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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-06-25, Collections de BAnQ.

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[" G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É I l suffit parfois d\u2019un titre pour cristalliser une impression.Par exemple, Time qui dit de Jonathan Franzen qu\u2019il est le «Great American Novelist », ou encore que Daniel Day-Lewis est «The World\u2019s Greatest Actor », point barre.L\u2019image frappe, l\u2019image s\u2019imprime.C\u2019est un peu ce qu\u2019a réussi en septembre 2013 le magazine Esquire en consacrant un long portrait à Gregory Porter, désigné comme l\u2019«America\u2019s Next Great Jazz Singer».Rien de moins, et pas d\u2019erreur possible.Vous cherchez la voix masculine du jazz d\u2019aujourd\u2019hui et de demain ?C\u2019est lui, 44 ans et une casquette-chapeau comme signe distinctif (semble-t-il pour couvrir les cicatrices d\u2019une chirurgie).En fait, Esquire ne faisait alors qu\u2019emprunter une expression utilisée un mois plus tôt par NPR (la radio publique américaine) pour définir l\u2019imposant chanteur californien.Et en remontant un peu plus loin dans les archives médias, on constate vite que le crescendo d\u2019éloges envers Porter était déjà bien entamé.Ce même été 2013, Porter avait d\u2019ailleurs mis le feu au Club Soda et laissé une salle comble sur l\u2019impression qu\u2019on venait d\u2019assister à quelque chose d\u2019unique et de durable: le genre de concert qui marque les esprits.La puissance de la présence, la force et la sensibilité du chant, l\u2019intelligence de l\u2019interprétation, le groove tranquille de ce jazz habillé de soul, le charisme général, tout était là.Et d\u2019autant plus remarquable que Porter est à peu près la seule voix masculine (avec Kurt Elling et José James, disons) du jazz actuel.Si la carrière musicale de l\u2019ex-joueur de football universitaire a été lente à décoller, elle génère depuis trois ou quatre ans un succès que l\u2019on voit rarement pour un artiste jazz.Porter fait partie des privilégiés qui fédèrent tant la critique que le public, contribuant comme d\u2019autres (Brad Mehldau, Rober t Glasper, Esperanza Spalding, Kamasi Washington, ou Herbie Hancock avant eux) à élargir le bassin de ceux disposés à tendre l\u2019oreille au genre.Entre autres mesures du succès de Porter, mentionnons que ses deux premiers albums ont été en nomination aux Grammys pour le meilleur album de jazz vocal, que le troisième (Liquid Spirit) a remporté le trophée en 2014, que les critiques du prestigieux magazine Downbeat l\u2019ont nommé artiste jazz émergent de l\u2019année et chanteur jazz émergent de l\u2019année en 2013\u2026 avant de lui accorder les mêmes prix l\u2019année suivante, mais cette fois sans la mention «émergent ».Et surtout : ces ventes d\u2019un million d\u2019albums pour Liquid Spirit, chose doublement rare en ce sens où l\u2019on parle d\u2019un disque classé jazz et d\u2019une époque où l\u2019industrie discographique est en pleine crise existentielle.Et ceci menant à cela \u2014 ou l\u2019inverse \u2014, Gregory Porter Gregor y Por ter est un cas rare, et à plusieurs égards : chanteur jazz dans un univers dominé par le chant féminin, voilà déjà une particularité.Mais surtout : un jazzman qui vend un million d\u2019albums ?Et qui fait danser les foules dans les clubs ?On touche ici au phénomène.S H A W N P E T E R S Début du Festival Orford avec Wonny Song Page E 3 Mathieu Bock-Côté entre en dissidence Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 LAURENT EMMANUEL AGENCE FRANCE-PRESSE Philippe Djian, le 21 mai 2016 à Cannes, pour la présentation du film Elle de Paul Verhoeven, une adaptation de son roman «Oh.» FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL « Ce qui rend le jazz différent, c\u2019est que vous ne pouvez deviner où il va : c\u2019est une musique de liberté» D A N I E L L E L A U R I N à Paris P lace Saint-Sulpice, j\u2019attendais Philippe Djian au calme, à l\u2019intérieur du Café de la mairie.Il s\u2019est installé à la terrasse.Moment de flottement.On aurait dit le point de départ d\u2019un de ses romans.De malentendu en quiproquo, on ne sait jamais à quoi s\u2019attendre avec ses personnages toujours un peu à côté de la plaque.L\u2019imprévisible est roi.Et la plupart du temps ça tourne mal.Avec cassage de gueules à l\u2019avenant.«Bonjour, c\u2019est Philippe Djian.» Sa voix voilée au téléphone m\u2019a vite ramenée dans la réalité de l\u2019instant.Je l\u2019ai rejoint au milieu de l\u2019agitation quotidienne.Va-et-vient constant de passants ponctué de pimpons, de pétarades de moteurs et de volées de cloches provenant de l\u2019église Saint-Sulpice à côté.De toute évidence, il était dans son élément.« Tout le monde peut assister à une scène étrange, merveilleuse ou banale.Ça devient intéressant à partir du moment où on a un regard particulier dessus.» C\u2019est ce que le romancier de 67 ans s\u2019applique à faire depuis ses débuts dans l\u2019écriture il y a une trentaine d\u2019années.C\u2019est aussi ce qu\u2019il enseigne dans les ateliers d\u2019écriture qu\u2019il dispense depuis quelque temps à des avocats, journalistes, étudiants ou autres, à Paris et à Genève.« J\u2019essaie de les orienter en leur disant : travaillez le regard ; déjà, vous aurez résolu 99% du travail d\u2019un écrivain.» À la limite, pour lui, n\u2019importe quelle scène se vaut.«Sauf qu\u2019il faut savoir où on se met pour la regarder, comment on choisit l\u2019angle», insiste-t-il entre deux bouffées de cigarette électronique.C\u2019est de biais qu\u2019il aborde le plus souvent la faune humaine dans ses romans.En cherchant ce qui achoppe, ce qui échappe aux convenances.Qu\u2019il s\u2019agisse de relations amoureuses, sexuelles, amicales, professionnelles ou familiales, son angle d\u2019approche est toujours plus ou moins tordu.Il en convient et s\u2019en amuse.« Si ce n\u2019est pas tordu, ça ne m\u2019intéresse pas.» Tordre le cou aux codes sociaux, par l\u2019entremise de personnages sans foi ni loi, c\u2019est ce qui allume l\u2019auteur de 37°2 le matin par-dessus tout.Tant pis si on le juge provocateur.Peu importe si ça choque.Ou tant mieux.Prenez son nouveau roman, Dispersez-vous, ralliez-vous !.Au début, l\u2019héroïne et narratrice, une ado asociale du nom de Myriam, vit seule avec son père.La mère a disparu dans le décor il y a longtemps, le grand frère s\u2019est fait mettre à la porte par le paternel après avoir foutu le bordel chez les voisins.Entendre qu\u2019il a couché avec la voisine, une femme âgée, dont on apprend dès la première page qu\u2019elle a fini par se suicider.Démunie, mais libre Repliée sur elle-même, Myriam vit dans l\u2019attente fantasmée du retour de sa mère et de son frère.«Elle ne demande qu\u2019à s\u2019ouvrir au monde, sauf qu\u2019elle n\u2019a aucun repère, précise l\u2019auteur.On ne lui a rien expliqué sur la vie, sur ce que c\u2019était qu\u2019être une jeune fille, sur ce que c\u2019est que d\u2019avoir un rapport avec les autres.Les problèmes du bien et du mal, elle ne sait pas ce que c\u2019est non plus.» Ce qui peut paraître chez cette jeune fille comme un manque, une faiblesse, Philippe Djian en fait une force.« Elle est obligée de se construire par elle-même, elle n\u2019est pas embarrassée par les repères de la société.Elle est démunie, oui.Mais elle est libre, en même temps.» Libre, l\u2019héroïne et narratrice de son roman « Oh\u2026 », paru il y a quatre ans et récemment adapté au cinéma avec Isabelle Huppert sous le titre Elle, l\u2019est aussi, plaide Philippe Djian.C\u2019est bien ce qui dérange selon lui.Victime de viol, cette femme dans la cinquantaine décide de ne pas porter plainte à la police.Et elle choisit de ne pas opter pour la vengeance quand elle découvre qui est son agresseur.Pire, elle s\u2019envoie en l\u2019air avec lui\u2026 Le tordeur Philippe Djian « Si ce n\u2019est pas tordu, ça ne m\u2019intéresse pas » VOIR PAGE E 6 : DJIAN VOIR PAGE E 2 : POR TER GREGORY PORTER Le phénomène a été sollicité par l\u2019immensément populaire duo britannique de pop/house Disclosure pour co-écrire une chanson, Holding On, qui a fait danser bien des gens l\u2019été dernier : r ythme assassin.Cer taines chansons de Porter ont également été reprises (en remix) par des artistes R & B ou appartenant au monde de l\u2019EDM (electronic dance music).Mille manières C\u2019est d\u2019ailleurs Holding On qui ouvre le nouvel album que Porter présentera à Montréal, Take Me to the Alley.Mais la chanson est ici complètement autre, un soul épuré qui gagne en émotion ce qu\u2019il perd en tempo.Version pur jus Porter.Il y a deux ans, il confiait au magazine GQ que c\u2019est précisément ce qu\u2019il aime du jazz, cette possibilité \u2014 ce besoin \u2014 de ne jamais faire les choses à l\u2019identique.« Ce qui rend le jazz dif férent, c\u2019est que vous ne pouvez deviner où il va : c\u2019est une musique de liber té.Au moment où vous pensez que vous savez ce que vous allez entendre, il va y avoir un tournant imposé par un musicien.Et même si vous jouez avec les mêmes musiciens depuis des années, il y a toujours quelque chose de nouveau.Vous chantez en arrière du temps, ou en avant ; plus vite ou plus lentement.Vous changez le rythme, la tonalité.Il y a un nombre infini de manières de jouer que vous pouvez constamment changer.» À Downbeat, il disait récemment se sentir « mal pour les chanteurs populaires de qui on attend qu\u2019ils chantent la même chanson dans la même tonalité 20 ans après l\u2019avoir écrite ».Très peu pour lui.Take Me to the Alley montre u n G r e g o r y P o r t e r q u i creuse plus profondément les sillons de son ar t, sans en modifier les contours.On note la richesse du grain de la voix ; l\u2019âme qu\u2019il insuf fle à ses interprétations ; les atours très soul de l\u2019ensemble de la proposition ; la filiation jazz dans les arrangements ; son sens a igu de l a mélod ie .On note surtout quel excellent compositeur Porter est.Sur des rythmes ef ficaces (Don\u2019t Lose Your Steam, notamment) ou des ballades senties, il plante des textes intelligents qui dévoilent une grande sensibilité sociale dont il attribue lui-même le mérite à sa défunte mère.Celle-ci a élevé seule sept enfants dans une ville (Bakersfield) que Gregory Porter qualifie de « chaude, poussiéreuse et raciste » \u2014 mais où il vient de déménager sa fami l le , après quelques années à Brooklyn.Cet environnement difficile a eu du bon pour lui dans sa jeunesse, racontait - i l à Downbeat il y a deux ans.«On m\u2019a traité de nègre plusieurs fois.Mais [j\u2019ai aussi été en contact avec] la riche tradition gospel-blues qui venait avec la population noire » et le fait de fréquenter une Église.Un héritage qui s\u2019entend dans tout ce que Porter fait \u2014 mais jamais autant que sur scène.À constater de nouveau la semaine prochaine en ouverture du Festival international de jazz de Montréal.Le Devoir En spectacle au FIJM le 29 juin, au théâtre Maison- neuve à 20 h.Première partie : Jaime Woods.Dif fusé en direct sur la chaîne Mezzo Live HD.CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 2 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Les 12 et 13 août À Saratoga Springs, État de New York, UN BALLET EN MARIONNETTES GÉANTES et, au Vermont, le BREAD & PUPPET MUSEUM Période d\u2019inscription jusqu\u2019au 11 juillet _____________ Du 1er au 4 septembre La CÔTE-DU-SUD du fleuve Saint-Laurent de la seigneurie au patrimoine religieux Prix spécial jusqu\u2019au 1er juillet Détails sur demande F aut-il à tout prix bronzer idiot ?Grave question existentielle qui pourrait titiller le futur vacancier s\u2019il s\u2019arrêtait une minute pour se la poser.Balayant les remises en cause, il a tendance à se rêver plutôt en lézard géant au pied du barbecue qui fume.Retour au Crétacé des grands sauriens, sans la lutte féroce pour la survie, sinon le sempiternel combat sans merci entre voisins armés de tondeuses à gazon.Bronzer idiot ?« Oui, oui, oui, entend-on, réflexion faite, résonner de toutes par ts.Et vite, à part ça ! » Au lendemain de la Saint- Jean sonne pour plusieurs le début d\u2019une longue (ou trop cour te) récréation, qui sera lascive, aquatique, diver tis- sante, apathique, hilarante et bien arrosée.Promis ! Juré ! Rien de moins ! Rien de plus ! La société entière, la télé, la pub, les hautes instances du loisir et du faites-comme-tout- le-monde font miroiter les joies du farniente absolu au lac comme en banlieue, ou du saut pépère sous des cieux cléments, s\u2019il en subsiste encore sur la planète en folie.Quant aux citadins pur jus (ou trop désargentés pour prendre le large), une surabondance de Montréal en festivals menace de les assommer plus efficacement que le soleil, à coups de violents décibels.Alerte ! Le cerveau, organe fragile et capricieux, pourrait refuser de reprendre du service à la rentrée, ses neurones atrophiés sous d\u2019excessifs replis.Reste à s\u2019insurger contre la tyrannie de l\u2019air du temps qui invite son monde à arpenter les mêmes autoroutes balisées, là où les avenues de découvertes artistiques se font pourtant si douces aux heures perdues.Tenez ! Dans le registre «On sort au cinéma ! », faut-il vraiment un soir de canicule s\u2019enfiler le pop corn et le Coke diète pour mieux affronter \u2014 la grosse campagne de pub vous crie d\u2019y courir \u2014 les dérives sexuelles ratées des 3 p\u2019tits cochons 2 ?Il y a plus drôle et plus inspirant, on vous prévient comme ça\u2026 Quant au Bon gros géant de Steven Spielberg, première alliance du grand Américain avec Disney, autant prévenir votre progéniture : c\u2019est guimauve et déjà vu.De quoi raviver la nostalgie des parents pour la singularité de son E.T.Menues escales Tout n\u2019est pas perdu.Les cinémas, longtemps abonnés au pur diver tissement, diversifient un peu leur offre estivale, of frant en pâture quelques films plus fins sur nageant dans la mer des autres.On vous recommande Les cowboys du Français Thomas Bidegain, si vivant et bien joué, sur le thème d\u2019une famille déchirée après la radicalisation d\u2019un des enfants.Mia madre, grand film entre deuils et rires de Nanni Moretti, est déjà en salle, et on a hâte de voir King Dave de Podz, lettre d\u2019amour rageur à Montréal sur un long plan-séquence.Cerise sur le gâteau, la Cinémathèque québécoise présente un cycle de films érotiques en juillet et août.Soirs torrides pour soirs torrides, de quoi maintenir l\u2019ambiance surchauffée.Tant mieux si des fabricants de loisirs répondent à quelques menus besoins des vacanciers qui associent plaisirs culturels et historiques aux joies de l\u2019été.Trop contents sommes-nous, à l\u2019heure d\u2019emprunter le chemin des vacances, au Québec ou ailleurs, lorsque des circuits proposent une escale guidée à travers la mémoire des lieux.Quant à la ronde des festivals, on la trouve çà et là pavée de petits spectacles intimes à savourer sous les feuillus.Même le théâtre d\u2019été, abonné par nature aux œuvres inof fensives, fait quelques pas de travers.À Montréal, aux Écuries en août, la pièce chantante La vague parfaite de Guillaume Tremblay invite à méditer sur le loisir qui tourne à vide.Arroseur arrosé.Lire au milieu des pissenlits En dehors du roman de gare sur serviette de plage, la lecture de vacances est laborieuse et casse-pieds, surtout avec un cocktail dans le nez, estiment plusieurs.Faux ! Plutôt, à notre avis, le moment idéal pour lire ce qu\u2019on a remis à plus tard en prétextant un manque de temps qui n\u2019a plus cours.Suffit d\u2019adapter ses choix littéraires à l\u2019état d\u2019esprit ambiant, la légèreté se posant partout, même sur des œuvres de qualité.Relire ou découvrir Benoîte Groult ne serait pas plus mal.La féministe française vient de tirer sa révérence, d\u2019où l\u2019occasion de pénétrer son univers.En plus de ses essais, la dame a écrit des romans, par fois très associés aux ensoleillements estivaux.On pense à La part du cœur, avec son décor de paquebot de croisière, son escale érotique à Tahiti et son couple qui sent f lo t ter sur lu i un vent de liber té.Ça se lit tout seul, comme ses Vai s s eaux du cœur , autr e r oman de va - cances, situé au bord de mer, alors qu\u2019une chic Parisienne succombe, façon Lady Chatterley, aux charmes robustes d\u2019un marin breton.Benoîte Groult a été une romancière très accessible, doublée d\u2019une fine psychologue de la passion hors cadre et des routines du couple.Ses livres sont bien écrits et leur musique vous berce au fil des pages.Alors, pourquoi pas?Roman pour roman, je resterai fidèle à mes habitudes de traîner dans mes bagages les livres écrits par des auteurs du pays où je vais.Avec l\u2019impression de saisir à travers eux l\u2019esprit d\u2019une société, plutôt que de la survoler en touriste au pas pressé.Les fleurs et les gens de la place sortent du roman pour mieux s\u2019incarner sur les pavés.Pas mal ! Res ten t auss i l es c l as - siques qui s\u2019empoussièrent en attendant de rejaillir en vos jours de relâche.\u2014 Proust, c\u2018est long, et les vacances, c\u2019est court, soupirait l\u2019autre.Vrai ! Pas obligé de lire toute la Recherche, remarquez.En deux tomes, À l\u2019ombre des jeunes filles en fleurs vous trimballe sous le vent marin de la côte normande puis à Paris avec introspection et étude de mœurs sur éclats de génie.Il y a aussi des étés pour revisiter Jean Genet, d\u2019autres pour s\u2019aventurer du côté de Gustave Flauber t, de V irginia Woolf ou de Jacques Ferron.J\u2019ai aimé tour à tour la compagnie de chacun, entre trois bouffées d\u2019air pur et la route qui défilait sous le soleil d\u2019été.otremblay@ledevoir.com Cette chronique s\u2019interrompt pour cinq semaines.Bonnes vacances ! Des vacances à enchanter ODILE TREMBLAY JACQUES GRENIER LE DEVOIR L\u2019été est le moment idéal pour lire ce qu\u2019on a remis à plus tard.Suffit d\u2019adapter ses choix littéraires à l\u2019état d\u2019esprit ambiant, la légèreté se posant partout, même sur des œuvres de qualité.SUITE DE LA PAGE E 1 PORTER M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 3 S E R G E T R U F F A U T R oy Hargrove est un jazz messenger.Oui, oui, oui, Hargrove est ce que le saint patron des messagers, Ar t Blakey évidemment, souhaitait qu\u2019un musicien de jazz soit.Mais encore ?Un jazzman digne de ce nom doit jouer par tout où il est demandé et sans rechigner.Et d\u2019une.Et de deux, il est de son devoir, oui, oui, oui, de son devoir de perpétuer et de détailler l\u2019héritage de Louis Armstrong, de Duke Ellington, de Charlie Parker, de Thelonious Monk, de John Coltrane, de Miles Davis, de Lester Bowie e t d \u2019autr es sculpteurs célestes de la note bleue.On aime bien Hargrove, car il est vraiment cela.On est aussi très content pour lui, car, les billets des quatre spectacles prévus pour les 6 et 7 juillet à l\u2019Upstairs s\u2019étant vendus à la vitesse de l\u2019éclair, une supplémentaire a été fixée le 7 juillet à minuit.Né en 1969 à Waco , au Texas, l\u2019État d\u2019Ornette Coleman et de Jimmy Giuf fre, de David Fathead Newman, d\u2019Ar- nett Cobb et de Red Garland, Hargrove est en fait un jazz messenger depuis son adolescence.Depuis, plus exactement, qu\u2019un diplômé de l\u2019école Art Blakey l\u2019a découvert lors d\u2019un ar rêt à son collège.L\u2019identité de ce dernier ?Wyn- ton Marsalis.Après que ce dernier l\u2019eut introduit dans l\u2019univers professionnel du jazz, un autre messenger l\u2019a engagé : Bobby Watson, grand saxophoniste alto.Signe de sa vivacité, de son impatience, voire de sa volonté d\u2019en découdre, Har- grove a fait ce que Miles Davis avait fait bien avant lui.Ce dernier abandonna les bancs de la réputée Juillard School of Music pour mieux « jam- mer » dans les clubs de la 52e Rue de New York ?Har- grove abandonna les bancs du célèbre Berkeley Conservatoire de Boston pour mieux s\u2019encanailler dans les clubs de New York.On insiste : Hargrove aime jouer, beaucoup et partout.Cela étant, on osera dire qu\u2019il reste jazz, voire qu\u2019il est très jazz.En d\u2019autres termes, il ne « fréquente » pas les esthétiques dites musiques actuelles ou improvisées qui s\u2019appliquent à amputer le territoire du jazz sans vergogne.Il est fidèle à une manière d\u2019être qui n\u2019est en rien un symptôme du conservatisme.Il est tout simplement respectueux d\u2019une culture, une tradition afro-américaine, totalement absente des labels du type ECM et autres labels européens, bien blancs et versés dans les folklores du Vieux Continent, qui, lorsqu\u2019ils se qualifient de jazz, sombrent dans le racisme.Point.Au cours de son parcours musical qui a commencé en 1990, Hargrove a beaucoup enregistré sous son nom, mais aussi en compagnie des poids lourds du genre : Sonny Rollins, Jackie McLean, Oscar Peterson, Shirley Horn, Steve Coleman, Joe Henderson, Stanley Tur rentine et consor ts.De ses accompagnements, on tient à souligner celui réalisé en 2009 pour l\u2019étiquette Chesky Records, car il s\u2019agit tout simplement d\u2019un chef-d\u2019œuvre signé par le batteur Jimmy Cobb et son quar tet qui, outre Har- grove, était composé de Russell Malone à la guitare et de John Webber à la contre - basse.Int i tulé Jazz in the Key of Blue, cet album est un sommet de finesse, de délicatesse, d\u2019abandon.Vous voulez un album de trompettiste ?Achetez celui-ci sans hésiter.Lors de son séjour à l\u2019Upstairs, Hargrove sera accompagné par l\u2019excellent Justin Robinson au saxe alto, Sullivan For t ner au p i ano , A leem Saleem à la contrebasse et Quincy Philips à la batterie.?Le National Endowment for the Arts vient d\u2019annoncer que les Jazz Masters Fellows de 2017 sont la chanteuse Dee Dee Br idgewater, l e contrebassiste Dave Holland, l\u2019organiste Dr Lonnie Smith, qui se produira à l\u2019Upstairs pendant le Festival de jazz, le vétéran pianiste Dick Hyman et l\u2019essayiste-professeur Ira Gitler.Chacun d\u2019entre eux r e c e v r a u n e b o u r s e d e 25 000 $.Un spectacle en leur honneur sera organisé le 3 avril 2017 au Kennedy Center de Washington.?La Jazz Journalists Association vient de décerner ses palmes annuelles.Le saxophoniste, compositeur et arrangeur Henry Threadgill s\u2019est vu décerner un prix pour l\u2019ensemble de son œuvre, marquée notamment par la formation du trio Air dans les années 1970 et son Very Circus par la suite.Maria Schneider a obtenu cinq prix, dont celui du disque de l\u2019année pour The Thompson Fields.Le saxophoniste Kamasi Washington a reçu la palme de l\u2019ar tiste le plus prometteur.?Une date à retenir : le 6 juillet au Gesù.Ce soir-là, les pianistes François Bourassa, Marianne Trudel et Jean Beau- det, dont on n\u2019avait pas entendu parler depuis longtemps, vont rendre hommage au cher, très cher Paul Bley, décédé plus tôt cette année.?Le 29 juillet, le saxophoniste J o e L o v a n o p u b l i e r a s o n 25e album, toujours sur l\u2019étiquette Blue Note, intitulé Live at Newport.Cette production a été enregistrée le 4 août 2005 dans le cadre du célèbre festival, celui de Newport évidemment, avec Hank Jones au piano, George Mraz à la contrebasse et Lewis Nash à la batterie.Cet album est dédié à Jones et à Bruce Lundvall, ex-patron de Blue Note.Collaborateur Le Devoir Roy Hargrove : le jazz messenger C H R I S T O P H E H U S S L e Festival Or ford débute officiellement samedi prochain 2 juillet.Orford Musique af fiche cependant dès vendredi un bijou de concert avec les maîtres de son académie.Le Sextuor pour piano et vents de Poulenc et la Petite symphonie pour neuf instruments à vent de Gounod avec les professeurs émérites de l\u2019Académie Or ford of friront assurément, vendredi à 20 h, une mise en appétit bienvenue à qui désirera passer une fin de semaine musicale dans les Cantons-de-l\u2019Est, à la veille d\u2019un festival entamé, samedi, par Wonny Song et le Quatuor Cecilia, et dimanche après- midi par un prometteur récital du pianiste français Éric Le Sage.Prime à la découverte L\u2019académie est un moteur d\u2019Orford Musique et, avant de penser à en devenir le directeur artistique, Wonny Song y a passé plusieurs étés en tant qu\u2019étudiant.Il y a rencontré son mentor Anton Kuer ti, mais aussi Yuli Turovsky, directeur artistique de l\u2019endroit de 1996 à 1999.C\u2019est en hommage à Yuli T urovsky que l\u2019un des premiers gestes de Wonny Song en tant que directeur ar tistique d\u2019Or ford Musique a été d\u2019inviter I Mu- sici, dont les musiciens menés par Julie Triquet joueront les Quatre saisons de Vivaldi le 22 juillet sur la scène de la salle Gilles-Lefebvre.« Or fo rd change t ou t l e temps », souligne le pianiste administrateur, qui avoue aborder sa mission avec « humilité ».« Je veux essayer de marier le plus possible l\u2019académie et le festival, et avoir de nouveaux ar tistes.Près de deux ar tistes sur trois vont faire leurs débuts chez nous.Faire découvrir de nouveaux artistes à notre public est très excitant pour moi », dit Wonny Song au Devoir.Le nouveau directeur artistique voit son mandat comme une « relation » avec le public.« J\u2019aimerais que nous grandissions ensemble, que l\u2019auditoire prenne des risques et soit ouvert à des choses pas forcément usuelles.» Ingrédient de la réussite : « Il faut que le public fasse confiance à Orford, en sachant qu\u2019il va pouvoir y découvrir de nouveaux artistes venus d \u2019Europe , music iens qu \u2019 i l pourra suivre, ensuite, à travers des disques ou des vidéos.» L\u2019approche est risquée, car le public d\u2019ici n\u2019est pas forcément aventurier envers ce qu\u2019il ne connaît pas.Wonny Song cherchera donc à maîtriser un «risque raisonnable».Quant aux professeurs, l\u2019objectif est clair : « Je me souviens d\u2019avoir eu de grands professeurs , i c i , dont Menahem Pressler.Cela m\u2019a beaucoup marqué et ma vision de l\u2019académie est celle d\u2019un lieu où les étudiants peuvent apprendre avec les meilleurs professeurs du monde, une chance qu\u2019ils n\u2019ont pas pendant l\u2019année.» Recr utés pour cet été, en piano : Yoheved Kaplinsky, de la Juilliard School, et Sara Davis Buechner, professeure en Colombie-Britannique.Une tournée, déjà Wonny Song a préservé l\u2019initiative de Jean-François Rivest qui, grâce à une académie d\u2019orchestre, permet de constituer un Orchestre Orford Musique enrichissant la programmation.Celui-ci assumera trois concer ts, les 31 juillet, 7 août et 13 août, sous la direction de trois chefs différents : Pablo Gonzalez, Jean-François Rivest et Alessandro Valtullini.Ensuite, « après la troisième semaine, Jean-François Rivest reviendra à Or ford pour préparer la tournée avec les jeunes musiciens.Il partira en tournée en Corée avec l\u2019orchestre et donnera trois concerts du 29 août au 3 septembre».Autre grand projet ar tis- tique de l\u2019été : un volet créatif intitulé « Inspiration Richard Desjardins ».Trois « œuvres inspirées des textes de ce célèbre auteur-compositeur-interprète qui a marqué l\u2019identité québécoise par sa poésie et son courage» seront créées par le pianiste Scott MacIsaac (6 août), le Nouveau Quatuor Or ford (9 juillet) et l\u2019Orchestre Or- ford Musique (13 août).Le Festival Orford 2016 s\u2019achèvera le 20 août par le gala du prix Orford Musique, qui couronnera le meilleur des jeunes musiciens invités à jouer avant les concerts du festival.Outre les concerts des 2 et 3 juillet, les dates à marquer dans votre calendrier sont celles du 8 juillet, où Dang Thai Son défendra un programme entièrement dédié à Chopin, du 23 juillet, concert de la tournée d\u2019adieux d\u2019Oliver Jones, et du 6 août, avec le récital de Scott MacIsaac, lauréat du Concours OSM- Manuvie en 2015, qui s\u2019attaquera à la redoutable Sonate en si mineur de Liszt.Quant aux découvertes européennes, chères au nouveau directeur artistique, on citera le concert du 15 juillet avec le duo formé par le violoniste Pierre Fouchenneret et le pianiste Romain Des- charmes, une première visite au Canada.Ces artistes- là, pour le coup, même nous, nous n\u2019en avions jamais entendu parler ! Le Devoir FESTIVAL ORFORD MUSIQUE Du 1er juillet au 20 août Billetterie : 819 843-3981, poste 232 www.orford.mu MUSIQUE CLASSIQUE Festival Orford : Wonny Song à la recherche du risque raisonnable ORFORD MUSIQUE Avant de devenir le directeur artistique de l\u2019Académie Orford, Wonny Song y a passé plusieurs étés en tant qu\u2019étudiant.PAUL MORIGI/GETTY IMAGES/AFP Tout au long de son parcours musical qui a commencé en 1990, Hargrove a beaucoup enregistré. J É R Ô M E D E L G A D O L\u2019 été, la Fonderie Darling a pris l\u2019habitude d\u2019occuper son bout de la rue Ottawa avec des œuvres (souvent) de grande échelle.Pas cette année, faute d\u2019autorisation de la Ville de Montréal.Qu\u2019à cela ne tienne, le monumental et la verdure se retrouvent à l\u2019intérieur.En soi, il n\u2019y a là rien d\u2019exceptionnel.D\u2019abord, l\u2019immense salle de la Fonderie Darling a plus d\u2019une fois accueilli des installations de type architectural, comme cette fois.On ne peut pas non plus dire que des arbres urbains ont été déterrés pour l\u2019occasion ; ce sont des plantes d\u2019intérieur qui accueillent les visiteurs dans la plus petite salle.Privé de sa place publique, le centre d\u2019art du Vieux-Montréal n\u2019en propose pas moins pour sa saison chaude deux expositions qui interpellent le vivant.Des plantes, bien vertes et mûres, autant des vraies, dans leur pot, que d\u2019autres en images (et en pots aussi), composent une de ces expos.Elles sont l\u2019objet et la raison d\u2019un projet que l\u2019artiste Catherine Lescarbeau mène depuis quelque temps autour des plantes d\u2019intérieur.Après en avoir exposé des variantes dans des cafés et autres lieux alternatifs (le cube vitré Sightings de la galerie Leonard et Bina Ellen de l\u2019Université Concordia), voici Le Département des plantes.Un département pas si imaginaire Le Département des plantes est à la fois le titre de l\u2019expo de Lescarbeau et celui d\u2019une unité administrative fictive qu\u2019elle a imaginée.Un département pas si imaginaire : il prend racine dans un travail d\u2019observation, de collecte et d\u2019identification réalisé à l\u2019Université du Québec en Ou- taouais (UQO).Pendant un an, l\u2019artiste a arpenté le campus en quête des plantes qu\u2019on y retrouve.Le résultat proposé prend davantage des a irs d\u2019herbier, notamment avec les grandes photos dignes d\u2019une encyclopédie scientifique, que de reportage documentaire.Ce n\u2019est pas la première ar t iste qui l ie ar t et botanique ; pensons notamment à Marie-Jeanne Musiol et aux empreintes lumineuses de plantes qu\u2019elle photographie.Lescarbeau, cependant, le fait dans une approche purement conceptuelle, dans la lignée de travaux d\u2019un Marcel Brood- thaers ou du collectif N.E.Thing Co.Environnment.Ce der nier est par ai l leurs à l\u2019origine du Département des plantes, dont une des composantes est une série de photos d\u2019une exposition de 1969, signée N.E.Thing Co.Envi- ronnment et tenue au Musée des beaux-arts du Canada.Chez Catherine Lescarbeau, qui s\u2019inscrit dans cette longue histoire qui met en question le rôle des institutions dans la dif fusion des savoirs, les frontières sont ténues.Son objet de recherche est à la fois une pièce de conviction, une œuvre d\u2019ar t, voire un morceau d\u2019une fiction dans laquelle les plantes de bureau sont des espèces étudiées par des scientifiques.Premier solo au Canada L\u2019autre expo concerne une installation vidéo de l\u2019ar tiste allemande basée à Paris Ulla von Brandenburg.Pour son premier solo au Canada, qui s\u2019arrêtera, après Montréal, à Toronto, la finaliste 2016 du prix Marcel-Duchamp propose une œuvre énigmatique où les questions d\u2019échelle, d\u2019espace et de temps bousculent la réalité du visiteur.Malgré la finesse du travail, l\u2019expo It Has a Golden Orange Sun and an Elderly Blue Moon peut donner l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit de deux œ u v r e s , l \u2019 u n e s u r é c r a n , l\u2019autre dans l\u2019espace réel de la Fonderie Darling.Sur le coup , l a v idéo ne semble s \u2019 inscr ire que dans cet te mouvance où il ne s\u2019agit que d\u2019une chorégraphie filmée.On ne manque pas ici de ce type de pratiques.Et comme les danseurs de von Brandenburg utilisent des tissus de couleurs dignes de la peinture abstraite, on a l\u2019impression que l\u2019œuvre lance un clin d\u2019œil af fecté à l\u2019ar t du Québec.Il suf fit pourtant d\u2019être patient, de se laisser imprégner par la proposition, notamment par ce t te immense str uctur e fa i te de p la tes - formes et de nombreuses marches, pour tirer profit de l\u2019expérience.Dans It Has a Golden Orange Sun\u2026, il y a beaucoup de l \u2019absurde, du théâtre, de la musique mini- maliste, du rituel et, dans tout ça, du cycle et de la répétition.Ce que les personnages à l\u2019écran vivent se reflète en bonne par tie dans ce que le visiteur expérimente.À noter que, si la Fonderie Darling n\u2019a pas obtenu la fermeture totale de la r ue Ottawa, elle a reçu l\u2019autorisation d\u2019y présenter quatre soirées de per formances en plein air, entre le 30 juin et le 11 août.Collaborateur Le Devoir LE DÉPARTEMENT DES PLANTES de Catherine Lescarbeau et IT HAS A GOLDEN ORANGE SUN AND AN ELDERLY BLUE MOON d\u2019Ulla von Brandenburg À la Fonderie Darling, 745, rue Ottawa, jusqu\u2019au 21 août.C I N É M A A R T S V I S U E L S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 4 2 NUITS JUSQU\u2019AU MATIN ?Comédie dramatique de Mikko Kuparinen.Avec Marie-Josée Croze, Mikko Nousiainen, Arly Jover.Finlande, 2016, 88 minutes.M A N O N D U M A I S E yjafjallajökull.Pour les voyageurs, ce nom évoque des perturbations dans le trafic aérien.Pour les cinéphiles, une indigeste comédie sentimentale avec Dany Boon (Le volcan).Grâce au cinéaste finlandais Mikko Kuparinen (Body Fat Index of Love), on pourra dorénavant associer ce volcan islandais ayant fait éruption en 2010 à une évanescente comédie dramatique.C a m p é e n L i t u a n i e , c e deuxième long métrage de K u p a r i n e n i l l u s t r e a v e c justesse la douce sensation d\u2019ivresse qu\u2019éprouvent les amants d\u2019un soir, tiraillés entre la culpabilité et l\u2019envie de l\u2019inconnu.Coincée à Vilnius au- dessus de laquelle flotte un nuage de cendres, une architecte française en voyage d\u2019affaires (Marie-Josée Croze) croise le regard d\u2019un DJ finlandais de quelques années son cadet (Mikko Nousiainen) \u2014 ce qu\u2019il se plaira à lui rappeler cruellement.Il lui offre alors un verre, qu\u2019elle accepte de bonne grâce.Ils passent la soirée à rigoler et à picoler, malgré la bar rière linguistique qui les sépare.Au bout du fil, l\u2019être aimé (Arly Jover) ne cesse de troubler cette parenthèse enchantée.Rappelant l \u2019envoûtant Le temps de l\u2019aventure de Jérôme Bonnel, où Emmanuelle De- vos et Gabriel Byr ne goûtaient au plaisir interdit par un bel après-midi, 2 nuits jusqu\u2019au matin se penche sur ce qui succède à l\u2019émoi d\u2019une nuit entre les bras d\u2019un inconnu.Tirant profit de l\u2019anonymat des chambres d\u2019hôtel et des salles d\u2019attente d\u2019aéroport, Mikko Kuparinen dirige avec doigté le couple d\u2019acteurs dans un patient jeu de séduction.Émanent ainsi une langueur et une sensualité qui confèrent au récit un hypnotique aspect atemporel.De l\u2019amusante valse-hésitation entre les tourtereaux, qui se lancent quelques piques, naît une tendre complicité.Mus par une indéniable attraction, l \u2019un comme l\u2019autre se voient repoussés dans leurs der niers retranchements.Subtilement, Kuparinen fait tomber les masques et suggère une suite heureuse à une romance sans lendemain.Mieux encor e , en peu de mots, il tisse finement une réflexion teintée de mélancolie sur la confusion des genres et les amours mortes.Le Devoir Pour un flirt avec toi Plantes en pot Une installation monumentale à la Fonderie Darling K-FILMS AMÉRIQUE Mikko Nousiainen et Marie-Josée Croze, amants d\u2019un soir MAXIME BOISVERT Catherine Lescarbeau mène depuis quelque temps un projet autour des plantes d\u2019intérieur. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E 2 NUITS JUSQU\u2019AU MATIN À L'AFFICHE ! Marie-Josée Croze K-Films Amérique @KFilmsAmrique « MARIE-JOSÉE CROZE LIVRE L'UNE DE SES PERFORMANCES LES PLUS CONVAINCANTES DEPUIS LES INVASIONS BARBARES.» Cineuropa.org 335, boul.de maisonneuve est berri-uqam (514) 842-9768 cinematheque.qc.ca cinematheque.quebecoise cinemathequeqc Dofus, livre 1 - Julith Un ?lm de Jean-Jacques Denis et Anthony Roux, 100 min - VOF DÈS LE 24 JUIN 15h & 17h Hôtel La Louisiane Un documentaire de Michel La Veaux, 90 min, VOF DÈS LE 24 JUIN 15h & 17h 9 theatreoutremont.ca 514 495-9944 BORIS SANS BÉATRICE 8,50 $ de Denis Côté (Québec) Avec James Hyndman, Simone-Élise Girard et Denis Lavant.Le lundi 27 juin | 16 h et 19 h 30 MA MÈRE (V.F.DE MIA MADRE) ?1/2 Drame de Nanni Moretti.Scénario : Nanni Moretti, Francisco Picolo, Valia Santella.Avec Margherita Buy, Giulia Lazzarini, Nanni Moretti, John Turturro.Italie, 2014, 107 minutes.O D I L E T R E M B L A Y L e Romain Nanni Moretti mûrit comme un bon vin, l\u2019ironie plus grave qu\u2019autrefois, la mort désormais accrochée à sa ligne de vie, dont il explore l\u2019angoissant royaume, à travers les désarrois de ceux qui restent.Le palmé d\u2019or pour La chambre du fils revisite ici le thème du deuil et des adieux, cette fois en écho à la mort de sa propre mère, une ancienne enseignante de grec et de latin, femme exceptionnelle qu\u2019il fait revivre en fiction.Ce beau film émouvant est aussi un regard sur le passé, la carrière de cinéaste de Moretti, en s\u2019offrant cette fois un alter ego féminin (Margherita Buy, qui joue à côté de ses pompes, en touchante irréalité).À elle, le rôle de la cinéaste (en référence au 8 1/2 de Fellini) dévorée par le doute, à qui tout échappe : le film qu\u2019elle est en train de tourner, sa vie privée, son rôle de mère auprès d\u2019une adolescente en envol, et surtout de fille auprès de sa mère adorée qui se meurt.Cette dernière est incarnée par la comédienne Giulia Laz- zarini, issue du théâtre, clou du film, chez qui le cinéaste disait trouver de réelles affinités avec sa propre mère.Nanni Moretti s\u2019est offert ici le rôle secondaire et quasi ingrat du bon fils au chevet du lit maternel, là où sa sœur qui cour t plusieurs lièvres à la fois fait tout à moitié.Peintre de la famille, Moretti brosse aussi trois générations de femmes, à travers les champs de transmission et les ruptures.Mia madre hérite d\u2019une intrigue complexe sur plusieurs plans.Le film que dirige la cinéaste est une œuvre sociale en perdition, dans laquelle \u2014 autre clou de Mia madre \u2014 John Tur- turro, en acteur américain fat et nul, pioche son italien en ânonnant des répliques improbables.On y lit une remise en cause de ses propres films militants gauchistes, encore collés aux racines du néoréalisme.Et c\u2019est Moretti, travesti en femme, qui cherche à tâtons dans ce film un chemin d\u2019avenir, à l\u2019heure où le passé le laisse en plan.Le cinéaste d\u2019Habemus pa- pam parvient à jouer sur plusieurs registres avec l\u2019émotion, jamais enterrée par de judicieux choix musicaux, la légèreté, la cruauté et le comique noir.L\u2019anxiété tangible du personnage se nourrit à chaque situation catastrophique, comme à ses rêves plus révélateurs que ses paroles.Film sur l\u2019incertitude, et sur le mitan de la vie, à l\u2019heure où les regrets pointent, Mia madre est l\u2019une des œuvres les plus subtiles de Nanni Moretti, à décoder sous les images et la charge d\u2019émotion soulevée par la disparition de la mère, qui enlève à un adulte sa dernière possibilité d\u2019être encore un enfant.Le Devoir La confusion des sentiments, façon Moretti HEIDI ?Comédie dramatique d\u2019Alain Gsponer.Avec Anuk Steffen, Bruno Ganz, Katharina Schüttler, Peter Lohmeyer.Suisse, 2015, 106 minutes.A N D R É L A V O I E H eidi ?Encore ?Depuis les années 1920, le cinéma, et plus tard la télévision, s\u2019est entiché plus de 20 fois de cette petite héroïne des Alpes, imaginée par la romancière suisse Johanna Spiry en 1879.Même après avoir écrit une trentaine de livres, ce sont les deux tomes des aventures de cette belle orpheline qui lui vaudront une gloire éternelle, dont au Japon, surtout depuis la série d\u2019animation qui, dans les années 1970, a cristallisé le personnage pour des décennies.La petite Heidi a-t-elle toujours quelque chose de pertinent à nous dire, l\u2019indécrottable optimiste pétillante de vie, capable d\u2019amadouer les vieux grincheux, les valets coincés, et les fillettes à la santé chancelante ?Le réalisateur suisse Alain Gsponer en est convaincu et a déployé un arsenal impressionnant pour faire tomber les résistances.Dans son pays d\u2019origine, la cause est déjà entendue (le plus gros succès commercial pour un film local, Alain Tanner doit être bien morose), et cette espiègle interprétée avec une fougue contagieuse par la petite Anuk Stef fen s\u2019apprête à conquérir le monde grâce aux bons soins de Disney.Cette fascination ne s\u2019explique pas seulement par le schématisme des situations, une approche manichéenne et, sur grand écran, une débauche visuelle digne des meil leures réclames d\u2019agences touristiques.Dans cette opposition nature/culture, l\u2019orpheline Heidi échoue chez son grand-père grincheux (Bruno Ganz, digne malgré l\u2019énormité du cliché) au milieu des vertes montagnes, le séduit par sa bonne humeur, mais la voilà aussitôt arrachée à ce paradis terrestre pour vivre à Francfort auprès d\u2019une riche famille coincée, et surtout auprès de Klara (Isabelle Ott- mann), une fillette clouée à un fauteuil roulant et à l\u2019humeur neurasthénique.À force de fréquenter cet univers collet monté où même ouvrir les fenêtres relève de l\u2019exploit, la campagnarde finit elle-même par dépérir, bénéficiant des balbutiements de la psychanalyse, ce qui provoque chez Heidi un dilemme cornélien: retrouver ses montagnes ou abandonner sa nouvelle amie affligée par le malheur de l\u2019immobilité?Spyri observait un monde en transformation, donnant à Heidi des allures anticonformistes, voire écologistes, où le grand air devient salvateur, même pour Klara dont le statut se transforme en celui d\u2019une miraculée (avec le petit Jimmy de Lance et compte, Réjean Tremblay n\u2019a rien inventé).L\u2019industrialisation accélérée, du moins vue de Zurich, la ville natale de l\u2019auteur, est décrite ici sans l \u2019âpreté d\u2019un Charles Dickens, montrant même les bienfaits de ces lieux où l\u2019on ne voit jamais les montagnes \u2014 l\u2019apprentissage de la lecture devient pour Heidi une autre forme de liberté.Dans ce contexte d\u2019émancipation, la dimension chrétienne, et pieuse, de ce monde est mise sous le boisseau, comme pour faire de Heidi une héroïne résolument de notre temps.Cette production à l\u2019imagerie séduisante et tapissée d\u2019une musique grandiloquente soulignant la gamme complète des sentiments, surtout les bons, renforce ce grand « mythe » suisse.Entre le chocolat, l\u2019horlogerie et le secret bancaire, ils ne sont pas si nombreux.Collaborateur Le Devoir Increvable Heidi Depuis 1879, l\u2019héroïne de la romancière suisse Johanna Spiry fascine toujours autant THE NEON DEMON ?Drame d\u2019horreur de Nicolas Winding Refn.Scénario : Nicolas Winding Refn, Mary Laws, Polly Stenham.Avec Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heatcote, Abbey Lee, Keanu Reeves, Karl Glusman, Desmond Harrington, Christina Hendricks.États-Unis, 2016, 117 minutes.O D I L E T R E M B L A Y N icolas Winding Refn est le cinéaste de l\u2019air du temps qu\u2019il hume, faute de pouvoir le transcender.Après Drive et l\u2019anémique Only God Forgives, The Neon Demon était présenté en compétition à Cannes, fraîchement accueilli d\u2019ailleurs.Les coulisses de la machine à r ê v e s d e L o s A n g e l e s avaient déjà été arpentées en tous sens avec A Star Is Born, encore que cette histoire-ci évolue non pas chez les actrices, mais dans l\u2019univers des mannequins utilisables, transformables, jetables.Cet univers est servi par le cinéaste danois sur des images magnifiques, aux cadrages idéaux.Le tout est baigné dans un cocktail d\u2019érotisme et d\u2019horreur chic, si stylisé qu\u2019il n\u2019effraie personne, mais épate par son esthétisme aux palettes d\u2019arc-en-ciel, quoique distillant l\u2019ennui au fil des minutes qui passent.Le vide du film, un long clip maîtrisé de près de deux heures, servi par la musique inspirée de Clif f Martinez, trouve écho à son thème de quête de célébrité et de perfection, sans le scénario substantiel du Maps to the Stars de Cronenberg, qui s\u2019aventurait en des eaux similaires.Ici, une nymphette vierge et orpheline (Elle Fanning) fraîchement débarquée de son patelin, que l\u2019on découvre couverte de sang pour des photographies gore censées la propulser comme top-modèle, gravit les échelons grâce à sa beauté sans apprêt, au grand dam des autres mannequins, déclassées à 25 ans, qui bavent d\u2019envie.Sa fraîcheur, pâture pour un puma qui fracasse la fenêtre de sa chambre louée, pour des photographes et designers prédateurs, est celle d\u2019une biche menacée par tous les pièges, mais moins innocente qu\u2019il n\u2019y paraît, façon black swan/white swan.Le cinéaste a voulu pénétrer en voyeur dans un harem fantasmé et vénéneux en jouant du style comme seul instrument, mais cer taines scènes, dans une discothèque, dans une maison où beauté et perversion se répondent, sont si léchées qu\u2019elles flottent dans ce vide-là.Si les personnages féminins qui entourent la belle, Jena Malone (intéressante) en Pygmalion androgyne, Be l la Heatco te e t Abby Lee en rivales anthropophages, héritent de rôles relativement étof fés, les figures masculines, campées notamment par Keanu Reeves et Karl Glus- man, demeurent en retrait.T h e N e o n D e m o n n \u2019 e s t pour tant pas un f i lm d\u2019actrices (même Elle Fanning demeure une image projetée sur la glace d\u2019autrui), plutôt une fable magnifique et monotone sur l\u2019absence à soi- même et la recherche d\u2019une beauté éphémère et fragile, appelée comme Narcisse à se noyer dans son reflet.Le Devoir De style et de vacuité FILMS SÉVILLE Margherita Buy, en cinéaste dévorée par le doute, et John Turturro, en acteur américain fat et nul.TVA FILMS La petite espiègle est interprétée avec une fougue contagieuse par Anuk Stef fen.Le cinéaste a voulu pénétrer en voyeur un harem fantasmé et vénéneux en jouant du style comme seul instrument D O M I N I C T A R D I F S ic transit gloria mundi, locution lat ine signif iant « Ainsi passe la gloire du monde », généralement employée lors de l\u2019intronisation d\u2019un nouveau pape afin de rappeler au futur souverain pontife qu\u2019il va un jour, comme tout le monde, manger les pissenlits par la racine.C\u2019est également la phrase dont Jean Bello choisit de coif fer un des plus émouvants passages d\u2019Exil en la demeure, son premier roman grand public, alors que son narrateur regrette avec une lumineuse sérénité la nature forcément éphémère « des amitiés [\u2026] des sentiments, des ges tes , des envies , des coups de gueule » qui font de la vie cette grande aventure pleine de passion, de mélancolie et de douleur.C\u2019est en page 174, vous irez lire.Mathias doit rentrer au Village (c\u2019est ainsi qu\u2019il sera désigné tout du long) afin de voir à la succession de sa tante Amalia : vider la maison, vendre le terrain et recueillir les tampons auprès d\u2019une administration italienne aussi tatillonne et tortueuse qu\u2019un curé de province qui aurait pris Kafka pour un manuel d\u2019instruction.Dans cette bourgade du sud du pays dont même les cartes niaient l\u2019existence avant l\u2019avènement de Google, l\u2019endeuillé retrouve, avec une tendresse nourrie par l\u2019éloignement, et un agacement idoine, une communauté engoncée dans les qu\u2019en-dira-t-on (en tout temps, il faut faire « una bella figura »), les bondieuseries et les croyances occultes en des forces intangibles.« J\u2019essaie de me convaincre que je n\u2019ai aucune responsabilité dans la mor t d\u2019Amalia, mais de manière trouble, comme un enfant se sent coupable quand ses parents se séparent ou divorcent, je ressens un vague tourment », insiste le narrateur.Carnet d\u2019un retour aux souvenirs de l\u2019enfance, Exil en la demeure appartient à la catégorie des romans mal dégrossis, remplis d\u2019apar tés inutiles, mais dont la plupar t des défauts se voient rachetés par la noblesse des sentiments qui le traversent.Il suf firait d\u2019avoir un peu moins horreur des clichés pour le comparer à un de ces repas italiens pas spécialement raffinés, mais forcément réconfortants.Tombée du rideau À l\u2019aide d\u2019astuces nar rat i v e s t o u t a u s s i é c u l é e s qu\u2019ef f icaces (la découverte de vieilles lettres, retranscrites in extenso, comme autant de prétextes à des flashback), Jean Bello dresse le portrait des grands-pères de son narrateur, les deux partis à leur manière v ivre leur Amérique, avec la modestie des conteurs de salon qui, au risque d\u2019apparaître simplistes, n\u2019angoissent pas à l\u2019idée de flirter avec le lieu commun.À la merci des désirs d\u2019un V il lage qu\u2019 i l ne peut ar ra- cher à sa chair mais auquel il n\u2019appar tient plus, l \u2019exilé n\u2019aura d\u2019autre choix, s\u2019il veut un jour rentrer à Montréal, que d \u2019en f i l e r l e cos tume qu\u2019on a dessiné pour lu i .« J\u2019incarne un personnage qui n\u2019est pas exactement moi » , remarque-t-il, soudainement renvoyé à sa propre fragilité d\u2019homme vieillissant.«Les affaires, les tractations, la bureaucratie, les courbettes sociales, sans m\u2019être complètement étrangères, ne sont pas dans ma palette habituelle.Pourtant j\u2019ai accepté la tâche, i l faut tenir ma par t i t ion convenablement pour l\u2019honneur de la famille.En Italie, tout est théâtre, et je suis sur une scène grandeur nature de la Commedia dell\u2019arte.» Gérer la mor t des autres, c\u2019est aussi gérer son propre rapport à la mort.Il y a de ces rôles auxquels nous n\u2019échapperons pas et il vaut mieux s\u2019y faire avant d\u2019être confronté à l\u2019ultime tombée du rideau.Collaborateur Le Devoir EXIL EN LA DEMEURE Jean Bello Sémaphore Montréal, 2016, 181 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Retour au Village La noblesse des sentiments du roman de Jean Bello rachète ses défauts L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 6 En librairie Le Groupe Homme félicite M.Serge Bouchard nommé officier de l\u2019Ordre national du Québec et M.Dominique Rankin, nommé chevalier de l\u2019Ordre national du Québec lors d\u2019une cérémonie ayant eu lieu le 22 juin dernier.LE FESTIVAL COMMENCE MERCREDI PROCHAIN ! MONTREALJAZZFEST.COM BILLETTERIE : PLACE DES ARTS / 514 842-2112 / 1 866 842-2112 / placedesarts.com MÉTROPOLIS / 1 855 790-1245 / ticketmaster.ca \u2022 CLUB SODA 514 286-1010 / clubsoda.ca 7 JUILLET 1er JUILLET 1er JUILLET \u2022 22 h \u2022 CLUB SODA Première partie EDMAR CASTANEDA Première partie : 5 FOR TRIO Première partie HUSSER Première partie BLAKDENIM 29 JUIN 30 JUIN 5 JUILLET 4 JUILLET \u2022 20 h 30 4 JUILLET avec AL JARDINE et BLONDIE CHAPLIN 29 JUIN Première partie JALEN N\u2019GONDA Première partie JAIME WOODS DIGNE HÉRITIER DES GRANDES VOIX AMÉRICAINES DES ANNÉES 60 ET 70 5 et 6 JUILLET CO MPLET Première partie JESSE MAC CORMACK LES GRANDS CONCERTS THÉÂTRE MAISONNEUVE, PdA \u2013 20 h ÉVÉNEMENTS SPÉCIAUX SALLE WILFRID-PELLETIER, PdA \u2013 19 h 30 LES RYTHMES MÉTROPOLIS \u2013 20 h 30 LES NUITS PLACE DES FESTIVALS 21 h 30 SCÈNE UN GRAND CONCERT MULTIMÉDIA ! L\u2019ÉVÉNEMENT SPÉCIAL DE CLÔTURE LE GRAND ÉVÉNEMENT LE GRAND CONCERT D\u2019OUVERTURE 29 JUIN 4 JUILLET 9 JUILLE T 3 GRANDS ÉVÉNEMENTS GRATUITS Présenté en compétition à Cannes en mai dernier et maintenant à l\u2019af fiche en France, Elle, signé par le réalisateur de Basic Instinct, Paul Verhoeven, a semé la controverse.Un film qui encourage la culture du viol, lui ont reproché certaines féministes.C\u2019est aux États-Unis et non en France que le long métrage devait être tourné.D\u2019abord, Philippe Djian s\u2019est vu refuser la traduction du roman par son éditeur américain.C\u2019était une première pour lui.Puis, le scénario comme tel, très proche du livre, n\u2019a pas eu l\u2019heur de plaire aux producteurs de là- bas.Ni aux actrices telles Nicole Kidman et Julianne Moore, qui avaient été envisagées pour le rôle principal.« Tout le monde a eu peur que ce soit mal reçu, avance Philippe Djian.J\u2019ai compris que ce qui était insupportable pour les Américains, ce n\u2019était pas le viol comme tel, c\u2019est le fait que cette femme ne se venge pas.Si elle avait poignardé son violeur dix fois\u2026» L\u2019héroïne d\u2019« Oh\u2026 » et par conséquent d\u2019Elle a des comportements erratiques.Jamais là où on l\u2019attend, elle s\u2019embourbe de plus en plus dans le mensonge, semble de plus en plus dépassée elle-même par les gestes insensés qu\u2019elle pose.Personnalité ambiguë, insaisissable, elle déconcerte.«C\u2019est quelqu\u2019un qui est libre dans sa tête, allègue l\u2019écrivain.Et je crois que les gens ont peur de quelqu\u2019un qui est libre.À plus for te raison si c\u2019est une femme.Elle, elle essaie de ne pas fonctionner comme un mouton qui va où on lui dit d\u2019aller.Et c\u2019est ça qui dérange la société.Quelqu\u2019un qui est libre est dangereux, parce qu\u2019il ne s\u2019embarrasse pas de tous les codes de la société.» En boutade, il ajoute à propos d\u2019Elle, jugé pour le moins provocant par une grande partie de la critique et reparti de Cannes sans récompense : «La prochaine fois, j\u2019essaierai de faire mieux : je vais poignarder le violeur\u2026» Pour l e r e s te : « J e sa i s d\u2019avance que je ne peux pas même toucher du doigt ce que peut ressentir une femme qui a été violée.» De la même façon, en ce qui concerne la jeune My- riam de Dispersez-vous, ralliez- vous !, à qui il fait découvrir la jouissance, il ne s\u2019aventure pas à décrire comme tel ce qu\u2019elle ressent.« Je ne sais pas ce que c\u2019est pour une femme d\u2019avoir un orgasme pour la première fois.» S\u2019il a prêté sa voix à des personnages féminins dans « Oh\u2026 » comme dans Disper- sez-vous, ralliez-vous !, Philippe Djian af firme qu\u2019il n\u2019a pas tenté pour autant de se mettre dans la peau de ses héroïnes.« J\u2019en serais incapable.» Collaboratrice Le Devoir DISPERSEZ-VOUS, RALLIEZ-VOUS ! Philippe Djian Gallimard Paris, 2016, 200 pages SUITE DE LA PAGE E 1 DJIAN ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Jean Bello lance son premier roman grand public, Exil en la demeure.Quand le style induit l\u2019histoire Comme écrivain, Djian confie n\u2019avoir jamais de problème avec les histoires.«Quand ça démarre, je ne sais jamais où ça va : la première phrase en attire une autre.L\u2019histoire ne me pose pas de problème, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle est là, qu\u2019au fur et à mesure je vais la découvrir.Évidemment je ne suis pas idiot, j\u2019essaie de faire que mes histoires aient un peu d\u2019intérêt.Mais ça m\u2019importe peu.J\u2019ai des problèmes avec les phrases.Dans une phrase, quand il y a un mot qui ne va pas, il faut plutôt choisir la sonorité que le sens du mot.Ce n\u2019est pas le sens qui est important, c\u2019est comment il sonne dans votre oreille.Le monde m\u2019apparaît comme une musique.Il y a une espèce de musique particulière ; l\u2019idée, c\u2019est d\u2019essayer de la saisir.» Cette musique particulière, c\u2019est celle de notre époque ?En quelque sorte, mais pas seulement, répond l\u2019écrivain.«C\u2019est moi qui entends le monde différemment.Ou qui l\u2019entends d\u2019une certaine manière aujourd\u2019hui.Si on pouvait vivre mille ans, peut-être que de temps en temps je dirais : tiens, je vais aller boire un pot au Moyen Âge, pour faire un truc d\u2019époque, mais je n\u2019ai pas le temps de faire ça.Et notre époque, elle me parle tout le temps, j\u2019ai tout le temps quelque chose à faire avec.» SONY PICTURES CLASSICS Isabelle Huppert dans une scène du film Elle E n 1863 dans The Atlantic Monthly, le philosophe, poète et naturaliste Henry David Thoreau se livrait à une virulente critique des États-Unis d\u2019Amérique : « Même si nous reconnaissons que l\u2019Américain s\u2019est libéré d\u2019une tyrannie politique, il est toujours l\u2019esclave d\u2019une tyrannie morale et économique\u2026 Pouvons-nous appeler cette terre celle de la liberté?Qu\u2019est- ce que naître libre et ne pas vivre libre ?[\u2026] Nous sommes déformés et rétrécis par une dévotion exclusive au commerce, au négoce, à l \u2019 industrie, à l\u2019agriculture et à toutes ces choses qui ne sont que des moyens et non un but.» À peu de chose près, cette critique est d\u2019une brûlante actualité \u2014 et n\u2019allez pas sourire trop vite : le chapeau nous fait trop bien.Comment un pays cosmopolite, ter re d\u2019immigration depuis toujours et héritier direct des Lumières du XVIIIe siècle, a-t-il pu à ce point s\u2019enfoncer dans la démagogie, le consumérisme et l\u2019ignorance ?En poussant jusqu\u2019à l\u2019absurde la logique marchande et l\u2019utilitarisme, croit l\u2019Irano-Amé- ricaine Azar Nafisi dans son plus récent essai, La république de l\u2019imagination, sous-titré Comment les livres forgent une nation.Certaines écoles aux États-Unis, rappelle-t-elle, refusent désormais d\u2019enseigner des chefs-d\u2019œuvre de la littérature comme Les aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain, sous prétexte que des mots ou des passages \u2014 bien souvent sortis de leur contexte \u2014 pourraient of fenser les jeunes lecteurs d\u2019aujourd\u2019hui.Pourtant, contrairement à quelques phrases inventées susceptibles de traumatiser les adolescents, enfouies dans des livres devenus de plus en plus invisibles, la violence est partout sur les écrans et dans la rue.Violence de campagnes électorales transformées en courses à l\u2019argent (les candidats à la prochaine élection présidentielle ont déjà amassé en bloc l\u2019équivalent d\u2019un milliard de dollars).Violence de la rhétorique derrière la législation sur les armes à feu («La seule chose qui arrête un mé- chant avec un fusil, c\u2019est un bon avec un fusil »).Violence, aussi, d\u2019un système de santé dominé par les compagnies d\u2019assurances et la quête rapide du profit, et celle d\u2019un pays où l\u2019éducation supérieure est devenue un luxe réservé à une élite soucieuse de maintenir et de reproduire ses privilèges.L\u2019imagination au pouvoir « Il suf fit de lire les lettres échangées à la fin de leur vie par John Adams et Thomas Jefferson, écrit Azar Nafisi dans La république de l\u2019imagination, pour comprendre que le débat public actuel est une parodie de ce qui a constitué autrefois le discours politique américain.» George Washington, le premier président des États-Unis (1789-1797), avait pour tant donné le ton : «Rien ne mérite autant d\u2019être soutenu que la valorisation de la science et de la littérature.Le savoir constitue dans tous les pays la base la plus solide du bonheur général.» Pour Thomas Jef ferson, les États-Unis étaient le seul pays dont les fermiers lisaient Ho- mère, alors que John Adams, lui, croyait qu\u2019« un Américain de souche qui ne sait pas lire ou écrire est un phénomène aussi rare\u2026 qu\u2019une comète ou un tremblement de terre».Azar Nafisi, née en 1955 à Téhéran, milite ici pour une sorte de retour aux sources : « Je soutiens que la connaissance imaginative est, d\u2019un point de vue pratique, indispensable au développement d\u2019une société démocratique, à sa vision d\u2019elle-même et de son avenir, ainsi qu\u2019à la sauvegarde de l\u2019idéal qui l\u2019a fondée.» L\u2019auteure, qui a fait une grande partie de ses études en Angleterre et aux États-Unis avant de retourner enseigner la littérature en Iran en 1979, portée comme bien d\u2019autres par l\u2019enthousiasme de la révolution, est installée aux États-Unis depuis quinze ans.Devenue depuis citoyenne américaine, elle enseigne aujourd\u2019hui la littérature à l\u2019Université Johns Hopkins de Washington.La république de l\u2019imagination est un hommage à son pays d\u2019adoption, en même temps qu\u2019il en est une critique.Essai à la structure narrative un peu flottante, il n\u2019a pas la même résonance que son Lire Lolita à Téhéran (Plon, 2004), un livre qu\u2019elle avait écrit, nous rappelle-t-elle, pour montrer que les Iraniens n\u2019étaient pas « un autre exotique », mais des êtres humains comme chacun d\u2019entre nous.Un monde parallèle Mais tout en retraçant de manière personnelle son propre parcours de lectrice et d\u2019immigrante, elle relit ici avec sensibi l i té et intel l igence Mark Twain, le Babbitt de Sinclair Lewis (une puissante satire du matérialisme américain), mais aussi les romans de Carson McCullers et de James Baldwin.Azar Nafisi, qui a vécu 18 ans dans une société totalitaire, s\u2019oppose bec et ongles à l\u2019idée selon laquelle la passion et l\u2019imagination seraient superflues et les humanités, improductives.« Je soutiens que la connaissance imaginative est, d\u2019un point de vue pratique, indispensable au développement d\u2019une société démocratique, à sa vision d\u2019elle-même et de son avenir, ainsi qu\u2019à la sauvegarde de l\u2019idéal qui l\u2019a fondée.» La fiction se fait ainsi l\u2019écho des conflits, petits ou grands, elle est à la fois une école de la vie et un refuge imprenable.C\u2019est le « quelque par t, de quelque façon», de Nabokov et le jardin d\u2019Alice.«Un monde parallèle au monde réel, dont les occupants n\u2019ont besoin ni de passeport ni d\u2019aucun autre papier.» C\u2019est peut-être au fond le plus réel des mondes.Mais aussi le seul qui meurt avec nous.cdesmeules@ledevoir.com LA RÉPUBLIQUE DE L\u2019IMAGINATION Azar Nafisi Traduit de l\u2019anglais par Marie-Hélène Dumas JC Lattès Paris, 2016, 300 pages L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/2 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 5/2 Vi Kim Thúy/Libre Expression 3/11 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 2/5 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 4/5 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 8/9 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 6/10 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 7/10 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente aux.Anne Robillard/Wellan 10/6 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas-fonds du.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 9/5 Romans étrangers Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 1/3 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 2/3 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 3/13 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 5/6 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud 4/3 Le Mercato d\u2019hiver Philip Kerr/Masque 7/2 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 6/19 Sans nouvelles de toi Joy Fielding/Michel Lafon 9/7 La rumeur Elin Hilderbrand/Lattès 8/4 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard \u2013/1 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 2/36 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 6/3 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 5/6 Dans l\u2019intimité du pouvoir Dominique Lebel/Boréal 10/3 Le point sur la langue Louis Cornellier/VLB 1/5 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 3/11 La route du Pays-Brûlé.Archéologie du patriotisme.Jonathan Livernois/Atelier 10 7/2 La médiocratie Alain Deneault/Lux \u2013/1 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété \u2013/1 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 4/7 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/22 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/18 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 3/4 Sable mouvant.Fragments de ma vie Henning Mankell/Seuil \u2013/1 Antispéciste.Réconcilier l\u2019humain, l\u2019animal, la.Aymeric Caron/Don Quichotte 4/6 Le plus et le moins Erri De Luca/Gallimard 5/3 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL 6/2 La révolution transhumaniste Luc Ferry/Plon \u2013/1 Sonnez, merveilles! Kent Nagano | Inge Kloepfer | Isabelle Gabolde/Boréal 9/2 Lettres à mes petits-enfants David Suzuki/Boréal \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 13 au 19 juin 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Sous la direction de Marie-Thérèse Lefebvre À MONTRÉAL DURANT NTRE-DEUX-GUERRES L\u2019E DANSE, THÉÂTRE, MUSIQUE s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Fonds universitaires : \u2022 Littérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022 Pléiade Art québécois et international Livres d\u2019art et livres d\u2019artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 ESPACE LOCATIF DISPONIBLE L I B R A I R I E G A L E R I E Éloge des pays inventés La connaissance imaginative est indispensable au développement des démocraties, rappelle Azar Nafisi CHRISTIAN DESMEULES ISTOCK Certaines écoles aux États-Unis, rappelle Azar Nafisi, refusent désormais d\u2019enseigner des chefs-d\u2019œuvre de la littérature comme Les aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain, sous prétexte que des mots ou des passages pourraient of fenser les jeunes lecteurs.H U G U E S C O R R I V E A U  mes fragiles, s\u2019abstenir ! Car on ne saurait s\u2019attendre à quelque compromis de la part de ce poète inspiré par la «gluance» et les glaires, fasciné par le répugnant, le nez enfoui dans les miasmes putrides de l\u2019humaine condition.C\u2019est d\u2019une radicalité si violente qu\u2019on en reste ébaubis.À eux seuls, quelques titres des parties tracent la voie : «Les lendemains de l\u2019inceste», «De la dévoration du foie», «La cavité et la giclée», «Mammectomie», « Formaldéhyde ».Si la force de cette poésie ne tenait qu\u2019à cette provocation, bien anodine en ces temps outranciers, elle ne tiendrait pas la route.O r c e p o è t e s a i t écrire dans la plaie rouge avec une efficacité redoutable.Baudelaire est déjà passé par là en créant quelques chefs-d\u2019œuvre.Dès le premier poème, le ton est donné : «Embouchure du tuyau d\u2019égout à l\u2019arrière de l\u2019hôpital.La nuit les corbeaux s\u2019amusent avec la graisse les caillots les membres amputés à fabriquer des épouvantails pour éloigner les âmes.» Docteur en psychologie, clinicien, passionné par la pulsion homicide, la perversion et la psychose, il transpose dans son écriture ses champs d\u2019intérêt avec une rigueur sans faille.Ainsi, ce glissement terrifiant du sens : « Ta gorge accueille les rats grugent le mot amour dans ta bouche commet l\u2019inceste.» On croirait entrer dans la tête d\u2019un meurtrier, d\u2019un humain déshumanisé, pénétrer des pulsions vicieuses qui nous embarrassent l \u2019âme, captivés par ce mal ontologique qui transmute en proie tout être vivant voué à la décompos i t ion .Cette férocité n\u2019est pas loin d\u2019un certain désespoir.C\u2019est d\u2019autant plus intolérable quand la cassure vient dès la naissance : « tout ce qui tombe / lorsque le crâne s\u2019affaisse / les couleurs primaires / l\u2019odeur de la peau de maman / l\u2019amour la haine / déchirent l\u2019hymen.» Chair à vif, déplora- tion des pulsions morbides, lisse lieu de l\u2019abominable, autant d\u2019ancrages dans le délétère croupissement du monde.L\u2019être humain, appelé au travail mor tuaire, s \u2019exécute : « la mor t passe par le nez la pisse / la merde l \u2019odeur du moribond / identique à celle du sexe // nous lavons les cadavres / cousons les trous.» La relation papa-maman n\u2019est pas saine, pas plus que celle du fils fait homme, obsédé par la faille, par l\u2019entaille d\u2019où s\u2019échappent et où vont les mouches.La tension érotique de ce drame sanguina i r e qu \u2019es t pour le poète toute vie s\u2019exacerbe et s\u2019écoule des plaies.Jouissance par faite, par faite admission du mal qui exhausse sa propre sensation d\u2019exister.Et quand l\u2019existence de l\u2019être se résume à ce poème, il y a de quoi s\u2019inquiéter : « ton sourire n\u2019est pas autre chose / qu\u2019un arc de peau de chair / de graisse // ton ventre un sac / de sang // le couteau réclame / une à une / les lettres de ton nom.» Ce qu\u2019on pourrait appeler le mal-amour est ici férocement déployé.C\u2019est outrancier, à n\u2019en pas douter, mais radical, et franchement dérangeant.En cela, le travail du poète est accompli, parfaitement.L\u2019écriture de ce recueil est rigoureusement ciselée ; le sens du vers libre, les coupures rythmiques, la respiration des vers y sont admirablement maîtrisés.Les poèmes d\u2019Alexandre L\u2019Ar chevêque sont , à ce t égard, exemplaires et font sentir au plus près ce qu\u2019est le souffle en poésie.Ici, haletant, hachuré, éperdu.Collaborateur Le Devoir FAUX SANG Alexandre L\u2019Archevêque Les éditions du Noroît Montréal, 2016, 75 pages POÉSIE Les autopsies morbides d\u2019Alexandre L\u2019Archevêque Faux sang explore le glauque avec une délectation de médecin légiste ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019auteur Alexandre L\u2019Archevêque sait écrire dans la plaie rouge avec une ef ficacité redoutable. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 J U I N 2 0 1 6 E 8 M athieu Bock-Côté (MBC) n\u2019est pas un intellectuel de province.La profondeur de sa réflexion et la richesse de son style, qui allie densité et clarté, témoignent de son appar te- nance à l\u2019élite de la pensée occidentale actuelle.Il fallait l\u2019entendre, le 11 juin dernier, débattre avec le philosophe f r a n ç a i s A l a i n R e n a u l t à l\u2019émission Répliques, animée par Alain Finkielkraut sur France Culture, pour n\u2019en pas douter : MBC a de l\u2019envergure.Plus qu\u2019un brillant commentateur, le jeune sociologue est un véritable penseur.« Il faut dire, écrit Vincent Trémolet de Villers dans Le Figaro Histoire de juin-juil- let 2016, que Mathieu Bock- Côté voit tout, lit tout, comprend tout.Qu\u2019il s\u2019adresse à son lecteur avec la précision et l\u2019enthousiasme de celui qui a choisi de transmettre plutôt que de poser.» En effet.Et ce que MBC transmet dans Le multiculturalisme comme religion politique, un essai aux références princi- p a l e m e n t e u r o p é e n n e s , c\u2019est une critique radicale de l\u2019idéologie dominante de notre temps qu\u2019est le multi- culturalisme, une pensée qui postule, en gros, que l\u2019Occident serait coupable d\u2019avoir écrasé les groupes minoritaires (ethniques, sexuels, sociaux, etc.) et que la justice nous impose, désormais, de déconstruire cette domination pour contribuer à l\u2019avènement d\u2019un monde enfin libre.Mai 68 La gauche, jusqu\u2019aux années 1950, critiquait le capitalisme au nom de l\u2019horizon socialiste.La découverte de ses dérives totalitaires force toutefois ceux qui s\u2019en réclament à changer de cap.On identifie alors « les nouvelles formes de l\u2019exclusion sociale » et « les nouveaux acteurs pouvant endosser la critique de la société ».Mai 68, en France, est le moment phare de cette transformation de la gauche classique en une nouvelle gauche, plus sociale et culturelle que politique et économique.On passe donc, note MBC, « d\u2019une critique du capitalisme à une critique de la civilisation occidentale et des grandes institutions qui sont considérées comme sa gardienne, qu\u2019i l s\u2019agisse de l\u2019État, de la nation, de la famille ou de l\u2019école ».Le prolétariat, héraut de l\u2019élan révolutionnaire d\u2019hier, n\u2019a plus la cote puisqu\u2019on le découvre trop souvent conservateur.La nouvelle gauche, qui a rencontré la contre-culture, s\u2019investira désormais dans la défense de toutes les «identités subordonnées à l\u2019hégémonie de l\u2019homme blanc occidental ».La droite conservatrice, quant à elle, finira par se rallier mollement à cette idéologie « diversi - taire » et ne se distinguera plus de la gauche que par son néolibéralisme assumé.Aujourd\u2019hui, ce multicultu- ralisme se présente comme l\u2019incarnation du progrès et s\u2019impose comme la trame des sociétés occidentales.L\u2019histoire, au lieu d\u2019être une école de patriotisme, de mémoire ou de gratitude, est mise en procès.On criminalise le passé en accusant nos ancêtres d\u2019avoir péché contre la diversité.« Étudier l\u2019histoire, explique MBC en déplorant cette attitude, c\u2019est apprendre à s\u2019en délivrer.Car que retenir d\u2019un monde qui s\u2019était édifié en écrasant la dif férence?» Toute une sociologie, dans la même logique, s\u2019emploie à rejeter la pertinence «d\u2019une culture commune nouée dans une histoire» et prône « l\u2019inversion du devoir d\u2019intégration», en faisant de la société majoritaire la responsable de toutes les exclusions.L\u2019identité nationale, enfin, est appelée à abandonner «son particularisme historique» pour ne pas « blesser les nouveaux venus» et à se dissoudre dans un pacte juridique.Résistance conservatrice Dans ce nouveau monde, ceux qui sont attachés à la nation historique et à ses traditions parce qu\u2019ils croient que l\u2019héritage est «un passage fondamental sans lequel l\u2019individu est condamné à la sécheresse culturelle, à une vie vide de sens», parce qu\u2019ils sont convaincus que « la communauté politique ne saurait durablement exister sans une mémoire forte, ancrant les hommes dans le sentiment d\u2019un monde partagé» et que la fragmentation de la société en de multiples groupes minoritaires menant l\u2019instruction contre la culture nationale nuit à la démocratie et à la capacité d\u2019agir collectivement, ceux-là, donc, les conservateurs au sens philosophique du terme, de droite comme de gauche, sont accusés de refuser le progrès, de faire le jeu de l\u2019extrême droite, voire d\u2019être un peu dérangés pour aller ainsi contre le sens de l\u2019Histoire.Bock-Côté, qui n\u2019a pas froid aux yeux et qui a les moyens intellectuels de son culot, formule, dans cet éblouissant essai, une invitation à entrer en dissidence contre cette idéologie de la diversité, sans pour autant se réfugier dans les bras d\u2019une droite populiste étriquée.Pour mener le combat conservateur, MBC s\u2019inspire notamment de la droite gaulliste.Ce n\u2019est pas la seule manière d\u2019être conservateur.On peut camper à gauche et tenir à l\u2019héritage occidental.La dissidence, au- jourd\u2019hui comme hier, n\u2019est pas une religion et sait faire front commun, malgré les dif fé- rences, si nécessaire.lcornellier@ledevoir.com LE MULTICULTURALISME COMME RELIGION POLITIQUE Mathieu Bock-Côté Cerf Paris, 2016, 368 pages Bock-Côté entre en dissidence Ne laissons pas le multiculturalisme culpabiliser l\u2019Occident, clame le brillant sociologue REVUE L\u2019INCONVÉNIENT Été 2016, no 65 «Être conservateur aujourd\u2019hui» Éric Bédard L\u2019historien Éric Bédard défend des idées très semblables à celles de Mathieu Bock-Côté.Dans le numéro d\u2019été 2016 de la revue L\u2019Inconvénient, dont le dossier se penche sur les notions de gauche et de droite, Bédard explique, de manière très éclairante, les raisons de son conservatisme.La gauche multiculturelle (libertaire, contre-culturelle) et la droite néoli- bérale, écrit-il, s\u2019opposent l\u2019une à l\u2019autre à certains égards, mais se rejoignent dans un progressisme très critique envers une conception identitaire de la nation et envers l\u2019école traditionnelle.Bédard croit, au contraire, que la nation n\u2019est pas qu\u2019un édifice juridique, mais un héritage substantiel et précieux qui, à l\u2019ère de la mondialisation, s\u2019avère le rempart de la démocratie ainsi que d\u2019une identité incarnée et signifiante.L\u2019historien croit aussi que l\u2019école doit valoriser l\u2019effort et transmettre la culture (langue et histoire, notamment) plutôt que de se soumettre aux causes à la mode et aux seuls besoins du marché.Il croit, enfin, que l\u2019obsession contemporaine du couple épanoui nous a fait oublier l\u2019importance de la stabilité familiale dans le sain développement des enfants.Ce bel essai résume élégamment le conservatisme éclairé prôné par Bédard et Bock-Côté.Louis Cornellier LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Plus qu\u2019un commentateur habile, le jeune sociologue est un véritable penseur."]
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