Le devoir, 23 juillet 2016, Cahier E
[" Premier long métrage de Lawrence Côté-Collins au Festival Fantasia Page E 5 Bande dessinée, le temps qui s\u2019arrête après Charlie Page E 6 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 MNBAQ.ORG Contemporain Inuit Décoratifs et design Installations.À grande échelle.Exposition inaugurale présentée par au nouveau pavillon Pierre Lassonde Jacques Abeille est un magicien du romanesque surréel.Auteur des Jardins statuaires et du Veilleur du jour, qui inaugurent Le cycle des contrées, il nous reçoit dans sa maison bordelaise de Libourne, où il vit.G U Y L A I N E M A S S O U T R E à Libourne, France Q uand l\u2019éditeur Frédéric Martin, au Tripode, décide de donner une seconde naissance à l\u2019œuvre de Jacques Abeille, alias Leo Barthe, mesure-t-il son audace et prévoit-il son succès?À n\u2019en pas douter, il lui offre une lisibilité qui la rend d\u2019un coup accessible et cohérente.Schuiten puis d\u2019autres dessinateurs y frottent leur imaginaire.Ainsi Pauline Berneron, femme de l\u2019écrivain, va-t-elle cartographier Le cycle des contrées, l\u2019illustrer, et permettre à ce surréaliste, surpris d\u2019être soudain dans la mire des universitaires et des passionnés de sagas, de partager le puits sans fond de ses rêves.Ils y puiseront quantité de contes, de poèmes et de récits érotiques.Comment vit un écrivain qui porte et développe, pendant quarante ans, un univers imaginaire aussi construit?«À 74 ans, si je regarde en arrière, je suis effaré d\u2019une vie parfaitement rectiligne et rigoureuse, et d\u2019avoir commis des livres qui s\u2019enchaînent et se répondent, alors que mon parti pris de départ était la fantaisie.Je suis presque déçu de voir une cohérence à laquelle je n\u2019ai jamais pensé.» Mystère et baroquisme «Mon sentiment, quand j\u2019écrivais Les jardins statuaires et Le veilleur du jour, les deux premiers livres du Cycle des contrées, était d\u2019être très malheureux sur terre et dans le contexte où je vivais.J\u2019avais besoin de rêves, dit-il.Mes rêves se sont répartis entre ceux de la nuit, qu\u2019en surréaliste j\u2019ai notés autant que possible, mais ils ne me procuraient pas la plénitude d\u2019émotions que je connaissais la nuit.Puis, par hasard, je suis tombé sur l\u2019autre espèce, le rêve éveillé, qui me venait du mouvement mécanique de la plume que j\u2019avais en main.» Abeille raconte son enfance.Son père, officier de la résistance, meurt en 1944.Sa mère, au terme de cette liaison, retourne dans ses foyers.L\u2019enfant, déclaré sous une fausse identité, est recueilli par le frère jumeau de son père.Or cet homme, faible et dominé, lui fait payer le ressentiment qu\u2019il éprouve.À 15 ans, le garçon apprend son origine adultérine.Il comprend alors son malheur, les humiliations subies depuis toujours dans cette famille.Origines d\u2019une vocation « Je suis parti de Nerval.À 16 ou 17 ans, j\u2019entrai dans la confidence et dans l\u2019intimité amicale, dans la sensation de proximité généreuse que procure Nerval, qu\u2019ont bien saisie Gérard Macé et Florence Delay.J\u2019aurais voulu pouvoir écrire comme cela, sans avoir jamais eu l\u2019intention d\u2019être écrivain.» Là-dessus survient un fait d\u2019écriture.C\u2019est un récit publié par Régine Deforges, un rêve éveillé, conforme à la doctrine freudienne: une déception érotique, écrite en quelques jours.Très tôt, il repère des germes d\u2019écriture.Il découvre, au début des années 1960, à Bordeaux, un cimetière oublié, un îlot encerclé de maisons fermées, sans accès.« J\u2019ai erré longtemps autour de ce pâté de maisons.Mais un endroit un peu plus élevé permettait de voir cet espace de pierres, encombré de sureaux et d\u2019ombrages.Ça m\u2019a donné l\u2019impression d\u2019être à Prague.C\u2019était un cimetière juif désaf fecté, à l\u2019abandon.» Une dizaine d\u2019années plus tard, il en sortira Le veilleur du jour, commencé en 1973 et achevé en 1976.Le surréel «L\u2019origine des Jardins statuaires, écrit entre-temps, est moins mystérieuse.J\u2019étais dans les Landes.Je voyais un paysan que je connaissais bien, Félicien Laborde.Je passe sur la route, le long de son jardin potager, et je le vois, penché avec sa binette pour désherber le carré de courges.» Ces cucurbitacées oblongues servent à nourrir les canards.On les coupe et chaque moitié devient une mangeoire.« Je passe.\u2014 Bonsoir Félicien.\u2014 Bonsoir Jacques.Je fais dix pas et je dis : \u201cCes courges, Voyage dans des contrées i m a g i n a i r e s M A N O N D U M A I S S erge Denoncourt a l\u2019Italie dans la peau.Fou de Shakespeare, passionné par Roméo et Juliette depuis ses 12 ans, il réalise enfin son grand rêve de donner vie aux amants de Vérone.Reprenant la traduction de Normand Chaurette, laquelle avait servi à la mise en scène de Martine Beaulne en 1999, le metteur en scène a voulu y insuffler une dimension politique.Sensible à la montée de la droite, il a transposé l\u2019action dans l\u2019Italie de 1937, en pleine montée du fascisme, année où Mussolini, dont le prince de Vérone (Jean-Moïse Martin) devient ici l\u2019incarnation, célébra à Berlin l\u2019alliance entre l\u2019Italie et l\u2019Allemagne.Dans le camp des Capulet, mené par le père de Juliette (Antoine Durand, qui fut Mercutio dans la mise en scène de Guillermo de Andréa en 1989), on retrouve des membres des chemises noires, dont Tybalt (Mikhail Ahooja).« Je me suis rappelé Le jardin des Finzi Contini de Vittorio De Sica et sa jeunesse dorée.J\u2019ai aussi pensé à l\u2019esthétique des Damnés de Vis- conti.Ce n\u2019est pas une histoire politique, mais il y a quand même cette rivalité dans la ville qui est la métaphore d\u2019une tension politique mondiale», explique Denoncourt.Tout en souhaitant être le plus fidèle possible à l\u2019esprit de Shakespeare, sans pour autant l\u2019être autant que l\u2019avait été Zeffirelli, le metteur en scène a voulu tirer profit des observations sur la jeunesse italienne auxquelles il se livre dans le petit village qu\u2019il habite en Toscane.« J\u2019ai voulu savoir ce qu\u2019avait voulu écrire Shakespeare, et je peux me tromper, car je ne suis pas plus fin que les autres.Chez Luhrmann, Roméo est un bon gars, mais rien ne l\u2019indique chez Shakespeare.Ces jeunes-là ont des couteaux, mais ce ne sont pas des gangs de rue comme dans West Side Story, qui est campé dans un quartier pauvre.Ce sont des jeunes très riches, des douches qui jouent une game qui se terminera très mal.En Italie, les ados sont bien arrangés, il n\u2019y a pas de monde laid.Et c\u2019est cette bella figura que je voulais mettre en scène.» Roméo et Juliette : Vérone, 1937 Serge Denoncourt revisite la tragédie de Shakespeare avec l\u2019esprit de Visconti DAVID AFRIAT LE DEVOIR Les Roméo et Juliette de Serge Denoncourt: Marianne Fortier et Philippe Thibault-Denis, en compagnie du metteur en scène LE TRIPODE Détail d\u2019une illustration de François Schuiten tirée du roman de Jacques Abeille Les jardins statuaires LE TRIPODE Le romancier Jacques Abeille VOIR PAGE E 6 : VOYAGE VOIR PAGE E 3 : ROMÉO S E R G E T R U F F A U T I l y a deux ans presque jour pour jour, la Cour suprême des États-Unis d\u2019Amérique a décrété que, la société d\u2019au- jourd\u2019hui n\u2019étant pas celle des années 1950 et 1960 et les démons de la ségrégation ayant été réduits à une peau de chagrin, les lois qui découlent du combat pour les droits civiques, notamment celle sur le droit de vote si chère à Martin Luther King, n\u2019ont plus de raison d\u2019être.Bref, d\u2019un trait de plume, ce tribunal a rayé l\u2019aspiration à la justice de millions et de millions de personnes.Quelques semaines plus tard, un gamin noir était tué en Floride par un Blanc.Puis un autre à Ferguson, dans le Missouri, mais par un policier celui-là.Puis ce furent New York, Cincinnati, Los Angeles, St.Paul, la Louisiane et d\u2019autres lieux qu\u2019on oubl ie .En d \u2019autres ter mes, la société n \u2019a pas changé d\u2019un iota, si ce n\u2019est dans la forme prise par le racisme « post-moderne ».Soit une forme plus insidieuse, louvoyante, per verse, mais toujours aussi réelle.Et surtout, qu\u2019on ne vienne pas nous casser les pieds avec la béquille intellectuelle qu\u2019est le politiquement correct qu\u2019évoquent à tout bout de champ les abonnés au prêt-à-penser, aux lieux communs.Et le jazz, dans tout ça?On y arrive.Ces jours-ci, à la suite des événements sanglants que l\u2019on sait, David Brooks, chroniqueur au New York Times, réputé être proche des républicains, c\u2019est à noter, écrivait : «Le sang a coulé dans les rues la semaine dernière \u2014 des victimes de la violence policière dans deux villes et des policiers tués dans une autre.En Amérique, face à cette crise, le leadership s\u2019est avéré désastreux.Les conclusions du directeur du FBI nous rappellent qu\u2019Hillary Clinton est prête à mentir de façon flagrante pour préserver sa carrière.Donald Trump, bien évidemment, continue de mentir sans retenue.Il est très facile de voir que ce pays est sur la trajectoire du cauchemar.» Et le jazz\u2026 Le jazz était là pour mettre en relief le racisme et ses violences tous azimuts, pour mettre en lumière sa vérité, soit qu\u2019il est, le racisme, la tapisserie de l\u2019horizon de ce pays.Il l\u2019était et le reste.À preuve, tout récemment le tromboniste Steve Turre a composé et enregistré Trayvon\u2019s Blues en hommage au jeune Trayvon Martin tué en Floride par un vigile.Ce morceau se trouve sur Spirit- man, sur étiquette Smoke.Coups de gueule Parmi les productions récentes qui sont autant de coups de gueule pour dénoncer le réflexe clanique et son entre-soi qui fondent l\u2019ADN du racisme, nous avons retenu celles-ci : Fundamental Destiny par cette extraordinaire formation qui s\u2019appelle The Art Ensemble of Chicago \u2014 ce live enregistré en Allemagne avec l\u2019immense pianiste Don Pullen a paru sur AECO \u2014, The Roots of the Blues par le pianiste Randy Weston et le saxophoniste Billy Harper paru sur Emarcy et le Live at The Knitting Factory par le Bluiett Baritone Saxophone Group sur Knitting Records.Des albums plus anciens, on retient évidemment We Insist : Freedom Now par Max Roach et Abbey Lincoln, Freedom Suite de Sonny Rollins, Fables of Faubus de Charles Mingus et Stars Fell on Alabama de John Coltrane, qui sont les canons du combat contre le racisme à l\u2019époque des droits civiques.Mais aujourd\u2019hui, on entend insister sur les «oubliés» du genre.On pense notamment à Swing Low Sweet Cadillac de Dizzy Gillespie, sur Impulse, pour, entre autres, sa composition Kush dédiée à «Mama Africa».Les autres?Legends Live par le Cannonball Adderley Quintet pour un titre qui résume fort bien le sujet du jour : Why Am I Treated So Bad.Goin\u2019 Home par Archie Shepp et Horace Parlan, qui avaient conçu cet album comme une riposte au jazz-rock qu\u2019aimaient tant les « p\u2019tits Blancs » des années 1970 ainsi qu\u2019au jazz déjà bien propre, bien lisse, bien blanc d\u2019ECM.Up & Down, album poignant signé par le pianiste Horace Parlan en 1961 avec Booker Er vin au ténor pour cette pièce intitulée The Other Part of Town, soit le ghetto.On terminera avec l\u2019ancêtre de ce courant qui est aussi un chef-d\u2019œuvre : Black, Brown and Beige, longue suite composée par Duke Ellington en 1938 et qu\u2019il enregistra avec Mahalia Jackson en 1958.Cet album a été publié par Columbia.Pour maître Ellington, cette pièce se voulait le pendant sonore du long et pénible combat mené pour l\u2019émancipation des Noirs d\u2019Amérique.?Revue de presse.En couverture de la dernière livraison du mensuel Down Beat, voici enfin Randy Weston.Il vient de faire son entrée au Hall of Fame.Enfin?C\u2019est dans les années 1950 que cet émule de Thelonious Monk a commencé à faire l\u2019alchimie des musiques africaines avec le jazz.Weston mis à par t , ce numéro est consacré pour l\u2019essentiel aux résultats du 64e référendum des critiques de jazz.En couver ture du dernier JazzTimes : Sonny Rollins, le dernier monstre sacré, avec le batteur Roy Haynes, de la génération dite de l\u2019âge d\u2019or du jazz.Outre Rollins, ce magazine nous propose les souvenirs du saxophoniste Benny Golson sur son grand ami John Coltrane et des articles sur les avant-gardistes Cecil Taylor, Henr y Threadgill et Ken Vandermark.?Vous avez aimé les prestations de Roy Hargrove à l\u2019Upstairs ?En voici pour ainsi dire la suite, mais cette fois au Village Vanguard grâce au meilleur réseau jazz qui soit : NPR.www.npr.org/event/music/136 617130/roy-hargrove-quintet- live-at-the-village-vanguard Collaborateur Le Devoir C H R I S T O P H E H U S S U niversal rassemble dans un cube 50 CD retraçant le legs ar tistique du label Archiv Produktion entre 1959 et 1981.Les mélomanes ont désormais l\u2019habitude de ces cubes renfermant une cinquantaine de CD en pochettes de carton dont la couver ture reprend le visuel d\u2019origine.Lorsque le substrat du cube est le catalogue de musique ancienne et baroque Archiv Produktion et qu\u2019Universal regroupe en 50 CD des florilèges des « Analogue Stereo Recordings, 1959-1981 » d\u2019Archiv, nous obtenons un objet tout à fait par ticulier : un raccourci d\u2019histoire.Documentation sonore Les années couvertes sont celles de la révolution baroque.Or la vocation même d\u2019Archiv fut d\u2019être à la pointe de toutes les recherches.Francisé, le nom complet du label fut à l\u2019origine « Production d\u2019archives du studio d\u2019histoire musicale de la compagnie Deut- sche Grammophon ».Les pochettes, alors toutes beiges et dépour vues de visuel, indiquaient un sous-classement, un « domaine de recherche ».Bach était le « Forschungsbe- reich IX», alors que le domaine VII était « l\u2019Europe de l\u2019Ouest entre les époques baroque et le rococo ».Chacun de ces domaines avait lui-même des ramifications (A, B, C\u2026) selon qu\u2019il s\u2019agissait de musique instrumentale, de ballet, etc.Cette documentation sonore de recherches musicologiques rassemblait les grands esprits p ionniers comme August Wenzinger (1905-1996) et les chercheurs de la Schola Cantorum de Bâle, fondée en 1933.Ils eurent une influence déterminante sur les grands esprits de la génération suivante, notamment Gustav Leonhardt et Ni- kolaus Harnoncourt.Ce dernier enregistra pour Archiv avant de voler de ses propres ailes.Archiv avait déjà publié en 2013 un cof fret (argenté) d\u2019enregistrements échelonnés entre 1947 et 2013, allant à l \u2019essentiel .En se concentrant sur la période analogique, le nouveau cof fret (couleur bronze), qui ne recoupe en rien le premier, est plus exploratoire et diversi- f ié, laissant davantage de place à la musique instrumentale.Des explorations totalement oubliées refont surface : des quatuors de Vachon et d\u2019Alayrac par le Quatuor Loewenguth, Marcel Couraud dirigeant Pigmalion de Rameau ou Claus Storck retrouvant un arpeggione pour la sonate de Schubert du même nom.Ils sont tous là : Wenzinger (dans un disque Haendel), Ristenpart, Karl Richter, Mel- kus, Harnoncour t (Musique à la cour de Maximilien Ier), Mackerras avec son Didon et Énée, les moines de Silos pour l e chant grégor ien , Michel Corboz explorant la musique vocale por tugaise et Jürgen Jürgens avec son fameux Orfeo pionnier.Puis, imperceptiblement, apparaissent, dans les années 1970, le regretté David Mun- row, John Eliot Gardiner (Acis et Galathée de Haen- del), Trevor Pinnock (Suites de Bach), Reinhard Goebel (Of frande musicale), Simon Preston et Jordi Savall, qui conc lu t l e par cours avec Battaglie e Lamenti.Le raccourci est ver tigi- neux, le cof fret historiquement essentiel.Que tout cela est allé vite ! Le Devoir ARCHIV PRODUKTION Analogue Stereo Recordings, 1959-1981.50CD 479 5555 M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 2 La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE CARTE BLANCHE À VALÉRIE MILOT Mercredi 31 mai \u2013 19 h 30 Valérie Milot, harpe Musiciens de l\u2019Orchestre Métropolitain DEBUSSY Danses sacrée et profane RAVEL Introduction et Allegro TAILLEFERRE Sonate pour harpe seule TOURNIER Images SATIE Le ?ls des étoiles Un programme de musique française rempli de poésie ! Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 Présenté par É V È N E M E N T S S P É C I A U X FOCUS BRÉSIL Jeudi 15 septembre \u2013 19 h 30 Avec huit danseurs de la troupe Focus Cia De Dança (Brésil) accompagnés par 3 musiciens.En symbiose avec la musique de J.S.BACH, danseurs et musiciens se partagent la scène.Dans le cadre de la 14e édition du Festival Quartiers Danses CABARET TOULOUSE-LAUTREC Vendredi 21 octobre \u2013 18 h et 20 h Jeanne-Marie Levy et Jean Delescluse, voix Pascal Hild, piano Un programme éclaté de musiques entendues dans les cabarets dont Toulouse-Lautrec a conçu les affiches.Spectacle présenté dans la verrière du MBAM et en admission générale HOMMAGE AUX HORNSTEIN Mardi 15 novembre \u2013 20 h Andréanne Brisson Paquin, soprano Caroline Gélinas, mezzo-soprano Mathieu Abel, ténor Olivier Godin, piano Airs d\u2019opéras de BIZET, MOZART, PUCCINI et ROSSINI Dans le cadre des célébrations d\u2019ouverture du nouveau Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein.LE PIANISTE AUX 50 DOIGTS Dimanche 22 janvier \u2013 14 h Pascal Amoyel, piano et textes Spectacle en hommage au célèbre pianiste hongrois György Cziffra, présenté pour la première fois à Montréal.Œuvres de CHOPIN, LISZT et SCHUMANN H e n r i d e T o u l o u s e - L a u t r e c , M o u l i n R o u g e \u2013 L a G o u l u e , 1 8 9 1 .J a n B r u e g e l l e V i e u x , P a y s a g e d u p a r a d i s p e u p l é d ' a n i m a u x e t d ' o i s e a u x d a n s u n e c l a i r i è r e , p r è s d \u2019 u n é t a n g , 1 6 1 7 ( o u 1 6 1 5 ) .C o l l .M B A M ROMÉO ET JULIETTE 11 AOÛT CONCERT GALA 12 AOÛT 13e www.icav-cvai.ca www.admission.com Du 25 juillet au 15 août 2016 Le racisme, la violence et le jazz CLASSIQUE Archiv, un condensé d\u2019histoire dans un cube PATRICK KOVARIK AGENCE FRANCE-PRESSE John Eliot Gardiner est un artiste qui a émergé médiatiquement dans les années 1970 grâce au catalogue Archiv.AGENCE FRANCE-PRESSE Duke Ellington avait enregistré Black, Brown and Beige avec Mahalia Jackson en 1958. CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 3 J É R Ô M E D E L G A D O N ouvelles vocations pour les églises à sur veiller, sites industriels à apprécier, traditions ancestrales à pré- ser ver : les enjeux reliés au patrimoine sont vastes.Et les mesures pour y répondre adéquatement, nombreuses.Les consultations publiques mises en place par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) en vue du renouvellement de la politique culturelle du Québec ont déclenché une série d\u2019appels à mieux penser la question du patrimoine.À travers les mémoires présentés en juin, et consultés par Le Devoir, une tendance se dessine: il faut valoriser davantage le patrimoine, le bâti comme l\u2019immatériel, le religieux comme l\u2019industriel.Malgré la Loi sur le patrimoine culturel, en vigueur depuis 2012, il y a encore beaucoup à améliorer, clament les différents groupes qui se sont prononcés lors du premier mois de consultations.Le mémoire d\u2019Action patrimoine fait figure de consensus.Il statue ceci : «La protection et la valorisation du patrimoine bâti et des paysages culturels québécois doivent être envisagées dans une perspective intégrée d\u2019aménagement du territoire.» Autrement dit, la question en est une d\u2019intérêt national et nécessite la compréhension et la défense de tous, pas uniquement du MCC.On appelle à «une vision plus claire et cohérente » du patrimoine, à ce que celui-ci soit associé à des valeurs sociales et économiques et à ce qu\u2019on définisse mieux les rôles et responsabilités.« Force est de constater , estime-t-on chez Action patrimoine, que nous sommes [soumis à] une gestion que l\u2019on pourrait qualifier de \u201cpompier\u201d, c\u2019est-à-dire de dernière minute et au cas par cas.» Le cas du vivant Le Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV) et le Centre de valorisation du patrimoine vivant (CVPV), ou Ès Trad, réclament tous deux un changement d\u2019attitude radical.Certes, la loi de 2012 a permis de désigner comme éléments du patrimoine immatériel des pratiques comme le chant de gorge inuit, le canot à glace sur le fleuve Saint-Lau- rent ou le fléché.Sauf que ce statut légal, différent de la citation ou du classement attribués à des immeubles ou des documents, n\u2019est qu\u2019un symbole.« Ce qui nous intéresse , confie Antoine Gauthier, directeur du CQPV, ce sont des plans de développement, pas juste des statuts.Les statuts envoient le message erroné que l\u2019État s\u2019occupe des traditions.» « La Loi sur le patrimoine culturel est l \u2019exemple idéal d\u2019une loi qui n\u2019a pas les moyens de ses ambitions.Elle n\u2019est assortie d\u2019aucun véritable levier [\u2026].Aucun plan d\u2019action n\u2019est prévu pour assurer la pérennité de la pratique culturelle », lit-on dans le mémoire d\u2019Ès Trad.Les deux organismes souhaitent un meilleur accès aux subventions de l\u2019État, déplorant notamment la disparition de certains fonds et le transfert d\u2019autres vers les municipalités.La gestion locale n\u2019offre aucune garantie, croit-on.«Le patrimoine vivant se retrouve devant un non-sens: on le protège par le biais d\u2019une loi, mais on met de côté les organisations qui le font vivre depuis plus de trente ans.Assez pathétique», accuse-t-on du côté d\u2019Ès Trad.Devant ce ton plutôt alarmiste, Antoine Gauthier précise qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019annoncer la dispar i t ion d\u2019activités ancestrales, mais de s igna ler leur absence dans l\u2019espace public et dans les programmes d\u2019éducation.«Le Québec, comparé à plusieurs pays ou régions du monde, fait piètre figure en matière [d\u2019éducation], accuse le CQPV.Il est possible de passer plus de vingt ans sur les bancs d\u2019un établissement public qui enseigne la musique sans être capable d\u2019interpréter de façon probante un reel, une galope, une gigue [\u2026], voire sans être capable de reconnaître ces formes musicales.» Le cas industriel Sans une orientation claire de la part du MCC, la conservation d\u2019usines, de manufactures et d\u2019autres sites de ce type est difficile, estime pour sa par t l\u2019Association québécoise pour le patrimoine industriel (AQPI).Elle aussi dit craindre la décentralisation des mesures : « Le rapprochement avec les collectivités est essentiel, mais un transfer t de responsabi l i tés vers les municipalités nous inquiète.» Pour l\u2019AQPI, la protection du patrimoine doit être «un principe fondamental » de la future politique culturelle.Celle-ci devra instaurer des mécanismes pour empêcher une démolition sans consultation, établir une aide financière destinée aux associations nationales et envisager le patrimoine industriel comme un moteur économique et touristique.« Nous pensons que l\u2019avenir du patrimoine industriel est aussi en danger que le patrimoine religieux et qu\u2019il devrait faire également l\u2019objet d\u2019un exercice par ticulier, avance l\u2019AQPI.Il faut absolument reconnaître, protéger et valoriser la diversité patrimoniale.» Le cas religieux S\u2019il y a un secteur patrimonial qui a bénéficié d\u2019une meilleure attention depuis la première politique culturelle (1992), c\u2019est bien celui du religieux.Devenu un «véritable enjeu de société», de l\u2019avis du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), il a été soutenu par des investissements frôlant le demi-milliard de dollars.Or, selon cet organisme, il est urgent de revoir les stratégies.Il n\u2019est plus question que de s\u2019occuper d\u2019édifices utilisés à des fins religieuses, comme il y a 20 ans.La protection du patrimoine religieux concerne désormais les presbytères, couvents et autres bâtiments connexes.Elle s\u2019applique aussi aux cimetières, œuvres d\u2019art, vêtements, etc.«Depuis 2011, le CPRQ fait de la question de la désaffection des lieux de culte patrimoniaux un axe stratégique d\u2019intervention.La conversion des édifices excédentaires s\u2019impose désormais comme la voie d\u2019avenir et une condition de conservation viable», lit-on dans le document de 12 pages.Le Devoir POLITIQUE CULTURELLE DU QUÉBEC De la gigue à l\u2019usine : au-delà des symboles, il faut des actions Sensibilité viscontienne Outre la beauté des jeunes acteurs, dont Marianne For- tier et Philippe Thibault-Denis, ses Roméo et Juliette, Denon- cour t a aussi voulu of frir au public une esthétique soignée, puisant à la fois dans l\u2019austérité de l\u2019architecture italienne de l\u2019époque et l\u2019élégance du cinéma de Visconti.« Le texte de Normand Chau- rette me laisse beaucoup de place ; je peux alors décider du sens que je veux donner aux mots.Il y a beaucoup de trucs auxquels je donne un deuxième sens visuellement.Toute la pièce est écrite en oxymorons : la nuit, le jour ; la lune, le soleil ; la guerre, l\u2019amour.Au dé- par t, le décor est tout blanc, puis tout devient noir ; le noir l\u2019emporte sur la lumière.Il y a toute cette poésie que je voulais rendre visuelle.On peut imaginer que les batailles en ville sont entre les fascistes et les non-fascistes.Déjà ça m\u2019aidait à situer les costumes, les décors.J\u2019avais envie de mettre en scène l\u2019architecture fasciste, comme dans l\u2019EUR [Esposi- zione Universale di Roma, quar tier de Rome] avec ses grandes colonnades.» Si les Italiens comparent sa direction d\u2019acteurs à celle de Visconti, Serge Denoncourt révèle qu\u2019il y a un je-ne-sais-quoi de pasolinien dans sa relecture de Roméo et Juliette.Notamment dans sa vision de Mercu- tio (Benoît McGinnis), personnage qu\u2019il a lui-même incarné en travesti dans À propos de Roméo et Juliette de Pierre- Yves Lemieux, 10 ans avant l\u2019adaptation de Baz Luhrmann.« Dans la pièce, il y a deux histoires d\u2019amour : celle de Mercutio et Roméo ; et celle de Roméo et Juliette.Mercutio est un homosexuel vieillissant qui se tient avec des petits gars, qui boit, qui est amoureux de la beauté de Roméo.À l\u2019adolescence, les garçons italiens couchent ensemble même s\u2019ils ne sont pas gais.Dans ma mise en scène, on comprend que Mercutio joue à touche- pipi avec les garçons et qu\u2019eux, ça ne les dérange pas.Comme son amour pour Roméo est impossible et qu\u2019il comprend la montée du fascisme, il se laisse tuer par Tybalt.Il y a donc trois suicides.» Un amour d\u2019adolescence Dans ce Roméo et Juliette, on ne retrouvera pas que l\u2019élégance, la décadence et la mélancolie des films de Vis- conti.De fait, Serge Denon- cour t y soulignera le caractère très sexuel des jeunes amants, ainsi que les frustrations sexuelles des adultes évoluant autour d\u2019eux, notamment celles de lady Capulet (Catherine Proulx-Lemay), jalouse de sa fille et négligée par son mari.Bref, il y aura des hormones dans l\u2019air ! « Le rapport entre Roméo et Juliette est très moderne : elle est prête à baiser avec son chum! Je capote parce que je pensais monter un joli classique élégant et non une pièce qui aurait pu être écrite avant-hier.Il n\u2019y a aucune pudeur judéo-chrétienne et pour tant, la pièce a été écrite il y a 400 ans.C\u2019est une sexualité très dite : le frère Laurent [Guillaume Cyr] en parle, la nourrice [Debbie L ynch-White] en parle, Mer- cutio en parle énormément, Juliette aussi.J\u2019ai lu Cocteau, Sauvageau et plusieurs autres, mais je suis obligé d\u2019arriver à la conclusion que personne d\u2019autre que Shakespeare n\u2019a mieux décrit le trouble adolescent.» Le Devoir ROMÉO ET JULIETTE Pièce de William Shakespeare.Traduction de Normand Chaurette.Mise en scène de Serge Denoncourt.Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu\u2019au 18 août.SUITE DE LA PAGE E 1 ROMÉO CONSEIL DU PATRIMOINE RELIGIEUX DU QUÉBEC L\u2019église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qualifiée de «bijou d\u2019architecture moderne», était condamnée à la démolition en 2015.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La loi de 2012 a permis de désigner comme éléments du patrimoine immatériel des pratiques comme le chant de gorge inuit.DAVID AFRIAT LE DEVOIR Les comédiens Philippe Thibault-Denis et Marianne Fortier UNE VIE FANTASTIQUE (V.F.DE CAPTAIN FANTASTIC) ?Drame de Matt Ross.Avec Viggo Mortensen, George MacKay, Samantha Isler, Annalise Basso.États-Unis, 2016, 119 minutes.A N D R É L A V O I E I ls connaissent la sauvagerie de Pol Pot, apprécient Glenn Gould et Yo-Yo Ma, peuvent c i te r Noam Chomsky e t , l o rsqu \u2019 i l s d i sser ten t sur un r oman comme Lo l i ta , de Vladimir Nabokov, le qualificatif « intéressant» est à proscrire.Non, il ne s\u2019agit pas d\u2019universitaires patentés, ou des membres d\u2019un club sélect au QI surdimensionné : ce sont les six enfants de Ben (Viggo Mortensen), élevés dans les magnifiques forêts de l\u2019État de Washington, loin du confort et du capitalisme, soumis à un entraînement spartiate et à des lectures obligatoires, dont sur la physique quantique\u2026 Voilà l\u2019univers proposé par Matt Ross (28 Hotel Rooms) dans ce qui ressemble à une réactualisation de La vraie nature de Bernadette.Il s\u2019agit surtout d\u2019une proposition colorée, et souvent étonnante, sur la liberté qu\u2019insuffle le savoir et les bienfaits de la nature lorsque l\u2019on fait littéralement corps avec elle.Pourtant, Captain Fantastic n\u2019a rien, ou si peu, d\u2019une apologie béate du retour à la terre tant certains personnages ne cessent de remettre en question leurs choix, surtout devant ces deux garçons et ces quatre filles dont la maturité intellectuelle, foudroyante, ne les protège pas de tout , dont la mor t .Elle a frappé leur mère, présence évanescente tout au long du récit, et son suicide dans un hôpital psychiatrique jette une ombre sur ce petit paradis.Tout devient encore plus sombre lorsque Ben découvre que son beau-père (Frank Langella) décide de ne pas respecter les dernières volontés de sa fille en offrant des funérailles chrétiennes à cette bouddhiste convaincue.Ben prendra du temps à encaisser le coup, et à se battre, poussé par ses enfants à quitter leur refuge pour prendre la route jusqu\u2019au Nouveau-Mexique : le pér ip le sera r empl i de surprises, culminant dans un af frontement laissant de multiples cicatrices.Ces oppositions ajoutent mille nuances à ces personnages rongés par le doute sur l\u2019éducation de leurs enfants (une séquence avec un couple de banlieusards dont les deux garçons sont rivés à leurs jeux vidéo en dit long), donnant à cette tranche de vie de multiples contrastes, et aucune vérité absolue.Le patriarche incarné avec force, et un brin de tyrannie, par Viggo Mortensen ajoute à la fascination qu\u2019exerce ce formidable por trait de famille nouveau genre, célébrant la franchise sous toutes ses formes, dont à l\u2019égard de la sexualité, et le dépassement de soi (l\u2019aîné, incarné avec b r i o p a r l e B r i t a n n i q u e George MacKay, cumule les lettres d\u2019acceptation des universités les plus prestigieuses).Avec ses multiples clins d\u2019œil à la culture hippie, ses oppositions visuelles saisissantes pour illustrer les fossés idéologiques et cette galerie de figures attachantes ne cédant jamais aux facilités du cliché, même le vilain de service défendu par Langella, Captain Fantastic propose un voyage unique sur le chemin de la liberté.Tout cela est exécuté par ce conducteur sensible et habile qu\u2019est ici Matt Ross, qui sait aussi manier l\u2019ironie.Car il ne suffit pas d\u2019avoir des fleurs dans une chevelure abondante pour posséder la vérité.Collaborateur Le Devoir LA PREUVE PAR L\u2019ARCHITECTURE Commissaires : Anne Bordeleau, Sascha Hastings, Donald McKay et Robert Jan van Pelt.Salle octogonale du Centre canadien d\u2019architecture jusqu\u2019au 11 septembre.N I C O L A S M A V R I K A K I S L a preuve par l\u2019architecture.Voilà le titre d\u2019une des expositions à l\u2019affiche du Centre canadien d\u2019architecture (CCA).Une expo à la fois intelligente et choquante.Un des facteurs qui ont permis la réalisation de cette expo apparaîtra en effet révoltant\u2026 Au XXIe siècle, a-t-on encore besoin de prouver que l\u2019Holocauste et les chambres à gaz ont bel et bien existé ?Qui pourrait être assez bête, assez ignorant, assez hypocrite ou assez délirant pour nier la réalité de l\u2019histoire, des témoignages et des documents ?Pourtant, le procès de Nuremberg n\u2019a pas laissé beaucoup de zones grises quant aux moyens pris par les nazis afin d\u2019appliquer la « solution finale »\u2026 Et par la suite, bien des livres et des films documentaires ont permis de saisir l\u2019ampleur de l\u2019innommable.Alors, qui pourrait encore prétendre contester la vérité ?Ce fut pourtant encore le cas il n\u2019y a pas si longtemps.En 2000 a eu lieu en Grande-Bre- tagne un procès à la suite de la publication, en 1993, d\u2019un livre sur les négationnistes, Denying the Holocaust : The Growing Assault on Truth and Memory de l\u2019historienne Deborah Lipstadt.Un des individus cités dans cet ouvrage, David Irving, a décidé en 1996 de poursuivre l\u2019universitaire pour diffamation.Il perdit sa cause et fut blâmé par le juge pour avoir, «à des fins idéologiques, constamment et délibérément déformé et manipulé des preuves historiques».Afin de prouver les faits rapportés dans son livre, les avocats de Lipstadt avaient fait appel à Robert Jan van Pelt, historien de l\u2019architecture et professeur à l\u2019Université de Waterloo en Ontario.Comme van Pelt l\u2019explique dans le livre The Evidence Room \u2014 qui est comme le catalogue de l\u2019exposition \u2014, il s\u2019est alors posé une question importante.Alors que les témoins des camps comme celui d\u2019Auschwitz sont devenus très âgés et que beaucoup d\u2019entre eux sont déjà morts, comment la mémoire de l\u2019Holocauste pourra-t-elle être maintenue ?Comment l\u2019historien peut-il interpréter les documents historiques laissés par les architectes et ingénieurs qui ont participé à ces crimes contre l\u2019humanité ?La question n\u2019est plus alors de simplement redire ce qui s\u2019est passé, mais d\u2019expliquer en détail comment les documents historiques tissent une convergence de preuves dont les conclusions sont logiques et incontestables.Une analyse historique et technico-légale de l\u2019architecture d\u2019Auschwitz permet donc de comprendre tous les détails de l\u2019Holocauste.Une exposition contre l\u2019annihilation Alors, comment parler de ce sujet bouleversant?Bien sûr, il faut exposer les photos d\u2019époque montrant des architectes, des dessinateurs, des directeurs des travaux d\u2019Auschwitz-Birkenau posant, souriant.Il faut montrer la photographie du Crematorium 4, qui devait pouvoir brû- ler au moins 768 corps par jour, image prise juste après son achèvement en 1943.Il faut aussi exhiber les plans d\u2019Auschwitz-Birkenau, les plans du Crématorium 4 avec les plans des modifications qui lui ont été apportées, dont le changement de sens de l\u2019ouverture des portes, lesquelles risquaient d\u2019être bloquées par les corps\u2026 Il faut aussi présenter à la vue de tous les bons de commande pour des por tes étanches au gaz, les dessins, croquis et photos prises par avion des colonnes pour le gaz.Il ne faut rien cacher.Il faut tout montrer.Il faut dire les noms des architectes SS qui, comme Karl Bischof f, Fritz Er tl et Walter Dejaco, tout comme l\u2019ingénieur principal Kurt Prüfer, ont participé à la chose\u2026 Il le faut.Pour tant, cette expo semble mettre en scène une réflexion légèrement dif férente.Les photos, les plans, les bons de commande, tout ici a été reproduit grâce à des moulages en plâtre blanc qui les rendent presque illisibles.Même les reconstructions de la colonne et de la trappe pour le gaz sont blanches.Une façon de ne pas transformer tous ces éléments en fausses reliques?Pas seulement.Après que nous avons tenté de tout voir, de tout lire, de tout comprendre sur Auschwitz- Birkenau, a-t-on vraiment ressenti le phénomène de disparition, d\u2019ef facement, que ces lieux incarnent et qu\u2019ils pourraient incarner encore plus dans le futur lorsque tous les témoins seront morts ?Ces moulages en plâtre donnant à voir des images ainsi que des documents, tout comme ces morceaux reconstitués des chambres à gaz pourront sembler frôler l\u2019illisibilité, mais sont néanmoins lisibles, malgré tout le travail des nazis pour faire disparaître les preuves de l\u2019Holocauste.Cette exposition est présentée à Montréal au même moment qu\u2019une autre version plus complète fait partie de la 15e Biennale d\u2019architecture de Venise.Collaborateur Le Devoir C I N É M A D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 4 WWW.CIRCUITDESARTS.COM DU 23 31 JUILLET AU Exposition collective à partir du 20 juillet Visite d\u2019ateliers d\u2019artistes 10 h à 17 h au centre-ville de Magog, 61 rue Merry Nord 23e ÉDITION ! Le chemin sinueux de la liberté La charpente de la complicité FILMS SÉVILLE Une proposition colorée, et souvent étonnante, sur la liberté qu\u2019insuffle le savoir CENTRE CANADIEN D\u2019ARCHITECTURE L\u2019exposition La preuve par l\u2019architecture présente une collection de pièces rassemblées dans le cadre d\u2019une analyse technico-légale de l\u2019architecture d\u2019Auschwitz. NOTRE PETITE SŒUR (V.O., S.-T.F.) ?Chronique familiale de Hirokazu Kore-eda.Avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose.Japon, 2015, 128 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E E lles sont t ro is sœurs : Sachi, l\u2019aînée, Yochino, la benjamine, et Chika, la cadette.Une quinzaine d\u2019années plus tôt, leur père s\u2019en est allé refaire sa vie autre part, imité peu après par leur mère.Demeurées dans la maison familiale, les trois jeunes filles, devenues depuis jeunes femmes, se sont débrouillées.Au décès de leur père, elles apprennent l\u2019existence d\u2019une demi-sœur adolescente, Suzu, qu\u2019elles décident de prendre avec elles.Sélectionné à Cannes en 2015, Notre petite sœur , le plus récent long métrage de Hirokazu Kore-eda, se révèle une entrée mineure mais plaisante dans une œuvre où domine le thème de la famille traité volontiers du point de vue de la progéniture.De nouveau, l\u2019auteur place une ce l lu le en face d \u2019une épreuve, laquelle est ultimement surmontée grâce à des liens d\u2019amour et de solidarité indestr uct ibles, véri table noyau \u2014 Kore-eda est en cela aux antipodes de Todd So- londz, dont le plus récent film prend ironiquement l\u2019af fiche cette semaine.Quelques variations Dans le scénario quelque peu relâché de Notre petite sœur, chaque axe renvoie à un film précédent de l\u2019auteur.La créat ion dans la cont i - nui té n \u2019est pas un défaut , tant s\u2019en faut.C\u2019est du reste le propre de l\u2019ar tiste que de rebrasser ad infinitum les mêmes thèmes, mot i fs e t obsessions, soit.Les sœurs qui se sont élevées elles-mêmes évoquent par exemple les enfants du troublant Nobody Knows qui cachent au monde extérieur l\u2019abandon de leur mère (encore) afin de ne pas être séparés.La fratrie divisée par les chicanes des adultes est quant à elle la prémisse d\u2019I Wish (inédit au Québec), dans lequel deux demi-frères rêvent de grandir ensemble.Quant aux rancœurs tues que nourrissent les enfants envers leurs parents, elles sont explorées dans l\u2019extraordinaire Still Walking , où un couple âgé réunit les siens une fois l\u2019an pour se remémorer son fils aîné, mor t noyé quinze ans plus tôt.Partout, des familles en passe d\u2019éclater se recomposent, plus fortes.Or les films en question étant tous plus focalisés, plus achevés, celui-ci souf fre de la comparaison.Cela étant, même moins inspiré, le cinéma de Kore-eda demeure plein de finesse et riche d\u2019observations patientes (quoiqu\u2019 ici , son approche contemplative frôle parfois la léthargie).Accueillies, comprises Fidèle à ses habitudes, le cinéaste tire le meilleur de ses interprètes, quatre comédiennes for midables aux physiques très distincts mais par tageant une chimie telle qu\u2019on ne remet jamais en doute leur parenté.Hirokazu Kore-eda les filme au gré des saisons dans le paysage maritime enchanteur de Kamakura.Un moment de vie passe, indolent.Des occasions personnelles et professionnelles sur viennent.Des hommes vont et viennent\u2026 Et les sœurs de rester les unes auprès des autres, accueillies, comprises.En harmonie.Le Devoir WIENER-DOG (V.O.) ?Comédie noire de Todd Solondz.Avec Ellen Burstyn, Kieran Culkin, Julie Delpy, Greta Gerwig.États-Unis, 2016, 90 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E D es parents chicaniers offrent un chien saucisse à leur fils rescapé d\u2019un cancer, Remi.Quelques péripéties laxatives plus tard, l\u2019animal aboutit chez le vétérinaire pour y être euthanasié.Dawn, une jeune employée paumée, s\u2019enfuit avec la bête, puis avec un ancien camarade de classe toxicomane.Laissé chez le frère trisomique de ce dernier, le chien change encore de propriétaire, compagnon d\u2019un scénariste raté qui enseigne le cinéma, Dave, et, ultimement, d\u2019une octogénaire stoïque, Nana, qui le renomme « Cancer ».Et la boucle de se boucler dans la plus récente comédie, car c\u2019en est une, de Todd Solondz.Une comédie noire, on s\u2019entend ; noire, qui grince et qui craque.Dès ses premiers succès festivaliers avec Bienvenue dans l\u2019âge ingrat, portrait sans pitié d\u2019une enfant laissée pour compte mais pas spécialement sympathique, et Happiness, sur une galerie de monstres ordinaires, dont un père pédophile, Todd Solondz s\u2019est forgé une identité cinématographique distincte.Ses personnages sont plus volontiers caractérisés par leurs défauts que par leurs qualités et leurs échanges sont ponctués de silences qui s\u2019étirent jusqu\u2019au malaise, puis au-delà.C\u2019est dans cette zone précise que Solondz cultive son humour laconique et inspiré, le plus souvent, de sujets tabous ou angoissants.Wiener-Dog est en cela typique de son cinéma, le thème du film étant cette fois la mort et son inéluctabilité, constat énoncé au début par le petit Remi puis à la fin par l\u2019auguste Nana.À ce chapitre, chaque vignette présente un protagoniste plus âgé que le précédent, et confronté à un moment charnière de réalisation.Selon qu\u2019on a la vie devant (Rémi, Dawn) ou derrière soi (Dave, Nana), ladite prise de conscience sera plus douloureuse.Nette en apparence, la structure narrative s\u2019avère toutefois beaucoup moins rigoureuse que ce à quoi le cinéaste a habitué son monde.D\u2019abord fluide, le parcours du chien est brisé par deux ellipses juste avant les troisième et quatrième segments: une décision qui casse arbitrairement le rythme.Placé au mitan, un entracte de facture volontairement ringarde fait sourire, mais n\u2019en est pas moins plaqué, entre autres irritants.Unité dramaturgique Comme il se plaît souvent à le faire, l\u2019auteur multiplie les allusions à ses films précédents, ici en réutilisant des noms de personnages, là en évoquant des événements survenus dans un film antérieur.Pour les amateurs, cette unité ajoute au charme bizarre du cinéma de Solondz qui, à nouveau, présente la cellule familiale comme un lieu tantôt aliénant, tantôt toxique.Or, et c\u2019est particulièrement vrai dans le cas de Wiener-Dog, des moments d\u2019humanité surviennent au détour, comme un baume drama- turgique.Le segment final, avec la grand-mère (Ellen Burstyn au sommet de son art) et sa petite-fille venue quémander de l\u2019argent (Zosia Mamet, de la série Girls), est à cet égard exemplaire, alors que le cinéaste parvient à inverser, en quinze minutes, les impressions qu\u2019on s\u2019est d\u2019emblée faites des personnages.Obnubilés par des broutilles, ceux-ci essaient de ne pas penser à la mort qui attend au bout.Ce faisant, ils s\u2019agitent en vain et passent à côté de l\u2019existence.Spectateur muet de ce théâtre pathétique, le chien du titre est pris puis abandonné, son destin traçant une métaphore de la bêtise du monde.Misanthrope tendance nihiliste, le cinéma de Todd Solondz a l\u2019heur de provoquer simultanément rire et inconfort, le premier permettant de composer avec le second, et le second donnant sa substance au premier.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944 FATIMA 8,50 $ de Philippe Faucon (France) Animation : Michel Coulombe Le lundi 25 juillet | 16 h et 19 h 30 Meilleur ?lm aux Césars 2016 www.roseart.ca 216, boul.Ste-Rose (en face de l\u2019église Ste-Rose) Laval, Québec · 450 625-7925 · corp@rosart.ca SYMPOSIUM DE SAINTE-ROSE 21 e 90 artistes à l\u2019œuvre dans le Vieux Ste-Rose Jeudi et vendredi : 11 h à 20 h Samedi : 10 h à 20 h Dimanche : 10 h à 17 h Du 28 31 juillet au Carole Laurence Louise Cormier www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 30 juillet OTTAWA \u2013 Louise Vigée Le Brun au musée 5 août JOLIETTE \u2013 Bibliothèque- musée-concert Rodolphe Duguay et Suzor-Coté 24 août NICOLET \u2013 ARTHABASKA \u2013 peinture-sculpture 1-4 septembre CÔTE-DU-SUD \u2013 le long du fleuve De la seigneurie au patrimoine religieux Places encore disponibles ! 22 octobre QUÉBEC \u2013 Pierre Bonnard au musée COMPLET F R A N Ç O I S L É V E S Q U E S i l\u2019on en croit Jean-Luc Godard, le cinéma, c\u2019est la vérité 24 images par seconde.Selon Brian De Palma, le cinéma, c\u2019est à l\u2019inverse le mensonge 24 images par seconde.Et si les deux cinéastes avaient visé juste?C\u2019est en tout cas la réflexion que l\u2019on se fait devant Écartée, le premier long métrage de Lawrence Côté-Collins, dévoilé en première à Fantasia le vendredi 29 juillet.Passée maître dans l\u2019art subtil du faux documentaire au gré d\u2019une pléthore de courts métrages remarqués, la cinéaste s\u2019ouvre sur sa plus récente expérimentation.« Je revenais du Festival du DocuMenteur qui se tient à Rouyn-Noranda; j\u2019y vais chaque année depuis sa création il y a 13 ans, explique Lawrence Côté-Collins.La veille, j\u2019avais discuté avec Philippe Falardeau et il m\u2019avait brassée en me disant que, si on mettait bout à bout tous mes courts, on arrivait avec au moins six heures de matériel, et que j\u2019étais plus que mûre pour un long métrage.Bref, je roulais sur la 117 et je repensais à ça en même temps que je me faisais la réflexion, en croisant les quelques maisons bâties sur le bord de la route, que c\u2019était vraiment étrange de choisir de vivre là, avec les gros camions qui passent.T\u2019es au milieu de nulle part, mais tu n\u2019as même pas de quiétude.Puis, j\u2019ai remarqué un barbecue enchaîné à une maison et je me suis demandé: \u201cC\u2019est qui, l\u2019épais qui pense que quelqu\u2019un va arrêter sur le bord de la 117 pour lui voler son vieux barbecue rouillé?\u201d Soudain, des personnages ont commencé à prendre forme.» Trois personnages, en l\u2019occurrence, et qui, de réécritures en rencontres, évoluèrent autour des thèmes de la violence psychologique, de la dépendance affective et de la manipulation.Le vrai du faux Écartée repose sur un triangle amoureux sous tension, huis clos aidant.Scott, la cinquantaine, mène une existence paisible auprès de Jessie qui, elle, est dans la vingtaine.Ex-détenu au lourd passé, il a trouvé son salut dans les casse-têtes en 3D.Sans emploi, elle s\u2019occupe pour sa part en collectionnant les bibelots de dauphins.Sous prétexte de tourner un documentaire sur la réinsertion de Scott, Anick, une intervenante sociale, s\u2019immisce dans le quotidien beaucoup plus tordu qu\u2019il n\u2019y paraît de ses hôtes.Lorsqu\u2019il devient évident qu\u2019Anick est davantage intéressée par Jessie que par Scott, la situation devient volatile.«J\u2019ai d\u2019abord voulu trouver ma Jessie.J\u2019en parlais à France Gaudreault, une amie de Rouyn où je m\u2019étais retirée pour écrire, et elle m\u2019a dit qu\u2019une copine à elle serait parfaite: Whitney Lafleur, autrefois de l\u2019Abitibi.Et il s\u2019est avéré que c\u2019était ma voisine à Montréal.On a pris un café, jasé, braillé\u2026 La caméra l\u2019aime ; elle a la présence nécessaire pour qu\u2019on tombe amoureux d\u2019elle à l\u2019écran.J\u2019ai tenu ensuite à ce qu\u2019elle cherche \u201cAnick\u201d avec moi.Un soir, elle m\u2019appelle toute énervée: elle venait de voir Marjo [Marjolaine Beauchamp] en première par tie de Richard Desjardins [originaire de Rouyn-Noranda, on y revient toujours].C\u2019est une poète slameuse.Je l\u2019ai vue à mon tour et on s\u2019est réunies toutes les trois.Ç\u2019a été magique ; c\u2019était juste trop intense.Restait à trouver Scott\u2026» Après avoir passé des mois à faire du bénévolat en prison dans des groupes de soutien, Lawrence Côté-Collins s\u2019est rendu compte que son acteur se trouvait sous son nez tout du long : Ronald Cyr, un véritable ex-détenu, est le voisin et ami de son père depuis des lustres.« Il a accepté d\u2019emblée.J\u2019ai fait des tests caméra avec Whitney et lui et ça fonctionnait au boute.» Faire confiance Avant le tournage marathon de quatorze jours, la cinéaste a habité pendant un mois son décor, une maisonnette de Destor sise au bord de la route 101 Nord, près de Rouyn-Noranda, histoire pour sa directrice artistique et elle de créer un environnement plus vrai que vrai.Entre autres exemples du niveau d\u2019implication que s\u2019impose la réalisatrice.Digne héritière autant du cinéma direct que de Robert Morin, Lawrence Côté-Collins n\u2019en possède pas moins une identité artistique propre.Et forte.« Je suis à l\u2019aise dans le faux documentaire, et je trouvais important, en passant au long, de poursuivre dans cette veine-là, de l\u2019explorer plus avant.Initialement, c\u2019était pas mal plus cru et plus violent.Mais en insistant pour travailler avec des non-professionnels, je devais respecter leurs limites.D\u2019un autre côté, ils me permettaient d\u2019accéder à leur richesse intérieure.Ils m\u2019ont fait confiance, ce qui n\u2019était pas évident avec une telle proposition.» Doublement déstabilisé «Ç\u2019a été une aventure extrêmement intense, de poursuivre Lawrence Côté-Collins.Et je suis fière du film.J\u2019estime être allée au bout de tout.On vit dans une société voyeuse; on veut voir les gens vivre et on veut soi-même se mettre en scène dans sa propre vie.La téléréalité et Internet exacerbent cette pulsion à un degré inouï, jamais atteint auparavant.Écartée brouille la frontière entre le vrai et le faux; la caméra est de plus en plus indiscrète et sans pitié, mais comme, en même temps, c\u2019est de la fiction, on est doublement déstabilisé.» Et on continue de regarder.Mal à l\u2019aise.Fasciné.Le Devoir FANTASIA Réalité et fiction avec Lawrence Côté-Collins La cinéaste propose son premier long métrage, le faux documentaire Écartée DAVID AFRIAT LE DEVOIR Lawrence Côté-Collins est une digne héritière autant du cinéma direct que de Robert Morin.Belle famille Hirokazu Kore-eda offre un nouvel opus, mineur mais plaisant Chienne de vie MÉTROPOLE FILMS Wiener-Dog est une comédie noire, qui grince. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 6 F A B I E N D E G L I S E A vouez que ça doit être stressant ! Quoi ?Ne disposer que de 24 heures, pas une de plus, pour dessiner et scénariser une histoire en bande dessinée sur une vingtaine de planches, en s\u2019assurant qu\u2019elle soit esthétiquement acceptable, originale, cohérente et pertinente.Pas facile, même pour les pros, dont quelques-uns semblent toutefois un peu plus que d\u2019autres apprécier ce processus de création dans la contrainte.Zviane, jeune talent d\u2019ici, fait partie de ses drôles d\u2019oiseaux qui courent les compétitions de création de bande dessinée dans un cadre temporel de 24 heures, sans possibilité de dormir avant d\u2019avoir posé le contenu de la dernière case.Quand elle n\u2019en trouve pas près de chez elle, elle en organise même dans son appartement montréalais.C\u2019est dire ! L\u2019obsession est tangible.Preuve en est faite d\u2019ailleurs une nouvelle fois dans Club sandwich (Pow Pow), recueil de « cinq histoires biscornues, mais néanmoins amusantes », réalisées entre 2008 et 2011 lors de ces événements qui ont des allures d\u2019Ironman \u2014 v o u s s a v e z : c e t r i a t h l o n extrême \u2014 du 9e ar t.L\u2019objet marche sur les traces de son Pain de viande avec dissonances (Pow Pow) publié il y a cinq ans.Il en par tage d \u2019a i l leurs le même genre de surprises, d\u2019élégance et de poésie, tout comme de nombreuses imperfections.Il n\u2019y a rien de constant dans c e t o u v r a g e q u i m a n q u e par moments d\u2019af finage, de rythme et de finition, mais qui témoigne à plusieurs endroits de la sensibilité de l\u2019auteure, comme dans cette histoire mettant en scène un groupe d\u2019amis se réunissant chaque année depuis 11 ans pour construire un igloo dans une maison.La réunion loufoque devient un territoire de réflexion sur le temps qui passe et les distances qui s\u2019installent dans les amitiés.Chic.Club sandwich, c\u2019est également le récit de Lorenzo, sculpteur de sons qui va perdre sept ans de travail dans l\u2019inondation de son sous-sol.C\u2019est une étrange histoire de perversion, c\u2019est un objet magique brisé, mais également un groupe de sirènes renégates qui vont maltraiter un personnage tout aussi fictif qu\u2019elles.Et au final, c\u2019est surtout un exercice de style, avec plus de hauts que de bas, qui s\u2019appréhende loin de la prétention que cette pièce montée d\u2019ingrédients disparates, à l \u2019image du célèbre club auquel le titre fait référence, n\u2019a forcément pas.Le temps qui s\u2019arrête Par le titre de sa dernière création, Catherine Meurisse é v o q u e d e « l a l é g è r e t é » (Dargaud), mais c\u2019est finalement bien pire que ça : elle parle surtout du temps, celui qui s\u2019est arrêté brusquement pour elle après le massacre de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, temps qu\u2019elle a essayé de remettre en mouvement au terme d\u2019une quête pour le moins singulière : la bédéiste traumatisée a cherché dans le syndrome de Stendhal, ce trouble pathologique induit chez cer taines personnes par une surexposition à des œuvres d\u2019ar t, une façon de se débarrasser du syndrome de Charlie.Joli programme.On s\u2019en souvient : la trentenaire bédéiste est arrivée en retard à cet improbable rendezvous avec la mort auquel huit de ses collègues de travail ont été conviés ce jour-là par deux radicaux abrutis par la haine et la peur de l\u2019autre.Elle en a perdu l\u2019envie de dessiner tout comme cette aptitude à aborder la vie avec une certaine légèreté.Dans la foulée de son pote Luz, qui en 2015 a signé Catharsis (Futuro- polis), album thérapeutique, elle s\u2019approprie, un an et demi plus tard, les mêmes cadres en posant à l\u2019intérieur ses nombreuses contusions et le fil des événements qui, de la chute à la reconstruction, ont fondé la dernière année de sa nouvelle vie.Tout est en finesse, en poésie, en humour et en introspection dans ce carnet de vie d\u2019une jeune fille qui s\u2019extrait « de la marée humaine pour retourner voir l\u2019océan», en se demandant «pourquoi tout le monde parle d\u2019attentat alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un massacre ».Sa bouf fée d\u2019air, c\u2019est finalement dans les arts, à la Villa Médicis, l\u2019Académie de France à Rome, en novembre 2015, puis au Forum et au Palatin, qu\u2019elle va le trouver.«Voir les vertiges du berceau de la civilisation occidentale! De l\u2019immuable ! De l\u2019intemporel ! Quelque chose qui ne s\u2019ef fon- drera plus», cela va lui faire le plus grand bien, relate-t-elle dans son bouquin où, page 105, elle se permet même un égo- por trai t avec Henri Deyle, dit Stendhal.Accrochée à son bras, elle dit : « Quand les intégristes auront compris l\u2019utilité de l\u2019art, il y aura peut-être l\u2019équivalent du Louvre à Raqqa\u2026 » Il lui répond : « Quel romant i sme .» El le ajoute : « C\u2019est vous qui m\u2019y poussez.» Sublime.Il y a de l\u2019élégance dans cette Légèreté , de la densité aussi , de l\u2019humanité, de la beauté, du noir et des couleurs pour un exercice intense qui confirme que l\u2019art est bel et bien ce champ d\u2019expression qui a toujours combattu ceux qui essaient d\u2019éteindre les lumières\u2026 Le temps d\u2019attendre La tonalité des 9 derniers mois de ta vie de petit con (Les Arènes BD) est beaucoup plus superficielle et plutôt divertissante, puisqu\u2019elle remonte, en passant par le nombril de l\u2019auteur Cookie Kalfair, le fil de l\u2019attente fébrile de son premier enfant.Ça s\u2019est passé en 2015, quatre ans après des traitements d\u2019inséminations, des médecins, des seringues qui n\u2019avaient rien donné.Et puis, bang ! Au retour d\u2019un voyage, alors que le projet de procréation avait été mis de côté, la surprise est arrivée, forçant les responsables de l\u2019œuvre à revoir leurs projets d\u2019avenir.Semaine par semaine, le père bédéiste dessine ici ses réflexions autour de sa paternité naissante dans des planches hy- percolorées à l\u2019expressivité exacerbée qui témoigne d\u2019une certaine angoisse et profonde agitation.Au départ, la chose s\u2019est répandue sur un blogue en direct avant de se transformer en bédé reliée.Il y est question des potes, de sa collection de figurines, de Yoda, de communication dans le couple, de pâtés au saumon\u2026 C\u2019est très geek , très Télétoon la nuit, plutôt gentillet et au final beaucoup moins bouleversant que l\u2019arrivée d\u2019un petit Léon dans une cabane.Le Devoir CLUB SANDWICH Zviane Pow Pow Montréal, 2016, 134 pages LA LÉGÈRETÉ Catherine Meurisse Dargaud Paris, 2016, 134 pages LES 9 DERNIERS MOIS DE TA VIE DE PETIT CON Cookie Kalkair Les Arènes BD Paris, 2016, 80 pages BANDE DESSINÉE Histoires en trois temps Temps qui stresse, qui s\u2019arrête et temps d\u2019attente comme moteur de création pour trois bédéistes c\u2019est un peu comme les calebasses, on pourrait les étrangler, leur donner des formes extraordinaires.Ah ! ce serait curieux si des statues sortaient du sol de cette manière et qu\u2019il suf fisait de biner pour avoir des statues !\u201d Quelques pas encore, et je dis : \u201cMa foi, un pays avec des statues qui sortiraient du sol serait une belle métaphore de la création artistique.On pourrait à la fois se moquer et y trouver pathétiques des hommes qui ne feraient que cela de leur vie.\u201d» De nouveau, dix ans passent.« En 1975, je me trouve isolé dans une chambre d\u2019hôtel lugubre.J\u2019ai sur moi mon cartable, avec du papier et ainsi de suite, et je me dis que je vais écrire mon petit conte sur la création artistique.Ç\u2019a donné Les jardins statuaires.» Son épouse sort un carnet noir.Il l\u2019ouvre.Une écriture minuscule et régulière, élégante, en recouvre les pages.Pas d\u2019espace blanc, ni marge, ni rature.Un projet de 50 pages y devient une œuvre.Les personnages En écrivant, une question s\u2019impose à Abeille : où sont les femmes ?« Par cette question, les femmes m\u2019ont mis le désordre dans cette histoire qui n\u2019aurait dû être qu\u2019une petite métaphore spéculative : les femmes explosent comme l\u2019émergence du romanesque.» Il instaure alors un système de contradictions.Chaque affirmation fait jaillir son contraire : « Je ne pouvais pas arrêter d\u2019écrire cette histoire, et cela a duré longtemps, comme cela, au fil de la plume.Cela m\u2019a pris deux mois, juillet août.» «Le personnage est quelqu\u2019un qui est rencontré par quelqu\u2019un qui écrit l\u2019histoire, et celui qui écrit l\u2019histoire, ce n\u2019est pas tout à fait moi.C\u2019est un \u201cje\u201d transparent que j\u2019enregistre.Je suis le scribe d\u2019un homme qui est entré dans les jardins statuaires et qui a rencontré des personnages ; ils sont insolites, mystérieux, comme nous le sommes les uns vis-à-vis des autres, opaques, impénétrables.Je suis les traces de quelqu\u2019un dont je ne sais rien.» «Dans Les jardins statuaires, il y a un passage inquiétant où, pour aider une femme aimée à échapper à un destin cruel, il faut traverser des matrices de pierre glacées.Le personnage masculin ne tient pas la route ! C\u2019est la femme qui le sauve.À travers la générosité de son corps, elle le réchauf fe.» Chez Abeille, la femme décide des choses de l\u2019amour, de l\u2019économie générale, et ses héroïnes sont d\u2019un grand secours.Collaboratrice Le Devoir LES JARDINS STATUAIRES Jacques Abeille Le Tripode Paris, 2016, 458 pages SUITE DE LA PAGE E 1 VOYAGE DARGAUD Une planche extraite de La légèreté, de Catherine Meurisse LA VITRINE BANDE DESSINÉE CE QU\u2019IL FAUT DE TERRE À L\u2019HOMME Martin Veyron (d\u2019après Tolstoï) Dargaud Bruxelles, 2016, 144 pages Voilà toute une critique de l\u2019avidité, de l\u2019accumulation aveugle de la richesse, de la cupidité et de la consommation irresponsable que ramène au bon souvenir du présent le bédéiste Martin Veyron en revisitant avec ses dessins le célèbre conte philosophique et cruel de l\u2019écrivain russe Léon Tolstoï.Rappelez- vous, la chose vient du XIXe siècle : sur les terres de la noble Barynia, Andreï essaye toujours d\u2019en avoir plus.La vieille va un jour céder ses propriétés à la commune, sans que cela change rien pour l\u2019avide qui va se résoudre à tout vendre pour aller chercher des terres nouvelles chez les Baschkirs.Là-bas, il suffit d\u2019arpenter à pied un terrain du lever au coucher du soleil pour en faire l\u2019acquisition, ou atteindre une finale morale?Le récit est connu.Il trouve sous la plume du père de Bernard Lermite (1979), de Papy Plouf (2006) et de Blessure d\u2019amour- propre (2009) cette texture parfaite qui plonge rapidement le lecteur dans l\u2019esprit de ce temps lointain dont les travers sont toujours contemporains.Ce qu\u2019il faut de terre à l\u2019homme devient donc ce qu\u2019il faut à l\u2019homme pour magnifier la vie dans un rappel efficace d\u2019un fragment de son patrimoine littéraire.Fabien Deglise BANDE DESSINÉE Ô VOUS, FRÈRES HUMAINS Luz Futuropolis Paris, 2016, 136 pages Le jour de ses 10 ans, en 1905, Albert Cohen croise l\u2019odieux dans les rues de Marseille qu\u2019il arpente: l\u2019antisémitisme qu\u2019un bonimenteur lui vocifère au visage, sans autre forme de procès.67 ans plus tard, l\u2019homme extrait toute la puissance de cette agression dans un bouquin d\u2019une force brute: Ô vous, frères humains, que le dessinateur Luz vient tout juste de mettre en dessins dans cette collection fascinante qui, depuis quelques années, invite des bédéistes de tout acabit à raconter les livres qui les ont inspirés.Plus d\u2019un an après les attentats de Charlie Hebdo dont Luz est encore et toujours la victime, l\u2019homme laisse ici sa rencontre avec le texte de Cohen se matérialiser dans un trait d\u2019une étonnante profondeur et d\u2019une puissance évocatrice terrifiante de ce refus de l\u2019autre et de l\u2019horreur que cette négation a induite.L\u2019intimité avec l\u2019horreur est magnifiquement mise en dessin, tout comme d\u2019ailleurs la violence de cette haine ordinaire que Luz arrive désormais si bien à saisir pour l\u2019avoir un jour regardée droit dans les yeux.Fabien Deglise POÉSIE LES MUSÉES DE L\u2019AIR Catherine Morency Le lézard amoureux Montréal, 2016, 74 pages «Il faut faire confiance à la folie des choses», lit-on dans Les musées de l\u2019air de Catherine Morency; mais folie il n\u2019y a pas dans cette écriture un peu sage, un peu à côté des émotions.On déplore chez cette auteure une espèce de retenue stylistique qui empêche de saisir une réelle signature, bien que l\u2019ensemble soit d\u2019une très belle tenue.Ainsi, ce poème qui cherche à ramasser son sujet, proposant une violence allusive: «Nul besoin de foulard il n\u2019y a plus de vent, pas de robe à défaire, que mes veines livrées à l\u2019heure pour tes fauves.» La poète voyage en Espagne, en Italie, ailleurs, va en bord de mer ou à la campagne, retrace un itinéraire de souvenirs évanescents qui cherchent à se manifester, qui affleurent à la surface de la conscience.Moins de 40 poèmes, et quelques textes liminaires, suffisent-ils à cerner cette angoisse refoulée qui essaie de se dire?Je ne le crois pas vraiment, tant est court ce souffle poli.Que peut-on faire de ces «perles dérobées à l\u2019écrin d\u2019Éros», du « faciès de l\u2019effroi»?Que retenir de cet aveu: «Je suis de gris répandu sur ton absence»?Voilà, c\u2019est sans doute là que le bât blesse, juste dans cette petite mesure spécieuse, précieuse, qui édulcore et le style et le propos.Pourtant, Catherine Morency sait ce qu\u2019est la poésie, n\u2019en doutons pas.Mais on dirait qu\u2019elle en est aveuglée.Hugues Corriveau JEUNESSE JEUX D\u2019EAU INITIATION À LA MUSIQUE CLASSIQUE Ana Gerhard La montagne secrète Montréal, 2016, 68 pages Après Un monde fantastique et Le chant des oiseaux, ce troisième opus, toujours signé Ana Gerhard, permet une nouvelle plongée au cœur de la musique classique et invite les petits, comme les grands, à découvrir le sens des pièces et l\u2019inspiration derrière la note.Ici sont rassemblées vingt compositions dans lesquelles l\u2019eau occupe un premier rôle.Pastorale, la symphonie no 6 de Beethoven, par exemple, évoque le courant naturel du ruisseau.Dans Griselda, Vivaldi établit un parallèle entre les tourments de la jeune fille et la mer agitée.Avec Vox Balaenae, George Crumb s\u2019inspire, pour sa part, du chant des baleines à bosse et crée un morceau soulignant la force de la nature.Tout comme dans les deux premiers titres, le texte d\u2019accompagnement et les extraits musicaux permettent de saisir l\u2019essence de ces créations.Il faut voir, aussi, les illustrations de Margarita Sada qui, rondelettes et enjouées, épousent le dynamisme de l\u2019eau.À travers les trois livres-disques parus, c\u2019est près de 45 compositeurs et 60 pièces que l\u2019on découvre et apprend à connaître.Marie Fradette L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/6 Vi Kim Thúy/Libre Expression 2/15 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 6/13 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 3/9 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 4/9 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 7/6 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas-fonds du.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 10/9 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 8/14 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente aux.Anne Robillard/Wellan 9/10 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 5/14 Romans étrangers Crossfire \u2022 Tome 5 Exalte-moi Sylvia Day/Flammarion Québec 1/2 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 2/17 Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/7 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 4/7 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 6/23 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 5/10 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud \u2013/1 Belles de Shanghai Amy Tan/Guy Saint-Jean 7/2 Le Mercato d\u2019hiver Philip Kerr/Masque 8/6 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard 9/3 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 2/40 Les passagers clandestins.Métaphores et trompe.Ianik Marcil/Somme toute 1/4 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 3/7 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 4/11 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 9/10 La médiocratie Alain Deneault/Lux \u2013/1 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété 5/2 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 6/15 La route du Pays-Brûlé.Archéologie du patriotisme.Jonathan Livernois/Atelier 10 8/2 Les radicaux libres Jean-François Nadeau/Lux \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/26 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/22 Les Trumperies.Le meilleur du pire de Donald.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 2/4 L\u2019homme nu.La dictature invisible du numérique Marc Dugain | Christophe Labbé/Plon \u2013/1 Pour la sociologie Bernard Lahire/Découverte \u2013/1 Madeleine project Clara Beaudoux/Éditions du sous-sol \u2013/1 Demain, un nouveau monde en marche Cyril Dion/Actes Sud 6/3 Penser l\u2019islam Michel Onfray/Grasset \u2013/1 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL \u2013/1 Une colère noire.Lettre à mon fils Ta-Nehisi Coates/Autrement \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 11 au 17 juillet 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C H R I S T I A N D E S M E U L E S E n octobre 1912, sur le paquebot qui le menait pour la première fois en Inde, E.M.Forster (1879-1970) flottait entre deux continents et entre deux mondes, parmi des vagues de désirs contradictoires.À 33 ans, encore vierge, il venait de publier son troisième titre, Howards End (1910), et commençait à peine à se considérer comme écrivain.C\u2019est le point d\u2019entrée choisi par Damon Galgut dans L\u2019été arctique, un roman biographique tissé à par tir d\u2019épi- sodes-clés de la vie de l\u2019écrivain anglais, auteur de Route des Indes (1924), qui a été aux prises tout au long de sa vie avec les aléas de la création littéraire et une homosexualité qu\u2019il acceptait avec difficulté.Pour ce magnifique roman, son septième depuis A Sinless Season (inédit en français), publié alors qu\u2019il n\u2019avait que 17 ans, Damon Galgut a puisé à pleines mains dans la correspondance et les journaux intimes du romancier anglais.Né en 1963 à Pretoria, en Afrique du Sud, l\u2019écrivain a déjà été finaliste à deux reprises du prestigieux Man Booker Prize, avec Un docteur irréprochable et Dans une chambre inconnue (L\u2019Olivier, 2005 et 2013).Ses romans sont traversés de silhouettes solitaires et semi-tragiques, qui por tent leurs failles et leurs doutes, tous vécus comme de petites malédictions.Rien de plus naturel, en ce sens, que le Sud- Africain s\u2019attaque à pareil sujet.Si son homosexualité était pour E.M.Forster la marque (positive) d\u2019une extrême singularité, elle était aussi source de douleur, de tourments physiques et d\u2019isolement social.C\u2019est cette perpétuelle tension entre vie intime et création littéraire qu\u2019explore avec finesse Galgut dans L\u2019été arctique \u2014 qui emprunte son titre à celui d\u2019un roman de Forster resté à l\u2019état de projet, qui aurait été son septième.E.M.Forster aura deux grandes histoires d\u2019amour malheureuses au cours de sa vie.La première avec un Indien, Masood, rencontré en Angleterre.Elle est à la source de son premier voyage en Inde.Voire peut-être aussi de son second séjour dans le sous-continent au début des années vingt, alors qu\u2019il passera plusieurs mois au service d\u2019un petit maharadjah comme secrétaire particulier.« Il avait fondé de grands espoirs sur ce voyage et il ne s\u2019était rien produit.» Un séjour pas si stérile, en vérité, puisqu\u2019il lui aura permis de dénouer l\u2019impasse où il se trouvait dans l\u2019écriture d\u2019un roman amorcé avant la Première Guer re mondiale.Route des Indes, le dernier et le plus complexe de ses romans, dans lequel il synthétise son expérience indienne et épingle les ambiguïtés de la situation coloniale, connaîtra dès sa parution en 1924 un succès considérable.La seconde de ces h is to i r e s d \u2019 amour, mêlée d\u2019amitié, plus « concrète » cette fois, aura lieu avec un Égyptien, conducteur de tramway à Alexandrie.En marge de tous ces épisodes, Damon Galgut explore avec f i n e s s e e t i n t e l l i g e n c e , presque de l\u2019intérieur dirait- on, les complexités d\u2019un être lesté de doutes et de roman- t isme : sa « stéri l i té amoureuse », sa crainte de mourir tout en restant vierge ou sa relation complexe et étouffante avec sa mère.Ses rapports tendus avec l\u2019écriture.Sa sol i tude, cer tes nécessaire, mais source aussi de profondes souffrances.L\u2019Inde éternelle, trou noir, source de mystères et de nombreux dénouements.« Il n \u2019 e xp l i que ra i t pa s c e qu i s\u2019était passé car il ne le savait pas.En tant qu\u2019écrivain, il s\u2019était senti obligé d\u2019appor ter des réponses, mais l\u2019Inde lui avait rappelé qu\u2019aucune réponse n\u2019était s a t i s f a i s a n t e .» L a même chose pourrait être dite à propos de l \u2019amour et des passions à sens unique de l\u2019écrivain anglais.Ce que semble suggérer une certaine lucidité alimentée par une fréquentation assidue du malheur : l\u2019amour est peut-être lui aussi une fiction.Roman d\u2019apprentissage et plongée sensible dans un monde en voie de disparition (manière Downton Abbey), L\u2019été arctique souf fle d\u2019un bout à l\u2019autre le chaud et le froid.« Mais le monde qui l\u2019intéressait était en train de disparaî tre , ou avai t dé jà disparu, enterré par les automobiles, les machines et la fumée de la guerre.Les écrivains devaient regarder de l\u2019avant et ne pas être constamment tournés vers le passé, et il n\u2019avait pas la force de suivre le rythme de l\u2019histoire.Il n\u2019y aurait plus de livres comme celui-ci.» Ni pour la l ittérature, ni pour l\u2019homme.Route des Indes sera le dernier roman qu\u2019écrira E.M.Forster avant de se taire à jamais, 45 ans plus tard.Pour insuf fler la vie à cet hommage doublé d\u2019un thriller existentiel, Damon Galgut mélange tout ce qu\u2019il peut \u2014 y compris certainement beaucoup de lui-même \u2014 avec un doigté unique.Collaborateur Le Devoir L\u2019ÉTÉ ARCTIQUE Damon Galgut Traduit de l\u2019anglais par Hélène Papot L\u2019Olivier Paris, 2016, 384 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Thriller existentiel autour de Forster Un magnifique roman biographique consacré à l\u2019auteur de Route des Indes D O M I N I C T A R D I F I l vouvoie systématiquement les femmes, même celles avec qui il s\u2019est allongé sous l \u2019édredon.I l va lor ise une forme de galanterie envers l \u2019autre sexe pour laquelle l\u2019adjectif « suranné » semble spécialement avoir été créé.« [C]ertains p\u2019tits Joe Connaissant af firment qu\u2019il parle comme un roman de Marcel Proust , évidemment en ne connaissant de Proust que le titre À la recherche du temps perdu [\u2026] » Autrement dit, Bernard est le reliquat élégant, mais reliquat quand même, d\u2019une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.Son péché, lui, flotte néanmoins hors du temps, dans les limbes de ce qui n\u2019a pas encore été résolu : Bernard a réduit en bouillie le cœur d\u2019une jeune amante é c o n d u i t e , à q u i i l a v a i t pour tant juré de quitter son épouse.Histoire archiconnue.Premier roman du journaliste, avocat, poète et ancien directeur de cabinet Jean Boisjoli, La mesure du temps accompagne cet homme sur le retour dans une balade au pays de son enfance, au cœur des petites rues d\u2019un Saint- Boniface dont il s\u2019est enfui à l\u2019aube de l\u2019âge adulte, écœuré par un père amoureux du goulot et la promis- cui té d \u2019une v i l le se compor tant comme un village.Objectif : c u e i l l i r l a m a t i è r e d\u2019une biographie que lui réclament avec insistance ses éditeurs.Il élira en tant que secrétaire et accompagnatrice officielle Marjolaine, une de ses employées représentant au Manitoba l\u2019entreprise de communications qu\u2019il dirige.Elle a déjà été sa protégée, elle a déjà aussi été sa maîtresse, et c\u2019est elle qui, étonnamment, devra rédiger la bio de l\u2019homme qui l\u2019a jadis anéantie.Renversement de perspective Alors que l \u2019on réf léchit d a n s l e s m i l i e u x u n i v e r - s i ta i r es aux impl ica t ions éthiques et morales des relations que nouent des professeurs avec des étudiantes, La mesure du temps peut en partie se lire comme le pudique acte de contrition d\u2019une génération de mâles ayant soigné leur ego meur tri en se frottant à l\u2019amour gaga de jeunes f e m m e s é b a u b i e s .Que Jean Boisjoli en ait confié la narration à son personnage féminin témoigne déjà d\u2019un certain renversement de perspective \u2014 loin d\u2019être radical \u2014 mais qui écorche quand même l\u2019archétype de l \u2019homme de pouvoir s\u2019abreuvant à la vulnérabilité des autres comme on s\u2019empif fre dans un buf fet à volonté.De quelle par t de fiction et de réalité nos petites biographies personnelles sont- e l l es pé t r i es ?demande aussi l\u2019auteur, par le biais de ce Ber nard agrémentant vraisemblablement le récit de sa jeunesse d\u2019 improbables mauvais coups, comme celui-ci, impliquant des lèvres humides et une représentante de la royauté.« Disons que, dans ce cas précis, c\u2019est peut-être ainsi que j\u2019aurais voulu que les événements se déroulent.[\u2026] Mais i l es t également possible que j\u2019aie été ce garçon qui a embrassé la reine d \u2019Angleter re et de tout le Commonwealth britannique.Peut-être aussi s\u2019agit-il d\u2019un tout autre événement et que je n\u2019ai jamais même vu la reine.Comment savoir ?» s\u2019inter roge le sexagénaire face à une Marjo dubitative.Malgré son arc narratif ne pêchant pas par excès d\u2019originalité, et une écriture bien sage, La mesure du temps appartient pour le mieux à cette catégorie de premiers romans que signent, vraisemblablement sous l \u2019emprise d\u2019une nosta lgie pour leur jeunesse, des écrivains d\u2019un cer tain âge.Kaléidoscope permettant de réinventer le monde, la fiction peut aussi parfois servir à se réconcilier avec tous ses passés.Collaborateur Le Devoir LA MESURE DU TEMPS Jean Boisjoli Prise de parole Sudbury, 2016, 255 pages Cœur en bouillie, homme contrit PORTRAIT D\u2019E.M.FORSTER PAR DORA CARRINGTON/WIKIPEDIA C.C.E.M.Forster aura deux grandes histoires d\u2019amour malheureuses au cours de sa vie.LA VITRINE RÉCIT DESTINY Pierrette Fleutiaux Actes Sud Arles, 2016, 184 pages Pierrette Fleutiaux n\u2019aura pas attendu la vague des témoignages poignants sur les migrants pour signer Destiny, un récit aussi original que constructif, aussi intelligent que sensible.Elle met en scène Anne, une retraitée française, et Destiny, jeune Nigériane migrante, dont elle fait la connaissance sans le vouloir, par hasard, parce qu\u2019elle voit les gens autour d\u2019elle.Anne se prend d\u2019amitié et de compassion pour cette fille, qui va accoucher, perdue à Paris, visiblement démunie et culturellement décalée.Elles communiquent en anglais, à travers les accents et les références absentes.Anne aide Destiny, avec des gestes de base, qui sauvent, des coups de fil utiles, dans un réseau qui fait des miracles quotidiens.Fleu- tiaux pointe délicatement le dévouement des services médicaux et sociaux, des gens qui y œuvrent auprès de ceux qui y échoient.Écoute, efficacité, compétences, devant les besoins immenses, démesurés, de la misère\u2026 Destiny est résiliente et triomphe de ses traumas, et ce récit clair et superbe dessine la relation de ces deux femmes, si différentes, si étrangères l\u2019une à l\u2019autre, mais unies par la force de vie et la solidarité.Fleutiaux est experte, et Actes Sud se démarque, dans la production française de cette année, par la justesse et la qualité de ses publications.Lire peut changer le monde.Guylaine Massoutre ROMAN L\u2019AUTRE JOSEPH Kathévane Davrichewy Sabine Wespieser Paris, 2016, 278 pages Staline est né en Géorgie, en 1878.L\u2019arrière-grand-père de Ka- thévane Davrichewy lui ressemblait comme deux gouttes d\u2019eau.Ils grandissaient à quelques rues d\u2019écart, et on disait que la mère de l\u2019un avait eu une liaison avec le père de l\u2019autre.Deux bouillants caractères, têtes dures aux rêves opposés, au même prénom: l\u2019un bandit, devenant nationaliste géorgien, l\u2019autre révolutionnaire bolchevique.L\u2019un en prison, l\u2019autre en Sibérie, bientôt rivaux aux bras armés, dans des camps opposés.La romancière évoque cette histoire familiale, colportée par les siens.Les hommes y sont taiseux, mais aussi hommes d\u2019action et capables d\u2019humour, et la mémoire de Staline y est vive.Elle trace aussi un tableau d\u2019époque, puisant dans le récit de son père, sur le même sujet, publié en 1979 ; elle mesure toutefois ce qui en a basculé entre les générations, un regard géorgien, un sens de l\u2019histoire et du destin.Guylaine Massoutre L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J U I L L E T 2 0 1 6 E 8 J\u2019 aurais voulu aimer Eugenie Bouchard.Je pratique le tennis depuis presque quarante ans et je suis avec intérêt depuis autant d\u2019années les exploits des professionnels de ce sport.Quand Eugenie Bouchard a vraiment percé, en 2014, en s\u2019imposant dans les grands tournois, je m\u2019en suis réjoui.Enfin, me disais-je, le tennis québécois a sa première vraie championne, et elle est éclatante.O r, d e p u i s , m a l g r é l e s réels exploits spor tifs de la jeune femme, j\u2019ai déchanté.C\u2019est que la championne, en ef fet, n\u2019est pas toujours aimable et ne bri l le pas par son attachement au Québec, surtout s\u2019il parle en français.Dans un de leurs récents spectacles, les Zapartistes affirment même « en avoir plein l\u2019cul » qu\u2019on dise « la Québécoise Eugenie Bouchard », tellement cette der nière ne s\u2019identifie pas au Québec.Dans Eugenie Bouchard : le rêve \u2014 un t i tre pour le moins paresseux \u2014, Michel Marois, journaliste sportif à La Presse +, raconte sobrement le parcours exceptionnel de l\u2019athlète.Docteur en science politique grâce à une thèse sur Maurice Richard et l\u2019émeute du Forum de Montréal en 1955, Marois est un journaliste d\u2019expérience qui connaît le tennis.Il suit la carrière de Bouchard depuis 2008 et dit vouloir proposer, dans ce l ivre, « une vision lucide et équilibrée d\u2019une des plus grandes athlètes du sport professionnel canadien ».Ma- rois ne cache pas son irritation devant les frasques de Bou- chard, qu\u2019il attribue à son immaturité et à son entourage, mais, sympathique à la cause de la joueuse, il insiste surtout sur ses faits d\u2019armes sportifs.Parmi l\u2019élite Ces derniers sont remarquables.En 2014, à l\u2019âge de vingt ans, Eugenie Bouchard a atteint le 5e rang du classement mondial en brillant dans les plus grands tournois du monde, notamment à Wimbledon, où elle a perdu en finale.Après une année de misère en 2015, elle a dégringolé au classement (en début de semaine, elle pointait au 41e rang), mais elle demeure parmi l \u2019él ite mondiale.Une experte comme Chris Evert continue de croire en ses capacités de regagner le sommet, un avis par tagé par Michel Marois.En cette matière, tous les espoirs sont encore permis.Or, les résultats, les performances, surtout dans un sport civilisé comme le tennis, ne sont pas tout.L\u2019esprit compte aussi et est souvent garant, d\u2019ailleurs, du succès à long terme.À cet égard, Bouchard, mise à l\u2019amende pour conduite antisportive à Wimbledon cet été, a encore des croûtes à manger.En mai 2015, dans Le Journal de Montréal, le chroniqueur Réjean Tremblay affirmait que l\u2019athlète traînait «une réputation de petite baveuse » chez les journalistes et chez les joueuses.Michel Marois évoque lui aussi cette facette de Bou- chard.«Déjà, note-t-il, dans les tournois pour les jeunes, la famille était reconnue pour ses exigences » et passait pour snob.En 2014 et en 2015, Bouchard, au mépris de la tradition, a refusé de serrer la main de ses adversaires en ouverture de la Coupe de la Fédération.La jeune femme, en 2014, avouait ne pas avoir d\u2019amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.On flirte ici avec l\u2019air bête et le manque de classe.Le malaise québécois «Cette fille, écrivait encore T r emblay, devrai t quand même avoir des racines.Estelle consciente que des millions de Canadiens et de Québécois sont fiers d\u2019elle?[\u2026] Y a-t-il quelqu\u2019un qui lui a expliqué qu\u2019avoir une base solide dans une carrière peut parfois être salvateur?» On dirait bien que non.Les propos de Bouchard sur le Québec sont par fois blessants.Affirmer que l\u2019hiver québécois est trop froid et qu\u2019elle préférerait vivre en Australie peut toujours passer, mais se féliciter, comme elle l\u2019a fait en 2014, de ne pas parler français avec l\u2019accent québécois était pour le moins indélicat.Issue d\u2019une famille québécoise anglophile et monarchiste \u2014 son prénom, sans accent, est inspiré par celui d\u2019une des filles du prince Andrew \u2014, Bouchard, qui tient à se faire appeler Genie et qui désigne maintenant la Floride comme son « home », donne l\u2019impression de n\u2019avoir rien à cirer de ses racines québécoises.Elle en a le droit, évidemment, mais nous avons le droit de le déplorer.Quand, en février 2016, la joueuse a inconsidérément appuyé la croisade d\u2019Uber au Québec \u2014 « Do it guys », a-t-elle écrit sur Twitter \u2014, elle a fourni une preuve supplémentaire de son manque de tact social.Comme amateur de tennis québécois, j\u2019aurais voulu pouvoir aimer Eugenie Bouchard.Or, j\u2019aime le sport et le Québec plus que la victoire et la gloire, alors que Bouchard, pour le moment du moins, incarne l\u2019équation inverse.Dommage.Elle est ici, cette semaine, chez elle, pour participer à la Coupe Rogers.L\u2019occasion est belle, pour elle, de nous montrer qu\u2019elle a grandi en sagesse.Le cas échéant, nous serions volontiers indulgents.louisco@sympatico.ca EUGENIE BOUCHARD : LE RÊVE Michel Marois La Presse Montréal, 2016, 240 pages Eugenie Bouchard : qu\u2019il est difficile de l\u2019aimer LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR En 2014, Eugenie Bouchard avouait ne pas avoir d\u2019amies parmi les joueuses, qui ne sont pour elle que des adversaires.P A U L B E N N E T T L a Belle et la Bête, Hansel et Gretel, Jack et le haricot magique : ces contes d\u2019autrefois peuvent-ils encore avoir une résonance en 2016 ?Ces petites fables cruelles, avec leur incontournable leçon de vie, pe u - vent-elles encore ser vir de révélateurs des peurs et des angoisses de la société à l\u2019ère de l\u2019égoportrait et de Facebook?C\u2019est en tout cas ce que croi t l \u2019écr ivain américain Michael Cunningham (Les heures) qui, dans un recueil intitulé Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d\u2019enfants et puis\u2026, revisite en les adaptant une dizaine de contes traditionnels, surtout anglo-saxons.L\u2019« habillage » est résolument contemporain \u2014 cellulaire, métro, télé \u2014, de même que les thèmes : l\u2019individualisme exalté, l \u2019avidité des possédants, les écueils et les atouts de la marginalité.La langue, v i r tuose et douce -amère , recèle une bonne dose de cynisme et d\u2019humour noir.Le tout donne un recueil plutôt inégal, lassant lorsque l\u2019auteur se colle trop au modèle original, drôle et captivant lorsqu\u2019il réussit à réinventer le canevas d\u2019origine.Dans une manière de préface intitulée «Dés-enchantés », Cunningham souligne que, de nos jours, presque tout le monde est à l\u2019abri des malédictions et des sortilèges, sauf « les individus les plus rares, ceux auxquels ont été conférés non seulement le pouvoir et la renommée, mais aussi une beauté qui fascine les oiseaux dans les arbres, alliée à une grâce, une générosité et un charme si naturels qu\u2019ils en deviennent des qualités ordinaires ».« Qui ne souhaiterait, demande-t-il, bousiller ces gens- là ?» L\u2019envie, poursuit Cunningham, est inséparable de l\u2019adulation dont jouissent les athlètes et les vedettes du petit ou du grand écran, les politiciens ou les têtes couronnées.Dans La vieille folle, une f i l l e mène une v ie de dé - bauche avant de se marier puis de se vautrer dans une vie insipide sur les tabourets d\u2019un bar.Elle acquier t une réputation d\u2019excentrique et de fo l le a imant in i t ier les jeunes hommes aux joies de l \u2019amour.Devenue v ie i l le , elle se construit une maison en pain d \u2019épices en banlieue.Un jour, un garçon e t une f i l l e tatoués trouvent refuge chez elle, puis se débarrassent de la vieille en l\u2019enfermant dans\u2026 devinez quoi ?D a n s J a c k e t l e g é a n t , l e h é r o s , cynique et irresponsable, décide un matin de grimper le plant de haricot géant devant sa fenêtre et réussit à se sauver avec les sacs d\u2019or du géant qui habite au-dessus des nuages.Insatisfait de la belle vie qu\u2019il mène avec sa mère grâce à ce trésor, il retour ne chez le géant pour lui voler sa poule aux œufs d\u2019or.Même s\u2019il possède désormais tout ce qu\u2019il peut désirer, le voilà qui retourne encore une fois chez sa victime pour dérober la harpe d\u2019or, poursuivi par le géant qui se tue en tombant du haricot.L\u2019avidité et l\u2019âpreté au gain récompensées ! Dans un autre des meilleurs contes, la Belle se rend chez la Bête pour l\u2019amadouer par suite des malédictions proférées par celle-ci contre son père.La Bête se change bientôt en prince charmant, mais avec toujours au fond des yeux un appétit\u2026 de bête.Peut-être eût-il mieux valu que la Bête ne se change pas en prince ?Magnifiquement illustré par Yuko Shimizu, le dernier ouvrage de Michael Cunningham réser ve au lecteur de bons moments, même s\u2019il sent un peu trop l\u2019exercice de style et ne convainc pas tout à fait.Collaborateur Le Devoir ILS VÉCURENT HEUREUX, EURENT BEAUCOUP D\u2019ENFANTS ET PUIS\u2026 Michael Cunningham Traduit de l\u2019anglais par Anne Damour Belfond Paris, 2016, 197 pages Des princes plus ou moins charmants Michael Cunningham tente de redonner vie et pertinence au conte traditionnel M I C H E L B É L A I R L\u2019 Afghanistan semble avoir la cote chez les éditeurs français ; en moins d\u2019un an, c\u2019est déjà le quatrième roman à se passer là-bas qui aboutit sur mon bureau.Il faut dire que, autant par ses paysages à couper le souffle que par les conflits qui déchirent les multiples ethnies du pays, l\u2019Afghanistan est un décor de rêve pour un écrivain.Surtout quand il connaît bien le pays, comme c\u2019est le cas de Cédric Bannel dont on nous dit qu\u2019il arpente le moindre repli de la région depuis des lunes.Les personnages attachants tout comme les intrigues complexes et les descriptions somptueuses qu\u2019il nous propose ici viendront chatouiller votre goût d\u2019aventure et d\u2019exotisme en ces temps plus chauds.Corruptions en tous genres Rien n\u2019est simple dans le Kaboul d\u2019au- jourd\u2019hui.Les traces de la Coalition se voient partout alors que les bidonvilles se multiplient en soulignant les inégalités.Il y a surtout que la moindre portion de réalité se définit de façon complexe, selon des alliances plus ou moins stables.C\u2019est ce que le lecteur apprend rapidement grâce à Oussama Kandar, chef de la Brigade criminelle de la capitale afghane.Ici, les ministres \u2014 et même le chef de la Brigade des stupéfiants ! \u2014 sont souvent corrompus et tissent des liens complexes avec les grands trafiquants de drogue.Il arrive aussi que les alliés les plus précieux soient des tali- bans modérés.Pour faire régner la justice, Kan- dar et son équipe doivent se méfier constamment et travailler en secret tout en empruntant des chemins aussi abrupts et tortueux que des sentiers de montagne bordés de précipices\u2026 L\u2019intrigue s\u2019amorce, après la mise en place du nouveau gouvernement, avec la découverte du cadavre mutilé d\u2019une fillette de 10 ans dans un quartier pauvre de Kaboul.L\u2019enquête montrera rapidement qu\u2019elle porte les mêmes marques que deux autres corps retrouvés précédemment.Kandar découvrira aussi que le coup fatal a été porté à l\u2019aide d\u2019un long couteau recourbé de fabrication finlandaise: le tueur en série ne peut être qu\u2019un Occidental qui, selon un rare témoin, parle anglais.Mais c\u2019est loin d\u2019être tout puisqu\u2019une deuxième intrigue surgit, inopinément presque, en Europe.Elle nous lance sur les traces d\u2019un brillant chimiste français qui vient de synthétiser une nouvelle drogue avec laquelle la mafia russe compte prendre le marché mondial.Cet homme, Franck X, est poursuivi par l\u2019ex-pa- tronne de la Brigade nationale de recherche des fugitifs, Nicole Laguna, qui a pour mission de le retrouver où qu\u2019il se trouve sur la planète.Pour s\u2019assurer de son efficacité, la Cupola, la mafia de toutes les mafias, tient la famille de l\u2019ancienne directrice en otage.« Assistée » par le grand liquidateur de la Cupola qui ne veut pas perdre son emprise sur ce très lucratif marché, elle remontera la trace de Franck X jusqu\u2019en Arriège, où elle découvre que sa cible est aussi un dangereux pervers sexuel.C\u2019est le lien qui manquait pour amener Nicole Laguna à travailler avec Oussama Kandar en Afghanistan.C\u2019est évidemment un peu tiré par les cheveux, mais la rencontre de deux policiers aussi hors normes est fort intéressante malgré leur petit côté superhéros.On s\u2019étonnera par contre de voir les coutumes afghanes décrites aussi fidèlement dans leur trop fréquente brutalité ; au point même d\u2019émettre une mise en garde spéciale devant l\u2019injustice et l\u2019inégalité du rapport hommes- femmes décrit tout au long du livre, ou presque.N\u2019empêche, tout cela est magnifiquement écrit et l\u2019intrigue, aussi serrée qu\u2019un ristretto.Collaborateur Le Devoir BAAD Cédric Bannel Robert Laffont, coll.«La Bête noire» Paris, 2016, 463 pages POLAR Dans les ruelles de Kaboul PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019intrigue s\u2019amorce dans un quartier pauvre de Kaboul.YUKO SHIMIZU BELFOND Michael Cunningham revisite une dizaine de contes traditionnels sous un habillage contemporain.Michael Cunningham "]
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