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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2016-10-15, Collections de BAnQ.

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[" Élisabeth Vallet sur la lente agonie du Parti républicain Page B 2 Michel David sur le fédéralisme de la Coalition avenir Québec Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 O C T O B R E 2 0 1 6 Alep est victime d\u2019une «opération de vengeance» qui déchire des familles Page B 3 Émilie Gamelin (1800-1851) Invitée : Denise Robillard, historienne et biographe Animateur : Éric Bédard, historien Auditorium de la Grande Bibliothèque, 18 octobre 2016, 19 h U N E S É R I E D E G R A N D E S R E N C O N T R E S S U R L\u2019 H I S T O I R E D E M O N T R É A L Ils avaient devant eux un dilettante fulgurant mais peu doué, Pierre Karl Péladeau.Mardi, à l\u2019Assemblée nationale, libéraux, caquistes et solidaires af fronteront un parlementaire éloquent, un tacticien habile, un (trop ?) subtil stratège en Jean-François Lisée.Dans le camp libéral, on le surnomme déjà le Machiavel de Thetford Mines, ville d\u2019où provient le nouveau chef du Parti québécois.R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec Q uelques heures après la victoire de Jean-François Lisée, Philippe Couillard a été prompt à dégainer.Et, plutôt que d\u2019envoyer des flèches de l\u2019Islande, où il se trouvait, c\u2019est un bazooka qu\u2019il a épaulé, à moins qu\u2019un AK-47 ne soit une meilleure métaphore dans les circonstances.Ainsi, le premier ministre a associé Jean-François Lisée aux partis populistes de l\u2019Europe et à «un mouvement foncièrement négatif pour l\u2019humanité».Au moment de faire cette déclaration, il n\u2019avait sans doute pas en tête la visite que ferait le premier ministre français, Manuel Valls, la semaine suivante.Philippe Couillard aurait voulu qu\u2019il soit amplement question de l\u2019interdiction de la burqa en France, durant la visite de son homologue français, qu\u2019il n\u2019aurait pas fait autrement.À Ottawa, puis à Québec, Manuel Valls a dû défendre la position du gouvernement français sur le voile intégral.«Cacher la femme dans l\u2019espace public, c\u2019est la négation de la femme, et ça, ce n\u2019est pas un problème de religion.C\u2019est un problème de valeurs démocratiques», a-t-il affirmé.C\u2019était de la musique aux oreilles de Jean-François Lisée, qui veut lancer une «discussion» sur le port de la burqa et du niqab dans l\u2019espace public.En conférence de presse, vendredi, aux côtés du premier ministre français, Philippe Couil- lard, alors qu\u2019une entente de coopération en matière de lutte contre la radicalisation était signée, en fut quitte pour souligner toute la distance qui, selon lui, sépare le Québec et la France sur cette question.«La France a ses débats, le Québec a ses débats.Les deux se déroulent dans des contextes historiques, sociaux et géopolitiques totalement différents.[\u2026] Il n\u2019y a aucune façon de relier ces deux situations et surtout pas de les comparer.Ce serait tout à fait abusif de le faire.» C\u2019est pourtant le lien qu\u2019il avait lui-même fait en rapprochant Jean-François Lisée de partis populistes européens comme le Front national.Évidemment, tout rapprochement entre la position du gouvernement socialiste \u2014 la France a interdit le por t de la burqa et du niqab dans l\u2019espace public \u2014 et celle des partis populistes irrite au plus haut point Manuel Valls.«Toutes comparaisons entre les positions populistes que je combats \u2014 et c\u2019est le sens de ma vie \u2014 me sont tout à fait insupportables.Donc, respecter aussi la France », a-t-il lancé, non sans exaspération.Longue lune de miel en vue On le voit : entre Philippe Couillard et Jean- François Lisée, les hostilités sont déjà engagées.Une victoire d\u2019Alexandre Cloutier aurait élevé le débat, se désole-t-on dans l\u2019entourage du premier ministre.Philippe Couillard a lui- même déploré « la défaite du discours d\u2019ouverture» incarné par le jeune candidat.Mais on est persuadé que Jean-François Lisée, en enfourchant le cheval identitaire, à l\u2019instar de la Coalition avenir Québec, éloignera les jeunes de son parti, avantageant ainsi le Parti libéral.Tant chez les libéraux que chez les caquistes, on prévoit que Jean-François Lisée bénéficiera d\u2019une lune de miel qui pourrait s\u2019étendre jusqu\u2019à l\u2019an prochain.Son arrivée devrait propulser le PQ en tête dans les sondages, à 38 % ou même 40 % dans les intentions de vote.Pierre Karl Péladeau avait connu une telle lune Affrontement en vue entre deux «albatros» La bataille entre Lisée et Couillard pourra-t-elle à terme servir le discours terre à terre de Legault?JACQUES NADEAU LE DEVOIR ET JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE L\u2019arrivée du nouveau chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, n\u2019inquiète pas outre mesure les libéraux de Philippe Couillard et les caquistes de François Legault.VOIR PAGE B 3 : LISÉE On le voit : entre Philippe Couillard et Jean-François Lisée, les hostilités sont déjà engagées L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 O C T O B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 H uit jours après la divulgation de l\u2019enregistrement révélant, si besoin était, le côté obscur de Trump, il n\u2019y a plus d\u2019équivoque : il y a guerre civile au Parti républicain.Comme si le paranoïaque Joseph McCarthy et le raciste George Wallace s\u2019étaient réincarnés dans un personnage salace pour prendre en otage le GOP.Le parti de l\u2019éléphant chancelle sur ses bases, l\u2019électorat républicain perd confiance, les défections se multiplient.À trois semaines du scrutin, les républicains ont amorcé une descente aux enfers, redessi- nant au passage la carte du collège électoral.Les sondeurs déplacent des États traditionnellement républicains vers le bassin des États-pi- vots (Arizona, Géorgie), des États-pivots (Caroline du Nord, New Hampshire) vers le camp démocrate et des États traditionnellement républicains dans une zone grise (Arkansas, Minnesota, les Dakotas).Les projections sont telles que le super-PAC qui appuie Hillary Clinton (Priorities USA) réoriente une partie de ses ressources vers les courses sénatoriales en Caroline du Nord, au Nevada, en Pennsylvanie et au New Hampshire.Or, parce que Trump a occupé la presque totalité de l\u2019espace médiatique ces derniers mois, on aurait presque oublié qu\u2019au cours de la convention républicaine, cet été, des délégations étatiques avaient contesté son investiture.Deux mois plus tard, accusé d\u2019agression sexuelle, Donald Trump est devenu un candidat indésirable pour bon nombre d\u2019élus républicains, eux aussi en campagne.L\u2019appel du représentant de l\u2019Utah, Joe Heck, au retrait du candidat a sonné le glas du statu quo et plusieurs donateurs du Parti républicain ont déjà choisi de prendre leurs distances, pour certains en reportant leurs efforts sur le candidat libertarien, Gary Johnson.Pour autant, à avoir trop tardé, les dirigeants du GOP sont peut-être pris au piège : s\u2019ils doivent renier Trump pour ratisser plus large, ils courent le risque de se mettre à dos les électeurs séduits par le populisme nativiste.S\u2019il est déjà arrivé que les élus du Congrès aient à se distancer d\u2019un candidat à la présidentielle (comme il y a 20 ans, lorsque Bob Dole, plombé dans les sondages, menaçait de faire sombrer avec lui les élus républicains), c\u2019est la première fois que, « libéré de ses chaînes », un Frankenstein du Parti républicain passe autant de temps à incinérer les leaders républicains qu\u2019à invectiver son adversaire démocrate.Alors que Trump ne fait plus campagne que pour sa base blanche et misogyne, il réduit le Par ti républicain à la détestation commune d\u2019Hillary Clinton, socle minimaliste, qui pose dès à présent la question de l\u2019après-8 novembre.Pour autant, le GOP est loin d\u2019être mort.L\u2019aile libertarienne est même vivace.Un réseau financier comme celui des frères Koch continue à agir dans l\u2019ombre, tissant, depuis le dernier cycle électoral, un maillage serré de groupes de terrain.Les évangéliques forment un bloc fissuré, qui ne peut même plus être défini comme un ensemble homogène, mais qui est toujours enclin à trouver une voix politique au sein du GOP.La NRA, désormais alignée sur le Parti républicain et sa frange trumpienne, a dépensé cette année plus qu\u2019elle ne l\u2019a jamais fait dans l\u2019histoire, surfant sur une vague paranoïaque et complotiste.Une défaite de Trump aurait pu se muer en victoire pour les républicains modérés et les #NeverTrump.Mais ce serait se leurrer : la candidature de Trump a électrisé une droite nativiste, qui a of fert à des groupuscules d\u2019extrême droite un exutoire politique et qui pourrait être alimentée à l\u2019avenir par une chaîne câblée financée par le futur ex-candidat.En ce sens, l\u2019aventure Trump aura redéfini partiellement le parti.Cependant, s\u2019il ne veut pas devenir le pâle reflet du Parti républicain californien, circonscrit aux circonscriptions blanches et âgées de l\u2019arrière-pays, le GOP national devra embrasser des minorités qui peuvent se (re)définir comme conservatrices (Noirs du sud-est, catholiques hispaniques), démettre Reince Prie- bus, président du Comité national, et avec lui une grande par tie de l\u2019establishment.Cela pourrait mener à une recomposition du parti autour d\u2019une ligne dure, avec des leaders (comme le sénateur Tom Cotton, de l\u2019Iowa) capables de conjuguer les acquis de Trump et le conservatisme traditionnel.Les démocrates peuvent se réjouir\u2026 en se gardant de jubiler.D\u2019une part, les distorsions induites par les sondages ne tiennent pas compte d\u2019un «effet Brexit» masquant certains électeurs de Trump et un taux d\u2019abstention élevé qui, sans renverser la vapeur, pourrait altérer la légitimité du président élu.D\u2019autre part, le parti de l\u2019âne n\u2019est pas à l\u2019abri d\u2019une nécessaire introspection pour tenir compte de l\u2019ef fet Sanders pour 2018 \u2014 année des prochaines élections au Congrès.Le réalignement des deux grands partis ne fait que commencer.La lente agonie de l\u2019éléphant ÉLISABETH VALLET JIM COLE ASSOCIATED PRESS Michelle Obama a le potentiel de séduire la coalition de jeunes, de femmes, de Noirs et de Latinos qui a envoyé son mari à la Maison-Blanche.Nouvelle semaine, nouveaux scandales.La campagne de Donald Trump a implosé après d\u2019autres allégations de comportements déplacés envers des femmes.Retour sur des jours houleux qui ont vu Michelle Obama mener une charge retentissante pour la campagne d\u2019Hillary Clinton.M A R C O F O R T I E R D ans la cacophonie électorale ambiante, une présence forte a émergé, jeudi, dans la petite ville de Manchester (New Hampshire) : celle de Michelle Obama.La première dame des États-Unis s\u2019est distinguée une fois de plus comme l\u2019arme électorale la plus redoutable d\u2019Hillary Clinton.Au point où des démocrates rêvent à une candidature de Michelle Obama à la présidence, dans quatre ans.Hillary Clinton s\u2019est faite discrète cette semaine.Un peu comme si elle laissait Donald Trump s\u2019autodétruire.La critique la plus retentissante des dérives de Trump est venue de la première dame, dans son fameux discours à Manchester, jeudi.Plutôt que de simplement tirer sur le candidat républicain, elle a élargi le débat : la First Lady a décrit Trump comme une anomalie pure et simple dans la démocratie américaine.«Michelle Obama: la substitut de Clinton qui peut venir à bout de Trump», a titré une analyse de CNN, vendredi.Kevin Liptak, producteur de la chaîne télé à Washington, rappelle que deux des discours les plus importants de la campagne Clinton ont émané de Michelle Obama.Bien avant sa sor tie remarquée cette semaine, la première dame avait volé la vedette durant la convention démocrate, en juillet, à Philadelphie.Michelle Obama a même accouché du slogan non officiel de Clinton : «Quand ils s\u2019abaissent, on s\u2019élève [When they go low, we go high].» Michelle Obama est le meilleur espoir des démocrates qui tentent de ressusciter la coalition de jeunes, de femmes, de Noirs et de Latino- Américains qui a envoyé son mari à la Maison- Blanche en 2008 et en 2012.Pas pour rien qu\u2019on entend des partisans crier son nom dans les rassemblements : «Michelle Obama for President !» Il faut rappeler ici à quel point une partie importante de l\u2019électorat est allergique à Hillary Clinton.Elle et Trump sont considérés comme deux des aspirants présidents les plus détestés de l\u2019histoire du pays.La crainte du camp Clinton, c\u2019est que les électeurs démocrates restent chez eux le jour du scrutin, surtout si l\u2019avance de la candidate sur son rival républicain paraît insurmontable.Une attitude «étrange» durant le débat Parlant d\u2019Hillary Clinton, elle est apparue à l\u2019émission d\u2019Ellen DeGeneres, vendredi.La candidate démocrate est revenue sur l\u2019attitude «étrange» de Donald Trump durant le débat télévisé tenu dimanche dernier.Il suivait Clinton pas à pas lorsqu\u2019elle se déplaçait pour répondre aux questions des électeurs rassemblés dans le studio.«Il était tout à l\u2019envers à cause des révélations de la vidéo d\u2019Access Hollywood, a raconté Clinton.Il essayait de se montrer dominant et il m\u2019a littéralement suivie [stalked] partout sur la scène.C\u2019était tellement bizarre.Je sentais sa présence derrière moi.Je me suis dit : c\u2019est vraiment weird.» Dans le cerveau de Donald Trump Comment expliquer la campagne abracadabrante de Donald Trump?Ses excès, son caractère imprévisible, improvisé, chaotique.Ses propos racistes et sexistes, ses mensonges.C\u2019est simple : Trump a toujours été comme ça.Il est fidèle à lui-même.La seule différence avec le passé, c\u2019est que plus de gens connaissent désormais le personnage.Le magazine Politico est parvenu à cette conclusion après un long entretien avec cinq biographes de Donald Trump.Wayne Barrett, Gwenda Blair, Michael D\u2019Antonio, Harry Hurt et Timothy O\u2019Brien ont étudié en profondeur le personnage Trump pour publier des biographies entre les années 1992 et 2015.Ils ne sont aucunement surpris par la tournure de la campagne de Trump.«Cette campagne n\u2019est pas un spectacle.Ce n\u2019est pas une pièce de théâtre.Trump est l\u2019homme qu\u2019ils ont décrit dans leurs livres», indique Politico.Cet homme est « profondément narcis - sique » et « prêt à aller plus loin que jamais pour satisfaire son ego », af firment ses biographes.« Un homme très dangereux pour les trois ou quatre prochaines semaines [jusqu\u2019au scrutin du 8 novembre] », préviennent-ils.Trump a connu des échecs dans le passé, mais, cette fois, « il se dirige vers sa défaite la plus cuisante ».Il s\u2019en remettra sans doute, parce qu\u2019il aura une place dans l\u2019histoire des États-Unis, soulignent les « trumpologues».Être célèbre, c\u2019est tout ce qui compte pour Trump.Même si on se souvient de lui pour les mauvaises raisons.Blâmer l\u2019arbitre avant la fin du match Au cours des derniers jours, Donald Trump a mis de l\u2019avant une série de raisons pour expliquer sa campagne vacillante.Il a déclaré la guerre à son propre parti, puis a blâmé « l\u2019élite corrompue», les médias et même le FBI, le ministère de la Justice et le procureur général des États-Unis.Surtout, il se plaint régulièrement que « le système est truqué» en sa défaveur.Des analystes commencent même à se demander si Trump reconnaîtrait son éventuelle défaite le 8 novembre au soir.À force de mettre en doute l\u2019intégrité du système électoral, Trump menace les fondements de la démocratie, a fait valoir Barack Obama, vendredi.«C\u2019est comme s\u2019il cherchait des excuses pour expliquer sa défaite en plein milieu d\u2019un match, a réagi le président.Quand on est un dur-à-cuire, on ne cherche pas d\u2019excuses, on ne se plaint pas du travail de l\u2019arbitre avant la fin de la partie.» À surveiller cette semaine, le troisième et dernier débat entre Donald Trump et Hillary Clinton, mercredi à 21 heures (heure du Québec).L\u2019af frontement, d\u2019une durée de 90 minutes, prendra place à l\u2019Université de Las Vegas.Le Devoir CARNET DE CAMPAGNE «Michelle Obama à la présidence ! » La première dame des États-Unis est une arme redoutable pour le clan Clinton JIM COLE ASSOCIATED PRESS Michelle Obama a prononcé un discours fort remarqué jeudi dans l\u2019État du New Hampshire.9 Nombre de femmes qui ont affirmé au cours des derniers jours avoir été touchées, empoignées ou embrassées contre leur gré par Donald Trump À trois semaines du scrutin, les républicains ont amorcé une descente aux enfers, redessinant au passage la carte du collège électoral « » Plusieurs amis et experts de la politique m\u2019ont prévenu que cette campagne serait un voyage en enfer.Ils ont tort.Ce sera un voyage au paradis, parce que nous aiderons tellement de gens qui ont tellement besoin d\u2019aide.Extrait du discours enflammé que Donald Trump a livré jeudi en Floride, après de nouveaux témoignages de victimes alléguées « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 O C T O B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 A près avoir lui-même reconnu qu\u2019« il y a maintenant deux par tis politiques qui veulent que le Québec reste dans le Canada », François Legault devra apprendre à vivre avec l\u2019étiquette de fédéraliste, que cela lui plaise ou non.Quand on est par tisan de l\u2019appartenance à une fédération, c\u2019est qu\u2019on est fédéraliste.Jean-François Lisée en a aussitôt conclu que le chef de la CAQ «est passé du côté obscur de la force», mais le nouveau chef du PQ connaît trop bien l\u2019histoire politique du Québec pour croire réellement que tous les fédéralistes peuvent être mis dans le même sac.Robert Bourassa était peut-être un « tricheur », mais son fédéralisme était bien différent de celui de Pierre Elliott Trudeau.M.Legault n\u2019a rien d\u2019un intellectuel.Sa conception du fédéralisme est moins le fruit d\u2019une profonde réflexion sur la relation Qué- bec-Canada, comme celle qui avait conduit à la rédaction du Livre beige de Claude Ryan, que d\u2019un calcul électoral.Le résultat ne s\u2019en apparente pas moins à ce que Robert Bourassa appelait le « fédéralisme rentable», par opposition à celui que professe le premier ministre Couillard, qui est fondé sur une profonde adhésion aux valeurs canadiennes, notamment le multiculturalisme.Quand M.Couillard est revenu en politique, il se présentait volontiers comme l\u2019héritier de M.Bourassa, mais la relation émotionnelle, pour ne pas dire amoureuse, qu\u2019il entretient avec le Canada était totalement étrangère à son prédécesseur, qui se souciait, en revanche, de préserver l\u2019identité québécoise.?Il est significatif que M.Legault a fait son coming out à l\u2019occasion d\u2019un échange avec M.Couillard sur le financement de la CSeries par le gouvernement Trudeau, qui n\u2019en finit plus de tergiverser.Aux dernières nouvelles, après un an de discussions avec la direction de Bombardier, le ministre responsable du dossier, Nav- deep Bains, qui dit adopter une approche «holis- tique» du problème, s\u2019interrogeait toujours sur le «comment» de la participation fédérale.Cette conception utilitaire du fédéralisme, fondée sur une analyse coûts-bénéfices qui laisse peu de place aux sentiments (sauf durant les Jeux olympiques), est sans doute partagée par la majorité des fédéralistes québécois, y compris ceux qui ont voté non à deux reprises.Deux siècles et demi d\u2019histoire commune, malgré leurs vicissitudes, ont forcément créé des liens, mais on peut penser que le Québec aurait quitté la fédération depuis un bon moment n\u2019eût été de l\u2019insécurité économique que suscite cette perspective.M.Couillard sait d\u2019ailleurs très bien que les Québécois ne sont pas aussi entichés des valeurs canadiennes que lui.À preuve, son plaidoyer en faveur du fédéralisme se conclut immanquablement par un exercice comptable consistant à démontrer que le Québec reçoit du gouvernement fédéral beaucoup plus qu\u2019il ne lui verse en impôts.?Depuis les élections en 2014, M.Legault se plaint périodiquement de son peu de visibilité, malgré sa bonne performance à l\u2019Assemblée nationale.Il est vrai qu\u2019il était bien dif ficile de concurrencer, sur le plan médiatique, les péripéties parfois rocambolesques que le PQ a vécues au cours des deux dernières années, et l\u2019entrée en scène de Jean-François Lisée, dont on attend avec impatience la confrontation avec M.Couil- lard, ne laissera pas beaucoup plus d\u2019espace à la CAQ au cours des prochaines semaines.Le caractère hétéroclite des propositions de la CAQ, qui semblent sortir d\u2019un chapeau au gré de la conjoncture, ne facilite pas les choses.D\u2019un virage à l\u2019autre, il n\u2019est pas toujours facile de trouver le fil conducteur.À partir du moment où M.Legault est objectivement devenu fédéraliste, il devrait s\u2019assumer et s\u2019employer à définir une vision spécifiquement québécoise du fédéralisme, comme le PLQ l\u2019avait fait jadis pour contrer les visées centralisatrices de Trudeau père, plutôt que d\u2019entretenir le mythe d\u2019une « troisième voie » dont tout le monde sait qu\u2019elle mène à un cul-de-sac.Les revendications en matière de langue et d\u2019immigration déjà formulées par la CAQ s\u2019apparentent à la « souveraineté culturelle » de M.Bourassa.M.Legault a été maladroit dans la présentation de son « test de valeurs québécoises », mais il est clair que le gouvernement Couillard ne tire pas tout le profit qu\u2019il pourrait des pouvoirs, en matière d\u2019accueil et d\u2019intégration des immigrants, que le Québec a arrachés en 1991 et qui impliquent nécessairement d\u2019ajuster le nombre des nouveaux arrivants à la capacité d\u2019intégration de la société québécoise.Un fédéralisme plus revendicateur ne suffira pas à convaincre les véritables souverainistes de voter pour la CAQ, même si le PQ renonce à tenir un référendum.Certes, rien n\u2019indique que Trudeau fils soit disposé à lâcher du lest, mais il le fera encore moins si on ne lui présente aucune demande.Or M.Couillard ne veut rien demander et M.Lisée ne le peut pas.Que le PLQ ou le PQ l\u2019emporte en 2018, le maintien du statu quo est donc assuré pour au moins quatre autres années.Encore faudrait-il savoir si M.Legault est réellement prêt à accepter l\u2019héritage de M.Bourassa.La fin de non-recevoir opposée aux modestes demandes formulées il y a 30 ans a mené le Canada au bord de l\u2019éclatement.La CAQ veut que le Québec reste dans le Canada, mais on ne sait toujours pas si c\u2019est avec ou sans conditions.mdavid@ledevoir.com L\u2019héritage MICHEL DAVID AMEER ALHALBI AGENCE FRANCE-PRESSE Des Syriens enjambent les débris à la suite d\u2019un bombardement survenu dans le quartier Fardous, détenu par les rebelles opposés au régime.L A U R E S T E P H A N A laa G.a fui les quartiers rebelles de la ville syrienne, soumis au feu du régime.Son frère Brahim y est resté.Un jardin public de Beyrouth, où les cris des enfants se mêlent au bruit des génératrices.Par instants, les phrases d\u2019Alaa G.s\u2019interrompent et son regard se perd : quand il parle des raids aériens en cours contre les faubourgs insurgés d\u2019Alep, sa ville, « une opération de vengeance, de destruction, une punition ».Ses mots restent en suspens, comme s\u2019il revoyait le quar tier al- Chaar, secoué la nuit par l\u2019explosion des bombes-barils larguées par le régime.« Mais les bombardements n\u2019étaient pas aussi violents qu\u2019aujourd\u2019hui », dit Alaa, qui a quitté les quartiers rebelles en 2014.Depuis l\u2019offensive massive lancée le 22 septembre par le régime syrien et son allié russe contre la partie de la ville sous contrôle rebelle, qui a fait plus de 370 morts, des civils pour l\u2019essentiel, selon l\u2019Observatoire syrien des droits de l\u2019homme (OSDH), le jeune homme de 30 ans est rivé aux nouvelles.Chaque jour, il appelle sur Whatsapp \u2014 un service de téléphonie par Internet \u2014 son jeune frère Brahim, 24 ans, qui vit du côté insurgé, pour s\u2019assurer « qu\u2019ils sont toujours vivants », lui et son épouse enceinte : « Il parle de la nourriture qui manque, de l\u2019absence d\u2019électricité.Il implore : \u201c Que les bombardements s\u2019arrêtent et nous continuerons à vivre \u201d », quand bien même l\u2019est d\u2019Alep est assiégé et que la plupart des infrastructures ont été détruites.«Interrogatoire» Le régime, qui exige la reddition des rebelles, est déterminé à reprendre le secteur.De violents combats ont lieu au sol, dans le nord-est d\u2019Alep, entre combattants insurgés et forces pro-Assad, et celles-ci ont enregistré des succès.Alaa et ses autres frères, eux aussi réfugiés au Liban, ont supplié Brahim, le cadet, de quitter la ville, où il vit de petits boulots.En vain.Les appels au départ lancés par l\u2019armée syrienne aux quelque 275 000 civils présents, selon l\u2019ONU, dans la partie rebelle n\u2019auront aucun ef fet non plus, af firme Alaa : « Brahim n\u2019a jamais voulu s\u2019en aller.Il dit qu\u2019il veut vivre sur sa terre, qu\u2019il refuse que des étrangers, des combattants chiites, qui appuient le régime, s\u2019en emparent.» Alaa, lui, a voulu protéger des bombes sa femme et sa petite fille, qui hurlait à cause du fracas.Il s\u2019est alors réfugié dans l\u2019ouest d\u2019Alep, sous contrôle du gouvernement syrien, où vivent des dizaines de milliers d\u2019autres déplacés.À l\u2019époque, deux options se présentent : « traverser la ligne de front » au cœur de la vieille ville, en passant les barrages des insurgés puis de l\u2019armée, ou « contourner la ville » par l\u2019extérieur.Dans tous les cas, à un moment ou un autre, il y a «un interrogatoire des services de renseignement pour savoir où l\u2019on vivait à l\u2019est, pourquoi on est parti, s\u2019il y a des combattants dans la famille, qui étaient nos voisins\u2026» Une fois à l\u2019ouest, Alaa et les siens soufflent un peu.Mais son cœur reste à l\u2019est et saigne quand il entend les bombes s\u2019abattre sur la zone rebelle.«L\u2019ouest d\u2019Alep est mélangé, décrit- il.J\u2019ai entendu beaucoup de gens y dire : \u201c De toute façon, il n\u2019y a que des groupes armés dans l\u2019est.\u201d Ils restent sourds au fait qu\u2019il y a aussi des civils.Et puis, il y a aussi de nombreuses familles qui ont un proche dans la zone insurgée » et « celles-ci sont en colère » face à l\u2019of fensive en cours.Celles-ci, ce sont par exemple les oncles et tantes d\u2019Alaa : « On les appelle aussi, on s\u2019inquiète quand il y a des combats ou des obus qui s\u2019abattent sur leur zone.Mais nous avons moins peur pour eux, car les frappes de l\u2019opposition sont sporadiques.» Les tirs d\u2019ar tillerie rebelles, au moyen de mortiers ou de bonbonnes de gaz, se sont toutefois intensifiés depuis le 22 septembre, faisant au moins 60 morts dans l\u2019ouest de la ville, selon l\u2019OSDH.« Il y a aussi des morts, de la souffrance, des destructions.Mais cela reste incomparable avec ce que subissent les habitants de l\u2019est », assure Alaa.La partie rebelle, rappelle-t-il, « est une vaste zone ».« Il y a de nombreux combattants, des fils d\u2019Alep.Il y a de nombreux groupes rebelles.Le Front al-Nosra \u2014 lié à al-Qaïda et renommé Front Fatah al-Cham \u2014 est aussi présent, ajoute Alaa, mais les Alépins ne sont pas des extrémistes.» L\u2019envoyé spécial de l\u2019ONU, Staffan De Mis- tura, a af firmé, jeudi 6 octobre, que quelque 900 djihadistes de l\u2019ex-Front al-Nosra étaient déployés dans les quartiers orientaux, sur environ 8000 combattants rebelles.Le diplomate a accusé Moscou et Damas d\u2019utiliser cet « alibi » pour détruire tout l\u2019est d\u2019Alep.Enrôlement Alaa, qui a participé à la révolte contre Ba- char al-Assad et aux manifestations contre le régime à l\u2019université en mai 2012, s\u2019est posé la question de prendre les armes après le basculement, cette année-là, d\u2019Alep dans la guerre et la division de la ville.Il ne l\u2019a pas fait, par refus entre autres de « tuer un autre Syrien », quand bien même il appartiendrait au camp adverse, celui de l\u2019armée.C\u2019est également pour fuir un enrôlement que le jeune homme, qui, malgré son service militaire déjà accompli, risquait une incorporation, a quitté Alep en 2015 pour Beyrouth, où il travaille dans un restaurant italien.Alaa dit aujourd\u2019hui redouter un «massacre» ou une « évacuation forcée » si les quartiers rebelles tombent.Toutes les initiatives diplomatiques ont échoué jusqu\u2019à présent.Lui, pourtant, ne voit qu\u2019une « solution politique » pour mettre fin au martyre.Le Monde Alep victime d\u2019une «opération de vengeance » Le témoignage d\u2019un Syrien qui a fui les quartiers rebelles rappelle que les incessants raids aériens sèment la destruction et déchirent des familles Brahim n\u2019a jamais voulu s\u2019en aller.Il dit qu\u2019il veut vivre sur sa terre, qu\u2019il refuse que des étrangers, des combattants chiites, qui appuient le régime, s\u2019en emparent.Alaa G., dont le frère est resté dans les quartiers rebelles d\u2019Alep « » de miel, mais elle avait été de courte durée.En outre, Lisée, c\u2019est le candidat négligé qui a surpris tout le monde en l\u2019emportant, un comeback kid qui jouira d\u2019une certaine aura pendant un certain temps, fait-on observer.En chambre, on s\u2019attend à une joute relevée, à des échanges de haut vol entre le premier ministre et le chef de l\u2019opposition officielle, à une partie d\u2019échecs où les deux protagonistes peuvent exceller.Mais, chez les libéraux, on croit que la joute parlementaire n\u2019a qu\u2019une influence marginale sur l\u2019électorat.Sur le fond et à moyen terme, Philippe Couillard aura raison de son adversaire.«Lisée inquiète, Couillard rassure», avance-t-on.On croit que Jean-François Lisée n\u2019hésitera pas à verser dans la politique de la division (wedge politics) pour gagner des points, comme il l\u2019a fait avec la burqa et la mitraillette qu\u2019elle pourrait dissimuler.On s\u2019attend à ce que le chef péquiste tente de tabler sur les dossiers litigieux entre Québec et Ottawa, notamment le projet d\u2019oléoduc d\u2019Énergie Est, afin de «créer un état de crise permanente avec le fédéral».Les libéraux se sentent confiants.Comme Jean- Marc Fournier l\u2019exprimait lors du caucus préses- sionnel des députés libéraux, les sondages les favorisent.Que 56% des Québécois se disent insatisfaits du gouvernement Couillard ne les empêche pas de dormir.Au contraire, 40% des électeurs sont satisfaits du gouvernement libéral, et 40%, c\u2019est suffisant pour que les libéraux obtiennent une solide majorité dans une situation où trois partis se disputent les 60% des votes qui restent.Les libéraux se sont sentis piqués par un passage du discours de Jean-François Lisée, le soir de sa victoire.Le chef péquiste s\u2019adressait aux électeurs libéraux: «Il n\u2019y a pas de honte à avoir honte d\u2019un gouvernement honteux.Des gouvernements libéraux, il y en a eu des exceptionnels, comme celui de Jean Lesage.Il y en a eu des moyens.Mais des mauvais comme celui qui gouverne en ce moment, on n\u2019a jamais vécu ça de notre vivant», avait-il lancé.Or le premier ministre a en main des données qui montrent que, aux yeux d\u2019une bonne partie de l\u2019électorat, le gouvernement Couillard maîtrise les grands dossiers de l\u2019État comme les finances publiques, la santé, l\u2019éducation, indique-t- on.L\u2019économie va mieux, les Québécois sont plus optimistes et, après les compressions, le gouvernement amorce une période de réinvestissement.Approche différente À la CAQ, on ne se fait pas d\u2019illusion : François Legault entre dans une éclipse médiatique qui durera quelques mois.Mais la vérité va reprendre ses droits, se rassure-t-on.Jean-François Lisée doit composer avec des militants péquistes qui ne manqueront d\u2019exiger de lui des comptes sur la cause souverainiste.Son discours, qui peut plaire aux électeurs francophones de l\u2019île de Montréal, est trop à gauche pour les familles banlieusardes qui votent pour la CAQ ; il est loin des préoccupations de monsieur et madame Tout-le-monde, juge-t-on.Jean-François Lisée est aussi son pire ennemi.« Il est absolument spectaculaire quand il est bon et il est absolument spectaculaire quand il est mauvais », résume-t-on.On s\u2019attend à ce que Couillard et Lisée « se tapochent solide », que les affrontements entre « Philippe Couillard de l\u2019Espinay [le nom complet du premier ministre] et le prince de Rose- mont » soient soutenus.« Les deux sont princiers, les deux volent haut.Ce sont deux albatros », juge-t-on, alors que François Legault est terre à terre, collé aux préoccupations des familles qui peinent à joindre les deux bouts.Et, pour les caquistes, il s\u2019agit d\u2019une perspective réjouissante : deux albatros qui s\u2019entre-déchi- rent tandis qu\u2019au sol, le dindon, qui n\u2019est pas celui de la farce, inlassablement progresse au ras des pâquerettes.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 LISÉE Ode à l\u2019oralité, geste suprêmement « cool » ou ignominie, imposture ?Le prix Nobel décerné à Bob Dylan soulève des tonnes de questions.C\u2019est peut-être là l\u2019une des seules vraies vertus de cette décision surprenante de l\u2019Académie suédoise, qui demeure justement discutable.lusieurs se sont emballés de la décision de l\u2019Académie suédoise de décerner la plus haute distinction littéraire au chanteur américain Bob Dylan.Dans nos pages, l\u2019éloquente collègue Odile Tremblay a écrit qu\u2019il «était temps que ces dignes institutions anoblissent l\u2019art populaire de longue portée.Bob Dylan, le routard rebelle juif américain, qui sut transformer le folk et la country music en cris de ralliement d\u2019une jeunesse électrique au cours des décennies 60 et 70, depuis 50 ans à la guitare et à la voix, a gagné ses épaulettes».À l\u2019opposé, le Français Pierre Assouline a lancé, dans son blogue de la République des livres, une fronde contre cette décision.Bien qu\u2019admirateur du chanteur, il af?rme que ce dernier n\u2019est pas un écrivain, « puisqu\u2019il n\u2019a pas de livre à son actif (en principe, c\u2019est d\u2019abord à ce signe matériel qu\u2019on les reconnaît avant d\u2019y aller voir pour savoir si c\u2019est du lard ou du cochon, comme dirait Jean-Baptiste Del Amo)».Quant à la chanson?«De la ritournelle, fût-elle supérieure, historique, n\u2019en est pas moins de la ritournelle », pesta-t-il.Le professeur Anthony Glinoer, de l\u2019Université de Sherbrooke, expert des institutions littéraires, soutient n\u2019avoir jamais vu «un prix qui crée autant de réactions » allant dans les deux sens.Et cette controverse pose une question vertigineuse : qu\u2019est-ce que la littérature ?D\u2019une par t, on peut avoir l\u2019impression, comme l\u2019écrivait Catherine Lalonde dans nos pages, que « la décision marque le tournant du Nobel vers l\u2019oralité en une époque toute médiatique.Dépoussiérer le Nobel de littérature?» L\u2019oralité est peut-être l\u2019un des arguments les plus forts en appui à la décision de l\u2019Académie.Avant de devenir « individuelle et silencieuse », la littérature passa par l\u2019oralité, nous explique le professeur Benoît Melançon.Nul ne nierait en effet la place d\u2019Homère dans la littérature mondiale.Même chose pour celle du Moyen Âge.Or, il s\u2019agissait d\u2019abord et avant tout d\u2019oralité.Et aujourd\u2019hui, les moyens de communication redonnent ses lettres de créance à l\u2019oralité.Entre autres au poème fait pour être chanté avant d\u2019être lu.L\u2019une des définitions de « littérature » dans le Trésor de la langue française informatisé est précisément « ensemble des productions intellectuelles qui se lisent, qui s\u2019écoutent ».Des dramaturges ont d\u2019ailleurs reçu le prix Nobel par le passé.Il est indéniable que le théâtre et la poésie, deux genres littéraires débouchant sur l\u2019oralité, font partie des genres littéraires classiques, dé?nis au XIXe siècle.Même des romanciers estiment l\u2019oralité essentielle ; Flaubert faisait passer ses textes au « gueuloir », c\u2019est-à-dire qu\u2019il les relisait tout haut : « Les phrases mal écrites ne résistent pas à cette épreuve : elles oppressent la poitrine, gênent les battements du cœur, et se trouvent ainsi en dehors des conditions de la vie», écrit-il dans une préface.Même s\u2019il porte sur une poésie conçue expressément pour être chantée et non lue, le Nobel de Dylan nous fait comprendre qu\u2019il faudrait ajouter la chanson aux ar ts littéraires.Notre époque hypermoderne (ou posthistorique, pour employer le mot de Philippe Muray) aime bien mettre les dé?nitions classiques au dé?, voire les brouiller.Tout cela a toutefois des limites, dont certaines bien prosaïques : si les chanteurs peuvent aspirer maintenant au prix littéraire le plus prestigieux, on peut douter que l\u2019inverse se produise\u2026 Les écrivains ne pourront jamais remporter un grand prix de musique ! Un Grammy à Philip Roth, à Haruki Murakami ?Au fait, Bob Dylan en demandait-il tant ?Il s\u2019est montré bien silencieux depuis l\u2019annonce de l\u2019Académie.Selon des reportages, il était en concert le soir même et n\u2019a même pas mentionné l\u2019affaire.Peut-être que lui, comme nombre d\u2019autres, estime que plusieurs poètes ou auteurs américains ou étrangers auraient mérité le prix?Roland Barthes af?rmait que « la littérature, c\u2019est ce qui s\u2019enseigne, un point c\u2019est tout ! » (Merci à M.Glinoer pour le rappel) Le prix Nobel à Dylan compliquera peut-être encore davantage la tâche aux professeurs et théoriciens qui, déjà, débattent de manière inlassable sur la composition du cursus des œuvres à enseigner dans les écoles, collèges et universités.L\u2019espèce de désacralisation du livre, au centre de la culture depuis près de 600 ans, au pro?t d\u2019une culture populaire très légitime, mais qui déjà a déjà toute la place, sont d\u2019autres retombées potentielles, et inquiétantes, de cette décision qui risque de faire débat pendant longtemps.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 O C T O B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Les sourcils froncés : un signe de pouvoir ou de faiblesse ?Dans l\u2019édition du Devoir du mercredi 12 octobre, la caricature signée Garnotte porte un message lourd de signification à l\u2019égard de Donald Trump et des directions que prend sa campagne.Celui-ci y est représenté sous la forme d\u2019un ballon qui se dégonfle.C\u2019est un peu ce qui arrive avec notre cher candidat républicain ces derniers temps.Il semble se laisser aller et vouloir diriger sa campagne de façon fougueuse et irréfléchie.Il va dans n\u2019impor te quelle direction, tout comme un ballon qu\u2019on laisserait virevolter librement.Lorsqu\u2019on lâche la fermeture de celui-ci, il se sauve dans des directions non soupçonnées.Cette semaine, la « fermeture » de Trump s\u2019est relâchée : le Parti républicain est mainte- L I B R E O P I N I O N K H A L I D A D N A N E Économiste à l\u2019École de politique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke E n novembre 1979, au Sommet de Dublin, Margaret Thatcher, à peine élue quelques mois auparavant comme première ministre du Royaume-Uni, avait décliné de manière très élémentaire sa vision de l\u2019intégration européenne : « I want my money back ! » Son constat était simple : les coûts de cette aventure européenne sont trop élevés, comparativement aux bénéfices encaissés.Elle a alors engagé des négociations très musclées avec ses partenaires européens en brandissant la menace d\u2019une sortie si jamais elle ne parvenait pas à obtenir un accord favorable.On connaît la suite : elle finira en 1984 par soutirer le fameux « rabais britannique » sur la contribution du pays au budget européen.Pour 2015, cela représentait une économie d\u2019environ six milliards d\u2019euros pour le Royaume-Uni.Le jeu des comparaisons Certes, la situation est différente aujourd\u2019hui, car les négociations porteront sur les modalités de sortie de l\u2019Union européenne (EU) et non sur des accommodements pour y demeurer.Mais, en politique, le jeu des comparaisons est inévitable, et Mme Theresa May, première ministre britannique depuis juillet dernier, devra s\u2019y faire.Chargée de négocier le dossier du Brexit avec l\u2019UE, elle marchera certainement sur les traces de celle qu\u2019on surnommait la « dame de fer ».Obser vateurs et simples citoyens vont donc épier ses faits et gestes afin d\u2019évaluer sa détermination ainsi que sa capacité à imposer ses priorités aux partenaires européens.Entre-temps, Mme May aura à jongler avec quelques scénarios et à relever certains défis importants et décisifs.Entre pressés et prudents Son premier défi renvoie à l\u2019unité de son parti.La réunion convoquée le mois d\u2019août dernier à sa résidence était justement destinée à cette fin.C\u2019est que, à l\u2019intérieur du Parti conservateur, il y a deux tendances clairement définies : les «pressés» et les «prudents».Pour les premiers, dont fait partie l\u2019ex-maire de Londres, Boris Johnson (qui, rappelons-le, était le plus farouche partisan du Brexit pendant la campagne référendaire), on aimerait concrétiser très rapidement la volonté populaire exprimée le 23 juin dernier et donc engager les négociations le plus tôt possible avec les partenaires européens.Pour les seconds, même si on prend acte du verdict populaire, on redoute encore les coûts potentiels de cette sortie : une sortie qui risque d\u2019être coûteuse, voire hasardeuse, sur tout lorsqu\u2019on pense au marché dont le pays pourrait être privé, évalué à près de 500 millions de consommateurs, marché privilégié des exportateurs britanniques.Devant cette situation, Mme May devra arbitrer afin de trouver un équilibre, une sorte de compromis qui lui permettra de pouvoir naviguer entre ces deux pôles du spectre politique de sa formation.Pour le moment, Mme May semble avoir trouvé une formule très simple et gagnante : « Brexit is Brexit », dit-elle.Une coquille floue, voire vide, mais qui a le mérite de conforter les deux groupes.Rendez-vous électoraux Au-delà de ces paramètres par tisans, Mme May aura aussi à gérer les acteurs européens avec qui elle négociera prochainement.Peu après la victoire du Brexit, plusieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande, Angela Merkel, en tête, avaient vivement exigé que les négociations sur cette sortie soient enclenchées le plus tôt possible (mettre en marche le fameux ar ticle 50 du traité de Lisbonne).Cependant, Mme May est consciente des rendez-vous électoraux à venir, très prochainement, en Europe : notamment l\u2019élection présidentielle en France au printemps 2017 et les législatives allemandes l\u2019automne d\u2019après.C\u2019est une part importante d\u2019inconnu dans cette équation de négociations à venir qui pourrait s\u2019avérer assez déterminante pour l\u2019inciter soit à négocier vite, soit à laisser traîner les pourparlers avec les partenaires européens.La question reste à savoir lesquels seront les plus flexibles dans ces négociations, ceux en place ou ceux à venir (peut-être) ?Mais Mme May devra prendre garde de trop étirer ces jeux politiques.Le ciel du Royaume- Uni s\u2019assombrit de plus en plus sur le plan économique, les inquiétudes sont plus grandes que jamais et les pressions des marchés se font sentir de manière manifeste.La dégringolade de la devise britannique \u2014 la livre sterling \u2014 est significative à cet égard.Celle-ci a perdu près de 18 % de sa valeur depuis le référendum en juin dernier et personne ne peut prédire où cette chute va s\u2019arrêter.En ce sens, Mme May devra porter une attention particulière à cette réalité économique.Ses concitoyens britanniques y seront attentifs lors des tractations à venir avec les partenaires européens, notamment pour évaluer les gains qu\u2019elle saura décrocher, comme l\u2019avait fait dans le passé Mme Thatcher.En cas de réussite, elle pourra asseoir son leadership et se détacher enfin de ce jeu des comparaisons.Dans le cas contraire, Mme May devra se résigner à composer avec le spectre de «Maggie » pour encore bien longtemps ! Brexit : Theresa May et le spectre de « Maggie » FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET nant contre lui, qui se retrouve sans port d\u2019attache.Celui-ci ayant déclaré la guerre à son propre parti, qui reste-t-il pour l\u2019empêcher de se mettre les pieds dans les plats et de faire à sa tête ?Mais il y a deux choses dont tout le monde est bien cer tain : premièrement, nous savons par expérience qu\u2019un ballon trop gonflé nous explose à la figure.Et, deuxièmement, que Donald Trump au pouvoir est bien plus dangereux qu\u2019un ballon rempli à pleine capacité.Claudia Laporte Le 12 octobre 2016 NOBEL À DYLAN Discutable P ANTOINE ROBITAILLE Des réformes au Vatican La gestion du Vatican a besoin d\u2019être réformée.Les normes de gouvernance au- jourd\u2019hui communément admises par toutes les administrations ne semblent pas être arrivées derrière les murs de la vénérable institution.Mais il ne faut pas penser que toute l\u2019Église catholique est comme cela.Par exemple, pour les frais élevés dans les causes en canonisation, il est bon de rappeler que ces enquêtes se font en deux temps.Il y a d\u2019abord le travail d\u2019enquête, le procès qui se tient dans le coin de pays où la guérison inexpliquée a eu lieu.C\u2019est là qu\u2019on interroge les témoins, les médecins experts, un peu comme dans un procès civil.Sartre nobélisé ?Contrairement à ce qu\u2019on peut voir dans la caricature de Pascal, Sartre n\u2019est pas un lauréat du prix Nobel de littérature.En 1964, il avait refusé ce prix.Il n\u2019a pas voulu que son nom soit associé à ce prix, on ne devrait pas le faire à sa place.Jacques Beaudry Le 14 octobre 2016 Puis, il y a une deuxième étape relayée à Rome avec des gens qui font avancer le dossier là-bas.Dans la cause qui a fait déclarer saint le frère André, comme avocat et prêtre, j\u2019ai présidé le procès local.J\u2019avais déjà d\u2019autres fonctions au diocèse en recevant mon salaire de prêtre, le même salaire que celui de tout curé, qui est aussi le même pour l\u2019archevêque.J\u2019ai été libéré dix jours de mes autres fonctions pour tenir les audiences.Tout le reste du travail, avant et après la cause, je l\u2019ai fait sur mon temps libre en dehors de mon travail habituel, en pro bono, comme on le dit en langage juridique, gratuitement, pour aider.Et c\u2019est comme cela que je continue d\u2019aider les gens et les OBNL qui ont besoin de moi pour la plus grande joie de tout le monde.En toutes circonstances, on gagne toujours à être transparent.Et pour l\u2019Église, cette façon de faire se puise à la source de l\u2019évangile.En ce sens, on ne peut qu\u2019encourager les réformes entreprises au Vatican.Là où est ton cœur, là est ton vrai trésor dit-on.Le cœur de l\u2019af faire, c\u2019est la crédibilité d\u2019une institution millénaire et planétaire qui porte le poids de son passé, mais aussi la vigueur de sa longue expérience.Et qui doit, comme toute organisation qui a une si longue histoire, savoir se renouveler en gardant le cap sur l\u2019essentiel.Benoît-Marc Boyer, Ad.E., prêtre Le 14 octobre 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 O C T O B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.J A C Q U E S V A L L É E Administrateur d\u2019État à la retraite, l\u2019auteur a assumé la fonction, en 1983 et 1984, de commissaire général à la visite du pape et, de 1994 à 1996, celle de délégué du Québec à Rome.Extraits de la communication qu\u2019il a livrée au colloque René-Lévesque tenu à Québec vendredi.ntre 1978 et 2002, le gouvernement du Québec m\u2019a confié plusieurs mandats qui m\u2019ont amené à nouer des rapports avec des personnalités du Vatican, dont celui de commissaire général à la visite du pape.J\u2019ai bien volontiers accepté l\u2019invitation des responsables du présent colloque à livrer mon «témoignage» sur les échanges qu\u2019ont eus, en 1983 et 1984, le pape Jean-Paul II et le premier ministre René Lévesque.Leurs rencontres appartiennent désormais à l\u2019histoire.Et le temps est venu, là aussi, en reprenant le titre du maître livre de Martine Tremblay d\u2019inviter les Québécois à se glisser Derrière les portes closes de l\u2019exercice du pouvoir dans leur pays.[\u2026] Personne n\u2019est en mesure de rapporter avec exactitude le contenu de l\u2019entretien qu\u2019eurent à Rome, le 9 décembre 1983, Jean-Paul II et René Lévesque, puisqu\u2019il n\u2019y eut aucun témoin.En effet, l\u2019ambassadeur du Canada au Saint-Siège, Yvon Beaulne, à qui nous avions fait savoir que René Lévesque souhaitait s\u2019entretenir en tête-à- tête avec le pape, et qui était par ailleurs informé de ce que cette formule convenait aussi au souverain pontife, décida, en dépit des pressions en sens contraire d\u2019Ottawa, d\u2019accéder au souhait du premier ministre en se retirant volontairement de la bibliothèque privée du pape.[\u2026] Au cours du déjeuner qui suivit dans un restaurant de Rome, M.Lévesque me prit en aparté et me confia «dans la plus grande confidentialité » ce qu\u2019il retenait de son entretien avec le pape, « qui avait porté essentiellement sur la souveraineté du Québec».Le Polonais Karol Wojtyla, qui avait vécu toute sa vie d\u2019adulte sous les deux totalitarismes du XXe siècle, nazisme et communisme, comprenait difficilement les raisons des souve- rainistes de vouloir se séparer d\u2019un pays aussi envié de par le monde et aussi démocratique que le Canada.Comme nous étions en 1983, le résultat du référendum de 1980 avait déjà réglé, à ses yeux, la question.Mais, à neuf mois de son arrivée à Québec, le pape espérait que le premier ministre puisse l\u2019éclairer sur ce qu\u2019il appelait « l\u2019état d\u2019âme des Québécois ».Lévesque me précisa que, en réponse, il avait essayé d\u2019esquisser un tableau d\u2019ensemble honnête de la situation en faisant valoir, avec le plus de délicatesse possible, la position de son gouvernement.La deuxième rencontre de René Lévesque et de Jean-Paul II eut lieu le 10 septembre 1984 à Québec, au Musée national des beaux-arts, lors de la visite par le pape de l\u2019exposition Le Grand Héritage.[\u2026] La nature de la diplomatie québécoise Depuis 1965, le Québec applique la doctrine Gérin-Lajoie, selon laquelle il lui revient d\u2019assumer, sur le plan international, le prolongement de ses responsabilités internes.Dans deux documents publiés en 1968 sur le fédéralisme et les relations internationales, Ottawa présente une vision diamétralement opposée des rapports internationaux, fondée, elle, sur «l\u2019indivisibilité» non seulement de «la politique étrangère» mais des «relations étrangères» du Canada.La position d\u2019Ottawa trouve sa base théorique dans la thèse développée au XVIe siècle par le penseur français Jean Bodin sur «la souveraineté», «puissance absolue et perpétuelle d\u2019une république».Cette position néglige le fait que, dans le cas du fédéralisme moderne, apparu aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle, la thèse de Bodin a perdu aujourd\u2019hui son fondement sur le plan constitutionnel.Car, comme l\u2019explique le grand théoricien du fédéralisme, Alexis de Tocqueville, dans La démocratie en Amérique, il est de l\u2019essence même du régime fédéral de n\u2019être pas le produit d\u2019une seule souveraineté : «Ce système met en présence deux souverainetés.Le législateur parvient à rendre les mouvements de ces deux souverainetés aussi simples et aussi égaux que possible, et peut les renfermer toutes les deux dans des sphères d\u2019action nettement tracées ; mais il ne saurait faire qu\u2019il n\u2019y en ait qu\u2019une, ni empêcher qu\u2019elles ne se touchent en quelque endroit.La souveraineté de l\u2019Union est tellement engagée dans celle des États, qu\u2019il est impossible, au premier coup d\u2019œil, d\u2019apercevoir leurs limites.» La nouvelle réalité des fédérations La constitution des diverses organisations internationales spécialisées du système des Nations unies, dont les travaux portent souvent sur des sujets de compétence provinciale, ne prend pas vraiment en compte la nouvelle réalité des fédérations.L\u2019esprit de la souveraineté absolue à la Jean Bodin y prédomine.Cet esprit est le seul qui satisfaisait, au moment de leur création, la volonté de pouvoir absolu de deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l\u2019URSS et la Chine.Ottawa trouve donc dans la famille des Nations Unies un riche arsenal de moyens pour assujettir à son bon vouloir la voix et l\u2019action internationales du Québec.En revanche, en ce qui concerne les relations bilatérales, c\u2019est-à-dire les relations de pays à pays, Ottawa ne peut guère aller plus loin que d\u2019embarrasser épisodiquement le Québec en se servant des canaux diplomatiques traditionnels définis par les conventions de Vienne.Depuis fort longtemps, les premiers ministres du Québec, en commençant par Maurice Duplessis en 1945 dans l\u2019épopée des trésors polonais, ont appris à tirer leur épingle du jeu dans le domaine international, en développant, selon une image fort parlante de Louise Beaudoin, «une diplomatie par chemins de traverse».À l\u2019ère de l\u2019explosion des échanges internationaux, de la multiplication moderne des moyens de communication et des intervenants, le gouvernement de René Lévesque a fait la preuve, à plusieurs reprises, de la redoutable efficacité d\u2019une telle diplomatie.L\u2019événement historique que fut la visite du pape Jean-Paul II au Québec en est l\u2019un des plus remarquables exemples.René Lévesque, Jean-Paul II et « l\u2019état d\u2019âme des Québécois » A U R É L I E L A N C T Ô T Étudiante en droit à l\u2019Université McGill et diplômée en journalisme de l\u2019UQAM n mars 2016, lors d\u2019une conférence d\u2019ONU Femmes à New York, Justin Trudeau séduit les progressistes du monde entier en affirmant qu\u2019il proclamera haut et fort son féminisme jusqu\u2019au jour où cela « ne suscitera plus qu\u2019un haussement d\u2019épaules ».Après une année au pouvoir, c\u2019est à peu près la réaction que suscite l\u2019engagement féministe de notre photogénique premier ministre.Trudeau a composé un cabinet paritaire et a mis sur pied une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées.Saluons-le.Toutefois, les gestes posés pour améliorer les conditions de vie générales des Canadiennes déçoivent.Les libéraux ont joué du tambour bien fort pour vanter les investissements et la création d\u2019emplois inscrits dans leur premier budget.C\u2019était de bon augure pour les Canadiennes, qui sont en moyenne plus pauvres que leurs concitoyens et plus nombreuses à être au chômage ou à occuper des emplois précaires.Toutefois, il n\u2019est pas clair que les emplois promis bénéficieront aux femmes.Des investissements inadéquats Kate McIntur f f, chercheuse au Canadian Center for Policy Alternatives, souligne que 88,5 % des emplois qu\u2019on créera dans les deux prochaines années se concentrent dans des secteurs à prédominance masculine, et il n\u2019y a pas d\u2019investissements prévus dans les secteurs où les femmes sont majoritaires.On peut donc craindre que seule une modeste proportion des emplois créés bénéficiera ef fectivement aux femmes.Pourtant, ce sont elles qui en auraient le plus besoin pour améliorer leur taux d\u2019emploi et corriger les écarts de revenus entre les sexes.Le budget prévoyait aussi une somme de 500 millions de dollars pour la création d\u2019un «cadre national pour la garde des enfants ».Toutefois, rien ne garantit pour l\u2019instant que les fonds seront utilisés pour propulser la création d\u2019un système de garderies national accessible et universel, conçu comme une responsabilité collective à l\u2019égard des familles, plus particulièrement à l\u2019égard des jeunes mères, et non comme un simple service client.À ce chapitre, on pourrait avoir des surprises amères.On se réjouit de l\u2019investissement de 89,9 millions sur deux ans dans le soutien des refuges pour femmes victimes de violence.Toutefois, l\u2019enveloppe dont dispose Condition féminine Canada (CFC) pour financer les projets de prévention de la violence est bien mince, ce qui est un choix curieux, alors que Justice Canada estime que la violence faite aux femmes coûte annuellement plusieurs milliards à la société canadienne.Société civile mal financée Quant aux groupes de femmes, qui forment l\u2019épine dorsale de la promotion de l\u2019égalité d\u2019un océan à l\u2019autre, ils sont loin de trouver leur compte.On a prévu investir 23,3 millions sur cinq ans pour renforcer CFC, mais après le véritable saccage orchestré par le gouvernement Harper, c\u2019est trop peu pour restaurer la capacité d\u2019agir du ministère.Par ailleurs, et c\u2019est là où le bât blesse, CFC persiste à offrir aux organisations admissibles du financement par projets ciblés.Or, cela a pour conséquence désastreuse de placer des groupes déjà affaiblis et débordés en compétition les uns contre les autres, pour des fonds de toute façon insuffisants.De plus, on coupe ainsi les ailes de ces groupes, qui ne peuvent plus définir, planifier leur action à long terme, enfermés qu\u2019ils sont dans les critères de financement étroits et sans grande vision.Les groupes de femmes sont les organisations de la société civile les plus mal financées au Canada.Leurs employées sont les moins bien payées de tous les organismes communautaires.Pourtant, ce sont les forces vives de la promotion de l\u2019égalité et du féminisme.Or, la bienveillance féministe de Trudeau sera vaine si celles et ceux qui font avancer l\u2019égalité sur le terrain sont à bout de souffle et de moyens.Si Trudeau veut faire la preuve que son féminisme n\u2019est pas qu\u2019une affaire de marketing, il devra faire plus, et faire mieux.Sinon, les haussements d\u2019épaules se transformeront vite en franche colère.Un an de féminisme avec Justin Trudeau M A X I M E C A T E L L I E R Écrivain et professeur de littérature au collège de Valleyfield quoi reconnaît-on la valeur d\u2019une œu- vre littéraire ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut considérer comme de la littérature ?Ces questions risquent de faire jaser dans les chaumières du monde intellectuel depuis que le Comité Nobel a choisi de décerner la plus haute distinction littéraire au monde à Robert Allen Zimmerman, qui a pris le nom de Bob Dylan au tournant des années 1960.Le choix de ce patronyme nous renseigne déjà sur la tradition littéraire dans laquelle s\u2019inscrit Bob Dylan: celle qui, de Walt Whitman à Dylan Thomas, a forgé la modernité poétique de la langue anglaise.Que Bob Dylan ait opéré l\u2019alliage entre cette haute modernité et la tradition basse de la chanson populaire ne devrait pas nous servir à discréditer son œuvre, mais plutôt à lui concéder un degré de difficulté jusque-là inégalé.Mais les réactions d\u2019aujourd\u2019hui nous ont surtout appris quelque chose de pas très reluisant sur le monde littéraire : il est réactionnaire, carriériste et fermé sur lui-même.On ne compte plus les fausses analogies pullulant sur la Toile entre Bob Dylan et Céline Dion, ou encore le souhait malignement ironique qu\u2019on attribue bientôt un Grammy à Philip Roth.Personne n\u2019a remis en question la portée de l\u2019œuvre de Bob Dylan et sa qualité littéraire, si ce n\u2019est qu\u2019en essayant de la réduire à son emploi passéiste de la rime qui, d\u2019un point de vue stylistique, a été révolutionné de fond en comble par le principal intéressé, tout comme elle l\u2019a été au tournant des années 2000 par un rappeur du Michigan ayant adopté le pseudonyme d\u2019Eminem.La coterie littéraire, plutôt que de s\u2019intéresser à ces transformations capitales dans la poétique d\u2019une langue, détourne toujours la tête pour se plonger dans ses lectures ô combien fascinantes, mais dont la portée réelle est limitée.Limitée par les barrières qu\u2019elle s\u2019est elle- même fixées pour définir une identité qui se résume généralement à bien peu de choses : le livre comme vecteur inaliénable de son art.On aurait cru la poésie capable de sortir de ce carcan imbécile, mais c\u2019était sans compter sur la peur qu\u2019on lui vole la place si chèrement acquise qu\u2019elle s\u2019est taillée au panthéon des productions culturelles.On ne tolérera pas qu\u2019un barde, aussi doué soit-il, obtienne la récompense la mieux dotée sans avoir écrit un seul livre.C\u2019est oublier Tarantula, l\u2019un des plus audacieux livres de poésie jamais écrits, que Dylan pondit quelque part en 1965-1966, au beau milieu d\u2019une tempête créatrice qui se solda par un accident de moto quasi mortel au volant de sa Triumph.Durant ces 18 mois où il enregistra trois disques qui changèrent à jamais la face de la musique populaire, Bob Dylan réussit à inventer de nouveaux modes poétiques.On ne devrait pas lui tenir rigueur d\u2019avoir en plus composé les airs qui allaient les accompagner.La volonté de séparation entre le champ littéraire et le champ musical est avant tout une volonté de séparer les spectacles pour éviter que le public ne se retrouve libre d\u2019errer entre les scènes pour découvrir les paroles qui ne trouvent ni pages ni planches pour s\u2019exprimer.Le destin de ce jeune juif de Duluth (Minnesota), qui a suivi la route 61 pour aller boire aux racines de la tradition poétique américaine, en passant par la croisée des chemins où le blues du delta avait signé son pacte avec le diable, est l\u2019une des aventures littéraires et musicales les plus inédites de notre temps.Bob Dylan, une grande aventure littéraire et musicale ZUMAPRESS.COM / KEYSTONE PRESS Robert Allen Zimmerman, qui a pris le nom de Bob Dylan au tournant des années 1960.À E Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 6500 caractères (y compris les espaces), ou 1000 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi : si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.E L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 O C T O B R E 2 0 1 6 PHILOSOPHIE B 6 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à par tir des thèses d\u2019un penseur marquant.L A U R E N T J O D O I N Docteur en philosophie des sciences (Paris I), chargé de cours à l\u2019Université de Montréal et membre associé au CIRST I l est tentant de voir, dans la candidature de Donald Trump à l\u2019élection présidentielle américaine, la preuve d\u2019une carence fondamentale de la démocratie et de se ranger du côté de Churchill, pour qui elle constitue « le pire régime à l\u2019exception de tous les autres qui ont été essayés dans l\u2019histoire ».Plusieurs s\u2019entendent pour dire que le milliardaire américain est l \u2019héritier, voire la conséquence, d\u2019une montée du conservatisme dans le paysage polit ique américain.I l est considéré par plusieurs comme dogmatique et démagogue, ou même comme l\u2019«ennemi public numéro un » (Taillefer, Le Devoir, 23 juillet 2016).C\u2019est pourquoi il est nécessaire de faire l\u2019examen (et la critique) du courant de pensée dont lui et ses supporteurs se réclament.Karl Raimund Popper (1902- 1994), sans doute le philosophe des sciences le plus influent du XXe siècle, a analysé les fondements épistémologiques de certaines doctrines politiques, dont le totalitarisme.Né à Vienne, il a fui le nazisme pour s\u2019installer, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Angleterre.Son ap- por t le plus durable est son critère de démarcation entre science et non-science, s\u2019inspirant de la comparaison de deux théories-phares, la mécanique quantique et la psychanalyse freudienne.Dans La société ouver te et ses ennemis (1945), il souhaite défendre la liberté et la démocratie en s\u2019attaquant entre autres à la théorie de Platon présentée dans La république, qu\u2019il juge être une apologie déguisée du totalitarisme.Il reprocherait au- jourd\u2019hui à cer tains « conservateurs » de rejeter le changement, pour ne pas dire le progrès, et de s\u2019en défendre dans un refus du dialogue.Il prescrirait plutôt une attitude (idéalisée) proche de celle des scientifiques dans leur recherche de la vérité.Quel rationalisme?Le rationalisme, terme embrassant une pléthore de sens, peut autant désigner une secte théologique qu\u2019une doctrine philosophique ou une attitude intellectuelle.La doctrine philosophique a une portée ontologique, en ce qu\u2019elle porte sur la nature du monde et prétend que rien n\u2019existe qui n\u2019ait sa raison d\u2019être.On l\u2019oppose souvent à l\u2019empirisme, et sa signification (épistémologique) porte alors sur les sources de la connaissance, lesquelles proviendraient de la raison d\u2019abord, avant l\u2019expérience.En ce qui concerne l\u2019attitude intellectuelle, est rationaliste celui qui n\u2019admet comme recevable que ce qui peut être reconnu comme tel par une intelligence strictement humaine, à l\u2019exclusion des révélations ou dogmes en retrait des réalités accessibles aux moyens de connaissance naturels ou techniques.Le rationalisme de Popper se rapporte davantage à cette attitude, semblable à celle du scientifique, qui consiste « à résoudre le plus grand nombre possible de problèmes par le recours à la raison, c\u2019est-à-dire à la pensée lucide et à l\u2019expérience plutôt qu\u2019aux émotions et aux passions».Être rationaliste reviendrait à reconnaître les limites de nos connaissances et admettre que l\u2019er reur peut être de notre côté : « c\u2019est être disposé à un ef for t et, s\u2019il le faut, à un compromis pour parvenir à la vérité dans des conditions susceptibles de rallier la majorité de l\u2019opinion».Comme le dit un autre philosophe des sciences du XXe siècle, Gaston Bachelard, la « vérité est dans le travail de l\u2019expérience par l\u2019activité rationnelle ».S\u2019il y a quelque chose comme une «vérité objective », elle ne peut être atteinte (ou approchée) qu\u2019au prix de la collaboration et de la confrontation des idées.Popper oppose donc le rationalisme à l\u2019irrationalisme, qui place l\u2019individu devant la pensée, et les émotions et les passions devant la raison et l\u2019expérience.Ce dernier puise dans le mysticisme et dans la «nostalgie de l\u2019unité perdue et de l\u2019abri du tribalisme ».Les irrationa- listes récusent le rôle déterminant de la raison en sciences et a for tiori dans les autres domaines de l\u2019activité humaine.Mais où l\u2019irrationalisme a un avantage par rapport au rationalisme, c\u2019est dans l\u2019impossibilité pour ce dernier de justifier rationnellement sa propre position, d\u2019en fournir une preuve par le raisonnement ou l\u2019expérience, au risque de tomber dans un cercle vicieux.Le rationaliste aurait pour ainsi dire une foi irrationnelle en la raison.Or, selon Popper, ce n\u2019est pas une raison pour capituler devant l\u2019irrationalisme.Choisir le rationalisme est une décision d\u2019ordre moral.Car elle peut avoir une profonde influence sur notre attitude à l\u2019égard des autres hommes et des problèmes de la société.Puisque l\u2019aspect critique est primordial dans le rationalisme que défend Popper, il en découle, selon lui, une obligation morale de défendre les institutions destinées à protéger la liberté de pensée et de critique (presse, université, justice).En revanche, l\u2019irrationalisme refuse toute discussion et, ce faisant, contribue à séparer les hommes en deux catégories : ceux qui « nous » sont proches et tous les autres.Cette ségrégation mène presque invariablement à l\u2019anti-égalitarisme, dont l\u2019appel aux émotions et aux passions ne pourra pallier.Quel conservatisme?Le mot «conservatisme» est aussi un terme polysémique et on le confond bien souvent avec toute une panoplie d\u2019idéologies de droite, comme le fascisme.Il convient toutefois de le définir par la conjonction de trois doctrines principales.La première, et la plus évidente, est le traditionalisme, qui prône la continuité en politique, le maintien des institutions et pratiques existantes, et qui se fait le relais de la suspicion face au changement.La seconde est un scepticisme politique qui récuse la possibilité d\u2019obtenir des résultats désirables en politique par des théories et des structures abstraites et rationnelles.La troisième doctrine est ce qu\u2019on peut appeler l\u2019organicisme, selon lequel l\u2019être humain et la société seraient organiquement ou intrinsèquement reliés, en sorte qu\u2019il n\u2019y aurait pas de nature humaine universelle.Le dédain des conservateurs pour les théories politiques rend souvent plus opaque la défense de leurs positions.On peut néanmoins associer, à certains égards, les idées de Platon et d\u2019Aristote à ce courant de pensée.Mais c\u2019est avec Edmund Burke, grand critique de la Révolution française, qu\u2019il atteint sa maturité.Aujourd\u2019hui, plusieurs partis et hommes politiques s\u2019en réclament, sans toutefois adhérer clairement à ses trois principales doctrines.La défense du traditionalisme, par exemple, semble plutôt se faire par le menu selon un programme (de droite) mêlant religion et économie de marché.Il est loin d\u2019être évident, en outre, que ceux et celles s\u2019af fichant comme « conser va- teurs » puissent vraiment ancrer leurs positions politiques dans une continuité historique ou les justifier en tirant des leçons de l\u2019histoire.On constate donc la diversité des idées politiques, mais aussi la divergence entre l\u2019affiche et la pratique au sein du mouvement conservateur.Malgré certaines incongruités, on peut cerner au sein de ce mouvement un ensemble d\u2019idées plus ou moins cohérent.Et plus particulièrement au sein du conservatisme populiste, que l\u2019on peut caractériser par l\u2019apologie de l\u2019opinion (doxa, vox populi) et d\u2019une méfiance exacerbée à l\u2019endroit de la science en général, et même face à l\u2019expertise, qui se traduit par une sorte de dégoût pour la figure de l\u2019intellectuel (et tout ce qui s\u2019en rapproche).On peut aller jusqu\u2019à dire que cette méfiance s\u2019adresse à tout raffinement de la pensée.Pensons, par exemple, à George W.Bush, qui se targuait de ne pas lire les journaux, et à Sarah Palin, prétendant le faire sans toutefois pouvoir en nommer un seul.Ce genre de scepticisme provient sans doute d\u2019un glissement du scepticisme politique caractéristique du conservatisme, mais il ne peut en être, en toute rigueur, une conséquence logique.D\u2019ailleurs, à moins de verser dans un dogmatisme hostile à tout changement, le tenant du conservatisme (selon la définition précédente) se doit d\u2019appuyer ses décisions sur des connaissances historiques.Cela ne signifie toutefois pas que le « conser vateur » s\u2019impose le même devoir.Des exemples contemporains Le Par ti conser vateur du Canada de Stephen Harper a su, dans les dix dernières années, remodeler l\u2019image du pays par l\u2019imposition d\u2019un programme politique bien défini.Le professeur Christian Na- deau a montré que ce parti a tenté de fondre les différentes doctrines conser vatrices en une seule et que sa « philosophie » se distinguait du conservatisme (défini plus tôt).Mais l\u2019anti-intellectualisme de ce dernier était bien présent et les exemples sont nombreux : négation du réchauffement climatique, ministre des Sciences et Technologies favorable au créationnisme, annulation du recensement obl igatoire, bâillonnement des scientifiques de l\u2019État, réduction du budget de la recherche scientifique (principalement en sciences humaines et de l\u2019environnement).Cette position entend se passer des faits pour gouverner ou laisse croire que la réalité doit s \u2019adapter à nos désirs.Ce conservatisme est populiste au sens où il oppose le savoir spécialisé à l\u2019opinion populaire (épistémê versus doxa) : il faudrait en quelque sorte défendre les idées du vulgum pecus devant le charabia incompréhensible des scientifiques et des intellectuels \u2014 une sorte d\u2019élite \u2014 qui chercheraient à tromper la population.Cette attitude s\u2019est aussi t ransposée dans l e r e fus presque catégorique du parti de Harper de s\u2019adresser aux journalistes.Et cela est doublement pernicieux.D\u2019une part, on retrouve là aussi un refus de la confrontation des idées et même du dialogue.Les émissions de variétés, qui tiennent aujourd\u2019hui lieu de tribune publique, ont elles aussi goûté à cette fermeture, à tel point que ce n\u2019est pas la peur de la critique qui semblait animer ce par ti, mais bien celle de devoir exprimer clairement leurs idées.D\u2019autre part, ce refus exprime un besoin de contrôle du message semblable à celui du publicitaire souhaitant convaincre par des « phrases-chocs » et des « demi-vérités ».En définitive, c\u2019est la séparation du « eux » et du « nous » que cette attitude cultive.Aux États-Unis, le conservatisme populiste est aussi bien vivant, bien qu\u2019il demeure toujours impossible de parler d\u2019un seul conservatisme américain.Se défendant contre un rival républicain en août 2015, M.Trump a lancé : «Lorsqu\u2019on y pense bien, je suis une personne conservatrice.» Il a toutefois voulu rappeler en mai qu\u2019il se présentait pour le parti «républicain» et non pas pour le parti «conservateur».Il est vrai que ses positions affichées avant la course à l\u2019investiture s\u2019éloignaient de ce que la droite américaine défend depuis longtemps sur les questions du système de santé, du port d\u2019arme et du paiement de la dette.Que M.Trump joue un double jeu ou non n\u2019est pas la question, mais plutôt que les idées qu\u2019il défend trouvent écho chez une frange de la population qui le soutient vigoureusement comme candidat présidentiel.Cette population, ce « peuple » auquel Trump s\u2019adresse ne semble pas plus avide de débats et d\u2019analyses d\u2019information.Lorsque ce dernier identifie les immigrants comme la source de tous les malheurs (ou presque), il ne sent pas le besoin de se référer à des études ou même à des faits.On retrouve ici l\u2019irrationalisme que combat Popper, lequel fait appel aux émotions suscitées par l\u2019identification d\u2019un bouc émissaire, qu\u2019il suffirait d\u2019éliminer pour retrouver le paradis perdu.Cette vieille tactique masque bien le piège qu\u2019elle contient.Les « néoconservateurs », par ailleurs, étaient tellement convaincus d\u2019avoir raison qu\u2019ils ont, pour déclencher la guerre en Irak, sciemment caché ou trafiqué les informations sur les armes de destruction massive.Sans dire qu\u2019elle est l\u2019apanage du Parti républicain ou de la droite en général, ce que l\u2019on constate de plus en plus est une tendance des acteurs politiques à se rabattre sur des sources d\u2019information de plus en plus tendancieuses, unidimensionnelles et par tisanes.Avec comme effet, mais aussi comme cause, de limiter les espaces de dialogue et d\u2019échange des idées (un phénomène qu\u2019on constate aussi au Québec).La vérité ne se possède pas et les moyens pour la découvrir n\u2019offrent aucune garantie.L\u2019approche de Popper nous le rappelle: nous ne pouvons que procéder par essais et erreurs, espérant trouver de meilleurs arguments.Le plus souvent, la connaissance s\u2019acquier t de haute lutte, et il vaut mieux s\u2019y mettre à plusieurs.Les solutions simples aux problèmes complexes cachent souvent une hypocrisie.Le principe selon lequel tout le monde a « droit à son opinion» n\u2019est pas remis en cause.C\u2019est lorsque cette opinion porte à conséquence sur ceux et celles qui ne la partagent pas qu\u2019un devoir d\u2019écoute s\u2019impose.Plusieurs «conservateurs» (mais aussi, plus récemment, le premier ministre Couil- lard) l\u2019ont oublié.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robi tai l l e : arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo LE DEVOIR DE PHILO Le remède rationaliste de Popper au conservatisme populiste Le philosophe a mis au jour les fondements épistémologiques de certaines doctrines politiques ILLUSTRATION TIFFET Karl Raimund Popper, sans doute le philosophe des sciences le plus influent du XXe siècle, a analysé les fondements épistémologiques de certaines doctrines politiques, dont le totalitarisme.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Laurent Jodoin L\u2019approche de Popper nous le rappelle : nous ne pouvons que procéder par essais et erreurs, espérant trouver de meilleurs arguments "]
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