Le devoir, 16 juillet 2016, Cahier B
[" Scandale du Sénat Un chapitre se termine, un autre débute Page B 2 Soins de ?n de vie Où Christian Plessis-Bélair va-t-il ?nir ses jours?Page B 2 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 Carnet de voyage \u2013 Au pays de la 389 Routiers de l\u2019in?ni Page B 3 Réglées comme du papier à musique, les conventions nationales des grands partis américains sont depuis les années 1980 des évé- nements prévisibles.Chez les républicains, 2016 souffre une exception.J E A N - F R É D É R I C L É G A R É - T R E M B L A Y «S howtime.» Cleveland sera dès lundi l\u2019hôte de l\u2019un des plus grands spectacles politiques de la planète.Des milliers de républicains \u2014 dont les paroles et les gestes seront épiés par quelque 15 000 membres des médias \u2014 convergent pour élire leur candidat à la présidentielle du 8 novembre : Donald Trump.Or, justement, tous ne convergent pas, tant le flamboyant milliardaire divise son parti.Le scénario cataclysmique d\u2019un putsch contre le vainqueur des primaires est très peu probable, estiment pratiquement tous les obser vateurs.Mais, à l\u2019image du candidat, la convention s\u2019annonce des plus imprévisibles et les risques que le chaos s\u2019installe dans l\u2019enceinte du Quicken Loans Arena \u2014 ou dans les rues de Cleveland \u2014 sont bien réels.« Il est plus probable que jamais [dans l\u2019histoire récente des conventions] que celle-ci se déroulera dans la désunion.C\u2019est un événement risqué pour le parti et pour les personnes qui y participent », estime Christopher Wleizen, professeur de sciences politiques à l\u2019Université du Texas, à Austin.Ce n\u2019est pas un mince problème.Car les conventions nationales servent avant tout à projeter une image d\u2019unité au sein du parti auprès de l\u2019électorat américain, rappelle Rafael Jacob, chercheur à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l\u2019UQAM.Ces grand-messes, où les primaires basculent vers la campagne présidentielle, sont l\u2019occasion de passer l\u2019éponge sur les rivalités entre les aspirants candidats présidentiels pour se retrouver dans le consensus autour du vainqueur.«Toxic Trump» Or, à la veille de la convention, les fractures sont nombreuses dans la maison républicaine, à commencer par la liste des\u2026 absents.Des personnalités républicaines de premier plan ont certes accepté de monter sur scène \u2014 tels Paul Ryan et Mitch McConnell, tous deux leaders au Congrès \u2014, mais elles se font plus rares que jamais.Pêcher à la mouche, tondre le gazon, visiter le Grand Canyon\u2026 Voilà quelques-unes des raisons invoquées par des sénateurs pour justifier leur absence à Cleveland.Plusieurs des ex-ri- vaux de Trump lors des primaires \u2014 Marco Ru- bio, Jeb Bush et Lindsey Graham \u2014 ont aussi annoncé qu\u2019ils feraient faux bond.Véritable camouflet pour Trump, même John Kasich, gouverneur de l\u2019État dans lequel se déroulera la convention, doit briller par son absence.Parmi les anciens candidats républicains à la Maison- Blanche, seul Bob Dole (1996) a annoncé sa présence.Enfin, les anciens présidents George Bush (1989-1993) et son fils, W.Bush (2001- 2009), seront également absents.Bush fils, jadis surnommé le «toxic Texan», est maintes fois resté dans l\u2019ombre pour ne pas «contaminer» la réputation des autres personnalités politiques.Or, cette fois, c\u2019est le phénomène inverse qui se produit.«Ce sont les autres personnalités politiques qui ne veulent pas être vues en présence du candidat présidentiel, de peur que sa mauvaise réputation déteigne sur elles, fait remarquer Rafael Jacob.Je n\u2019ai jamais vu autant de politiciens de premier plan être absents d\u2019une convention!» Les mutins Aussi embêtante pour Donald Trump \u2014 et pour le Grand Old Party \u2014 est la présence de mutins parmi les délégués, ceux-là mêmes qui doivent formellement voter pour le candidat présidentiel.Depuis 40 ans, les délégués votent sans regimber pour le candidat qui a remporté l\u2019État qu\u2019ils représentent.Mais pas cette fois, même si Trump a ravi 1447 délégués pendant les primaires et dépasse donc allègrement le seuil des 1237 délégués nécessaires pour obtenir l\u2019investiture.Bien que minoritaires, les groupuscules anti-Trump se font bruyants et bataillent ferme pour obtenir le droit de ne pas voter pour le milliardaire.En face d\u2019eux, l\u2019establishment du parti et les conseillers du candidat travaillent d\u2019arrache- pied pour tuer dans l\u2019œuf toute forme de rébellion.Ils respirent d\u2019ailleurs un peu mieux depuis jeudi soir, alors qu\u2019ils sont parvenus, lors d\u2019un vote en comité réglementaire, à contraindre les délégués de voter en fonction des résultats électoraux.C\u2019est donc organisateurs : 1, mutins : 0.CONVENTION RÉPUBLICAINE L\u2019imprévisible spectacle H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa Q uand l\u2019horreur survient quelque part sur la planète, les médias traditionnels se retrouvent immédiatement aux prises avec les mêmes sempiternelles questions éthiques.Que faut-il montrer?Des images trop brutales devraient- elles être cachées, quitte à se faire doubler par les médias sociaux où les «journalistes citoyens» sévissent sans filtre?Et, de manière générale, parler de la fureur d\u2019un homme a-t-il pour conséquence d\u2019inspirer d\u2019autres dérangés?Jeudi soir, alors que la confusion règne, France 2 diffuse un témoignage qui est immédiatement condamné sur les réseaux sociaux.Un homme, qui ne peut qu\u2019être en état de choc, explique froidement et calmement que le cadavre se trouvant à ses côtés sous un drap est celui de sa femme.«C\u2019est fini pour moi.Mon fils est mort.J\u2019ai perdu les deux d\u2019un coup.Ma femme et mon fils sont venus voir la fête.Voilà, c\u2019est ça, la fête», dit-il.France 2 montre aussi les images du camion fonçant sur la foule ahurie.Devant les critiques, le rédacteur en chef de la chaîne, Olivier Siou, défend ce choix sur son compte Twitter.«C\u2019est parce qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019images du Pentagone le 11/09 [11 septembre 2001] que les théories du complot ont émergé.Vous voulez la même chose?» Il ajoute qu\u2019«aucune image de victimes, aucune image de morts ni de blessés, rien dans ces images ne justifie qu\u2019on les censure».Son réseau n\u2019est pas d\u2019accord avec lui, car dès le lendemain France Télévision y va d\u2019« excuses ».« L\u2019édition spéciale de France 2 consacrée aux événements dramatiques de Nice a diffusé un sujet montrant des témoignages et des images choquantes.Ces images brutales, qui n\u2019ont pas été vérifiées selon les usages, ont suscité de vives réactions.Une erreur de jugement a été commise en raison de ces circonstances particulières.» Au Québec, sur RDI, le tir est rectifié en direct.L\u2019animateur Maxence Bilodeau parle en arrière- champ avec un invité tandis qu\u2019on nous montre la débandade.Puis, l\u2019image change et on voit la rue jonchée de cadavres.M.Bilodeau lance alors: «Ex- cusez-moi, on les voit pour la première fois.Je ne suis pas certain que c\u2019est la meilleure idée de montrer cela, mais enfin, c\u2019est ce qui se passe en ce moment.» Les images disparaissent quelques secondes plus tard, ce à quoi l\u2019animateur réagit par un «merci».Bataille perdue?La question se pose : les médias traditionnels doivent-ils se donner encore la peine d\u2019avoir ces tiraillements philosophiques alors que les images qu\u2019ils censurent émaillent, en temps réel, les réseaux sociaux accessibles à tous?Antoine Char, professeur de journalisme à l\u2019UQAM, croit que oui, puisqu\u2019il existe encore des citoyens qui s\u2019attendent à être protégés d\u2019images choquantes.Mais il note la « fausse pudeur » de cer tains réseaux, comme CNN, qui montre désormais des images qu\u2019il n\u2019aurait pas montrées il y a un an ou deux au prétexte qu\u2019il les précède d\u2019un « avertissement ».Alain Saulnier, l\u2019ex-directeur général de l\u2019information à Radio-Canada, est du même avis que M.Char.Il estime même que c\u2019est dans cette cohabitation avec le « journalisme citoyen » débridé que les médias traditionnels retrouveront leur raison d\u2019être.« Ça oblige les médias professionnels à agir de manière encore plus rigoureuse, car ce sont eux qui devraient être les vrais repères.» Il estime que « les réseaux sociaux ont gagné la bataille d\u2019être les premiers sur la nouvelle » et que les médias traditionnels « qui vont durer sont probablement les médias qui seront capables de contextualiser les informations, d\u2019expliquer les choses.Pas ceux qui sont les premiers à montrer la vidéo du camion fonçant sur les gens.» À la suite de la fusillade au collège Dawson, en 2006, des patrons de presse s\u2019étaient réunis pour discuter de la couverture de tragédies, dont des représentants de CNN, de la BBC et de la section francophone d\u2019Al Ja- zeera, se souvient M.Saulnier.« À RDI, on a établi un code orange sur quoi faire dans ces situations.» Une des phrases qu\u2019il avait tenues à y insérer, dit-il, est : « La fin du monde n\u2019est pas pour aujourd\u2019hui et probablement pas pour demain.» « Ce que ça voulait dire, c\u2019est : \u201cN\u2019en mettez pas plus que nécessaire.\u201d » Inspirer d\u2019autres dérangés?L\u2019autre question qui se pose est l\u2019impact de cette couverture médiatique mur à mur sur la perpétration de nouveaux attentats.Michael Jetter, professeur d\u2019économie politique à l\u2019University of Western Australia, s\u2019est penché sur le sujet.Il a recensé quelque 60 000 attentats terroristes ayant fait l\u2019objet d\u2019un reportage dans le New York Times entre 1970 et 2012.Conclusion ?La publication d\u2019un article supplémentaire sur un attentat donné conduit à l\u2019augmentation de 11 à 15 % du nombre d\u2019attentats dans ce même pays dans les jours suivants.TERRORISME Les médias doivent-ils tout montrer ?L\u2019attaque de Nice fait resurgir les questions éthiques sur la couverture médiatique VALERY HACHE AGENCE FRANCE-PRESSE Certains médias traditionnels ont choisi de dif fuser des images brutales, alors que d\u2019autres ont préféré s\u2019en tenir à des photos comme celle-ci.Autres drames, autres règles La corrélation entre la couverture médiatique d\u2019un événement et la répétition de ce genre d\u2019événements est reconnue dans d\u2019autres domaines, en particulier le suicide et les homicides intrafamiliaux.«Des études ont démontré que l\u2019augmentation du taux de suicide peut varier entre 12% et 64% au niveau national dans le mois qui suit le décès d\u2019une célébrité.Les cas les plus probants ont été ceux de Marilyn Monroe [+12% aux États-Unis] et de Gaétan Girouard [+64% au Québec]», peut-on lire dans «La couverture médiatique des homicides intrafamiliaux», un document préparé par quatre chercheurs en janvier 2015 pour le Conseil de presse du Québec.Ce document se voulait une réponse à un rapport commandé par Québec dans la foulée de la médiatisation intensive de quelques drames familiaux ayant donné l\u2019impression que ces tragédies étaient en augmentation.(Le rapport avait conclu au contraire que ces drames avaient diminué de 32 % en 30 ans.) La recherche du Conseil de presse note dans son document que « la couverture médiatique des homicides conjugaux est beaucoup moins neutre et est dominée par l\u2019opinion et l\u2019émotion» et que « le traitement répétitif peut avoir un impact ».Aussi les chercheurs concluaient- ils que « les précautions prescrites pour la couverture médiatique du suicide ont lieu de s\u2019appliquer dans le cas des homicides intrafami- liaux».Il ne faut pas romancer le suicide ou l\u2019homicide, ne pas mentionner le moyen utilisé par l\u2019auteur, éviter un traitement répétitif susceptible de rendre socialement acceptables ces options et, dans le cas du suicide, ne pas publier les lettres d\u2019adieux.Ne pas publier les adieux, c\u2019est exactement ce qu\u2019avait décidé de faire RDI en 2007 lors de la fusillade de Virginia Tech, relate Alain Saul- nier, en ne diffusant pas la vidéo laissée par le tueur.Comme quoi il existe peut-être des similitudes à explorer.VOIR PAGE B 3 : CONVENTION VOIR PAGE B 3 : NICE M A R I E V A S T E L Correspondante parlementaire à Ottawa U n gros chapitre du scandale des dépenses au Sénat s\u2019est clos cette semaine.La GRC a levé les accusations de fraude qui pesaient sur Patrick Brazeau \u2014 le dernier des sénateurs accusés dans cette affaire.Mais la Chambre haute n\u2019en a pas pour autant fini de contester des comptes de frais devant les tribunaux.Car sept sénateurs, aujourd\u2019hui retraités, n\u2019ont toujours pas remboursé les sommes qui leur sont réclamées et le Sénat envisage maintenant de les poursuivre pour récupérer ces fonds.Un recours judicieux ou un gaspillage d\u2019argent ?Un peu des deux, répond l\u2019ancien juge John Gomery.Le scandale hante la Chambre haute depuis maintenant plus de quatre ans.Tout a commencé lorsque des médias se sont demandé si Mike Duf fy touchait à tor t des indemnités de logement en prétendant faussement habiter loin d\u2019Ottawa.Puis, son cas a fait boule de neige.Patrick Brazeau, Mac Harb et Pamela Wallin se sont fait reprocher d\u2019avoir réclamé eux aussi injustement ces mêmes indemnités de logement.Le vérificateur général a été chargé de faire enquête et d\u2019éplucher les comptes de frais de plus de 80 sénateurs, dont 30 ont été critiqués.Un an plus tard, sept sénateurs retraités refusent encore de rembourser le Sénat.La Chambre haute menace depuis des mois de faire appel aux tribunaux pour récupérer les plus de 550 000 $ en litige.Fin avril, le dossier a été confié à un cabinet d\u2019avocats d\u2019Ottawa «afin d\u2019entamer les procédures légales dans un ef fort de recouvrer l\u2019argent des contribuables », explique une porte- parole du Sénat.La firme Auger Hollingsworth a le mandat d\u2019étudier les dossiers et de conseiller les sénateurs quant à la «meilleure façon de procéder d\u2019un point de vue légal».À ce chapitre, le Sénat pourrait très bien faire appel aux tribunaux pour forcer la main des sénateurs récalcitrants, selon le juge à la retraite John Gomery.« Disons que c\u2019est infiniment plus facile que le recours pénal.[\u2026] Ils ont de bonnes chances de gagner», explique celui qui a présidé la commission d\u2019enquête sur le scandale des commandites, qui se penchait sur une tout autre utilisation des fonds publics.Le jugement qui a acquitté Mike Duffy n\u2019a rien à voir avec la légitimité d\u2019une demande de remboursement du Sénat, note M.Gomer y, car le fardeau de la preuve est tout autre au civil.La Couronne devait, dans le cas de Mike Duf fy, convaincre le juge Charles Vaillancour t qu\u2019il y avait eu mauvaise foi et intention criminelle.Au civil, ce serait aux sénateurs en cause de convaincre un magistrat qu\u2019ils avaient le droit de toucher leurs indemnités.« Le Sénat, quand il réclame les montants, peut dire qu\u2019il a payé par erreur en pensant que c\u2019était la bonne interprétation des règles, souligne M.Gomery.Et on n\u2019a pas besoin de prouver la mauvaise foi de qui que ce soit, de prouver une fraude ou un acte répréhensible.C\u2019est simplement que le montant n\u2019était pas dû.» En plus, un autre juge n\u2019aurait pas nécessairement le même verdict que le juge Vaillan- court, dit-il.Nécessaire ou trop coûteux?L\u2019avis légal devrait être remis au Sénat dans les prochaines semaines, selon les informations du Devoir.Mais déjà, les verdicts possibles ne font pas l\u2019unanimité.Cer tains croient que la Chambre haute doit assurément intenter des poursuites pour se faire rembourser.«C\u2019est une question de principe, c\u2019est une question d\u2019équité.C\u2019est de l\u2019argent public », fait valoir un sénateur haut placé.D\u2019autres, cependant, craignent que ces poursuites s\u2019éternisent pendant des années et coûtent plus cher au Sénat que certaines des sommes en litige qu\u2019il peut espérer récupérer.La sénatrice à la retraite Sharon Carstairs, par exemple, doit 7528$, son ancien collègue Bill Rompkey, 17 292$.La sénatrice Marie-P.Charrette-Poulin, en revanche, se voit réclamer 131 434$, tandis que la succession de Rod Zimmer \u2014 il est décédé le mois dernier \u2014 pourrait se faire réclamer 176 014$ (voir encadré).Dans le cas des dettes les plus petites, deux sources sénatoriales se demandent si ça vaut vraiment la peine de poursuivre.L\u2019ex-juge Gomery leur donne raison.«On risque de débourser plus en frais d\u2019avocats que le montant en jeu », convient-il.Mais la question est avant tout «politique».«Ce ne sont pas les montants en jeu qui sont importants.Ce sont certains principes et toute cette question de l\u2019intégrité du Sénat qui sont en jeu.Et je pense que c\u2019est la raison pour laquelle le Sénat songe à poursuivre pour récupérer ces montants; pour essayer de rétablir sa réputation auprès de la population en général.» Reste que la facture du rapport du vérificateur général a été critiquée.L\u2019enquête a coûté 23,6 millions\u2026 alors que le rapport relevait un peu moins d\u2019un million de dollars en dépenses illégitimes.Certaines de ces dettes ont été réduites par l\u2019arbitrage de l\u2019ancien juge à la Cour suprême Ian Binnie \u2014 une facture cette fois-ci de 224 700$.Le Sénat a depuis récupéré 288 970$ de la part des sénateurs blâmés.S\u2019ajoutent à cela les 529 745 $ remboursés par les sénateurs Patrick Bra- zeau, Mike Duffy, Mac Harb et Pamela Wallin (voir encadré).Tous ont depuis été acquittés ou lavés des accusations de la GRC qui pesaient sur eux.Quatre des sept sénateurs retraités toujours endettés \u2014 Ma- rie-P.Charrette-Poulin, Rose- Marie Losier-Cool, Don Oliver et Gerr y St.Germain \u2014 ont eux aussi fait l\u2019objet d\u2019une enquête de la GRC.La police fédérale n\u2019a pas voulu préciser si ces enquêtes étaient toujours en cours, «afin de protéger l\u2019intégrité des enquêtes, de la preuve et de la vie privée des personnes concernées».Débar rassé des accusations de fraude et d\u2019abus de confiance auxquelles il faisait face depuis deux ans, Patrick Brazeau songe maintenant à se tourner à son tour vers les tribunaux pour récupérer les sommes remboursées au Sénat de même que le salaire dont il a été privé pendant deux ans à la suite de sa suspension sans salaire.Le sénateur québécois a cependant peu de chances d\u2019obtenir gain de cause, de l\u2019avis de John Gomer y.« Dans des questions de poursuites civiles, tout est possible.Si c\u2019est probable?Je pense que les chances de réussir dans son cas ne sont pas très fortes.» Le Devoir M A R C O F O R T I E R D epuis trois mois, il ne lui reste plus que « quelques jours » à vivre.Mais il s\u2019accroche.Contre toute attente, Christian Plessis-Bélair, atteint d\u2019un cancer foudroyant, mange encore trois repas par jour, peint des tableaux et a même pris un petit verre de rouge, l\u2019autre jour, à l\u2019étage des soins palliatifs de l\u2019hôpital Notre-Dame.Le Devoir vous a parlé de lui la semaine dernière : cet homme de 62 ans est entré à l\u2019hôpital pour un mal de jambe, à la mi-avril.Il n\u2019en est plus sorti.Christian souffre d\u2019une forme extrêmement virulente de leucémie.Trois mois plus tard, donc, on rejoint le patient à sa chambre du cinquième étage de l\u2019hôpital, rue Sherbrooke à Montréal.Il a mal partout.Un mal terrible.Mais la méthadone et le Dilaudid engourdissent la douleur.Il garde le moral, Christian.Une force de la nature.Un nuage plane tout de même dans sa petite chambre : il est question de le déménager à l\u2019hôpital Marie-Clarac, la plus grande maison de soins palliatifs du Québec, dans le nord de Montréal.Un hôpital à la réputation ir réprochable.Mais Christian ne veut rien savoir d\u2019y aller.Il veut rester là où il est, aux soins palliatifs de Notre-Dame.« Il n\u2019est pas question que j\u2019aille ailleurs.Je commence à m\u2019adapter ici.Je connais les infirmières, je connais tout le personnel, c\u2019est rassurant.Recommencer tout ça à une autre place, ça ne me tente pas », dit- il, assis dans son lit.« Ici, c\u2019est le bonheur.Je suis traité aux petits oignons.Les infirmières sont exceptionnelles.Elles travaillent tellement, elles n\u2019arrêtent pas deux minutes.Et la nourriture est bonne.» En attendant la mort Christian est toujours vivant, trois semaines après son arrivée aux soins palliatifs.C\u2019est une unité conçue pour les mourants, ici ! Il est le premier à rire du fait qu\u2019il déjoue tous les pronostics.Il a accepté la mort, il est prêt à partir lorsque son heure sera venue, mais il profite de chaque minute que la vie lui offre.Il est vrai que les séjours à l\u2019unité des soins palliatifs sont généralement de cour te durée.Une dizaine de jours en moyenne, d\u2019après ce qu\u2019on nous dit.Depuis trois semaines, presque tous les patients du cinquième étage ont été remplacés\u2026 « Aucun transfert n\u2019est ef fec- tué sans l\u2019autorisation du patient ou de sa famille », assure Sylvie Robitaille, conseillère en communication au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), dont relève l\u2019hôpital Notre-Dame.Les médecins traitants peuvent discuter d\u2019un transfert s\u2019ils jugent que c\u2019est dans l\u2019intérêt du patient.Mais rien n\u2019est imposé.En principe, le malade a le droit d\u2019aller où il veut pour recevoir des soins palliatifs \u2014 ou encore l\u2019aide médicale à mourir \u2014 fournis par l\u2019État.Dans les faits, ce n\u2019est pas si simple.«Avant, tout le monde décidait pour le patient en fin de vie : le Bon Dieu, le curé, le médecin\u2026 Aujourd\u2019hui, le patient a le libre choix, mais c\u2019est une situation très complexe », dit Yvon Bureau, travailleur social de Québec et consultant bénévole pour un mourir digne et libre.Mourir à la maison Constatons d\u2019abord les chif fres : où les Québécois meurent- ils?Le ministère de la Santé et des Services sociaux a compilé les statistiques entre les années 2000 et 2012.Près de six personnes sur dix (59%) meurent à l\u2019hôpital.Une portion de 20% des décès surviennent dans un foyer pour personnes âgées, officiellement appelé centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD).Et 3% des morts se produisent dans d\u2019autres types d\u2019établissement de santé.Mais encore ?Encore 7 % de la population meurt « dans un autre lieu », dans un accident, en voyage à l\u2019étranger, etc.Le dernier chif fre, un des plus importants, est la proportion de 11 % des gens qui meurent chez eux.C\u2019est un des chiffres les plus importants, parce que le g o u v e r n e m e n t cherche à augmenter à 20 % la part des décès à la maison.En théorie, Christian Plessis-Bélair aimerait finir ses jours sur le Plateau Mont- Royal, où il a vécu toute sa vie.Son petit appar tement d\u2019artiste célibataire de 62 ans serait toutefois mal adapté pour ser vir de « chambre d\u2019hôpital ».Et aucun de ses proches n\u2019a l\u2019espace ou la capacité de l\u2019accueillir.Si jamais Christian décidait d\u2019aller chez lui, le système de santé et services sociaux pourrait l\u2019aider.« On a tout ce qu\u2019il faut pour lui permettre de s\u2019installer chez lui.On of fre même la chimio palliative à la maison », dit Bé- rard Riverin, directeur général de la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal.L\u2019organisme permet à 1300 malades en phase terminale par année de se faire traiter gratuitement à la maison.Le « taux de succès » \u2014 ceux qui meurent bel et bien chez eux \u2014 est de 41 %.Les deux tiers meurent en moins de trois mois.Certains s\u2019accrochent un an, par fois même deux ans.La Société de soins palliatifs à domicile fournit tout : lit d\u2019hôpital, appareils pour distribuer les médicaments antidou- leur, fauteuil roulant.Une vingtaine d\u2019infirmières, 12 préposés aux soins, un psychologue, une soixantaine de bénévoles bien formés et du personnel administratif sont au service des patients.L\u2019organisme fournit depuis quatre ans des préposés aux bénéficiaires de nuit : cette seule mesure a fait passer le « taux de succès » (de décès à la maison) de 18 % à 41 %.Le prix de la dignité Bérard Riverin comprend Christian Plessis-Bélair de vouloir rester à l\u2019hôpital où il est traité depuis près de trois mois.C\u2019est un réflexe normal pour un patient en per te de repères.« On peut comprendre les hôpitaux ou les médecins d\u2019avoir des critères d\u2019admission aux soins palliatifs.Il peut y avoir des patients qui ont des besoins plus urgents.Mais normalement, le patient devrait rester là.Je suis contre le transfer t, je trouve que ça ne serait pas humain de faire ça », dit-il.Il est fréquent que des patients en toute fin de vie, qui ont été traités à domicile ou à l\u2019hôpital, viennent finir leurs jours dans une des 31 maisons de soins palliatifs du Québec, explique de son côté Lucie Wiseman, directrice de la Maison Au diapason, qui offre huit lits à Bromont, dans les Cantons-de-l\u2019Est.La moitié de ses patients meurent moins d\u2019une semaine après leur arrivée.Les résidences privées pour personnes âgées ont aussi flairé une « occasion d\u2019affaires » avec les soins palliatifs : la sœur de Christian Ples- sis-Bélair a déniché une maison pour retraités de Montréal prête à accueillir le patient pour 2500 $ par mois.Cette résidence exige le paiement de trois mois minimum, même si le patient devait séjourner seulement trois jours \u2014 plus le coût des médicaments et des soins médicaux.Oui, les soins palliatifs représentent un marché d\u2019avenir : avec le vieillissement de la population, le nombre de décès a augmenté de 14 % au Québec entre les années 2000 et 2012 \u2014 de 53 287 à 60 800.De quoi faire rêver les entrepreneurs prêts à tout pour aider les gens à « mourir dans la dignité ».S\u2019ils sont disposés à en payer le prix.Le Devoir Dans le labyrinthe des soins de fin de vie Cancéreux en phase terminale, Christian Plessis-Bélair s\u2019interroge : où va-t-il finir ses jours ?L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 Remboursements médiatisés Patrick Brazeau (PC) 55 016 $ Mike Duffy (PC) 90 172 $ Mac Harb (PLC) 231 649 $ Pamela Wallin (PC) 152 908 $ Total : 529 745 $ Des sénateurs toujours endettés Montant remboursé (total réclamé) Sharon Carstairs (PLC) : 0 $ (7528 $) Marie-P.Charrette-Poulin (PLC) : 5606 $ (131 434 $) Rose-Marie Losie-Cool (PLC) : 0 $ (110 051 $) Don Oliver (PC) : 23 349 $ (48 088 $) Bill Rompkey (PLC) : 0 $ (17 292 $) Gerry St.Germain (PC) : 468 $ (67 588 $) Rod Zimmer (PLC) : 0 $ (176 014 $) Montant total réclamé: 557 995 $ JACQUES NADEAU LE DEVOIR Christian est toujours bien vivant, trois semaines après son arrivée aux soins palliatifs de l\u2019hôpital Notre-Dame.SCANDALE DU SÉNAT Un chapitre se termine, un autre débute Sept sénateurs n\u2019ont toujours pas remboursé un demi-million de dollars qui est réclamé Christian Plessis-Bélair aimerait finir ses jours sur le Plateau Mont-Royal, où il a vécu toute sa vie L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 Sur la Basse-Côte-Nord, on peut rejoindre Blanc-Sablon en faisant un énorme arc de cercle par le Nord québécois et le Labrador terre-neuvien.Le Devoir a fait le long périple et bouclé la boucle de Baie-Comeau à Baie- Comeau, une distance de près de 3000 km, d\u2019abord par la route, puis en bateau sur le golfe du Saint-Laurent.Compte rendu d\u2019un voyage insolite et fascinant dans l\u2019immensité sauvage.Deuxième de huit articles.M O N I Q U E D U R A N D O n roule dans le jour clair.Oubliée, la belle et sinueuse route asphaltée qui nous avait menée de Baie-Co- meau à Manic 5.Place maintenant à des por tions de route droites comme des fils, ponctuées de côtes immenses.Et place au gravier ! Sur 40, puis 50 kilomètres.On se dit que l\u2019asphalte reviendra bien, allez ! Eh non ! Devant soi et tout autour, un camaïeu de vert.Les trembles et les bouleaux font des taches ver t pomme dans les montagnes plus foncées, où dominent les épinettes au cœur noir.Bientôt 80 kilomètres de gravier, puis 90.Ça finira bien un jour, qu\u2019on se dit ! Gravier encore, toujours.Soudain, enfin, c\u2019est pas trop tôt, l\u2019asphalte ! Et, au loin, comme une apparition, des toits de couleur rouge orangé, touches brillantes de vie.On a envie de crier de joie, d\u2019embrasser son volant, on est sauvé.Vies du bout du monde Dans cette oasis, un restaurant, six motels et une pompe à essence à 1,77 $ le litre.C\u2019est l\u2019incontournable Relais Gabriel du kilomètre 316.Il n\u2019y avait rien avant, pendant 100 kilomètres, il n\u2019y aura rien après, pendant 250 kilomètres.« Je reviens dans l\u2019humanité quand je vois les toits orange», dit Patrick Enright, un routier de l\u2019infini.Il fait la navette entre Varennes et Blanc-Sa- blon tous les quinze jours : 5000 kilomètres aller-retour, une véritable épreuve d\u2019endurance.«Deux cheese, ketchup, moutarde !» lâche-t-il en ouvrant la porte du restaurant, chaque fois comme s\u2019il venait d\u2019échapper à quelque chose, juste content d\u2019arriver avec tous ses morceaux.Nathalie Ruel, la serveuse du Relais Gabriel, connaît Patrick comme elle connaît la plupart des routiers qui empruntent la Trans-Québec\u2013Labra- dor.Début de la cinquantaine, elle a travaillé 27 ans à l\u2019urgence de l\u2019hôpital Saint-François d\u2019Assise, à Québec.Un jour, elle en a eu marre de vivre en courant du matin jusqu\u2019au soir.C\u2019est par Emploi-Québec qu\u2019elle a trouvé ce boulot.« Je n\u2019étais jamais venue dans cette région avant.» Elle habite un petit chalet, au bord d\u2019un lac à deux pas du restaurant.«Si t\u2019aimes pas la nature, t\u2019es malheureux ici.» «À vrai dire, pour- suit-elle, je ne savais pas que j\u2019aimais la nature à ce point.» Elle n\u2019avait jamais eu le temps de s\u2019en rendre compte.« J\u2019ai vécu étourdie en ville pendant des années.À courir sans arrêt.Après quoi?J\u2019sais pas.» Nathalie a un chien, un kayak et un poêle à bois.«La paix totale.» Aventure extrême Patrick dévore ses cheese.Il est conscient d\u2019avoir une drôle de vie.Une vie de solitaire.« Quinze heures d\u2019af filée à me parler à moi- même dans mon camion, c\u2019est quelque chose.On a toutes sortes de pensées, des fois un peu noires.On écoute Radio-Canada parce que ça parle français.Et Sirius XM pour la musique.» Il est aussi conscient de vivre une vie de dangers.« L\u2019hiver, ces routes-là, c\u2019est de l\u2019aventure extrême !» Des histoires d\u2019horreur, Patrick en a plein sa besace.Des camions qui renversent avec toute leur charge, incontrôlables parce que le chemin devient tout à coup une patinoire vive.\u2014 « C\u2019est \u201cle savon\u201d qu\u2019on redoute le plus, un mélange de slotche, d\u2019eau, de gravelle et de neige.» \u2014 Ou parce qu\u2019un orignal est venu se jeter sous les roues.Ou que la route est trop pentue, trop cabossée ou trop étroite.Un jour, il a fait une sortie de route dans un blizzard.«J\u2019ai appelé les secours sur mon téléphone- satellite, j\u2019ai mis mon suit de survie, creusé un trou dans la neige pour ne pas crever gelé et j\u2019ai passé trois heures dans mon igloo à attendre la dépanneuse.C\u2019est ça, la réalité de la route Trans-Québec\u2013 Labrador! Ceux qui font des \u201cvoyages de bananes\u201d en Californie ne font pas le même métier que moi!» Des routes à réparer Il y a quelques années, le Comité Route 389, formé d\u2019une quinzaine d\u2019intervenants, la SQ, Hydro-Québec et des représentants de l\u2019industrie forestière notamment, avait répertorié, sur les 570 kilomètres de la 389, pas moins de 338 courbes dites « sous standard», soit le quart du parcours total, 230 pentes supérieures à 7 %, l\u2019absence d\u2019accotement asphalté et une route trop étroite sur toute sa longueur.Cet été, le ministère des Transports du Québec a entrepris des travaux majeurs pour en améliorer la sécurité, travaux qui s\u2019étireront jusqu\u2019en 2021 et jusqu\u2019à Fermont.Des courbes seront atténuées, des tronçons élargis, l\u2019asphaltage sera fait ou refait, des ponts et ponceaux seront réparés.Dans un mémoire remis au BAPE il y a quelques mois, les associations touristiques de la Côte-Nord incitaient Québec à faire aussi bien que Terre-Neuve dans la réfection de la route Trans-Québec\u2013Labrador, afin qu\u2019elle cesse d\u2019être perçue comme plus médiocre et dangereuse du côté québécois que du côté labradorien.André Ouellet a dirigé la SQ à Fermont pendant quelques années.La 389, il la connaît par cœur.«Terre-Neuve, dit-il, fait pression sur Québec pour qu\u2019elle soit améliorée.C\u2019est la seule issue pour les Terre-Neuviens ! Sinon, ils doivent faire le grand tour et passer par le Cap-Breton pour rejoindre le reste du pays.» Terre-Neuve a déjà remporté la mise en ce qui a trait à l\u2019appropriation du territoire par les voies routières dans l\u2019est du Canada, s\u2019étant désenclavée en parachevant un lien routier qui rejoint la 389 québécoise, depuis le détroit de Belle Isle.Du côté du Québec, les communautés situées dans la partie ouest de la Basse-Côte- Nord, entre Kégaska et Vieux-Fort, sont toujours isolées du reste du pays, réclamant à cor et à cri depuis des décennies que soit enfin parachevée la fameuse route 138.Bref, s\u2019il y a encore quelques communautés labradoriennes enclavées le long de l\u2019Atlantique, il n\u2019y a plus d\u2019insulaires terre-neuviens enclavés, alors qu\u2019il y a encore des Québécois, le long du golfe du Saint- Laurent, qui le sont.Au péril d\u2019une vie Retour au Relais Gabriel.Patrick n\u2019a jamais eu d\u2019accident sur la route.Il croise les doigts.Un collègue routier, Michel Porlier, a eu moins de chance.« Il y a un an, le 24 avril 2015 exactement, raconte Michel, j\u2019ai pris le fossé avec mon camion chargé de nourriture.C\u2019était la nuit.Il faisait \u201315 degrés.J\u2019ai réussi à sortir par une fenêtre.Et j\u2019ai attendu les secours pendant une heure.» L\u2019heure la plus longue de sa vie.« J\u2019entendais les loups hurler autour de moi.» Michel ne s\u2019en est pas remis.Il n\u2019a plus voulu remonter à bord de son mastodonte et a pris sa retraite du camionnage sur-le-champ.Pourtant, allez donc y comprendre quelque chose, il s\u2019ennuie de cette vie-là, sur cette route de malheur.C\u2019était la vraie vie, pas ordinaire, une vie intense, menée souvent la peur au ventre, faite d\u2019exploits racontés jusqu\u2019à plus soif, une existence vécue sur le flanc des volcans.De ça, ces routiers au long cours ne peuvent plus se passer.«Une passion folle », dit Patrick.Nathalie lui a servi un café fumant.« Je reçois des gars en choc post-traumatique, dit-elle.Ils arrivent ici, rescapés par un autre camionneur, pour attendre l\u2019ambulance.Ou arrivent en tremblant comme des feuilles parce qu\u2019ils ont évité un drame de justesse.» Le Relais Gabriel est leur bouée.Et Nathalie, l\u2019ancienne infirmière, une sorte de mère.« Je les rassure de mon mieux.» Le Relais Gabriel, c\u2019est un phare dans la nuit redoutable des usagers de la 389.Notre camionneur s\u2019apprête à repartir.Patrick ne veut pas arriver trop tard à Churchill Falls, où il a l\u2019habitude de passer la nuit sous les étoiles du Nord, blotti dans son camion, «mon condo », dit-il en souriant.Après, il lui restera «seulement 900 kilomètres», insiste-t-il, l\u2019air moqueur, pour atteindre Blanc-Sablon.« Les gens là-bas attendent leur pain, leur lait, leurs fruits et légumes.Faut pas qu\u2019il m\u2019arrive quoi que ce soit ! » Une dame prend des photos du camion quand il fait son entrée à Blanc-Sablon et les poste sur Facebook.Le voilà qui décolle dans un nuage de poussière.La grosse boîte de son camion, remplie de tomates et de laitues, disparaît au-dessus de la côte.« Je suis attendu là-bas comme un roi.» Collaboratrice Le Devoir CARNET DE VOYAGE \u2013 AU PAYS DE LA 389 Routiers de l\u2019infini Au kilomètre 316, le Relais Gabriel est une bouée pour des camionneurs abonnés à la solitude et au danger Mais, dans la défaite, l\u2019un des délégués récalcitrants a indiqué qu\u2019il ne baisserait pas pavillon.«La bataille est loin d\u2019être terminée à Cleveland», a- t-il fait savoir.La menace extérieure Si bataille il y a, elle risque d\u2019avoir lieu aussi dans les rues de Cleveland.Les nombreuses escarmouches qui ont marqué les activités de campagne de Trump pendant les primaires et, plus récemment, les fusillades dans un club gai d\u2019Orlando et contre des policiers à Dallas, de même que l\u2019attentat de jeudi à Nice ont mis les forces de sécurité sur un pied d\u2019alerte à Cleveland, où la moitié du centre-ville a été bouclé.Selon un sondage interne mené par le média en ligne Politico, tout près de la moitié des républicains interrogés s\u2019attendent à ce que la violence éclate et qu\u2019elle soit surtout le fait de groupes progressistes.«Je le dis sans joie aucune, mais à côté de ce que feront les agitateurs d\u2019extrême gauche à Cleveland, la convention démocrate de 1968 à Chicago [entachée par de violentes manifestations contre la guerre du Vietnam] aura l\u2019air d\u2019une bataille de cour d\u2019école», a confié un républicain de l\u2019Ohio.La menace intérieure Alors que les organisateurs font tout pour protéger Donald Trump des périls qui guettent son investiture, l\u2019un des plus menaçants est toutefois intérieur : le candidat lui-même.Plusieurs redoutent en effet que le candidat joue l\u2019agitateur en chef, celui qui jette de l\u2019huile plutôt que de l\u2019eau sur les feux naissants.Provoquer les délégués récalcitrants, invectiver les manifestants, envoyer paître des collègues républicains\u2026 Tous ces scénarios ont été évoqués.«Trump doit faire un équilibre entre ce qui a fait son succès durant les primaires \u2014 sa manière improvisée et sans vernis de communiquer \u2014 et la prévoyance et le comportement auxquels les gens s\u2019attendent d\u2019un aspirant président, a confié au New York Times l\u2019ancien gouverneur républicain du Minnesota Tim Pawlenty.Mais s\u2019il ne se contrôle pas, ça pourrait très mal se passer à la convention.» Le joker de la politique-spectacle N\u2019empêche.Se pourrait-il qu\u2019en dépit des menaces sérieuses qui planent, l\u2019événement s\u2019avère un improbable succès?Après tout, les conventions sont des spectacles et l\u2019ancien animateur de téléréalité est un maître du divertissement.Donald Trump a d\u2019ailleurs déjà affirmé qu\u2019il était « impor tant de mettre du showbiz dans une convention, sans quoi les gens tombent endormis».C\u2019est, peut-être, sa planche de salut, que les nombreuses heures de couverture médiatique exclusive et sans filtre pourraient rendre possible, estime Rafael Jacob.« Organiser une convention typique, c\u2019est braquer les projecteurs sur le caractère polarisant de Trump.Ce n\u2019est pas à son avantage.Mais ça le devient peut-être s\u2019il joue à fond la carte du populisme et du divertissement, avec moins de politiciens sur scène et plus d\u2019Américains ordinaires et de vedettes.Bref, de la politique-spectacle.» Une liste d\u2019invités et de thèmes souvent non orthodoxes a filtré dans les médias.Elle n\u2019est ni complète ni figée dans le béton \u2014 une autre source d\u2019anxiété pour le parti.Mais outre les personnalités politiques, la famille Trump \u2014 qui compte mannequins et actrice \u2014 doit occuper une place de choix, de même que le président de l\u2019Ultimate Fighting Championship (UFC) et des survivants de l\u2019attaque du consulat américain de Benghazi, un événement qui a mis Hillary Clinton, alors secrétaire d\u2019État, dans l\u2019eau chaude.Il est aussi question d\u2019aborder le thème des frasques sexuelles de Bill Clinton\u2026 Trump a surpris à peu près tout le monde en réinventant la façon de remporter les primaires.Peut-il faire de même avec une convention?Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CONVENTION Pour vérifier la relation de causalité, explique au Devoir M.Jetter, il s\u2019est intéressé aux attentats survenus en même temps qu\u2019une catastrophe naturelle.« 2% ou 3% des 60 000 cas se sont produits alors qu\u2019il y avait une catastrophe naturelle aux États-Unis.Ces jours-là, on voit systématiquement beaucoup moins de couver tures médiatiques des attentats terroristes survenus, disons, en Afghanistan, en Iran ou en Israël.Et on voit systématiquement que, dans les jours qui suivent, s\u2019il y a eu un tel désastre naturel, il y a beaucoup moins d\u2019attentats terroristes dans ce pays.[\u2026] De ce que j\u2019ai vu, il semble y avoir un lien de causalité entre la quantité de repor tages qu\u2019on fait sur le terrorisme et la quantité d\u2019actes terroristes qui surviennent dans le futur rapproché.» M.Jetter ne va pas jusqu\u2019à demander aux médias de ne plus couvrir les attentats.Mais peut-être qu\u2019il faudrait les couvrir moins.« Quand on les couvre pendant trois, quatre, cinq, sept jours d\u2019affilée, peut-être qu\u2019on envoie le mauvais message et peut-être que, sans l\u2019encourager, on en fait une option pour les gens qui sont désespérés.» Il invite aussi les médias à reconsidérer leur manière de parler de ces événements, comme cela se voit déjà pour le suicide.« Les médias ont bien assimilé qu\u2019ils doivent faire attention à ne pas encourager les imitateurs.Et nous devons avoir une discussion franche sur la façon dont on couvre le terrorisme.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 NICE Une convention, quossa donne?Les conventions nationales ne sont pas que des spectacles.Ou si elles le sont, ils sont en tout cas cruciaux.Les recherches en sciences politiques démontrent en effet que, dans le (très) long processus électoral qui va des primaires jusqu\u2019au jour de la présidentielle, les conventions sont les moments les plus déterminants.«Le parti qui mène dans les sondages à la fin des deux conventions a d\u2019excellentes chances de remporter l\u2019élection», affirme au Devoir Christopher Wleizen, professeur de sciences politiques et coauteur de The Timeline of Presidential Elections (University of Chicago Press, 2012).«L\u2019impact des conventions sur les intentions de vote est très grand.Beaucoup plus que celui de tous les autres événements de campagne qui suivent.Leur effet est donc durable.» Si l\u2019histoire est garante de l\u2019avenir, Donald Trump et Hillary Clinton joueraient donc déjà leur va- tout au cours des deux prochaines semaines.D\u2019autant que les plus récents sondages mettent les deux candidats à égalité.LE DEVOIR La semaine prochaine \u203a «L\u2019œil du Québec» MONIQUE DURAND Nathalie Ruel (à gauche) et Patrick Enright (à droite) font partie des Québécois qui animent le Relais Gabriel du kilomètre 316 (en bas), une sorte d\u2019oasis avec son restaurant et ses six motels. L\u2019attentat terroriste de Nice replonge la France, et toutes les sociétés libres, dans l\u2019horreur.Encore.Le titre du Devoir traduit ce sentiment mixte d\u2019impuissance, de fatalisme et d\u2019exaspération devant un tel déversement de haine et de sang.a France en est à son quatrième attentat meurtrier en 19 mois, après ceux du Bataclan (130 morts), de Charlie Hebdo (17 morts) et du marché Hyper Cacher (5 morts).L\u2019état d\u2019urgence, qui devait être levé la semaine prochaine, est prolongé pour trois mois.Le terrorisme intérieur est-il en voie d\u2019obscurcir le quotidien d\u2019un pays reconnu pour ses Lumières?Le tueur fou au camion, Mohamed La- houaiej Bouhlel, n\u2019a pas seulement fauché la vie de 84 personnes, parmi lesquelles ?gurent 10 enfants et adolescents.En cette journée symbolique du 14 juillet, jour de fête nationale en France, il s\u2019en est pris à des symboles : la liberté de mouvement, de réunion paci?que, la fête dans son expression la plus candide.Quoi de plus joyeux qu\u2019un feu d\u2019arti?ce par une douce nuit d\u2019été ?L\u2019attaque répond pleinement à la dé?nition d\u2019un acte terroriste, en ce sens que l\u2019auteur a voulu semer l\u2019effroi, plonger les individus et les institutions dans une peur paralysante et écraser dans la haine une ville festive et un pays qui a incarné historiquement les idéaux de liberté, d\u2019égalité et de fraternité.Le plan est en droite ligne avec les attentats commis dans les dernières années en France, un pays ciblé de manière récurrente par les dji- hadistes.Seuls ou regroupés, organisés ou désordonnés, ils cherchent à précipiter le délite- ment du tissu social français et à persuader la France laïque et la France musulmane que la cohabitation entre elles relève de l\u2019impossible.Ces attentats, en France ou ailleurs, contribuent à enfermer des sociétés démocratiques dans des projets politiques de droite et à l\u2019élaboration de solutions simplistes (plus de loi et d\u2019ordre !) à des problèmes complexes qui sont à l\u2019intersection du terrorisme islamiste mondial, des troubles psychologiques individuels et du désœuvrement d\u2019une génération de ressortissants musulmans en perte de repères et en rupture avec la modernité.Le président français, François Hollande, a rapidement annoncé son intention de «renforcer» son action en Irak et en Syrie pour repousser le groupe État islamique (EI), bien que l\u2019organisation n\u2019ait pas encore revendiqué l\u2019attentat de Nice.«C\u2019est toute la France qui est sous la menace du terrorisme islamiste», a-t-il dit.Cette menace est plus diffuse que jamais.Bouhlel, un paumé de Nice, était inconnu des services de renseignement.Il n\u2019avait jamais été signalé pour un risque de radicalisation.Ce conducteur de poids lourd avait un antécédent judiciaire pour une altercation avec un automobiliste.Ses voisins le jugeaient étrange et reclus, mais pour le moment, rien ne prouve avec certitude qu\u2019il vénérait l\u2019idéologie mortifère des barbus de l\u2019EI.Djihadiste ou déséquilibré?Il faudra donner du temps aux enquêteurs avant de tirer des conclusions dé?nitives à ce chapitre.L\u2019attentat force les autorités policières à envisager la lutte contre le terrorisme intérieur au-delà de l\u2019escalade du déploiement militaire en Irak et en Syrie.Il faudra aussi s\u2019attarder à la prévention et à la sécurité domestique, pour empêcher que les manifestations publiques virent au carnage.Il faudra que la France encourage l\u2019élaboration de programmes de dépistage et de prévention de la radicalisation.La lutte contre le terrorisme est un tout qui resta à l\u2019état d\u2019imperfection.Des voix s\u2019élèvent pour critiquer la faillite du renseignement, l\u2019action des policiers, l\u2019échec des systèmes de surveillance vidéo fort répandus à Nice\u2026 Ces dénonciations omettent l\u2019essentiel.Le couteau à lame rétractable est aux attentats du 11 septembre 2001 ce que le camion est à celui de Nice.Ce sont les moyens du moment que des terroristes ont trouvés pour passer entre les mailles du ?let de sécurité.Si la mesure de l\u2019efficacité des forces de sécurité réside en sa capacité d\u2019identifier en amont le conducteur suspect d\u2019un véhicule et de prédire son intention de s\u2019en servir comme une faucheuse, aussi bien renoncer tout de suite à l\u2019idée d\u2019une société libre.Seule une dictature passée maître dans un utopique contrôle social y parviendrait.La vérité toute crue est laide à contempler.L\u2019instauration d\u2019un état d\u2019urgence semi-permanent est de faible utilité pour lutter contre l\u2019atomisation et l\u2019individualisation de la menace terroriste.Ce régime d\u2019exception ne protégera pas mieux la France contre les déferlements de violence aléatoires et imprévisibles.Par contre, il minera les fondements mêmes d\u2019un espace démocratique précieux que les terroristes prennent en aversion.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Nice, l\u2019impact chez nous Nous laissons à d\u2019autres le soin de parler de l\u2019intentionnalité du tueur de Nice.Ce sont les capacités, les moyens de destruction utilisés, qui sont d\u2019intérêt ici pour comprendre la menace.Particulièrement leur accessibilité.Ce n\u2019est pas l\u2019arme à feu retrouvée dans le véhicule ou une bombe qui a causé tant de morts: c\u2019est un simple camion.Comme on en croise tous les jours.Partout.Ce moyen est tellement accessible qu\u2019il est impossible à contrôler.On ne peut pas faire un registre de contrôle des camions comme pour les armes à feu ou les explosifs.Il n\u2019y a pas d\u2019indicateurs permettant d\u2019identifier les malfaiteurs comme pour les matériaux à bombes artisanales.Le moyen est tellement commun, n\u2019importe qui peut louer un camion U-Haul à partir de son site Web pour une quarantaine de dollars.C\u2019est accessible à tous.Or, c\u2019est un camion semblable à ceux de U-Haul qui a fait une centaine de morts.Pas une bombe.Pas des armes à feu.Pas des armes chimiques ou nucléaires.Un simple « truck».C\u2019est le paradis pour les malfrats de ce monde.Pas de troubles logistiques pour acquérir une telle arme.Pas d\u2019indices pour les services de sécurité.Pas de suspicion.Et c\u2019est une arme qui, à partir d\u2019aujourd\u2019hui, vient de démontrer sa létalité.Démonstration qui risque de faire des petits.À partir de maintenant, tous les événe- L I B R E O P I N I O N É T I E N N E V A N S T E E N B E R G H E Papa d\u2019une petite fille L I S E B I L O D E A U Présidente fondatrice de l\u2019Action des nouvelles conjointes et nouveaux conjoints du Québec C es dernières années, dans de nombreux États, on a assisté à une évolution du droit familial, notamment en matière de garde d\u2019enfant à la suite de la séparation des parents.La formule de la garde partagée est désormais encouragée dans plusieurs pays.La Convention internationale relative aux droits de l\u2019enfant établit, en son article 18, que « les États par ties s\u2019emploient à assurer la reconnaissance du principe selon lequel deux parents ont une responsabilité commune pour ce qui est d\u2019élever leurs enfants et d\u2019assurer son développement ».En date du 1er juillet 2015, les Nations unies déclaraient également (document référencé A/HRC/29/L.25) que la famille est l\u2019unité fondamentale de la société, que la contribution de la famille dans la société continue d\u2019être largement négligée, et exhorte les États à prendre toutes les mesures appropriées pour veiller à ce qu\u2019un enfant ne soit pas séparé de ses parents contre son gré.Comme on le voit, plusieurs législations internationales mettent l\u2019accent sur le droit de l\u2019enfant à garder des relations personnelles avec ses deux parents et, dans ce sens, toutes pratiques qui privilégieraient l\u2019application de la garde partagée de l\u2019enfant (ou, si des contraintes géographiques ne la permettent pas, le principe du maximum de temps avec chacun des deux parents) participeraient à la mise en œuvre de ces conventions internationales.Au Québec, dans la croyance populaire, on s\u2019imagine que la garde partagée est systématique.Ce n\u2019est pourtant pas le cas.Même si l\u2019on constate une augmentation du nombre de gardes partagées, aucune avancée législative ne se fait dans cette direction.Souvent, le juge impose encore l\u2019hébergement chez la mère à titre principal, tandis que le père doit se contenter de voir ses enfants une fin de semaine sur deux ainsi que durant la moitié des congés scolaires.Selon certaines données, le partage du temps parental paritaire serait appliqué dans environ 20 % des cas, les deux parents y étant le plus souvent favorables au départ.On constate aussi que l\u2019obtention de la garde principale de l\u2019enfant à la mère peut entraîner un amenuisement de la relation avec le père, voire une rupture qui s\u2019opère au fil du temps.D\u2019ailleurs, selon une étude de l\u2019Institut de la statistique du Québec (2010), un enfant sur cinq âgé de six ans et plus, dont les parents se sont séparés, ne voit plus son père.Les conséquences de l\u2019absence du père dans l\u2019éducation des enfants sont par ailleurs largement connues et détaillées dans la littérature : problème identitaire, troubles de la socialisation\u2026 Aussi, un père « crème glacée » d\u2019une fin de semaine sur deux ne peut assumer pleinement sa fonction parentale, ni sa responsabilité éducative.Il risque de ne jouer qu\u2019un rôle purement récréatif.Sans entente, les parents n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019aller devant le tribunal.Au regard des jugements, on peut constater certaines imprévisibilités des litiges en matière d\u2019hébergement des enfants.Les décisions sont toujours prises au cas par cas à partir de divers critères, parmi lesquels : le meilleur intérêt de l\u2019enfant, la capacité des parents de prendre en charge l\u2019enfant, la distance géographique entre les deux domiciles, l\u2019absence de conflit entre les parents\u2026 Mais à défaut d\u2019une indication législative précise, l\u2019interprétation de ses divers points peut varier d\u2019un juge à l\u2019autre, chacun statuant en fonction de sa sensibilité, de sa représentation du rôle du père ou de la mère et de son modèle idéologique propre.Il nous semble donc important de confier au magistrat un modèle de référence qui permettrait de contrer l\u2019imprévisibilité des litiges, de favoriser l\u2019entente entre les parents et d\u2019éviter que le père (parfois la mère) soit un parent « au rabais », qui ne voit par exemple ses enfants que deux fins de semaine par mois.Une pétition prônant la garde partagée par défaut \u2014 si les parents sont aptes \u2014 se trouve sur le site de l\u2019Assemblée nationale.Plus de 2750 personnes l\u2019ont déjà signée.La demande ne vise pas à prôner le partage du temps parental égalitaire de façon automatique ou systématique, mais au contraire de responsabiliser en premier lieu les parents dans la recherche d\u2019un mode de fonctionnement d\u2019un commun accord qui prend en compte l\u2019intérêt premier de leurs enfants.À défaut d\u2019une telle solution, la garde partagée serait donc appliquée.Chacun des parents pourrait ainsi s\u2019investir de manière égale dans l\u2019éducation et la vie de son enfant en lui permettant de bénéficier en temps égal de la présence et de l\u2019apport de sa mère et son père.Dans cer tains cas, cela éviterait à l\u2019enfant l\u2019écueil du conflit de loyauté.Notons que, si l\u2019un des parents peut démontrer qu\u2019il existe une contre-indication majeure à la garde partagée, la possibilité d\u2019aller devant un juge est toujours envisageable.Aux parents concernés, maintenant, de développer et renforcer leur art de négocier un accord.Aux citoyens québécois de signer la pétition (Garde partagée des enfants appliquée par défaut en cas de séparation) sur le site de l\u2019Assemblée nationale pour susciter un changement bénéfique en permettant aux enfants de passer le plus de temps possible avec chacun de leurs deux parents, qu\u2019ils aiment et qui les aiment, et de remettre ainsi la famille, même si elle est séparée, au cœur de la société.Garde partagée par défaut : une pratique souhaitable FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ments publics vont devoir considérer le risque d\u2019un camion cherchant à écraser les piétons dans des moments de grande densité: Festival de jazz, festival Juste pour rire, feux d\u2019artifice, spectacles en plein air, etc.Devant l\u2019impossibilité de contrôler en amont cette menace, les instances de sécurité vont devoir prendre des mesures sur les lieux pour mieux encadrer la circulation.Peut- être des blocs de béton aux enceintes des événements pour protéger les piétons.Cette menace risque de faire grimper les primes d\u2019assurance des grands événements si des mesures sécuritaires ne sont pas prises.Si vous vous demandez dans deux ans pourquoi il y a moins d\u2019événements publics, pourquoi les véhicules à moteur ne peuvent pas s\u2019approcher à moins de 100 mètres d\u2019un événement, pourquoi des policiers avec des carabines sont maintenant présents et pourquoi il y a des mesures anti-véhicules, rappelez-vous que c\u2019est un simple camion qui fut l\u2019outil ayant causé la mor t d\u2019une centaine de personnes sur deux kilomètres à Nice.Ce qui se passe à Nice a un impact ici.Simon Leduc Le 15 juillet 2016 ATTENTAT DE NICE Une vérité toute laide L BRIAN MYLES Toi\u2026 On te surnomme fou d\u2019Allah, extrémiste, barbare ou terroriste.Mais en réalité tu n\u2019es qu\u2019un lâche qui utilise comme prétexte le nom de ton dieu afin de tuer.Ton but ultime est de faire peur aux démocraties et à leurs peuples.Tu veux que nous tous soyons soumis comme tu l\u2019es à ce dieu pour qui tu prétends agir.Mais tu sais comme moi qu\u2019Allah ne t\u2019a jamais demandé de tuer tes semblables.Car si tu n\u2019es pas aveuglé par cette religion qui est devenue ta drogue, tu verras que, peu importe le sexe, la couleur de la peau, les origines et l\u2019orientation sexuelle, nous sommes tous fabriqués sensiblement de la même façon.Tous, même toi.Tu as eu aussi des émotions, des désirs et des rêves.Tout cela t\u2019a probablement été volé à ton plus jeune âge par un adulte qui, plutôt que de pousser ta balançoire, t \u2019a montré comment tirer avec ton nouvel AK-47.Dis-toi bien que tout ce que tu crois faire au nom d\u2019Allah, tu le fais plutôt au nom de celui qui t\u2019a ni plus ni moins fais subir un lavage de cer veau afin que tu deviennes celui que lui voulait être.En fonçant dans la foule à Nice, tu n\u2019es pas devenu héros ou mar tyr.Non, tu n\u2019es qu\u2019un autre meurtrier lâche et barbare qui s\u2019ajoute aux autres.Tu n\u2019es le symbole de rien [.] Tu resteras pour toujours celui qui a fauché toutes ces vies sans raisons valables.Tu es celui à qui on a enseigné que la démocratie et la liberté sont synonymes du diable.En réalité, c\u2019est toi qui petit à petit es devenu pire que le diable, et tu l\u2019as prouvé en ce 14 juillet.Jean Bottari Le 15 juillet 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.M A R T I N P I C H E T T E Auteur d\u2019un mémoire de maîtrise en histoire à l\u2019Université de Montréal sur la guerre civile espagnole a guerre civile espagnole survient après les élections de février 1936, qui portèrent de justesse au pouvoir un gouvernement de Front populaire, coalition politique hétérogène impliquant des socialistes, des communistes et des libéraux.Les anarchistes appuyèrent le Frente popular à la condition que le gouvernement libère les prisonniers des échecs des insurrections de Madrid, de Barcelone et de la Commune des mineurs dans les Asturies.La république espagnole sera assez rapidement noyautée par l\u2019URSS par le biais de la IIIe Internationale.Tous ont un point en commun : la volonté de transformer l\u2019Espagne et de la libérer de ses structures archaïques et féodales reposant sur le pouvoir de l\u2019Église, de l\u2019armée et de l\u2019aristocratie terrienne.Le 17 juillet 1936, des généraux nationalistes, dont le généralissime Fransisco Franco, tentèrent sans succès un coup d\u2019État (golpe) qui allait se transformer en conflit armé.Les gol- pistes allaient constituer une junte de défense nationale et refuser catégoriquement toute forme de médiation avec le gouvernement républicain.La guerre civile espagnole allait se terminer le 1er avril 1939, avec l\u2019annonce par Franco de la capitulation de l\u2019armée républicaine espagnole.De façon générale, ce conflit fratricide oppose deux Espagne : l\u2019une catholique, nationaliste, traditionnelle et rurale ; l\u2019autre laïque (voire anticléricale), républicaine et urbaine.Progressivement, des dissensions au sein des républicains opposeront, notamment pendant les « troubles de mai 1937 à Barcelone » (dont George Orwell fit état dans Hommage à la Catalogne), les milices anarchistes au gouvernement espagnol.Enfin, la guerre civile espagnole allait exacerber les velléités autonomistes basques et catalanes.La Guerre d\u2019Espagne fut un conflit qui cristallisa l\u2019effervescence idéologique caractéristique des années trente dans plusieurs pays.Véritable laboratoire condensateur de ces temps de crise, l\u2019Espagne fut le théâtre d\u2019une guerre fratricide causant la mort de plus de 600 000 personnes, sans compter les exécutions politiques commises jusqu\u2019en 1943 contre les opposants au régime franquiste.L\u2019historien britannique Antony Beevor assimile la guerre civile espagnole à une guerre mondiale par procuration, en raison des inter ventions étrangères dans le conflit.Le corps expéditionnaire italien et la Légion Condor allemande prêtèrent main-forte aux nationalistes, tandis que l\u2019URSS soutint les loyalistes républicains et organisera, par le biais du Komintern, les Brigades internationales.L\u2019Espagne fut le terrain d\u2019essai des différents belligérants qui allaient s\u2019affronter ultérieurement pendant la Seconde Guerre mondiale.Ottawa sous la dictée de Londres La perception qu\u2019avait le gouvernement fédéral du Canada des événements relatifs à la guerre civile espagnole était dictée par Londres.Selon le Foreign Office, la guerre civile espagnole était un conflit entre l\u2019extrême gauche et l\u2019extrême droite.Bien que le gouvernement espagnol disposât d\u2019une légitimité démocratique, la Grande-Bretagne croyait qu\u2019il était dominé par des milices communistes et anarchistes.Dans l\u2019éventualité d\u2019une victoire des républicains, Londres estimait que le gouvernement serait redevable à l\u2019extrême gauche.La Grande- Bretagne était très préoccupée par la révolution prolétarienne engagée à Barcelone en raison de ses conséquences sur les intérêts économiques étrangers.Selon le Foreign Office, le gouvernement espagnol n\u2019y était plus en mesure d\u2019assurer l\u2019état de droit, alors que les groupes anarchistes et communistes prenaient progressivement le contrôle des entreprises du secteur privé.Il y avait péril en la demeure pour les intérêts économiques privés, que le gouvernement espagnol ne pouvait plus sauvegarder.Dans cette perspective, il semble que le gouvernement britannique privilégiait une victoire des insurgés.Face au danger que représentait l\u2019internationalisation de la guerre civile espagnole pour la paix en Europe, la Grande- Bretagne pilota le Comité de non-intervention (CNI), qui avait pour but d\u2019assurer la neutralité des États face aux belligérants.Le CNI privilégiait un embargo sur la vente d\u2019armes et de munitions à l\u2019Espagne et la criminalisation de l\u2019enrôlement de volontaires dans les Brigades internationales.Cette prétendue neutralité désavantageait clairement la République espagnole au profit des insurgés nationalistes.Enfin, le CNI accordait au contre-gouvernement de Burgos le statut d\u2019État belligérant, ce qui équivalait à la reconnaissance diplomatique des rebelles, tout en usurpant à la République espagnole le statut «d\u2019État ami» en la plaçant sur un pied d\u2019égalité avec lui.Fidèle à la Grande-Bretagne, Ottawa emboîtait le pas en adoptant la Loi sur l\u2019enrôlement à l\u2019étranger, manifestation juridico-criminelle de la politique du gouvernement fédéral à l\u2019égard de la guerre civile espagnole, qui reprenait essentiellement les visées du CNI.Conjuguée à un embargo sur la vente d\u2019armes et de munitions à l\u2019Espagne, la criminalisation de l\u2019enrôlement volontaire consacrait la « neutralité » du Canada.Parmi les facteurs structurant la position d\u2019Ottawa, la présence d\u2019intérêts économiques canadiens en Catalogne.Le consul général faisait par ticulièrement état de la présence à Barcelone d\u2019une entreprise canadienne, The Canadian Light and Power Corporation, et de la menace révolutionnaire.Le bataillon Mackenzie-Papineau et l\u2019anticommunisme La Loi sur l\u2019enrôlement à l\u2019étranger, adoptée par Ottawa le 30 juillet 1937, visait directement le bataillon Mackenzie-Papineau, ramification canadienne des Brigades internationales, baptisé ainsi en l\u2019honneur des rébellions de 1837-1838 dont on célébrait à l\u2019époque le centième anniversaire.Selon l\u2019historien Victor Hoar, environ 1200 Canadiens s\u2019enrôlèrent dans cette milice clandestine, ce qui constituait un nombre considérable compte tenu de la population du pays.Ironie du sort, ce bataillon portait le patronyme du premier ministre King en l\u2019honneur de son grand-père, qui fut le leader des rébellions dans le Haut-Ca- nada en 1837-1838.Comme le Parti communiste du Canada (PCC) jouait un rôle important dans le recrutement de volontaires canadiens, Ottawa assimila le bataillon Mackenzie-Papineau au communisme soviétique.À la Chambre des communes, le bataillon Mackenzie-Papi- neau n\u2019avait pas recueilli plus de sympathie.Le député libéral de Beauharnois, Maxime Raymond, allait même jusqu\u2019à dire en Chambre qu\u2019il regrettait «qu\u2019ici même, au Canada, on a vu des volontaires partir pour aller s\u2019enrôler dans l\u2019armée rouge d\u2019Espagne.Ce départ, je l\u2019avoue, ne me chagrine pas; il nous débarrasse d\u2019autant d\u2019indésirables, pourvu qu\u2019ils ne reviennent plus».La guerre civile espagnole provoqua dans les milieux catholiques une ferveur hystérique anticommuniste sans précédent.La lutte contre le communisme par les élites traditionnelles était déjà très présente dans la société québécoise.Avec l\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019Union nationale en août 1936, un mois et demi après le soulèvement des généraux espagnols, le clergé catholique n\u2019eut aucun mal à s\u2019allier au nouveau gouvernement afin que convergent les pouvoirs spirituel et temporel dans cette croisade contre le communisme.Maurice Duplessis analysait la guerre civile espagnole à travers la lorgnette de l\u2019Église et, conséquemment, assimilait ce conflit à la lutte contre le communisme : les insurgés commandés par Franco constituaient les défenseurs de l\u2019Espagne catholique en proie au péril communiste incarné par le Frente popular.L\u2019enrôlement volontaire dans les Brigades internationales, phénomène pourtant marginal au Québec, préoccupait énormément Duplessis.Dans un discours prononcé à Trois-Rivières, le chef de l\u2019Union nationale soutenait que le Québec n\u2019était pas à l\u2019abri du fléau communiste et que l\u2019enrôlement était une démonstration de l\u2019existence d\u2019organisations communistes dynamiques.Il laissait ainsi entendre que les lois et politiques antimarxistes au pays comportaient des lacunes : « J\u2019af firme qu\u2019on a fait dans notre province du recrutement communiste, qu\u2019on a enrôlé des jeunes gens pour aller combattre pour les communistes en Espagne, qu\u2019on leur a procuré des passeports canadiens pour les ports d\u2019Espagne, et ce, non à un ou deux jeunes gens, mais à plusieurs personnes, ce qui montre l\u2019organisation qui existe et ce qui indique qu\u2019il y a quelque part quelque chose qui manque» (Le Devoir, 26 janvier 1937, p.6).Comme l\u2019attribution de passeports aux in- ter-brigadistes relevait d\u2019Ottawa, Duplessis évoquait la responsabilité du gouvernement fédéral : «Je dis que si on est rendu à avoir ici une organisation telle que les passeports puissent être obtenus des autorités fédérales sans que celles-ci en aient connaissance, je dis qu\u2019on est rendu loin, car je ne veux pas croire un instant que les autorités fédérales soient complices.» Duplessis souhaitait l\u2019adoption par le fédéral de l\u2019équivalent de la «loi du cadenas», qu\u2019il fera adopter au Québec en mars 1937 et qui rendait illégales les activités et la propagande communistes.À la rigueur, Duplessis espérait que le communisme sous toutes ses formes soit purement et simplement criminalisé, comme ce fut jadis le cas avec l\u2019article 98 du Code criminel, adopté au fédéral par le gouvernement d\u2019Union en 1919.Quoi qu\u2019il en soit, la vision de Duplessis allait pour une rare fois s\u2019harmoniser avec celle d\u2019Ottawa en ce qui concerne la guerre civile espagnole.Il y a 80 ans débutait la guerre civile espagnole La vision de Maurice Duplessis allait pour une rare fois s\u2019harmoniser avec celle d\u2019Ottawa L ARCHIVES NATIONALES DU CANADA LA PRESSE CANADIENNE Des Canadiens reviennent au pays après avoir combattu dans la guerre civile espagnole.La guerre civile provoqua dans les milieux catholiques une ferveur hystérique anticommuniste sans précédent L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 6 E T D I M A N C H E 1 7 J U I L L E T 2 0 1 6 B 6 Chaque samedi pendant la saison estivale, et pour une huitième année, les lecteurs peuvent mettre leurs connaissances à l\u2019épreuve, et surtout leur patience, en se livrant aux jeux préparés par notre collaborateur Michel Roy, professeur à la retraite.En règle générale, les amateurs de mots croisés retrouveront aussi leur passe-temps favori dans cette page.S O L U T I O N S V O Y E L L E S A B S E N T E S : 1 .C o n i q u e 2 .P o i n t u e 3 .O u a t e 4 .C o u l i s s e 5 .C o i f f u r e ( C o i f f e u r ) 6 .F o u i n e r 7 .P r é v o y a n t 8 .S y m p h o n i e N O M S C O M P O S É S : 1 E , 2 B , 3 H , 4 A , 5 F , 6 I , 7 D , 8 G , 9 L , 1 0 J , 1 1 C , 1 2 K C O N S O N N E D O U B L E : 1 .L L : b a l l o t , n u l l e , f o u i l l e r 2 .T T : l e t t r e , j a t t e , ?u e t t e 3 .R R : b a r r a g e , c a r r é , m a r r o n 4 .S S : b o s s u , a u s s i , g o u s s e 5 .C C : a c c è s , v a c c i n , t o c c a t a T R I P L E A M P U T A T I O N : 1 .E : H É R É S I E 2 .L : P U L L U L E R 3 .N : A N T E N N E 4 .A : M A C A D A M 5 .I : O U I S T I T I 6 .O : O R T H O D O X E 7 .F : A F F E C T I F 8 .R : B I Z A R R E R I E A C T I O N D E .: 1 .P e r s u a s i o n 2 .T r o m p e r i e 3 .R e t o u r 4 .R u a d e 5 .R a c h a t 6 .S o u m i s s i o n 7 .A p p r o b a t i o n 8 .C r o i s s a n c e 9 .C u m u l 1 0 .É c l o s i o n Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 305 Horizontalement I.Pamphlétaire.II.Epileuse.III.Rime.Epicure.IV.Moins On.Sis.V.Inquisiteur.VI.Un.trumeau.VII.Ste.Ne.Relis.VIII.Io.Gorger.En.IX.Opulent.Gène.X.Notule.Lente.Verticalement 1.Permission.2.Apion.Topo.3.Mimique.Ut.4.Plénum.Glu.5.Hé.Si.Noël.6.Lue.Sterne.7.Espoir.Gt.8.Teinture.9.Emerge.10.Inusuel.En.11.Riraient.12.Eres.Usnée.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 306 1.Couvrir l\u2019équipe et le chef.2.la moitié du monde.3.Font beaucoup de mousse.Service d\u2019un autre temps.4.Station portugaise.Atome.5.Ses abus sont aussi dangereux.Très fatigué.6.De juin à septembre.Belle fin pour le lièvre.7.Bien plus populaire que résider.Bout de cantal.8.Belle plante disparue même dans nos campagnes.Jeune propos.9.Ouverture d\u2019opéra.A suivre chemin faisant.Vent léger.10.En Thuringe.Passage difficile.11.Crier comme un duc.12.Prise illégale.I.Passages et repassages.II.Mauve en hiver avec des senteurs de vanille.III.Passées et repassées en chambre.Sans le moindre intérêt.IV.Suivit à la trace.La Fontaine la faisait chanter.V.Auxiliaire.Assez élevé.Dangereux et invisibles.VI.Mettre en couple.Donne le ton.VII.Permet au lait de ne pas tourner trop vite.A beaucoup trop consommé.Mesure le rayonnement.VIII.Trompe dès le plus jeune âge.Pourra toujours arriver.IX.Lettres persanes.Mesures à la pompe.X.Excellente pondeuse.Larvé.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI MOTS CROISÉS SUDOKU ACTION DE\u2026 Comment désigne-t-on l\u2019action de: EXEMPLE : EMPRUNTER = EMPRUNT Persuader Tromper Revenir Ruer Racheter Se soumettre Approuver Croître Cumuler Éclore 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 CONSONNE DOUBLE Ici, il faut trouver la consonne double (SS, LL, NN, RR, ou autre) qui a été retirée dans les trois groupes de lettres suivants : EXEMPLE : BEE, VIE ET TUE.LA RÉPONSE EST LL, CE QUI DONNE LES TROIS MOTS BELLE, VILLE ET TULLE BAOT = NUE + = FOUIER = LERE = JAE + = FLUEE = BAAGE = CAÉ + = MAON = BOU = AUI + = GOUE = AÈS = VAIN + = TOATA = 1 2 3 4 5 NOMS COMPOSÉS Associez un élément (1 à 12, colonne de gauche) à un autre élément (A à L, colonne de droite), de façon à former douze noms composés.1 arrière- A chant 2 avant- B dernier 3 clair- C développement 4 contre- D faire 5 demi- E fond 6 hors- F heure 7 laisser- G légal 8 médico- H obscur 9 savoir- I texte 10 s\u2019entre- J tuer 11 sous- K vietnamien 12 sud- L vivre TRIPLE AMPUTATION Voici ce qui reste de huit mots dont chacun a été amputé de trois lettres identiques.Ces lettres sont, par ordre alphabétique : A, E, F, I, L, N, O et R Il s\u2019agit de replacer chacune de ces lettres (triples) dans les mots suivants pour en découvrir le sens.Exemple : CSMLGIE.La lettre manquante est ici le «O», qui permet de découvrir le mot COSMOLOGIE.Si la première lettre du mot amputé est soulignée, cela indique que le mot commence par cette lettre.1 HRSI 2 PUUER 3 ATEE 4 MCDM 5 OUSTT 6 RTHDXE 7 AECTI 8 BIZAEIE VOYELLES ABSENTES On vous donne 8 mots (colonne de gauche, à la verticale) qui ont tous été amputés de 4 voyelles différentes.Ces 4 voyelles sont inscrites, en ordre alphabétique, pour chacun des mots, dans la 2e colonne.En?n, les lettres soulignées (colonne de gauche) sont là pour indiquer qu\u2019elles sont des lettres initiales.À la lumière de ces renseignements, vous devriez découvrir le pot aux roses.MOTS AMPUTÉS VOYELLES (EN ORDRE ALPHABÉTIQUE) 1 CNQ (E, I, O, U) 2 PNT (E, I, O, U) 3 T (A, E, O, U) 4 CLSS (E, I, O, U) 5 CFFR (E, I, O, U) 6 FNR (E, I, O, U) 7 PRVNT (A, E, O, Y) 8 SMPHN (E, I, O, Y) JEUX DE MOTS "]
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