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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-06-11, Collections de BAnQ.

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[" G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É C\u2019 est une manière de mesurer le changement : quand Netflix a été créé en 1997, c\u2019était pour offrir un service d\u2019abonnement de DVD envoyés par la poste.Commande en ligne, facteur à la porte, enveloppe à ouvrir, disque à insérer, la routine du cinéphile comprenait son rituel de gestes palpables.Mais « time flies », comme le dit Richard Desjardins dans sa chanson\u2026 et j\u2019ai couché dans mon char.On écoute maintenant les films et séries offertes par Netflix à partir de téléphones ou de tablettes \u2014 la compagnie parle de 125 millions d\u2019heures de programmes visionnés chaque jour à travers le monde.On fait la même chose pour la musique, les magazines, voire les livres.Le facteur passe aujourd\u2019hui moins souvent, les disquaires disparaissent et les clubs vidéo sont évoqués dans des conversations nostalgiques.Entre autres.Ainsi, le concept de la dématérialisation de la culture (et de sa consommation à peu près gratuite) est-il devenu bien concret au fil des ans.C\u2019est l\u2019un des thèmes qui seront abordés dans le cadre de l\u2019immense chantier de réflexion que le gouvernement du Québec a lancé cette semaine et qui se poursuivra jusqu\u2019à la fin août.L\u2019objectif ?Renouveler la politique culturelle du Québec adoptée en 1992.C\u2019est-à-dire revoir la trame de fond des orientations du gouvernement en matière de culture, dégager une vision claire et identifier des objectifs précis à atteindre pour « favoriser une présence accrue de la culture dans toutes les sphères de la société ».Vaste sujet ?C\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.À Québec, il n\u2019est pas question de faire table rase de l\u2019ancienne politique culturelle, dit-on.Les acquis de celle-ci demeureront donc.Mais le gouvernement veut « tenir compte des nouvelles réalités» qui ont changé le rapport à la culture dans le dernier quart de siècle : évolution des pratiques culturelles, mondialisation, changements démographiques, diversité culturelle et développement des technologies seront autant de sujets décortiqués par les intervenants.Très attendue par le milieu, la réflexion s\u2019inscrit aussi dans un contexte plus large.Car le gouvernement fédéral \u2014 qui contrôle bien des leviers d\u2019investissement et d\u2019encadrement législatif \u2014 vient également d\u2019entamer des précon- sultations sur les «mesures à prendre pour stimuler la création, la découver te et l\u2019expor tation Manon Cornellier : l\u2019aide à mourir entre les mains du Sénat Page B 4 Michel David: et si Marceau n\u2019avait pas tout à fait tort?Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 Le Devoir d\u2019histoire: les libéraux d\u2019il y a un siècle et ceux d\u2019aujourd\u2019hui Page B 6 MICHAËL MONNIER LE DEVOIR La politique culturelle qui régit nos dif férentes institutions date de 1992, c\u2019est-à-dire bien avant le règne d\u2019Internet.Ci-dessus, le chef Kent Nagano en répétition avec l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.La politique culturelle du Québec aura 25 ans l\u2019an prochain.Ce qui rappelle qu\u2019elle a été pensée dans une ère pré-Internet : autant dire à des années-lumière de la réalité actuelle.Le chantier lancé cette semaine pour mettre à jour cette politique s\u2019annonce ainsi titanesque\u2026 et crucial.RÉFORME DE LA POLITIQUE CULTURELLE Vaste programme Comment mettre à jour le modèle d\u2019aide encadrant la production québécoise, dans le monde hyperconnecté d\u2019aujourd\u2019hui ?C L A U D E L É V E S Q U E D epuis qu\u2019il n\u2019a plus qu\u2019elle comme adversaire, Donald Trump reproche régulièrement à Hillar y Clinton de jouer la « carte des femmes».À l\u2019entendre, ce serait là son seul et unique atout.Le candidat républicain présumé à la présidence s\u2019est permis d\u2019ajouter que « les femmes ne l\u2019aiment même pas».Il est vrai que l\u2019ancienne Première dame ne soulève pas un enthousiasme délirant au sein de l\u2019électorat dans son ensemble, mais elle détient tout de même sur le coloré milliardaire un avantage de quelques points de pourcentage chez les femmes qui ont déclaré une préférence dans les sondages.Le vote féminin a presque toujours différé sensiblement de celui des hommes aux États-Unis, et ce, depuis plusieurs décennies.Cette dif fé- rence pourrait s\u2019avérer particulièrement déterminante aux élections de novembre.Ce n\u2019est pas fini ! Rien n\u2019est encore joué, cependant, puisqu\u2019il reste cinq longs mois de campagne d\u2019ici le scrutin et que M.Trump devance légèrement l\u2019ancienne secrétaire d\u2019État dans certains sondages récents, bien que pas dans tous les sondages.Soit dit en passant, Bernie Sanders, qu\u2019elle a battu assez clairement lors des primaires démocrates, aurait été en meilleure position pour l\u2019emporter sur Donald Trump, selon certaines enquêtes.Ce détail a sans doute joué dans la décision du sénateur du Vermont de disputer l\u2019ultime élection primaire, dans le District de Columbia (Washington), question de se présenter à la convention démocrate en juillet dans une position suffisamment forte pour faire pencher le parti un peu plus à gauche.À première vue, on peut penser que, pour la suite des choses, la meilleure stratégie consiste pour la candidate démocrate à continuer de jouer la car te féministe à fond et ainsi faire le plein de votes chez les femmes qui demeurent indécises.Elle peut se fonder sur le fait que les électrices démocrates l\u2019ont largement préférée à Bernie Sanders dans certains États lors des primaires.Ce n\u2019est évidemment pas aussi simple que cela.« Si le message féministe est poussé trop loin, cela peut se retourner contre elle.La position d\u2019Hillary Clinton est précaire parce ÉTATS-UNIS Les femmes et Clinton L\u2019électorat féminin est naturellement porté vers les démocrates ALEX WONG GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Des partisanes d\u2019Hillary Clinton, dans un rassemblement organisé par l\u2019organisme Planned Parenthood, vendredi Bouillon de culture Pendant que Québec dépoussière sa politique culturelle dans le cadre de grandes consultations publiques, Ottawa s\u2019engage dans un vaste chantier pour faire entrer la sienne dans le numérique.Le Devoir a voulu aller au-delà de ces réflexions balisées pour dessiner les contours d\u2019une politique culturelle idéale.Dix personnalités se sont prêtées au jeu.Une série à lire dès lundi dans nos pages.VOIR PAGE B 2 : PROGRAMME VOIR PAGE B 3 : CLINTON L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 M A R C O F O R T I E R I l en faut, de l\u2019acharnement, pour occuper le siège de commissaire aux langues officielles dans ce pays: la défense des droits linguistiques des minorités, en particulier les francophones hors Québec, exige une volonté à toute épreuve.En 10 ans au poste de chien de garde des langues of fi- cielles, Graham Fraser a constaté que la détermination peut laisser place à l\u2019exaspération.L\u2019impatience se lisait dans son dernier rapport, où le commissaire critiquait une fois de plus Air Canada pour les « Sorry, I don\u2019t speak French » entendus encore trop souvent à bord des avions du transporteur national.Sorry, I Don\u2019t Speak French, c\u2019est aussi le titre de son essai lancé en 2007, dans les mois suivant sa nomination comme commissaire aux langues officielles.Graham Fraser déplorait le recul du bilinguisme et la difficulté à ancrer l\u2019utopie des deux langues officielles dans la réalité canadian.Une décennie plus tard, on ne peut que constater que la bataille pour le respect des droits linguistiques des minorités est loin d\u2019être gagnée.On peut même penser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un combat sans fin, comme Sisyphe condamné pour l\u2019éternité à pousser sa pierre vers le haut de la montagne, avant qu\u2019elle redescende aussitôt dans la vallée.Comme le dit Sylvia Martin- Laforge, directrice générale du Quebec Community Groups Network : les droits linguistiques, « if you don\u2019t use it, you lose it ».La représentante de la communauté anglophone du Québec n\u2019a que de bons mots pour le travail de Graham Fraser au cours des 10 dernières années.Les francophones hors Québec sont eux aussi fort satisfaits du bilan du commissaire sortant.Bref, Graham Fraser fait l\u2019unanimité.Cet ancien journaliste du Toronto Star, parfaitement bilingue, qui connaît très bien le Québec \u2014 son essai sur l\u2019histoire du Parti québécois est considéré comme un ouvrage de référence \u2014, a travaillé fort.Mais il s\u2019est heurté à la réalité politique et aux limites des pouvoirs qui lui sont conférés par la Loi sur les langues of fi - cielles, mise en place en 1969 par Pier re Elliott Trudeau.L e b i l i n g u i s m e from coast to coast est sans doute mûr pour un coup de barre pour célébrer dignement son 50e anniversaire, en 2019.L\u2019occasion serait belle pour Justin Trudeau de revamper un élément important de l\u2019héritage de son père.Un bon point de départ consisterait à créer un tribunal administratif voué aux droits linguistiques, estime Frédéric Bérard, codirecteur de l\u2019Observatoire national en matière de droits linguistiques de l\u2019Université de Montréal.Vigilance « On ne peut pas laisser les droits linguistiques au bon vouloir des institutions et des politiciens.C\u2019est avec les droits déclarés par les tribunaux que le fait français a progressé», dit-il.Brian Mulroney a accordé au commissaire aux langues officielles un pouvoir de poursuite en Cour fédérale, à la fin des années 80.C\u2019est déjà mieux qu\u2019au lancement de la Loi sur les langues officielles, il y a quatre décennies : le commissaire n\u2019avait qu\u2019un pouvoir moral de recommandation.Un tribunal voué aux droits linguistiques réduirait tout de même les délais et les coûts de la justice, explique Frédéric Bérard.Un outil comme celui-là donnerait plus de mordant au commissaire.En 10 ans, Graham Fraser est ainsi intervenu 23 fois devant la Cour fédérale, mais la plupart du temps à titre d\u2019intervenant dans une cause portée par des groupes ou des citoyens, rappelle le professeur.«Sans vouloir rien enlever à son travail, il faut dire que Graham Fraser est une figure très consensuelle.On peut penser que le Canada aurait besoin d\u2019un commissaire plus directif, qui prendrait lui-même le leadership pour faire respecter la loi», dit Frédéric Bérard.Fraser au front À la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), on n\u2019a rien contre des mesures qui donneraient plus de mordant au commissaire, bien au contraire.Pour le moment, la Fédération milite pour s\u2019assurer que le prochain chien de garde des droits linguistiques provienne des communautés francophones hors Québec.Le principe d\u2019alternance veut qu\u2019un francophone succède à un anglophone à ce poste névralgique.« C\u2019est important pour nous d\u2019avoir quelqu\u2019un qui connaît la complexité, les contraintes, les obstacles de la vie en milieu minoritaire», dit Sylviane Lan- thier, présidente de la FCFA.En attendant, Graham Fraser peut dire mission accomplie même s\u2019il provient de la majorité anglophone du Canada, selon elle.Fraser a combattu l\u2019élimination par le gou- ver nement Harper du Programme de contestation judiciaire, qui aidait les minorités à défendre leurs droits.Les conservateurs ont ainsi créé le Programme d\u2019appui aux droits linguistiques.Le commissaire a forcé Ottawa à tenir compte de l\u2019impact des compressions budgétaires sur les droits linguistiques dans l\u2019appareil gouvernemental.Il s\u2019est battu pour le bilinguisme des juges et pour les écoles françaises hors du Québec.I l a aussi mil i té pour le français aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010.Puis il a aidé à sauver le bureau de Radio-Canada à Windsor, dans le sud de l\u2019Ontario, qui avait été condamné par le gouvernement.La FCFA souhaite que le prochain commissaire fasse pression en faveur des services de garde pour les minorités.Le droit à l\u2019éducation et aux services de santé fait aussi partie des priorités de la communauté anglophone du Québec, rappelle, Sylvia Martin- Laforge, du QCGN.« Quand je serai vieille, je voudrai probablement qu\u2019on me parle en anglais au centre d\u2019hébergement.Déjà, je vais dans un hôpital anglophone pour me faire soigner.C\u2019est im- por tant pour moi d\u2019avoir un dossier médical en anglais », dit-elle.Comme Graham Fraser, le prochain commissaire aux langues officielles n\u2019aura pas le temps de s\u2019ennuyer.Le Devoir BILAN Les langues officielles, yes sir Le commissaire Graham Fraser tire sa révérence après 10 années mouvementées FRED CHARTRAND LA PRESSE CANADIENNE Le commissaire aux langues of ficielles, lors du dépôt de son rapport annuel 2010-2011, en octobre 2011 d\u2019œuvres canadiennes à l\u2019ère numérique ».De Québec à Ottawa, le sujet est dans l\u2019air.Majeur C\u2019est assurément là une coïncidence «rare et bienvenue », note Monique Simard, présidente de la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles du Québec).Avec le Conseil des ar ts et des lettres du Québec (CALQ), la SODEC est l\u2019un des principaux héritages de la politique culturelle de 1992, qui a débouché sur une réorganisation complète des structures de l\u2019aide étatique à la culture.Mme Simard qualifie d\u2019« absolument majeur » le chantier qui s\u2019ouvre au provincial.« La politique de 1992 a donné de bons résultats, dit-elle en entretien.Mais l\u2019avènement du numérique a profondément changé le monde de la culture : la création, la production, mais aussi et surtout la dif fusion et l\u2019exploitation.C\u2019est là que le bât blesse.C\u2019est bien beau de produire quelque chose, si les gens ne savent pas que ça existe parce que c\u2019est noyé dans un grand tout, ça ne donne pas grand-chose.» Elle estime donc que « sans remettre en question le bien-fondé des grands principes sur lesquels doit reposer une politique culturelle \u2014 identité, accessibilité, diversité \u2014, il faut s\u2019assurer qu\u2019il y ait une mise à jour des grands défis qui s\u2019of frent à la culture, particulièrement dans le contexte québécois ».Monique Simard plaide pour que toutes les questions soient abordées de front \u2014 incluant celle touchant au rôle d\u2019un organisme comme la SODEC.«Les institutions qui sont là pour appliquer les politiques culturelles sont-elles encore valables ?Doit-on modifier les outils dont disposent ces institutions, ou encore leur mandat ?Il faut y réfléchir.» Les disciplines artistiques se transforment (« il y a beaucoup d\u2019hybridation et de pollinisa- tion des unes par les autres »), ajoute Mme Si- mard : forcément, les institutions doivent aussi suivre.« La réalité du monde dans lequel on vit change tellement vite qu\u2019il faut se donner des programmes souples et flexibles.On ne peut pas demander des changements de loi tous les six mois.» L\u2019importance du français Ministre de la Culture (qui s\u2019appelait Affaires culturelles jusque-là) en poste lors de l\u2019adoption de la politique en 1992, Liza Frulla est encore de la par tie cette année, comme membre du comité consultatif qui conseillera le jeune ministre Luc Fortin.Pour elle, l\u2019importance que le Québec dispose d\u2019une politique qui inscrit la culture comme préoccupation gouvernementale ne fait pas l\u2019ombre d\u2019un doute.« Il y a eu un ef fet d\u2019entraînement avec la politique de 1992, dit-elle : des villes ont emboîté le pas, beaucoup de politiques se sont développées à partir de ça.» La réflexion qui s\u2019amorce lui paraît néanmoins essentielle.«Avec les changements survenus depuis 24 ans, il faut se poser la question de savoir comment maintenir l\u2019ef fervescence de notre culture francophone.» Elle insiste sur ce point : « Ce qui nous distingue, c\u2019est d\u2019être cette entité francophone en Amérique.C\u2019est une force immense.Mais on doit se demander comment on peut l\u2019exploiter dans un contexte qui a complètement changé.» Louise Beaudoin est elle aussi bien placée pour mesurer le chemin parcour u depuis l\u2019adoption de la première politique culturelle : ministre de la Culture entre 1995 et 1998, elle a contribué à enraciner celle-ci dans les actions de l\u2019État.« L\u2019arbre a donné beaucoup de fruits, dit-elle.Mais le numérique pose aujourd\u2019hui des enjeux extraordinaires à la culture québécoise, qui appellent à des questions de fond pour repenser la production, la distribution et la dif fusion.Et cette réflexion globale doit déboucher sur des actions concrètes de l\u2019État, sur une synthèse complète», pense-t-elle.Mais quoi exactement ?Ancienne présidente de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, observatrice attentive de l\u2019évolution des politiques culturelles, Lise Bisson- nette se pose la question \u2014 tout en saluant l\u2019exercice qui s\u2019amorce.« La politique de 1992 a mené à une réforme de structure très claire.On a créé un autre cadre de gestion et d\u2019intervention [en matière culturelle].Ça a été majeur.Mais aujourd\u2019hui, les objectifs de Québec me semblent moins clairs : on parle beaucoup d\u2019enjeux thématiques, comme la mondialisation ou le numérique.On a choisi des thèmes décollés les uns des autres, et on demande des avis.Vers quel type de réforme ou de synthèse cela peut mener ?Je l\u2019ignore.» Mme Bissonnette remarque que le comité consultatif qui encadrera les travaux est composé « de gestionnaires ou d\u2019animateurs culturels », moins que de représentants des différentes disciplines (comme en 1992).« On semble avoir une approche plus transversale qu\u2019à l\u2019époque», note-t-elle.Les consultations des prochains mois (jusqu\u2019à la fin août), le travail de réflexion qui se poursuivra ensuite \u2014 et aussi son arrimage avec les travaux embryonnaires d\u2019Ottawa \u2014 permettront de juger de la valeur et de l\u2019utilité de l\u2019exercice.Dans tout bon spectacle, ce sont les applaudissements de la fin qui comptent plus que l\u2019accueil en lever de rideau, non?Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 PROGRAMME Le bon porteur de ballon ?Louise Beaudoin et Lise Bis- sonnette se posent toutes deux la question : le nouveau ministre de la Culture, Luc Fortin, saura-t-il être un bon porteur de ballon pour ce dossier majeur ?Depuis sa nomination au début de l\u2019année, M.Fortin n\u2019a pas eu la chance de se faire connaître du milieu \u2014 la faute, notamment, à des ennuis de santé.« Je ne le connais pas, reconnaît Mme Beaudoin.Mais je sais que lorsqu\u2019on est à la Culture, il faut développer son rapport de force à l\u2019intérieur du conseil des ministres parce que la Culture est toujours de la petite monnaie par rapport à d\u2019autres ministères.Hélène David [prédécesseure de M.Fortin] a quitté à un moment où elle était connue et reconnue du milieu et de ses collègues : c\u2019est dommage », souffle Mme Beaudoin.« C\u2019est évident que pour assurer le succès de cette politique- là, il va falloir que le responsable du dossier ait l\u2019écoute du gouvernement », ajoute Mme Bissonnette.Et une des manières de le mesurer sera de voir quel genre de crédits Luc Fortin pourra obtenir du Conseil du trésor, dit-elle.« Vous pouvez faire toutes les politiques que vous voulez, s\u2019il n\u2019y a pas de crédits qui viennent avec, c\u2019est très dif ficile.» Le bilinguisme from coast to coast est sans doute mûr pour un coup de barre pour célébrer dignement son 50e anniversaire, en 2019 JACQUES BOISSINOT PC Luc Fortin R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec L e gouvernement Couillard a décidé d\u2019innover cette année en présentant deux bilans : un bilan dit gouvernemental présenté, jeudi, dans une école primaire multiculturelle de Québec et un bilan législatif livré vendredi au Parlement.Deux bilans pour multiplier les « bonnes nouvelles », celles qui ne sont que rarement reprises par les médias.« Je suis quelqu\u2019un de positif », a déclaré vendredi Philippe Couillard en conférence de presse.Mais il a dû reconnaître que la session avait été difficile.Même si, paradoxalement, le gouvernement avait plusieurs « réussites » à son actif, a-t-il fait valoir : l\u2019atteinte de l\u2019équilibre budgétaire, l\u2019amélioration de la perspective associée à la cote de crédit du Québec, un taux de chômage à la baisse, la fin annoncée des compressions en éducation.La session s\u2019est terminée comme les dernières salves d\u2019un feu d\u2019artifice : dans les deux dernières semaines, le gouvernement a présenté dix projets de loi pour bien montrer qu\u2019il était actif, voire hyperactif.Et qu\u2019il n\u2019y avait pas que le ministère des Transports (MTQ) dans la vie.Session chargée «C\u2019est une session, oui, qui a connu son lot d\u2019évé- nements imprévisibles, incontrôlables», a convenu Philippe Couillard jeudi.«Incontrôlables».Tout un aveu de la part d\u2019un adepte d\u2019Héraclite, ce philosophe présocratique pour qui rien n\u2019est plus immuable que le changement.«Tout est flux, tout bouge, rien n\u2019est immobile», aurait dit Héraclite.Que tout change, d\u2019accord, mais que les événe- ments deviennent incontrôlables, c\u2019est franchement préoccupant pour un gouvernement.Dif férents événements imprévisibles ont ponctué la session.Certaines controverses sont toutefois le fait du gouvernement.Philippe Couillard a lui-même allumé la mèche en déclarant qu\u2019il n\u2019avait «aucun enthousiasme» pour les hydrocarbures.Des hydrocarbures qui n\u2019ont d\u2019ailleurs pas d\u2019avenir au Québec, y compris le gaz naturel, a-t-il affirmé.Et évidemment, il ne voulait rien savoir du projet d\u2019Anticosti et de ce contrat qu\u2019il aurait déchiré si son ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, ne l\u2019avait pas retenu à deux mains.C\u2019est la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui, toute seule comme une grande, s\u2019est empêtrée dans la définition des mariages religieux.Et c\u2019est la ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, qui a dit qu\u2019elle n\u2019était pas féministe, puis qu\u2019elle l\u2019était à sa manière.C\u2019est-à-dire pas vraiment.Cer tes, ce sont les médias qui ont révélé l\u2019af faire des fugueuses des centres jeunesse qui étaient happées par des réseaux de prostitution.Mais c\u2019est la ministre déléguée à la protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, qui a sonné l\u2019alarme en soutenant que le Centre jeunesse de Laval était infiltré par un réseau de proxénètes, une affirmation quelque peu exagérée.La vente de Rona à l\u2019américaine Lowe\u2019s a semblé prendre de court le gouvernement Couillard et elle a donné lieu à une autre gestion de crise.L\u2019annonce a permis à la nouvelle ministre de l\u2019Économie, de la Science et de l\u2019Innovation, Dominique Anglade, de connaître son baptême de feu et de commettre une première bévue.Elle voyait dans la perte de ce siège social un «bénéfice» pour les Québécois.La vente subséquente de St-Hubert à des intérêts canadiens n\u2019a fait que renforcer la perception que le nationalisme économique n\u2019était pas la tasse de thé du gouvernement Couillard.Dans la tourmente L\u2019arrestation de libéraux notoires, dont les anciens ministres Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, par l\u2019Unité permanente anti- corruption (UPAC), le jour de la présentation du budget du Québec, faisait mauvais genre.Mais elle n\u2019a pas produit l\u2019émoi qu\u2019a causé les révélations de Radio-Canada sur l\u2019inter vention « abusive » de Sam Hamad, selon le rapport du commissaire à l\u2019éthique des députés, Jacques Saint-Laurent, pour favoriser l\u2019entreprise Premier Tech et ainsi donner un coup de pouce à son ami, Marc-Yvan Côté.Le gouvernement a pédalé dans la poisse pendant une bonne semaine.Et dire qu\u2019au départ, Philippe Couillard pensait que Sam Hamad, à qui il retirait son portefeuille, pourrait garder son salaire et ses privilèges ministériels sans soulever l\u2019indignation de la population.Il a dû se raviser.Dans l\u2019af faire du MTQ, Philippe Couillard, après les témoignages franchement renversants d\u2019Annie Trudel et Louise Boily, estime que la situation est «plus préoccupante» que prévu.Prévu par qui ?peut-on se demander puisque le premier ministre n\u2019était même pas au courant des sérieuses inquiétudes de son député et ex-minis- tre Robert Poëti, encore moins des doléances de l\u2019enquêteuse Annie Trudel.Le ministre des Transports, Jacques Daoust, sort très affaibli de la session.Il n\u2019a pas pris la mesure des inquiétudes de son prédécesseur.Au sujet de la vente du bloc d\u2019actions de Rona par Investissement Québec, il est invraisemblable que le conseil d\u2019administration du quincail- ler ne l\u2019ait pas, à tout le moins, mis au courant.Sa version commence d\u2019ailleurs à changer.En septembre, la Commission de l\u2019économie et du travail essaiera de démêler le vrai du faux, mais sans que ne témoigne le principal intéressé.Les libéraux y ont vu.L\u2019opposition a deux raisons de vouloir la tête de Jacques Daoust.Cet automne, Philippe Couillard devra décider du sort qu\u2019il réserve à Sam Hamad.Pour les libéraux de la région de Québec, la présence du député au conseil des ministres apparaît essentielle.Si on se fie à sa réaction au rapport du commissaire à l\u2019éthique, le chef libéral penche pour une réhabilitation de son « imprudent» mais enthousiaste député, une décision difficile puisque la marque libérale pourrait en pâtir.Philippe Couillard n\u2019a semblé guère contrarié par le fait que Jacques Daoust, qui lui-même le tenait du bureau de la sous-ministre Dominique Savoie, lui ait remis un document falsifié, document que le premier ministre a déposé à l\u2019Assemblée nationale.Invoquant les principes de justice naturelle, il continue d\u2019ailleurs de soutenir cette « haute fonctionnaire parmi les plus respectées de l\u2019administration publique du Québec».Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ne manque pas une occasion d\u2019accuser le premier ministre de «nonchalance », d\u2019« indif férence » ; il l\u2019exhorte à revenir sur le plancher des vaches.Philippe Couillard préfère parler du calme dont il ne veut se départir.« Dans une situation comme celle-là [au MTQ], où il y a beaucoup d\u2019effervescence, de tendance à juger très rapidement les gens, ça prend quelqu\u2019un qui garde la tête froide, qui soit capable de regarder dans la direction où l\u2019on va», a-t-il dit.« Je suis comme ça.Le calme n\u2019est pas qu\u2019extérieur, il est intérieur», a-t-il ajouté.Aurait-on un premier ministre stoïque ?Plus qu\u2019Héraclite, c\u2019est peut-être Zénon de Cition qui, finalement, inspire Philippe Couillard.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 Q u\u2019ils le veuillent ou non, le PQ et les a s p i r a n t s à s a d i r e c t i o n s o n t condamnés à vivre avec l\u2019ar ticle 1 de son programme, malgré l\u2019ennui manifeste que cet éternel débat provoque dans une grande partie de la population.Ils peuvent le triturer de toutes les manières ou même le mettre entre parenthèses, mais le faire disparaître reviendrait à liquider le parti.La question est plutôt de savoir comment l\u2019aménager pour qu\u2019 i l nuise le moins possible à ses chances de reprendre le pouvoir.Les candidats à la succession de Pierre Karl Péladeau ont écarté à l\u2019unisson la proposition du trio de députés dirigé par Nicolas Marceau, qui préconise la tenue d\u2019un référendum où les Québécois auraient le choix entre la souveraineté ou une nouvelle offre constitutionnelle du Canada.À en croire le dernier sondage Léger- Le Devoir, c\u2019est pourtant celle qui serait la plus avantageuse pour le PQ.S\u2019il proposait une telle démarche, un électeur québécois sur cinq (20 %) serait davantage enclin à l\u2019appuyer, notamment les ca- quistes (27 %).Même l\u2019engagement de ne pas tenir de référendum du tout, comme le propose Jean-François Lisée, séduirait moins d\u2019électeurs (18 %).Sans surprise, la promesse d\u2019un référendum dans un premier mandat risquerait d\u2019en faire fuir jusqu\u2019à 30 %.Aux yeux de certains, la proposition Marceau a sans doute l\u2019insupportable défaut de reconnaître implicitement que les Québécois caressent toujours l\u2019espoir d\u2019une réconciliation avec le reste du Canada, mais c\u2019est là une réalité dont il faut prendre acte.?Ce ne serait toutefois que justice d\u2019exiger des fédéralistes de démontrer que la Constitution peut être modifiée de manière à ce que le Québec s\u2019y sente à l\u2019aise, tout comme les souverai- nistes sont continuellement tenus d\u2019expliquer dans le menu détail les tenants et aboutissants de leur projet.Le référendum classique a sans doute le mérite de la clarté, mais il laisse le camp souverainiste porter l\u2019entièreté du fardeau de la preuve.Le gouvernement Bourassa n\u2019avait pas agi autrement en juin 1991, quand il avait fait adopter la loi 150, sur la recommandation de la commission Bélanger- Campeau.Elle prévoyait la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté en juin ou en octobre 1992, mais aussi la création de deux commissions : une première pour examiner les questions afférentes à la souveraineté, l\u2019autre pour évaluer d\u2019éventuelles propositions de réforme constitutionnelle en provenance du Canada.On connaît la suite : après la conclusion de l\u2019entente de Charlottetown (août 1992), la loi a été modifiée pour que le référendum porte non plus sur la souveraineté, mais plutôt sur cette nouvelle entente, qui a finalement été rejetée aussi bien au Québec que dans le reste du pays.?Rien n\u2019empêcherait de modifier la Loi sur la consultation populaire pour tenir un référendum à deux volets, comme le propose M.Marceau.La difficulté est évidemment d\u2019élaborer le projet de réforme constitutionnelle qui serait mis en balance avec la souveraineté, si tant est qu\u2019une telle réforme soit encore possible.Selon lui, le camp fédéraliste ne voudra pas prendre le risque d\u2019un référendum où les Québécois auraient à choisir entre la souveraineté et le statu quo, si aucune autre solution de rechange ne leur était proposée.Bien entendu, il ne saurait être question de confier le soin de négocier une nouvelle entente à un gouvernement souverainiste.Il nommerait plutôt « un négociateur crédible et croyant au fédéralisme renouvelé ».C\u2019est là que l\u2019affaire prend une tournure surréaliste.Même en supposant qu\u2019un nouvel appétit pour la chose constitutionnelle apparaisse dans le ROC, ce qui est douteux, les Canadiens exigeront avec raison que la loi fondamentale de leur pays soit redéfinie par des gens qui ont la légitimité que confère une élection.De telles négociations, dont les accords de Meech et Charlottetown ont démontré l\u2019extrême dif ficulté, seraient carrément impossibles si le gouvernement du Québec n\u2019était pas présent à la table, à plus forte raison s\u2019il était ouvertement hostile à tout arrangement.À qui en référerait le négociateur du Québec ?Aux adversaires du gouvernement qui l\u2019aurait nommé ?Qui plus est, en Colombie-Britannique et en Alberta, une loi stipule que toute modification constitutionnelle doit être approuvée par référendum.On les imagine mal tenir un référendum sur une simple proposition qui n\u2019a pas encore été soumise aux Québécois.Inversement, comment demander à ces derniers de se prononcer sans savoir si les Canadiens sont d\u2019accord ?Ce serait une excellente idée de faire porter le fardeau de la preuve au camp fédéraliste.Le problème est que le seul qui pourrait peut-être tenter le coup est François Legault, qui se voit déjà premier ministre en 2018 et arracher de nouveaux pouvoirs à Ottawa.mdavid@ledevoir.com Le fardeau de la preuve MICHEL DAVID Un peu comme la reine Elizabeth, Philippe Couillard pourrait s\u2019écrier : sessionem horribi- lis.Son gouvernement a mal paru tout au long de la session parlementaire qui s\u2019est achevée vendredi, secoué par des controverses, petites ou énormes, mais toujours embarrassantes.Et certaines de ces controverses pourraient continuer à l\u2019embêter cet automne.BILAN DE SESSION PARLEMENTAIRE Le calme de Couillard devant l\u2019incontrôlable qu\u2019elle n\u2019est pas aimée de la majorité des électeurs.Mais comme son adversaire [Donald Trump] est très vulnérable devant l\u2019électorat féminin, elle prend un risque calculé», croit Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul- Dandurant.La majorité des hommes se déclarent plus enclins à voter pour Donald Trump que pour Hillary Clinton, selon la plupart des sondages d\u2019opinion.Huit ans plus tard La carte féminine, voire féministe, Hillary Clinton la joue actuellement très fort, contrairement à ce qu\u2019elle avait fait lors de la campagne de 2008, qui avait mené au triomphe de Barack Obama à ses dépens.Il y a huit ans, elle avait plutôt tenté de convaincre les Américains et les Américaines qu\u2019elle pourrait faire aussi bien qu\u2019un homme, sans toutefois mettre en avant ses qualités typiquement féminines.Cette semaine, on a pu voir en boucle des extraits du discours qu\u2019elle a prononcé à l\u2019issue du dernier « Supermardi », au terme duquel elle a raflé quatre États, dont la Californie.Elle a alors souligné avec emphase le caractère « historique» de cette victoire, qui lui assure pratiquement l\u2019investiture démocrate.Elle deviendra en effet la première femme à briguer la présidence sous les couleurs d\u2019un des deux grands partis.Les préférences des hommes et des femmes lors d\u2019élections présidentielles ont souvent différé de façon marquée aux États-Unis, à tout le moins au cours des six dernières décennies.Depuis 1992, les femmes votent plus volontiers pour les candidats démocrates et les hommes, sauf exception, pour les candidats républicains.À t i tre d\u2019exemple, en 2000, George W.Bush obtenait 11 % de votes de plus qu\u2019Al Gore chez les électeurs masculins, tandis que ce dernier se voyait créditer de 10 % de suffrages de plus de la part des électrices.Le réseau National Public Radio a dressé à cet égard sur son site Internet un tableau éloquent en se basant sur les résultats de divers sondages de sortie des urnes.Gauche-droite «Les démocrates sont plus à gauche que les républicains.Ils favorisent davantage l\u2019intervention de l\u2019État et le développement du secteur public, alors que les femmes sont particulièrement nombreuses à occuper des emplois financés par des fonds publics.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un phénomène spécifique aux États-Unis », fait remarquer Rafael Jacob.Il faut souligner un paradoxe.C\u2019est en grande partie en raison de leurs politiques plus progressistes sur le plan socio-économique que les femmes tendent à voter pour les démocrates.Lors des récentes primaires, pourtant, elles ont majoritairement choisi Hillary Clinton de préférence à Bernie Sanders même si c\u2019est davantage ce dernier qui a mis en avant des politiques de type sociales-démocrates.Le sénateur du Vermont a ainsi séduit les jeunes et une bonne partie des électeurs démocrates associés à la gauche traditionnelle.Depuis le début de l\u2019année, on a assisté à de véritables débats au sein du parti, ce dont se réjouit notamment la chroniqueuse Gail Collins du New York Times.« Les démocrates n\u2019auront peut-être pas besoin de l\u2019appui de tous les pro- Bernie en novembre, mais le parti a certainement besoin d\u2019une transfusion de sang progressiste à tous les niveaux.Franchement, on dirait que tous ses élus sont à leur poste depuis l\u2019époque du disco», écrivait-elle jeudi.«C\u2019est une course très serrée, qui divisera aussi bien les démocrates et les républicains que les jeunes et les vieux, les noirs et les hispanophones, les maris et les femmes, pendant les mois à venir», a résumé Tim Malloy, l\u2019assistant directeur de l\u2019institut de sondage Quinnipiac, cité récemment par le magazine TIME.Comme on l\u2019a souligné à juste titre, la présence d\u2019une femme dans la course revêt un caractère historique.D\u2019autres caractéristiques, beaucoup moins enthousiasmantes, la distingueront des précédentes, au premier chef le fait que la majorité des Américains n\u2019aiment aucun des deux candidats qui croiseront le fer.Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CLINTON JOHN MOORE GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Trump a fréquemment accusé sa rivale démocrate de jouer la «carte des femmes».Le seul qui pourrait peut-être tenter le coup est François Legault JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE «Je suis quelqu\u2019un de positif », a déclaré le premier ministre, vendredi.Le ministre des Transports, Jacques Daoust, sort très affaibli de la session es sénateurs sont allés très loin.Le premier amendement qu\u2019ils ont adopté mercredi porte directement atteinte à l\u2019équilibre que le gouvernement disait avoir trouvé entre le droit à l\u2019autonomie personnelle et la protection des personnes vulnérables.En retirant de C-14 l\u2019exigence que la « mort naturelle » du patient soit « raisonnablement prévisible », les sénateurs ont ouvert l\u2019accès à l\u2019aide médicale à mourir aux malades qui ne sont pas en ?n de vie, une option pourtant rejetée par une majorité aux Communes.Le gouvernement n\u2019a pas caché qu\u2019il n\u2019était pas ouvert à changer cette disposition fondamentale.Tout son projet de loi est bâti autour d\u2019une aide limitée aux patients en ?n de vie et les garde-fous ont été conçus en conséquence.La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, s\u2019en est prise pour sa part à la légitimité de la démarche de ce Sénat « non élu » .Mm e Ambrose oublie deux choses.D\u2019abord, son parti a utilisé sa majorité au Sénat pour faire mourir des projets de loi adoptés aux Communes.Ensuite, le Sénat est un rouage incontournable du processus législatif et le restera, élu ou non, tant que la Constitution ne sera pas modi?ée.On peut s\u2019en désoler, mais c\u2019est comme ça.Alors, en attendant, ou le Sénat joue les béni-oui-oui pour lui faire plaisir ou il étudie avec soin les projets de loi et recommande, quand il le juge nécessaire, des amendements.Ce qu\u2019il fait à intervalles réguliers.Entre 2000 et 2011, selon la CBC, 24 projets de loi ont été adoptés aux Communes après avoir fait l\u2019objet d\u2019amendements sénatoriaux.Ce décompte passe sous silence tous les projets de loi où le Sénat a recommandé des changements avant même que le projet quitte les Communes.On peut ainsi éviter, au pire, un affrontement ou, au mieux, un retard inutile, tout projet de loi amendé au Sénat devant retourner aux Communes pour être approuvé.Dans le cas de C-14, les sénateurs ont accepté de participer au comité mixte spécial et ont tenu une étude préalable.Les principales recommandations de ces deux comités ont été ignorées.Pas surprenant que les sénateurs aient voulu revenir à la charge a?n que leurs idées soient soumises aux députés.?Dans ce dossier, le Sénat s\u2019est montré sous son meilleur jour.Les débats étaient de haut niveau, les arguments, ré?échis, et rien n\u2019a été précipité.Leur contribution à la ré?exion a été réelle.Exactement ce que souhaitaient les Pères de la Confédération.Dans le renvoi du Québec sur le projet fédéral de réforme du Sénat, la Cour d\u2019appel du Québec notait qu\u2019une des fonctions du Sénat était l\u2019« examen pondéré et serein des projets de loi et leur amendement au besoin».Dans sa décision unanime en réponse au renvoi fédéral sur la réforme du Sénat, la Cour suprême a répété à maintes reprises que le Sénat est un « corps législatif complémentaire chargé de donner un second regard attentif aux projets de loi ».Mais ensuite ?Que fait-on s\u2019il y a désaccord entre les deux Chambres?La Constitution ne prévoit rien.Si les Communes rejettent les amendements du Sénat, celui-ci peut tenir tête et on fonce droit dans un mur.Il peut aussi décider de faire preuve de déférence à l\u2019endroit des représentants élus, ce qui vaudrait mieux.Par respect pour la démocratie.Dans le renvoi de 2014, la Cour suprême souligne que la décision de ne pas avoir une seconde Chambre élue n\u2019est «pas un accident de l\u2019histoire», mais un choix délibéré.On voulait s\u2019assurer ainsi que le Sénat ne soit pas «un éternel rival de la Chambre des communes dans le processus législatif ».On voulait aussi que les sénateurs s\u2019en tiennent «à leur rôle de membres d\u2019un organisme dont la fonction principale est de revoir les lois, et non d\u2019être l\u2019égal de la Chambre des communes».Et il y a ces paroles de John A.Macdonald, reprises par la Cour, où il dit que le Sénat doit jouer son rôle, modérer les élans des Communes, mais « sans jamais oser s\u2019opposer aux vœux réfléchis et définis des populations».Il est toujours bon de le rappeler.Plusieurs sénateurs avaient prévenu le gouvernement libéral que le projet de loi C-14 sur l\u2019aide médicale à mourir ne sortirait pas indemne du Sénat.Ils sont passés aux actes cette semaine.De quel droit ?ont clamé certains.Du droit du Sénat de faire le travail attendu de lui, de dire les sénateurs.Avec raison, mais ils ne doivent pas oublier non plus que ce droit s\u2019arrête là où la démocratie commence.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Pour une didactique du français ouverte sur le monde ! Dernièrement, un enseignant du primaire remettait en question, dans les pages du Devoir, le fait que des enseignantes et des enseignants du Québec s\u2019inspirent d\u2019approches novatrices en provenance des États-Unis pour alimenter leur enseignement de la lecture et de l\u2019écriture.À première vue, on peut être tenté de souscrire à son propos\u2026 Cela dit, je tiens ici à nuancer quelques aspects de la situation soulevée par notre collègue.Étant spécialiste de la didactique du français depuis presque 20 ans, je peux affirmer ceci: ce n\u2019est pas d\u2019hier que la didactique du français, comme discipline de recherche, d\u2019intervention et de formation, s\u2019ouvre aux autres langues et emprunte des propositions issues de travaux du monde entier, francophones ou non.N\u2019en déplaise à certains, les recherches et les pratiques exemplaires anglophones inspirent les didacti- L I B R E O P I N I O N A L E X A N D R E C L O U T I E R Professeur de philosophie, simple citoyen Réponse à la lettre d\u2019Yvon Rivard «À fonds perdu», Le Devoir, 10 juin 2016 V ers 380 av.J.-C., Platon rédige à Athènes sa célèbre République.Écrit au cœur du deuxième âge d\u2019or de la démocratie, le texte se veut une attaque en règle contre ce régime qu\u2019il juge responsable de la corruption des mœurs athéniennes.Toutefois, conscient à la fois de l\u2019attachement du peuple à sa Constitution et de l\u2019incapacité de l\u2019aristocratie à remettre en question efficacement la légitimité des institutions politiques, il pense alors une cité idéale capable de rivaliser avec elle.Les élites seront replacées au pouvoir non sans avoir au préalable été purgées de toute conscience de classe (abolition de la propriété) et de clan (abolition de la famille).Pour Platon, la seule chose qui devrait lier les gouvernants est la conscience certaine d\u2019une supériorité intellectuelle et morale sur le reste de la population.Tel est le prix que devra payer l\u2019aristocratie pour dépasser la démocratie.A contrario, on peut légitimement se demander si \u2013 à défaut d\u2019avoir pareille élite au pouvoir \u2013 le retour à la démocratie ne devrait pas être envisagé.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, notre Constitution n\u2019est à peu près en rien le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.Notre cas est loin d\u2019être l\u2019exception puisque dans à peu près tous les États occidentaux, le pouvoir politique est détenu par des cliques qui s\u2019échangent le pouvoir de temps à autre.Pour reprendre la terminologie de Montesquieu, il serait plus approprié de parler de constitution aristo-démocratique.Sauf exception \u2013 et encore faudrait-il de temps à autre renverser les monuments les mieux boulonnés pour s\u2019assurer qu\u2019on n\u2019y trouve pas des vers qui grouillent \u2013, cette élite a toujours veillé à ses propres intérêts au détriment de ceux du peuple qu\u2019elle est censée servir.Qu\u2019on s\u2019étonne et qu\u2019on s\u2019indigne encore aujourd\u2019hui de voir la police mettre les menottes aux poignets de cer ta ins révèle une amnésie de l\u2019histoire ou alors une résignation due à l \u2019 incapaci té de penser le monde autrement.On aura beau faire le grand ménage de temps à autre, les oligarques finiront toujours par retrouver leurs vieux réflexes.Et ce n\u2019est certainement pas parce que nous ne vivons pas à une époque anormalement morose, bien au contraire.C\u2019est d\u2019ailleurs la conclusion du Capital au XXIe siècle de Thomas Picketty : c\u2019est plutôt la période des trente glorieuses qui serait une anomalie historique.Bien entendu, le cynisme \u2013 le seul luxe des lucides impuissants \u2013 n\u2019est pas la solution.Je disais que le retour à la démocratie, la vraie, était peut-être la seule façon de déverrouiller durablement le jeu politique.Cela dit, dès les Lumières, les penseurs en sont arrivés à la conclusion qu\u2019il était impossible de faire revivre la démocratie athénienne.Il est irréaliste d\u2019envisager de rassembler cinq millions de Québécois une fois par mois sur les plaines d\u2019Abraham pour voter les lois.En cédant à cette image d\u2019Épinal, on oublie toutefois que le tirage au sort, plus même que le vote électif, était pour les Athéniens l\u2019archétype de la procédure démocratique.Si tous les citoyens sont égaux, tous devraient avoir la chance de participer au pouvoir politique.Plutôt que de proposer encore de rebrasser les cartes une énième fois (les mêmes causes ne donnent-elles pas les mêmes effets ?) et ainsi d\u2019appuyer le candidat x ou de fonder un parti y de centre-gauche-mais-pas-ci- mais-un-peu-ça, je soumets donc trois mesures simples.À mon sens, elles auraient pour ef fet de mettre en place une véritable démocratie et d\u2019assurer que les postes qui nécessitent une expertise particulière soient réservés aux plus compétents : 1.Tous les membres de l\u2019Assemblée législative seront élus par tirage au sort grâce à une procédure et à des critères comparables à ceux déjà employés pour sélectionner les jurés.2.Tous les membres du gouvernement seront élus au suffrage universel.3.Tous les élus seront révocables en tout temps.Gardons ce fait en tête : après l\u2019octroi du droit de vote aux femmes dans la première moitié du XXe siècle, nos constitutions n\u2019ont intégré aucune innovation démocratique.Pourtant, de l\u2019admission du suffrage féminin à au- jourd\u2019hui, la population occidentale a atteint un niveau de scolarisation inégalé dans l\u2019histoire.En 508 av.J.-C., Athènes était sous le joug de Spar te.Lorsque le gouvernement tenta de voter une législation favorable au peuple, un groupe d\u2019oligarques décida de dissoudre l\u2019assemblée.L\u2019histoire aurait été complètement dif férente si la population avait accepté que les occupants placent leurs hommes au pouvoir.Or, le peuple choisit plutôt de se révolter et de faire un saut dans l\u2019inconnu, amorçant ainsi une révolution qui enfanta ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui « démocratie ».En politique, rien n\u2019est jamais joué pour toujours.Si les Athéniens du Ve et du IVe siècle av.J.-C.ont pu engendrer une culture et des institutions qui perdurent et suscitent l\u2019admiration, imaginez de quoi serait capable une population éduquée comme la nôtre.I l est grand temps de sortir de notre trou pour retourner dans notre foyer démocratique.Pour sortir du trou et libérer les forces qui dorment en nous FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ciens du français (pensons ici, pour l\u2019anglais, aux écrits sur les «book clubs», les «response-logs», etc.), tout comme les travaux menés dans d\u2019autres langues (l\u2019allemand, l\u2019italien\u2026).Des associations internationales réunissent d\u2019ailleurs des chercheurs qui s\u2019intéressent, par exemple, à l\u2019enseignement et à l\u2019apprentissage des langues premières, et ce, peu importe la langue en question.Des livres majeurs, publiés au Québec depuis plus de 25 ans, par Jocelyne Giasson notamment, vulgarisent très bien des approches et des pratiques mises en place par des Américains.Bien sûr, restons vigilants et sensibles à la question de la survivance du français en Amérique; bien sûr, usons abondamment en classe du primaire d\u2019œuvres et de textes écrits et publiés au Québec, en français, pour nourrir notre propre culture; mais, de grâce, ne nous enfonçons pas dans un cul- de-sac pédagogique et didactique en ignorant des découvertes scientifiques provenant d\u2019une autre langue que la nôtre.Comme le mentionnait Yves Nadon : «S\u2019inspirer de meilleures pratiques, sans des ornières de frontières, pour le bien de notre langue, n\u2019est-ce pas ce qu\u2019il y a de mieux?» La question est lancée.Martin Lépine Didacticien du français, Faculté d\u2019éducation de l\u2019Université de Sherbrooke Le 10 juin 2016 Demain Aux déjà convaincus, qui cherchent à convaincre leur entourage de l\u2019urgence d\u2019agir pour changer le monde qui court vers les catastrophes (changements climatiques et autres), allez voir Demain.À ceux qui se sentent écrasés ou impuissants face à l\u2019ampleur des changements à faire, allez voir Demain.À ceux que ces «grandes questions» n\u2019intéressent pas, parce qu\u2019elles semblent trop complexes ou parce qu\u2019ils ont des problèmes plus concrets ou immédiats à régler, allez voir Demain.Aux indifférents face à l\u2019avenir du monde réel, accaparés qu\u2019ils sont par le monde virtuel de leurs divers écrans électroniques ou satisfaits d\u2019avoir tiré leur épingle du jeu, allez voir Demain.Et aux sceptiques de tous poils, aux opposants, à ceux qui croient que tout va bien et même à ceux qui profitent du monde actuel comme il va, allez voir Demain.Pourquoi Demain ?Parce que c\u2019est un beau film et un beau voyage.Parce qu\u2019il nous fait rencontrer des personnes lumineuses et inspirantes.Parce qu\u2019il fait découvrir un monde déjà en train de changer, pour le mieux.Parce qu\u2019il montre, concrètement et souvent de manière très simple et accessible à tous, qu\u2019on peut fonctionner et vivre différemment.Parce qu\u2019il indique des chemins possibles, nécessaires et urgents.Parce qu\u2019on en sort heureux, plein d\u2019espoir, stimulé, grandi, comme d\u2019un «feel good movie».Mais surtout parce que Demain, c\u2019est aujourd\u2019hui.Dominique Boisvert Scotstown, le 10 juin 2016 AIDE MÉDICALE À MOURIR La voix du Sénat L MANON CORNELLIER Notre Constitution n\u2019est à peu près en rien le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 6500 caractères (y compris les espaces), ou 1000 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi : si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.J E A N - P A U L L A H A I E Au nom du comité citoyen du Non e référendum populaire concernant la mosquée de la rue Legendre a fait grand bruit dans les médias ces derniers jours.En tant que membres du comité citoyen, nous tenons à rétablir les faits et à fournir notre éclairage, bien dif férent de celui dif fusé par certains médias.Il s\u2019agit d\u2019une demande de dérogation au zonage pour permettre à un centre culturel établi illégalement depuis deux ans de devenir une mosquée, sur une rue commerciale d\u2019Ahuntsic.Installé dans un ancien restaurant, ce centre culturel servait de salle de prière.Après dénonciation, les responsables ont été forcés de demander une dérogation au règlement de zonage.Malgré une très vive opposition des citoyens à l\u2019assemblée du conseil municipal de septembre 2015, à cause de réels problèmes de stationnement dans le secteur et de privilèges dont semblaient bénéficier certains citoyens, les élus municipaux ont entériné la dérogation.Notre seul recours était la tenue d\u2019un référendum, qui a eu lieu le dimanche 5 juin 2016 et a mené à la victoire du Non.Comme l\u2019a indiqué Pierre Desrochers, conseiller du district de Saint-Sul- pice : «L\u2019exercice démocratique s\u2019est tenu dans les règles de l\u2019art.» Aller au-delà du salissage Depuis ce Non, cer tains médias se sont acharnés à nous discréditer, voire à nous diabo- liser.Nous sommes affublés de tous les maux : « islamophobie », « paranoïa », « irrationalité », « intolérance », «mesquinerie ».On prête aux citoyens des intentions qui seraient autres que celles évoquées.Les alertes au racisme sont lancées, et Haroun Bouazzi, de l\u2019Association des Arabes et des musulmans pour la laïcité au Québec (AMAL Québec), en profite pour justifier sa demande de commission d\u2019enquête sur le racisme systémique.M.Bouazzi parle même de dictature de la majorité sur la minorité musulmane, et même d\u2019hystérie honteuse à l\u2019encontre du culte musulman.En fait, il s\u2019agit, ni plus ni moins, d\u2019une demande d\u2019accommodement religieux, qui n\u2019a pas passé le test de l\u2019acceptabilité sociale.Devrons- nous l\u2019enfoncer de force dans la gorge des résidants?Des demandes semblables de dérogation en zone commerciale avaient été formulées et refusées dans notre quartier pour des églises, comme ce fut le cas de l\u2019église évangélique Mont-de-Sion, qui s\u2019est rendue en cour supérieure, et de deux autres requêtes d\u2019églises qui ont été également refusées.Pourquoi alors l\u2019accepter pour une mosquée?Comme l\u2019a souligné le conseiller municipal M.Desrochers, les responsables de la mosquée sont simplement appelés à trouver un emplacement pour leur salle de prière «dans un secteur de l\u2019arrondissement qui le permet de plein droit».La non-objectivité journalistique de certains médias et le parti pris pour le camp du Oui sont flagrants.Aucun journaliste n\u2019a, par exemple, daigné rapporter le fait que toutes les affiches électorales pour le Non, soit 150 en tout, ont été arrachées aussitôt que posées, un geste parfaitement illégal.Rétablissons les faits Le plus scandaleux pour nous est ces insinuations, plus ou moins explicites, que ce référendum serait une preuve de stigmatisation d\u2019une minorité par la majorité.Mais de quelle minorité et de quelle majorité parle-t-on au juste, alors que l\u2019arrondissement d\u2019Ahuntsic-Cartierville compte une trentaine de groupes culturels, des Italiens aux Polonais, en passant par les Chinois, les Vietnamiens, les Haïtiens, les Indiens ou les Pakistanais?Le dépouillement des bulletins de votation révèle une tout autre réalité qu\u2019un af fronte- ment entre musulmans et majorité québécoise « de souche ».Sur les 1117 personnes du quartier Saint-Sulpice inscrites sur la liste électorale, la participation au référendum a été de 43 %, soit 486 votants.Nous avons relevé un total global de 123 noms francophones d\u2019origine québécoise inscrits sur la liste, dont seulement 34 sont allés voter, soit 7 % des votants.Pour avoir un portrait plus complet, nous avons également comptabilisé les noms à consonance arabe.Sur 126 inscrits, 81 sont allés voter, soit 17 % des votants.En d\u2019autres termes, 76 % des votants sont d\u2019origines diverses, en dehors des deux catégories précédentes.Comment peut- on alors parler de majorité ayant voté contre la minorité ?Même si tous les Québécois dits de souche avaient voté Non, ce ne sont pas eux qui auraient pu faire basculer l\u2019issue du scrutin.En fait, aucun groupe culturel n\u2019a pu faire fléchir, à lui seul, le résultat du vote.Peut-on alors suggérer aux chroniqueurs et autres « journalistes » que la vision d\u2019une majorité qui opprime une minorité n\u2019a tout simplement aucun fondement ?À qui profite la désinformation?Comment se fait-il qu\u2019une initiative citoyenne pour refuser un changement de zonage soulève autant de passion de la part de certains médias et fasse l\u2019unanimité contre elle ?Comment se fait-il que les résidants soient ainsi pointés du doigt, qu\u2019on leur prête des intentions malsaines?Serait-ce pour se donner bonne conscience, une occasion de se blanchir sur le dos des citoyens?Voilà, nous avons identifié les racistes, les isla- mophobes, et ce n\u2019est pas nous.Certains y ont même trouvé l\u2019occasion de justifier l\u2019appel à une commission d\u2019enquête sur le racisme systémique au Québec.Force est de constater que ces gens ne savent pas de quoi ils parlent.La dia- bolisation de citoyens ayant voté non pour diverses motivations est apparemment fort utile pour les intérêts politiques et médiatiques des uns et des autres.Au-delà de l\u2019incompréhension et du mépris quant à notre action, nous déplorons tout particulièrement cette campagne de désinformation qui divise les résidants, fait croire à une animosité entre majorité et minorité et nourrit l\u2019hostilité entre les Québécois de diverses origines.Nous espérons que nos chiffres auront aidé à rétablir les faits et à aller au-delà de la rectitude et des intérêts politiques.MOSQUÉE D\u2019AHUNTSIC-CARTIERVILLE Aller au-delà du salissage L U C I E N A D E A U Médecin pédopsychiatre et professeur agrégé à l\u2019Université McGill e reviens du Nunavik, où je voyage régulièrement comme pédopsychiatre consultante pour les communautés inuites de la baie d\u2019Hudson.La vague de suicides qui y survient actuellement m\u2019apparaît une véritable catastrophe.J\u2019ai, au cours des années, rencontré de nombreuses familles, côtoyé des collègues inuits, et été accueillie dans ces communautés que j\u2019ai appris à connaître.Les rencontres cliniques m\u2019ont fait voir certes un côté d\u2019ombre empli de douleur, de tristesse et de colère, nourri par les trop nombreux traumas.Mais le travail au Nunavik m\u2019a aussi sans cesse fait voir le côté lumineux de la vie dans ces communautés, leur force, leur solidarité, leur bienveillance, leur capacité d\u2019accueil et de partage, et leur résilience.Une résilience qui se décline dans leur capacité à trouver le réconfort et la paix au travers d\u2019activités traditionnelles, une résilience dans le rire et dans le jeu aussi, ainsi que dans les valeurs qui leur sont chères de solidarité et de coopération.C\u2019est toujours ce côté lumineux que j\u2019espère transmettre «au Sud», pour que le regard des Qallunaat (les Blancs) se transforme enfin par rapport aux Inuits et qu\u2019une représentation positive vienne faire le pied de nez à la représentation souvent trop négative qui remet le poids de la responsabilité de la souffrance au cœur du monde inuk en oubliant tout ce que la colonisation a provoqué.Transmettre le lumineux pour que l\u2019on voie enfin comment ce peuple est infiniment aimable, pour que le peuple inuk puisse être représenté comme porteur d\u2019avenir et que cette représentation soutienne la jeunesse inuk dans ses rêves et son ou ses identités.Mais aujourd\u2019hui, la vague de suicides au Nu- navik, notamment de jeunes Inuits, fait remonter l\u2019ombre et le besoin de dire cette ombre.La souffrance des jeunes est parfois si vive qu\u2019elle semble remettre en question l\u2019humanité tout entière.Des travaux importants ont déjà traité de nombreux facteurs pouvant contribuer aux raisons des suicides en communautés autochtones, et notamment en milieu inuk.Il y a la souffrance générée par la colonisation et ses conséquences, il y a la souffrance vécue au quotidien avec des conditions sociales et de santé qui laissent encore à désirer et il y a les facteurs de stress multiples.Dans cette souffrance au quotidien, il y a aussi les nombreux deuils à faire.Le deuil d\u2019un ami ou d\u2019une amie, d\u2019un parent, d\u2019un frère ou d\u2019une sœur, partis trop tôt, est une plaie vive: pourquoi?Et dans ce pourquoi : où étiez-vous?Ce cri, c\u2019est un cri qui dépasse les communautés et qui nous interpelle tous: le nombre de suicides dans les communautés du Nunavik depuis le début de l\u2019année 2016 est effarant, et cela dépasse la seule communauté de Kuujjuaq, dont on a davantage entendu parler par l\u2019intermédiaire des médias.Cette catastrophe devrait interpeller le gouvernement.L\u2019état d\u2019urgence a été évoqué, et il est temps, si les communautés le demandent, de les appuyer davantage pour leur permettre de souffler, de faire face aux nombreuses urgences et aux deuils multiples.Il y a urgence d\u2019agir, il y a urgence d\u2019agir à court terme et à long terme.Il faut faire davantage que de se déculpabiliser en envoyant des renforts immédiats.Certes, ces renforts sont essentiels, mais il faut aussi penser au long terme.Le processus de guérison dans un contexte de multiples deuils et traumas se fera peu à peu et exige un accompagnement dans la durée .Les ressources doivent être au rendez-vous, sans la barrière des compressions, étant donné l\u2019ampleur de la souffrance.Il est d\u2019ailleurs étonnant de constater qu\u2019actuellement, il n\u2019y a aucun psychologue en baie d\u2019Hudson pour soutenir le soin psychique aux enfants et adolescents.Par ailleurs, ce renfort venant appuyer les communautés doit reconnaître que celles-ci ne sont pas restées inactives devant les drames.Elles se prennent en mains, à la lumière des valeurs de solidarité, d\u2019entraide, de coopération, de gratitude, d\u2019harmonie et de responsabilisation qui sont bien présentes au Nunavik, et des initiatives inspirées surgissent dans les communautés.L\u2019écoute et le dialogue avec celles-ci permettront de ne pas intervenir en répétant le regard colonisateur malheureusement si facile à prendre.Il s\u2019agit d\u2019accompagner les communautés, comme un ami le ferait, en écoutant leurs demandes et en les soutenant avec des ressources professionnelles thérapeutiques qui s\u2019appuieront sur la culture et les valeurs inuites.Il peut s\u2019agir de ressources externes comme il peut s\u2019agir de soutenir et de former les membres de la communauté déjà impliqués dans le soin psychique.Le soutien aux jeunes d\u2019une communauté s\u2019inscrit aussi dans un soutien aux adultes qui les entourent.Ce sont les communautés tout entières qui font face à la surcharge émotionnelle actuelle.Cette situation nous interpelle aussi tout un chacun.On imagine trop souvent ne pas être concerné par ces Inuits qui vivent si loin, en ne voyant pas d\u2019ailleurs ceux que l\u2019on côtoie ici même à Montréal.La jeunesse inuk du Nuna- vik, habitant le Nord ou venue au Sud, a besoin de se sentir reconnue et écoutée, qu\u2019un regard bienveillant se pose sur elle, dans leur communauté certes, mais tout aussi auprès de nous tous Québécois.Et ces jeunes ont besoin de dire ce qu\u2019ils ressentent, ce qui les met en colère, ce qui les fait souffrir, ce qui leur fait du bien, ce qui leur permet de rêver et de s\u2019accomplir.Ils ont besoin que nous imaginions avec eux un avenir meilleur.L\u2019ombre de l\u2019Arctique et son soleil Le nombre de suicides dans les communautés du Nunavik depuis le début de l\u2019année 2016 est effarant F R A N C E C H R É T I E N - D E S M A R A I S Présidente du conseil d\u2019administration de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal ans moins d\u2019un an, Montréal célébrera le 375e anniversaire de sa fondation.Ce rendez-vous avec notre histoire, nous le voulons à l\u2019image de notre métropole.Nous souhaitons convier les amoureux de Montréal, de toutes origines et de tous horizons, d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Depuis plusieurs mois, à travers la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, nous invitons la population et les représentants de divers secteurs d\u2019activité à créer des ponts, à collaborer pour imaginer les façons les plus surprenantes, les plus invitantes et les plus montréalaises de célébrer.C\u2019est grâce à l\u2019union de nos idées et de nos ef forts que Montréal peut se démarquer.Dès l\u2019an prochain, en 2017, notre métropole aura des airs de fête.Nos créateurs, des cinéastes jusqu\u2019aux bédéistes, réinterpréteront la plus belle des matières premières : Montréal.Plus de 150 projets la mettront en scène.Le pont Jacques-Cartier, révélé par une œuvre lumineuse, signera le ciel de Montréal d\u2019un trait distinctif.Nos rues se prépareront à recevoir des géants venus de France, et les murs du Vieux-Montréal raconteront, une fois de plus, notre histoire de façon unique.Inspirés par le génie de celles et ceux qui leur donnent vie, nos quartiers nous feront redécouvrir aux quatre coins de la ville notre richesse et notre diversité.Fleuve, parcs, clochers, montagne, rues et ruelles seront autant de lieux pour nous rassembler que de symboles à célébrer.Au-delà des festivités, la pérennité L\u2019année 2017 représente, sans aucun doute, l\u2019occasion de faire converger les forces vives de notre ville, du Québec et du Canada, pour construire un héritage durable.Car, bien au- delà de la fête, nous pensons déjà aux lendemains de cet anniversaire.Nous rêvons de faire de ce rendez-vous non pas une destination finale, mais une étape marquante dans le développement de notre ville.Qu\u2019il s\u2019agisse de gens d\u2019affaires, de créateurs, d\u2019élus de tous les paliers de gouvernement et, surtout, de citoyens, tous s\u2019engagent dans cette cause emballante et inspirante qu\u2019est Montréal.Convaincus que l\u2019engagement envers leur collectivité était la meilleure façon de célébrer leur ville, ils ont répondu à l\u2019appel.Parmi eux, les Grandes Montréalaises, un regroupement d\u2019entreprises parfois concurrentes, travaillent déjà de concert afin de réaliser des projets concrets et innovants qui viendront enrichir notre qualité de vie.De plus, elles s\u2019engagent avec d\u2019autres leaders socio-économiques au sein du Conseil des gouverneurs pour coordonner des projets structurants qui auront comme ef fet d\u2019accélérer le Montréal de demain.À l\u2019occasion de son 375e anniversaire, notre ville s\u2019af firmera comme une métropole du monde.Nous nous préparons activement à accueillir visiteurs et congressistes.Et, partout à Montréal, les entrepreneurs comme les dif fé- rents gouvernements concrétisent des investissements qui doteront la métropole d\u2019institutions culturelles et scientifiques renouvelées, ainsi que d\u2019espaces publics repensés.Le 375e est, d\u2019ores et déjà, un puissant accélérateur du développement de Montréal.C\u2019est un projet ambitieux dont nous faisons toutes et tous par tie.Ensemble, inspirés et engagés, nous allons faire rayonner le Montréal d\u2019au- jourd\u2019hui, mais aussi le Montréal de demain, ici et bien au-delà de nos frontières.Le 375e anniversaire de Montréal est l\u2019occasion unique de créer des ponts entre notre riche passé et notre avenir prometteur.Montréal est vive.Vive Montréal ! FÊTES DU 375E Un puissant accélérateur du développement de Montréal D Bien au-delà de la fête, nous pensons déjà aux lendemains de cet anniversaire L J CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR La vague de suicides au Nunavik fait remonter l\u2019ombre et le besoin de dire cette ombre. M A T H I E U P O N T B R I A N D Historien, il vient de publier Lomer Gouin.Entre libéralisme et nationalisme (Presses de l\u2019Université Laval, 2016).A u sujet du caucus extraordinaire du Par ti libéral du Québec (PLQ), tenu le 30 mai, le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel, a affirmé que les députés libéraux tramaient une « fronde » contre leur propre chef, Philippe Couillard.Le leadership du premier ministre a-t-il été à ce point remis en question par ses députés ?Des critiques de Robert Poëti à propos de la gestion des contrats au ministère des Transports en passant par la législation sur les services de transport par taxi et l\u2019entourage du premier ministre, il n\u2019y a pas de doutes qu\u2019il y a eu beaucoup de débats, voire de tiraillements, dans les rangs du PLQ, dans les derniers mois.Évidemment, ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019il y a de la dissension dans le plus vieux parti politique au Québec, mais rarement celle-ci s\u2019estelle manifestée publiquement sans déboucher sur un départ, comme dans les cas de François Aquin, René Lévesque, Thomas Mulcair et Fatima Houda-Pepin.Cette discorde entre la tête et une partie du caucus libéral rappelle la fronde de 1905.Ce mouvement avait conduit à la chute du premier ministre Simon-Napoléon Parent.Sans être tout à fait similaires, quelques éléments se recoupent dans les contextes : l\u2019ajout de membres d\u2019autres partis, le combat contre des privilèges corporatifs, mais aussi la crainte de l\u2019effet sur ce que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui « la marque libérale ».Simon-Napoléon Parent : le choix de Wilfrid Laurier Imposé en 1900 comme premier ministre par le grand chef libéral Wilfrid Laurier, Parent voit son leadership être rapidement contesté.En plus d\u2019être chef du gouvernement à Québec, il est maire de la Vieille Capitale et président de la Compagnie du pont de Québec.Ces apparences de conflits d\u2019intérêts, son soutien prononcé à l\u2019endroit des intérêts des commerçants de bois au détriment des colons ainsi que son autoritarisme finissent par lui créer des inimitiés et ternir sa réputation.Pour la défendre, il poursuit même les sénateurs libéraux Joseph- Hormidas Legris et Philippe-Auguste Cho- quette, ses deux critiques les plus véhéments.Dans le but de renforcer son autorité, Parent décide de déclencher des élections générales, le 4 novembre 1904, croyant pouvoir profiter du succès électoral des libéraux fédéraux, qui venaient d\u2019être reportés au pouvoir la veille.Au bout du compte, le Parlement québécois conserve la même répartition des sièges qu\u2019à sa dissolution (67 pour le Parti libéral ; 7 pour le Parti conservateur).Pourtant, Parent ne remporte qu\u2019une victoire à la Pyrrhus : la faiblesse de l\u2019opposition ouvrant plutôt la porte à la dissension au sein du caucus libéral.Lomer Gouin: opportuniste et homme de parti Nuisible pour Parent, cette dissension devient profitable à Lomer Gouin, député de Montréal No.2, lui dont la feuille de route et les liens de parenté réussissent à rallier les diverses tendances libérales.Bien que certains craignent chez lui un penchant radical, il est d\u2019abord et avant tout un libéral modéré et foncièrement loyal au parti (ce qui ne veut pas toujours dire au chef !).Gouin fait ses premiers pas en politique à la fin de la décennie 1880 en défendant la stratégie d\u2019intégration des chefs libéraux du moment au Canada et au Québec : Wilfrid Laurier et Honoré Mercier, premier ministre du Québec et\u2026 beau-père de Gouin.Cette stratégie vise à intégrer au camp libéral les éléments modérés du Parti conser vateur.Afin de refléter cette réalité, de 1885 à 1891 au Québec, le Parti libéral sera même rebaptisé Parti national.?Comme aujourd\u2019hui \u2014 alors que la promotion, au sein du conseil des ministres, d\u2019anciens adéquistes et caquistes semble frustrer cer tains vétérans du PLQ \u2014, l\u2019intégration d\u2019anciens adversaires ne se fait pas sans heurts.Néanmoins, elle rapporte gros aux libéraux.Comme l\u2019explique l\u2019historien René Castonguay, malgré la chute d\u2019Honoré Mercier et du Parti national en 1891, à la suite du scandale de la Baie-des-Chaleurs et la perte du pouvoir, des bleus décident de rester rouges.Ce nouvel alignement des forces politiques permet au Par ti libéral du Québec d\u2019établir son hégémonie à partir de 1897, domination qui va durer jusqu\u2019en 1936 (Caston- guay, 2000: 31).Si le clan modéré prend force au tournant du XXe siècle, cela ne signifie pas l\u2019exclusion des éléments jugés plus radicaux.On peut même dire que leur dédain de l\u2019administration Parent leur donne une nouvelle vigueur.Ceux que l\u2019on désigne alors comme radicaux \u2014 ou progressistes \u2014 veulent favoriser l\u2019action de l\u2019État pour humaniser le système et mettre fin à l\u2019exploitation des ressources naturelles par des investisseurs étrangers.Ils cherchent aussi à insuffler des principes démocratiques au libéralisme et prônent la séparation de l\u2019État et de l\u2019Église.En 1905, ils croient que Lomer Gouin est l\u2019homme qui réussira à faire triompher leurs idées.Après tout, ce dernier a collaboré à quelques reprises avec l\u2019un des principaux ténors radicaux, Godfroy Langlois.Ce sont toutefois deux dossiers qui contribuent à donner une opinion favorable au camp radical à l\u2019égard de Gouin.En premier lieu, on retrouve son appui à la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation.Après l\u2019échec, en 1898, de la création d\u2019un ministère de « l\u2019Instruction publique » (comme on le disait à l\u2019époque), Gouin a effectivement continué de marteler que les libéraux accompliraient leur promesse : « Le Par ti libéral a promis un ministère de l\u2019instruction publique et qu\u2019il tiendra sa promesse, en dépit de cer taines remarques qui ont pu être faites.[\u2026] C\u2019est une question de progrès et notre par ti ne peut pas reculer.[\u2026] Le Parti libéral doit à ses traditions et à son histoire de donner au peuple de la province de Québec, la réforme scolaire dans toute sa plénitude.» (La Patrie, 20 avril 1899) Cet appui reflète toutefois l \u2019homme de parti qu\u2019est Gouin plus que le progressiste.Il ne fait alors que défendre le programme qui a été défendu par son parti lorsqu\u2019il a été élu en 1897.Après les élections de 1900, il ne défend plus une telle idée, bien que ses opposants se fassent un plaisir de lui remettre constamment sous le nez ses déclarations passées à ce sujet.L\u2019autre dossier qui rallie les radicaux au gendre de Mercier est la lutte contre l\u2019octroi des privilèges à la Montreal Light, Heat and Power Company (MLHPC).Cette lutte commence, en 1901, sur la scène municipale montréalaise et Gouin en devient le héraut à l\u2019Assemblée législative.Les opposants à la nouvelle compagnie craignent le nouveau monopole, qui est sur le point d\u2019obtenir l\u2019important privilège d\u2019installer ses équipements sans demander la permission préalable des municipalités de l\u2019île de Montréal.Pour l\u2019aile progressiste, c\u2019est aussi l\u2019occasion de livrer bataille contre des libéraux jugés corrompus, comme le maire de Montréal, Raymond Préfontaine.Pour Gouin, ancien échevin montréalais, la lutte ne s\u2019arrête qu\u2019au droit indécent obtenu par la MLHPC.Mais bien que son opposition semble sincère, une fois au pouvoir, Gouin préfère accorder, en 1909, les mêmes droits à une autre compagnie, plutôt que de retirer un droit dorénavant adopté par le Parlement.À son avis, c\u2019est seulement la compétition dans un libre marché qui pourra corriger l\u2019erreur des parlementaires : « Je sais bien que la Montreal Light [MLHPC] se vante d\u2019acheter tout le monde, mais moi, je crois à l\u2019honnêteté humaine et je connais des hommes de la Canadian Light [Canadian Light and Power Company] qui ne se vendront pas.Je dis donc que c\u2019est une compagnie sérieuse et je voterai pour toutes les compagnies sérieuses qui viendront faire concurrence au monopole actuel.» (DALQ, 23 mars 1908) La révolution de palais Finalement, la grogne contre Parent se transforme en véritable révolution de palais.Elle n\u2019est pas nécessairement fomentée par Gouin, mais sa bonne réputation auprès des libéraux en colère lui devient favorable dans la succession des évé- nements et il ne cherche surtout pas à l\u2019arrêter.Le 3 février 1905, Gouin et deux autres ministres, Adélard Turgeon et William Alexander Weir, démissionnent.Le trio reproche à leur chef de gouverner sans les consulter.Le 8 février, 44 députés réunis au Château Frontenac appuient les démissionnaires et signent une pétition exigeant la démission du premier ministre.Abandonné par une partie importante de son caucus, Parent ne peut plus être sauvé par le leadership de Laurier.Il accepte de démissionner, mais seulement après qu\u2019un comité parlementaire aura étudié les accusations que lui lancent les sénateurs Legris et Choquette.Sans trop d\u2019étonnement, le comité préserve son honneur.Parent quitte la tête du gouvernement le 21 mars.Il accepte le poste que son ami Laurier lui offre, soit la présidence de la Commission du chemin de fer Transcontinental.La victoire conservatrice de 1911 l\u2019oblige à quitter son poste, mais une âme libérale charitable viendra à son secours.Eh oui, Lomer Gouin, devenu premier ministre, toujours homme de parti, profite de l\u2019occasion pour retisser les liens avec l\u2019homme à qui il a ravi le poste.Il ne craint pas de lui offrir la présidence de la nouvelle Commission des eaux courantes.Après avoir rapidement déçu les espoirs des radicaux, Gouin a pourtant réussi à isoler les mécontents, comme Godfroy Langlois, et à faire voguer le navire libéral à travers les diverses tempêtes durant ses 15 ans de mandat.De 1905 à 2016 Philippe Couillard sera-t-il un Simon-Napoléon Parent ou un Lomer Gouin ?Évidemment, la « fronde» de 2016 n\u2019a eu que peu de manifestations publiques, à part la sortie de Robert Poëti, lequel est rentré dans le rang depuis.Aucune révolution de palais à la 1905 ne semble être envisagée pour l\u2019instant.Les bruits qui ont émané ces dernières semaines de la colline parlementaire semblent toutefois indiquer que, comme à l\u2019époque de Parent, le caucus libéral n\u2019est pas satisfait de l\u2019entourage, des volte-face et du leadership de leur chef.Ce dernier peut toutefois compter sur sa position relativement stable dans l\u2019opinion.Le prédécesseur de l\u2019actuel premier ministre, Jean Charest, a reçu son lot de critiques de toute part, mais rarement de ses propres rangs.Du moins, sans que cela ne se mue en «fronde».Reste donc à voir si Philippe Couillard saura convaincre le caucus du PLQ qu\u2019il peut défendre les valeurs libérales comme l\u2019a fait Lomer Gouin et qu\u2019il n\u2019est pas pour elles un risque, comme Si- mon-Napoléon Parent l\u2019a été, en 1905.Sources : René Castonguay, Rodolphe Lemieux et le Parti libéral.1866-1937, Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2000.Devant ses électeurs, La Patrie, 20 avril 1899, p.1.Débats de l\u2019Assemblée législative du Québec, 12e législature, 1re session, 23 mars 1909, Assemblée nationale du Québec.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 HISTOIRE B 6 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE Couillard, un Simon-Napoléon Parent ou un Lomer Gouin ?Parallèles et différences entre les libéraux actuels et ceux d\u2019il y a 100 ans WIKICOMMONS Le premier ministre Lomer Gouin, assis au bout de la table, avec l\u2019ensemble du Conseil des ministres québécois en 1905.À partir de la gauche : Jules Allard, Louis-Rodolphe Roy, Adélard Turgeon, W.A.Weir, Lomer Gouin, J.C.McCorkill, Auguste Tessier et Jean Prévost.Simon-Napoléon Parent vers 1910 BIBLIOTHÈQUES ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC Lomer Gouin vers 1900 "]
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