dans Belles familles, Jean- Paul Rappeneau a opposé au fils ancré dans sa terre (Guillaume de Tonquédec) le fils prodigue (Mathieu Amalric, en nomade qui arrive de Chine avec sa fiancée asiatique).Une réplique de l\u2019un à l\u2019autre lui est d\u2019abord venue en tête : « Tu n\u2019es même pas venu à l\u2019enterrement de papa ! » Il voyait par ailleurs en Nicole Garcia la classe et l\u2019énergie pour camper la matriarche de ses rêves.Ça l \u2019a ému de mettre en scène Marine Vacth (vue dans Jeune et jolie de François Ozon) en train d\u2019entraîner Mathieu Amalric dans la mai- son-manoir à travers des passages secrets.Pour Jean-Paul Rappeneau, dont la jeunesse fut marquée par le départ d\u2019un oncle allé rejoindre de Gaulle à Londres, ces retours, ces fuites constituent des motifs intimes remplis de mystères, qui hantent et hanteront à jamais son œuvre.Le Devoir Cet entretien s\u2019est déroulé à Paris, à l\u2019invitation des Rendezvous d\u2019Unifrance.La maison intérieure de Jean-Paul Rappeneau Le Louvre contre vents et marées VALÉRIE MACON AGENCE FRANCE-PRESSE À 84 ans, en un demi-siècle de carrière, Jean-Paul Rappeneau a seulement huit longs métrages à son nom.EYESTEELFILM Un portrait poétique signé du plus grand cinéaste russe contemporain.Je suis un homme de la province française.Dix-huit années passées en Bourgogne, en des temps anciens collés à mes souvenirs.J\u2019y repense.Le XIXe siècle a duré là-bas jusqu\u2019aux années 1940 et 1950, avec son univers flaubertien.Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau « » "]
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