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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-05-21, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 1 E T D I M A N C H E 2 2 M A I 2 0 1 6 cet agité du bocal L\u2019édition québécoise donne Louis-Ferdinand Céline à relire et à repenser G U Y L A I N E M A S S O U T R E I l y a 25 ans, les Éditions 8, de Québec, lançaient deux collections, «Contemporains» et «Anciens».Denis Va- nier inaugurerait l\u2019une, Jean-François Marmontel, décédé en 1799, l\u2019autre.Le catalogue grossit rapidement, jusqu\u2019à ce qu\u2019en 2007 Rémi Ferland, le fondateur de la maison, découvre Louis-Ferdinand Céline, ses romans et ses infâmes pamphlets.En 2012, les droits s\u2019éteignaient, entre autres ceux du manuscrit de Voyage au bout de la nuit (Denoël et Steele, 1932), acquis en 2001 au terme d\u2019une saga par la Bibliothèque nationale de France.Éditer Céline au Québec devenait possible, et Régis Tettamanzi, spécialiste nantais, accepta de recueillir le pire.Écrits polémiques devint un succès des Éditions 8.Un colloque universitaire s\u2019ensuivit dès 2013, autour de cette question brûlante : comment soutenir le ressentiment de ces pamphlets, la haine antisémite et entêtée de Céline, dont le scandale ébranla les belles-lettres, braise d\u2019un révisionnisme et d\u2019un racisme au regain d\u2019actualité?Il fallait af fronter l\u2019essentiel.Si bien qu\u2019en 2016, les Éditions 8 livrent à la fois un vade- mecum intellectuel de l\u2019odieux Céline, Les pamphlets de Céline: lectures et enjeux, et son chef- d\u2019œuvre, Voyage au bout de la nuit, édition critique du manuscrit.Parallèlement aux enjeux politiques en France autour de sa mémoire, on allait repenser au Québec, d\u2019un même geste éditorial, l\u2019origine de son succès et de son délire.Lire Céline Le Juif chez Céline est-il un amalgame des fixations sexuelles de l\u2019auteur, ce déchet dont le narrateur se repaît dans une omnipuissance délicieuse?Faut-il trouver là une idée?Un traumatisme?Le pamphlet est- il un exutoire, une téméraire logorrhée, où liberté de tout dire et tyrannie s\u2019égalent par on ne sait quel sophisme, quelle injure ou quelle acmé?Céline a été à tout le moins un maniaque mélancolique.«Le pamphlet comme compensation barnumisée de l\u2019écrivain humilié», écrit Paul Bleton, soulignant ses sources faillibles, peut-il déclencher notre rire, relevant de l\u2019humour ravageur de son écriture?L\u2019outrance de Bagatelle pour un massacre (Denoël et Steele, 1937) l\u2019interdit.Pourtant, ce «prophète antijuif enragé, bouffon, lyrique, possédé.Forcené » de Mort à crédit (Denoël et Steele, 1936), écrit Anne Élaine Cliche, a expérimenté la matière brute de son écriture frénétique dans Voyage, roman unanimement louangé d\u2019entre ses délires.Le vindicatif Céline, collaborationniste, anarchiste de droite, raciste et misogyne, mais antimilitariste, entache son nom d\u2019opprobre, et aucun de ses quatorze lecteurs universitaires ne l\u2019exempte du pire.Sa propension à pasticher, à se moquer, à caricaturer, à exagérer, ne blanchira pas sa mémoire.Même s\u2019il innova dans Voyage, en donnant vie à un petit peuple sous- représenté en littérature, ses écrits antisémites ne peuvent être dits relever du burlesque.Scélérat il demeure.La charge des mots Il ne s\u2019est jamais dédit ni excusé, et il a payé ses frasques littéraires \u2014 prison, exil, destitution de ses droits.Paranoïaque, le médecin Destouches se soi- gna-t-il dans l\u2019abjection et l\u2019insulte, la plainte et la hargne ?Par son écriture, il s\u2019identifia à la haine colportée, creusée à l\u2019os jusqu\u2019à ce que naissent, dans un crissement de plume, les «dégénérés» où cristalliser son amplification sauvage.Dégénérés.Ce terme de Mea culpa (Denoël et Steele, 1936) eut la for tune nazie qu\u2019on sait.Pour se disculper après la guerre, sans quitter sa posture de violence désespérée, Céline renchérit sur l\u2019obsession de l\u2019abject, à même son procès.Sa réponse à Jean-Paul Sartre, en 1948, qu\u2019il traite d\u2019« agité du bocal » et d\u2019autres qualificatifs graveleux et scatologiques, laisse pantois sur son propre état.Sa trilogie D\u2019un château l\u2019autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (tous chez Gallimard, 1969) éclaire pourtant « l\u2019écriture agonique », selon Dominique Garand.Il y voit Céline mettre en scène un échec.Jo- hanne Bénard défend l\u2019idée de la volte-face célinienne, expliquant qu\u2019aux pires pages il endosse le point de vue du persécuteur et du persécuté, « double embrayage» caractéristique de ses pamphlets.C\u2019est aussi loin qu\u2019on puisse aller dans « le retour du refoulé », ce masochisme extrême de son langage et de sa pensée.Deux gros cahiers manuscrits En 1968, sa maison de Meu- don a brûlé, détruisant bien des manuscrits.Mais Céline est sorti de l\u2019enfer grâce à Tel Quel, où on l\u2019a rangé parmi les écrivains du Mal.Et Philippe Muray, au début des années VOIR PAGE F 2 : CÉLINE Portraits de Paula M.Becker par Darrieussecq Page F 4 Maïakovski, poète, révolutionnaire, amant et suicidé Page F 5 Céline, L\u2019existence, ça vous tord et ça vous écrase la face.Les pauvres sont fadés.La misère est géante, elle se sert pour essuyer les ordures du monde de votre figure comme d'une toile à laver.Voyage au bout de la nuit Louis-Ferdinand Céline « « TIFFET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 1 E T D I M A N C H E 2 2 M A I 2 0 1 6 L I V R E S F 2 M A R I E F R A D E T T E S i la faillite de La cour te échelle a ébranlé le milieu de l\u2019édition en 2014, elle n\u2019a pas découragé les plus ardents.Alice Liénard, ancienne éditrice à ladite maison, en est.Avec Valérie Picard, anciennement directrice à la création à La cour te échelle, elle a eu l\u2019idée de fonder Monsieur Ed, une nouvelle maison dont le premier titre vient tout juste de paraître.Mais par quel bout commencer pour raconter ce Méchant qui voulait être pire ?Parce que, disons-le, la narration n\u2019y a rien de régulier.Il y a d\u2019abord l\u2019histoire des villageois, embêtés par Crâââ, le méchant, l\u2019antihéros, « le grand cow-boy aux jambes crochues et aux mains poilues», et l\u2019histoire que ce méchant rêve d\u2019avoir.Exaspéré d\u2019être toujours le perdant, il espère que le vent tournera en sa faveur.Coincé à la page 38 de son récit, il réfléchit installé à côté du mot « FIN ».Comment faire pour sortir enfin gagnant de ce perpétuel et sempiternel combat entre gentils et méchants?L\u2019histoire reprend de plus belle, Crâââ est plus méchant que jamais, les Blanchevillois sombrent à nouveau dans la terreur, jusqu\u2019à ce que les trois héros du village tentent encore de mettre fin à son petit jeu.Jeu de codes Si, par sa forme, ce roman illustré s\u2019éloigne des codes de la bande dessinée, les personnages typés \u2014 le truand et les justiciers en tête \u2014, le décor inspiré du Far West, le trait caricatural de Richard Écrapou \u2014 pseudonyme qui change selon l\u2019humeur de l\u2019illustrateur \u2014, le jeu fait avec la calligraphie, tous ces éléments tendent vers le genre.D\u2019ailleurs, bien que revisité, l\u2019univers de Lucky Luke ne peut échapper à l\u2019œil averti du lecteur.Les personnages ont toutefois inversé les rôles : le bon prend la forme de trois redresseurs de torts, en l\u2019occurrence Tom, Bill et le classique Jo, alors que le truand, terrible fumeur non pas de brins de foin, ni même de cigarettes, mais de cigares, est accompagné d\u2019un cheval qui fume autant que lui.Le clin d\u2019œil est amusant et, si dans l\u2019ensemble la lecture a ce qu\u2019il faut pour dilater la rate des jeunes amateurs de cow-boys et autres westerns, quelques stéréotypes sont su- rutilisés, notamment la puanteur du méchant, persistante à chacune des pages, représentée par des nuages de fumée verdâtre ou par des mouches tournoyant bêtement autour de la crapule.Malgré ce cliché, le texte reste accrocheur, grâce à l\u2019humour et au jeu narratif qui dynamise le récit.Cette petite maison qui ne produira que quatre ou cinq titres par année, comme le mentionne l\u2019éditrice, «privilégie les histoires qui transcendent l\u2019ordinaire, suscitent le rire ou les larmes et invitent au songe.Monsieur Ed, qui veut également partager son goût pour la diversité et la multiplicité de la création en travaillant avec des auteurs et illustrateurs d\u2019ici et d\u2019ailleurs, produira dif férentes formes de livres illustrés tant pour la jeunesse que pour les adultes ».À suivre.Collaboratrice Le Devoir LE MÉCHANT QUI VOULAIT ÊTRE PIRE MÉCHANT FAR WEST, TOME I Marthe Pelletier et Richard Écrapou Monsieur Ed Montréal, 2016, 128 pages LITTÉRATURE JEUNESSE M.Ed dans le méchant Far West 1980, lui rend grâce de son refus, poussé aux limites, d\u2019enchanter le monde par la littérature.L\u2019édition des détails de la transformation manuscrite du Voyage au bout de la nuit nous rapproche de Céline.Au terme de milliers de reprises, ajouts et reformulations, la «dynamique de l\u2019écriture» contredit l\u2019idée reçue de son naturel.S\u2019il y a naturel, il est instable, ses chemins paraissant obliques, ses intentions premières, doublées de procédés obvies \u2014 un comble de créativité bien à lui.Une telle édition, savante, nécessite des relevés rigoureux, une méthodologie de déchiffrement et de transcription et des codes d\u2019édition sans faille, exploits qui assurent au texte la lisibilité de l\u2019édition courante tout en donnant accès au chantier.L\u2019éditeur Tettamanzi a donc fourni un gigantesque travail, rendu dans la typographie claire et légère des Éditions 8.Une vingtaine de fragments, aisément repérables, figurent en annexe.Cent vingt-cinq notes complètent cette édition critique, ef fi- caces pour comprendre Céline se référant à son temps.Tentation de lire ou envahissement nocif ?L\u2019épreuve des contre-valeurs mérite ce périlleux exercice.Collaboratrice Le Devoir VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT SEUL MANUSCRIT Édition établie, présentée et annotée par Régis Tettamanzi Éditions 8 Québec, 2016, 574 pages LES PAMPHLETS DE CÉLINE LECTURES ET ENJEUX Sous la direction de Johanne Bénard David Décarie et Régis Tettamanzi Éditions 8 Québec, 2016, 334 pages SUITE DE LA PAGE F 1 CÉLINE MONSIEUR ED Mais par quel bout commencer pour raconter ce Méchant qui voulait être pire?Parce que, disons-le, la narration n\u2019y a rien de régulier.Céline, l\u2019auteur et l\u2019étudié On trouve les huit romans de Louis-Ferdi- nand Céline dans La Pléiade et onze Cahiers à la NRF.L\u2019auteur inspire aussi quantité de productions, dont À travers Céline, la littérature, Henri Godard (Gallimard, 2014).Récits d\u2019éditeur et essai sur l\u2019œuvre.Essentiel.La cavale du Dr Destouches, texte de Christophe Malavoy, dessins de Paul et Gaëtan Brizzli (Futuropolis, 2015).Bande dessinée dédiée à Lucette Destouches.Comédie française, Fabrice Luchini (Flam- marion Québec, 2016).Témoignage de l\u2019acteur ayant déclamé Voyage au bout de la nuit.Vers la nuit, Isabelle Bunisset (Flammarion).Monologue romancé de Céline, objet de sa thèse. O n croyait tout savoir sur elle.Sur la fascination et la détestation qu\u2019elle a exercées de son vivant, que son œuvre a provoquées.Marguerite Duras, morte le 3 mars 1996 à l\u2019âge de 81 ans, revient en quelque sorte d\u2019entre les morts.On croirait l\u2019entendre, la voir, dans Le dernier des métiers, qui regroupe les principaux entretiens qu\u2019elle a donnés pour l\u2019écrit, la radio et la télé, entre 1962 et 1991.On retrouve l\u2019écrivaine en train de construire son œuvre, tandis qu\u2019elle tend de plus en plus au dépouillement dans sa création.L\u2019impression, dans ces entretiens, d\u2019avoir accès à Marguerite Duras en mouvement, à sa parole vivante.Avec ce que cela comporte d\u2019excès, d\u2019égarements, de contradictions, d\u2019enflure, de mégalomanie, d\u2019égocentrisme.Et de doutes.Du fait des interactions, parfois complices, par fois tendues, avec journalistes et intervieweurs, on mesure aussi le traitement médiatique dont son œuvre et elle-même ont été l\u2019objet.Raillée à la fin des années 1960, lors de la parution de son livre Détruire, dit- elle (Minuit) et de la sortie de son film du même titre.Puis, à peu près ignorée pendant plusieurs années, avant d\u2019être encensée pour L\u2019amant (Minuit), qui lui vaudra en 1984 le Goncourt, à 70 ans.Le style Duras À ce titre, la longue entrevue qu\u2019elle a accordée en direct à Bernard Pivot sur le plateau d\u2019Apostrophes peu après la sortie du roman qui allait la rendre riche et célèbre se révèle une pièce d\u2019anthologie.Marguerite Duras s\u2019y confie avec une franchise désarmante.À propos de son enfance en Indochine, de sa mère folle ruinée par les agents coloniaux qui lui avaient vendu une terre incultivable, de son frère voyou, de son petit frère tant aimé, de son amant chinois\u2026 de son mari déporté dans un camp nazi aussi, de la Shoah.Et de son alcoolisme : «Vous savez, on boit parce que Dieu n\u2019existe pas.Il est remplacé par l\u2019alcool.» Mais c\u2019est sans doute quand Bernard Pivot l\u2019interroge sur son écriture comme telle, sur son style, celui qu\u2019elle adopte dans L\u2019amant, en particulier, que les propos de l\u2019écrivaine sont les plus captivants.Alors qu\u2019il insiste sur le pouvoir de séduction, le magnétisme exercé par le style du roman, elle laisse tomber : « Du style, je ne m\u2019en occupe pas, là.Dans le livre.Je dis les choses comme elles arrivent sur moi.Je fais le geste, oui c\u2019est ça.Comme elles m\u2019attaquent, si vous voulez.Comme elles m\u2019aveuglent.Je pose des mots beaucoup de fois.Des mots d\u2019abord, voyez ?C\u2019est comme si l\u2019étendue de la phrase était ponctuée par la place des mots.Et que par la suite, la phrase s\u2019attache aux mots, les prend et s\u2019accorde à eux comme elle peut.Mais que moi, je m\u2019en occupe infiniment moins que des mots.» Plus loin, Pivot parle de miracle.Il dit trouver étonnant qu\u2019avec son style « un peu bizarre, un peu singulier», elle en ar rive à dire les choses « d\u2019une manière juste, précise, rapide ».Duras parle alors d\u2019écriture courante, de ce qu\u2019elle entend par là : « [\u2026] je dirais écriture presque distraite, qui court, qui est plus pressée d\u2019attraper des choses que les dire, voyez-vous.Mais je parle de la crête des mots.C\u2019est une écriture qui courait sur la crête pour aller vite, pour ne pas perdre, parce que quand on écrit, c\u2019est le drame, on oublie tout, tout de suite.Et c\u2019est affreux quelques fois.» Il faut lire aussi l\u2019entretien que Marguerite Duras a accordé dix ans plus tôt à Jean- Louis Ezine pour Les Nouvelles littéraires.L\u2019intervieweur, limite agressif, lui cherche noise dès le début de l\u2019entretien.Puis, peu à peu, c\u2019est l\u2019écrivaine qui prend le dessus, comme en témoigne l\u2019extrait qui suit.Ezine : « On ne sait plus très bien qui vous êtes, Marguerite Duras.» Duras: «Tant mieux\u2026» Ezine : « Depuis mai 1968.» Duras : «Pourquoi mai 1968?» Ezine : « Vous avez radicalement changé votre manière d\u2019écrire.» Duras : « Vous parlez de Détruire\u2026 C\u2019est un livre politique.Qui exprime je crois mai 1968.Il a été pris d\u2019ailleurs comme ça par la jeunesse.» Ezine : « Ce qui m\u2019inquiète, c\u2019est que lorsque vous démolissez, il ne reste aucun projet apparent\u2026» Et là, Duras de lui river son clou : « [\u2026] Ce que je voudrais que vous cassiez , vous par exemple, c\u2019est une cer taine habitude d\u2019interrogation, un peu faite, un peu mécanique.\u201cQuelle était votre intention en\u2026 ?\u201d, \u201cQu\u2019entendez-vous par\u2026 ?\u201d, \u201cVoulez-vous parler un peu de\u2026 ?\u201d, comme si on pouvait parler un peu.On parle ou on se tait.La destruction pour moi est à l\u2019intérieur.Vous le savez d\u2019ailleurs.Ce que je peux vous dire de plus sérieux, c\u2019est que je ne fais plus partie d\u2019aucune formation politique, et que je suis infiniment plus politique qu\u2019avant.Je ne suis pas enfouie sous les mots d\u2019ordre de détails.» Il y a des redites, bien sûr.On n\u2019est pas obligé de tout lire.On peut choisir.Mais cet ouvrage peut très bien servir de moteur à inspiration, de réser voir à réflexions.Et d\u2019initiation à l\u2019univers de l\u2019écri- vaine.Ce qui ressor t de l\u2019ensemble des entretiens, c\u2019est à quel point Duras a une parole libre.Et une façon bien à elle de voir le monde, de concevoir notre rapport au monde: «On nous a appris depuis l\u2019enfance que tous nos efforts devaient tendre à trouver un sens à l\u2019existence qu\u2019on mène, à celle qu\u2019on nous propose.Il faut en sortir.Et que ce soit gai.» La place du désir On retiendra aussi à quel point l\u2019écriture pour elle a été l \u2019obsession d\u2019une vie.Dès 1964, peu après la sor tie de son roman-culte Le ravissement de Lol V.Stein (Gallimard), à la question : « Vous n\u2019êtes jamais fatiguée d\u2019écrire ?», elle répond : « Si.C\u2019est le dernier des métiers.» Il y a l\u2019écriture, mais il y a la passion aussi, le désir : «La vie d\u2019un écrivain n\u2019existe pas, lâche Duras en 1988.L\u2019écrit remplace tout.Je suis pas allée en Inde, j\u2019ai pas fait le tour du monde, je\u2026 La chose devant laquelle je n\u2019ai pas reculé ce sont les aventures, passionnelles.Mais c\u2019est parce qu\u2019elles étaient aussi fortes que les livres, qu\u2019elles finissaient par\u2026 et qu\u2019elles se posaient en termes d\u2019urgence, toujours.Le livre peut-être pouvait attendre, mais pas le désir, pas la passion\u2026» Pour éclairer autrement l\u2019œuvre de Duras, on lira Tu ne feras pas d\u2019image, d\u2019Anne Élaine Cliche.Ouvrage pointu, universitaire, qui scrute aussi les textes de Nathalie Sarraute et de Pierre Guyotat.Ces trois écrivains, d\u2019emblée considérés comme difficiles, ont en commun, selon l\u2019auteure, « une tonalité pour ne pas dire une violence qui témoigne de la volonté de renoncer à l\u2019image en tant qu\u2019elle voile ou nie le bruissement de la langue et la tension du vivant».C\u2019est à la lumière de la psychanalyse et du judaïsme que l\u2019essayiste québécoise analyse leurs créations, leurs processus créateurs.Si l\u2019on sourcille parfois devant ce qui pourrait ressembler à une grille plaquée sur les œuvres, on retiendra entre autres ceci à propos de Marguerite Duras, de son cinéma décalé, en voix hors champs, poussant l\u2019audace jusqu\u2019à l\u2019écran noir, et de son rapport au désir : « Le renoncement à représenter, d\u2019ailleurs énoncé à plusieurs occasions comme un devoir envers l\u2019intelligence du spectateur, s\u2019impose à Duras dans la mesure où ce qui est visé par son œuvre, c\u2019est la mise à découvert du désir comme épreuve irréductible, voire indépassable.» LE DERNIER DES MÉTIERS ENTRETIENS 1962-1991 Marguerite Duras Textes réunis, transcrits et postfaces par Sophie Bogaert Seuil Paris, 2016, 448 pages TU NE FERAS PAS D\u2019IMAGE Anne Élaine Cliche Quartanier Montréal, 2016, 380 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 1 E T D I M A N C H E 2 2 M A I 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vi Kim Thúy/Libre Expression 1/6 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 2/5 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 3/5 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 8/4 Père et mère tu honoreras Jean-Pierre Charland/Hurtubise 5/5 Tout mon temps pour toi Maxime Landry/Libre Expression 4/4 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan \u2013/1 La Bête et sa cage David Goudreault/Stanké 9/2 Les secrétaires \u2022 Tome 3 Station Bonaventure Marylène Pion/Les Éditeurs réunis 6/3 Robe soleil et bottes de pluie Johanne Pronovost/Mortagne \u2013/1 Romans étrangers La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 1/8 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès \u2013/1 Sans nouvelles de toi Joy Fielding/Michel Lafon 3/2 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 2/14 La carrière du mal Robert Galbraith/Grasset \u2013/1 Congo requiem Jean-Christophe Grangé/Albin Michel \u2013/1 Indécence manifeste David Lagercrantz/Actes Sud \u2013/1 Purity Jonathan Franzen/Boréal \u2013/1 Le mystère Henri Pick David Foenkinos/Gallimard \u2013/1 Le club des miracles relatifs Nancy Huston/Actes Sud \u2013/1 Essais québécois Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 8/2 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier \u2013/1 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 1/6 Le piège Énergie Est.Sortir de l\u2019impasse des.Éric Pineault | David Murray/Écosociété 2/3 L\u2019affaire Turcotte Catherine Dubé/Rogers 3/6 Mon combat pour sauver Raïf Badawi Ensaf Haidar/Archipel 5/2 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 7/31 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété 10/5 Différence et liberté.Enjeux actuels de l\u2019éducation.Georges Leroux/Boréal \u2013/1 La dure école Normand Baillargeon/Leméac 4/7 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/17 Justice Michael J.Sandel/Albin Michel \u2013/1 Antispéciste.Réconcilier l\u2019humain, l\u2019animal.Aymeric Caron/Don Quichotte \u2013/1 Penser l\u2019islam Michel Onfray/Grasset 3/3 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 4/13 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL 5/10 Sonnez, merveilles! Kent Nagano | Inge Kloepfer | Isabelle Gabolde/Boréal 8/2 Murmures à la jeunesse Christiane Taubira/Philippe Rey \u2013/1 Quelle sorte de créatures sommes-nous?.Noam Chomsky/Lux 2/7 Nous sommes tous des féministes Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 9 au 15 mai 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Fonds universitaires : \u2022 Littérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022 Pléiade Art québécois et international Livres d\u2019art et livres d\u2019artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 ESPACE LOCATIF DISPONIBLE L I B R A I R I E G A L E R I E Derrière l\u2019image Vingt ans après sa mort, Marguerite Duras intrigue encore D O M I N I C T A R D I F L e gynandromorphisme se définit par la présence simultanée chez un insecte de caractères sexuels mâles et femelles.Tirésias, médecin de profession, est-elle un insecte?Pour l \u2019 instant, pas encore.« Au milieu de la nuit, elle perd par fois ses seins et redevient l\u2019homme qu\u2019elle a toujours pensé être.Sa sexualité est clignotante.Son sexe est aléatoire», explique le narrateur de La chambre Neptune, nouveau roman de Bertrand Laverdure.Il/elle \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019on désignera le personnage tout au long du livre \u2014 se réfugie dans la poésie à la mor t de Sandrine, petite fille de onze ans et résidente forcément temporaire de la maison Émi- lie-Dickinson, un centre de soins palliatifs pédiatriques.Elle est «une terre abandonnée aux désastres », laissée seule à sa fa t igue , aux machines et aux opiacées.Son père, recherchiste à la télé, et sa mère, vir tuose de la viole de gambe terrassée par la folie, ont tous deux, à leur manière, déserté ce monde.En se collant en alternance à chacun de ces quatre personnages, Laverdure voyage à travers toute une constellation de lieux et de milieux, souvent entrelacés à la manière d\u2019un roman choral, mais aussi parfois simplement juxtaposés.S\u2019il réfléchit tout du long à la nature fluctuante de l\u2019identité, l\u2019auteur se garde de souligner à trop gros traits ce qu\u2019il tente de dire en racontant coup sur coup le Printemps érable, la maladie de Sandrine et les « clignotements » sexuels de Tirésias, orchestrant ses contrepoints avec un goût cer tain pour l\u2019énigme, qu\u2019alimente largement l\u2019évocation de nombreux événements liés à l\u2019actualité.Le roman comme exercice de curation Contre -exemple par fa i t d\u2019une narration derrière laquelle son auteur tenterait de se camoufler, La chambre Neptune se déploie comme un recueil de récentes notes de lecture et de réflexions de Bertrand Laverdure.Plusieurs scènes lui ser vent ainsi de tremplin pour gloser autour d\u2019une œuvre (Tom est mort de Marie Darrieussecq, Folio, 2009, ou Sourires de la poète québécoise Dominique Robert, Les herbes rouges, 1997) ou d\u2019un sujet (la place de la littérature à la télé, le rôle d e l a m u s i q u e p o p d a n s l\u2019épanouissement émotif des adolescents, l \u2019impact de la logique olympique sur notre vie économique, le génocide rwandais, alouette).La bonne nouvelle : Bertrand Laverdure est un lecteur tout aussi curieux que sagace.Bien que son livre tienne parfois davantage de la série de brefs essais que du roman, la singularité de son écriture repose précisément sur la vasti- tude de ses intérêts.L\u2019art romanesque s\u2019apparente ici à un exercice de curation et l\u2019existence, à une éternelle rencontre avec le savoir.C\u2019est néanmoins lorsqu\u2019il revient à son programme principal et nomme l\u2019impuissance de la science face aux ténèbres que l\u2019écrivain signe ses plus lumineuses pages.« À quelle heure meurt-on?Aucun médecin sérieux ne peut répondre à cette question.[\u2026] Entre tout de suite et jusqu\u2019à trois jours, entre deux heures et demie et trente heures, entre une nuit et deux jours, entre maintenant et plus de quarante-huit heures, la mort joue à cache-cache avec toutes les données, trickster absolue, mesurant notre inconnaissance des processus de l\u2019agonie, narguant le pouvoir médical.» Retenons cette idée vivifiante : la poésie et la médecine devraient, dans le meilleur des mondes, pacifier notre rapport au plus grand mystère qui soit, celui de notre finitude.Collaborateur Le Devoir LA CHAMBRE NEPTUNE Bertrand Laverdure La Peuplade Chicoutimi, 2016, 234 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Les clignotements sexuels DANIELLE LAURIN JACQUES GRENIER LE DEVOIR On croirait entendre Marguerite Duras dans Le dernier des métiers. G U Y L A I N E M A S S O U T R E P aula Modersohn-Becker (1876-1907) nous était inconnue, de même que Charlotte Salomon racontée par David Foenkinos en 2014.Née en 1876 à Dresde, artiste pré-expressionniste, Moder- sohn-Becker est morte à 31 ans, laissant plus de 700 toiles et un millier de dessins, réalisés d a n s l e m o u v e m e n t d \u2019 u n retour à la nature, près de B r ê m e , à Wo r p s w e d e e n Allemagne du Nord.Marie Darrieussecq découvre cette artiste, amie de Rainer Maria Rilke.Il est amoureux d\u2019elle, ainsi que de son amie Clara, sculpteure, elle aussi méconnue, qu\u2019il épouse finalement.Darrieussecq se prend d\u2019af fection pour ces femmes qui chavirent entre leurs intuitions, leur senso- rialité et la survie matérielle.Paula épouse un peintre , Otto Modersohn, veuf et plus âgé qu\u2019elle.Le 1er janvier 1900, Paula quitte son bourg, appelée par les courants modernistes de Paris, ville qu\u2019elle élira en dépit de son mariage, de sa grossesse sur venue en 1906 et des influences du groupe de Worpswede.Elle y découvre Cézanne et les Nabis, surtout.Petits pans de vie fragile C \u2019 e s t u n e f e m m e a u d a - cieuse et dédiée à son ar t que l \u2019 écr iva ine nous pré - sente.Après avoir retrouvé sa trace en Allemagne, elle passe en droite ligne sur le quotidien pour s\u2019attacher à son por trai t , en mots aux taches v ives e t chargées d\u2019émotion : « Petite, menue.Les joues rondes.Des taches de rousseur.Un chignon flou, la raie au milieu.» Son titre, Être ici est une splendeur, elle l\u2019emprunte à Rilke, vers des Élégies de Duino.Qu\u2019on pense au petit pan de mur jaune, signature prous- tienne d\u2019Elstir, le peintre d\u2019À la recherche du temps perdu.Darrieussecq suit la peintre et fragmente son approche ; au lecteur de recomposer le puzzle.« La mor t prématurée de Paula, en 1907, l\u2019exempte des massacres à venir.Gauguin, Cézanne, le douanier Rousseau, meurent en 1903, 1906, 1910.Mais eux avaient vécu, eux avaient mené loin leur œu- vre.» Pause.« Paula est une bulle entre deux siècles.Elle peint, vite, comme un éclat.» Paula vient d\u2019une famille éduquée, musicienne, habituée aux voyages.À 20 ans, elle suit des cours de peinture à Berlin.À 21 ans, elle découvre l\u2019ar t simple et décanté des artistes de Worpswede, elle les rejoint, et si son travail autonome y est peu apprécié, elle n\u2019en a cure, car c\u2019est à Paris qu\u2019elle veut attacher son destin.Solitudes brisées Rilke, qui a consacré un livre aux ar tistes de Worps- wede, ne l\u2019a pas mentionnée.Pourtant, grâce à elle il rencontrera Rodin, qui se l\u2019attachera comme secrétaire parisien.Rilke est un déclencheur puissant dans ce milieu « authentique » qui s\u2019élargit.Il a 24 ans, parle dix langues, arrive de Russie lorsqu\u2019il rencontre Paula et son amie Clara.Les liens perdurent.Darrieussecq ressemble à ces femmes \u2014 et, physiquement, aux portraits de Paula Becker \u2014, ou du moins s\u2019identi- fie-t-elle aisément à leurs désirs, à leurs ef for ts gigantesques pour vivre de leur art.Elle parcourt les correspondances, admire les toiles et les poèmes, et en restitue la légèreté.On oublie les dates, car la vie de Paula tient à un fil de quelques années.Les contours deviennent flous, mais pas l\u2019impression.À Par is , l a v ie de Paula est difficile.Elle s\u2019acharne à lutter.Plus son pressentiment que le temps lui est compté est for t, plus elle est intense et productive.« Les femmes ont beaucoup de mal à créer par elles-mêmes, écrit Otto dans son journal.Mme Rilke, par exemple.Elle n\u2019a que Rodin à la bouche.» En 1906, elle croit quitter Otto.L\u2019écrivaine raconte, puis elle évoque ses propres livres : son expérience de la maternité, sa relation de corps à corps avec ses bébés, les progrès de la médecine et les chances de notre époque.Les nazis avaient classé Paula parmi les « dégénérés » ; depuis, les Allemands lui ont rendu grâce.« On peint des femmes » , écrit Dar rieussecq, songeuse, pointant ce qui la frappe : « Et là , a t tent ion : c \u2019 e s t la première fois.La première fois qu\u2019une femme se peint nue.» Elle fait de la place à son tour à Paula M.Becker, mor te d\u2019une embolie pulmonaire après son accouchement.Collaboratrice Le Devoir ÊTRE ICI EST UNE SPLENDEUR VIE DE PAULA M.BECKER Marie Darrieussecq P.O.L Paris, 2016, 152 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 1 E T D I M A N C H E 2 2 M A I 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 JARDINS ET JARDINIERS LAURENTIENS 1 6 6 0 - 1 8 0 0 Creuse la terre, creuse le temps JEAN-PIERRE HARDY s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Fêter la langue FRANÇAISE en 50 courts essais ROMAN FRANÇAIS Les portraits délicats de Paula M.Becker Marie Darrieussecq investit l\u2019art d\u2019une peintre allemande, exposé au Musée d\u2019art moderne de la ville de Paris jusqu\u2019à la fin de l\u2019été C H R I S T I A N D E S M E U L E S C\u2019 était une sorte de pirate des lettres.En cinquante ans d\u2019édition, il avait survécu à des naufrages, traversé une vingtaine de procès, mis au jour quelque 3000 livres.Mort en 2014 à l\u2019âge de 88 ans, Jean- Jacques Pauvert était un anticonformiste impénitent.À quinze ans, en 1942, renvoyé de par tout, il avait fait son entrée comme apprenti vendeur à la librairie Galli- mard, boulevard Raspail à Paris, avant de grimper peu à peu les échelons, de libraire clandestin de livres rares ou interdits jusqu\u2019à éditeur.À 21 ans, il avait donné le ton dans la revue qu\u2019il avait fondée, Palimugre.«Les hommes, un à un, rejoignent leur af fectation dans les troupeaux.Nous, nous sommes les innocents du village.Nous jouons avec les filles, le soleil ou la littérature.Avec notre vie, aussi, à l\u2019occasion.Nous en ferons n\u2019importe quoi plutôt que de la por ter aux grandes machines à tout utiliser.Il est dangereux d\u2019enlever leur part de soleil aux innocents.» Et encore.« Le monde sera bientôt aux mains des polices secrètes et des directeurs de conscience.Tout sera engagé.Tout servira.Mais nous ?Nous ne voulons servir à rien.Nous ne voulons pas que l\u2019on nous utilise.» La revue n\u2019aura pas vraiment d\u2019existence, rappelle Emmanuel Pierrat, avocat de Pau- vert durant les vingt dernières années de la vie de l\u2019éditeur, qui signe Jean-Jacques Pau- vert.L\u2019éditeur en liberté, essai biographique doublé d\u2019un témoignage personnel.Mais c\u2019est devenu un peu le programme de sa propre vie.En publiant en 1947 une édition intégrale de l\u2019Histoire de Juliette de Sade, il deviendra le premier à éditer le divin marquis sous son propre nom.Prélude d\u2019un interminable combat contre la censure et de dix ans de procédures judiciaires, il sera défendu par maître Maurice Garçon, avocat le plus célèbre de son temps, pour essayer d\u2019abattre les piliers d\u2019une justice et de forces policières paternalistes et réactionnaires.Mais Pauvert, c\u2019est aussi Histoire d\u2019O, de Pauline Réage (pseudonyme derrière lequel s\u2019est cachée Dominique Aury pendant trente ans).Autre coup de canon, autre jeu du chat et de la souris avec la censure.Les «bonnes mœurs»?Pauline Réage avait son idée : « Les camps de concentration of fen- sent les bonnes mœurs, et la bombe atomique, et la torture \u2014 la vie tout court of fense les bonnes mœurs, à mon sens, à tout instant, et non pas spécifiquement les diverses manières de faire l\u2019amour.» Biographe de Sade, auteur d\u2019une vaste Anthologie historique des lectures érotiques, éditeur de Guy Debord chez Gallimard, Pauvert était aussi un personnage, tissé d\u2019ambiguïtés, un peu filou et homme à femmes.« On doit à Jean- Jacques Pauvert l\u2019invention des années 60 comme à d\u2019autres la découverte de l\u2019aberration des étoiles fixes », raconte Annie Le Brun, amie et complice.Rapidité de réaction, instinct d\u2019oiseau de proie.Un monument.Collaborateur Le Devoir JEAN-JACQUES PAUVERT L\u2019ÉDITEUR EN LIBERTÉ Emmanuel Pierrat Calmann-Lévy Paris, 2016, 264 pages BIOGRAPHIE Pauvert, aventurier de l\u2019édition MUSÉE D\u2019ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS «On peint des femmes, écrit Darrieussecq, et là, attention : c\u2019est la première fois.La première fois qu\u2019une femme se peint nue.» Autoportrait au sixième anniversaire de mariage de Paula Modersohn- Becker.Détrempe sur carton, 101,8 x 70,2cm Museen Böttcherstrasse, Paula Modersohn-Becker Museum, Brême.C\u2019était aussi un éditeur un peu à l\u2019ancienne.Il faisait partie de cette configuration d\u2019éditeurs qui devaient toujours être un peu filous, comme Tchou, et en même temps d\u2019une gentillesse, d\u2019une intelligence, d\u2019une délicatesse, amoureux fou des livres, il nous montrait sa bibliothèque\u2026 J\u2019en garde un beau souvenir.Annie Le Brun, l\u2019amie de toujours, à propos de Pauvert « » M I C H E L L A P I E R R E «L a langue est une fête parce que notre humanité passe par elle.Elle est aussi une responsabilité et, au Québec, un combat.» Voilà comment Louis Cornellier, chroniqueur au Devoir, livre magnifiquement l\u2019idée maîtresse de son ouvrage Le point sur la langue.Ce qui surprend, puisqu\u2019il s\u2019y montre puriste en fustigeant plusieurs entorses à la grammaire et à l\u2019or tho- graphe.Mais en fait, il sait que la langue « est un miracle » dont on défie l\u2019architecture.C\u2019est en tout cas la tâche et même la vocation de l\u2019écrivain authentique.Cornel- lier le reconnaît chez les poètes qui, par une des mille façons « d\u2019incarner » l\u2019amour de la langue, se plaisent à « se jouer par fois de la norme, non par ignorance mais en connaissance de cause ».L\u2019art d\u2019écrire suppose encore plus de liberté pour tenter de donner aux mots, tout en respectant leur histoire et les règles qui régissent leur combinaison, un sens qu\u2019ils n\u2019ont jamais vraiment eu.Cor- nellier le devine en évoquant la fête et le miracle.Cela ne l\u2019éloigne pas de la grammaire qui, si rébarbative qu\u2019elle soit, a fini par le charmer.Son attitude n\u2019est pas étrangère à celle de l\u2019érudit Ferdinand Brunot (1860- 1938) qui révolutionna l\u2019étude de la langue en démontrant que le français est beaucoup moins le résultat d\u2019une logique éprouvée par les siècles que le fruit d\u2019une longue évolution où l\u2019intuition a la meilleure part.La pureté?Sensible lui aussi à la magie de l\u2019intuition, Cornellier dénonce « l\u2019instrumentalisation du purisme linguistique au profit d\u2019un moralisme langagier suf fisant, dont les tenants prétendaient aimer la langue, alors qu\u2019elle ne leur servait qu\u2019à dominer les autres en les corrigeant et en répandant du même coup un sentiment d\u2019insécurité linguistique ».Ce raisonnement remarquable n\u2019est pas sans rappeler le démolissage en 1932 par Brunot de la Grammaire de l\u2019Académie française, rédigée principalement par Abel Hermant.Ce dernier, qui passa longtemps pour le roi des puristes et l\u2019arbitre acide des mondanités littéraires, fut exclu de l\u2019Académie en 1945 en raison de sa collaboration avec l\u2019occupant nazi.Il s\u2019agit d\u2019un cas extrême d\u2019autoritarisme généralisé pouvant illustrer combien Cornellier a raison de soutenir que des gens très à droite se trompent en disant « que c\u2019est d\u2019abord la baisse de la qualité de la langue qui menace le français au Québec ».La réplique va de soi : une langue s\u2019af faiblit lorsqu\u2019elle perd sa nécessité socio-économique et le remède alors ne peut être que politique.Comme le souligne Cornel- lier, il est urgent d\u2019étendre la loi 101 au niveau collégial pour que les cégeps de langue anglaise cessent « d\u2019angliciser une importante proportion de francophones et d\u2019allophones ».Le français ne restera une fête et un miracle au Québec que s\u2019il s\u2019impose de plus en plus comme un combat quotidien pour l\u2019avenir collectif.Collaborateur Le Devoir LE POINT SUR LA LANGUE CINQUANTE ESSAIS SUR LE FRANÇAIS EN SITUATION Louis Cornellier VLB Montréal, 2016, 192 pages «J e suis un poète talentueux, un révolutionnaire fervent et un amant doué.Ces trois vocations ont beaucoup en commun \u2014 elles se nourrissent les unes des autres, l\u2019énergie générée par une alimente les autres.» Est-ce vraiment Vladimir Maïakovski, l\u2019emblématique poète du futurisme et de l\u2019empire socialiste soviétique, qui s\u2019exprime ainsi ?Ce sont, du moins, les mots qu\u2019Elly Jones, une ancienne maîtresse, lui met dans la bouche, mots eux- mêmes mis dans la bouche d\u2019Elly par le romancier Robert Littell, ancien spécialiste des af faires russes à Newsweek et un des maîtres actuels du roman d\u2019espionnage.Déjà auteur d\u2019un ouvrage remarqué (L\u2019hirondelle avant l\u2019orage, Baker Street, 2009) sur la fascinante et terrifiante relation qu\u2019entretint le poète Ossip Mandelstam avec un amateur de poésie appelé Iossif Staline, Littell, qui a aussi écrit sur la CIA et sur l\u2019affaire Philby, s\u2019intéresse cette fois à une autre espèce de poète, dont Maïa- kovski, chantre jamais repenti de la révolution d\u2019octobre, auteur d\u2019af fiches et de films de propagande et d\u2019un long poème intitulé tout bonnement Vladimir Ilitch Lenine, est demeuré la figure exemplaire.Mandels- tam, par ses épigrammes suicidaires, osa agacer le maître du Kremlin.Chez Maïakovski, on ne trouve que la soumission du talent au glorieux projet d\u2019une nouvelle humanité devant être accouchée par la réingénierie sociale d\u2019un État mué en ange exterminateur.Comme une per version sans retour de la posture de l\u2019ar tiste engagé encore si communément idéalisée de nos jours.L\u2019exaltation lyrique au ser vice de la boucherie totalitaire.«Si j\u2019ai un défaut, c\u2019est celui de ne pas en avoir.Mon drame, c\u2019est que tout ce que je fais, je le fais bien», dit encore le poète par la bouche de cette ancienne maîtresse qui s\u2019exprime elle- même par le truchement du romancier.Le stratagème romanesque de Littell a consisté à inventer R.Litzky, un jeune Américain venu étudier la poésie r usse à l \u2019Université de Moscou, en 1953.En possession d\u2019un dictaphone, appareil apparemment introuvable dans cette économie socialiste d\u2019après-guerre, «il a été engagé pour enregistrer la conversation des quatre maîtresses de Maïa- kovski, réunies pour évoquer leurs souvenirs du Poète\u2026 ».«Ce n\u2019est pas tous les jours, remarque Litzky, qu\u2019un jeune étudiant de Brooklyn, New York, USA, [\u2026] a l\u2019occasion d\u2019entendre quatre Russes délurées parler de leur vie sexuelle.Ça, c\u2019est ce qu\u2019on appelle une éducation!» De fait, l\u2019évocation, par ces actrices de l\u2019histoire diversement aimées du Poète, des aspects les plus intimes de la vie de l\u2019auteur du célèbre Nuage en pantalon, notoirement incapable de garder sa braguette fermée à la vue d\u2019une jolie femme, est aussi épicée qu\u2019instructive quant aux mœurs amoureuses de la nomenclatura culturelle soviétique de l\u2019entre-deux-guerres.Érections / Poésie / Révolution Le dispositif romanesque imaginé par Littell \u2014 ce quatuor de rivales vieillies devenues autant de langues sales qui déshabillent la statue du Poète \u2014 fonctionne à merveille en ce qu\u2019il insuffle à son récit une verve fort divertissante, sans jamais perdre de vue le but poursuivi, qui est de tenter d\u2019épingler la sombre séduction du Poète: à la fois dans la vibration par ticulière de son être énigmatique et impulsif, dans l\u2019arrogance joyeuse et l\u2019énergie désespérée qui émanent de l\u2019homme et de l\u2019œuvre, et dans ses pathétiques contradictions, sa tourmente intérieure.Le Poète serait sans doute, aujourd\u2019hui, diagnostiqué bipolaire, et l\u2019humanité perdrait un mystère de plus.« Ses émotions, constate une autre maîtresse, l\u2019entraînaient en permanence de haut en bas de ces montagnes de glace [\u2026] que le monde nomme encore des « montagnes russes ».Ses colères éclataient comme les bourrasques d\u2019été qui arrivent de nulle part et s\u2019arrêtent tout aussi soudainement\u2026» Pour ventiler une bipolarité, rien de tel que la roulette russe.Suicidaire à la manière d\u2019un Hubert Aquin, qui comme lui lia amour et révolution tels les deux symptômes d\u2019un même Verbe incurable et flamboyant, Vladimir, à au moins deux reprises, sacrifie à ce ri- tuel-flir t avec la mort qui est l\u2019équivalent nihiliste des duels de l\u2019Europe romantique.Sous la machine littéraire qui les organise, les détails biographiques que prodigue Littell sont sans doute, sinon parfaitement authentiques, du moins fidèles au patchwork de légendes et de faits plus ou moins déformés qui entoure tout grand homme et toute grande époque dignes de ces noms.Ainsi, le fameux mano a mano entre Maïakovski et Boris Pasternak, dans un Café du Poète bondé à Moscou, cette «confrontation entre les deux jeunes titans de la poésie russe, à propos du futur du futurisme », figure à n\u2019en pas douter dans les annales littéraires russes de la première moitié du vingtième siècle.Aidé de ses quatre muses, Lit- tell n\u2019en exploite pas moins for t habilement ce choc des esprits du temps, ce combat de coqs de haut vol, pour en dégager les deux grandes conceptions opposées s\u2019offrant à la vocation poétique.« L\u2019artiste est avant tout un artisan, expose Maïakovski, et la littérature avant tout un artisanat, comparable à d\u2019autres occupations socialement utiles.Il s\u2019ensuit donc que la plus haute forme d\u2019activité littéraire est la plus utile socialement, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle participe à la construction du socialisme.Ainsi, l\u2019activité de l \u2019ar tisan-poète -révolution- naire Maïakovski, soit servir son client, l\u2019État prolétarien.» Pour Pasternak, « la poésie futuriste doit servir un plus grand maître que l\u2019État».Ces deux-là sont amis, pour la vie.Ils se prennent à la gorge, versent des larmes de vodka, le public se passionne.Ça se passe en Russie, dans les années 1920.La littérature veut encore dire quelque chose.«Identifie tes causes perdues», demande la dernière maîtresse.«Érections/Poésie/Révolution», répond le poète.Se suicider à 36 ans, en 1930, lui évitera de connaître le sort d\u2019Isaac Babel, autre chantre de la révolution d\u2019octobre que des écrits appréciés du régime et une apparente orthodoxie politique ne pourront sauver des rouages de la Terreur rouge.La roulette russe de Maïakovski était un moindre mal.VLADIMIR M.Robert Littell Traduit de l\u2019anglais par Cécile Arnaud Éditions Baker Street Paris, 2016, 282 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 1 E T D I M A N C H E 2 2 M A I 2 0 1 6 L I V R E S F 5 Soirée QUÉBEC-ÉCOSSE 2 juin à 21 h à la Maison des écrivains Lecture et musique avec Jennifer Williams et James Iremonger, du groupe Opul, Peter Mackay, Rachel McCrum et Ryan Van Winkle (Écosse), ainsi que Stéphane Despatie, Ian Ferrier, Natasha Kanapé Fontaine, Jonathan Lamy et Samuel Mercier Spectacle PLUS HAUT QUE LES FLAMMES de Louise Dupré, 31 mai et 1er juin au Théâtre Outremont, 28 $ et prix UNEQ 25 $ : billetterie 514 495-9944 LANGUE ROUGE : HOMMAGE À FRANCE THÉORET 4 juin à 19 h à la Maison des écrivains Avec José Acquelin, Martine Audet, Véronique Cyr, Carole David, Kim Doré, Louise Dupré, Annie La?eur, Louise Marois, Pol Pelletier, Rodney Saint-Éloi, Chloé Savoie-Bernard et Élise Turcotte ANNE HÉBERT, LE CENTENAIRE Colloque LEÇONS DE TÉNÈBERS, ANNE HÉBERT UN POÈME À LA FOIS : 2 juin de 9 h 30 à 16 h à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal Sous la direction d\u2019Antoine Boisclair avec Véronique Cyr, Carole David, Philippe Drouin, Vincent Lambert, Marie-Andrée Lamontagne, Judy Quinn et Nathalie Watteyne et la comédienne Julie Vincent en lecture Spectacle interdisciplinaire HECTOR ET ANNE 3 juin à 20 h à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal Avec les poètes Nathalie Watteyne et François Hébert, les danseurs Nicoletta Dolce et Isaac Savoie, ainsi que les musiciens Steve Grisé et Philippe Mïus d\u2019Entremont Le centenaire se poursuivra après le Festival : Colloque international du 7 au 9 juin présenté par le Centre Anne-Hébert de l\u2019Université de Sherbrooke et BAnQ.Exposition La détermination d\u2019un regard : archives littéraires d\u2019Anne Hébert et œuvres de de Saint-Denys Garneau 7 juin au 7 août à la Galerie d\u2019art du Centre culturel de l\u2019Université de Sherbrooke 30 MAI AU 5 JUIN 2016 des premières, des événements uniques ! ÇA SE FÊTE ! DÉCOUVREZ LE SOMMAIRE AU WWW.REVUERELATIONS.QC.CA EN KIOSQUES LE 20 MAI Le nuage dans le pantalon ESSAI La langue, miracle et combat Pour Louis Cornellier, puriste éclairé, l\u2019avenir du français au Québec reste politique DOMAINE PUBLIC Vladimir Maïakovski, l\u2019emblématique poète du futurisme et de l\u2019empire socialiste soviétique LOUIS HAMELIN En rangs, prolétaires, pour le dernier corps à corps ! Esclaves, redressez vos genoux pliés ! Armée des prolétaires, dans l\u2019ordre, avance ! Vive la révolution, joyeuse et rapide ! Ceci est la seule et unique grande guerre, de toutes celles que l\u2019histoire ait connues.Extrait de Vladimir Ilitch Lenine, de Vladimir Maïakovski « » L\u2019avenir canadien du français est un cimetière bilingue Extrait du Point sur la langue « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 1 E T D I M A N C H E 2 2 M A I 2 0 1 6 ESSAIS F 6 Normand Cazelais \u2014 É VA G AU T H I E R La voix de l\u2019audace La grande cantatrice canadienne F www.groupefides.com Q uand il a décidé, en 2007, d\u2019envoyer un livre toutes les deux semaines à Stephen Harper (101 lettres à un premier ministre, XYZ, 2011), le romancier Yann Martel disait vouloir, par ce geste, faire comprendre au premier ministre ce qui donne sens à la « civilisation canadienne», ce qui constitue les fondements de l\u2019expérience humaine, bien avant le développement économique, qui ne devrait être considéré que comme un moyen au service d\u2019une fin supérieure.D\u2019aucuns, à l\u2019époque, ont raillé l\u2019entreprise de Martel en qualifiant ce dernier d\u2019artiste rêveur, niaisement étranger aux « vraies affaires ».L\u2019écrivain avait pourtant un grand prédécesseur : John Maynard Keynes.Le plus célèbre économiste du XXe siècle a rêvé, sa vie durant, de voir s\u2019ef facer le « problème économique » afin que l\u2019humanité puisse enfin se consacrer à «d\u2019autres affaires d\u2019une portée plus grande et plus permanente », comme les arts et la science, ainsi que l\u2019explique l\u2019économiste Ia- nik Marcil en préface à L\u2019âge économique, un recueil d\u2019essais de Claude Vaillancourt.«Dans ce futur radieux, continue Marcil, les économistes auraient donc un modeste rôle technique et n\u2019occuperaient pas la place démesurée que ces spécialistes ont aujourd\u2019hui dans l\u2019espace public.» Une dangereuse obsession Romancier, professeur de littérature au collégial, président d\u2019Attac-Québec (Association pour la taxation des transactions financières et pour l\u2019aide aux citoyens) et collaborateur à la revue de gauche À bâbord !, Claude Vaillan- court fait le triste constat, dans L\u2019âge économique, de l\u2019échec du rêve keynésien.Dans notre monde, l\u2019économie, qui devrait être une science modeste et «un aspect particulier de la politique ou de la vie en société », est devenue « une puissance, une force incontournable, une vérité indéniable à laquelle on doit tout sacrifier, la seule voie de la raison, une façon unique de penser, une logique froide et implacable qui guide les moindres décisions, un système qui s\u2019applique désormais dans toutes les sphères de notre vie, une obsession ».Pire encore, l\u2019économie qui domine n\u2019est pas la science en débat de l\u2019art de gérer la richesse, mais la seule version dite néoclassique ou ultralibérale de cette science qui impose, résume Ianik Marcil, « la domination sans partage de la valeur commerciale» et « la prépondérance du calcul économique qui s\u2019immisce dans toutes les sphères de notre vie».Les accords de commerce libre-échangistes donnent le pouvoir aux entreprises dans les relations internationales et, quant aux réglementations nationales, le monde de l\u2019art est soumis à la logique marchande qui veut que « les films, la musique et les livres s\u2019évaluent selon les ventes», l\u2019univers scolaire subit d\u2019incessantes évaluations de type managérial, «même la vie intime, l\u2019amitié, les émotions et les idées doivent obéir à la loi des chiffres» sur les réseaux sociaux.Au mépris des inégalités sociales qui grimpent et des inquiétudes environnementales, «l\u2019enrichissement des individus, la consommation, l\u2019exploitation des ressources naturelles et la croissance s\u2019accomplissent de façon exponentielle dans une multiplication constante, sans que l\u2019on envisage rien de sérieux pour stopper ce mouvement fou», se désole Vaillancourt.La gauche a raison L\u2019essayiste se doute bien que certains esprits terre à terre lui demanderont de quoi il se mêle.Dans cet âge économique qu\u2019il dénonce, en effet, les écrivains sont d\u2019abord sommés de divertir, pour « permettre aux gens d\u2019oublier les temps dif ficiles », et sont exclus des débats publics, monopolisés par les experts.Or, Vaillan- court ne désarme pas et entend assumer pleinement son statut d\u2019intellectuel.«Ce regard curieux, généraliste, celui d\u2019un bon sauvage de la pensée, peut-être, est tout aussi per tinent au- jourd\u2019hui, et en particulier au Québec où l\u2019on cherche à l\u2019éliminer», écrit-il.Dans de courts essais toujours clairs, rédigés avec fougue et élégance, Vaillancourt fait le tour de la situation avec la conviction que « la gauche est dans le vrai » parce que « toutes ses prises de position sont dans l\u2019intérêt de la collectivité plutôt que dans celui de l\u2019individu, sans négliger cependant d\u2019assurer l\u2019épanouissement et la liberté des citoyens».Il critique sans ménagement l\u2019arrogance des avocats au service des puissants qui s\u2019enrichissent en rédigeant des traités internationaux conçus pour soumettre les populations au pouvoir des compagnies et en harcelant les insoumis (Claude Robinson, Alain Deneault, Gabriel Na- deau-Dubois).Il s\u2019en prend, de même, au principe de la philanthropie, ce spectacle de la charité aléatoire par lequel les riches, au lieu de payer leur juste part d\u2019impôt, se refont une vertu morale.Les essais que Vaillancourt consacre à la situation de la culture dans l\u2019âge économique sont corrosifs.On a fait de la culture, écrit-il, un banal « divertissement sophistiqué » en laissant toute la place à un art industriel standardisé, consensuel et prévisible qui étouffe l\u2019art populaire et l\u2019art savant.On le constate dans la transformation de la chaîne culturelle de Radio-Ca- nada en Ici musique, qui ne distille «qu\u2019un paisible ronron » infantilisant, et dans la récupération hollywoodienne de certains de nos plus talentueux cinéastes, plus obsédés par la gloire que par un ar t véritable, c\u2019est-à-dire dérangeant, révélateur et critique.Le message central de ce fort recueil d\u2019essais est troublant : l\u2019économie, qui ne devrait être qu\u2019un tremplin vers des fins humaines plus élevées, est devenue, sous la férule de gourous cupides et mesquins, notre nouvelle religion.louisco@sympatico.ca L\u2019ÂGE ÉCONOMIQUE Claude Vaillancourt M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2016, 192 pages Claude Vaillancourt contre la religion économique C L A U D E L É V E S Q U E C\u2019 est l \u2019h is to i r e d \u2019A laa , d\u2019Hussan et d\u2019Amar, trois hommes qui ont fui la Syrie et qui tentent d\u2019atteindre l\u2019eldorado européen.Comme tant d\u2019autres.Wolfgang Bauer, un Allemand diplômé en études islamiques qui pratique le journalisme à la pige, a entrepris de doter ces trois amis de visages et de personnalités, faute de pouvoir les appeler par leurs vrais noms, pour des raisons liées à la sécurité des familles.Alaa, Hussan et Amar réussiront dans leur équipée risquée et mouvementée, les deux premiers aboutissant en Suède, le troisième en Allemagne.Ils font partie des chanceux parmi les centaines de milliers de Syriens qui tentent l\u2019aventure.Plus de 400 ont péri en mer Égée depuis le début de 2016, à l\u2019instar du petit Alan Kurdi, qui a ému l\u2019opinion et les chancelleries en septembre dernier.De nombreux autres ont été refoulés à une étape ou l\u2019autre de leur périple.Le groupe suivi par Wolfgang Bauer a choisi de partir de l\u2019Égypte pour atteindre son but.La traversée d\u2019Alexandrie jusqu\u2019en Italie est plus longue que celle qui permet de passer de la Turquie à la Grèce, mais l\u2019avantage est que les bateaux sont plus gros et en meilleur état.En outre, il est ensuite plus facile d\u2019accéder à l\u2019Europe du Centre et du Nord depuis l\u2019Italie que depuis la Grèce.Cette traversée est également plus sûre que celle qui consiste à franchir les bras de mer qui séparent la Libye ou la Tunisie de la Sicile.Les Syriens qu\u2019accompagnent l\u2019auteur et son ami photographe, qui cachent leur véritable état aux passeurs et aux autres passagers, sont issus de la classe moyenne.Ils ont réussi à se rendre en Égypte, où les attendent les maillons de la lucrative chaîne des trafiquants, qui doivent en principe leur fournir un passage vers l\u2019Italie sur un bateau à peu près fiable, moyennant plusieurs milliers de dollars.On découvre à quel point cet univers est rempli d\u2019escrocs et de menteurs.Les conflits et la misère constituent autant d\u2019occasions qui font les larrons.Entre autres péripéties, le groupe qui nous intéresse se fait en quelque sorte «kidnapper» pendant quelques jours à Alexandrie par ce qui paraît être un gang concurrent.Quand ils finissent par quitter la plage à la faveur de la nuit sur des chaloupes à moteur devant en principe les mener vers le «bateau mère», cela se fait dans le plus grand désordre.Ont-ils pris pied sur ce dernier qu\u2019ils se font aussitôt ordonner de débarquer sur un banc de sable, où ils seront vite recueillis par la garde côtière égyptienne et mis en prison pour tentative illégale de sortie du territoire.Grands déplacements L\u2019auteur est rapidement expulsé vers la Turquie, d\u2019où il est ensuite rapatrié dans son pays.Amar doit lui aussi se rendre à Istanbul tandis qu\u2019Alaa et Hussan peuvent rester au Caire chez des parents.Mais les trois Syriens sont tenaces.Sitôt sortis de prison, ils contactent d\u2019autres passeurs.Alaa et Hussan repartent dans des circonstances assez semblables à celles qui prévalaient la fois précédente, sauf que la garde côtière fait montre de moins de zèle dissuasif Les péripéties sont nombreuses : accrochages entre embarcations, obligation de quitter le bateau en fer promis pour s\u2019entasser dans un bateau en bois, quasi-émeute, détour par la Crête.I ls seront en f in de compte secourus par un navire de la garde côtière italienne.Via l\u2019Autriche, où l\u2019auteur est parti à leur rencontre, ils finissent par passer en Allemagne.Quant à Amar, il atteint la Suède depuis Francfort, après avoir fait un détour aérien par la Tanzanie, la Zambie et la Crète.La vérité est qu\u2019aucun pays du monde ne veut de ces migrants, et pas tellement plus des Syriens que des autres damnés de la terre qui fuient leur terre d\u2019Asie ou d\u2019Afrique pour cause de guer re, de persécution ou de misère.Heureusement, les bras, surtout allemands, scandinaves et canadiens, se sont quelque peu ouver ts après l\u2019épisode médiatisé du petit Alan, mais, en temps normal, on élève tous les obstacles possibles pour empêcher leur venue.On sait gré à Wolfgang Bauer d\u2019avoir fait sor tir quelques migrants de l\u2019anonymat des statistiques.Il a gagné le prix Ouest-France Jean-Marin des cor respondants de guer re pour son travail.Le conflit en Syrie a gonflé le nombre des réfugiés et des «déplacés internes» d\u2019environ 12 millions.On a dit et on ne répétera jamais assez que nous assistons aujourd\u2019hui au plus grand bouleversement du genre depuis la Deuxième Guerre mondiale.Ce qu\u2019on oublie parfois, c\u2019est que depuis des décennies les Maliens, les Congolais, les Afghans et les Irakiens sont nombreux à forcer les portes de notre monde plus prospère et que des milliers d\u2019entre eux se sont noyés dans cette mer que les Romains appelaient jadis Mare Nostrum.Collaborateur Le Devoir FRANCHIR LA MER RÉCIT D\u2019UNE TRAVERSÉE DE LA MÉDITERRANÉE AVEC DES RÉFUGIÉS SYRIENS Wolfgang Bauer Traduit de l\u2019allemand par Leïla Pelissier Lux Montréal, 2016, 152 pages IMMIGRATION L\u2019odyssée des exilés syriens Un récit qui se situe entre les griffes des passeurs et les flots de la Méditerranée LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Claude Vaillancourt fait le triste constat, dans L\u2019âge économique, de l\u2019échec du rêve keynésien.AGENCE FRANCE-PRESSE La vérité est qu\u2019aucun pays du monde ne veut de ces migrants, et pas tellement plus des Syriens que des autres damnés de la terre qui fuient leur terre d\u2019Asie ou d\u2019Afrique pour cause de guerre ou de misère."]
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