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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-08-13, Collections de BAnQ.

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[" D O M I N I C T A R D I F «L\u2019 autre jour, j \u2019étais au guichet d\u2019un cinéma et la fille me reconnaît ! » raconte Guillaume Vigneault.« \u201cTes livres, ce sont mes romans préférés\u201d, qu\u2019elle me dit ! J\u2019étais évidemment très étonné.Ça m\u2019arrive encore de temps en temps, mais disons que ça diminue.» Avec les succès de librairie Carnets de naufrage et Chercher le vent (Boréal, 2000 et 2001), deux invitations à aller voir ailleurs si le soleil resplendit davantage, le beau garçon au regard triste devenait un des visages les plus admirés d\u2019une littérature québécoise où les figures à la fois respectées de l\u2019intelligentsia et du grand public ne foisonnent pas.Puis, plus rien.Silence radio.Bien que l\u2019on ait vu son nom apparaître aux génériques de Tout est par fait (2008) et de Chasse-galerie: la légende (2016) en tant que scénariste, l\u2019éclipse romanesque de Guillaume Vi- gneault laisse pantois ceux qui conçoivent difficilement qu\u2019on puisse tourner le dos à ce qui nous procure gloire, apparitions télé et files interminables dans les salons du livre.« Disons que le cinéma m\u2019appelle plus souvent que mon éditeur », lance, mi-blagueur, le principal intéressé, avant de nuancer.«Ça ne fonctionnerait pas avec moi, la pression.C\u2019est vraiment ma faute si je n\u2019ai pas encore fait de nouveau roman, surtout que mon éditeur m\u2019avait averti en 2002 : \u201cAttention, tu vas te prendre le doigt dans l\u2019engrenage\u201d », se souvient celui qui a d\u2019abord investi l\u2019atelier du scénariste en travaillant à l \u2019adaptation cinématographique de Chercher le vent (toujours inédite).Tout en évoquant au passage la plus grande prévisibilité de revenu que permet l\u2019écriture scénaristique et son indif fé- rence face à la petite célébrité du romancier à succès (« Je n\u2019en suis pas junkie»), l\u2019auteur, qui travaille présentement à l\u2019écriture d\u2019une série télé, explique sa longue absence des espaces réservés aux nouveautés dans les librairies en confessant une relation plus intime avec l\u2019écriture romanesque.« J\u2019avais du mal il y a quinze ans quand on m\u2019appelait écrivain, note-t-il.Je trouvais ça abusif.Je répondais systématiquement que je n\u2019avais aucune intention de devenir un professionnel de ça.Je ne veux pas F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L es films campés durant la Deuxième Guerre mondiale, qu\u2019ils relatent l\u2019horreur des camps, qu\u2019ils documentent une évasion ou qu\u2019ils célèbrent le courage de héros, sont légion.À tel point que, sans en minimiser l\u2019importance, on est parfois tenté de croire qu\u2019on a peut-être fait le tour du sujet.Puis, surgit de nulle part une œuvre comme Le fils de Saul, sur le quotidien des Sonderkommandos, ces Juifs forcés d\u2019assister les nazis, et l\u2019on se dit que, non, tout n\u2019a pas été dit.Les innocentes, le plus récent long métrage d\u2019Anne Fontaine, à l\u2019af fiche le 19 août, force également un tel constat.On parle avec la réalisatrice de ce film puissant.« L\u2019intrigue est basée sur les expériences d\u2019une jeune médecin française de la Croix-Rouge, Madeleine Pauliac, qui a tenu un journal de bord que son neveu, Philippe Maynial, a plus tard trouvé.Il a intéressé des producteurs qui m\u2019ont ensuite contactée.J\u2019ai été sidérée par ce que j\u2019ai appris », confie Anne Fontaine.Les anges souillés On est ainsi transporté dans la forêt polonaise, à l\u2019hiver 1945.Mathilde Beaulieu, personnage basé sur Madeleine Pauliac, participe à une mission visant à trouver, soigner, puis rapatrier les soldats français laissés derrière après les combats.L\u2019Allemagne a capitulé le printemps précédent, mais, comme cette athée communiste aura l\u2019occasion de s\u2019en rendre compte, pour plusieurs, l\u2019horreur se poursuit.C\u2019est ainsi qu\u2019une nuit, une religieuse vient la trouver : au couvent des bénédictines, une nonne est sur le point d\u2019accoucher.D\u2019autres attendent dans l\u2019angoisse ou le déni un sort similaire, car avant d\u2019évacuer, un bataillon russe a transformé les saintes femmes en esclaves sexuelles.« Après m\u2019être assurée de la véracité de l\u2019histoire, j\u2019ai compris qu\u2019il y avait là matière à une réflexion intense sur la foi, sur le rapport complexe entre la foi, la violence et la maternité, explique Anne Fontaine.Avec mon coscénariste Pascal Bonitzer [son collaborateur sur Gemma Bovery], on est partis des faits, mais aussi de ce qu\u2019on a imaginé dans la dramaturgie, en fonction par exemple de l\u2019évolution de chaque personnage, de Mathilde, des sœurs\u2026» À travers leurs yeux Soucieuse de mieux comprendre le quotidien des religieuses, Anne Fontaine a ef fectué deux retraites dans des couvents de bénédictines.Était-ce un réflexe de l\u2019ancienne actrice en elle qui éprouvait le besoin de s\u2019imprégner des lieux, de leur atmosphère forgée de silence et de piété ?« Je n\u2019y avais pas pensé en ces termes, avoue- t-elle en riant.Je pense, cela dit, que ç\u2019a davantage à voir avec ma nature.J\u2019aime comprendre les choses et les gens, voir la vie à travers leurs yeux, ne serait-ce qu\u2019un instant.La question de l\u2019authenticité était en outre fondamentale pour moi, même en sachant que j\u2019intégrais des éléments de fiction par souci de cohésion narrative.Ça reste un choix de vie radical.Il y a le rapport à la communauté, le rap- por t à soi, le rappor t au silence, à la contemplation\u2026 » Martyre perpétué On l\u2019a évoqué d\u2019emblée, le récit au cœur du film ouvre sur un abîme de souffrance jusque-là inexploré.«C\u2019est resté caché.Longtemps.C\u2019est assez incroyable mais, même en Pologne, quand je suis arrivée avec le sujet, personne là-bas n\u2019était au courant.J\u2019ai vraiment dû procéder à des recherches très précises, et très poussées, afin d\u2019être en mesure de bien jauger la réalité factuelle.Je me suis rendu compte que de tels événements étaient en fait survenus dans plusieurs couvents.Mais ç\u2019a été tu, puis oublié.À François Damiens, acteur belge et Don Quichote des temps modernes Page E 5 L\u2019histoire de Pierre Torres, otage en Syrie aux mains du groupe EI Page E 6 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 Ils ont connu du succès avec leurs premiers romans, puis se sont évanouis dans la nature.Le Devoir profite de l\u2019été pour prendre des nouvelles de quelques écrivains disparus des écrans radars.Où sont passées nos idoles littéraires ?Inspiré par les souvenirs d\u2019une médecin de guerre, le nouveau film de la cinéaste française Anne Fontaine constitue un rappel bouleversant qu\u2019en Europe, le cauchemar n\u2019a pas pris fin en 1945.CINÉMA La beauté réparatrice d\u2019Anne Fontaine Les innocentes revient sur une page méconnue de la Deuxième Guerre mondiale VOIR PAGE E 6 : IDOLES MARIE-ÈVE LACASSE Marie-Ève Lacasse alias Clara Ness PEDRO RUIZ LE DEVOIR Guillaume Vigneault MÉTROPOLE FILMS Inspiré d\u2019un épisode peu connu de l\u2019histoire polonaise, Les innocentes est un film qui explore l\u2019abîme sans renoncer à la lumière.Anne Fontaine VOIR PAGE E 2 : FONTAINE terme, ces femmes ont inventé une solution qui était inimaginable au départ.» On pourrait à cet égard imaginer que les autorités religieuses n\u2019étaient pas très chaudes à l\u2019idée de voir étaler sur grand écran les conséquences du martyre de ces religieuses.Or tel ne fut pas le cas, révèle Anne Fontaine.«Lorsque j\u2019ai présenté le film au Vatican, et j\u2019avoue que ça m\u2019a étonnée, un évêque proche du pape François a pris le micro pour dire qu\u2019il s\u2019agissait selon lui d\u2019un film thérapeutique pour l\u2019Église.D\u2019une part, parce qu\u2019on y mettait en lumière une réalité évincée par l\u2019histoire, et d\u2019autre part, parce que des situations comme celle-là continuaient de se produire de nos jours dans les pays en guerre.Ç\u2019a été une projection assez hallucinante, devant une salle de 300 religieux.» L\u2019espoir, quand même Les innocentes est le film le plus ambitieux et le plus abouti de l\u2019auteure, quoique sa filmographie compte déjà son lot d\u2019œuvres fortes.Pour mémoire, Anne Fontaine passa à la réalisation en 1992 après une décennie de peti ts rôles.Son premier film, Les histoires d\u2019amour finissent mal\u2026 en général, lui valut le prix Jean-Vigo et son second, Augustin, une sélection cannoise.Ce fut toutefois son troisième, Nettoyage à sec, qui l\u2019imposa.Suspense insidieux montrant comment un couple pépère implose sous l\u2019influence d\u2019un jeune homme charismatique, ce film jeta les bases de son cinéma où une situation en apparence limpide ne cesse de s\u2019opacifier, révélant des motivations psychologiques troubles \u2014 voir Comment j\u2019ai tué mon père, Nathalie\u2026, Entre ses mains, La fille de Monaco, etc.Les innocentes marque un tournant, en cela que la dynamique est inversée.Une idée qui plaît à la cinéaste.« C\u2019est vrai : j\u2019ai tendance à obscurcir des situations en apparence légères, alors qu\u2019ici, je vais graduellement vers la lumière pour sortir des ténèbres.D\u2019ailleurs, ma directrice photo, Caroline Champetier, et moi avons beaucoup travaillé la lumière.Je voulais que sa beauté soit réparatrice.» Beauté réparatrice : voilà qui résume bien Les innocentes.Le Devoir CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 2 14 \u2013 27 AOÛT DIRECTEUR GÉNÉRAL & ARTISTIQUE ANDRÉ J.ROY ENTRÉE GRATUITE / RÉSERVEZ VOS PLACES 2016 6 CONCERTS EXCEPTIONNELS 18 08 ROLSTON CANADA / GOLDMUND ALLEMAGNE 19 08 MECCORE POLOGNE / ARGUS ÉTATS-UNIS 14 08 BORODIN RUSSIE CONCERT D\u2019OUVERTURE 27 08 CALIDORE ÉTATS-UNIS / CANADA CONCERT DE CLÔTURE 25 08 GOLDMUND ALLEMAGNE / ROLSTON CANADA 26 08 ARGUS ÉTATS-UNIS / MECCORE POLOGNE QUATUORS À CORDES SALLE POLLACK 19 H MISQA.COM 514.550.8057 INVITÉS : STEFAN FEHLANDT & VLADIMIR BALSHIN C ette semaine, j\u2019ai rattrapé quelques films du cycle érotique présenté à la Cinémathèque québécoise au fil de l\u2019été.Démarré en juillet, il insuf fle d\u2019autres vents de chaleur à la canicule d\u2019août.Dans la salle, on voyait surtout des hommes.Rien de nouveau sous le soleil.Ces séances se jouent de tout temps au masculin pluriel, les rares femmes s\u2019y pointant, en règle générale, en couple.Les vieux et les jeunes rivaient de mêmes yeux sur l\u2019écran, chose certaine.Un gros vendeur, le sexe, tous âges confondus.Au rez-de-chaussée, une exposition d\u2019affiches coquines attirait badauds et touristes, comme la projection en boucle de l\u2019expérimental Corps exquis de l\u2019Autrichien Peter Tscherkassky, voyage en érotisme des années 1960 à nos jours.Aujourd\u2019hui, les spectateurs pensent avoir tout vu, mais l\u2019émoi du voyeur devant l\u2019écran demeure inchangé, adapté tout au plus aux fantasmes de l\u2019heure.Et encore\u2026 Catherine Deneuve, en bourgeoise à la double vie du Belle de jour de Buñuel, distille le même poids de mystères lascifs qu\u2019en 1962.Les cinéastes japonais n\u2019ont rien perdu de leur raffinement pervers et David Hamilton, à travers Bi- litis et Tendres cousines, caresse encore l\u2019écran avec ses nymphettes aux caresses saphiques.Le saut des barrières Grâce à ce cycle aux accents grivois, Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque, accueillait la semaine dernière une douzaine de nouveaux membres annuels : « Des moins de 50 ans, à coup sûr.» Leurs doubles patronymes le révélaient.Ce temple du boulevard de Maison- neuve prend son assistance cet été par les sens, accrochant au passage une partie du jeune public de Fantasia, si friand de films de niche.Certaines soirées sont plus torrides que d\u2019autres dans cette salle longtemps baptisée Claude- Jutra.Il y a des films hard et violents, à l\u2019instar du saisissant Empire des sens du Japonais Na- gisa Oshima, dont la spirale érotique mène à la mort.D\u2019autres se font plus suggestifs qu\u2019explicites, avec éclats du blasphème dont les années 1970 étaient friandes.Ainsi dans Mais ne nous délivrez pas du mal du Français Joël Séria, porté par son duo de jeunes filles éprises de loisirs sataniques.L\u2019inceste entre frère et sœur, thème de My Sister My Love du Suédois Vilgot Sjoman (1966), paraît plus charmant qu\u2019audacieux.Le temps émousse les dents du scandale.Les barrières enjambées hier mènent à d\u2019autres barrières à franchir demain.La vie d\u2019Adèle d\u2019Abdellatif Kechiche ou L\u2019inconnu du lac d\u2019Alain Giraudie ont ouvert de nouvelles brèches de représentation sexuelle.D\u2019autres suivront.Le spectre du cycle est large, de Deux femmes en or de Claude Fournier à La tour de Nesle d\u2019Abel Gance, en passant par Exotica d\u2019Atom Egoyan.Entre l\u2019érotisme flottant et la porno crue du film allemand Taxi Zum Klo.Sur des vagues Au menu du vendredi 19 août : une série de courts métrages français muets du début du XXe siècle.La semaine suivante, lui succédera un florilège de courts autrichiens du temps, apparemment plus soft que leur pendant français.« Nés des commandes de collectionneurs privés, ces films sont aujourd\u2019hui de vraies raretés », précise Marcel Jean.Dans leurs chics boudoirs lambrissés, ces fins amateurs s\u2019of fraient des parties fines sur vues animées, avant la démocratisation du genre.Chose certaine, l\u2019érotisme s\u2019est collé à l\u2019écran dès l\u2019invention du septième art.Et l\u2019évolution du créneau fascine ; avançant sur un plan, reculant ailleurs.Des scènes confinées hier au XXX des écrans spécialisés gagnent désormais les circuits commerciaux, tel Love en 3D de Gaspar Noé, dont les spectaculaires effets de jaillissement font oublier la minceur du scénario.Le «montrable», ça va, ça vient.«Tout ce qui a trait à la pédophilie est devenu délicat à présenter», précise Marcel Jean.Beau-père de Bertand Blier, dans lequel un homme cède aux avances de sa belle-fille prépubère, faisait déjà hurler à sa sortie en 1981\u2026 La Cinémathèque, qui l\u2019avait projeté en rétrospective des œuvres du cinéaste français, préféra sous cette bannière érotique passer à côté.Absent du lot, aussi, Pretty Baby de Louis Malle (1978), avec sa fillette de 12 ans mise aux enchères dans une maison close.Pas là davantage le quasi insoutenable Salo ou les 120 jours de Sodome de Pasolini revisitant Sade, sur fond de fascisme.Le directeur de la Cinémathèque affirme le considérer avant tout comme un film politique.Par ailleurs, si les cinéastes des années 1970 adoraient se repaître des fantasmes sexuels de nazis, le thème fait moins sourire.Autres temps\u2026 Les scènes de viol de femmes sans condamnation implicite choquent les mentalités en éveil.Des femmes, Catherine Breillat en chef de file, redessinent à leur manière la carte érotique.Ainsi, dans Téléphone rose de Farzin Far- zaneh est capté le one woman show d\u2019une ancienne prêtresse de la téléphonie licencieuse, éclairant ce métier sous un nouveau jour.Silver Shoes de Jennifer Lyon Bell participe à un courant d\u2019érotisme féministe éloigné du regard macho dominateur.Les films de fesses sont aussi des révélateurs de sociétés.Quand la littérature s\u2019en mêle Feuilleter le calendrier de ce cycle érotique, c\u2019est mesurer par ailleurs à quel point la littérature sert le cinéma au rayon du fantasme, images mobiles sur écrits célèbres de Sade, d\u2019Apollinaire et de Pauline Réage.C\u2019est à une novella d\u2019Henry Miller que s\u2019est abreuvé le Quiet Days in Clichy de Jorgen Thorsen, à un roman de Jean Genet que s\u2019attela Querelle de Fassbinder.Lolita repose sur la prose de Nabokov.Belle de jour est d\u2019abord un roman de Joseph Kessel et L\u2019insoutenable légèreté de l\u2019être, le chef-d\u2019œuvre de Kundera.Des Belles endormies de Kawabata fut tiré Sleeping Beauty de Julia Leigh, alors qu\u2019Eyes Wide Shut de Kubrick prend appui sur une novella d\u2019Arthur Schnitzler.D\u2019où l \u2019envie de saluer au passage les géants littéraires qui inspirèrent à tant de cinéastes de si ardentes passions.Puissent les arts demeurer longtemps des vases communicants ! Ils gagnent au partage.Nous aussi.otremblay@ledevoir.com Cet obscur objet du désir\u2026 ODILE TREMBLAY SUITE DE LA PAGE E 1 FONTAINE MÉTROPOLE FILMS La cinéaste Anne Fontaine sur le plateau de tournage de son long métrage Les innocentes CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE Silver Shoes de Jennifer Lyon Bell participe à un courant d\u2019érotisme féministe éloigné du regard macho dominateur. C H R I S T O P H E H U S S U niversal publie sur éti- quet te DG un co f f r e t cubique, 111 \u2013 The Violin , consacré à des « enregistrements légendaires » de son catalogue.En vaut-il la peine ?Avant de se pencher sur le contenu du coffret, il convient d\u2019en expliquer l\u2019intitulé.Le c h i f f r e 1 1 1 a é t é m i s e n exergue en 2009 à l\u2019occasion du 111e anniversaire de la Deutsche Grammophon.Deux cof frets de « grands enregistrements », avec respectivement 55 et 56 CD, ont été publiés en 2009 et 2010, avant les déclinaisons Mozar t 111 en 2012 et 111 \u2013 The Piano en 2015.Un coffret violonistique est donc une suite logique.La première constatation est que 111 \u2013 The Violin ne contient que 42 CD, alors qu\u2019un cube «standard» en renferme 50 et cer tains, même, 55.La chose n\u2019est pas moins chère pour autant et le contenu n\u2019aurait pu que se bonifier par l\u2019ajout de huitdisques.Un abécédaire 111 \u2013 The Violin, un beau cof fret avec les disques en pochettes originales, rend hommage aux violonistes de l\u2019histoire de DG, classés de A, comme Accardo, à Z, comme Zukerman.Pour monter à 42CD, certains violonistes ont droit à plusieurs CD, sans que l \u2019 on comprenne vra iment la logique des choses : deuxdisques pour Giu- liano Carmignola, Hilary Hahn, Gidon Kre- mer, Schlomo Mintz, Itzhak Perlman, Gil Shaham et Simon Standage, et même trois pour Anne-Sophie Mutter, alors que deux monuments de l\u2019histoire du violon tels Nathan Mil- stein et Christian Ferras (ce dernier ayant été le seul \u2014 avant Mutter \u2014 à enregistrer avec Karajan) n\u2019ont droit qu\u2019à un disque.Certes, inclure le Sibelius de Ferras ou le Brahms de Milstein aurait doublonné, mais des doublons, il y en a déjà\u2026 On aurait donc pu passer à 50CD en enrichissant l\u2019offre.Côté anachronismes, le CD 22 i l lustre par le t i tre Mendelssohn : Violin Concerto l \u2019enregistrement Milstein- Abbado du concer to Tchaï- kovski (cer tes, en LP les deux étaient couplés, mais pas ici).Par ailleurs, un « génie » du marketing chez DG avait décidé un jour que Gil Shaham avait fait son temps et l\u2019avait remplacé par Ilya Gringolts.Or aucun des cinq disques sans lendemain de Gringolts n\u2019a été inclus \u2014 la carrière de Shaham va très bien, e l le ; mer c i ! Autr e oubli incroyable : Va- dim Repin, engagé à grands f ra i s i l y a quelques années.DG n\u2019a cependant pas oublié que David Garrett a débuté sur ce label alors qu\u2019il avait 15 ans ! Un manque d\u2019archives Si les révélations sont très rares, c\u2019est aussi et sur tout parce que, comme l\u2019illustre un récent coffret DG \u2013 The Mono Era, jusqu\u2019à la fin des années 1950 DG était essentiellement un label local germanique.Or le violon en Allemagne dans les années 1930 e t 1940, c\u2019étaient Kulenkampf f et Schneiderhan.Et ils n\u2019ont pas joué juste très longtemps\u2026 De Schneiderhan, le coffret garde le meilleur enregistrement : le concerto de Beethoven avec Jochum.Kulenkampff (qui enregistrait surtout chez Telefunken) a laissé pour DG avant la guerre une Sonate à Kreutzer avec Wilhelm Kempff que l\u2019on trouve ici.Grosso modo, les choix sont bien faits et les enregistrements retenus (Caprices de Paganini pour Accardo, concerto de Glass pour Kremer, Brahms et Beethoven pour Mutter\u2026.) le sont de manière avisée.Pour le collectionneur, les raretés ne sont pas légion, mais il y en a.On notera l\u2019excellente tenue du très oublié Schmuel Ashkenasi dans les Concer tos nos 1 et 2 de Paganini.Ces enregistrements de 1968 ont été éclipsés depuis 40 ans par ceux d\u2019Accardo.On trouve aussi les deux disques Decca américains (1944-1946) de Jascha Heifetz, avec des pièces de vir tuosité.Moins rare, le Concer to de Dvorák par Johanna Martzy et Ferenc Fricsay est habilement couplé aux concer tos de Br uch et Glazounov par Erica Morini, héroïne, par ailleurs, d\u2019une des grandes raretés du coffret : le couplage de la Sonate K.296 de Mozart et de la 3e Sonate de Beethoven avec Rudolf Fir- kusny, dont le compatriote tchèque Vasa Prihoda joue 25 minutes de Dvorák et de Smetana (immense rareté).Tibor Varga a enregistré en 1962 pour DG la 1re Sonate pour violon et piano et la Sonate pour violon seul de Bartók: on l\u2019avait oublié.Enfin, les gravures d\u2019œuvres de Kreisler réalisées par Ruggero Ricci en 1961 ont été couplées à des incunables : Kreisler jouant ses propres œu- vres, entre 1910 et 1912.C\u2019est alléchant, certes, mais un peu court pour qui a déjà une discothèque bien fournie.Le Devoir 111 \u2013 THE VIOLIN «Legendary Recordings».Deutsche Grammophon 42CD 479 6220.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 3 La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE NAREH ARGHAMANYAN, piano Mercredi 15 février \u2013 19 h 30 SCRIABINE Sonate no 3 TCHAÏKOVSKI Doumka, scène rustique russe MEDTNER Sonate Reminiscenza STRAVINSKI Suite de L\u2019Oiseau de feu Récipiendaire du 1er Prix au Concours musical international de Montréal en 2008, Nareh Arghamanyan est l\u2019une des pianistes les plus talentueuses de sa génération.Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 Présenté par M U S I Q U E R U S S E L\u2019HISTOIRE DU SOLDAT Dimanche 16 octobre \u2013 14 h STRAVINSKI L\u2019histoire du soldat Texte de Charles-Ferdinand Ramuz Ce chef-d\u2019œuvre de Stranvinski est inspiré d\u2019un conte russe traditionnel.SOFYA GULYAK, piano Mercredi 19 octobre \u2013 19 h 30 LIADOV Trois morceaux TCHAÏKOVSKI Suite de Casse-Noisette CHOSTAKOVITCH Prélude et fugue en ré bémol majeur PROKOFIEV Sonate no 6 Un programme russe ayant comme point culminant la première des Sonates de guerre de Proko?ev.DANNY DRIVER, piano Mercredi 16 novembre \u2013 20 h J.S.BACH Suite française no 5 BALAKIREV Nocturne no 2 RACHMANINOV Études-Tableaux PROKOFIEV Sonate no 7 L\u2019énergie du pianiste anglais Danny Driver est contagieuse.BONS BAISERS DE RUSSIE Jeudi 26 janvier \u2013 19 h 30 Paul Merkelo, trompette Janelle Fung, piano CHOSTAKOVITCH Concerto no 1 pour piano et trompette RACHMANINOV Vocalise WEINBERG Concerto pour trompette (extrait) BALAKIREV Islamey, fantaisie orientale Une occasion rare d\u2019entendre un duo de trompette et piano avec Paul Merkelo, trompette solo de l\u2019OSM.J a m e s W i l s o n M o r r i c e , S o l d a t m a r c h a n t , 1 9 1 8 .C o l l .M B A M S E R G E T R U F F A U T E nfin ! Randy Weston vient d\u2019être reconnu pour ce qu\u2019il est depuis des décennies : un monument.Les critiques de jazz répartis aux quatre coins de la planète et que le mensuel Down Beat invite annuellement à concocter un inventaire à la Prévert ont élu Weston au Hall of Fame.On le répète, mais autrement : il était temps.Né le 6 avril 1926 sur les hauteurs de Brooklyn, le pianiste, compositeur, arrangeur et historien de l\u2019Afrique est l\u2019archéologue par excellence du jazz depuis le début des années 1950.De cette époque à aujourd\u2019hui, il n\u2019a jamais cessé de faire l\u2019alchimie entre les tambours du Sénégal et du Cameroun, les cordes du Mali, les flûtes marocaines, les chanteurs du fleuve Congo, les traditions soufies, la science des Dogons et le jazz conçu par ses maîtres et amis qu\u2019étaient Duke Ellington et Thelonious Monk.Cela fait donc 60 ans que Weston, on le répète mais autrement, s\u2019applique à nous rappeler que le jazz est la conséquence, parmi d\u2019autres, d\u2019une spoliation.En clair, qu\u2019il est né en Afrique et non dans les fjords norvégiens, sur les rives du Pô ou à Munich.Cette insistance géographique et cette évidence culturelle sont à l\u2019origine d\u2019une des grandes œuvres du jazz : The Spirits of Our Ancestors, publiée en 1992 par Antilles.Pour dire les choses telles qu\u2019elles sont, ce double album est un des dix plus grands enregistrements de l\u2019histoire du jazz.Oui, oui, oui\u2026 The Spirits of Our Ancestors fait partie de la catégorie où sont rassemblés, entre autres, les Kind of Blue de Miles Davis, A Love Supreme de John Coltrane, Mingus Ah Um, Monk\u2019s Dream et Urban Bushmen de The Art Ensemble of Chicago.Il est à la fois un aboutissement esthétique et une dissertation sur une longue réflexion.Aboutissement ?Du milieu des années 1950 jusqu\u2019à au- jourd\u2019hui, Weston a fait de longs séjours dans plusieurs pays africains afin d\u2019étudier au plus près leurs us et coutumes musicaux.Cela souligné, on ne sera pas étonné d\u2019apprendre que, pour faire cet album, Weston a fait appel à deux percussionnistes qui entourent le batteur Idris Muhammad.Ce souci pour la diversité des rythmes africains s\u2019est accompagné d\u2019une greffe instrumentale étonnante : il a demandé à Pharoah Sanders et Yassir Chadly de jouer du gen- bri, du karkaba et du gaita.À ces messieurs se sont joints de gros canons du jazz : Idrees Sulieman à la trompette, Benny Powell au trombone, Talib Kibwe, Billy Harper, Pharoah Sanders et Dewey Redman aux saxophones, Alex Blake et Jamil Nasser aux contrebasses et\u2026 Dizzy Gillespie, le maître renard de la trompette.À lire les noms des ar tistes invités, on aura compris que Weston et Melba Liston, sa complice pour ce qui a trait à la composition et aux arrangements, ont choisi les africanistes du jazz.Ce qui a été accompli à la faveur de cette production, Weston n\u2019a pas cessé de l\u2019explorer, de le détailler depuis lors.Sur ses albums Saga, Zep Tepi, The Storyteller, Khepera, Volcano Blues et The Roots of The Blues, Weston continue à nous régaler avec ses récoltes africaines.À cet égard, on doit préciser que sa relation à l\u2019Afrique est loin d\u2019être cantonnée à la stricte sphère musicale.Weston n\u2019a jamais été dans l\u2019exercice de style.Au contraire, il a toujours eu une inclination marquée, profonde, pour l\u2019Histoire avec un grand H du continent africain.Pour les philosophes, les écrivains, les scientifiques de cet espace où est né, dit-on, le premier homme.En un mot comme en mille, Randy Weston était et reste un homme de la Renaissance.Il était temps de le saluer.?La pianiste et chanteuse No- rah Jones va publier un nouvel album enregistré avec Wayne Shorter, Lonnie Smith et Brian Blade pour le compte de l\u2019étiquette Bue Note.Sortie prévue : le 7 octobre prochain.Elle reprend notamment Blo- win\u2019 the Blues Away d\u2019Horace Silver et Fleurette africaine de Duke Ellington.?Les organisateurs de la 31e édition du Festi jazz international de Rimouski viennent d\u2019annoncer le changement suivant : le trio du pianiste new-yorkais Kevin Hays va remplacer Neil Cowley, qui a été dans l\u2019obligation d\u2019annuler sa prestation prévue pour le 3 septembre.Collaborateur Le Devoir Randy Weston, le griot du jazz CLASSIQUE Une anthologie de violon chez Deutsche Grammophon C H R I S T O P H E H U S S Y annick Nézet-Séguin et Deutsche Grammophon se sont entendus pour enregistrer sept grands opéras de Mozart.Don Giovanni, Cosi fan tutte et L\u2019enlèvement au sérail sont déjà parus.Voici la quatrième intégrale : Les noces de Figaro.Le projet implique également depuis le début le ténor Rolando Villazón, être humain certes extrêmement attachant et médiatique, mais qui n\u2019est pas un «premier choix mozar- tien» et dont la voix n\u2019est plus que l\u2019ombre de ce qu\u2019elle fut.Au disque, on n\u2019entend que la voix, et le sympathique Vil- lazón ne peut rattraper le coup par quelque abattage scénique ou quelque sourire charmeur.Ce point faible avait por té un grand préjudice à Don Giovanni et Cosi fan tutte.Nouvelle donne La parution d\u2019un admirable Enlèvement au sérail en 2015 avait donné un nouvel élan à cette entreprise discographique.Je n\u2019hésite pas à attribuer à l\u2019arrivée dans l\u2019équipe de Jory Vinikour, comme chef assistant et continuiste, une par tie non négligeable de cette pétulance nouvelle.Nézet-Séguin et Vinikour semblent s\u2019entendre comme larrons en foire.Et comme les Noces reposent sur ce même noyau, avec des récitatifs judicieusement menés au pianoforte qui font bien avancer l\u2019histoire, les bases de ce nouvel enregistrement sont les meilleures possible.Le tandem œu- vre avec l\u2019Orchestre de chambre d\u2019Europe, dont on a déjà souligné l\u2019extraordinaire réactivité, la tonicité et la complicité avec Yannick Nézet-Séguin, dont la direction ardente garde une respiration très naturelle avec de belles inventions.Écoutez la magie du tandem Nézet-Sé- guin et Vinikour dans l\u2019accompagnement du fameux air Voi che sapete.Par ailleurs, çà et là, la gestion des ornementations dans les airs est habile, sans le jusqu\u2019au-boutisme d\u2019un Charles Mackerras.Vocalement, le principal atout de ces Noces est l\u2019incarnation sublimement sensuelle de la comtesse par la soprano Sonia Yoncheva.Depuis Margaret Price, je n\u2019ai pas entendu pareille prestation dans ce rôle.Juste derrière, le très troublant Cherubino d\u2019Angela Brower.Toute la distribution féminine est vraiment excellente avec Christiane Karg en Susanna e t l e luxe d\u2019une Anne Sofie von Otter en Marcellina.Dans ces Noces pré- révolutionnaires \u2014 c\u2019est le sens même de l\u2019œuvre de Beaumarchais qui en fournit la trame \u2014 le serviteur Figaro (Luca Pisa- roni) domine le comte Alma- viva, un Thomas Hampson dont la voix commence par fois à s\u2019érailler un peu et dont l\u2019élocution tend à chuinter.Maurizio Muraro, Jean-Paul Fouché- court, Philippe Sly ainsi que Re- gula Mühlemann (Barbarina) sont d\u2019excellents seconds rôles.Quant au cas Villazón, Les noces de Figaro sont un « bon deal » pour l\u2019auditeur, puisque le ténor mexicain est cantonné à Don Basilio, rôle de comédie dans lequel il fait des tonnes de manière amusante.C\u2019est là, hélas !, peut-être le dernier répit avant une troisième phase de la collection : qu\u2019adviendra- t-il dans La clémence de Titus, Idoménée et La flûte enchantée ?Quelqu\u2019un saura-t-il dire « non » ou va-t-on vraiment devoir subir le Titus, l\u2019Idomeneo et le Tamino de Rolando Villa- zón ?Si la chose va de l\u2019avant, il faut plus que jamais espérer une résurrection vocale du ténor et l \u2019action de quelques coachs stylistiques.Parution recommandable, d\u2019une édition par ailleurs très complète de la partition, même si la petite étincelle théâtrale qui rendait L\u2019enlèvement au sérail si ir résistible manque.Pour la créer, il aurait fallu prendre le risque d\u2019un vrai cinglant duel comte-Figaro, avec des jeunes voix plus polarisées.Le Devoir WOLFGANG AMADEUS MOZART : LE NOZZE DI FIGARO Vokalensemble Rastatt.Orchestre de chambre d\u2019Europe, Yannick Nézet Séguin.Enregistrement public Baden-Baden, juillet 2015 Deutsche Grammophon 3CD 479 5945.Des Noces d\u2019excellent niveau GEORGES GOBET AGENCE FRANCE-PRESSE En 1992, Randy Weston a réalisé une des grandes œuvres du jazz, The Spirits of Our Ancestors.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Yannick Nézet-Séguin FLORENCE FOSTER JENKINS ?Drame de Stephen Frears.Avec Meryl Streep, Hugh Grant, Simon Helberg, Rebecca Ferguson.Grande-Bretagne, 2016, 110 minutes.O D I L E T R E M B L A Y S ur le même sujet que le M a r g u e r i t e d e X a v i e r Giannoli, mais en mieux collé à la réalité des personnages et des lieux de l\u2019action (New York), le cinéaste britannique Stephen Frears (My Beautiful L a u n d r e t t e , T h e Q u e e n , Philomena) por te à l\u2019écran l e d e s t i n comico- tragique de l\u2019extravagante mécène américaine de la musique Florence Foster Jenkins, dotée d\u2019une voix de crécelle mais se croyant la reine des coloratures.Elle se produisait e n p r i v é , g r â c e à l\u2019appui de son second mari comme de son pianiste accompagnateur, et grâce au silence de ceux qu\u2019elle soutenait financièrement, jusqu\u2019à son spectacle à Car negie Hal l en 1944 , désastre critique qui accéléra sa mort un mois plus tard.De cette candide et colorée Castafiore (elle aurait, dit-on, inspiré ce célèbre personnage à Hergé), on suit ici les derniers mois de sa vie, affaiblie par une syphilis incurable.Stephen Frears nous avait quand même habitués à moins racoleur que ce film, divertissant et tonique, cer tes, mais à la mise en scène conventionnelle, en deux temps, avec saut du burlesque vers une œuvre au registre plus ouvert.La prestat ion de Mer yl Streep en désespérante et attachante cantatrice à trois sous, poussant la fausse note aiguë, est plus qu\u2019honorable, même si elle se fait souvent voler la vedette par Hugh Grant dans la peau du mari manager, aimant mais volage, avec un mélange de flegme et de punch qu\u2019on n\u2019avait plus vu chez lui depuis Quatre mariages et un enterrement.Bien des acteurs secondaires se voient toutefois dessinés à gros traits.Peu de scènes, à part le concert à Carnegie Hall, frappent longtemps l\u2019esprit.Au milieu du décor kitchis- sime (chargé comme un gâteau de mariage) de l\u2019appartement new-yorkais de Jenkins et à travers force presta- t ions outrancières en première par tie, dont celle de Simon Helberg en pianiste qui n\u2019en finit plus de s\u2019éberluer devant l\u2019absence de talent de sa « patronne », des excès de cabotinage indisposent.Ça n\u2019enlève pas sa drôlerie au film, ni ses charges émotionnelles postérieures, mais à l\u2019intérieur d\u2019une production trop formatée pour en imposer.Et Frears, qui maîtrisait bien les codes de la comédie dramatique légère dans Tamara Drewe, par exemple, ser t cette fois une œuvre honorable mais assez facile, destinée plus qu\u2019autre chose au marché américain.Florence Foster Jenkins apparaît décidément inférieur au Marguerite de Giannoli (film vu à Paris, qui sera à l\u2019affiche chez nous à l\u2019automne), mieux unifié, plus profond et por té par l\u2019éblouissante prestation de Catherine Frot, qui lui valut en 2015 un César d\u2019interprétation.Le Devoir BIOTOPE Au Centre culturel de Notre- Dame-de-Grâce (6400, avenue Monkland) ; à la Maison de la culture de Côte-des-Neiges (5290, chemin de la Côte-des- Neiges) ; à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce (3755, rue Botrel) jusqu\u2019au 18 septembre M A R I E - È V E C H A R R O N E n cours depuis le début de l\u2019été, l\u2019exposition Biotope se démarque par son judicieux souci d\u2019intégration.Suivant le principe selon lequel la vitalité culturelle va de pair avec le développement durable, elle réunit des œuvres fortes abordant des questions environnementales et écologiques.Elle se déploie aussi en trois lieux, deux maisons de la culture et un centre culturel, tissant ainsi des collaborations entre des partenaires d\u2019un même réseau.De part en part, l\u2019exposition se fonde sur la préoccupation du vivre en commun, concourant de ce fait à remplir la mission propre à ces lieux, pour qui la vie citoyenne passe par une démocratisation de l\u2019accès à la culture.Le programme éducatif développé sur mesure, combinant visite guidée et opuscule instructif, confirme d\u2019ailleurs que rien n\u2019a été négligé sur ce plan.Alors que les œuvres d\u2019Ana Rewakovicz, d \u2019Andréanne Godin, de Diane Landr y, de Jannick Deslauriers et du duo Zoné vert \u2014 faites d\u2019objets détournés, de matière vivante ou de matériaux non artistiques \u2014 s\u2019inscrivent en porte-à-faux avec les domaines du design, du bâti et de l\u2019aménagement, les espaces physiques qui les présentent sont eux-mêmes identifiés comme des exemples d\u2019architecture durable et de solutions incarnées pour défier la pollution.La visite, dont l\u2019ordre des escales importe peu, éveille doublement.Équilibres précaires Le concept est poussé à l\u2019extrême au centre culturel No- tre-Dame-de-Grâce, où l\u2019œuvre de Zoné vert semble disparaître dans le décor.Quoique s\u2019élevant dans le hall d\u2019entrée, la sculpture du duo, de bois brut et transformé, cède toute l \u2019at tent ion au l ieu et à sa conception recherchée, signature du consortium Big City, Fichten et associés et L\u2019ŒUF.Le nouveau bât iment, qui abrite entre autres une bibliothèque et une salle de spectacle, entend bien redéfinir les normes en matière d\u2019architecture publique en of frant une construction durable et plus dynamique pour les usagers.À l\u2019inverse, à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, les œuvres de Diane Landry et de Jannick Deslauriers, réparties sur deux étages, parviennent à faire oublier le caractère ingrat des espaces d\u2019exposition dans cette bâtisse qui nous ramène à une époque qui ne savait rien des défis actuels posés à la planète.La délicate installation de soie et de fils de Deslauriers est à l\u2019image du marais qu\u2019elle représente, à savoir un fragile écosystème menacé par l\u2019intensification du transport des marchandises.Parmi les nénuphars en floraison dérivent les tristes épaves de trois conteneurs.Landry, quant à elle, arrache de leur ordinaire des objets de consommation qu\u2019elle assemble avec ingéniosité dans des installations cinétiques et sonores.Jantes de vélo, bouteilles de plastique, règles et patères configurent des œu- vres en mouvement et lumineuses capables d\u2019évoquer les cycles de la vie et des objets.Avec des allusions plus ou moins directes au paysage, les œuvres ont surtout en commun d\u2019interroger la façon d\u2019habiter les territoires et d\u2019en exploiter les ressources.Aussi, avec Montagne stérile (2012-2013), Andréanne Godin, à la Maison de la culture Côte-des-Neiges, aborde l\u2019impact des activités minières sur le paysage de son Abitibi natale et leur rôle dans le développement économique de la région.Un imposant fatras rocheux, suggéré par une enveloppe de laine grise crochetée couvrant une masse irrégulière, rappelle les remblais ou les empilements de pneus en périphérie des mines, symbole ambigu du maillage entre les compagnies exploitantes et la population à proximité.Les zones limitrophes sont loin d\u2019être anodines, comme le prouve la terrasse extérieure jouxtant l\u2019espace d\u2019exposition, un toit vert dont l\u2019existence est soulignée.La réduction de la pollution en espace urbain passe en effet par sa végétalisa- tion, à commencer par les surfaces en pourtour des édifices, autrement perdus.Le sujet est d\u2019emblée introduit, à l\u2019intérieur, avec l\u2019installation d\u2019Ana Rewa- kowicz, dont les bulles en plastique suspendues abritent des végétaux gardés en vie grâce à un sophistiqué système contrôlé par ordinateur.Cette culture en serre, qui participe autant d\u2019une vision optimiste que pessimiste, prévoit, par le truchement d\u2019une paille, intégrer le souffle chargé de CO2 des visiteurs.L\u2019humain, si cela n\u2019était pas encore assez clair, est bien l\u2019imparable facteur dont l\u2019équilibre du monde dépend.Collaboratrice Le Devoir C I N É M A D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 4 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 24 août De NICOLET au cœur des BOIS-FRANCS Maison-atelier du peintre Rodolphe-Duguay Musée Laurier \u2013 l\u2019Hôtel des postes d\u2019Arthabaska 1-4 septembre LA CÔTE-DU-SUD le long du fleuve De la Seigneurie au patrimoine religieux Les cors de chasse : messe de Saint-Hubert Le Musée de la Mémoire vivante.3926, rue Saint-Denis, Montréal 514 277 0770 \u2014 galeriebernard.ca JOSEPH-RICHARD VEILLEUX LES ALLANTS AILLEURS Exposition du 18 août au 17 sept.2016 Vernissage le 17 août de 17h à 20h V E N T E B É N É F I C E COLLECTION ANNIE MOLIN VASSEUR AOÛT UNIQUEMENT, ÉVENTUELLEMENT SEPTEMBRE Mardi à samedi: 11h à 18h et sur rendez-vous 514 791 6704 RENCONTRES DISCUSSIONS les mercredis et jeudis 17 à 18 H.VERNISSAGE SAMEDI 13 AOÛT, 17 à 19 HEURES 3903, St-Denis, Montréal (Maison rose) anniemolinvasseur@videotron.ca Un parcours aux accents écologiques L\u2019exposition Biotope propose une vision intégrée de la culture et de l\u2019architecture durable Splendeurs et misères d\u2019une Castafiore FILMS SÉVILLE La prestation de Meryl Streep est plus qu\u2019honorable, même si elle se fait souvent voler la vedette par Hugh Grant.MEGANE GUILLARD Détail de l\u2019œuvre Le nième continent de Diane Landry Stephen Frears nous avait quand même habitués à moins racoleur que ce film, divertissant et tonique, certes, mais à la mise en scène conventionnelle, en deux temps, avec saut du burlesque vers une œuvre au registre plus ouvert EQUITY (V.O.) ?1/2 Drame de Meera Menon.Avec Anna Gunn, Sarah Megan Thomas, Alysia Reiner, James Purefoy.États-Unis, 2016, 100 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L a scène se déroule lors d\u2019une soirée informelle où cinq femmes identifiées comme des modèles de réussite prennent la parole devant des consœurs plus jeunes.« Comment j\u2019en suis arrivée là?J\u2019aime le pouvoir.Quoique, si je suis par faitement honnête, j\u2019aime l\u2019argent.C\u2019est formidable d\u2019être parvenues à ce stade où on peut parler d\u2019ambition sans que ce soit mal vu.Mais il ne faudrait pas que le mot \u201cargent\u201d devienne tabou », exhor te Naomi, une banquière en investissement sur le point de conclure une grosse transaction.Tout l\u2019argument d\u2019Equity est contenu dans cette assertion.En anglais, le terme «equity» a deux significations : il renvoie à l\u2019équité, comme dans égalité, mais aussi à la valeur d\u2019une propriété financière.De manière habile, le f i lm s\u2019intéresse au sens premier du mot en prenant le second pour toile de fond.Y évoluent Naomi, son adjointe Erin et Samantha, qui elle travaille au bureau du procureur dans le dépar tement des fraudes financières.Samantha est une ancienne accointance de Naomi et elle enquête sur le petit ami de celle-ci, Michael, qui s\u2019est peut-être rendu coupable de délit d\u2019initié.Écrit par la dramaturge new- yorkaise Amy Fox et mis en scène par Meera Menon, dont c\u2019est le deuxième long métrage, Equity s\u2019avère un film à thèse aussi fascinant qu\u2019enrageant.Fascinant de par la nature de son propos, enrageant parce que refusant de pousser son raisonnement.Facture banale Sous des allures de thriller financier, Equity est davantage un drame psychologique ponctué de moments de tension.Condensée, l\u2019intrigue donne par fois l\u2019impression d\u2019avoir été conçue comme le pilote d\u2019une série et, de fait, la facture épouse les codes télévisuels (ceux des chaînes généralistes américaines).Le corollaire positif de cela se traduit par des personnages riches, complexes, et interprétés comme tels par de très bonnes actrices (associées, justement, à la télévision).Anna Gunn (Breaking Bad) est formidable dans le rôle central de Naomi, une femme déterminée mais dotée d\u2019un solide baromètre éthique (qui la perdra, ironiquement).Alysa Reiner (Orange is the New Black), qui incarne Samantha, apparaît à la fois idéaliste et opiniâtre.Sarah Megan Thomas, qui campe Erin, la subalterne de Naomi, est très bien également, mais son personnage d\u2019usurpatrice n\u2019est qu\u2019une pâle copie de l\u2019iconique Ève dans le film du même nom (Joseph L.Mankiewicz, 1950).Tout du long, le film maintient, et assume, une ambivalence intéressante.D\u2019une part, on laisse entendre que, sans solidarité, les femmes sont condamnées à s\u2019entre-dévorer au bénéfice des hommes.D\u2019autre part, on fait simultanément valoir qu\u2019en adoptant le même individualisme triomphant que ces derniers, les femmes s\u2019approprient cette équité professionnelle dont on ne leur fera jamais cadeau.À la fin, et sans éventer quelque grand retournement, un autre personnage reprend les paroles de Naomi, non plus de manière inspirante, mais juste cynique.Cette pirouette est facile, et d\u2019autant plus insatisfaisante qu\u2019elle ne ser t pas tant la logique narrative qu\u2019elle permet à l\u2019auteure un effet dramaturgique.Dès lors qu\u2019il est question d\u2019ambition, hommes et femmes s\u2019équivalent dans leur absence de principes, semble conclure le film.Était-ce là le sens ultime à donner au titre ?Cela paraît un peu court.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 5 CINEMA C U L T U R E « CE FILM NÉPALAIS EST UNE SPLENDEUR.» LES INROCKUPTIBLES U N V I L L A G E A U N É PA L UN FILM DE MIN BAHADUR BHAM 335, boul.de maisonneuve est berri-uqam (514) 842-9768 cinematheque.qc.ca cinematheque.quebecoise cinemathequeqc Téléphone rose (Phone Whore) Un docu-?ction de Farzin Farzaneh, 73 min - VOSTF DÈS LE 12 AOÛT 19h30 Belladonna of Sadness Un ?lm de Eiichi Yamamoto, 93 min - VOSTF Parfaites Un documentaire de Jérémie Battaglia, 76 min - VOF À L\u2019AFFICHE 17h30 À L\u2019AFFICHE 16h00 theatreoutremont.ca 514 495-9944 MUSTANG 8,50 $ de Deniz Gamze Ergüven (Turquie, vostf) Animation : Michel Coulombe Le lundi 15 août | 16 h et 19 h 30 Nominé «Meilleur ?lm étranger» aux Oscars O D I L E T R E M B L A Y A vec sa tête de monsieur Tout-le-Monde au sourire mi-absurde, mi-désolé, le Belge François Damiens était un humoriste réputé dans son plat pays, dont la France a bientôt fait son miel au cinéma.L\u2019acteur de La délicatesse, de Rien à déclarer et de Suzanne allait y devenir une vedette populaire grâce à son rôle de père sourd dans la comédie à succès La famille Bélier d\u2019Éric Lar- tigau en 2014.Puis, on le revit dans Le tout Nouveau Testament de son compatriote Jaco Van Dormael.Voici François Damiens lancé comme une balle.Lui qui dit aimer les rôles intenses n\u2019aura jamais été aussi bien servi qu\u2019en père obsessionnel dans Les cowboys de Thomas Bidegain.« J\u2019essaie de ne pas faire mes choix de film en fonction de La famille Bélier, dit-il.Quand on a connu le succès, il faut vite se faire peur.» Dans nos salles vendredi, ce film remarquable, entre justesse et ambition, lancé à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, parle de l\u2019éclatement d\u2019une famille, d\u2019acculturation, de perte des repères, de l\u2019état du monde, mais aussi de radicalisation islamiste.Il fut écrit il y a une dizaine d\u2019années par Thomas Bidegain.Ce brillant scénariste (Un prophète de Jacques Audiard, Saint Laurent de Bertrand Bonello, etc.) fait avec Les cowboys des premiers pas très remarqués dans la réalisation.L\u2019histoire : au début des années 1990, lors d\u2019une fête country dans le sud de la France, disparaît une jeune fille.Et le père, François Da- miens, se lancera sur ses traces jusqu\u2019au vertige (on pense au personnage de Daniel Auteuil dans Au nom de ma fille de Vincent Garenq) à travers la France, la Belgique et jusqu\u2019en Inde, avec l\u2019appui du fils, qui peu à peu s\u2019émancipera de cette poursuite à vide.Le film est une odyssée aveugle, une fuite en avant que Bidegain dit avoir conçue comme un film classique, sans second degré, avec des héros qui s\u2019enfoncent dans le fracas du monde, à la Don Quichotte.Les Français se déguisent en Américains, sans savoir comme gérer ces codes étrangers.Tout le monde est en porte-à-faux.Quand le drame s\u2019invite au cinéma « Il prend racine avant l\u2019an 2000 et Thomas l\u2019a écrit après avoir fait beaucoup de recherches sur la radicalisation », précise François Da- miens.Mais la vie et le cinéma s\u2019offrent parfois de troublantes embrouilles.« Tourné durant les attentats de Charlie Hebdo, Les cowboys a pris l\u2019affiche en France dans la foulée des attentats du 13 novembre, précise l\u2019acteur\u2026 Il avait été question de retarder son lancement, pour ne pas avoir à demander à Daech [le groupe armé État islamique] la permission de sor tir un film.On voyait quand même plus de policiers à l\u2019extérieur du cinéma que de spectateurs à l\u2019intérieur\u2026» L\u2019acteur belge a trouvé éprouvante la sortie des Cowboys.«Le sujet cinématographique atterrissait au milieu d\u2019une réalité incroyable.Ce n\u2019est pas mon métier de traiter ce genre de sujet à chaud, mais on devait tous vivre la résonance des attentats.Et que vaut mon avis sur la radicalisation?Mieux vaut laisser l\u2019analyse aux spécialistes.À la télé, on parlait des gens qui partaient faire le djihad, alors que le film s\u2019intéressait plutôt au reste de la famille demeuré sur place.» « Les cowboys a été rattrapé par l\u2019actualité, renchérit le jeune Finnegan Oldfield, qui incarne le fils pris dans la folie du père.On s\u2019en est bien sortis.Personne ne nous a lynchés.Les gens ont compris que ça parlait de la famille, du passage des générations.» François Damiens et le cinéaste avaient beaucoup parlé en amont de leurs pères respectifs pour se mettre dans le bain.« Il voulait savoir comment j\u2019étais dans la vie, évoque l\u2019interprète.Thomas Bidegain est un homme particulièrement intelligent et intuitif qui apporte de nouvelles dimensions aux histoires racontées et ose toutes sortes de trucs.Ce gars-là avait travaillé comme scénariste avec les plus grands chefs du monde.C\u2019est un cadeau pour nous qu\u2019il soit passé à la réalisation.» Il trouvait intéressant de jouer un conquérant plutôt qu\u2019un papa gentillet, de se mettre en danger.«Cet homme refuse la fatalité.C\u2019est un vrai cowboy, finalement.Mais je joue surtout un père qui ne l\u2019a pas, l\u2019affaire\u2026 Rien de plus facile avec les Français\u2026 Ce qui m\u2019a vraiment foutu la trouille sur le tournage fut de chanter au spectacle western.Il existe vraiment de nombreuses communautés country en France.Ce sont des gens très attachants qui sont demeurés de grands enfants.Au début, le film ressemblait à un documentaire sur ce phénomène-là.» Finnegan Oldfield incarnait pour sa part un personnage en deux temps, d\u2019abord à peine sorti de l\u2019enfance, puis traversant le passage vers l\u2019âge adulte.« J\u2019ai aimé jouer l\u2019ado, alors que pour l\u2019homme, c\u2019était une autre paire de manches, déclare le jeune acteur.L\u2019adolescence est un espace de confiance.Camper un homme exige de positionner son corps autrement.Et puis, je devais donner la réplique en Inde au grand acteur John C.Reilly, qui en imposait sur son cheval.Au début, j\u2019avais peur d\u2019être mangé tout cru, mais il était super sympa, tout excité de jouer son premier rôle de cowboy.» Le Devoir Pour cette entrevue, Odile Tremblay était l\u2019hôte des rendez-vous d\u2019Unifrance à Paris.François Damiens en Don Quichote des temps modernes L\u2019acteur belge est en vedette dans le film Les cowboys de Thomas Bidegain Les déesses du carnage La cinéaste Meera Menon offre une image cynique des femmes de pouvoir ANTHROPOID (V.O.) ?Drame de guerre de Sean Ellis.Avec Cillian Murphy, Jamie Dornan, Charlotte Le Bon, Anna Geislerová, Toby Jones.Grande- Bretagne\u2013France\u2013République tchèque, 2016, 120 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E T chécoslovaquie, décembre 1941.Le pays a été abandonné aux mains des nazis et vit sous la férule sadique du SS Reinhard Heydrich, sur nommé « le boucher de Prague ».Parachutés à proximité de la ville, les soldats Jo- zef Gabcík et Jan Kubis rentrent d\u2019exil avec pour mission d\u2019assassiner Heydrich.Avec l\u2019aide d\u2019un mouvement de résistance mal en point, les deux hommes mettent en branle l\u2019opération Anthropoïde.Déjà por tée à l\u2019écran en 1975 dans le film Sept hommes à l\u2019aube, l\u2019histoire véridique de ce courageux groupe clandestin qui vint à bout \u2014 fameusement \u2014 de l\u2019idéateur de la « solution finale » est de nouveau relatée au cinéma, cette fois dans une œuvre de facture plus léchée, limite ampoulée.Ce choix formel ne constitue toutefois pas un réel problème pour Anthropoid, l\u2019opposition à des fins dramatiques entre la beauté de l\u2019image et l\u2019horreur de ce qui s\u2019y déroule étant tout à fait défendable (voir La liste de Schindler, Le pianiste, etc.).C\u2019est du côté du scénario que ça coince.Anthropoid culmine ainsi, sans surprise, par l\u2019attaque contre Heydrich.Or le film doit ensuite trouver le moyen de maintenir sa tension dramatique malgré une issue inéluctable.En ef fet, qu\u2019elle eût réussi ou qu\u2019elle eût échoué, ladite opération était une mission suicide.Ce que le spectateur comprend d\u2019emblée, contrairement aux protagonistes, qui eux ne saisissent les implications de leur action qu\u2019au tiers du récit.À défaut de convaincre, cette prise de conscience tardive sert à confirmer la solidité de Gabcík et la fragilité de Kubis, un contraste psychologique dont le riche potentiel est malheureusement court- circuité par Jamie Dornan (série The Fall, 50 nuances de Grey), qui, dans le rôle de Ku- bis, en fait des tonnes.À l\u2019inverse, le toujours excellent Cillian Murphy (Déjeuner sur Pluton, Le vent se lève) se révèle parfaitement à l\u2019aise dans la peau de Gabcík, dont il rend les doutes et tiraillements avec plus de justesse.Passé le paroxysme, on assiste à pas moins de deux longs sièges entre les héros condamnés et les nazis.Et l\u2019impact de s\u2019en trouver amoindri et le scénario de trahir sa construction bancale.Lequel scénario, comme pour conférer une dimension encore plus poignante à son dénouement, ajoute un enjeu romantique à sa trame alors que deux jeunes femmes courageuses entrent dans l\u2019aventure.Charlotte Le Bon et Ana Geislerová parviennent à générer un enjeu sentimental crédible malgré des partitions un peu minces.Au final, Anthropoid n\u2019arrive jamais à s\u2019imposer comme la grande tragédie héroïque attendue.Comme le fait remarquer un des personnages, une fois le fait accompli, Gabcík et Kubis n\u2019ont nulle part où aller.Il en va malheureusement de même pour le film.Le Devoir Mission impossible THOMAS SCHWARZ AGENCE FRANCE-PRESSE François Damiens aime les rôles intenses, et il n\u2019aura jamais été aussi bien servi qu\u2019en père obsessionnel dans Les cowboys de Thomas Bidegain. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 6 sortir un roman parce que j\u2019ai besoin de manger.Le roman est commandé par quelque chose de plus profond que le scénario, dont je connais la forme.Le roman, c\u2019est une forme à inventer chaque fois.Et puis, il y a tellement d\u2019écrivains qui font leur livre chaque année et à qui on aurait le goût de dire : \u201cPourquoi tu ne prends pas un peu le temps de vivre avant d\u2019écrire?\u201d» Clara démasquée « Avec une délicatesse infinie, fruit rare d\u2019un mélange d\u2019intelligence et d\u2019audace, Clara Ness, 22 ans, s\u2019of fre un premier roman à la vivacité folle et contagieuse », écrit avec un fiévreux enthousiasme Christian Desmeules dans ces pages en avril 2005 au sujet d\u2019Ainsi font-elles toutes (XYZ), premier roman très sollersien d\u2019une jeune femme au pseudonyme clair-obscur.Le milieu littéraire applaudira au même rythme que celui suggéré par le critique du Devoir.C\u2019est avec le ravissement lourdement douché par la déception que le même Christian Desmeules tente en 2006 de s\u2019expliquer Genèse de l\u2019oubli, deuxième roman de Clara Ness.« Il n\u2019y a plus de voix, plus d\u2019audace, plus d\u2019électricité dans cette narration télescopée à la troisième personne», regrette-t-il.Il n\u2019y aura bientôt carrément plus de Clara Ness.L\u2019étudiante en littérature disparaît.« Je n\u2019en ferai pas un fromage, mais je me demande s\u2019il était nécessaire d\u2019être aussi dur avec une jeune auteure », plaide à propos de son ancien alter ego Marie-Ève Lacasse.« Mais je sais que, si cette critique m\u2019a fait si mal, c\u2019est parce que j\u2019avais l\u2019impression qu\u2019elle était justifiée.Il n\u2019y a rien de plus douloureux que de se sentir démasquée.» Pourquoi avoir publié ce livre alors ?« Le premier avait eu un très bel accueil et, sans dire de mal de XYZ, ils étaient heureux d\u2019y aller tout de suite avec un deuxième Clara Ness », répond la Québécoise installée à Paris.« Il n\u2019y a pas d\u2019aigreur envers eux, c\u2019est à l\u2019artiste d\u2019avoir la force de dire quand l\u2019œuvre est terminée, mais je ne l\u2019avais pas à l\u2019époque.Ainsi font-elles toutes, c\u2019est un projet que je mûrissais depuis au moins cinq ans, et j\u2019ai tout de suite voulu recommencer, sans avoir les balises de mon éditeur et sans m\u2019offrir le recul et la profondeur de réflexion que nécessite l\u2019exercice d\u2019écriture.J\u2019aurais dû davantage le por ter, mais j\u2019étais pressée.Je me suis menti.Chaque projet doit être enraciné dans une nécessité vitale.Un livre, c\u2019est une responsabilité énorme, c\u2019est grave, c\u2019est engageant, ça laisse une trace.» De la pression d\u2019être sacré écrivain tôt «Le processus d\u2019accréditation comme écrivain est beaucoup plus rapide ici qu\u2019en France, où il faut souvent deux, trois, quatre romans avec d\u2019être reconnu comme tel », observe Marie-Pier Luneau, coauteure d\u2019une enquête menée en 2010 auprès de 79 auteurs québécois au sujet de leur entrée en littérature.«C\u2019est en partie positif, mais ça met beaucoup de pression sur les primo romanciers.» Parmi les principales raisons invoquées par les auteurs qui n\u2019en demeureront qu\u2019à une seule publication : les circonstances personnelles (le boulot, ou une vie familiale trop exigeante) ainsi que leur relation à l\u2019éditeur.«Ceux qui restent actifs vont souvent se réjouir qu\u2019un éditeur les accompagne», précise la professeure à l\u2019Université de Sherbrooke.«Mais c\u2019est quoi, au fond, arrêter de publier?» ajoute-t-elle, manière de rappeler qu\u2019il est toujours permis d\u2019espérer la résurrection littéraire d\u2019un écrivain évanoui dans la nature aussi longtemps qu\u2019il respire toujours.Un espoir que ne décourage pas Guillaume Vigneault lorsqu\u2019il ef fleure au détour de la conversation ce manuscrit jusqu\u2019auquel il se laisse parfois dériver.Ça parle de quoi ?« Je me contenterai de dire que j\u2019aime bien ma première phrase.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 IDOLES « J\u2019ai traversé une période très sombre, très difficile, après Genèse de l\u2019oubli», confie Marie- Ève Lacasse, au cours d\u2019un généreux entretien par conférence vidéo.«Mon éditeur m\u2019avait dit \u2014 ça se voulait sans doute bienveillant : \u201cTu sais, Marie-Ève, ce n\u2019est pas grave si c\u2019est ton dernier livre.\u201d C\u2019est terrible de te faire dire que la littérature n\u2019était peut-être pas le destin qui t\u2019était promis, alors que pour moi, c\u2019était une manière de considérer l\u2019essence même de la vie.» Elle se terre alors dans la rédaction d\u2019un mémoire de maîtrise, puis essaime les papiers dans différents journaux comme pigiste, tout en alimentant en parallèle un blogue, La vie de biais, «un lieu d\u2019expérimentation utile, mais aussi pernicieux, parce qu\u2019il nous éloigne de l\u2019ascèse nécessaire au roman».Presque résignée à ce que sa carrière d\u2019écri- vaine n\u2019ait été qu\u2019un «one hit wonder », la jeune trentenaire médite néanmoins, lorsque son ancien boulot dans une boîte de publicité la lasse trop, un projet de roman qui arracherait à l\u2019oubli Peggy Roche, styliste, journaliste de mode et compagne de Françoise Sagan pendant plus de 20 ans.« Un jour, j\u2019ai rencontré quelqu\u2019un qui m\u2019a dit : \u201cÉcoute, ton projet de roman, il est tellement génial, si tu l\u2019écris et le publie, je t\u2019épouse.\u201d Cette femme m\u2019a révélé quelque chose que je savais de façon voilée en me disant : \u201cTu es d\u2019abord une écrivaine, il faut que tu organises ton quotidien autour de ça.\u201d Elle a contribué à reconnecter ce qui, en moi, avait été brisé par la vie.» Conclusion digne d\u2019un conte de fées : Peggy dans les phares, premier roman signé Marie- Ève Lacasse, paraîtra en janvier 2017 chez Flammarion.Et le mariage, lui ?Il aura lieu tel que promis quelques mois plus tard, en juin.Le roman de l\u2019amour de Marie-Ève Lacasse LA VITRINE ESSAI UNE LUTTE SANS TRÊVE Angela Davis La fabrique Paris, 2015, 187 pages Relire Angela Davis, «témoin et actrice de luttes de libération pendant plus d\u2019un demi-siècle» aux États-Unis comme ailleurs, membre des Black Panthers, professeure de philosophie et militante communiste, c\u2019est à la fois replonger dans l\u2019histoire de l\u2019activisme et refaire surface avec un soupçon de cynisme en constatant que peu de choses ont changé.Dans Une lutte sans trêve, La fabrique nous convie avec brio \u2014 le rythme dans la traduction est excellent \u2014 à renouer avec la verve discursive d\u2019une femme qui fut et qui est toujours de tous les combats, notamment contre l\u2019apartheid en Israël-Palestine et le système industrialo-carcéral, ou pour Black Live Matters, les places Tahrir et Taksim.Explicitant avec tact l\u2019intersectionna- lité reliant les luttes contre les dominations de genre, de classe et de «race», Davis propose dans un langage simple une perspective émancipatrice et critique du capitalisme qui unit un peu béatement les divergences.Si elle détourne parfois nos têtes des escarmouches universitaires et militantes, c\u2019est pour mieux nous orienter vers son combat contre la société carcérale et la criminalisation de la misère.Il faut cependant, pour y arriver, niveler un peu le débat et mettre à jour une démarche classique écartelée entre la lutte et la réforme.Cela se manifeste notamment lorsqu\u2019elle revient sur les années Obama.Comment accepter avec joie l\u2019élection d\u2019un président noir à la tête des États-Unis, pays où la population incarcérée atteint le chiffre de près de 2,5 millions de personnes?Son combat pour nous faire comprendre quoi abolir est limpide (abordant souvent Michel Foucault), mais la militante ne semble pas ou plus savoir comment s\u2019y prendre.Heureusement, Angela Davis s\u2019appuie tout au long de l\u2019essai sur un bon nombre de personnes inspirantes, actives, autonomes, radicales et auto-orga- nisées qui permettent de ne pas perdre espoir dans un monde où il y aura «toujours un moment où la conjoncture est telle qu\u2019elle ouvre de nouveaux possibles».Marie-Pier Frappier ESSAI C\u2019EST L\u2019HISTOIRE DE LA SÉRIE NOIRE 1945-2015 Texte collectif Gallimard Paris, 2016, 264 pages L\u2019été dernier, en une de ce cahier Livres, on pouvait lire un hommage aux 70 ans de la célèbre collection «Série noire » des éditions Gallimard.L\u2019éditeur français a été tellement impressionné par notre contribution qu\u2019il a sur-le-champ mis toute une équipe sur le sujet\u2026 Trêve de plaisanterie, ce gros livre farci de photos noir et blanc et de documents inédits fera les délices des amateurs de polars\u2026 et surtout des fidèles de la «vieille dame», comme on nomme parfois la Série noire.Le résultat est extrêmement impressionnant : un gros bouquin hors série format table à café racontant avec force détails l\u2019histoire de la fameuse collection.Les plus curieux s\u2019attarderont aux années qui ont précédé la naissance de la Série noire puisque, contrairement à ce que l\u2019on a pu souvent lire, Gaston Gallimard souhaitait depuis longtemps publier une collection «populaire ».Dès 1925, il édite ainsi Les chefs- d\u2019œuvre du roman-feuilleton et en 1934 apparaît la collection «Détective ».Deux ans plus tard, Dashiell Hammett est publié dans la collection «Le Scarabée d\u2019or », qui disparaîtra en 1941, quelques années avant que Marcel Duhamel ne vienne proposer une collection de «noirs» à la Nouvelle Revue française.On a déjà raconté la suite, mais pas tout à fait dans le détail : 70 ans et 3000 titres plus tard, voici donc l\u2019histoire fouillée, presque quotidienne, de ce monument de l\u2019édition, de sa naissance jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Le projet s\u2019appuie sur les archives de Gallimard et sur une iconographie à faire rêver : vieilles affiches de cinéma, photos promotionnelles \u2014 comme Eddie Constantine en Lemmy Caution, le héros de Peter Cheyney qu\u2019il a incarné au cinéma \u2014, contrats, notes de lecture signées Raymond Queneau, lettres de Giono, Kes- sel, Pennac \u2014 qui a publié les Malaucène dans la Série noire \u2014 et d\u2019une quantité d\u2019autres, mémos de Duhamel ou de Gaston et Claude Gallimard, etc.Une mine inépuisable de renseignements\u2026 et un sacré cadeau à se faire.Michel Bélair N A D I A K O R O M Y S L O V A P ierre Torres avait 29 ans lorsqu\u2019il a été capturé en Syrie, en juin 2013, ce qui avait mis fin à la plongée de ce jeune Français au cœur des soulèvements arabes.Dans Jeunesses en révolution, l\u2019ex- otage interroge notre distance par rappor t à ces soulèvements populaires.Laurent Borredon, journaliste au Monde, pose en préface de l\u2019essai une question cruciale : « Était-il possible, pour notre génération, de s\u2019engager dans les Printemps arabes ?» Pour la poignée de jeunes Français avec lesquels Pierre Torres part en Libye au printemps 2011, la réponse va de soi : «Des peuples entiers qui se soulèvent à deux heures d\u2019avion de Paris, il fallait en savoir plus.» Un blogue leur permet de témoigner des bouleversements qu\u2019ils observent.« On y allait à tâtons, mais on a par fois mieux réussi que les journalistes professionnels », se souvient-il en entrevue avec Le Devoir depuis la France.Quelques mois plus tard, Pierre Torres reprend son envol pour voir de plus près la révolution syrienne.Par son témoignage sur place, il espère contribuer à assister le peuple syrien dans sa lutte, obtenir des soutiens extérieurs.« Je fais partie de la génération qui se souvient qu\u2019en Bosnie la médiatisation du massacre de Sre- brenica avait été décisive dans l\u2019intervention de l\u2019OTAN », écrit-il.Contrairement aux analyses qui posent a posteriori un regard amer sur ces révolutions, le récit de Torres reste profondément attaché à ces quelques mois de liberté où l\u2019issue du combat entre rebelles et islamistes n\u2019était pas jouée.Et c\u2019est dans cette indétermination que pouvaient émerger dans les régions libérées de la tyrannie de Bachar al-Assad autant de groupes de jeunes, de comités féministes, des blo- gueurs, des journaux.Jusqu\u2019à ce que tout soit soudainement balayé.« La montée en puissance du groupe État islamique signe la fin d\u2019un possible.» L\u2019enlèvement de Pier re Tor res, le 22 juin 2013, à Raqqa, vient y mettre un point final.Il est emprisonné pendant 10 mois, avec trois autres journalistes français et d\u2019autres otages occidentaux, dont l\u2019Américain James Foley.L\u2019envie du martyr Loin de l \u2019apitoiement, le récit de son incarcération dans les geôles du groupe EI regorge de détails cocasses sur ces soldats du califat passant leur temps à visionner des vidéos glorifiant leurs massacr es , sur leurs su - perstitions mêlant le prêche du Coran à des croyances archaïques.Nombre de leurs geôliers sont venus d\u2019Europe.Parmi eux se trouve Mehdi Nemmouche, que les ex - otages identifieront comme étant l\u2019assaillant du musée juif de Br uxel les en 2014.Un « sale type , narciss ique e t paumé, prêt à tout pour avoir son heure de gloire » , dira Torres au Monde.D\u2019autres djihadistes présentent un autre profil.« Ils sont jeunes, pas paumés, au contraire.Aucune nécessité ou dif ficulté matérielle derrière leur engagement.» En surface, ils paraissent in tégrés à l a soc ié té occidentale.Comme N a j i m L a a c h r a o u i , « un type très structuré, qui aurait pu être un directeur de ressources humaines » et qui se révélera être l\u2019un des kamikazes de l\u2019aéroport de Bruxelles.Comment expliquer cet attrait pour la mort, cette envie de devenir martyr?«Le groupe EI est un État totalitaire, où tout un chacun a l\u2019impression qu\u2019il pourrait être tué», nous explique Pierre Torres.La mort devient une solution logique, presque une délivrance.Les djihadistes aiment ainsi montrer aux otages des photos de leurs frères d\u2019armes morts avec le sourire.«Des sourires de Joconde, un peu forcés.» Rien dans le récit de l\u2019ex- otage qui n\u2019échappe à ce regard acerbe et ironique, du retour des quatre otages en France, qu\u2019on retarde in extre- mis pour faire la une des journaux du matin, jusqu\u2019à cet incident surréel, peu de temps après sa libération, où il découvre qu\u2019il figure sur un fichier antiterroriste français en raison d\u2019une enquête aberrante concernant son frère.Jeunesses en révolution est un passionnant réc i t de voyage où se confrontent deux formes d\u2019engagement : celle de Torres \u2014 petit- fils de résistants espagnols \u2014, héritier de la tradition révolutionnaire voulant se lier aux peuples en lutte, et celle d\u2019une jeunesse déracinée venue rejoindre un empire destructeur, prête à tuer et à se tuer pour donner du sens à son existence.À l \u2019 instar de son compagnon de détention, le journaliste Nicolas Hénin, auteur de Jihad Academy : nos erreurs face à l\u2019État islamique, Torres n\u2019épargne pas les pouvoirs occidentaux, dont la démonisa- tion de l\u2019islamisme ne fait que lui offrir plus de recrues.« Le moteur de leur adhésion au groupe EI ne réside pas dans la force d\u2019attraction du califat, mais dans l\u2019exclusion exercée par notre monde.» Devant cette machine suicidaire, il aurait fallu « encourager les espaces concurrentiels » à l\u2019islamisme : des espaces de liberté de pensée, de parole et d\u2019action politique pour ces régions.Autrement dit, s\u2019engager dans ces révolutions.Une histoire des possibles dont le récit de Torres vient désormais témoigner.Collaboratrice Le Devoir JEUNESSES EN RÉVOLUTION Pierre Torres et Laurent Borredon La découverte Paris, 2015, 176 pages En vente en version numérique chez Renaud-Bray et en papier à leslibraires.ca Printemps arabes : une histoire des possibles Pierre Torres, ex-otage du groupe armé État islamique, revient sur son itinéraire FAMILLE TORRES ASSOCIATED PRESS Le récit de Pierre Torres reste profondément attaché à ces quelques mois de liberté où l\u2019issue du combat entre rebelles et islamistes n\u2019était pas jouée. L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 1/9 Vi Kim Thúy/Libre Expression 2/18 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 3/16 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 4/12 Ça peut pas être pire.Nathalie Roy/Libre Expression 7/12 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan 6/13 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 5/17 Ce qui se passe à Cuba reste à Cuba! Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 10/2 Les maisons Fanny Britt/Cheval d\u2019août \u2013/1 Souvenirs d\u2019autrefois \u2022 Tome 3 1920 Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 8/9 Romans étrangers Crossfire \u2022 Tome 5 Exalte-moi Sylvia Day/Flammarion Québec 1/5 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 2/20 Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/10 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 6/13 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 5/26 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 4/10 Un été pour tout changer Brenda Bowen/City 7/3 Le temps est assassin Michel Bussi/Presses de la Cité \u2013/1 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard 8/6 Le dompteur de lions Camilla Läckberg/Actes Sud 9/4 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 1/43 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf \u2013/1 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 2/14 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 4/13 La médiocratie Alain Deneault/Lux 8/4 Les passagers clandestins.Métaphores et.Ianik Marcil/Somme toute 3/7 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété \u2013/1 La dure école Normand Baillargeon/Leméac 7/2 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes.Fabien Cloutier/Lux 5/2 Le point sur la langue Louis Cornellier/VLB \u2013/1 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/29 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/25 Le plus et le moins Erri De Luca/Gallimard \u2013/1 Les Trumperies.Le meilleur du pire de Donald.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 4/7 Demain, un nouveau monde en marche Cyril Dion/Actes Sud \u2013/1 Histoire du silence.De la Renaissance à nos.Alain Corbin/Albin Michel 6/3 Un été avec Victor Hugo Guillaume Gallienne | Laura El Makki/Équateurs \u2013/1 Le code secret de l\u2019Univers Grichka Bogdanoff | Igor Bogdanoff/Albin Michel \u2013/1 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 3/3 La vie intense.Une obsession moderne Tristan Garcia/Autrement \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 1er au 7 août 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C H R I S T O P H E H U S S C ombien de fois dans votre vie la lecture d\u2019un ouvrage sur l\u2019ar t ou la musique vous donne-t-elle l\u2019envie récurrente de bondir de votre fauteuil en criant : Bien vu ! La civilisation de l\u2019Opéra de Timothée Picard est l\u2019une de ces rares et précieuses occasions.Pour évacuer le sujet d\u2019emblée, je ne vais pas faire semblant d\u2019être neutre.Il y a une vingtaine d\u2019années, j\u2019ai accueilli l\u2019auteur de ce livre, alors étudiant, dans l\u2019équipe du magazine musical Répertoire, que je dirigeais à Paris.Jamais je n\u2019ai regretté cette confiance et j\u2019ai pu admirer la perspicacité intellectuelle, l\u2019érudition et la finesse d\u2019analyse de Timothée Picard à un niveau que l\u2019on croise assez peu souvent dans une génération.Aujourd\u2019hui, Picard est professeur de littérature générale et comparée à l\u2019Université de Rennes et membre de l\u2019Institut universitaire de France.Son savoir semble être devenu exponentiellement encyclopédique.À vrai dire, j\u2019ai longuement reporté ce commentaire de La civilisation de l\u2019Opéra même si mon coup de foudre pour le livre fut immédiat.C\u2019est que je ne savais pas vraiment quelle image utiliser pour le caractériser.Puis m\u2019est venue la représentation du chaudron de potion magique dans Astérix.La potion, mélange indéfinissable qui amène à un « état supérieur », est, au cœur du propos, de nous montrer comment le monde de l\u2019opéra et son imaginaire marquent la culture occidentale.Le chaudron, le contenant, c\u2019est le roman de Gaston Leroux Le fantôme de l\u2019opéra, publié en 1910 et qui a pour théâtre, en une révélatrice unité de lieu, l\u2019Opéra Garnier à Paris.C\u2019est à travers Le fantôme de l\u2019opéra que Picard chemine entre littérature et opéra, abordant autant le mystère de la voix et le statut des femmes à l\u2019opéra que la fantasmagorie dans l\u2019art lyrique, la société au XIXe siècle, les mythes et, bien sûr, le cinéma, puisque Le fantôme de l\u2019opéra fut régulièrement transcrit sur pellicule dès 1925.Le brio, je dirais même le miracle, de La civilisation de l\u2019Opéra est que tout est abordé et mis en relation, comme par magie.L\u2019opéra en lui-même, en tant qu\u2019édifice, est un lieu de mémoire.Et dans nos mémoires : qu\u2019est-ce qui sédimente et pourquoi?Où sont nos propres fantômes, les référents qui marquent nos appréciations?La partie la plus inattendue du livre d\u2019un auteur «déambulant dans les souterrains et les caveaux humides de notre culture » est assurément la troisième et dernière dans laquelle une érudition cinématographique non moins impressionnante vient se greffer aux autres.Car l\u2019opéra reste partout dans nos vies.D\u2019ailleurs, pourquoi la comédie musicale la plus fameuse de tous les temps a-t-elle pour cadre l\u2019opéra?«Tu veux du spectacle?Va à l\u2019opéra ! » Qui dit cela ?Tom Cruise dans Mission: impossible \u2013 Rogue Nation (2015) ! Et c\u2019est ainsi que se termine le livre : «Aux accents de Turandot de Puccini et sur fond d\u2019hommage à Hitchcock \u2014 comme à toute la filmographie du Fantôme \u2014 s\u2019ouvre à ces mots une scène d\u2019une dizaine de minutes qui scelle de la manière la plus virtuose et la plus convaincante qui soit les noces éblouissantes de l\u2019Opéra et du blockbuster devenus l\u2019espace d\u2019un instant une seule et même chose.» Le Devoir LA CIVILISATION DE L\u2019OPÉRA SUR LES TRACES D\u2019UN FANTÔME Timothée Picard Fayard Paris, 2016, 728 pages L\u2019érudition jubilatoire de Timothée Picard G U Y L A I N E M A S S O U T R E L\u2019 é c r i v a i n n é e r l a n d a i s compte six décennies de publications.Dans chaque pays qui l\u2019a traduit, on a composé de lui un portrait dif férent.Traduit ici de l\u2019allemand, l \u2019ensemble de ces textes fait valoir sa culture et son universalité.Cees Nooteboom sera-t-il un des prochains nobélisés en littérature?On le dit.J\u2019avais bien mille vies et je n\u2019en ai pris qu\u2019une condense sa pensée du voyage, où sa notoriété s\u2019éclaire.Rappelons que Noote- boom est né à La Haye en 1933, qu\u2019il a fait son tour du monde, en maîtrisant plusieurs genres, de la poésie à l\u2019essai, en passant par de nombreux romans.Voici l\u2019occasion d\u2019aborder sa liberté en français.Émaillé de réflexions morales ou politiques, cet essai littéraire déborde du journalisme.Comme dans Rituels, Dans les montagnes des Pays-Bas, Le jour des morts, Le matelot sans lèvres, romans parus en poche, ou encore Hôtel Nomade ou ses livres portant sur l\u2019Espagne, il apparaît comme un témoin soucieux de ses sujets et de ses lecteurs.Dans ces pages, Nooteboom parle peu de lui.De son enfance, aucun souvenir.Traumatisé par les bombardements qui tuèrent son père, avance-t- il, il aurait compensé cette perte par un fort désir d\u2019inventer sa vie.Ses paysages retiennent l\u2019attention, tant par les impressions que par les rencontres, qu\u2019il a souvent faites accompagné de sa femme, photographe.Un succès discret est venu, puis des honneurs.De la solidarité Ce grand Européen a eu les yeux ouverts sur les problèmes d\u2019aujourd\u2019hui.Même si le terrorisme a changé le monde, il refuse aux conflits le nom de guerre des civilisations : «Et si tant est qu\u2019il existe un début de solution, il ne peut résider que dans l\u2019abolition de notre invraisemblable méconnaissance réciproque.» De quoi la richesse culturelle se nour rit -elle ?Voyez le syncrétisme jadis établi à Cordoue, les grandes t ransmiss ions arabes , e t maintenant l\u2019entraide entre les personnes et les peuples.Sensible aux bonnes relations dans les capitales multicultu- relles, il y discerne mille vies possibles, y compris celle des morts.Ainsi, en pensant concrètement les sentiments et les émotions, il fait revivre l\u2019histoire.Berlin est la ville qui a le mieux ef facé, à ses yeux, le triomphe des haines par leur «lente usure».La connaissance réciproque Suivons-le à Buenos Aires, se perdant dans «l\u2019atmosphère nerveuse» du continent et multipliant les comparaisons.Quel plaisir ! Budapest, Rabat, Paris, Dallas, Qom, New York, il en donne la perspective.« Quand j\u2019ai fini la cathédrale, je compose la symphonie », écrit-il en poète dans Riches heures.Fantaisie ou vér i té , ses notes sont claires et précises.Nooteboom incarne la paix e t r e f l è te l a d i vers i t é du monde.Au Japon, à Macao, à Lisbonne, à Ispahan, à Florence, inlassable et insatiable, il consigne : « Certains endroits détiennent un pouvoir qui éveille l\u2019envie de voyager.» Les frontières sont autant de ponts, « une trace sur du sable blanc ».Lire les signes discrets en les franchissant, c \u2019 e s t b â t i r u n p e u d\u2019éternité en beauté.Plusieurs textes sont inédits en français.Par exemple, son hommage aux journaux, si accessibles, vante ce qui décloisonne l\u2019esprit local ; en même temps, dit - i l , un voyageur y déniche aisément la vigueur du lieu.Dans cette veine, la traduction française de Philippe Noble, passée par le double filtre allemand et néerlandais, a été rajeunie.Une chronologie de sa vie a été ajoutée à l\u2019édition originale.Cet écrivain de l\u2019environnement a privilégié une posture d\u2019ombre pour faire corps avec les lieux.Trotteur que découvrir émer vei l le , i l a noté ses observations, si bien que, instruit de neuf, à chaque dépar t, il a su déplacer ses centres d\u2019intérêt et multiplier les lecteurs.Collaboratrice Le Devoir J\u2019AVAIS BIEN MILLE VIES ET JE N\u2019EN AI PRIS QU\u2019UNE Cees Nooteboom Textes choisis et présentés par Rüdiger Safranski Traduit de l\u2019allemand par Philippe Noble Actes Sud Arles, 2016, 184 pages Une époque innocente Cees Nooteboom a fait valoir le monde d\u2019avant le terrorisme C H R I S T I A N D E S M E U L E S A l f r e d Wa l d e m a r v o n Janowski, un paysan du Nouveau-Brunswick d\u2019origine allemande, dégingandé et solitaire, était par ticulièrement doué avec les animaux.Tout le monde appelait cet homme froid « l\u2019Étranger » ou « le Rachitique ».Marié en 1918 avec une fille de Forks à qui il fera cinq enfants avant qu\u2019elle ne meure noyée, il a ensuite vite saisi la chance de se joindre à un cirque qui passait par là.En 1930, prenant le large avec l\u2019une de ses jumelles, Marguerite, il abandonne l\u2019autre, Rose, chargée du reste des orphelins.Peu de temps après, il deviendra manchot à la suite du déraillement d\u2019un train.Les filles de l\u2019Allemand, le premier roman d\u2019Annie-Claude Thériault, s\u2019intéresse à son propre destin tordu et à celui de sa descendance.À l \u2019 aube de l a Seconde Guerre mondiale, venu de La- villette au Nouveau-Br uns- wick, Louis Héber t, of ficier dans l\u2019armée canadienne spécialiste des messages codés, est envoyé en mission secrète près des fameux abattoirs de la Villette, à la limite nord-est de Paris.Il doit y modifier des machines à écrire afin de tromper les Allemands.Après une dizaine d\u2019années sur les routes, ayant lui aussi traversé en Europe avec sa fille Marguerite, qu\u2019il ne quitte jamais d\u2019une semelle, on ne s\u2019étonnera pas non plus de voir le Rachitique, personnage sans morale, peu subtile incarnation du mal, of frir son aide aux forces d\u2019occupation allemandes.Les deux personnages vont y croiser un couple d\u2019anciens propriétaires de cirque : un nain qui a la bosse des affaires et une mère maquerelle.Après quelques aventures, Louis Héber t va recueillir dans les abattoirs un bébé naissant presque au moment où sa femme, de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, accouche d\u2019un enfant mort-né.Rose, fille de l\u2019Allemand, prendra soin de la petite Mai comme si elle était sa propre fille.En septembre 1943, revenu au Canada d a n s u n s o u s - m a r i n a l l e - mand dans le but d\u2019infiltrer les Alliés, Janowski trouvera la mor t dans la grange de Rose et Louis Hébert.En 2005, au fil de leurs al- lers-retours entre Montréal et Lavillette, Émy et Lily, vraies jumelles, orphelines après la mort de leurs parents dans un accident de voiture, vont découvrir une partie de la vérité sur la naissance de leur tante Mai.Sans jamais soupçonner, toutefois, l\u2019ampleur réelle de ce qu\u2019elles ignorent.Vous suivez toujours?Histoire de filiations secrètes et intriquées, tantôt aussi roman d\u2019espionnage ou de cirque, saga familiale brumeuse toute en zigzags, Les filles de l\u2019Allemand nous offre par fois de cour tes envolées poétiques et d\u2019intéressantes connaissances sur la nature ou les travaux de la ferme.Mais qui trop embrasse mal étreint.Et d\u2019une génération à l\u2019autre, Annie-Claude Thériault multiplie les personnages auxquels il est difficile de s\u2019intéresser longtemps, nous laissant avec une épuisante impression de zapping.La succession des tragédies qui les frappent finit presque par faire sourire.Et la chronologie souvent floue sectionne le mince fil qui nous accrochait encore à ce roman qui manque de finition.Collaborateur Le Devoir LES FILLES DE L\u2019ALLEMAND Annie-Claude Thériault Marchand de feuilles Montréal, 2016, 360 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Une saga brumeuse Les filles de l\u2019Allemand : un roman historique qui mélange les genres et les générations ODD ANDERSEN AGENCE FRANCE-PRESSE Selon Nooteboom, Berlin est la ville qui a le mieux effacé le triomphe des haines par leur « lente usure».ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Ann ie-Claude Thér iault est professeure de philosophie au collège Montmorency.TV5 L\u2019auteur chemine à travers le « fantôme de l\u2019opéra», qui loge à l\u2019Opéra Garnier de Paris.Cees Nooteboom L I V R E S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 3 E T D I M A N C H E 1 4 A O Û T 2 0 1 6 E 8 L e débat sur la réforme du système électoral revient sans cesse dans l\u2019actualité.Il est vrai que notre mode de scrutin pluralitaire (le candidat qui obtient le plus de votes dans une circonscription est élu, même s\u2019 i l n\u2019obtient pas plus de la moitié des votes), aussi appelé « uninominal majoritaire à un tour », a des défauts.À l\u2019élection fédérale de 2015, par exemple, le Parti libéral du Canada a obtenu 39,5 % des votes, ce qui lui a valu 54% des élus.Dans les provinces de l\u2019Atlantique, le Parti conservateur, avec 19 % des votes, n\u2019a fait élire aucun député.Un parti peut même obtenir moins de votes qu\u2019un autre et former malgré tout le gouvernement, comme ce fut le cas, au Canada, en 1979, et au Québec, en 1998.Ce mode de scrutin entraîne donc un problème de représentativité par fois choquant.Justin Trudeau a d\u2019ailleurs promis de le réformer avant la prochaine élection de 2019.À Ottawa, un comité parlementaire se penche actuellement sur les meilleures options de réformes possible.Professeur de science polit ique à l \u2019Université Laval , Jean-Pier re Derriennic est convaincu que «ce système électoral nuit gravement à l\u2019égalité entre les citoyens du Canada et limite la possibilité pour eux d\u2019exercer une influence effective sur la façon dont ils sont gouvernés».Il présente donc, dans Un meilleur système électoral pour le Canada, d\u2019intéressantes propositions de réforme du mode de scrutin, valables autant pour le Québec que pour le Canada, même si l\u2019ouvrage ne por te directement que sur le palier fédéral.Une réforme nécessaire Le sujet n\u2019est pas particulièrement sexy et intéresse surtout les exper ts.Devant la complexité de la chose, bien des citoyens décrochent.Le système actuel, après tout, ne va pas si mal, se disent-ils.Der- riennic insiste pour tant sur l\u2019importance de cette «question qui nous concerne au plus haut point, puisque les élections sont le principal instrument à notre disposition pour exercer une influence sur la façon dont nous sommes gouvernés».La complexité de l\u2019enjeu, ajoute le politologue, n\u2019est d\u2019ailleurs pas si grande.Il s\u2019engage à en faire la démonstration en moins de 100 pages, qui se lisent en deux heures.Son essai est, en effet, clair et pédagogique, mais il exige une attention soutenue et probablement plus trois heures que deux d\u2019effort intellectuel.L\u2019actuel mode de scr utin uninominal et pluralitaire permet d\u2019obtenir des gouvernements stables et fonctionne bien quand seulement deux par tis sont en l ice (bipartisme).Il entraîne toutefois, on l\u2019a vu, un déficit de représentativité quand les par tis sont plus nombreux, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui au Canada et au Québec.Dans ces conditions, les élus le sont la plupar t du temps sans obtenir une majorité de voix (le vote se divise) et des partis qui obtiennent un important pourcentage du vote ne font élire que très peu de candidats, ce qui donne l\u2019impression à de nombreux électeurs que leur vote ne sert à rien.Plusieurs solutions de rechange existent, explique Der- riennic.Le vote préférentiel en est une.Dans ce système, les circonscriptions demeurent les mêmes.Toutefois, au moment du vote, l\u2019électeur indique un ordre de préférence entre les candidats (de 1 à 5, par exemple).Si un candidat obtient plus de la moitié des premières préférences, i l gagne.Si ce n\u2019est pas le cas, « on reprend les bulletins en faveur de celui qui a obtenu le moins de premières préfé - rences et on les répartit entre les autres candidats selon les deuxièmes préférences indiquées sur chaque bulletin».On procède de cette manière jusqu\u2019à ce qu\u2019un candidat obtienne une vraie majorité.L\u2019élu devient ainsi plus représentatif.Les partis, de plus, ont moins tendance à cultiver les antagonismes puisqu\u2019ils sont conscients de la nécessité de récolter des deuxièmes et même des troisièmes préférences pour gagner.Ce système, très simple, est séduisant.Pour Derriennic, son adoption constituerait une avancée démocratique.La représentation proportionnelle Une autre solution de rechange est la représentation propor t ionnel le .En cette matière, les options sont nombreuses.Retenons, pour aller vite, qu\u2019il s\u2019agit de faire correspondre, en gros, le nombre d\u2019élus d\u2019un parti au pourcentage de votes obtenus.On donne ainsi du poids à chaque voix et on augmente la représentativité des élus.On vote moins, dans ce système, pour un candidat que pour un parti (encore que les deux peuvent se combiner).Toutefois, avec un tel système, un seul parti obtient rarement une majorité d\u2019élus, ce qui fait en sorte d\u2019imposer la formation de gouvernements de coalition.Ces derniers, disent les critiques de ce système, sont plus instables et donnent souvent un poids démesuré à de petites formations politiques sollicitées pour en faire partie.Derriennic expose de très éclairante manière les tenants et aboutissants de ces divers systèmes, sans cacher sa préférence pour une réforme qui combinerait la représentation proportionnelle modérée et le vote préférentiel.Ses arguments en faveur du vote préférentiel s\u2019avèrent particulièrement convaincants.Ses réflexions sur les divers modes de représentation proportionnelle, très stimulantes, indiquent toutefois, malgré lui, la complexité d\u2019une réforme en ce sens, ce qui limite ses chances de succès.Au passage, le politologue suggère aussi de tenir le vote le dimanche (au lieu du lundi) et explique pourquoi le vote en ligne est une fausse bonne idée.Publié en édition bilingue tête-bêche \u2014 en français dans un sens, en anglais dans l\u2019autre \u2014, un choix éditorial pour le moins douteux (qui lira les deux versions?), ce bref essai est un modèle de vulgarisation scientifique et s\u2019avère une riche contribution au débat public.louisco@sympatico.ca UN MEILLEUR SYSTÈME ÉLECTORAL POUR LE CANADA/A BETTER ELECTORAL SYSTEM FOR CANADA Jean-Pierre Derriennic PUL Québec, 2016, 84 et 68 pages Faut-il voter différemment ?M I C H E L L A P I E R R E C elle qui pourrait devenir présidente des États-Unis, Hillary Clinton, née Rodham, descend par les femmes de l\u2019apothicaire parisien Louis Héber t, le premier colon de Québec, et d\u2019un pionnier de Montréal, Nicolas Godé (nom devenu Gaudet au fil des générations).En 2011, elle a d\u2019ailleurs aperçu la face québécoise occulte de l\u2019Amérique en visionnant en direct, à la Mai- son-Blanche, l\u2019assassinat de Ben Laden auquel prenait part Matt Bissonnette.Hillary Clinton et Matt Bis- sonnette figurent parmi plus de 80 personnalités, sur tout américaines, dont des ancêtres vécurent dans la vallée du Saint-Laurent ou par fois en Acadie, que le sociologue et journaliste Jacques Noël présente, avec autant de savoir généalogique que de ver ve, dans son essai La diaspora québécoise.Il s\u2019agirait d\u2019un exercice futile consacré à des gens dont beaucoup connaissent à peine le Québec et ne parlent nullement français si la dimension mythique du phénomène ne ressortait pas.À l\u2019exemple de l\u2019anthropologue Serge Bouchard qui a tant valorisé notre diaspora, Noël donne à son livre un sens capital : « Voir autrement notre place en Amérique».Il revient sur Jack Kerouac, dont les racines québécoises étaient déjà bien connues et qui, en tant qu\u2019écrivain novateur, en exprima le plus intensément la résonance affective.En outre, il nous révèle des cousins insoupçonnés qui contribuent à façonner la légende très actuelle et très populaire du continent, sinon du monde.« Yes, we can ! », le slogan progressiste de Barack Obama qui témoigne que, si un Noir peut devenir l\u2019homme le plus puissant de la planète, une foule de choses devraient aussi changer, a été forgé par son rédacteur de discours Jon Favreau, natif du Massachusetts, dont les ancêtres avaient vécu à Boucher ville.Parmi ceux de David Plouffe, l\u2019organisateur qui a fait élire Obama à la présidence des États-Unis en 2008, deux s\u2019étaient mariés à Sorel en 1847.L\u2019ascendance québécoise ne connaît d\u2019ailleurs pas de frontières raciales.En plus d\u2019ancêtres noirs louisianais, Beyoncé, la star mondiale de la chanson, descend de Pierre-François Olivier, marié à Trois-Rivières à Joséphine Duplessis en 1749.Elle affiche fièrement l\u2019accent aigu de son nom, à la dif fé- rence de Céline Dion qui, aux États-Unis, cache le sien.De toutes les personnalités choisies par Noël, la romancière Annie Proulx, née au Connecticut en 1935, est celle qui a le mieux saisi l\u2019étrange abîme de la marginalité québécoise en Amérique.Elle écrit : «La séparation de la tribu originelle crée une solitude profonde qui croît avec les années.» S a n o u v e l l e Br okeback Mountain, publiée en 1997 et adaptée au cinéma, sur deux cow-boys mariés ayant eu, dans la société macho des années 1960 au Wyoming, une liaison homosexuelle qui finira en tragédie, pourrait, par une subtile transposition, refléter quelque chose de la singularité subliminale d\u2019un Québec émietté à travers le continent.Collaborateur Le Devoir LA DIASPORA QUÉBÉCOISE Jacques Noël GID Québec, 2016, 318 pages La face québécoise de l\u2019Amérique Le sociologue Jacques Noël dévoile l\u2019influence mondiale de notre diaspora LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Jean-Pierre Derriennic présente d\u2019intéressantes propositions de réforme du mode de scrutin, valables autant pour le Québec que pour le Canada.M I C H E L B É L A I R Q uel plaisir de revoir le commissaire Kémal Fa- dil, du district de la Marine d\u2019Oran.Sa première enquête publiée en début d\u2019année (Le Français de Roseville chez le même éditeur) nous avait fait découvrir un inspecteur de police humaniste\u2026 et surtout un écrivain particulièrement doué parlant de l\u2019Algérie comme personne ne sait le faire.Cette deuxième histoire, qu\u2019il faut situer quelques années avant la première, vient confirmer de belle façon ce que l\u2019on devinait déjà.Malgré son sujet douloureux, voilà un livre qui fera le bonheur de votre été par la finesse de son écriture et par les personnages plus vrais que nature sur lesquels il repose.Double et même trame On suivra ici deux trames narratives se développant en parallèle et s\u2019entrecoupant tout au long du livre.Elles sont imprimées en caractères dif fé- rents et le lecteur passe de l\u2019une à l\u2019autre à plusieurs reprises ; elles se réuniront avec la conclusion de l\u2019enquête.D\u2019abord, dans un premier temps sur la plage de la baie des Aigades près de Bouisse- ville, Ahmed Tiab nous fait rencontrer un personnage touchant, vieux clodo rejeté par toutes les marées, qui fait griller le poisson qu\u2019il attrape en compagnie d\u2019étranges compagnons venus du cœur du continent noir.C\u2019est grâce à lui qu\u2019on devinera \u2014 tout comme le commissaire Fadil d\u2019ailleurs \u2014 l\u2019existence d\u2019un improbable trafic de migrants clandestins basé dans la région.Plus loin, et presque en même temps, le lecteur est plongé en Afrique noire, au Niger, dans le pénible quotidien d\u2019Ali et de Fatou, deux adolescents décidés à quitter l\u2019enfer sans issue dans lequel ils se voient condamnés à vivre pour gagner l\u2019Europe.L\u2019amorce de cette partie de l\u2019intrigue est un peu faible, irréaliste et cousue de fil blanc.Mais tout commencera à prendre un peu de consistance lorsque Fatou et Ali se mettront à remonter vers le Nord une fois quitté leur village misérable\u2026 Ce qui implique d\u2019abord de traverser la frontière algérienne, d\u2019af fronter le dé- ser t , et sur tout de faire confiance à des passeurs, ce qui ne va pas de soi.Au bout d\u2019un long et difficile périple, piégée entre le désert et la mer, Fatou sera la seule à parvenir à Oran.Pendant ce temps, Kémal Fadil et sa petite équipe avancent à pas de tortue, gênés par les privilèges bien réels de la classe militaire même une fois retraitée.Malgré les embûches, l \u2019enquête identifie quelques suspects, dont un précieux gardien de bateaux ; le commissaire comprend qu\u2019il faut agir vite avant qu\u2019un autre convoi prenne le large pour Melila ou Alicante une fois la mer calmée.En épluchant les maigres indices qu\u2019il a en main, il remonte jusqu\u2019à Marseille et entre pour la première fois en contact avec l\u2019enquêteur Franck Massonnier.L\u2019af faire implique aussi un imam fondamentaliste qui finance le voyage de jeunes combattants vers la Syrie : il avouera tout confronté au témoignage de son frère, le gardien de bateau.Le triangle est bouclé ; une par tie de l\u2019argent remis par les clandestins aux passeurs sert au djihad\u2026 On résume, bien sûr; le récit est beaucoup plus touf fu, les personnages beaucoup plus complexes et, surtout, la vie des Oranais est immensément plus riche et diversifiée que le laisse deviner le fil de l\u2019intrigue.Mais il y a d\u2019abord et avant tout que l\u2019écriture d\u2019Ahmed Tiab est aussi séduisante que dans son premier opus ; l\u2019Algérie et les Algériens dont il nous parle cassent le moule habituel et s\u2019inscrivent dans une sorte de douceur nonchalante que l\u2019on ne retrouve nulle part ailleurs.On retiendra sur tout que c\u2019est dans cette histoire que le commissaire Fadil rencontre sa Fatou et son ami Masson- nier, deux personnages que l\u2019on connaît depuis Le Français de Roseville et avec lesquels, on le devine et on le souhaite tout autant, on le reverra bientôt.Collaborateur Le Devoir LE DÉSERT OU LA MER Ahmed Tiab L\u2019aube/Noire Avignon, 2016, 285 pages POLAR Clandestins pris au piège JEROME YULSMAN-GLOBE Jack Kerouac, dont les racines québécoises étaient déjà bien connues, en exprima le plus intensément la résonance af fective.HISTOIRE ROBESPIERRE LA FABRICATION D\u2019UN MONSTRE Jean-Clément Martin Perrin Paris, 2016, 367 pages Le révolutionnaire français Maximilien de Robespierre a donné son nom à une rue de Repentigny et à une «place » de Brossard.Cet honneur lui a toutefois été refusé par Paris, sa ville d\u2019adoption.La paisible banlieue montréalaise serait-elle un repaire de Jacobins?«On discute toujours âprement pour savoir s\u2019il est l\u2019inventeur de l\u2019idéal révolutionnaire ou l\u2019initiateur du totalitarisme», explique Jean-Clément Martin dans cette nouvelle biographie du modeste avocat devenu «dictateur à titre posthume».Au-delà du sang de la terreur qui lui colle à la peau, l\u2019Incorruptible est d\u2019abord un «révolutionnaire d\u2019assemblée» favorable à la destitution des élus par le peuple.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui a précipité sa chute cinq ans après la prise de la Bastille.« Il occupe une place exorbitante et menaçante, mais aussi étonnamment fragile », conclut l\u2019auteur de cet essai résolument politique purgé des habituelles analyses «psychologisantes» de l\u2019antihéros de la Révolution.Dave Noël HISTOIRE LES GRANDS COMMIS ET LES GRANDES MISSIONS DE L\u2019ÉTAT DANS L\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Sous la direction de Michel Sarra-Bournet Presses de l\u2019Université du Québec Québec, 2016, 277 pages L\u2019image que nous avons de la fonction publique est meublée de cubicules de tapis cordés dans des bâtiments sinistres.Cette vision angoissante ne rebute pas les auteurs de ce collectif qui dépoussière la carrière des grands commis de la technocratie québécoise.La machine gouvernementale n\u2019a pas toujours été tentaculaire.En 1867, elle ne comptait qu\u2019une centaine de fonctionnaires, soit autant qu\u2019à la fin du Régime français.Les sous-ministres pouvaient user la même chaise pendant plus de quatre décennies.Ce que l\u2019on appelait le «service civil » n\u2019a pris de l\u2019ampleur qu\u2019avec la Révolution tranquille réalisée par quatre ministres, une vingtaine de fonctionnaires et autant de chansonniers, comme aimait le répéter Jacques Parizeau, le plus célèbre mandarin d\u2019une époque où tout était à bâtir.Dave Noël "]
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