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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-08-27, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 A O Û T 2 0 1 6 D O M I N I C T A R D I F S ara Lazzaroni a passé l\u2019été à planter des arbres \u2014 1500 par quart de travail \u2014 dans la région de Williams Lake, en Colombie-Britannique.« J\u2019avais envie de sentir mon corps dans l\u2019action.C\u2019était génial, mais vraiment dif ficile.C\u2019est fou, le sentiment de fierté et de puissance qui t\u2019envahit quand tu vois ce dont ton corps est capable», raconte-t-elle au bout du fil, depuis son appartement du quartier Saint-Sauveur à Québec.«Un jour, cet été, je suis tombée sur un biscuit chinois qui disait : \u201cVous êtes autant dramatique que romantique\u201d, poursuit l\u2019auteure révélée en 2014 par Patchouli.C\u2019était incroyable !» Incroyable pourquoi?Pour deux raisons.D\u2019abord, parce que ce message aurait pu être rédigé spécialement pour Sara Lazzaroni, aux yeux de qui l\u2019amour et le désir sont «ce qu\u2019il y a de plus sublime à expérimenter dans la vie ».Puis, parce que ce petit bout de papier enroulé sur lui-même ne pourrait mieux décrire la caravane de jeunes gens qui, dans Okanagan, son troisième roman en trois ans, roulent vers la Colombie-Britannique.Pour planter des arbres?Non, pour cueillir des cerises et autres fruits \u2014 une activité à laquelle Sara a consacré l\u2019été de ses 18 ans.Ils écoutent du Jean Leloup, quêtent de l\u2019essence et des sandwichs à qui veut bien s\u2019attendrir devant leur pétulante candeur, se baignent nus sous la lune.Ils sont la jeunesse québécoise d\u2019aujourd\u2019hui, bien que pas si différente de celle d\u2019hier, assez vieille pour conspuer la sinistre sagesse d\u2019un monde qui préférerait les voir déjà cotiser à un REER, mais encore assez verte pour ne pas avoir abandonné l\u2019espoir d\u2019un jour rénover de fond en comble la vie.Parmi cette bande d\u2019hommes-enfants à barbe de bûcheron et de femmes-filles aux cheveux décolorés par le soleil : Léa, qui boit de la bière forte, fume des cigarettes avec la gravité de l\u2019héroïne d\u2019un film de la Nouvelle Vague, bichonne sa tristesse, écrit des poèmes et conjugue, comme tous les désenchantés qui l\u2019ont précédée, désir avec destruction.Ef frayée par la mort vers laquelle marchent péniblement les vieux du centre pour personnes âgées dans lequel elle travaillait, notre abonnée à la mélancolie vide son compte en banque avant de monter à bord du tacot de ses amis.Objectif : partir le plus loin possible de ce Loïc qui ne l\u2019aime plus.Sara Lazzaroni, se laisser manger par la vie Road novel identitaire, Okanagan célèbre une jeunesse cueillant le jour et les cerises L a mort, les fantômes qui rôdent.Les tragédies familiales, le sentiment de culpabilité.Le passé que l\u2019on tente en vain d\u2019effacer\u2026 Nous sommes bien dans un roman de Catherine Mavrikakis.Mais il faut un certain temps avant de reconnaître le noyau romanesque de l\u2019auteure du Ciel de Bay City, celui qu\u2019elle explore de façon renouvelée depuis près d\u2019une quinzaine d\u2019années.Et encore, c\u2019est en filigrane que cela apparaît dans Oscar De Profundis.Ce qui est à l\u2019avant-plan, c\u2019est une fresque sociale hallucinante, apocalyptique.Alors que le ciel lui-même se dérègle, les mouvements de foules déchaînées, violentes, enragées, animales, désespérées ou apeurées donnent lieu à des images ahurissantes dans Oscar De Profun- dis.Jamais à ce jour la prose de l\u2019écrivaine montréalaise, pourtant déjà explosive, n\u2019aura été aussi ample, terrifiante.Il lui fallait oser le roman d\u2019anticipation peut-être.Tout comme Emily St.John Mandel récemment dans Station Eleven (voir le cahier Livres du Devoir du 20 août dernier), Catherine Mavrikakis imagine le pire pour l\u2019avenir.Y compris des épidémies dévastatrices.Et tout comme l\u2019auteure new-yorkaise d\u2019origine canadienne, Catherine Mavrikakis accorde à la culture, à l\u2019art, un certain pouvoir réparateur.Du moins, elle en fait une sorte de rempart contre la déshumanisation.C\u2019est là que se situerait l\u2019espoir, peut-être.S\u2019il n\u2019est pas trop tard\u2026 L\u2019apocalypse est déjà en marche Oscar De Profundis, en nous transpor tant vers la fin du XXIe siècle à Montréal, a des accents de sonnette d\u2019alarme.C\u2019est comme si avait poussé là, à l\u2019extrême limite, ce qui est déjà en germe.Tout y passe, ou presque.Le dérèglement climatique, le capitalisme sauvage, le désengagement de l\u2019État, l\u2019exclusion sociale, la prédominance des mondes virtuels, le mépris des intellectuels, la menace de disparition de la langue française\u2026 Quand commence le roman, dont l\u2019action, narrée au passé, se passe au cours d\u2019une petite semaine, l\u2019apocalypse est déjà en marche.La Terre, « abandonnée du ciel », est sens dessus dessous : «On savait sa fin proche.Une longue agonie pourtant ne lui serait pas épargnée.Ses lamentations, ses tremblements et soubresauts n\u2019y feraient rien.Elle était condamnée à sa propre éclipse.» Tombe sur Montréal une pluie froide de novembre qui va se transformer en tempête de neige avant de laisser place à un radieux soleil printanier.Dans les rues : des hordes de gueux.«Les famines faisaient rage.Les prix des denrées étaient devenus scandaleux.Les riches tentaient désespérément de conserver leur territoire.Ils se comportaient comme si l\u2019apocalypse ne concernait que la misère.Seuls les pauvres allaient disparaître.C\u2019est ce que l\u2019on se bornait à penser.» Une sous-humanité vit séparée de la population argentée, protégée, barricadée.Un gouvernement mondial édicte les règles de la circulation des populations.Le statut des pays a été changé.On ne parle presque plus le français à Montréal.Partout sur la planète domine une sorte de jargon sino-américain.Les livres de papier ont presque disparu : « Ils ne pouvaient que participer à la pollution de la planète.» Les intellectuels sont devenus «une espèce inof fensive en voie d\u2019extinction ».Les scientifiques sont au ser vice des grandes compagnies.Les subventions à la culture et aux universités n\u2019existent plus depuis longtemps.Tout est privatisé.Y compris la santé et les ser vices sociaux.On comprend dans ce contexte que seul l\u2019argent préserve du pire.Et que ceux qui n\u2019en ont pas sont condamnés à la rue.«Il suffisait de laisser la vie aller.Les plus faibles se trouvaient éliminés avant la fin du monde.C\u2019était la loi.» Seuls quelques riches mécènes subsistent.Dont Oscar de Profundis, chanteur mondialement connu, qui tente par tous les moyens dans ses diverses propriétés aux États- Unis de préserver la richesse culturelle du passé.Le présent, très peu pour lui : «Dès qu\u2019il avait eu assez d\u2019argent, il s\u2019était désintéressé de l\u2019existence de ses contemporains.Il avait décidé de ne pas introduire l\u2019horreur des temps à l\u2019intérieur de son monde à lui.Il tentait de vivre loin de la rumeur Imaginer le pire Catherine Mavrikakis signe une fresque sociale hallucinante avec l\u2019apocalyptique Oscar De Profundis ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Oscar De Profundis, septième roman de Catherine Mavrikakis, magnifie le pouvoir consolateur des arts dans un monde en déroute.VOIR PAGE F 4 : FRESQUE VOIR PAGE F 2 : LAZZARONI DANIELLE LAURIN RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Avec Okanagan, Sara Lazzaroni signe cet automne son troisième roman en trois ans.Polar La solitude écrite dans une langue admirable Page F 4 Essai Quoi penser quand les petits s\u2019envoient en l\u2019air?Page F 6 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 A O Û T 2 0 1 6 L I V R E S F 2 « J\u2019en ai vu beaucoup, des gens se détruire cet été sur le \u201cplanting\u201d, raconte Sara, en décrivant par la bande sa narratrice.J\u2019en ai vu, des gens qui chaque soir prenaient toutes les drogues inimaginables, qui couraient vers leur per te les yeux fermés.Ce sont des gens dont on dit qu\u2019ils cherchent à se détruire, mais au fond, leur désir de vivre est tellement ardent qu\u2019ils sont constamment insatisfaits.Ils cherchent tout le temps la chose de plus qui va les faire vivre plus.Ils l\u2019aiment tellement, la vie, qu\u2019ils la mordent de tous les bords.Mais ce n\u2019est pas comme ça que ça se mange, la vie ! » Elle se ravise.« En fait, ça ne se mange pas, la vie ! C\u2019est elle qui nous mange ! » Les modes sont temporaires, la jeunesse aussi?Née en Italie d\u2019une mère québécoise et d\u2019un père devenu ici propriétaire d\u2019une boutique de vélo, Sara Lazzaroni a longtemps respiré le grand air, parfois anxiogène, de la banlieue, chef-lieu de la prévisibilité réduit dans Oka- nagan au rang de mouroir à idéaux, emblème d\u2019une vie rangée à fuir à tout prix.«Pauvres parents ! » s\u2019exclame la jeune vingtenaire, visiblement un peu mal à l\u2019aise d\u2019avoir pu donner l\u2019impression, par le tr uchement de sa nouvelle narratrice, de condamner leur mode de vie.« Je n\u2019ai aucune envie de vivre en banlieue, mais ma famille demeure mon socle » , ajoute Sara Lazzaroni comme pour dédouaner du même coup les nombreuses relations familiales dysfonction- nelles qui tissent la trame de ses livres.« Si je n\u2019imagine en fiction que des parents inadéquats, c\u2019est sans doute parce que je ne sais pas encore nommer ce que les miens m\u2019ont donné, qui est tellement fort et important.» Bien que les départs sur un nowhere se multiplient dans ses romans comme autant de nécessaires appels d\u2019oxygène, Sara Lazzaroni sanctifie moins l\u2019utopie d\u2019une planète composée de citoyens du monde que le pouvoir du voyage de nous révéler à nous-mêmes.« Tout ce dont j\u2019ai besoin, quand je pars, c\u2019est d\u2019une montagne et d\u2019une rivière, explique-t-elle.C\u2019est une expérience qui transcende le lieu géographique, qui est presque métaphysique, disons, même si c\u2019est un peu gros comme mot.» Pour les Gaëlle, Victor, Cé- dric, Évelyne et compagnie d\u2019Okanagan, cette virée dans l\u2019Ouest tiendra davantage de l\u2019expérience identitaire.Il faut parfois quitter le Québec pour goûter pleinement sa québécitude, suggère ce road novel à haute teneur aphoristique, en évoquant pendant tout un chapitre la fraie du saumon.« Seulement, les modes sont temporaires, voilà ce qui m\u2019effraie » , obser vera Léa, en proie à la crainte que la ferveur écologiste de sa généra- t ion s\u2019évapore comme le temps finira par javelliser les taches de cerises constellant les vêtements de ses amis, phrase au creux de laquelle on devine, tapie, une autre inquiétude : celle que la jeunesse et ses pupilles dilatées par le désir d\u2019un demain plus lumineux rapetissent à mesure que les responsabilités s\u2019accumuleront.« Ce n\u2019est pas pour rien que je plante des arbres », lance Sara au sujet des soifs inextinguibles qui la tenaillent et qu\u2019elle doit parfois juguler en mettant son corps à l\u2019épreuve.« J\u2019essaie de plus en plus de prendre les choses\u2026 avec douceur ?J\u2019aimerais ne plus tout le temps être dans les grandes chaleurs ou dans les grandes froideurs, trouver un climat t e m p é r é .M a i s e n m ê m e temps, je veux continuer de changer d\u2019idées et d\u2019opinions.Je veux que la vie continue de me surprendre.» Collaborateur Le Devoir OKANAGAN Sara Lazzaroni Leméac Montréal, 2016, 168 pages SUITE DE LA PAGE F 1 LAZZARONI RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR «Si je n\u2019imagine en fiction que des parents inadéquats, c\u2019est sans doute parce que je ne sais pas encore nommer ce que les miens m\u2019ont donné, qui est tellement fort et important.» H U G U E S C O R R I V E A U U n classicisme avoué préside à l\u2019écriture de Jean- Pierre Pelletier, qui se reconnaît « mendiant du sens ».Ce parti pris n\u2019est pas nécessairement une mauvaise chose, bien que le ton de sa poésie en soit, de fait, un peu vieilli, sentiment que confirme son plus récent recueil, Le crâne ivre d\u2019oiseaux.Mais une hauteur de vue porte cette œu- vre, la propose d\u2019emblée comme une introspection face à la clarté des perceptions de l\u2019âme humaine.Ainsi ap- pr end-on que « des mains blêmes ont capturé un corps / halluciné par le jour », pour en percer le désir fail l i ; tout comme nous sommes devant « l\u2019eau hallucinée / où notre visage s\u2019est perdu ».Si « la lune a un éclat terni d\u2019ossements oraculaires », la nuit est, elle, «une demeure de rosiers primitifs », et elle prélude aux rêves, comme il se doit.L\u2019alanguissement nocturne préside à un flottement des sensations que le poète s\u2019évertue à défier comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019en dévoiler l\u2019obscure trahison.Cependant, l \u2019expression pour en atteindre la signification n\u2019est pas toujours heureuse, comme lorsqu\u2019il faut au poète pénétrer « un paysage gavé de reflets / flageolant de versatilité ».Nous flageolons aussi, un peu.Cette quête des profondeurs peut mener l\u2019auteur à un certain désespoir, si creux qu\u2019il en devient abscons, à ce point qu\u2019il « désesp[ère] jusqu\u2019à satiété / de la dialectique du hasard du silence / des mots en miroir et du noir en discontinu».N\u2019ayez crainte, il y survit, bien que, semble-t-il, «nous voyons alors un vacuum / nous traverser de part en part ».Cette inquiétude philosophico-suf fo- cante atténue la portée de cette poésie q u i , p a r a i l l e u r s , aborde le sujet de la complexité du sens avec une fer veur jamais diminuée.Peut- être aurait - i l mieux valu que le poète s\u2019en tienne à cer taines images assez fortes pour soutenir son désir d\u2019éclairer sa nuit, peut-être aurait - i l dû plus souvent « ferme[r] les yeux / pour qu\u2019apparaisse une voix / dans des f ragment s de mot s lunaires ».Qu\u2019a- t -on alors à faire de « l \u2019anamnèse d\u2019un erg » ou de la « coruscation de l\u2019éclair » qui viennent encombrer un vocabulaire qui l\u2019est déjà suffisamment ?Ainsi en va-t-il de ce recueil qui paraît chercher sa véritable voix à travers l\u2019éclairci et le touffu.Ne nous « reste plus entre les lèvres / que l\u2019interrogation itinérante du caillou».Collaborateur Le Devoir LE CRÂNE IVRE D\u2019OISEAUX Jean-Pierre Pelletier Écrits des Forges Trois-Rivières, 2016, 74 pages POÉSIE À travers l\u2019éclairci et le touffu Jean-Pierre Pelletier philosophe à propos des aberrations et illusions du rêve HISTOIRE POLITIQUE À BAS LES CHEFS ! ÉCRITS LIBERTAIRES (1847-1863) Joseph Déjacque Présenté par Thomas Bouchet La fabrique Paris, 336 pages, 2016 « J\u2019ai dans le cœur un essaim d\u2019utopies.» L\u2019«ouvrier-poète » Joseph Déjacque, à qui l\u2019on doit le néologisme « libertaire », est un prolifique écrivain anarchiste né et mort à Paris (1821- 1865).Les éditions La fabrique lui rendent hommage dans un recueil d\u2019écrits peu diffusés eu égard à leur importance dans différents courants de pensée radicale.L\u2019enseignant-cher- cheur Thomas Bouchet rend justice à l\u2019intransigeance de Dé- jacque contre l\u2019inique en laissant justement une grande place à ses «projectiles autoricides».Poésies, proses, pamphlets de Paris à New York en passant par La Nouvelle-Orléans, ses écrits révoltés et révolutionnaires détonnent par leur vivacité et leur avant-gardisme.Il s\u2019en prendra d\u2019ailleurs à la misogynie du «père de l\u2019anarchisme», Pierre-Joseph Proudhon, dans une lettre ouverte limpide parue dans son journal Le Libertaire, intitulée «De l\u2019être humain mâle et femelle ».Si certaines postures paraissent dater d\u2019une époque révolue, certains écrits sur l\u2019universalité et l\u2019existence individuelle dans le monde industriel et capitaliste sont brûlants d\u2019actualité.De la misère et de l\u2019exil de Joseph Déjacque émerge une force utopiste parfaitement résumée en deux mots par Bouchet : «Écrire combattre».Marie-Pier Frappier ROMAN OKANAGAN Sara Lazzaroni Leméac Montréal, 2016, 168 pages Partie le temps d\u2019un été dans l\u2019Ouest canadien avec quelques amis pour travailler à la cueillette des fruits, la jeune Léa continue de pleurer doucement l\u2019histoire d\u2019amour « sans consistance» qu\u2019elle a vécue à Québec avec Loïc, un musicien.Poète par nature et par nécessité, elle estime que la poésie la soulage surtout de sa «compilation d\u2019échecs».Préposée aux bénéficiaires dans un centre d\u2019hébergement, elle s\u2019occupait de patients atteints de la maladie d\u2019Alzheimer.Chaque jour, la vue de ses «petits vieux» venait lui rappeler que la vie doit être vécue en état d\u2019urgence.Okanagan, le 3e roman de Sara Lazzaroni, est une méditation en accéléré sur le temps qui passe.C\u2019est ce qui se dégage de ces pages denses et sensibles où palpitent l\u2019insatisfaction et l\u2019énergie brute de la jeunesse.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que l\u2019auteure de Patchouli et de Veiller la braise (Leméac, 2014 et 2015), née en 1994, semble elle- même pratiquer.Jeune écrivaine douée, dotée depuis ses débuts d\u2019une voix forte, Sara Lazzaroni semble être en mesure de donner à chacune de ses phrases tout leur pesant de sens \u2014 d\u2019où émerge souvent une certaine mélancolie.«Le souvenir ne meurt pas, écrit-elle.Le souvenir est toujours vivant.» Christian Desmeules D O M I N I C T A R D I F C\u2019 était compliqué, le premier soir, avec son nouvel amant.« J\u2019ai ri.Nous nous regardions.Nos yeux ver ts.Puis, il a fini par comprendre que j\u2019étais menstruée.Je lui ai dit : je me sens conne.J\u2019aurais dû rester chez moi.Il a dit : mais non.» Ver tigineusement impudique, follement obsédée par le pouvoir de la fiction de modeler le réel, Prague, deuxième roman de Maude Veilleux, est un acte de courage kamikaze, un aveugle sacrifice de soi sur l\u2019autel de la littérature, une troublante autofiction confinant au malaise le critique employant, par convention, la troisième personne afin de rédiger des recensions comme celle-ci.Il y a de ces livres dont il faudrait pouvoir parler à la première personne, des livres face auxquels le moindre masque semble hypocrite.Elle écrit de la poésie, travaille dans une librairie, avale beaucoup de bières et de drogues.Elle a épousé, il y a quelques années, un homme qui, comme elle, est bisexuel, mais qui, contrairement à elle, souhaite avoir des relations sexuelles avec des gens du même sexe.Le couple ouvert se présente comme une nécessaire solution.Pas qu\u2019ils ne font plus l\u2019amour, pas qu\u2019ils ne s\u2019aiment plus.« Nous pensions passer notre vie ensemble.On se disait qu\u2019il fallait utiliser nos corps, en profiter pendant qu\u2019il en était encore temps », écrit l\u2019alter ego de Maude Veilleux au sujet de celui qu\u2019elle appelle son « géant ».Seulement quelques règles à respecter : « Pas le droit de tomber amoureux ni de découcher.Il fallait choisir des gens que l \u2019autre n\u2019aurait pas à côtoyer.» La tyrannie de la vérité Ça va foirer.Évidemment.Comment pourrait-il en être autrement ?Maude Veilleux est après tout cette poète ayant suavement baptisé son premier recueil Les choses de l\u2019amour à marde (éditions de l\u2019Écrou, 2013).Les baises avec Sébastien, collègue de la librairie, finiront par tout brouiller autour de la Maude fictionnelle.« J\u2019ai dit : pourquoi est-ce que tu m\u2019as demandé si j\u2019étais endurante à la douleur?Il a dit : je sais pas.J\u2019ai dit : je le suis.Tu peux me faire mal.Il a dit : j\u2019ai peur de trop aimer ça.J\u2019ai dit : s\u2019il te plaît », raconte la narratrice, en décrivant, avec un souci maniaque du détail digne de Guillaume Dustan, la brutalité parfois salvatrice du sexe, les plongées en apnée dans l\u2019étang visqueux du désir ainsi que le souverain appel des profondeurs.En transformant cette expérience intime en projet de création, Maude Veilleux ne cesse de se demander si elle ne s\u2019est pas, par le fait même, condamnée à toujours chercher au fond du verre la goutte de poison ?« Me filmer en train d\u2019écrire me permet de créer un moment.Je me prépare, je me maquille, je trouve l\u2019angle idéal.[\u2026] Guillaume m\u2019a dit : tu as de la dif ficulté à dif férencier le réel de la fiction.» Prague est un livre, ré- pétons- le , complètement , presque violemment, tyrannisé par l\u2019idée de la vérité, quête à la fois chimérique, éternelle et hypercontempo- raine, à l\u2019heure de l\u2019égoportait et du profil Snapchat nourrie 24 sur 24.À l\u2019aube d\u2019une rentrée littéraire s\u2019annonçant déjà généreuse en récits de soi aux ambitions inspirationnelles et en romans obséquieusement sous l\u2019emprise d\u2019une vision du réalisme figée dans une autre époque \u2014 des livres si pr udents ! \u2014, Maude Veil - leux aura forcément toutes les allures d\u2019une terroriste aux abois, prête à s\u2019immoler si le feu la rapproche de ce qu\u2019elle traque.Elle appartient à un trop rare groupe : celui des gars et des filles qui écrivent parce qu\u2019ils le doi- v e n t , e t n o n s i m p l e m e n t parce qu\u2019ils le peuvent.Collaborateur Le Devoir PRAGUE Maude Veilleux Hamac Québec, 2016, 114 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Le roman comme acte de courage kamikaze Maude Veilleux arpente les limites du couple ouvert dans Prague, roman vertigineusement impudique C H R I S T I A N D E S M E U L E S «L\u2019 Abitibi est trop belle et trop dure.» Peut-être est-ce la raison pour laquelle Maude, la jeune narratrice de 117 Nord, a quitté son village situé près de Val-d\u2019Or.Elle ne semble pas pardonner qu\u2019on la quitte, qu\u2019on la néglige ou même qu\u2019on la partage.Les habitations du côté ouest de la route 117 devaient être déplacées, les résidants, expropriés, puisqu\u2019on allait rouvrir une vieille mine.Maude, dont la maison se trouve sur la « faille », décide sans tergiverser d\u2019accepter le chèque au montant « ridiculement élevé » qu\u2019on lui of fre, de quitter la région et d\u2019essayer d\u2019aller refaire sa vie à Montréal.Au volant de la vieille Tercel qui lui a été donnée par son ami Francis, elle ne peut toutefois s\u2019empêcher de revenir sur les lieux de ses origines.Francis, l\u2019ami de toujours (l\u2019amant?), le voisin d\u2019en face épargné par les expropriations puisque sa petite maison était «du bon côté de la 117».Aurait-il cédé, lui, ou résisté aux pressions ?On l\u2019ignore et la question, du reste, ne se pose même pas.Il travaille lui aussi dans une mine de la région et conduit un camion de 240 tonnes, «à mi-chemin entre le Transformer et l\u2019animal préhistorique».À présent, chaque fois qu\u2019elle refait la route, débarquant à une extrémité ou à l\u2019autre de la 117, c\u2019est un peu le même vide qui l\u2019accueille.Même entre les deux points \u2014 surtout entre les deux \u2014, la vacuité pèse de tout son poids sur les cinq cent vingt-neuf kilomètres du trajet : « À force d\u2019allers-retours, toutes les voitures croisées en chemin se ressemblent.Les saisons se replient les unes sur les autres, des trous se creusent dans la route.On les remplit, ils se creusent encore.» En une alternance de chapitres très courts, Virginie Blan- chette-Doucet, née en 1989 à Val-d\u2019Or, explore dans son premier roman le déchirement singulier de l\u2019exil.Un filon qu\u2019elle exploite sans colère, dans une sor te de renoncement fataliste.S\u2019arracher à un lieu, voir ses propres souvenirs s\u2019éloigner : une cabane dans les arbres qui n\u2019existe plus depuis longtemps ou ne plus pouvoir se baigner dans une rivière aujourd\u2019hui contaminée.Un léger traumatisme qui ressemble à un écartèlement permanent.Elle tente de se projeter, faute de mieux, à Montréal, métropole mal-aimée au «paysage organisé », où tout lui manque et peut-être surtout «le silence des arbres».«Mon corps habite cet espace, c\u2019est moi qui ne coïncide plus avec le reste.» D\u2019un chapitre à l\u2019autre, elle se souvient de quelques moments de son enfance libre, des étés passés à travailler dans un laboratoire de la mine, de moments sans nombre passés en compagnie de Francis ou d\u2019épisodes de sa nouvelle vie à Montréal où elle travaille en ébénisterie.117 Nord est un peu la chronique, largement impressionniste, d\u2019un long deuil.L\u2019exploitation d\u2019une faille intime.Avec quelques beaux passages, des envolées poétiques et beaucoup de zones d\u2019ombre où le paysage devient une sor te d\u2019entre-deux.Collaborateur Le Devoir 117 NORD Virginie Blanchette-Doucet Boréal Montréal, 2016, 164 pages ROMAN QUÉBÉCOIS La faille Entre Montréal et l\u2019Abitibi, Virginie Blanchette-Doucet explore le paysage de l\u2019exil L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 A O Û T 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 3 Manticores Anne Robillard/Wellan \u2013/1 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 4 Laurent France Lorrain/Guy Saint-Jean \u2013/1 Vrai ou faux Chrystine Brouillet/Druide 2/11 Vi Kim Thúy/Libre Expression 3/20 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 1/18 De tendres aspirations Sylvie Gobeil/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 2 Basilics Anne Robillard/Wellan 6/14 Sarah et moi Christian Tétreault/Homme \u2013/1 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan \u2013/1 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 5/19 Romans étrangers Crossfire \u2022 Tome 5 Exalte-moi Sylvia Day/Flammarion Québec 2/7 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 1/22 Cours, Alex Cross! James Patterson/Lattès 9/2 Menace sur Rio James Patterson | Mark Sullivan/Archipel \u2013/1 Péché de chair Colleen McCullough/Archipel \u2013/1 Riquet à la houppe Amélie Nothomb/Albin Michel \u2013/1 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 7/28 Le temps des regrets Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/12 Mariachi Plaza Michael Connelly/Calmann-Lévy 5/12 L\u2019insoumis John Grisham/Lattès 8/15 Essais québécois Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 1/45 Kuei, je te salue.Conversation sur le racisme Deni Yvan Béchard | Natasha Kanapé Fontaine/Écosociété 3/16 Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 5/3 Les passagers clandestins.Métaphores et.Ianik Marcil/Somme toute 6/9 Le multiculturalisme comme religion politique Mathieu Bock-Côté/Cerf 4/3 Le point sur la langue Louis Cornellier/VLB \u2013/1 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes.Fabien Cloutier/Lux 2/4 La dette du Québec : vérités et mensonges Collectif/M éditeur \u2013/1 La médiocratie Alain Deneault/Lux 8/6 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier 7/15 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/31 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/27 Madeleine project Clara Beaudoux/Éditions du sous-sol \u2013/1 Les Trumperies.Le meilleur du.François Durpaire | Kévin Picciau/Édito 5/9 L\u2019État islamique.Organigramme, financements.Samuel Laurent/Seuil \u2013/1 Ivres paradis, bonheurs héroïques Boris Cyrulnik/Odile Jacob 6/5 Le plus et le moins Erri De Luca/Gallimard 3/3 Histoire du silence.De la Renaissance à nos jours Alain Corbin/Albin Michel \u2013/1 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL 9/2 Demain, un nouveau monde en marche Cyril Dion/Actes Sud \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 15 au 21 août 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR À 27 ans, Virginie Blanchette-Doucet aborde dans son premier roman le déchirement singulier de l\u2019exil.JEUNESSE L\u2019ENFANT SEULE Guojing Comme des géants Montréal, 2016, 108 pages Parution le 30 août Une fillette laissée seule pour la journée quitte la maison, mais se perd dans la forêt.Au bord du désespoir, elle voit apparaître un cerf qu\u2019elle décide de suivre.Commence alors une aventure onirique, de l\u2019autre côté du miroir, là où tout est possible.Inspirée par sa propre enfance, l\u2019auteure chinoise se rappelle dans L\u2019enfant seule le sentiment de solitude vécu au moment de la politique de l\u2019enfant unique.Si l\u2019histoire est singulière, il faut voir aussi toute la richesse graphique de cet album sans texte.Les cases rappelant la bande dessinée permettent une lecture linéaire qui est ponctuée de pages pleines imposant un temps d\u2019arrêt sur des moments clés du périple.Les illustrations monochromes, le trait fin et la douceur de l\u2019ensemble nous propulsent dans un univers où le détail compte.Les yeux avertis s\u2019amuseront notamment à découvrir le cerf, qui n\u2019est au départ qu\u2019un jouet dans les mains de l\u2019enfant, à le voir prendre vie, puis retrouver sa fonction d\u2019objet, bien au chaud dans les bras de la fillette.Marie Fradette JEUNESSE Y\u2019A PAS DE PLACE CHEZ NOUS Andrée Poulin Québec Amérique Montréal, 2016, 32 pages Apeurés, à bout de souffle, Marwan et Tarek sont contraints de quitter leur pays en guerre.Avec d\u2019autres familles, ils s\u2019embarquent sur un petit bateau de fortune dans l\u2019espoir de trouver un monde meilleur.Mais les gens ne sont pas tous accueillants et repoussent sans gêne le rafiot sur les eaux.Malgré la faim, la soif, le froid, les garçons tiennent le coup jusqu\u2019à ce qu\u2019une terre d\u2019accueil soit plus clémente envers ces «sans-pays».Sans jamais tomber dans le mélodrame facile ou la pitié, Andrée Pou- lin parvient à témoigner avec réalisme et sensibilité du drame vécu par ces réfugiés grâce, notamment, au point de vue choisi.Le lecteur entre littéralement dans le bateau et vit l\u2019histoire de l\u2019intérieur, sur l\u2019eau, avec ces deux frères fragiles, mais armés d\u2019espérance.Il faut dire que le trait profond, à la fois inquiétant et tendre, d\u2019Enzo Lord Mariano ajoute à l\u2019effet ressenti.Les couleurs sombres contrastent avec les grands yeux blancs des héros, témoins d\u2019une traversée bouleversante.Un album, comme le chante Richard Séguin, pour mieux «comprendre les jours troués marées d\u2019humains qui n\u2019ont plus rien».Marie Fradette M A R I E F R A D E T T E S urconsommer pour combler l\u2019absence, exiger la perfection\u2026 les parents cherchent désespérément des moyens de combler des bonheurs illusoires.Et si les enfants en avaient assez de ces enfantillages?Michaël Escoffier, Mathieu Pierloot et Babette Cole exploitent ces travers dans trois albums déjantés.Dans Un enfant parfait, Es- coffier bouscule la morale et saura froisser les tenants de la rectitude politique en faisant de l\u2019enfant un produit de consomma- t i o n .L e p è r e e t l a mère Dupré se rendent au supermarché pour y acheter un rejeton.Parmi les dif fé- rents modèles offerts, ils souhaitent par-dessus tout trouver l\u2019enfant par fait.Coup de veine, i l en reste un seul, mais on peut le comprendre parce que « c\u2019est un modèle très demandé\u2026 ».Refusant friandises, jouant calmement, Baptiste est véritablement idéal.Mais peut-on en dire autant des parents, qui l\u2019oublient à la sortie de l\u2019école, ne pensent pas à faire l \u2019 é p i c e r i e , f o n t l a grasse matinée et, maladresse ultime, confondent la journée d\u2019Halloween avec celle de la photo de classe ?La finale désopilante \u2014 que je tairai ici \u2014 vaut à elle seule le détour.Les illustrations épurées mais très expressives de Matthieu Maudet tranchent avec les idées de grandeur des parents et appuient la sagesse du héros.Les standards de qualité et de perfection brandis par nos sociétés axées sur la per for- mance en prennent pour leur rhume.La folie des cadeaux Dans Jamais contents !, Mathieu Pierloot se joue, pour sa part, de la surconsommation en nous conviant à l\u2019anniversaire d\u2019un enfant unique.La montagne de boîtes colorées que l\u2019on peut voir en contre- plongée sur l\u2019illustration témoigne de la quantité de cadeaux reçus.Intrigué devant ces jolis emballages, le héros s\u2019excite non pas du contenu, mais du contenant.Un papier devient un tapis volant, la boîte de carton, un vaisseau spatial, le ruban, un lasso, et ainsi de suite jusqu\u2019à la chute dans laquelle les parents, à bout de nerfs, expriment leur désolation.Beau pied de nez à cette manie répandue de croire que les enfants ont besoin de beaucoup pour s\u2019amuser.Le trait éclaté de Baptiste Amsallem rend cette folie des cadeaux complètement loufoque.L\u2019abondance de mouvement, investi par les nombreux plans et angles de vue et l\u2019absence de cadrage, témoignant de la liberté totale vécue par le héros, fait de cet album un hymne à l\u2019enfance et, par le fait même, renvoie aux parents le reflet de leur incongruité.Le monde à l\u2019envers Jamais contents, imparfaits, incohérents, les adultes sont aussi et bien souvent moins raisonnables que leur progéniture.Dans Le dé-mariage \u2014 album d\u2019abord paru en 1997 \u2014, Babette Cole inverse les rôles, obligeant les enfants à prendre les décisions.Clara et Démitrius La- moureux ont une vie presque parfaite, sauf pour ce qui est de leurs parents qui ne « sont jamais d\u2019accord sur rien».La bisbille règne continuellement dans la maison où tout est prétexte à la chicane.Père n\u2019aime pas le séchoir à linge de Mère alors qu\u2019elle ne tolère pas le poisson rouge de ce dernier.Des détails qui rendent la vie des deux enfants insupportable.Ni tenant plus, ces derniers décident de proposer un démariage.La cérémonie a lieu ; le blanc de la robe étant bien sûr troqué par le noir et le oui, par un non.Pendant le voyage de noces respectif de Père et Mère, Clara et Démitrius en profitent pour faire constr uire deux maisons répondant aux goûts de chacun des parents.Fidèle à son habitude, l\u2019au- teure anglaise, bien connue pour son ir révérence, exploite avec audace et humour un sujet répandu.Le trait caricatural de Cole met en relief le visage anguleux et ridi- c u l e d e s p a r e n t s t a n d i s qu\u2019une rondeur épouse celui des enfants.Le regard à la fois lucide et amusant que posent ces auteurs sur les manies et illusions parentales risque de stimuler les échanges et d\u2019enrichir la discussion jusqu\u2019à tard.Collaboratrice Le Devoir UN ENFANT PARFAIT Michaël Escoffier École des loisirs Paris, 2016, 26 pages JAMAIS CONTENTS ! Mathieu Pierloot La Pastèque Montréal, 2016, 32 pages LE DÉ-MARIAGE [NOUVELLE ÉDITION] Babette Cole Seuil Paris, 2016, 32 pages JEUNESSE Parents imparfaits L\u2019imperfection des adultes et la sagacité des enfants dans trois titres croustillants L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 A O Û T 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 J É R Ô M E D E L G A D O S a résonance est planétaire, ses collaborateurs, de multiples nationalités.Depuis ses débuts, et malgré un nom très local, le Centre canadien d\u2019architecture (CCA) parle au monde.Rue Baile, on veut pourtant faire davantage ou- tre-frontières.Le CCA mise désormais sur l\u2019édition multilingue.Deux récentes parutions portant son logo se lisent, l\u2019une en portugais, l\u2019autre en espagnol \u2014 et en anglais, dans des éditions distinctes.Uma Anatomia do Livro de Arquitectura, publication issue d\u2019une recherche de l\u2019architecte et éditeur André Tavares, également commissaire de la Trienal de Arquitec- tura de Lisboa 2016, a même été primée ce printemps à la Bienal Iberoamericana de Ar- quitectura y Urbanismo.La monographie AP 164 : Ábalos & Herreros découle des expositions consacrées en 2015 par le CCA à cet ancien bureau d\u2019architectes espagnol.D\u2019autres publications suivront, dont un projet en italien déjà bien ancré.Des livres en japonais, eux, ne sont toutefois qu\u2019à l\u2019étape de souhait.« Les livres nous donnent la possibilité d\u2019avoir une présence plus impor tante dans des pays où l\u2019on n\u2019était peut- être pas encore assez.C\u2019est vraiment le but des publications, d\u2019élargir, d\u2019assurer et de renforcer la présence internationale du CCA », explique Albert Ferré, directeur des publications depuis 2012.Nouvelle manière de faire Le premier livre en por tu- gais du CCA, coproduit avec Dafne, éditeur de Por to, est emblématique de la nouvelle manière de faire.Contrairement à la monographie Ábalos & Herreros, qui découle aussi d\u2019un travail dans les archives de l\u2019établissement fondé par Phyllis Lambert, Anatomia do Livro de Arquitectura n\u2019a pas été précédé d\u2019expositions.Sa pertinence s\u2019est présentée au cours de la recherche de Ta- vares menée sur\u2026 le livre d\u2019architecture.« Jusqu\u2019en 2013, on publiait des livres pour chacune des grandes expositions.On cherche maintenant d\u2019autres occasions, d\u2019autres sujets qui mériteraient un livre.Comme celui d\u2019André Tavares.L\u2019idée du livre est de présenter une recherche, non pas d\u2019accompagner une exposition», signale Albert Ferré.Parmi les autres projets les plus avancés, il y a le premier bouquin en italien, piloté par la conservatrice en chef du CCA, Giovana Borasi.Doublement inusité, Une espèce en danger, dont le titre en italien n\u2019est pas arrêté, sera le premier livre jeunesse de la maison.Les textes et illustrations de Harriett Russell, une Britannique publiée aussi bien à New York qu\u2019à Londres, se trouvaient déjà dans le catalogue de l\u2019expo Désolé, plus d\u2019essence (2008).Recyclés, ils deviendront un livre grand format qui sera aussi publié dans les deux langues of fi- cielles du Canada.Dans un CCA aux airs de Nations unies \u2014 le directeur Mirko Zardini, comme Gio- vana Borasi, est Italien, Albert Ferrer, Espagnol, Catalan pour être plus précis \u2014 le rêve est de publier dans une multitude de langues.« Mais aussi avec une multitude de partenaires », précise le pragmatique directeur des publications.Chaque livre crée de nouvelles associations, que ce soient avec des éditeurs établis ou des établissements d\u2019architecture.Albert Ferré cite une étude approfondie sur Cedric Price, l\u2019architecte britannique mort en 2003, qui sera publiée en anglais seulement avec l\u2019appui de The Architectural Association, une organisation londonienne.« Si cette école avait été basée, je ne sais pas, au Maroc, on aurait pu faire le livre en arabe », dit-il.Et le français dans tout ça ?Il demeurera présent, assure- t-il.Malgré les apparences, malgré le catalogue de l\u2019expo L\u2019 a r c h i t e c t e , a u t r e m e n t (2015), of fer t seulement en anglais, malgré le « Canadian Center of Architecture » imprimé sur les couver tures des livres portugais et espagnol.Le site Web, principale vitrine du CCA, se lira encore dans la langue de Vigneault et il est faux de croire que des auteurs francophones n\u2019existent pas.Puis, il y a le cas, selon Alber t Ferré, de l\u2019éditeur allemand Stenberg Press, qui tient à publier en français.Le Devoir ÉDITION Des airs de Nations unies au CCA Le Centre d\u2019architecture se fait polyglotte avec des premiers livres en portugais, en espagnol, et bientôt en italien des soucis planétaires, et il suivait à la lettre la maxime baudelairienne Anywhere out o f the wor ld .» Oscar De Pronfondis, qui voue aussi un culte à Oscar Wilde, arbore sur le dos un poème de Baudelaire, De profundis clamavi.Voilà que « le chanteur de la fin des temps, la star de l\u2019apocalypse contemporaine », être paradoxal s\u2019il en est, débarque le temps de deux concerts à Montréal.Sa ville natale, quittée il y a 40 ans.Remontent alors à la sur face des souvenirs d\u2019enfance qu\u2019il aurait préféré oublier.Il ne se pardonne toujours pas l\u2019assassinat sauvage de son petit frère par des preneurs d\u2019otages.La drogue aidant, le fantôme du garçon lui apparaîtra.Il en viendra à confondre ses hallucinations et la réalité, alors qu\u2019au-dehors le cauchemar, bien réel, prend de l\u2019ampleur.La mort noire Peu après son arrivée, l\u2019état d\u2019urgence est déclaré dans la ville.Après avoir sévi dans plusieurs capitales du monde, qui ont fini par l\u2019éradiquer, une terrible épidémie s\u2019abat sur la ville.La maladie noire.Dans les rues : des cadavres aux visages et aux mains calcinés.Les aéropor ts, les gares, les autoroutes sont fermés : interdiction de sortir.L\u2019armée prend d\u2019assaut la ville, vouée à l\u2019anarchie.Les nantis, dont Oscar De Profundis, se terrent, à l\u2019abri.Les gueux, quant à eux, n\u2019ont plus rien à perdre, ils s\u2019éclatent au grand jour.« La mort était au bout du chemin.On ne pensait qu\u2019à profiter de la liberté hideuse qu\u2019of frait le chaos.» Ce n\u2019est qu\u2019une question de temps.« On tirait sur les pauvres à vue.De toute façon, la mort qui les attendait était horrible.» Autrement dit : « Mieux valait crever d\u2019un projectile en pillant un magasin que mourir dans les douleurs atroces que provoquait la mort noire.» On alterne dans le roman entre le dedans et le dehors.Entre ce qui se passe du côté d\u2019Oscar, entouré d\u2019une armada de protection dans sa bulle dorée, et ce qui advient à l\u2019extérieur.Le contraste est frappant.Jusqu\u2019à ce que tout s\u2019entrechoque.Entre en jeu une cer taine Cate, ex-médecin devenue sans-abri, qui fomente avec quelques acolytes une révolution afin de « redonner du courage aux opprimés de toute la planète».Elle qui voit dans l\u2019enchaînement des événements un génocide mondial aura cette réflexion: «Cela ressemble à de la science-fiction, non ?Et si c\u2019était simplement la réalité\u2026» Glaçant.OSCAR DE PROFUNDIS Catherine Mavrikakis Héliotrope Montréal, 2016, 328 pages Le livre sera en librairie le 31 août.SUITE DE LA PAGE F 1 FRESQUE M I C H E L B É L A I R Q uelques mois avant de mourir d\u2019un cancer du poumon, il y aura un an début octobre, Henning Mankell remettait ce dernier manuscrit à son éditeur suédois.Les bottes suédoises « est la suite indépendante», note-t-il en amorce, du roman Les chaussures italiennes paru en français chez le même éditeur en 2009.C\u2019est un livre profondément touchant qui parle de solitude et de v ie i l lesse dans une langue admirable.On peut facilement le lire comme une sorte de testament : celui d\u2019un écrivain immense préoccupé par le sort de l\u2019humanité.Pyromane ou incendiaire?Chirurgien à la retraite, Fre- drik Wellin vit seul sur une petite île de la mer Baltique située entre l\u2019extrémité sud de la Suède et le Danemark.C\u2019est un homme aigri, sec, pas vraiment sympathique.Mais avant que l\u2019on puisse en apprendre davantage sur lui, sa maison se met à brûler en pleine nuit et il a tout juste le temps d\u2019échapper au brasier en enfilant deux bottes du pied gauche et un imperméable par-dessus son pyjama.Fre- drik Wellin perd du coup tout ce qu\u2019il possédait.Dans les décombres, il ne trouvera que la boucle d\u2019un soulier fabriqué par son ami le cordonnier Giaconelli que les lecteurs assidus de Mankell connaissent déjà (Les chaussures italiennes).Tout le reste, le moindre recoin de cette maison que ses grands-parents ont construite, toutes ses photos, ses carnets, ses souvenirs, le moindre vêtement, tout, tout a disparu dans les flammes.Et il se voit forcé de vivre dans la caravane de sa fille qui se désagrège lentement à quelques centaines de mètres des ruines de la maison.Pour ajouter à son désespoir, les enquêteurs découvrent que l\u2019incendie a été provoqué\u2026 et ils le soupçonnent d\u2019être l\u2019incendiaire.Tout cela explique peut-être le côté fielleux du personnage de Wellin.Quand il entre en contact avec ses rares voisins, même avec la journaliste Lisa Modin qui écrit sur le sinistre et avec laquelle il espère entretenir une relation amoureuse, Wel- lin se f a i t s o u p ç o n - n e u x , rêche, déplaisant.C\u2019est tout juste s \u2019 i l f a i t confiance à ses souvenirs.Comme pour noircir encore le portrait, on découvre aussi sa relation trouble avec sa fille, Louise, accour ue après l\u2019incendie, et sur tout que sa mise à la retraite prématurée découle d\u2019une erreur médicale grave.Mais alors que les soupçons s\u2019accumu- l e n t s u r l e m é d e c i n , u n deuxième, puis un troisième incendie surviennent\u2026 Dérives et artifices On ne vous en dira pas plus parce que l\u2019intérêt véritable du livre n\u2019est pas là.Il est plutôt dans le temps qui passe inexorablement et qui mène à la mort.Dans les petits détails aussi, dans la beauté infinie de cet archipel en perdition et surtout, surtout, dans la difficulté des rapports entre les humains.La détresse de Fredrik Wellin est ainsi palpable tout au long du récit et Henning Mankell nous la fait saisir au détour de la moindre de ses pensées en remontant avec lui le cours de sa vie.On ne trouvera évidemment pas ici de poursuite enflammée, de coups de feu, ni même de sang ou de séquences d\u2019analyses de laboratoire.Mankell manie pourtant ici son écriture \u2014 merci encore à Anna Gibson pour sa traduction remarquable \u2014 avec la précision et la finesse d\u2019un scalpel au laser.Ce que l\u2019on poursuit tout au long de ce récit, c\u2019est la vie dans ses moindres remous, et ce que l\u2019on analyse, c\u2019est l\u2019âme humaine dans toutes les dérives et les ar tifices trompeurs qu\u2019elle sait s\u2019inventer.Et c\u2019est ce qui a toujours fait d\u2019Henning Mankell un écrivain majeur.Collaborateur Le Devoir LES BOTTES SUÉDOISES Henning Mankell Traduit du suédois par Anna Gibson Seuil Paris 2016, 353 pages POLAR Le testament d\u2019Henning Mankell Les bottes suédoises parle de solitude et de vieillesse dans une langue admirable PHOTOS SOURCE CCA Le CCA mise désormais sur l\u2019édition multilingue.L\u2019idée du livre est de présenter une recherche, non pas d\u2019accompagner une exposition Albert Ferré, à propos du livre d\u2019André Tavares « » Image tirée d\u2019Une espèce en danger, qui sera le premier livre jeunesse de la maison.NORA LOREK AGENCE FRANCE-PRESSE Henning Mankell a remis son dernier manuscrit à son éditeur quelques mois avant de mourir.C\u2019est à cet instant que j\u2019ai compris que j\u2019avais réellement tout perdu.De mes soixante-dix ans de vie, il ne restait rien.Je n\u2019avais plus rien.Extrait des Bottes suédoises « » Des bruits étranges arrivaient des ruelles.[\u2026] Les êtres de la rue se permettaient n\u2019importe quoi.Ils deviennent des monstres ! Quel sens avait leur existence?Ils cédaient à la séduction du chaos final.Extrait d\u2019Oscar De Profundis de Catherine Mavrikakis « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 A O Û T 2 0 1 6 L I V R E S F 5 p a r a m è t r e s L\u2019 écriture journalistique sous toutes ses formes Sous la direction de Robert Maltais en collaboration avec Yvan Asselin, Pierre Brisson et André Parent Les Presses de l\u2019Université de Montréal deuxième édition revue et augmentée SOUS LA DIRECTION DE EMMANUELLE BERNHEIM ET PIERRE NOREAU LA THÈSE UN GUIDE POUR Y ENTRER\u2026 ET S\u2019EN SORTIR Les Presses de l\u2019Université de Montréal p a r a m è t r e s Sous la direction de Normand Landry et Anne-Sophie Letellier L\u2019 éducation aux médias à l\u2019 ère numérique Les Presses de l\u2019Université de Montréal entre fondations et renouvellement Les Presses de l\u2019Université de Montréal Histoire des pensionnats indiens catholiques au Québec Le rôle déterminant des pères oblats Henri Goulet p a r a m è t r e s Les Presses de l\u2019Université de Montréal Serge Brochu, Natacha Brunelle et Chantal Plourde Drogue et criminalité Une relation complexe troisième édition revue et augmentée Les Presses de l\u2019Université de Montréal Une guerre sourde L\u2019émergence de l\u2019Union soviétique et les puissances occidentales Michael Jabara Carley Sous la direction de Robert Malt i en collaboration av Yvan Asselin, Pierre Brisson et André Parent enri Goulet ichael J b a Carley G U Y L A I N E M A S S O U T R E O n a beaucoup admiré Ri- varol, Chamfort et Vauve- nargues pour leur esprit de conversation.Pour leur ironie cinglante, on les a imités.Démodés?Oui, il y a toujours cet écart du temps.Surtout l\u2019explosion de l\u2019Ancien Régime.Mais la finesse d\u2019esprit qui anime leurs textes saute aux yeux et ni la justesse de la langue ni le panache de ceux- ci n\u2019ont perdu leur lustre.Comment ont-ils pu être lucides dans des temps cruels ?L\u2019ar t de l\u2019insolence, à travers maximes, réflexions, éloges, discours, méditations, caractères, pensées, portraits, épigrammes, épîtres, dialogues, songes et autres genres démodés, fait briller une gouaille imperturbable qui, devant la comédie humaine, a fait leur vérité posthume.Rivarol (1753-1801) Il est journaliste, critique littéraire, patriote, léger, cet ob- ser vateur de la royauté qui s\u2019effondre, alors que la Révolution gronde.« Un ultra », dira Ernst Jünger.Quinze ans d\u2019écriture politique étincelante, exaltée, insolente.Il devra s\u2019exiler à Berlin, où on lui décerne le prix de « l\u2019universalité de la langue française».Il y meurt, âgé de 48 ans.À Paris, c\u2019est l\u2019époque fanatique, où passent les charrettes pleines de condamnés à la guillotine.Ces exécutions arbitraires of fensent l\u2019idéal des idées glorieuses.Rivarol, royaliste, catholique, mais favorable aux réformes, disserte sur l\u2019égalité de droit et de fait, sur l\u2019universalité des Lumières.Il déteste la barbarie du peuple et admire Tocqueville.Dans le cyclone des évé- nements, il réfléchit, souvent bouffon, mais prend parti en conservateur, non en réactionnaire, contre le totalitarisme.Généreux, joyeux, paresseux, ce grand lecteur n\u2019a pas bâti d\u2019œuvre, malgré des milliers de pages.Il aime faire pisser ses lecteurs de rire, en raillant ses contemporains et en fouillant ce qu\u2019il peut mépriser.Il déteste Mirabeau et La Fayette, la prise de la Bastille, comme le despotisme de Bonapar te.Sa for tune littéraire est propor tionnelle au nombre de ses ennemis.D\u2019Alembert, Voltaire ou Buf- fon ont bien considéré son travail sur l\u2019Encyclopédie.Chamfort (1741-1794) « Il y a des sottises bien habillées, comme il y a des sots très bien vêtus.» L\u2019homme de salon qui signe cela est un franc-maçon et républicain convaincu, qui dénonce la Terreur, Robespierre et Marat.Écrivain d\u2019aphorismes, il capte des situations brèves et invente le fragment en régalant sa plume d\u2019anecdotes.Ce mondain aime la poésie, sait se diver tir et jouir de la violence verbale avec fureur.Nerveux, il est sensible au tragique et se jette dans des bains acides de pensée.Pour son Éloge de Molière (1769), il remporte le prix de l\u2019Académie française et son Éloge de La Fontaine favorise son entrée dans l\u2019illustre maison.L\u2019éditer est un tour de force, étant donné l\u2019étendue de ses papiers épars.Ce qui se dégage du recueil présent est qu\u2019il connaissait très bien la littérature, ses luttes contre les travers humains.Sa plume vole des généralités aux affaires publiques, visant des hommes clairement nommés.Vauvenargues (1715-1747) Il meurt à 31 ans.Il fait la guerre durant 10 ans, partout en Europe, en couchant ses maximes sur papier.Voltaire le protège et le soutient, une fois qu\u2019il est revenu à la vie civi le.Éloquent, simple, homme de cœur et de foi, il s igne 945 maximes ici publiées.Mélancolique, fragile, tendre et poète, i l a laissé son empreinte, notamment sur Balzac, et il est peut-être le plus renommé des trois.La politique n\u2019est pas une religion, mais elle a développé ses dogmes, en oubliant la culture d\u2019où elle émerge sans nécessaire progrès.Ces écrivains lui ont opposé une perspective dépassant le moment de son action.Versatilité, faiblesses, fragilités, ils ont brandi l\u2019écriture face à ces ressacs tel un paratonnerre.Un geste intelligent avec un outil démodé.Ces artificiers au grand style ont été de formidables analystes de l\u2019actualité.Au contact de l\u2019utopie en marche, ils se sont hissés hors des passions nationales, en déprogrammant ce qui paraissait alors comme une lumineuse fresque de la raison.On pense, au temps présent, à des Alain Finkiel- kraut et Philippe Murray ; ou, chez nous, à Dany Laferrière.Collaboratrice Le Devoir L\u2019ART DE L\u2019INSOLENCE RIVAROL, CHAMFORT, VAUVENARGUES Laffont Bouquins Paris, 2016, 1517 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Excès d\u2019intelligence En dénonçant les excès de leur temps, les moralistes des Lumières ont été brillants M I C H E L L A P I E R R E Q ui aurait cru que, pour retrouver son harmonie avec la nature et reprendre son rôle clé dans la cohésion sociale, l\u2019agriculture devrait délaisser un peu la campagne pour verdir les villes, y compris Montréal ?Ce rêve, en apparence fou, se veut la réponse écologique aux outrances de l\u2019agro-industrie.Dans son manifeste La révolution de l\u2019agriculture urbaine, Jennifer Cock- rall-King va jusqu\u2019à soutenir que « la nature est bien plus évoluée que l\u2019être humain» ! Écologiste doublée d\u2019une gastronome, la journaliste de l\u2019Ouest canadien signale que, d\u2019après des statistiques onusiennes, l\u2019agro-industrie, séduite autant par l\u2019uniformité que par la résistance des produits au transpor t sur de grandes distances, a fait disparaître 75 % de la biodiversité alimentaire.De plus, elle déplore que 70 % des aliments transformés contiennent des organismes génétiquement modifiés dont on ignore les conséquences à long terme sur la santé.Fallait-il, se demande-t-elle, ajouter le risque provoqué par ces manipulations génétiques au fait, par exemple, qu\u2019aux États- Unis, à cause de la mal- bouf fe, les deux tiers des gens souf frent d\u2019obésité ou d\u2019embonpoint et que, paradoxalement, beaucoup de pauvres y souffrent de sous-alimentation ?Dans un pays si proche du Canada par le mode de vie, seulement cinq méga-entreprises fournissent 90% des aliments : une concentration que l\u2019essayiste réfléchie juge alarmante.Jennifer Cockrall-King souligne que la situation mondiale frôlerait la catastrophe si une pénurie généralisée survenait.« Les grandes villes ne disposent que d\u2019environ trois jours de réserves de denrées pour nourrir leur population.» Enrichie d\u2019une préface de promoteurs québécois de l\u2019agriculture urbaine, Marie Eisen- mann et Vincent Galarneau, et d\u2019un chapitre écrit par Éric Duchemin et J e a n - P h i l i p p e Ve r - mette sur l\u2019expérience montréalaise, l\u2019édition française de son livre préconise donc d\u2019urgence le jardinage citadin de proximité.On y apprend que 42 % des citoyens de l\u2019île de Montréal, jadis l\u2019un des territoires agricoles les plus fertiles du Québec, le pratiquent, surtout dans leur arrière-cour, par fois sur leur balcon.Les Fermes Lufa, dans l\u2019arrondissement d\u2019Ahuntsic-Car tier- ville, ont développé des serres commerciales sur les toits.À l\u2019UQAM, un collectif de recherche, le CRAPAUD, milite même pour l\u2019introduction en ville d\u2019animaux de ferme.En insistant sur l\u2019apiculture urbaine pour protéger les abeilles qui meurent à cause des méfaits obscurs de l\u2019agro- industrie à la campagne et sur le succès d\u2019un entrepreneur noir de Milwaukee, Will Allen, champion des fermiers de la rue qui combattent à la fois l\u2019exclusion sociale et la malbouffe, Jennifer Cockrall-King dépasse l\u2019optimisme béat.Elle révèle les antennes secrètes de la nature qui détectent le danger d\u2019une prétendue civilisation.Collaborateur Le Devoir LA RÉVOLUTION DE L\u2019AGRICULTURE URBAINE Jennifer Cockrall-King Traduit de l\u2019anglais par Geneviève Boulanger Écosociété Montréal, 2016, 328 pages ESSAI L\u2019avenir agricole serait en ville Répondre aux outrances de l\u2019agro-industrie de Paris à Montréal, de Londres à Chicago JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le jardinage citadin de proximité a des racines à Montréal, comme ici, angle Beaubien et Drolet.WIKICOMMONS La finesse d\u2019esprit de Rivarol, de Chamfort et de Vauvenargues saute toujours aux yeux.De même que leur panache.Sur dix personnes qui parlent de nous, neuf disent du mal, et souvent la seule personne qui dit du bien, le dit mal Rivarol « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 A O Û T 2 0 1 6 ESSAIS F 6 L a sexualité humaine, on commence à le savoir, est multiple et parfois surprenante.Quand des adultes consentants sont en cause, on apprend à accepter même des extravagances.On souhaiterait toutefois préserver les enfants de ces jeux d\u2019adultes.Et pourtant\u2026 Professeur de psychologie au collège Marie-Victorin, Patrick Doucet, dans La vie sexuelle des enfants ?, vient bousculer notre croyance selon laquelle « les enfants normaux et bien élevés ne sont naturellement intéressés d\u2019aucune façon par quelque activité sexuelle que ce soit jusqu\u2019à ce qu\u2019ils parviennent à la puberté».La vérité serait tout autre : des enfants, même en très bas âge, se touchent, se masturbent, peuvent avoir des orgasmes, et ce n\u2019est généralement pas un problème.L\u2019affirmation peut surprendre, mais elle est étayée, dans cet essai vivant et instructif, par une foule d\u2019études, de témoignages et de références canoniques.On pourrait croire que cette sexualité infantile active est le résultat d\u2019une dégradation des mœurs et de l\u2019hy- persexualisation de la société contemporaine qui s\u2019ensuit.Ce serait faire fausse route, indique Doucet.Il y a plus de cent ans, le psychiatre austro-hongrois Richard von Kraf ft-Ebing rapportait déjà, dans son œuvre, des histoires d\u2019enfants s\u2019adonnant à l\u2019auto-érotisme et à des jeux sexuels.Ses obser va- tions ont été cor roborées, quelques années plus tard, par le médecin et psychologue britannique Henry Havelock Ellis et, dans les années 1950, par Alfred Kinsey, « père de la sexologie moderne».Jeu et agression La recherche sur ce sujet demeure dif ficile à mener, note Doucet, parce que «la sexualité des enfants nous est \u201cnaturellement\u201d désagréable, personne ne souhait[ant] être associé à ce qui, d\u2019ordinaire, n\u2019intéresse que les pédophiles».Il en résulte que «le seul angle sous lequel nous acceptons plus aisément de l\u2019aborder est celui des cas d\u2019agression».Pourtant, continue Doucet, l\u2019intérêt et le désir sexuels sont une réalité de l\u2019enfance et se traduisent par des pratiques peut-être décoif fantes, mais, d\u2019une cer taine façon, « normales » et inoffensives, dans la mesure où elles n\u2019impliquent ni pression ni contrainte.Nous avons beau croire que ce ne sont pas des jeux d\u2019enfants, remarque Doucet, ça n\u2019empêche pas des enfants d\u2019y jouer et d\u2019autres de s\u2019en tenir éloignés.Il n\u2019y a pas de norme absolue en cette matière.«La tâche d\u2019un professeur de psychologie de la sexualité, explique celui qui pratique ce métier, ne consiste pas à répéter ce qui est convenu dans notre culture, mais de tenter de résumer la vaste documentation sur le sujet et la diversité des expériences humaines ».Et ces expériences, que cela plaise ou non, incluent une large gamme d\u2019activités sexuelles infantiles (masturbation, jeux homosexuels, jeux sexuels entre frères et sœurs, etc.), sans incidences négatives lorsqu\u2019elles ne sont pas forcées et se déroulent entre enfants.Doucet c i te même des études sérieuses selon les- quel les même les enfants agressés s\u2019en sortent souvent sans séquelles.Il reconnaît, évidemment, l\u2019impact parfois catastrophique des « relations inappropriées» et rappelle la nécessité de dénoncer les rap- por ts incestueux ou pédophiles.Il insiste toutefois sur l\u2019importance de «mieux distinguer une agression d\u2019une relation consensuelle entre enfants», notamment à la garderie et dans la cour d\u2019école.Dans bien des cas, mentionne-t-il, « les réactions de l\u2019entourage peuvent exacerber le problème».Pédagogie de la sexualité Plaidoyer pour une éducation sexuelle décomplexée, qui enseignerait aux enfants qu\u2019une sexualité vécue dans le respect de soi et des autres contribue à « une certaine joie de vivre » plutôt que d\u2019être une source de malaise, La vie sexuelle des enfants?suggère aux parents de répondre honnêtement aux questions de leurs enfants sur la sexualité, sans les devancer.Il convient, selon Doucet, d\u2019inviter les gamins à en parler si le sujet semble les intéresser et de reconnaître le plaisir lié à cette réalité, tout en respectant leur intimité, «ce qui peut donner à l\u2019enfant une perception favorable de son propre corps ».Dans le numéro d\u2019août-septem- bre 2016 de la revue Sciences humaines, dont le dossier s\u2019intitule «Le sexe en 69 questions», le pédopsychiatre français Jean-Yves Hayez propose une approche semblable.« Curieusement, écrit Doucet, les enfants et les adolescents assistent à la télé ou au cinéma à des millions de meurtres, tandis que nous veillons beaucoup plus scrupuleusement à ce qu\u2019ils ne voient aucune représentation de ces activités sexuelles auxquelles ils se livreront tôt ou tard.N\u2019est-il pas un peu étrange de montrer si généreusement ce que l \u2019on ne devra pas faire et si peu ce que l\u2019on fera?» En effet.Pour son audace, sa clarté et son sens pédagogique, l\u2019essai de Doucet ne mériterait que des éloges, si ce n\u2019était ce chapitre consacré à démolir les thèses de Freud sur le développement psychosexuel des enfants.Bien des psychologues n\u2019aiment pas le père de la psychanalyse, qu\u2019ils accusent de n\u2019être pas scientifique.Ils devraient être prudents.En 2015, le professeur Brian Nosek et son équipe de 270 psychologues-chercheurs ont publié dans Science la conclusion d\u2019une enquête montrant que les résultats des deux tiers des études en psychologie n\u2019étaient pas reproductibles.Freud, quant à lui, n\u2019était peut- être pas aussi scientifique qu\u2019il le prétendait, mais ses brillantes interprétations demeurent précieuses pour comprendre l\u2019être humain.louisco@sympatico.ca LA VIE SEXUELLE DES ENFANTS?TOUT CE QU\u2019ON AIMERAIT SANS DOUTE SAVOIR, MAIS QU\u2019ON NE SOUHAITE PEUT-ÊTRE PAS ENTENDRE Patrick Doucet Liber Montréal, 2016, 178 pages Quand les petits s\u2019envoient en l\u2019air Les enfants ne sont pas étrangers à la sexualité et il convient de ne pas en faire un drame ISTOCK Patrick Doucet suggère aux parents de répondre honnêtement aux questions de leurs enfants sur la sexualité, sans les devancer.LOUIS CORNELLIER ESSAI CORRUPTION MONTRÉAL ET SES DÉMONS Sous la direction de Pascal Brissette et Mathieu Lapointe Leméac Montréal, 2016, 112 pages La corruption à Montréal ne date pas d\u2019hier, n\u2019est pas pire que dans de grandes villes semblables ailleurs en Amérique, est parfois le fait d\u2019individus déviants, mais demeure principalement attribuable à des défaillances institutionnelles.Voilà, en gros, les idées présentées dans cet honnête petit recueil d\u2019essais, publié à l\u2019initiative du Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM), qui regroupe des historiens, des philosophes, des politologues et des sociologues.Dans la contribution la plus substantielle de l\u2019ouvrage, Laurence Bherer et Sandra Breux suggèrent que le difficile financement politique des partis municipaux \u2014 des institutions dont elles rappellent l\u2019importance \u2014 est souvent la cause principale de la corruption.Elles plaident donc pour une révision des règles de financement afin de permettre aux partis de jouer leur rôle sans devoir recourir à des stratagèmes illicites.Le philosophe Daniel Weins- tock, en conclusion, invite le gouvernement du Québec à ne pas tabletter le rapport Charbonneau et ses recommandations, «une contribution majeure à l\u2019assainissement de certaines des institutions économiques et politiques les plus importantes du Québec».Louis Cornellier ESSAI CADIENS ET VOYAGEURS Claude Ferland Éditions GID Québec, 2016, 294 pages L\u2019historien Claude Ferland a passé les quinze dernières années à reconstituer l\u2019épopée des canoteurs acadiens partis à la conquête de l\u2019Ouest.Son essai teinté de généalogie débute sur les rives de l\u2019Atlantique, à l\u2019aube de la déportation de 1755.Plus de 2000 Acadiens trouvent alors refuge dans la vallée du Saint- Laurent, où ils fondent de nouvelles «Cadies».À la fin du siècle, les plus intrépides se font «voyageurs» dans les pays d\u2019en haut.«Pour certains, sauter dans un canot a pu exprimer une longue habitude du déracinement, ou encore une nostalgie particulière des embruns», explique l\u2019historien Thomas Wien en préface.Leur nombre peut paraître dérisoire.Les Cadiens occupent toutefois les postes les plus importants à l\u2019arrière des esquifs lourdement chargés pouvant atteindre une douzaine de mètres.L\u2019auteur s\u2019intéresse particulièrement aux aventures de Joseph Landry, le «timonier» de l\u2019explorateur Alexander Mackenzie, qui a été propulsé en français jusqu\u2019à l\u2019océan Pacifique.Dave Noël D A V E N O Ë L L a Vieille Capitale n\u2019a pas toujours eu le visage français qu\u2019on lui connaît.Au milieu du XIXe siècle, la cité fortifiée comptait près de 40% d\u2019anglophones.Elle était dirigée par l\u2019Écossais Joseph Morrin, le fondateur d\u2019un collège implanté dans une ancienne prison.Les historiens Louisa Blair, Patrick Donovan et Donald Fyson relatent le passé étonnant de ce pénitencier qui abrite au- jourd\u2019hui l\u2019une des plus belles bibliothèques du Québec.Le touriste paresseux ne r e m a r q u e r a pas le Morrin Centre perché a u s o m m e t d \u2019 u n e c ô t e abr upte.« L\u2019ensemble peut nous paraître agréable au- jourd\u2019hui, mais, à l \u2019époque [de sa construction], même l\u2019architecte responsable fut désappointé par le résultat », expliquent les auteurs d\u2019Étagères et barreaux de fer.Failles structurelles, retards de livraison et dépassements de coûts\u2026 les chantiers n\u2019ont pas tellement changé depuis 1808.Plus de 30 000 détenus auraient séjourné dans les cachots humides du bâtiment néoclassique.Le romancier Philippe Aubert de Gaspé est le plus célèbre d\u2019entre eux.« J\u2019ai honte d\u2019admettre avoir été si souvent terrassé par le désespoir que j\u2019étais tenté de me fracasser la cervelle contre les barreaux de ma fenêtre», écrira l\u2019auteur des Anciens Canadiens, incarcéré en 1838 pour le non-paiement de ses dettes.Il y côtoie le journaliste patriote Étienne Parent, qui utilise une « tarte truquée» pour passer ses articles sous le nez de ses geôliers.Moralité littéraire En 1867, les derniers détenus font place aux élèves du Morrin College.Ce « campus satel l i te » de l \u2019Université McGil l n \u2019a pas sur vécu à l\u2019exode des «Anglos», contrairement à la bibliothèque de la Literary and Historical Society of Quebec logée sous le même toit.Narcisse Faucher de Saint- Maurice est l\u2019un de ses premiers bibliothécaires.Il se méfie des romans qui plongent le « mari bon et af fectueux dans une vie idéale impossible » tandis qu\u2019ils enferment sa femme « dans son boudoir, loin de ses enfants », où elle pleure sur «des malheurs imaginaires».Le catalogue de la « Lit and His » s\u2019est diversifié avec l\u2019entrée des femmes au comité d\u2019acquisition, explique le trio d\u2019historiens.Il s\u2019est toutefois appauvri à la suite des élagages massifs entrepris dans les années 1960.Parmi les neuf tonnes de livres expédiés à l\u2019encan se trouvaient une collection de cartes de la Révolution américaine, la Grammatica huro- nica et même des portraits des donateurs du siècle précédent.On a heureusement conservé la statuette de bois du général Wolfe réalisée vingt ans seulement après la bataille des plaines d\u2019Abraham.Cette œu- vre unique a d\u2019ailleurs échappé de justesse à l\u2019attaque au cocktail Molotov du poète argentin Pipino, qui voulait dénoncer l\u2019impérialisme britannique aux îles Malouines.L\u2019intervention rapide des pompiers a sauvé le bâtiment, dont les murs chargés de livres correspondent à l\u2019image que l\u2019on se fait d\u2019une véritable bibliothèque.Le Devoir ÉTAGÈRE ET BARREAUX DE FER UNE HISTOIRE DU MORRIN CENTRE Louisa Blair, Patrick Donovan et Donald Fyson Septentrion Québec, 2016, 260 pages HISTOIRE Le Morrin Centre, une bibliothèque derrière les barreaux Plus de 30 000 détenus ont séjourné dans les cachots humides du bâtiment néoclassique infesté par la vermine YAN DOUBLET LE DEVOIR La bibliothèque du Morrin Centre a conservé une statuette du général Wolfe réalisée vingt ans seulement après la bataille des plaines d\u2019Abraham."]
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