Le devoir, 6 juin 2016, Cahier A
[" V O L .C V I I N o 1 2 5 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Société \u203a Gare au gorille.L\u2019euthanasie obligée du gorille de Cincinnati a déchaîné la bête sur les réseaux sociaux, certains souhaitant la mort des parents du garçon aventureux.Une chronique de Fabien Deglise.Page A 5 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.B 5 Mots croisés.B 5 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Sur la route Le Devoir teste le réseau électrique Page B 5 Ramadan La guignolée des musulmans Page A 2 BAPE Québec reste sourd aux appels de Gaspé Page A 3 A L E X A N D R E S H I E L D S L e Centre de réadaptation Lucie-Bruneau, le seul de l\u2019est de Montréal répondant aux besoins des personnes qui souffrent de handicaps physiques ou neurologiques, risque de déplacer la majorité de ses services dans l\u2019ouest de l\u2019île en raison des efforts de centralisation du ministère de la Santé, a appris Le Devoir.Une situation que dénoncent la CSN et les usagers du centre, qui redoutent des impacts majeurs sur l\u2019accès aux services.Le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau (CRLB) offre des services spécialisés et surspé- cialisés en réadaptation en déficience physique motrice ou neurologique qui se déclinent en dix programmes.Ceux-ci s\u2019adressent notamment aux personnes souffrant de paralysie, de lésions diverses résultant d\u2019accidents, de la maladie de Parkinson, de la sclérose en plaques, qui ont subi un accident vasculaire cérébral ou qui tentent de se réadapter en vue d\u2019un retour au travail.La clientèle, qui réside à 75 % dans l\u2019est de Montréal selon les données obtenues auprès de la CSN, éprouve donc le plus souvent des difficultés à se déplacer pour recevoir des soins, et ce, de deux à quatre fois par semaine.Qui plus est, les usagers reçoivent habituellement des traitements qui s\u2019échelonnent sur plusieurs mois.Ampleur imprécise Or, il est prévu de déménager plusieurs des services actuellement offerts au CRLB vers l\u2019Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Mont- réal, qui est situé dans l\u2019ouest de Montréal.Combien exactement?Le comité des usagers et le syndicat des techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux du CRLB l\u2019ignorent, RÉADAPTATION Des patients redoutent l\u2019éloignement des services La centralisation souhaitée par Québec pourrait laisser la population de l\u2019est de Montréal orpheline LA RUE AUX CYCLISTES POUR LE 32E TOUR DE L\u2019ÎLE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Il fallait des garde-boue, mais les cyclistes ont été 20 000 à participer au Tour de l\u2019Île de Montréal dimanche.Pour la première fois, la course faisait une escapade à Longueuil, empruntant le pont Jacques-Cartier bloqué pour l\u2019occasion.Vélo Québec s\u2019est dit ravi par cette 32e édition malgré la pluie qui en a découragé certains.M A R I E - M I C H È L E S I O U I I nscrire la préparation de la tourtière au patrimoine de l\u2019UNESCO ?L\u2019idée paraît peut-être saugrenue, mais elle est bien sérieuse, et elle requiert une intervention rapide de la part du gouvernement canadien, plaident les amoureux du patrimoine culturel immatériel.Ils étaient environ 200 à se réunir à l\u2019Université Laval, il y a quelques semaines, à l\u2019occasion du 10e anniversaire de l\u2019entrée en vigueur de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l\u2019UNESCO, créée en P?INT CHAUD Protéger le savoir-faire.et la tourtière Le Canada signera-t-il enfin la convention sur le patrimoine culturel immatériel ?JOHN ROONEY ASSOCIATED PRESS Cette photo mythique montre Ali, en 1965, en train de crier à Sonny Liston de se relever après qu\u2019une droite (fantôme?) à la mâchoire l\u2019a mis K.-O.J E A N D I O N « I l est dif ficile d\u2019être modeste, a un jour dit Muhammad Ali, quand vous êtes un aussi grand homme que moi.» De toute manière, a-t-il déclaré à une autre occasion, « les gens humbles ne vont jamais très loin ».De telle sorte que, lorsqu\u2019il publiera son autobiographie, celle-ci s\u2019intitulera The Greatest, tout simplement.Ç\u2019a au moins le mérite d\u2019être clair.Car lui avait bien l\u2019intention d\u2019accomplir de grandes choses.Il n\u2019avait peur de rien, ou du moins aimait-il à le laisser croire, il possédait une grande gueule et s\u2019en servait abondamment, il parlait en rimes tout en affichant un perpétuel air de défi (quoique souvent facétieux), comme s\u2019il avait à en remontrer au monde entier.C\u2019est d\u2019ailleurs le monde entier que le boxeur évoquera quand il deviendra une première fois champion MUHAMMAD ALI (1942-2016) Un géant, debout VOIR PAGE A 8 : SERVICES VOIR PAGE A 8 : TOUR TIÈRE VOIR PAGE A 8 : ALI L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 2 RAMADAN Place à la guignolée des musulmans Les banques alimentaires de partout au pays recevront des dons en argent dès lundi JACQUES NADEAU LE DEVOIR Coline Bellefleur et Shahad Salman sont deux ambassadrices de la campagne de financement Donner 30 au Québec.P eu importe le chef qui sera choisi, le Parti québécois doit entreprendre une réforme en profondeur, sinon il risque l\u2019effondrement, comme ce fut le cas pour l\u2019Union nationale il y a 50 ans.C\u2019est ce que soutient l\u2019ancien candidat à la direction du PQ Pierre Céré en entrevue à La Presse canadienne.Selon M.Céré, «c\u2019est le véhicule qu\u2019il faut rafistoler de fond en comble et non son chauffeur».Il propose une «refondation» du parti qui, selon lui, est arrivé à la croisée des chemins.S\u2019il ne se transforme pas, ajoute-t-il, il est appelé à s\u2019étioler voire à s\u2019effondrer.Pierre Céré af firme que le PQ doit se moderniser, revoir son programme et ses structures, et repenser ses liens avec la société civile et son rappor t avec l\u2019immigration, par exemple.Il rappelle les propos de l\u2019ancien premier ministre Jacques Parizeau selon lesquels le Parti québécois avait « perdu son âme».M.Céré demeure néanmoins positif : selon lui, le par ti a la capacité de faire cette grande introspection.Règles trop sévères Il dit avoir réfléchi à la possibilité d\u2019être à nouveau candidat à la direction.Mais il estime que les règlements édictés par le par ti sont trop sévères, notamment le peu de temps laissé aux candidats pour recueillir les signatures de 1500 membres pour officialiser une candidature, soit avant le 30 juin.De plus, des dépôts importants sont exigés avant les premiers débats, ce qui complique encore plus la situation.M.Céré craint d\u2019ailleurs que certains des cinq candidats en lice actuellement ne puissent répondre à tous les critères.Il croit qu\u2019un ou deux d\u2019entre eux pourraient être contraints de se retirer.La Presse canadienne PARTI QUÉBÉCOIS La formation est à la croisée des chemins, selon Pierre Céré L\u2019ancien candidat à la direction du PQ croit qu\u2019une profonde réforme s\u2019impose Cloutier offrirait une trousse de fournitures scolaires S\u2019il est élu chef du Parti québécois et à terme premier ministre, Alexandre Cloutier s\u2019engage à offrir chaque année une trousse gratuite de fournitures scolaires à tous les enfants du primaire et du secondaire.Radio-Canada rapporte que M.Cloutier évalue le coût de cette mesure à 130 millions.Le contenu de la trousse varierait chaque année en fonction du parcours scolaire des élèves.Le candidat à la direction du PQ fait de l\u2019éducation sa priorité.Lors de la dernière course à la chefferie, M.Cloutier s\u2019était notamment engagé à offrir la gratuité scolaire jusqu\u2019à l\u2019université aux 50% des familles québécoises les plus pauvres.L I S A - M A R I E G E R V A I S «30cafés à 3$ = 90$ d\u2019économies.» Shahad Sal- man brandit l\u2019une de ses petites affiches qui seront accrochées partout au mur des mosquées de Montréal.À l\u2019aube de la trentaine, l\u2019avocate, qui s\u2019est impliquée notamment au sein du Forum jeunesse, de la Conférence régionale des élus et qui s\u2019est même présentée aux élections du Barreau ce printemps a décidé d\u2019adopter une autre cause: celle de Donner 30 (Give 30), une grande campagne de financement pour les banques alimentaires du Québec.« J\u2019ai réalisé que c\u2019est vrai qu\u2019on économise en ne mangeant pas durant le jour.C\u2019est de l\u2019argent qui ne sort pas de notre poche, alors c\u2019est une économie en soi», souligne-t-elle.Pourquoi ne pas alors donner à ceux qui ont faim?C\u2019est la question que s\u2019est posée il y a 4 ans Ziyaad Mia, un avocat de Toronto bien connu dans son milieu, et qui l\u2019a mené à mettre sur pied une grande campagne pancanadienne de lutte contre la faim.Ce sont maintenant 11 banques alimentaires à travers le pays qui reçoivent les quelques centaines de milliers de dollars en dons récoltés durant le ramadan.Environ 400 000 $ ont été amassés depuis le début de l\u2019initiative et l\u2019objectif national est de 150 000$ cette année.Donner sans regarder Au Québec, alors que la campagne a démarré doucement il y a trois ans, l\u2019objectif est plus modeste, rappelle Mme Salman, ambassadrice de Donner 30 au Québec.«On n\u2019a pas d\u2019objectif précis, mais on serait content d\u2019amasser plus d\u2019argent que les 7000$ de l\u2019année dernière, es- père-t-elle.Même ceux qui ne jeûnent pas peuvent participer, en n\u2019achetant pas de café ou de lunch au restaurant », dit-elle, ajoutant que les non-musul- mans sont aussi invités à donner, bien sûr.Évidemment, ce n\u2019est pas qu\u2019une campagne basée sur les économies que font les gens pendant le ramadan, explique l\u2019avocate musulmane Coline Bellefleur, coambassa- drice de Donner 30 avec Mme Salman.« Ce n\u2019est qu\u2019un clin d\u2019œil humoristique.» Cette Française d\u2019origine aime particulièrement l\u2019idée de «décloisonner les réseaux de solidarité et d\u2019entraide ».Afin que les communautés ne donnent pas uniquement entre elles.De nombreux organismes musulmans aident les itinérants et les plus démunis à l\u2019extérieur de leur communauté, pré- cise-t-elle.«C\u2019est important de ne pas rester uniquement avec les gens qu\u2019on connaît.Peu importe l\u2019origine des gens et leur appar te- nance religieuse, on peut aussi se retrouver au bout de la ligne des donateurs, mais aussi des receveurs.» Comme une guignolée Au Québec, les gens donnent surtout à Noël, à travers la guignolée et toutes sortes de causes.« C\u2019est un peu ça, nous aussi.Le ramadan, c\u2019est une bonne occasion de se montrer généreux, admet Shahad Salman.Le fait de jeûner et d\u2019avoir faim, ça crée une plus grande sensibilité.» Pour les musulmans, le ramadan comprend également une dimension spirituelle, un prétexte pour se recentrer sur les valeurs de générosité, d\u2019empathie et de solidarité.« On a forcément toute cette reconnaissance envers toute la générosité du créateur et le fait de nous priver de plaisir durant la journée nous permet d\u2019avoir de la gratitude », dit la jeune Québéco-Irakienne.« Même si bien des gens voient ça comme une torture.» D\u2019autant que cette fois-ci, ob- ser ver le jeûne du lever jusqu\u2019au coucher du soleil \u2014 sans boire ni manger \u2014 sera particulièrement dif ficile du fait que les journées continueront d\u2019allonger jusqu\u2019au solstice.Les personnes qui observent le ramadan casseront donc le jeûne avec une datte autour de 21 h tous les jours, alors que l\u2019heure du coucher arrivera très rapidement.Le soleil se lève aussi très tôt, et certains devront se lever en pleine nuit pour se mettre un petit quelque chose sous la dent.Très active, Shahad Salman continue de jouer à l\u2019ultimate frisbee (en sautant quelques rondes sur le jeu), mais arrête complètement le spinning \u2014 « trop exigeant si on n\u2019a pas d\u2019eau ».L\u2019idée est de continuer ses activités régulières, tout en prenant un temps de réflexion sur sa vie et les valeurs de la religion.« Donner est aussi un des piliers de l\u2019islam », rappelle la jeune femme au voile fleuri.Projet «spécial» Hormis les réfugiés syriens récemment arrivés, il semble qu\u2019encore peu de musulmans aient recours à l\u2019aide alimentaire pour toutes sortes de raisons.Les immigrants ne représentent que 8% des bénéficiaires.Mais ils seraient de plus en plus nombreux à recevoir une aide, soutient Zakary O.Rhissa, directeur général des Banques alimentaires du Québec.«Nos données sont biaisées parce qu\u2019on ne demande que le lieu de naissance.» Il qualifie Donner 30 de projet « spécial ».« Ce sont eux qui nous ont approchés, alors que d\u2019habitude, c\u2019est l\u2019inverse.Et ce sont [des gens] qui n\u2019avait pas nécessairement été approchés pour devenir des donateurs.» Le partenariat avec la communauté musulmane pendant le mois du ramadan l\u2019a donc séduit.D\u2019autant qu\u2019au printemps et à l\u2019été, soit en dehors du temps des Fêtes, la période est dif ficile sur le plan de la collecte de dons et de denrées.L\u2019importation des produits diminue et les récoltes québécoises ne sont pas encore prêtes.« Et alors que tout le monde se prépare au congé d\u2019été, ça nous permet de rappeler que la faim, elle, ne prend pas de vacances » , conclut M.O.Rhissa.Le Devoir Pour des millions de musulmans dans le monde qui observent le ramadan, c\u2019est ce lundi que commence le grand jeûne.Au même moment s\u2019amorce à Montréal, et dans tout le Canada, une vaste campagne de dons auprès de la communauté pour aider les banques alimentaires.Après tout : qui mange moins économise.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les musulmans qui observent le ramadan ne peuvent manger qu\u2019une fois le soleil couché.Onze banques alimentaires à travers le pays reçoivent les quelque centaines de milliers de dollars en dons récoltés durant le ramadan S T E P H A N I E L E V I T Z à Gatineau L es leaders des partis politiques fédéraux ont déposé momentanément les armes, samedi soir, afin de célébrer ceux qui manient le crayon et brandissent le micro.Le premier ministre, Justin Trudeau, la leader intérimaire de l\u2019opposition conservatrice, Rona Ambrose, et le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, ont pris la parole lors du dîner de la Tribune de la presse parlementaire, qui fête cette année son 150e anniversaire.Ils ont tous saisi cette occasion pour rire d\u2019eux-mêmes, de leurs adversaires et des reporters.Sophie Grégoire, la femme du premier ministre, n\u2019a pas non plus raté cette chance de verser dans l\u2019autodérision.Faisant référence aux récents repor tages sur le fait qu\u2019elle avait besoin de plus d\u2019employés, Mme Grégoire a appelé sur la scène du Musée canadien de l\u2019histoire quatre membres de l\u2019entourage de son mari afin qu\u2019ils dévoilent un tapis de yoga.Elle a ensuite ef fectué la posture du paon, qui consiste à se tenir en équilibre sur ses deux bras pliés le corps parallèle au sol, disant à M.Trudeau que c\u2019était comme cela qu\u2019il fallait faire, un clin d\u2019œil à une photo de lui en train d\u2019accomplir une pose similaire qui a beaucoup circulé en ligne.Obama ciblé Justin Trudeau a aussi fait des blagues sur le président américain, Barack Obama, qui avait lui-même plaisanté au sujet du premier ministre canadien lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche en avril.« En fait, quelqu\u2019un m\u2019a dit récemment : \u201cMonsieur le président, vous êtes vraiment de l\u2019histoire ancienne.Justin Trudeau vous a complètement remplacé.Il est tellement beau, il est tellement charmant, il représente l\u2019avenir.Et j\u2019ai répondu : \u201cJustin, calme-toi !\u201d» La réaction de M.Trudeau : M.Obama va lui manquer.« On a beaucoup parlé de mon amitié avec le président Barack Obama, du fait qu\u2019il était un modèle pour moi, que j\u2019avais tant de choses à apprendre de lui.Et je me suis dit : \u201cBarack, tu as absolument raison.Merci encore de l\u2019avoir signalé.\u201d» Le «méchant homme» Le départ d\u2019un autre leader a également été souligné : celui de l\u2019ancien premier ministre Stephen Harper.Mme Ambrose, qui dirige actuellement les conservateurs, n\u2019a pas hésité à blaguer au sujet de son ex-chef, notant son aversion pour les médias.Durant ses quelque dix années au pouvoir, M.Harper n\u2019a jamais assisté au dîner de la Tribune.Suggérant de nouveaux slogans pour le Parti conservateur, Rona Ambrose a proposé « le méchant homme est parti ».Sur le point de terminer son mandat à la tête du NPD, M.Mulcair s\u2019est vraiment laissé aller durant son allocution, affirmant que, contrairement aux autres, il n\u2019avait plus à s\u2019en faire avec tout cela.« J\u2019aurais encore bien des choses à dire, mais j\u2019ai récemment été informé à Edmonton que je devais partir », a-t-il déclaré, avant de laisser tomber le micro sur la scène et de lancer «Mulcair a quitté l\u2019édifice».La Tribune de la presse parlementaire a été créée un an avant la Confédération afin de couvrir le déclin du gouvernement.Les origines du dîner annuel remontent aux années 1870, certains journaux de l\u2019époque ayant mentionné que John A.Macdonald y avait participé.La Presse canadienne DÎNER DE LA TRIBUNE PARLEMENTAIRE Les chefs jouent le jeu de l\u2019autodérision Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 ACTUALITES A 3 T el un imbécile heureux, je me réjouissais devant le printemps, contemplant les herbes longues, le vert tendre des nouvelles feuilles et le soleil entrant partout.Je me réjouissais de tout cela depuis mon balcon quand j\u2019en suis tombé.Je vous épargne les détails de ce bête accident: il me suffit bien assez d\u2019être couvert de bleus sans devoir en plus être couvert de honte.Toujours est-il qu\u2019incapable de me relever, cloué au sol, je me suis demandé en grimaçant si c\u2019était pour avoir trop cassé les pieds des autres que je m\u2019étais brisé le mien.J\u2019ai donc pointé le nez en direction d\u2019un CLSC, celui de Saint-Michel, un de ceux que le ministre Barrette n\u2019a pas encore avalés.Il existe là un service de radiographie capable de confirmer que les ambitions de mon été sont bien fracturées.Sans trop attendre, j\u2019ai tout de même eu le temps nécessaire pour observer la générosité d\u2019un personnel entraîné à orienter au mieux une population bigarrée.Il ne m\u2019a pas du tout semblé, contrairement à ce que plaide le si bon Dr Julien en entrevue à La Presse, qu\u2019un CLSC, « c\u2019est rendu du monde en arrière d\u2019une vitre pare-balles qui veut votre carte soleil ».Dès 1936, le Dr Norman Bethune propose, avec des infirmières et des travailleurs sociaux, la mise en place de centres de soins de santé semblables.Il mise sur la prévention et s\u2019appuie sur une assurance maladie pour tous.Bethune se heurte alors à une vigoureuse opposition de la part de confrères médecins! Il faut attendre le début des années 1970 pour qu\u2019une partie de ses idées en matière de santé aient leur place sous le soleil d\u2019une carte plastifiée.Mais les lumières de cette vision humaniste s\u2019étiolent.Avec la réforme Barrette, les CLSC ont d\u2019abord été ravalés dans les CSSS.Maintenant, les GMF digèrent tout.Cette poussée coordonnée vers le système digestif d\u2019un ventre géant achève de réduire en bouillie la vocation sociale et communautaire qu\u2019avaient jusqu\u2019ici les CLSC.À l\u2019origine, ces établissements ont été pensés comme des pôles de référence et d\u2019orientation pour des citoyens souvent démunis.On n\u2019y offrait pas seulement des soins médicaux ou une place sur la liste d\u2019un médecin de famille.Les problèmes de santé étaient considérés plus globalement grâce à des interventions sociales, de l\u2019éducation populaire, de l\u2019organisation communautaire, des animations, de l\u2019accompagnement\u2026 Que les CLSC n\u2019aient pas constitué la per fection, personne ne le niera.Ils créaient tout de même avec la population des liens qui libèrent.On est en train de balayer sous le tapis ces lieux où l\u2019on comprenait que la santé est aussi une affaire de condition sociale.Faut-il être le Dr Bethune pour le saisir ?La population d\u2019Ho- chelaga-Maisonneuve meurt en moyenne près de dix ans plus jeune que celle de Westmount, comme l\u2019indique encore une étude du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS).Mais plutôt que de réduire les nombreuses inégalités qui affectent outrageusement la santé des gens (pauvreté, sous-scolarisa- tion, isolement), les réformes de nos matamores de l\u2019austérité les augmentent avec un degré de cynisme déconcertant, à coup de refontes structurelles répétées et de privatisations sournoises.Pendant que l\u2019on désorganise le système de santé et des services sociaux afin de mettre en place un modèle où le statut de médecin s\u2019apparente à celui d\u2019un président-directeur général, le gouvernement ne ménage pas ses ef forts pour pourchasser les plus démunis.François Blais, ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, se montre satisfait de son projet de loi 70 destiné à traquer les pauvres plutôt que la pauvreté.Avec son calme de composition et ce ton sentencieux qui ne le quitte pas, François Blais a même jugé qu\u2019il y avait «un petit peu d\u2019ignorance» chez les 300 professeurs d\u2019université qui ont senti l\u2019urgence de dénoncer pareille dérive.Quand un Amir Khadir, avec son air bravache, observe que l\u2019action du gouvernement libéral a fait en sorte d\u2019enrichir exagérément les médecins tels que lui, il se fait répondre par Gaétan Barrette qu\u2019il n\u2019a qu\u2019à faire un don ! C\u2019était le 1er juin, dans l\u2019enceinte de l\u2019Assemblée nationale.«On s\u2019attend à ce que lui, le député de Mercier, fasse un don à Centraide, ils vont le prendre.» Une réponse plutôt grossière, vaguement écœurante, mais qui en dit beaucoup sur les horizons sociaux de ce gouvernement.Le système qu\u2019érigent en seigneurs ceux qui nous gouvernent fait de plus en plus l\u2019impasse sur l\u2019humanisme.Il éclipse la responsabilité de la collectivité devant les malades, les vieux, les travailleurs, les femmes, les étudiants, les immigrants\u2026 On crée cette impasse et on se contente ensuite d\u2019applaudir les initiatives d\u2019entreprises caritatives.Notre système manque d\u2019air et de moyens ?Faites un don à Centraide et écoutez le bon Dr Julien se féliciter en riant d\u2019être «le seul gagnant du dernier budget» libéral.La philanthropie est élevée sur un piédestal tandis qu\u2019on coupe l\u2019herbe sous le pied des CPE, des écoles, des universités, des prisons, des programmes de santé.Ce n\u2019est pas pour rien que le ministre Barrette s\u2019évertue à dire que la population a tort de faire tout un plat pour des questions de bains en CHSLD.Il tombe sous le sens de ce gouvernement qu\u2019on s\u2019en remette ultimement à la charité, même pour l\u2019hygiène des malades.Tandis que la société perd pied, ce gouvernement s\u2019en lave les mains.S\u2019il continue ainsi, il finira bien par nous faire perdre la tête.jfn@ledevoir.com Perdre pied JEAN-FRANÇOIS NADEAU A L E X A N D R E S H I E L D S M ême si le rapport de l\u2019évaluation environnementale stratégique (EES) de la filière des hydrocarbures semble plaider en faveur d\u2019une étude du BAPE pour le projet de Pétrolia à Gaspé, le gouvernement Couillard n\u2019entend pas donner suite à cette demande répétée depuis plus d\u2019un an par la Ville, a appris Le Devoir.Le rapport de l\u2019EES portant sur l\u2019ensemble de l\u2019industrie des énergies fossiles publié sans préavis la semaine dernière conclut notamment que le gouvernement «devrait favoriser l\u2019acceptabilité sociale des projets» d\u2019exploration et d\u2019exploitation.Pour ce faire, Québec devrait notamment tenir compte des différentes visions du développement territorial, améliorer les processus de consultation des populations concernées et impliquer les communautés locales dans l\u2019implantation des projets.Le document de 220 pages, fruit de deux années de travaux et de consultations, insiste aussi sur la nécessité d\u2019établir des mesures de contrôle en matière d\u2019utilisation des infrastructures municipales.Autant de constats et de recommandations qui militent, selon le maire de Gaspé, Daniel Côté, en faveur d\u2019une étude du projet Haldimand de Pétro- lia en vertu du processus d\u2019évaluation et d\u2019examen des impacts sur l\u2019environnement, soit le processus menant à un examen du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).«Cette recommandation, si elle était mise de l\u2019avant par le gouvernement, assurerait que le projet Haldimand soit soumis au BAPE avant son éventuelle mise en exploitation, s\u2019il y a lieu.Il s\u2019agirait d\u2019un gain important pour nous et nous demandons au gouvernement d\u2019aller de l\u2019avant avec cette recommandation», a-t-il fait valoir la semaine dernière, en entrevue au journal Le Pharillon.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas la première fois que le maire de Gaspé réclame un BAPE sur le projet Haldimand.Le mois dernier, il justifiait de nouveau sa demande au gouvernement en soulignant au Devoir que l\u2019idée de voir un jour une exploitation pétrolière sur le territoire de Gaspé «divise profondément la population».Selon lui, il est clair qu\u2019il n\u2019y a actuellement pas d\u2019«acceptabilité sociale» pour le projet.Il faut dire que le puits Haldimand 4, où Pétrolia mène actuellement un test de production de plusieurs mois, est situé à 350 mètres d\u2019un secteur résidentiel de Gaspé, et à moins de cinq kilomètres du centre-ville.Refus de Québec Or, malgré les demandes répétées de Gaspé et les conclusions du rapport de l\u2019EES, le gouvernement Couillard n\u2019entend pas mandater le BAPE pour qu\u2019il étudie le projet de Pétrolia, selon ce qui se dégage des réponses transmises au Devoir.Est-ce que le gouvernement entend mandater le BAPE pour qu\u2019il étudie les projets pétroliers et gaziers en développement en Gaspésie, dont celui de Haldimand?«Notre priorité est de garantir la sécurité de la population et la protection de l\u2019environnement.Notre gouvernement est aussi sensible aux inquiétudes exprimées par la Ville de Gaspé», a simplement répondu le cabinet du ministre de l\u2019Environnement, David Heurtel, dans un courriel transmis trois jours après avoir reçu les questions.Le bureau du ministre s\u2019est justifié en rappelant qu\u2019il a adopté un Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection, mais aussi qu\u2019il a commandé une étude hydrogéologique pour le secteur du projet Haldimand.Le rapport de cette étude, a indiqué le cabinet de M.Heurtel, conclut que les sources d\u2019eau du secteur ne seraient pas menacées par l\u2019exploration et l\u2019exploitation de pétrole.On a également fait valoir que le projet Haldi- mand ne nécessiterait pas de fracturation hydraulique, et ce, même s\u2019il s\u2019agit d\u2019un forage horizontal et que Pétrolia a déjà mené, par le passé, des «tests d\u2019injectivité» dans le secteur.Ces tests consistent à fracturer la roche du sous-sol.Le ministère de l\u2019Environnement a par ailleurs dit qu\u2019il «suit de près les activités afin de s\u2019assurer que la santé et la sécurité des personnes ainsi que la qualité de l\u2019environnement soient préservées.Il est présent sur les sites aux étapes-clés des travaux.Le respect des lois et règlements est obligatoire et les activités de forages sont encadrées».Les résultats des EES doivent servir de base à l\u2019élaboration de la première loi québécoise sur les hydrocarbures.Le dépôt du projet de loi est prévu d\u2019ici l\u2019été, en théorie.Cette loi doit permettre d\u2019ouvrir la voie à l\u2019exploitation de pétrole et de gaz au Québec.Si le gouvernement Couillard se montre très réticent aux forages sur l\u2019île d\u2019Anti- costi, il est très ouvert aux projets qui se développent en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent.Le Devoir EXPLORATION PÉTROLIÈRE Québec reste sourd aux demandes de Gaspé La Ville a réclamé une étude du BAPE à plusieurs reprises, mais sans succès L I A L É V E S Q U E U ne lutte est engagée entre l\u2019industrie de la constr uction et le milieu municipal, à cause d\u2019un article d\u2019un projet de loi qui prévoit le transfert de centaines de millions de dollars de travaux de construction aux villes.Et cette clause est inspirée d\u2019une recommandation de la commission Charbonneau.Selon un rappor t de la Commission de la construction, c\u2019est un potentiel de 7500 travailleurs de la construction qui pourraient ainsi être touchés si ce transfer t de travaux de construction aux villes se réalisait.La clause en question permettra aux municipalités de faire réaliser par leurs employés permanents des travaux de rénovation et de modification de leurs bâtiments \u2014 des travaux qui sont actuellement effectués par des entreprises de construction.Il pourra s\u2019agir de « déconstruction-recons- truction », comme changer les cloisons à l\u2019intérieur d\u2019un bâtiment, changer la fenestration, faire de grands travaux de peinture ou de tirage de joints, par exemple, a confirmé au cours d\u2019une entrevue Bernard Sévigny, le nouveau président de l\u2019Union des municipalités du Québec et maire de Sherbrooke.« Il y a longtemps qu\u2019on le demande ; ça fait plusieurs années », a justifié M.Sévigny.Pour les municipalités, dit-il, c\u2019est d\u2019abord une question d\u2019autonomie, d\u2019être plus indépendantes face aux entreprises de construction.M.Sévigny cite d\u2019autres avantages pour les villes : développer une expertise interne et encourir moins de délais dus aux processus d\u2019appel d\u2019offres.La Ville de Sherbrooke à elle seule gère 259 bâtiments municipaux, souligne-t-il.La Commission de la construction a évalué que ce transfert de travaux de construction aux villes aurait représenté 6,9 millions d\u2019heures en 2015, soit 5 % des heures totales de l\u2019industrie de la construction.Et le manque à gagner en matière de salaire est estimé à 269 millions de dollars pour 7500 salariés touchés.Des économies?M.Sévigny cite des données voulant que ce transfert d\u2019activités puisse ultimement entraîner une économie de 6,6 millions, mais pour l\u2019ensemble des villes du Québec.Les syndicats représentant les ouvriers, eux, doutent que ce transfert se traduise véritablement en des économies pour les villes.«Moi, je ne la vois pas, l\u2019économie», s\u2019exclame le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet.Il prédit même des problèmes de relations de trop grande proximité dans certaines villes.«Si le but est de rendre plus limpides les heures et les travaux ef fectués par les villes, moi je peux vous dire que le cousin de la cousine, le mononcle ou la matante du maire va être un employé de la Ville de temps en temps ; il va exécuter des travaux», lance le dirigeant syndical.M.Ouellet note aussi que lorsque les travaux sont donnés sous contrat à une entreprise privée, les citoyens peuvent poser des questions aux élus municipaux et voir les dépassements de coûts, par exemple \u2014 une chose qu\u2019il ne sera plus possible de faire, selon lui, lorsque ces heures et ces coûts seront fondus dans l\u2019ensemble des tâches accomplies par des employés des villes.Le rapport de la Commission Charbonneau recommandait en fait d\u2019«étendre à tous les donneurs d\u2019ouvrage publics les exclusions pertinentes à l\u2019article 19 de la loi R-20 [qui encadre l\u2019industrie de la construction] afin de soutenir le développement d\u2019une plus grande expertise interne en construction».L\u2019article en question fait partie d\u2019un projet de loi d\u2019ordre plus général, qui porte notamment sur le financement politique et diverses dispositions en matière municipale.Lorsqu\u2019il l\u2019a défendu en commission parlementaire, le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, a pourtant affirmé : «Honnêtement, c\u2019est pas loin de faire consensus.» La Presse canadienne L\u2019industrie de la construction craint le transfert de travaux aux municipalités québécoises Oui à la fracturation Même s\u2019il se montre très réticent à l\u2019idée de permettre des forages avec fracturation sur l\u2019île d\u2019Anticosti, le gouvernement ne ferme pas la porte au recours à cette technique d\u2019exploitation pétrolière et gazière au Québec.Dans une réponse transmise au Devoir, le cabinet du ministre de l\u2019Environnement, David Heurtel, a toutefois indiqué que de tels forages nécessitent «une autorisation» en vertu de la Loi sur la qualité de l\u2019environnement.On a également souligné que «l\u2019encadrement du processus», qui peut servir à exploiter du pétrole ou du gaz de schiste, sera «assuré» dans le cadre de l\u2019adoption de la future loi sur les hydrocarbures.D\u2019autres règlements devraient émaner du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, a-t-on précisé.MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Cure de beauté pour l\u2019oratoire Saint-Joseph Des représentants des instances fédérales, provinciales et municipales doivent annoncer ce lundi l\u2019octroi d\u2019une importante subvention à l\u2019oratoire Saint-Joseph.La Ville de Montréal a déjà cité le sanctuaire comme l\u2019un des legs du 375e anniversaire de la métropole.Un grand projet d\u2019aménagement, qui inclut de nouvelles installations d\u2019accueil, une aire piétonne et un aménagement paysager, doit être lancé pour améliorer l\u2019expérience des 2 millions de visiteurs qui se rendent à l\u2019oratoire tous les ans. L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 4 M A R I E - M I C H È L E S I O U I Pour la première fois depuis son départ précipité de Ra- dio-Canada en avril, le journaliste Pierre Craig s\u2019adressera à la population ce lundi.Il ne sera pas là pour discuter des raisons qui l\u2019ont poussé à quitter le diffuseur public après 13 ans à la barre de l\u2019émission La facture, mais plutôt pour demander aux Québécois de bien vouloir lui donner «20 piastres».« J\u2019ai la profonde conviction qu\u2019en donnant 20$, ils peuvent faire une différence, ils peuvent continuer à donner accès à la justice», lance le grand homme, souriant, pour résumer son association à Juripop.Par le site jencouragejuripop.org, la clinique juridique lance ce lundi une campagne de sociofinance- ment afin de mener à bien ses projets d\u2019amélioration de l\u2019accessibilité à la justice.Comme porte-parole, Juripop a pris celui qui a quitté Radio- Canada en marquant son désir de lutter pour un meilleur accès à la justice.«Le modèle d\u2019affaires du droit ne marche plus », tranche Pierre Craig, dans un écho à un rapport du Barreau du Québec qui évoquait, en mars, «l\u2019obsolescence du modèle d\u2019affaires basé uniquement sur la tarification horaire dans la prestation des services juridiques».L\u2019ancien président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec n\u2019a pas tourné le dos à sa profession.« Je pense que je fais, d\u2019une certaine façon, un travail de journaliste », dit-il aussi à propos de son engagement auprès de Juripop.« J\u2019ai fait 13 ans [à La facture], 40 ans de journalisme\u2026 Je parle au passé, mais je ne sais pas ce que je vais faire.Je me laisse aller, j\u2019écoute, je dîne avec des gens, toute sorte de monde», affirme-t-il.Parmi ces gens, il n\u2019y a personne qui puisse le convaincre de se lancer en politique, as- sure-t-il.« Je n\u2019ai pas d\u2019intérêt pour ça.[\u2026] Ça ne me tente pas, trop de compromis ! », en- voie-t-il en riant.Trois heures pour voir un avocat S\u2019il n\u2019a pas envie de discuter sur la place publique des raisons qui l\u2019ont poussé à quitter Radio-Canada, Pierre Craig est, en revanche, bien en verbe lorsqu\u2019il parle de l\u2019impact personnel qu\u2019a eu son passage à l\u2019émission La facture.« Quand tu animes une émission comme La facture, ça ne prend pas de temps que tu deviens un homme en colère », commence-t-il.« Un homme en colère, parce que tu vois tellement de préjudices faits aux gens.Ce dont tu te rends compte, c\u2019est que les gens essaient de se dépatouiller dans leurs problèmes et que l\u2019ultime porte, c\u2019est celle du système de justice.Et elle leur est fermée.» Résultat : l\u2019équipe de La facture reçoit environ 12 000 appels de citoyens par année.En 20 ans d\u2019existence, c\u2019est donc un quar t de million de personnes qui ont contacté des journalistes, des recherchistes et des animateurs pour demander de l\u2019aide.«Ce n\u2019est pas normal.Pas normal que La facture devienne un tribunal », se désole Pierre Craig.Davantage de travailleurs Sur le terrain, le constat est le même.Quand Juripop a tenu ses cliniques juridiques populaires dans le métro, l\u2019an dernier, plusieurs centaines personnes se sont déplacées.«Des personnes qui sont prêtes à attendre trois heures pour rencontrer un avocat ou un notaire pendant 15 minutes », note le cofondateur de Juripop, Julien D.Pelletier.«On craint qu\u2019il y ait un système de justice à deux vitesses, et ce système-là se ressent tous les jours à Juripop », observe-t-il.Les clients de sa clinique, ce sont des gens qui, autrement, n\u2019auraient pas droit à des services professionnels leur permettant d\u2019aller devant les tribunaux et d\u2019être décemment défendus, observe-t-il.Pire, ces clients sont de plus en plus souvent des travailleurs, remarque Marc-Antoine Cloutier, aussi cofondateur de la clinique.«[Les gens que l\u2019on aide ont] un revenu, mais [ils] n\u2019ont pas les moyens de payer les services d\u2019un avocat en pratique privée», dénonce-t-il.La campagne de financement de Juripop a permis d\u2019amasser 27 000 $ l\u2019an dernier, sur un budget total d\u2019environ 750 000 $.La clinique juridique vise cette année un montant de 30 000 $.Le Devoir «Le modèle d\u2019affaires du droit ne marche plus » Le journaliste Pierre Craig s\u2019associe à Juripop pour promouvoir une campagne de sociofinancement JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Moment de répit à Paris après des inondations historiques La décrue de la Seine, qui avait atteint un niveau jamais vu en plus de 30 ans, s\u2019est confirmée dimanche à Paris, mais la vigilance restait de mise dans plusieurs régions françaises face aux intempéries qui ont fait 4 morts en une semaine.Avec des centaines de communes touchées et des milliers d\u2019entreprises, d\u2019agriculteurs et de particuliers affectés par une semaine de pluies torrentielles et d\u2019inondations, les premières évaluations laissent entrevoir une facture des dégâts supérieure au milliard d\u2019euros.Le niveau de la Seine dans la capitale est redescendu à 5,62 m dans l\u2019après-midi, alors que la montée des eaux jusqu\u2019à 6,10 m dans la nuit de vendredi à samedi avait suscité l\u2019inquiétude.Il s\u2019agit de la plus forte crue depuis 1982 dans la capitale (6,18 m cette an- née-là), très loin cependant de celle de 1910 (8,62 m).Les pompiers de Paris ont entamé dimanche une opération de pompage pour libérer l\u2019accès à l\u2019est du pays par autoroute.Depuis le début des intempéries le week-end dernier, 4 décès et 24 blessés sont à déplorer.L\u2019origine de la mort d\u2019une des quatre victimes déjà recensées, une octogénaire, reste toutefois incertaine.Belgique : au moins trois morts dans un accident ferroviaire Au moins trois personnes sont mortes dans la collision dimanche soir entre un train de voyageurs et un train de marchandises sur la ligne reliant Namur à Liège dans l\u2019est de la Belgique, selon l\u2019agence de presse Belga.L\u2019accident a fait trois morts et une quarantaine de blessés, selon un premier bilan communiqué à Belga par le bourgmestre de la commune de Saint-Georges-sur-Meuse, Francis Dejon, proche du lieu de la collision.Le train de voyageurs a percuté par l\u2019arrière un transport de marchandises à l\u2019arrêt sur la même voie, à une vitesse «élevée», a expliqué à l\u2019AFP Frédéric Sacré, porte-parole d\u2019In- frabel, le gestionnaire du réseau ferré belge.Environ quarante personnes voyageaient à bord du train, ont précisé Infrabel et la Société nationale des chemins de fer belges dans un communiqué commun.Les circonstances exactes de l\u2019accident restent à déterminer, notamment si le train de voyageurs a eu le temps de freiner avant la collision.Agence France-Presse Manifestations de taxis sur l\u2019île Notre-Dame lundi Une manifestation rassemblant des chauffeurs de taxi de toute la province se tiendra lundi matin sur le site du Grand Prix du Canada, sur l\u2019île Notre-Dame, à Montréal.Le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM-Métallos) \u2014 qui représente 4000 membres de l\u2019industrie \u2014 souhaite ainsi faire pression sur le gouvernement pour que le projet de loi 100 sur les services de transport par taxi soit adopté d\u2019ici la fin de la session parlementaire, prévue pour vendredi.En entrevue avec La Presse canadienne, le porte-parole syndical Benoît Jugand accuse la Coalition avenir Québec de faire de « l\u2019obstruction parlementaire» afin de retarder l\u2019adoption du projet de loi, qui devrait signer la fin des activités d\u2019Uber dans la province.La Presse canadienne Maniwaki : suspect arrêté pour le meurtre d\u2019un homme de 18 ans Un homme de 22 ans habitant dans la communauté de Kiti- gan Zibi, à Maniwaki, dans l\u2019est de l\u2019Outaouais, pourrait faire face à une accusation de meurtre prémédité relativement à l\u2019assassinat d\u2019un homme de 18 ans.Selon la porte-parole de la Sûreté du Québec, Christine Coulombe, le jeune suspect doit comparaître lundi matin au palais de justice de Maniwaki.Tôt dimanche matin, les policiers s\u2019étaient rendus derrière une résidence de la rue Cartier après avoir reçu plusieurs appels du public ayant entendu des coups de feu.Sur place, ils ont découvert la victime, Bret-James Jerome, qui gisait inanimée au sol.Son décès a été constaté peu après à l\u2019hôpital.Il semble qu\u2019une querelle soit à l\u2019origine de ce triste événement.La Presse canadienne L a CSN a reçu le mandat de son conseil confédéral de s\u2019engager dans une campagne exigeant le rehaussement du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure le plus rapidement possible.L\u2019instance décisionnelle de la centrale syndicale demande de «construire des alliances sur cet enjeu».Le président de la CSN, Jacques Létourneau, appelle à la création d\u2019un large mouvement en faveur de cette revendication, «qui concerne la lutte contre la pauvreté et un meilleur partage de la richesse collective au Québec».Pour la CSN, cette mobilisation pour le relèvement du salaire minimum s\u2019inscrit dans une lutte plus large qui concerne aussi le rôle de l\u2019État et le maintien d\u2019un filet de protection sociale qui réponde aux besoins des Québécois.Impacts positifs M.Létourneau déclare qu\u2019il n\u2019est pas normal qu\u2019une personne qui travaille à temps plein doive recourir à des banques alimentaires, par exemple, pour subvenir aux besoins de sa famille.Plus de 211 000 personnes travaillent actuellement au salaire minimum, établi à 10,75 $ l\u2019heure depuis le 1er mai.Du nombre, près de 57 % sont des femmes.Pour le président de la CSN, le rehaussement du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure aurait des impacts positifs pour l\u2019ensemble de la société : la qualité de vie s\u2019améliorerait pour des centaines de milliers de personnes et de familles, et l\u2019augmentation de leur pouvoir d\u2019achat aurait des effets bénéfiques sur l\u2019économie.La Presse canadienne 15$ L\u2019HEURE La CSN obtient le feu vert pour lancer une campagne T allahassee \u2014 La majeure partie de la côte ouest de la Floride était sous le coup d\u2019un avis de tempête tropicale, dimanche, les menaces d\u2019inondations et de vents violents se propageant rapidement vers le nord-est du golfe du Mexique.Il s\u2019agit du plus récent épisode de mauvais temps à frapper les États-Unis alors que l\u2019Ouest est aux prises avec une vague de chaleur et le Texas avec des inondations, et que la région de Washington et de l\u2019Atlantique pourrait essuyer plusieurs tempêtes.Le Centre américain de sur veillance des ouragans a annoncé qu\u2019 i l y avait de for tes chances qu\u2019une dépression tropicale dans le sud du golfe du Mexique se transforme en tempête tropicale tard dimanche soir ou tôt lundi matin.Elle se déplaçait à une vitesse d\u2019environ huit kilomètres à l\u2019heure et devait gagner en rapidité plus tard dimanche.Se préparer au pire Les vents des dépressions tropicales soufflent habituellement à moins de 63 km/h alors que ceux des tempêtes tropicales peuvent aller jusqu\u2019à 117 km/h.La dépression, qui pourrait devenir la tempête tropicale Colin, devrait être accompagnée de précipitations importantes.Les résidants ont été prévenus que des inondations étaient possibles et que les conditions routières seraient dif ficiles.La pluie a commencé à tomber peu après midi à Tampa Bay, dimanche.Des sacs de sable ont été distribués aux habitants de la ville, ainsi qu\u2019à ceux de St.Pe- tersburg et d\u2019autres municipalités voisines.Le gouver neur de la Floride, Rick Scott, s\u2019est rendu à Tallahassee, dimanche, afin de discuter avec les responsables du service de gestion des urgences de l\u2019État.Il a reporté une rencontre avec le présumé candidat républicain à la présidence, Donald Trump, qui devait avoir lieu lundi à New York, afin de demeurer dans la capitale floridienne et surveiller la situation.Associated Press La côte ouest de la Floride se prépare à faire face à une tempête tropicale JOE RAEDLE AGENCE FRANCE-PRESSE Le gouverneur de la Floride, Rick Scott, s\u2019est rendu à Tallahassee.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Julien D.Pelletier, Pierre Craig et Marc-Antoine Cloutier JACQUES NADEAU LE DEVOIR Ahuntsic- Cartierville dit non à une mosquée Les électeurs de l\u2019arrondissement Ahuntsic-Cartierville ont rejeté à 60 % un projet de lieu de culte musulman dans un local de la rue Legendre Ouest.Ils se sont ainsi exprimés dans le cadre d\u2019un référendum qui portait sur la possibilité de transformer un centre communautaire existant en lieu de culte musulman.Ahuntsic- Cartierville avait initialement accepté la demande, mais des résidants qui s\u2019y opposaient ont exigé une consultation populaire.Au dévoilement des résultats, l\u2019arrondissement a assuré qu\u2019il «mettra en application les mesures qui s\u2019imposent dans les meilleurs délais ».Le Devoir L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 SOCIETE A 5 La garde partagée sous toutes ses formes est en train de devenir la nouvelle norme BARBARA SAX AGENCE FRANCE-PRESSE M A U D E G O Y E R L orsqu\u2019ils se sont séparés, Nancy et Éric ont choisi de faire une transition en douceur pour leurs enfants de 13 et 11 ans.Ils ont conservé la maison.Ils y demeurent à tour de rôle avec les enfants, une semaine sur deux.L\u2019autre parent se rend dans un appartement loué, non loin de là.« Ça laisse le nid aux enfants et ce sont les parents qui sortent, dit Nancy, 48 ans, qui souligne que ce fut une solution temporaire.L\u2019adaptation à la nouvelle situation est plus facile pour eux\u2026 et pour nous ! » Jean-Philippe, 28 ans, et son ex-conjointe ont pris le même arrangement lorsqu\u2019ils ont décidé de se séparer.«La petite avait trois mois, dit-il, et notre garçon, pas tout à fait deux ans.À tour de rôle, nous allons vivre chez nos parents, sous un horaire de deux jours/deux jours/trois jours.Pour le moment, c\u2019est l\u2019idéal pour les enfants.Et financièrement, ça nous aide.» À l\u2019instar de Nancy, Éric et Jean-Philippe, des milliers de couples québécois choisissent au- jourd\u2019hui différentes formes de garde partagée.L\u2019époque du père qui prend ses enfants une fin de semaine sur deux est révolue ! C\u2019est le constat des chercheuses Émilie Biland et Gabrielle Schütz.Dans une grande analyse des dossiers judiciaires de séparation au Québec (2013), elles ont déterminé que les formes de garde étaient en pleine transformation.En dix ans, soit entre 1998 et 2008, la garde exclusive à la mère est passée de 79 % à 60,5 % et celle aux pères a bondi de 5,4 % à 13,5 %.La garde partagée est de plus en plus privilégiée : elle concerne 19,7 % des ordonnances en 2008 comparativement à 8,1 % en 1998.La garde partagée plus populaire Pour l\u2019avocat en droit de la famille Michel Té- trault, il est clair que l\u2019implication grandissante des pères auprès de leurs enfants change les règles.«Au début des années 1980, dans 90% des cas, l\u2019enfant était confié à la mère, raconte-t-il.Le père avait un droit d\u2019accès un week-end sur deux, deux semaines à l\u2019été et quelques jours à Noël.C\u2019était ça, le modèle.Et les dossiers de garde se réglaient rapidement !» Selon Me Tétrault, qui pratique depuis 33 ans à l\u2019aide juridique, au début des années 1990, le modèle se raffine: les pères réclament plus de temps avec leurs enfants.C\u2019est au début des années 2000 que la garde partagée gagne en popularité.«Sur le plan sociétal, on était rendus là, explique Me Tétrault.Les mères ont envahi le marché du travail, donc le modèle du père pourvoyeur et de la mère qui prend soin des enfants ne tient plus.Le père s\u2019implique, il est disponible et il veut rester près de ses enfants.Par ailleurs, en cour, on reconnaît qu\u2019il est dans l\u2019intérêt de l\u2019enfant de conserver un maximum de liens avec les deux parents, dans la majorité des cas.» Vers 2004-2005, l\u2019avocat constate qu\u2019il y a une «présomption favorable à la garde partagée».Il croit que, très bientôt, les ordonnances de garde partagée seront plus nombreuses que toute autre forme.«Ce n\u2019est pas écrit dans la loi, mais, dans les faits, on voit que la garde partagée gagne du terrain.C\u2019est une tendance lourde», dit-il.Autant de modèles que de familles Pour l\u2019avocate de la famille Valérie Laberge, qui pratique depuis six ans, les « vieux modèles » sont résolument désuets.« Il y a 365 jours dans l\u2019année et il y a 365 façons de faire une garde partagée », dit celle qui a rédigé la thèse Pour une présomption légale simple de garde alternée au Québec, UQAM, 2013.Selon Me Laberge, les gardes s\u2019adaptent aux besoins des parents et des enfants.«La forme sept jours avec l\u2019un et sept jours avec l\u2019autre, parfois entrecoupée d\u2019une nuit au milieu de la semaine, est encore majoritaire, mais toutes les formes sont possibles : un père qui prend les enfants toutes les fins de semaine, un horaire deux jours/cinq jours, une mère qui prend les enfants tout l\u2019été, etc.» Selon elle, lorsqu\u2019il est question de trancher sur l\u2019obtention d\u2019une garde partagée, certains critères prévalent aux yeux du juge: l\u2019intérêt de l\u2019enfant (il s\u2019agit d\u2019ailleurs du seul critère légal, tel qu\u2019indiqué à l\u2019article 33 du Code civil), la stabilité des parents, la capacité parentale, la capacité de communication entre les deux ex-conjoints lorsqu\u2019il est question de l\u2019enfant, l\u2019absence de conflits, la proximité des résidences, la présence d\u2019une contre-indication (par exemple, dans le cas d\u2019un enfant aux besoins particuliers), le désir de l\u2019enfant (surtout à partir de l\u2019âge de 8-10 ans) et l\u2019aspect financier.«Ce que je constate, dans ma pratique, c\u2019est que plus les ex-conjoints s\u2019entendent bien, plus il y a de chances que la garde partagée soit demandée et accordée», souligne l\u2019avocate.La route vers la garde partagée Mais encore faut-il que le père présente une demande de garde\u2026 Selon l\u2019étude de Biland et Schütz, lorsqu\u2019un seul des deux parents fait une demande de garde, dans 69% des cas il s\u2019agit de la mère.De plus, dans plus d\u2019un dossier sur deux, le père ne présente pas de demande de garde.Diane Dubeau, chercheuse au Département de psychoéducation et de psychologie à l\u2019Université du Québec en Outaouais, s\u2019intéresse à la réalité des pères québécois depuis vingt-cinq ans, notamment à leur engagement et à leur implication.«Il faut se demander pourquoi les pères ne présentent pas de demande, souligne-t-elle.Parmi les hypothèses de réponses, il y a le fait qu\u2019il existe des pères déserteurs, qui quittent le tableau lorsque la relation se termine.Il y a certains avocats qui découragent les pères de faire une demande de garde.Et finalement, puisque dans 70 à 80% des cas de séparation ce sont les mères qui demandent la séparation, les pères, en choc, ne sont pas à la même étape du processus de deuil que les mères.Ils ne sont pas prêts et elles, oui.» Pères séparés À l\u2019organisme Pères séparés, le nombre d\u2019appels est passé de 850 en 2009 à 1500 en 2015.Dans 80 % des cas, il s\u2019agit de pères qui vivent des problèmes liés aux jugements de cour, aux droits d\u2019accès ou aux ententes conclues avec leur ex-conjointe.C\u2019est ce qui est arrivé à Karl, 45 ans.Père d\u2019une fillette de cinq ans et d\u2019un garçon de deux ans, il a été quitté par sa conjointe\u2026 qui lui a avoué que cela faisait «deux ans» qu\u2019elle y pensait.Et donc, s\u2019y préparait.« Je trouve ça injuste, dit-il.C\u2019est injuste quand l\u2019un des deux accumule de l\u2019argent, planifie ses af faires, bref, qu\u2019il met plus d\u2019énergie à sortir de la relation qu\u2019à la faire fonctionner\u2026 » Neuf ans plus tard, Karl est serein par rapport à sa séparation.« Ça se passe bien surtout depuis qu\u2019on a compris le concept d\u2019équipe parentale.On s\u2019est entendus sur le fait qu\u2019on était des parents pour la vie et qu\u2019il fallait travailler ensemble.Même lors de désaccords, on ne sabote pas l\u2019autre ni la situation pour nos besoins ou nos opinions.» Baptiste, 25 ans, a lui aussi tenu à ne pas compromettre sa relation avec son ex-conjointe.Il a obtenu la garde de sa fille de deux ans.Et même si la mère a «abandonné» son enfant, lorsqu\u2019elle est revenue et s\u2019est montrée disponible, quelques mois plus tard, il lui a «fait de la place».«Ce n\u2019est pas toujours facile, confie-t-il, mais nous sommes en bons termes.Je me fais regarder partout où je vais, on semble penser : \u201cOh, il est si jeune, est-il capable de s\u2019en occuper tout seul?\u201d On essaie de me faire sentir incompétent.» Il réfléchit et ajoute : «Mais moi, je me trouve chanceux.Je suis très près de ma fille et j\u2019aurais manqué quelque chose si cela avait été différent\u2026» Planète F La souplesse du congé parental et l\u2019existence du congé de paternité ont transformé les modèles de garde des enfants lors d\u2019une séparation conjugale.Le père québécois, qui s\u2019implique davantage auprès de ses enfants, continue à le faire en cas de séparation.La garde partagée est en train de devenir\u2026 la nouvelle norme.«Nous avons une bonne communication, mon ex et moi.Nous sommes sur la même longueur d\u2019onde, nous ne parlons pas dans le dos de l\u2019autre et nous nous centrons sur les besoins des enfants » \u2014 Mélanie, 42 ans, séparée depuis deux ans et demi, mère de trois garçons de 17, 14 et 12 ans ?«J\u2019habite Sherbrooke et lui, Plessis- ville.Il prend les enfants la fin de semaine, mais cela fait beaucoup de route, presque six heures en tout pour les allers et retours.J\u2019ai décidé de déménager plus près de chez lui l\u2019été prochain.C\u2019est intense\u2026 mais je vois à quel point les enfants sont heureux de le voir.» \u2014 Amélie, 30 ans, séparée depuis sept mois, mère de trois enfants de 7, 5 et 2 ans ?«Communication.Flexibilité.Générosité, envers toi-même et envers l\u2019autre parent.Si tu es égoïste, tout le monde va s\u2019en ressentir.» \u2014 Karl, 45 ans, séparé depuis neuf ans, père de deux enfants de 14 et 11 ans ?«Il faut beaucoup de respect et des règles claires.La communication est essentielle, tout comme le fait d\u2019avoir le même schéma d\u2019intervention auprès des enfants.Et il ne faut pas hésiter à se faire des plans de match, à s\u2019adapter et à s\u2019ajuster.» \u2014 Jean-Phi- lippe, 28 ans, séparé depuis un an, père de deux enfants de 1 an et 2 ans ?« Une garde par tagée réussie, ça nécessite de prioriser les besoins des enfants, tout en ne s\u2019oubliant pas.» \u2014 Nancy, 48 ans, séparée depuis un an et demi, mère de deux enfants de 13 et 11 ans Pourquoi croyez-vous que la garde partagée de vos enfants fonctionne bien ?D es insultes, des menaces de mort et une pétition.Oui, une pétition, qui a rassemblé sur le site Change.org, 489 000 signatures \u2014 c\u2019est presque autant que la population complète de Laval et celle de la Côte-Nord réunies \u2014 pour réclamer que des mesures soient prises contre les parents du p\u2019tit gars qui s\u2019est retrouvé le 28 mai dernier dans la fosse d\u2019un gorille au zoo de Cincinnati aux États-Unis, forçant l\u2019abattage de l\u2019hominidé pour protéger l\u2019enfant.La mort de Harambe \u2014 c\u2019était le nom de la bête \u2014 a une nouvelle fois fait émerger, la semaine dernière, cette violence inouïe qui s\u2019empare des réseaux sociaux pour tout et souvent pour rien en temps normal, et qui s\u2019amplifie de manière effrayante face à quelques drames humains, particulièrement lorsqu\u2019ils impliquent des animaux.Rappelez-vous : cette haine extraordinaire, portée par des masses d\u2019ordinaires au scandale facile, lors de la mort de Cecil le lion, l\u2019an dernier, tué par un dentiste du Minnesota durant un safari au Zimbabwe.Pour le gorille, la mobilisation en ligne a suivi la même triste trame, avec ces foules dématérialisées qui ont hurlé contre les parents de l\u2019enfant, réclamé la destitution de leur droit parental ou le placement dans un environnement familial plus sécuritaire du garçon ayant déjoué la supervision de ses parents pour partir à la rencontre de King Kong ou de Roi Louie du Livre de la jungle.Une poignée d\u2019internautes ont même publiquement souhaité que le destin de Harambe, brisé par les balles des gardiens du zoo, devienne à l\u2019identique celui à réserver à ce couple indigne responsable de la mort de l\u2019animal.En 140 caractères, dans l\u2019urgence d\u2019exister dans le regard numérique de l\u2019autre, dans la fureur de l\u2019instant, la nuance, la poésie et la raison sont généralement ailleurs.Acceptation sociale angoissante La redondance de cette justice populaire pixelisée, de ces appels à la vengeance par le meurtre, par la privation, par l\u2019humiliation portée sur la place publique par des citoyens dont on peine à croire qu\u2019ils puissent être à ce point sauvages dans la matérialité de leur existence, n\u2019est pas nouvelle.Et c\u2019est justement ce qui en fait tout son caractère angoissant, terrifiant même, tant elle s\u2019accompagne désormais d\u2019une acceptation sociale dont des sociétés modernes ne devraient jamais se satisfaire.La semaine dernière, sur Twitter, l\u2019humoriste, producteur et animateur Guy A.Lepage s\u2019est réjoui devant ses 351 000 abonnés de l\u2019histoire de ce père qui, en Ohio, a sauté sur le meurtrier de sa fille en plein tribunal pour le molester, au terme d\u2019un jugement qui a condamné l\u2019ignoble personnage à la prison à vie.Le partage de l\u2019info était accompagné d\u2019un simple « Dommage qu\u2019il l\u2019ait raté ».Œil pour œil, dent pour dent : 60 abonnés lui ont répondu : « j\u2019aime », par fois accompagné d\u2019un « mets-en » ou d\u2019un « tellement », rappelant au mauvais souvenir du présent cette indolence et ces sourires béats de masse qui, à une autre époque, s\u2019aggloméraient autour des bûchers pour assister à l\u2019éradication des « sorcières ».À l\u2019ère du numérique, l\u2019auto-justice, celle qui confère à l\u2019individu, plutôt qu\u2019à l\u2019institution de la justice d\u2019un État de droit, l\u2019exercice de la loi ou d\u2019un code moral défini par ce même individu et ses groupes d\u2019appartenance, a visiblement le vent dans les voiles.Un renouveau qui confirme les pires appréhensions : la mise en réseau des rapports sociaux, l\u2019accélération des échanges, la démocratisation de la production et de la diffusion de l\u2019information devaient faire faire un bond en avant à l\u2019humanité, lui ouvrir une fenêtre plus large sur le monde, les autres, la diversité, sur la connaissance\u2026 Confrontée à la mort d\u2019un gorille, cette modernité est surtout en train de nous faire régresser en ramenant l\u2019homo connec- ticus à ce stade primitif d\u2019une justice incarnée par quelques grandes gueules, du goudron et des plumes.Sans gêne Facebook, Twitter et consorts ne font pas que conforter l\u2019ordurier du quotidien dans sa pratique de l\u2019insulte facile.Ils enlèvent aussi la gêne à l\u2019inquisiteur, au délateur, à l\u2019accusateur amateur, stimulent la mise en accusation sur la place publique sans ou avec trop peu de preuves, réécrivent en majuscule le V de Vendetta, érigent en norme le principe des représailles et de l\u2019expiation, le tout dans cette légèreté que confèrent des environnements où l\u2019engagement social, le mépris ordinaire et le divertissement s\u2019expriment désormais sur un pied d\u2019égalité.Une femme qui a eu le malheur de porter exactement le même nom que la mère de l\u2019enfant du zoo de Cincinnati s\u2019est fait traiter de tous les noms, la semaine dernière sur Facebook, dans l\u2019aveuglement de la haine.La vraie mère, elle, a dû fermer son compte, pour trouver un peu de répit, et désormais pouvoir se demander, loin des cris et des appels au châtiment, qui du gorille ou de l\u2019humain a finalement le plus d\u2019intelligence et de hauteur.chroniquefd@ledevoir.com sur Twitter : @FabienDeglise #CHRONIQUEFD Gare au gorille FABIEN DEGLISE Samedi 4 juin, jour anniversaire du massacre de la place Tia- nanmen, survenu en 1989.Balayé sous le tapis, comme d\u2019habitude, par le régime, conformément à sa volonté de nier ses abus et de réécrire l\u2019histoire.Il se trouve que ce 27e anniversaire se produit sur fond de net ralentissement économique et de contestation sociale croissante.Ce à quoi le président Xi Jinping peut dif ficilement rester sourd.ébut mars, des centaines sinon des milliers d\u2019employés de la société d\u2019État Longmay Mining Group, la plus grande compagnie de charbon du nord-est de la Chine, ont manifesté contre le gouverneur de la province pour réclamer leurs salaires impayés.Des manifestations aux dimensions politiques inusitées, rapportait The New York Times.L\u2019économie chinoise s\u2019essouf flant après plus de 20 ans de croissance stupéfiante, les mouvements de grève se multiplient dans tous le pays face à des entreprises qui retiennent les salaires et procèdent à d\u2019importantes mises à pied.Selon le China Labor Bulletin (CLB), une organisation indépendante basée à Hong Kong, l\u2019année 2015 a été marquée par 2700 grèves et manifestations liées au travail, soit plus du double qu\u2019en 2014.La grogne face à la détérioration du marché du travail a continué de s\u2019amplifier depuis le début de cette année, constate le CLB, et continuera à l\u2019évidence d\u2019enfler dans la mesure où le gouvernement veut s\u2019engager dans une démarche de rationalisation des grandes industries de l\u2019État, une démarche qui pourrait coûter d\u2019ici deux ans leur emploi à près de cinq millions de travailleurs.Le gouvernement a déjà procédé à la fin des années 1990 et au début des années 2000 à une large opération de privatisation et de restructuration de ses entreprises d\u2019État, impliquant des coupes claires de plus de 30 millions d\u2019emplois.Mais c\u2019était à une époque où l\u2019économie croissait encore à une vitesse fulgurante et où des emplois étaient créés dans d\u2019autres secteurs.Dans l\u2019ordre actuel des choses, le régime se voit plus que jamais confronté à ses contradictions \u2014 entre idéologie de défense «communiste » des droits des travailleurs et adhésion tous azimuts aux stratégies de développement capitaliste.À ce dilemme, l\u2019appareil d\u2019État a réagi en débloquant des milliards en programmes sociaux tout en redoublant de répression, sous le président Xi arrivé au pouvoir en 2013, contre les travailleurs qui osent exprimer leur mécontentement et les organisations de défense des droits des travailleurs.?C\u2019est dans ce contexte de tumulte social et de vieille culture de répression que les Chinois ont vécu samedi \u2014 sans le vivre \u2014 le 27e anniversaire de l\u2019écrasement du soulèvement prodémocratie de la place Tiananmen.À ce jour, le Parti communiste continue d\u2019interdire toute discussion et commémoration concernant les événements qui ont fait des centaines, sinon des milliers de morts parmi les manifestants.Dans une lettre largement diffusée la semaine dernière, l\u2019organisation des Mères de Tiananmen, un regroupement de familles de manifestants tués en 1989, a dénoncé le harcèlement et l\u2019intimidation incessants dont ces familles sont l\u2019objet depuis 27 ans, année après année.Le fait est que le gouvernement ne s\u2019est jamais excusé pour les violences qu\u2019il a commises contre ces manifestations paci?ques et n\u2019a jamais démordu de la position of?cielle selon laquelle il s\u2019agissait d\u2019une « rébellion contre-révolutionnaire».Il compte sur le fait que le temps efface la mémoire, dit Albert Ho, responsable de l\u2019organisation des cérémonies de commémorations qui se déroulent traditionnellement au parc Victoria, dans la ville «semi-autonome» de Hong Kong.C\u2019est encore dans ce contexte que la Chine a discrètement marqué, en mai, le cinquantenaire de la Révolution culturelle lancée en 1966 par Mao et dans laquelle ont péri sur dix ans des millions de « révisionnistes ».L\u2019un des épisodes les plus noirs de l\u2019histoire du pays, of?ciellement quali?é de désastre par le PCC, mais que le président Xi donne aujourd\u2019hui l\u2019impression de recréer pour la férocité et l\u2019impunité avec lesquelles il s\u2019emploie à faire taire toutes les oppositions et toutes les dissidences.«La Révolution culturelle est de retour», répètent les critiques du régime.De quoi sera donc faite, s\u2019ils disent vrai, la vie du commun des Chinois dans les prochaines années?Et comment Xi Jinping pourra-t-il, puisqu\u2019il le voudra, mettre le mécontentement ambiant sous le boisseau?L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Pont de Québec : le PLC doit respecter sa promesse Le Parti libéral du Canada (PLC) avait promis, lors de la dernière campagne électorale, de régler le problème du pont de Québec ; les babines étaient en action.Depuis quelque temps, les députés du PLC, de la région de Québec, envoient des signaux très forts indiquant que cette promesse électorale ne sera pas respectée, se rendant compte que le CN leur servirait une fin de non-recevoir.Étrangement, ces députés semblent se battre avec plus d\u2019enthousiasme pour le CN que pour l\u2019entretien du pont de Québec.Bref, il n\u2019y a aucun député fédéral de la région pour défendre ce dossier.On les entend dire que peinturer du métal, c\u2019est purement esthétique et que le pont est sécuritaire, comme les conservateurs autrefois.Qu\u2019en est-il de la durée de vie de cette infrastructure de transport très polyvalente ?Savent-ils quelque chose que l\u2019on ignore ?Même en ajoutant 20 milliards de dollars au déficit, le PLC n\u2019a pas trouvé un sou de plus pour le pont.Pourtant, de l\u2019argent, il y en a pour les projets ailleurs : pont Champlain (4,2 milliards), pont Windsor-Detroit (4,8 milliards), entretien des ponts Honoré Mercier et Jacques-Cartier (139 millions en 2015 et 211 millions pour 2016).La région de Québec a besoin d\u2019imagination et de persévérance pour que l\u2019on puisse voir ce dossier se régler adéquatement.Mal- L I B R E O P I N I O N S E R G E G A U D R E A U École de politique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke L e vent de jeunesse soufflant sur l\u2019Occident au cours des sixties s\u2019accompagne d\u2019une volonté de changement qui atteint même le monde spor tif.Au fil de cette décennie mythique, quelques athlètes incarneront à leur façon cette nouvelle tendance, mais aucun autant que Muhammad Ali.Imprévisible destin pour cet Afro-Américain né Cassius Clay, le 17 janvier 1942, dans une modeste famille du Kentucky.Celui-ci se distingue pourtant rapidement.Par ses succès bien sûr, dont sa médaille d\u2019or olympique à Rome, en 1960.Mais aussi par son style peu orthodoxe dans l\u2019arène, que raillent les puristes, ainsi que sa verve intarissable, rompant avec l\u2019image traditionnelle de l\u2019athlète nord-américain.La singulière relation d\u2019amour et de haine qui se développe à l\u2019endroit de Clay atteint un sommet en février 1964.A posteriori, la conquête du titre contre Sonny Liston entrera dans l\u2019histoire comme le début de la renaissance de la boxe.Convaincus de la supériorité de Liston, plusieurs pensent pourtant que la victoire de la Louisville Lip, empreinte de suspicion, ne fait qu\u2019enfoncer un autre clou dans le cercueil de ce sport miné.Sentiment qui s\u2019amplifie en 1965 lorsque la revanche victorieuse contre Liston se solde dans la pagaille.Surtout, l\u2019adhésion de Clay, devenu Muhammad Ali, à la Nation of Islam, donne au personnage une nouvelle dimension.Son association avec cette organisation controversée, au cœur d\u2019une période de radicalisation du mouvement noir, entraîne le champion poids lourd sur le terrain glissant de la politique.Terrain dans lequel il s\u2019enfonce davantage en refusant de joindre l\u2019armée américaine \u2014 « I ain\u2019t got no quarrel against them Vietcong!» \u2014, décision qui entraîne la perte de son titre et sa mise au ban de la boxe de 1967 à 1970.Le cas Ali, martyr pour les uns, traître pour les autres, devient une cause célèbre divisant la société américaine à l\u2019heure où le conflit au Vietnam enflamme les passions.Fait impensable dix ans auparavant : une figure de proue de la contestation politique est un athlète professionnel noir, peu scolarisé, portant un nom musulman, et dont le rayonnement s\u2019étend sur l\u2019ensemble du globe.Comme symbole des remuantes années 1960, on peut difficilement trouver mieux.La saga d\u2019Ali prend une tournure tout aussi inusitée avec son retour à la boxe en 1970.Moins aérien, plus vulnérable, l\u2019ex-champion fait désormais appel à une résilience et à un courage que peu soupçonnaient.Pour ses fidèles, cette quête du titre, aux allures de croisade, atteint son apogée dans le décor insolite du stade de Kinshasa, au Zaïre, alors qu\u2019il terrasse George Foreman le 30 octobre 1974.Ce succès se double d\u2019un autre, dans l\u2019arène politique.Le triomphe d\u2019Ali devant la Cour suprême, en 1971, l\u2019évolution des mentalités et la fin du bourbier vietnamien tendent à valider ses positions de la décennie précédente.C\u2019est par la grande porte que le paria de 1967 entre à la Maison-Blanche en décembre 1974, à l\u2019invitation du républicain Gerald Ford.Avec le temps, et la fin de sa carrière, une autre image d\u2019Ali s\u2019impose graduellement.Loin de la tourmente des années 1960, le souvenir du trublion provocateur qui a polarisé les Américains n\u2019a plus la même résonance.Oubliés aussi les propos incendiaires tenus jadis à l\u2019endroit des Blancs.S\u2019il a toujours ses détracteurs, le Muhammad Ali affaibli par la maladie, allumant laborieusement la vasque olympique à Atlanta en 1996, apparaît maintenant comme un personnage consen- suel, presque un héros folklorique.Derrière cette perception réductrice se cache cependant un homme complexe, difficile à cerner.Icône des « libéraux », dans le sens états- unien du terme, célébré par les pacifistes du monde entier, ce critique de la guerre du Vietnam, émissaire de bonne entente auprès des grands de ce monde, s\u2019est également fait fort de rappeler à plusieurs reprises son patriotisme.En 1980, il est un porte-parole de la politique de boycott olympique du président Jimmy Carter.La même année, peu après l\u2019invasion soviétique en Afghanistan, il se dit même favorable à un « draft registration » aux États-Unis, précisant qu\u2019il serait le premier à prendre les armes si son pays était menacé.Difficile également de reconnaître le rebelle derrière l\u2019appui qu\u2019Ali, séduit par la proposition de Ronald Reagan de rétablir la prière dans les écoles, accorde au candidat républicain lors de la présidentielle de 1984, une fois le démocrate afro-américain Jesse Jackson écar té de la course.Du rebelle au conser vateur, de la grande gueule au musulman dévot, vivant ses derniers jours dans la sérénité, on a écrit et on écrira encore beaucoup sur cet homme d\u2019exception, bourré de charme et de contradictions.Loin de se fixer, l\u2019héritage qu\u2019il nous laisse mérite d\u2019être regardé avec un souci de vérité.Avant que la légende ne s\u2019empare, au point de ne plus le reconnaître, de celui qui fut l\u2019écho d\u2019une génération.Muhammad Ali, l\u2019écho d\u2019une génération FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET heureusement, ces mêmes députés cachent leur impuissance en rivalisant d\u2019imagination pour détourner l\u2019attention: de la peinture; est-ce le meilleur choix?Pourquoi ne pas financer d\u2019autres types de projets?Un petit acompte pour financer un 3e lien interrives?Ce genre de manœuvre cherche à clore le dossier en semant la zizanie et à nous éloigner d\u2019une solution durable.Ce pont reste sécuritaire malgré les défauts d\u2019entretien parce qu\u2019il a été construit très solidement à la suite de deux tragédies qui ont causé de multiples décès lors de sa construction; il ne faudrait pas l\u2019oublier.Plus grand pont cantilever au monde, merveille d\u2019ingénierie déclarée « monument historique international » et « lieu historique national du Canada », symbole de la ville de Québec, le pont de Québec mérite mieux que la comédie actuelle.Le PLC a créé le problème, il a mis en place les conditions pour que le problème perdure et, aujourd\u2019hui, ils voudraient que l\u2019on détourne définitivement les yeux du problème.Malheureusement, comme d\u2019habitude avec le PLC, les bottines ne suivent pas les babines.Denis Blanchette, ex-député fédéral de Louis-Hébert (2011-2015) Le 3 juin 2016 Rénover le Parti québécois Paul Saint-Pierre Plamondon n\u2019a probablement aucune chance de remporter la course à la chef ferie du PQ.Cer tains CHINE Xi Jinping, président néomaoïste D GUY TAILLEFER On a écrit et on écrira encore beaucoup sur cet homme d\u2019exception, bourré de charme et de contradictions Nézet-Séguin : Montréalais avant d\u2019être Québécois Le premier ministre Justin Trudeau a félicité Yannick Nézet-Séguin en ces termes : « Félicitations au Montréalais Yannick Nézet-Séguin, qui a été nommé nouveau directeur musical du MetOpera.Formidable réalisation !» En bon fils à son père, cela l\u2019indisposait de faire référence à « Québécois », parce que le Québec est une nation.Il est heureux que le premier ministre Philippe Couillard ait sauvé la mise : «Félicitations à Yannick Nézet-Séguin, tout le Québec est fier de vous ! » Sylvio Le Blanc Montréal, le 3 juin 2016 pourraient même le voir comme un athée briguant la papauté.Pourtant, sa candidature of fre aux militants une occasion unique de refonder leur parti sur la base de la réalité actuelle du Québec, plutôt que celle des années 1960.Eh oui, cela implique même la remise en question de l\u2019article 1.Les autres candidats, sans exception, persistent dans le même déni qu\u2019on a pu observer le soir de la défaite en avril 2014.Ils entretiennent un rêve de puissance qui ne fait que les enliser dans l\u2019impuissance du rêve.M.Couillard leur dit merci.François Thérien Montréal, le 4 juin 2016 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).I l est rare que je signe des pétitions ou des déclarations de solidarité.Offrir facilement sa signature a tendance à la dévaluer, quelle que soit l\u2019urgence affichée de la cause.En plus, on risque d\u2019être dupe dans le feu de l\u2019action \u2014 je pense aux malheureux gauchistes qui, sans le savoir, ont adhéré à la ligne stali- niste lors de la guerre civile en Espagne.Cela dit, je n\u2019ai pas hésité le 23 mai lorsque j\u2019ai reçu un appel pour soutenir Aude Lancelin, ancien numéro deux de L\u2019Obs, qui a été licenciée par l\u2019hebdomadaire après un désaccord politique qui a profité, comme par hasard, au numéro un, Matthieu Croissandeau.La pétition mérite attention non seulement parce qu\u2019Aude est une journaliste intègre de grande qualité, mais aussi parce que cela souligne une crise croissante dans la gauche française, ainsi que dans la presse de toute orientation politique.Résumons l\u2019affaire.Selon le journal Libération, Aude Lancelin est « marquée à gauche de la gauche » dans ses préférences d\u2019articles et d\u2019entretiens, ce qui ne plaisait pas à Claude Per- driel, cofondateur de la revue et l\u2019un des quatre actionnaires.Perdriel aurait constaté à haute voix qu\u2019Aude Lancelin est « en faute avec la charte qu\u2019elle a signée en arrivant à L\u2019Obs» il y a deux ans.Dans ce journal « social-démocrate», a-t-il déclaré, Lancelin «publie des articles antidémocratiques ».Donc elle a apparemment dévié d\u2019une « ligne » qui, jusque-là, n\u2019était pas entièrement évidente.Aux auteurs de la pétition d\u2019analyser : « On lit\u2026 qu\u2019il y aurait eu un conflit entre la prétendue ligne de M.Croissandeau, dite \u201cde toutes les gauches\u201d, et celle d\u2019Aude Lancelin\u2026 Il suf fit de lire les éditoriaux dudit directeur de la rédaction pour s\u2019apercevoir que \u201ctoutes les gauches\u201d, ce sont en fait les seules \u201cgauches\u201d de Hollande, Valls et Macron.» La montée d\u2019une orthodoxie En ef fet, la chronique de Croissandeau se montre généralement favorable au gouvernement et méprisante à l\u2019égard des syndicats qui, actuellement, protestent avec violence contre le projet de loi El Khomri \u2014 une réforme qui permettrait, entre autres choses, des heures supplémentaires moins rémunérées.Que le Parti socialiste français soit de plus en plus libéral, c\u2019est indéniable.Que la gauche, telle quelle, soit en difficulté, abandonnée par les ouvriers au chômage et devancée par le Front national, c\u2019est également indiscutable.Qu\u2019il y ait une crise politique en France suscitée par la fissure entre «deux gauches irréconciliables », pour reprendre les paroles de Manuel Valls, voilà qui est aussi évident.On n\u2019a qu\u2019à lire l\u2019entretien dans L\u2019Obs avec Jean-Luc Mélenchon publié le 28 avril (propos recueillis notamment par Matthieu Croissandeau et deux autres journalistes) pour voir à quel point «la gauche» est en train de s\u2019en- tretuer.Valls est «un républicain de droite», Macron, une « coqueluche produite par le système pour faire exploser la gauche de l\u2019intérieur».Quant à Hollande, il a « fait du mot gauche la pauvre chose mensongère aujourd\u2019hui au pouvoir».En tant que journaliste et directeur de publication, je reconnais dans tout cela une importante confrontation politique par procuration.En revanche, ce qui me fait encore plus de peine dans le congédiement d\u2019Aude Lancelin, c\u2019est la montée d\u2019une or thodoxie journalistique à L\u2019Obs comme je la vois un peu partout dans le journalisme occidental.On a raison de ridiculiser la caricature de Lancelin comme promotrice d\u2019une gauche extrême.Mais c\u2019est surtout l\u2019insipidité de Matthieu Croissandeau, plutôt que sa « ligne politique», qui me dérange.Dans ses écrits, j\u2019entends la voix du comité \u2014 lisse, douce, et fade.Alors qu\u2019il a répondu à ses accusateurs, Crois- sandeau a démenti avoir des intentions politiques : «Ma décision est managériale.La direction de la rédaction ne fonctionnait pas bien\u2026» Je n\u2019en doute pas.L\u2019approche managériale est justement ce qui est en train de tuer le journalisme.«La demande des médias et des entreprises de presse de former leurs journalistes aux réalités du management est croissante», écrivait Nicolas Beytout en 2006, alors directeur du Figaro.Aude Lancelin incarne l\u2019hétérodoxie intelligente dans la presse.Elle a encouragé, par exemple, le soulèvement du tabou à gauche au sujet de l\u2019euro en présentant les opinions dissidentes d\u2019Emmanuel Todd lorsqu\u2019elle travaillait chez Marianne.Or, c\u2019est un objet sacré pour les socialistes.Même l\u2019archi-frondeur Jean-Luc Mélenchon hésite à prôner une sortie de la monnaie unique par crainte d\u2019insulter «le rêve européen» des élites françaises, ces élites que Mélenchon dénonce comme une oligarchie.J\u2019ignore même si Aude est pro ou anti- euro, mais je sais qu\u2019elle défend la liberté d\u2019expression.Oui, elle est de gauche, mais elle ne tient pas à une ligne de gauche.Ne soyons pas étonnés si la popularité de Hollande et la diffusion de L\u2019Obs sont en chute.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.Cette gauche qui se déchire JOHN R.MACARTHUR S A M I R S A U L Professeur d\u2019histoire, Université de Montréal \u2013 CERIUM e Center for a New American Security s\u2019invite dans la campagne présidentielle.Laboratoires de conception et de formatage discursif des politiques du pays, les think tanks sont aussi des bassins de futurs diri - geants.Financés par les grandes entreprises, ils font étalage de leur parrainage par des notabilités de l\u2019establishment.En 1997, les néoconser vateurs lancent le Projet for a New American Century, couveuse des politiques de la période de Bush II.L\u2019aile démocrate fonde le CNAS en 2007.Conservateur ou libéral, le courant néocon a le même objectif : profiter de l\u2019avènement d\u2019un monde unipolaire pour consolider l\u2019hégémonie américaine.Les prétentions providentielles sont les mêmes : répandre les «valeurs» par définition bienfaisantes des États-Unis.Seul change le dosage dans le plaidoyer pour l\u2019usage de la force, le continuum allant des croisades pseudo civilisationnelles aux ingérences prétendues humanitaires.La doctrine de régime change qui sème le chaos partout où elle sévit est un héritage partagé.Le gouvernement Obama comprend des personnes issues du CNAS.Il prend la relève du PNAC dont l\u2019étoile avait pâli sous l\u2019ef fet des échecs de Bush.«Étendre la puissance américaine» Reconnaissons aux néocons la qualité de la franchise, malgré la novlangue mielleuse de la communication.Le rapport du CNAS vise à vanter le rôle des États-Unis dans le monde.On pourrait objecter que la candidate Clinton n\u2019en a guère besoin, ayant déjà fait ses preuves comme adepte du néoconservatisme, tandis que Trump n\u2019a que faire de documents ou de conseils.Mais le rapport est imprégné d\u2019une palpable inquiétude.Que les États-Unis, las d\u2019interventions à l\u2019étranger, se replient sur eux-mêmes est une hantise qui le traverse de part en part.Le ton n\u2019est pas au triomphalisme conquérant de la prime jeunesse du courant néocon ; le funeste bilan complique le déclenchement d\u2019aventures lointaines.Aussi le rapport se résume-t-il à une prière, répétée sur tous les registres, de ne pas oublier que le « leadership» américain est indispensable.Cet euphémisme revient 28 fois dans le rapport de 17 pages, et 5 fois sous forme de « leader».À l\u2019en croire, les alliés des États-Unis, voire la « communauté internationale », réclameraient davantage d\u2019«engagement» (15 fois) américain.Célébrant la puissance américaine, le rapport insiste sur la nécessité de l\u2019exercer.Il s\u2019efforce de convaincre de la réalité de la prépondérance américaine, tout en évoquant les « défis » que posent les économies plus productives.Toujours est-il qu\u2019on n\u2019ose plus affirmer comme une évidence que le nouveau siècle sera américain.Il faut désormais remuer ciel et terre pour qu\u2019il le soit, de préférence par une « posture » militaire « robuste » (autre litote du jargon officiel).Les recommandations : du réchauffé La Chine est dans le viseur ; deux pages et demie lui sont consacrées.Le rapport appuie le «pivot » obamien vers l\u2019Asie.Intolérable serait l\u2019idée que la sécurité de l\u2019Asie relève des Asiatiques, et non des États-Unis.Plus de présence militaire américaine préviendrait un conflit, selon le raisonnement néocon.Nul besoin d\u2019être devin pour trouver le nouveau foyer de périls qui complétera l\u2019encerclement de la Russie et la déstructuration du Moyen-Orient.Englobée dans un ensemble « transatlantique» (9 fois en 2,5 pages), l\u2019Europe a droit à la sollicitude, menacée qu\u2019elle serait par une Russie ambitieuse usant d\u2019une panoplie d\u2019artifices.Au remède militaire prévisible s\u2019ajoutent la substitution du gaz américain au gaz russe et le Partenariat transatlantique de commerce et d\u2019investissement.Moyen-Orient Pour le « Grand Moyen-Orient », expression néoconservatrice patentée, le rapport préconise en Syrie : le départ d\u2019Assad, plus d\u2019armes pour les milices et la réactivation du projet d\u2019une zone d\u2019exclusion aérienne, soit la recette pour l\u2019escalade à une guerre interétatique ouverte et générale.L\u2019ire de cette section est réservée à l\u2019Iran, quoique le rôle saoudien dans le terrorisme djihadiste soit incriminé.Suivant le rituel, fidélité absolue et éternelle est jurée à Israël.L\u2019appui à la formule des deux États étant conditionnel à l\u2019accord des parties (lire Israël), autant dire que le sujet est une affaire classée pour les auteurs.Un appel senti à la levée de toute entrave à l\u2019augmentation du budget militaire américain couronne logiquement ce texte où rien n\u2019est nouveau, sauf la crainte que le monde change dans un sens non désiré.PROGRAMME NÉOCONSERVATEUR AMÉRICAIN Autre version, même idée d\u2019hégémonie mondiale C L A U D E V A I L L A N C O U R T Président d\u2019ATTAC-Québec, auteur de L\u2019âge économique (M éditeur) e chat est sorti du sac : l\u2019Accord de partenariat transpacifique (PTP) aura des effets dommageables sur notre culture, comme le révélait Le Devoir le 26 mai.Les négociateurs canadiens ont donné de grands avantages aux multinationales du Web, ce qui risque d\u2019avoir des conséquences fâcheuses sur notre production et de limiter la diversité culturelle.Les grandes entreprises étrangères pourront accaparer les revenus de publicité locale, répandre leurs produits sans s\u2019engager à soutenir notre production, et cela, tout en payant le moins possible d\u2019impôts et de taxes.Comment en sommes-nous arrivés là?Le Canada et le Québec ont pourtant été parmi les grands instigateurs de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l\u2019UNESCO, signée en 2005.En soutenant cet important projet, le Canada s\u2019engageait à défendre une culture aux mille facettes, à la mettre à l\u2019abri des appétits sans bornes des multinationales du divertissement et d\u2019accords commerciaux négociés à leur avantage.Avant même la conception de cette convention, le Canada exigeait une exemption culturelle g lobale dans les accords de l ibre- échange : la culture ne se retrouvait nulle part dans les ententes.La production ar tistique n\u2019est pas un objet de commerce comme les autres, parce qu\u2019elle est un fondement indispensable de l\u2019identité collective des peuples.Il est donc nécessaire qu\u2019elle soit retirée dès le départ de tous les accords de libre-échange, avec une exemption ferme mentionnée dans les préambules.Une boîte de Pandore De façon paradoxale, c\u2019est après la signature de la convention sur la diversité culturelle que la culture a été intégrée aux négociations commerciales.Pour le Canada, la grande première a été l\u2019Accord économique et commercial global entre le Canada et l\u2019Union européenne (AECG).La décision d\u2019inclure la culture dans les négociations en déterminant des exemptions chapitre par chapitre a été for tement contestée : n\u2019entrait-on pas justement dans le jeu des négociateurs, en prenant le risque, par exemple, d\u2019oublier des secteurs, d\u2019arriver à des compromis néfastes ou de se faire rouler par un adversaire plus fort ?Des personnalités comme Louise Beaudoin et Pierre Curzi, tous deux très impliqués dans la bataille pour la protection de la diversité culturelle, mais aussi Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie et Pascal Rogard, président de la Coalition française pour la diversité culturelle, avaient alors sonné l\u2019alarme.Si certains experts prétendent aujourd\u2019hui que la culture a été relativement bien protégée dans l\u2019AECG, la suite nous montre qu\u2019on a bel et bien ouvert une boîte de Pandore.Le PTP traite la culture comme une simple marchandise.Les avantages accordés aux grandes entreprises du Web créent une brèche énorme parce que c\u2019est par Internet que circulent de plus en plus les œuvres artistiques dématérialisées.Les exigences de contenu local, considérées comme «discriminatoires» dans ce secteur, risquent de disparaître à mesure que les moyens de transmission deviendront numériques.Des arbitres au service de leurs clients La présence d\u2019un tribunal d\u2019arbitrage dans le PTP pourrait judiciariser certaines décisions prises pour protéger notre culture, ce qui laissera à des arbitres en provenance du secteur privé le soin d\u2019interpréter un accord d\u2019une grande complexité, caractérisé par ses ambiguïtés, comme le dénonce l\u2019économiste Joseph Stiglitz.De plus, le tribunal aura intérêt à trancher en faveur des entreprises puisque ces dernières sont les seules qui peuvent y avoir recours.Pour se donner de nouvelles causes, les arbitres doivent bien servir leurs clients.Même les secteurs plus traditionnels de la culture sont mal servis par le PTP.Véronique Guèvremont, professeure de droit à l\u2019Université Laval, souligne par exemple qu\u2019il pourra être considéré comme discriminatoire de demander à un distributeur de livres de prendre «des mesures en vue de distribuer des livres d\u2019auteurs québécois ».Autre décision très contestable : les droits d\u2019auteur seront protégés jusqu\u2019à 70 ans après la mort d\u2019un auteur, ce qui rendra dif ficilement accessibles des ouvrages dont tous devraient pouvoir bénéficier sans contraintes.La fin des obligations locales Les dangereux précédents du PTP seront sans doute reconduits dans l\u2019Accord sur le commerce des ser vices (ACS, connu aussi sous le nom de TISA, en anglais).Ce dernier est négocié dans le plus grand secret et ne concerne que les services.Or, la culture en est un.Une fuite de l\u2019accord révélée par WikiLeaks indique que les États-Unis ont l\u2019intention de mettre fin à toutes les obligations locales.Ce qui veut dire, par exemple, les quotas et les exigences de contenu local, essentiels pour la survie de la culture.Il s\u2019agit là d\u2019une tendance de fond dans les accords commerciaux à laquelle le gouvernement canadien ne s\u2019oppose pas.Bien au contraire, par son soutien actif au libre-échange, il semble approuver un saccage annoncé de la diversité culturelle et ainsi, de notre propre culture.Alors que les gouvernements canadien et québécois se sont montrés parmi les défenseurs les plus convaincus de la convention sur la diversité culturelle, voilà qu\u2019ils prennent les moyens les plus sûrs pour la torpiller en toute discrétion.Devant de telles contradictions, comment ne pas s\u2019étonner du cynisme de la population devant la classe politique ?Ceux qui craignaient que le caractère non contraignant de cette convention fasse des ravages voient leurs appréhensions confirmées.Pour cette raison, et pour bien d\u2019autres encore, le Canada doit renoncer non seulement au PTP, mais aussi aux autres accords commerciaux de la nouvelle génération (AECG, ACS).La façon dont la culture est traitée dans ces ententes n\u2019est qu\u2019un exemple du danger qu\u2019ils représentent pour la démocratie et pour notre capacité de choisir le type de développement que nous voulons en matière culturelle, mais aussi dans tous les autres domaines.Partenariat transpacifique : bombe sur la culture PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le PTP traite la culture comme une simple marchandise.Conservateur ou libéral, le courant néocon a le même objectif : profiter de l\u2019avènement d\u2019un monde unipolaire pour consolider l\u2019hégémonie américaine L L L E D E V O I R , L E L U N D I 6 J U I N 2 0 1 6 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S et ce, même si l\u2019incer titude plane depuis déjà plusieurs mois.«J\u2019ai peur qu\u2019ils déménagent plusieurs des dix programmes, même si une telle décision n\u2019a aucun sens, puisque nous sommes le seul centre du genre dans l\u2019est de Montréal», affirme le président du syndicat des techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux du Centre, Laurier Courtemanche.Il a déjà été question d\u2019un déménagement de 80 % des ser vices, ajoute M.Cour te- manche, mais le flou demeure entier.« On nous a dit, au cours des derniers mois, que rien n\u2019avait encore été décidé.» En fait, le conseil d\u2019administration du CRLB devrait se réunir le 14 juin prochain pour statuer officiellement sur les services qui seront déménagés dans l\u2019ouest de la ville.Selon les informations émanant de la partie syndicale, l\u2019administration ferait part de sa décision dans les jours suivants.Au moment où les usagers ont sonné l\u2019alarme, dans une lettre publiée dans Le Devoir en novembre 2015, la ministre déléguée à la Réadaptation, Lucie Charlebois, s\u2019était voulue rassurante.«L\u2019objectif n\u2019est pas de fermer le Centre Lucie-Bruneau.Les services de réadaptation vont rester là.Ce qui est projeté, c\u2019est de ramener les blessés médullaires [blessures à la moelle épinière] et les traumatisés crâniens à l\u2019Institut Gingras-Lind- say», avait-elle fait valoir en réagissant au cri du cœur du comité des usagers.Mobilité très réduite Malgré les propos de la ministre déléguée, sept mois plus tard, les inquiétudes demeurent toujours aussi vives.Pour la présidente du comité des usagers, Monika Throner, le déplacement des services vers l\u2019ouest est tout simplement inacceptable.En entrevue au Devoir, cette femme tétraplégique explique qu\u2019elle et la majorité des patients du CRLB demeurent tout près parce que le secteur est mieux adapté pour les personnes handicapées, mais aussi parce que cela facilite leur accès aux soins.Compte tenu du fait que la simple question du transport demeure un défi quotidien, il s\u2019agit selon elle d\u2019un enjeu majeur pour les usagers.«Si je dois me rendre au CRLB, je peux prévoir environ 15 minutes.Mais si je dois aller dans l\u2019ouest, on parle d\u2019une heure en transport adapté, et dans des conditions plus difficiles.C\u2019est donc essentiel que les programmes demeurent au Centre Lucie-Bruneau.» Même son de cloche du côté de Jean Archambault, victime d\u2019un accident vasculaire cérébral en 2015.Il se rend au CRLB pour ses soins en réadaptation trois fois par semaine et redoute lui aussi le déménagement des services spécialisés qu\u2019il y reçoit.« Aller dans l\u2019ouest, c\u2019est long et on perd notre énergie dans le transpor t adapté, alors qu\u2019on va sur place pour faire de la physiothérapie», fait-il valoir dans une vidéo produite par la CSN et qui doit être rendue publique ce lundi.« Qu\u2019est-ce que ça veut dire pour les personnes qui reçoivent ces services, les personnes vulnérables qui ont, au départ, des problèmes de déplacements?On va leur faire faire une heure de transport, alors qu\u2019ils s\u2019épuisent facilement et qu\u2019ils sont en réadaptation.Ça n\u2019a aucun sens.J\u2019en appelle au conseil d\u2019administration pour qu\u2019il prenne une décision humaine», plaide pour sa part le vice-président de la CSN, Jean Lacharité.«Je pose la question au gouvernement : êtes-vous en train d\u2019abandonner la population de l\u2019est de Montréal parce que ce n\u2019est peut-être pas votre clientèle électorale?», conclut le leader syndical.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 SERVICES du monde, répétant qu\u2019il venait de le bouleverser.Ali avait raison : c\u2019est d\u2019un bout de la planète à l\u2019autre que fusent les hommages en ces heures suivant son décès à 74 ans dans la nuit de vendredi à samedi.Tous saluent un personnage immense, à nul autre semblable, paradoxale figure de proue du XXe siècle qui a su acquérir un statut de légende en donnant des coups de poing et en refusant\u2026 d\u2019aller se battre.Né en 1942 à Louisville, au Kentucky, Cassius Clay est venu à la boxe pratiquement par hasard.À 12 ans, il se fait voler sa bicyclette.Il s \u2019en plaint à un policier, auquel il fait par ailleurs par t de son projet de casser la figure de l\u2019auteur du larcin.L\u2019agent lui répond que, pour ce faire, il lui faut d\u2019abord apprendre à se battre.Et ça tombe bien : il possède un gymnase où il entraîne d\u2019aspirants pugilistes.Son prochain poulain est trouvé.Le jeune excelle dans le noble art au point qu\u2019il se qualifie pour les Jeux olympiques de Rome en 1960.Il y remporte une médaille d\u2019or.Champion du monde Passé chez les pros, Clay est encore relativement inconnu lorsqu\u2019il obtient une chance d \u2019af fronter le champion du monde des poids lourds, Sonny Liston, en février 1964 à Miami.Liston traîne une sacrée réputation, lui qui a appris à boxer en prison alors qu\u2019il purgeait une peine pour vol à main armée.Invaincu en 35 sor ties, il est favori à 7 contre 1.Qui sait ce qu\u2019il serait advenu de l\u2019Histoire si Clay avait fait ce qu\u2019il voulait ce soir-là.De retour dans son coin après le 4e round, il mentionne à son entraîneur, Angelo Dundee, qu\u2019il éprouve de la difficulté à voir, que ses yeux brûlent et qu\u2019il veut mettre immédiatement fin au combat.Dundee refuse et le renvoie dans l\u2019action.Une sombre histoire de vaseline ou autre substance appliquée sur les gants de Liston, jamais prouvée, circulera.Finalement, Liston ne revient pas pour le 7e assaut.Au micro de la télévision, le nouveau champion hurle « I shook up the world ! [J\u2019ai secoué le monde entier !] » quatre fois plutôt qu\u2019une.« I must be the greatest ! [Je dois être le plus grand !] » Des soupçons de combat truqué surgiront, eux non plus jamais étayés.Deux jours plus tard, Clay annonce qu\u2019il devient musulman et rejoint la Nation of Islam, où il côtoiera notamment Malcolm X.La semaine suivante, il fait savoir qu\u2019il change de nom.Le premier combat de Muhammad Ali a lieu en mai 1965 à Lewiston, dans le Maine : une revanche accordée à Liston, qu\u2019il terrasse dès le round initial.La stature de l\u2019homme est confirmée.Mais huit autres défenses de titre plus tard, il fera face à un adversaire beaucoup plus difficile à vaincre avec ses seuls bras : le gouvernement des États-Unis.Conscrit en 1966, Ali refuse, invoquant des motifs religieux, de s\u2019enrôler dans l\u2019armée et plus tard d\u2019aller guerroyer au Vietnam.Ses propos sont demeurés célèbres : «Je n\u2019ai rien contre les Vietcongs.Jamais un Vietcong ne m\u2019a traité de nègre, jamais ils ne m\u2019ont lynché, jamais ils n\u2019ont lâché les chiens sur moi, jamais ils ne m\u2019ont enlevé ma nationalité, jamais ils n\u2019ont violé ma mère ni tué mon père.Comment pourrais-je aller tirer sur eux ?Vous n\u2019avez qu\u2019à m\u2019envoyer en prison.» De toute manière, les Noirs aux États-Unis « vivent en prison depuis 400 ans».Passible de cinq ans de pénitencier pour objection de conscience, Ali se battra jusqu\u2019en Cour suprême, qui finira par l\u2019exonérer en 1971.Mais interdit de boxer, il perdra les potentielles meilleures années de sa carrière, alors qu\u2019il est dans la fleur de l\u2019âge.Maladie Dé jà champion spor tif, maintenant puissant symbole politique dans le bouillonnement de la lutte pour les droits civiques et alors que la guerre du Vietnam gagne en impopularité, Ali parachèvera son statut de mythe ambulant en livrant des combats d\u2019anthologie, trois contre Joe Frazier dont le brutal Thrilla in Manila de 1975, et le Rumble in the Jungle contre George Foreman au Zaïre en 1974, qui lui a permis de reprendre le titre.Il concourra trop longtemps, jusqu\u2019en 1981, mais le socle de l\u2019admiration que le monde en est venu à lui vouer ne sera plus jamais ébranlé.Et il dira alors qu\u2019il envisage la retraite, toujours impayable : « Je ne m\u2019ennuierai pas de la boxe, mais la boxe s\u2019ennuiera de moi.» Miné par la maladie de Parkinson à partir de 1984 et dont il disait qu\u2019il s\u2019agissait du combat le plus difficile de sa vie \u2014 il estimait avoir reçu quelque 29 000 coups à la tête pendant sa carrière \u2014, Ali est devenu am - bassadeur de bonne entente dans son pays et à travers le monde lorsqu\u2019il est enfin descendu du ring pour de bon.Et jusqu\u2019à la fin, on s\u2019est pressé pour le voir, lui parler, se faire tirer le portrait en sa compagnie même s\u2019il n\u2019était plus que l\u2019ombre de lui-même.Tout comme fut vive l\u2019émotion quand on l\u2019aperçut sur l\u2019estrade, dernier relayeur de la flamme olympique chargé d\u2019allumer la vasque aux Jeux d\u2019Atlanta en 1996.La force de la nature était terriblement diminuée.Muhammad Ali tremblait de tout son corps, mais il était bien là, à la face du monde, comme il n\u2019a jamais cessé de l\u2019être : un géant, debout.Le Devoir MICHAEL PROBST ASSOCIATED PRESS En 1996, à Atlanta, Muhammad Ali a allumé la flamme olympique lors d\u2019une cérémonie émouvante.MITSUNORI CHIGITA ASSOCIATED PRESS Le combat Thrilla in Manila qui opposait Ali (à droite) à Joe Frazier demeure dans les annales du sport.2003.De cette rencontre ils ont tiré la Déclaration canadienne pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, ou PCI.La sauvegarde de quoi, dites- vous ?« De la pratique, du savoir-faire, des connaissances », explique Laurier Turgeon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l\u2019Université Laval et passionné de PCI.Dans les termes choisis par l\u2019UNESCO, la sauvegarde du PCI équivaut à « assurer sa recréation et sa transmission permanentes [\u2026], transmettre du savoir, du savoir- faire et du sens ».Ici, le patrimoine immatériel se retrouve dans la pratique des chants de gorge, dans le savoir-faire du fléché ou dans la transmission de la manière de cuisiner la tourtière, illustre le professeur Turgeon.Le Canada absent La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel indique que le PCI se manifeste dans cinq grandes sphères, soit les traditions et expressions orales, les arts du spectacle, les rituels et fêtes, les connaissances et pratiques concernant la nature et les savoir-faire liés à l\u2019artisanat traditionnel.Au total, 168 des 196 États membres de l\u2019UNESCO ont signé la convention.Mais pas le Canada.Pourtant, le pays était, avec les États-Unis, à l\u2019avant- garde du mouvement de sauvegarde du PCI dans les années 1980.Pour franciser le concept énoncé aux États-Unis, l\u2019ethnologue québécois Bernard Ge- nest avait proposé l\u2019expression patrimoine immatériel.La terminologie est restée.« Le Canada, au début, était plutôt intéressé par l\u2019idée de signer cette convention, rappelle Laurier Turgeon.Rapidement, en l\u2019espace de quelques mois, le Canada a changé de position.C\u2019est resté un mystère.» À présent, donc, on retrouve dans la liste du PCI de l\u2019UNESCO le repas gastronomique des Français et le mariachi mexicain, mais aucune mention des cultures et traditions canadiennes ou québécoises.Le Québec et certaines de ses villes \u2014 Montréal, Québec et Rivière-du-Loup, par exemple \u2014 ont bien donné des statuts légaux au PCI, mais le Canada ne s\u2019y est pas encore résolu.« Nous avons bon espoir que le Canada se décide enfin à signer cette Convention», ont cependant déclaré les par tici- pants du colloque organisé à l\u2019Université Laval.«La position récente du gouvernement du Canada à l\u2019égard de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, notamment, envoie un signal positif », ont-ils écrit.Depuis le début du mois de mai, le gouvernement canadien appuie sans restriction la déclaration, qui énonce une série de principes comme l\u2019égalité, le par tenariat et la bonne foi, en plus d\u2019augmenter le devoir de consultation du Canada auprès des autochtones, par exemple.Des craintes et des bénéfices Pour comprendre l\u2019élan que la signature de cette déclaration pourrait donner à l\u2019adhésion à la convention de l\u2019UNESCO sur le PCI, il faut connaître les raisons qui ont poussé certains pays à refuser de signer cette dernière.«Il y avait des craintes que les autochtones se servent de ce patrimoine pour fortifier leurs identités et alimenter leurs réclamations territoriales, car ils auraient une plateforme internationale pour faire valoir leurs revendications», explique Laurier Turgeon.Bien qu\u2019aucune étude d\u2019impact sur la signature de la convention n\u2019ait encore été réalisée, le professeur est optimiste.Dans les pays signataires, on a remarqué une hausse de l\u2019intérêt pour le patrimoine, un sentiment de fierté dans les communautés et une hausse du tourisme, affirme-t- il.Sur ce dernier aspect, il est prudent.« Il y a un danger de marchandisation», dit Laurier Turgeon, en insistant sur l\u2019importance d\u2019impliquer les communautés dans le processus d\u2019identification et de sauvegarde du PCI.« Comme c\u2019est transmis par la parole et le geste, et donc par des personnes, on ne peut pas l\u2019envisager [le PCI] sans la participation de ces personnes, et donc des communautés qui sont porteuses de ces traditions», indique-t-il.Et quand on lui demande à quoi sert la sauvegarde du PCI, Laurier Turgeon est éloquent.Sentiment d\u2019identité, cohésion sociale, développement durable: à son avis, les avantages sont multiples.«La diversité des cultures est un élément aussi important pour le développement durable que la biodiversité l\u2019est pour la protection de l\u2019environnement», avance-t-il.«Plus il y a de cultures, plus il y a d\u2019interactions, de nouvelles idées et de créativité.» Le Devoir Laurier Turgeon en cinq dates 1954 Naissance à Lac La Biche, dans le nord de l\u2019Alberta.1972 Participation à un cours d\u2019été de l\u2019Université Laval et découverte du Québec 1982 Obtention d\u2019un doctorat en histoire et ethnologie à l\u2019Université de Bordeaux, en France 2000 Retour d\u2019un séjour de recherche à Chicago et début de l\u2019intérêt pour le patrimoine culturel immatériel 2003 Création de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique, dont il est titulaire SUITE DE LA PAGE 1 TOURTIÈRE SUITE DE LA PAGE 1 ALI Conscrit en 1966, Ali refuse, invoquant des motifs religieux, de s\u2019enrôler dans l\u2019armée "]
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