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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier I
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-09-24, Collections de BAnQ.

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[" ÉDUCATION OCTOBRE, MOIS DES TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE C A H I E R S P É C I A L I \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 institutta.com École Marguerite-De Lajemmerais, 5555, rue Sherbrooke Est, Montréal 4e COLLOQUE POUR PARENTS aider mon enfant en difficultés scolaires Samedi 5 novembre 2016 FRANCIS REDDY, porte-parole de l\u2019Institut TA SOURCE ÉTIENNE CÔTÉ Détail de l\u2019œuvre Triplex (2006) d\u2019Étienne Côté Depuis 50 ans, l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage vient en aide aux familles d\u2019enfants pour qui une journée d\u2019école ressemble souvent à une éternité en enfer.Sans lui, les parents se sentiraient bien démunis.M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale P our les familles, lorsqu\u2019un trouble d\u2019apprentissage est diagnostiqué, c\u2019est comme si le monde s\u2019écroulait.Tous les jours, à l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage, on reçoit l\u2019appel de parents désespérés qui cherchent de l\u2019information et de l\u2019aide.Depuis 50 ans, c\u2019est la même histoire qui se répète quotidiennement.Le chemin parcouru est long, mais la quantité de travail à accomplir reste grande.En remontant 50 ans en arrière, on se retrouve en 1966 dans le salon du Dr Morris Sabin et de son épouse.Ils sont en compagnie de 14 parents qui comme eux ont des enfants qui éprouvent des problèmes à l\u2019école.Ils se rencontrent à quelques reprises afin de partager leurs expériences et cherchent à rallier des personnes compétentes, qui seraient sensibles à leur cause et qui pourraient comprendre les difficultés de leurs enfants et leur enseigner des stratégies pour les aider.Finalement, leurs recherches ont porté des fruits et ils ont pu profiter des conseils du Dr Sam Rabinovitch et de Margie Golick, psychologues à l\u2019Hôpital de Montréal pour enfants, du Dr Howard Stutt, directeur de la section « Special Education » pour la Commission des éco les pr o tes tan tes du Grand Montréal, ainsi que du Dr Abe Kirshner, un opto- métriste intéressé par la coordination main-œil chez les enfants.C\u2019était la naissance de l\u2019AQETA, l\u2019Association québécoise des troubles d\u2019apprentissage.Depuis 2015, l\u2019AQETA a été rebaptisée Institut des troubles d\u2019apprentissage (Institut TA).Un changement de nom devenu nécessaire en raison de l\u2019évolution de la mission de l\u2019organisme.À cette époque, on ne se présentait pas chez son médecin de famille pour l\u2019entretenir des problèmes scolaires de son enfant : « On parlait peut-être d\u2019enfants exceptionnels, d\u2019enfants à besoins particuliers et d\u2019enfance inadaptée.Ces pauvres enfants ont dû être placés dans des classes spéciales.Ils quittaient l\u2019école très jeunes et se retrouvaient sur le marché du travail », affirme Lucille Doiron, administratrice déléguée de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage.Peu de mesures par ticulières avaient été mises en place pour aider ces élèves et c\u2019est donc dire à quel point le besoin de services était criant.De plus, la responsabilité revenait à chacun des enseignants qui, au meilleur de leurs capacités, venaient en aide à ces enfants.Très encouragés par tous ces spécialistes, ce sont ces parents qui ont fondé en octobre 1966 la Quebec Association for Children with Learning Disabilities.L\u2019association permettait aux parents de se rassembler et a fait naître les premières tentatives pour faire reconnaître l\u2019existence des troubles d\u2019apprentissages.C\u2019est VOIR PAGE I 2 : 50 ANS LES 50 ANS DE L\u2019INSTITUT DES TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE Le long chemin de la reconnaissance sociale L\u2019année 1975 sera une période charnière pour l\u2019Association: une section francophone ouvre ses portes à Montréal ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 2 Une planification stratégique ambitieuse S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale E n premier lieu, notons que cette planification stratégique vise clairement à aider le maximum de Québécois souf frant de TA (environ 800 000) par une multitude de moyens.Prenons d\u2019abord le colloque annuel.En 2017, l\u2019Institut en sera à son 42e.Cet événement représente une occasion en or pour discuter des enjeux liés aux TA.En 2016, 1100 personnes ont participé à l\u2019une ou l\u2019autre des 75 conférences données par 135 spécialistes.« En 2017, cela prendra une envergure plus grande car nous comptons organiser des colloques régionaux, dit Mme Doi- ron.Nous sommes en pourparlers avec des par te- naires régionaux pour organiser des colloques possiblement en Outaouais, à Sherbrooke et à Trois-Rivières.» En novembre 2016, un colloque s\u2019adressant spécifiquement aux parents se tiendra pour la quatrième année.Comme autre forme de support, l\u2019Institut of fre dans ses bureaux des séances d\u2019information aux parents sur l\u2019accès aux aides technologiques (ex.: logiciel Antidote).Sont aussi offerts des ateliers d\u2019initiation à Antidote, des ateliers de préparation aux épreuves de fin d\u2019année pour les élèves du primaire et du secondaire et des ateliers d\u2019aide à la lecture pour ces mêmes élèves.« Pour l\u2019année qui vient, nous planifions faire de l\u2019intervention précoce en nous associant avec les éducateurs en garderie et ceux des maternelles 4 ans », souligne Mme Doiron.Une action essentielle quand on sait qu\u2019un enfant sur quatre est à risque de développer un TA à son entrée à l\u2019école.Accroître l\u2019offre de services L\u2019Institut TA planifie aussi offrir une plus grande gamme de services aux écoles et aux organismes afin de mieux former les intervenants et ainsi favoriser l\u2019intégration h a r m o n i e u s e d e s élèves vulnérables et en dif ficulté d\u2019apprentissage.« Nous comptons travailler davantage avec les associations professionnelles comme celle des ortho- pédagogues pour y arriver », dit l\u2019administratrice.Le site Internet de l\u2019Institut, déjà bien fourni, constitue un autre moyen de rejoindre les gens.« Nous souhaitons y relater les bons coups, mettre en ligne des vidéos (par exemple, des vidéos de conférenciers présents au colloque) et développer plus d\u2019interactivité, de type 2.0 ».Notons que l\u2019Institut est déjà présent sur les médias sociaux et que sa page Facebook et ses comptes Twitter et Instagram ont tous connu une hausse de fréquentation en 2015.Formations sur mesure Afin de mieux outiller les entreprises pour aider leurs employés ayant un TA, l\u2019Institut compte développer une offre de service (sur mesure, si nécessaire) visant à adapter leur matériel de formation et de développement professionnel.Cela se traduira notamment par la production de guides d\u2019accompagnement en soutien à l\u2019intégration des travailleurs et par des formations offertes au personnel des ressources humaines.Mme Doi- ron mentionne que les employés aux prises avec un TA ont souvent de grandes capacités intellectuelles, mais que les entreprises ne savent pas toujours comment bien les intégrer ni quels outils technologiques mettre à leur disposition pour faciliter leur travail.« Of frir un soutien à l \u2019embauche d\u2019une personne TA au personnel des ressources humaines peut être aussi d\u2019une grande utilité », dit-elle.Création d\u2019une table de concertation Dans sa planification stratégique, l\u2019Institut a une volonté très claire de rassembler tous les acteurs œuvrant en TA autour une même table.« Nous avons amorcé des rencontres avec plusieurs associations, ordres professionnels, universités, etc., car nous souhaitons parler d\u2019une seule voix de ces troubles, indique Mme Doiron.Les différents ministères concernés par cet enjeu (Éducation, Emploi, Famille) devraient faire aussi partie de la table.» Créer un laboratoire sur les TA Pour avancer dans la connaissance des TA, l\u2019Institut planifie créer un laboratoire.L\u2019équipe d\u2019experts qui en ferait par tie aurait plusieurs fonctions.Elle se chargerait de former une équipe scientifique permanente qui dirigerait le laboratoire.Elle assurerait une veille scientifique sur les TA, identifierait les meilleures pratiques dans le domaine, ferait un transfert des connaissances acquises lors des colloques (colloque annuel de l \u2019Institut et colloque des parents) et garderait à jour un répertoire d\u2019experts.La création de ce laboratoire devrait être facilitée par les nombreux contacts qu\u2019a établis l\u2019Institut au fil des années.« Nous avons déjà des liens avec la majorité des universités québécoises, tant francophones qu\u2019anglophones, dit Mm e Doiron.Nous voulons aussi travailler avec les milieux autochtones pour savoir notamment comment leurs enseignants ont adapté leur pédagogie pour aider les étudiants ayant un TA.» Sensibiliser la population aux TA Toute cette stratégie et les actions qui en découlent doivent toutefois être connues de la population pour avoir le maximum d\u2019impact.L\u2019institut en est bien conscient et, dans cet esprit, il compte accentuer sa présence dans les médias et se faire connaître à travers des messages publicitaires.«Nous avons déjà une bonne couverture grâce aux cahiers spéciaux du Devoir, nous participons à l\u2019émission Les éclaireurs de la radio de Radio-Canada où nous souhaitons avoir une chronique et nos colloques profitent d\u2019une bonne couverture médiatique», dit Mme Doiron.On le constate, avec ce plan bien étof fé, les employés de l\u2019Institut ne devraient pas chômer au cours des prochaines années.En octobre 2015, l\u2019Association québécoise des troubles d\u2019apprentissage (AQTEA), née il y a 50 ans, changeait de nom pour l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage (Institut TA).Au cours des mois qui ont suivi, l\u2019organisme s\u2019est doté d\u2019une planification stratégique qui se décline en six objectifs.D\u2019ici 2020, une panoplie d\u2019actions et d\u2019activités seront mises en branle pour rejoindre et aider jeunes et adultes aux prises avec des troubles d\u2019apprentissage (TA).Examen de ce plan avec Lucille Doiron, administratrice déléguée de l\u2019Institut.l\u2019association qui a organisé une of fre de ser vices adéquats pour les enfants aux prises avec ces troubles souvent invisibles à l\u2019œil nu.Et ce sont des associations comme elle qui ont fait bouger le ministère de l\u2019Éducation.Pour tant, un peu avant 1966, le Québec pouvait se vanter de posséder une institution d\u2019avant-garde, le centre permanent de Boscoville, qui a ouvert ses portes en 1954.Au fil des ans, l\u2019institution accueille jusqu\u2019à 180 jeunes et son approche thérapeutique est innovante.Dans ce sens, on rompt avec les pratiques des écoles de réformes et la réputation du centre devient internationale.La discipline de la psychoéducation venait de naître.Quelques années plus tard, en 1970, l\u2019Association a pignon sur r ue et son petit local se remplit rapidement de documents et d\u2019information qui jusqu\u2019alors manquaient cr uelle- ment aux parents.Il ne faut pas oublier qu\u2019à cette époque on ne connaissait ou ne reconnaissait que difficilement les troubles d\u2019apprentissage et on avait encore du mal à bien les identifier.« En fait, les mots \u201ctroubles d\u2019apprentissage\u201d sont nés après 1970 [sic] », confirme Lucille Doiron.De fil en aiguille, le nombre des membres a augmenté et des activités ont été organisées afin d\u2019aider parents et enfants.En 1973, grâce à une subvention, l\u2019Association embauche un professionnel en éducation spécialisée.C\u2019est le moment où l\u2019organisme se fait véritablement connaître auprès des enseignants, des conseils scolaires et des universités.L\u2019année 1975 sera une période charnière pour l\u2019Association : une section francophone ouvre ses portes à Montréal.À l\u2019époque, c\u2019est la directrice Denise Destrempes-Marquez qui a fait en sorte que l\u2019organisme devienne bilingue.Cette section a depuis donné naissance à plusieurs autres en région et on trouve actuellement des sections actives à Laval, en Ou- taouais, en Mauricie et dans l\u2019est de Montréal.La même année, un premier congrès se tient sous le thème « Réussir, c\u2019est possible ! » L\u2019an prochain se tiendra le 42e congrès de l\u2019Institut.Des avancées importantes Depuis les années 1960, les enseignants et les professionnels ont vu passer de nombreuses théories sur les élèves en dif ficulté d\u2019apprentissage.Aujourd\u2019hui, certaines d\u2019entre elles peuvent sembler cocasses, mais elles illustrent bien le chemin parcouru.Par exemple, dans les années 1960, Helen Irlen en Californie suggère le por t de lunettes teintées pour aider les enfants avec des problèmes de lecture afin d\u2019atténuer le contraste des lettres noires sur le papier blanc\u2026 Ce sont les années 1970 qui ont vu ar river la médication pour le traitement des troubles de l\u2019attention alors qu\u2019en 1980 on privilégiait l\u2019intégration des élèves en dif ficulté aux classes normales.Puis arrivent les années 1990 et les exercices de motricité fine, le neurofeedback et la conscience phonologique.Dans le domaine des troubles d\u2019apprentissage, la recherche continue et évolue.Malheureusement, des obstacles de taille se dressent sur le parcours des élèves et des adultes vivant avec ces difficultés : une société québécoise parfois pas assez sensibilisée à cette réalité et la pénurie et le manque d\u2019accès aux ressources.SUITE DE LA PAGE I 1 50 ANS Lucille Doiron Site Internet avec des réponses aux questions les plus fréquentes, adresse courriel où l\u2019on peut obtenir du soutien : ces outils sont pratiques et facilitent la vie de plusieurs personnes qui découvrent qu\u2019elles souffrent d\u2019un trouble d\u2019apprentissage ou qui veulent aider un proche.Or, parfois, on a besoin de prendre le téléphone, de parler et d\u2019être écouté.L\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage (Institut TA) existe pour toutes ces raisons.M A R T I N E L E T A R T E Collaboration spéciale Marie-Claude (nom fictif) a toujours eu de la difficulté à l\u2019école.Maintenant que son fils Xavier est rendu en première année, elle constate que lui aussi, malheureusement, risque de ne pas l\u2019avoir facile.Son enseignante a déjà appelé à la maison pour dire qu\u2019il avait de la difficulté à suivre le groupe et qu\u2019il dérangeait constamment.Cet appel a rendu Marie-Claude très anxieuse.Elle aimerait donner tout de suite à son garçon le soutien dont il a besoin afin qu\u2019il puisse réussir à l\u2019école et s\u2019éviter les difficultés qu\u2019elle a connues.De plus, le papa, qui a toujours été très performant à l\u2019école, ne comprend pas ce qui se passe avec son garçon qui est pourtant visiblement très intelligent.Ce n\u2019est pas sans causer de la tension dans le couple.Découragée, Marie-Claude a appelé l\u2019Institut TA.« Très souvent, les gens qui nous appellent vivent des situations très complexes, leur estime d\u2019eux-mêmes est faible parce qu\u2019ils ont accumulé plusieurs échecs et ils ont besoin d\u2019être entendus, d\u2019être encouragés », constate Odette Raymond, personne-ressource à l\u2019Institut TA.Les questions posées portent souvent sur les troubles d\u2019apprentissage eux-mêmes.Par exemple, une personne a vu un reportage à la télévision sur le trouble du déficit de l\u2019attention et elle se demande si elle en est atteinte.Ou la personne sait qu\u2019elle en est atteinte, mais elle souhaite avoir une évaluation.Le diagnostic Essentielle ou pas, l\u2019évaluation par un spécialiste afin d\u2019obtenir un diagnostic?Au primaire et au secondaire, ce n\u2019est pas essentiel pour obtenir des services d\u2019aide.Mais dans les établissements d\u2019études postsecondaires, ce l\u2019est.« Jusqu\u2019à 16 ans, on a l\u2019obligation de scolariser les jeunes, alors on fournit l\u2019aide selon les besoins, explique Odette Raymond.Mais à l\u2019éducation postsecondaire, le contexte est très dif fé- rent.Pour obtenir des services dans un centre d\u2019aide d\u2019un cégep ou d\u2019une université par exemple, on exige que l\u2019étudiant ait un diagnostic.» Les personnes-ressources de l\u2019Institut TA ont d\u2019ailleurs toujours sous la main une liste d\u2019endroits où diriger les gens pour obtenir cette évaluation (voir encadré).« C\u2019est possible dans le réseau public - mais les listes d\u2019attente sont longues -, dans le privé et, à moindre coût, dans les départements de psychologie des universités », précise Mme Raymond.Des besoins en évolution Plusieurs questions reçues par l\u2019Institut TA portent aussi maintenant sur des enjeux liés au travail.«Un trouble d\u2019apprentissage est là pour toute la vie, alors lorsqu\u2019une personne termine l\u2019école et se retrouve sur le marché du travail, les enjeux changent et d\u2019autres questions font surface», remarque Odette Raymond.Par exemple, une personne convoquée à une entrevue pour un emploi se demandera si elle doit parler de son trouble d\u2019apprentissage ou pas à cet employeur potentiel.« Les gens se posent beaucoup de questions quant à leurs droits et à leurs obligations, constate Odette Raymond.Ils se retrouvent dans des dilemmes et ils ont besoin d\u2019en parler.» Des organismes d\u2019employabilité sont également actifs dans ce domaine.«Mais, souvent, ils n\u2019ont pas une expertise très pointue dans les troubles d\u2019apprentissage», constate Mme Raymond.L\u2019Institut TA souhaite donc développer des services pour des petits groupes en collaboration avec d\u2019autres organismes afin d\u2019aider un plus grand nombre de personnes dans les différentes étapes de leur vie.« Ces personnes ne sont pas moins intelligentes que d\u2019autres, mais leurs capacités sont voilées par les troubles, indique Odette Raymond.Puis, les échecs qu\u2019ils ont connus atteignent souvent leur confiance en eux.Ils ont besoin d\u2019encouragement pour que leurs grandes capacités ressortent.» Odette Raymond se réjouit d\u2019ailleurs qu\u2019on entende maintenant de plus en plus de gens atteints de troubles d\u2019apprentissage témoigner de leur parcours.«Plusieurs ont réussi de grandes choses dans la vie et c\u2019est inspirant, affirme-t-elle.Ça donne espoir aux plus jeunes.Il y a une place pour tout le monde dans la vie et, comme société, on a besoin de l\u2019appor t de chacun.Il faut s\u2019assurer qu\u2019on donne la chance à tout le monde.» INSTITUT DES TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE Conseiller, mais d\u2019abord écouter ISTOCK «Très souvent, les gens qui nous appellent vivent des situations très complexes, leur estime d\u2019eux- mêmes est faible parce qu\u2019ils ont accumulé plusieurs échecs et ils ont besoin d\u2019être entendus, d\u2019être encouragés», constate Odette Raymond, personne-ressource à l\u2019Institut TA.Des évaluations neuropsychologiques à moindre coût Tous les départements de psychologie des universités au Québec offrent des services d\u2019évaluation à la population à moindre coût.Les évaluations sont réalisées généralement par un stagiaire au doctorat supervisé par un professionnel.Université du Québec à Montréal https ://psychologie.uqam.ca/centre-de-ser- vices-psychologiques.html Université de Montréal http://psy.umontreal.ca/ressources- services/clinique-universitaire-de-psychologie/ Université de Sherbrooke, campus de Longueuil https ://www.usherbrooke.ca/psychologie/clinique-devaluation-et-dintervention-en- enfance-et-en-adolescence/ Université McGill, en anglais https ://www.mcgill.ca/edu-ecp/about/clinic Université Concordia, en anglais https ://www.concordia.ca/artsci/psychology/f acilities-services/apc.html Université Laval https ://www.scep.ulaval.ca/cms/site/scep/pa ge28695.html Université du Québec en Outaouais http://uqo.ca/cspuqo Université du Québec à Trois-Rivières https ://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/g scw031?owa_no_site = 134 Université du Québec à Chicoutimi http://www.uqac.ca/direction_services/cup/ Margie Golick ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 3 Ce cahier spécial a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir en collaboration avec l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage.Ce dernier n\u2019a cependant pas eu de droit de regard sur les textes.Pour toute demande d\u2019information quant au contenu de ce cahier, vous pouvez contacter par courriel Loïc Hamon, directeur des publications spéciales, à lhamon@ledevoir.com.Pour vos projets de cahiers ou toute autre information au sujet de la publicité, vous pouvez contacter Lise Millette, vice-présidente des ventes publicitaires, à l\u2019adresse courriel lmillette@ledevoir.com.S\u2019inspirant du modèle du quotidien Le Devoir, l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage (TA) tente de recruter jusqu\u2019à 200 amis qui s\u2019engageraient à verser 1000dollars à l\u2019organisme pendant trois ans.Ces fonds sont nécessaires pour pallier un manque de financement criant, alors même que 10 à 15 % de la population souf fre, à des degrés divers, d\u2019un trouble d\u2019apprentissage.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale «O n estime à plus de 800 000 le nombre de personnes vivant avec un trouble d\u2019apprentissage au Québec, indique le président du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut TA, Roger Casgrain.Malgré notre notoriété, nous devons toujours travailler d\u2019arrache- pied pour assurer la pérennité de l\u2019organisation.» Après plus de cinquante ans d\u2019existence, l\u2019Institut TA est dans une situation financière très précaire, avoue celui qui sollicite donc toutes les organisations, tant gouvernementales que paragouvernemen- tales, ainsi que les fondations privées, pour mener à bien l\u2019ensemble des activités de l\u2019association.« Actuellement, nous avons autour de nous principalement des gens qui sont sensibles aux troubles d\u2019apprentissage, parce qu\u2019eux-mêmes ou des proches vivent avec [un TA], explique- t-il.Chaque \u201cnouvel ami\u201d permet à l\u2019Institut de poursuivre son ambition : en finir avec la stigmatisation.» M.Casgrain confie que, parmi les membres du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut TA, cer tains vivent avec un trouble d\u2019apprentissage mais ne le divulguent pas publiquement par crainte des répercussions négatives, et ce, malgré leur statut social enviable.« Un jour, sans doute qu\u2019il faudra faire une sor te de coming out groupé, ajoute-t-il.Alors, tous verront qu\u2019autour de nous les troubles d\u2019apprentissage sont bien présents et occupent une place importante mais invisible dans toutes les sphères de la société.Si tous décident de parler d\u2019une seule voix, on découvrira que nous côtoyons tous les jours des collègues fabuleux, remplis de talents, qui cachent tant bien que mal leur dif fé- rence.La population comprendra alors la valeur de l\u2019inclusion sociale.Je rêve du jour où ce sera aussi banal que de porter des lunettes\u2026» En attendant, comme dans toutes les batailles, le nerf de la guerre, c\u2019est l\u2019argent.S\u2019il a bon espoir que le gouvernement rehausse appréciablement sa subvention dès cette année, M.Casgrain veut également aller chercher 600 000dollars en trois ans avec l\u2019appui des Amis de l\u2019Institut TA.Déjà une trentaine de grands contributeurs ont répondu à l\u2019appel.« Nous sommes encore loin de notre objectif, mais en revanche plusieurs ont contribué plus largement, ce qui fait qu\u2019en moins de dix-huit mois, nous avons amassé plus de 200 000 dollars , confie-t-il .Mais plusieurs grands donateurs n\u2019osent pas s\u2019identifier de peur d\u2019être catalogués comme ayant un TA.» L\u2019Institut songe également à éditer un livre sur le modèle de ce qui s\u2019est déjà fait en France et aux États-Unis.Il s\u2019agirait de réaliser une galerie de portraits et de parcours, un recueil de dif férentes personnalités québécoises ayant un trouble d\u2019apprentissage et ayant pourtant réussi leur vie, notamment professionnelle.Il y a 50 ans cette année, l\u2019Institut TA est né de l\u2019initiative de parents qui, autour d\u2019une table de cuisine, se sont réunis pour tenter de trouver des réponses à une problématique dont personne ne parlait à l\u2019époque.Ce groupe de parents voulait venir en aide à leurs enfants ayant un trouble d\u2019apprentissage et cherchait à répondre à leurs besoins particuliers.Aujourd\u2019hui, le sujet est un peu moins tabou.La preuve: le mois d\u2019octobre est même devenu le mois de la sensibilisation aux troubles d\u2019apprentissage.Cer tains gains ont été faits : les élèves sont de plus en plus pris en charge par les spécialistes à l\u2019école, il y a de plus en plus d\u2019intervenants pour expliquer en classe ce qu\u2019est un TA et l\u2019intimidation dans les cours d\u2019écoles est devenue un véritable sujet de société.Il reste que la société n\u2019est pas encore prête à accueillir à bras ouverts ceux qui vivent avec un TA à l\u2019âge adulte.« Aujourd\u2019hui, il y a partout des toilettes pour les personnes en fauteuil roulant, note Roger Casgrain.Il faut faire savoir qu\u2019une personne ayant un trouble d\u2019apprentissage peut très bien fonctionner au travail si on accepte de lui fournir un correcteur orthographique, par exemple, ou avec un outil lu i p e r me t tan t d e prendre des notes au clavier plutôt qu\u2019à la main.Ou si on lui permet de présenter ses rapports à l\u2019oral plutôt que d\u2019avoir à remettre un document écrit.Nous ne sommes pas au bout de nos peines, mais si la société accepte de modifier un tant soit peu ses façons de faire, elle s\u2019ouvre à une multitude de talents jusque-là inexploités car différents.» M.Casgrain ajoute que les examens écrits pour la sélection de nouveaux candidats à l\u2019embauche pourraient être modifiés, d\u2019autant plus que bien écrire n\u2019est pas toujours nécessaire par la suite.Selon lui, l\u2019entreprise se prive alors de grands talents et d\u2019employés engagés.« Si on n\u2019essaie pas d\u2019accommoder ces gens-là, on leur barre tout simplement l\u2019accès à cer tains postes de manière discriminatoire, juge-t-il.C\u2019est une des missions de l\u2019Institut que de faire de la sensibilisation en entreprise et de défendre les droits des personnes qui vivent avec un TA.» Il rappelle qu\u2019au Québec, chaque décrocheur coûte environ 25 000 dollars par an à la société.Cela représente des milliards de dollars et des centaines de bons travailleurs au chômage, alors que certains d\u2019entre eux n\u2019auraient besoin que de quelques outils, des accommodements et de la bienveillance pour s\u2019intégrer dans l \u2019économie et ainsi, contribuer leur juste part à la société et même réussir de très grandes choses.« Richard Branson, le fondateur de Virgin, l\u2019inventeur de l\u2019ampoule électrique, Thomas Edison, le président de Goldman Sachs, Gary Cohn, William Hewlett aussi, le fondateur de Hewlett-Packard, l\u2019animateur David Letterman, le comédien Tom Cruise, le nageur Michael Phelps, et même le grand Walt Disney\u2026 tous vivaient avec un trouble d\u2019apprentissage , rappelle M.Casgrain.Si tous ceux-là n\u2019avaient pas réussi à passer la barrière de la stigmatisation, le monde serait très dif fé- rent aujourd\u2019hui\u2026 » FINANCEMENT L\u2019Institut TA à la recherche de nouveaux amis DAVID AFRIAT LE DEVOIR Certains gains ont été faits : les élèves sont de plus en plus pris en charge par les spécialistes à l\u2019école, il y a de plus en plus d\u2019intervenants pour expliquer en classe ce qu\u2019est un TA et l\u2019intimidation dans les cours d\u2019écoles est devenue un véritable sujet de société.Il reste que la société n\u2019est pas encore prête à accueillir à bras ouverts ceux qui vivent avec un TA à l\u2019âge adulte.Au Québec, chaque décrocheur coûte environ 25 000dollars par an à la société Roger Casgrain En plus de ses diverses missions, l\u2019Institut TA organise chaque année le plus grand congrès francophone consacré aux troubles d\u2019apprentissage en Amérique du Nord.Un lieu d\u2019échange et de transmission, une plate- forme de formation, de réseautage, d\u2019innovation et de présentation de recherches sur les troubles d\u2019apprentissage et au ser vice des élèves en dif ficulté.H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale « I l s\u2019agit d\u2019informer toutes les personnes qui gravitent autour de gens qui ont un trouble d\u2019apprentissage, précise Brigitte Stanké, professeure à l\u2019École d\u2019orthophonie et d\u2019audiologie de l\u2019Université de Montréal et présidente du congrès.Les parents, les spécialistes, les enseignants, etc.Et quand on parle de trouble d\u2019apprentissage, on parle de lecture, d\u2019or thographe, des problèmes de langage, il y aura des conférences sur le trouble du spectre de l\u2019autisme, et les dif ficultés en mathématiques feront également partie de la programmation en 2017.» Du 22 au 24 mars 2017 à l\u2019hôtel Westin de Montréal plus précisément, pour ce qui sera la 42e édition de ce congrès.Mille cinq cents personnes environ sont attendues.Deux thèmes principaux ont été retenus, la prévention et l\u2019intervention précoces ainsi que la diversité des apprenants, une nouvelle réalité du monde d\u2019aujourd\u2019hui.« Notre réalité ici au Québec, et à Montréal tout particulièrement où 56% des enfants sont al- lophones, c\u2019est le multiculturalisme, rappelle Mme Stanké.On a beaucoup d\u2019enfants qui parlent une autre langue que le français et ça peut poser des problèmes aux enseignants ou même aux professionnels qui veulent les évaluer.Est-ce que les dif ficultés qu\u2019on observe sont des dif ficultés d\u2019apprentissage ou est-ce parce que l\u2019enfant ne maîtrise pas encore la langue française et qu\u2019il a été mis en contact avec cette langue tardivement ?Comment évaluer ces enfants ?Leurs compétences, leur retard s\u2019il y a lieu, leur trouble?Il est important de connaître les facteurs langagiers, psychologiques, socioculturels et sociolinguistiques qui influencent les apprentissages scolaires afin de ne pas sous-estimer ou surestimer la présence d\u2019un trouble d\u2019apprentissage.» Une préoccupation d\u2019autant plus grande que, et c\u2019est donc le deuxième thème du congrès, plus le trouble est détecté tôt, plus il est facile de le traiter.Pas de le réduire à néant, cependant.Sauf de rares exceptions, une personne qui naît avec un trouble d\u2019apprentissage devra vivre avec toute sa vie.Mais plus on est pris en charge de manière précoce, plus on réduit le risque d\u2019avoir de gros problèmes plus tard.« Si je prends des troubles comme la dyslexie ou la dysorthographie, des troubles spécifiques d\u2019apprentissage de la lecture et de l\u2019écriture, on va pouvoir réduire les conséquences du trouble par le développement d\u2019outils ou de stratégies, mais on ne va pas l\u2019éliminer, explique Brigitte Stanké.Pour un enfant dyslexique par exemple, ce qui va demeurer, c\u2019est une vitesse plus lente de lecture au lieu d\u2019une imprécision en lecture.Dans le premier cas, on peut juste lui laisser un peu plus de temps pour sa lecture.Dans l\u2019autre, il va avoir des difficultés de lecture qui vont avoir des conséquences dans toutes les matières scolaires parce qu\u2019il ne sera pas en mesure de lire correctement un énoncé.Il ne faut pas oublier qu\u2019on apprend à lire et qu\u2019après ça, on lit pour apprendre.» La recherche a fait des avancées spectaculaires dans le domaine de la prévention, mettant en lumière les multiples facteurs permettant de prédire les risques de dif ficultés d\u2019apprentissage ainsi que les risques de décrochage scolaire.Plusieurs symposiums porteront sur ce sujet, d\u2019autant que de nombreux chercheurs du Québec se penchent sur cette question des risques, mais aussi sur les solutions et les outils.Tout comme sur les difficultés en mathématiques, longtemps négligées dans les études sur les troubles d\u2019apprentissage, mais qui seront elles aussi au cœur d\u2019un symposium lors du prochain congrès.« C\u2019est ce qu\u2019on appelle la dyscalculie, explique la présidente.Il s\u2019agit d\u2019un trouble persistant et spécifique de l\u2019apprentissage du nombre et du calcul qui se caractérise par de grandes difficultés dans le domaine des mathématiques.Les enfants qui souffrent de ce trouble peinent à traiter la numération, à mémoriser les tables, à calculer et à comprendre ce qu\u2019est un nombre.Ils ne font pas le lien entre le symbole, le code alphabétique et la quantité en elle-même.Ça va être également des dif ficultés visio-spatiales, qui auront des conséquences sur les opérations puisqu\u2019il va y avoir des problèmes sur le plan de l\u2019alignement des chif fres.» D\u2019autres encore n\u2019ont pas de problèmes de dyscalculie, mais plutôt de résolution de problèmes mathématiques.Ça peut venir d\u2019un problème avec le langage oral ou la lecture qui fait que l\u2019enfant ne comprend pas l\u2019énoncé.« Il existe donc maintenant des façons de dépister et d\u2019évaluer les difficultés, ajoute Mme Stanké.Mais aussi, et c\u2019est encore plus récent, des recherches sont menées sur l\u2019intervention.Bref, nous sommes très contents de proposer un symposium sur le sujet au prochain congrès, car c\u2019est un domaine des troubles d\u2019apprentissage longtemps resté à la traîne.Les recherches sur le sujet sont plus récentes.» Et qui dit recherche dit débats.Car tous les chercheurs ne sont pas toujours en accord avec les conclusions des autres.«Ces congrès suscitent toujours de grandes discussions et c\u2019est aussi ça qui est passionnant, conclut la professeure de l\u2019Université de Montréal.Sur l\u2019origine de la dyslexie par exemple, il y a une hypothèse, la plus reconnue, qui est la dyslexie phonologique et qui signifie que la dyslexie serait un trouble de la conscience phonologique.Mais comme ce trouble de la conscience phonologique n\u2019explique pas tous les types de dyslexie et de dysorthographie, il y a d\u2019autres hypothèses qui sont lancées et qui suscitent des débats.C\u2019est toujours très intéressant.» CONGRÈS 2017 Troubles d\u2019apprentissage : agir tôt pour réduire les conséquences INSTITUT TA 1500 personnes sont attendues au 12e congrès de l\u2019Institut TA qui se tiendra le mois prochain à Montréal.Brigitte Stanké ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 4 Suzanne Pelletier est pédiatre.Elle est atteinte d\u2019un déficit d\u2019attention avec hyperactivité et est af fectée par un problème de dysorthographie.Elle a mis au monde et vu grandir trois enfants qui sont à son image sur ce plan.Les expériences professionnelles de cette femme et celles de sa vie personnelle se recoupent pour apporter un éclairage sur les troubles du déficit d\u2019attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).Personne TDAH : une Formule 1 sur pattes R É G I N A L D H A R V E Y S uzanne Pelletier parle d\u2019abord de sa progéniture : « Ils sont af fectés exactement par la même chose que moi ; c\u2019est génétique dans 80 % des cas.Je me suis toujours beaucoup intéressée à eux depuis leur tout jeune âge pour les aider, car, à cette époque, il n\u2019y avait pas beaucoup d\u2019information sur ce sujet-là.» Ses enfants sont aujourd\u2019hui de jeunes adultes.Depuis ce temps, la recherche a ef fectué de nombreuses avancées : «Elles améliorent énormément la qualité de vie des patients et de leurs enfants.» Le TDAH, explique Mme Pelletier, « est un trouble réel chez environ 6 % à 8 % des enfants et chez 4% des adultes ; il est chronique et pose problème sur le plan fonctionnel dans la vie de tous les jours.On naît et on meurt avec cela, mais il y a aussi un pourcentage de gens pour qui les choses s\u2019améliorent ou qui ressentent moins de symptômes à l\u2019âge adulte.» Le problème comporte deux volets : « Il y a celui du contrôle ou de la modulation des pensées et celui de la modulation des gestes.Il existe aussi une problématique de frein, qui peut amener de l\u2019impulsivité, et une autre de gestion des émotions qui, qu\u2019elles soient positives ou négatives, peuvent prendre beaucoup de place.» Elle propose, à titre d\u2019exemple, le cas d\u2019un enfant TDAH qui a un devoir à faire.Il est confronté à plusieurs défis : « Il éprouve un problème de fonctions exécutives, car il lui faut d\u2019abord faire appel à sa mémoire pour se rappeler qu\u2019il a un devoir à faire ; ensuite, il doit s\u2019activer et décider de s\u2019asseoir pour y arriver ; il doit planifier sa tâche et l\u2019organiser ; il doit gérer ses émotions et ses pensées pour ne pas être dérangé dans son travail.» Pour cet enfant-là, «il est difficile de s\u2019attaquer à un travail exigeant, de planifier, de prioriser les choses importantes, de gérer le temps et d\u2019inhiber ses idées ou ses envies».Il en va tout autrement lorsque la tâche est plaisante ou intéressante : « Il devient hyper concentré et performant, ce qui peut être le cas avec un jeu vidéo pour certains, ou avec de la musique pour d\u2019autres.Le déficit d\u2019attention devient une force pour lui : il veut des choses et il est un enfant passionné avec beaucoup d\u2019énergie.» L\u2019enfant TDAH est comme une Ferrari ou une Formule 1 sans frein ou avec des freins usés et plus ou moins fonctionnels : « Il va vite, vite, vite, mais il n\u2019est pas capable de s\u2019arrêter, soit sur le plan de ses émotions ou de ses idées.Il veut faire tout de suite ce qu\u2019il veut faire et non ce qu\u2019il doit faire.Et quand vient le temps de faire des devoirs, il faut s\u2019arrêter, il faut freiner », explique Suzanne Pelletier.Voilà pourquoi adultes, professeurs et professionnels tentent de soutenir les enfants TDAH à l\u2019aide de traitements pharmacologiques et non pharmacologiques, qui peuvent être complémentaires les uns des autres.Mais est-ce bien nécessaire de médicamenter tous les enfants ?« Ça dépend.Est-ce que c\u2019est un problème léger, modéré ou sévère?Je vois beaucoup d\u2019enfants et, pour ne pas les traiter, il faut mettre en place des mesures de compensation.» Elle recommande avant tout d\u2019aller chercher le plus d\u2019informations possible pour obtenir un jugement éclairé sur le cas en cause : « Plus un parent et un enfant sont outillés et comprennent de quoi il en retourne, plus il y a des chances de réussite.» Elle ajoute encore : «Il ne faut pas oublier que le parent le mieux informé trouve des pistes de solution aptes à réduire les impacts le plus possible.» La pédiatre se méfie de la généralisation et prône plutôt le cas par cas et l\u2019individualisation du traitement : « Il y a également la variable avec le temps.Il existe des périodes plus dif fi- ciles et d\u2019autres plus faciles.» Le TDAH à tout âge Suzanne Pelletier livre ce portrait des personnes TDAH de l\u2019enfance jusqu\u2019à l\u2019âge adulte, tout en précisant qu\u2019il ne s\u2019agit pas là de généraliser mais d\u2019obtenir une vue d\u2019ensemble : chez les jeunes, le garçon sera hyperactif tandis que la fille fera preuve d\u2019inattention et sera plutôt dans la lune.« Un jeune enfant manifestera des troubles de comportement au préscolaire.C\u2019est une boule d\u2019énergie qui se montre perturbatrice et qui n\u2019écoute pas les consignes.» Au primaire apparaîtront les troubles d\u2019apprentissages et les difficultés dans les relations avec les amis et la famille.Il y a beaucoup de complications qui se présentent à l\u2019adolescence chez les cas non traités ; il impor te donc d\u2019agir avant cette période de la vie en dépistant le problème le plus tôt possible.La pédiatre énumère ce que risquent certains dans le cas contraire : « Il y a plus de décrochage avant le secondaire.Les accidents de voiture et autres sont plus nombreux.Il y a plus de cas de dé- l inquance e t d \u2019 inconduite sexuelle.Il y a plus de congédiements et d\u2019incarcérations ; les centres jeunesse sont pleins de jeunes comme cela.» À l\u2019âge adulte, en général, «ça fait des cas complexes même s\u2019il arrive qu\u2019il se produise de super belles histoires».Voilà ce qui se passe avec les gens qui n\u2019ont pas été traités ou pris en charge : « Il y a dépressions et per tes d\u2019emploi ou emplois moins rémunérateurs.La personne n\u2019arrive pas à atteindre son plein potentiel parce que chaque jour, elle prépare une longue liste de ce qu\u2019elle doit faire sans finalement y arriver.Il y a davantage de divorces, de consommation et de médica- mentation.Au moment où les enfants entrent dans le décor, les dif ficultés s\u2019amplifient.» Là encore, elle fait valoir l\u2019importance majeure du dépistage précoce et de la pr ise en charge en amont pour assurer plus tard un équilibre familial.Cela dit, la pédiatre assure « qu\u2019il n\u2019y a pas un TDAH qui soit pareil.Il y en a des légers, des modérés, des sévères, d\u2019autres qui relèvent davantage de l\u2019inattention, de l\u2019impulsivité ou de l\u2019hyperactivité.Il ne faut pas oublier aussi que dans 90% des cas, il n\u2019y a pas que ce déficit d\u2019attention qui soit en cause : il y a également les troubles d\u2019apprentissage, l\u2019anxiété chez 40% des enfants et l\u2019opposition.» DAVID AFRIAT LE DEVOIR L\u2019enfant TDAH «veut faire tout de suite ce qu\u2019il veut faire et non ce qu\u2019il doit faire», explique Suzanne Pelletier.DAVID AFRIAT LE DEVOIR Caroline Girard, psychoéducatrice dans le privé, constate que le manque de ressources financières pose problème : «C\u2019est l\u2019obstacle majeur.Les compressions subies dans le domaine de la petite enfance, ainsi que dans le milieu de l\u2019éducation, limitent les interventions des professionnels en terme d\u2019actions concrètes.Il est certain qu\u2019il est devenu plus dif ficile de mettre le temps nécessaire pour faire un dépistage pertinent.» Plus vite sont détectés chez l\u2019enfant les signes précurseurs de troubles d\u2019apprentissage, plus vite il sera possible de lui apporter le soutien approprié.La société sort gagnante elle aussi du dépistage précoce qui enraye la dé- motivation et accroît le taux de réussite.R É G I N A L D H A R V E Y Collaboration spéciale D e façon générale, ce dépistage consiste à déceler chez l\u2019enfant en bas âge, soit autour de trois à quatre ans et avant le début des apprentissages scolaires ou de nature académique, les signes précurseurs de difficultés sur le plan de son développement ; celles- ci pourraient éventuellement devenir plus sérieuses et affecter son parcours scolaire et son parcours de vie.C\u2019est ainsi que Caroline Girard, psychoéducatrice dans le privé, résume la démarche.En faisant appel à son profil professionnel, elle fait valoir que «non seulement le vécu scolaire entre en jeu mais aussi le parcours social et af fectif ».Les divers intervenants (psychoédu- cateurs, orthophonistes, ergo- thérapeutes, orthopédagogues et psychologues) sont invités à envisager un développement global : «Les difficultés qu\u2019on décèle à ce moment ne deviennent pas automatiquement des diagnostics de troubles d\u2019apprentissage, mais on ne doit pas les négliger pour autant et on se doit d\u2019en tenir compte rapidement.» De la sorte, il est possible de prévenir les complications chez certains et de fournir les correctifs nécessaires pour réaliser des progrès dans d\u2019autres cas : «Si les difficultés persistent au fil du temps malgré le soutien apporté, on se dirige vers une démarche plus diagnostique tournée vers les troubles d\u2019apprentissage eux-mêmes.» Sur la piste des troubles Il importe de prime abord de procéder à l\u2019observation des difficultés que l\u2019enfant éprouve.Selon Mme Girard, les parents sont bien placés pour y arriver : «Ce sont eux qui connaissent le mieux celui-ci et qui sont en mesure d\u2019observer les premiers signes, mais ils le font en parallèle avec tous les éducateurs et éducatrices qui travaillent en petite enfance.» Ce personnel « possède beaucoup de repères sur le plan du développement de l\u2019enfant et il est en mesure, dans un autre contexte que celui de la maison, d\u2019observer certaines dif ficultés ; ce qui est non négligeable parce que par fois , au contact d \u2019un groupe de plusieurs enfants, apparaissent cer taines situations problématiques qu\u2019on ne peut observer en milieu familial, en raison des défis dif fé- rents qui se présentent.» Dans un premier temps, les deux types d\u2019observation sont par conséquent complémentaires et nécessaires.Il est question ici de vie familiale et de vie en garderie et des « forces et des défis qui sont démontrés par l\u2019enfant dans chacun de ces milieux».Les observations portent sur la motricité dans diverses situations de même que sur la communication et le langage.Une fois la phase d\u2019observation complétée s\u2019ensuit une autre étape cruciale dans la poursuite du processus de dépistage : « Ce qui est important par la suite, indique Caroline Girard, c\u2019est la communication entre les parents et les dif férents professionnels.Ces intervenants, au-delà de leur savoir et de leur savoir- faire, doivent faire preuve de savoir-être, doivent se mettre dans la peau des parents qui, pour la première fois, sont confrontés aux dif ficultés de leur enfant par rapport au regard des autres.» À ce moment-là, il arrive parfois que le processus d\u2019évaluation de certaines difficultés observées prenne déjà forme; on procède alors à des recommandations pour soutenir le développement de l\u2019enfant.Plus tard, si de telles interventions demeurent infructueuses, une évaluation plus spécifique sera effectuée dans le réseau scolaire ou en cabinet privé par un professionnel: «Dans tous les cas, la communication demeurera très importante pour favoriser un partenariat avec les parents.» Avantages et entraves Il apparaît clairement à la psychoéducatrice que le dépistage dès la petite enfance « favorise principalement l\u2019utilisation en bas âge des stratégies qui répondent aux besoins spécifiques de l\u2019enfant ; celles-ci vont contribuer à soutenir sa motivation et par le fait même sa persévérance.De la sor te, on prévient le décrochage et la démotivation ».Elle constate que le manque de ressources financières pose problème : «C\u2019est l\u2019obstacle majeur.Les compressions subies dans le domaine de la petite enfance, ainsi que dans le milieu de l\u2019éducation, limitent les interventions des professionnels en terme d\u2019actions concrètes.Il est certain qu\u2019il est devenu plus difficile de mettre le temps nécessaire pour faire un dépistage pertinent.» Elle déplore aussi le fait que les parents ne puissent accéder aux ressources nécessaires « pour les accompagner au tout début du processus en étant à l\u2019écoute des dif ficultés qu\u2019ils expriment».Selon elle, il serait de plus avantageux de renforcer et de systématiser les échanges entre les parties impliquées : « Il y a beaucoup de travail qui commence à se faire sur ce plan, mais les mécanismes de communication entre le préscolaire [garderies et CPE] et l\u2019école primaire n\u2019existent pas par tout, ce qui ralentit le processus de dépistage et la pose d\u2019un diagnostic éventuel.» Dans de tels cas, le suivi des stratégies déjà identifiées et appliquées avant l\u2019entrée à l\u2019école devient plus complexe à assurer de façon cohérente et en complémentarité.Caroline Girard, une fois ce bilan d\u2019ensemble dressé, fait ressortir les avantages qui militent en faveur d\u2019un dépistage précoce obligatoire : « Plus tôt on intervient, plus tôt les dif fi- cultés sont dépistées.Il en résulte qu\u2019on va réussir à prévenir ce que j\u2019appelle les dommages collatéraux chez l\u2019enfant : notamment l\u2019estime qu\u2019il a de lui-même et le niveau de stress et d\u2019anxiété qu\u2019il a à gérer.» Une fois les problèmes reconnus, les préjugés qu\u2019il a à subir tendent à disparaître, plus par ticulièrement celui qui associe trouble d\u2019apprentissage et paresse, et qui est le plus courant.La psychoéducatrice croit que le Québec se dirige vers un dépistage obligatoire : «On est sur la bonne voie, mais il est im- por tant que tous les acteurs, même ceux du gouvernement, comprennent et portent cette vision qui veut que plus on investit tôt, plus on va en retirer des bénéfices comme société, en abaissant le taux de décrochage et en élevant celui de la réussite.» Parents, éducatrices et professionnels collaborent au dépistage précoce Hôpitaux spécialisés en TDAH Hôpital Douglas Le programme de pédopsychiatrie de l\u2019Institut Douglas offre des services bilingues aux enfants et aux adolescents de 0 à 17 ans, ainsi qu\u2019à leurs familles.Les différents services correspondent à des expertises de pointe en santé mentale.www.douglas.qc.ca/section/pedopsychiatrie-141 Hôpital Rivière-des-Prairies La Clinique des troubles de l\u2019attention de l\u2019hôpital Rivière-des-Prairies offre des services d\u2019évaluation multidisciplinaire approfondie du TDAH aux patients âgés de 3 à 17 ans n\u2019ayant pas répondu aux traitements médicaux habituels.www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/sante/bulletins/portrait-201106.pdf Hôpital de Montréal pour enfants Dans le but d\u2019évaluer les patients aux prises avec ce trouble, le programme TDAH regroupe la division de pédiatrie générale, le programme de développement de l\u2019enfant, la neurologie, la psychiatrie et la psychologie.www.hopitalpourenfants.com/services-et-personnel/services/service-programme-sur-le-trouble-de- deficit-de-lattention-avec Hôpital Sainte-Justine La Clinique du trouble de l\u2019attention avec ou sans hyperactivité offre des services pour cette condition médicale caractérisée par un degré inhabituel d\u2019inattention, d\u2019hyperactivité et d\u2019impulsivité ne correspondant pas au niveau de développement de l\u2019enfant et pouvant se manifester dans différents types d\u2019environnement (scolaire, social ou familial).www.chusj.org/fr/soins-services/t/trouble-de-l-attention Caroline Girard Quelques sources d\u2019information Ces sites sur le TDAH sont fortement recommandés par la pédiatre Suzanne Pelletier : - attentiodeficit.info - savoirmieuxetre.com -tdahmonamour.telequebec.tv/ - caddra.ca/fr/ ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 5 P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale Q u\u2019est-ce au juste que la dyslexie ?Les personnes atteintes de ce trouble d\u2019apprentissage peuvent-elles surmonter cette condition ?Et comment y arrive-t-on ?Est-ce obligatoirement un obstacle à la réussite personnelle ?La dyslexie est un trouble de l\u2019apprentissage du langage, essentiellement de la langue maternelle de la personne qui en souffre.« Nous savons que la dyslexie est un trouble d\u2019apprentissage dont la cause est d\u2019origine neurologique, précise Brigitte Stanké, orthophoniste et pro- fesseure à l\u2019École d\u2019orthophonie et d\u2019audiologie de l\u2019Université de Montréal.Malheureusement, la cause neurologique spécifique reste encore au- jourd\u2019hui inconnue.» Est-ce un trouble d\u2019apprentissage fréquent ?« Nous estimons qu\u2019environ 10 % de tous les enfants sont atteints de dyslexie, mais ce pourcentage demeure stable.On ne constate aucune augmentation et la dyslexie est présente avec le même pourcentage dans toutes les langues.La dyslexie, faut-il le rappeler, n\u2019est pas liée à l\u2019intelligence ni aux capacités intellectuelles de la personne qui en souf fre.D\u2019ailleurs, on remarque même un taux de dyslexie légèrement plus élevé chez les enfants ayant une douance intellectuelle.» Diverses déclinaisons La dyslexie, dans sa définition la plus ramassée, est le trouble d\u2019apprentissage de la lecture.Y sont associés, à des degrés divers, d\u2019autres troubles de l\u2019apprentissage du langage qui sont la dysor thographie, la dysphasie et la dyspraxie.« Le dyslexique a du mal à bien décoder un texte.Il le décode souvent très lentement et cet ef fort de décodage nuit ensuite à sa compréhension du texte.Le dyslexique peut aussi confondre et mélanger les lettres, particulièrement des lettres qui se ressemblent, comme le b et le p, par exemple.Il se peut aussi qu\u2019il décode bien le texte mais qu\u2019il soit ensuite incapable de le reproduire à l\u2019écrit sans faire de fautes d\u2019orthographe.» Brigitte Stanké explique la dyslexie par trois grandes hypothèses qui en illustrent un peu le fonctionnement.« La première repose sur un problème de conscience phonologique.Dans ce cas, le dyslexique éprouve de la dif ficulté à associer les bonnes lettres aux bons sons, c\u2019est-à-dire qu\u2019il n\u2019arrive pas à associer le graphème à son phonème correspondant.La deuxième est celle d\u2019un problème d\u2019attention visuelle.C\u2019est exactement le cas du dyslexique qui confond les lettres.La troisième est un problème de mémoire, ce qui fait que le dyslexique a de la difficulté à se souvenir de l\u2019orthographe des mots.» Dans ce dernier cas, on parle plutôt de dysorthographie.« Le dyslexique qui fait aussi de la dysorthographie a tendance à vouloir écrire au son.Dans une langue comme l\u2019italien, où tous les mots s\u2019écrivent au son, le problème est moindre, mais pour une langue comme le français, où seulement 50% des mots s\u2019écrivent au son, la difficulté est plus grande.» La dysphasie est le trouble d\u2019apprentissage du langage à l\u2019oral.«Le dys- phasique a de la dif ficulté à apprendre à parler correctement sa langue maternelle.» Quant à la dyspraxie, il s\u2019agit d\u2019un trouble d\u2019apprentissage du langage dû à un trouble moteur.« Le dys- praxique éprouve de la dif ficulté à programmer ses mouvements moteurs en séquence ordonnée, comme il faut le faire pour écrire une phrase.» Ces deux derniers cas sont plus rares et, règle générale, on retrouve plutôt la dyslexie associée à la dysorthographie, quoiqu\u2019une personne puisse être atteinte de l\u2019une sans l\u2019autre.La dyslexie varie aussi en intensité, selon l\u2019individu, mais elle ne se guérit pas : l\u2019enfant dyslexique deviendra un adulte dyslexique.Par contre, on peut lui apprendre à vivre avec ce trouble d\u2019apprentissage.Dépistage, diagnostic et intervention Le dépistage est souvent fait par les parents ou par un des enseignants.« Il n\u2019y a pas de dépistage universel au Québec comme il y en a en France dès la maternelle.Au Québec, ce sont les personnes proches de l\u2019enfant, les parents et les enseignants, qui doivent tirer la sonnette d\u2019alarme lorsqu\u2019ils s\u2019aperçoivent que l\u2019enfant a de la difficulté avec la lecture.» Le diagnostic est posé par un professionnel qui est soit un orthophoniste, un neuropsycho- logue ou un psychologue.«On doit évidemment éliminer tous les autres facteurs qui pourraient contribuer au retard dans l\u2019apprentissage du langage avant de conclure à la dyslexie.» Une fois le diagnostic posé, un plan d\u2019intervention et de traitement est mis en place auquel contribueront les enseignants ainsi que certains spécialistes de l\u2019éducation.L\u2019approche diffère selon que l\u2019on est orthophoniste ou orthopédagogue.« L\u2019orthopédagogue va travailler avec l\u2019enfant à sa mise à niveau, il va chercher à lui donner davantage de fluidité et va lui proposer des stratégies de compensation.L\u2019orthophoniste va plutôt se concentrer sur la capacité cognitive de l\u2019enfant, c\u2019est-à-dire sur ce qu\u2019il croit être la source du trouble.» Le traitement se fait au moyen d\u2019activités, souvent ludiques, adaptées selon l\u2019âge de l\u2019enfant, et qui sont conçues pour restaurer la capacité de lecture ou pour proposer des stratégies de compensation.On dispose même de logiciels à cet effet.« Une liseuse électronique permet au dyslexique de lire simultanément un texte et de l\u2019entendre dans des écouteurs.» Quelles sont les chances de réussite ?«Elles sont excellentes si le dépistage et le diagnostic sont faits tôt, si l\u2019enfant est bien entouré et jouit du soutien de sa famille, des enseignants et des professionnels de l\u2019éducation.Il ne faut pas oublier que les dyslexiques ont l\u2019habitude de l\u2019ef fort et comme plusieurs sont intelligents, un dyslexique bien traité peut se rendre jusqu\u2019aux études universitaires.» Apprendre à vivre avec la dyslexie ISTOCK La dyslexie, dans sa définition la plus ramassée, est le trouble d\u2019apprentissage de la lecture.Y sont associés, à des degrés divers, d\u2019autres troubles de l\u2019apprentissage du langage qui sont la dysorthographie, la dysphasie et la dyspraxie.Ne pas se donner le droit à l\u2019erreur, avoir une mauvaise image de soi ou refuser d\u2019ef fectuer une tâche sont des problématiques de plus en plus présentes dans les salles de classe.Des réalités générant stress et anxiété chez les enfants qui doivent être pris au sérieux dès la première année de scolarité.A L I C E M A R I E T T E Collaboration spéciale «L e stress et l\u2019anxiété sont des sujets récurrents actuellement, estime Guy Aublet, conseiller pédagogique en adaptation scolaire et directeur de la programmation à l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage.Il semble que quelque chose fait que les jeunes se sentent un peu plus alarmés.» Pour lui, cette anxiété chez les enfants, notamment dans les écoles, est en augmentation depuis les 20 dernières années.« C\u2019est moins pire de se faire mettre dehors de la classe, de déchirer sa feuille ou de décider de ne pas faire la tâche que de se compromettre et de risquer de ne pas trouver les bonnes réponses et donc d\u2019avoir une image de soi négative, comme quelqu\u2019un qui n\u2019est pas compétent», explique-t-il.Verbaliser son angoisse est presque impossible pour un enfant.Prenant l\u2019exemple de la pointe de l\u2019iceberg, M.Aublet explique que s\u2019attarder uniquement au comportement dérangeant ou opposant de l\u2019élève est trop simpliste.«Ce que l\u2019on voit, c\u2019est ce qui sort de l\u2019eau, le refus, la colère chez l\u2019enfant, l\u2019opposition ou les gestes d\u2019agressivité, commente-t-il.Mais ce qui est intéressant, c\u2019est d\u2019aller voir ce qu\u2019il y a en dessous, ce qui se cache derrière, pourquoi l\u2019enfant refuse de faire le travail, quelle est la source de ce comportement.» Pourtant, parfois, les causes de l\u2019anxiété sont difficiles à identifier.«Un enfant qui ne sait pas si dans sa boîte à lunch il y a vraiment un bon repas, qui ne sait pas si sa maman va être là au retour à la maison, qui pense à la chicane qu\u2019il y a eu hier soir\u2026 Tout ça, ce sont des maux qui déclenchent de l\u2019anxiété chez nos jeunes », illustre M.Aublet.Il précise que d\u2019autres causes peuvent intervenir, comme les images véhiculées par les médias, difficilement contrôlables par les parents ou les enseignants.Apprendre à relâcher la pression Si les raisons de ce stress peuvent être multiples, il est nécessaire d\u2019outiller les enfants pour qu\u2019ils ne se laissent pas envahir par celui-ci.Pour M.Aublet, les enseignants ne travaillent pas assez au développement de ces outils.«Nous, les adultes, avec l\u2019expérience de notre vie, nous sommes capables de visualiser, de nous encourager ou de prendre des grandes respirations, affirme-t-il.Au fil de notre vie, des expériences, nous avons acquis des ressources internes, qui nous permettent de faire face au stress.» L\u2019enfant, quant à lui, ne possède aucune de ces ressources et ne sait souvent pas comment réagir face à son anxiété.«C\u2019est à nous, les enseignants, de travailler de façon à mettre en place des ressources internes chez les enfants, pense-t-il.Par exemple, proposer aux élèves de prendre de grandes respirations, leur apprendre à se relaxer.» De la pratique du yoga à celle de la marche, l\u2019important est de faire comprendre à l\u2019enfant qu\u2019il a un contrôle sur son corps.Il s\u2019agit de développer des habitudes que l\u2019enfant pourra renouveler lorsqu\u2019il se sentira anxieux.Le conseiller pédagogique illustre cela avec l\u2019exercice du « spaghetti dur, spaghetti mou », au cours duquel les élèves contractent leurs muscles, avant de relâcher progressivement la tension, ce qui provoque un effet de bien-être.« Il y a tout un changement de philosophie qui doit être fait, parce qu\u2019il faut se questionner sur pourquoi les élèves sont alarmés, pourquoi ils sont anxieux», ajoute-t-il.Apprendre de ses erreurs La perception qu\u2019ont les enfants d\u2019eux- mêmes n\u2019est pas toujours la bonne, comme le montre l\u2019expression souvent utilisée par les plus jeunes lorsqu\u2019ils échouent : « je ne suis pas intelligent ».Pourtant, M.Aublet rappelle qu\u2019intelligence et réussite scolaire sont deux éléments totalement dif férents.« Il faut protéger l\u2019ego de l\u2019élève, c\u2019est la chose la plus importante, l\u2019image qu\u2019il a de lui-même», affirme-t-il.Il est donc nécessaire de travailler sur la gestion de classe, afin de montrer aux élèves qu\u2019ils ont le droit à l\u2019erreur et les pousser à prendre des risques.« Il faut leur permettre de se tromper, pour mieux apprendre éventuellement », dit- il.Pour lui, les enseignants doivent aussi savoir donner du contrôle aux élèves sur les tâches.«Par exemple, pour un travail, on peut proposer de choisir trois numéros à faire sur les cinq, illus- tre-t-il.On laisse une maîtrise à l\u2019élève sur ce qu\u2019il peut décider de faire.» Difficulté d\u2019apprentissage Si le stress n\u2019est pas une cause du trouble d\u2019apprentissage (TA), il en est très souvent un effet.« Le fait d\u2019être dyslexique peut générer un cer tain stress, explique le conseiller pédagogique.Le fait d\u2019être en dif ficulté de lecture, d\u2019avoir des outils d\u2019aide à l\u2019écriture, d\u2019être dif fé- rent des autres, peut venir menacer l\u2019ego.» Selon lui, l\u2019anxiété occasionnée par le TA peut mener à des situations d\u2019échec plus importantes que le trouble en lui-même.Il prend l\u2019exemple d\u2019un enfant dyslexique qui a utilisé des outils d\u2019aide tout le long de son primaire et qui, à son arrivée au secondaire, va laisser son ordinateur portable au casier pour être comme les autres élèves.« Ça a l\u2019air de rien, mais c\u2019est énorme cette idée de ne pas vouloir être dif férent », pré- cise-t-il.M.Aublet explique qu\u2019à l\u2019inverse de porter des lunettes ou un appareil auditif, avoir un outil d\u2019aide à l\u2019écriture est par fois perçu comme de la paresse et non un handicap.Il rappelle toutefois que le stress peut avoir un côté positif et générer l\u2019adrénaline nécessaire à la réalisation d\u2019une tâche.«Par exemple, regardons nos athlètes à Rio : cette motivation, ces papillons dans l\u2019estomac, le cœur qui bat plus vite, ça leur permet de relever des défis encore pus importants », précise-t-il.Le problème survient quand l\u2019anxiété est tellement forte que la peur d\u2019échouer nous empêche de participer.«C\u2019est là que le dysfonctionnement devient plus grave et maladif», conclut le conseiller pédagogique.Des jeunes de plus en plus stressés et anxieux DAVID AFRIAT LE DEVOIR Si les raisons de ce stress peuvent être multiples, il est nécessaire d\u2019outiller les enfants pour qu\u2019ils ne se laissent pas envahir par celui-ci.Guy Aublet Il semble que quelque chose fait que les jeunes se sentent un peu plus alarmés Guy Aublet, conseiller pédagogique en adaptation scolaire et directeur de la programmation à l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage « » ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 6 C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale C haque année, depuis six ans, des enfants atteints d\u2019un trouble du déficit de l\u2019attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sont invités à par ticiper à une activité culinaire gratuite avec la brigade du chef Pasquale Vari, à l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec (ITHQ).Cette année, l\u2019activité Apprenti-chef a lieu le 24 septembre.L\u2019activité dure toute une matinée.Les participants âgés de 10 à 13 ans, au nombre d\u2019une soixantaine, sont divisés en trois groupes pour la préparation d\u2019un menu trois services.Le premier groupe concocte les entrées, le second groupe cuisine le plat principal et le troisième s\u2019occupe du dessert.Pendant que leurs enfants cuisinent, les parents sont réunis pour écouter une conférence de la docteure Christiane Laberge sur le TDAH.Celle-ci leur donne des conseils pour mieux vivre au quotidien avec ce trouble d\u2019apprentissage très répandu.À la fin de la matinée, les parents se dirigeront vers le restaurant de l\u2019ITHQ où les enfants leur serviront fièrement le fruit de leur travail, qu\u2019ils pourront déguster tous ensemble.De plus, chaque enfant recevra un petit diplôme.« L\u2019activité remporte énormément de succès, dit Jérémie Desport, chargé de projets événementiels à l\u2019Institut TA.D\u2019une année à l\u2019autre, nous recevons toujours plus de demandes et le nombre de places est limité, si bien que nous devons faire une sélection par tirage au sort.Les noms des enfants qui ne sont pas tirés sont remis dans le tirage pour l\u2019année suivante.On essaie de donner une chance de participer à des enfants différents chaque année.» Les enfants qui ont un TDAH ont un surplus d\u2019énergie, mais ils sont aussi, souvent, très créatifs.«La cuisine leur permet de canaliser leur énergie et de se concentrer sur une tâche concrète tout en exploitant leur côté créatif et en of frant quelque chose d\u2019exceptionnel à leurs parents.C\u2019est un bon moyen de faire comprendre aux parents que quand on investit l\u2019enfant dans quelque chose qui lui tient à cœur, cet enfant devient plus serein et plus facile à gérer à la maison.» Apprenti chef : l\u2019attention au menu C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale B ien qu\u2019environ 800 000 personnes soient touchées par les troubles d\u2019apprentissage au Québec, la cause est encore assez méconnue et peu médiatisée.L\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage organise Le Grand Frisson, une journée de rassemblement et de sensibilisation à la cause qui aura l ieu à La Ronde, le 22 octobre prochain.« Dans l\u2019histoire de l\u2019Institut, nous n\u2019avions pas de journée dédiée à la sensibilisation pour fédérer toutes les personnes qui se sentaient concernées de près ou de loin par les troubles d\u2019apprentissage, explique Jérémie Despor t, chargé de projets événementiels à l\u2019Institut TA.Nous avons donc voulu organiser une journée allant dans ce sens tout en ayant une contrepartie amusante.La Ronde est un excellent endroit et un bon partenaire pour allier l\u2019utile à l\u2019agréable.» L\u2019activité, qui en est encore au stade embryonnaire cette année, est appelée à se répéter et à se développer au cours des prochaines éditions.Pour cette première fois, un kiosque d\u2019information de l\u2019Institut installé à La Ronde donnera des informations sur les activités et les troubles d\u2019apprentissage, mais ce n\u2019est qu\u2019un début.Dès l\u2019an prochain, des exposants seront sur place pour parler des divers outils et services offerts aux personnes touchées par les troubles d\u2019apprentissage.«C\u2019est avant tout une journée de rassemblement, ajoute Jérémie Desport.Des personnes ressources de l\u2019Institut seront au kiosque pour parler des troubles d\u2019apprentissage aux parents et suggérer des pistes par rapport à des dif fi- cultés que leurs enfants vivent.Un jeune sur quatre est en situation de dif fi- culté scolaire et bien des gens ont vécu avec un trouble sans vraiment le savoir.L\u2019objectif premier de cette activité est de rassembler le plus de gens possible pour faire en sorte que l\u2019on constate que nous sommes très nombreux à avoir cette cause à cœur.» En plus d\u2019attirer l\u2019attention sur la cause, pour cette première présence au parc d\u2019attractions, l\u2019événement permettra de recueillir des fonds.À l\u2019achat d\u2019un billet d\u2019entrée à La Ronde via le site de l\u2019Institut TA avec le code promotionnel «Apprentissage », 2,50 $ seront remis à l\u2019Institut.Un grand frisson pour une bonne cause C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale Pour les parents, avoir un enfant qui présente des troubles d\u2019apprentissage s\u2019avère tout un défi, et plusieurs d\u2019entre eux sont désemparés.Pour leur venir en aide, l\u2019Institut TA a mis sur pied il y a quatre ans le Grand défi de l\u2019apprentissage, un colloque d\u2019une journée pour démystifier ces troubles et offrir des réponses.Cette année, le colloque aura lieu le 5 novembre à l\u2019école Marguerite-De Lajemmerais.La journée se déroulera sous le thème « Aider mon enfant en dif ficulté scolaire » et une quinzaine de conférences seront présentées par des spécialistes sur des sujets tels que le TDAH, l\u2019anxiété, la dyspraxie, le plan d\u2019intervention ou la période des devoirs.Stéphanie Leblanc est trésorière du c.a.de l\u2019Institut TA depuis 2015, ainsi que mère d\u2019un garçon atteint de troubles d\u2019apprentissage.«Le colloque pour les parents répond à un besoin en début d\u2019année scolaire, dit-elle.Les parents se retrouvent souvent pris au dépourvu avec leurs enfants qui ont des besoins particuliers.Ils ne savent pas comment soutenir leur enfant.Comme mère d\u2019un enfant qui a des troubles d\u2019apprentissage, je peux témoigner que le grand défi est de donner le meilleur soutien possible à mon fils au moment où il en a besoin.Différentes formes d\u2019aide existent : ergothérapeute, or thopéda- gogue, psychologue, ordinateur pour faire les devoirs, entre autres, mais on ne peut pas leur donner n\u2019importe quel service, n\u2019importe quand.C\u2019est dif ficile de déterminer quel est le moyen le plus approprié pour son enfant, à un moment précis de son cheminement.» Les parents ont aussi besoin de s\u2019assurer qu\u2019à l\u2019école, les droits de leurs enfants sont respectés et que toute l\u2019aide possible leur est fournie.« Tout cela représente un nouveau langage à apprendre.Quand on apprend que son enfant est atteint de troubles d\u2019apprentissage, il faut démystifier les outils existants, connaître les démarches à entreprendre et comprendre le système.Par exemple, on ne pourra recevoir aucune aide si l\u2019enfant n\u2019a pas reçu d\u2019évaluation neuropsycho- logique et de plan d\u2019intervention.En ce qui me concerne, toutes ces notions étaient complètement nouvelles.Le colloque aide les parents à s\u2019y retrouver et leur permet de côtoyer d\u2019autres parents qui vivent la même situation.» Une vingtaine d\u2019exposants seront sur place pour faire la promotion de divers outils.Cette année, un nouveau volet a été ajouté au colloque : celui de l\u2019enseignement aux adultes et de l\u2019entrée sur le marché du travail.« Dans sa mission, l\u2019Institut TA veut toucher les parents et les professionnels, mais aussi les employés et les employeurs.» 4E COLLOQUE PARENTS Le grand défi de l\u2019apprentissage C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale L a recherche constante de financement est un enjeu crucial pour les organisations telles que l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage.Depuis quatre ans, on mise notamment sur une soirée-bénéfice, qui aura lieu cette année le 2 novembre au Théâtre Paradoxe, ancienne église de No- tre-Dame du Perpétuel Secours, située à Ville-Émard.«Le milieu des organismes à but non lucratif est devenu très compétitif pour la recherche de financement, note Pierre La- douceur, membre du comité exécutif de l\u2019Institut.De nos jours, ces organismes ont les mêmes défis à relever que les entreprises, mais doivent le faire souvent avec moins de moyens.Nous devons, par exemple, trouver les bons talents pour travailler chez nous, mais en offrant des salaires restreints.Ceux qui misaient autrefois sur l\u2019aide du gouvernement comprennent que ces beaux jours sont terminés.Il faut se tourner vers les entreprises et vers le public pour avoir de l\u2019aide.» Or, les donateurs sont déjà sollicités de toutes parts, et les montants nécessaires au fonctionnement des organismes augmentent d\u2019année en année.« L\u2019époque du souper spaghetti pour trouver des fonds, ça ne fonctionne plus.Il faut travailler très fort pour aller chercher des fonds.C\u2019est pourquoi nous organisons une soirée-bé- néfice que nous essayons de rendre la plus attrayante possible.C\u2019est pour lever des fonds mais aussi pour se donner une image actuelle, moderne, qui va nous rapprocher des gens et nous permettre d\u2019augmenter le rayonnement de notre réseau.Nous ne sommes pas les seuls à organiser un événement du genre, alors il faut rendre cela le plus intéressant possible pour attirer les gens.» Cette année, l\u2019Institut TA compte sur l\u2019appui de plusieurs personnalités du monde des af faires pour l\u2019organisation de son événement.La présidente d\u2019honneur sera Nathalie Généreux, première vice- présidente, opérations, particuliers et entreprises à la Banque Nationale du Canada.«Cela nous donne une crédibilité et nous aide dans notre réseautage, souligne Pierre La- douceur.Nous avons aussi un excellent chef sympathique à la cause, Charles-Antoine Crête, propriétaire du restaurant Montréal Plaza.Il fait tout le souper et le service avec son équipe, gratuitement.» D\u2019autres personnalités manifestent leur appui à l\u2019événement en faisant cadeau de prix qui feront l\u2019objet de tirages et d\u2019enchères pendant la soirée.Cette année, une grande partie des fonds recueillis serviront à améliorer les services aux parents, notamment par le développement d\u2019une ligne de référence et de soutien téléphonique.L\u2019Institut TA espère recueillir 100 000 $ grâce à cette soirée.Soirée-bénéfice au profit de l\u2019Institut TA PHOTOS INSTITUT TA Les participants âgés de 10 à 13 ans, au nombre d\u2019une soixantaine, sont divisés en trois groupes pour la préparation d\u2019un menu trois services.Pendant que leurs enfants cuisinent, les parents sont réunis pour écouter une conférence de la docteure Christiane Laberge sur le TDAH.Celle-ci leur donne des conseils pour mieux vivre au quotidien avec ce trouble d\u2019apprentissage très répandu.À la fin de la matinée, les parents se dirigeront vers le restaurant de l\u2019ITHQ où les enfants leur serviront fièrement le fruit de leur travail, qu\u2019ils pourront déguster tous ensemble.PATRICK SANSFAÇON LE DEVOIR L\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage organise Le Grand Frisson, une journée de rassemblement et de sensibilisation à la cause qui aura lieu à La Ronde, le 22 octobre prochain.Jérémie Desport ITA Selon la trésorière du c.a.de l\u2019Institut TA, Stéphanie Leblanc, le colloque pour les parents répond à un besoin en début d\u2019année scolaire, car ils se retrouvent souvent pris au dépourvu avec leurs enfants qui ont des besoins particuliers.ITA Charles-Antoine Crête, chef exécutif du restaurant Montréal Plaza, et Cheryl Johnson, associée ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 7 La formation générale des adultes est un secteur plutôt complexe du réseau de l\u2019éducation au Québec.Et là comme ailleurs, on trouve des étudiants qui souf frent de troubles d\u2019apprentissage.De quelle façon ces derniers sont-ils soutenus ?P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale M ais avant d\u2019aborder les troubles d\u2019apprentissage à l\u2019éducation des adultes, il faut d\u2019abord saisir les différentes missions que l\u2019on a confiées à cette formation.« La formation générale des adultes poursuit plusieurs objectifs, explique Jacques Cossette, conseiller pédagogique auprès d\u2019élèves adultes ayant des besoins particuliers à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).Dans un premier temps, nous sommes impliqués dans la francisation des adultes immigrants.Nous avons aussi un rôle à jouer en alphabétisation auprès des nouveaux arrivants et des Québécois de souche.Dans ces deux cas, il s\u2019agit d\u2019adultes ayant peu de scolarité et, par conséquent, un faible taux de littéra- tie.Ensuite, nous avons le secteur présecondaire où sont inscrits les élèves dont la scolarité correspond à la fin du primaire et qui n\u2019ont donc pas les prérequis pour accéder directement au secondaire.Et finalement, il y a le secteur secondaire qui lui est divisé en deux phases, soit la formation de base commune, qui correspond au premier cycle du secondaire, et la formation de basse diversifiée, qui correspond au deuxième cycle du secondaire.» L\u2019on comprendra donc que la clientèle qui fréquente les centres de formation générale des adultes est très variée et diversifiée, tout comme ses besoins, ce qui constitue un élément de complexité.À cela s\u2019ajoutent les élèves ayant des troubles d\u2019apprentissage.« Nous les rencontrons tous.Évidemment, les troubles d\u2019apprentissage les plus fréquents sont la dyslexie et la dysorthographie, mais nous avons aussi des cas de déficit d\u2019attention et d\u2019hyperactivité.Nous avons même des adultes ayant des problèmes de santé mentale, comme la schizophrénie.» Identifier et soutenir L\u2019une des dif f icultés auxquelles sont confrontés les enseignants œuvrant à la formation générale des adultes est celle de l\u2019identification des élèves ayant des troubles d\u2019apprentissage.« S\u2019il s\u2019agit d\u2019un élève qui a été scolarisé dans le réseau d\u2019éducation québécois, et qui a été diagnostiqué et traité pour un trouble d\u2019apprentissage, rien n\u2019oblige cet élève à nous divulguer cette information et par conséquent, plusieurs la taisent.» Il faut comprendre ici que l\u2019éducation des adultes n\u2019en est pas une de fréquentation obligatoire, comme c\u2019est le cas au secteur des jeunes, et qu\u2019il n\u2019y a donc pas d\u2019obligation légale en ce sens.« L\u2019idéal, c\u2019est lorsqu\u2019un élève nous indique qu\u2019il a un trouble d\u2019apprentissage.Dans pareil cas, l\u2019on peut faire venir son dossier, ce qui nous permet de le soutenir plus adéquatement.» Il y a aussi le cas des élèves immigrants qui n\u2019ont pas été scolarisés au Québec.« Selon les pays d\u2019origine, certains de ces élèves immigrants n\u2019ont jamais été dépistés et diagnostiqués et ils ne savent tout simplement pas qu\u2019ils ont un trouble d\u2019apprentissage.» L\u2019autre difficulté qui entre en jeu est la quasi- absence de professionnels et de spécialistes en éducation, comme des or thophonistes, par exemple.«Contrairement au secteur des jeunes, où les commissions scolaires ont l\u2019obligation de fournir aux écoles les services de spécialistes en éducation, cette obligation n\u2019existe pas pour les centres de formation générale des adultes, même si ces derniers relèvent des commissions scolaires.La décision d\u2019avoir recours aux services de spécialistes en éducation revient donc à chaque centre de formation.Et règle générale, il n\u2019y a pas de spécialistes de l\u2019éducation à l\u2019œuvre à la formation des adultes, sauf dans quelques cas, un rare orthopédagogue.» La tâche de soutenir les élèves ayant des troubles d\u2019apprentissage revient donc aux enseignants et ce soutien se fait au sein des classes régulières.« L\u2019enseignant peut en tout temps obtenir l\u2019aide d\u2019un conseiller pédagogique, comme moi, par exemple, avec lequel il va mettre en place une approche et une stratégie pédagogique plus appropriée à l\u2019élève ayant un trouble d\u2019apprentissage.» Dans certains centres de formation générale des adultes, la direction choisit de dégager cer tains enseignants de leurs tâches régulières et de dédier ceux-ci entièrement au soutien des élèves avec des troubles d\u2019apprentissage.«On comprend que ces enseignants ne sont pas des spécialistes des troubles de l\u2019apprentissage, même si plusieurs d\u2019entre eux ont suivi de courtes formations sur le sujet.» Pistes de solution Malgré tout le dévouement du personnel enseignant auprès des élèves adultes ayant des troubles d\u2019apprentissage, l\u2019on comprendra aisément que la tâche est lourde, et que l\u2019échec se pointe souvent à l\u2019horizon.Échec qui souvent est difficile à lier au trouble d\u2019apprentissage.Et tout comme la fréquentation qui n\u2019est pas obligatoire à l\u2019éducation des adultes, il n\u2019y a pas non plus d\u2019obligation de réussite, sauf celle que s\u2019impose l\u2019élève à lui-même.«On peut s\u2019inscrire à la formation générale des adultes et la quitter autant de fois que l\u2019on veut.Difficile alors de savoir pourquoi un élève décroche et raccroche.» Et comme le dépistage n\u2019est pas obligatoire, on ne trouve pas de statistiques en ce qui concerne les élèves adultes avec des troubles d\u2019apprentissage.«De visu, je dirais que le nombre d\u2019élèves avec des troubles d\u2019apprentissage est en croissance.» C\u2019est la raison pour laquelle Jacques Cossette aimerait bien que les commissions scolaires mettent à la disposition des enseignants à la formation générale des adultes les ser vices de spécialistes de l\u2019éducation.«Déjà, nous fournir les outils technologiques qui sont actuellement utilisés dans le secteur des jeunes auprès des élèves avec un trouble d\u2019apprentissage nous serait d\u2019un grand secours.» MICHAËL MONNIER LE DEVOIR À l\u2019éducation aux adultes, la tâche de soutenir les élèves ayant des troubles d\u2019apprentissage revient aux enseignants.L\u2019Université du Québec à Montréal s\u2019est dotée d\u2019un laboratoire unique au monde qui pourrait bien devenir le premier à percer les mécanismes de l\u2019apprentissage.Ce faisant, le NeuroLab pourrait grandement aider ceux et celles qui vivent avec des troubles d\u2019apprentissage.C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale C omment apprend-on ?Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019on apprend aisément ou non une cer taine matière ?Quelles sont les bonnes méthodes pour apprendre et que faut-il éviter de faire , par ticulière- ment dans le cas de personnes qui éprouvent des difficultés d\u2019apprentissage ?Voilà quelques-unes des questions qui passionnent Julien Mercier et son équipe de chercheurs en neurosciences éducationnelles.Professeur titulaire au département d\u2019éducation et de formation spécialisées de l\u2019UQAM, il a mis sur pied le NeuroLab, un laboratoire unique au monde et dont l\u2019inauguration remonte à décembre dernier.« Cer tains de mes collègues me disent que nous sommes téméraires dans ce que nous aspirons à faire », déclare le chercheur.Son équipe vise en effet à observer plusieurs fois par seconde le comportement de personnes en interaction d\u2019apprentissage \u2014 autrement dit à comprendre comment fonctionne le cer veau de personnes travaillant en équipe.« Voilà qui nous demandera la prise d\u2019un grand nombre de mesures, précise le chercheur, ce qui soulève d\u2019importants défis technologiques.» Ces défis ont d\u2019ailleurs occupé une bonne partie des activités du labo durant sa première année d\u2019opération.«C\u2019est si compliqué d\u2019étudier des cerveaux en interaction qu\u2019on commence de manière relativement simple, explique-t-il.Dans un premier temps, on observera deux personnes, puis, éventuellement, on espère pouvoir prendre des mesures sur quatre personnes à la fois.Mais déjà, nos collègues nous traitent de kamikazes lorsqu\u2019on leur parle de ce qu\u2019on songe à faire ! » Deux têtes valent-elles mieux qu\u2019une?Depuis une vingtaine d\u2019années, relate le neuroscienti- fique, on met beaucoup l\u2019accent sur l\u2019apprentissage en équipe, ce que les spécialistes appellent l\u2019apprentissage collaboratif ou coopératif.« Mais est-ce vraiment mieux ?se demande Julien Mercier.On dit souvent que deux têtes valent mieux qu\u2019une, mais on ne l\u2019a pas vérifié!» Plus précisément, on n\u2019a jamais vérifié si l\u2019apprentissage collaboratif ou coopératif est préférable à d\u2019autres formules ou, du moins, dans quels cas, dans quels contextes et pour quelles matières il est préférable d\u2019apprendre seul ou en équipe.C\u2019est ce qu\u2019entend faire l\u2019équipe du NeuroLab grâce à de l\u2019équipement unique au monde.«Toutes les questions qui concernent l\u2019interaction lors de l\u2019apprentissage sont l\u2019élément majeur, la raison d\u2019être de notre laboratoire», insiste le neuroscientifique.Les tout premiers résultats du NeuroLab pourraient arriver dès l\u2019an prochain.« Je songe à l\u2019une de mes étudiantes au doctorat qui travaille sur les difficultés de lecture», explique M.Mercier.La jeune chercheuse tente de voir comment les enfants qui éprouvent de grandes difficultés de lecture parviennent tout de même à décoder des mots.« Comment, finalement, par toute sorte de stratégies, un tel enfant parvient à lire le mot, explique M.Mercier.C\u2019est comme si cet apprenant en difficulté contournait ce qu\u2019il n\u2019est pas capable de faire pour finalement réussir.Mais comment pourra-t-il devenir un lecteur fonctionnel s\u2019il est toujours en train d\u2019utiliser des stratégies qui ne sont pas les bonnes?s\u2019in- quiète-t-il.Et que devrions-nous faire pour l\u2019aider?» Le professeur Mercier insiste sur le fait que, très souvent, les enfants qui éprouvent des difficultés d\u2019apprentissage sont très intelligents.« Ils sont suf fisamment intelligents pour parvenir à faire ce qu\u2019on leur demande, dit-il.Mais peut-on canaliser cette intelligence-là à bon escient ?C\u2019est ce qu\u2019on va tenter de voir\u2026» Gare aux neurosciences! Julien Mercier a beau être un chercheur en neurosciences éducationnelles, il s\u2019inquiète de ce qu\u2019on attende beaucoup trop de celles-ci et, surtout, que les travaux en ce domaine ne mettent à mal certaines approches d\u2019apprentissage qui ont pourtant fait leur preuve.« Ce qu\u2019on entend par fois à propos des neurosciences n\u2019a pas beaucoup de sens pour les professionnels qui sont sur le terrain, dit-il.Certaines observations viennent contredire des pratiques qui ont pourtant fait leur preuve\u2026 » Ce printemps, le neuroscien- tifique a organisé un symposium dans le cadre du congrès de l\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage (Institut TA) dans le but, justement, de mettre en garde le milieu de la pratique contre certaines dérives possibles des neurosciences.« Nous avons réuni une brochette d\u2019invités exceptionnelle, dont quelques-uns des plus grands leaders du monde des neurosciences éducationnelles, dit-il fièrement.On ne pouvait espérer mieux ! Et notre symposium a été très couru, nous avons même fait plus que salle comble\u2026» Il rapporte ainsi que les professionnels présents dans la salle ont été extrêmement réceptifs et même confor tés d\u2019entendre que certains résultats en neurosciences n\u2019avaient pas beaucoup de sens, indique Julien Mercier.Le symposium a aussi été l\u2019occasion de constater qu\u2019un p e u p a r t o u t à t r a v e r s l e monde, les attentes envers les neurosciences sont trop élevées.En conséquence, le chercheur redoute que sa discipline ne soit « qu\u2019une mode » qui pourrait bien perdre sa crédibilité par la suite.« C\u2019est sûr que notre travail comme chercheur consiste à faire progresser les connaissances en éducation, dit-il, mais on ne peut pas se permettre de faire beaucoup d\u2019erreurs ni d\u2019être trop enthousiaste puisqu\u2019à terme, cela viendra miner notre crédibilité.Tout le monde souhaite donc que les attentes soient réalistes.» Devant la satisfaction qu\u2019a générée le symposium auprès de tous l es par t i c ipan ts , l\u2019équipe du NeuroLab a bien l\u2019intention de réitérer l\u2019expérience \u2014 « sous une quelconque forme » \u2014 à l\u2019occasion du prochain congrès de l\u2019Institut des troubles de l\u2019apprentissage.NEUROSCIENCES Percer les mécanismes de l\u2019apprentissage NATHALIE SAINT-PIERRE UQAM L\u2019équipe du NeuroLab vise à observer plusieurs fois par seconde le comportement de personnes en intéraction d\u2019apprentissage.Les troubles d\u2019apprentissage en croissance à l\u2019éducation des adultes ÉDUCATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 S E P T E M B R E 2 0 1 6 I 8 Comment une école secondaire parvient-elle à assurer la réussite de 90 % de ses élèves, élèves qui éprouvent en outre d\u2019importantes dif ficultés d\u2019apprentissage ?C\u2019est le défi que relève chaque année l\u2019Académie Centennial.C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale C es vingt dernières années, les exigences pour obtenir un diplôme de secondaire 5 ont considérablement augmenté, ce qui fait que, pour tout élève qui a des difficultés d\u2019apprentissage, réussir ses études est devenu encore plus difficile.Voilà ce que constate Angela Burgos, directrice de l\u2019Académie Centennial, une école secondaire qui développe constamment l\u2019expertise nécessaire pour assurer la réussite de tous ses élèves en difficultés d\u2019apprentissage.«Les standards pour obtenir un diplôme de secondaire 5 sont beaucoup plus élevés aujourd\u2019hui qu\u2019il y a vingt ans», relate celle qui a justement pris la direction de l\u2019école Centennial en 1998.Par exemple, poursuit-elle, « pour réussir le cours d\u2019histoire, il fallait autrefois retenir des dates et des événements, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui, on demande aux élèves de faire preuve d\u2019esprit critique et d\u2019analyser les faits.Même chose pour les cours de maths et de sciences.C\u2019est beaucoup plus exigeant.» Ce n\u2019est donc pas pour rien, souligne-t-elle, si le Canada se classe parmi les dix meilleurs pays en termes de formation au secondaire, selon les évaluations de l\u2019OCDE, alors qu\u2019au Canada même, les élèves du Québec figurent au premier rang en mathématiques.La directrice précise aussi que, depuis vingt ans, son école est confrontée à la baisse progressive de sa clientèle anglophone.«Et comme on dit, la nécessité étant mère de l\u2019invention, nous nous sommes réinventés ! » Taux de diplomation: 90% L\u2019Académie Centennial s\u2019est donc mise à la recherche des meilleures méthodes et pratiques en éducation, en plus de mener ses propres travaux pour voir comment elle pour rait aider tous les types d\u2019élèves en difficultés d\u2019apprentissage.« Sans cesse, nous nous alimentons des plus récentes recherches sur le cerveau et sur la pédagogie \u2014 sur ce qui fonctionne \u2014 et nous essayons nos propres choses », précise-t-elle.Résultat, Centennial est devenue la seule école secondaire au Québec dont la mission est d\u2019aider les élèves à surmonter leurs dif ficultés d\u2019apprentissage.Et c\u2019est ainsi que plus de 90 % de ses élèves terminent leurs études secondaires en cinq ans (alors que le taux est d\u2019environ 74 % à l\u2019échelle du Québec).Pourtant, au départ, 90 % de ces élèves éprouvent d\u2019importantes difficultés d\u2019apprentissage.L\u2019Académie Centennial accueille en effet des élèves ayant des difficultés variées telles que le TDAH, la dysgraphie, la dyslexie, les troubles du spectre de l\u2019autisme, des difficultés de langage, etc.L\u2019approche préconisée est pourtant simple, relate Angela Burgos : « C\u2019est l\u2019école qui se met au service de l\u2019apprentissage des élèves, et non eux qui doivent se mouler à un système.» Entre autres, l\u2019équipe-école enseigne à ces jeunes comment apprendre en les aidant à développer des comportements propices à l\u2019apprentissage efficace.« Par exemple, nous leur donnons des directives claires et détaillées sur la façon d\u2019apprendre, d\u2019étudier et de gérer leurs horaires et leurs devoirs, explique Mme Burgos.Nous leur montrons aussi comment prendre en main leur apprentissage et à réfléchir par eux-mêmes.» Étonnamment, cette école se fait un devoir d\u2019appliquer scrupuleusement le programme du ministère de l\u2019Éducation \u2014 « sans y apporter la moindre altération», insiste Mme Burgos \u2014, mais en soutenant ses élèves en leur consacrant plus de temps.De la discipline, tout simplement En pratique, cette école secondaire applique une approche pédagogique taillée sur mesure selon les besoins et capacités de chaque élève.« C\u2019est de la pédagogie cas par cas », résume la directrice.Autre aspect étonnant : les classes de cette école spécialisée comptent seulement une vingtaine d\u2019élèves.De plus, les élèves demeurent dans la classe et ce sont les professeurs qui se succèdent les uns aux autres.Tout est centré sur la routine et sur la discipline, ce qui assure un confort et une tranquillité d\u2019esprit aux élèves.«C\u2019est en formant nos professeurs, à partir des plus récentes recherches, et en les assistant constamment, que nous obtenons de tels résultats », précise encore la directrice.«Quatre-vingt-dix pour cent de ce que nous faisons, c\u2019est tout bonnement d\u2019appliquer un système et 10 %, c\u2019est d\u2019innover », poursuit la directrice.Autrement dit, le simple fait de plonger les élèves en difficultés d\u2019apprentissage dans une routine et une tranquillité d\u2019esprit résout 90 % des problèmes.Quant au 10 % restant, l\u2019équipe- école se demande ce qu\u2019elle devrait faire pour chaque cas particulier.«Si vous vous promeniez dans nos murs, vous auriez l\u2019impression que tout est par faitement normal chez nous, qu\u2019il ne s\u2019y passe rien de particulier », illustre Mme Burgos.Et selon elle, ce système pourrait s\u2019appliquer dans n\u2019importe quelle école du Québec.Au sortir de l\u2019école, les élèves sont fin prêts à poursuivre leurs études au cégep puis à l\u2019université, enchaîne Angela Burgos.Son institution reçoit de temps à autre la visite de finissants qui viennent témoigner de leur parcours et de leur réussite.C\u2019est ainsi que prochainement, on y accueillera une diplômée de l\u2019Université McGill qui possède un doctorat en aide technologique pour les personnes éprouvant des dif ficultés d\u2019apprentissage.«C\u2019est l\u2019une de nos consultantes», indique fièrement Mme Burgos.Un autre finissant, diplômé de l\u2019Université York, viendra raconter comment il est devenu chef des opérations financières d\u2019une entreprise familiale.L\u2019un des problèmes auxquels s\u2019attaque désormais l\u2019Académie Centennial est le fait qu\u2019en vertu des règles en vigueur au Québec, afin d\u2019éviter l\u2019assimilation au monde anglophone, les parents francophones ne peuvent y envoyer leur enfant.Mais, comme le rappelle Mme Burgos, « la nécessité étant mère de l\u2019invention», à compter de la rentrée 2017, son école offrira des formations en français.«Les francophones pourront enfin bénéficier dans leur langue de ce qui fait le succès de l\u2019Académie Centennial», dit-elle tout sourire.ACADÉMIE CENTENNIAL Réinventer l\u2019éducation CENTENNIAL ACADEMY «C\u2019est l\u2019école qui se met au service de l\u2019apprentissage des élèves, et non eux qui doivent se mouler à un système», assure Angela Burgos, directrice de l\u2019Académie Centennial.Dans ses classes de primaire et de secondaire, francophones comme anglophones, l\u2019école Vanguard accueille plus de 1000 étudiants avec des dif ficultés d\u2019apprentissage graves et un retard académique.L\u2019équipe multidisciplinaire de l\u2019établissement scolaire conduit la grande majorité d\u2019entre eux sur le chemin de la réussite.M A R T I N E L E T A R T E Collaboration spéciale I l y a une dizaine d\u2019années, un élève avec une déficience langagière \u2014 un code 34 dans le jargon \u2014 est arrivé à Vanguard, une école montréalaise spécialisée pour les élèves avec des troubles d\u2019apprentissage.Stéphane Proulx, directeur des services pédagogiques, venait d\u2019assister à une rencontre dans le milieu de l\u2019éducation lors de laquelle on avait clairement dit qu\u2019il n\u2019était pas possible d\u2019envisager un diplôme de cinquième secondaire pour les élèves avec un code 34.Pour lui, toutefois, impossible de renoncer à l\u2019espoir.Cet élève a finalement été l\u2019un des premiers «code 34» à obtenir son diplôme à l\u2019école Vanguard.« Depuis, nous en avons diplômé plusieurs, se réjouit Stéphane Proulx.On ne réussit pas à tout coup, mais il faut toujours y croire.» Pour tant, plusieurs pourraient se décourager en regardant les chiffres de l\u2019école, qui offre les programmes réguliers du primaire et du secondaire.On y trouve 1042 élèves, donc 1042 plans d\u2019intervention.Près de 60% des élèves ont un déficit de l\u2019attention.Tous sont arrivés avec au moins deux ans de retard académique.« La majorité de notre clientèle a des dif ficultés importantes sur le plan de l\u2019écriture et de la lecture et une grande partie a aussi des problèmes associés, comme de l\u2019anxiété », ajoute M.Proulx.Pourtant, depuis deux ans, le taux de réussite aux épreuves du ministère en quatrième et en cinquième secondaires a été supérieur à 95%.Une école à part De tels résultats ne sont pas le fruit du hasard.L\u2019école Vanguard se donne l\u2019objectif ambitieux d\u2019adapter ses structures aux besoins des élèves plutôt que de demander aux élèves de s\u2019adapter à ses structures.Par exemple, les élèves ont l\u2019option de scinder le premier secondaire pour le faire en deux ans.Puis, les changements d\u2019enseignants sont limités au maximum.«L\u2019enseignant est titulaire généralement du français, des mathématiques et d\u2019une matière complémentaire, en plus de diriger les plans d\u2019intervention, alors il connaît ses élèves par cœur », explique le directeur des services pédagogiques.Ce sont les enseignants qui, généralement, changent de classe, plutôt que les élèves.Les casiers sont aussi en classe.« On veut le plus possible créer une routine qui sécurise les élèves pour qu\u2019ils puissent s\u2019investir de façon optimale dans leurs apprentissages », explique M.Proulx.L\u2019école Vanguard, qui opérait auparavant trois établissements dont les classes ont été rapatriées en 2013-2014 dans un immense bâtiment centenaire en bordure du chemin Côte-de- Liesse, mise également sur de petits groupes.Au primaire, ils sont 12 élèves par classe, puis ils terminent leur cinquième secondaire à un maximum de 17.Souvent, des sous-groupes sont formés pour donner un enseignement encore plus personnalisé aux élèves avec plus de difficulté dans une matière.Mais, ce qui fait toute la différence aux yeux de Stéphane Proulx, c\u2019est l\u2019exper tise du personnel.« Tous nos enseignants sont formés en adaptation scolaire ou sont des orthopédagogues », mentionne-t-il.Pour soutenir les enseignants et intervenir selon les besoins, l\u2019école Vanguard a aussi plusieurs or thopéda- gogues, orthophonistes, psychologues et, depuis cette année, éducateurs spécialisés.L\u2019école crée également des outils pour se faciliter la tâche comme une base de donnée informatisée qui facilite grandement la gestion et la mise en application des 1042 plans d\u2019intervention.« On y trouve l\u2019ensemble des moyens mis en place pour permettre à l\u2019élève de réussir et tous les intervenants y ont accès et peuvent le modifier en cours d\u2019année », indique M.Proulx en précisant que cet outil est maintenant commercialisé pour que d\u2019autres écoles puissent en bénéficier.École privée à vocation sociale Avec tous ces services, on pourrait penser que fréquenter cette école privée coûte une petite fortune.Or, puisqu\u2019elle vient répondre à des besoins bien par ticuliers dans la société, ses services sont 100 % subventionnés par l\u2019État.« Notre école est en quelque sorte le prolongement des commissions scolaires, explique Stéphane Proulx.Lorsqu\u2019elles ne peuvent plus scolariser des élèves parce qu\u2019elles n\u2019ont plus les services nécessaires pour répondre à leurs besoins, elles nous les réfèrent.Nous devons prioriser ces élèves qui nous sont confiés avec une entente de scolarisation.Maintenant, ils représentent 70% de notre clientèle, alors que c\u2019était 34% il y a 10 ans.» Mais, même lorsqu\u2019on fournit tous ces services, la réussite n\u2019est pas garantie.« Un élève avec des troubles d\u2019apprentissage doit toujours travailler deux ou trois fois plus que les autres, af firme Stéphane Proulx.Nous le prenons souvent au plus bas, nous l\u2019amenons à prendre conscience de ses dif fi- cultés et des moyens qu\u2019il peut utiliser pour avoir une meilleure emprise sur ses apprentissages et graduellement, l\u2019amener à vivre des réussites et à s\u2019épanouir.» Pour les parents, la réussite de leur enfant se traduit généralement par l\u2019obtention du diplôme d\u2019études secondaires.«On essaye toujours très fort d\u2019y arriver, mais par fois, ce n\u2019est pas possible et on le voit rapidement», constate M.Proulx.Pour ces élèves, l\u2019école Vanguard a lancé il y a une vingtaine d\u2019années une entreprise alimentaire dans laquelle ils peuvent réaliser un petit programme axé sur l\u2019emploi.«Ce sont eux qui nourrissent tous les élèves et le personnel de l\u2019école, explique M.Proulx.Ils gèrent toutes les facettes de l\u2019entreprise : le budget, les achats, la production, l\u2019hygiène et la salubrité.C\u2019est très valorisant pour eux et ça leur donne une première expérience de travail.Ensuite, nous les aidons à se trouver un stage à l\u2019extérieur dans un domaine qui les intéresse pour qu\u2019ils puissent se trouver un emploi par la suite.» Une trentaine d\u2019élèves suivent cette voie à l\u2019école Vanguard.«C\u2019est une autre façon de vivre une réussite et d\u2019anciens élèves qui sont passés par là ont fait de belles réalisations et plusieurs gagnent très bien leur vie, constate M.Proulx.L\u2019objectif est que chacun trouve sa voie et devienne un atout pour la société.» TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE GRAVES L\u2019école Vanguard donne l\u2019espoir de réussir Angela Burgos ÉCOLE VNAGUARD «Tous nos enseignants sont formés en adaptation scolaire ou sont des orthopédagogues», mentionne Stéphane Proulx, le directeur des services pédagogiques.Un agrandissement, de grandes ambitions L\u2019école Vanguard termine la construction d\u2019une nouvelle phase avec un gymnase supplémentaire, une scène, notamment pour les élèves impliqués dans les activités d\u2019art dramatique, ainsi qu\u2019une salle pour l\u2019ergothérapie.À la suite de cet agrandissement, la direction de l\u2019école souhaite permettre à son centre d\u2019expertise, créé en 2012, de prendre de l\u2019expansion.Il offre déjà des formations à des intervenants et des services à des élèves d\u2019autres écoles, comme du tutorat.«Nous souhaitons que notre centre d\u2019expertise devienne maintenant une école associée à l\u2019Université de Montréal où les chercheurs pourraient venir réaliser des études et se pencher sur différentes problématiques vécues par nos enseignants et professionnels sur le terrain», explique Stéphane Proulx, qui travaille sur le projet depuis cinq ans.Il souhaite ainsi rapprocher les gens du terrain et les universitaires pour qu\u2019ils soient constamment en mode réflexion et action.«La communauté pourra aussi en bénéficier rapidement», ajoute-t-il, en espérant que le tout se concrétise cette année."]
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