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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-08-06, Collections de BAnQ.

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[" C H R I S T O P H E H U S S C armina Burana, en 2014, avait rassemblé 40 000 spectateurs au Parc olympique.Carmen, en 2015, en a attiré 45 000.En additionnant le public de la fin de semaine de La Virée classique à celui de la Place des Arts, l\u2019OSM surpasse désormais en audience le Festival de Lanaudière, fort de ses 39 ans de tradition.Une place au cœur de l\u2019été Les sceptiques auront été confondus.L\u2019une des premières actions de Kent Nagano en tant que directeur musical avait été de supprimer le Festival Mozart Plus, qui se tenait les mercredis de juillet à la basilique Notre-Dame.L\u2019été de l\u2019OSM s\u2019est largement reconfi- guré à son propre calendrier puisque, pendant ses pre - mières années, la direction du Festival d\u2019opéra de Munich lui interdisait toute présence au Québec en juillet.D\u2019une contrainte est né un nouvel élan avec La V irée classique, concept décalqué des Folles Journées nées en France, à Nantes.L\u2019espace d\u2019une fin de semaine, les vendredi 12 et samedi 13, la Place des Ar ts deviendra un chaudron musical.Le format reste le même : 30 concerts de 45 minutes accessibles à par tir de 10 $ (pour les 17 ans et moins accompagnés d\u2019un adulte).En 2015, Kent Nagano a voulu faire du concert au Stade olympique le premier acte de La Virée classique.En 2016 s\u2019ajoute un volet extérieur gratuit de trois événements au parterre du Quartier des spectacles.Le directeur musical de l\u2019OSM a ainsi trouvé le chaînon manquant entre la grande soirée populaire au Stade olympique le mercredi 10 et la Virée des 12 et 13 août.Le public pourra entendre et voir, jeudi 11 août, à 19 h, en première mondiale, une composition électroacoustique de Rober t Normandeau pour célébrer les 50 ans du métro de Montréal, le film d\u2019animation Music Land de Walt Disney, avec la bande sonore originale, et un film muet avec Harold Lloyd (Pour l\u2019amour du ciel), dont la trame sonore sera improvisée en direct par Philippe Bélanger à l\u2019orgue Pierre-Béique et retransmise à l\u2019extérieur de la Maison symphonique.Le vendredi 12 sera projetée la production de La flûte enchantée de Mozar t mise en scène par Julie Taymor au Metropolitan Opera (une version en anglais avec sous-titres français).Le samedi 13 août, à partir de 10h30, des prestations de jeunes musiciens de l\u2019Orchestre à vent du collège Notre-Dame, de l \u2019Ensemble à ven ts de Sherbrooke, des ensembles de chambre de l\u2019Orchestre national des jeunes du Canada et de l\u2019Orchestre symphonique des jeunes de la Montérégie seront intégrées dans une émission en direct de Radio-Classique animée par Marc Hervieux.Pour pique-niquer et apprécier les saveurs montréalaises tout au long de ce volet extérieur, des camions gastronomiques se trouveront sur place.Au menu des concerts Le rendez-vous du Stade mercredi célébrera le 40e anniversaire des Jeux olympiques et du Parc olympique dans une mise en scène de Charles Dauphinais et une réalisation visuelle de Jocelyn Barnabé.Se succéderont la Fanfare for the Common Man de Copland, des extraits des Planètes de Holst (avec Mars et Jupiter en entier), la Chevauchée des Walkyries et la Grande porte de Kiev.Animée par France Beaudoin, la soirée réunira plusieurs athlètes.Pour La Virée classique de la Place des Arts, les invités vedettes seront le violoniste Pin- chas Zukerman, soliste du premier concert, dans le 1er Concerto de Max Bruch, et le pianiste brésilien Nelson Freire, que l\u2019on pourra entendre en récital, vendredi soir, et dans le 9e Concerto de Mozart, samedi à 12h15.Les autres solistes invités seront les pianistes Serhiy Salov, Charles Richard-Hamelin et Gilles Vonsattel, la violoniste Arabella Steinbacher, les violoncellistes Amanda Forsyth et Adolfo Gutiérrez Arenas, le mandoliniste Avi Avital, le ténor Michael Schade, les sopranos Sarah Wegener, France Belle- mare et Marianne Fiset.Le lauréat du Concours OSM Manu- vie 2015, le pianiste Scott MacI- saac, se produira en récital samedi à 13h30 au Piano Nobile.Kent Nagano dirigera sept concerts, dont deux fois la Neuvième Symphonie de Beethoven (vendredi à 20 h 45 et samedi à 14 h), mais aussi la Symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns, en clôture, samedi à 21 h30.En matière de musique de chambre, les rendez-vous marquants sont le récital de mandoline et le concert Vivaldi d\u2019Avi Avital, le premier se tenant vendredi à 19 h 15 au Piano Nobile et le récital de piano de Nelson Freire, vendredi à 20 h 30 à la Cinquième Salle.La violoniste Arabella Steinbacher a de nombreux admirateurs à Montréal.Ils l\u2019entendront dans le Quintette avec piano de Brahms (pianiste : Gilles Vonsttel) vendredi à 19 h et dans des sonates pour violon et piano de Mozar t et Prokofiev samedi à 12h30.Gregor y Charles, présent avec Radio-Classique, présentera Vir tuose : le spectacle samedi à 16h15 à la Maison symphonique.À noter : la présence de l\u2019Orchestre des jeunes du Canada, sous la direction de Perry So, samedi à 18 h.Est-ce le début d\u2019une collaboration plus étroite qui permettrait à l\u2019OSM d\u2019augmenter le nombre de concerts de Virées futures en s\u2019adjoignant les services d\u2019un orchestre symphonique invité?Le Devoir LA VIRÉE CLASSIQUE OSM COUCHE-TARD Du 10 au 13 août 2016.www.osm.ca.Billets : 514 842-9951.S A M U E L A R C H I B A L D E lle est ma night-mère.Elle fait partie d\u2019un triumvirat d\u2019écrivains qui ont allumé chez moi l\u2019étincelle d\u2019une vocation.C\u2019est toujours avec elle ou contre elle que j\u2019écris.Il y a longtemps que je l\u2019aime, même si ce n\u2019est pas d\u2019un amour aveugle.L\u2019écriture d\u2019Anne Hébert me semble écartelée entre deux pôles.Et si son œuvre est nourrie de cette ambivalence, je suis moi-même plus attiré vers l\u2019un que vers l\u2019autre.D\u2019un côté, il y a la tentation de la virtuosité et de la maîtrise, qui s\u2019incarne dans l\u2019élégance du style et des structures; de l\u2019autre, il y a le pouvoir de l\u2019excès, qui s\u2019exprime autant par la violence des thèmes que par une volonté de dynamiter ponctuellement le caractère trop soyeux de l\u2019écriture.Ces deux courants traversent toute l\u2019œuvre poétique et romanesque, comme si Anne Hébert avait constamment gardé vivantes en elle à la fois l\u2019image future d\u2019une vieille femme très digne, poétesse-lau- réate et presque lieutenante-gouverneure, et celle, fantasmée, d\u2019une fillette espiègle et rebelle, «hirsute, pouilleuse et barbouillée de mûres».À une extrémité du spectre, l\u2019écriture d\u2019Anne Hé- bert m\u2019apparaît parfois un peu indolente dans sa beauté lisse.À l\u2019autre bout, elle m\u2019étourdit et elle m\u2019enivre.J\u2019ai aimé Kamouraska et Les fous de Bassan, mais Les enfants du sabbat est le livre auquel je reviens toujours, inlassablement.Comme sœur Julie de la Trinité, je suis obsédé par le souvenir d\u2019une cabane dans les montagnes où s\u2019agitent, comme des ivrognes ou des dieux grecs, Philomène et Abélard, la sorcière et le survenant, amants maudits et magnifiques, bootleggers, squatters et nomades.Joyeux bordel et étrange couvent, baroque et noir, immense faute de goût (scandaleuse à la fois d\u2019être épouvante et d\u2019être farce), d\u2019un érotisme cruel et dérangeant, Les enfants du sabbat est le cœur noir de l\u2019œuvre, le roman de la démesure et de l\u2019excès qui se trouvent exprimés jusque dans la langue, constamment parasitée par un vernaculaire et une vulgarité d\u2019ordinaire absents chez l\u2019écrivaine.Les enfants du sabbat est le roman d\u2019Anne Hébert qui chouenne et qui sacre, peuplé de genses et de verrats, qui boivent de la bagosse et mangent des patates pourrites, où les femmes parlent d\u2019accoucher comme de «chier des briques» et s\u2019éloignent en prenant soin de ne pas glisser dans la slush.Les enfants du sabbat est aussi son roman à la construction la plus chaotique, dictée par une voix narrative qui s\u2019exprime, sans rime ni raison, tantôt au présent et tantôt au passé, tantôt au « je », au « nous » ou au « elle », dans une valse déréglée qui ne trouve jamais d\u2019équilibre.Il est finalement, de loin, le roman le plus trash d\u2019Anne Un groupe légendaire au festival Orientalys, Raïna Raï Page E 4 Le Théâtre de la Dame de cœur célèbre 40 ans d\u2019audace Page E 6 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 Le goût des autres, c\u2019est ce lieu où un auteur lit, commente ou critique l\u2019œuvre d\u2019un autre qui l\u2019inspire et à qui il voue une très grande admiration.Aujourd\u2019hui, Samuel Archibald relit l\u2019un de ses romans fétiches, Les enfants du sabbat d\u2019Anne Hébert.LE GOÛT DES AUTRES Leçon de ténèbres Samuel Archibald est depuis longtemps fasciné par le roman le plus trash d\u2019Anne Hébert PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019été dernier, Carmen a attiré 45 000 spectateurs au Parc olympique.Avec La Virée classique, qui se tient du 10 au 13 août, l\u2019Orchestre symphonique de Montréal a trouvé le moyen de donner une touche classique pertinente à un moment d\u2019accalmie au cœur de l\u2019été festivalier montréalais.En reliant, en 2015, le désormais rituel concert au Stade olympique à la Virée, l\u2019OSM a tout simplement créé le plus grand rendez-vous classique au pays.La Virée classique, mode d\u2019emploi JACQUES GRENIER LE DEVOIR L\u2019écriture d\u2019Anne Hébert semble écartelée entre deux pôles.VOIR PAGE E 6 : HÉBER T PASCAL GUYOT AGENCE FRANCE-PRESSE Un des invités vedettes, le pianiste brésilien Nelson Freire Y V E S B E R N A R D C ette année, le Festival international de tango de Montréal se déroule du 9 au 14 août.Il proposera trois spectacles, dix milongas, des projections de longs métrages et 44 classes, aussi bien pour les aficionados que pour les débutants.En plus, on accueille cinq couples de danseurs et le groupe de Buenos Aires qui était venu en 2013 : le Quinteto Cinco Esquinas, qui sera présent tout au long de la semaine, animant les milongas, of frant un spectacle gratuit aux Serres municipales de Verdun et proposant le Spectacle des maestros ainsi qu\u2019un Hommage à Mariano Mores et Horacio Salgán, deux grands maîtres du tango argentin.«Mariano Mores est non seulement un pianiste exceptionnel, il a aussi introduit des instruments qui, comme la batterie, n\u2019étaient pas l\u2019apanage du tango », raconte Andrés Ros- coni, leader et lui-même pianiste du Quinteto Cinco Esqui- nas.«Quant à Horacio Salgán, je pense qu\u2019il est le plus grand pianiste de l\u2019histoire du tango.Il a 100 ans, il vit encore et, récemment, on lui a rendu hommage au Teatro Colón de Bue- nos Aires.Il a joué du piano en public jusqu\u2019à l\u2019âge de 95 ans.Il a maintenant laissé sa place à son fils, mais il continue de composer et de travailler chaque jour.Dans les années 1960, il a formé le Quinteto Real.C\u2019est un arrangeur et un musicien qui a une technique prodigieuse et une imagination débordante.Il a aussi 400 arrangements à son crédit.» Andrés Rosconi est un directeur pianiste qui s\u2019inspire des grands directeurs pianistes de l\u2019histoire.Très influencé par le réper toire du Quinteto Real lorsqu\u2019il a formé le Quinteto Cinco Esquinas en 2005, il a fait évoluer le réper toire de son groupe pour l\u2019adapter à un spectre plus large.«Au début, je réécrivais les partitions du Quinteto Real et nous étions très heureux de jouer cela.Puis, nous avons intégré les années 1920, la période de Gardel, jusqu\u2019aux années 1950, du Piazzolla et au-delà.» Plusieurs autres maestros l\u2019ont marqué, dont Osvaldo Pu- gliese, Anibal Troilo, Alfredo Gobi et Alfredo Berlinghieri.L\u2019écoute de plusieurs pièces du groupe permet de comprendre la diversité de l \u2019approche, même si la facture est assez classique, avec les instruments habituels comme le bandonéon, le piano, la contrebasse, le violon et la guitare.Une guitare électrique occupe beaucoup d\u2019espace et se mêle aux autres instruments.Des effets rythmiques à la Piazzola se font entendre.Et le son peut parfois devenir plus contemporain.« Dès le début, l\u2019idée était de former un orchestre de tango assez petit pour s\u2019adapter à tout, explique Andrés Rosconi.Nous visons la palette la plus grande possible avec un quin- teto.Dans nos spectacles, on a plusieurs moments où on intercale les années 1940, 1950, 1960 et du Piazzolla plus récent.On veut marquer tous les styles.Les gens qui nous écoutent savent qu\u2019ils ne vont pas écouter seulement un style de tango.On peut aborder le tango traditionnel dans une forme plus intime qui se rapproche de la musique de chambre.On fait du tango aussi bien pour la danse que pour l\u2019écoute.» Avec, en prime, Natsuki Nishihara, une Japonaise au bandonéon.Collaborateur Le Devoir CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 2 La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE ISABELLE FAUST, violon ALEXANDER MELNIKOV, piano Jeudi 10 novembre \u2013 19 h 30 BEETHOVEN Sonates nos 1, 2 et 3, opus 12 Sonate no 9, « À Kreutzer », opus 47 L\u2019enregistrement des dix Sonates pour violon et piano de Beethoven par ce duo d\u2019exception a été acclamé par la critique.Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 Présenté par S É R I E T I F F A N Y CONCERT ANNIVERSAIRE Mercredi 28 septembre \u2013 19 h 30 J.S.BACH Concertos brandebourgeois nos 2 et 5 MONTEVERDI Motet Domine ad adjuvandum MENDELSSOHN Octuor à cordes M.McKINLEY Hommage à Louis C.Tiffany Soyez des nôtres pour cette soirée anniversaire haute en couleurs avec plus de 25 musiciens.PHILIPPE SLY, baryton-basse Dimanche 6 novembre \u2013 14 h Les sessions Schubert Un récital de lieder de SCHUBERT par le charismatique Philippe Sly accompagné du guitariste John Charles Britton.DAME EVELYN GLENNIE Mercredi 5 octobre \u2013 19 h 30 Anne Manson, chef Dame Evelyn Glennie, percussion Orchestre de chambre du Manitoba Œuvres de CHOSTAKOVITCH, CORELLI et VIVALDI L\u2019extraordinaire percussionniste Dame Evelyn Glennie vous éblouira par sa virtuosité.FRETWORK, consort de violes (Grande-Bretagne) Jeudi 6 octobre \u2013 19 h 30 Invitée : Suzie LeBlanc, soprano My Mind to Me a Kingdom Is Œuvres de BYRD, GIBBONS et PURCELL Le summum de l\u2019élégance anglaise ! CHRISTIAN IMMLER, baryton Mercredi 7 décembre \u2013 19 h 30 Les chants du cygne Le baryton allemand propose les derniers cycles de chant écrits par BARBER, BRAHMS, FAURÉ, RAVEL et SCHUBERT.ROMÉO ET JULIETTE 11 AOÛT CONCERT GALA 12 AOÛT 13e www.icav-cvai.ca www.admission.com Du 25 juillet au 15 août 2016 14 \u2013 27 AOÛT DIRECTEUR GÉNÉRAL & ARTISTIQUE ANDRÉ J.ROY ENTRÉE GRATUITE / RÉSERVEZ VOS PLACES 2016 6 CONCERTS EXCEPTIONNELS 18 08 ROLSTON CANADA / GOLDMUND ALLEMAGNE 19 08 MECCORE POLOGNE / ARGUS ÉTATS-UNIS 14 08 BORODIN RUSSIE CONCERT D\u2019OUVERTURE 27 08 CALIDORE ÉTATS-UNIS / CANADA CONCERT DE CLÔTURE 25 08 GOLDMUND ALLEMAGNE / ROLSTON CANADA 26 08 ARGUS ÉTATS-UNIS / MECCORE POLOGNE QUATUORS À CORDES SALLE POLLACK 19 H MISQA.COM 514.550.8057 INVITÉS : STEFAN FEHLANDT & VLADIMIR BALSHIN P arfois, on accumule les virées à l\u2019autre bout du monde sans avoir pris le soin d\u2019explorer les régions près de chez soi, mais cet été, pas d\u2019exotisme à l\u2019horizon de mes vacances.J\u2019ai emprunté pour la première fois les routes du Nouveau-Brunswick, tout étonnée de découvrir à quel point la francophonie demeurait vivace dans la péninsule acadienne.Je l\u2019avais crue plus amochée.Fière de ses racines, à part ça.Hors de son enclave, l\u2019anglais domine la province.Un vrai repaire d\u2019irréductibles.Quand on embrasse le panorama du haut du phare à la pointe de l\u2019île Miscou, entre la Baie-des- Chaleurs et le golfe du Saint-Laurent, l\u2019Acadie et la Gaspésie se marient sous le même brouillard.Roulant de Shippagan au Cap-Pelé, plus bas et par-delà, je sentais pourtant le manque d\u2019amarres politiques entre nos deux territoires.Intimes au cours des années 1960 et 1970, le Québec et l\u2019Aca- die avaient manifestement dérivé loin l\u2019un de l\u2019autre, comme jadis les continents.Il me semblait que le PQ, du moins, par son projet collectif, aurait pu au cours de ses mandats tisser des liens plus solides avec le Nouveau-Brunswick, seule province bilingue canadienne, dont on franchit la frontière sans s\u2019en apercevoir.Sa population francophone est plus fragile, moins nombreuse qu\u2019au Québec, en lutte pour sauver la même langue.À croire que le Québec nationaliste ne s\u2019est jamais remis du refus du Nouveau-Brunswick d\u2019appuyer ses visées référendaires.Nul ne comprend l\u2019autre, en somme, chacun pris dans les rets de son histoire et de ses mécanismes identitaires.L\u2019Acadie du XVIIIe siècle d\u2019avant la déportation, que la France et l \u2019Angleter re s\u2019ar ra- chaient, s\u2019était voulue neutre, tout en refusant de prêter allégeance à la Couronne britannique.Hier, c\u2019est aujourd\u2019hui.Suivez les artistes ! Remarquez, des liens musicaux, littéraires et ethnologiques sont encore tissés serré entre les deux territoires.L\u2019Acadie des artistes et des écrivains s\u2019exporte au Québec.Sans les chansons de Lisa LeBlanc et d\u2019Édith Butler auparavant, sans les films de Rodrigue Jean, sans les voix de la diaspora louisianaise, sans la Sa- gouine d\u2019Antonine Maillet \u2014 dont la faune revit plein kitsch sur une île de Bouctouche \u2014, l\u2019écho acadien serait plus ténu sur nos terres.La culture érige des ponts partout.À la Librairie Pélagie de Caraquet, j\u2019ai acheté Solstices d\u2019Herménégilde Chiasson, le poète acadien emblématique.Ses phrases s\u2019entortillent par fois, mais sur une musique si belle qu\u2019on ne revient pas toujours en arrière pour en pénétrer tout le sens.La mélodie des mots suf fit par fois à notre bonheur.Ailleurs, une image frappe au tournant : «Un arbre qui tombe dans la forêt et le bruit que personne n\u2019entendra.» Allez ! Son livre fera la route avec nous.En Acadie, d\u2019autres fantômes que les nôtres hantent les francophones, et comment les ignorer ?De lectures en visites de petits musées, de conversations en observations, tout ramène le visiteur à la déportation.Le «Grand Dérangement » de 1755 à 1763 est tellement un euphémisme que l\u2019expression fait sourire.Grands dérangés, vous dites, ces Acadiens condamnés à l\u2019errance par les Anglais ?Leurs familles séparées aux quatre vents, avec le mythe d\u2019Évangéline, poème d\u2019Henry Longfellow, pour en symboliser les déchirements.Le voyage vous remet en tête leur expulsion de la Nouvelle-Écosse, puis leur dissémination vers la France, l\u2019Angleterre, les États-Unis, le Québec.Le Nouveau-Brunswick fut lui-même une terre d\u2019accueil pour les Néo-Écossais arrachés à leurs aboiteaux.Certains fuyards s\u2019étaient cachés dans le bois, où ils fraternisaient avec les autochtones, qu\u2019ils tassèrent à leur tour.L\u2019histo ire est un grand dérangement à répét i t ion.Voyage entre les solitudes De cet exode-là, il reste quelque chose en Acadie ; comme un sentiment de nation inachevée, fractionnée, sensible partout, dont les créateurs et les gens témoignent.Le fait français, si vivace dans la péninsule acadienne, s\u2019efface des villes du centre, mais aussi du Sud, comme à Fredericton, puis le long de la côte jusqu\u2019à la baie de Fundy.Au milieu : Shediac (attrape-touristes) est une zone tampon où le chiac, au confluent des deux langues, domine, avec quelques brèches à Moncton, très français malgré tout.On se heurte aux cloisons entre chaque communauté.Francophones d\u2019un bord, anglophones de l\u2019autre, et autochtones au milieu.Trois solitudes repliées sur elles-mêmes.Micmacs et Malécites s\u2019isolent, bien davantage que les Premières Nations du Québec, absents de la sphère publique, des routes et des cafés d\u2019étapes, sans même proposer d\u2019artisanat.On demande aux Blancs : « N\u2019y a-t-il pas une réserve à côté d\u2019ici ?» Ils vous regardent de travers : « Vous voulez vous rendre là-bas ?» Stupeur et tremblements ! Les Micmacs ne sont pas trop accueillants, faut dire, et nous collent un camion au derrière pour pousser l\u2019auto vers la sortie.De vieilles rancunes liées aux quotas de pêche au homard n\u2019ont pas amélioré leurs rappor ts avec les Acadiens blancs, toutes langues confondues.Dans leurs fiefs de Miramichi, de Fredericton ou d\u2019ailleurs, des commerçants anglophones envoient balader, assez souvent pour que ça se remarque, les voyageurs francophones.Des tensions aiguës, à fleur de peau.Alors, je me suis plongée dans le roman historique Les marées du Grand Dérangement de Claude Le Boutihiller, un des auteurs les plus féconds de l\u2019Acadie, enfanté par Caraquet, disparu au printemps, afin de mieux comprendre les antagonismes croisés venant apparemment de loin.Saga de la dépossession des Acadiens comme des Micmacs, qui s\u2019éclaire en détail dans ce livre.Au retour par le Maine, en pleine forêt, une vieille hôtelière dans sa cage de verre pare-balles, une carabine bien à la vue, montrait un nouveau visage de la société : l\u2019Amérique de Donald Trump.Il en existe heureusement une autre.otremblay@ledevoir.com L\u2019Acadie, si loin, si proche ODILE TREMBLAY 14E FESTIVAL INTERNATIONAL DE TANGO DE MONTRÉAL Tango pour la danse et pour l\u2019écoute QUINTETO CINCO ESQUINAS Le Quinteto Cinco Esquinas sera présent tout au long de la semaine pour animer différents spectacles.Festival international de tango de Montréal, du 9 au 14 août à Montréal.Le Quinteto Cinco Esquinas au Festival, le 9 août : mi- longa d\u2019ouverture au théâtre Rialto avec les danseurs invités.Le 10 août : Tango au clair de lune aux Serres municipales de Verdun avec Luisa Calle et Alexander Moncada, gratuit.Le 11 août : Hommage à Mariano Mores et Horacio Salgán au théâtre Rialto avec les danseurs Vanessa Fatauros et Damian Rosenthal ainsi que Laura Sidera et Mauricio Monzon.Le 13 août : Spectacle des maestros au théâtre Rialto avec les danseurs invités.Le 14 août : milonga de clôture au théâtre Rialto avec les danseurs invités.www.fitm.ca P H I L I P P E R E N A U D L es dix concerts au Centre Bell de la gloire de Charlemagne au Centre Bell (jusqu\u2019à mercredi), suivis des cinq soirs au Centre Vidéotron de Québec (les 20, 21, 24, 25 et 27 août) et des deux dernières dates à l\u2019Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières (30 et 31 août) paraissent déjà comme un exploit, et pas uniquement pour un artiste québécois.Or, sous la loupe, cette tournée prend les allures d\u2019un événement sismique.Faisons un calcul rapide.Le producteur Evenko confirme que la capacité du Centre Bell pour chacun des concerts de la diva est d\u2019environ 15 500 spectateurs et qu\u2019il « ne reste que quelques billets pour trois ou quatre de ces spectacles », affirmait Christine Montreuil, attachée de presse de l\u2019entreprise.On ne connaît pas le nombre de billets vendus pour les concerts au Centre Vidéotron, mais on présume qu\u2019ils ont été pratiquement tous écoulés ; chez Evenko, on suggère que la capacité du Centre sera d\u2019environ 13 000 spectateurs pour ces concerts.On en comptera 9000 encore par soir à Trois-Ri- vières.Estimation totale : 238 000 billets écoulés pour voir Céline Dion interpréter un répertoire spécialement constitué de chansons en français.Depuis 2004, l\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) récolte et analyse des données relatives aux industries culturelles de la province.Selon les données publiées dans le plus récent bulletin Optique culture \u2013 La fréquentation des arts de la scène au Québec en 2014 (numéro 42, septembre 2015), l \u2019assistance aux spectacles de chanson francophone en 2014 représentait 617 902 billets ; les dix-sept concer ts que Céline Dion donne présentement pèsent ainsi pour près du tiers de l\u2019assistance annuelle totale aux spectacles de chanson francophone au Québec ! Croissance possible « On peut présumer que l\u2019assistance aux spectacles de chanson francophone sera en croissance cette année», avance prudemment Claude Fortier, chargé de projets Ar ts de la scène, enregistrement sonore, cinéma et audiovisuel de l\u2019OCCQ.« On peut aussi prévoir un impact positif sur les revenus de billetterie, puisqu\u2019on peut faire l\u2019hypothèse que le prix des billets est plus élevé [que la moyenne du prix pour les autres concerts de chanson francophone].» Le revenu moyen de billetterie par spectateur payant en chanson francophone était de 33,39 $ en 2014.Ce genre d\u2019anomalie statistique que représente la tournée de Céline Dion illustre toute la dif ficulté de dégager des tendances sur la santé économique du spectacle au Québec, explique Claude For tier.« Il faut dire que cette industrie carbure souvent aux gros spectacles qui vendent beaucoup de billets.Par exemple, lorsqu\u2019une importante troupe de cirque installe un chapiteau et lance un nouveau spectacle qui attire plein de monde, ça vient \u201cbooster\u201d les statistiques de cette année » et brouille le portrait global.En 2011, lorsque U2 avait attiré 160 000 spectateurs en deux jours sur l\u2019ancien site de l\u2019hippodrome Blue Bonnets, l\u2019assistance aux spectacles de chanson anglophone avait bondi de 42% par rapport à 2010.« Ce genre d\u2019événement n\u2019est jamais le seul facteur explicatif [des variations statistiques], mais il a assurément un impact.On se souvient qu\u2019en 2008, lorsque Céline Dion avait donné huit concer ts au Centre Bell, ça avait aussi eu un impact, mais sur les données du spectacle anglophone », rappelle Fortier.Dynamisées par les 167 957 billets écoulés pour Céline, les entrées aux spectacles anglophones avaient cette année-là atteint un nouveau sommet, en hausse de presque 12 % par rappor t à l\u2019année précédente.« Tant mieux si Céline Dion \u201cbooste\u201d le spectacle de chanson francophone, surtout après les résultats décevants de 2014 », commente Solange Drouin, directrice générale de l\u2019ADISQ.Comme plusieurs acteurs de l\u2019industrie, elle s\u2019inquiète de la santé du spectacle francophone au Québec, mais propose une lecture plus nuancée de la « tendance des dernières années [\u2026], la baisse de fréquentation de la chanson francophone » postulée dans le bulletin Optique Culture publié en septembre 2015.« Je crois que les statistiques of frent une vision partielle de la réalité, puisqu\u2019elle ne recense que les spectacles payants, avance Solange Drouin.Or on sait que l\u2019assistance pour les spectacles francophones est importante dans les festivals » qui offrent une programmation gratuite, comme les FrancoFolies de Montréal, par exemple.«Le circuit des festivals est très important pour nos artistes.Cet aspect de notre industrie, l\u2019OCCQ n\u2019est pas en mesure de le saisir.» Le climat demeure néanmoins incertain dans l\u2019industrie du spectacle, et la directrice générale de l\u2019ADISQ appelle à « agir sur l\u2019ensemble de l\u2019industrie pour redonner de la vigueur au spectacle francophone.Pour se vendre, notre chanson a besoin d\u2019exposition à la radio, à la télévision, sur les services de musique en ligne.Par tout, la chanson francophone est sous-représentée.Le spectacle a besoin de ces canaux de diffusion.» L\u2019Observatoire publiera le mois prochain son nouvel état des lieux des ar ts de la scène et du spectacle de chanson francophone ; une brève analyse des premières données (incomplètes) pour l\u2019année 2015 semble déjà pointer vers une très légère hausse d\u2019assistance.Et ce, sans le coup de pouce de Céline.Collaborateur Le Devoir La tournée québécoise qu\u2019ef fectue présentement Céline Dion fracassera des records de vente de billets pour un concert de chanson francophone et, conséquemment, bouleversera les statistiques d\u2019une industrie du spectacle québécois fragilisée depuis quelques années par la concurrence internationale et un marché du disque physique et numérique à bout de souf fle.Analyse.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 3 Réécrire les statistiques pour Céline Dion Le climat demeure incertain dans l\u2019industrie du spectacle au Québec GRAHAM HUGUES LA PRESSE CANADIENNE Les concerts que Céline Dion donne présentement représenteraient près du tiers de l\u2019assistance annuelle totale aux spectacles de chanson francophone au Québec.S E R G E T R U F F A U T S tan Levey fut un maître batteur et un champion boxeur.Oui, oui, oui, il battait la mesure et encaissait les coups.Ceci explique cela : il fut l\u2019as, et pas de pique SVP, des roulements de tambour qui commandent aux solistes d\u2019improviser, puis de la fermer.Il fut si apprécié, autrement dit si demandé, qu\u2019il fut et reste un des très rares musiciens à avoir tracé la diagonale entre deux points cardinaux du jazz : le «bibeaupe » et le « cool jazz », alias le jazz West Coast.Bref, il fut batteur et arpenteur.On vous parle de lui au- jourd\u2019hui parce qu\u2019il est le sujet d\u2019une biographie intitulée Stan Levey \u2013 Jazz Heavyweight écrite par Frank R.Hayde et publiée par Santa Monica Press.Une biographie que son bon ami Charlie Watts a préfacée.Oui, oui, oui.Au fil des ans, le batteur des Stones est devenu un proche de son idole de jeunesse que fut Levey.Le travai l ef fectué par Hayde \u2014 ses recherches et ses entrevues \u2014 a ceci de passionnant qu\u2019il retrace le parcours quasi typique d\u2019un artiste de cette génération.Comme la majorité des bonzes du jazz dit «West Coast », il est né dans l\u2019Est.Plus exactement le 5 avril 1926 à Philadelphie au sein d\u2019une famille désargentée.Comme Ar t Pepper, Stan Getz, Gerr y Mulligan, Shorty Rogers et consorts, il a joué dans des big bands.Mais il s\u2019est tout d\u2019abord distingué en étant avec Max Roach le batteur permanent, et non surnuméraire, on insiste, des premières années du be-bop.C\u2019est Dizzy Gillespie qui le premier lui mit le pied à l\u2019étrier et lui prodigua mille et un conseils qui, selon Hayde, ont eu une influence très bénéfique sur Levey.Qui dit Gillespie dit évidemment Charlie Parker.Avec ce dernier, Levey resta des années.C\u2019est aussi par ce dernier, le clochard céleste si cher à Jack Kerouac, qu\u2019il fut initié à l\u2019héroïne.Ainsi que le détaille Hayde, cette dépendance va lui valoir plusieurs séjours en prison.Au cours de son association avec Parker, Levey va se lier d\u2019amitié avec un homme réputé difficile, voire parfois asocial, soit Miles Davis.Jusqu\u2019à la fin de sa vie, Davis entretiendra des liens avec Levey qui ont pour origine une réalité extérieure à la musique : la boxe.Pour aider sa mère à boucler les fins de mois, Le- vey fut boxeur professionnel avant d\u2019être batteur.Pour faire court, Levey apprit les rudiments du «noble art » à Davis, qui en était fou.Bref, leur longue amitié part de là.Après avoir joué et enregistré avec tous les poids lourds du jazz de cette époque, les « beboppers » comme les maîtres du jazz classique, Coleman Hawkins, Ben Webster et compagnie, Levey va s\u2019installer en Califor nie.Avec Shelly Manne, il va devenir le batteur par excellence du «cool jazz».Il battra la mesure pour l\u2019emblématique Howard Rumsey\u2019s Lighthouse All-Stars, pour Art Pepper et Chet Baker lors de l\u2019enregistrement de The Route, pour Stan Getz, Shorty Rogers, Bob Cooper, Bil l Perkins, Hampton Hawes\u2026 En un mot, il fut le pivot de la rythmique.Ensuite, il fera ce que feront les meilleurs jazzmen de la côte ouest : du studio.Ainsi que le raconte son biographe, Levey a battu la mesure pour des dizaines et des dizaines de films, notamment The Kid of Cincinnati, Bullit ou encore Cool Hand Luke, des émissions de télé comme Mission Impossible, Mannix, Batman, Route 66 et d\u2019autres, des artistes populaires comme Frank Sinatra ou Barbra Streisand, jusqu\u2019à ce qu\u2019il décide en 1973 d\u2019arrêter la batterie pour son autre passion et son autre métier : la photographie.De cet abandon à sa mort en 2005, il n\u2019a plus jamais «battu».C\u2019est d\u2019ailleurs ces derniers épisodes qui font de ce livre une porte d\u2019entrée royale sur les univers du cool jazz et des requins de studio.Cela étant, ce livre est accompagné d\u2019une discographie sélective fort bien conçue et d\u2019un épilogue touchant car composé de vignettes sur des gens qui ont ponctué la vie du grand Stan Levey.?Dans son numéro du mois d\u2019août, le magazine Down Beat dévoile les résultats de son 64e référendum.Les pianistes Vijay Iyer et Robert Glasper, le saxophoniste Kamasi Washington et la compositrice et ar- rangeuse Maria Schneider sont les principaux lauréats de ce dernier.Le pianiste Randy Weston fait son entrée dans le Hall of Fame.Quoi d\u2019autre ?Les confidences assez marrantes de Michel Legrand sur son bon copain Miles Davis, plus les rubriques habituelles.?Le 28 juillet dernier, le Philharmonique de Los Angeles a exécuté pour la première fois un concerto pour violon composé par\u2026 Wynton Marsalis.Ce concerto, le célèbre trompettiste et directeur du Lincoln Jazz Orchestra l\u2019a écrit pour la violoniste Nicola Benedetti.Collaborateur Le Devoir JAZZ Stan Levey : maître batteur et boxeur N I C O L A S M A V R I K A K I S L e manifeste Refus global de 1948 et les artistes issus de l\u2019automatisme ont, malheureusement, éclipsé plusieurs pans de la culture au Québec.Et ce, autant dans l\u2019imaginaire collectif que dans nos musées au pays, que cela soit dans la présentation des collections permanentes ou dans la sélection des sujets pour les expositions temporaires\u2026 Il ne s\u2019agit pas de remettre en question l\u2019importance de ce mouvement, mais de prendre consc ience , entr e autr es choses, que l\u2019histoire culturelle du Québec fut effervescente avant les années 1940.Récemment, l \u2019expo sur le Groupe de Beaver Hall au Musée des beaux-ar ts de Montréal permettait à des chercheurs de faire le point sur un mouvement majeur dans la métropole du Canada dans les années 1920.Ces jours-ci, une expo au Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal permettra de revenir sur un autre moment passionnant de la culture d\u2019ici.Une revue d\u2019art moderne 1918.La guerre tire à sa fin.Ça sera la dernière.C\u2019est en tout cas ce que disent bien des gens\u2026 Un groupe d\u2019artistes et d\u2019intellectuels va lancer une revue d\u2019art et entreprendre un débat culturel.Cette revue fut créée par le musicien Léo-Pol Morin, l\u2019architecte Fernand Préfontaine et le romancier Rober t Larocque de Roque- brune.Son titre trouve son origine dans la culture amérindienne, le mot nigog (ou ni- gogue) y servant à désigner un outil en forme de trident permettant de darder le poisson.Un symbole humoristique et peut-être caustique du travail critique\u2026 Dès janvier, la revue paraît.Il y aura douze numéros de ce mensuel, l\u2019aventure s\u2019achevant en décembre de la même année.Dans le premier numéro, les fondateurs expliquent que cette revue tente «une réunion des esprits cultivés et de dif fuser des idées ar tistiques dégagées de l\u2019ignorance et de la niaiserie ».Tout un programme, qui ne plaira pas à tous.La revue Le Nigog défendra des positions artistiques hors n o r m e s , d o n t c e l l e d e l a victoire de la forme sur le contenu.Comme l\u2019écrit Pré- fontaine dans un article de février 1918 : « Le sujet ou anecdote dans une œuvre d\u2019art n\u2019a qu\u2019une impor tance bien relative [\u2026].Le sujet ne doit en aucun cas dominer les autres qualités, car l\u2019œuvre d\u2019art deviendrait alors une chose d\u2019intérêt bien passager et sortirait du domaine de l\u2019ar t.» C\u2019était alors une manière de célébrer la liberté créatrice, la subjectivité de l\u2019acte créateur et de s\u2019en pr endr e à l \u2019 i ns t r umenta - l i s a t i o n de l\u2019art par l\u2019Église et l\u2019État.Préfontaine prétend même que ce sont les moins bons ar tistes qui ont mis en avant leur sujet, « incapables de suggérer aucune impression d\u2019art » autrement.Cette revue s\u2019en prit aussi beaucoup à une montée des thèmes nationalistes, régionalistes, liés au terroir et au catholicisme.De plus, les auteurs y dénonceront une certaine indifférence du public francophone envers les arts, alors qu\u2019il leur semble qu\u2019ailleurs \u2014 c\u2019est-à- dire en France \u2014 la culture a droit de cité.Édouard Montpe- tit, dans l\u2019article « L\u2019art nécessaire », écrit ceci : « L\u2019œuvre d\u2019ar t est une richesse, une source dont plusieurs pays tirent d\u2019abondants revenus.Mais l\u2019art est infiniment mieux qu\u2019un article de commerce.L\u2019art révèle, l\u2019ar t atteste, l\u2019ar t est un élément national, une nécessité très haute.Sur son art, on juge un pays.» Une revue qui appuiera des ar tistes impor tants comme James Wilson Morrice, Adrien Hébert, Henri Hébert, Alfred Laliberté, John Lyman\u2026 De ce dernier, vous pourrez d\u2019ailleurs voir dans l\u2019exposition son sublime autopor trait de 1918 dont les couleurs éclatantes choquèrent.Même le critique Préfontaine, dans Le Nigog, les trouva « désagréables ».Plus de 20 ans après le pointillisme, dont la palette n\u2019était pas toujours sobre, plus de 10 ans après le fauvisme, un usage plus strident de la couleur pouvait encore choquer un public averti\u2026 Cette exposition sur les arts visuels a circulé au Québec depuis 2014 et a été présentée au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu\u2019au début de 2015.Elle fut enrichie par l\u2019équipe de l\u2019Université de Montréal, passant de 50 objets à plus de 130, augmentée par des documents et œuvres sur la musique, l\u2019architecture et la littérature.Elle se révèle d\u2019une grande richesse.Signalons que le 22 septembre aura lieu une journée d\u2019étude sur Le Nigog organisée par la professeure Marie-Thé- rèse Lefebvre de l\u2019Université de Montréal.Pour tout renseignement supplémentaire, on peut se rendre au www.crilcq.org.Collaborateur Le Devoir POUR VALORISER LES ARTS AU QUÉBEC : LA REVUE LE NIGOG, 1918 Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal jusqu\u2019au 2 octobre.Y V E S B E R N A R D D u 11 au 14 août au quai Jacques-Cartier du Vieux-Port de Montréal, le festival Orien- talys propose des rencontres, fusions, voire des mariages entre cultures orientales et occidentales.Parmi les artistes participants, le groupe algérien Raïna Raï fait figure de légende, d\u2019autant qu\u2019il revient pour la première fois depuis 2005.Formé en 1980 à Paris par des musiciens de Sidi Bel-Abbès, le groupe a révolutionné la musique maghrébine en créant un raï rock mâtiné de plusieurs autres styles algériens.Ici, la guitare électrique est en avant : celle de Lotfi Attar, le guitar hero que nous joignons par téléphone avec sa conjointe Hamida Attar, qui est parolière et attachée de presse de Raïna Raï.« Nous sommes à l\u2019origine du raï moderne, proclame Lotfi Attar.Nous avons remplacé les instruments de folklore par la basse, la batterie et la guitare.Nous avons créé quelque chose de complètement dif férent de ce que font les chanteurs de raï.Nous sommes un groupe qui amène un message dif férent.Comme Hendrix, je suis dans la lignée des guitaristes.C\u2019est un mariage de l\u2019Occident avec la musique maghrébine.» La formation-culte a précédé et influencé des groupes comme l\u2019Orchestre national de Bar- bès, Gnawa Diffusion et les autres qui ont suivi.Depuis ses débuts, Raïna Raï a connu plusieurs changements et ses membres se sont séparés au milieu des années 2000, avant de se reformer il y a quelques années.En plus du trio gui- tare-basse-batterie, les Algériens ont souvent utilisé les castagnettes karkabous, la derbouka et la flûte gasba.Lotfi Attar peut jouer les mi- crotons à la guitare et certains passages de sa musique peuvent devenir assez hard, même si on chante en arabe dialectal.«Nous voulons toucher tout le monde, pas uniquement la masse instruite, explique Hamida Attar.Nous essayons de nous distinguer de l\u2019Orient et du Moyen-Orient.Nous proclamons notre identité : nous sommes Algériens, Maghrébins, Africains.L\u2019Orient n\u2019est pas notre véritable écriture.» Et les textes?« Il y a beaucoup d\u2019engagement, surtout sur la condition féminine et par rapport à toute cette diversité fondamentale de la société qui a toujours essayé de gagner son identité.En Algérie, nous avons cette double culture, peut-être aussi cette triple culture : arabo, berbère et française, avec même un côté anglophone.» «Très jeune, j\u2019ai écouté le groupe The Shadow et j\u2019ai commencé par la musique instrumentale.Puis je me suis intéressé au blues, à B.B.King, puis à Santana, à Hendrix et à tous les grands groupes», raconte Lotfi Attar, dit Lotfi Raïna Raï.Il a commencé dans les mariages, a harmonisé le raï de l\u2019époque avec le groupe Les Aigles noirs.Puis avec Raïna Raï, il ajoute au raï du rock, du gnaoui, du chaâbi, un peu d\u2019andalou, de musique touarègue et de cette nouvelle musique qu\u2019il crée présentement et qu\u2019il appelle le goumb-guits.Collaborateur Le Devoir FESTIVAL ORIENTALYS Au quai Jacques-Cartier du Vieux-Port de Montréal, du 11 au 14 août.Raïna Raï sur la scène TD samedi 13 août à 21h30.www.festivalorientalys.com D E V I S U M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 4 UNE EXPOSITION ORGANISÉE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL ET THE PHILLIPS COLLECTION, WASHINGTON (DC).HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, L\u2019ANGLAIS AU MOULIN ROUGE (DÉTAIL), 1892.COLLECTION PARTICULIÈRE.PHOTO PETER SCHÄLCHI Cet été, le Musée est ouvert tous les jours dès 10 h ! mbam.qc.ca DÉJ À PL US D E 50 0 00 VIS ITE URS ! www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 24 août De NICOLET au cœur des BOIS-FRANCS Maison-atelier du peintre Rodolphe-Duguay Musée Laurier \u2013 l\u2019Hôtel des postes d\u2019Arthabaska 1-4 septembre LA CÔTE-DU-SUD le long du fleuve De la Seigneurie au patrimoine religieux Quelques places disponibles 22 octobre QUÉBEC \u2013 Pierre Bonnard au musée V E N T E B É N É F I C E COLLECTION ANNIE MOLIN VASSEUR AOÛT UNIQUEMENT, ÉVENTUELLEMENT SEPTEMBRE Mardi à samedi: 11h à 18h et sur rendez-vous 514 791 6704 RENCONTRES DISCUSSIONS les mercredis et jeudis 17 à 18 H.VERNISSAGE SAMEDI 13 AOÛT, 17 à 19 HEURES 3903, St-Denis, Montréal (Maison rose) anniemolinvasseur@videotron.ca FESTIVAL ORIENTALYS Raï, rock et au-delà Le groupe Raïna Raï se proclame à l\u2019origine du raï moderne Pour la liberté de création Au début du XXe siècle, la revue Le Nigog défendit un art plus libre au Québec RAÏNA RAÏ Raïna Raï a révolutionné la musique maghrébine en créant un raï rock mâtiné de plusieurs autres styles algériens.FÉLIX CHARTRÉ-LEFEBVRE, CENTRE D\u2019EXPOSITION DE L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Couverture de la revue Le Nigog conçue par Ozias Leduc LO AND BEHOLD.REVERIES OF THE CONNECTED WORLD ?1/2 Documentaire de Werner Herzog.États-Unis, 2016, 96 minutes.A N D R É L A V O I E À l\u2019âge vénérable de 73 ans, le cinéaste allemand Wer- ner Herzog n\u2019a plus l\u2019énergie pour transporter un bateau au sommet d\u2019une montagne (Fitz- carraldo) ou se battre avec ses acteurs (dont le regretté, et fou furieux, Klaus Kinski).Cela explique en partie son intérêt pour le documentaire (Cave of Forgotten Dreams, Into the Abyss), mais il n\u2019aborde jamais le genre comme un pis-aller.La chose se vérifie une fois de plus avec Lo and Behold.Reveries of the Connected World, une exploration en dix chapitres sur la naissance, le présent et l\u2019avenir d\u2019Internet.Voilà un vaste sujet, qu\u2019Herzog aborde de manière résolument fragmentaire, se permettant fantaisies et digressions, retrouvant des acteurs importants de ce phénomène technologique exceptionnel et des personnalités excentriques, atypiques, que le cinéaste affectionne depuis toujours.Sa caméra s\u2019engage dans le corridor terne d\u2019un des pavillons du campus de l\u2019Université de Californie à Los An- geles, où se cache l\u2019ordinateur qui, le 29 octobre 1969, allait transmettre le tout premier courriel, subissant du même coup le tout premier crash du Web : plutôt que « Log In », le destinataire a dû se contenter de l ire « Lo » .Qu\u2019à cela ne tienne puisqu\u2019une page im- por tante venait de s\u2019écrire grâce à des chercheurs comme Leonard Kleinrock, très fier de jouer au guide touristique dans ce lieu mythique et de donner de solides coups sur cette machine conçue comme un appareil militaire.Questions déroutantes Depuis cette variation informatique du «One small step for man\u2026 », la planète Internet a pris une expansion fulgurante, mais Herzog ne tient pas à entrer dans les détails.À la manière d\u2019un philosophe \u2014 ce qu\u2019il est parfois \u2014, il pose des questions déroutantes à ses interlocuteurs, surtout ceux engagés dans des recherches destinées à transformer notre quotidien.Du véhicule à la conduite autonome au robot un jour capable de pénétrer dans une centrale nucléaire sens dessus dessous en passant par la colonisation de la planète Mars et l\u2019éventuel remplaçant bionique de Cristiano Ronaldo sur un terrain de foot, les possibilités semblent infinies.Et inquiétantes.Avec sa voix caverneuse et un accent inimitable, Werner Herzog zigzague entre les bienfaits et les vicissitudes d\u2019Internet, retrouvant Kevin Mitnick, l\u2019un des plus célèbres pirates qui soient, donnant la parole à des personnes sensibles aux ondes électromagnétiques ou à des parents éplorés après le décès tragique de leur fille en voiture et dont les dernières images, horribles, sont devenues virales.Loin d\u2019être enveloppée de compassion, cette famille en deuil fut littéralement bombardée de messages haineux ; dans ce contexte, que la mère décrive Internet comme l\u2019Antéchrist ne surprendra personne.Les robots pourront-ils tomber amoureux ?Internet peut- il réfléchir à sa propre évolution ?Nos pensées pourront- elles s\u2019écrire d\u2019elles-mêmes en 140 caractères et inonder Twitter ?Ces interrogations, pas si saugrenues, tapissent cette mosaïque documentaire parsemée de touches ironiques dignes d\u2019un cinéaste qui en a vu d\u2019autres, et qui connaît sa valeur.Car si les machines pourront sans doute faire du cinéma, jamais elles n\u2019en feront comme Werner Herzog.C\u2019est lui qui le dit, et on le croit sur parole, mais certains de ses interlocuteurs n\u2019en sont pas si convaincus.Collaborateur Le Devoir LES DÉLICES DE TOKYO (V.O.S.-T.F.) ?Drame social de Naomi Kawase.Avec Masatoshi Nagase, Kirin Kiki, Kyara Uchida.France\u2013Allemagne\u2013Japon, 2015, 113 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E «U ne bonne cuisinière est une fée qui dispense le bonheur », se plaisait à dire la créatrice de mode Elsa Schiaparelli.On pense souvent à cette maxime pendant le film Les délices de Tokyo, où un tel personnage ne rend pas tant heureux qu\u2019il aide à vivre mieux.Il y a une nuance, ce dont ce long métrage de Naomi Kawase ne manque pas.À Higashimurayama, dans la préfecture de Tokyo, Sen, 40 et quelques années, gère un petit comptoir où il confectionne des dorayakis.Cette pâtisserie traditionnelle, qui cons i s te en deux pe t i t es crêpes enveloppant une garniture aux haricots rouges, est très populaire, mais la recette de Sen n\u2019est pas au point.Se présente un jour une vieille dame toute souriante, Tokue, qui lui propose ses services.C\u2019est que la septuagénaire, malgré des mains lourdement scarifiées, sait confire lesdits har icots comme pas une .En retrait, la jeune Wakana, une habituée des lieux qui vient de décrocher de l\u2019école, observe la relation qui se noue graduellement entre le maître et l\u2019apprenti, elle-même étant un peu devenue la protégée du taciturne Sen.Complexité sous-jacente À l\u2019instar du dorayaki, qui semble facile à préparer mais qui requier t en réalité des trésors d\u2019attention, le fi lm annonce une trame simple qui n\u2019a de cesse de gagner en profondeur à mesure que les personnages révèlent leurs vulnérabil i tés, leurs blessures et leurs tourments.Atteint de la lèpre après la guerre, Tokue a par exemple passé toute sa vie ou presque dans le quartier où les malades en quarantaine étaient confinés.Libres de circuler depuis 1996, les rescapés de la maladie, telle Tokue, sont encore victimes de discrimination.Ainsi les marques aux mains de la cuisinière sont-elles mal vues par la propriétaire du comptoir que gère Sen.Sen, dont le passé trouble émerge également par petites touches, tout comme la situation familiale difficile de Wakana.À ce propos, s\u2019il est un regret que l\u2019on peut formuler à l\u2019égard du scénario écrit par la réalisatrice japonaise, lauréate du Grand Prix à Cannes en 2007 pour La forêt de Mogari, c\u2019est sa propension à s\u2019embourber dans les explications et les précisions au troisième acte.Par l\u2019entremise de conversations, de lettres et d\u2019enregistrements, les uns et les autres viennent expliciter ce que le récit et les acteurs étaient jusque-là parvenus à suggérer avec finesse \u2014 comme le fait que le trio s\u2019est choisi comme famille de substitution.Bref, après la subtilité de l\u2019entrée puis du plat principal, une certaine lourdeur narrative s\u2019installe, comme un dessert trop riche pour demeurer dans les analogies culinaires.Naturel irrésistible Éminemment attachante, la vénérable Kirin Kiki projette avec un naturel irrésistible ce mélange d\u2019humilité, de sagesse et d\u2019espoir qui rend le personnage de Tokue si inspirant.Impar tis de par titions plus sobres et commandant davantage d\u2019intériorité, Masa- toshi Nagase et Kyara Uchida émeuvent également.On le répète, c\u2019est aussi beaucoup grâce à eux trois que Les délices de Tokyo déploie, là encore, comme son mets vedette, un mélange de saveurs plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît.En effet, ce qui débute comme une réflexion lumineuse sur la transmission se meut, de manière inattendue, en méditation plus grave sur le thème de l\u2019isolement sur fond d\u2019exclusion.Inégal, cer tes, le film ne s\u2019en laisse pas moins savourer longuement.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944 LE RANG DU LION 8,50 $ de Stéphan Beaudoin (Québec) Avec Sébastien Delorme, Frédéric Lemay et Catherine-Audrey Lachapelle.Le lundi 8 août | 16 h et 19 h 30 VERSION ORIGINALE ANGLAISE U N FI LM D E JA M E S SCHA MU S D \u2019AP R È S LE R OM AN D E P H I LI P R OTH « EXTRAORDINAIRE » - /Film « EXCEPTIONNEL » - Deadline MAINTENANT AU CINÉMA F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L a bande-annonce de Père de sang laisse présager un film d\u2019action aussi musclé qu\u2019écervelé.Or, si muscles il y a, la matière grise n\u2019est pas absente \u2014 et on ne fait pas allusion ici à celle qui est projetée sur les murs au détour d\u2019une fusillade.Mettant en vedette Mel Gibson dans le rôle-titre, le long métrage de Jean-François Richet consiste, en filigrane, en une sorte de chemin de croix de la star déchue, avec force notations biographiques à l\u2019appui.On discute du résultat assez réjouissant avec le cinéaste français.«Peter Craig a adapté son propre roman.Tout s\u2019y trouvait déjà, y compris l\u2019humour dans les échanges.Le projet n\u2019a pas été conçu autour de Mel Gibson», précise d\u2019office Jean-François Richet.Il n\u2019empêche, le fait que cet acteur-là joue ce rôle-là n\u2019est pas banal.Voyez plutôt.Allusions manifestes C a m p é e a u N o u v e a u - Mexique, l\u2019intrigue repose sur les retrouvailles tendues entre John, un ex-détenu alcoolique, et Lydia, sa fille de 17 ans, qui vient d\u2019abattre accidentellement son truand de petit ami.Déjà mise à mal, la sobriété nouvelle de John est davantage compromise lorsque les associés du défunt se pointent, toutes mitrailleuses et mines patibulaires dehors.En fuite avec Lydia, et donc ne respectant pas ses conditions, John renoue avec sa progéniture à la langue bien pendue.De détour chez un ancien acolyte néonazi en visite incognito dans le pénitencier où il était encore récemment prisonnier, John essaie, pour une fois, d\u2019agir honorablement.Sachant que Mel Gibson, un alcoolique en rémission, est tombé en disgrâce après avoir formulé des commentaires antisémites lors de son arrestation pour conduite avec facultés affaiblies en 2006\u2026 «Les producteurs m\u2019ont proposé le projet avec l\u2019aval de Peter Craig sur la foi de mon diptyque sur Mesrine [L\u2019instinct de mort et L\u2019ennemi public no 1].C\u2019est moi qui ai pensé à Mel.De là, ça s\u2019est passé très simplement: je lui ai fait parvenir le scénario et les deux Blu-rays de Mesrine, et il a tout de suite demandé qu\u2019on se rencontre.Je lui ai envoyé le tout le 22 décembre et, le 24, j\u2019étais chez lui.Il faut dire que le scénario était très bien écrit.» Pour mémoire, le romancier Peter Craig a coécrit le film The Town de Ben Affleck.Andrea Berloff, coscénariste de Straight Outa Compton, a également participé à l\u2019adaptation.Le final cut «On n\u2019a pas vraiment abordé les choses sous l\u2019angle personnel, répète Jean-François Richet.Dans le travail, Mel est vraiment agréab le , car i l fa i t confiance au réalisateur, et ce, même s\u2019il est lui-même un sacré cinéaste.Tout ce qui lui importe pendant le tournage, c\u2019est de connaître la motivation de son personnage.Et il est extrêmement généreux avec ses partenaires, là encore peut-être justement parce qu\u2019il réalise aussi et qu\u2019il sait que meilleur est l\u2019ensemble, meilleur sera le film.» Un film, en l\u2019occurrence, réalisé de manière indépendante aux États-Unis mais financé par des joueurs français : Wild Bunch et Why Not Productions (derrière le cinéma d\u2019auteur des Arnaud Desplechin et Jacques Au- diard, entre autres).«L\u2019avantage d\u2019un tournage à petit budget comme celui-ci, c\u2019est que j\u2019ai le final cut.C\u2019est mon montage, et non celui de la production ou du studio.Remarquez, je n\u2019ai jamais eu envie de renier un de mes films, qu\u2019il s \u2019agisse de ceux tournés en France ou de ceux aux États- Unis.D\u2019ailleurs, il y a du bon dans la façon de fonctionner des grands studios.Une fois que le montage cinéma est prêt, on a dix semaines additionnelles pour proposer un montage personnel, un director\u2019s cut.Ils procèdent ensuite à des projections-tests et c\u2019est le montage qui obtient les meilleurs résultats qu\u2019ils conservent.Contrairement à l\u2019idée reçue, les gens des studios ont souvent de bonnes idées.» Au-delà des apparences Habitué des thrillers suintant la mâlitude, Jean-François Richet travaille ainsi des deux côtés de l\u2019Atlantique, réalisant dans l\u2019Hexagone un Ma 6-T va crack-er, puis à Hollywood un Assaut du poste 13, d\u2019après John Carpenter.Or, malgré les codes américains, on sent le regard européen dans Père de sang, notamment en ce qui a trait aux armes à feu, que le protagoniste ne brandit qu\u2019à regret, et en dernier recours.« J\u2019aime que les personnages fassent les choses par nécessité.Comme dans la vie.C\u2019est donc comme ça que je traite la violence.Globalement, je crois qu\u2019on essaie tous de contenir notre violence.Aux États-Unis, s\u2019il y a autant d\u2019armes qui se vendent, je pense que c\u2019est parce que les gens ont peur, et que c\u2019est d\u2019abord pour se défendre et non pour attaquer.Mais le moteur, c\u2019est la peur.» Bref, et pour peu qu\u2019on accepte d\u2019aller au-delà des apparences, sous ses allures de série B violente carburant aux archétypes et au pastiche post- Tarantino, Père de sang possède une certaine substance.En plus d\u2019of frir à un Mel Gibson capable d\u2019autodérision une improbable renaissance.Le Devoir Père de sang ou le retour de Mel Gibson En entrevue, Jean-François Richet revient sur son film rempli d\u2019allusions à la vie de l\u2019acteur Le legs et la réunion à travers la nourriture Il était une fois le Far Web LOÏC VENANCE AGENCE FRANCE-PRESSE Jean-François Richet, à gauche, avec l\u2019actrice Erin Moriarty et l\u2019acteur Mel Gibson, lors de la première de Père de sang.CINÉMA DU PARC Le film annonce une trame simple qui n\u2019a de cesse de gagner en profondeur à mesure que les personnages révèlent leurs vulnérabilités, leurs blessures et leurs tourments. M A R I E F R A D E T T E C ette histoire qui mène aujourd\u2019hui le Théâtre de la Dame de cœur à parcourir le monde, à se produire au Japon, à Singapour ou encore à Taïwan, où il s\u2019envolera en décembre, a commencé dans les années 1970 en pleine période d\u2019expérimentation théâtrale.Dans un élan de créativité \u2014 toujours bien vivant \u2014 et avec la folle envie d\u2019essayer de nouvelles choses, Richard Blackburn et quelques amis artistes ou comédiens quittent la grande ville pour Upton, petit village de la Montérégie, où ils découvrent un site unique et abandonné, «presque fantomatique», sur lequel ils établissent assez rapidement leur quartier.«Je portais en moi ce goût d\u2019aller travailler en région et une occasion nous a permis de le faire.On était partis avec des principes simples : trouver une nouvelle façon de pratiquer notre métier, travailler de manière éclatée sur le plan scénogra- phique et, surtout, se laisser influencer par l\u2019environnement.» Avec La légende de la noire et de la blanche, premier spectacle présenté avec des marionnettes géantes, cette volonté prenait vie.Installé directement sur la rivière, le décor était éclairé grâce à des barils de métal remplis de feu.Un immense chapeau s\u2019avançait sur la rivière noire, symbolisant la présence de l\u2019homme et de la pollution.Le directeur général et artistique Richard Blackburn est fier de rappeler qu\u2019à l\u2019époque, rien ne se comparait à ça.« À Montréal, le Théâtre Sans Fil faisait de la marionnette géante, mais nous, en campagne, avec cette façon de faire, on était les seuls.» Si le point de départ du TDC s\u2019est fait de manière un peu instinctive, peu à peu la démarche artistique s\u2019est peaufinée, a été nommée.« On s\u2019est posé des questions sur notre façon de faire, sur la surdimen- sion, et on a réalisé que la voie royale pour nous, c\u2019était de dire : ce qui me dépasse intérieurement, je vais l\u2019exprimer par ce qui me dépasse extérieurement.C\u2019est un jeu de miroir.Toute la métaphore et l\u2019allégorie se jouent comme ça.» Vers le milieu des années 1990, le TDC commence alors à se faire voir à l\u2019international, notamment au Japon, où il fait son premier grand coup, sur le thème de la sagesse et de la nature, puis à Singapour, où il rejoue un spectacle sur l\u2019eau.Persévérer pour durer Au mitan de sa vie, le Théâtre de la Dame de cœur n\u2019a pas pris une ride.À force de persévérance et d\u2019audace, il roule sa bosse dans un esprit collectif enviable.En ef fet, tout le travail ne saurait être accompli sans, d\u2019abord, une synergie au sein du microcosme.« Upton, c\u2019est le laboratoire de recherche et de création.Tout est développé ici », raconte Richard Blackburn.De la recherche à la création en passant par la production et la diffusion, « toutes ces actions viennent avec un cahier de charges.Chacun de ces mots est associé à des gens, à des façons de faire.Le TDC, c\u2019est une production collective à tous les niveaux, où la hiérarchie n\u2019existe à peu près pas.Tout le monde doit s\u2019amuser et pulser dans le même sens.On est là depuis 40 ans parce que tout le monde rame dans la même direction.» Fort et fier de son bagage, il convie cette année petits et grands à entrer littéralement dans l\u2019univers des Géants de l\u2019étang , un conte animalier plus grand que nature, signé Mar ylin Perreault, qui sera présenté en supplémentaire jusqu\u2019au 27 août.Sur le thème du raccourci, on nous présente l\u2019histoire de trois che- ni l les qui veulent devenir papillons sans passer par le stade du cocon.Thème assurément moderne, prendre des raccourcis par ticipe du rythme de vie contemporain.Mais cette façon de vouloir aller vite est tout à fait contraire à la démarche du TDC, qui n\u2019a pris, lui, aucun raccourci pour ar r iver où i l es t .R ichar d Blackburn dira d\u2019ailleurs que ce thème représente l\u2019ombre de leur persévérance.Une be l le façon de met t r e en scène ce jeu de miroir entre l\u2019extérieur et l\u2019intérieur.Faire la différence En plus de la pièce, le théâtre à vocation familiale offre d\u2019autres activités pour souligner son anniversaire.À la fin d\u2019octobre, un théâtre hanté sera présenté au public.« Les marionnettes vont révéler leur côté halloweenesque.On va faire ça sur le site pour être en relation avec la population, pour lui permettre de s\u2019approprier l\u2019espace.Afin de célébrer ensemble.C\u2019est important d\u2019être avec elle.» En effet, pour Richard Blackburn, l\u2019équilibre entre l\u2019audace artistique et la réceptivité du public doit toujours être là, dans la création.«Si on est trop hermétiques, le public ne nous suivra pas nécessairement.Il faut être accessible et en même temps il faut que le public sente qu\u2019on a une proposition à lui faire qui est singulière.Beaucoup de gens viennent chez nous pour la différence.Aujourd\u2019hui, il y a beaucoup de festivals incroyables, alors la concurrence est énorme.De savoir que, là, nos salles sont pleines, c\u2019est vrai, on peut croire qu\u2019on of fre toujours la différence.» Collaboratrice Le Devoir LES GÉANTS DE L\u2019ÉTANG Auteure : Marylin Perreault.Scénographie : collectif.Marionnettistes : l\u2019équipe.À Upton, du mercredi au dimanche, à 20 h, jusqu\u2019au 27 août.L I V R E S T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 6 2 16 ième Assemblée générale annuelle Installation du nouveau président Hommage à Michael Rosenthal Conférence par Ron Williams « Le rôle des \u2018Européens brillants\u2019 dans l\u2019architecture canadienne et dans l\u2019architecture du paysage » Réception Jeudi 8 septembre 2016 \u2022 19h30 5151, chemin de la Côte Ste-Catherine BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE JUIVE ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANNUELLE Hébert.Celui où elle nous invente un passé païen et met son imaginaire au diapason de la culture populaire d\u2019alors, éprise d\u2019occultisme façon Rosemary\u2019s Baby et The Exorcist.Voilà ce couvent de bonnes sœurs assailli par cette jeune novice que ses visions nous révèlent sorcière, fille du Diable, possédée du démon, mais aussi marquée et violée.Les dames du Précieux- Sang ne sauront triompher de cette furie et moi non plus, je ne sais, depuis 20 ans, comment lui résister.Mathieu Arsenault écrivait récemment : « l\u2019histoire culturelle ne conserve en général que ces œuvres qui posent une question, assurément pas celles qui sont mieux écrites ou \u201cplus maîtrisées\u201d que les autres».Je crois qu\u2019il a raison et je sais que c\u2019est vrai de mon rapport à ce livre.Je reviens plus souvent aux Enfant s du sabbat qu \u2019aux œuvres de maîtrise d\u2019Anne Héber t parce que j\u2019y trouve une énigme entêtante.Je ne sais pas quoi faire de Philo- mène et Abélard, je ne sais pas comment les comprendre.Il est facile de reconnaître dans le couvent des dames du Précieux-Sang une métaphore d\u2019un ordre socio-religieux révolu et, au-delà, la manifestation plus abstraite d\u2019un principe de discipline et de contrôle : le panoptique (cher à Foucault).Le couvent est l\u2019autorité écrasante, la pensée mortifère, la sur veillance continuelle, le pacte social fondé sur la négation: «Nous sommes liés par les promesses et les interdictions.[\u2026] Nous sommes tenus par la crainte du péché et la peur de l\u2019enfer.» Une bonne dizaine de lectures plus loin, je n\u2019arrive pas à trouver ce que représente la cabane dans les montagnes.Que veulent dire ces deux figures d\u2019ogres rieurs, Phi- lomène et Abélard, démons p le ins de v ie , ma is auss i homicides et incestueux ?Pourquoi la voix narrative per- siste-t-elle si longtemps, durant tout le roman en fait, à nous les présenter sous un jour relativement positif et tendre ?Pourquoi évoquer comme de «merveilleuses paroles» les dits de la mère, prostituée et sorcière, qui surnomme sa fille «ma petite cochonne, ma petite salope, ma crotinette, mon enfant de nanane à moi » ?Que signifie que d\u2019épouser la voie des amants damnés constitue pour Julie la seule façon de s\u2019ériger contre l\u2019ordre établi ?À quoi, dans notre histoire (ou dans toute histoire), ces deux figures grotesques et inquiétantes peuvent- elles bien faire écho?Je cherche encore aujourd\u2019hui.Plus je vieillis pour la comprendre, plus j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y avait de grands réservoirs de colère et de révolte chez cette dame si discrète, qui parlait du bout des lèvres mais écrivait avec de la foudre et du brisant.Je vois dans Les enfants du sabbat l\u2019invitation d\u2019une anarchiste du dimanche, qui enjoint, contre toute autorité, à faire l\u2019expérience d\u2019une liberté terrible et à respirer pour une fois, à pleins poumons, « l\u2019air merveilleux de ce monde».Collaboration spéciale Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 HÉBERT Né en 1978, Samuel Archibald est l\u2019auteur du recueil de nouvelles Arvida (Prix des libraires 2012 et finaliste aux prix Giller pour la traduction anglaise de Donald Winkler), de la novella Quinze pour cent, du roman jeunesse Tommy l\u2019enfant- loup et de la pièce Saint-An- dré-de-l\u2019Épouvante, tous publiés aux éditions Le Quartanier.Sa pièce de théâtre a été créée en juillet 2015 à Carleton-sur-Mer dans une mise en scène de Patrice Dubois.Il enseigne la culture populaire et la création littéraire à l\u2019UQAM.Le Théâtre de la Dame de cœur, 40 ans de persévérance et d\u2019audace THÉÂTRE DE LA DAME DE CŒUR Les géants de l\u2019étang est un conte animalier plus grand que nature, signé Marylin Perreault.PATRICK ROGER Le directeur général et artistique Richard Blackburn LA VITRINE BANDE DESSINÉE L\u2019HOMME QUI TUA LUCKY LUKE Matthieu Bonhomme Lucky Comics Bruxelles, 2016, 64 pages Mais peut-on diable vraiment faire ça?Abattre de sang-froid, dans la quatrième case de la première planche, un monstre sacré, une icône, un pauvre cow-boy solitaire né en 1946, simultanément dans l\u2019esprit du bédéiste belge Morris et dans un hors-série de Spirou?Si vite et en tirant dans le dos, en plus?Eh bien, oui, et le coupable n\u2019a même pas d\u2019état d\u2019âme et signe l\u2019odieux crime d\u2019un Bonhomme, Matthieu Bonhomme, la quarantaine, père de la série Esteban, qui présente son geste comme un «hommage» à Morris.Avec des amis comme ça\u2026, comme on dit ! Les traits du héros sont ici singuliers.L\u2019histoire, elle, l\u2019est un peu moins : on est dans le Far West, dans une ville où le pouvoir est corrompu et où le justicier et son fidèle destrier vont faire face à une certaine hostilité.Un revolver a disparu, une diligence a été attaquée et l\u2019on pointe un coupable facile.Prévisible?Oui, comme l\u2019ensemble de cet «hommage» qui s\u2019avère surtout une relecture précise des codes et des cadres, avec un coup de crayon atypique, d\u2019une série-culte dont on ne tue pas si facilement le héros ! Fabien Deglise LIVRE JEUNESSE PETIT POIS Davide Cali Illustrations de Sébastien Mourrain Comme des géants Montréal, 2016, 36 pages «Quand il est né, Petit Pois était petit.Très petit.» Si riquiqui qu\u2019il se baignait dans un bol à soupe.Plus tard, lorsqu\u2019il s\u2019est mis à marcher, il chaussait les souliers des poupées, dormait dans une boîte d\u2019allumettes, ou sur le chat, et apprenait à nager dans le lavabo.Or, s\u2019il s\u2019est rapidement accommodé de sa petitesse, la rentrée à l\u2019école est pour lui un exploit de taille.Son professeur se demande d\u2019ailleurs ce qu\u2019il pourra bien faire plus tard.Qu\u2019à cela ne tienne, le héros saura trouver un emploi à sa mesure.Et c\u2019est là tout le charme de cet album dans lequel la différence, l\u2019art et la minutie se déploient en mille et un petits détails tous aussi savoureux que brillants.La complémentarité qui se joue entre le texte et les illustrations délicates de Sébastien Mourrain invite le lecteur à saisir la force du dessin, à fouiller l\u2019image pour découvrir la présence d\u2019objets du quotidien utilisés de façon étonnante dans l\u2019univers de Petits Pois.Des cartes à jouer servant de chevalets?Un bouchon de bouteille en guise de banc?Pourquoi pas.Tout est possible quand on laisse l\u2019imagination de l\u2019artiste se déployer.En librairie le 4 août.Marie Fradette THÉÂTRE DE LA DAME DE CŒUR L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/8 Vi Kim Thúy/Libre Expression 2/17 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 3/15 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 4/11 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 6/16 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan 7/12 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 5/11 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 8/8 J\u2019adore Rome.Enquête dans les bas-fonds du.Isabelle Laflèche/Québec Amérique 9/11 Ce qui se passe à Cuba reste à Cuba! Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Romans étrangers Crossfire \u2022 Tome 5 Exalte-moi Sylvia Day/Flammarion Québec 1/4 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 2/19 Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/9 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 6/9 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 4/25 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 5/12 Un été pour tout changer Brenda Bowen/City 7/2 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard 10/5 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud 8/3 Le Mercato d\u2019hiver Philip Kerr/Masque 9/8 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 1/42 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 2/13 Les passagers clandestins.Métaphores et.Ianik Marcil/Somme toute 4/6 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 7/12 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes.Fabien Cloutier/Lux \u2013/1 Le piège Énergie Est.Sortir de l\u2019impasse des.Éric Pineault | David Murray/Écosociété \u2013/1 La dure école Normand Baillargeon/Leméac \u2013/1 La médiocratie Alain Deneault/Lux 9/3 Dans l\u2019intimité du pouvoir Dominique Lebel/Boréal \u2013/1 La liberté de presse, la liberté de tous Claude Robillard/Québec Amérique \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/28 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/24 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 9/2 Les Trumperies.Le meilleur du pire de Donald.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 6/6 Astérix & Obélix.À l\u2019épreuve de l\u2019histoire Collectif/Popcorn \u2013/1 Histoire du silence.De la Renaissance à nos.Alain Corbin/Albin Michel 3/2 L\u2019homme nu.La dictature invisible du.Marc Dugain | Christophe Labbé/Plon 8/3 Triste Amérique.Le vrai visage des États-Unis Michel Floquet/Arènes \u2013/1 La force du sexe faible.Contre-histoire de la.Michel Onfray/Autrement \u2013/1 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 25 au 31 juillet 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.«L a l i t térature ne peut vivre que si on lui assigne des objectifs démesurés, voire impossibles à atteindre », écrit Italo Calvino dans l\u2019une de ses Leçons américaines.À l\u2019heure du tout-à-l\u2019image et de la tyrannie du divertissement, l\u2019injonction est plus que jamais vivante : « Il faut que poètes et écrivains se lancent dans des entreprises que nul autre ne saurait imaginer, si l\u2019on veut que la littérature continue de remplir une fonction.» Bien conscient de cet ultimatum \u2014 après tout, cette citation coiffe l\u2019un des chapitres de son livre \u2014, Zia Haider Rah- man y répond en chargeant son premier roman d\u2019un objectif ambitieux.Il y mélange la politique à la haute finance, les brumes de l\u2019exil aux échos tragiques du monde contemporain.Longue méditation existentielle, À la lumière de ce que nous savons nous raconte en quelque sorte « l\u2019histoire de la dispersion des nations, de la guerre au XXIe siècle, d\u2019un mariage au sein de l\u2019aristocratie anglaise et des mathématiques de l\u2019amour».Explorant les destins parallèles de deux amis dans la quarantaine, le roman est aussi un véritable festin pour l\u2019intelligence.Un livre foisonnant et stimulant qui cherche d\u2019un bout à l\u2019autre à nouer ensemble des savoirs et des codes disparates pour « élaborer une vision du monde plurielle et complexe ».Des débuts littéraires impressionnants \u2014 on pourra peut-être reprocher à l\u2019auteur une certaine froideur un peu crispée, une absence d\u2019ironie.Le premier, narrateur du roman, était banquier à Londres avant de se faire éjecter par sa firme et d\u2019être abandonné par sa femme.Issu d\u2019une riche famille du Pakistan, son père était professeur de physique à Princeton, aux États-Unis, puis à Oxford, tandis que son grand-père mater nel avait été ambassadeur du Pakistan aux États-Unis.Pour conjurer son oisiveté, il entreprend de raconter l\u2019histoire de son ami Zafar à partir de leurs conversations et des carnets qu\u2019il lui a laissés.Né au Bangladesh dans une famille pauvre, après des études en mathématiques à Oxford, Zafar est devenu trader en produits dérivés à Wall Street, où il s\u2019était vite fait une réputation de magicien de la finance.Après un changement de cap, il s\u2019est recyclé en droit international, travaillant notamment à la reconstruction de l\u2019Afghanistan.En 2008, c \u2019est un Zafar usé, mais toujours en colère, qui réapparaî t devant sa por te \u2014 sans jamais lui raconter ce qu\u2019il a fait durant toutes ces années.« Un être humain fuyant des fantômes tout en poursuivant des ombres.» Dimension autobiographique Sans exagérer dans cette voie, il semble dif ficile d\u2019évacuer la dimension autobiographique : comme l\u2019un ou l\u2019autre de ses personnages, Zia Haider Rahman est né dans une région rurale du Bangladesh, il a étudié à Oxford et à Yale.Il a aussi travaillé à Wall Street dans une banque d\u2019investissements avant de devenir avocat international spécialisé dans la défense des droits de la personne.À la lumière de ce que nous savons, qui se déroule tantôt à Londres, tantôt à New York, Kaboul ou Islamabad, est rempli de digressions et de réflexions.C\u2019est la radioscopie d\u2019une longue crise existentielle (et amoureuse) à laquelle le roman, dans sa forme achevée, of fre tout de même le début d\u2019une réponse.Que faire de sa vie ?« Zafar était pour moi la preuve que nous ne sommes pas prisonniers des vies que nous menons, que chacun de nos choix peut certes nous éloigner de vies non vécues mais que nous ne sommes pas condamnés par les circonstances ou le hasard à ceci, ici et maintenant.» Quant à l\u2019exil : « C\u2019est la fissure à jamais creusée entre l\u2019être humain et sa terre natale, entre l\u2019individu et son vrai foyer, et la tristesse qu\u2019il implique n\u2019est pas surmontable.» Cette fissure, c\u2019est peut-être aussi le lieu où Zia Haider Rahman s\u2019insère lui- même entre les personnages de son roman, qui ramène à plusieurs reprises le théorème d\u2019incomplétude de Gödel («À l\u2019intérieur de n\u2019importe quel système donné, il existe des assertions qui sont vraies mais dont la vérité ne peut être démontrée»).Une théorie de logique mathématique, estime Zafar, que le monde serait bien fou d\u2019ignorer à une époque aussi dogmatique que la nôtre.Derrière les gestes et les masques, le roman est aussi l\u2019histoire d\u2019une lente désintégration de toute connaissance face à l\u2019épreuve du réel.Un peu à la manière de ce qui se fait entendre dans l\u2019Ecclé- siaste 1,17-18 : « J\u2019ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie ; j\u2019ai compris que cela aussi c\u2019est la poursuite du vent.Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.» C\u2019est-à-dire que nous ne savons pas grand-chose.Et que le peu que nous savons pèse de tout son poids sur nos jours et sur nos nuits.«Un exilé, fait dire encore Zia Haider Rahman à l\u2019un de ses personnages, est un réfugié avec une bibliothèque.» Et un exilé qui écrit ?Un écrivain.Rien d\u2019autre qu\u2019un écrivain.À LA LUMIÈRE DE CE QUE NOUS SAVONS Zia Haider Rahman Traduit de l\u2019anglais par Jacqueline Odin Christian Bourgois Paris, 2016, 528 pages Science et douleur À la lumière de ce que nous savons de Zia Haider Rahman : chansons d\u2019exil et mathématiques amoureuses D O M I N I C T A R D I F Q uiconque a un jour sacrifié de précieuses nuits de sommeil à la rédaction d\u2019un mémoire de maîtrise ou d\u2019un ar ticle scientifique a sans doute déjà assimilé, dans un élan de découragement ou de lucidité, la recherche universitaire à une forme socialement acceptable de folie.Si seulement la folie de Ma- rie-Christine, double de l\u2019au- teure Marie-Christine Arbour et personnage principal de PsychoZe, ne se déployait que dans les frontières balisées de l\u2019établissement universitaire et de son obsession limite mo- nomaniaque pour S/Z, important essai de Roland Barthes décor t iquant à l \u2019 aune du poststructuralisme Sarrasine, nouvelle de Balzac dans laquelle un sculpteur s\u2019éprend d\u2019un castra sans savoir qu\u2019il est un homme.Recluse dans le dénuement de son appartement, la jeune femme timorée ne nourrit pas un dialogue qu\u2019avec les grands textes du sémiologue français, mais aussi avec le Grand Zorg, oppressante apparition phagocytant son imaginaire pour mieux la convaincre que des fascistes la pourchassent.«Tu dois combattre les NaZ.Tu vas entrer dans ta vingt-cinquième heure », lui ordonne-t-il alors que de petits personnages \u2014 produits de son esprit déréglé \u2014 constellent les murs.Sa rencontre avec les Illumi- naires, groupe de conspira- tionnistes justifiant leurs lubies en brandissant d\u2019abracadabrantes et inquiétantes théories, la fera vaciller entre l\u2019isolement total et la paranoïa schizophrène.Il est rare que la fréquentation de gens proclamant « Dieu m\u2019a promis l\u2019éternité.[\u2026] Oui, et la cocaïne rend éternel, je vous le dis ! Quand je me fais une ligne, Dieu me dit : \u201cTu t \u2019éveil les aux idées.\u201d » vous place sur le chemin de la santé.La clairvoyance des fous Rare vraie marginale au sein d\u2019un monde littéraire québécois d\u2019une grande sagesse, Marie-Christine Arbour livre avec PsychoZe une souveraine, bien que parfois confuse, distillation de ses thèmes de prédilection, avec à la clé un jeu de miroirs faisant apparaître le spectre de Nelly Arcan.En mettant à mal les fondements des constructions genrées, en exaltant l\u2019ascèse que permet la pauvreté et en remettant sans cesse en question ce que signifie le mot « folie », l\u2019auteure de Drag et de Schizo (Triptyque, 2001 et 2014) poursuit en insoumise une démarche d\u2019une admirable opiniâtreté.« Le remède contre la verbosité est l\u2019épurement.Nous pensons ici, entre autres, à César, avec son style incisif.Phrases cour tes, vocabulaire concis, simplicité trompeuse : voici la voie de l\u2019avenir », écrit dans son étude de S/Z la Marie- Christine Arbour vivant entre les pages de PsychoZe.Le personnage aurait-il ici tenté de passer un message à l\u2019écri- vaine ?Si elle ne peut toujours pas se réclamer d\u2019une quelconque sobriété, la romancière dose du moins avec plus de parcimonie le flot d\u2019aphorismes et de formules parfois absconses qui traversaient ses premiers livres, sans pour autant que la singularité de sa manière sibylline, qui ne s\u2019excuse pas d\u2019emprunter à la philosophie, soit gommée.Tout en se permettant de cri t iquer en f i l igrane une médecine moderne qui ne sait trop souvent que distribuer des prescriptions le plus rapidement possible, Marie-Chris- tine Arbour refuse de jouer la commentatrice sociale et préfère dire ce que seuls les écrivains peuvent dire : il faut, oui, soigner la maladie mentale, mais également prendre soin de ces irremplaçables clairvoyants que sont les fous.Collaborateur Le Devoir PSYCHOZE Marie-Christine Arbour Annika Parance éditeur Montréal, 2016, 268 pages Mais qu\u2019est-ce que la folie ?C A T H E R I N E L A L O N D E J usqu\u2019à quel point doit-on plonger dans les livres de cauchemars, dans ces récits qui nous rapprochent du cœur barbare des hommes ?Est-ce nécessaire d\u2019être hanté, quelques jours de lecture durant ?Le lecteur, glissant entre les pages de Daddy Love, énième livre de la très prolifique Américaine Joyce Carol Oates (Blonde, Les chutes, Mudwoman), pourra se poser la question devant cette histoire terrible d\u2019un enlèvement d\u2019enfant.Est-ce un devoir d\u2019empathie, d\u2019humanité, d\u2019ouverture à toutes les possibilités du littéraire, qui demande de plonger dans cette peur primaire, celle des parents comme celle des enfants, d\u2019une séparation forcée ?Robbie, cinq ans, est kidnappé.Alors qu\u2019il est avec sa mère, au sortir d\u2019une trop excitante virée de Pâques au centre commercial d\u2019une petite ville du Michigan.Elle est assommée.Il est enlevé.Les trois premiers chapitres, qui relatent en boucle les cinq minutes précédant le rapt, tout en dressant un portrait beau et complexe (beau parce que complexe) de l\u2019amour maternel (teint d\u2019impatience, de fierté, de culpabilité, d\u2019amour, de préoccupation, etc.), glacent déjà le sang, tournant autour de l\u2019enlèvement annoncé, étirant le suspens jusqu\u2019à faire vibrer d\u2019anticipation.Le reste de la vie On oscillera ensuite entre les scènes où le kidnappeur, Daddy Love, entame le conditionnement de celui qu\u2019il appelle désormais Gideon, faisant de lui pour les sept prochaines années son petit esclave, et celles où les parents \u2014 surtout la mère \u2014 toujours éplorés, même alors que passe le temps, tentent sans grand succès de continuer à vivre.On ne peut cesser de tourner les pages, ni de se laisser posséder par le récit, aussi sombre soit-il.Peut-être parce que Carol Oates a la précision, en quelques mots, de relater également les moments de bonheur passés \u2014 jamais simplistes \u2014, de brillance familiale.«Est-ce qu\u2019une femme devient un peu folle quand elle a un enfant?Est-ce qu\u2019on s\u2019habitue à l\u2019enfant?Est-ce qu\u2019on veut s\u2019y habituer?Lorsque Dinah se rappelait sa vie avant Robbie, sa vie avant sa grossesse, elle était stupéfaite par l\u2019insignifiance de son existence quand elle n\u2019était qu\u2019elle», lit-on ainsi.Elle a aussi l\u2019intelligence d\u2019éviter le scabreux.Pas par censure, mais pour percer ainsi la manière de penser du kidnappeur (les punitions qui sont des viols, par exemple).On comprend ainsi comment Gideon n\u2019arrive pas à se rebeller.Gideon qui vieillit, qui approche de cet âge où Daddy Love se lasse de ses Fils, s\u2019en débarrasse.Sera-t-il un prochain cadavre dans le cimetière forestier improvisé ?Une dure plongée, hyperréelle, où l\u2019on manque à plusieurs reprises d\u2019air, une plongée semblable à celle qu\u2019on a vécue en lisant Sukk- wan Island de David Vann (Gallmeister, 2010).«Le véritable désavantage, c\u2019est que tu attribues le reste de ta vie \u2014 chaque humeur, chaque passage à vide \u2014 à cette catastrophe.Tu es incapable d\u2019imaginer une autre vie.Il n\u2019y a que celle-là.Tu n\u2019as pas de perspective», écrit encore Oates.Et la dernière page, qui laisse entendre qu\u2019on ne peut, à la suite de ce genre de traumatisme, être autre chose que victime, fait frémir.Hyper- efficace.Glaçant.Le Devoir DADDY LOVE Joyce Carol Oates Traduit de l\u2019anglais par Claude Seban Philippe Rey Paris, 2016, 270 pages ROMAN AMÉRICAIN Joyce Carol Oates au vitriol Un récit d\u2019enlèvement d\u2019enfant qui glace le sang CHRISTIAN DESMEULES BISWARUP GANGULY WIKIPEDIA Zia Haider Rahman est né dans une région rurale du Bangladesh, a étudié à Oxford et à Yale, a aussi travaillé à Wall Street avant de devenir avocat international.DESSIN DE LAETITIA GIRAUD ANNIKA PARANCE ÉDITEUR Marie-Christine Arbour poursuit en insoumise une démarche d\u2019une admirable opiniâtreté.KENZO TRIBOUILLARD AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019auteure Joyce Carol Oates L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 A O Û T 2 0 1 6 E 8 M i c h e l M o r i n pratique, depuis 40 ans, une philosophie d\u2019inspiration phénoménologique originale et exigeante.Dense et raffinée, sa prose invite à des méditations complexes et bouleversantes.Penseur intempestif, sans complaisance, étranger à toute mode intellectuelle, Morin est une sor te de métaphysicien solitaire en quête de l\u2019essentiel.On ne se surprendra pas, par tan t , que l a f igur e de Socrate l\u2019inspire.« Errant et questionnant les gens, écrit Morin, le philosophe accomplit sa \u201cmission\u201d qui consiste à renvoyer chacun à lui-même au point de lui \u201cfaire honte\u201d de la vie sans souci qu\u2019il mène, sans souci de l\u2019essentiel, doit-on entendre, quoique chacun soit par ailleurs sans cesse occupé par tous les soucis de la \u201cvie\u201d.» Pour Morin, comme pour Socrate, la véritable liber té « s\u2019entend toujours au sens d\u2019un dégagement par rappor t aux tâches serviles» et la nature de l\u2019homme devrait le por ter à «s\u2019élever au-delà des intérêts pratiques ».Or, notre civilisation, obsédée par la seule élévation du niveau de vie, est loin de cet idéal.Morin nous propose donc, dans Être et ne pas être, de flâner «avec Socrate le long du ruisseau ou avec Thoreau à travers bois et champs» afin de nous adonner à une décapante «détente» philosophique.Conscience et raison Nous ne savons plus philosopher, écrit Morin.Alors qu\u2019il conviendrait de renouer avec « la conscience de soi », cette source intérieure « d\u2019où jaillit [la] vitalité » en toute spontanéité trouble, confuse, hésitante et indéterminée, nous nous limitons plutôt à la raison raisonnante, « dite des Lumières», qui harnache jusqu\u2019à l\u2019étouf fement notre foisonnante et angoissante expérience intérieure.«Le tremblement de la conscience chercheuse, la quête vibrante du sens, toujours à fleur d\u2019angoisse, sont maîtrisées au profit de la connaissance qui ordonne le rapport au réel à partir du sens de l\u2019Idée », écrit Michel Morin en parlant de l\u2019esprit, qu\u2019il qualifie de nihiliste, de notre temps.La grandeur de l\u2019homme, ce qui le distingue de l\u2019animal et le rend unique, se trouve dans « sa capacité d\u2019attention, de dégagement, de rêverie, de sé jour pro longé en lui - même » ; elle se réalise non dans le travail, mais dans le temps libre consacré à l\u2019expérience intérieure, ce lieu en marge de la société où « la Nature s\u2019exprime singulièrement » en chacun.Cette expérience du « commerce avec soi-même », selon la formule d\u2019Antisthène, a quelque chose de monastique (la spontanéité de la conscience, écrit Morin, ne s\u2019atteint qu\u2019au prix d\u2019une discipline rigoureuse) et fait peur, d\u2019où, explique le philosophe, « la haine de la conscience et l\u2019espoir compulsif de la faire disparaître » en s\u2019abîmant dans le travail, le diver tissement et la pensée utilitaire.L a v o i e phi loso - phique que défend Morin s\u2019inspire autant du Tao que de Spinoza et de Nietzsche et elle relève, au fond, du « sentiment religieux » dont la transmission « est l\u2019urgence métaphysique de notre époque », ce qui justifie l\u2019enseignement de la culture religieuse.Élever l\u2019homme, c\u2019est le faire «passer dans l\u2019au- delà», dans un «autre monde», écrit Morin avec les mots de Nietzsche.Les religions, conti- nue-t-il, sont l\u2019expression du puissant désir humain «de tout ce qui échappe à la vie matérielle ».En ce sens, « il n\u2019est pas sûr que le mouvement dit \u201cde laïcisation\u201d de l\u2019esprit et des sociétés corresponde à une véritable émancipation dudit esprit ».Horizon idéal I l impor te toutefois, ex- p l ique Morin , de désubs - tantialiser « l\u2019autre monde », de cesser de le concevoir, à la manière des reli - g i o n s , c o m m e u n e s o r t e d e r é p l i q u e idéale du monde réel.L\u2019au-delà qu\u2019évoque le philosophe est un idéal qui gît au cœur d e l \u2019 h o m m e , c \u2019 e s t l\u2019intériorité retrouvée dans le retrait et la solitude.Une cer taine laïcisation fait donc œuvre utile en désenchantant les religions, mais elle erre en laissant « le champ libre au seul culte aujourd\u2019hui vraiment admis et public, celui du réel tel qu\u2019il est ».L\u2019homme a besoin de croire en un « horizon idéal », et l\u2019effondrement des religions entraîne dans son mouvement cet horizon, « depuis toujours source de tout sens ».Nier le vide et la souffrance créés par ce processus, en les recouvrant « par la rumeur et l\u2019af fai- rement liés aux tâches de production et de consommation », c\u2019est abandonner l \u2019homme aux af fres de la dépression, symptôme d\u2019une crise de sens bien que plus que pathologie du cerveau.Morin ne pleure pas sur « l\u2019ef fondrement avant longtemps des grandes religions par tout dans le monde » .Il écrit même que ce phéno- m è n e « d égage l e t e r r a in vague ou vierge à par tir duquel une intériorité nouvelle devient possible ».Il constate toutefois avec dépit que la laïcité régnante incite moins à cet élan vers l \u2019 intérieur qu\u2019elle ne légitime « l\u2019essor désormais sans frein d\u2019une existence réduite à ses tâches les plus serviles et d\u2019une culture qui met son point d\u2019honneur à ne pas s \u2019é lever et à rogner le peu d\u2019esprit qui lui reste », notamment en se livrant à la logique d\u2019Internet, qui sacri f ie « la substance rêveuse de l\u2019homme ».Il est dommage que, dans le captivant « voyage de la connaissance de soi » auquel il convie le lecteur, Michel Morin déçoive en professant un apolitisme de principe et un refus radical de l\u2019engagement intellectuel dans la cité.Le souci de l\u2019âme exige certes le rejet du conformisme, mais com- mande-t-il celui du politique ?Ce n\u2019est pas mon expérience.louisco@sympatico.ca ÊTRE ET NE PAS ÊTRE Michel Morin Les herbes rouges Montréal, 2016, 250 pages Michel Morin ou le pari de l\u2019intériorité LOUIS CORNELLIER LA VITRINE ESSAI RIOT GRRRLS CHRONIQUE D\u2019UNE RÉVOLUTION PUNK FÉMINISTE Manon Labry La Découverte Paris, 2016, 139 pages Le courant Riot grrrl est de ces brefs et intenses mouvements artistiques et sociaux qui, quoi que révolus, fascinent et captivent par l\u2019onde de choc qu\u2019ils ont engendrée.Fascinée et captivée, Manon Labry, docteure en civilisation nord-américaine et experte de culture underground, l\u2019est très manifestement.Fan avouée des Bikini Kill, Bratmobile, Huggy Bear et consœurs, l\u2019auteure de cette petite chronique politico-musicale parvient bien à faire saisir l\u2019impact collectif des artistes riot grrrl.Car l\u2019important, ici, ce ne sont pas les œuvres ou les artistes, mais les liens qui les unissent pour porter plus loin le message.Et le volet musique, quoique central, n\u2019est qu\u2019un des canaux de transmission de ce que fut le mouvement.Labry met bien en avant l\u2019esprit de communauté.Grâce aux quelques compléments visuels, Labry permet d\u2019ailleurs de voir les traces dans la littérature et les arts visuels laissées par les grrrls.Le livre, qui se lit comme un roman, téléporte le lecteur au début des années 1990, sur la côte ouest états-unienne.Ceux et celles qui ne seront pas trop agacés par les tournures de phrase un brin trop franchouillardes et les quelques impairs dans la traduction des textes originaux éprouveront certainement l\u2019envie de sortir papier et ciseaux pour créer leur propre zine féministe.Sophie Chartier HISTOIRE LA CONFÉRENCE DE QUÉBEC DE 1864 Sous la direction d\u2019Eugénie Brouillet, Alain-G.Gagnon et Guy Laforest Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2016, 374 pages Une Constitution qui s\u2019amende aisément, des sénateurs élus et des gouvernements de coalition.C\u2019est à tout cela que les pères de la Confédération ont renoncé en fondant le Canada il y aura bientôt 150 ans.À moins d\u2019un an des commémorations, un collectif d\u2019auteurs nous ouvre les portes de la Conférence de Québec de 1864, où les bases du pays ont été jetées à l\u2019abri des regards.Consulter le peuple par voie référendaire n\u2019était pas une option pour les politiciens pressés d\u2019en finir avec le régime né de l\u2019union du Haut et du Bas-Canada.Cette entité avait pourtant ses avantages, souligne Marc Chevrier en évoquant l\u2019exécutif paritaire du Canada-Uni, qu\u2019il compare à une forme de «souveraineté-association».Dans un texte éclairant, Stéphane Kelly analyse la fracture entre le Haut-Québec conservateur favorable à la Confédération et le Bas-Québec républicain qui lui est opposé.Au-delà des «Rouges» radicaux, le camp du «non» rallie également des «Violets» centristes et quelques «Bleus», dont Henri-Elzéar Taschereau, qui anticipe les déceptions à venir : «Nos descendants, au lieu de nous avoir de la reconnaissance pour ce que nous faisons en ce moment, diront que nous nous sommes grandement trompés et que nous avons grandement erré en leur imposant la confédération.» Dave Noël EXPOSITION THE VELVET UNDERGROUND NEW YORK EXTRAVAGANZA Album de l\u2019exposition La Découverte/Dominique Carré éditeur Paris, 2016, 49 pages Jusqu\u2019au 21 août, la Cité de la musique \u2013 Philharmonie de Paris présente l\u2019exposition The Velvet Underground New York Extravaganza : en voici non pas le catalogue, mais l\u2019album, une plaquette bien faite où témoignages et mises en contexte sont juxtaposés aux artéfacts (affiches, encarts publicitaires) et photos rares.Un John Cale y raconte sa rencontre avec Lou Reed, l\u2019increvable cinéaste Jonas Mekas (93 ans!) évoque les «années explosives» où projections, danse, poésie beat et rock brut s\u2019entrechoquaient lors de performances à la Film-Makers\u2019 Cinema- theque de la 41e Rue, et ainsi de suite.Il s\u2019agit moins ici de mythifier ce qui l\u2019est déjà bien assez que de décrire les lieux, les activités et les artistes.«Hier soir, la Société new-yorkaise de psychiatrie clinique a subi une invasion menée par Andy Warhol, Edie Sedgwick et un groupe de rorck\u2019n\u2019roll appelé \u201cThe Velvet Underground\u201d», rapporte un article de 1966.Il manque évidemment le son.À vous de fournir les albums du Velvet.Sylvain Cormier ROMAN TAXI ! Maurice Soudeyns Lévesque éditeur Montréal, 2016, 126 pages L\u2019archétype du chauffeur de taxi entretenant des rêves de poète, Maurice Soudeyns ne le réinvente certainement pas, mais il ne le déshonore pas non plus.Boris, versificateur satisfait de son existence entrelacée de nuits au volant, de rencontres impromptues et de déjeuners avec Gaston Miron \u2014 qui pourrait peut-être le publier à l\u2019Hexagone \u2014, se lance en affaires, à reculons, avec son ami Victor.Toujours plus fort et truculent quand il emprunte les petites rues de la digression que lorsqu\u2019il roule sur l\u2019autoroute de son récit principal, le prolifique auteur (Doucement, doucement!, 2015) propose une brève course aux nombreux détours accessoires, bien que propulsée, comme tous les chauffeurs dignes de ce nom, par un sens inouï de l\u2019anecdote abracadabrante.Comme l\u2019observe son narrateur: «C\u2019était ça aussi le taxi.Des événements sans suite recoupant des événements sans suite.La poésie aussi fouillait dans le même panier contenant un mélange de hasard et de temps.» Dominic Tardif WIKIPÉDIA La figure de Socrate inspire le philosophe Michel Morin.M I C H E L B É L A I R D if fic i le de rendre ces grands courants de vie et de lumière qui traversent l\u2019œu- vre d\u2019un écrivain comme Craig Johnson.La richesse de sa langue, son sens de l\u2019image tout comme la justesse poétique de la moindre de ses descr ipt ions, tout cela se décrit difficilement.Heureusement, le chroniqueur peut se rabattre sur l\u2019ouverture du romancier aux traditions amérindiennes, sur son sens de l\u2019humour exceptionnel ou encore sur sa façon de tisser des histoires, un fil à la fois, jusqu\u2019à ce qu\u2019elles atteignent des propor tions hors du commun.Comme s i la complexité de l\u2019univers tout entier pouvait se cacher aussi dans une brindille ou dans n\u2019impor te quel petit détail d\u2019apparence anodine\u2026 Cette neuvième aventure mettant en vedette le shérif Longmire du comté d\u2019Absa- roka au Wyoming ne fait surtout pas exception à la règle.Déracinement et dédoublement On le sait déjà depuis des lunes, mais cette fois-ci, ça y est : Walt Longmire va marier sa fille Cady.La cérémonie doit avoir lieu dans quelques jours \u2014 sur le territoire de la réser ve cheyenne, Cady y tient plus que tout \u2014 mais voilà que le local réservé depuis des mois n\u2019est soudain plus disponible.Les choses sont d\u2019autant plus compliquées que le shérif est témoin d\u2019un événement tragique alors qu\u2019il cherche un lieu de remplacement avec son ami Henry, « la nation cheyenne » lui-même.Devant eux, une femme tombe de la falaise de Painted Warrior avec son bébé dans les bras.Cette chute aux allures de suicide viendra changer toute la donne.Sur les lieux du drame, Long- mire et Lolo Long, la chef de la police indienne, découvrent rapidement que la femme a été poussée, et très vite l\u2019affaire se révélera complexe.Non seulement parce que le shérif est, bien sûr, hors de son territoire et que c\u2019est la police autochtone qui gère l\u2019affaire\u2026 une fois que le FBI a donné son accord.Mais sur tout parce que l\u2019enquête met en scène des personnages touffus, embrouillés, qui sont loin d\u2019être unidimensionnels.C\u2019est que la réalité dans laquelle vivent les Cheyennes, au même titre que la plupart des nations autochtones sur notre continent et ailleurs, n\u2019est pas simple.Participant de deux cultures, la leur et celles des « envahisseurs», plusieurs des membres de la réser ve sont des êtres déracinés, doubles souvent, hors normes.Sauf que tout le monde ne peut pas être Henry Standing Bear, qui sait, lui, garder en équilibre ce double héritage\u2026 Au bout du compte, la découverte de l\u2019assassin et le règlement de l\u2019affaire ne viendront pas même diminuer et encore moins résoudre les souf frances qui af fligent la communauté cheyenne.Par ses analyses fines se traduisant dans des comportements plutôt que dans des discours ou des théories, Craig Johnson nous fait sentir tout cela d\u2019une façon extrêmement concrète qui s\u2019incarne dans le respect et l\u2019ouverture qu\u2019af f iche le shéri f Longmire face aux traditions et à l\u2019histoire.Son humour de tous les instants, quelle que soit la gravité de la situation, fait en sor te de rendre encore plus crédibles les deux personnages r e m a r q u a b l e s q u e s o n t Longmire et Henr y.Notons que certains de nos lecteurs plus âgés se régaleront de la petite séance de spiritualité vécue par le shérif avec un aréopage de v ieux sages autour de quelques boutons de peyotl ; son parcours onirique, un fil à la main, fera remonter des souvenirs indélébiles surgis tout droit des années Carlos Castaneda\u2026 Bref, vous l\u2019aurez deviné, ce nouveau Craig Johnson se déguste lentement, une petite bouchée à la fois.Collaborateur Le Devoir À VOL D\u2019OISEAU Craig Johnson Traduit de l\u2019anglais par Sophie Aslanides Gallmeister Paris 2016, 354 pages POLAR Au cœur de la détresse autochtone ÉLISABETH ROGER Craig Johnson met en scène une neuvième fois le shérif Longmire du Wyoming."]
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