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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2016-07-09, Collections de BAnQ.

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[" Du 15 au 28 juillet, le cinéma du Parc présentera un documentaire attendu par de nombreux cinéphiles : De Palma, dans lequel le cinéaste de 75 ans se livre avec une franchise aussi désarmante qu\u2019enthousiasmante.Pour l\u2019occasion, une mini-rétros- pective réunissant les films Obsession, Carrie, Dressed to Kill, Blow Out et Carlito\u2019s Way sera proposée.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E C ontemporain et ami proche de Steven Spielberg, de Mar tin Scorsese, de George Lucas et de Francis Ford Coppola, Brian De Palma fait figure d\u2019enfant terrible de la fratrie.Boudé par la critique américaine, louangé par la critique française, il travaille désormais exclusivement en Europe.Peut-être parce que son cinéma est souvent mésestimé, il est de ces auteurs qu\u2019on a irré- pressiblement envie de « défendre », comme l\u2019écrivit un jour l\u2019influente critique du New Yorker Pauline Kael, de son vivant l\u2019une des rares aux États-Unis à avoir encensé le réalisateur, dont elle résuma ainsi la démarche : «De Palma a mis au point un voyeurisme poétique quasi surréaliste \u2014 l\u2019expression stylisée d\u2019un esprit délicieusement tordu.Il n\u2019utilise pas l\u2019art à des fins voyeuristes ; il utilise le voyeurisme comme une stratégie et un thème afin d\u2019alimenter son art satirique.Il met en relief le fait que le voyeurisme fait partie intégrante de la nature des films.» La nature des films: voilà bien le thème de prédilection de De Palma.Pas étonnant qu\u2019autant de cinéastes se passionnent pour son œuvre.On en a trouvé quelques-uns au Québec.Propos choisis.Philippe Lesage, réalisateur (Ce cœur qui bat, Les démons) \u2014 J\u2019étais à treize ans fasciné par le cinéma américain et admiratif devant lui.Mes idoles étaient barbues et s\u2019appelaient Coppola, Scorsese, De Palma.Je snobais déjà Spielberg, qui faisait, à mon avis, des films édulcorés pour enfants, qui manquaient de violence ! De Palma était en ce sens le plus vicieux, le plus pervers, le plus voyeur, le plus virtuose et le plus sanglant.Cette fascination d\u2019un jeune adolescent cinéphile à l\u2019égard d\u2019un cinéma violent n\u2019est pas rare [\u2026] C\u2019est un peu comme si les pulsions sexuelles naissantes et souvent frustrées de cet âge-là se sublimaient au contact d\u2019une représentation esthétique, romancée, et hautement spectaculaire de la violence.De Palma était le seul qui ramenait en parallèle l\u2019érotisme pouvant titiller l\u2019ado boutonneux au spectacle flamboyant d\u2019une violence méticuleusement mise en scène.Robin Aubert, réalisateur (À l\u2019origine d\u2019un cri, Les affamés) \u2014 J\u2019ai toujours associé De Palma à Coppola et Scorsese.Probablement à cause de certains thèmes.Mais des F A B I E N D E G L I S E C\u2019 est l\u2019histoire d\u2019une vie dont la mémoire était condamnée à disparaître complètement, comme c\u2019est le cas généralement quand un anonyme s\u2019éteint.Heureusement, des gens n\u2019ont pas fait leur travail correctement\u2026 Conséquence : la cave no 16 de l\u2019appartement parisien dont Clara Beaudoux a pris possession l\u2019an dernier n\u2019a jamais été vidée, contrairement à ce qui est prévu au contrat.Cela a permis à cette journaliste française, un tantinet fouineuse, d\u2019y trouver toute une vie en morceaux, rangés dans des boîtes de carton, des valises, posés sur des tonnes de papiers ou incarnés dans un ensemble hétéroclite d\u2019objets.Cette mémoire, propriété de l\u2019ancienne occupante des lieux, une vieille Parisienne décédée en 2012 à l\u2019âge de 97 ans, aurait dû finir dans un dépotoir.Elle nourrit plutôt depuis novembre dernier un étonnant projet documentaire: le Madeleine Project \u2014 à l\u2019anglaise, forcément, puisqu\u2019il a été façonné en France \u2014 qui, sur Twitter, sous le mot-clic #madeleineproject, remonte le fil d\u2019une vie oubliée, fragment par fragment.L\u2019exercice captivant vient de muter dans un bouquin, publié chez les bien nommées Éditions du sous-sol.Clara Beaudoux y relate en images et en textes courts les deux premières saisons de cette autopsie en règle et en public d\u2019une existence humaine singulière et attachante, tant les composantes accumulées dans cette cave construisent une vie qui ressemble finalement à des millions d\u2019autres.«L\u2019idée de conserver une trace imprimée de ce projet était importante pour moi, résume à l\u2019autre bout du fil Clara Beaudoux, jointe cette semaine par Le Devoir dans sa vie parisienne.Ce reportage documentaire est né dans les univers numériques, des lieux qui bouleversent notre rapport aux archives.Avec le papier, je voulais donner à cette mémoire exposée un caractère plus tangible pour lui permettre de persister un peu plus dans le temps.» La petite histoire qui raconte la grande Madeleine Project remonte par fragments le fil d\u2019une vie oubliée dans une cave Rachid Taha et les 30 ans de Nuits d\u2019Afrique Page E 2 L\u2019homme nu au pays de l\u2019or noir Page E 7 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 MNBAQ.ORG Contemporain Inuit Décoratifs et design Installations.À grande échelle.Exposition inaugurale présentée par au nouveau pavillon Pierre Lassonde ORION PICTURES De haut en bas: Al Pacino et Penelope Ann Miller dans L\u2019impasse; Angie Dickinson et Brian De Palma pendant le tournage de Pulsions TWITTER En ligne, Madeleine Project a fait cliquer plus de 120 000 personnes sur la page Storify.DE PALMA DE PALMA Snobé chez lui, le cinéaste américain a des admirateurs parmi ses pairs québécois E PAL A vu par.JOHN LAMPARSKI AGENCE FRANCE-PRESSE Le cinéaste Brian De Palma lors du 53e Festival de New York UNIVERSAL CITY STUDIOS VOIR PAGE E 7 : MADELEINE Lire aussi \u203a Vertigo et Obsession: œuvres hantées.Un texte de François Lévesque.Page E 5 VOIR PAGE E 5 : DE PALMA Y V E S B E R N A R D T rente ans déjà ! Trente ans à o u v r i r u n m o n d e e t à p a r t a g e r l e s t a l e n t s d e l\u2019Afrique et de sa diaspora.Cette année, du 12 au 24 juillet, le Festival international Nuits d\u2019Afrique (FINA) of fre une excitante programmation composée d\u2019une dizaine de pointures et de p lus ieurs autres découver tes.D\u2019abord, les figures : les Sier ra Leone\u2019s Refugee All Stars, Orquesta Aragón, Mei- way le Mexican Institute of Sound, les Ogres de Barback et Afrique en Cirque se produisent gratuitement au Parterre du Quartier des spectacles, alors qu\u2019en salle on retrouve Tabou Combo, Yael Naim, Manu Dibango avec la relève montréalaise et Rachid Taha, l\u2019enfant terrible du raï- punk et au-delà.Nous l\u2019avons joint par téléphone.Rachid Taha parle d\u2019abord du concer t de Montréa l : « Comme j\u2019ai changé pas mal de musiciens, je vais donner une autre couleur aux titres que j\u2019ai faits auparavant.J\u2019ai des musiciens beaucoup plus rock and roll, mais n\u2019ayez pas peur, c\u2019est pas encore Motö- rhead.En plus, comme j\u2019ai expérimenté une tournée avec l\u2019orchestre de Damon Albarn, j\u2019ai peut-être quelques modifications à faire au spectacle.» Il s\u2019inspire de tout, comme d\u2019habitude.« Il fait très mauvais avec le climat politique.J\u2019étais à l\u2019aéropor t d\u2019Istanbul deux heures avant l\u2019explosion du 28 juin.Ça fait un choc, quand même.On se dit que le monde est complètement transformé et que, de part et d\u2019autre, on est tous responsables de ce qui arrive.J\u2019ai joué à Londres la journée du vote pour le Brexit.Je trouve ça très mauvais et on est en plein milieu des événements.Ça sent un peu la merde avec tous ces populistes d\u2019extrême droite.Ça sent l\u2019avant-guerre.Mais il ne faut pas se laisser envahir par la peur non plus.» Comme le FINA, le raï célèbre aussi ses 30 ans.Quel regard le garnement porte-t-il sur l\u2019évolution du grand genre ora- nais?«En Algérie, c\u2019est toujours la même chose, ils chantent toujours pareil et c\u2019est toujours les mêmes ef fets, ça n\u2019a aucun intérêt.Les artistes ont du talent, mais la production n\u2019est pas terrible.J\u2019ai un projet pour faire le Trans Raï Express.C\u2019est avec des jeunes raïmens que je veux former et avec qui je voudrais tourner dans le monde.» À suivre de près, donc, tout comme le disque Diwan 3 dont la production est en cours.Monsieur « Douce France » y ajoutera des pièces en français, dont une reprise de Piaf.Différentes séries Retour au 30e FINA : cette année, on ajoute une journée à la programmation extérieure et trois concer ts à la série Les Étoiles Nuits d\u2019Afrique, qui sera animée par Salamate Gnawa, Gotta Lago et Senaya, qui proposeront des concerts avec des invités différents tous les soirs.Une nouvelle série est également à l\u2019affiche : Voix du monde, qui permettra d\u2019entendre le Chilien Nano Stern, la Camerounaise Kareyce Fotso, le citoyen du monde Daby Touré et le brillant musicien- comédien montréalais Adama Daou, qui s\u2019est fait valoir auprès de Lo\u2019Jo.Ajoutons à cette liste Ana Alcaide, une splendide découverte mondiale, et Morikeba Kouyaté, qui se produira en programme double avec notre Zal Sissokho dans le cadre de La Nuit de la kora.La série Révélations est particulièrement relevée, avec des artistes qui, sauf le Montréalais Ilam, en sont à leur première visite à Montréal .Vaudou Game donne dans l\u2019afro-funk togolais aux influences vaudous.BKO Quintet mélange les traditions des griots ma- linké à celles des chasseurs bambaras.Faris reprend des classiques du blues du Mississippi en tamasheq et Elida Almeida est un nouveau talent du Cap-Vert.Comme toujours, la musique urbaine et la world 2.0 occupent heureusement leur place.La série Nuits d\u2019Afrique Sound System propose la soirée Canicule tropicale avec le DJ californien Beto, alors que Pull-Up Selecta #6 lorgne le reggae élargi avec Krak in Dub, Dir ty Dubsters, The Goods Soundsystem et Barrio Son Sao.Reste les derniers, mais non les moindres : le ma- loya actuel de Grèn Sémé, le hip-hop percussif de A2VT, le reggae mandingue de Dakka et la soul folk engagée mâtinée d\u2019électro et de racines mandingues d\u2019Inna Modja.Son disque Motel Bamako est un régal.Collaborateur Le Devoir Le FINA du 12 au 24 juillet au Balattou, au théâtre Fairmount, à la Sala Rossa, au Métropolis, au Gesù, au National et au Parterre du Quartier des spectacles.www.festivalnuitsdafrique.com Rachid Taha : au Métropolis de Montréal, le mercredi 13 juillet ; à la place d\u2019Youville de Québec, le jeudi 14 juillet.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 2 Direction générale et artistique Grégoire Legendre festivaloperaquebec.com Starmania opéra Plamondon - Berger 30, 31 juillet, 1er, 3 et 4 août à 20 h Salle Louis-Fréchette, Grand Théâtre de Québec Les quatre ténors 24 juillet à 20 h La cour du Vieux-Séminaire de Québec Christophe Dumaux et Bernard Labadie 26 juillet à 20 h, Palais Montcalm Prima la musica, poi le parole Salieri Le directeur de théâtre Mozart 31 juillet, 2 et 5 août à 20 h, Théâtre La Bordée Gounod à l\u2019apéro 25 au 29 juillet à 16 h Chapelle du Musée de l\u2019Amérique francophone La brigade lyrique Mercredi au dimanche inclusivement 2 représentations par jour Divers lieux à travers la ville de Québec Le serpent et le chat Opéra jeunesse 24 au 29 juillet, La Maison Jaune Les Grands Feux Loto-Québec 6 août à 22h 24 juillet au 6 août 2016 billetech.com 1 877 643-8131 Le rendez-vous lyrique de l\u2019été ! C H R I S T O P H E H U S S L e 39e Festival de Lanau- dière s\u2019ouvre ce samedi soir à 20 h à l\u2019Amphithéâtre Fer nand -L indsay avec le 1er Concer to de Tchaïkovski joué par Alain Lefèvre et dirigé par Gregory Vajda, à la tête de l\u2019Orchestre du Festival.Le festif programme d\u2019ouverture, qui comprend également La tempête et Roméo et Juliette de Tchaïkovski, ainsi que les Fêtes romaines de Respighi, représente une belle revanche pour Alain Lefèvre.Se souvient-on qu\u2019avant d\u2019en être le porte-parole, Alain Le- fèvre fut le grand banni du Festival de Lanaudière, où il ne débuta qu\u2019en\u2026 2004 ?La pression populaire avait eu raison des réticences des responsables du Festival.Ainsi, feu le père Lindsay nous déclarait à l \u2019aube du Festival 2005: « On se faisait dire par des amateurs de musique : \u201cMais enfin, vous n\u2019avez pas encore eu Alain Lefèvre !\u201d » La motivation n\u2019était alors pas encore à son comble.Ainsi, en 2005, le pianiste québécois en était réduit à écouter des coulisses Nikolaï Luganski ouvrir le Festival avec\u2026 le 1er Concer to de Tchaïkovski, lui-même ayant été engagé pour le Concer to de Québec d\u2019André Mathieu lors du même concert.Voler, par sa fougue, la vedette à l\u2019aristocratique pianiste russe avait sans doute été une douce revanche pour le pianiste québécois.Les temps ont changé.Un tel partage de scène ne viendrait plus à l\u2019idée de personne et, aujourd\u2019hui, un 1er de Tchaï- kovski par Lefèvre a un potentiel d\u2019attraction au moins deux fois supérieur à l\u2019af fiche Lu- ganski que l\u2019on pensait si porteuse à l\u2019époque.La grande foule est attendue ce samedi.Le Festival 2016 sera assurément celui des pianistes.La brochette de violonistes \u2014 Angèle Dubeau (ce dimanche), Anthony Marwood (le 15), Lara St John (le 23) et Alexandre Da Costa (le 24)\u2014 cède face à celle des pianistes dont, outre Lefèvre, voici les portraits.Tony Yike Yang.Église de Saint-Alphonse-Rodriguez, le 19 juillet.Voici quelqu\u2019un qui a failli faire l\u2019histoire, mais dont l\u2019exploit est passé presque inaperçu ici.N\u2019eût été Charles Richard-Hamelin, Tony aurait été, à l\u2019âge de 16 ans seulement, le premier Canadien à inscrire son nom au palmarès du Concours Chopin de Varsovie en 88 ans.Il en est toutefois le plus jeune lauréat de l \u2019histoire, lui qui f init cinquième de la compétit ion 2015.À Varsovie, il dut préparer \u2014 ou, à tout le moins, sérieusement rafraîchir \u2014 le concer to à la hâte, en trois jours, lui qui ne pensait pas accéder à la finale.Au Festival, Tony Yike Yang jouera notamment la Sonate de Liszt et la 7e Sonate de Prokofiev.George Li.Église de Laval- trie, le 25 juillet.L\u2019Américain George Li est le second du concours Tchaïkovski 2015.Si tout le monde a oublié qui a gagné ce concours, George Li y a remporté un grand succès d\u2019estime, mais a été lui aussi éclipsé par le 4e Prix, dont on attend toujours les débuts au Québec.À 20 ans, George Li est un francophile, qui étudie la littérature française à Harvard en parallèle de ses études de musique au New England Conser vator y de Boston ! Il jouera notamment la Sonate funèbre de Chopin.Nareh Arghamanyan.Église de Saint-Sulpice, le 26 juillet.Personne, ici, n\u2019a idée à quel point la lauréate du Concours musical international de Montréal en 2008, à l\u2019âge de 18 ans, est devenue une grande artiste, mais aussi une pianiste spectaculaire.Elle le prouvera à la salle Bourgie la saison prochaine en interprétant Islamey de Balakirev, l \u2019œuvre pour piano la plus dif ficile techniquement.À Lanaudière, elle ira aux sources , avec les Variations Goldberg de Bach.Charles Richard-Hamelin.Amphithéâtre Fernand-Lindsay, 5 août.Le pianiste québécois est devenu une sorte de héros national en rempor tant le 2e prix du Concours Chopin 2015.Pour son premier concert avec l\u2019Orchestre symphonique de Montréal, il s\u2019est soumis à un exercice amusant, laissant le public voter pour le concerto qu\u2019 i l aurai t à interpréter.L\u2019exercice et son résultat lui permettront de sortir du cadre chopinien et d\u2019af fronter un monument : le 1er Concerto pour piano de Brahms.Une chose est sûre : le 5 août à 22 h, on saura ce qu\u2019il a dans le ventre! Nicholas Angelich.Amphi- théât r e Fernand -L indsay, 7 août.Le pianiste que nous amène Yannick Nézet-Séguin pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachma- ninov a déjà joué à Montréal, avec lui, le 1er Concer to de Liszt et le 1e r Concer to de Brahms.Angelich, né en 1970, est également un Américain francophile, qui vit à Paris et se produit avec les plus grands artistes français.Son dernier CD, Dedication, vient de paraître chez Warner et comporte notamment la Sonate de Liszt et Kreisleriana de Schumann.Le pianiste d\u2019airain réussit un Liszt impressionnant, mais semble un peu car tésien dans Schumann.Comment lui sied Rach- maninov?Réponse le 7 août.Le Devoir Festival de Lanaudière du 9 juillet au 7 août Billetterie : 1 800 561 4343 www.lanaudiere.org CLASSIQUE Les pianistes de Lanaudière 30E FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS D\u2019AFRIQUE La grande mosaïque ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Alain Lefèvre ouvrira le Festival de Lanaudière avec le 1er Concerto de Tchaïkovski.FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS D\u2019AFRIQUE Rachid Taha sera une des têtes d\u2019af fiche de Nuits d\u2019Afrique. J A Z Z CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 3 | | | | | CIRQUE AÏTAL \u2022 France présente présente CIRQUE LE ROUX \u2022 France \u203a COMÉDIE DE REBONDISSEMENTS \u203a ROCAMBOLESQUE THÉÂTRE OUTREMONT POUR TOUS POUR TOUS \u203a CONTE MODERNE \u203a TENDRE CHAPITEAU À LA TOHU En codiffusion avec en collaboration avec jusqu\u2019au © FRA NK W OCK ENF ELS © M ARIO DEL C U R T O montrealcompletementcirque.com S Y L V A I N C O R M I E R C\u2019 est entré dans sa syntaxe.Erik West Millette est toujours « en train » de faire quelque chose.C\u2019est son expression locomotive.Son leitmotiv.Pour un peu, il causerait sur rails.Son projet West Trainz est le voyage d\u2019une vie.«Mon plus vieux souvenir d\u2019enfance, c\u2019est mon grand-père Léo West qui m\u2019amène faire un tour de locomotive de triage, dans les Laurentides», racontait-il en ces pages\u2026 en 2007.C\u2019était juste avant qu\u2019il ne présente le premier état de son « spectacle poétique ferroviaire» en ouverture du festival Coup de cœur francophone.Neuf ans plus tard, il est encore en train.Plus que jamais en train.Tous aiguil lages aiguillés.Tous les jours en fin d\u2019après-midi, à cinq heures tapantes, son petit convoi \u2014 des plateformes avec les merveilleux instruments de son invention et des musiciens capables d\u2019en tirer des sons défiant l\u2019imagination \u2014 aura traversé le site du Festival de jazz, y compris ce samedi.Mais ce samedi, c\u2019est aussi fête à la gare.La grande scène de la place des Festivals sera transformée en gigantesque hall des arrivées, à ciel ouvert.« Are you ready for the night train?» lancera Willie West, le chanteur soul qui fut à la fin des années 1970 l\u2019un des légendaires Meters, groupe-lo- comotive funky-soul de La Nouvelle-Orléans.C\u2019est aussi le cousin d\u2019Erik West Millette.Le grand appel retentira : «All aboard ! » Et ils seront nombreux à embarquer, musiciens et chanteurs, et il y aura foule sur le quai à grandeur de la rue Jeanne-Mance pour les entendre chanter des chansons de train.Celles de l\u2019album Train Songs, et d\u2019autres.«C\u2019est en même temps le show du li- vre-disque West Trainz, avec les écrans, toutes ces images et tous ces sons ramassés lors de mes voyages en train sur tous les continents.Et il y a les invités de première classe, qui vont arriver à des moments spécifiques dans des stations spécifiques.Jordan [Officer, le doux champion guitariste] va faire le Number 9 Train, Emilie-Claire Barlow va chanter Nuages de Django, Bïa fera Le train du Nord, et j\u2019ai mon pote Papasoff pour é largir la sec t ion de cuivres\u2026.» Au moment de l\u2019entrevue, il a encore deux semaines pour huiler ses engrenages dans la gare de triage, tout peut encore arriver.«Il s\u2019ajoute des passagers tous les jours!» Le voyage d\u2019une vie Gros tchou-tchou de protestation quand je demande à l\u2019affable Erik si c\u2019est là que le train s\u2019arrête.«Ça va rouler jusqu\u2019à la fin de mes jours ! Je suis encore en train d\u2019améliorer les prototypes du train de rue ! C\u2019est un projet évolutif, un collectif.T \u2019es pas tout seul dans un train! On doit être une centaine à avoir participé à l\u2019aventure, depuis le début.Ma prochaine étape, c\u2019est à propos des vagabonds du rail, les hobos, du milieu du XIXe siècle jusqu\u2019à maintenant.Un autre disque, un autre spectacle, avec des compos, des reprises de Jimmy Rodgers [The Singing Brakeman), des bouts récités.Il y aura d\u2019autres volumes de Train Songs.La liste arrête pas d\u2019allonger.Il y a Scenic Railway de Gainsbourg que je voudrais faire, I\u2019m Movin\u2019 On de Hank Snow.Il y en a tellement, c\u2019est rendu que les artistes viennent m\u2019en proposer.L\u2019autre jour, c\u2019est Jim Corcoran qui m\u2019en sortait une de Hank Williams.Tout le monde veut son billet de train!» Il faut entendre la joie d\u2019enfant dans le ton de West Mil- lette : longtemps musicien accompagnateur (pour Marie-Jo Thério, notamment), c\u2019est un doux grégaire, un tendre rassembleur, même s\u2019il a parcouru seul les grands trajets des trains, du Trans-Siberian Express à l\u2019Australian Indian Pacific.Mais qu\u2019il observe les gens en train de gréer la promiscuité des longs trajets ou qu\u2019il tienne la guitare pour The Chic Gamine reprenant The Locomotion, c\u2019est pareil : le train véhicule la vie.«J\u2019ai même un ballet érotique à propos des trains.Je suis en train d\u2019écrire ça\u2026 » Il pouffe de rire.«Je ris, mais c\u2019est sérieux.Il y a un fil d\u2019Ariane qui relie tout ça, ou plutôt, il y a deux grands fils de fer, en parallèle, comme des cordes de guitare.La musique, les sons, les histoires, les gens, les chansons, on est tous dans le même train!» Le Devoir West Trainz, Erik West Millette et ses invités à la place des Festivals, samedi 9 juillet à 21 h.Tous à bord pour la grande fête ferroviaire Tout un wagon de chansons pour West Trainz, le projet « toujours en train » d\u2019Erik West Millette S E R G E T R U F F A U T I ls s\u2019appellent Taj Mahal, Wadada Leo Smith et Aaron Parks.Les deux premiers sont passés par là.Par où?Le FIJM au cours des derniers jours.Le dernier s\u2019y produira.Où et, pourquoi pas, quand ?Ce samedi soir au Gesù à compter de 22h30, en trio.Aujourd\u2019hui, on vous propose tout simplement un retour sur la discographie respective de ces messieurs.Sur les disques, c\u2019est à souligner, disponibles.Politesse oblige, honneur au vieux du trio : Taj Mahal.L e s m u t a n t s q u i étaient de ce monde en 1968 se souviendront sans peine, comme sans doute, de la publication de The Natch\u2019l Blues de Taj Mahal sur l\u2019étiquette Columbia.Dans le genre, le blues il va sans dire, cet album eut un retentissement semblable à Live in Cook County Jail de B.B.King, à East-West de The Paul Butterfield Blues Band et à Super Session de Stephen Sti l ls , Mike Bloomfield et Al Kooper.En un mot, son retentissement fut énorme.Il en fut ainsi parce que rien dans ce disque n\u2019est feint.Ce Natch\u2019l Blues se distingua surtout par ses qualités\u2026 paysannes ! À la dif férence de ce qui était alors en vogue, soit un blues tout électrique, pesant, à l\u2019image de Led Zeppelin et du trop bavard Cream, Ma- hal et ses complices avaient redonné au « p\u2019tit » blues ses couleurs originales, soit celles des pâquerettes et non du bitume \u2014 notre homme avait étudié l \u2019agronomie.Il faut préciser que le chanteur, guitariste et harmoniciste était entouré des Rising Sons, qui rassemblaient le guitariste Jesse Ed Davis, qui devait enregistrer avec John Lennon, George Harrison, Willie Nelson et d\u2019autres, le bassiste Gar y Gilmore et le batteur Chuck Blackwell Le deuxième album que nous avons r e tenu fu t l e deuxième publié toujours sur Columbia.En fait, il s\u2019agit de l\u2019addition de deux productions, une intitulée Giant Step avec The Rising Sons et l\u2019autre réalisée en solitaire et parue sous le titre De Ole Folks at Home.C\u2019est surtout pour cette dernière production que l\u2019on vous propose ce double CD édité lui également par Columbia.Si vous appréciez ce qu\u2019on appelle les « roots » ou l\u2019americana, en clair, si vous aimez Greg Brown, Bo Ramsey, Jeffrey Foucault ou Pietra Brown, alors vous adorerez ces exercices de style confectionnés en solitaire, soit avec une guitare, soit avec un banjo, ou parfois avec un harmonica.Et dire que ce Giant Step est sor ti en\u2026 1969 ! Soit plus de trente ans en avance.Après cette période, le parcours de Taj Mahal, à l\u2019instar de beaucoup d\u2019autres de ses collègues, fut passablement hachuré par les rebonds du disco, du Saturday Night Live et par le Studio 54.Pour faire court, voilà qu\u2019en 1993 Taj Mahal signe un chef- d\u2019œuvre : Dancing the Blues, sur l\u2019étiquette Private Music.Cette galette, notre vétéran la réalisa avec une escorte de requins de studio.Des poids lourds aussi à l\u2019aise avec lui qu\u2019avec Barbra Streisand ou Eric Burdon.C\u2019est joyeux de bout en bout.Convaincant et très séduisant.Ce samedi soir, le trio du pianiste Aaron Parks occupera donc la scène du Gesù.De ce pianiste virtuose qui a le tact de ne pas la ramener, autrement dit d\u2019éviter les pièges qui sont toujours tendus aux prodiges, on a retenu deux albums réalisés avec James Farm, soit ce quar tet qu\u2019il a formé avec le saxophoniste Joshua Redman, le contrebassiste Matt Penman et le batteur Eric Harland.Au cours des quatre dernières années, ce supergroupe, dans le sens noble du terme, a signé deux albums sur l\u2019excellente étiquette Nonesuch : le premier est baptisé James Farm, tout simplement, puis le deuxième, City Folk .Ce que ces messieurs composent et exécutent loge tout le temps à l\u2019enseigne du virevoltant.De la surprise divine.C\u2019est réjouissant.Du trompettiste Wadada Leo Smith, qui donna au pianiste Vijay Iyier sa véritable chance, on a retenu son inclination pour le combat, pour son implication au sein de l\u2019Association for the Advancement of Creative Musicians de Chicago.D\u2019où la suggestion suivante : Wadada Leo Smith \u2013 Golden Quartet publié en l\u2019an 2000 par Tzadik.Avec Jack DeJohnette à la batterie, Anthony Davis au piano et Malachi Favors Ma- goustous à la contrebasse.On vous prévient : ça décape avec force.Mais bon\u2026 Ça nettoie les neurones.Collaborateur Le Devoir Trois musiciens et sept albums ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour Erik West Millette, le projet West Trainz est le voyage d\u2019une vie.Taj Mahal DANS LE VESTIBULE AVEC JEF CORNELIS Commissaire : Michèle Thériault.À la galerie Leonard et Bina Ellen de l\u2019Université Concordia jusqu\u2019au 12 août.N I C O L A S M A V R I K A K I S U ne grande œuvre dans un petit espace.Voilà comment nous pourrions résumer cette exposition intitulée Dans le vestibule avec Jef Cornelis.Pour la première fois, Michèle Thériault, commissaire et directrice de la galerie Leonard et Bina Ellen, utilise l\u2019antichambre de la réputée galerie de l\u2019Université Concordia pour y monter une exposition d\u2019été.Espérons qu\u2019elle réitère l\u2019expérience l\u2019an prochain.Seuls deux fauteuils et deux écrans vidéo \u2014 installation qui fait penser à l\u2019ambiance d\u2019écoute de la télévision dans un espace privé \u2014 vous permettront de visionner 26 films sur l\u2019art, réalisés entre 1964 et 1996 par le réalisateur belge Jef Cornelis.Les cinq programmes qui y sont présentés durent près de 25 heures\u2026 Mais en fait, il s\u2019agit d\u2019un petit échantillon sur les 200 films que Cornelis réalisa ! Il ne faudrait pas que vous vous laissiez rebuter par l\u2019ampleur du programme.Vous ne pourrez pas tout voir, mais chacun des films sur lesquels vous tomberez, grâce au hasard de la programmation, sera passionnant.Il s\u2019agit d\u2019un petit festival de films sur l\u2019art (qui, de plus, est gratuit).Moi qui ai souvent reproché à ce type de films de faire formellement et narrativement dans le conventionnel, le cliché et le bonbon, je dois dire que je fus particulièrement impressionné par l\u2019œuvre \u2014 c\u2019est le mot \u2014 de Jef Cornelis.Vous y apprendrez bien des choses.Les deux films sur Cassel, sur la Documenta 4 de 1968 et sur la Documenta 5 de 1972, sont à cet égard des documents historiques pour le milieu des arts.Dans ce dernier, vous pourrez entendre des entrevues avec le galeriste Leo Castelli, avec les artistes Lawrence Weiner et Jospeh Kosuth, qui y discutent de la définition de l\u2019art conceptuel et de la pertinence de cette appellation avec Marcel Broodthaers\u2026 Un petit écran/écrin pour une grande œuvre Ces films sur l\u2019art de Cornelis ont tous été réalisés pour la Radio-Télévision belge (BRT).Voilà qui surprendra.Un travail que notre télévision nationale pourrait prendre comme modèle.Oui, il est possible de parler d\u2019art contemporain au plus grand nombre, et ce, sans sacrifier à la qualité, sans avoir à inviter une « vedette » qui ne connaît rien à l\u2019art et qui appauvrit le discours sur l\u2019art\u2026 Et le travail de Cornelis ne consista pas qu\u2019à transmettre de l\u2019information dans un média grand public.Chaque film de Cornelis est exemplaire du point de vue de la recherche formelle, ainsi que du point de vue de l\u2019innovation dans la manière de raconter une histoire.Michèle Thériault avait vu pour la première fois le travail de Cornelis en 2010 «dans une expo réalisée par la brillante commissaire Chuz Martinez pour le MACBA [Musée d\u2019art contemporain de Barcelone].L\u2019expo Are You Ready for TV?traitait de la télévision et de son langage spécifique.On y retrouvait des œuvres pour la télévision de tous les genres.Il y en avait pour plus de 150 heures ».Comme Thériault l\u2019écrit dans son texte de présentation, Cornelis fut donc un essayiste télévisuel.Belgique, 1986 Parmi les films que j \u2019ai pu voir, je vous conseille Les arts visuels en Belgique, enregistrement d\u2019une table ronde sur le thème «Que signifie le phénomène des arts visuels en Belgique en 1986?».Voilà un débat qui rappellera ceux que nous tenons sur les arts au Québec et au Canada\u2026 Existe-t-il une spécificité, une identité des arts en Belgique?À quoi tient la renommée des artistes belges?Mode passagère?Mise en marché exemplaire?Certes, les invités s\u2019empêtrent dans des distinctions entre un art régional et un art international, alors que la question véritable est celle de la visibilité et de la survie de la périphérie par rapport au centre économique et culturel\u2026 Mais voilà néanmoins une discussion qui fera réfléchir.Les invités, de renom, comme Jean-Hubert Martin, Bernard Blistène ou Jan Hoet, en arrivent à la conclusion que la force d\u2019une culture dépend de l\u2019intérêt des médias et en particulier de la télévision, d\u2019un public plus ouvert d\u2019esprit, de la solidité des institutions ainsi que des structures de diffusion, et surtout de collectionneurs passionnés par l\u2019art\u2026 Il faut dire que, du côté des collectionneurs, la Belgique fut choyée.Un autre film de Cornelis, intitulé Trois souris aveugles (1968), vous permettra d\u2019ailleurs de vous familiariser avec certains d\u2019entre eux, des collectionneurs qui n\u2019ont pas hésité à acheter des formes d\u2019art plus difficiles, et même de l\u2019art minimaliste ou conceptuel\u2026 Collaborateur Le Devoir C I N É M A D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 4 A n i r n i q L e N o r d e t d é b o u s s o l é LA BIENNALE DE SCULPTURE 21 24 JUILLET SAINT-JEAN-PORT-JOLI En co-production avec l\u2019Institut culturel Avataq Commissaires // Beatrice Deer et Michel Saulnier 2 0 1 6 SCULPTURES ARTISTES À L\u2019ŒUVRE MARCHÉ DES MÉTIERS D\u2019ART EXPOSITION VISITES COMMENTÉES ACTIVITÉS FAMILIALES SPECTACLES POP-ÉVÉNEMENTS CHAQUE JOUR ! Jean-Pierre Morin Bernard Paquet Étienne Guay Denys Heppell Julie Simoneau Judith Dubord Alain Cadieux Jusipi Kulula Lucassie Echalook Mattiusi Iyaituk Charleen Watt Anna Ohaituk Julie Grenier Mary Paningajak Alaku biennaledesculpture.com Conseil d\u2019administration 2016 : François Garon, Marie-Claude Gamache, Christiane Hardy, Marie-Anne Lemay, Anny Morin, Robert Gaudreau et Michel Saulnier www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 30 juillet OTTAWA \u2013 Louise Vigée Le Brun au musée 12-13 août ÉTAT de NEW YORK \u2013 Dürer et Rembrandt VERMONT \u2013 Bread and Puppet Museum Date limite : 11 juillet! 24 août NICOLET \u2013 ARTHABASKA \u2013 peinture-sculpture 1-4 septembre CÔTE-DU-SUD \u2013 le long du fleuve De la seigneurie au patrimoine religieux Quelques places disponibles! 22 octobre QUÉBEC \u2013 Pierre Bonnard au musée Centre culturel de Pointe-Claire, Stewart Hall 176, ch.du Bord-du-Lac \u2013 Lakeshore 10 juillet au 28 août 2016 LES TEMPS SUSPENDUS Caroline Cloutier et Joëlle Morosoli Pique-nique vernissage Dimanche 10 juillet, midi Entrée libre INFO :514 630-1254 www.pointe-claire.ca Caroline Cloutier: Déploiement 2, 2016 Comment parler d\u2019art contemporain à la télévision Le réalisateur belge Jef Cornelis est à l\u2019honneur à la galerie Leonard et Bina Ellen LE GOÛT DES MERVEILLES ?1/2 Drame sentimental d\u2019Éric Besnard.Avec Virginie Efira, Benjamin Lavernhe, Lucie Fagedet, Hervé Pierre.France, 2015, 101 minutes.A N D R É L A V O I E U n film éveille parfois le souvenir clair et précis d\u2019autres films du même genre, montrant à quel point le cinéaste s\u2019engage sur les mêmes sentiers que ses prédécesseurs, et qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de prendre une autre direction, encore moins de réinventer la roue.C\u2019est ce sentiment, persistant, que suscite Le goût des merveilles, un travail consciencieux et consensuel signé Éric Besnard (Mes héros), ayant visiblement pris beaucoup de notes devant Forrest Gump et Rain Man.Joli subterfuge, il plante son décor dans la Drôme provençale, paysage idyllique parfumé de lavande et baignant dans une lumière éclatante, au point d\u2019avoir du mal à convaincre que le gel menace vraiment les récoltes de la belle héroïne interprétée par la non moins séduisante Virginie Efira (Caprice, 20 ans d\u2019écart).Veuve et mère de deux enfants, prise à la gorge par la banque à cause des mauvais rendements de son domaine agricole, Louise a suffisamment de soucis lorsque Pierre (Benjamin La- vernhe) surgit sur le pare-brise de sa voiture qui roule à bonne vitesse.Le jeune homme en est quitte pour quelques égratignures, mais montre vite sa propension à tout calculer avec une précision maniaque, à faire régner l\u2019ordre (même s\u2019il n\u2019est pas chez lui) et à s\u2019attacher à cette femme à la fois séduite et confuse par sa perspicacité malgré sa démarche d\u2019automate.Avant qu\u2019elle ne découvre qu\u2019il souffre du syndrome d\u2019Asperger, le voilà qui transforme son quotidien, celui de ses enfants (un garçon rivé à ses jeux vidéo et une ado en début de rébellion), et pourrait en faire beaucoup plus si on lui laissait la chance de sortir des grif fes d\u2019un système ef frayé par la dif fé- rence, représenté ici par l\u2019unique Hiam Abbass que l\u2019on a déjà vu plus inspiré.Romance pudique Dans le déroulement de l\u2019affaire, vous faut-il de longues explications pour imaginer la suite ?Celle-ci est télégraphiée dès les toutes premières scènes (même la magnifique chanson de Véronique Sanson Bahia est appelée en renfort symbolique), romance très pudique dans un décor idyllique avec obstacles à la clé, question de prolonger un petit suspense qui n\u2019en est pas vraiment un.Il faut tout de même saluer le choix de Bes- nard d\u2019avoir opté pour une figure peu connue pour défendre cet être d\u2019une sensibilité extrême, d\u2019une intelligence supérieure et aux comportements stoïques, donc déstabilisants.Benjamin Lavernhe, presque toujours contraint de porter un étouffant complet à la coupe et aux couleurs austères, représente la seule véritable surprise du Goût des merveilles, titre qui évoque aussi une pâtisserie.Encore là, on veut sans aucun doute nous prévenir du caractère sucré (ou suranné ?) de cette petite sérénade sur les vertus de la différence.Dommage que la mise en scène reste trop souvent muette à ce sujet.Collaborateur Le Devoir La crainte de l\u2019aventure GALERIE LEONARD & BINA ELLEN, UNIVERSITÉ CONCORDIA ET D\u2019ARGOS Pour la première fois, on utilise l\u2019antichambre de la réputée galerie universitaire pour y monter une exposition d\u2019été.AXIA FILMS Benjamin Lavernhe représente la seule véritable surprise du Goût des merveilles. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E 335, boul.de maisonneuve est berri-uqam (514) 842-9768 cinematheque.qc.ca cinematheque.quebecoise cinemathequeqc La tête de Normande St-Onge Un ?lm de Gilles Carle, 116 min - VOF En présence des acteurs 9 JUILLET 19h00 Angry Indian Goddesses Un ?lm de Pan Nalin, 115 min - VOSTA DÈS LE 8 JUILLET 17h30 P h o t o : P i e r r e D u r y Un Américain : Portrait de R.L.Levasseur Un documentaire de Pierre Marier, 99 min - VOSTF À L\u2019AFFICHE 19h30 F R A N Ç O I S L É V E S Q U E C\u2019est un paradoxe dont peu de cinéastes aiment parler : aussi original puisse-t-il paraître, tout film, après analyse, rend compte de l\u2019influence d\u2019autres films.Hommages manifestes ou emprunts inconscients, passé et présent s\u2019interrogent et se répondent en un perpétuel écho : ainsi en va-t-il dans le 7e art, un « cimetière vivant », pour reprendre la formule affectueuse d\u2019Alain Resnais.Or, peut-être par crainte d\u2019être traités d\u2019imitateurs, la plupart des réalisateurs préfèrent garder leurs références par-devers eux.Tel n\u2019est pas le cas de Brian De Palma, objet d\u2019un documentaire passionnant à l\u2019affiche dès le 15 juillet.À cet égard, l\u2019un des plus beaux témoins de la fascination de De Palma pour Hitchcock demeure son bien nommé Obsession, une relecture intégrale de Vertigo.« Pour moi, Vertigo représente le film parfait et il hante mes pensées », explique De Palma au journaliste Luc Lagier dans l\u2019ouvrage Les mille yeux de Brian De Palma.De Palma confia même la trame sonore d\u2019Obsession à Bernard Herrmann, longtemps le compositeur attitré d\u2019Hitchcock.La grande illusion Pour mémoire, Vertigo conte l\u2019histoire d\u2019un détective (James Stewart) qui s\u2019éprend du sosie d\u2019une femme morte qu\u2019il avait été chargé de suivre et dont il était tombé amoureux (Kim Novak dans les deux rôles).Obsession relate pour sa part les tourments d\u2019un homme d\u2019affaires (Cliff Robertson) qui retrouve dans une jeune femme le sosie de son épouse assassinée des années plus tôt (Geneviève Bujold dans les deux rôles).Dans un cas comme dans l\u2019autre, une machination est ourdie en coulisse.«Comprenez bien que Vertigo s\u2019appuie sur la plus brillante des idées de cinéma : un homme (James Stewart) tombe amoureux d\u2019une illusion (Kim Novak) créée de toutes pièces par un manipulateur (Tom Helmore).C\u2019est exactement ce qui se passe lorsque vous regardez un film! Vous tombez amoureux d\u2019une illusion créée par le metteur en scène», note le cinéaste dans le recueil d\u2019entretiens Brian De Palma coécrit par Laurent Vachaud, de la revue Positif, et Samuel Blu- menfeld, du journal Le Monde.Le maître et l\u2019apprenti Pour De Palma, l\u2019évolution d\u2019un cinéaste relève beaucoup du modèle du maître et de l\u2019apprenti.« J\u2019ai essayé de m\u2019exprimer à travers sa façon de faire du cinéma, d\u2019adopter sa grammaire cinématographique.J\u2019ai utilisé quelques-unes de ses histoires, repris quelques-uns de ses personnages.Ses idées étaient tout simplement les meilleures [\u2026] C\u2019était comme peindre d\u2019après un vieux maître de la peinture.Vous apprenez de lui, vous regardez sa manière de faire et ensuite vous évoluez d\u2019après son travail en ajoutant vos propres idées », confie-t-il encore à Lagier.Il en fut pourtant pour lui faire une réputation de talentueux plagiaire, sa virtuosité ne pouvant, elle, être remise en question.Si la critique américaine ne lui prête plus guère attention, la critique française continue à l\u2019inverse d\u2019accueillir chacun de ses films, Femme fatale ou Passion, avec une réelle délectation cinéphile.Retard critique «Ce n\u2019est jamais très facile d\u2019être incompris ou rejeté comme je l\u2019ai été, avoue le principal intéressé dans Les mille yeux de Brian De Palma.Mais vous devez suivre votre propre inspiration quoi qu\u2019on dise autour de vous.En retravaillant les idées d\u2019Hitchcock, je savais ce que je faisais et pourquoi je le faisais [\u2026] Vous savez, retravailler les œuvres d\u2019un autre artiste est un processus qui existe depuis la nuit des temps.J\u2019ai vraiment eu le sentiment d\u2019aller à l\u2019école avec Hitchcock.Je sentais que je comprenais parfaitement son cinéma, que je voyais à mon tour ce que lui avait vu avant moi.Alors, le jugement des critiques n\u2019est finalement pas si important.De toutes les façons, les critiques ont toujours une décennie de retard.» Voire davantage : lors de sa sortie, Vertigo fut boudé par la presse \u2014 on ne le « redécouvrit » que bien plus tard.Nombre de films de Brian De Palma continuent de connaître un sort similaire.Au final, l\u2019attrait de son cinéma découle justement de ce que les références qui y foisonnent n\u2019appauvrissent pas l\u2019œuvre : elles la densifient.Le Devoir Vertigo et Obsession : œuvres hantées De Palma n\u2019a jamais caché sa passion pour Hitchcock PARAMOUNT ET UNIVERSAL PICTURES Kim Novak dans une scène iconique de Vertigo trois, à mon avis, c\u2019est De Palma qui a le plus de style.À titre d\u2019exemple, Fellini était peut- être le « maestro » en Italie, mais Leone avait plus de style.Le style, c\u2019est quoi ?C\u2019est ce qui caractérise ces films que tu ne te lasses pas de revoir.Ceux de De Palma possèdent ça.Les plans-séquences de Scorsese sont magistraux, mais ceux de De Palma sont plus touchants [\u2026 ] Le fait qu\u2019il ait embrassé plusieurs genres a déstabilisé.S\u2019il y a une chose qu\u2019on comprend quand on fait du cinéma, c\u2019est le jeu des cases : dès que tu sors de la case qu\u2019on t\u2019a attribuée, parce que c\u2019est ta nature, on ne sait plus où te mettre.Ça n\u2019a pas empêché De Palma de tourner plusieurs grands films qui ont influencé bon nombre de cinéastes.Charles-Olivier Michaud, réalisateur (Neige et cendres, Anna) \u2014 On aime que les artistes aillent là où on pense qu\u2019ils iront, et ce, afin de ne pas être bousculés dans nos attentes.Quelqu\u2019un qui essaie quelque chose, c\u2019est quelqu\u2019un qui ressort du lot.De Palma est de ces cinéastes qui ne craignent pas de faire des films différents, pas toujours bons, mais toujours intéressants [\u2026] En fait, avec Spielberg, De Palma a été le premier réalisateur dont je connaissais le nom et que je citais à mes amis à l\u2019école.Il est devenu une sorte de héros pour moi.J\u2019aime les renégats, les cinéastes qui brisent les normes, les conventions, qui prennent des risques et qui se cassent la gueule une fois de temps en temps pour mieux atteindre des sommets d\u2019extase sur d\u2019autres films.J\u2019aime vivre des expériences au cinéma, qu\u2019on me provoque, qu\u2019on m\u2019amène dans des zones d\u2019ombre, des zones inexplorées, autant au niveau de la narration qu\u2019au niveau de la forme.François Jaros, réalisateur (Maurice, Oh What a Wonderful Feeling!) \u2014 De Palma est un plasticien extraordinaire ; sa maîtrise visuelle est totale.Son cinéma possède une telle élégance ! Mais ce qui captive le plus, c\u2019est la richesse et la complexité de ses films, leur ambiguïté.Il brouille constamment les pistes.Et il est malin : il étudie les codes des genres qu\u2019il visite pour mieux les détourner.Ses personnages sont souvent pétris de contradictions, insaisissables.Il est l\u2019un des plus grands curieux du langage cinématographique.Il s\u2019amuse avec les codes et les procédés, brisant le 4e mur, utilisant des «split-fo- cus» et des «split-screen», multipliant les plans- séquences incroyables\u2026 La richesse de ses films provient de cette caméra qui parle tant, et qui nous raconte tout ce que les personnages taisent.Voir un De Palma, c\u2019est vivre une expérience autant intellectuelle que viscérale.Guy Édoin, réalisateur (Marécages, Ville- Marie) \u2014 J\u2019aime De Palma pour son côté décomplexé par rapport au cinéma de genre et au pastiche, et aussi pour sa grande liberté formelle.Il offre une expérience globale de cinéma [\u2026] À propos des réactions tranchées qu\u2019il suscite, et pour l\u2019avoir vécu à quelques reprises, on ne sait jamais comment les films vont être reçus ; c\u2019est une question de sensibilité, de culture, d\u2019humeur du moment.J\u2019ai souvent été surpris par l\u2019accueil de tel film dans tel pays ou tel festival, alors que j\u2019appréhendais la réaction contraire.Mes films ont souvent provoqué des réactions épidermiques, pour le meilleur, comme pour le pire.Sur le coup, c\u2019est souvent difficile à expliquer.J\u2019ai l\u2019impression que les œuvres fortes sur le plan formel polarisent davantage, mais elles résistent peut-être mieux à l\u2019épreuve du temps.Martin Girard, scénariste (Nitro Rush) et ex-critique \u2014 C\u2019est un cinéaste plus difficile à aimer et à défendre que les autres grands auteurs consensuels de sa génération.De Palma fait des films plus excentriques, parfois plus bancals, un mélange souvent difficile à saisir et à gérer (comme spectateur) de mélo et de satire.Il prête le flanc à la critique parce qu\u2019il est entier, immensément personnel et beaucoup plus expérimental que ses contemporains.En voyant Carrie, ado, j\u2019ai vécu une épiphanie de cinéphile : l\u2019ambiance, la mise en images, les couleurs, les mouvements de caméra, le style ruisselant de lyrisme, opératique, avec un côté tragique et mélo pleinement assumé, tout cela m\u2019a plongé dans un état de total éblouissement [\u2026] Je demeure frappé par la qualité onirique de ses réalisations.Même dans les scènes complètement réalistes, il y a une qualité onirique dans sa façon de cadrer, de bouger la caméra, d\u2019utiliser le mouvement et la musique.Ça donne souvent l\u2019impression qu\u2019on est en train de «rêver» ses films, et c\u2019est une caractéristique que je ne retrouve que rarement chez d\u2019autres cinéastes.De Palma est fasciné par le rêve, parce que ça rejoint le surréalisme: la poésie du «réel» transcendée par le langage du cinéma.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 DE PALMA COLUMBIA PICTURES L\u2019actrice Geneviève Bujold contemple son double dans Obsession.UN AMÉRICAIN PORTRAIT DE RAYMOND LUC LEVASSEUR ?Documentaire de Pierre Marier.Canada, 2015, 99 minutes.A N D R É L A V O I E S es racines canadiennes-françaises, ses origines ouvrières, ses années de service pendant la guerre du Vietnam ou de détention dans les pires pénitenciers ont-ils forgé la personnalité révolutionnaire de Raymond Luc Le- vasseur ?Un peu tout cela, répond le documentariste Pierre Marier, qui tente de dégager les lignes de force du parcours d\u2019un homme dont les indignations sont nombreuses, et qui jamais ne resta les bras croisés devant l\u2019injustice.Dans Un Américain.Portrait de Raymond Luc Levasseur, le récit de son parcours débute dans ce qui fut autrefois un refuge pour les Canadiens français en quête de travail aux États-Unis.Lorsque Levasseur déambule dans les rues de Sanford, Maine, près des anciennes usines de textile aujourd\u2019hui en ruine, on y voit le lieu des premières misères, des premières insultes, des premiers espoirs déçus, les siens et ceux de sa famille venue du Québec.Cela allait forcément teinter la suite de sa destinée, révolté devant la ségrégation raciale, admiratif devant le courage des Vietnamiens écrasés par la machine de guerre américaine.Un premier séjour en prison en 1969 (coupable de possession d\u2019une petite quantité de marijuana, mais surtout engagé auprès des vétérans d\u2019une guerre absurde et perdue d\u2019avance) ne freina pas ses élans révolutionnaires.Passé terroriste Ceux qui ignorent tout de Raymond Luc Le- vasseur verront dans les premières minutes d\u2019Un Américain une tribune pour un gardien de la survivance canadienne-française.Or, au fil des confidences captées simplement, et ponctuées d\u2019images d\u2019archives, de photos éloquentes ou de gros titres dans les journaux, le passé « terroriste » de Levasseur se profile lentement, sûrement.Car celui qui a lu Marx, Lé- nine, Hô Chi Minh et Che Guevara ne pouvait se contenter de la théorie.Avec d\u2019autres camarades d\u2019infortune, sa compagne de l\u2019époque et leurs trois enfants, Levasseur vivra pendant des années dans la clandestinité.Entre 1975 et 1984, les palais de justice, les banques et les installations militaires seront la cible de leur groupe, l\u2019United Freedom Front, dénonçant ainsi la politique étrangère américaine en Amérique latine et l\u2019apartheid en Afrique du Sud.Du temps de Ronald Reagan, on avait les gauchistes à l\u2019œil, et Levasseur fut parmi les personnes les plus recherchées par le FBI.Lors de sa capture, et après de longs procès, il passera près de 20 ans en prison, souvent en isolement, une expérience dont il dit souffrir encore depuis sa sortie en 2004.De cette réclusion forcée, il évoque le caractère absurde, mais aussi ses stratégies pour conser ver un minimum d\u2019équilibre mental, recevant lettres et appuis de sympathisants à travers le pays et à l\u2019étranger, tissant aussi une relation amoureuse avec une femme qui étudiera le droit pour réussir à lui rendre visite, et accélérer sa sortie de prison ! Raymond Luc Levasseur souligne avec ironie qu\u2019il s\u2019était battu pour la libération de Nelson Mandela, et c\u2019est en prison qu\u2019il a appris que ses efforts ne furent pas vains.Dans un style dépouillé, un peu statique \u2014 contraste avec la vie agitée de son sujet \u2014, Un Américain épingle une société bourrée de contradictions, farouche gardienne de la liberté d\u2019expression, mais tolérant mal la moindre dissidence bruyante.Surtout de la part d\u2019un nègre blanc d\u2019Amérique.Collaborateur Le Devoir Lui, il fabrique des bombes CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE Raymond Luc Levasseur vécut pendant des années dans la clandestinité. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 6 Le CCA tient à remercier de leur appui généreux le ministère de la Culture et des Communications, le Conseil des Arts du Canada, le Conseil des arts de Montréal, la Graham Foundation for Advanced Studies in the Fine Arts et Hydro-Québec.Testa & Weiser, Carbon Tower (prototype): rendu extérieur de la base de la tour, 2002.Dossiers d\u2019archives Testa & Weiser, Collection Centre Canadien d\u2019Architecture, Montréal.Don de Peter Testa et Devyn Weiser.© Peter Testa et Devyn Weiser POÈTES ET POÉTESSES D\u2019AL-ANDALUS Mercredi 8 février \u2013 19 h 30 Amel Brahim-Djelloul, voix ENSEMBLE AMEDYEZ Musique traditionnelle méditerranéenne andalouse Avec son timbre riche et ensoleillé, Amel Brahim-Djelloul vous fera rêver de la Méditerranée.La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE A NIGHT IN DUBLIN Jeudi 30 mars \u2013 19 h 30 LÚNASA Lúnasa est de retour à la salle Bourgie pour une soirée enlevante de musique traditionnelle irlandaise.Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 Présenté par 5 À 7 J A Z Z C U L T U R E S D U M O N D E LE GÉNIE DE COLTRANE Jeudi 22 septembre \u2013 18 h RÉMI BOLDUC JAZZ ENSEMBLE Rémi Bolduc célèbre le 90e anniversaire de naissance de ce géant du jazz en interprétant quelques pièces de son album Giant Steps.CARTE BLANCHE À MÉLISSA LAVERGNE Jeudi 20 octobre \u2013 18 h La percussionniste de Belle et Bum nous propose un concert de jazz latino-américain aux rythmes de Cuba, New York, Paris et Puerto Rico.SATIE VARIATIONS Jeudi 27 octobre \u2013 18 h CORDÂME L\u2019ensemble de Jean Félix Mailloux jette un regard neuf sur la beauté et l \u2019excentricité de la musique d\u2019 ERIK SATIE ! RYTHMES DES ÎLES Samedi 15 octobre \u2013 19 h 30 German Lopez, timple Antonio Toledo, guitare Musique folklorique des îles Canaries Découvrez cette musique avec le maître du timple, cette petite guitare à cinq cordes emblématique de ces îles espagnoles.A N T O I N E B O I S C L A I R O n disait de son œuvre, dont on prépare l\u2019édition dans la Bibliothèque de la Pléiade, qu\u2019el le possédait toutes les qualités dignes d\u2019un prix Nobel.À défaut d\u2019avoir obtenu cette récompense, Yves Bonnefoy, décédé le 1er juillet, laisse en héritage une œuvre monumentale formée de recueils, d\u2019essais, de préfaces et de traductions dont la por tée universelle impose le respect.À l\u2019âge de 93 ans, l\u2019écrivain français venait tout juste de publier deux livres au Mercure de France : L\u2019écharpe rouge, un récit autobiographique, ainsi qu\u2019Ensemble encore, un recueil de poèmes dont cer ta ins vers nous laissent croire au- jourd\u2019hui que l\u2019auteur sentait peut-être la fin approcher.«Qu\u2019ai-je à léguer?/ Ce que j\u2019ai désiré, / La pierre chaude d\u2019un seuil sous le pied nu, / L\u2019été debout, en ses ondées soudaines, / Le dieu en nous que nous n\u2019aurons pas eu.» Ces vers résument une part impor tante du parcours de cet écrivain né à Tours en 1923.Un écrivain immense, véritable incar nation de la poésie française contemporaine, dont la mort a ébranlé le milieu littéraire au cours des derniers jours.À l\u2019opposé d\u2019une longue tradition moderne, qu\u2019il a associée notamment à Stéphane Mallarmé, Bonnefoy s\u2019est longtemps méfié des abstractions, préférant explorer le monde sensible.Malgré sa complexité, son étrangeté teintée d\u2019onirisme, sa poésie s\u2019avère en ce sens l\u2019une des plus concrètes et des plus lisibles de la seconde moitié du XXe siècle.Une réalité rugueuse Ses débuts littéraires, marqués par les expériences surréalistes, ne laissaient pourtant pas présager un tel cheminement.Lorsqu\u2019il s\u2019installe à Paris en 1943, il fréquente André Breton et ses disciples.C\u2019est par l\u2019écriture automatique qu\u2019il s\u2019initie à la poésie, à ses possibles, avant de prendre ses distances, en 1947, du mouvement de Breton, qu\u2019il juge trop «occulte », trop éloigné de la réalité \u2014 celle qui est notre séjour, notre «vrai lieu».C\u2019est alors qu\u2019il publie ses premiers textes majeurs : Anti- Platon (1947) et, surtout, Du mouvement et de l\u2019immobilité de Douve (1953), constitué de poèmes à la fois lyriques et métaphysiques, hantés par la mor t et la présence mystérieuse d\u2019une égérie, Douve, qui occupe à certains égards le rôle de la Béatrice de Dante.Plus de cinquante ans avant « la pierre chaude » de son der nier recueil , Bonnefoy s\u2019attardait à ce que Rimbaud a appelé la « réalité rugueuse à étreindre » : « Ici l\u2019inquiète voix consent d\u2019aimer / La pierre simple, / Les dalles que le temps asservit et délivre, / L\u2019olivier dont la force a goût de sèche pierre.» L\u2019essai intitulé L\u2019acte et le lieu de la poésie (1958) viendra consolider son projet : « il faut donc, pour achever la révolution baudelairienne, pour affermir le réalisme hésitant, achever aussi la critique de la pensée religieuse dont nous sommes les héritiers.[\u2026] Il faut, autrement dit, réinventer un espoir».À la suite de la Seconde Guerre mondiale, des crises du langage et du sujet qui pousseront certains auteurs d\u2019avant-garde à dissocier la poésie du sens, de l\u2019intelligibilité, Bonnefoy a travaillé, en effet, à « fonder un nouvel espoir».À ce sujet, l\u2019ultime recueil du poète met en lumière, encore une fois, la cohérence de son parcours.Il faut boire la «coupe de la confiance », suggère un poème d\u2019Ensemble encore, tout en demeurant lucide quant au caractère chimérique du langage.«J\u2019atteste que les mots ont droit au sens, / Qu\u2019il est difficile pourtant / De faire de cette foi de la pensée, / Qu\u2019il semble naturel d\u2019en avoir honte!» L\u2019art et la présence Invité régulièrement par des établissements d\u2019enseignement \u2014 les universités de Nice, d\u2019Aix-en-Provence, de Genève et de Yale l\u2019accueilleront \u2014, Bonnefoy obtiendra en 1981, au Collège de France, une chaire de recherche qui lui permettra de se consacrer à ses études sur la poésie.Un livre paru aux éditions du Seuil rassemblera les nombreuses conférences qu\u2019il a données dans la vénérable institution : Lieux et destins de l\u2019image.Un cours de poétique au Collège de France (1981-1993).Il continuera d\u2019écrire des recueils, dont certains comptent parmi les plus beaux et les plus achevés de la poésie française contemporaine : Ce qui fut sans lumière (1987), Début et fin de la neige (1991) et Les planches courbes (2001), pour ne nommer que ces t i tres particulièrement marquants.Mais ce n\u2019est pas tout.En plus d\u2019avoir été l\u2019un des poètes français les plus importants de sa génération, en plus de nous avoir fait lire la poésie symboliste \u2014 ses études sur Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé ont fait date \u2014, Bonnefoy fut aussi un critique d\u2019art averti.L\u2019arrière-pays (1972), où il est question notamment de Piero Della Francesca et de Nicolas Poussin, constitue une méditation passionnante sur l\u2019ar t, sur la présence esthétique et la quête de sens qui lui est propre.Proche de Christian Dotremont, du groupe Cobra, admirateur d\u2019Alberto Giacometti, de Pierre Alechinsky et de plusieurs autres ar tistes moder nes, Bonnefoy a toujours accompagné son travail poétique de réflexions sur l\u2019art.La poésie, la peinture, le dessin et la musique, par des voies dif férentes, nous confrontent à notre finitude, mais l\u2019art a aussi cette capacité de nous faire renouer un instant, comme chez Proust, avec le « temps perdu » ou avec ce qu\u2019il nomme ailleurs la « présence».Dans Ensemble encore, le peintre français Jacques Truphémus devient ainsi un véritable guide : «Peintre, tu es le seul, ayant souvenir, / À pouvoir aujourd\u2019hui entrer ici./ Tu sais qui a lissé, dans l\u2019éternel, / Le désordre des draps».Cet ultime recueil témoigne d\u2019une foi admirable en l\u2019ar t.Parce qu\u2019il fait mentir ceux qui prétendent que la poésie n\u2019est qu\u2019une af faire de jeunesse, il constitue aussi une leçon de poésie.À l\u2019image du reste de l\u2019œuvre, Ensemble encore donne confiance en la parole poétique.Collaboration spéciale Le Devoir ENSEMBLE ENCORE SUIVI DE PERAMBULANS IN NOCTEM Yves Bonnefoy Mercure de France Paris, 2016, 144 pages Un espoir réinventé, le legs d\u2019Yves Bonnefoy Sa poésie marquante est l\u2019une des plus lisibles de la seconde moitié du XXe siècle H U G U E S C O R R I V E A U D epuis Géographie de l\u2019ordinaire (éditions du Passage, 2011), Nicolas Lauzon regarde intensément ce qui l\u2019entoure, voyage, diversement, entre les pays ou les paysages.Le poète clôt ici sa trilogie de l\u2019itinérance envoûtée, persuadé que, tout près, sous son œil attentif, la vie et l\u2019imprévu le convient à mieux comprendre les effets du réel.À l \u2019en-tête de l \u2019ancienne dev ise de la C o m p a g n i e d e l a B a i e d\u2019Hudson, ce r e c u e i l , q u i superpose des corps donnés en pâture, fait la par t bel le a u x r e f l e t s d\u2019aube et de nuit.Comme il le précise : « Là où la mort / nous garde bien vivants / je vais gourdin à la main / traquer ce qu\u2019il me reste / de dignité.» On pourrait sans doute lui reprocher de filer la métaphore du chasseur-trappeur un peu trop, mettant en péril l\u2019originalité de l\u2019entreprise, mais la distance que prend la parole pour pénétrer le sens des actes et des achèvements rehausse un propos trop itératif.C\u2019est sans grande subtilité qu\u2019il affirme : «Je trappe pour ne pas oublier / la valeur de ma peau.» Ainsi, on hésitera à accompagner le poète dans cette manie qu\u2019il a de faire coïncider un peu trop l\u2019acte de chasser et celui d\u2019écrire en appuyant parfois sans finesse sur leur rapport.«La lame est un poème / qui tranche le gras du cuir », écrit-il à gros traits.A contra- rio, il relève souvent ce défi quand, par exemple, du corps mort d\u2019une proie, il dira : « sa dépouille me nourrira / au- delà de la tristesse humaine ».C\u2019est de cette manière que la poésie de Nicolas Lauzon dévie d\u2019une apparente simplicité à la fervente compréhension des pulsions qui la mènent.Comme les loups, le poète « possède la patience des écorchés ».S\u2019il y a de la beauté dans ce travail, elle n\u2019est pas ailleurs que dans cet acte de foi qui propulse la quête du poète, méfiant et envoûté, sur le chemin des failles humaines : « Je me mesure à la vie / Pro pelle cutem / ne suis qu\u2019un homme / dans la nuit.» C\u2019est déjà beaucoup, c\u2019est déjà donner à sa propre parole une mission qui veut transcender l\u2019immédiate et relative insignifiance de l\u2019ordinaire.Collaborateur Le Devoir PRO PELLE CUTEM (PEAU POUR PEAU) Nicolas Lauzon Éditions du Passage Montréal, 2016, 60 pages POÉSIE Nicolas Lauzon en trappeur Guettant la part animale en soi, le poète tend l\u2019oreille aux bruits du Nord ISTOCK Le poète use de la métaphore du chasseur-trappeur.ERIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE Véritable incarnation de la poésie française, Yves Bonnefoy a toujours accompagné son travail poétique de réflexions sur l\u2019art. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/4 Vi Kim Thúy/Libre Expression 2/13 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 4/7 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 3/7 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 5/12 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 7/4 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 6/11 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 9/12 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 10/7 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1.Anne Robillard/Wellan 8/8 Romans étrangers Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 1/5 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 2/15 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 3/5 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 6/21 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 4/8 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud 5/5 Sans nouvelles de toi Joy Fielding/Michel Lafon 7/9 Le Mercato d\u2019hiver Philip Kerr/Masque 8/4 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard \u2013/1 La carrière du mal Robert Galbraith/Grasset \u2013/1 Essais québécois Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 1/5 Rendez à ces arbres ce qui appartient.Boucar Diouf/La Presse 2/38 Les passagers clandestins.Métaphores.Ianik Marcil/Somme toute 6/2 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 7/8 Le point sur la langue Louis Cornellier/VLB 10/7 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 9/13 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard|Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 4/9 La médiocratie Alain Deneault/Lux \u2013/1 La liberté de presse, la liberté de tous Claude Robillard/Québec Amérique \u2013/1 L\u2019affaire Turcotte Catherine Dubé/Rogers \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/24 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 3/6 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/20 Les Trumperies.Le meilleur du pire.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 4/2 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL \u2013/1 M Train Patti Smith/Gallimard \u2013/1 Demain, un nouveau monde en marche Cyril Dion/Actes Sud \u2013/1 Économie du bien commun Jean Tirole/Presses universitaires de France 5/2 Antispéciste.Réconcilier l\u2019humain.Aymeric Caron/Don Quichotte 10/8 La sagesse de l\u2019argent Pascal Bruckner/Grasset 8/2 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 27 juin au 3 juillet 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.S ans être le héros d\u2019un roman de science- fiction, tu pourrais habiter, disons, dans un pays à l\u2019avant-garde de son époque.Vivre sous un régime qui n\u2019aime pas les femmes et les homosexuels, qui se méfie des écologistes et de la jeunesse.Qui n\u2019aime pas vraiment non plus les lecteurs, cette fraternité d\u2019oisifs et de poseurs de questions.Les livres en papier sont devenus dif ficiles à trouver.De moins en moins imprimés, ces objets tuent des arbres et coûtent cher.De toute façon, comme les librairies sont devenues rares et n\u2019offrent plus qu\u2019une sélection dérisoire, tu as depuis longtemps « migré » vers d\u2019autres « plateformes » de lecture.Et si tu as accès du bout des doigts à des milliers de livres, tu as l\u2019impression de n\u2019en posséder aucun.Le plus souvent, tu les oublies aussitôt après les avoir lus \u2014 une poignée d\u2019aiguilles enfouies dans la botte de foin de ta bibliothèque numérique.Au prétexte de te faciliter la vie, ta «boutique » de livres habituelle croit savoir tout ce qui te concerne.Tes habitudes et tes préférences de lecteur, les passages que tu as soulignés, les livres que tu as vaguement l\u2019intention de lire.Ainsi, il sait, lui, qu\u2019après deux tentatives tu n\u2019as jamais dépassé le second tome d\u2019À la recherche du temps perdu .Jamais tu n\u2019oserais écrire ou souligner le mot «bombe » ou «suicide ».L\u2019ère du soupçon Il n\u2019a jamais été aussi facile pour un gouvernement d\u2019espionner ses propres citoyens.Les milliers d\u2019agents et d\u2019informateurs qui ont fait les beaux jours de la Stasi, la redoutable police est-allemande, font au- jourd\u2019hui figure de dinosaures en peluche.Devant les nouvelles possibilités du « renseignement », George Orwell, le célèbre auteur de 1984, aurait peut-être avalé son stylo.Cette révolution silencieuse est le propos de L\u2019homme nu.La dictature invisible du numérique, l\u2019essai de Marc Dugain et Christophe Labbé, respectivement romancier (La chambre des officiers) et journaliste d\u2019investigation au Point, spécialisé dans les questions de défense, de police et de renseignement.Le flux de données disponibles pour « analyse » donne le vertige.Chaque minute, environ 300 000 tweets, 15 millions de SMS, 204 millions de courriels sont envoyés à travers le monde, tandis que deux millions de mots-clefs sont soumis à Google.Alors que l\u2019État régresse et que ces multinationales sont devenues des monstres que nous engraissons en fermant les yeux sur l\u2019évasion fiscale systématique qu\u2019elles pratiquent.Les données personnelles sont devenues le nouvel or noir.En moins de quinze ans, rappellent les auteurs de L\u2019homme nu, l\u2019américain Google (rebaptisé Alphabet) est ainsi devenu la plus grosse entreprise du monde, avec une valorisation boursière de 544,7 milliards de dollars en 2016, près de deux fois plus élevée que celle du géant pétrolier Exxon Mobil.Et derrière les succès de Facebook, d\u2019Apple et d\u2019autres géants de la nouvelle économie, i ls soulignent que se profile une idéologie liberta- rienne qui, sous le prétexte de débarrasser le monde du t e r r o r i s m e , p r o g r a m m e la destruction pr ogr ess ive de l \u2019État .Le paradoxe est grand : tandis que ces nouveaux géants se cachent derrière les hauts murs de la finance mondiale et les accords de confidentialité, nos vies, elles, sont devenues des livres ouverts.En finir avec le hasard Mais il y a plus.Ou plus existentiel.L\u2019objectif des mé- gadonnées semble être de débarrasser le monde de son imprévisibilité, d\u2019en finir avec le hasard.«Le niveau de connaissance sur chacun sera bientôt tel que l\u2019on pourra prédire nos comportements, y compris les plus répréhensibles.La surveillance de tout être humain sera la règle.» Nous y sommes presque : des compagnies d\u2019assurances accordent déjà des rabais à leurs clients qui acceptent de porter un bracelet connecté ou d\u2019installer des capteurs sur leur automobile.« L\u2019homme nu trouvera dif fi- cilement la force de résister dans une société où santé, longévité, sécurité seront le prétexte of ficiel à sa transparence.» L\u2019éternelle peur de la mort aura une fois encore raison.Les gens seront prêts à toutes les génuflexions dans l\u2019espoir de repousser l\u2019inévitable, croient les auteurs de L\u2019homme nu, qui jouent aux futurologues tout en sonnant l \u2019alarme devant l \u2019euphorie numérique qui gagne nos sociétés.Nouvel le rel igion, même totalitarisme.« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l\u2019une ni l\u2019autre, et finit par perdre les deux », prophétisait Benjamin Franklin en 1755.En attendant d\u2019en arriver à cette extrémité, le l ivre que tu tiens encore entre tes mains, même racorni ou déconnecté, por teur de pous- s ière et d \u2019acar iens , reste peut-être l\u2019un des derniers lieux de résistance.cdesmeules@ledevoir.com L\u2019HOMME NU LA DICTATURE INVISIBLE DU NUMÉRIQUE Marc Dugain et Christophe Labbé Plon/Robert Laffont Paris, 2016, 208 pages Au pays du nouvel or noir L\u2019homme nu dévoile un monde menacé par la dictature du numérique C H R I S T I A N D E S M E U L E S C\u2019 est une collection de rendez-vous ratés, de défections, d\u2019infidélités et de hasards comme on en trouverait sûrement dans toute vie si on avait les moyens de les sonder.Créateur du détective Mario Conde (avec le cycle des Quatre saisons), auteur d\u2019une douzaine de romans et écrivain cubain le plus lu dans le monde, Leonardo Padura nous revient avec treize nouvelles écrites entre 1985 et 2009.Il jette, comme son contemporain Pedro Juan Gutiér rez (Trilogie sale de La Havane), un regard amoureux mais sans complaisance sur la société cubaine.À petites touches, l\u2019écrivain né en 1955 fait, dans Ce qui désirait arriver, le portrait d\u2019une génération désenchantée, à la foi branlante devant les mirages de la révolution.La guer re qui a marqué cette génération, la guerre civile en Angola (1975 à 2002) à laquelle Cuba a par ticipé jusqu\u2019en 1991 en y envoyant des troupes, traverse presque tout le recueil \u2014 Padura y a lui-même séjourné durant un an à titre de journaliste.De même pour la dif ficile « période spéciale » après la chute du mur de Berlin, sonnant la fin du «dopage » de l\u2019économie cubaine par l\u2019Union soviétique et un retour pénible à la réalité.L\u2019équivalent de se regarder dans un miroir fêlé, sans maquillage, après une soirée d\u2019abus en tous genres.Il ne faut donc pas s\u2019étonner de retrouver dans ces nouvelles des personnages qui envisagent tous, à des degrés divers, de quitter l\u2019île.Comme dans La porte d\u2019Alcalá, où un journaliste stationné en Angola depuis trop longtemps fait un bref détour par Madrid pour y visiter une exposition de Vélasquez avant de rentrer à Cuba.Un intermède pendant lequel son « existence lui ap- para[ît] comme une suite d\u2019échecs et d\u2019égarements qui l\u2019avait amené à perdre toutes ses ambitions, tous ses rêves».Un autre se rappelle ses neuf nuits d\u2019amour passionné avec une chanteuse de bolero lorsqu\u2019il avait 18 ans, avant qu\u2019elle ne disparaisse du jour au lendemain, par tie refaire sa vie à Miami et le la issant pr isonnier d\u2019une mélancolie capable de nourrir pour l\u2019éternité son amour des boléros les plus sirupeux (Neuf nuits avec Violeta del Río).Ou ce journaliste cubain en visite à Milan qui souhaite désespérément tomber amoureux d\u2019une Italienne pour pouvoir tourner le dos à Cuba.La pianiste d\u2019un restaurant pour touristes compte les jours (et le nombre de trajets de bus) qui la séparent de la retraite.Ici, un travesti timide et vieillissant qui arpente les rues de La Havane à la recherche de l\u2019amour.Là, un homme posté en Angola depuis deux ans, pourtant bien marié à Cuba mais vivant en couple avec une collègue à Luanda, qui est sur le point de rentrer chez lui.D\u2019une main de maître, Leonardo Padura imagine des êtres complexes, fragiles et sensibles qui transpor tent à leur façon le souvenir d\u2019un amour déçu, la nostalgie de séances de sexe torrides, des tonnes de regrets et d\u2019espoirs éteints.De quoi donner envie de lire, si ce n\u2019est pas déjà fait, le reste de la production d\u2019un écrivain qui est bien plus qu\u2019un auteur de polars.Collaborateur Le Devoir CE QUI DÉSIRAIT ARRIVER Leonardo Padura Traduit de l\u2019espagnol (Cuba) par Elena Zayas Métaillié Paris, 2016, 240 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE À l\u2019amour comme à la guerre Le Cubain Leonardo Padura raconte une génération désenchantée par les mirages de la révolution Un casse-tête souriant Depuis qu\u2019elle déballe la vie de Madeleine, institutrice française née en 1915, curieuse, voyageuse, érudite, ouver te sur le monde et sur les autres, comme en témoignent les bouts de sa vie qu\u2019elle avait oubliés dans sa cave, la jeune journaliste se questionne beaucoup sur l\u2019intimité dans laquelle le contenu de ces boîtes et papiers lui a permis d\u2019entrer.Elle s\u2019interroge aussi sur les traces que sa génération va laisser derrière elle après son temps utile sur terre.« Dans 100 ans, est-ce qu\u2019on va pouvoir réaliser un exercice comme celui-là?se demande-t- elle.Toutes nos vies entrent désormais dans des disques durs dont on pourrait perdre la capacité de lecture ou qui pourraient s\u2019altérer avec le temps, laissant de nous rien de très palpable », contrairement à Madeleine qui, au fil de sa vie, a rangé dans sa cave des lettres, des papiers officiels, des cartes postales, des coupures de journaux, des bouquins, des sou l iers t r op grands qu\u2019elle n\u2019a jamais portés, entre autres milliers de petites choses qui permettent au- jourd\u2019hui à Clara Beaudoux de remonter pièce par pièce sur Twitter le puzzle de cette vie.«Avec Madeleine, c\u2019est la petite histoire qui raconte aussi la grande », dit-elle.C\u2019est la mémoire du XXe siècle que l\u2019on côtoie au détour d\u2019une série de tickets de rationnement ou de la première carte d\u2019électrice de sa mère datant de 1945, un an après l\u2019année où les femmes ont obtenu le droit de vote en France, ou en lisant les coupures de journaux qu\u2019elle a minutieusement conser vées et qui résument en une manchette forte la chute de Hitler ou encore le premier pas de l\u2019homme sur la Lune.« Elle a traversé un siècle que je ne connaissais jusque-là que par les livres d\u2019histoire, ajoute la journaliste.J\u2019ai l\u2019impression aussi que c\u2019était quelqu\u2019un de bien.» Dans la cave no 16, la journaliste a rencontré toute une vie, mais également l\u2019amour, la passion, la curiosité, la mort aussi, avec cette lettre manuscrite annonçant la mort de son cousin Martial à la guerre en 1941.Elle a remonté le fil de l\u2019amour entre Madeleine et Loulou par les centaines de lettres et cartes postales qui ont nourri ce rapprochement entre deux êtres et dont la plus ancienne, en 1934, se termine par la formule : «mon bon souvenir à Mademoiselle » .M a d e l e i n e n \u2019 a a l o r s q u e 19 ans.Loulou écrit des lettres conjointes à elle et à ses parents.Il lui parle aussi de reliure de livres à l\u2019imparfait du subjonctif et au passé simple.Joli bazar Clara Beaudoux est restée perplexe devant une liste d\u2019épicerie oubliée comme marque- page dans un livre, devant des objets dont elle ne connaissait pas la fonction \u2014 un bock à lavement entre dans cette catégorie ! \u2014 ou devant une série de petites pochettes de tissu dans lesquelles Madeleine conservait des petites choses inutiles, des sous, une photo, des fleurs séchées, forcément signifiantes pour elle.«Parfois, je me demande si je vais venir à bout de cette cave, de ton joli bazar», écrit-elle en évoquant plus loin son accès privilégié à cet « infini qui touche ».Elle, mais aussi bien d\u2019autres.En ligne, le Madeleine Project a fait cliquer plus de 120 000 personnes sur la page Storify, qui rassemble le premier volet de tous ces fragments d\u2019une communication par Twitter relatant des pans de la vie de la vieille dame.La troisième saison de cette exploration s\u2019est jouée fin juin en ligne.Elle révèle, entre autres, le contenu d\u2019un film 8 mm trouvé dans la cave en février dernier, lors de la saison 2, et pour lequel la journaliste a dû dénicher une vieille technologie pour pouvoir le visionner.« Beaucoup de gens m\u2019ont écrit pour m\u2019expliquer que cette mémoire déballée les renvoyait à la mémoire de leur famille, dit Clara Beaudoux.Les grands- mères se rappellent leur propre histoire et leurs petits-enfants y voient la vie de leurs grands- mères.» Et ce, dans un décalage forcé entre la forme très moderne et le fond provenant d\u2019un temps où les photos avaient une grande valeur parce qu\u2019elles étaient rares et où les lettres d\u2019amour prenaient plus de temps pour atteindre un cœur qu\u2019un texto, donnant à l\u2019ensemble cette poésie qui, elle, finit par transcender les générations\u2026 Le Devoir MADELEINE PROJECT Clara Beaudoux Éditions du sous-sol Paris, 2016, 286 pages SUITE DE LA PAGE E 1 MADELEINE SOURCE TWITTER Un des tweets publiés sur le compte Twitter de Clara Beaudoux CHRISTIAN DESMEULES ISTOCK Chaque minute, environ 300 000 tweets, 15 millions de SMS, 204 millions de courriels sont envoyés à travers le monde, tandis que deux millions de mots-clefs sont soumis à Google.« L\u2019homme nu trouvera dif ficilement la force de résister dans une société où santé, longévité, sécurité seront le prétexte officiel à sa transparence » L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 9 E T D I M A N C H E 1 0 J U I L L E T 2 0 1 6 E 8 POLAR EMBROUILLE EN CORSE Peter Mayle Traduit de l\u2019anglais par Jean Rosenthal Éditions NiL Paris, 2016, 216 pages Tout le monde a entendu parler de Peter Mayle et de son roman à succès Une année en Provence, qui n\u2019a fait que confirmer l\u2019engouement des Britanniques pour le Midi.Qualifié de «plus méridional des Anglais», Mayle continue à publier régulièrement des histoires qui se passent dans le sud de la France.Il a même commis une dizaine de romans «à saveur policière» mettant en vedette le milliardaire français Francis Reboul, redresseur de torts de son état.Embrouille en Corse, le plus récent de ses livres, est tombé sur mon bureau au moment où on parlait de lui à la radio.J\u2019avoue tout de suite avoir eu beaucoup de peine à me rendre jusqu\u2019à la page 100 de cet innommable truc.On y retrouve une intrigue éminemment improbable où le palais du Pharo de Marseille appartient au héros de Mayle alors que l\u2019édifice est plutôt le Palais des congrès de la ville: le détail est important parce que toute l\u2019histoire repose sur le fait qu\u2019un mé- chant mafioso russe veut mettre la main sur la propriété.L\u2019affreux gangster tentera d\u2019intimider Reboul et ira jusqu\u2019à faire appel à la mafia corse pour arriver à ses fins.On ne vous en dira pas plus, mais ce cocktail de personnages m\u2019as-tu-vu, de clichés et de répertoire d\u2019endroits à fréquenter autour de Marseille est proprement insupportable.Tout cela est en plus livré sur un ton qui sonne tellement faux qu\u2019on se demande comment une telle arnaque a pu tenir le chemin pendant si longtemps.Michel Bélair RÉCIT ÇA S\u2019EST FAIT COMME ÇA Gérard Depardieu Le livre de poche Paris, 2016, 192 pages Si vous n\u2019avez pas encore lu ce livre de souvenirs de Depar- dieu, profitez de sa sortie en poche pour vous y plonger.Véritable feu d\u2019artifice de confessions décoiffantes, cette autobiographie en style libre, rédigée avec la collaboration du journaliste et écrivain Lionel Duroy, aide à comprendre le caractère parfois brutal du grand comédien.Rescapé des tentatives d\u2019avortement de sa mère et fils d\u2019un père analphabète, Depardieu, né en 1948, quitte l\u2019école à 10 ans et s\u2019adonne à la délinquance (petits trafics, prostitution, vols).Quand un psychologue de prison lui dit qu\u2019il a des mains de sculpteur, c\u2019est l\u2019illumination: il sera artiste.À 16 ans, il suit des cours de théâtre à Paris.Il impressionne par sa présence physique, mais il ne connaît rien et peine à s\u2019exprimer.Le déclic se produira grâce à quelques professeurs.La suite \u2014 son immense succès, ses mariages, ses frasques, la mort de son fils \u2014 sera bien sûr marquée par ce parcours rugueux, raconté ici avec effronterie.L\u2019artiste, qui redit son admiration pour Handke et son amitié pour Poutine, n\u2019est pas nécessairement sympathique, mais il est fascinant.Louis Cornellier JEUNESSE JE SUIS HEUREUX ! Angèle Delaunois Isatis Montréal, 2016, 24 pages «Je suis heureux lorsque je marche pieds nus sur la terre, sur l\u2019herbe ou sur le sable [\u2026] devant une grande feuille de papier blanc que je peux colorier [\u2026] quand l\u2019hiver reste dehors et que je regarde la neige tomber en tourbillons.» Ode aux bonheurs simples, cet album illustré par le toujours festif Philippe Béha exulte la joie de vivre.Sur fond blanc, un petit garçon coloré exprime tout ce qui le rend heureux en expliquant que le bonheur, ce sont «ces petits riens qui [l]e font sourire».Si le texte simple, fait de phrases courtes, assure une bonne lisibilité et les scènes présentées, une identification assurée, le ton prêche peut-être par excès de candeur.La morale qui veut que tous les petits trouvent le bonheur dans une flaque d\u2019eau est sans doute un peu surfaite.La finale qui ouvre la voie à la réflexion en invitant les lecteurs à nommer ce qui les rend heureux saura faire réagir les enfants, mais leurs réponses seront-elles aussi candides que celles du personnage?Un album mignon et honnête.Marie Fradette HISTOIRE HISTOIRE DE LA HAVANE Emmanuel Vincenot Fayard Paris, 2016, 794 pages Le Québec a fait quelques escales à La Havane au cours des cinq derniers siècles.C\u2019est dans son port qu\u2019est décédé le célèbre corsaire montréalais Pierre Le Moyne d\u2019Iberville en 1706.La capitale cubaine a également hébergé un duo de pirates de l\u2019air felquistes à la fin des années 1960 avant d\u2019accueillir les membres de la cellule Libération de Jacques Lanc- tôt.Entre deux séjours à la plage, l\u2019historien français Emmanuel Vincenot nous offre un tour guidé à travers le passé houleux de la cité castriste.Son Histoire de La Havane nous ramène à la fondation de la ville sur la route des galions chargés des trésors de l\u2019Amérique espagnole.Entourée de remparts, La Havane a longtemps tourné le dos à la mer.Elle ne s\u2019est ouverte sur le large qu\u2019au début du XXe siècle avec l\u2019aménagement du Malecón, son boulevard bordé d\u2019hôtels et de casinos.La «Las Vegas des Caraïbes» a été balayée par les guérilleros de Fidel Castro.Avec le réchauffement diplomatique entre Cuba et les États-Unis, c\u2019est au tour de la «ville de la Révolution» d\u2019être menacée par les flots de touristes américains.Vincenot nous incite à la parcourir avant que son «charme désuet » ne soit emporté par la vague.Dave Noël L e commissaire Maigret, personnage vedette des romans policiers de Georges Simenon, ne se contente pas de découvrir des coupables.Sa devise, « Comprendre et ne pas juger », repose sur l\u2019idée qu\u2019« un homme sans passé n\u2019est pas tout à fait un homme ».En créant un tel héros, explique le sociologue français Bernard Lahire, Simenon exprime sa croyance « en la possibilité de comprendre les actes les plus fous, les plus inhabituels ou inattendus, en apprenant tout simplement à connaître les dif férents milieux sociaux en jeu et la place qu\u2019y occupent les dif férents protagonistes du drame».Il réfléchit, ce faisant, comme un sociologue, suggère La- hire dans Pour la sociologie, une solide défense et illustration de cette science sociale méconnue et contestée, qui a fait vibrer le Montréal universitaire, la semaine dernière, alors que s\u2019y tenait le XXe Congrès de l\u2019Association internationale des sociologues de langue française.L\u2019histoire des blessures narcissiques infligées à l\u2019humanité est connue.Copernic nous a appris que la Terre n\u2019était pas le centre de l\u2019univers.Darwin nous a forcés à prendre conscience de notre lignage animal.Freud est venu nous dire que nous n\u2019étions pas maîtres de notre psychisme.La sociologie, explique Lahire, vient ajouter à ces blessures en faisant « tomber l\u2019illusion selon laquelle chaque individu serait un atome isolé, libre et maître de son destin, petit centre autonome d\u2019une expérience du monde, avec ses choix, ses décisions et ses volontés sans contraintes ni causes ».Elle nous dit : ça ne marche pas comme ça ; tout acte humain a « des contextes, des causes ou des conditions de possibilité » ; le social nous détermine.La fiction du libre arbitre Évidemment, affirmer ainsi que le libre arbitre est une « fiction» ne passe pas comme une lettre à la poste.Les possédants, les dominants et tous ceux qui ont « réussi » voudraient croire et faire croire qu\u2019ils ne doivent leurs privilèges qu\u2019à eux-mêmes, à leur talent et à leurs efforts, et que les dominés, les pauvres et les délinquants sont, par conséquent, responsables de leur sort.La sociologie, parce qu\u2019elle cherche souvent à éclairer les causes sociales de ce qui dérape dans la société (crime, terrorisme, échec scolaire, etc.), est même accusée de pratiquer «l\u2019excuse sociologique», une attitude qui consiste, pour reprendre les mots de George Bush père, «à mettre le crime sur le compte de la société plutôt que sur celui de l\u2019individu», encourageant ainsi la déresponsabili- sation individuelle.Pour la sociologie répond brillamment à ces attaques.« Nier l\u2019état du réel, écrit La- hire, n\u2019est sans doute pas la meilleure façon de pouvoir le transformer.» Pour faire voler des avions, il faut connaître les lois de la physique et en tenir compte, illustre-t-il.Il est dommage qu\u2019on puisse « faire de la politique, c\u2019est-à-dire vouloir agir sur la réalité sociale, sans avoir lu une ligne des sciences qui l\u2019étudient».La sociologie, explique La- hire, à partir de ses méthodes propres (observations, entretiens et questionnaires), fait ressortir le caractère socialement déterminé de certaines pratiques (choix du conjoint, orientation scolaire, goûts), elle « historicise des états de fait tenus pour naturels » (les dif férences entre hommes et femmes) et elle désessentia- lise les individus (on ne naît pas délinquant, sportif ou médecin, on le devient au cours d\u2019un parcours social).La sociologie procède, en résumé, à une contextualisation des comportements et habitudes des individus «multisocialisés » et «multidéterminés» que nous sommes tous, afin de les comprendre en les pensant dans une logique relationnelle.Déterminisme et fatalisme Les partisans de la responsabilité individuelle \u2014 nous le sommes tous un peu \u2014 sont heur tés par une telle approche.Les riches, par exemple, aiment bien croire qu\u2019ils ne doivent leur statut qu\u2019à leur mérite.Accepter le déterminisme biologique (dons innés) passe encore, mais reconnaître le déterminisme social, résultat des actions humaines, suscite la résistance.Pourtant, remarque Lahire, « si le destin de chaque individu ne dépendait que de sa capacité à faire les bons choix, à prendre les bonnes décisions et à mettre en œuvre toute la volonté nécessaire, on se demande bien pourquoi les individus ne feraient pas plus souvent le choix d\u2019être riches, cultivés et célèbres\u2026» La reconnaissance du déterminisme social n\u2019est pas un plaidoyer pour le fatalisme, précise Lahire.Comprendre les logiques qui rendent possible la criminalité, par exemple, « c\u2019est se donner la possibilité d\u2019agir et [\u2026] d\u2019éviter de nouveaux drames ».Comme ce n\u2019est pas en niant, mais en comprenant le déterminisme physique qu\u2019on a pu faire voler des avions, c\u2019est en comprenant les déterminismes sociaux qu\u2019on peut « se demander ce qu\u2019il faut faire pour transformer la réalité et redonner aux individus un pouvoir sur le réel ».Ce court essai, substantiel et lumineux, ravira tous ceux qui sont convaincus que la connaissance libère, même ceux qui, comme moi, continuent de croire à la réalité d\u2019un libre arbitre « en situation ».Il faut d\u2019ailleurs souhaiter, comme Bernard Lahire, que l \u2019enseignement de la sociologie trouve une place à l\u2019école.Le débat public en serait rehaussé.louisco@sympatico.ca POUR LA SOCIOLOGIE ET POUR EN FINIR AVEC UNE PRÉTENDUE « CULTURE DE L\u2019EXCUSE » Bernard Lahire La découverte Paris, 2016, 184 pages Éloge de la sociologie Dans un court essai très éclairant, Bernard Lahire expose les vertus du regard sociologique LOUIS CORNELLIER ISTOCK La sociologie désessentialise les individus ; on ne naît pas délinquant, sportif ou médecin, on le devient au cours d\u2019un parcours social, explique le Français Bernard Lahire."]
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