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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-06-11, Collections de BAnQ.

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[" D O M I N I C T A R D I F I l est un peu passé 21 h dans le bar de quartier où se prépare ce papier quand un bonhomme au fond, là-bas, se lève d\u2019un bond, comme foudroyé par les premières notes de Jumpin\u2019 Jack Flash que crache le juke-box, et esquisse en poussant d\u2019étranges cris quelques pas de danse \u2014 imitation empâtée d\u2019un Mick Jagger épileptique \u2014 sous le regard de personne pantoute.Mathieu Arsenault trouverait sans doute ici un autre exemple de cette « intensification de la vie » que permettent les débits de boissons, idée maîtresse de son récent Guide des bars et pubs de Saguenay, cour t livre regroupant en pages de gauche un essai et en pages de droite des poèmes, d\u2019abord consignés sur son téléphone intelligent, en toute discrétion, dans la pénombre de L\u2019Illusion, du Magic Night, du Bar à Pitons, du Ver tige, de L\u2019Emprise, et d\u2019autres buvettes aux noms tout aussi truculents que trop transparents.Loin de la perspective lifestyle que parodie le titre, l\u2019écrivain ambitionnait, en s\u2019engouffrant dans la nuit saguenéenne, de «prendre des notes pour produire une sorte de croquis du réel plutôt que de proprement le mettre en scène comme on avait fait jusqu\u2019à maintenant».En adoptant une perspective inspirée par le cinéma direct, genre désormais rendu caduc par des décennies de journalisme électronique et de téléréalité, le poète au comptoir souhaitait aussi éviter de coiffer les gens croisés d\u2019éléments de récits inventés de toutes pièces à partir de leur dégaine ou de leurs vêtements.« Laisser les gens être, c\u2019est leur laisser la chance d\u2019être beaucoup plus complexes et moins clichés que ce que le premier regard permet de croire », constate-t-il.Autre piège à éviter : celui de l\u2019ironie, dans laquelle peut se draper une certaine jeunesse branchée lors de virées de bars crados.« Quand tu sors dans des endroits comme ceux où je suis allé, l\u2019erreur, c\u2019est de tout faire pour abolir la distance qui existe entre les réguliers et toi», pense l\u2019auteur de La vie littéraire et de Vu d\u2019ici.« La distance qui s\u2019exprime comme une mise à l\u2019écart peut prendre la forme de l\u2019ironie, oui, mais le registre de cette distance qui existe est beaucoup plus vaste.Ça peut se transformer en curiosité, en intérêt, en recherche de ce qui nous rejoint, et c\u2019est seulement après avoir accepté cette distance qu\u2019on peut comprendre qu\u2019elle n\u2019est pas forcément négative.» Le téléphone-carnet aura ainsi permis à Mathieu Arsenault d\u2019aller à la rencontre des altérités peuplant les brassettes, discothèques et clubs de danseuses où il éclusait des Coors Light, mais aussi, forcément, de renouer avec sa propre altérité.«Te retrouver à côté de toi-même t\u2019apprend toujours quelque chose à ton sujet, parce que tu quittes ton identité première, explique-t- il.Je n\u2019ai pas vraiment les moyens de prendre des vacances à l\u2019étranger, mais aller où je ne suis jamais allé et écrire des textes, je vais le refaire.Le vrai voyage, c\u2019est celui qui t\u2019emmène en marge de toi-même.» Se remplir et se vider Pour la bohème proverbialement enrubannée d\u2019un foulard, le bar aura historiquement été un espace permettant de reconnecter la jeunesse et la poésie, refuge de choix pour ceux qui ne pouvaient supporter de vivre leurs lettres à la bibliothèque, au théâtre ou au château, rappelle le professeur au Département de langue et littérature ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Selon Mathieu Arsenault, le bar et le café sont des lieux de consommation et de dépense, des endroits où on perd son argent et où on dilapide ses idées en les lançant plutôt que de les mettre dans un ouvrage.LECTURES D\u2019ÉTÉ C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 Fêter sa librairie, célébrer son libraire, rassembler sa communauté Le samedi Le s edi i 18 juin 2016 Serge Gagnon se met à l\u2019écoute des anciens Page F 9 Nancy Huston visite l\u2019inhumain au cœur de l\u2019humain Page F 5 Précieux lieu de débauche, le bar (et son pendant estival, la terrasse) permet aussi d\u2019aller à la rencontre de sa propre altérité, assure Mathieu Arsenault.Mais que peuvent bien écrire poètes et romanciers lorsqu\u2019ils s\u2019accoudent au comptoir?Plongée dans l\u2019imaginaire du débit de boissons en littérature et en poésie Allons danser au bar des altérités «Le vrai voyage, c\u2019est celui qui t\u2019emmène en marge de toi-même » VOIR PAGE F 6 : BAR H U G U E S C O R R I V E A U P our moi, une anthologie correspond exactement à ce qu\u2019est un livre d\u2019été, un été qu\u2019on veut intelligent et nourrissant, une occasion qui nous permet d\u2019allier farniente et savoir.Or, qui connaît les édit ions Gründ ne sera pas étonné de la qualité remarquable de la présentation de l\u2019anthologie Les plus beaux poèmes, celle que Jean Orizet consacre à la poésie française, celle qu\u2019il affectionne, sans autre but que celui de partager avec les amateurs des belles-lettres sa passion pour tel ou tel texte, «du Moyen Âge à nos jours».Le l ivre est beau, magnifiquement illustré, édité avec le plus grand soin.Or, il faut insister sur le choix de l\u2019anthologiste qui ne revendique en rien une proposition savante qui aurait pour but de réunir les « meilleurs » textes, de tracer la ligne d\u2019excellence de ce que devrait retenir l\u2019histoire littéraire.Jean Orizet aurait aimé titrer son livre « Anthologie égoïste de la poésie française » et, disant cela, il ne saurait mieux décrire ce qu\u2019il propose.Avouons également qu\u2019il est assez rare qu\u2019un tel sentiment puisse s\u2019exercer à travers la beauté de textes admirés sinon admirables.En entrant dans ce florilège, il faut consentir à suivre le bonheur d\u2019un lecteur qui nous offre ses goûts.Aucune autre justification que celle-ci : « voici ce que j\u2019aime lire et relire » , rien de plus.À nous d\u2019accompagner Jean Orizet dans cet itinéraire intellectuel où on retrouve, forcément des classiques, mais aussi des surprises, de beaux écarts de conduite.Si Rudel ou Villon, Ronsard ou Louise Labé, Corneille ou Jean de La Fontaine, Marce- line Desbordes-Valmore ou Alfred de Vigny, Rimbaud ou Baudelaire, Aragon ou Ponge s\u2019y retrouvent, combien de Guillaume de Lorris, Philippe Desportes, Antoine Girard de Saint-Amant, Jean-Pierre Cla- ris de Florian, Francis Viélé- Griffin, Jean Malrieu ou Jean- Vincent Verdonnet nous appellent ailleurs.Notons au passage la présence des poèmes Prélude triste d\u2019Émile Nelligan et de Mon bel amour navigateur de Gaston Miron.C\u2019est riche et forcément discutable.C\u2019est pour cette raison justement qu\u2019il faut aimer ce genre d\u2019œu- vres, pour l\u2019inattendu comme pour l\u2019attendu.Si les choix sont ici, parfois, un peu convenus, avouons-le, on pourra sans doute reprocher une frilosité assez manifeste quant à la poésie plus actuelle.Ce n\u2019est sans doute pas ce qu\u2019on a à réclamer de cet an- thologiste, mais bien plutôt faut-il consentir à une pérégrination relativement calme à travers des terrains plutôt stables.Soit, ne boudons pas notre plaisir et suivons, avec humour, Paul Vincensini dans son poème La poésie : «La poésie ?Le temps passe.On a les cheveux gris, du cholestérol, de la barbe et des lunettes.On se console en disant qu\u2019elle, au moins, elle n\u2019a pas changé.» Mais si , mais si , el le a c h a n g é , l a p o é s i e .M a i s puisque nous sommes ici confrontés à un anthologiste qui tient à ses coups de cœur, n\u2019allons pas lui reprocher d\u2019aimer ce qu\u2019il aime.Collaborateur Le Devoir LES PLUS BEAUX POÈMES ANTHOLOGIE DU MOYEN ÂGE À NOS JOURS Jean Orizet Gründ Paris, 2015, 258 pages POÉSIE Musarder d\u2019un poème à l\u2019autre Avec son anthologie, Jean Orizet s\u2019adonne à une forme d\u2019hédonisme littéraire de haut niveau C H R I S T I A N D E S M E U L E S L ire sur le mode estival, c\u2019est aussi souvent l\u2019occasion de regarder un peu en arrière.Et voilà qui tombe bien, tenez, puisque Le Quartanier vient justement de rassembler sous un même titre et une seule couver ture la dynamique trilogie publiée par Éric Plamondon de 2011 à 2013.1984 contient ainsi Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S , t rois ro - mans dans lesquels Gabriel Rivages, écrivain, en alter ego de l\u2019auteur, s\u2019 intéresse tour à tour à trois légendes américaines : Johnny Weissmuller, incarnation de Tarzan au cinéma, Richard Brauti- gan, l\u2019auteur de La pêche à la truite en Amérique, mort en 1984, et Steve Jobs, le cofon- dateur d\u2019Apple \u2014 tous les trois fils d\u2019immigrants.Un projet original et abouti, dont le résultat est un bricolage narratif particulièrement inventif, une sorte de collage littéraire qui juxtapose et mélange en une série de courts chapitres par ticulièrement éclectiques des anecdotes, de la fiction et des coïncidences historiques dif ficiles à résumer.Tout cela traversé par la fascination de Plamondon pour la côte ouest américaine \u2014 une obsession dont il n\u2019a d\u2019ailleurs pas encore exploré toutes les issues.« Brautigan écrit comme il pêche.Il nous appâte avec un détail et file dans la vie et la mor t.Au dernier moment, il ferre d\u2019un trait d\u2019humour.Il nous tire de la rêverie comme une truite hors du torrent.» Allé à la bonne école, Éric Plamondon, inutile de le dire, en fait tout autant.On a ici trois romans qui, derrière les apparences de la biographie et de l\u2019hommage, sont en réalité autant de v a r i a t i o n s s u r l e thème de la transmission \u2014 de la vie, des valeurs, du récit.« Il lui a fallu trois vies pour comprendre que le bonheur n\u2019est qu\u2019une f ic t ion, que pour être heureux il faut inventer sa vie, et que la seule façon de l\u2019inventer, c\u2019est de la raconter.» Écho de la crise de la quarantaine de Gabriel Rivages, heure du bilan de milieu de vie et de la prise de résolutions, 1984 est aussi, en trois temps, le récit exemplaire d\u2019une naissance littéraire, celle d\u2019Éric Plamondon.Si vous hésitiez encore à aborder l\u2019œuvre d\u2019Éric Pla- mondon, sans trop savoir par quel livre commencer, n\u2019y pensez plus.Un seul titre, quatre chif fres, un excellent millésime : 1984.Collaborateur Le Devoir 1984 Éric Plamondon Le Quartanier Montréal, 2016, 616 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 2 TERRES D\u2019AMÉRIQUE FÊTE SES 20 ANS « Depuis 1996, « Terres d\u2019Amérique » a pour ambition de faire découvrir la richesse et la diversité des littératures nord-américaines, de publier des écrivains aux voix et aux univers singuliers.» FRANCIS GEFFARD, DIRECTEUR DE LA COLLECTION DE LITTÉRATURE AMÉRICAINE « TERRES D\u2019AMÉRIQUE », ALBIN MICHEL UNE ANTHOLOGIE DES GRANDS AUTEURS DE LA COLLECTION Albin Michel LE ROMAN DÉCOUVERTE s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC L\u2019IMAGINAIRE COMIQUE DANS LE CINÉMA QUÉBÉCOIS 1952-2014 ROBERT AIRD ET MARC-ANDRÉ ROBERT LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE 1984, année éclectique La trilogie tonique d\u2019Éric Plamondon rééditée en un seul volume JACQUES GRENIER ARCHIVES LE DEVOIR On note la présence de Mon bel amour navigateur du grand poète québécois Gaston Miron dans le recueil.JEUNESSE ROSE À PETITS POIS Amélie Callot La Pastèque Montréal, 2016, 80 pages Adèle tient le Tablier à pois, seul commerce dans ce petit hameau qui fait face à l\u2019océan.Avec beaucoup de délicatesse, elle prend soin de la décoration, mais surtout des gens qui entrent chez elle.«Le café fait office de refuge, petite lanterne toujours allumée.Ici on pleure, on rit, on crie, on s\u2019esclaffe, on se défie et on s\u2019aime.» Mais si tout lui sourit, les jours de pluie rendent Adèle complètement morose.Or, un soir, une paire de bottes roses, un imperméable à sa taille ainsi qu\u2019un parapluie à petits pois sont oubliés au café.Oubliés ou laissés pour qu\u2019elle apprécie les jours gris?Amélie Callot, qui livre ici son premier récit, offre un album de filles, coquet, qui remet à l\u2019honneur de tendre façon le charme et le mystère d\u2019un amour naissant.À quoi s\u2019ajoute la richesse que procurent la vie de village et la beauté de la fraternité.Pour illustrer ce texte, le style enveloppant de Geneviève Godbout est particulièrement bien choisi.L\u2019utilisation du crayon de bois et le réalisme du trait ont chez le lecteur un effet apaisant, mêlant nostalgie et joie de vivre.Un album bonbon.Marie Fradette PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les trois œuvres réunies sont des variations sur la transmission. «Q u\u2019est-ce donc que le temps ?s \u2019 i n t e r r o g e Sa in t -Augus t in dans ses Confessions.Quand personne ne me le demande, je le sais ; dès qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019expliquer, je ne le sais plus.» C\u2019est un peu la même chose, on dirait, qui m\u2019arrive à l\u2019heure de partager ma lecture du premier livre de Simon Brousseau.Avalés l\u2019un à la suite de l\u2019autre, comme un bloc, ces dizaines de fragments d\u2019humanité, reflets de la multitude réelle, virtuelle ou simplement potentielle qui grouille, palpite, nous entoure à chacune des secondes de notre vie, semblaient faire sens.Mais a posteriori, le recueil apparaît plutôt volatil.À la manière des Microfic- tions de Régis Jauffret ou des récits de David Leblanc (La descente du singe ou Mon nom est personne), Synapses est une petite collection d\u2019instants, de fulgurances, de prises de conscience ciselées qui se muent parfois en épiphanies.À tu et à toi avec ses protagonistes \u2014 mais pas avec le lecteur, comme Calvino \u2014, l\u2019auteur a fait d\u2019un bout à l\u2019autre le choix d\u2019une narration à la deuxième personne du singulier.Un procédé qui accentue le sentiment d\u2019étrangeté, favorise l\u2019expérience immersive et prend peut-être aussi par fois, qui sait, la forme d\u2019une habile autobiographie masquée.Le narrateur omniscient s\u2019adresse tour à tour à un homme ou à une femme, à un vieillard ou à un enfant, à tous ceux qu\u2019ils étaient, pourraient être ou ne seront jamais.S\u2019il est plutôt rare, le procédé narratif a de mémoire quelques précédents remarquables, comme Un homme qui dort de Georges Perec et Si par une nuit d\u2019hiver un voyageur d\u2019Italo Calvino.Simon Brousseau, né en 1985 et qui enseigne au- jourd\u2019hui la littérature au collégial, y montre une prédilection pour les états seconds, les situations révélatrices de nouvelles façons d\u2019envisager le monde.Le mot « synapse », il est vrai, désigne en gros la zone de contact entre deux neurones ou entre un neurone et des cellules musculaires ou sensorielles.L\u2019idée de transformation et celle de multitude s\u2019imposent tout de suite.Au cours d\u2019une manifestation, couvert par la foule, un h o m m e l a n c e u n e grosse roche dans la vitrine d\u2019une banque, découvrant avec un frisson de terreur une nouvelle source de plaisir.Plus loin, quelqu\u2019un réalise que les soldes l\u2019excitent ou soigne ses crises psychotiques avec «de l\u2019alcool, des drogues et des somnifères de moins en moins ef ficaces », tandis qu\u2019un junkie qui quête toute la journée au coin de Sainte-Cathe- rine et Saint-Denis est obsédé par sa dose quotidienne de paradis artificiel.Par fois, l \u2019 instant décisif s\u2019accompagne de fulgurances ou d\u2019un puissant sentiment de perte, comme ici : « Il t\u2019arrive de t\u2019étendre sur ton divan et de penser à la fin du monde comme si el le était imminente.» Par fois encore, le bonheur est étroitement lié à l\u2019expérience de la solitude.« Tu as beau passer des heures couché sur le dos à observer les nuages en humant l\u2019odeur de l\u2019herbe fraîchement tondue par le voisin, tu n\u2019arrives plus à y voir le moindre animal fantastique ni même un simple mouton, comme si ton cerveau s\u2019était flétri jusqu\u2019à désapprendre ces jeux d\u2019invention qui ont pour tant été la substance de ta jeunesse.» Un homme refait en pensée le parcours qui l\u2019a mené à rejoindre la chorale gospel de l\u2019église de son quar tier, avant de s\u2019y faire baptiser, à sa plus grande surprise.Un autre, déçu de découvrir que le nom soi -disant original qu\u2019il avait donné à son chat (Kinski, en hommage à l\u2019acteur allemand) était en réalité partagé par des quantités d\u2019autres animaux de compagnie un peu partout à travers le monde, réalise tout à coup que le « sentiment d \u2019être unique repose non seulement sur l \u2019ignorance, mais aussi sur l\u2019illusion que l\u2019originalité existe, comme s\u2019il était possible d\u2019inventer des idées nouvelles, alors que ce sont elles qui nous inventent ».On pourrait aussi évoquer un chien saucisse intoxiqué au cannabis, une recette de pâté mexicain ou une séance rageuse avec un logiciel de conversation.Mais dif ficile, sans rester flou, de faire la synthèse de ces 225 « fictions» hétéroclites qui mélangent l\u2019humour et la gravité.Elles sont autant de manières d\u2019être un autre tout en restant celui qu\u2019on croit être.Un recueil sensible et intelligent.Mais surtout, somme toute, assez prometteur.SYNAPSES Simon Brousseau Le cheval d\u2019août Montréal, 2016, 122 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 3 Albin Michel LE PLUS INTELLIGENT DES BEST-SELLERS P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 1/3 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 2/3 Vi Kim Thúy/Libre Expression 3/9 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/8 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 5/8 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 6/7 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas-fonds.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 7/3 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan 8/4 Père et mère tu honoreras Jean-Pierre Charland/Hurtubise 9/8 Hôtel King Azul Martine Turenne/Guy Saint-Jean 10/2 Romans étrangers Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel \u2013/1 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud \u2013/1 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 1/11 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 2/4 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy \u2013/1 La carrière du mal Robert Galbraith/Grasset 5/4 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 3/17 Sans nouvelles de toi Joy Fielding/Michel Lafon 4/5 La rumeur Elin Hilderbrand/Lattès 6/2 Avenue des mystères John Irving/Seuil 8/2 Essais québécois Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 1/9 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 6/34 L\u2019affaire Turcotte Catherine Dubé/Rogers 9/9 Le point sur la langue Louis Cornellier/VLB 4/3 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 3/5 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété 2/8 Mon combat pour sauver Raïf Badawi Ensaf Haidar/Archipel 7/2 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 8/4 Dans l\u2019intimité du pouvoir Dominique Lebel/Boréal \u2013/1 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/20 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 3/2 Antispéciste.Réconcilier l\u2019humain, l\u2019animal.Aymeric Caron/Don Quichotte 10/4 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 4/16 La sagesse de l\u2019argent Pascal Bruckner/Grasset 2/2 Ces ondes qui nous entourent Martin Blank/Écosociété 9/2 L\u2019homme nu.La dictature invisible du numérique Marc Dugain | Christophe Labbé/Plon \u2013/1 Le plus et le moins Erri De Luca/Gallimard \u2013/1 Penser l\u2019islam Michel Onfray/Grasset 6/6 Un silence religieux.La gauche face au djihadisme Jean Birnbaum/Seuil \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 30 mai au 5 juin 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Fonds universitaires : \u2022 Littérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022 Pléiade Art québécois et international Livres d\u2019art et livres d\u2019artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 ESPACE LOCATIF DISPONIBLE L I B R A I R I E G A L E R I E À tu et à toi Simon Brousseau signe 225 courtes fictions ciselées et prometteuses avec Synapses CHRISTIAN DESMEULES LOIC VENANCE AGENCE FRANCE-PRESSE Un des personnages de Synapses, lors d\u2019une manifestation, lance une roche dans la vitrine d\u2019une banque, se découvrant ainsi une nouvelle source de plaisir.SERGE BROUSSEAU Simon Brousseau BANDE DESSINÉE LE RETOUR DE L\u2019IROQUOIS Louis Rémillard Éditions Trip Chelsea, 2016, 126 pages Voilà un nouveau «portage» dans les grandes préoccupations du bédéiste Louis Rémillard qui, depuis le très sensible Voyage en zone d\u2019exploitation (Les 400 coups) et le rustique Down on the Petawawa (Premières lignes), se questionne sur l\u2019apport du territoire dans la construction de l\u2019identité tout en posant un regard critique sur la sauvagerie des hommes qui s\u2019est ainsi emparée du caractère sauvage d\u2019un lieu.Avec ce troisième chapitre, l\u2019auteur retrouve son chemin sur la route de son patrimoine, en partant sur les traces de l\u2019Iroquois Tokhrahenehiaron qui, le 21 mai 1644, est parti de Trois-Rivières en canot, après un an de captivité chez les hommes de fer, pour tenter d\u2019établir la paix entre son peuple et les Français.Une anecdote historique?Un voyage surtout dans le rapport à l\u2019autre et dans la part qui nous est désormais commune sur un territoire qui, croit Rémillard, dit beaucoup lorsque l\u2019on prend la peine de l\u2019écouter.Fabien Deglise JEUNESSE LE CIRQUE AMBULANT Marie-Louise Gay et David Homel Boréal junior Montréal, 2016, 210 pages Dans cette quatrième aventure, Charlie et son frère Max sont entraînés par leurs intrépides parents voyageurs dans un périple hors du commun.Départ de Montréal, court arrêt à Padoue, après quoi ils filent vers la Croatie où les attend Fred, un ami de la famille.De là, ils découvrent une petite île au nom sans virgules, puis des villages de pêcheurs habités par des personnages colorés, comme ces vieilles femmes bavardes chargées de transporter leurs bagages dans des brouettes.Gay et Homel réussissent à nous faire découvrir le monde, mais de l\u2019intérieur, à travers les vieillards, l\u2019histoire d\u2019un village et la guerre qui a divisé la Croatie et la Serbie.La narration tenue par Charlie apporte une touche de naïveté à la découverte du nouveau monde, permet de saisir le drame à travers ses yeux neufs et ses oreilles attentives, de le comprendre sans se perdre dans le mélo.Si ce roman se savoure sans avoir lu les précédents, il faut dire que toute la série vaut le détour.Marie Fradette C H R I S T I A N D E S M E U L E S On les croise un peu partout, ils font sourire ou enrager, on les abandonne et on les recueille.On les mange aussi parfois.Mais que se pas- serait-il si le « meilleur ami de l\u2019homme » était doté, momentanément, de la conscience humaine et du langage ?C\u2019est ce que s\u2019est amusé à imaginer André Alexis avec Le langage de la meute, une fable philosophique cruelle et orwellienne (La ferme des animaux) qui a valu au Torontois le Scotia- bank Giller Prize en 2015.L\u2019intelligence est-elle la cause du bonheur ou du malheur de l\u2019humanité ?Pour mettre un terme « empirique » à leur débat dans une taverne de Toronto, Apollon et Her- mès, les deux fils oisifs de Zeus dans la cosmogonie grecque, décident de doter d\u2019une conscience humaine quinze chiens séjournant dans une clinique vétérinaire de la métropole canadienne.Selon Apollon, si on accordait l\u2019intelligence et le langage aux animaux, ils seraient encore plus malheureux que l\u2019être humain.Ils vont parier une année de servitude terrestre, Apollon remportant le pari si, à la fin de sa vie, une seule des bêtes choisies est heureuse.Si la plupart des chiens vont en profiter pour s\u2019évader et jouir de leur nouvelle liberté, certains d\u2019entre eux vont aussi s\u2019empresser de retourner chez leurs maîtres.Des changements radicaux vont s\u2019opérer : l\u2019un va mourir « amer et désabusé », tandis qu\u2019une autre, qui avait toujours été plutôt nerveuse, va voir son cas aggravé par le don de l\u2019intelligence humaine.Pire encore, un autre chien ne pouvait plus désormais s\u2019adonner à ses plaisirs habituels, « renifler un anus, fourrer son nez sur le sexe d\u2019un ami, monter les chiens soumis », sans éprouver une gêne paralysante.Autrement, les lecteurs \u2014 et les dieux \u2014 vont surtout assister à un déchaînement de violence et de domination.La meute va se scinder assez vite entre les chiens qui prônent le retour aux «mœurs anciennes» et les progressistes, prêts à s\u2019adapter et à tirer profit de leurs nouveaux dons, entraînant une multitude de péripéties et mêlant le drame, l\u2019humour et la fantaisie.Et le bonheur dans tout ça ?Sans surprise, l\u2019intelligence et le langage seront des outils pour trahir, manipuler, survivre ou s\u2019enrichir.Mais aussi pour créer, comme l\u2019a fait Prince, un bâtard qui s\u2019est spontanément adonné à la poésie, sensible à la beauté et ou- ver t aux questionnements existentiels.« Quelque part, à l\u2019intérieur de quelque autre être, son langage magnifique existait sous la forme d\u2019une possibilité, peut-être d\u2019une semence.Il allait refleurir.Il en était certain, et cette certitude était merveilleuse.» Collaborateur Le Devoir LE LANGAGE DE LA MEUTE André Alexis Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Michel Saint-Germain Québec Amérique Montréal, 2016, 240 pages M A R I E F R A D E T T E Sarah-Maude Beauchesne, nouvelle coqueluche des lectrices adolescentes, signe avec Lèche-vitrines le deuxième titre de sa populaire série mettant en vedette Bille Fay.Après avoir vécu une première peine d\u2019amour, la jeune fille de 18 ans déménage à Montréal, découvre la ville et tente d\u2019éviter les garçons aux cheveux blonds.Si ce roman a l\u2019apparence de ces séries roses dans lesquelles on s\u2019entête à perpétuer les mêmes modèles typés, Beauchesne s\u2019écar te de ces poncifs en nuançant le portrait de l\u2019héroïne et en l\u2019inscrivant dans un réel palpable et crédible.La souplesse de l\u2019écriture, la cadence du style, le mélange bien dosé entre dialogues, échanges de courriels et narration nous portent sans effort jusqu\u2019à la fin.D\u2019ailleurs, le premier titre de la série, Cœur de slush, sera por té à l\u2019écran sous peu.Avec La belle rouge, Anne Loyer nous convie à un tout autre univers, celui de Kader qui, depuis l\u2019âge de sept ans, erre de familles d\u2019accueil en centres pour jeunes délinquants.À 16 ans, la tête pleine de rage et de souffrance, il décide de fuir le centre qui l\u2019héberge, révolté par ce qui l\u2019entoure, fatigué d\u2019entendre toujours les mêmes recommandations de son travailleur social.Sa course s\u2019arrête devant un camion rouge, stationné, dans lequel il espère se reposer un moment.Une rencontre improbable a lieu entre ce rebelle et Marje, une routière marginale.Tout en roulant sur les routes de France, les deux personnages s\u2019ouvrent peu à peu, brisent la coquille qui les maintenait dans le silence, découvrent cet Autre qui leur ressemble étrangement.La plume sensible de Loyer nous happe.Sa force d\u2019évocation est remarquable ; elle par vient à rendre l\u2019émotion enfouie au creux de ses personnages, la faisant vivre avec authenticité et naturel.Loyer a l\u2019art de mettre en scène des adolescents écorchés, différents et bouleversés par la vie, avec un réalisme troublant.Une lecture saisissante.Pour Gabrielle, la vie est bien dif férente de celle de Kader.Ayant tout juste terminé le secondaire, elle a envie d\u2019aventure.Elle travaille alors tout l\u2019été puis par t rejoindre son amie d\u2019enfance en Australie.Pendant un an, elle apprend à connaître Sydney, le désert et la mer, la faune, la flore.Elle s\u2019initie au sur f et, sur tout, découvre l\u2019amour dans les bras de Francis.Avec Gabrielle au bout du monde, Édith Bourget remet en scène des personnages décou- ver ts dans ses recueils de poèmes \u2014 Autour de Gabrielle et Les saisons d\u2019Henri \u2014, mais ils ont maintenant grandi.L\u2019écriture naturelle de Bourget mais aussi son expérience \u2014 son voyage en Australie lui a inspiré ce roman \u2014 permettent au lecteur de sentir réellement l\u2019effet qu\u2019a la nouveauté sur l\u2019héroïne, la fébrilité des voyages, l\u2019excitation devant la nouveauté.Si la débrouillardise de la jeune fille est parfois étonnante, la trame est bien menée et le style de Bourget, délesté ici d\u2019envolées poétiques, est prenant.Enfin, autre temps, autre monde, avec Le journal du corsaire, Jonathan Gaudet explore l\u2019univers de Jean Lafitte, célèbre corsaire réputé et craint dans La Nouvelle-Or- léans du XIXe siècle.Ce personnage historique sert en fait de point de départ à une véritable chasse au trésor menant les personnages à retrouver un coffre légué de génération en génération depuis l\u2019époque du fameux pirate.Ainsi, on se retrouve avec Antoine, orphelin, qui fait la rencontre de Jules et Sarah, avec qui il va reconstituer le fil de sa vie et découvrir sa généalogie.Le phrasé ample, le style accompli de l\u2019auteur et le rythme du récit font indéniablement la force de ce roman.Le chassé- croisé entre les époques participe par ailleurs du suspens vécu.Et si quelques situations semblent tirées par les cheveux \u2014 on se croirait parfois dans un (mauvais) film américain \u2014, l\u2019essentiel du récit fonctionne très bien.Collaboratrice Le Devoir LÈCHE-VITRINES Sarah-Maude Beauchesne Hurtubise Montréal, 2016, 240 pages LA BELLE ROUGE Anne Loyer Alice Bruxelles, 2015, 136 pages GABRIELLE AU BOUT DU MONDE Édith Bourget Soulières Montréal, 2016, 160 pages JONATHAN GAUDET Le journal du corsaire Hurtubise Montréal, 2016, 194 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 4 Dans cette toute première biographie à explorer la vie du plus grand éditeur américain, Scott Berg nous entraîne dans les coulisses de la création littéraire et des relations entre Perkins et les plus grands écrivains du xxe siècle ; parmi eux, Francis Scott Fitzgerals, Ernest Hémingway, Thomas Wolfe.Mais on le découvre aussi dans son intimité, à travers un mariage orageux, des excentricités attachantes, une liaison secrète.Une plongée inédite dans l\u2019âge d\u2019or de l\u2019édition et dans l\u2019univers d\u2019un esprit libre.UNE BIOGRAPHIE COURONNÉE PAR LE NATIONAL BOOK AWARD.UN AUTEUR LAURÉAT DU PRIX PULITZER.O?erts aussi en format numérique en librairie maintenant PLAMONDON l e q ua r ta n i e r ARSENAULT pendant un mois, Mathieu Arsenault a fait la tournée des bars et pubs de Chicoutimi et de Jonquière.Assis au comptoir, il a consigné sur son téléphone les moments et les petits évé- nements du nightlife saguenéen, croquant sur le vif chasseurs et shooter girls, karaoké et sambuca ?ambée \u2013 le spectacle d\u2019un réel ordinaire étonnamment riche en images.Le guide des bars et pubs de Saguenay, ce sont les poèmes écrits au long de ces soirées et, placé en regard, un essai dans lequel l\u2019auteur revient sur cette expérience et où se dé?nit, par le recours à la notion de téléphone-carnet, une pratique de poésie directe.LA CHANDELLE t\u2019as-tu tué moi j\u2019ai pas tué mais l\u2019année passée j\u2019ai tué tue, tue pas, l\u2019important c\u2019est d\u2019avoir du fonne la serveuse me trouverait mieux à ma place au sous-bois ou au bar à pitons mais m\u2019invite tout de même vendredi soir aux shows érotiques de l\u2019illusion sur saint-paul c\u2019est du monde de québec sont bin bonnes la trilogie 1984 raconte le périple de Gabriel Rivages, protagoniste aux cent métiers lancé sur les traces de trois ?gures américaines du vingtième siècle.Hongrie-Hollywood Express met en scène Johnny Weissmuller, nageur olympique plusieurs fois médaillé d\u2019or et premier Tarzan du cinéma parlant; Mayonnaise mêle le destin de Rivages à celui de l\u2019écrivain culte Richard Brautigan, le dernier des beatniks; et Pomme S porte sur Steve Jobs, la révolution informatique et les ?liations secrètes entre les idées, les machines et les êtres.Cette édition en un seul volume de 1984 permet d\u2019éprouver l\u2019amplitude et la cohérence de cette aventure romanesque, sa liberté formelle, et donne toute sa résonance à la voix désormais reconnaissable d\u2019Éric Plamondon.Lecteur de Brautigan et de Melville, il est dans 1984 le romancier d\u2019un monde en transformation dans lequel le Québec, le Vieux Continent, la côte Ouest et plus largement les États-Unis orchestrent un fonds d\u2019histoires où s\u2019interconnectent sport et immigration, underground et culture populaire, cinéma et littérature, savoirs et technologie.LITTÉRATURE CANADIENNE Chienne de vie Le langage de la meute d\u2019André Alexis est une fable philosophique cruelle et orwellienne De Montréal à Sydney en passant par la France et La Nou- velle-Orléans, les personnages adolescents explorent le monde et le font découvrir aux lecteurs.Voici quelques romans jeunesse pour s\u2019évader.LECTURES ADOLESCENTES Les voyages forment la jeunesse Des romans pour la route, de Montréal à Sydney en passant par la France et La Nouvelle-Orléans JACQUES NADEAU LE DEVOIR Que feraient les chiens s\u2019ils obtenaient l\u2019intelligence ?C\u2019est ce qu\u2019explore André Alexis dans ce livre.La langue humaine préférée de Majnun, c\u2019était l\u2019anglais.Cela ne faisait aucun doute.Pas tellement parce qu\u2019il s\u2019était familiarisé avec elle en premier.De toutes les langues dont il avait fait l\u2019expérience, c\u2019était celle qui convenait le mieux aux chiens.Extrait du Langage de la meute « » JACQUES NADEAU LE DEVOIR Sarah-Maude Beauchesne retrouve son héroïne Billie Fay. D A N I E L L E L A U R I N L e corps.Celui des femmes, celui des hommes.Celui des écrivains, des écri- vaines.C\u2019est sous ce thème que Nancy Huston a rassemblé, dans Carnets de l\u2019incarnation , ses textes, conférences, chroniques, préfaces de livre, extraits de journaux intimes, couvrant une période d\u2019une dizaine d\u2019années jusqu\u2019à 2015.À quelques semaines d\u2019intervalle, l\u2019écrivaine de 62 ans, Prix Femina 2006 pour Lignes de faille (Actes Sud), publie aussi un roman hallucinant, Le club des miracles relatifs, où les corps sont malmenés, tor tu- rés, violés, tués.Mais là n\u2019est pas la seule résonance entre les deux ouvrages.Carnets de l\u2019incarnation reprend des sujets chers à l\u2019essayiste et romancière.Prostitution, pornographie, maternité, féminité versus masculinité, identité, enfance\u2026 Il est question de tout cela aussi dans Le club des miracles relatifs.Et, dans les deux cas, de guerre, de terrorisme.Mais ce qui frappe surtout, c\u2019est la déshumanisation, abordée de front dans le roman et dans le recueil.C\u2019est là où ça se recoupe sans doute le plus.Là, et dans cette idée sous-jacente que la bête est en nous, que nous sommes tous capables du pire.L\u2019écrivaine d\u2019origine alber- taine, qui a adopté la France il y a des lustres, va jusqu\u2019à affirmer dans un texte écrit peu après les attentats contre Charlie Hebdo en janvier 2015 qu\u2019en tant que romancière, elle peut très bien imaginer ce qui suit : «[\u2026] si j\u2019étais un jeune garçon de la banlieue nord ne voyant réellement aucune autre manière d\u2019exister, je pourrais basculer dans l\u2019extrême».Mais d\u2019autres textes du recueil abordent d\u2019un point de vue différent la question de la déshumanisation.De la bête tapie au fond de soi.Ou, dit autrement, de la dissociation présente en chacun de nous.Qui permet à la fois la beauté et l\u2019horreur.De l\u2019ange au démon On connaît l\u2019admiration et l\u2019af fection de Nancy Huston pour l\u2019écrivain Romain Gary, à qui elle a consacré un ouvrage il y a une vingtaine d\u2019années.S\u2019il est question aussi dans Carnets de l\u2019incarnation d\u2019Annie Leclerc, de Nelly Arcan, d\u2019Anaïs Nin, de Simone de Beauvoir, d\u2019autres écrivains encore et plusieurs artistes, l\u2019auteur des Racines du ciel (Gallimard) n\u2019a pas fini de l\u2019habiter.Elle y revient entre autres dans une conférence jusqu\u2019ici inédite prononcée à Vancouver en 2007.En exergue, cette citation de Gary : «La dichotomie, la schizophrénie \u2014 disons le mot \u2014 est l\u2019état physiologique normal de notre cerveau.» Nancy Huston cherche à comprendre dans ce texte pourquoi l\u2019écrivain aux identités multiples s\u2019est suicidé, lui dont les derniers mots publiés de son vivant sont les suivants : «Il faut que l\u2019humain et l\u2019inhumain rompent enfin leur couple infernal.» Chemin faisant, la conférencière s\u2019interroge sur la manière dont l\u2019inhumain fait partie de l\u2019humain.Elle en arrive à parler de dissociation.« La dissociation, c\u2019est cette capacité proprement humaine de n\u2019être pas là où on est.De faire fi du réel.» Deux côtés à la médaille, dit-elle.Autant la dissociation permet à l\u2019imaginaire, au rêve, à la création artistique de prendre leur envol, autant elle peut engendrer l\u2019horreur.Autrement dit : « Ce qui fait éclore le meilleur de l\u2019homme est aussi ce qui permet le pire.» Exemples à l\u2019appui, elle pose sur notre monde qui rend possible à la fois Shakespeare et Hitler, ce monde assoiffé de progrès qui n\u2019hésite pas à commettre les pires atrocités en son nom, un regard effaré.Et elle conclut : «Tel est le statut de notre espèce dans l\u2019univers, flottant et alternant entre l\u2019ange et la bête.» S\u2019adapter ou disparaître Un héros dissocié de lui- même, qui tente de survivre dans un monde déshumanisé gouverné par « la cruauté illimitée de la cupidité humaine» : c\u2019est ce que met en scène la romancière dans Le club des miracles relatifs.Dès les premières pages, on se demande sur quelle planète on est tombé.S\u2019agit-il de science-fiction, d\u2019anticipation ?Des expressions qui ressemblent à une novlangue, des pancar tes qui reproduisent des slogans abrutissants : on se croirait presque dans 1984 d\u2019Orwell (Folio).On est dans un lieu imaginaire.Dans une province appelée Terrebrute.Où des chômeurs de par tout accourent pour tenter de sortir de la pauvreté.Où des compagnies défigurent le paysage et massacrent la terre pour en extraire la «noire semence sacrée» appelée ici ironiquement ambroisie.De là à faire le rapprochement avec l\u2019Alberta et son exploitation des gisements de sables bitumineux, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Dans une entrevue récente, Nancy Huston, qui s\u2019est rendue dans sa province natale il y a quelques années constater les dégâts engendrés par l\u2019exploitation pétrolière, disait à propos du Club des miracles relatifs : « Ce que raconte mon roman est terrifiant, mais à peine fictif.» La destruction de la planète par l \u2019 industrie pétrolière.C\u2019est bien ce qui figure à l \u2019avant-plan de ce roman étrange, ambitieux, déstabilisant, dur, noir, violent, qui montre aussi les conditions inhumaines des travailleurs parqués dans des camps de travail sur « ces terres de désolation ».Et les ravages sur leur santé.Tout cela dans un milieu où sont omniprésents la drogue, l\u2019alcool, la prostitution.Sans oublier le viol.C\u2019est dans ce monde-là, un monde « post-humain », où il faut soit s\u2019adapter, soit disparaître, que débarque le héros, Va- rian, à la recherche de son père disparu.Jeune homme frêle, surdoué, asocial et puceau, fragile depuis l\u2019enfance, il sera confronté à la monstruosité de cette réalité irréelle, en même temps qu\u2019à sa propre monstruosité.Comment de- vient-on tueur en série ?Ça pourrait être une autre question soulevée dans le roman.L\u2019histoire se termine abruptement, sans que tous les fils soient rattachés.Sans qu\u2019on sache ce qu\u2019il adviendra de Varian, emprisonné, torturé, dès le début du roman.Non pas pour avoir tué des femmes, mais parce qu\u2019accusé de faire par tie d\u2019un groupe environnementaliste qualifié de terroriste.Seule petite porte de sortie au milieu de cet enfer : le club des miracles relatifs.Où la littérature et la poésie sont mises en avant, sources de réconfort et de beauté.Mais est- ce vraiment suffisant ?CARNETS DE L\u2019INCARNATION TEXTES CHOISIS 2002-2015 LE CLUB DES MIRACLES RELATIFS Nancy Huston Leméac/Actes Sud Montréal/Arles, 2016, 312 et 304 pages L\u2019inhumain au cœur de l\u2019humain L\u2019écrivaine Nancy Huston, en essai et en fiction, devant la réalité irréelle L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 5 Catherine POULAIN « Elle signe un premier roman haletant, décapant, héroïque.» Guylaine Massoutre, Le Devoir « L\u2019héritière sauvage de Conrad et Melville.» Jérôme Garcin, L\u2019Obs « Un premier roman d\u2019une beauté fulgurante.» Marguerite Baux, Elle 384 pages 27,95 $ PEDRO RUIZ LE DEVOIR Nancy Huston est née en Alberta.Parisienne depuis les années 1970, elle était de passage dans la métropole québécoise ce printemps.Dans toutes les sociétés y compris la nôtre, tout se passe comme si les femmes étaient un peu plus corps que les hommes Extrait des Carnets de l\u2019incarnation « » F A B I E N D E G L I S E L\u2019 anecdote donne un peu envie de glousser.À l\u2019origine, la bédéiste Stéphanie Leduc souhaitait faire imprimer sa der nière bande dessinée, Dryade (Erotic Fantasy), au Manitoba, mais l\u2019imprimeur a refusé de le faire, jugeant que l\u2019œuvre à reproduire heurtait un peu trop ses convictions religieuses.Sous la couverture pourtant, l\u2019immoralité n\u2019est pas très criarde.Le récit fantastique met en scène des mutants forcés de succomber au plaisir de la chair pour survivre.Les courbes sont réalistes, oui, mais t racent sur tout les contours d\u2019un univers graphique proche des bédés de science-fiction pour adoles- c e n t s , d a n s u n t o u t q u i cherche à poser les jalons d\u2019une bande dessinée érotique tit i l lée au Québec et dont l\u2019émergence reste encore et toujours timide.«Ce n\u2019est pas un genre naturel ici », résume, assise à la terrasse d\u2019un café, dans un quartier montréalais excentré, l\u2019au- teure atypique qui travaille actuellement au troisième chapitre de sa série pour enfants Titi Krapouti & Cie (Glénat) tout en pensant au scénario érotique du tome II de Dryade.« Je n\u2019ai jamais trouvé d\u2019éditeur pour cette série que j\u2019ai publiée à compte d\u2019auteur après une campagne de sociofinancement qui s\u2019est jouée sur le site belge Sandawe.» Ce sont 219 prélec- teurs qui ont répondu à l\u2019appel.Un imprimeur de Montréal a accepté de se mouiller pour donner corps à cette incursion dans un érotisme fantastique, dont le milieu du livre s\u2019accommode avec des réactions parfois troublantes.«Dans certaines librairies, le bouquin est présenté dans une vitrine fermée à clef, dit Stéphanie Leduc, qui a décidé d\u2019investir le genre après l\u2019avoir découvert à l\u2019air libre dans des librairies de livres d\u2019occasion aux Pays-Bas, il y a quelques années.Cela crée une distance avec l\u2019objet, et cherche sans doute à induire une cer taine culpabilité chez le lecteur», dans cette pure tradition puritaine un tantinet anglo-saxonne.Cachez tout cela ! «Sommes-nous plus prudes?» se demande l\u2019éditeur Luc Bossé, chez qui Zviane a publié en 2013 Les deuxièmes (Pow Pow), romance impossible qui vire au sexe sur fond de musique classique dans ses dernières pages.« Les ouvrages érotiques sous verrou dans les librairies peuvent le laisser croire, en ef fet, alors qu\u2019au festival d\u2019Angoulême [en France], ce genre est directement posé sur des tables à la portée de tous.» Paradoxalement, c\u2019est le cas aussi dans les festivals de bande dessinée au Québec, et même en Ontario, que Stéphanie Leduc fréquente et où elle voit désormais un peu plus les esprits s\u2019ouvrir et les choses changer devant ce genre dans la marge qui n\u2019est toutefois pas condamné à le rester.« Le succès du roman Fifty Shades of Grey [avec sa sexualité divergente glamou- risée] a légitimé, a rendu plus acceptable l\u2019érotisme dans la culture populaire, dit la bé- déiste sans avoir peur d\u2019inscrire son Dryade dans la foulée de l\u2019œuvre d\u2019E.L.James.Les gens n\u2019ont plus peur, se sentent moins coupables en parcourant ce genre dans des librairies.».Des rayons au musée Signe des temps en mutation, le personnage principal, avec son postérieur joufflu, va faire son entrée la semaine prochaine au Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières, à la por te de l\u2019exposition BDQ : l\u2019ar t de la bande dessinée québécoise, qui explore le processus créatif de 23 bédéistes d\u2019ici.Stéphanie Leduc en fait partie avec son Titi Krapouti et Dryade.« On m\u2019a fait ajouter une feuille sur les fesses toutefois, parce que c\u2019est un espace familial » , avoue-t-elle.N\u2019empêche, la bédé érotique gagnerait selon elle à trouver ses marques encore plus qu\u2019aujourd\u2019hui, particulièrement dans une époque où l\u2019accès à la pornographie est facilité par les voix numériques.« Les récits érotiques mettent de l\u2019élégance, de la poésie, mais aussi du mystère et de la romance dans des histoires d\u2019attraction et de rapprochement que la pornographie a fait disparaître » dans sa quête d\u2019hyperpragmatisme, résume la bédéiste.« Au Québec, on découvre que la bande dessinée n\u2019est pas uniquement pour les enfants », dit Luc Bossé.Depuis 15 ans, un corpus pour adultes a fait son apparition, avec désormais dans sa marge, par effet d\u2019osmose, une bédé érotique, pas très présente, mais forcément là pour de bon, croit-il.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 6 Des fesses et des cases L\u2019érotisme est un genre qui émerge dans la bédé québécoise JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019auteure Stéphanie Leduc, derrière la bande dessinée Dryade, estime que la bédé érotique gagnerait à trouver ses marques encore plus au Québec.françaises de l\u2019Université McGill Pascal Brissette.« Le bar et le café, c\u2019est un lieu de consommation et de dépense, c\u2019est là où on perd son argent et où on dilapide ses idées en les lançant plutôt que de les mettre dans un ouvrage», note-t-il.Autrement dit : au bar, on se remplit et on se vide.Le professeur évoque par exemple le Groupe des Six Éponges, demi-douzaine de jeunes fêtards qui, entre 1890 et 1895, se réunit au café Ayotte pour enfiler les verres de bière blonde.Ils tireront de leurs séances d\u2019hydratation des textes parus dans Le Monde illustré et Le Samedi.Sur le terrain, en première ligne, le barman au mythique Quai des Br umes et poète Jean-Philippe Tremblay (Carnavals divers, L\u2019Écrou) assure que cet imaginaire exerce toujours son emprise sur une partie de la clientèle.«Oui, oui, il y a encore des gens qui viennent avec des calepins.» Cueille-t-il parfois la matière première de ses textes, entre les corps morts, sur son zinc en forme de u ?« Le bar, c\u2019est inspirant.J\u2019ai des clients qui me racontent leur vie en trois secondes.Je vois des choses très surréalistes, complètement absurdes.Au Quai, il peut y avoir des gens sur le gros party qui vivent le meilleur moment de leur vie et, juste à côté, des gens tristes qui traversent le pire moment de leur vie.C\u2019est un concentré du meilleur comme du pire.» La grosse bière à l\u2019assaut des préjugés Il y a quelques années, Roxanne Bouchard mettait pour la première fois le pied Chez Philippe, « la taverne de Joliette, une \u201ctaverne taverne\u201d, là, insiste-t-elle, avec un décor un peu triste et glauque».Elle y passera l\u2019après-midi à sublimer les laconiques confidences des hommes qui hantent l\u2019endroit en lettres destinées aux femmes de leur vie, comme le veut la mission du collectif Les Donneurs, qui dépêchent des écrivains au cœur d\u2019endroits où la littérature ne fleurit pas d\u2019elle-même.« C\u2019est facile d\u2019être ouvert à quelqu\u2019un qui est de ta classe sociale, ou à quelqu\u2019un qui est attirant », obser ve la romancière, qui consacre un texte à cette singulière expérience dans le recueil Comme la fois où (VLB, 2015).«C\u2019est aussi facile d\u2019être ouver t quand ceux vers qui on va font pitié.Ce qui est réellement dif ficile, c\u2019est d\u2019être ouvert quand l\u2019autre incarne ton préjugé.L\u2019homme de taverne, moi, j\u2019avais des préjugés à son sujet, alors j\u2019ai essayé d\u2019établir un vrai contact, tout en assumant que je suis une petite madame qui n\u2019avait pas d\u2019af faire là.J\u2019ai découvert des sensibilités, des gens qui sont touchants et qui por tent des tristesses.» Moralité : le préjugé n\u2019attend par fois qu\u2019une grosse Mol pour se dissoudre.Collaborateur Le Devoir LE GUIDE DES BARS ET PUBS DE SAGUENAY Mathieu Arsenault Le Quartanier Montréal, 2016, 56 pages SUITE DE LA PAGE F 1 BAR JACQUES NADEAU LE DEVOIR De plus en plus de titres érotiques trouvent leurs lecteurs. C A T H E R I N E L A L O N D E O n a vu Fight Club, le film.On a lu, avec plaisir et en anglais dans le texte, l\u2019histoire de l\u2019étudiant en médecine ac- cro au sexe de Choke (Doubleday, 2001).C\u2019est donc avec curiosité qu\u2019on s\u2019est penchée sur la resucée par Chuck Palah- niuk de Cinquante nuances de Grey (E.L.James, Lattès), dans son récent Orgasme.Le récit suit les traces d\u2019un multimilliardaire hy- perpuissant obsédé par le plaisir féminin.Linus « Orgasmus » Maxwell (car on est, oui, à ce niveau de s u b t i l i t é \u2026 ) t r a n s - forme la jeune potiche, anorgasmique et forcément ordinaire Penny Har rigan en Cendrillon superstar testeuse de jouets sexuels hyperperfor- mants.« [\u2026] La plus grande réussite de Max, lit-on, résidait [\u2026] dans le fait d\u2019associer les deux plus grands plaisirs féminins : le shopping et le sexe.C\u2019était comme Sex and the City, sauf que les quatre filles n\u2019avaient plus besoin de ceintures Gucci ni d\u2019amants encombrants.Elles n\u2019avaient même plus besoin de siroter des cosmopolitans ni d\u2019avoir des discussions de filles.» Mais il y a anguille sous le dildo.Car certains joujoux lâcheront, une fois commercialisés, des nanorobots dans les vagins des femmes afin d\u2019en faire des zombies-consomma- trices répondant aux commandes du milliardaire, ou au mieux des êtres abandonnant toute vie publique afin de «mourir de plaisir » dans leurs chambres, entourés de leurs guédis Beautiful You.Le pouvoir du plaisir?Dans cette intrigue qui couvre large, Palahniuk ne semble pas savoir où se poser.Il oscille entre la satire et le pastiche \u2014 de la chick litt, de la mommy porn, du féminisme, de la dystopie, des contes d\u2019initiation \u2014 et multiplie les clins d\u2019œil (Le diable s\u2019habille en Prada, American Psycho).Il se moque durement de la femme contemporaine et de ses habitudes de consommation, mais laisse entendre que sa dystopie serait un juste retour des choses, puisque « depuis p lus ieurs décennies , c\u2019étaient principalement les jeunes hommes qui succombaient aux plaisirs dévastateurs de l\u2019excitation soutenue, séduits par les niveaux élevés d\u2019endorphines qu\u2019engendraient les jeux vidéo et les sites pornographiques».Il prône à la fois davantage de féminisme, tout en le fustigeant.Et si les personnages masculins ne sont pas beaucoup plus reluisants (Tad, le père de Penny, le vieil avocat), ils sont tous plus maîtres de leur destin que chaque femme qui traverse le livre.Pourtant, on se met à croire dans les premières pages, quand arrivent les personnages de la première présidente des États-Unis et de la grande actrice, deux ex d\u2019Orgasmus au parcours grandiose, que Palah- niuk plaidera pour le plaisir sexuel comme facteur d\u2019accomplissement des femmes.Loin de là : il retourne ces dames comme des gants, marionnettes impuissantes aux mains d\u2019Orgasmus, qui « connaissait leurs corps mieux qu\u2019elles- mêmes» et les fait mourir dans la honte et le ridicule encore associés au sexe.Orgasme est t roublant .D\u2019abord parce que le livre est en partie raté \u2014 la première partie est réellement stylisti- quement mal foutue \u2014 venant d\u2019un auteur qui a pourtant su faire.Ensuite parce qu\u2019il surfe sur des sujets qui mériteraient réflexion (sexe et pouvoir, relation entre le sexe et les émotions, sexe et genre) sans jamais y plonger.Aussi parce qu\u2019il n\u2019échappe pas, pensant être déjanté, au ridicule.Finalement parce que l\u2019auteur, s\u2019il nomme au passage le privilège invisible de l\u2019homme blanc américain dans sa société, semble aussitôt oublier qu\u2019il fait partie de cette caste.Il est alors impossible de le voir de là parler d\u2019orgasme féminin, qui plus est en ridiculisant tous les personnages féminins \u2014 même l\u2019héroïne, à la fin, n\u2019y échappe pas \u2014, sans qu\u2019on ait une juste envie de le gifler.C\u2019est de la goujaterie politique.Et littéraire.Le Devoir ORGASME Chuck Palahniuk Traduit de l\u2019anglais par Clément Baude Sonatine Paris, 2016, 266 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 7 Le retour du grand écrivain américain ! JOHN IRVING « Absolument formidable ! » René Homier-Roy, Ici Radio-Canada Première Culture club « Ce livre est un véritable chef-d\u2019œuvre.» François Busnel, La Grande Librairie © J a n e S o b e l 528 pages 34,95 $ «Un roman ambitieux, une épopée à l\u2019écriture dense et maîtrisée, à la fois large et intime, faite d\u2019action et de ?ne psychologie.Un tour de force qui nous fait traverser les époques et les frontières et n\u2019hésite pas à ?irter avec le fantastique.» \u2014 christian desmeules, Le Devoir «Daniel Grenier, avec les moyens de la ?ction, réussit à traiter de manière convaincante deux des questions les plus centrales qui se posent aux Américains et aux Québécois  : la condition des Noirs, plus actuelle que jamais aux États-Unis depuis quelques années avec entre autres les bavures policières qui s\u2019accumulent, et la situation coloniale des Amérindiens commune aux deux sociétés.» \u2014 jacques pelletier, À bâbord! «Roman historique et fantastique, L\u2019année la plus longue traverse avec enthousiasme les siècles et le territoire américain, du Tennessee à Sainte-Anne-des-Monts.Une œuvre solide et envoûtante.» \u2014 josée lapointe, La Presse PRIX LITTÉRAIRE DES COLLÉGIENS 2016 l e q ua r ta n i e r O?ert aussi en format numérique www.lequartanier.com G U Y L A I N E M A S S O U T R E Deux livres à feuilleter, dans un coffret, noir et rouge.Objets d\u2019amour gravés, puissances infernales du sexe, ils accrochent l\u2019œil, font deviner les gémissements.Voici du beau travail éditorial, trois ans de r echer ches iconogra - phiques.À l\u2019intérieur du boîtier, un trésor longtemps caché, une obsession partagée, et pour tant, des objets si communs : le corps en rut, les appâts dénudés, le désir provocant, les postures intimes au lit, au boudoir ou dans la nature.Du côté du texte, Scènes du plaisir.La gravure liber tine.Préliminaires, la signature est c e l l e d u s p é c i a l i s t e d u XVIIIe siècle Patrick Wald La- sowski.L\u2019universitaire, essayiste et romancier est familier des libertins, qu\u2019il a édités dans La Pléiade.Il connaît bien leurs habitudes, leurs désirs et leurs vices, leurs pensées et leurs fantasmes.Son livre en commente les gravures taboues, de la volupté de cour aux caricatures de la Révolution, en passant par les mœurs bourgeoises.Du côté de l\u2019image, on dessine, on se moque, on grimace, on saisit des poses, en ce siècle débordant de tempéraments virulents, de fantaisie et d\u2019impudeur.On pense à Casanova, à Sade, grands obsédés de la chose.Dans notre temps, on sait les audaces de la danse contemporaine, s\u2019emparant de la nudité.La licence libertine est folle, l\u2019art expose tout et interpelle le regard.L\u2019art de graver Païenne, scandaleuse, rococo, galante, civilisatrice, écœurante, la nudité antique triomphe au XVIIIe siècle, détournée dans les falbalas du spectacle libertin : « Enfouissement de la pudeur.Terreur de l\u2019interdit.La scène est repoussée dans les plis de la nuit, dans cet espace-temps qui compte pour rien au regard de la Loi.Il arrive que le désir de voir excite les amants.L\u2019animal sexuel se rêve musicien.Qui ne souhaiterai t que lques éc la irc i s se - ments ?» écrit Wald Lasowski, commentant habilement les planches.Les f igures gravées en taille-douce sont intrépides, mais aussi merveilleusement cr oquées , app l iquées en m i l l e d é t a i l s , l e n t e m e n t fixées dans le bois ni dur ni tendre qui permettra à l\u2019encre, sous la presse, de repro- du i r e e t d \u2019 impr imer ces feuilles d\u2019art qui circulent en dépit des châtiments.La gravure est un art placé sous l\u2019égide de Dürer, un maître absolu du genre jusqu\u2019à nos jours.Mais les siècles innovent dans les techniques, les graveurs perdant les ateliers et les mains disponibles au profit des imprimeurs, qui développent les techniques de reproduction et les supports permettant d\u2019irrésistibles diffusions.C\u2019est une vraie passion de l\u2019image qui commence.Des mœurs libérées, non sans risques de prison, et on sait comment on y croupit à mort, dans les geôles sordides \u2014 tout le monde n\u2019est pas Sade qui, enfermé, fera son œuvre extrême \u2014, on sent monter la tendresse, cette tendresse bordel de merde! du chorégraphe québécois Dave St-Pierre dans son ballet de nus urbains, qui saisit la curiosité et l\u2019exposition.Sainte terreur Wald Lasowski raconte, commente les formats, les transformations de la pensée et de l\u2019univers éditorial.Il expose aussi l\u2019intention sulfureuse de l\u2019érotisme liber tin, dans un contexte de révolution qui s\u2019installe.Quelque chose de pourri se dénonce, quelque chose de vrai s\u2019impose.C\u2019est d\u2019une grande richesse et d\u2019une grande variété, cette invention hors cadre et sans limites, cette littérature illustrée : « jamais gratuite : même fantaisiste et cocasse, elle est de fait engagée dans des combats d\u2018idées », résume Alain Viala, un autre historien de renom, dans sa somme essentielle (L\u2019âge classique et les Lumières, PUF, 2015).L\u2019outrage à l\u2019interdit est aussi fascinant que ce fascinus pompéien, si bien commenté par Pascal Qui- gnard, parce que cette chose du corps prend, à travers les âges, de multiples significations culturelles et cultuelles étranges.À signaler qu\u2019après La Terreur (le Cherche Midi, 2104), Wald Lasowski signe également un roman puisant dans les documents du XVIIe siècle, Les singes de Dieu.On est au moment des grandes prédications de haine et de violence religieuse, qui mènent tout droit aux horreurs de la guerre civile entre catholiques et protestants.Dans ce Paris politique fourmillant d\u2019exaltés, du haut des chaires d\u2019église comme sur le pavé des fanatiques furieux, le nom de Dieu préside à des car nages auxquels il faudra une autre révolution pour mettre, sinon un terme, du moins un encadrement légal.L\u2019écrivain nous engage à comprendre l\u2019histoire, à la méditer, à l\u2019aimer (im)pr u- demment, et, pour tout résumer, c\u2019est passionnant.Collaboratrice Le Devoir SCÈNES DU PLAISIR LA GRAVURE LIBERTINE Patrick Wald Lasowski Éditions Cercle d\u2019art Paris, 2016, un coffret de 2 volumes, 245 et 205 pages *L\u2019ouvrage n\u2019est pas distribué au Québec, mais il est disponible en commande spéciale auprès des libraires.LES SINGES DE DIEU Patrick Wald Lasowski Le Cherche Midi Paris, 2016, 161 pages GRAVURES La liberté libertine des images, au gré du temps Patrick Wald Lasowski met à nu les combats du regard et de l\u2019aveuglement ROMAN AMÉRICAIN Le triste orgasme de Palahniuk Quand l\u2019auteur de Fight Club se magasine une gifle pour goujaterie littéraire ÉDITIONS CERCLE D\u2019ART Une gravure tirée du coffret Scènes du plaisir de Patrick Wald Lasowski L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 8 628, CHEMIN DE LA CÔTE-SAINTE-CATHERINE, OUTREMONT Ouvert vendredi de 9h à 21h ainsi que samedi et dimanche de 9h à 17h PROFITEZ DES CONSEILS PERSONNALISÉS DE NOS EXPERTS SUR PLACE! Pour plus d\u2019information: 514 849-6201, poste 30300 VENTE DE PIANOS À L\u2019ÉCOLE DE MUSIQUE VINCENT-D\u2019INDY DU 17 AU 19 JUIN 2016 GRAND CHOIX DE PIANOS SUR PLACE \u2022 PIANOS DROITS ET PIANOS À QUEUE \u2022 SÉLECTION YAMAHA EXCLUSIVE Stationnement disponible 3 59999$ PIANOS NEUFS À PARTIR DE I S A B E L L E B O I S C L A I R L affont publie une édition anniversaire de la traduction française du Complexe d\u2019Icare d\u2019Erica Jong (la version originale, Fear of Flying, a paru aux États-Unis en 1973).« Un roman révolutionnaire devenu un classique sur le désir féminin», annonce la quatrième de couverture.Si l\u2019on peut aisément lui octroyer le titre de classique \u2014 vingt-sept millions d\u2019exemplaires vendus, traduit en quarante langues \u2014, Le complexe d\u2019Icare parle somme toute peu de désir féminin.Reste le caractère révolutionnaire.On comprend qu\u2019il ait pu l\u2019être à l\u2019époque et qu\u2019il a certainement contribué à l\u2019éveil féministe de nombreuses lectrices.La narratrice, Isadora Wing, jeune professeure ayant publié un recueil de poésie érotique, accompagne son mari Brian qui se rend à Vienne assister à un congrès de psychanalyse, dans le but d\u2019écrire un article sur l\u2019événement.Dans l\u2019avion qui la mène chez Freud, des dizaines de « jivaros » \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019elle surnomme les psys.Mariée depuis cinq ans, la passion déjà émoussée, Isadora fait part de son dépit de n\u2019avoir jamais connu une « baise sans ef feuillage » , c \u2019est -à -dire «exempte de tout sentiment de culpabilité », histoire « sans paroles » où « l\u2019homme ne prendrait pas plus que la femme ne donnerait», ce qui constituerait pour elle « la pureté absolue » en matière de sexualité.Dès son ar rivée sur place, elle fait la rencontre d\u2019Adrian Belamour (Goodlove dans l\u2019édition originale), psychanalyste anglais adepte de Laing.Son mari est freudien : tout les oppose.Brian est raisonnable, gentil, fidèle ; Adrian, nonchalant et libertin.Il la séduit.Elle vit une aventure avec son bel Anglais, mais bientôt la conférence s\u2019achève et elle doit faire un choix : rester avec son mari ou partir vivre la bohème avec son nouvel amant ?La jeune femme choisit le risque.S\u2019ensuit une épopée où, à bord de la Triumph d\u2019Adrian, le nouveau couple parcour t l\u2019Europe, vivant d\u2019amour et d\u2019eau fraîche (dans les faits : de sexe et d\u2019alcool).Et voilà qu\u2019à la fin du mois, Adrian annonce qu\u2019il doit rejoindre son ex- femme et ses enfants pour des vacances en famille.Isadora, qui les croyait liés l\u2019un à l \u2019 au t r e , découvr e qu\u2019Adrian ne connaît pas l \u2019engagement.Passer de la coupe d\u2019un homme à celle d\u2019un autre, fût-il le plus liber taire, ce n\u2019est pas vraiment de l\u2019émancipation, réa- lise-t-elle.En arrière-plan de ces tribulations, des réflexions sur tout ce que les femmes donnent aux hommes sans jamais vraiment recevoir la réciproque, jusqu\u2019à s\u2019oublier elles-mêmes.La leçon qu\u2019elle en tire : retourner avec son mari, soit, mais ne plus jamais s\u2019oublier.On cherchera en vain l\u2019érotisme.Certes, on peut conce- v o i r q u e l a n a r r a t i o n d e que lque fan tasme ou de quelques scènes de baise entre une femme mariée et un homme qui n\u2019est pas son époux ait pu, à l\u2019époque, sembler audacieux.Quarante ans plus tard, cette audace semble bien diluée, mais elle nous permet de mesurer une certaine évolution.Et on se réjouit que tout ça soit de l\u2019histoire ancienne.Femmes mariées, femmes subordonnées Ce que le roman rappelle, c\u2019est à quel point le statut des femmes a changé, surtout au sein du couple.À cette époque pas si lointaine, « femme mariée» signifiait «femme respectable» et assignait la porteuse du titre à résidence, tenue de mijoter des petits plats pour son mari.Mariée ou pas, sa place demeurait, dans tous les cas, à côté de son homme: éternelle accompagnatrice.Indirectement, le roman rappelle aussi l\u2019emprise qu\u2019avait la psychanalyse à cette époque.Et ceci n\u2019est peut-être pas étranger à cela\u2026 Au final, le roman por te moins sur une épopée érotique que sur l\u2019introspection d\u2019une jeune femme instruite qui cherche à concilier amour, sexe, et réalisation de soi \u2014 l\u2019écriture dans ce cas-ci.Et en cette matière, même s\u2019il y a eu d\u2019énormes avancées, la société que nous formons ne peut se targuer d\u2019en être totalement sortie : on en discute encore.Le roman a certes perdu de son insolence.Et si l\u2019on peut chipoter sur son caractère «actuel», il reste un bon roman de mœurs, voire une excellente satire sociale.À ranger dans les classiques féministes qui permettent de revisiter là d\u2019où l\u2019on vient, en même temps que de mesurer le chemin parcouru.La suite du Complexe d\u2019Icare a paru aux États-Unis en 2015 (Fear of Dying) ; sa traduction est annoncée pour 2017.Mais pour l\u2019érotisme, il faudra se tourner vers les romans suivants de Jong, dont le fameux Fanny ou la véridique histoire des aventures de Fanny Troussecottes-Jones (1980).Collaboratrice Le Devoir LE COMPLEXE D\u2019ICARE Érica Jong Préface de Henry Miller, traduit de l\u2019anglais par Georges Belmont Robert Laffont, coll.«Pavillons» Paris, 2016, 352 pages ROMAN AMÉRICAIN Isadora, son mari et son amant Réédité, Le Complexe d\u2019Icare a vu son insolence un peu émoussé S Y L V A I N C O R M I E R C hroniques de Renaud parues dans Charlie Hebdo (et celles qu\u2019on a oubliées), que ça s\u2019appelle en toute poésie : c\u2019est la totale intégralement complète des billets commis par le Sé- chan chéri pour le journal satirique dans les années 1990, rééditant du coup les deux florilèges d\u2019époque, Bille en tête (1994) et Envoyé spécial chez moi (1996), assortis d\u2019une quinzaine de textes alors demeurés en plan comme des ronds de flan, on se demande bien pourquoi.Le recueil débarque pile- poil, sur les talons des santiags de notre héros revenu, à nouveau publié ces derniers mois dans Charlie sous la bannière «Renaud jette l\u2019encre».À croire que c\u2019est exprès, sciemment concer té dans la loge de la concierge chez Actes Sud.On subodore le complot.Eh! C\u2019est qu\u2019on s\u2019en méfie, ces jours-ci, du Renaud, comme si ce n\u2019était pas assez d\u2019être fiché chanteur énervant.« J\u2019ai embrassé un flic», a-t-il osé chanter sur son nouvel album inespéré du printemps : dans l\u2019enthousiasme solidaire de la grande marche pour « ceux de Charlie», ému par les «regards bienveillants» des quelques milliers de policiers, le crime de lèse- anarchie a été perpétré.Un bisou.Hou! Renaud l\u2019amolli ! a-t- on conspué.Pas inintéressant, dans ce contexte, de comparer les plumes.Le Renaud pas-une- goutte-d\u2019alcool, le ressuscité des morts, a-t-il changé de ton en 2016?Plus acérées, plus intransigeantes, les chroniques de l\u2019autre siècle ?Dans « Y a d\u2019la joie », chronique « oubliée », avouons qu\u2019il y allait franco : «Pourquoi nous on ne casse jamais la tête à nos ennemis ?Pourquoi ces haineux, ces teigneux, ces tenants de l\u2019ordre et de la morale se permettent-ils cette violence que nous nous refusons d\u2019employer à leur encontre ?Parce qu\u2019ils ont Dieu avec eux?Penses-tu! Parce qu\u2019ils sont faibles.Un esprit faible (et sous un crâne rasé) ça donne souvent un tortionnaire.Je préfère nettement un esprit musclé dans un corps faible, ça donne un écrivain.» Le 16 mars dernier, le même Renaud relatait une sympathique visite du collège Henri- Matisse, avec sa terrasse transformée en «merveille de jardin bio au cœur de Paris », en notant au passage la plaque à la mémoire des enfants «nés juifs, dépor tés vers les camps de la mort, puis assassinés par les nazis avec la collaboration du régime de Vichy».Des plants de tomates qui poussent et la mémoire de tortionnaires : fût-il ravi de sa journée, Renaud a vu l\u2019ennemi d\u2019avant-hier comme s\u2019il était devant lui.Dans la chronique d\u2019après, «Des mots et des morts», à la suite des attentats à Bruxelles, il fustige les Belges «hooligans» qui « scandaient \u201cétrangers, dehors !\u201d et autres conneries d\u2019un autre temps ».Conséquent, le béco- teux d\u2019agent de la paix.Mais c\u2019est dans les tout petits sujets (qui disent les grandes choses, on le saura) que le Renaud du recueil et celui des nouvelles chroniques se font le plus naturellement risette.Scène de la vie de famille en janvier 1996 dans «Un petit coin de parapluie», où celui qui n\u2019aime pas les parapluies et « préfère être trempé sous la pluie qu\u2019humide sous une corolle de nylon» a fini par en acheter un pour abriter sa fille, s\u2019en est trouvé «heureux pendant au moins cinq minutes», jusqu\u2019à ce que sa femme lui « fasse remarquer qu\u2019il ne pleuvait plus».C\u2019est beaucoup le gaillard qui, vingt ans plus tard dans le Charlie survivant, énumère les animaux qu\u2019il aime avec des tas de commentaires à la fois marrants et tranchants, à commencer « par les cétacés, baleines, narvals, orques, cachalots et autres dauphins ou marsouins que les Japonais déciment en toute impunité pour leurs vertus prétendument aphrodisiaques (moi, perso, ils me font bander aussi, mais pas à manger, juste à les regarder vivre \u2014 ou survivre)».Sur le fond, sur la forme, on constate : Renaud n\u2019a pas changé, à part la santé retrouvée.Renaud a renoué avec Renaud, voilà tout.Ça vaut bien un bisou.Le Devoir CHRONIQUES DE RENAUD PARUES DANS CHARLIE HEBDO (ET CELLES QU\u2019ON A OUBLIÉES) Renaud Séchan Hélium/Actes Sud France, 2016, 352 pages Renaud rempile, on ressort la pile Il y a 20 ans dans Charlie Hebdo, les billets durs et doux du chanteur énervant L I S E G A U V I N René Depestre, l\u2019un des plus célèbres parmi les poètes et romanciers haïtiens contemporains, dont l\u2019œuvre s\u2019échelonne sur une cinquantaine d\u2019années, est établi en France depuis 1980 après s\u2019être exilé en Europe de l\u2019Est, en Amérique du Sud et à Cuba.Lui qui avoue volontiers avoir deux fers au feu, le créole et le français, vient de publier, à 89 ans, Popa Singer, un récit- témoignage sur les années du duvaliérisme, ces temps obscurs de l\u2019histoire d\u2019Haïti.Dans son Anthologie personnelle (Actes Sud, 1993), celui qui se dit un « nomade enraciné » déclare avoir dû à un certain moment faire le deuil des illusions de sa jeunesse.Parmi ses ouvrages les plus connus, mentionnons, en plus de ses nombreux recueils de poésie, les essais Bonjour et adieu à la négritude (Laffont), Le métier à métisser (Stock), ainsi que les romans Le mât de cocagne, Alléluia pour une femme jardin, Éros dans un train chinois et Hadriana dans tous mes rêves (tous chez Galli- mard), pour lequel il a reçu le prix Renaudot en 1988.En 1995, un film lui a été consacré, réalisé par Jean-Daniel La- fond, Haïti dans tous nos rêves.À l\u2019index Dans son dernier roman, un poète, Richard Denizan, revient au pays après des années d\u2019absence.Il y retrouve sa famille et sa mère, surnommée Popa Singer parce qu\u2019elle gagne sa vie grâce à une machine à coudre achetée d\u2019un commerçant allemand qui avait emprunté le nom d\u2019Hugo von Hofmannsthal.Avec la machine venait la présence d\u2019un loa doué de pouvoirs surnaturels.Le poète, ancien ami d\u2019enfance de Papa Doc, devient vite suspect aux yeux de celui-ci à cause de son a l légeance marxiste.Et plus encore parce qu\u2019il refuse un poste important que veut lui confier le dictateur.Duvalier avait tenté sans succès de le convaincre que son intégrisme était « la seule doctrine applicable aux malheurs de ce mini État-nation» et qu\u2019il était lui-même le représentant des «idées neuves et fortes des jeunes gens de 1946».Suit une série de péripéties aux allures de cauchemar.Le poète, d\u2019abord, reçoit la visite des tontons macoutes chargés d\u2019inspecter et de nettoyer sa bibliothèque.Tous ses livres sont considérés comme dangereux, aussi bien Le rouge et le noir que Les armes miraculeuses, Le petit chaperon rouge et Le Petit Prince.Convoqué au quartier général de la police, Richard Denizan apprend qu\u2019il ne pourra quitter Por t-au- Prince sans un visa de sortie ou une autorisation spéciale du président.Les uns après les autres, les membres de sa famille sont forcés de s\u2019exiler.Sa femme d\u2019abord, qui est « invitée» à retourner en Israël, ses frères et sœurs ensuite, victimes des sévices des tontons macoutes et devenus conspirateurs par nécessité.Quant au poète lui- même, admirateur de Che Guevara, il décide à son tour d\u2019aller rejoindre dans les montagnes les maquisards cubains.René Depestre, qui avoue dans un épilogue intitulé «Mode d\u2019emploi» qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un livre écrit il y a quelques années, n\u2019est pas tendre envers son pays d\u2019origine, que son narrateur décrit en ces termes: «Cependant le prodige décolonial des Haïtiens tourna vite au cauchemar: prises d\u2019armes et coups d\u2019État continuels, exécutions massives et sommaires de civils innocents, massacres politiques, éruption de volcan libéral ou de petite vérole nationale, mardi gras bossale ou carnaval créole, pouvoir noir ou pouvoir mulâtre, cela allait revenir au même comme le blanc bonnet bonnet blanc du temps de la colonie [\u2026 ] Notre hapax historique fait du surplace existentiel pour rien.» Ce qui ne l\u2019empêche pas de rêver, comme Popa Singer, d\u2019une panhumanité capable de «défier les vieilles haines mystiques et les missiles de la barbarie».Collaboratrice Le Devoir POPA SINGER René Depestre Zulma Paris, 2016, 154 pages LETTRES FRANCOPHONES Le passé antérieur Popa Singer, récit-témoignage de René Depestre sur les années Duvalier MARTIN DIMITROV Le couple et l\u2019expression du désir féminin ont beaucoup changé depuis la parution du Complexe d\u2019Icare écrit, en 1973, par une Erica Jong devenue depuis une figure féministe incontournable.KENZO TRIBOUILLARD AGENCE FRANCE-PRESSE Eh ! On s\u2019en méfie, ces jours-ci, du Renaud ! Ce que le roman rappelle, c\u2019est à quel point le statut des femmes a changé L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 9 Bernard Chassé et Nathalie Watteyne Photos, lettres et documents d\u2019archives inédits E n l i b r a i r i e Album ANNE HÉBERT F www.groupefides.com P eu connu du public lecteur, Serge Gagnon est pourtant un éminent historien québécois, auteur d\u2019une dizaine de livres impor tants.« Je n\u2019ai jamais écrit de chefs-d\u2019œuvre, affirme-t- il modestement dans Destin clandestin, son autobiographie.J\u2019ai seulement fait de bons livres et des moins bons aussi.» Formé notamment par le grand Marcel Trudel et adepte de l\u2019histoire scientifique pratiquée en contexte universi - taire, Gagnon a renouvelé l\u2019histoire religieuse du Québec à partir d\u2019une perspective sociale.J\u2019ai découvert l\u2019œu- vre de cet historien à la faveur d\u2019une polémique déclenchée par son collègue Ronald Rudin en 1998.Dans son remarquable essai Faire de l\u2019histoire au Québec (Septentrion), Rudin se penchait sur l\u2019ensemble de l\u2019historiographie québécoise (l\u2019ar t d\u2019écrire l\u2019histoire) et allumait un feu épistémologique en af firmant que la pratique historienne est toujours subjective, idéologique et marquée par les préoccupations du présent.Gagnon, tout en avouant avoir déjà été « peut-être aussi rudinien que Rudin », rejetait cette thèse avec vir ulence dans Le passé composé (VLB, 1999).Les historiens sérieux, écrivait-il, « sont animés d\u2019une véritable passion de la vérité, au point que, conformément à une certaine éthique professionnelle, ils s\u2019ef forcent de surmonter l\u2019inévitable subjectivité qui les empêche de parvenir à une objectivation optimale».Dans Destin clandestin, Gagnon, lui-même spécialiste de l\u2019historiographie, réitère sa position épistémologique en redisant que l\u2019histoire n\u2019est pas de la fiction et que « les historiens ont fait progresser la connaissance, malgré l\u2019inévitable subjectivité qui enveloppe la pratique de l\u2019histoire».Parcours original La lecture de cette captivante «autobiographie intellectuelle » fait ressortir l\u2019originalité du parcours de l\u2019historien.Né en 1939, dans Charlevoix, Gagnon entre dans le cercle des historiens savants en 1966, en publiant dans Cité libre un essai sur l\u2019opposition entre les écoles historiques de Laval et de Montréal.Il devient ensuite professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa et obtient son doctorat en 1974, avec une thèse proposant une relecture critique de l\u2019historiographie québécoise.Il y remet en cause « les origines prétendument mystiques de la nation » et avance que « l\u2019idéologie, et dès lors le discours historique en tant qu\u2019idéologie, découle des infrastructures matérielles et des rapports de classes sociales ».Il reconnaît aujourd\u2019hui qu\u2019écrivant cela, il n\u2019échappait pas au « déterminisme du présent ».À l\u2019époque, l\u2019analyse mar xiste é t a i t e n v o g u e d a n s l e s sciences sociales.Certaines critiques formulées par des collègues incitent toutefois Gagnon à amorcer un virage.N\u2019avait-il pas jusque-là, en effet, « commis l\u2019erreur de juger la vérité des anciens à l\u2019aune de la [sienne] », comme le lui fera remarquer l\u2019historien Pierre Trépanier ?Si l\u2019Église occupait une place si importante au Bas-Canada, n\u2019était-ce pas, lui suggérera Fernand Du- mont, « parce que le message correspondait à des attentes de l\u2019auditoire » ?La mentalité austère de cette époque n\u2019était- elle qu\u2019un moyen clérical de contrôle social ou n\u2019était-elle pas plutôt l\u2019expression d\u2019un consentement populaire au discours des prêtres ?«L\u2019historien ne doit-il pas faire abstraction de ses propres valeurs » pour reconstituer le sentiment religieux de l\u2019époque ?Dans Le passé composé, Gagnon écrivait que « l\u2019idéologie peut suggérer des pistes de recherche que les historiens sont capables d\u2019emprunter avec détachement, contrairement à ce que pense Rudin ».En se lançant dans l\u2019écriture de l\u2019histoire du sentiment religieux au Bas-Canada, Gagnon appliquera ce programme.L\u2019historien, dans Destin clandestin, ne cache ni sa foi catholique ni son rejet de la morale hédoniste actuelle.Aussi, en choisissant d\u2019étudier les conceptions de la mort, du plaisir et du mariage dans le Québec ancien, il ne renie en rien ses propres valeurs, tout en se faisant un devoir de respecter la méthode scientifique.Credo intellectuel Sa trilogie (1987-1993) sur la m e n t a l i t é r e l i g i e u s e d u XIXe siècle (culte de la retenue, de l\u2019ef fort, du sacrifice) montre que la solidarité communautaire d\u2019hier, encadrée par le clergé, n\u2019écrasait pas nos ancêtres, qui y adhéraient de bonne foi.Gagnon ne cache pas qu\u2019il a voulu, en explorant rigoureusement cette époque, « réconcilier les Québécois avec leur passé».Ce travail a laissé des marques chez lui.Dans la conclusion de son ouvrage, l\u2019historien retraité de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, fortement inspiré par les positions d\u2019un Jacques Grand\u2019Maison, livre son credo intellectuel.Allergique à la morale hédoniste, dépensière, publicitaire et corporatiste qui règne aujourd\u2019hui et qui le fait douter de la capacité des Québécois à faire l\u2019indépendance, un projet qui le laisse perplexe depuis le début, Gagnon redit son attachement à la langue française et à la foi catholique des anciens et déplore le mépris dans lequel on les entretient.Animé par un fort souci de justice, inquiet devant le déclin de l\u2019État mais obsédé par la dette publique, l\u2019historien, peu sympathique aux militants radicaux et près de la doctrine sociale de l\u2019Église, oscille entre la gauche et la droite parce qu\u2019il croit que « la vérité a plus de chances d\u2019éclater entre ces deux pôles ».Le Québec idéal de Gagnon serait vraiment attaché au français, attentif aux laissés- pour-compte, respectueux des croyances re l ig ieuses e t conscient «que le courage et la persévérance imposent des limites à la douceur de vivre».Un historien rêvant, pour aujourd\u2019hui, d\u2019un Québec qui n\u2019aurait pas oublié les vertus du passé, c\u2019est beau.louisco@sympatico.ca DESTIN CLANDESTIN AUTOBIOGRAPHIE INTELLECTUELLE Serge Gagnon Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2016, 228 pages Serge Gagnon à l\u2019écoute des anciens Les Québécois doivent se réconcilier avec leur passé religieux, suggère l\u2019historien atypique LOUIS CORNELLIER POLAR EMBRASSE TON AMOUR SANS LÂCHER TON COUTEAU Laurent Chabin Libre Expression/Noire Montréal, 2016, 292 pages Étonnant Laurent Chabin, qui écrit comme il respire et qui sait tisser des histoires si complexes qu\u2019on s\u2019y perd presque\u2026 Auteur prolifique \u2014 il a écrit presque une centaine de livres \u2014, il est né en France et a vécu un peu partout, même en Alberta.Après avoir publié des tonnes de romans pour les jeunes, il s\u2019est mis il y a quelques années à cette série mettant en vedette une femme libre, Lara Crevier.En voici le troisième volet, Embrasse ton amour sans lâcher ton couteau, après Apportez-moi la tête de Lara Crevier !, en 2014, et Quand j\u2019avais cinq ans je l\u2019ai tué !, en 2015, tous trois publiés chez Libre Expression.Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que, sous les masques et les faux noms de toutes sortes, voilà un livre (et une série !) qui détonne par rapport à tout ce qui se publie au Québec.Par l\u2019audace de son écriture, par sa lecture du monde, intransigeante, par son style « en direct » aussi, au fil de la pensée et de la sensation immédiate.Et par ses personnages surtout.Iconoclastes amoraux, anarchistes libertaires, Lara Crevier et Serge Minski (le faux) sont des êtres atypiques vivant à la frontière de la réalité telle que la conçoit le commun des mortels.Comme Chabin l\u2019écrit, ils participent à une « tragédie qui se joue en coulisse, là où les spectateurs sont absents et le metteur en scène impuissant ».Ce qui ne caractérise pourtant pas l\u2019imprévisible Laurent Chabin\u2026 Bien au contraire.Il prend ici un malin plaisir à surprendre le lecteur à tout moment en inventant des histoires rocambolesques et délirantes.Parfois, on a presque l\u2019impression de lire les aventures d\u2019une sorte de d\u2019Artagnan féminin très porté sur le sexe, mais, le plus souvent, l\u2019auteur déroute en échafaudant des intrigues un peu tirées par les cheveux qui risquent de décourager les lecteurs impatients d\u2019arriver à la conclusion.S\u2019il parvenait à jouer cette tendance un peu plus mollo, Laurent Chabin pourrait très certainement passer à une catégorie à part : celle des grands.Michel Bélair M I C H E L B É L A I R Q ui l\u2019eût cru ! Après les 10 enquêtes pour le moins rock\u2019n\u2019roll de Harr y Hole, voilà que Jo Nesbø nous livre un court récit tout simple : une touchante histoire d\u2019amour se déroulant sous le soleil de minuit.On se pince\u2026 D\u2019autant plus que le lecteur n\u2019entendra ici que quatre coups de feu, dont trois tirés par inadvertance sur un renne.Pas de sang donc, ou presque.En fait, on retrouvera ici un fuyard qui se ramasse au bout du monde, au pied du pôle tout au bout de la Nor vège.Une veuve.Un enfant.Et même un happy end, comme disent les cousins français.Tout commence pour tant avec la certitude que la fin approche.Jon Hansen, l\u2019ex-liqui- dateur du principal trafiquant de drogue d\u2019Oslo, est en fuite après avoir trompé son employeur; on le retrouve dans un car qui le mène à Kåsund, une petite localité perdue du Finn- mark, à des années-lumière du «vrai monde».Il espère qu\u2019on ne suivra pas sa trace jusque-là, mais il en doute ; le Pêcheur, son ancien patron, a le bras tout aussi long que la mémoire.Devenu Ulf pour les autochtones samis du coin, le fuyard va s\u2019installer dans une cabane de chasse et lentement s\u2019incruster près du petit village.Autour, les gens sont affables mais distants ; ce sont des Laesta- diens, des luthériens purs et durs pour lesquels les feux de l\u2019enfer menacent le moindre comportement « léger».Pourtant, Ulf se fera bien vite un allié de taille: Knut, 10 ans, le fils de Léa dont le mari vient de disparaître en mer.Trois jours passent et, à son grand étonnement, Ulf est toujours en vie.Peu à peu, on en apprend un peu plus sur lui et sur les motifs qui l\u2019ont mené à faire faux bond au Pêcheur; Ulf n\u2019est pas un mauvais homme et il se met à apprécier ce paysage étrange où la lumière ne dort jamais.Ses conversations avec le jeune Knut lui redonnent le goût d\u2019espérer et il se met même à croire qu\u2019il pourrait oublier la vengeance qui le menace et refaire sa vie.Il se met à y croire encore plus quand il passe une journée de rêve en mer avec Léa et son fils\u2026 Profonde humanité Avec le temps, ses contacts avec les « locaux » s\u2019élargissent ; sa relation avec Léa s\u2019approfondit aussi et il a la surprise de se découvrir amoureux même si elle ne lui laisse aucun espoir.Peu à peu, il revit, se mêle aux gens, assiste aux funérailles du mari de Léa puis est même invité à un mariage.C\u2019est en s\u2019y rendant qu\u2019il revient sur terre en apprenant que la traque menée par les hommes du Pêcheur n\u2019est surtout pas terminée.Il devra d\u2019ailleurs faire face à un assaut final dont il ne sortira vivant, contre toute attente, qu\u2019avec la complicité de ses nouveaux amis et en faisant preuve d\u2019une ruse infinie.On vous laisse le plaisir de découvrir comment se tisse tout cela.Ce Jo Nesbø tout beau tout bon se déguste une page à la fois, on l\u2019aura deviné ; à mesure que l\u2019histoire se déroule, on se surprendra même à espérer une ou deux autres manifestations de la même eau avant que l\u2019auteur ne revienne à ses héros\u2026 au caractère plus carré, disons.C\u2019est en fait une sorte de série en deux volets consacrée à des « liquidateurs » \u2014 on sait que Scorsese va porter le premier (Du sang sur la glace I) au cinéma \u2014 mais ce deuxième opus sur le même thème est beaucoup moins violent.Tout ici est d\u2019une écriture remarquable et coulante nous faisant sentir la moindre parcelle de lumière de cette terre élimée par les glaces ; ce petit livre vous séduira par sa profonde humanité et aussi par l\u2019espoir qui s\u2019en dégage, ce qui est plutôt inhabituel chez Jo Nesbø.La toute dernière phrase du récit fait même un peu penser à une chanson de Jacques Brel: «[\u2026] je suis prêt.Prêt à oser perdre encore une fois.» Collaborateur Le Devoir DU SANG SUR LA GLACE II Jo Nesbø Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier Gallimard, «Série noire» Paris, 2016, 219 pages POLAR Oser perdre, encore une fois Ce nouveau Jo Nesbø sent l\u2019espoir à plein nez plutôt que la dureté du monde RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Né en 1939, dans Charlevoix, Gagnon entre dans le cercle des historiens savants en 1966.ADRIAN DENNIS AFP Le Norvégien se fait tendre et léger dans ce nouveau roman.L\u2019historien [.] oscille entre la gauche et la droite parce qu\u2019il croit que « la vérité a plus de chances d\u2019éclater entre ces deux pôles » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 J U I N 2 0 1 6 L E C T U R E S D \u2019 É T É F 10 M I C H E L L A P I E R R E Q uinze ans après l\u2019attentat islamiste contre le World Trade Center, l\u2019Occident a-t- il raison d\u2019être dans un état d\u2019alerte permanent ?Une tuerie comme celle du 13 novembre 2015 à Paris confirme-t- e l le ce t é ta t ?La Cha i r e Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques répond que, malgré tout, le nombre de victimes ci - vi les du ter rorisme est inf ime en Occi - dent par rappor t au reste du monde.Le f o s s é é c o n o m i q u e Nord-Sud serait-il le vrai problème ?Voilà ce que suggère l\u2019ouvrage collectif L\u2019ef fet 11 septembre publié, sous la direction de Frédérick Gagnon, Julien Tourreille et Élisabeth Vallet, par la Chaire Raoul- Dandurand de l\u2019UQAM.Aucun des 15 collaborateurs ne signe de texte.Ce qui fait du groupe de recherche l\u2019unique auteur.À propos du ter ro- risme en général, les polito- logues précisent que « l\u2019Afghanistan, l\u2019Irak et le Pakistan ont été le théâtre de près de la moitié des attentats commis dans le monde au cours des 15 dernières années».Le préfacier, Charles-Phi- l ippe David, titulaire de la Chaire, s\u2019en prend aux États- Unis, souvent responsables du désordre inter national dont ils subissent les répercussions en les exagérant.Il s o u t i e n t q u e l e g r o u p e armé État islamique, « né des prisons irakiennes durant l\u2019occupation » du pays par Washington (2003-2010), « est le résultat de la plus grande erreur de l \u2019histoire contemporaine de la politique étrangère américaine (et britannique) ».Sa percutante conclusion, corroborée par les faits, reflète l\u2019esprit du livre : cet État islamique « est la créature de l\u2019Amérique comme al-Qaïda », fomenteur de l\u2019attentat new- yorkais du 11 septembre 2001, « l\u2019a été en Afghanistan dans les années 1980 ».Ses collègues soulignent que Barack Obama n\u2019a pas atténué, dans la guerre au terrorisme islamiste, l\u2019état d\u2019exception p e r m a n e n t i n s t a u r é p a r George W.Bush.I ls en donnent comme preuves « l\u2019intensification de l\u2019ef for t de guerre américain en Afghanistan, le recours plus fréquent aux drones pour tuer les terroristes entre l\u2019Afghanistan et le Pakistan, et le statu quo entre Obama et le Congrès sur le dossier de la fermeture de Guantánamo ».Ils décrivent on ne peut mieux l\u2019opinion aux États-Unis.Selon eux, elle se polarise « entre une gauche convaincue que Washington instrumenta- lise la menace terroriste pour continuer à justifier des mesures por tant atteinte aux liber tés individuelles [en témoigne l\u2019af faire Snowden] et une droite salivant à l\u2019idée de fermer les frontières à tous les \u201cétrangers\u201d désirant entrer aux États-Unis ».Donald Trump, candidat à la présidence, incarne cette droite.À la polarisat ion états - unienne se juxtapose une polarisation entre les privilégiés occidentaux et les révoltés d\u2019un Sud musulman qui, victimes de la disparité mondiale, se terrorisent entre eux au nom de l\u2019islamisme et de son obscure pureté libératrice.Collaborateur Le Devoir L\u2019EFFET 11 SEPTEMBRE 15 ANS APRÈS Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques Septentrion Québec, 2016, 210 pages L\u2019Occident est-il le père du djihad ?La Chaire Raoul-Dandurand évalue, 15 ans plus tard, les conséquences du 11-Septembre PRESTON KERES AGENCE FRANCE-PRESSE Un pompier dans les ruines du World Trade Center, après les attentats du 11-Septembre.ESSAI LOMER GOUIN, ENTRE LIBÉRALISME ET NATIONALISME Mathieu Pontbriand Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2016, 134 pages Lomer Gouin aurait pu devenir le premier ministre de «l\u2019Instruction publique».Son engagement pour une laïcisation du système scolaire s\u2019est toutefois émoussé au contact du pouvoir qu\u2019il a exercé sur le Québec entre 1905 et 1920.Cette longévité politique n\u2019a pas empêché le gendre d\u2019Honoré Mercier de sombrer dans l\u2019oubli.Avec son essai Lomer Gouin, entre libéralisme et nationalisme, le chercheur Mathieu Pontbriand propose une rare analyse de la pensée de l\u2019héritier autopro- clamé des idéaux patriotes de 1837.La modeste plaquette rappelle le combat tranquille du chef libéral pour hisser les francophones du plancher des usines vers les bureaux de direction par la création des écoles techniques.Son legs le plus tangible demeure toutefois l\u2019acquisition de l\u2019Ungava, qui a doublé la superficie du territoire québécois.«La province de Québec ne sera jamais assez grande, jamais trop grande», s\u2019exclame alors Gouin en annonçant un prototype du «Plan Nord».Un siècle plus tard, on attend toujours la ruée vers ce mythique Klondike québécois.Dave Noël ESSAI AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERBE\u2026 ENSUITE VINT L\u2019ORTHOGRAPHE Bernard Fripiat Points Paris, 2016, 256 pages Historien, auteur et comédien, le Belge Bernard Fripiat est un pédagogue coloré qui prend plaisir à « désacraliser l\u2019orthographe par le rire ».Il refait, dans Au commencement était le verbe\u2026 Ensuite vint l\u2019orthographe, livre à la fois érudit et spirituel, l\u2019histoire de l\u2019orthographe française en 138 courtes leçons.Nos ancêtres étaient peut- être gaulois, écrit-il, mais notre langue vient essentiellement « du baragouinage des envahisseurs romains ».L\u2019influence du latin sur le français, démontre-t-il, est déterminante.Pendant des siècles, partisans de l\u2019écriture phonétique (doi) et tenants de l\u2019écriture étymologique (doigt) s\u2019opposeront.Les seconds auront le dessus, à partir du milieu du XIXe siècle.Depuis lors, les cancres sont à la peine.Attaquer toutes les complexités du français en rigolant, illustre avec brio Bernard Fripiat, permet toutefois de plonger plaisamment dans un très riche univers.Pour vous en convaincre, allez voir les saynètes concoctées par Fripiat sur le site orthogaffe.com.Louis Cornellier "]
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