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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2016-10-29, Collections de BAnQ.

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[" M A R I E - C H R I S T I N E B O N Z O M à Washington L e montant d\u2019argent brassé lors de la campagne présidentielle depuis 2015 pourrait atteindre 6,6 milliards de dollars américains au soir du 8 novembre.Cette somme comprend les fonds levés par tous les candidats, tous les partis et tous les groupes associés, du type comités d\u2019action politique (PAC et SuperPAC).C\u2019est la prédiction du Center for Responsive Politics, organisation non partisane qui étudie les effets de l\u2019argent sur les campagnes électorales et les politiques publiques aux États-Unis.« C\u2019est la campagne la plus chère dans l\u2019histoire du pays », déclare au Devoir Bob Bier- sack, chercheur au Center for Responsive Politics et ancien responsable à la Commission électorale fédérale.Même à dix jours du scrutin, l\u2019incroyable collecte de fonds redouble d\u2019effort.«Plus d\u2019argent sera collecté et dépensé dans les prochains jours que pendant tout un mois de campagne cet été », indique au Devoir Drew Doggett, analyste à la Sunlight Foundation, organisme qui prône une transparence accrue des milieux politiques.Hillary Clinton est de loin le candidat à la Maison-Blanche qui a récolté le plus de fonds dans cette campagne (voir encadré).« D\u2019ici le 8 novembre, Mme Clinton aura amassé un milliard ou plus», estime Drew Doggett.D\u2019après les données compilées par la fondation, la démocrate se distingue aussi par le nombre record de collectes de fonds qu\u2019elle et ses proches ont organisées aux États-Unis et à l\u2019étranger, soit 700 contre 65 pour Donald Trump.En 2012, Barack Obama et Mitt Romney en avaient, ensemble, totalisé 530.Par ailleurs, le camp républicain est en retrait sur le plan du financement.« Donald Trump et le parti au sens large ont collecté et dépensé moins d\u2019argent que lors des présidentielles précédentes », relève Bob Biersack.Mais l\u2019aspect le plus nouveau de cette campagne est que les donateurs individuels sont moins nombreux, mais plus riches.« C\u2019est particulièrement vrai du camp démocrate, observe Bob Biersack.Si le taux de participation est relativement élevé lors du scrutin, il y aura environ 120 millions d\u2019électeurs à voter, mais de 100 à 200 personnes à peine qui auront versé des sommes très importantes aux deux principaux candidats et qui, de ce fait, auront l\u2019attention de l\u2019élu de manière prépondérante.» Jusqu\u2019à présent, 100 individus seulement ont versé plus de 1,6 million de dollars chacun.Parmi eux, 11 super-riches ont donné chacun plus de 15 millions.Michael Bloom- berg, George Soros et le nouveau venu en politique qu\u2019est Dustin Moskovitz, cofondateur de Facebook, ont notamment contribué à la campagne d\u2019Hillar y Clinton.Pour sa par t, Sheldon Adelson, magnat des casinos, a soutenu plusieurs candidats républicains, dont Donald Trump, à hauteur de 47 millions.Une espèce à part En jargon politico-financier américain, les bundlers sont de très riches individus qui, après avoir maximisé le montant de leurs dons à un candidat, démarchent leurs amis et partenaires d\u2019af faires pour « réunir un paquet de fric » (bundle).Hillary Clinton compte 1129 bundlers, qui ont déjà amassé pour elle plus de 112 millions.En 2012, les 769 super-collecteurs du président Obama avaient réuni au moins 186,5 millions.Bob Biersack, du Center for Responsive Politics, et Drew Doggett, de la Sunlight Foundation, pensent que le record de Barack Obama sera battu par son ancienne ministre.Cer tains bundlers d\u2019Hillar y Clinton sont bien connus du grand public : la styliste Vera Wang ou les acteurs Ben Af- fleck et Will Smith.D\u2019autres ont des noms de famille issus de l\u2019aristocratie industrielle.C\u2019est le cas d\u2019Abigail Disney, petite- nièce de Walt, ou d\u2019Aileen Getty, petite-fille du roi du pétrole John Paul Getty.Jusqu\u2019à présent, Donald Trump n\u2019a fourni aucune information sur ses éventuels bundlers à la Commission électorale fédérale.Le républicain s\u2019est souvent vanté d\u2019autofinancer sa campagne présidentielle, garantissant ainsi qu\u2019il ne peut donc « pas être acheté par les groupes d\u2019intérêt spéciaux».Drew Doggett, l\u2019expert de la fondation Sunlight, indique que Donald Trump a bien «essentiellement autofinancé sa campagne durant les scrutins primaires ».Il ajoute toutefois que le milliardaire « n\u2019autofinance pas vraiment sa campagne depuis qu\u2019il a obtenu l\u2019investiture du Guy Taillefer sur l\u2019accord de libre-échange: le «noui» des Wallons Page B 4 Michel David: le fédéralisme de Couillard, chef de district Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 Idées: la créature de Frankenstein, ce monstre moderne, est bicentenaire Page B 5 À dix jours du scrutin qui conduira Hillar y Clinton ou Donald Trump à la Maison- Blanche, l\u2019argent continue de couler à flot dans une campagne présidentielle sans précé- dent à plus d\u2019un titre, y compris en ce qui concerne son financement.Une campagne (de financement) sans précédent JUSTIN SULLIVAN GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019artiste britannique Cynthia Eviro a of fert une prestation lors du concert de collecte, de fonds pour Hillary Clinton «Victory Fund : Stronger Together» au théâtre St.James de New York, le 17 octobre.Plusieurs célébrités et artistes connus ont donné à la campagne de Mme Clinton.C L A U D E L É V E S Q U E L a bataille de Mossoul, qui fait rage depuis la mi-octobre, pourrait bien sceller le sort du groupe armé État islamique, qu\u2019on désigne également sous l\u2019acronyme Daesh, avec la promesse de reléguer l\u2019organisation au rang des très mauvais souvenirs.Mais tout ça est loin d\u2019être sûr.Quelle que soit l\u2019issue des combats, l\u2019assaut mené contre cette organisation terroriste va marquer un tournant de son histoire macabre.Entre 2013 et 2015, Joby Warrick, journaliste au Washington Post, s\u2019est employé à retracer la genèse de ce groupe armé.Le Devoir lui a parlé cette semaine, à l\u2019occasion de la sortie en français de son essai intitulé Sous le drapeau noir.Enquête sur Daesh (Cherche midi).Assiste-t-on actuellement à la fin de Daesh?Il est certain que le groupe État islamique va perdre cette bataille.Que celle-ci soit rapide ou au contraire longue et sanglante, ce sera un coup dur pour lui, pour son moral et pour sa réputation, parce qu\u2019il va perdre sa capitale symbolique en Irak et l\u2019endroit où il a créé son califat.Mais ce ne sera pas la fin de Daesh.Je crois qu\u2019il continuera de se battre en Syrie pendant plusieurs mois.Ce qui est encore plus important, c\u2019est qu\u2019il redeviendra un groupe terroriste clandestin.Ce qu\u2019il a déjà été et sait faire.Il n\u2019en sera pas moins meurtrier.Va-t-il le devenir encore plus?Il deviendra plus dif ficile de le combattre puisqu\u2019il ne disposera plus d\u2019infrastructures dont nous connaissons l\u2019emplacement et que nous pouvons bombarder.En revanche, même s\u2019il continue de mener des attaques terroristes, il perdra beaucoup de ses capacités, parce qu\u2019il ne disposera plus, comme actuellement, d\u2019un sanctuaire et d\u2019un endroit où il peut ouvertement planifier des attaques, s\u2019entraîner et acheminer des fonds.Ce sont des gens qui, sous certains rapports, vivent au Moyen Âge, mais se servent d\u2019outils très modernes.C\u2019est ce qui les rend aussi terrifiants.Ils sont aussi efficaces sur les médias sociaux que n\u2019importe quel autre groupe que nous avons étudié.Beaucoup plus que ne l\u2019était al-Qaïda.Leurs vidéos ressemblent à des jeux de guerre parce qu\u2019elles s\u2019adressent à des jeunes qui jouent à ces jeux.Or il faut une certaine infrastructure pour les produire.Déjà, nous avons constaté une certaine baisse de la qualité de leur matériel.Ne doit-on pas faire un parallèle entre la situation actuelle et la présence d\u2019al-Qaïda en Afghanistan en 2001?Absolument.Nous venons de marquer le 15e anniversaire du 11-Septembre, et ceux d\u2019entre nous qui ont couvert ces événements sont stupéfaits de constater qu\u2019on parle encore d\u2019al- Qaïda quinze ans plus tard.Cette organisation n\u2019a pas disparu : elle a connu des métastases, elle s\u2019est étendue vers divers endroits, mais elle est encore là.Mon sentiment est que le groupe État islamique pourrait durer lui aussi.Il se pourrait bien qu\u2019on en parle encore dans 15 ans.Il pourrait aussi se joindre à al-Qaïda (dont il s\u2019est dissocié en 2013).Ce n\u2019est pas dans les cartes à l\u2019heure actuelle, mais ça pourrait se produire.Ils pourraient gagner en puissance de cette façon.BATAILLE DE MOSSOUL Est-ce la fin du groupe État islamique ?L\u2019assaut donné à l\u2019organisation en Irak marque un tournant de son histoire VOIR PAGE B 3 : MOSSOUL VOIR PAGE B 2 : CAMPAGNE Lire aussi \u203a Le carnet de campagne: Sexe, argent et politique Page B 2 L\u2019élection volée, la chronique d\u2019Élisabeth Vallet Page B 2 M A R C O F O R T I E R à Atlanta E n diffusant des milliers de courriels piratés d\u2019Hillary Clinton et de ses proches, Wiki- Leaks porte un coup dur à la candidate démocrate.La mise au jour de liens d\u2019af faires obscurs entre Bill Clinton et des donateurs de sa fondation, cette semaine, est venue entacher la course de l\u2019aspirante-présidente vers la Maison- Blanche.L\u2019impensable s\u2019est produit, en milieu de semaine : Donald Trump a remonté dans les intentions de vote, au point où il rêve à nouveau d\u2019une improbable victoire dans 10 jours.Trump peut dire un gros merci à WikiLeaks, qui torpille la campagne de Clinton depuis trois semaines à coups de milliers de courriels piratés.Les messages dévoilés au cours des derniers jours frappent les démocrates « là où ça fait mal», comme dit la publicité : le couple Clinton est dépeint comme une machine à faire de l\u2019argent où les œuvres de bienfaisance ouvrent la voie à de somptueux contrats pour Bill Clinton et ses amis.Hillary Clinton, qui était la secrétaire d\u2019État au moment de ces échanges de courriels, n\u2019est aucunement montrée du doigt dans cette succession d\u2019apparents conflits d\u2019intérêts.Mais des républicains la jugent coupable par association : son image de politicienne calculatrice, qui défend les démunis mais s\u2019enrichit grâce à une proximité avec Wall Street, en prend pour son rhume.« Les apparences sont dévastatrices.[\u2026] La Fondation Clinton est devenue un tremplin pour enrichir les Clinton», a réagi sur CNN le journaliste Carl Bernstein, l\u2019homme qui a mis au jour le scandale du Watergate il y a quatre décennies.Les courriels rendus publics par WikiLeaks \u2014 à la suite d\u2019un piratage par la Russie, selon le camp Clinton \u2014 révèlent que Bill Clinton a empoché des millions de dollars en livrant des discours et des conseils stratégiques à des entreprises qui ont donné à sa fondation.Les firmes UBS, Ericsson, BHP, Lightning et la banque Barclay\u2019s, notamment, ont versé à Bill Clinton entre 175 000 $ et 1,2 million de dollars chacune pour se faire conseiller par l\u2019ex-président.Doug Band, un proche des Clinton, décrit, dans un courriel interne, un vaste réseau d\u2019échanges de bons procédés où les entreprises tirent profit de la notoriété de Clinton, qui s\u2019enrichit à son tour grâce aux lucratifs contrats qu\u2019il obtient auprès de ces entreprises qui financent sa fondation.Tout cela soulève des questions sur les relations d\u2019af faires d\u2019une éventuelle présidente Clinton et de son mari.Une aubaine pour Donald Trump, qui décrit les Clinton comme des « insiders » membres de « l\u2019élite corrompue » de Washington, note Carl Bernstein.« Il y a une réelle envie d\u2019une nouvelle forme de leadership dans ce pays », a dit le journaliste.Trump, ce « menteur pathologique », mène une campagne pitoyable, mais il touche une corde sensible en promettant de changer le système (même s\u2019il en fait lui-même partie et qu\u2019il ne propose aucune solution), souligne Bernstein.Le pouvoir de l\u2019argent C\u2019est bien connu : aux États-Unis, l\u2019argent peut acheter le pouvoir.Donald Trump en est la preuve vivante.Il s\u2019est vanté cette semaine d\u2019investir 100 millions de sa fortune personnelle dans sa campagne présidentielle.Les chiffres of ficiels font état de 56 millions, ce qui n\u2019est quand même pas rien.Trump fait valoir que son indépendance financière est un gage d\u2019intégrité.Il ne doit rien à personne, et surtout pas aux « lobbies corrompus» qui soutiennent Hillary Clinton à coups de centaines de millions de dollars, a-t-il affirmé.Autre pays, autres mœurs : tout cela serait impensable au Canada et au Québec, où les règles électorales visent à égaliser les chances de succès politique des riches et des pauvres.C\u2019est un des principaux héritages politiques de René Lévesque.La loi québécoise accorde un financement public aux par tis.Et les dépenses sont limitées en campagne électorale.C\u2019est tout le contraire aux États-Unis, où l\u2019excès est une vertu.Ils font peur, ces décrocheurs En plus d\u2019élire l\u2019occupant(e) de la Maison- Blanche, le 8 novembre, les électeurs de la Géorgie sont appelés à se prononcer sur un changement important dans la gestion des écoles : le gouverneur réclame le droit de mettre en tutelle jusqu\u2019à 20 écoles par année qui échouent à atteindre les cibles de rendement fixées par l\u2019État.Les commissions scolaires montent aux barricades devant cette intervention qui leur enlèverait un pouvoir garanti par la Constitution de l\u2019État.Le gouverneur Nathan Deal, un républicain, a livré un plaidoyer bien américain à ce sujet, cette semaine : les écoles doivent être à la hauteur des attentes, sinon les élèves vont décrocher.Et les décrocheurs (dont la majorité sont de jeunes Noirs) « sont plus susceptibles de tomber dans le crime, a-t-il dit.Les décrocheurs devront se tourner vers les écoles d\u2019autres quartiers où les gens sont plus aisés.Où ils auront des voitures à voler.Où ils auront des maisons à dévaliser.Où ils trouveront des victimes pour toutes leurs activités criminelles.Ce projet a un impact sur nous tous, d\u2019un point de vue criminel.» Justice noire, justice blanche Une curieuse histoire de mort violente agite la ville d\u2019Atlanta depuis un mois.Cette fois, la police n\u2019est pas accusée d\u2019avoir abattu un Noir innocent, mais plutôt de protéger un influent avocat de race blanche, membre du Parti républicain, qui affirme avoir abattu sa femme par accident.Tex McIver, 73 ans, a tué sa femme, Diane, alors que le couple se déplaçait en voiture (avec un ami qui conduisait) dans le quartier Midtown, le 25 septembre.À un moment donné, ils ont vu des gens de race noire sur le trottoir.L\u2019avocat a eu peur : il craignait que ce soit une manifestation du groupe Black Lives Matter.Assis sur le siège arrière, il a sor ti un fusil chargé qui se trouvait entre les deux sièges avant.Peu après, il dit s\u2019être assoupi, puis réveillé en sursaut en entendant un coup de feu.Sa femme, assise sur le siège du passager avant, était morte.Le coup de feu est parti tout seul, selon lui.L\u2019avocat tente d\u2019échapper à une éventuelle accusation d\u2019homicide.L\u2019enquête policière piétine.Des militants des droits civils soutiennent que l\u2019enquête serait plus expéditive si le suspect était de race noire, et non un avocat de race blanche bien branché sur le Parti républicain.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 À 10 jours de l \u2019élection, les Américains voient arriver le 8 novembre avec fébrilité et inquiétude, tant en raison de l\u2019issue des élections que de l\u2019atmosphère aux abords des bureaux de vote.En effet, alors que le vote par anticipation est en cours sur les deux tiers du territoire américain, le climat est tendu, entretenu tant par l\u2019af faire des courriels d\u2019Hillar y Clinton, qui ne f init pas de rebondir, que par Donald Trump, qui ne cesse de clamer que l\u2019élection lui sera volée : près de la moitié de ses sup- por teurs et le tiers des électeurs y croient, minant par avance la légitimité du (de la) futur(e) président(e).Pour tant, les études scientifiques nuancent ce por trait.État des lieux d\u2019une démocratie américaine tout à la fois imparfaite et fonctionnelle.Le 4 octobre dernier, la police d\u2019État de l\u2019Indiana, munie d\u2019un mandat de perquisition, investit le bureau de l\u2019Indiana Voter Registration Project, dont l\u2019objectif est de faciliter l\u2019inscription sur les listes électorales des Afro-Améri- cains : l\u2019argument invoqué est une fraude électorale de grande ampleur dont les bases ne sont pourtant pas claires.Hier, deux femmes sont arrêtées dans le comté de Miami-Dade (Floride) pour avoir altéré des bulletins et des fiches d\u2019inscription électorales.C\u2019est ce cl imat, entretenu par les déclarations de T r u m p , q u i e x p l i q u e qu\u2019une organisation radicale comme Oath Keepers, dont les membres se sont déployés à Ferguson pour « maintenir l\u2019ordre » (entendre : en lieu et place des autorités) s\u2019estime fondée à infiltrer les files d\u2019attente aux bureaux de vote.Leur «Operation Sabot 2016» n\u2019est que l\u2019une des initiatives prises par ces groupes conspiration- nistes, persuadés que l\u2019élection pourrait être «volée au peuple américain».Le phrasé même d\u2019un des opérateurs de la campagne de Trump, établissant une stratégie pour « réduire » le vote (sic) en ciblant les blocs électoraux prodémo- crates, abonde dans ce sens.Même s\u2019il ne s\u2019agit là que de méthodes de publicité négative, toute coordination entre la campagne de Trump, le Parti républicain et des opérations de patrouille autour des bureaux de vote pourrait placer le GOP dans une position délicate.En effet, depuis 1982, à la suite de manœu- vres d\u2019intimidation utilisées par des opérateurs républicains au New Jersey, les activités républicaines aux abords des bureaux de vote sont restreintes.Ces restrictions, qui doivent être levées en décembre prochain, pourraient être prorogées de cinq ans s\u2019il était prouvé que le GOP a récidivé \u2014 ce que le Parti démocrate affirme.Comme l \u2019expliquent depuis longtemps deux professeurs de droit, Levitt et Hasen, le problème est plus le fait de guerres du vote partisanes, à l\u2019instar des guerres culturelles, menées par les partis.Alors que les législateurs républicains majoritaires dans les États fédérés ont multiplié les charcutages électoraux (le fameux gerrymandering : le 12e district congressionnel de la Caroline du Nord a été redessiné cinq fois depuis 1993) et les lois précisant l\u2019identification des électeurs, leurs adversaires démocrates invoquent les droits civiques.Les recherches de Levitt ne recensent que 31 cas de fraude électorale liée à l\u2019identité de l\u2019électeur sur un milliard de votes entre 2000 et 2014.De surcroît, toutes les études universitaires montrent que les ir régularités électorales n\u2019ont jamais, au XXe siècle, inversé l\u2019issue du vote.Même en 1960, alors que Nixon était convaincu que Kennedy lui avait ravi la Maison-Blanche et tandis que la marge de victoire était mince, les anomalies électorales ne permettent pas de trancher.Cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019existe pas des problèmes inhérents au système de votation.Selon le Brennan Center for Justice, 10 % des électeurs potentiels n \u2019ont pas de pièce d\u2019identité gouvernementale avec photo et rencontrent des dif ficultés lorsqu\u2019ils se présentent pour voter.Dans 14 États, les électeurs feront face à de nouvelles restrictions, qu\u2019il s\u2019agisse de la réduction des heures de vote par anticipation ou de processus d\u2019identification plus complexes.Au Texas, en Caroline du Nord et au Wisconsin, les tribunaux ont invalidé ces restrictions, mais les scrutateurs n\u2019en ont pas toujours été informés.Ainsi, le système politique américain est un mécanisme hybride alliant décentralisation et suf frage universel indirect.Ce qui est un atout peut aussi être un grand défaut.L\u2019inconvénient de la décentralisation est que le système reste inconstant et parfois incohérent.C\u2019est également ce qui explique la disparité des processus de votation, l \u2019obsolescence de certaines machines de vote ou encore la piètre qualité des bulletins, faute de financement.Pour autant, avec 14 000 administrateurs électoraux, il est pratiquement impossible de s\u2019assurer qu\u2019une élection va basculer en faveur de l \u2019un ou l \u2019autre des candidats.L\u2019élection volée Depuis 1982, à la suite de manœuvres d\u2019intimidation utilisées par des opérateurs républicains au New Jersey, les activités républicaines aux abords des bureaux de vote sont restreintes ÉLISABETH VALLET SLAVEN VLASIC GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Aux États-Unis, l\u2019argent peut acheter le pouvoir.Donald Trump s\u2019est vanté d\u2019investir 100 millions de sa fortune personnelle dans sa campagne.Les chif fres officiels font état de 56 millions.Ci-dessus, De nouvelles révélations de WikiLeaks sur les liens d\u2019af faires entre Bill Clinton et sa fondation soulèvent des questions sur une éventuelle présidence d\u2019Hillary Clinton.Serait-elle à l\u2019abri des conflits d\u2019intérêts ?Comme toujours, il est beaucoup question d\u2019argent dans la course à la Maison-Blanche.Et, avec Donald Trump dans le portrait, le sexe n\u2019est jamais bien loin non plus.CARNET DE CAMPAGNE Sexe, argent et politique Parti républicain».Donald Trump avait promis de verser 100 mil l ions à sa campagne.Au 30 septembre, i l ne s\u2019était fendu que de 56 millions.Cependant, il s\u2019est inspiré du succès de la stratégie de financement de Bernie Sanders pendant les primaires démocrates.« Trump a la capacité assez unique de communiquer avec les électeurs sans utiliser les outils traditionnels que sont notamment les pubs à la télé, mais en s\u2019appuyant sur les interactions sur les réseaux sociaux et avec les foules, qu\u2019il réunit à ses rassemblements pour solliciter les petits donateurs plusieurs fois de suite », explique Bob Biersack.À ce stade, Donald Trump a plus de petits donateurs qu\u2019Hillar y Clinton.Sous la pression de Bernie Sanders avant la convention du Parti démocrate, Hillary Clinton a promis que, si elle est élue, elle déposera au Congrès un projet d\u2019amendement constitutionnel pour abolir la décision de la Cour suprême connue sous le nom de « Citizens United » dans les 30 jours de son entrée à la Maison-Blanche.Citizens United est une organisation conservatrice qui avait suscité une décision historique de la Cour suprême en 2010.Dans cet arrêt, la plus haute instance judiciaire des États-Unis interdisait au gouvernement fédéral de plafonner l\u2019engagement d\u2019entités privées à but lucratif ou non dans le financement de campagnes électorales.La décision de la cour a permis l\u2019émergence des SuperPAC, ces comités d\u2019action politique qui sont censés être indépendants des partis et des candidats et qui peuvent collecter des fonds sans aucune limite.L\u2019arrêt Citizens United est décrié par Hillary Clinton, selon qui il a donné « le droit aux milliardaires d\u2019acheter une élection».Mais en même temps, elle s\u2019appuie sur Citizens United pour lever des sommes extraordinaires.« Clinton utilise Citizens United à son avantage en prenant la loi au pied de la lettre pour collecter des montants très impor tants de manière opaque, tout en disant qu\u2019elle veut casser la décision de la Cour suprême » , remarque Drew Doggett.Du reste, l\u2019ampleur de ce financement opaque (dark money) est l\u2019un des aspects les plus marquants de cette campagne présidentielle.«Pour l\u2019essentiel, le public ne sait rien de ceux qui financent cette élection, ni des montants en jeu», déplore Drew Doggett.En échange de l\u2019argent qu\u2019ils versent à tel ou tel candidat, les gros donateurs « veulent tous être inclus dans les cercles où les dossiers sont discutés et les décisions, prises », explique Bob Biersack.« L\u2019expérience montre qu\u2019ils obtiennent ef fectivement accès aux plus hauts niveaux du gouvernement, auxquels les gens ordinaires n\u2019ont jamais accès », poursuit le chercheur du Center for Responsive Politics et ancien responsable à la Commission électorale fédérale.Pour Drew Doggett, « les classes sociales inférieures se sentent exclues des décisions politiques et les super-riches du 1 % utilisent leurs for tunes pour influer sur les mesures qui af fecteront les 99 % ».L\u2019analyste à la fondation Sunlight voit dans cette situation « une faillite du système».«Ce que les super-riches achètent avec leurs dons, souligne Bob Bier- sack, c\u2019est leur point de vue reflété dans la pensée de l\u2019exécutif, une fois leur candidat élu.» Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CAMPAGNE Vous êtes fascinée par le sexe et vous vous foutez des politiques publiques ! Réponse de Newt Gingrich, républicain de longue date et partisan de Donald Trump, à la journaliste Megyn Kelly, de Fox News, qui lui demandait si Trump est un «prédateur sexuel» « » Je suis en train de penser qu\u2019on devrait annuler l\u2019élection et l\u2019accorder à Trump Donald Trump, dans un discours à Toledo (Ohio) « » R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec C arlos Leitão le reconnaît.L\u2019ir- r uption de ce surplus de 2,2 milliards au terme de l\u2019exercice 2015-2016 \u2014 l\u2019année de toutes les compressions et des hausses de taxes et de tarifs, mais aussi l\u2019année où l\u2019équilibre financier devait être atteint \u2014 nécessite quelques explications.«Ça nous oblige, nous aux Finances et au Trésor, à bien expliquer les choses », soutient le ministre des Finances et président du Conseil du trésor dans une courte entrevue avec Le Devoir.« Si on était dans une situation où ces surplus étaient récurrents, structurels, ce serait différent.» Dans les documents de la mise à jour, le ministère, tout comme le ministre, insiste sur le fait que ce surplus, que l\u2019on ne saurait voir, est ponctuel pour l\u2019essentiel.Le quart de ce surplus est récurrent et sert à financer, avec la réduction de 150 millions de la provision pour éventualités, à devancer l\u2019abolition complète de la taxe santé en 2017 et à remplumer la santé, l\u2019éducation et le développement économique régional.«Déficit de compassion» À l\u2019Assemblée nationale, le chef de l\u2019opposition of ficielle, Jean- François Lisée, n\u2019a pas manqué de sauter sur l\u2019occasion.« Quelle est l\u2019ampleur du déficit de compassion ?C\u2019est 2,2 milliards de dollars, a-t-il lancé.Quand a-t-il su, au cours de la dernière année, qu\u2019il coupait davantage que ce qui était nécessaire pour son objectif de déficit zéro et, lorsqu\u2019il l\u2019a su, pourquoi n\u2019a-t-il pas dit : ça suf fit, de couper les bains, ça suf fit, les patates en poudre, ça suf fit, de faire coucher des dames sur leur chaise roulante parce qu\u2019elles n\u2019ont pas les soins à domicile nécessaires ?» La rhétorique est frappante.Toutefois, ce n\u2019est qu\u2019après coup qu\u2019on connaît l\u2019ampleur exacte d\u2019un surplus ou d\u2019un déficit, grâce aux comptes publics.D\u2019autre part, il est dif ficile, sur un budget de 100 milliards, d\u2019arriver pile à zéro, ou quelques autres chif fres.De tout temps, des écarts ont surgi.Parfois positif : en 2014-2015, un déficit prévu de plus de un milliard s\u2019est transformé en un léger surplus.Parfois négatif : sous le gouvernement Marois en 2012-2013, un déficit prévu de 600 millions s\u2019est mué en un gouffre de 2,5 milliards.Et cela tenait compte d\u2019un gros imprévu : la radiation de 1,8 milliard liée à la fermeture de la centrale Gentilly II.Certes, il est gênant de voir dans les comptes publics que 220 millions n\u2019ont pas été dépensés en santé, même s\u2019il ne s\u2019agissait pas de dépenses destinées aux centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).Ou encore que le montant de 147 millions, économisé en raison des journées de grève des enseignants, a ser vi à renforcer le bilan des commissions scolaires.Même sans imprévu majeur, comme c\u2019est le cas en 2015-2016, des écar ts de 500 millions ou même de un milliard sont courants.Sur un budget de 100 milliards, il s\u2019agit d\u2019un écart représentant de 1/2 % à 1 %.L\u2019écart de 2,2 milliards, substantiel dans les circonstances, témoigne de la détermination du gouvernement Couillard d\u2019arriver au déficit zéro, et non pas à 200 ou 500 millions de déficit, ce qui n\u2019aurait eu aucun impact réel sur le plan financier.Mais, sur le plan politique, les libéraux auraient mal paru.Carlos Leitão fait remarquer que les contraintes de la Loi sur l\u2019équilibre budgétaire appellent à la prudence.Comme la loi stipule que tout déficit doit être remboursé l\u2019année suivante, un déficit de 500 millions représente une côte à remonter de un milliard.Et les bonzes du ministère des Finances aiment bien compter sur la ceinture et les bretelles.En cette fin d\u2019année 2016, l\u2019économie va mieux, af firme Carlos Leitão.En cela, il donne implicitement raison à des économistes comme Pierre Fortin, qui affirme que le retrait de quatre milliards de l\u2019économie en un an \u2014 sous forme d\u2019une réduction des dépenses publiques après inflation et de hausse de taxes et de tarifs \u2014 a contribué à ralentir l\u2019économie.Dès que le gouvernement desserre un tant soit peu l\u2019étau, l\u2019économie s\u2019en porte mieux.Fragilité Mais, pour Carlos Leitão, la prudence reste malgré tout de mise.« On voit un renforcement de l\u2019économie du Québec dans un environnement international qui est encore fragile », fait-il observer, pointant vers les taux d\u2019intérêt négatifs en Europe et minimes aux États-Unis.La Coalition avenir Québec a choisi un angle d\u2019attaque aux antipodes de celui du PQ.À ce surplus de 2,2 milliards s\u2019ajoutent les versements au Fonds des générations de 1,45 milliard, un fonds destiné à réduire le poids de la dette.François Legault relève que des organismes comme le Fonds monétaire international (FMI) suggèrent que les États, plutôt que de rembourser leur dette, engagent des dépenses afin de stimuler l\u2019économie.Il réclame une baisse d\u2019impôt immédiate de 1000 $ par famille, un débours de deux milliards qui serait tiré des versements prévus au Fonds des générations.Au Québec, personne ne descend dans les rues, comme en Europe, pour défendre cette proposition de stimulation économique.L\u2019idée n\u2019a pas encore « percolé » dans la population, estime-t-on dans l\u2019entourage du chef caquiste, bien que, en soi, les jeunes familles, que veut séduire la CAQ, pourraient ne pas se montrer indifférentes à cet appel du pied.C\u2019est une position qui a peu d\u2019élan à l\u2019heure actuelle, mais qui pourrait être porteuse aux prochaines élections, avance-t-on.Philippe Couillard avait accusé François Legault de souf fler sur « les braises de l\u2019intolérance», parce qu\u2019il proposait de réduire les seuils d\u2019immigration, et il avait associé Jean-François Lisée aux partis de droite européens, parce qu\u2019il songeait à interdire la burqa dans l\u2019espace public comme en France.Voilà que Carlos Leitão dénonce à l\u2019Assemblée nationale « le populisme » de la CAQ.« Du populisme économique, c\u2019est ce qu\u2019ils font, c\u2019est leur spécialité », a-t-il répondu à François Bonnardel, mercredi.«On le voit ailleurs dans d\u2019autres pays : promettre des baisses d\u2019impôt importantes, majeures, sans se soucier des grands équilibres financiers », a-t-il dit au Devoir.Il est toutefois étonnant de voir un parti politique réaliser une de ses principales promesses sans le proclamer haut et fort.Dans le cadre financier du Par ti libéral du Québec, présenté lors des élections de 2014, il est écrit que « la réalisation de surplus budgétaires est prévue dès 2015-2016».Il est vrai que le PLQ poursuivait en affirmant que «les surplus budgétaires seront alloués à 50% aux réductions d\u2019impôt et à 50% à la réduction du poids de la dette».Or la totalité du surplus de 2,2 milliards a été affectée à «une réserve de stabilisation».Bref, on a fait disparaître ce surplus comme s\u2019il avait quelque chose de honteux.Ou encore de prématuré.Signer un dernier budget en 2018 avec une baisse d\u2019impôt à la clé, mais pas avant, ce serait, aux yeux des libéraux, une façon de montrer qu\u2019ils ont de la suite dans les idées.Non pas du populisme, mais un sain opportunisme.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 A ccusé par Jean-François Lisée d\u2019avoir jadis encouragé Ottawa à utiliser son « pouvoir de dépenser » pour empiéter sur les champs de compétence du Québec, le premier ministre Couillard a proposé que son vis-à-vis péquiste et lui explorent leur prose respective pour déterminer qui s\u2019est contredit le plus souvent au fil des ans.« Je peux déjà vous dire que sa bibliothèque des dernières années est pleine de rebondissements », a-t-il lancé.La production de M.Lisée étant nettement plus abondante, les virages, volte-face et autres changements de cap le sont sans doute aussi.En propor tion, M.Couillard n\u2019en a pas moins exercé avec une impressionnante fréquence ce qu\u2019il a déjà appelé son « droit d\u2019évoluer », au point de prendre le contre- pied de ce qu\u2019il soutenait la veille.Le cheminement intellectuel de ce disciple d\u2019Héra- clite d\u2019Éphèse, apôtre du « mobilisme », est une magnifique illustration du principe selon lequel « rien n\u2019est permanent, sauf le changement ».On note par fois une discordance étonnante, pour ne pas dire choquante, entre les positions qu\u2019il défendait quand il se sentait autorisé à penser librement et celles qui lui semblent plus appropriées à sa fonction de premier ministre ou qui correspondent mieux à ses intérêts du moment.Les propos qu\u2019il avait tenus devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en décembre 2011, quand il avait temporairement pris congé de la politique, et ce qu\u2019il a fait une fois devenu premier ministre offrent un magnifique exemple de ce double langage que certains pourraient carrément prendre pour de la schizophrénie.La question qu\u2019il avait posée ce jour-là était audacieuse : « Est-ce vraiment une bonne chose que le ministre de la Santé soit le dirigeant ultime du système de santé lui-même ?» Dans son esprit, la réponse était claire : la gestion quotidienne devait être retirée des mains du ministre pour être confiée à une société indépendante.On connaît la suite : non seulement le ministre de la Santé a conservé ses attributions, mais M.Couillard a laissé Gaétan Barrette s\u2019arroger des pouvoirs sans précédent.?Un article que M.Couillard avait écrit un mois plus tôt pour le compte de l\u2019institut de recherche Canada 2020 est revenu le hanter cette semaine, alors que M.Barrette se débat comme un diable dans l \u2019eau bénite pour qu\u2019Ottawa maintienne sans imposer de conditions sa participation au financement des services au niveau que le gouvernement Martin avait fixé en 2004.«Alors que nous approchons de l\u2019année 2014, certains souhaiteraient que l\u2019accord actuel \u2014 notamment la clause d\u2019indexation annuelle de 6% \u2014 soit renouvelé tel quel.Ce serait là une occasion ratée », écrivait M.Couillard.Même si M.Barrette joue simplement le rôle du mé- chant pour amuser, c\u2019est quand même un peu gênant pour lui.La reconduction de l\u2019entente de 2004 « devrait être liée à des progrès substantiels dans le rendement », disait encore M.Couillard, qui invitait le gouvernement fédéral à « assumer un leadership certain en s\u2019appuyant sur sa contribution financière de façon à devenir un agent du changement et à concentrer l\u2019ensemble du pays sur l\u2019avenir de nos soins de santé ».Trudeau père et fils n\u2019auraient pas dit mieux.?M.Couillard s\u2019est senti insulté quand François Legault lui a lancé que Jean Lesage ou Rober t Bourassa n\u2019auraient jamais tenu de tels propos.« Nous sommes tous, ici, des Québécois très fiers de l\u2019être », a-t-il répliqué.La question n\u2019est cependant pas de savoir s\u2019il est un bon Québécois, mais s\u2019il est un bon premier ministre.« J\u2019ai déjà écrit très nettement que le fédéral n\u2019a pas à s\u2019autodésigner comme policier du système de santé canadien », a-t-il plaidé.En effet, c\u2019est M.Couillard lui-même qui lui offrait l\u2019emploi.L\u2019œuvre de Lisée est peut-être pleine de rebondissements, mais on ne trouvera nulle part pareille abdication.En avril 1994, alors qu\u2019un deuxième référendum pointait à l\u2019horizon, Trudeau père s\u2019était adressé à une soixantaine de membres de la Société royale du Canada triés sur le volet dans un amphithéâtre de l\u2019Université de Montréal et il n\u2019avait pas caché son dépit : « Les professeurs enseignent le nationalisme dans les écoles.Ils disent à leurs élèves que le Québec est un État et c\u2019est faux.Le Québec est une province, un canton, un district.» Pourquoi pas une commune, tant qu\u2019à y être ?Trudeau dans toute sa méprisante splendeur.M.Couillard ne se perçoit sans doute pas comme un simple chef de district, mais il donne trop souvent l\u2019impression de pratiquer un fédéralisme de subordination qui reconnaît à Ottawa le droit de définir les valeurs et les orientations auxquelles le Québec doit adhérer.C\u2019est peut-être la façon de voir les choses au Canada anglais, mais cela n\u2019a jamais été le cas ici.mdavid@ledevoir.com Le chef de district Inexorablement, le gouvernement Couillard poursuit son plan de match avec la présentation cette semaine, par Carlos Leitão, de sa mise à jour économique.Après les sacrifices, un peu de répit, avant une forme d\u2019apothéose à l\u2019approche des prochaines élections, en 2018.C\u2019est réglé comme du papier à musique.Paradoxalement, c\u2019est un encombrant surplus de 2,2 milliards qui a produit la fausse note.MISE À JOUR ÉCONOMIQUE DU PLQ Ce surplus que nous ne saurions voir JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Carlos Leitão a présenté la mise à jour économique du gouvernement libéral, à Québec, cette semaine.MICHEL DAVID «Le Québec est une province, un canton, un district» Pierre E.Trudeau Que faire pour empêcher que le groupe EI ne renaisse de ses cendres ou qu\u2019un nouveau mouvement du même genre n\u2019apparaisse?Dans mon livre, j\u2019ai voulu parler de la naissance de Daesh.Ce groupe est appar u en grande partie à cause des erreurs commises par les Occidentaux.En 2003, l\u2019intervention en Irak a fait naître une insurrection qui est devenue al-Qaïda en Irak, puis Daesh.Le fait de nous insérer dans des régions et d\u2019essayer d\u2019y changer les gouvernements et la culture revient nous hanter.Si nous voulons limiter la capacité du groupe État islamique de continuer d\u2019agir, nous devons être très intelligents et judicieux dans notre politique étrangère.Il ne s\u2019agit pas de dire qu\u2019il faut se désengager et se retirer du monde, mais il faut être prudents dans l\u2019usage du pouvoir.C\u2019est la grande leçon des 15 dernières années.Le gouvernement Obama a été critiqué parce qu\u2019il a hésité à inter venir de façon concrète pour mettre fin à la guerre civile en Syrie.Des gens avaient des points de vue différents, dont Hillary Clinton, qui aurait voulu faire plus pour aider les rebelles modérés et empêcher la Syrie de devenir un vacuum permettant aux djiha- distes de gagner en puissance.Il a été très difficile de trouver le juste équilibre.Il faut donner au gouvernement [Obama] le mérite de ne pas avoir précipité les États-Unis dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient.Pourquoi avez-vous décidé d\u2019écrire cet essai?Après septembre 2001, j\u2019ai couvert le département d\u2019État, la CIA et les autres agences de renseignement, puis le Printemps arabe et, par tant, le conflit en Syrie.En raison de mes connaissances sur al-Qaïda en Irak, c\u2019est- à-dire le prédécesseur du groupe État islamique, je suis devenu très inquiet en voyant cette organisation intervenir en Syrie et donner un nouveau tournant au conflit syrien.J\u2019ai commencé à parler à des personnages officiels, à des amis et à des sources, et j\u2019ai vu qu\u2019ils partageaient mes craintes.J\u2019ai cru utile de retracer l\u2019histoire de ce groupe, mais je ne pensais pas, en 2013, qu\u2019il s\u2019emparerait de la moitié de l\u2019Irak et qu\u2019il décapiterait des gens sur Internet.Cela a pris tout le monde par surprise.Je suppose que mon projet arrivait au bon moment.Comment al-Qaïda en Irak est-il devenu le groupe État islamique?Il y a eu une évolution.Zarkaoui (le terroriste jordanien qui a fondé al-Qaïda en Irak) est mort en 2006.Après sa mor t, des membres du groupe ont cru qu\u2019ils devaient se donner un leadership et une allure plus irakiens.On a changé le nom d\u2019al-Qaïda en Irak pour État islamique en Irak.Zarkaoui voulait dès le départ que son groupe fasse partie d\u2019al-Qaïda, mais la maison mère, si on veut l\u2019appeler ainsi, voyait en lui une tête brûlée.Quand il a connu du succès en Irak et en bâtissant une organisation terroriste très puissante, on a accepté que ce groupe devienne une franchise d\u2019al-Qaïda, en fait la première franchise.Mais la violence extrême de Zarkaoui \u2014 les décapitations, les meurtres de femmes et d\u2019enfants \u2014 déplaisait à Ben Laden et au leadership d\u2019al-Qaïda, qui lui ont demandé d\u2019y mettre fin parce que cela risquait de détruire la marque.Mais il a continué, et ses successeurs aussi.La rupture a été consommée quand le groupe EI a pris du territoire en Syrie.Pourquoi cette incroyable cruauté?Le groupe État islamique a été créé à l\u2019image de son créateur.Zarkaoui était un homme très violent.Il était davantage un criminel et un voyou qu\u2019un homme spirituel ou même un fanatique religieux.Son organisation lui ressemble beaucoup.C\u2019est la violence pour la violence.Les activités criminelles sont pratiquées à grande échelle.Les règles de l\u2019islam sont violées.Al-Qaida a essayé de ne pas s\u2019aliéner l\u2019ensemble des musulmans du monde.Le groupe État islamique est essentiellement un gang criminel qui a attiré vers lui des hommes qui ont aussi un profil criminel, comme ceux qui étaient impliqués dans les attaques à Paris ou à Bruxelles.Couvrir la CIA, comment c\u2019était?[Rires] C\u2019est un beat très intéressant.Au début, vous pensez que c\u2019est la job la plus facile qu\u2019on puisse imaginer parce que personne à la CIA ne vous dira quoi que ce soit.Mais c\u2019est simplement un autre genre de défi.Vous découvrez qu\u2019il y a là des gens avec toutes sortes de points de vue sur ce que la CIA doit faire.Vous commencez à comprendre votre sujet et à connaître du monde.Plusieurs employés de la CIA veulent que le public sache ce qu\u2019ils font, y compris leurs erreurs.Avec le temps, si vous faites un bon travail, vous aurez le respect de l\u2019agence.Comment pouvez-vous faire confiance à des espions, dont une partie du travail consiste à mentir?Avec le temps, vous apprenez à écouter très attentivement ce qu\u2019ils disent.S\u2019ils nient catégoriquement quelque chose, vous pouvez juger par le langage si c\u2019est un vrai démenti, si c\u2019est une façon de vous dire qu\u2019ils ne veulent pas vous parler ou s\u2019ils vous envoient sur une fausse piste.Quand vous croyez être en possession d\u2019une nouvelle et que vous vous adressez au service de presse de la CIA, il est possible qu\u2019on vous accorde une entrevue off the record pour vous expliquer pourquoi votre histoire n\u2019est pas fondée, mais il est assez rare qu\u2019on vous mente carrément.Collaborateur Le Devoir SOUS LE DRAPEAU NOIR ENQUÊTE SUR DAESH Joby Warrick Traduit de l\u2019anglais par Tancrède Muiras Cherche midi Paris, 2016, 400 pages SUITE DE LA PAGE B 1 MOSSOUL Face aux tyrannies qu\u2019impose le « libre-échange », puisqu\u2019il s\u2019agit bien de tyrannies, les objections sont de plus en plus audibles \u2014 et mondialisées.Le « noui » wallon qui s\u2019est élevé cette semaine contre l\u2019accord canado-européen en est à cet égard une manifestation exceptionnelle et prometteuse.S\u2019il n\u2019est pas nommément altermondialiste, ce oui réticent ouvre néanmoins des horizons qui donnent à faire entendre les voix citoyennes sur un registre progressiste.Ce qui nous change au premier chef de Donald Trump.onald Trump, candidat républicain déviant à la présidence des États-Unis, aura au moins eu le mérite de dénoncer une mondialisation qui, obsédée par la libre circulation des biens et la prise de profits, a fini par en oublier les gens.Pour tout le reste, l\u2019homme est obtus et dangereux, d\u2019autant plus que son anti-libre-échangisme est ar ticulé par des positions xénophobes et passéistes.On ne cessera pas de s\u2019étonner qu\u2019envers et contre tout il ne soit pas si loin derrière la démocrate Hillary Clinton dans les sondages, à moins de deux semaines de la présidentielle du 8 novembre.Dans ce contexte, la semaine wallonne qui s\u2019achève de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, ouverte sur un non à l\u2019Accord économique et commercial global entre le Canada et l\u2019Union européenne (AECG) pour se terminer sur un oui conditionnel, a-t- elle constitué une bouffée d\u2019air autrement plus sain pour l\u2019avenir.C\u2019est un « wallonoui » qui apporte une contribution intelligente au débat sur le développement économique et social de la planète en général, et de l\u2019Europe en particulier.En vertu de l\u2019accord conclu jeudi aux premières heures du jour avec le premier ministre belge Charles Michel et entériné vendredi soir par les 28 États membres de l\u2019Union européenne, les Wallons ont obtenu une série d\u2019assurances fondamentales, à défaut de constituer le contrepoison idéal aux maux de la mondialisation.Ils ont obtenu que le traité n\u2019affecterait en rien les protections sociales ; que la Belgique pourrait se retirer de l\u2019AECG si les importations de produits agricoles canadiens affectaient indûment ses agriculteurs; et, surtout, que les tribunaux d\u2019arbitrage des différends entre multinationales et États \u2014 ces mécanismes fort controversés \u2014 ne seraient pas mis en place pendant la période d\u2019application provisoire de l\u2019accord.Il a en?n été convenu que la Belgique allait demander à la Cour de justice de l\u2019Union européenne de véri?er que ces tribunaux d\u2019arbitrage respectent bien le droit européen.?Ces fameux tribunaux ont fait et feront encore couler beaucoup d\u2019encre pour avoir dans le passé rendu des décisions partiales qui érodaient la souveraineté des États.L\u2019affaire est complexe et les avis des experts sont partagés pour ce qui concerne la portée de l\u2019AECG à ce sujet.En tout état de cause, certaines clauses litigieuses contenues dans la première mouture de ce traité dit de « nouvelle génération » ont été modi?ées le printemps dernier de manière à rendre plus dif?cile pour une multinationale de poursuivre un gouvernement et d\u2019obtenir compensation pour une loi (sur la protection de l\u2019environnement, par exemple) qui nuirait à sa rentabilité.Ce qui représente un progrès évident, à moins d\u2019être opposé au principe même de la libéralisation du commerce.C\u2019est sur cette base que la petite Wallonie a obtenu des garanties et des clari?cations additionnelles qui se trouvent en dé?nitive à venir surligner les menaces que font peser les accords de libre- échange sur l\u2019exercice des droits démocratiques.Vrai que la résistance af?chée par le gouvernement socialiste wallon de Paul Magnette, obligé de composer avec une in?uente minorité d\u2019extrême gauche, relève aussi de calculs et de rivalités politiques internes.Reste que cette résistance est l\u2019expression du vaste champ des malaises et des oppositions que suscitent des accords commerciaux qui tendent à réduire l\u2019espace démocratique et à creuser radicalement les inégalités socio-économiques.On aura surtout parlé de la Wallonie, mais l\u2019AECG a également fait l\u2019objet de vives objections de la part des sociétés civiles en Autriche, au Luxembourg, en Allemagne\u2026 Sans oublier que, par extension, c\u2019est aussi aux intérêts collectifs des Canadiens et des Québécois que les Wallons ont veillé en mettant des bâtons dans les roues de l\u2019AECG.N\u2019en déplaise à Jean Charest, Pierre Marc Johnson et Justin Trudeau.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S GND blanchi Quoique ayant été un fervent défenseur de la cause des carrés rouges lors de la crise étudiante de 2012, je dois avouer que je suis surpris de la décision de la Cour suprême de blanchir Gabriel Nadeau-Dubois dans la saga qui l\u2019opposait à Jean-François Morasse relativement à des allégations d\u2019outrage au tribunal reliées à une déclaration de GND à RDI le 13 mai 2012.Là où le bât blesse avec le plus d\u2019acuité réside dans le fait que la décision majoritaire de la Cour suprême repose sur le fait que Gabriel Nadeau-Dubois n\u2019avait pas nécessairement une connaissance spécifique de l\u2019injonction obtenue par M.Morasse, soulevant un doute raisonnable sur l\u2019outrage à un tribunal, le même argumentaire soulevé par la Cour d\u2019appel qui avait cassé au préalable la décision de culpabilité de la Cour supérieure.En réalité, comment l\u2019avocat d\u2019un présumé coupable peut-il invoquer l\u2019ignorance d\u2019une injonction publique pour justifier son innocence malgré la violation de ladite injonction ?Une question qui, selon moi, porte carrément à confusion dans mon esprit.Enfin, en tant que profane en droit, je constate que l\u2019application d\u2019une injonction a ses raisons que la raison ne connaît pas! Henri Marineau Québec, le 28 octobre 2016 L I B R E O P I N I O N C H A R L E S - E M M A N U E L C Ô T É Professeur titulaire à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval P lusieurs s\u2019étonnent, parfois avec condescendance, que la Wallonie \u2014 simple entité fédérée belge \u2014 puisse bloquer l\u2019Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l\u2019Union européenne (UE).Comment une si petite région peut-elle tenir en otages l\u2019UE et le Canada ?Au-delà des questions de fond soulevées par la Wallonie, il convient de clarifier le contexte juridique dans lequel est intervenu le blocage.Le processus de conclusion d\u2019un traité international peut être assez lourd.Les parties doivent négocier en vue d\u2019en arriver à un accord, lequel doit se matérialiser dans un texte traduisant la volonté des parties.Ce n\u2019est qu\u2019une fois ce texte adopté par celles-ci que la négociation est terminée, adoption qui se fait habituellement par sa signature.Les traités importants prévoient souvent que les parties doivent en outre confirmer leur consentement à être lié par un moyen additionnel.Cette technique leur permet de remplir les formalités internes qui peuvent être requises par leur constitution, comme la ratification parlementaire du traité.L\u2019AECG prévoit une telle séquence.Tant qu\u2019il n\u2019est pas signé, son texte n\u2019est pas arrêté et c\u2019est à cette étape que l\u2019on se trouve.La distinction entre ces étapes n\u2019est pas qu\u2019académique.Les rapports de force politiques se déploient différemment et leur encadrement juridique est distinct d\u2019une étape à l\u2019autre.Aucune obligation juridique ne pèse sur l\u2019État qui n\u2019a pas signé le traité ; au contraire, le droit international interdit que son consentement soit arraché par la contrainte.En revanche, l\u2019État qui a signé un traité doit s\u2019abstenir d\u2019actes qui priveraient le traité de son objet et de son but.Le résultat de la négociation de l\u2019AECG a été rendu public bien avant sa signature : résumé technique (octobre 2013) ; texte de l\u2019accord des négociateurs (septembre 2014) ; version authentique anglaise du texte (février 2016) ; 22 autres versions authentiques, dont la version française (juillet 2016).Illustrant bien le fait que la négociation n\u2019est pas terminée tant que le texte n\u2019est pas signé, l\u2019UE a obtenu du Canada un amendement important à l\u2019accord des négociateurs avec l\u2019ajout d\u2019un tribunal permanent d\u2019arbitrage investisseur/État.Il faut aussi rappeler que, même après la signature de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1992, les États-Unis avaient réussi à obtenir la signature d\u2019accords parallèles (protection de l\u2019environnement et des droits des travailleurs).Deux niveaux de difficulté La signature de l\u2019AECG comporte deux niveaux de difficulté particuliers.Premièrement, il est pour le moment considéré comme un traité « mixte », au sens du droit de l\u2019UE, catégorie qui vise les traités touchant à des matières de compétence de l\u2019UE et de ses 28 États membres et qui requiert leur signature à tous.Une controverse subsiste à ce sujet, mais sa qualité de traité mixte a été présumée.Un jugement de la Cour de justice de l\u2019UE est justement attendu sur la qualification d\u2019un autre accord que l\u2019UE souhaite signer avec Singapour.La décision de l\u2019UE de signer un tel accord doit normalement être prise à la majorité qualifiée des États membres, mais puisque l\u2019AECG est considéré comme un traité mixte, l\u2019UE a choisi de prendre sa décision à l\u2019unanimité, ce qui donne à tout État membre le pouvoir de bloquer sa signature.Si d\u2019aventure l\u2019AECG devait être requalifié de traité non mixte, la question de savoir si cette décision doit être prise à l\u2019unanimité ou à la majorité qualifiée se poserait et divise les experts.Deuxièmement, au regard du droit constitutionnel belge, l\u2019AECG est aussi considéré comme un traité «mixte », relevant à la fois des compétences du fédéral et des entités fédérées.Pour que la Belgique puisse signer un tel accord, le consentement du gouvernement fédéral et de toutes les entités fédérées est nécessaire.C\u2019est ici que réside le pouvoir de la Wallonie : son appui est indispensable pour que la Belgique puisse signer l\u2019AECG et autoriser l\u2019UE à le faire.Bien que le blocage de la Wallonie ait retenu l\u2019attention, la Communauté francophone, la Communauté germanophone et la Région de Bruxelles-Capitale s\u2019opposent aussi à l\u2019AECG.Au final, c\u2019est bien la Belgique qui refuse pour le moment de signer le traité.On peut certes s\u2019interroger sur les raisons d\u2019un tel refus tardif.La situation ne manque pas d\u2019étonner vue du Canada, puisque la par ticipation des provinces aux négociations de l\u2019AECG a été remarquable.Il demeure que le Canada ne pouvait pas ignorer l\u2019existence de ces difficultés juridiques dans l\u2019UE et la Belgique.Plusieurs scénarios s\u2019of frent maintenant aux parties, dont l\u2019abandon de l\u2019AECG, sa requalification comme traité non mixte, voire l\u2019exclusion de la Belgique de son champ d\u2019application.Ce blocage donne un avant-goût des dif ficultés qui attendent l\u2019AECG s\u2019il devait être soumis à la ratification des parlements des États membres de l\u2019UE.Ces derniers rebondissements pourraient être une occasion de trouver une réponse utile aux préoccupations les plus sérieuses de la Wallonie, afin de faciliter la ratification parlementaire ultérieure de l\u2019AECG.L\u2019accord intervenu en Belgique le 27 octobre indique que les problèmes seraient simplement remis à plus tard.La Belgique appuierait la signature de l\u2019AECG, tout en déclarant qu\u2019elle demandera un avis à la Cour de justice de l\u2019UE sur l\u2019arbitrage investisseur/État et qu\u2019à moins d\u2019avis contraire de ses entités fédérées récalcitrantes, elle ne sera pas en mesure de consentir à être liée par l\u2019AECG si aucune modification n\u2019est apportée à cet aspect du traité.Il demeure possible et préférable de trouver des ajustements de dernière minute au texte du traité afin que tant d\u2019efforts n\u2019aient pas été vains.Pourquoi la Wallonie a-t-elle pu bloquer l\u2019AECG ?FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET depuis la conférence de Rio en 1992 comprennent la per te de biodiversité.On peut aujourd\u2019hui évaluer numériquement l\u2019impact visuel d\u2019une ligne passant sur les hauteurs, mais on peut aussi évaluer les per tes en biodiversité de l\u2019ouverture d\u2019un large couloir dans le Corridor appalachien.Entre un impact visuel et une perte importante de biodiversité, mon choix penche du côté de la protection.L\u2019histoire d\u2019un mauvais choix rattrapera vite Hydro-Québec.L\u2019histoire a confirmé en janvier 1998 la valeur du tracé en zigzag des deux premières lignes du réseau de la Baie-James à l\u2019ouest du massif des Laurentides.Ces deux lignes ont survécu à des conditions climatiques dif ficiles et sauvé la région métropolitaine d\u2019une catastrophe imminente.Seuls les petits câbles de garde qui protègent en principe les lignes contre la foudre ont mis la continuité du service à risque.Le personnel d\u2019entretien était heureusement habitué aux comportements de ces câbles qui ont causé plusieurs pannes générales dans les années 1970.On a tout simplement lancé des billes de bois sur ces câbles à partir d\u2019un hélicoptère pour les dégager.Jean N.Laflamme, ingénieur physicien météorologue Saint-Bruno-de-Montarville, 26 octobre 2016 LIBRE-ÉCHANGE Bravo, amis wallons ! D GUY TAILLEFER Ne pas oublier les leçons du passé À la suite de l \u2019ar ticle d\u2019Alexandre Shields dans Le Devoir du 26 octobre relativement au passage d\u2019une ligne dans le Corridor appalachien, en Estrie, je ne peux me retenir, par devoir de mémoire, de faire ici un petit rappel de certaines leçons qu\u2019Hydro-Québec a apprises au début des années 1970 en passant les premières lignes du réseau de la Baie- James à l\u2019ouest du massif des Lauren- tides.En raison de contraintes climatiques (nuages givrants, pluies vergla- çantes, vitesses de vent), Hydro-Québec a accepté d\u2019emprunter, pour passer ces lignes, un tracé en zigzag plus coûteux et de déroger au postulat de la ligne droite imposé par les arpenteurs, les ingénieurs et les comptables.Parce qu\u2019il protège les conducteurs des intempéries, ce tracé les rend aussi invisibles aux humains.Depuis ce temps, Hydro- Québec a aussi développé des pylônes plus esthétiques, car ces derniers sont plus difficiles à camoufler.Malgré les meilleurs algorithmes de calcul, chaque traversée d\u2019un milieu naturel de grande valeur est un cas d\u2019espèce qu\u2019il faut résoudre en équilibrant les coûts avec les contraintes physiques et les impacts environnementaux, qui L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.A N N I K - C O R O N A O U E L L E T T E Enseignante au cégep de Saint- Jérôme, auteure, avec Alain Vézina, de Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley (2009) et de Le vampire : anthologie des textes fondateurs (2014), aux éditions Beauchemin n 1 8 1 6 , l a jeune Mar y Wo l l s t o n e - craft Shelley commence la rédaction de son œuvre- culte : Frankenstein ou le P r o m é t h é e moderne.Roman du progrès s\u2019il en est un, chaque génération y perçoit en miroir les révélations de sa propre époque.Publié à Londres en 1818, le roman de Shelley se déroule en Europe, à la fin du XVIIIe siècle, ère de profondes révolutions politiques, sociales et scientifiques.Pour le bicentenaire de sa création, il convient aujourd\u2019hui de céder la parole au plus étonnant des ambassadeurs fictifs de l\u2019Angleterre, le fils non reconnu de Victor Frankenstein.Celui que l\u2019on reconnaît habituellement à ses grognements sourds et au bruit lourd de son pas ne mérite certainement pas les surnoms avilissants dont on l\u2019a affublé : monstre, momie, vil insecte ou encore démon.Non, cet homme nouveau, pour tant laissé à lui-même, aura même le français comme «langue maternelle», tout comme son père.La science en français En ef fet, V ictor Frankenstein, plus connu comme l\u2019archétype même du savant fou, est \u2014 à l\u2019instar de Jean-Jacques Rousseau \u2014 un citoyen de Genève.S\u2019il s\u2019exprime aisément en anglais et en allemand, Frankenstein est tout de même heureux de rencontrer en voyage d\u2019autres personnages qui comprennent «la langue de [s]on pays».Walton, un explorateur anglais à qui il confiera toute son histoire, remarque aussi qu\u2019il a un «accent étranger ».Si Mar y Shelley fait ce choix, c\u2019est peut-être parce qu\u2019elle est justement en voyage au lac Léman au moment de la genèse de son œuvre.Les lieux pouvaient bien l\u2019influencer\u2026 Pourtant, ce n\u2019est plus un hasard si elle fait de la créature de Frankenstein un francophone d\u2019adoption.Victor parachève son œuvre au mois de novembre, après deux ans de gestation dans un laboratoire secret dans la ville d\u2019Ingolstadt, en Allemagne, où il étudie.C\u2019est seulement en voyant sa créature animée qu\u2019il saisit toute l\u2019horreur de son sacrilège.Abandonnée à son sort, elle s\u2019égare dans la ville, endure les injures comme les projectiles.Le monstre trouve alors refuge en campagne dans une petite cabane de bois, espérant se protéger à la fois des intempéries et de « la barbarie des hommes », confie-t-il à son créateur lorsqu\u2019il le revoit deux ans après sa naissance.Un élève clandestin Pendant plusieurs mois, le monstre reste tapi dans sa cachette puisqu\u2019elle est annexée à une chaumière.Grâce à un interstice entre les planches de bois, il peut à loisir espionner la famille qui y vit, les De Lacey.Ces derniers habitaient Paris avant d\u2019être exilés par un décret royal.Le père aveugle, sa fille Agathe et son fils Félix peinent à survivre dans cette campagne allemande.Se prenant d\u2019amitié pour eux, le monstre leur rend service la nuit : il ramasse des racines, cueille les légumes et coupe du bois\u2026 Il se surprend ainsi à désirer être aimé, car sa famille d\u2019adoption pense qu\u2019un « bon génie » veille sur elle.Résolu à se montrer un jour, le monstre pense que sa capacité à communiquer avec eux pourrait faire oublier la « difformité » de son aspect.Il explique encore à son créateur comment il a pu réaliser sa différence : « J\u2019avais admiré les formes accomplies de mes voisins, leur grâce, leur beauté et leur teint délicat ; mais combien je fus ef frayé quand je me vis dans une eau transparente ! Je reculai d \u2019abord, me refusant à croire que je me fusse réfléchi dans ce miroir ; convaincu enfin que j\u2019étais en réalité le monstre qui est devant vous, je fus pénétré du plus profond désespoir et de l a m o r t i f i c a t i o n l a p l u s cruelle.» Narcisse déçu, le monstre ne cherchera plus à contempler son reflet dans l\u2019onde.Il voit pourtant dans le langage \u2014 et avec raison \u2014 la possibilité de se faire accepter par les autres.Moment-clé de la formation de son identité, l\u2019arrivée de Safie, la fiancée arabe de Félix, lui permet de suivre de véritables leçons de français, de la langue orale à l\u2019alphabétisation, puis à la compréhension d\u2019œuvres aussi denses que Les ruines, de Volney.La famille De Lacey lui sert de modèle, ce qui contribue à son éducation comportementale.Le monstre apprend rapidement à enrichir son vocabulaire et à maîtriser la « science des lettres ».Lorsqu\u2019il maîtrise un mot qui désigne chaque fois un concept dif férent, il consolide sa vision du monde, mais, à l\u2019encontre du processus ordinaire, il saisit l\u2019acte de lecture presque simultané - ment avec celui de la parole.Séquestré volontairement, le monstre s\u2019éduque, ou plutôt est éduqué par des « précepteurs » idéals, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils ignorent leur condition de pédagogue ! Lorsqu\u2019 i l se pré - sente au père De Lacey, aveugle, qui lui demande s\u2019il est un compatriote français en l\u2019entendant, le monstre est fier de lui préciser qu\u2019il s\u2019agit de sa langue maternelle.Un monstre érudit La bibliothèque réelle que donne Mary Shelley à sa créature fictive s\u2019avère particulièrement riche.Il est étonnant de voir que celui qui a appris à reconnaître ses premiers mots quelques mois auparavant \u2014 feu, lait, pain et bois \u2014 peut maintenant disserter sur les malheurs de Werther, la chute de Rome et la principale cause de la guerre, soit l\u2019intolérance religieuse ! Un curieux hasard veut que, dans la forêt située non loin de la chaumière, le monstre trouve une mallette contenant plusieurs livres.Il est satisfait de pouvoir mettre en pratique ses leçons : «Heureusement, les livres étaient écrits dans la langue dont j\u2019avais appris les éléments à la chaumière.» C\u2019est à par tir de ces diverses lectures qu\u2019il prend réellement conscience de qui il « peut » être.Ces œuvres, bien choisies par Mary, préparent donc le monstre à accueillir l\u2019effroyable vérité sur son origine maud i te .Shelley fa i t l ire Goethe et Milton à sa créature qui, dans leurs œuvres, s\u2019identifie à Werther ou aux héros du Paradis perdu.Ses expériences de lecteur lui font développer sa pensée et sa capacité de raisonner.Ce sont ses lectures qui lui permettent de s\u2019exprimer devant son créateur avec autant d\u2019éloquence.Victor lui reproche même sa rhétorique persuasive et avoue qu\u2019il doit céder à son désir de lui fabriquer une fiancée, tant le monstre sait le convaincre de la justesse de cette demande, notamment en faisant référence à l\u2019Ève d\u2019Adam.L\u2019image biblique prouve encore une fois toute l\u2019intelligence de la créature, qui assimile les personnages du Paradis perdu et les adapte à sa situation.Si le monstre horrifie les hommes par son apparence repoussante, il réussit à convaincre son créateur par son don de la parole maintenant parfaitement maîtrisée.Un hommage à Rousseau L\u2019œuvre de Mar y Shelley s\u2019entrevoit ainsi comme un roman d\u2019éducation où cette créature, formée de morceaux épars de divers cadavres, sou- ha ite ardemment sur v ivre dans un monde qui lui est hostile.Autodidacte, ce monstre répond, d\u2019une étrange façon, il est vrai, au désir de Rousseau \u2014 le pédagogue \u2014 de vo ir surgir un être nouveau, né grand et adulte.D\u2019une part, le monstre incarne à lui seul le mythe du « bon sauvage » en vivant à l\u2019état de nature et, d\u2019autre part, une fois civilisé, il rend compte du processus éducationnel, à travers divers apprentissages, qui fait passer de la nature à la culture.Enfin, cet « Émile » méconnu en- se igne à ses lecteurs qu\u2019 i l était, à l\u2019origine, naturellement bon et que la société des hommes l\u2019a corrompu à un point tel qu\u2019il en sera toujours exclu.À cause de toutes les souffrances qu\u2019il a endurées, lui qui devait être un « nouvel Adam » se compare désormais à Satan : « Semblable au chef des démons, je por tais l\u2019enfer en moi-même ; sans avoir son génie, je voulais déraciner les arbres, répandre le ravage et la destruction autour de moi et, après avoir assouvi ma fureur, m\u2019asseoir sur les ruines et en jouir.» À par tir du moment où le monstre devient dépendant du regard et du mépris des autres hommes, le lien se brise : sa « sauvagitude » disparaît et, avec elle, l\u2019état naturel.Car l\u2019homme sauvage ne vit que par lui, en lui et pour lui.Si, comme Rousseau l\u2019écrit, « le pur état de nature est celui de tous où les hommes seraient le moins méchants », cet état n\u2019existe plus chez le monstre dès qu\u2019il décide d\u2019orienter sa vie en fonction de la vengeance contre son créateur.Ce glissement sert de pont entre son «état de nature» et son « état de société ».S\u2019il ne peut être aimé et heureux, il choisit de nuire à ceux qui le peuvent ! L\u2019état de société justement « inspire à tous les hommes un noir penchant à se nuire mutuellement », précise Rousseau dans son Second Discours.À la croisée des mythes de l\u2019apprenti sorcier, du golem et des pygmalions de tout acabit, Frankenstein se distancie de ses précurseurs par son émergence dans la tradition moderne, la science se substituant aux pouvoirs de la magie et des dieux grecs.Et ce monstre qui en résulte porte bien son « titre », tout compte fait, car, même s\u2019il est connoté négativement, il désigne pertinemment toutes les facettes de son identité.Son étymologie latine, monstrum, signifie à la fois « prodige » et « avertissement », ce qui ne saurait mieux traduire la pensée de Rousseau, qui voyait dans le progrès même l\u2019avènement de la corruption.BICENTENAIRE DE L\u2019ŒUVRE DE MARY SHELLEY Le monstre de Frankenstein qui parlait français S I M O N C O U I L L A R D Doctorant en études québécoises à l\u2019UQTR ans sa réponse au chroniqueur Michel David, au sujet de son souhait de voir le Québec s\u2019inscrire dans une perspective franco-canadienne (Le Devoir, 27 octobre), le ministre Jean- Marc Fournier citait en premier lieu une étude menée par le Commissariat aux langues officielles : «Le bilinguisme recevait l\u2019appui de 51% des Canadiens en 1977; cet appui se situe maintenant à 84%.Le résultat est encore plus frappant parmi les jeunes, qui l\u2019appuient à 90%.» Le ministre se réjouissait de ce chif fre.Les Canadiens seraient moins allergiques au français aujourd\u2019hui que dans les années 1970.Tant mieux ! Est-ce qu\u2019ils le parlent davantage pour autant ?Entre aimer la tarte aux pommes et la cuisiner\u2026 M.Fournier, comme tous les Québécois dont il se réclame qui se disent attachés au Canada, devrait peut-être travailler à connaître ce qu\u2019il en est, dans la pratique, au Canada, quant au bilinguime.Ainsi, le ministre ferait sans doute bien de lire le dossier du Globe and Mail (4 juin 2016) sur le sujet de l\u2019immersion française, et cette chronique de Margaret Vente intitulée « There\u2019s just one problem with French immersion\u2026 well, several, act u a l l y » .Voici un extrait fort intuitif et fort per t inent : « M a l h e u - reusement, il n\u2019y a pas la moindre preuve que l\u2019immersion française ait a c c o m p l i l\u2019un ou l\u2019autre de ses nobles objectifs.Après 40 ans d\u2019expansion constante des programmes d\u2019immersion, le pourcentage de Canadiens qui parlent les deux langues officielles a chuté.À deux des plus grands conseils scolaires de la région du Grand Toronto, la moitié des étudiants en immersion française abandonnent après la huitième année.Au moment de leurs études secondaires, 10 pour cent seulement acquièrent une compétence en français (ce qui n\u2019est pas la même chose que la maîtrise).Les raisons de ce taux de réussite misérable ne font pas de mystère.Le monde dans lequel les enfants sont plongés hors de la classe est anglais.Ils jouent en anglais.Ils vivent en anglais.Tout le monde qu\u2019ils connaissent parle anglais.Si vous voulez qu\u2019ils soient bilingues, vous feriez mieux de les prendre et d\u2019aller vivre en France ou au Québec \u2014 ou tout au moins vous assurer que vous êtes marié à un francophone.» Beaucoup de nos conci - toyens semblent attachés au Canada pour des raisons de nostalgie.Après tout, ce sont nos symboles, notre hymne et notre nom qui désignent, superficiellement, notre appartenance politique canadienne.Ce chiffre de 75 % reflète sans doute un peu cette confusion.Puisque le ministre Fournier a l\u2019amabilité d\u2019écrire dans Le Devoir sur le sujet, il faut présumer de la sincérité de sa position.Mais loin s\u2019en faut d\u2019entonner avec lui : « Vive la tarte aux pommes ! »\u2026 On se prend plutôt à souhaiter que les Québécois se réveillent avant de perdre leurs illusions\u2026 et le reste.Yet the dream lives on, comme le dit Mme Vente.LANGUES Les illusions de Jean-Marc Fournier FABRICE COFFRINI AGENCE FRANCE-PRESSE Le fils non reconnu de Victor Frankenstein est cet homme nouveau, laissé à lui-même, qui aura même le français comme « langue maternelle », tout comme son père.RICHARD ROTHWELL Mary Shelley E D Les Canadiens appuient le bilinguisme, mais cela ne signifie pas qu\u2019ils parlent français L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 PHILOSOPHIE B 6 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à par tir des thèses d\u2019un penseur marquant.J U L I E N G A U T H I E R - M O N G E O N Détenteur d\u2019une maîtrise en sociologie Durant chaque campagne électorale américaine, la question du financement des candidats refait surface et provoque des débats souvent déchirants.Au cours des dernières décennies, plusieurs arrêts de la Cour suprême des États-Unis ont fait date, levant les limites des contributions au nom de la liber té d\u2019expression, premier amendement de la Constitution.De telles décisions sont loin de faire l\u2019unanimité parmi les acteurs de la vie politique américaine et dans l\u2019opinion publique.Davantage qu\u2019un débat juridique, c\u2019est un débat constitutionnel, qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019aborder dans le contexte d\u2019une nation divisée entre deux tendances lourdes qui pèsent sur la vie électorale du pays, comme en témoigne l\u2019histoire récente de cette très ancienne démocratie.Le philosophe allemand Jür- gen Habermas (1929- ) s\u2019intéresse depuis au moins trente ans au débat constitutionnel qui anime la République fédérale allemande.Il s\u2019est aussi penché sur le rappor t complexe à la Constitution dans le contexte politique américain dans deux ouvrages connus, Droit et démocratie ainsi que L\u2019intégration républicaine, respectivement parus en 1992 et en 1998.Habermas met en opposition deux traditions politiques situées au cœur de nos démocraties contemporaines : l\u2019idéal républicain et la pensée libérale classique.Deux tendances qui, chacune à leur façon, ressurgissent dans le débat sur le financement électoral américain, offrant une lecture intéressante de l\u2019histoire politique américaine.Libéralisme et républicanisme Le premier amendement de la Constitution américaine détermine que «le Congrès ne fera aucune loi [\u2026] pour limiter la liberté d\u2019expression» des individus, considérés en fonction de leurs intérêts privés avant d\u2019être vus comme membres à part entière d\u2019une société politique.Une telle vision se borne à exiger de chacun un respect des règles morales assurant la vie en commun sans égard pour les choix et les préférences qui n\u2019engagent que leur personne, l\u2019État étant alors directement mis au service des citoyens privés dont il garantit les droits acquis et préserve les liber tés négatives.Ces dernières incluent la possibilité de s\u2019exprimer sans craindre la censure ; d\u2019être maître de sa propre vie, donc ne pas être contraint par un État trop puissant ou une majorité tutélaire.En effet, on retrouve de telles contraintes dans un régime à tendance autoritaire, où l\u2019intérêt privé est subordonné à la volonté d\u2019un chef ou à celle d\u2019une communauté entendue au sens fort.Les régimes dictatoriaux de l\u2019entre-deux-guerres en Allemagne et en Italie, pour ne nommer que ces exemples bien connus, illustrent de tels cas de figure.La conception libérale de la liberté vise au contraire la réalisation de soi à travers l\u2019autodétermination du citoyen perçu comme un agent privé, amené à conduire sa vie de manière autonome dans l\u2019objectif de la poursuite du bonheur, promesse cardinale de la Constitution américaine.Cette conception se retrouve au cœur de la Constitution américaine et caractérise, selon Habermas, l\u2019essence du projet libéral dans son acception moderne : « Le pivot du modèle libéral n\u2019est pas l\u2019autodétermination des citoyens qui délibèrent, mais la soumission aux normes de l\u2019État de droit d\u2019une société économique qui, en satisfaisant les attentes de bonheur privé des citoyens engagés dans la production, doit garantir le salut public dans un sens apolitique.» La liber té équivaut ainsi à l\u2019absence d\u2019entrave à l\u2019autonomie de chacun dans une société entendue au sens purement économique, faisant coïncider le bonheur individuel avec l\u2019abondance des richesses mises à la disposition des citoyens privés.Tous sont ainsi engagés dans un projet de vie lié à la réalisation de leurs aspirations personnelles dans un monde entièrement régi par les lois du marché.Ainsi, c\u2019est en tant que sujet existant préalablement à la collectivité que l\u2019individu s\u2019engage dans une société constituée d\u2019agents privés étant «membres de longue date d\u2019une société pré-politique».Une autre tendance met au contraire en avant l\u2019idéal d\u2019une société unifiée, tout entière tendue vers un bien-être commun qui impose à chacun un devoir éthique, lequel dicte le sens moral de leurs actions, obligeant chacun à sacrifier ses ambitions personnelles sur l\u2019autel du bien collectif.Il s\u2019agit de l\u2019idéal républicain, qui constitue l\u2019autre tendance lourde qui caractérise notre temps et qui marque d\u2019un long fil d\u2019Ariane l\u2019histoire des démocraties modernes : «Le modèle républicain de la citoyenneté rappelle que la valeur des institutions de la liberté, garantie par le droit constitutionnel, dépend entièrement de ce qu\u2019en fait une population habituée à exercer la liberté politique et à adapter le point de vue du \u201cnous\u201d propre à la pratique d\u2019autodétermination » (I.R., p.68).Cette conception implique une vie citoyenne tournée vers la politique, faisant peser sur les épaules de chacun un poids parfois lourd et un devoir éthique devant lequel l\u2019individu s\u2019efface.Entre le danger de corruption minant le peuple et la peur de brimer le droit individuel de s\u2019exprimer, le financement électoral présente deux visions bien dif férentes d\u2019une Amérique animée par l\u2019envers et l\u2019endroit de la démocratie.Historique du financement Dès le début du XIXe siècle, la question du financement électoral se trouve déjà au centre de l\u2019attention, suscitant des débats parfois vifs qui culmineront au siècle suivant avec des mesures d\u2019encadrement destinées à limiter le financement privé.Dès 1829, l\u2019élection présidentielle d\u2019Andrew Jackson marque le début d\u2019une pratique qui deviendra par la suite répandue parmi les membres plus aisés de l\u2019électorat américain.Il s\u2019agissait, ni plus ni moins, de promettre une charge dans l\u2019administration locale ou à un poste gouvernemental en échange d\u2019un appui financier important.Le candidat élu était ainsi redevable aux électeurs ayant contribué le plus généreusement à son élection, créant un fossé entre les citoyens aisés et la majorité moins fortunée.Cette vision pré-politique d\u2019un sujet économique met la souveraineté sur le même pied que la liberté d\u2019acheter, de prospérer et d\u2019échanger.Le désir de s\u2019élever lie entre eux des individus animés par une même aspiration privée, la société étant perçue comme une collection d\u2019agents en quête de prospérité.Néanmoins, la peur de voir un écar t trop grand diviser les électeurs commence à surgir, la démocratie comme projet commun étant menacée par l\u2019influence grandissante de certaines classes de citoyens.Ce n\u2019est que 50 ans plus tard, soit en 1883, que le Civil Act Reform interdit formellement ce genre de pratiques, établissant des critères stricts dans le recrutement des employés destinés à une fonction publique.L\u2019idée d\u2019un peuple uni dont les intérêts sont susceptibles d\u2019être menacés par la corr uption apparaît notamment au siècle suivant avec les premières lois visant à encadrer le financement.Dès 1907, le Tillman Act interdit l\u2019argent provenant des grandes entreprises privées, auquel s\u2019ajoute le Federal Corrupt Practice Act qui oblige, dès 1925, les candidats à révéler l\u2019origine de l\u2019argent récolté.Au renforcement des lois encadrant le financement électoral s\u2019oppose une majorité d\u2019acteurs politiques qui en appellent au droit constitutionnel pour invalider ces lois jugées contraignantes.Il s\u2019agit de défendre le droit de s\u2019exprimer, l\u2019argent étant perçu comme le moyen le plus naturel, donc légitime, de permettre à une opinion d\u2019être connue et entendue.On voit déjà s\u2019affirmer les prémisses d\u2019un débat constitutionnel qui ira en s\u2019envenimant à partir des années 1970.C\u2019est en 1971 qu\u2019est mise sur pied la Commission électorale fédérale visant à imposer un plafond à l\u2019argent privé destiné à un candidat ou à un parti politique.Les problèmes de corruption passés nourrissent la crainte qu\u2019une minorité aisée n\u2019acquière une influence trop grande sur le processus électoral, menaçant le peuple comme entité commune.Les réformateurs plaident donc en faveur d\u2019une plus grande égalité entre les électeurs contre les conservateurs qui défendent le droit privé de s\u2019exprimer sans entraves.La vision abstraite d\u2019une autonomie envisagée au sens purement économique rejoignait alors l\u2019idéal d\u2019un sujet maître de sa destinée à travers ses choix personnels, l \u2019argent étant un moyen essentiel d\u2019arriver à cette fin.Le débat juridique des tribunaux sur la question du financement électoral était donc divisé entre ces deux tendances lourdes.C\u2019est pour éviter un déséquilibre trop grand entre les candidats que la Commission électorale fédérale prévoit, dès 1974, une limite à l\u2019argent qu\u2019un candidat peut dépenser pour sa propre campagne polit ique .Règ le rap idement contestée et modifiée par le Valeo V.Buckley Act qui mobilise l\u2019argument du premier amendement sur la liber té d\u2019expression pour invalider l\u2019acte de 1971 et ses ajouts subséquents.Habermas noterait avec justesse que la question du financement électoral, tout comme les grands débats constitutionnels qui ponctuent l\u2019histoire des États-Unis, pose la question délicate du rapport «entre démocratie et État de droit », entre autonomie publique et libertés privées.À l\u2019instar du débat sur le droit au port d\u2019armes, la question du financement électoral soulève la question de la légitimité des tribunaux et des juges, amenés à se prononcer sur des enjeux politiques sans avoir été au préalable démocratiquement élus.Ce sont eux qui déterminent en dernière instance ce qui est valable ou pas d\u2019un point de vue constitutionnel, sans consulter les électeurs qui sont les premiers concernés par de telles décisions.Il en résulte cette situation un peu étrange que déplorent les réformateurs et qu\u2019Habermas résume ainsi : «Les États-Unis connaissent depuis longtemps un vif débat sur la légitimité du contrôle des normes [\u2026].La conviction républicaine, selon laquelle \u201ctout pouvoir [\u2026] vient du peuple\u201d, ne cesse de regimber contre le pouvoir élitiste d\u2019experts juridiques qui, n\u2019étant pas eux-mêmes légitimes par une majorité démocratique, ne peuvent invoquer, pour annuler les décisions d\u2019un pouvoir législatif démocratiquement élu, que leur compétence de spécialistes de l\u2019interprétation constitutionnelle» (I.R., p.140).Constitution et démocratie Le débat constitutionnel ne peut rester l\u2019affaire des seuls juristes et se faire à l\u2019insu des autres acteurs de la société civile.C\u2019est en sortant du cadre strictement juridique que le débat sur le financement peut éventuellement devenir fécond, permettant de penser ensemble deux traditions \u2014 républicaine et libérale \u2014 en apparence inconciliables.À la lumière des décisions prises par la Cour suprême, tantôt favorable tantôt défavorable à la réglementation du financement, Habermas chercherait avant tout une autre voie.Les réformateurs qui souhaitent préserver le peuple des dangers liés au pouvoir trop influent de l\u2019argent estiment légitime de réglementer le financement des partis.En revanche, la « liberté d\u2019expression » a préséance sur tout le reste, plaident les tenants de la déréglementation : vouloir imposer une limite au financement des par tis risque ici d\u2019empêcher cer taines idées d\u2019être diffusées.Aux États-Unis, le cas du financement électoral, comme le débat sur le droit au por t d\u2019armes, suscite encore au- jourd\u2019hui de vives réactions qui semblent s\u2019entrechoquer au lieu de créer un dialogue constructif.C\u2019est le temps, mais aussi le potentiel transformateur du droit constitutionnel, qui permet aux réformes d\u2019aboutir, de faire consensus sur fond de tumultes qui ressurgissent par moments.Habermas ne chercherait pas à trancher le débat de façon radicale, mais constaterait combien l\u2019histoire constitutionnelle procède d\u2019un apprentissage qui peut parfois être long et laborieux.Le cas des États-Unis en est un exemple éloquent.Il mentionnerait à cet égard l\u2019exemple du New Deal dans lequel des réformes « d\u2019abord âprement contestées» ont finalement été «reconnues par tous les partis en présence comme des conquêtes» (Une époque de transitions: écrits politiques (1998-2003), Paris, Fayard, p.148).C\u2019est par un processus décisionnel impliquant la communauté des citoyens et les institutions que s\u2019actualise le droit privé, en accord avec la volonté des acteurs engagés dans la vie politique.Une Constitution puise ainsi son caractère démocratique et dynamique non seulement des principes qu\u2019elle défend, mais des possibilités inexploitées «du système des droits présents dans l\u2019acte constitutionnel » (E.T.p.147).Les enjeux touchant la sphère privée se reflètent dans la société civile et inversement; c\u2019est dans l\u2019espace public, des tissus associatifs jusqu\u2019aux grands médias, que les besoins particuliers des citoyens sont transmis de la périphérie au centre, se répercutant sur les thèmes abordés par le pouvoir politique.Si le libéralisme et le républicanisme s\u2019opposent sur le terrain juridique, ils prennent une autre tournure dans le contexte d\u2019un débat public où les échanges privés peuvent éventuellement influencer les décisions qui engagent l\u2019avenir de la communauté.Habermas plaiderait pour plus d\u2019ouverture, mais surtout pour un réel débat public sortant du cadre strictement juridique pour s\u2019inviter sur le terrain politique.Il remarquerait aussi combien il est aujourd\u2019hui difficile de voir quelle tendance caractérise les deux grands partis politiques sur le rapport de l\u2019argent et du financement des partis, tant l\u2019un et l\u2019autre bénéficient des mêmes stratagèmes pour obtenir des faveurs.Depuis le début des années 2000, on assiste à l\u2019essor de groupes ser vant d\u2019organes pour promouvoir les candidats politiques en contournant les lois électorales.C\u2019est le rôle des « Super PAC » et des groupes 507 et 527, brassant des milliards pour financer la publicité des candidats issus des dif fé- rents partis, tant républicain que démocrate.Un réel débat politique semble alors d\u2019autant plus souhaitable, voire indispensable, pour penser les droits à la lumière de l\u2019évolution actuelle de la société américaine.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robi tai l l e : arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/so- ciete/le-devoir-de-philo LE DEVOIR DE PHILO Le financement politique aux États-Unis sous la loupe d\u2019Habermas Le philosophe allemand plaiderait pour un réel débat public sortant du cadre strictement juridique JERRY LAMPEN AGENCE FRANCE-PRESSE Jürgen Habermas s\u2019intéresse depuis au moins trente ans au débat constitutionnel qui anime la République fédérale allemande.Il s\u2019est aussi penché sur le rapport complexe à la Constitution dans le contexte politique américain.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Julien Gauthier-Mongeon La question du financement électoral pose la question délicate du rapport « entre démocratie et État de droit », entre autonomie publique et libertés privées "]
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