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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2016-06-18, Collections de BAnQ.

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[" O D I L E T R E M B L A Y I nspiré par la mort de sa mère, une profes- seure de latin et de grec forte, brillante et incandescente, ce film poignant avait participé à la compétition cannoise en 2015, sans rien remporter, à la déception de plusieurs d\u2019entre nous.Nanni Moretti est un habitué de la Croisette.Caro diario, Aprile, Habemus papam ont notamment concouru pour la course à la Palme d\u2019or, remportée pour La chambre du fils en 2001, sur la mort d\u2019un adolescent.C\u2019était il y a quinze ans déjà.Moretti n\u2019a rien perdu de son intransigeance, de sa pudeur travestie de beaucoup d\u2019humour, de son militantisme non plus.Plusieurs voient en lui le Woody Allen italien.De fait, les deux cinéastes par tagent bien des choses, dont ce combat incessant contre eux-mêmes, appelé vulgairement névrose, qui les couche sur le divan des psychanalystes, élément central de plusieurs de leurs films.Les yeux d\u2019une femme Alors que Moretti a l\u2019habitude de s\u2019offrir le premier rôle dans ses autofictions, c\u2019est dans Mia madre une actrice, Margherita Buy, qui joue l\u2019alter ego du cinéaste, en réalisatrice à la barre d\u2019un film nul (avec John Tur turro, impayable en histrion ridicule) tout en veillant sa mère à l\u2019hôpital.Elle se débat contre les doutes sur sa vie, son couple, son travail et sa maternité, subit la perte de celle qui l\u2019a nourrie et inspirée.Nanni Moretti campe plutôt le frère de la réalisatrice dans un rôle effacé.Giulia Lazzarrini, grande comédienne de théâtre, incarne la mère en fin de vie avec une force qui éblouit.Moretti explique avoir perdu sa mère lors du montage d\u2019Habemus papam, d\u2019où ce film, ainsi que ce film dans le film.«Aux funérailles de ma mère, ses anciens élèves sont venus témoigner sur elle.Et ils ont raconté à son sujet des choses importantes que j\u2019ignorais moi-même.C\u2019était très troublant», évoque-t-il.À Giulia Lazzarrini, il a beaucoup parlé de sa mère afin qu\u2019elle s\u2019imprègne de sa vitalité.« J\u2019ai trouvé en cette comédienne, découverte en auditions, quelque chose de ma mère, qu\u2019elle n\u2019avait pourtant jamais rencontrée », explique le cinéaste.La Roulotte crée Les déculottés, lauréat d\u2019un concours d\u2019écriture dramatique Page E 3 Depuis 20 ans, La Rotonde diffuse de la danse à Québec Page E 5 MNBAQ.ORG Votre nouveau pavillon Pierre Lassonde à Québec P H I L I P P E P A P I N E A U D\u2019 autres au - raient plié, o u l â c h é prise, usés par le rouleau compresseur assez abrasif que peut être la vie de musicien rock.Mais pas V incent Peake, qui après 30 ans de carrière se donne toujours corps et âme à sa passion, aussi bruyante soit-elle.Visiblement sans téléphone portable, intelligent ou pas, Vincent Peake nous donne rendez-vous devant l\u2019édicule du métro Berri- UQAM.On le retrouve, le regard sévère mais le sourire généreux, tout habillé de noir, dans le brouhaha des uqamiens et des vendeurs de pot.« La dernière fois que j\u2019ai rejoint un journaliste ici, la police est venue m\u2019accoster ! » Bon, Peake, il est vrai, n\u2019a pas la gueule du jeune premier.Plutôt celle d\u2019un gars passionné, mais qui a derrière la cravate \u2014 et le gor- goton \u2014 30 années de musique rock hardcore.En 1986, au café étudiant du cégep Édouard-Montpetit, i l formait avec son frère Danny, Stéphane Vigeant et Marc-André Thiber t le groupe Groovy Aardvark, qui a été, avec des formations comme GrimSkunk, un des piliers de la scène hardcore de l\u2019époque.On doit à « Groovy » une série de chansons qui ont marqué une génération, comme Dérangeant, Y\u2019a tu kelkun, Le sein matériel , Amphi- biens, Boisson d\u2019avril (avec La Bottine souriante) et sa version 220 volts du Petit bonheur de Félix Leclerc.Raconter l\u2019histoire de Groovy Aardvark, c\u2019est réaliser comment la scène musicale \u2014 la scène rock comme les autres \u2014 a changé, comment elle s\u2019est organisée depuis.« Il n\u2019y avait pas beaucoup de bands à l\u2019époque, raconte Vincent Peake.La scène commençait et les groupes se connaissaient pas mal tous.Et il y avait très peu d\u2019infrastructures pour nous aider, on était tous indépendants dans nos démarches.Groovy, ç\u2019a pris sept ans avant qu\u2019on ait un contrat de disque.Avant ça, on avait fait trois cassettes démo, et on en a vendu à peu près 2000 de chacune.» Carburer à la passion Et tout ça se faisait sans vraiment d\u2019argent, car les bourses gouvernementales étaient rares, sinon inaccessibles.Mais les membres de Groovy carburaient à la passion et étaient prêts à pas mal tout pour continuer de grandir et de jouer de la musique.Tout, comme\u2026 le prêt usuraire ! « Il fallait aller du côté des shylocks, c\u2019est pas des jokes, du côté du 28ES FRANCOFOLIES DE MONTRÉAL ANNIK MH DE CARUFEL Vincent Peake Le cinéaste Nanni Moretti aura arpenté Rome depuis plus de 40 ans, à travers ses voies impériales et ses ruelles dérobées, à pied, en vespa ou en voiture, tout en brossant en creux son propre portrait.On l\u2019a vu d\u2019une œuvre à l\u2019autre prendre de l\u2019âge, passer d\u2019un centre d\u2019intérêt à un autre, s\u2019y attachant forcément.Voici qu\u2019il livre avec Mia madre (Ma mère), en salle chez nous vendredi, une de ses œuvres les plus personnelles, atteignant par-là l\u2019universel.Le Devoir l\u2019a rencontré en septembre au Festival de Toronto.CINÉMA La perte d\u2019une mère, selon Nanni Moretti LOÏC VENANCE AGENCE FRANCE-PRESSE Nanni Moretti est considéré par plusieurs comme le Woody Allen italien.VOIR PAGE E 7 : MORETTI Vincent Peake et son mythique groupe fêtent leurs 30 ans de carrière et les 20 ans du disque Vacuum VOIR PAGE E 3 : GROOVY Groovy Aardvark rock corps et âme C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 E 2 Direction générale et artistique Grégoire Legendre festivaloperaquebec.com Starmania opéra Plamondon - Berger 30, 31 juillet, 1er, 3 et 4 août à 20 h Salle Louis-Fréchette, Grand Théâtre de Québec Les quatre ténors 24 juillet à 20 h La cour du Vieux-Séminaire de Québec Christophe Dumaux et Bernard Labadie 26 juillet à 20 h, Palais Montcalm Prima la musica, poi le parole Salieri Le directeur de théâtre Mozart 31 juillet, 2 et 5 août à 20 h, Théâtre La Bordée Gounod à l\u2019apéro 25 au 29 juillet à 16 h Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone La brigade lyrique Mercredi au dimanche inclusivement 2 représentations par jour Divers lieux à travers la ville de Québec Le serpent et le chat Opéra jeunesse 24 au 29 juillet, La Maison Jaune Les Grands Feux Loto-Québec 6 août à 22h 24 juillet au 6 août 2016 billetech.com 1 877 643-8131 Le rendez-vous lyrique de l\u2019été ! M ercredi soir, c\u2019était la première de Pearl à l\u2019Impérial.Une grande partie du public était montée du Chinatown.Et si rarement a-t-on l\u2019occasion d\u2019assister à un spectacle aux côtés de cette communauté-là qu\u2019il était délicieux de la voir sourire.N\u2019ayant fréquenté jusqu\u2019ici le beau palace de la rue De Bleury que comme cinéma, il était agréable de s\u2019y glisser pour ce spectacle multimédia avec 26 danseurs, venus de la Chine, du Canada (dont la Québécoise Margie Gillis) et des États-Unis.Le show, inspiré de la vie de la nobélisée de littérature Pearl Buck, trouve un tremplin ici pour sa tournée nord- américaine, avant d\u2019atterrir en Chine.Je lisais cette romancière dans mon adolescence.Son étrange destin d\u2019Américaine transplantée bébé en Chine par ses parents missionnaires presbytériens à la fin du XIXe siècle avait tout pour séduire.Elle qui maîtrisa le mandarin avant l\u2019anglais semble aujourd\u2019hui avant-gardiste tant cette langue est en vogue chez les jeunes Occidentaux à l\u2019assaut de l\u2019immense marché du géant oriental.L\u2019auteure de La terre chinoise (prix Pulitzer) et de Vent d\u2019Est, vent d\u2019Ouest avait connu la vieille Chine impériale, aux femmes aux pieds bandés, comme les fracas de ses révolutions.Elle sut aborder les chocs culturels d\u2019un pays où l\u2019élite allait étudier en Europe en perdant ses codes, ainsi que la misère et le courage des paysans collés comme des bêtes à leur glèbe.Vivant plus tard aux États- Unis, elle aura été ravalée par la Révolution culturelle de Mao au rang des suppôts de la bourgeoisie décadente, même si elle appuyait le régime avec un incurable optimisme.Sa prose, qui trôna longtemps dans les bibliothèques familiales, même après sa mort en 1973, est ici moins fréquentée.Pas chez les Chinois, qui ont adopté Pearl Buck comme une des leurs, qui connaissent ses livres et son parcours (un film sur sa vie est attendu là-bas avec Juliette Binoche dans le rôle-titre).La productrice de Pearl, Angela Xiaolei Tang, l\u2019admirait donc.D\u2019où ce spectacle, bonifié après lancement au Lincoln Center de New York, l\u2019été dernier.Pearl, en cinq tableaux et autant de danseuses, épousant divers âges de la romancière, est cho- régraphié par Daniel Ezralow, maître de danse de Love du Cirque du Soleil à Las Vegas.Ce spectacle, passant d\u2019un kitsch visuel parfois irritant à des tableaux superbes, avec chorégraphies souvent remarquables, marie les influences chinoises et occidentales.Il commande aussi au spectateur d\u2019avoir potassé la vie de Pearl Puck (deux maris, une fille handicapée, une fondation pour les enfants métissés abandonnés, maintes carrières, etc.), sous peine d\u2019en perdre des bouts.Les Sino-Québécois, incollables sur le sujet, suivaient sans problèmes.Et lorsque Margie Gillis, qui fait danser la romancière à l\u2019âge mûr, entre en scène, tout prend sens et vie, sous l\u2019humanité et l\u2019amplitude de sa performance.La chorégraphe québécoise est la première Occidentale à avoir enseigné en Chine, dès 1979.Il y a du Pearl Buck en elle, côté ponts à ériger entre les mondes.Jetant les yeux tout autour, j\u2019admirais en prime une fois de plus cet Impérial-là, centenaire, si beau, restauré avec tant d\u2019éclat par les trois ordres de gouvernement en 2004.Le sort du palace, propriété du Festival des films du monde, paraît toujours incertain, sous-utilisé au long de l\u2019année par les Losique, père et fils.Classé monument historique, certes, mais hypothéqué deux fois plutôt qu\u2019une, à taux faramineux.Aux fins du spectacle, quelques travaux auraient été ef fectués dans son arrière-scène.Puisse l\u2019Impérial en profiter pour multiplier ses tribunes d\u2019avenir et s\u2019imposer comme un phare au cœur du Quartier des spectacles.Autres Chinois Remarquez ! Voir un spectacle en partie chinois dans ce temple-là n\u2019étonne finalement qu\u2019à demi.Le lieu, en tant qu\u2019épicentre du Festival des films du monde, accorde à ce pays une place de choix depuis longtemps, côté cinéma, côté délégations commerciales accueillies à maintes reprises.Or, si ce rendez-vous, sans subventions depuis trois ans, abandonné par plusieurs de ses employés rémunérés en retard la fois précédente, étranglé par les dettes, parvient à mettre sur pied une 40e édition du 26 août au 5 septembre, selon les vœux de son président Serge Losique, ce sera beaucoup, comprend-on, grâce à la Chine.C\u2019est d\u2019une entreprise issue de ce pays que proviendraient les bourses annoncées par le FFM en mai dernier pour les lauréats de 13 prix, appelés Chelems d\u2019or, décernés au palmarès, pour une somme totale de 1 million $US.Le Festival y greffe la création d\u2019une nouvelle section compétitive purement chinoise.Ceci expliquant cela.Le généreux mécène, déjà commanditaire en 2005, serait le groupe Gold-Finance, fonds d\u2019investissements chinois et producteur de cinéma, centré à Hangzhou, ayant ouvert le 26 mai son premier bureau en Amérique du Nord dans le Grand Montréal, en tremplin vers d\u2019autres villes.Gold-Finance soutient une entreprise de Longueuil, Technologies D-Box, spécialisée dans la simulation de mouvement pour le marché du jeu vidéo.Il entend créer des partenariats au cinéma et dans l\u2019univers du divertissement.Alors, le voici ! Sinon, les nouvelles, du moins pour l\u2019Impérial, ne semblent guère encourageantes.Ezio Carosielli, le propriétaire du Rialto, qui af fichait pour lui au printemps des visées d\u2019exploitation sous location à long terme, est disparu du paysage.Épris de vieux théâtres, lui et sa femme avaient même accepté d\u2019en racheter la dette et de partager les profits avec ses dirigeants.« C\u2019est tombé, me dit-il, à la suite des articles publiés dans La Presse à ce sujet.» Ceux-ci auraient suscité dans les locaux de l\u2019Impérial colère et fin abrupte des pourparlers.Exit, le plan salvateur.Reste la Chine, mais jusqu\u2019où son bras canadien voudra-t-il s\u2019étirer pour sauver le navire?De nouveaux ponts seront-ils érigés plus solidement entre les deux mondes ?Le fantôme de Pearl Buck nous laisse sans lumière à ce propos.otremblay@ledevoir.com La Chine à l\u2019Impérial ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pearl, un spectacle passant d\u2019un kitsch visuel parfois irritant à des tableaux superbes ODILE TREMBLAY Et lorsque Margie Gillis, qui fait danser la romancière à l\u2019âge mûr, entre en scène, tout prend sens et vie crime organisé.Oui, on a fait ça ! On n\u2019avait pas le choix.On voulait tellement que ça roule, on n\u2019avait pas assez de cash, et aucune compagnie de disques ne voulait toucher à ça.On est allés où on pouvait aller, et c\u2019était pas facile.Un moment donné, quand tu ne payes pas à temps, les menaces commencent et tu dors dans le local de répétitions avec une batte de baseball, parce que t\u2019as peur de te faire piquer ton stock.On a passé à travers des af faires épouvantables comme ça.On regarde ça aujourd\u2019hui, pis on se dit : ben voyons donc, on était vraiment crinqués ! Quand on a signé notre premier contrat de disque, la compagnie nous a financé le montant nécessaire pour payer ce monde-là.» Quand le style musical de Groovy Aardvark, poussé par le succès de groupes comme Green Day et Offspring, a commencé à intéresser les majors, Peake et sa bande ont reçu des offres de gros joueurs.«BMG voulait un contrat de sept albums, voulait changer le nom du band.C\u2019étaient des conditions auxquelles on ne pouvait pas dire oui, se souvient le chanteur et bassiste.Sony aussi était intéressée.Ils aimaient bien Dérangeant, mais ils voulaient trois autres chansons exactement du même genre, ce qu\u2019on n\u2019a pas été capables de livrer.» Leur indépendance et leur liberté valaient plus à leurs yeux, simplement.C\u2019est finalement sur l\u2019étiquette MPV \u2014 fondée par ceux qui avaient créé le festival Pollywog \u2014 que Groovy Aardvark fera paraître un premier disque, Eater\u2019s Digest, en 1994, avant d\u2019enregistrer Vacuum en 1996 et Oryctérope en 1998.En tout, le groupe a lancé sept albums, dont le plus récent est Sévices rendus, en 2005.Et ça continue Même hors de Groovy, Vincent Peake n\u2019a jamais vraiment cessé de jouer de la musique, faisant partie de l\u2019alignement de Grimskunk depuis plus de dix ans, jouant aussi avec des formations comme Floating Widget, Sabbath Café, Voïvod, Xavier Caféïne, Galaxie, et même Aut\u2019chose, avec Lucien Francœur.Et celui que ses collègues de Galaxie ont surnommé « le Viking » a continué à se démarquer récemment en recevant devant tout son entourage musical un prix hommage lors du dernier GAMIQ, récompensant les artistes indépendants.On l\u2019a aussi vu comme porte-parole des Fran- couvertes avec le rappeur Ko- riass, une rencontre personnelle et musicale qui l\u2019a fortement stimulé.« J\u2019aime être porte-parole de quelque chose qui ne m\u2019appar tient pas, qui représente une autre génération.Ça me garde à l\u2019af fût de ce qui se fait de neuf au Québec.» Parce qu\u2019il aura beau avoir 50 ans l \u2019an prochain, Vincent Peake va continuer de se donner corps et âme.Le Devoir GROOVY AARDVARK En concert au Métropolis ce samedi 18 juin, 21 h SUITE DE LA PAGE E 1 GROOVY T H É Â T R E E X P O CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 E 3 DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON D E B E R N A R D - M A R I E K O L T È S Un moment théâtral d\u2019exception À réserver dès maintenant 12-17 septembre La Muse en circuit et Act-Opus (France) présentent avec Le Groupe de La Veillée 6 S O I R S S E U L E M E N T Mise en scène Roland Auzet \u2014\u2014 Koltès au féminin, (\u2026) Koltès à l\u2019essentiel, tutoyant le sublime.(\u2026) Les Échos \u2014\u2014 Le pari osé (et réussi) de Roland Auzet (\u2026) Une merveille.Le Point Avec Anne Alvaro Audrey Bonnet P h o t o s : C h r i s t o p h e R a y n a u d d e L a g e Assurez-vous une place ! 514.526.6582 / theatreprospero.com M A R I E L A B R E C Q U E L e Théâtre La Roulotte a toujours été une école pour la relève scénique.Tous les étés, des comédiens et des concepteurs fraîchement diplômés font leurs classes dans un spectacle qui parcourt les différents parcs de la métropole.L\u2019institution fondée en 1953 se veut désormais aussi un tremplin pour les dramaturges débutants.Grâce à un nouveau concours annuel, organisé par le Centre des auteurs dramatiques, le Conservatoire d\u2019art dramatique de Montréal, l\u2019École nationale de théâtre du Canada et la Ville, La Roulotte créera une œuvre jeune public inédite chaque été.La consigne était d\u2019écrire soit une création, soit une adaptation d\u2019un conte classique pour cinq comédiens (cette année : José Dufour, Sandrine Lemieux, Frédérick Tremblay, Zoé Tremblay et Rebecca Vachon).«L\u2019autre critère était de respecter l\u2019essence festive, burlesque de La Roulotte », explique la première lauréate, Lauriane Derouin.Choisie pour sa pièce Les déculottés, l\u2019auteure de 26 ans est d\u2019autant plus émue que, comme plusieurs Montréalais, elle a connu son baptême théâtral grâce à la troupe ambulante.Depuis sa plus tendre enfance, elle n\u2019a jamais cessé d\u2019aller voir La Roulotte quand celle-ci débarquait dans son quartier (Ahuntsic).C\u2019est là, à sa grande surprise, la deuxième compétition d\u2019écriture qui couronne Lauriane De- rouin.Avec Les malpeignés, qui a été montée brièvement à la Maison Théâtre en janvier dernier, elle a aussi remporté le concours «Le théâtre pour les jeunes publics et la relève ».Persuadée de ne pas gagner («ce sont toujours des diplômés de l\u2019École nationale en écriture qui l\u2019ont emporté auparavant»), elle y avait tout de même participé, par pur plaisir, et afin d\u2019explorer l\u2019univers du théâtre pour enfants.Formée en ar ts et lettres, profil art dramatique, au cégep de Saint-Laurent, l\u2019artiste ne se destinait pas, a priori, à la création pour jeunes publics.Ni même à l\u2019écriture d\u2019ailleurs.«Au départ, je pensais à l\u2019interprétation ou à la conception de costumes.Je ne savais pas que je pouvais écrire avant de composer Les malpeignés.Ça ne fait pas longtemps que j\u2019apprivoise l\u2019écriture dramatique\u2026.Et je découvre que j\u2019aime vraiment le théâtre jeunes publics», ajoute celle qui a aussi étudié en psycho-éducation.Elle n\u2019a cependant pas choisi son créneau encore.Elle est en train de définir son univers.« Mais j\u2019aime beaucoup jouer avec les sonorités, écrire en utilisant les mots pour créer du rythme.» Monstres aquatiques Afin de peaufiner son texte, Lauriane Derouin a eu droit notamment à l\u2019aide précieuse d\u2019un parrain en écriture, Simon Bou- lerice (Pig, Javotte), qui lui a beaucoup appris.Son expérience de spectatrice de La Roulotte l\u2019a également bien servie.L\u2019auteure reconnaît le défi particulier que pose la représentation en plein air, dans un environnement bruyant et truffé de potentielles distractions.«Presque tout ce qui se passe dans un parc peut être plus intéressant que l\u2019action sur scène\u2026 Il faut donc imaginer un univers qui va capter l\u2019attention des spectateurs.» Mis en scène par Isabelle Leblanc, Les déculottés raconte un été montréalais particulièrement rocambolesque, alors qu\u2019un étrange problème afflige les piscines publiques: tout baigneur s\u2019y voit automatiquement privé de son maillot, lequel est aspiré par le filtreur.Désespérés par la fermeture de leur plan d\u2019eau, trois jeunes liés par une solide amitié \u2014 «un thème qui me touche beaucoup» \u2014 et fondateurs d\u2019un club de nage synchronisée décident de plonger dans les profondeurs de la piscine.Ils vont y découvrir les «Gluants», un peuple de monstres qui y a élu domicile\u2026 « J\u2019avais envie de par tir de quelque chose de très concret pour les enfants, qui se rattache à leur réalité, mais ensuite de le faire décoller, de tomber dans l\u2019imaginaire, le fantastique», décrit l\u2019auteure.La pièce s\u2019ancre tellement dans le réel du public que le nom de la piscine devrait changer selon le quartier de la représentation.Mais sans renier, assure Lauriane Derouin, la forme colorée, éclatée qui a fait la tradition de La Roulotte.Et qui a séduit des générations de petits Montréalais.Collaboratrice Le Devoir LES DÉCULOTTÉS Texte : Lauriane Derouin.Mise en scène : Isabelle Leblanc.Du 28 juin au 23 août, dans le réseau des parcs de Montréal.Écrire pour La Roulotte La troupe ambulante propose la pièce Les déculottés de Lauriane Derouin, gagnante de son concours d\u2019écriture dramatique F A B I E N D E G L I S E I l y a des intrusions de domicile qui peuvent parfois faire des jaloux.Prenez toutes celles qu\u2019a effectuées François Bourdages, commissaire de l\u2019exposition L\u2019art de la bande dessinée québécoise.Dans les dernières années, il a fouillé dans les tiroirs de Michel Rabagliati, traqué la pièce rare et signifiante dans l\u2019atelier de Réal Godbout, retourné le sous-sol de Jean-Paul Eid, les armoires d\u2019Yves Ro- dier, de Thierry Labrosse ou de Zviane.Le tout pour une bonne cause, et avec l\u2019autorisation des principaux intéressés, bien sûr : donner corps à cette incursion muséale dans l\u2019univers de la création de 23 auteurs contemporains de bande dessinée.La chose vient d\u2019ouvrir ses portes vendredi au Musée québécois de culture populaire de Trois-Ri- vières.Elle va tenir l\u2019af fiche jusqu\u2019au 28 janvier 2018.«À l\u2019origine, ce projet devait porter sur le processus de création de trois ou quatre auteurs et devait être présenté pendant un mois, peut-être deux, résume à l\u2019autre bout du fil l\u2019instigateur du projet.Au final, on se retrouve avec plus de 20 auteurs, deux salles.L\u2019expo va durer 19 mois et être la plus grande jamais présentée sur la bande dessinée québécoise à ce jour », après celles de 1976 et de 1997 au Musée du Québec et la toute dernière présentée en 2013 au Musée des beaux-arts de Montréal pour souligner les 15 ans d\u2019existence de la maison d\u2019édition La Pastèque.Une communauté L\u2019enthousiasme des créateurs de récits en case devant ce projet y est pour beaucoup, dit M.Bourdages, qui n\u2019a pas eu de dif ficulté à convaincre Jimmy Beaulieu, Jean-François Bergeron, Marc Delafontaine ou Tristan Demers à le laisser poser sur les murs du musée des fragments qui témoignent des coulisses de leur univers créatif.« Du synopsis à l\u2019encrage, en passant par la scénari- sation, la recherche graphique, la mise en page, le découpage, l\u2019expo cherche à expliquer comment se fabrique une bande dessinée, pour démystifier cet art en pleine croissance au Québec, dit- il, mais également pour donner le goût de lire de la bande dessinée aux gens de tout âge en leur donnant la chance de regarder par la porte d\u2019en arrière.» Didactique.L\u2019art de la bande dessinée québécoise l\u2019est sans l\u2019ombre d\u2019un doute en dressant le portrait des techniques de dessins qui ont donné vie aux histoires intimistes de Zviane, qui ont érigé Paul, personnage de Michel Rabagliati, les personnages des Nombrils de De- laf et Dubuc ou encore El Spec- tro d\u2019Yves Rodier en figures emblématiques de ce 9e art façonné principalement en français en terre du Québec et plus loin encore.Plusieurs auteurs d\u2019ici sont publiés désormais dans des maisons d\u2019édition franco-européennes.«Il y a la volonté aussi de faire découvrir des auteurs prolifiques moins connus ici malgré leur influence grandissante ailleurs dans le monde.» Denis Rodier, une des plumes les plus actives de DC Comics aux États-Unis, qui dessine Superman depuis le début des années 1990, en fait probablement par tie.Tout comme d\u2019ailleurs Daniel Shelton, auteur de la série d\u2019histoires en trois cases Ben.Entre tradition et modernité, l\u2019exposition pilotée par M.Bour- dages tente également de dresser le portrait des techniques variées convoquées pour donner vie à un genre en popularité croissante au Québec.«Marc Delafontaine ne jure que par la tablette graphique pour dessiner, dit le commissaire.Alors qu\u2019Yves Rodier est encore au pinceau, à l\u2019encre et se dit incapable de se passer du grain du papier », prouvant ainsi que, loin d\u2019être figé, l\u2019art de la bande dessinée du Québec est, avec toutes les bulles qui l\u2019animent, forcément, en constante ébullition.Le Devoir La bande dessinée fait encore son entrée au musée MUSÉE QUÉBÉCOIS DE CULTURE POPULAIRE DE TROIS-RIVIÈRES À Trois-Rivières, un El Rancho grandeur nature, personnage mis en dessin par Yves Rodier, attendra les visiteurs de l\u2019expo.23 bédéistes pour une expo La brochette de créateurs qui prend part à l\u2019exposition est aussi contemporaine que variée.Des noms?Et des titres?Jimmy Beaulieu : Ma voisine en maillot Jean-François Bergeron (Djief) : Tokyo Ghost et Le crépuscule des dieux Iris Boudreau : Justine et Dans mes rellignes Delaf et Dubuc : la série Les nombrils Tristan Demers : la série Gargouille Jean-Paul Eid : les aventures de Jerôme Bigras Philippe Girard : La visite des morts et La mauvaise fille Réal Godbout : la série Michel Risque et le personnage Red Ketchup Thierry Labrosse : les séries Morea et Ab Irato Jacques Lamontagne : Van Helsing contre Jack l\u2019Éventreur et la série Les druides François Lapierre : Les chroniques sauvages Stéphanie Leduc : les séries Titi Krapouti et Dryade Mario Malouin : Don Car- toone, un parfum de corruption Mikaël : la série Promise François Miville-Deschêne : Reconquêtes Michel Rabagliati : la série Paul Julie Rocheleau : La petite patrie Denis Rodier : L\u2019Ordre des dragons Yves Rodier : la série El Spectro Daniel Shelton : la série Ben VoRo : L\u2019été 1963 Zviane : Les deuxièmes CLAUDINE DEROUIN Lauriane Derouin a connu son baptême théâtral à La Roulotte, comme plusieurs Montréalais.SOURCE FRANCOFOLIES DE MONTRÉAL Groovy Aardvark en 2001 M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 E 4 S E R G E T R U F F A U T L e 30 juin prochain, un jeudi pour être précis, Jim West recevra le prix Bruce Lundvall \u2014 ex-patron de Blue Note \u2014 que le FIJM accorde chaque année à un producteur qui s\u2019est distingué sur le long terme.C\u2019est amplement mérité.Car avec Cor y Weeds, fondateur de l\u2019étiquette Cellar Live de Vancouver, et Holger Pedersen, fondateur du label albertain Stony Plain, West est l\u2019un des grands producteurs canadiens.Tout simplement.Depuis 34 ans, le Montréalais Jim West, fondateur, lui, de Justin Time, une étiquette qui tient donc la route, s\u2019applique à produire des albums de qualité ISO 9000.On peut même avancer qu\u2019il se distingue par une inclination affectueuse pour le piano en trio.Bref, pour une architecture musicale tout ce qu\u2019il y a de classique.Défricheur C\u2019est West qui le premier a produit Oliver Jones sous toutes les coutures.C\u2019est encore lui qui a donné sa chance à Jon Ballantyne.C\u2019est même lui qui a découvert Diana Krall.On en passe, des meilleures et des moins bonnes, pour mieux souligner qu\u2019il nous revient au- jourd\u2019hui avec un drôle de phénomène qui a pour nom Brandi Disterheft.Elle est contrebassiste et chanteuse.On va y revenir.Outre ces pianistes, l\u2019ami Jim a enregistré et produit Paul Bley, le World Saxophone Quartet, Fraser McPherson, Joe Henderson, Clark Terr y, Hank Jones, Herb Ellis, Ray Brown, Ronnie Mathews, Stephen Barr y, Johnny O\u2019Neal, Jeri Brown, Kenny Wheeler, pour ne parler que des principaux.Ces jours-ci, West s\u2019est signalé avec.Brandi Disterheft, qui joue donc du même instrument que Ron Carter qui fut son professeur, ce qui en dit beaucoup sur sa quête de la qualité.Et là, elle se manifeste sous la forme d\u2019un album intitulé Blue Canvas en compagnie du pianiste Harold Mabern et du batteur Joe Farnsworth, ce qui en dit long sur son penchant, à Disterheft, pour la besogne très bien faite, ces deux messieurs étant des poids lourds du jazz contemporain.Pour être plus précis, Mabern et Farns- wor th sont les Hank Jones et Billy Higgins d\u2019aujourd\u2019hui.Bref, tout le monde les appelle.Alors Jim, Brandi\u2026 «Ça fait longtemps que je l\u2019ai découverte.Elle avait fait un premier album toute seule que j\u2019avais apprécié.Alors, je l\u2019ai appelée pour le distribuer sous licence.Puis, j\u2019ai organisé une tournée au Canada.Puis, elle a fait un deuxième album \u2014 Second Side \u2014, que j\u2019ai pris sous licence en lui disant que j\u2019aimerais produire le troisième.Celui-ci s\u2019intitulait Gratitude, et il a été particulièrement apprécié au Japon.» «Pour Blue Canvas, c\u2019est elle qui a choisi Mabern et Farnsworth.Elle voulait vraiment enregistrer avec eux.Elle les connaît bien.Elle avait déjà joué avec eux.Il faut préciser qu\u2019elle habite à New York, où elle se produit pratiquement tous les soirs, car elle est une contrebassiste très demandée.» Comment s\u2019est fait le choix des pièces ?«C\u2019est elle avant tout.Elle a composé et écrit les paroles de quatre morceaux.Si ma mémoire est bonne, Mabern, qui a un sens de l\u2019humour incroyable, a proposé Beehive, une de ses compositions.Voilà.» Le programme a ceci de remarquable qu\u2019il combine des originaux et des morceaux emblématiques du be-bop.Bref, il est très singulier.Les morceaux emblématiques ?Dis Here de Bobby Timmons, Daahoud et George Dilemma\u2019s de Clifford Brown, Our Delight de Tadd Dame- ron et Willow Weep for Me.Les originaux sur lesquels elle chante s\u2019intitulent Prelude to the Crippling Thrill, Crippling Thrill, When the Mood Is Right, et bien évidemment Blue Canvas.Le résultat est très agréable.La facture est tout ce qu\u2019il y a de classique.Mabern est comme d\u2019habitude : un virtuose qui a le sens de la retenue.Farnsworth est comme il était hier et avant-hier : aussi solide que subtil.Et Brandi Disterheft ?Sa manipulation de la contrebasse se conjugue avec dextérité.Sa voix ?Elle rappelle Carmen McRae, Shirley Horn.Sa voix possède un je-ne-sais-quoi qui séduit beaucoup.Vous aimez Diana Krall ?Alors, vous aimerez la jeune fille qui partage avec cette dernière ceci : elle est originaire de Vancouver.?Sur un tout autre sujet, l\u2019ami West a confié qu\u2019il publiera prochainement, et sur format vinyle, des enregistrements de Krall, de Muddy Waters, de Lightin\u2019 Hopkins au Rising Sun, de Sonny Terry et de Brownie McGhee au New Penelope.« Il y a un retour prononcé du vinyle.Au Japon, c\u2019est énorme.» Ensuite ?« J\u2019ai obtenu les droits du spectacle enregistré à la Place des Arts de Dizzy Gillespie au tout début des années 1980.James Moody était au ténor, Hank Jones au piano, Milt Jackson au vibraphone, Ray Brown à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie.C\u2019est un spectacle extraordinaire.Qui plus est, les bandes sont dans un état remarquable.Je vais les publier cet automne.» Ce spectacle avait été organisé et produit par Doudou Boicel, le patron de l\u2019archiregretté Rising Sun, qui propose depuis peu la version anglaise du livre dans lequel il décline ses souvenirs.Le titre?Rising Sun \u2013 The True Story of Montreal\u2019s First International Jazz & Blues Festival.?La demande pour les quatre spectacles que le trompettiste Roy Hargrove va donner dans le cadre de la série qui va se dérouler à l\u2019Upstair\u2019s fut telle que les billets ont été vendus à la vitesse Dow Jones, soit à la nanoseconde.Et alors ?Une supplémentaire a été ajoutée le 7 juin à minuit.Tél.: 514 931-6808.?Amateurs de musiques actuelles ou improvisées, amateurs de free-jazz ou de sons décons- truits, sachez qu\u2019a commencé le festival du Suoni Per Il Popolo qui dure un mois.Géographie de l\u2019événement ?Casa Del Popolo, Sala Rossa, la Vitrola principalement.Dans le cadre de l\u2019Année Jean Derome, ce dernier s\u2019y produira.Pour la programmation, vous pouvez consulter le site http://suoniperilpopolo.org/.Collaborateur Le Devoir JAZZ Jim West, producteur patient et de qualité C H R I S T O P H E H U S S En retrouvant partiellement ses quar tiers au Vieux- Montréal, entre le 23 et le 26 juin, Montréal baroque regagne les lieux qui ont vu naître cette manifestation immersive, une «virée» avant la lettre.C\u2019est en 2003 que Susie Napper prenait le risque de créer un festival baroque autour de la fête de la Saint-Jean.D\u2019emblée, Montréal baroque n\u2019était semblable à aucun autre événement classique, faisant se succéder deux concerts en soirée, investissant des lieux inhabituels, explorant des avenues a priori insensées (un concert le dimanche à 7 h du matin \u2014 archicomplet !) et proposant aux familles de nombreuses activités gratuites, dont un défilé en ouverture.Bref, Susie Napper avait redonné un sens à la notion de fête dans le mot festival, dimension trop souvent oubliée par des manifestations plus institutionnalisées.Aujourd\u2019hui, Susie Napper continue de passer le flambeau à son successeur désigné, Matthias Maute.Tous deux portent le titre de codirecteurs artistiques.Avec un retour partiel dans le Vieux-Mont- réal, c\u2019est une partie de l\u2019esprit de Montréal baroque qui renaît, alors que le festival s\u2019était replié depuis deux ans sur le campus de l\u2019Université McGill.Tempêtes Comme par le passé, Montréal baroque repose sur un thème.Avec le titre « Tempête dans un verre d\u2019eau», le millésime 2016 évoquera les « tumultes de la nature » et nous promet un ouragan musical.Au-delà du déchaînement des éléments, Susie Napper et Matthias Maute précisent que « \u201cTempête dans un verre d\u2019eau\u201d, c\u2019est aussi l\u2019espoir de l\u2019apaisement des tourments et qu\u2019un rayon de soleil naisse au bout de l\u2019horizon\u2026».Montréal baroque 2016 s\u2019ouvrira le 23 juin à 12 h par un concer t extérieur gratuit au square Phillips, suivi d\u2019un marathon musical de 15 h à 18 h réunissant musiciens amateurs et professionnels.Le grand concert du soir, à 19 h, à la salle Redpath de l\u2019Université McGill, af fichera La tempête de Prospero, une soirée unissant des passages de The Tempest de Shakespeare et la musique de scène de Purcell et Blow.Ce concert, soulignant le 400e anniversaire de la mor t de Shakespeare, sera proposé par la Bande Montréal baroque, les ensembles Passiflore, Flûte Alors ! et Pallade Musica, dans une mise en scène de Jean Asselin.La tempête souf flera ensuite, à 21 h, dans la même salle lorsque des guitares électriques s\u2019associeront aux violes des Voix humaines pour faire exploser l\u2019Art de la fugue de Bach, compositeur dont un autre jalon majeur, les Sonates et Partitas pour violon seul, sera interprété par la violoniste Lina Tur Bonet, invitée spéciale du festival.La bouillonnante Espagnole ef fectuera ce parcours en trois concer ts, le vendredi 24 juin à 14 h, le samedi 25 juin à 21 h et le dimanche 26 juin à 16 h, dans trois lieux différents.Autre invité vedette, le gambiste italien Paolo Pandolfo se produira le 26 juin à 11 h dans le hall du pavillon des Arts de McGill.C\u2019est vendredi, jour de la Saint-Jean, que Montréal baroque retrouvera le Vieux- Montréal.Après un déjeuner- causerie avec Gilles Canta- grel, à 9 h au café Tasse et coupe, la salle de la commune du marché Bonsecours abritera à 11 h un récital d\u2019Odéi Bilodeau, lauréate du Concours Mathieu- Duguay du Festival international de musique baroque de La- mèque, et du claveciniste Mar tin Robi- d o u x , l e p r e m i e r concert des Sonates et par titas de Bach (14 h) et Larmes et tempêtes ! par l\u2019ensemble Sonate 1704 et la soprano Jacinthe Thibault (17 h).Des concerts extérieurs gratuits se tiendront dans le square Phillips et à la place d\u2019Armes à midi (Metis Fiddler Quar tet) et à 16 h (Ensemble vocal Tactus).Le soir, la chapelle Notre- Dame-de-Bon-Secours abritera le programme Il grêle ! La grande gigue de l\u2019Ensemble Caprice et du Metis Fiddler Quartet (19 h), et sa cr ypte, un concert intime de musique de Joseph Bodin de Boismor- tier, avant une soirée de la Saint-Jean débridée.Si le grand concer t du dimanche 26 sera logiquement consacré à la suite de la présentation des cantates de Bach par Eric Milnes et la Bande Montréal baroque, avec les Cantates BWV 76, 79 et 80 enregistrées en vue d\u2019une parution CD sur étiquette Atma, le projet original qui suscite la curiosité sera donné samedi 25 juin à 19 h.Intitulé La veuve Rebel à la foire Ville-Marie, il s\u2019agit d\u2019un projet du Nouvel Opéra, organisme réunissant la soprano Su- zie LeBlanc et la chorégraphe Marie-Nathalie Lacoursière.Présenté à Montréal, puis au Festival de Saint-Riquier en France, La veuve Rebel à la foire Ville-Marie est un spectacle de musique, de chant, de danse et de théâtre inspiré par les théâtres de foire du XVIIIe siècle.Il sera composé de trois ballets parodiques sur des musiques de Jean-Fér y Rebel (Les éléments, Les plaisirs champêtres, Ulysse) et ponctué par des extraits de comédies foraines mettant en scène Pierrot et Arlequin.Le Nouvel Opéra nous prévient que «le chant, la danse, le jeu, la déclamation et la prononciation suivront les conventions et l\u2019esthétique de l\u2019époque» et qu'« une chorégraphie de 1704 écrite pour Ulysse sera même intégrée au spectacle».Le Devoir FESTIVAL MONTRÉAL BAROQUE Du 23 au 26 juin 2016 Billets : 514 845-7171 www.montrealbaroque.com MUSIQUE CLASSIQUE Montréal baroque, festival par immersion MONTRÉAL BAROQUE La veuve Rebel à la foire Ville-Marie est un spectacle de musique, de chant, de danse et de théâtre inspiré par les théâtres de foire du XVIIIe siècle.DISQUES JUSTIN TIME C\u2019est Jim West qui le premier a produit Oliver Jones sous toutes les coutures.C\u2019est en 2003 que Susie Napper prenait le risque de créer un festival baroque autour de la fête de la Saint-Jean C A T H E R I N E L A L O N D E «D e m a i n m a t i n , Montréal m \u2019 a t - tend\u2026 » C\u2019est pour dédire cette chansonnette que La Rotonde, depuis 20 ans, diffuse de la danse contemporaine à Québec.Afin que le public puisse voir les créations de l\u2019heure sans se taper trois heures de route.Et afin d\u2019aider à professionnaliser le milieu, en travaillant à ce que danseurs et chorégraphes puissent un jour aspirer à gagner leur vie, au moins en partie, sans s\u2019exiler de leur ville de cœur.« Ce dont on est le plus fiers, c\u2019est d\u2019avoir développé un public pour la danse à Québec, résumait d\u2019emblée en entrevue le directeur général et ar tis- tique de l\u2019organisme, Steve Huot.Ça nous revient, en collaboration avec les ar tistes de Québec, et avec le Grand Théâtre de Québec qui dirige maintenant l\u2019autre programmation de danse ici.Notre public est nombreux, il a grand appétit.Le taux d\u2019occupation moyen de nos salles est régulièrement au- dessus de 80%.» La programmation de La Rotonde vise, année après année, un large auditoire.«On n\u2019est pas dans un esprit laboratoire.On propose au public des expériences de danse contemporaine, mais pas des œuvres expérimentales», poursuit M.Huot, précisant que ça n\u2019empêche pas, à travers les œuvres de Mélanie Demers ou de Catherine Gaudet par exemple, de mettre en question la forme ou la représentation.«Même si on est la deuxième plus grande ville de la province, en ce qui concerne le public on est davantage un grand Rimouski qu\u2019un petit Montréal.Notre public n\u2019est pas spécialisé.» Pendant ses dix premières années, La Rotonde tenait six ou sept spectacles par année, «dont un par un Canadien hors Québec, deux par des artistes de la relève de Québec, un spectacle jeunesse, et souvent un par un artiste intermédiaire de Québec.Ce format, poursuit Steve Huot, ne nous permettait pas d\u2019être représentatifs de l\u2019ef fer ves- cence de la création canadienne, dont Montréal est le principal pôle.En augmentant à neuf spectacles, avec les mêmes subventions, grâce aux partenariats avec d\u2019autres dif fuseurs et en augmentant le nombre de spectateurs payants par spectacle, on a accéléré le développement de public.» Pour cette année anniversaire, La Rotonde se fait le cadeau de présenter 13 spectacles.«D\u2019être un diffuseur itinérant, de ne pas avoir de salle de spectacles, cela nous permet chaque fois de trouver la bonne salle pour le bon show.On utilise cette année huit lieux différents, dont deux qui sont atypiques (il y a un aréna!).» Cent fois sur le plancher Du côté de la professionnali- sation de la danse à Québec, toutefois, le pari aujourd\u2019hui n\u2019est qu\u2019à moitié tenu.« On a connu des années où on sentait l\u2019objectif à portée de main, des années marquées par des projets majeurs \u2014 comme les chorégraphies estivales extérieures ou les projets spéciaux de Karine Le- doyen ou du Fils d\u2019Adrien Danse, analyse le directeur.Il y a eu une effervescence, où la grande activité de quelques chorégraphes générait un impact marqué sur l\u2019embauche.Malgré l\u2019arrivée du programme Première Ovation en 2009, on note un recul.C\u2019est difficile présentement pour les artistes d\u2019ici.Le milieu est très petit.» Et très sensible à l\u2019effet papillon.Il suf fit qu\u2019il arrive quelque chose dans la vie d\u2019un joueur, ou d\u2019un peu de fatigue, pour que tout le secteur, pratiquement, soit atteint.La réalisation et l\u2019intégration de la Maison pour la danse de Québec, où ira habiter La Rotonde dès 2017 si tout va comme prévu, devraient aider tout le monde.La vision sera semblable à celle du centre chorégraphique Circuit-Est, à Montréal.Et le lieu donnera l\u2019accès à six studios de danse, soit le double de ce qui est présentement offert.«Car tout se fait dans un studio, en danse: la formation, l\u2019entraînement, la recherche, la création, la répétition, parfois même la diffusion, illustre M.Huot.Il faut continuer de travailler sur l\u2019écosystème complet: la diffusion, le public, l\u2019enseignement, la pratique personnelle ou amateur des citoyens, la production de spectacles.La Rotonde ne fait pas tout ça.Mais la Maison pour la danse va aider à déployer ce spectre.» Il faudra toutefois encore un petit coup de pouce.Car si plusieurs bâilleurs de fonds ont rendu la réalisation de la Maison pour la danse possible, aucun financement au fonctionnement n\u2019est prévu pour l\u2019instant.« C\u2019est cer tain que les artistes n\u2019ont pas les moyens de payer en location le prix de revient réel des studios, s\u2019inquiète un peu le directeur.Notre stratégie sera d\u2019accueillir la pratique récréative le soir et les fins de semaine, et des activités corporatives pour augmenter les revenus et baisser les tarifs des artistes.Nos principaux enjeux, outre les tarifs compétitifs, c\u2019est d\u2019avoir une réceptionniste en bas et un directeur technique à temps plein, ce qu\u2019on n\u2019a jamais eu\u2026 On parle de quelques dizaines de milliers de dollars au fonctionnement.» Est-ce le vœu d\u2019anniversaire ?Oui.« Que la Maison pour la danse ne soit pas un éléphant blanc, un immeuble vide, mais un lieu qui a un impact sur la pratique artistique», conclut le directeur Steve Huot.Le Devoir La ronde de La Rotonde Tour de piste pour les 20 ans du diffuseur de danse de Québec D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 E 5 m o n t r e a l b a r o q u e .c o m Bureau des festivals et des événements culturels JEAN-FRANÇOIS BRIÈRE Clash, d\u2019Harold Rhéaume, avait été présenté en 2004.La haine facile de la danse «Les gens ne pardonnent pas à la danse contemporaine, analyse le directeur de La Rotonde, Steve Huot.C\u2019est très diffé- rent du cinéma.Quand un spectateur va voir un film qu\u2019il n\u2019aime pas, il ne sort pas de la salle en disant : \u201cJe n\u2019aime pas le cinéma\u201d ! Il a déjà suffisamment vu de films dans sa vie pour savoir que c\u2019est le réalisateur, ou les acteurs, ou le genre, ou cette œuvre-là spécifiquement qui lui a déplu.Alors qu\u2019en danse contemporaine, un spectateur qui a vu quatre spectacles et qui n\u2019aime pas le cinquième, c\u2019est possible qu\u2019il ne revienne plus jamais à la danse.Les gens n\u2019ont pas assez de références, pas assez d\u2019expériences personnelles face à cet art.» L\u2019éducation pourrait-elle aider à pallier cette lacune ? J É R Ô M E D E L G A D O I l faut être un peu joueur et parfois un peu aventureux pour vivre pleinement l\u2019exposition estivale du Centre Phi, Sensory Stories : donner corps au récit à l\u2019ère numérique , inaugurée cette semaine.Les écrans tactiles, les modules interactifs, les webcams et les lunettes de réalité vir tuelle ne donnent pas le choix au visiteur.Il lui faut accepter de jouer le jeu des multiples supports technologiques.Passifs ou peureux, s\u2019abstenir.Bien sûr, un certain nombre des treize œuvres réunies pour l\u2019occasion par Future of Stor yTelling (FoST), organisme de New York, s\u2019expérimentent debout, sagement devant un écran, casques d\u2019écoute sur la tête.Sauf qu\u2019il n\u2019y a pas que ce dispositif.Le cas extrême, celui qui nous attend au bout de la salle d\u2019exposition, exige de faire le mor t, paradoxalement.Pour découvrir Famous Deaths, installation invitant à revivre les quatre dernières minutes de morts célèbres \u2014 John F.Kennedy et Withney Houston, en l\u2019occurrence \u2014, il faut prendre place dans un cercueil.Une fois couché, et après avoir signé une « exonération de responsabilités », le visiteur est poussé et enfermé dans un meuble en inox, digne des plus sérieuses morgues.Le doigt près du bouton de panique, au cas où, conseille la préposée.Si le succès de cette morbide expérience repose sur la volonté du participant et sur sa capacité à passer outre sa claustrophobie et toute la contrainte du dispositif, le récit en sons et en odeurs est des plus classiques.Il est linéaire et fluide.L\u2019ensemble est une mise en scène, bien orchestrée.Tradition orale Selon le directeur de FoST, Charles Melcher, une des prémisses de Sensory Stories consiste pour tant à montrer comment la réalité numér ique a per - mis le retour à des for mes nar rat ives plus proches de la tradition orale.On ne fait pas qu\u2019absorber un récit, on inter vient dans celui-ci, on l\u2019interrompt, on en modifie la tournure.Ceci est possible, ici, devant des histoires sans relief.C\u2019est l\u2019expérience de l\u2019objet qui prime, c\u2019est le jeu qui teinte l\u2019ensemble.À lire les noms des collectifs qui signent les œu- vres, Goodbyeworld Games, Loveshack Enter tainment, Sense of Smell, un « studio », un «development», difficile de ne pas les voir comme des produits en développement.Le résultat tombe parfois à plat.Her Story, jeu vidéo de Sam Barlow, possède une impressionnante banque d\u2019archives vidéo, mais le fil de ce récit policier suscite peu la curiosité.D\u2019autres propositions se perdent dans leur ton hy- perléché.Comme si la possibilité d\u2019imaginer des tableaux 3D devait se traduire par un excès de couleurs, de formes, d\u2019actions.On n\u2019a peut-être pas encore suffisamment de yeux autour de la tête pour apprécier The Turning Forest, film dans lequel on est invité à incarner un enfant.Le meilleur surgit souvent dans la simplicité.C\u2019est le cas de Framed, une animation à cheval entre la bédé et le casse-tête, où l\u2019usager doit trouver la séquence narrative permettant à un gangster d\u2019échapper à la police.Comme tout jeu vidéo, le défi se complexifie au fur et à mesure que l\u2019on réussit les tableaux.Le dessin, lui, demeure simple, n\u2019abuse ni des plans en perspective ni des gadgets.Autre jeu, celui-ci de réalité vir tuelle et inspiré par une bande dessinée du Français Marc-Antoine Matthieu (Le sens), S.E.N.S.VR, se démarque aussi par sa facture minimaliste.Ses plans ouverts, parfois blancs comme un paysage enneigé, ne manquent pourtant pas de sensations for tes.Le par ticipant n\u2019a qu\u2019à suivre du regard l \u2019orientation désignée par une flèche pour plonger dans un labyrinthe d\u2019espaces et une succession de changements d\u2019échelle des plus étonnants.Exotisme L\u2019autre proposition de réalité vir tuelle qui étonne est un voyage dans l\u2019exotisme, au large de l\u2019île de Bornéo.Nomads : Sea Gypsies surprend parce qu\u2019elle repose essentiellement sur la contemplation.Sa facture documentaire, proche de la subjectivité d\u2019un Johan van der Keuken, prend racine dans des images du quotidien.Or l\u2019apport du gadget technologique est minime.Vrai, la caméra de der Keuken ne permettait pas de filmer dans les années 1960 à 360 degrés.Désormais, le spectateur peut choisir son angle de vue.Il reste néanmoins dépendant du lieu de tournage choisi par les cinéastes.Sa subjectivité ne remplace pas celle de la caméra.Sensory Stories est ainsi parsemée de paradoxes.Dans Famous Deaths, on subit davantage un récit qu\u2019on l\u2019anime.Pour tant, ce sont les quatre minutes qui feront le plus jaser de toute l\u2019expo.Il est vrai que cette installation immersive est la seule à exclure le sens de la vision et impose à celui qui s\u2019y aventure l\u2019obligation de faire appel, plus que jamais, à son imaginaire.Car ailleurs, ce sont les yeux qui sont le plus sollicités.Mais dans un rôle plutôt passif, excepté peut-être dans S.E.N.S., où le regard déclenche l\u2019action.Autre paradoxe : dans une expo censée donner au visiteur un rôle actif, il est pour le moins étrange que celui-ci dépende plus que jamais du personnel en place.Ne serait-ce que pour placer les lunettes, expliquer, guider, faire patienter, voire régler un pépin technique\u2026 Puis, il y a l\u2019universalité de la technologie de pointe qui entraîne, paradoxalement, une banalisation de la diversité linguistique.Dans le monde de l\u2019ar t numérique, déjà notoire dans la biennale qui lui est consacrée actuellement à Montréal, l\u2019anglais est pratiquement seul.Collaborateur Le Devoir SENSORY STORIES : DONNER CORPS AU RÉCIT À L\u2019ÈRE NUMÉRIQUE Centre Phi, 407, rue Saint-Pierre, jusqu\u2019au 21 août Histoires numériques Au Centre Phi, la réalité virtuelle peut aussi être simple et fascinante L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 DE VISU E 6 C U L T U R E L'exposition Des chevaux et des hommes, mettant en valeur des objets de la collection Émile Hermès de Paris, est réalisée par Pointe-à-Callière en collaboration avec la maison Hermès.350, place Royale Vieux-Montréal (Québec) H2Y 3Y5 pacmusee.qc.ca Œuvre de Christian Renonciat © Studio Sébert UNE EXPOSITION ORGANISÉE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL ET THE PHILLIPS COLLECTION, WASHINGTON (DC).HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, L\u2019ANGLAIS AU MOULIN ROUGE (DÉTAIL), 1892.COLLECTION PARTICULIÈRE.PHOTO PETER SCHÄLCHI À VISITER DÈS AUJOURD\u2019HUI ! MBAM.QC.CA Importante exposion Maîtres Québécois : Alleyn, Ferron, Gagnon, Hurtubise, Lemieux, McEwen, Riopelle, Suzor?Côté Jusqu\u2019au 18 juin, du mardi au samedi, de 11h à 17h Toutes les oeuvres sont disponibles pour achat 2160, rue Crescent, Montréal, H3G 2B8, (514) 842-1270 lafitte@lafitte.com \u2013 www.lafitte.com Jean McEwen, \u201cCages d\u2019île n°3\u201d 1974, huile sur toile, 50\u201d x 70\u201d www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Aux États-Unis, les 12 et 13 août, l\u2019art gravé de Dürer et Rembrandt à Glens Falls spectacle inédit au SARATOGA PERFORMING ARTS CENTER L\u2019OISEAU DE FEU de Stravinsky : musique et marionnettes et le BREAD AND PUPPET MUSEUM au Vermont Période d\u2019inscription prolongée Au Québec, la CÔTE-DU-SUD, du 1er au 4 septembre de la seigneurie au patrimoine religieux les cors de chasse de la Messe de Saint-Hubert le MUSÉE DE LA MÉMOIRE VIVANTE Places disponibles LOVESHACK ENTERTAINMENT Framed est une animation à cheval entre la bédé et le casse-tête, où l\u2019usager doit trouver la séquence narrative permettant à un gangster d\u2019échapper à la police.Le cas extrême, celui qui nous attend au bout de la salle d\u2019exposition, exige de faire le mort, paradoxalement A R T S V I S U E L S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 E 7 LUMENS Musée régional de Rimouski 35, rue Saint-Germain Ouest Jusqu\u2019au 25 septembre M A R I E - È V E C H A R R O N S olide et sympathique, l\u2019exposition thématique fraîchement inaugurée au Musée régional de Rimouski s\u2019imposera comme escale sur la route des visiteurs pendant la belle saison.Autour de la lumière, élue pour fil conducteur, il y avait embarras du choix et le danger de ratisser trop large, un piège qu\u2019a su éviter la conservatrice de l\u2019art contemporain Ève de Garie- Lamanque.Elle a ciblé un corpus misant sur le voisinage fructueux entre les œuvres de 11 artistes, proposant des rapprochements parfois évidents, mais pourtant jamais concrétisés, par exemple entre les toiles de Pierre Dorion et les photos de Yann Pocreau.Dans la sélection, les œu- vres exploitent la lumière comme sujet et matériau à part entière, s\u2019inscrivant dans une tradition ouverte au début du XXe siècle, mais véritablement incarnée plus tard dans les années 1960, comme le souligne la commissaire dans un court essai, avec Dan Fla- vin et ses sculptures de tubes fluorescents.Elle aurait pu aussi évoquer Moholy-Nagy, dont le Modulateur espace-lu- mière (1922-1929) s\u2019of frait telle une sculpture cinétique en métal et en verre, découpant la lumière en motifs projetés sur les murs et devenant par la suite le sujet même de photographies.Plusieurs œu- vres de l\u2019exposition examinent justement ce terreau fertile au confluent de la photographie et de l\u2019espace.Œuvres de Serge Tousignant Les photos en série bien connues de Serge Tousignant ouvrent l\u2019exposition avec ses « dessins solaires » et ses « géométrisations solaires », dont les variations explorent les dessins d\u2019ombres portées de miniatures sculptures in situ.La non-lumière devient un agent de production tandis que chez Yann Pocreau, de la série Chantier, la lumière trop vive gomme les détails de l\u2019architecture, octroyant aux images les qualités d\u2019abstractions picturales.À côté, les photos de James Nizam s\u2019intéressent aussi aux espaces faisant apparaître en leur sein des composantes graphiques étonnantes grâce à des interventions calculées, exploitant le flash, les expositions multiples ou des trouées pour découper la lumière.L\u2019exposition tisse ainsi des liens entre les œuvres pour lesquelles la technique photographique est au cœur des processus de production et de la réflexion soulevée.Les œu- vres de Jacinthe Lessard-L.et d\u2019Alison Rossiter font un usage non traditionnel des papiers photosensibles, parfois très anciens, dont elles tirent des œuvres uniques développées en chambre noire.Trois œuvres de la remarquable série Dark Rooms de David K.Ross sondent quant à elles l\u2019épaisse obscurité des salles de conservation muséales, révélant des œuvres remisées à l\u2019abri du regard et, pense-t-on, de toute lumière.La judicieuse construction du parcours se confirme dans la seconde salle avec les œuvres de Pierre Dorion, de Sophie Bélair Clément, de Kelly Richardson et, à nouveau, de Pocreau.Ces œuvres mettent l\u2019accent sur la réception, soulignant le caractère relatif de la perception des couleurs, possibles grâce à la lumière, et sur les conditions physiques de rencontre entre le spectateur et l\u2019œuvre, que ce soit son champ de vision (Richardson) ou les espaces d\u2019exposition eux-mêmes, et leur découpage par la lumière naturelle ou artificielle (Dorion), faisant écho à l\u2019expérience vécue en temps réel.La figure historique de Fla- vin surgit avec l\u2019œuvre de Bélair Clément.Elle a retenu la dimension sonore de son expérience de The Nominal Three (1963), qu\u2019elle a enregistrée en déambulant devant, là où elle se trouve exposée à Munich, et qu\u2019elle a fait interpréter par des musiciens.Le travail du sculpteur minima- liste vient aussi à l\u2019esprit devant les œuvres de Laurent Lé- vesque, dont la série Daylight campe des tubes fluorescents, ici dans un corridor latéral fenestré du musée qui permet une proximité physique, mais qui s\u2019apprécie également du regard de l\u2019extérieur, tout comme dans deux autres endroits de la ville.Les interventions in situ de l\u2019ar tiste, reproduisant la lumière du jour, confrontent la lumière naturelle et celle artificielle ambiante.Le ciel et sa luminosité sont d\u2019ailleurs appelés dans le futur à se transformer sous l\u2019ef fet des polluants, incluant l\u2019éclairage artificiel, évoque non sans vertige l\u2019œuvre conceptuelle de Jennifer Rose Sciarrino, la plus discrète mais non la moindre pièce de l\u2019exposition.Collaboratrice Le Devoir Tout en lumière L\u2019exposition de groupe Lumens inaugure l\u2019été au Musée régional de Rimouski BIRCH CONTEMPORARY Thought Form (Fan) de James Nizam Margherita Buy était déjà de la distribution d\u2019Habemus pa- pam et du Caïman.«Pourquoi je l\u2019ai choisie pour incarner mon rôle dans Mia madre ?Parce qu\u2019elle est meilleure que moi [rires].C\u2019est une actrice extraordinaire.J\u2019estimais aussi plus intéressant de confier à un personnage féminin le type de rôle [celui d\u2019un metteur en scène] traditionnellement identifié à des figures masculines, et à un acteur le rôle dévolu d\u2019habitude à une actrice au cœur du film dans le film.» L\u2019interprète cabotin et vaniteux du navet tourné par la réalisatrice, c\u2019est John Turturro, grand familier des films des Coen, que Moretti avait rencontré à Cannes plusieurs années auparavant.« Il porte une folie en lui.Et j\u2019aime sa connexion avec l\u2019Italie.Ses parents étaient italiens.Il a déjà travaillé avec Francesco Rosi [dans l\u2019adaptation de La trêve de Primo Levi en 1997] et réalisé un documentaire sur les chansons napolitaines.Il a bien compris le rôle et improvisé à l\u2019occasion des scènes que j\u2019ai conservées, comme son cauchemar d\u2019être assassiné par Kevin Spacey.» Une note d\u2019ironie «Tous mes films sont des œu- vres personnelles, précise Mo- retti.Sur Habemus papam, tout le monde attendait quelque chose de dif férent, de plus critique [à l\u2019instar de son Caïman sur Sylvio Berlusconi], mais j\u2019ai fait un film sur un homme.Le public espère des scénarios déjà formatés, alors que les miens abordent les sentiments, même ceux qui paraissent les plus éloignés de mon univers.Mia madre traite de la confusion du personnage central et de sa conscience.Le personnage de Margherita éprouve le même sentiment d\u2019urgence au chevet de sa mère que sur le plateau.En même temps, elle est hantée par une mémoire.Ses fantômes l\u2019habitent.» Pour Nanni Moretti, le cinéma, même à l\u2019heure de mettre en scène des pans de sa vie intime, n\u2019est jamais une catharsis.« Ce n\u2019est pas un exercice thérapeutique et je ne saurais vivre le deuil de ma mère à travers lui.C\u2019est un film.Basta ! Mais j\u2019écris à partir de mes expériences, de mes névroses, de mes frustrations, ajoutant une ironie à mon bagage : celui d\u2019un homme de la classe moyenne à Rome.» Si, plus jeune, à travers des films comme Ecce bombo, Pa- lombella rossa, Caro diario ou Aprile, sur la naissance de son fils, la mort était moins présente dans son œuvre, elle a fini par atteindre le champ de ses obsessions.« Mais je l\u2019ai abordée dif féremment dans La chambre du fils que dans Mia madre.La mort d\u2019une mère est plus naturelle que celle d\u2019un enfant.Quoique dans les deux cas les proches ne croient pas à une vie après la vie, ce qui rend le dépar t plus douloureux.» Alors que ses compatriotes Paolo Sor- rentino et Matteo Garrone ont tâté du film en anglais avec une distribution internationale, ne comptez pas sur Nanni Moretti pour laisser tomber l\u2019italien.« Je n\u2019ai jamais pensé faire un film dans une langue autre que la mienne, dit-il.Même quand je jouais avec le Français Michel Piccoli dans Habemus papam ou avec l\u2019Américain John Tur- turro dans Mia madre, l\u2019usage de l\u2019italien s\u2019imposait.Les films internationaux sont hybrides, qu\u2019ils connaissent le succès ou pas.Et les miens sont des lettres d\u2019amour à Rome, par processus naturel, car c\u2019est ma ville.» Impossible d\u2019apprendre sur quoi planche Moretti.« Il y a toujours entre deux projets une période de transition, répond-il.Je dois me vider du film précé- dent et me remplir du nouveau.Je ne sais pas de quoi le prochain sera fait.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 MORETTI «Je n\u2019ai jamais pensé faire un film dans une langue autre que la mienne» AU NOM DE MA FILLE ?Drame de Vincent Garenq.Scénario : Vincent Garenq et Julien Rappeneau.Avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil.Image : Renaud Chassaing.Montage : Valérie Deseine.Musique : Nicolas Errera.France, Allemagne, 2016, 90 minutes.O D I L E T R E M B L A Y C inéaste abonné aux reconstitutions de brûlants faits divers qui remettent en cause le système de justice et les errements de la France, Vincent Garenq nous avait déjà donné Présumé coupable, sur l\u2019huissier de l\u2019affaire d\u2019Ou- treau, victime d\u2019une erreur judiciaire, et L\u2019enquête, sur le journaliste qui fit la lumière sur le scandale fiscal de la société Clairstream.Dans cette même veine, et toujours avec un por trait de résilience de ses héros, il remonte le combat obsessionnel sur 30 ans d\u2019un père, André Bamberski, pour faire écrouer le beau- père de sa fille Kalinka, le docteur allemand Dieter Kom- bach, responsable du viol et de la mort de la jeune fille en 1982.Le film donne la vedette à Daniel Au- teuil, remarquable de souf france et de q u a s i - f o l i e , e n homme qui ne lâche jamais le morceau, quitte à y laisser ses amours et son travail, alors que l\u2019État français et l\u2019État allemand sont de mèche pour couvrir le meurtrier.Ce film classique, au scénario efficace, à la réalisation convenue mais sans temps mor ts, qui remonte minutieusement et avec beaucoup de compassion pour le personnage principal cette ahurissante af - faire, est porté par son excellente distribution, même si on eût préféré une plongée psychologique plus profonde dans les déchirements de ses personnages, dont on ne perçoit pas les mutations au fil du temps.Marie-Josée Croze, en épouse bientôt divorcée et manipulée par son nouveau conjoint, qu\u2019elle s\u2019obstine à croire innocent, l ivre une prestation pleine de fragilité et d\u2019obstination.Sébastien Koch, en séducteur et violeur impénitent au visage impénétrable, demeure la figure de mystère.Dans l\u2019ombre de cette af faire, Christelle Cornil in- car ne avec une f i - nesse inquiète la nouvelle compagne d\u2019André Bamberski.L\u2019af faire Kombach est en e l l e - m ê m e nourrie de rebondissements, puisque le père ira jusqu\u2019à faire enlever et tabasser celui qu\u2019il traque.Les scènes de cour de justice, souvent assommantes à l\u2019écran, ici dynamiques, participent, comme les flash-back, les déplacements entre les pays et les personnages secondaires pris un moment dans les filets de cette affaire, au rythme général.Du Maroc, où vit d\u2019abord le couple Bamberski, à la France et l \u2019Allemagne, Au nom de ma fille roule dans l\u2019espace et le temps davantage qu\u2019en profondeur.Si Daniel Auteuil domine le film, le scénario ne lui permet pas de nous faire saisir tous les tenants et aboutissants de la monomanie qui habite son personnage.Et on comprend mal comment la France et l\u2019Allemagne, si coupables dans cette affaire, n\u2019ont pas eu à répondre du travail de sape qui déshonore leur système de justice.Le Devoir Un homme seul face à la justice corrompue L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 J U I N 2 0 1 6 CINEMA E 8 C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944 FRANCOFONIA, LE LOUVRE SOUS L\u2019OCCUPATION 8,50 $ d\u2019Alexandre Sokourov (France-Russie) Animation : Michel Coulombe Le lundi 20 juin | 16 h et 19 h 30 DEPROGRAMMED ?Documentaire de Mia Donovan.Canada, États-Unis, 2015, 85 min.A N D R É L A V O I E Les documentaristes ressemblent à des marathoniens, mais ils arrivent souvent à point nommé pour enrichir le débat public, et Mia Donovan (Inside Lara Roxx) vise juste avec Deprogrammed.Por trait désolant d\u2019une longue époque erratique et paranoïaque, il apparaît aussi comme le reflet du temps présent: enlevez la Bible, ajoutez le Coran, et vous êtes devant une même jeunesse déboussolée, prête à tronquer sa liberté pour des certitudes autodestructrices et dévastatrices.La quête de vérité de la cinéaste s\u2019inscrit d\u2019abord dans une démarche intime, familiale : au début des années 1990, son demi-frère Matthew, adepte de heavy metal, fut «déprogrammé» par Ted Patrick, une figure célèbre de cette technique que l\u2019on qualifierait au- jourd\u2019hui de «déradicalisation».Alors que florissaient les sectes religieuses et les communautés hippies en Californie au temps de Richard Nixon et de la guerre au Vietnam, Patrick utilisait alors la méthode forte: il kidnappait ceux et celles qu\u2019il considérait comme des otages psychologiques, avec la bénédiction des parents, comme pour Matthew, que Donovan n\u2019avait pas revu depuis 20 ans.Vous constaterez, tout comme elle, le pouvoir limité de ce guérisseur qui a fait de nombreux séjours en prison, pour mieux recommencer dès sa sortie.Victimes de manipulation La détermination de Ted Patrick, aujourd\u2019hui au soir de sa vie, apparaît dans une suite d\u2019entrevues télévisées, mais surtout lors de nombreuses séances captées sur le vif et intercalées des propos de ses « patients » quelques décennies après les faits.Tous posent un regard à la fois ému, troublé et embarrassé sur cette période de leur existence, évoquant la manipulation dont ils ont été les victimes ou l\u2019intolérance de leurs parents devant leurs choix de vie.C\u2019est un des points forts de ce remarquable documentaire, non seulement riche en archives éloquentes et en entrevues émouvantes, mais abordant ce sujet sans diaboliser, ou ridiculiser.Car l\u2019affaire est trop complexe pour que Mia Donovan ne s\u2019avance autrement qu\u2019en établissant les nuances qui s\u2019imposent: une communauté basée sur les bienfaits de la méditation est-elle à mettre sur le même pied que le Temple du Peuple de Jim Jones?Par ailleurs, l\u2019auteur du célèbre massacre de Jones- town en Guyane en 1978 a donné à Ted Patrick une légitimité plus grande, surtout auprès de parents aux abois devant leurs enfants qui faisaient un solide pied de nez à leurs valeurs.Ceux qui voient aujourd\u2019hui leur progéniture partir pour la Syrie éprouvent le même désarroi.Rick Ross, un autre « déprogram- meur », critique envers les méthodes musclées de Ted Patrick, reconnaît son rôle de pionnier, mais souligne qu\u2019il faut départager l\u2019endoctrinement de la dynamique familiale.Par sa seule présence, et ses propos parfois incendiaires, Matthew balaie du revers de la main l\u2019aide de son soi-disant sauveur.Mia Donovan est attentive à sa douleur, sans pour autant céder au manichéisme.Son regard sensible et intelligent devant pareil phénomène devrait tous nous inspirer.Collaborateur Le Devoir Perdre la foi, retrouver la liberté EYE STEEL FILM Un remarquable documentaire qui aborde le sujet sans diaboliser ou ridiculiser SUNSET SONG ?1/2 Drame de Terence Davies.Avec Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie, Jack Greenless et Daniela Nardini.Grande- Bretagne, 2015, 135 minutes.M A N O N D U M A I S A dapté en feuilleton en 1971 pour la BBC, le roman de Lewis Grassic Gibbon publié en 1932 revit avec splendeur sous la direction du cinéaste anglais Terence Davies (Voix lointaines, vies immobiles , Les heureux de ce monde).Alors que la série de six épisodes se déroulait au gré d\u2019un r ythme plutôt soutenu, mettait en scène des personnages truculents et com- por tait quelques traits d\u2019humour, le long métrage de Davies rappelle l\u2019univers des sœurs Brontë tel que visité par Téchiné en 1979.D\u2019un rythme contemplatif, porté par la douce voix de la narratrice, Sunset Song s\u2019avère une grande fresque romantique, traversée par quelques soubresauts épiques, où le souffle du vent et les lamentations de la cornemuse prennent autant d\u2019importance que les dialogues.Magnifiquement photographié par l\u2019Écossais Michael McDonough (Winter\u2019s Bone, Albert Nobbs), ce film introspectif évoque par sa lumière et par la composition de ses cadrages les tableaux de Vermeer.Campé dans l\u2019Écosse du début du XXe siècle, Sunset Song s\u2019annonce d\u2019abord comme une douloureuse chronique familiale.Il y a le père, John Guthrie, paysan colérique et violent ; la mère, Jean (Daniela Nardi), lasse des rigueurs de la vie campagnarde ; l\u2019aîné Will (Jack Greenless), sans cesse tourmenté et humilié par son père; et sa cadette Chris (l\u2019ancienne top-modèle Agyness Deyn, nuancée), qui rêve d\u2019être institutrice.L\u2019illustration se fait abrasive, les personnages sont peu attachants et leurs comportements sont parfois irrationnels.Portrait On pénètre dif ficilement dans ce monde où l\u2019émotion est tantôt retenue, tantôt exaltée, où les malheurs se succèdent avec fulgurance.Très tôt, Sunset Song se transforme heureusement en un délicat portrait d\u2019une jeune fille farouchement indépendante, insoumise, sensuelle, qui sera pourtant forcée de sacrifier ses idéaux.Entre alors en scène celui qui deviendra l\u2019homme de sa vie, Ewan Tavendale (Kevin Guthrie).La romance, charnelle et passionnée, n\u2019aura rien d\u2019une bluette pour midinettes.Puis, ce sera la Grande Guerre et ses lourdes répercussions.Relatant six ans dans la vie de Chris, Sunset Song trace par touches impressionnistes les embûches auxquelles étaient confrontées les femmes à l\u2019époque, prisonnières d\u2019une société repliée sur elle-même, pétrie de préjugés à leur endroit.Malgré les souffrances, les sacrifices, Chris demeure au final une figure noble et Sunset Song, le récit édifiant d\u2019une lente rédemption.Le Devoir L\u2019un des plus grands romans écossais prend vie CINÉMA DU PARC Sunset Song est aussi le délicat portrait d\u2019une jeune fille farouchement indépendante.AZ FILMS Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil L\u2019affaire Kombach est en elle-même nourrie de rebondissements, puisque le père ira jusqu\u2019à faire enlever et tabasser celui qu\u2019il traque Portrait désolant d\u2019une longue époque erratique et paranoïaque, il apparaît aussi comme le reflet du temps présent "]
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