Le devoir, 22 octobre 2016, Cahier I
[" MUSÉES DES HISTOIRES À RACONTER C A H I E R T H É M A T I Q U E I \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 MAC Une Biennale aux contours protéiformes Page I 5 Musée canadien de l\u2019histoire Le Canada à l\u2019honneur Page I 4 La Biennale de Montréal 19.10.16 \u2014 15.01.17 Le Grand Balcon Au Musée d\u2019art contemporain de M ontréal et dans d\u2019autres lieu x bnlmtl2016.org P h o t o : N a d i n e F r a c z k o w s k i P h o t o : S h a n n o n B o o l P h o t o : N j i d e k a A k u n y i l y C r o s b y SOURCE LAIA PUJOL CHESS, un système de création de récit numérique, permet de mettre en scène les expositions proposées par les musées, comme au musée de l\u2019Acropole (en photo) à Athènes, en Grèce.M I C H E L B É L A I R Collaboration spéciale L ors du récent congrès de la Société des musées du Québec, placé sous le thème du récit muséal, Laia Pujol, chercheuse Marie-Curie à l\u2019université Pompeu Fabra de Barcelone, a présenté CHESS, un système de création de récit numérique qui permet de mettre littéralement en scène les expositions proposées par les musées.Son exposé, Histoire de CHESS.Du storytelling aux multiples dialogues dans l\u2019espace culture, a reçu un accueil extrêmement positif des participants.Au moment où souffle un vent de renouveau qui redéfinit le rapport entre l\u2019art et le public, la chercheuse catalane explique comment ce système peut changer complètement l\u2019expérience de la visite du musée.Mettre en contexte Laia Pujol souligne d\u2019abord que CHESS n\u2019a rien à voir avec les audioguides traditionnels.« Habituellement, le guide explique les œuvres une à une, soit par thème, soit par période ou encore par salle ; dans CHESS, c\u2019est d\u2019abord l\u2019histoire que l\u2019on veut raconter qui occupe le premier plan et qui sera illustrée par les œuvres exposées.C\u2019est pour cela que le contexte [normalement historique] des œuvres est toujours expliqué par le narrateur dans la toute première unité de récit.Dans cette introduction, c\u2019est non seulement le contexte de l\u2019histoire [et donc des œuvres] qui est présenté, mais aussi le contexte global auquel le visiteur sera exposé dans son expérience au musée.Il va de soi que l\u2019approche sera différente selon le but visé par les conservateurs du musée et selon le profil des visiteurs.» Elle en donne une série d\u2019exemples dif fé- rents : celui de la Cité de l\u2019espace à Toulouse, où l\u2019on souhaitait relier les différents éléments du parc entre eux ; et celui du musée de l\u2019Acropole à Athènes, où l\u2019on voulait montrer l\u2019importance des œuvres d\u2019une façon plus interactive et empathique.Celui aussi du site néolithique de Çatalhöyük en Turquie, où l\u2019on a essayé d\u2019encourager l\u2019échange social entre les visiteurs ; et finalement du Stedelijk, d\u2019Amsterdam, qui a choisi de créer plusieurs récits à partir des mêmes œuvres et ressources numériques (images, vidéos, jeux, réalité augmentée\u2026).« Sur ce point , poursuit la chercheuse, CHESS a démontré sa grande flexibilité.D\u2019une part, les musées connaissent bien leurs visiteurs et, de l\u2019autre, le système peut personnaliser l\u2019expérience de la visite à volonté.Selon le profil défini, cette expérience sera plus ludique pour les enfants, plus spécialisée pour les experts, plus \u201cgénérale\u201d pour les touristes\u2026 Mais, en plus, le système est capable de modifier ou d\u2019adapter cette approche en temps réel, selon les choix de l\u2019usager et les conditions de la visite.» Raconter des histoires Des vierges en bois du XIVe siècle aux tableaux de Kandinsky en passant par les amphores romaines, toutes les œuvres d\u2019art, tout le patrimoine culturel de l\u2019humanité ont des milliers d\u2019histoires à raconter.La question qui se pose aujourd\u2019hui n\u2019est pas de savoir comment raconter une histoire, mais plutôt de définir les limites de ce récit.« De nos jours, reprend Laia Pujol, les nouvelles technologies nous permettent de tout raconter puisque le vir tuel a le pouvoir de rendre toutes les histoires possibles ; avec l\u2019aide des logiciels, on le sait, il est facile de tout actualiser, de tout personnaliser.On peut choisir d\u2019être plus ludique ou plus \u201cpointu\u201d, insister plus sur le texte ou sur le visuel, ou encore faire plus appel au récit ou au dialogue.Il est même possible de reconstruire des statues abîmées par le temps ou de rassembler toutes les œuvres d\u2019un artiste même si elles sont disséminées dans l\u2019espace et le temps.Avec le numérique, le musée imaginaire d\u2019André Malraux est finalement devenu une réalité.» Mais le visiteur d\u2019aujourd\u2019hui est déjà gavé d\u2019images et de technologie, et il faut souvent se montrer inventif pour qu\u2019il joue le jeu.Notre chercheuse parle de deux principales approches : l\u2019interaction et l\u2019empathie.«L\u2019interaction permet de faire participer le visiteur au déroulement de l\u2019histoire, alors que l\u2019empathie lui montre la dimension humaine des œuvres d\u2019art.Les besoins, les peurs, les aspirations, les sentiments, tout cela constitue un langage universel à travers le temps et l\u2019espace.Voilà pourquoi, malgré les grandes diversités culturelles à l\u2019échelle du globe, tout le monde comprend et se sent proche aussi bien de don Quichotte que des récits des Premières Nations.» Cela témoigne aussi de la grande part d\u2019interprétation qui habite ceux qui conçoivent les expositions un peu partout à travers le monde.Comme le souligne Laia Pujol, c\u2019est toujours l\u2019équipe de spécialistes du musée qui définit les expositions qui s\u2019installent dans ses murs et cette équipe dispose aujourd\u2019hui d\u2019outils performants pour affiner ses propositions.Mettre l\u2019art en scène VOIR PAGE I 4 : AR T MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 2 SOCIÉTÉ DES MUSÉES DU QUÉBEC Financement et numérique, des défis de taille É M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale A ujourd\u2019hui directeur du Musée des religions du monde à Nicolet, Jean-François Royal connaît très bien l\u2019univers muséal québécois.Depuis le début de sa carrière en 1997, il a notamment été archiviste des collections et coordonnateur des expositions au Musée du château Ramezay à Montréal, président du conseil d\u2019administration du Conseil de la culture Centre-du-Québec, vice-président, puis président du conseil d\u2019administration du Conseil du patrimoine religieux du Québec et administrateur de la Société des musées du Québec.«On me dit souvent que j\u2019ai le CV d\u2019un homme plus âgé, remarque M.Royal, un sourire dans la voix.Je viens d\u2019une famille de scouts invétérés.Je ne suis plus impliqué auprès du mouvement, mais j\u2019ai toujours aimé m\u2019engager dans mon milieu.Je crois fermement que l\u2019implication est un important moteur de changement.» Bien qu\u2019il ne soit président du conseil d\u2019administration de la SMQ que depuis quelques jours, M.Royal a déjà une bonne idée des grands dossiers qui l\u2019occuperont au cours des prochains mois.«On ne se le cachera pas, le grand défi, actuellement, c\u2019est le financement, affirme-t-il.Il faut comprendre que l\u2019enveloppe que reçoit le réseau n\u2019a pas vraiment bougé depuis plusieurs années et que, pour bien des musées, même s\u2019ils sont dynamiques et créatifs, c\u2019est devenu très dif ficile de poursuivre leur développement.Il faut trouver de nouvelles avenues et solutions et c\u2019est une question sur laquelle nous allons travailler fort avec nos membres.» La question du PAFIM Dans la foulée, M.Royal entend également se pencher avec son équipe sur les nouveaux critères d\u2019attribution de subventions énoncés par le ministère de la Culture et des Communications du Québec dans le cadre du programme Aide au fonctionnement pour les institutions muséales (PAFIM).Rappelons que le programme a été complètement remodelé au cours des derniers mois et que les impacts des modifications apportées sont divers.Notamment, en raison des nouvelles règles, une vingtaine d\u2019institutions mu- séales autrefois admissibles au PAFIM (des lieux d\u2019interprétation jugés de portée locale) en sont désormais exclues.Également, tous les musées reconnus et non soutenus à caractère scientifique, technique et industriel sont maintenant non admissibles au programme.« Pour la majorité des musées, les nouvelles règles sont positives, précise M.Royal.Il y a 52 musées qui voient leur aide au fonctionnement augmenter et 6 musées qui obtiennent pour la première fois une aide financière.Mais il y en a quand même 34 qui voient leur aide diminuer.» Préoccupée par la situation, la SMQ a déjà entamé un processus de documentation des dif ficultés rencontrées par ses membres à la suite de ces changements et, au cours des prochaines semaines, elle s\u2019affairera à l\u2019étoffer.« On veut savoir quel est l \u2019impact concret des coupes sur le budget et les activités des musées touchés.Est-ce que ça signifie moins d\u2019expositions ?Est-ce que ça implique des coupes dans les emplois ?On veut aussi savoir ce que les institutions muséales vont faire pour s\u2019en sortir et se retourner de bord.On veut bien documenter tout ça pour porter ensuite le tout à l\u2019attention du MCC.On espère que ça permettra d\u2019améliorer le PAFIM pour les années à venir», indique M.Royal.Dans le même esprit, la SMQ entend travailler de pair avec le MCC et d\u2019autres ministères pour trouver des solutions au problème de financement des musées à caractère scientifique.«La muséologie scientifique fera certainement partie des discussions qu\u2019on aura avec le gouvernement au cours des prochains mois, confirme M.Royal.On ne veut pas laisser tomber ces institutions et on va essayer de voir avec le gouvernement comment d\u2019autres ministères et d\u2019autres partenaires pourraient contribuer à leur financement.» Le défi du numérique Mais les dossiers financiers ne seront pas les seuls à occuper M.Royal et ses collègues au cours des prochains mois.L\u2019enrichissement de l\u2019of fre numérique des institutions muséales québécoises fera aussi partie des questions sur lesquelles se penchera la SMQ.« L\u2019an dernier, on a lancé l\u2019appel à projets de la mesure 24 [du Plan culturel numérique du Québec].Ça a permis à une trentaine d\u2019institutions d\u2019obtenir une aide pour créer des contenus numériques.Cette année, il n\u2019y aura malheureusement pas d\u2019appel à projets.On aurait vraiment aimé qu\u2019il y en ait un afin qu\u2019il n\u2019y ait pas trop de disparités entre les institutions qui ont obtenu de l\u2019argent et celles qui n\u2019en ont pas eu.Mais comme ce n\u2019est pas le cas, les musées qui n\u2019ont pas obtenu d\u2019aide vont devoir se montrer inventifs pour maintenir le rythme », commente M.Royal.Car à l\u2019heure du tout numérique, mal négocier son virage technologique peut s\u2019avérer préjudiciable, signale le président de la SMQ.« Aujourd\u2019hui, les gens ont constamment le nez rivé sur leur téléphone intelligent ou leur tablette dans les musées, dit-il.Pourtant, les œuvres sont généralement au mur.Pour aller chercher le public, il faut que les musées québécois intègrent de plus en plus le numérique dans leurs projets, et ce, de dif férentes façons.Il faut qu\u2019ils l\u2019utilisent pour multiplier les interactions entre les visiteurs et les œuvres.Ce qui est problématique, c\u2019est que le numérique commande souvent beaucoup de recherches et de développement et que ça, c\u2019est dispendieux.Mais tout de même, il y a des options possibles pour tous les budgets.Et à la SMQ, on est là pour soutenir nos membres dans leur démarche.» Devant l\u2019ampleur des défis qui se présentent, M.Royal ne semble point en proie à l\u2019inquiétude.«L\u2019équipe de la SMQ est formidable, confie-t-il.Il y a beaucoup d\u2019expertise autour de la table.Ensemble, on va tout faire pour améliorer la santé du réseau sur divers plans.Dans un contexte où l\u2019on sait que l\u2019enveloppe budgétaire n\u2019augmentera pas, on va s\u2019assurer de trouver des solutions inventives pour que les musées puissent poursuivre leur développement.» Du 4 au 6 octobre dernier avait lieu à Gatineau le colloque annuel de la Société des musées du Québec (SMQ).Tenu sous le thème «Récits et dialogues au musée», cette réunion fut l\u2019occasion pour ses membres non seulement de se pencher sur les dynamiques qui caractérisent les procédés narratifs muséaux, mais également d\u2019élire un nouveau conseil d\u2019administration.Entretien avec le président entrant, M.Jean-François Royal.SOURCE MUSÉE MCCORD L\u2019enrichissement de l\u2019of fre numérique des institutions muséales québécoises fera aussi partie des questions sur lesquelles se penchera la SMQ.Jean-François Royal C Y N T H I A R I V A R D Collaboration spéciale Au Musée des beaux-arts du Canada, on s\u2019af faire ces jours-ci à préparer une exposition majeure sur Alex Janvier.Présentant à la fois l\u2019artiste autochtone, maintenant âgé de 81 ans, et ses œuvres, l\u2019exposition sera la plus importante jamais présentée sur le peintre, dont l\u2019œuvre moderne, alliant l\u2019iconographie dénésuline (des communautés autochtones du nord des Prairies) et les techniques et styles artistiques occidentaux, comme la peinture automatique et l\u2019abstraction moderniste, est largement connue, respectée et appréciée.Dans le processus de création de la narration de l\u2019exposition, toute une équipe s\u2019active.Le commissaire d\u2019exposition, expert en histoire de l\u2019art, détermine les thèmes, vulgarise, situe l\u2019œuvre de l\u2019artiste dans u n c o n t e x t e h i s t o r i q u e .L\u2019agente d\u2019éducation en muséologie Andrea Gumpert s\u2019affaire pour sa part à imaginer des activités qui enrichiront l\u2019expérience des visiteurs, un processus qui exige une réflexion soutenue sur l\u2019œuvre d\u2019Alex Janvier et une bonne dose de créativité.L\u2019agente d\u2019éducation, qui participe à la conception des programmes éducatifs avant de leur donner vie avec les visiteurs, a une situation qu\u2019elle juge privilégiée : « J\u2019ai un pied en scène et MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA Apprendre à regarder une œuvre VOIR PAGE I 3 : ŒUVRE MBAC OTTAWA CANADA Œuvre d\u2019Alex Janvier, Sans titre, 1986 MBAC OTTAWA CANADA Poursuivant cette volonté de créer une discussion, une réflexion, autour de l\u2019œuvre présentée, le Musée des beaux-arts du Canada a développé toute une série d\u2019activités.Par exemple, le musée a à sa disposition des poupées, appelées les Copains Copies, qui reprennent les traits de personnages présents dans des œuvres d\u2019art, et que les enfants doivent retrouver. MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 3 un en arrière-scène», explique- t-elle en souriant.Pour elle, chaque exposition est l\u2019occasion d\u2019explorer de nouvelles approches, un processus de création qui s\u2019appuie d\u2019abord sur une solide réflexion : «Tout au début, je fais ma propre recherche sur l\u2019artiste pour aller chercher un minimum de connaissances, pour mieux connaître le thème.Puis, je prépare un document de planification, qui me permet de placer l\u2019exposition dans la mission du musée, puis de réfléchir à la meilleure façon d\u2019atteindre mon objectif, qui est toujours de créer un impact chez le visiteur, explique-t-elle.À chaque exposition, je me demande comment faire pour que le visiteur repar te avec une idée nouvelle, une connaissance de plus, ou pour qu\u2019il ait créé un lien entre sa propre vie et l\u2019expérience de l\u2019artiste.Bref, pour qu\u2019il y ait, à la fin du parcours, un lien entre le visiteur et l\u2019œuvre.» Dans le cas de cette expo- sit ion, Andrea Gumper t a tenu compte de dif férents éléments pour orienter ses propositions.« L\u2019exposition va se dérouler en hiver.Cela m\u2019indique qu\u2019il y aura moins de touristes, davantage de gens de la région et de gens qui se déplaceront exprès pour cette exposition.Je réfléchis ensuite aux clientèles qui pourraient être par ticulière- ment intéressées par l\u2019œuvre d\u2019Alex Janvier.Naturellement, nous avons ici pensé aux communautés autochtones.Nous avons imaginé, avec le commissaire et l\u2019artiste, un atelier exclusif pour les jeunes autochtones, auquel l\u2019artiste participera.Il y en aura également un autre pour le grand public.Les étudiants des cé- geps et des universités intéressés par les ar ts visuels de la région seront de leur côté invités à venir travailler directement avec l\u2019artiste.» Dans les yeux des enfants De toutes les clientèles pour lesquelles Andrea Gumpert a à imaginer des activités, ce sont celles qui s\u2019adressent aux enfants qu\u2019elle préfère créer, puisqu\u2019elles laissent plus de place à l\u2019expression d\u2019une certaine créativité.Ainsi, pour l\u2019exposition d\u2019Alex Janvier, Mme Gumpert a longuement réfléchi à la façon d\u2019aborder la question des pensionnats autochtones, présente à même le parcours du musée, avec les élèves de la 4e à la 6e année.«Je ne voulais pas éviter cette question, mais j\u2019ai beaucoup réfléchi à la façon de l\u2019aborder.Comment aborder ce sujet lourd pour leur permettre de comprendre, sans détruire?J\u2019ai réfléchi à cette question durant des semaines, voire des mois, se remémore-t-elle.Puis, c\u2019est en regardant un film sur l\u2019holocauste qu\u2019une idée m\u2019est venue.Lors des visites Découver te, nous allons déposer une valise au centre de la salle d\u2019exposition qui aborde cette question.Nous allons ensuite demander à chaque élève d\u2019y déposer un objet très important pour lui, qu\u2019il aura appor té de sa maison.Puis, nous allons leur expliquer que cet objet devra rester dans la valise pendant plusieurs mois.Les objets seront imaginaires, bien sûr, et peut-être ne comprendront-ils pas sur le moment.Mais peut-être que cela créera une discussion avec leurs parents au retour à la maison.» Poursuivant cette volonté de créer une discussion, une réflexion, autour de l\u2019œuvre présentée, le Musée des beaux- ar ts du Canada a développé toute une série d\u2019activités qui s\u2019adressent d\u2019une façon particulière aux enfants et aux familles, en misant sur l\u2019aspect ludique de l\u2019exploration.Artis- simo propose ainsi aux enfants de se déguiser, par exemple, avant de partir à la recherche du personnage qu\u2019ils incarnent, présent dans une œuvre du musée.Dans le même esprit, le musée a à sa disposition des poupées, appelées les Copains Copies, qui reprennent les traits de personnages présents dans des œuvres d\u2019ar t, et que les enfants doivent retrouver.La Tactile-ô- boîte cache pour sa par t un instr ument que les enfants doivent reconnaître au toucher et retrouver dans une œuvre.Des bouts de tissus colorés disposés sur le plancher les invitent, de leur côté, à créer une œuvre éphémère.Bref, tout est prétexte, au Musée des beaux-arts du Canada, à stimuler l\u2019imaginaire des enfants, afin de créer un lien entre l\u2019œuvre et eux.Apprendre à regarder une œuvre Derrière ce souci de créer une expérience, Andrea Gum- pert souhaite que les gens, enfants comme adultes, réapprennent à regarder l\u2019œuvre.« Le ludique que j\u2019ajoute est une couche qui n\u2019est pas nécessaire.Idéalement, tout le monde pourrait interpréter l\u2019œuvre selon ce qu\u2019elle suscite en eux.Les artistes passent plusieurs heures, parfois même des années à créer une œuvre.Mais les études démontrent que les visiteurs passent en moyenne trois secondes à la regarder.Ils passent plus de temps à regarder le cartel qui l\u2019accompagne que l\u2019œuvre elle- même», illustre-t-elle.« Apprendre à regarder, ce n\u2019est pas facile.Aujourd\u2019hui, avec les mobiles, on ne regarde plus.On ne prend pas le temps de laisser les pensées surgir en regardant un tableau.Mon rôle est donc de créer une expérience entre l\u2019œuvre et la personne qui la regarde.Si un parent et un enfant discutent en regardant un tableau, qu\u2019un parent raconte à son enfant, par exemple, qu\u2019il a visité le pays d\u2019où vient le tableau, c\u2019est un début.Et qui sait, peut-être la discussion les mènera plus loin à la découver te de l\u2019ar tiste » , conclut-elle.SUITE DE LA PAGE I 2 ŒUVRES C\u2019est le 9 novembre prochain qu\u2019ouvriront les portes du pavillon pour la paix Michal et Renata Hornstein d\u2019art international et d\u2019éducation et, cette fois, le MBAM innove avec un musée humaniste, un musée holistique.Tout est mis en place pour que les Montréalais s\u2019approprient ce lieu unique où l\u2019éducation occupe une place particulière.M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale N athalie Bondil, la direct r i c e d u M u s é e d e s beaux-arts de Montréal, peut bien être fière : avec ses 38 620 pieds carrés, l\u2019Atelier international d\u2019éducation et d\u2019art-thé- rapie Michel de la Chenelière sera le plus grand complexe éducatif dans un musée d\u2019art en Amérique du Nord, devant le Musée des beaux-ar ts de l\u2019Ontario, l\u2019Institut d\u2019ar t de Chicago, le Metropolitan Museum of Art de New York et le Columbus Museum of Art en Ohio.Sa réalisation a été rendue possible grâce à un deuxième don exceptionnel de 2 millions répartis sur sept ans de Michel de la Chenelière, qui a permis d\u2019adjoindre un étage supplémentaire à ce cinquième pavillon du complexe muséal.Ce don s\u2019ajoute à un premier de 3 millions fait en 2012 et réparti sur dix ans.Pour Nathalie Bondil, le rôle éducatif d\u2019un musée est primordial.Cet engagement de sa part ne se dément pas depuis sa nomination.C\u2019est toute une impulsion qu\u2019elle a su donner à l\u2019éducation tout en impactant le communautaire et le mieux-être.En 1999, il y a la mise sur pied de Musée en partage, qui démocratisait l\u2019accès au musée.Viennent ensuite en 2010 la création du Comité éducation, puis une Direction de l\u2019éducation en 2011 et un premier agrandissement des ateliers d\u2019éducation en 2012, «grâce à notre champion, Michel de la Chenelière », une rencontre for tuite qui marquera l\u2019avenir du musée.On venait de passer à la vitesse supérieure.Succès des ateliers Avant 2012, le musée disposait de trois ateliers.Un atelier peut accueillir 15 000 personnes par année.Dès novembre, toutes les places sur l\u2019année scolaire étaient déjà réservées.La conclusion était simple ; il fallait plus d\u2019ateliers ! Leur nombre passe donc de trois à sept.C\u2019est à cette époque que Michel de la Che- nelière s\u2019engage à faire un don de 3 millions.« Arrive septembre 2012 et, 18 mois plus tard, les ateliers sont encore pleins ! » lance la directrice.En 2013, le musée se fait offrir la collection d\u2019œuvres d\u2019art du couple Hornstein, puis il y a l\u2019annonce de la subvention pour la construction du nouveau pavillon d\u2019ar t international.En même temps, il y avait tous ces ateliers qui fonctionnaient déjà très bien.«C\u2019est alors que je suis revenue vers Michel en lui disant qu\u2019il fallait encore agrandir les ateliers.Je l\u2019ai tout simplement appelé un soir en lui racontant qu\u2019il fallait ajouter un étage au musée! Et le lendemain, il m\u2019offre 2 millions de plus ! C\u2019est quand même assez incroyable!» Grâce à Michel de la Chene- lière, le musée pouvait maintenant avoir les moyens de son ambition pour développer les ateliers, qui passeront de sept à douze.« Quand on veut se connecter avec la communauté, il faut se donner non pas seulement de l\u2019espace mental, mais aussi de l\u2019espace physique », ajoute la directrice.En 2015, la fréquentation scolaire du musée représentait 305 000 personnes avec une croissance de 207 % : « L\u2019impact est spectaculaire, mais on peut aller plus loin.» C\u2019est ce que va permettre ce nouveau pavillon.Tout d\u2019abord, on a bien réfléchi à la logistique, parce que pour accueillir tout cet achalandage, il fallait un dispositif efficace.On a donc conçu une entrée spécialement pour les groupes avec un débarcadère sécuritaire : « La Ville de Montréal a investi dans une zone Éducation-Culture entre Concordia et le MBAM, sur la rue Bishop, qui sera complètement revitalisée.Il n\u2019y a plus de stationnement sur la rue, on va ajouter des arbres et des sculptures.Tout ce tronçon sera re- vampé », ajoute avec bonheur Nathalie Bondil.Dans ce nouveau pavillon, la salle des lunchs a été complètement recouverte de fresques des artistes du collectif MU, qui se sont inspirés des œuvres du musée.Art-thérapie Il y aura aussi des espaces aménagés par ticulièrement pour l\u2019ar t-thérapie, avec des consultations médicales : « La question du rapport curatif aux œuvres d\u2019ar t est une question qui est beaucoup analysée à l\u2019heure actuelle par les neuros- cientifiques, et notamment par tout le personnel de soins.On sait maintenant que le rapport à la culture, à l\u2019émotion esthétique facilite le bien-être et, de plus en plus, il y a des interactions entre le domaine des arts, celui des sciences et celui de la société », explique Nathalie Bondil qui travaille en collaboration avec le scientifique en chef du Québec, Rémi Qui- rion, qui siège au C.A.du musée.«Avec lui, on veut pouvoir surveiller et présenter les impacts des arts visuels liés au curatif », ajoute-t-elle.Nathalie Bondil ne s\u2019en cache pas, elle s\u2019est investie de la mission de prouver que la culture dépasse de beaucoup le seul intérêt du ministère de la Culture, mais qu\u2019elle a un impact très fort sur le bien-être dans la société, sur le vivre-en- semble et sur l\u2019inclusion.«La culture est importante pour la santé individuelle, mais aussi pour la santé de toute la société.» Le musée est partenaire avec plus de 450 intervenants, qui proviennent de tous les domaines.Il mène entre autres des projets pilotes avec l\u2019Institut de cardiologie et l\u2019Institut Douglas, des projets sur la déradica- lisation, sur l\u2019autisme, sur la maladie d\u2019Alzheimer : «Toutes des personnes avec qui on travaille et qui utilisent le musée pour voir comment il peut être un vecteur de soins par rapport à leurs patients.» Il est à noter qu\u2019on ne parle pas ici de projets, mais bien d\u2019actions qui sont déjà en cours.«Le but, c\u2019est de ne pas laisser le monopole de l\u2019interprétation des œuvres d\u2019art aux seuls historiens, mais d\u2019inviter d\u2019autres spécialistes à s\u2019accaparer notre collection et de travailler ensemble à imaginer des visites et des pratiques qui pourront répondre à cer tains besoins», déclare la directrice.Le mot de la fin de Nathalie Bondil : « Les actions que l\u2019on pose sont résolument novatrices et vont permettre de placer Montréal à l\u2019avant-scène et d\u2019appor ter sa voix singulière dans ce concert des institutions culturelles.Il y a beaucoup d\u2019empathie dans ce que l\u2019on fait.On travaille sur la culture du sensible, sur la culture esthétique, sur notre part biologique, émotionnelle et sensible par opposition à notre part intellectuelle, cognitive.Nous voulons réhabiliter notre animalité, au sens noble du terme, parce que nous ne sommes pas des robots et que, pour être bien, nous avons besoin aussi de cohabiter avec nos émotions et nos sensations de manière saine.C\u2019est une tout autre façon d\u2019envisager l\u2019art et le bien-être.» MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL Parce que l\u2019art fait du bien DENIS FARLEY MBAM L\u2019œuvre Le Nœud Pivoine (2015) de Jean-Michel Othoniel est installé au niveau 3 du nouveau Pavillon pour la Paix, d\u2019art international et d\u2019éducation Michal et Renata Hornstein. MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 4 Ce cahier thématique a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute demande d\u2019information quant au contenu de ce cahier, vous pouvez contacter par courriel Loïc Hamon, directeur des publications spéciales, à lhamon@ledevoir.com.Pour vos projets de cahiers ou toute autre information au sujet de la publicité, vous pouvez contacter Lise Millette, vice-présidente des ventes publicitaires, à l\u2019adresse courriel lmillette@ledevoir.com.« Quand ils se servent de CHESS, ce sont eux \u2014 les archéologues, les historiens de l\u2019ar t, les éducateurs et tous les autres \u2014 qui choisissent le thème des histoires qu\u2019ils veulent raconter tout comme les narrateurs.Eux qui conçoivent aussi les multiples unités de récit et qui préparent, ou commissionnent, les ressources numériques nécessaires.Après, ils composent les histoires numériques et les téléchargent sur le serveur à l\u2019aide d\u2019un logiciel créé à cet ef fet.Mais leur travail s\u2019arrête là.La composition finale se fait pendant la visite lorsque les usagers font leurs choix à chaque point de ramification de l\u2019histoire.» Mais pourquoi s\u2019arrêter en si bon chemin ?Comme le conclut notre spécialiste, les nouvelles possibilités technologiques mènent encore plus loin.« À travers le crowdsourcing et, encore plus, le user-generated content [contenu généré par l\u2019usager], les visiteurs pourront, au fil des années, rajouter du contenu.Ils pourront même créer et partager leurs propres histoires, c\u2019est- à-dire leurs propres interprétations du patrimoine.C\u2019est ainsi que le musée deviendra finalement un lieu unique de communication, d\u2019échange de récits, de dialogue.» À l\u2019entendre, on peut presque affirmer que le meilleur est encore à venir.SUITE DE LA PAGE I 1 ART «Avec le numérique, le musée imaginaire d\u2019André Malraux est finalement devenu une réalité» P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale L e Musée canadien de l\u2019histoire, situé à Gati- neau, dans l\u2019Outaouais, va célébrer le 150e anniversaire de la Confédération canadienne en s\u2019offrant non seulement une nouvelle exposition, mais aussi une toute nouvelle salle entièrement consacrée à l\u2019histoire du Canada.La conception architecturale de cette salle de 40 000 pieds carrés est l\u2019œuvre de l\u2019architecte Douglas Cardinal, le même qui a conçu les plans du musée, construit au début des années 1980 et qui s\u2019appelait alors le Musée canadien des civilisations.La salle de l\u2019Histoire canadienne, comme on la nomme, comprend trois galeries qui donnent sur un carrefour central.Chaque galerie est consacrée à une période de l\u2019histoire du Canada : les débuts du Canada, des origines à la conquête britannique de 1763 ; le Canada colonial, de 1763 à 1914 ; et finalement, le Canada moderne, de 1914 à nos jours.« Auparavant, le musée avait une exposition sur l\u2019histoire canadienne qui était en fait un seul long parcours, explique Chantal Amyot, directrice de l\u2019exposition de la salle de l\u2019Histoire canadienne.Les visiteurs prenaient leur temps au début de la visite, mais pressaient le pas vers la fin, car le parcours était trop long.Ce genre d\u2019exposition oblige le visiteur à absorber beaucoup d\u2019information.En divisant la Salle en trois galeries, on permet au visiteur de choisir la galerie qu\u2019il veut visiter en premier, et cela lui permet aussi de prendre une pause entre les galeries.Ainsi, la visite devient plus facile.» Une vaste consultation Le projet de construire la salle de l\u2019Histoire canadienne remonte à 2012, et l\u2019élaboration de l\u2019exposition qui s\u2019y trouve a débuté par une vaste consultation des citoyens canadiens a mari usque ad mare.«Plus de 24 000 Canadiens ont participé à cette consultation, et ce sont eux qui nous ont précisé ce qu\u2019ils attendaient d\u2019une pareille exposition, relate Chantal Amyot.Par exemple, ce sont eux qui nous ont fait comprendre que ce qu\u2019ils souhaitaient voir avant tout, c\u2019était les artefacts, les objets réels.Et comme nous possédons au musée une importante collection d\u2019artefacts archéologiques et ethnologiques, on a pu répondre facilement à cette demande.» Ainsi, environ 1800 artefacts seront exposés.« Les ar tefacts seront mis en contexte par des textes et des panneaux explicatifs, précise Lisa Leblanc, directrice du développement créatif et de l\u2019apprentissage pour la Salle.On utilisera des bornes interactives, des bandes audio et vidéo, bref, la technologie sera présente, mais la priorité demeure la mise en valeur des objets.» Et comme l\u2019histoire canadienne est vaste et complexe, les concepteurs ont choisi de ne pas élaborer la trame narrative de l\u2019exposition en vase clos.« Nous avons formé des comités d\u2019experts, nous avons consulté des scientifiques et des académiques avant d\u2019arrêter nos choix, explique Chantal Amyot.Nous avons même consulté les dif férentes communautés qui figurent dans l\u2019exposition afin de connaître leurs attentes et leurs points de vue.Même le texte définitif de l\u2019exposition a été soumis à une vérification et une consultation.» Des histoires et des perspectives Cette approche a permis aux concepteurs de cibler 18 histoires à raconter, réparties à peu près également entre les galeries.« Par exemple, dans la première galerie, on raconte l\u2019histoire de l\u2019arrivée des autochtones, celle de la formation des nations autochtones, les premiers contacts avec les bateaux de pêche européens, Champlain et la Nouvelle-France, l\u2019impact de la présence des Européens sur les nations autochtones, et l\u2019arrivée de l\u2019Empire britannique.» De plus, la consultation a fait ressortir le besoin de donner de la perspective à chacune des histoires.«L\u2019histoire, ce n\u2019est pas blanc ou noir, souligne Lisa Leblanc.L\u2019histoire se vit dif férem- ment selon qui on est.Cela donne évidemment plusieurs points de vue.Par exemple, lorsque l\u2019exposition raconte l\u2019histoire de la construction du chemin de fer pancanadien, on le fait selon plusieurs perspectives : celle des dirigeants et hommes d\u2019af faires qui ont mené le projet, celle des communautés situées sur le trajet et qui ont vu l\u2019impact de l\u2019arrivée du chemin de fer dans leurs vies, et finalement, celle des ouvriers qui ont construit le chemin de fer.» Cette approche par perspectives s\u2019applique à toutes les histoires qui sont racontées dans l\u2019exposition.«Les événements historiques sont vécus de dif férentes manières par dif férentes personnes, explique Chantal Amyot, et nous avons voulu que la trame narrative de l\u2019exposition reflète cette réalité.Nous avons donc cherché un équilibre entre les dif férentes perspectives.Au fond, toute histoire est construite de combats et de luttes, de victoires et de défaites.Nous n\u2019avons pas voulu gommer les moments noirs de l\u2019histoire canadienne, ils sont présents dans l\u2019exposition, mais ils sont mis en contexte selon l\u2019époque.» Le musée n\u2019a pas développé d\u2019application mobile pour l\u2019exposition sur l\u2019histoire canadienne.«Nous ne voulons pas que cette exposition soit vécue de façon isolée, casque d\u2019écoute sur les oreilles, souligne Chantal Amyot.Nous voulons plutôt que cette exposition soit vécue comme une expérience sociale.C\u2019est une exposition qui convient parfaitement à une visite en famille, ou entre amis.Et même si une personne la visite seule, elle doit avoir la sensation de faire partie d\u2019un événement social.» Et Lisa Leblanc de rajouter : «Nous voulons que le visiteur réalise que l\u2019histoire est tangible autour de nous et qu\u2019elle nous laisse des legs.L\u2019histoire n\u2019est pas quelque chose de fini, mais plutôt quelque chose qui se construit et se poursuit aujourd\u2019hui.» La salle de l\u2019Histoire canadienne sera inaugurée le 1er juillet prochain, jour de la fête du Canada.MUSÉE CANADIEN DE L\u2019HISTOIRE Le Canada à l\u2019honneur L\u2019interaction permet de faire participer le visiteur au déroulement de l\u2019histoire, alors que l\u2019empathie lui montre la dimension humaine des œuvres d\u2019art Laia Pujol, chercheuse Marie-Curie à l\u2019université Pompeu Fabra de Barcelone « » JUSQU\u2019AU 15 JANVIER 2017 LA COULEUR RADIEUSE BONNARD Une exposition organisée et coproduite par le Musée national des beaux-arts du Québec et Arthemisia Group./ Le Musée national des beaux-arts du Québec est une société d\u2019État subventionnée par le gouvernement du Québec./ Pierre Bonnard, Paysage du Midi et deux enfants (détail), 1916-1918.Huile sur toile.Coll.Art Gallery of Ontario, don de Sam et Ayala Zacks MNBAQ.ORG GSM° Dessin de la salle de l\u2019Histoire canadienne, qui comprend trois galeries qui donnent sur un carrefour central.Chaque galerie est consacrée à une période de l\u2019histoire du Canada : les débuts du Canada, des origines à la conquête britannique de 1763 ; le Canada colonial, de 1763 à 1914 ; et finalement, le Canada moderne, de 1914 à nos jours.SOURCE MUSÉE CANADIEN DE L\u2019HISTOIRE Vue du carrefour, qui se situe au centre de la Salle et qui donne accès aux trois galeries.Il sert aussi de point de départ ou de lieu de rencontre pendant la visite de la Salle.SOURCE LAIA PUJOL MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 5 L\u2019édition 2016 de la Biennale de Montréal, Le Grand Balcon, s\u2019est installée au Musée d\u2019ar t contemporain (MAC) pour 75 jours.Quelque 30 projets déclinés sous dif fé- rentes formes ar tistiques agrémentent cette programmation éclectique, à l\u2019image de la création actuelle, prête à chambouler les idées.C A M I L L E F E I R E I S E N Collaboration spéciale «C e sont des œuvres avec beaucoup de matérialité, qui parlent entre elles et font de la musique », estime le directeur général et conservateur en chef du MAC, John Zeppetelli.Jusqu\u2019au 15 janvier, le Musée se transforme tour à tour en salle de concer t, espace de projection de films et de performances.Le MAC réitère l\u2019expérience ar tistique avec la Biennale pour une deuxième édition, après avoir reçu début octobre le prix Excellence, groupe institutionnel 1 de la Société des musées du Québec pour son exposition de David Altmejd, Flux.«Nous n\u2019avions jamais eu autant de visiteurs », se réjouit le directeur.Une belle réussite pour un musée qui présente un art pouvant parfois paraître pointu, estime-t-il.« Nous avons pour mandat de présenter l\u2019art actuel, il y a un petit côté expérimental », indique John Zeppetelli.Comme l\u2019a souhaité le commissaire de l\u2019exposition, Philippe Pirotte, Le Grand Balcon n\u2019a pas de thématique figée.Le commissaire belge a voulu créer un « espace de contestation entre la révolution et la contre-révolution, la réalité et l\u2019illusion ».À l\u2019image de l\u2019ar t contemporain, selon John Zep- petelli.« L\u2019ar t contemporain n\u2019est pas une seule chose.C\u2019est une discipline complètement autonome ayant plusieurs formes», précise-t-il.Une programmation éclectique En sculpture, les Canadiens Brian Jungen et Geoffrey Farmer présentent leurs dernières créations, et l\u2019artiste montréa- laise Valérie Blass, huit nouvelles œuvres sur le motif de l\u2019homme invisible avec des touches humoristiques.Côté peinture, l\u2019artiste belge Luc Tuymans présente quatre nouvelles œuvres, dont une série intitulée Doha, créée tout exprès pour la Biennale.L\u2019une de ses toiles côtoie une peinture à l\u2019huile d\u2019un autre temps, Portrait of a Lady (1540), du peintre allemand de la Renaissance Lucas Cranach l\u2019Ancien et prêtée par la Winnipeg Art Galler y.« Ces juxtapositions fonctionnent sur le plan formel ou quant à la thématique.D\u2019autres fois, c\u2019est la dissonance entre deux œuvres qui donne un sens ou crée la surprise », explique John Zeppetelli.Aussi inédit, le film Hemlock Forest de Moyra Davey, dans lequel l\u2019artiste canadienne poursuit son exploration sur la maternité et la perte.«Un travail intimiste et féministe, presque comme un journal intime», décrit le directeur du MAC.Dans la salle BWR, au sous- sol, l\u2019ar tiste allemande Anne Imhof a installé son projet artistique Angst 3 (la peur, en allemand), un opéra qui mêle performance, sculpture et installation.Ce mélange des formes suit la volonté de « générer des expériences qui ouvrent un espace mental », cher à Philippe Pirotte.Toucher la matérialité de l\u2019art La programmation laisse une grande place aux images qui narrent des expériences sensorielles et matérielles avec des objets, comme l\u2019œu- vre Notte coralli de Celia Per- rin Sidarous.L\u2019artiste québécoise présente une installation photographique et un film de format 16 millimètres.« Je travaille sur la perception des images, leur relation et le dialogue qu\u2019elles produisent ensemble », dévoile-t-elle.Les objets sont minutieusement mis en scène au sein de ses photographies.« Je travaille à partir des objets, donc quelque chose de matériel avec une texture, qui reflète la lumière d\u2019une certaine façon.Toutes les qualités physiques d\u2019un objet inspirent mon travail », explique-t-elle.Dans une pièce isolée, une séquence d\u2019une quarantaine de minutes tourne en boucle.Seize vidéos pouvant se regarder par bribes ou d\u2019une traite.Le projet de Myriam Jacob-Al- lard, Une voix me rappelle toujours, montre l\u2019ar tiste qui se met en scène en reprenant des chansons de la culture country québécoise.«J\u2019ai rencontré des chanteurs et chanteuses dans différentes régions du Québec et je leur ai demandé quelle chanson était significative pour eux», ra- conte-t-elle.L\u2019ar tiste québécoise a ensuite recréé les trames sonores et s\u2019est inspirée des reprises trouvées sur Internet.Selon elle, la réception de son œuvre varie en fonction de la durée que les gens passent devant.« Si on écoute une ou deux vidéos, un sentiment naïf peut ressor tir, mais si on en écoute sept, voire toute la série, le côté plus mélancolique apparaîtra», décrit-elle.Deux activités de karaoké country western en décembre et janvier ont été créées relativement à ce projet.L\u2019artiste canadienne autochtone Tanya Lukin Linklater joue quant à elle sur la présence physique, avec des performances les 9 et 13 novembre.Son travail remet en question le regard por té sur le corps de la femme autochtone et sa culture, aussi présenté à travers une installation vidéo.Pour aborder ce thème, elle s\u2019inspire de la première danseuse étoile amérindienne, Maria Tallchief, muse du chorégraphe George Balanchine, décédée en 2013.« Je m\u2019intéresse à la présence des corps dans l\u2019espace, comment ils l\u2019habitent, comment ils entrent en relation entre eux », précise-t- elle.La proximité entre danseur et spectateur dans un espace plus confiné qu\u2019est un musée permettra au public de se sentir plus proche du processus artistique, selon elle.Pour la Nocturne du 4 novembre, en plus du traditionnel DJ et des visites, l\u2019artiste montréalais Jacob Wren présentera sous forme de ka- raoké son projet Toutes les chansons que j\u2019ai composées, un large répertoire de chansons que l\u2019artiste a écrites de 1985 à 2004.Sous dif férentes formes, toujours mouvantes, par fois indociles, chaque œuvre véhicule un message personnel, sociétal ou hermétique, pense John Zeppetelli.« Les œuvres ont dif férents registres de beauté et de compréhension, mais je pense qu\u2019il y a un effort dans chacune d\u2019elles pour véhiculer des idées.Ensemble, elles c r é e n t u n e s y m p h o n i e » , conclut-il.MUSÉE D\u2019ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Une Biennale aux contours protéiformes Un centre d\u2019excellence de renommée mondiale Le nouvel Institut canadien de la photographie (ICP) est un centre de recherche multidisciplinaire de niveau international consacré à l\u2019histoire, l\u2019évolution et l\u2019avenir de la photographie.L\u2019ICP est ?er de présenter trois expositions inaugurales : Josef Sudek.Le monde à ma fenêtre 28 OCT 2016 \u2013 26 FEV 2017 Organisée par l\u2019Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada Légende.Les archives photographiques du Globe and Mail 28 OCT 2016 \u2013 12 FEV 2017 Organisée par l\u2019Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada, le Globe and Mail PhotoLab 1 Organisée par l\u2019Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada IMAGES À GAUCHE : Josef Sudek, Quatre saisons : l\u2019hiver, de la série La fenêtre de mon atelier (détail), v.1940\u20131954.MBAC, Ottawa.Don anonyme, 2010.© Succession de Josef Sudek.EN HAUT À DROITE : Dennis Robinson, Manifestation au Nathan Philips Square, Toronto (détail), v.1970.Archives du journal The Globe and Mail.EN BAS À DROITE : Eugène Atget, Boulevard de Strasbourg (détail), 1912, tirée v.1935.MBAC, Ottawa.Don de Dorothy Meigs Eidlitz, 1968.Photos : MBAC MYRIAM JACOB ALLARD Image fixe tirée de l\u2019œuvre Devenir le héros Willie, de Myriam Jacob Allard L\u2019art contemporain n\u2019est pas une seule chose.C\u2019est une discipline complètement autonome ayant plusieurs formes.John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC « » MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 6 EXPOSITIONS Yan Giguère Marcel Barbeau Pierre Ayot Charles Stankievech Jusqu\u2019au 8 janvier 2017 MUSÉE D\u2019ART DE JOLIETTE 145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil Joliette (Québec) J6E 4T4 museejoliette.org L A U R I E V A N H O O R N E Collaboration spéciale Contemporain de Monet et Matisse, maître de l\u2019art moderne, le peintre français Pierre Bonnard était encore jusqu\u2019à récemment boudé par les établissements muséaux canadiens.Était, puisque le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) lui consacre en ce moment et jusqu\u2019au 15 janvier une rétrospective sous un nom qui allait presque de soi : La couleur radieuse.« Pierre Bonnard est mal représenté dans les collections canadiennes, dont les goûts sont plus traditionnels que ceux des musées américains, européens, note André Gilbert, conservateur au MNBAQ et coordonnateur de l\u2019exposition.C\u2019est pourtant un peintre majeur du début du XXe siècle, revendiqué par des peintres non seulement de l\u2019abstraction lyrique, mais aussi de la nouvelle figuration et même d\u2019aujourd\u2019hui, comme Peter Doig.» M.Gilbert note d\u2019ailleurs que le retour en force de la figuration dans les années 1980 aura contribué à sortir l\u2019artiste de l\u2019ombre.À travers une quarantaine de tableaux en provenance de collections européennes et nord-américaines, ainsi qu\u2019une large sélection d\u2019estampes et de photographies, le MNBAQ s\u2019emploie donc à retracer le parcours de ce peintre, graveur et illustrateur des années 1890 aux années 1940.Dans l\u2019espace du tout nouveau pavillon Pierre Lassonde, le public est invité dans l\u2019intimité de l\u2019artiste et des thèmes qui lui étaient chers : scènes de la vie parisienne, intérieurs domestiques, nus féminins, jardins et paysages de la Nor- mandie et de la Côte d\u2019Azur, autoportraits\u2026 «Rendre vivante la peinture» Si Bonnard n\u2019a pas la notoriété qui lui revient, c\u2019est en partie parce qu\u2019il a vécu une vie retirée, se tenant loin des grands bouleversements modernes comme le cubisme et ne touchant jamais à l\u2019abstraction, pourtant très populaire dans les années 1930.« Ce n\u2019était pas une personnalité flamboyante, indique M.Gilbert.Il a été très actif dans sa jeunesse, notamment avec les Nabis, un groupe d\u2019avant- garde, mais quand il rencontre Marthe, sa femme, ils forment un couple passionné, fusionnel, ce qui a fait en sorte d\u2019exclure tout le reste.» L\u2019œuvre de Bonnard est plutôt intimiste : son intérêt pour la vie domestique est ce qui caractérise le plus la composition de ses tableaux, où il privilégie la représentation de son environnement immédiat et de ses proches.Inlassablement, il peint des nus de sa femme, qui demeure sa muse même après son décès.L\u2019exposition s\u2019applique à mettre en avant cette dimension personnelle de son œuvre, consacrant une longue séquence à la compagne du peintre.Bonnard joue également avec les rapports entre intérieur et extérieur, proche et lointain.Dans ses scènes d\u2019intérieur, il place systématiquement un lien vers l\u2019extérieur : une porte, une fenêtre.Ses tableaux, très riches, exigent que l\u2019on exerce notre sens de l\u2019observation, et André Gilbert compare sa peinture à l\u2019écriture de Marcel Proust : avant tout, Bonnard crée un espace affectif, qui associe des souvenirs et des sensations dans un hors temps mélancolique.« Bonnard est un ar tiste qui fait du bien, confie M.Gilbert.Généralement, les gens sortent de ses expositions de bonne humeur, car son art en est un qui touche les sentiments.» Adepte d\u2019une figuration audacieuse pour son époque, l\u2019ar tiste exploitait au maximum les qualités expressives de la couleur \u2014 une couleur libre et arbitraire.Dans ses œu- vres, d\u2019une luminosité exceptionnelle, les personnages se fondent parfois dans le décor, comme dans son Paysage du Midi et deux enfants.Lorsqu\u2019il s\u2019installe sur la Côte d\u2019Azur, les contours des objets qu\u2019il peint perdent au fur et à mesure leur netteté.« Bonnard veut nous apprendre à voir les choses, souligne André Gilbert.Il pratiquait un art contemplatif, qui parle à la sensibilité plutôt qu\u2019à l\u2019intellect.À propos de son travail, il disait lui-même : \u201cIl ne s\u2019agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture.\u201d À travers ses tableaux, il nous parle plus de peinture que du réel.» Conçue pour la famille La rétrospective Bonnard, comme toutes les expositions du MNBAQ, se veut accessible à toute la famille.Les tout-petits représentent d\u2019ailleurs pour le musée bien plus que le public de demain : c\u2019est le public d\u2019aujourd\u2019hui.« Notre public jeunesse se renouvelle constamment.Je rencontre régulièrement des visiteurs qui, étant petits, ont participé aux ateliers du musée.Une fois parents, ils inscrivent leurs propres enfants à ces activités », explique Marie- Hélène Audet, coordonnatrice à la médiation du musée de Québec, dont le rôle est de favoriser le dialogue entre le public et les œuvres.«On fait tout le temps référence au musée comme à un service éducatif, mais, de plus en plus, c\u2019est un espace de médiation, de dialogue entre le public et des œuvres d\u2019ar t, note-t-elle.Je m\u2019assure donc qu\u2019il se passe quelque chose de dynamique entre le public et les œuvres.» Artiste de la couleur, Bon- nard se prêtait à mer veille à des ateliers destinés aux plus jeunes comme aux plus âgés.Les enfants ont l\u2019occasion de travailler sur le symbole de la fenêtre, omniprésent dans l\u2019œuvre du peintre.Ils peuvent, à partir d\u2019un modèle de fenêtre, peindre une scène de leur quotidien.Les adultes, eux, peuvent s\u2019inscrire à un atelier sur le thème du nu féminin : après un passage en salle, accompagnés d\u2019un guide et d\u2019un professeur, ils seront invités à travailler d\u2019après un modèle, à la façon de Bonnard.Le 29 octobre, un concer t conçu spécialement pour l\u2019occasion et composé d\u2019œuvres de compositeurs de l\u2019époque de Bonnard \u2014 Erik Satie, Gabriel Fauré, Maurice Ravel et Claude Debussy \u2014 sera donné par Nataliya Labiau au piano et Alain Bouvrette et Frédéric Bednarz, du Quatuor Molinari, au violoncelle et au violon.Mme Audet se réjouit de voir cette exposition investir le pavillon Pierre Lassonde, inauguré l\u2019été dernier.« C\u2019est un espace assez inédit dans les musées québécois, un lieu réfléchi pour les familles, un terrain de jeu.C\u2019est absolument merveilleux d\u2019avoir un pavillon de cette envergure, de cette beauté.» MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DE QUÉBEC Pierre Bonnard illumine le pavillon Lassonde RALPH ERSKINE Croquis d\u2019une ville fortifiée prototype en Arctique, développée plus tard pour la ville de Resolute Bay dans les Territoires du Nord-Ouest (maintenant le Nunavut) SOURCE MUSKEGON MUSEUM OF ART MICHIGAN L\u2019œuvre La porte du jardin de la villa Le Bosquet au Cannet (1944) SOURCE MUSÉE D\u2019ART MODERNE ANDRÉ MALRAUX LE HAVRE L\u2019œuvre Intérieur au balcon (1919), de Pierre Bonnard C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale P our souligner le 150e anniversaire du Canada, en 2017, le Centre canadien d\u2019architecture s\u2019apprête à présenter une exposition qui fera réfléchir sur le rapport du pays et de ses habitants à l\u2019environnement.Intitulée Le temps presse : une contre-histoire environnementale du Canada moderne, l\u2019exposition se tiendra du 16 novembre prochain au 9 avril 2017.La volonté de faire de l\u2019architecture un enjeu d\u2019intérêt public est au cœur de la mission du CCA, qui présente des activités et des expositions allant en ce sens.«Notre analyse de l\u2019époque où nous vivons est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une époque de changements radicaux, de crises, de conflits, de changements sur les plans des valeurs et des priorités.De nouveaux enjeux apparaissent », dit Mirko Zardini, directeur du CCA et commissaire de l\u2019exposition.Pour le directeur du CCA, il y a un lien à faire entre les bouleversements du monde et l\u2019histoire de l\u2019architecture.«Dans la première décennie du XXe siècle, l\u2019architecture moderne s\u2019est développée comme une façon de répondre à certains problèmes, aux défis de la vie urbaine, aux nouveaux moyens de production.L\u2019architecture voulait apporter des solutions.Aujourd\u2019hui, nous sommes dans une situation similaire.L\u2019architecture, de façon globale, doit, en principe, répondre aux défis de la vie contemporaine.C\u2019est la raison pour laquelle nous faisons des expositions liées à des thèmes actuels, comme la crise énergétique.» L\u2019exposition à venir est un bon exemple des préoccupations du CCA par rapport aux enjeux contemporains et à la contribution possible de l\u2019architecture à ces problématiques.« L\u2019architecture n\u2019of fre peut-être pas de réponses à tout, et les questions environnementales ne peuvent pas toutes être résolues grâce à l\u2019architecture, mais elle peut faire partie de la discussion et contribuer à une approche critique ainsi qu\u2019à une meilleure compréhension des problèmes et de leurs solutions.» Canada et environnement L\u2019exposition explorera le lien contradictoire entre les régions sauvages du Canada et leur exploitation, en déployant des séquences narratives en six thèmes : l\u2019échec du projet moderne, l\u2019exploitation des ressources dans les territoires nordiques du Canada, la contamination nucléaire, la pollution de l\u2019eau et de l\u2019air, la pêche industrielle et l\u2019exploitation forestière.On pourra voir, entre autres, des photographies historiques et contemporaines, ainsi que des sculptures de l\u2019écrivain canadien Douglas Coupland, dont le slogan « It\u2019s all happening so fast », a inspiré le titre de l\u2019exposition en anglais.La relation du Canada à son environnement frappe par ses contradictions, souligne Mirko Zardini.«Dans notre conscience collective, on pense au Canada comme le pays des forêts, de l\u2019eau, des paysages vierges et de la nature sauvage, alors qu\u2019au sein des pays développés, nous avons un mauvais bilan en matière d\u2019environnement et d\u2019exploitation des ressources.» L\u2019exposition soulignera le contraste entre cette vision idéalisée du territoire canadien et un état des lieux plus réaliste, voire sombre.« L\u2019exposition montre cer taines des conséquences désastreuses des actions humaines sur la nature au cours des dernières décennies.D\u2019un autre côté, nous allons montrer des projets exemplaires, comme l\u2019aménagement d\u2019un parc ou une maison fonctionnant à l\u2019énergie solaire.Nous allons aussi expliquer les nouvelles règles qui ont été mises en place au fil du temps pour protéger l\u2019environnement et contrôler la pollution, et parler de l\u2019histoire de l\u2019activisme et des groupes voulant protéger l\u2019environnement, notamment les Premières Nations, qui ont joué un rôle historique important.C\u2019est une exposition qui dresse un portrait vraiment complexe des enjeux environnementaux et qui appelle à passer à l\u2019action, car la situation actuelle est critique.» Pour le directeur du CCA, il est pertinent que les activités du centre dépassent les simples questions d\u2019architecture en abordant des enjeux globaux comme l\u2019environnement.« Nous avons choisi cette approche parce que nous pensons qu\u2019il est très important pour une institution comme la nôtre de prendre ses responsabilités et de contribuer de façon critique au débat public actuel, dit-il.Nous pensons que l\u2019anniversaire du Canada est un moment où nous pouvons prendre le temps de réfléchir à la situation alarmante de l\u2019environnement.Le Canada pourrait devenir un leader en développant un nouveau discours et une nouvelle approche envers l\u2019environnement.Pour un pays comme le nôtre, c\u2019est indispensable.Nous espérons que notre exposition pourra conscientiser le public en ce sens.» CENTRE CANADIEN D\u2019ARCHITECTURE Une contre-histoire du Canada MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 7 Partenaire o?ciel museedelhistoire.ca/napoleon 100, RUE LAURIER , GATINEAU QC Découvrez la relation complexe entre un homme légendaire et l\u2019une des plus belles villes du monde.Présentée jusqu\u2019au 8 janvier 2017 #NapoleonEtParis T A K W A S O U I S S I Collaboration spéciale L es amateurs de photographie et d\u2019histoire seront comblés : le Musée McCord de Montréal lance sous peu une exposition d\u2019envergure présentant une rétrospective de l\u2019œu- vre du photographe montréa- lais William Notman.Cela faisait plus de 20 ans que le musée ne s\u2019était pas penché sur cette icône du XIXe siècle, encore très influente aujourd\u2019hui.Il va sans dire que la préparation d\u2019une telle rétrospection ne se fait pas en claquant des doigts.En fait, il aura fallu plus de trois ans pour mettre sur pied l\u2019exposition.Un travail de longue haleine.« Il faut d\u2019abord voir tout ce qu\u2019on a, c\u2019est-à-dire trier les quelque 450 000 photographies, des registres et autres documents à notre disposition », explique Hélène Samson, conservatrice des archives Notman au Musée McCord.« Pour faire un choix, il faut à la fois une connaissance de l\u2019ensemble et des bonnes raisons de chercher des choses en particulier.Il faut donc vraiment connaître l\u2019histoire de Notman, mais aussi celle du Canada, du Québec et de la société montréalaise », précise-t-elle.C\u2019est d\u2019ailleurs dans le cadre des festivités entourant le 375e de Montréal et le 150e de la Confédération canadienne que l\u2019exposition est présentée.Évidemment, la conservatrice ne travaille pas seule.Plusieurs équipes spécialisées se sont penchées sur le dossier : des recherchistes, des techniciens en restauration, un comité consultatif d\u2019experts pour déceler les erreurs ou les lacunes, un chargé de projet et même un scénographe.Un homme et son œuvre L\u2019aspect scénographique est d\u2019ailleurs particulièrement im- por tant, puisqu\u2019il faut avant tout raconter une histoire pour captiver le public.C\u2019était d\u2019ailleurs le thème du récent congrès de la Société des musées du Québec, qui por tait sur Récits et dialogues au musée.« C\u2019est là qu\u2019on se pose la question : \u201cComment rendre ça intéressant?\u201d Nous voulions rejoindre le plus large public possible, tant les connaisseurs que ceux qui n\u2019ont jamais entendu parler de William Notman », assure Hélène Samson.Au terme de réflexions, on décide de présenter l\u2019œuvre du photographe en passant par les différentes facettes du personnage.Ainsi, l\u2019individu est décrit en quatre caractéristiques : l\u2019audacieux, l\u2019homme de réseau, l\u2019artiste et le bâtisseur.« En fait, on va aller à la rencontre de quelqu\u2019un qui a fait connaître la photographie et Montréal, affirme Hélène Samson.William Notman était avant-gardiste.Il a pressenti que ce nouveau \u201cmédium\u201d avait un potentiel extraordi- na i r e .» S a r e p r o d u c t i o n d\u2019images et ses por traits seront d\u2019ailleurs très populaires, de même que ses photographies de la société montréa- laise.Ses images ser vent beaucoup à illustrer des articles historiques ou encore des thèses universitaires.U n a u t r e a s p e c t d o n t l\u2019équipe a dû tenir compte dans sa préparation de l\u2019exposition est l\u2019impact des nouvelles technologies.« Quand on monte une exposition historique, on est obligé de se demander comment on va rendre ça intéressant pour un public qui a une vision différente de la photographie, à l\u2019ère du numérique », précise la conser va- trice des archives Notman.La technologie a donc été mise à profit pour démontrer que l\u2019œuvre de Notman n\u2019a étonnamment pas vieilli d\u2019un iota.Ainsi, une trame sonore contemporaine, réalisée par des artistes de Montréal, accompagne le spectateur et contribue à mettre en valeur certaines photographies.On cherche donc à faire entrer le public dans la photo.Dans cette optique, plusieurs œu- vres ont été élargies et présentées sur format numérique, afin d\u2019en explorer tous les détails techniques.« La matière historique, ce sont des négatifs sur verre.C\u2019est petit, alors que nous sommes habitués au grand, explique Hélène Samson.Nous allons donc montrer l\u2019original, mais l\u2019agrandir afin de pouvoir apprécier la richesse des contrastes, par exemple.Sur suppor t actuel, les photographies paraissent modernes ! Une chose est sûre, les gens vont pouvoir s\u2019en mettre plein les yeux», conclut la conservatrice du musée.L\u2019exposition Notman, photographe visionnaire, sera présentée du 4 novembre au 26 mars prochains au Musée McCord de Montréal.Elle sera ensuite déplacée au Musée canadien de l\u2019histoire, à Gatineau, et au Musée Glen- bow, à Calgary.MUSÉE MCCORD William Notman, une histoire en photos MUSÉE MCCORD William Notman, Vue d\u2019Ottawa depuis les chutes Rideau, Ont., 1869 MUSÉE MCCORD Wm.Notman & Son, A.H.Buxton, Montréal, 1887.Négatif sur verre inverse.MUSÉE MCCORD William Notman, Équipe de crosse de Kahnawà:ke, 1876 MUSÉE MCCORD William Notman, La place d\u2019Armes et l\u2019église Notre-Dame, Montréal, 1876 MUSÉE MCCORD Wm.Notman & Son, Master Southam, 1886.Tirage sur papier albumine.MUSÉE MCCORD William Notman, Anses à bois à Québec, QC, 1872 MUSÉE MCCORD Wm.Notman & Son, Mme G.F.Murray, Montréal, 1886, II- 81199.1 MUSÉES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 O C T O B R E 2 0 1 6 I 8 STEVE MONTPETIT Le musée d\u2019art de Joliette est rouvert depuis juin 2015.L\u2019architecture a été complètement repensée, et de façon magistrale.L\u2019architecte Éric Gauthier en a fait un bâtiment ultramoderne avec de grands panneaux de verre laissant pénétrer la lumière à profusion.Dans la ville de Joliette se trouve un musée qui gagne à être connu davantage par les amateurs d\u2019ar t et ceux qui veulent s\u2019y initier.Il s\u2019agit du plus important musée à l\u2019extérieur des grands centres urbains québécois.Son directeur général et conservateur en chef, Jean-François Bé- lisle, nous le fait découvrir.S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale D\u2019entrée de jeu, M.Bélisle parle de sa vision d\u2019un musée.Il croit qu\u2019il est important de raconter une histoire à travers les expositions qui y sont présentées.En poste depuis peu, il af firme vouloir monter des expositions variées, mais il croit aussi que le tout doit être cohérent et fonctionne bien ensemble.«Je veux m\u2019assurer que chaque histoire est bien racontée, qu\u2019elle est valide et qu\u2019elle a sa raison d\u2019être.» L\u2019avantage Joliette La proximité de Joliette de Montréal fait aussi en sor te que le musée doit se différencier.« Le public montréalais a plus de musées autour et il est plus habitué à être sollicité par ces établissements, dit-il.Il en a une cer taine connaissance, et cela, même s\u2019il n\u2019y va pas.» « À Joliette, nous avons un public local et aussi le public de Montréal, dit-il.Cela nous avantage et pousse le musée à avoir une vision plus large de ce qu\u2019est le visiteur.» Le musée a aussi un autre avantage.De 2013 à 2015, il a été remis en état selon les normes (car sa toiture coulait, la ventilation était défectueuse, etc.).Ouver t à nouveau depuis juin 2015, son architecture a été complètement repensée et de façon magistrale.L\u2019architecte Éric Gauthier en a fait un bâtiment ultramoderne avec de grands panneaux de verre laissant pénétrer la lumière à profusion.Cette architecture belle et invitante a eu son effet.« Durant l\u2019année qui a suivi, la fréquentation a augmenté de 100%», dit M.Bélisle.Des expositions variées Le choix des expositions peut aussi expliquer cette hausse de fréquentation.M.Bélisle mise sur la mise en place d\u2019expositions différentes les unes des autres dans le but de plaire à un plus large public.« Ainsi, l\u2019exposition sur Yan Giguère, photographe montréalais, est accessible à tous, car elle a un caractère émotionnel [parmi ses caractéristiques, l\u2019ar tiste cherche à saisir les instants où la réalité semble sortir de son cadre], dit M.Bélisle.Une autre exposition, celle sur Marcel Barbeau, un des signataires du Refus global, est complètement dif férente.Elle présente les œu- vres que l\u2019artiste a réalisées durant sa période new-yorkaise.Il y a une démarche scientifique derrière.L\u2019expérience nous montre jusqu\u2019ici que les visiteurs préfèrent en général l\u2019une ou l\u2019autre des expositions et, quelques fois, les deux.Ces deux exemples illustrent bien ce que nous voulons faire, soit des expositions conceptuelles où chacune a son propre public.» Parmi les autres expositions, il y a celle de l\u2019artiste Charles Stankievech, intitulée Timbral.On peut y découvrir une installation composée d\u2019une sculpture et d\u2019une projection vidéo.M.Stankievech est un artiste qui explore «la notion de travail de terrain au sein des paysages, des complexes militaires et industriels, tout en considérant l\u2019histoire de la technologie».Jusqu\u2019en janvier 2017, le musée présente aussi Femmes de toilette, une exposition de l\u2019artiste contemporain Pier re Ayot, sculpteur et peintre, qui se tient dans la toilette des femmes au 3e étage de l\u2019édifice.L\u2019artiste y revisite le procédé de représentation en trompe-l\u2019œil avec une mise en scène où le visiteur est invité à épier une conversation entre deux femmes.Enfin, dans la salle Yvan Guilbault du musée, on trouve une exposition permanente, appelée Les îles réunies.On peut y voir des centaines d\u2019œu- vres qui font partie des 8500 œuvres de la coll e c t i o n d u m u s é e .Dans cette collection, on retrouve de l\u2019art canadien, de l\u2019ar t européen, de l\u2019ar t contemporain et des objets archéologiques.Des artistes en ar ts visuels tels que Paul- Émile Borduas, Guido Moli- nari, Isabelle Hayeur et Ozias Leduc y sont représentés, en alternance.Un musée ouvert sur la communauté L\u2019une des missions du musée est d\u2019attirer des visiteurs de toutes les tranches d\u2019âge.Ainsi, pour les plus âgés, des voyages culturels sont offerts, des cours en histoire de l\u2019art, des visites commentées et des conférences.Par exemple, un voyage culturel a récemment été organisé pour visiter le nouveau pavillon du Musée national des beaux-ar ts du Québec, à Québec (le pavillon Lassonde).Plusieurs activités sont aussi offertes aux jeunes.«Nous travaillons avec des groupes locaux pour attirer au musée des jeunes de milieux défavorisés, dit M.Bélisle.Dans le cadre d\u2019un programme axé sur la persévérance scolaire, des ateliers de création sur la photographie sont notamment of fer ts.Le jeune peut y apprendre l\u2019histoire de la photographie et créer lui- même une gravure.» Les jeunes de 6 à 12 ans trouvent aussi leur compte.Durant l\u2019année 2015-2016, le programme de visites scolaires a aussi attiré 2315 jeunes de la région et de l\u2019extérieur.Il y a ensuite le camp de jour.Au cours de l\u2019été dernier, 375 jeunes ont par ticipé aux huit semaines d\u2019activités de ce camp.Des thématiques hebdomadaires ont été créées, et plusieurs sorties dans d\u2019autres musées ont été organisées.Activité originale, le 29 octobre prochain, les jeunes auront accès au musée dès 21 h dans le cadre de l\u2019activité Une nuit au musée.Organisée pour fêter l\u2019Halloween, cette activité comprendra notamment un concours de costumes, une distribution de bonbons et de la danse.Enfin, M.Bélisle a aussi trouvé un moyen de faire de la place aux artistes de la région.« À partir de la fin octobre, ils seront invités à animer des ateliers créatifs en arts visuels, dit- il.Cela leur permettra d\u2019avoir une présence au musée, puisqu\u2019ils pourront y exposer leurs œuvres.» Même chose pour les artistes régionaux en devenir.En 2016, les finissants en arts visuels du cégep régional de Lanaudière, à Joliette, ont pu y exposer leurs œuvres.MUSÉE D\u2019ART DE JOLIETTE Un musée régional accessible à tous SOYEZ LES PREMIERS À DÉCOUVRIR LE PAVILLON POUR LA PAIX MICHAL ET RENATA HORNSTEIN Dès le 19 novembre, déroulez le ?l de l\u2019art entre 800 œuvres, des maîtres anciens à l\u2019art contemporain.Entrée gratuite jusqu\u2019au 15 janvier 2017 P h o t o © M a r c C r a m e r Présentateur de l\u2019année de la paix La construction du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein a été réalisée grâce au ?nancement du gouvernement du Québec.Le réaménagement des collections d\u2019art international du Musée a été rendu possible en partie grâce à l\u2019appui du gouvernement du Canada.Jean-François Bélisle "]
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