Le devoir, 5 novembre 2016, Cahier E
[" M A N O N D U M A I S A lors que la septième saison de la populaire série The Walking Dead a commencé dans la controverse, les spectateurs jugeant que celle-ci était allée beaucoup trop loin dans l\u2019horreur sanguinolente, voilà que la figure du zombie fait son apparition dans Le Joker au Quat\u2019Sous et dans Le garçon au visage disparu à La Licorne.Ainsi, dans la pièce mise en scène par Éric Jean, sa dernière au Quat\u2019Sous à titre de directeur artistique et de codirecteur général, les personnages subissent une transformation extrême sous le regard amusé du Joker (Pascale Montpetit), incarnation de la petite voix intérieure, tandis que l\u2019on devine la présence envahissante de zombies avançant lentement mais sûrement au cours de cette étrange nuit.À La Licorne, dans la pièce mise en scène par Benoît Ver- meulen pour le Théâtre Le Clou, un adolescent fan de The Walking Dead, Jérémy (David Strasbourg), se réveille un matin sans visage, au grand désarroi de sa mère (Julie McCle- mens).Fait étonnant : fasciné par les monstres dans sa jeunesse, Larry Tremblay n\u2019a jamais vu de films de zombies.« Je suis moi-même étonné d\u2019avoir utilisé le zombie.Je ne m\u2019en suis aperçu qu\u2019après coup.Quand Benoît m\u2019a demandé une pièce, il fallait que j\u2019aie un personnage adolescent.Ce sont donc les ados qui m\u2019ont emmené dans l\u2019univers des zombies ; autrement, je ne crois pas que j\u2019y serais entré », confesse l\u2019auteur, dont les deux pièces paraîtront en novembre aux éditions Lansman.« Au Clou, je cherche tout le temps des auteurs qui peuvent Rencontre avec la prof des profs de ballet jazz Lynn Simonson Page E 3 La Biennale de Montréal dans l\u2019œil de nos trois critiques Page E 6 La nuit des morts-vivants Larry Tremblay nous offre, pas une, mais deux pièces où il traite d\u2019identité C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 PEDRO RUIZ LE DEVOIR Éric Jean, Larry Tremblay et Benoît Vermeulen C\u2019es t qu e c\u2019 est vous ! » n\u2019en a vez p as da ns vo tre gr oupe\u2026 légèrement dépravée.Si vous « Dans chaque groupe, il y a une fille « La vie d \u2019une fille , c\u2019e st d e ré alise r qu\u2019elle devie nt une femm e et q u\u2019elle doit être belle toute sa vie.J\u2019ai pas envie de vivre ça ! » Au Quat\u2019Sous et à La Licorne, Éric Jean et Benoît Vermeulen explorent l\u2019univers du dramaturge Larry Tremblay à travers Le Joker et Le garçon au visage disparu, deux pièces miroirs où l\u2019auteur exploite un thème lui étant cher : l\u2019identité.VOIR PAGE E 4 : IDENTITÉ D O M I N I C T A R D I F C e n\u2019est pas tous les jours que pareil discours féministe retentit dans l\u2019enceinte chic et consen- suelle d\u2019une émission grand public comme Ça finit bien la semaine, le talk-show du vendredi soir de TVA.Seule Mariana Mazza sait dégoupiller d\u2019aussi réjouissantes grenades.«La vie d\u2019une fille, c\u2019est de réaliser qu\u2019elle devient une femme et qu\u2019elle doit être belle toute sa vie.J\u2019ai pas envie de vivre ça!» y déclarait l\u2019humoriste appelée à raconter la genèse d\u2019un égopor- trait relayée sur son compte Ins- tagram, il y a quelques semaines.En gros plan, la vingte- naire grimace sous les supplices de sa mère, qui lui arrache à l\u2019aide d\u2019une étrange pâte les vilains poils florissant au nord de sa lèvre supérieure.Ce n\u2019est qu\u2019une des nombreuses photos grâce auxquelles la Révélation Juste pour rire 2014 prend à rebrousse- poil (!) la dictature des poses studieusement avantageuses, mais d\u2019allure spontanée, avec lesquelles stars comme quidams vont à la pêche aux like sur les réseaux sociaux.Comme c\u2019est toujours le cas chez Mazza, la volonté de provoquer le rire couve un désir de révéler au grand jour la vérité qui grouille sous les habits d\u2019hypocrisie dont on se drape.« Sérieux, je ne le fais pas pour l\u2019ef fet comique, je le fais parce que j\u2019en ai une, grosse moustache ! Je n\u2019en ai aucune honte ! La réalité, c\u2019est que, lorsque je me réveille le matin, je suis en vieux pyjama, j\u2019ai des crottes dans les yeux, je pue de la gueule.J\u2019étais à la cantine d\u2019une station de télé tantôt et la dame à la caisse me dit : \u201cVous avez l\u2019air fatiguée.\u201d Je ne suis pas fatiguée ! Je n\u2019ai jamais été aussi en forme, ma peau n\u2019a jamais été aussi belle ; je suis juste pas maquillée.Ça te donne une idée d\u2019à quel point nos standards sont fucked up ! Je n\u2019ai pas envie de vivre dans le mensonge », insiste pendant un court coup de fil celle qui présentera mercredi la rentrée montréalaise de son premier solo, Femme ta gueule.Le titre, on l\u2019aura compris, est rempli d\u2019autodérision \u2014 Mazza est à la loquacité ce que Messmer est aux regards mystérieux.Il subvertit aussi l\u2019injonction employée depuis le jardin d\u2019Éden afin de réduire les femmes au silence.« Le problème, c\u2019est que, dès qu\u2019on l\u2019ouvre, dès qu\u2019on porte un décolleté, dès qu\u2019on dit le mot \u201cvagin\u201d, on est vulgaires aux yeux de plusieurs», dénonce notre interlocutrice dans une de ces impétueuses envolées qui ont défini son style.« Si ça continue, je vais devenir clown au cirque.Vous ne m\u2019entendrez plus parler ! » On devine dans son ton de voix qu\u2019elle n\u2019a aucune intention de mettre ses menaces à exécution.Le féminisme en humour: un statement Torpiller les mensonges d\u2019une époque célébrant le naturel, pour peu que ce naturel se conforme aux codes de beauté en vigueur, voilà une partie du fonds de commerce d\u2019Amy Schu- mer, avec qui Mazza a beaucoup en commun.Toutes les deux révélées lors d\u2019un concours télévisé \u2014 Last Comic Standing en 2007 pour l\u2019Américaine, En route vers mon premier gala Juste pour rire en 2013 pour la Québécoise \u2014, elles partagent aussi un féminisme fièrement revendiqué, une certaine verdeur de langage, ainsi qu\u2019un irrépressible besoin de nommer ce qui, autrement, demeurerait tu.La tournée mondiale de la New-Yor- kaise, première femme humoriste à avoir accroché son nom à la marquise du Madison Square Garden, s\u2019arrête vendredi au Centre Bell.«On peut penser qu\u2019on assiste à un âge d\u2019or des femmes comiques, avec Tina Fey, Lena Dunham et Amy Schumer » , fait valoir l \u2019enseignante à l\u2019École nationale de l\u2019humour et doctorante en sciences politiques Julie Dufort.« Il ne faut Elles sont toutes deux féministes et torpillent avec l\u2019arme du rire les injonctions à être belles et polies d\u2019une société moins à l\u2019aise qu\u2019elle ne se le raconte avec l\u2019humour des femmes.Regard sur la Québécoise Mariana Mazza et l\u2019Américaine Amy Schumer, dont les voix se croiseront cette semaine à Montréal.Devenir femme JAMIE MCCARTHY / AFP L\u2019actrice et humoriste Amy Schumer sur scène au Beacon Theatre à New York PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019humoriste Mar iana Mazza prés entera mercredi la rentrée mont réalaise de son premier solo , Femme ta gueu le.des menso nges d\u2019une époque en faisant rire Mariana Ma zza et Amy Schumer à l \u2019assaut Le problème, c\u2019est que, dès qu\u2019on l\u2019ouvre, dès qu\u2019on porte un décolleté, dès qu\u2019on dit le mot \u201cvagin\u201d, on est vulgaires aux yeux de plusieurs Mariana Mazza « » VOIR PAGE E 2 : RIRE C ela n\u2019existe pas, le regard féminin au cinéma.Aussi pluriel que le nombre des femmes qui scrutent le monde et leur nombril.Mais sans le point de vue des filles, des mères, des amantes, du deuxième sexe en appel d\u2019air, comment casser les vieux moules?Le septième art, issu d\u2019une lignée de pères, demeure quasi-orphelin de mères.Peu de fées, même les Carabosse, ont veillé jusqu\u2019ici sur son berceau.Ça paraît ! Pour cet art d\u2019icônes, l\u2019image incrustée dans les rétines du public demeure celle de la star objet, au rayon du fantasme collectif : Marilyn à jamais, qui en est morte, la pauvre! Deux solitudes, tranche-t-on à propos des anglophones et des francophones du Québec.Sur la planète entière, l\u2019autre solitude, c\u2019est celle des femmes.Souvent muettes, et poussées à le rester.Suffit ! D\u2019où ce plaisir de retrouver tant de noms féminins en enfilade au programme de Cine- mania, le festival de films francophones à Montréal, qui a cours jusqu\u2019au 13 novembre.Allons-y d\u2019une petite énumération à sonorités musicales : Katell Quillévéré, Nicole Garcia, Lola Doillon, Justine Triet, Mia Hansen-Love, Danièle Thompson, Stéphanie Di Giusto, Marion Hänsel, Stéphanie Pillonca- Kervern, Marie Castille Men- tion-Schaar, Delphine et Muriel Coulin.Toutes générations unies, sur une large percée dans le camp de la relève.Maidy Teitelbaum, la directrice de Cinemania, n\u2019avait même pas cherché à hausser la propor tion de films de femmes à son rendez-vous.Ces titres se sont imposés comme des évidences, question de qualité.Serait-ce la masse critique des femmes cinéastes, longtemps attendue, soudain en vue.Terre ! Terre ! Terre d\u2019Europe, oui ! Nous, on avait déjà senti au fil des festivals la vague rose en premiers déferlements au long de l\u2019année.Cannes est un boy\u2019s club (une seule Palme d\u2019or féminine en 69 éditions, à Jane Campion pour La leçon de piano).Mais le sol y vacillait presque, au printemps dernier.Des films comme Toni Erd- mann de l\u2019Allemande Maren Ade, American Honey de la Britannique Andrea Arnold, également La danseuse, premier long métrage de la Française Stéphanie Di Giusto à Un certain regard, bien d\u2019autres, cassaient la baraque.De grandes œuvres de filles.Hors des sentiers battus, en plus.Cet automne, au TIFF de Toronto, près du tiers des films portaient une griffe féminine.Pas la parité, mais un record historique, souligné tout sourire par le directeur artistique Cameron Bailey.Au Festival du nouveau cinéma, la direction eut beau se voir fustigée pour le « trop peu de réalisatrices », ses 25 % de films de femmes au menu tenaient quand même du jamais vu.Oui, les programmateurs doivent faire de la place aux femmes.Reste à produire leurs œuvres en assez grand nombre pour accroître les chances de circulation festivalière.Ça démarre, donc ! Des cinéastes européennes Bon, cette vague rose touche essentiel lement les Européennes.Pas les autres ! Pourtant, le machisme fleurit gaillardement dans ces vieux pays.Les Québécoises, les Nord- Américaines en général, restent à la traîne.Pourquoi?Mystère ! En France, ces femmes nous assurent que personne ne leur met les bâtons dans les roues.Rarement primées pour autant, mais intégrées à l\u2019industrie.Nous, on les sent plus fonceuses que la plupart de nos réalisatrices, qui s\u2019estiment dissuadées, tassées.Question de mentalité?Peut-être! Les chiffres chez nous dérangent comme des archaïsmes.17 % des films de fiction financés par Téléfilm sont l\u2019œuvre de réalisatrices.Oui, la SO- DEC et Téléfilm planchent sur des plans de redressement.Non, les projets de quotas ne font pas l\u2019unanimité, mais les coups de pouce à donner, certainement.Le mois dernier, Anna Ser- ner, directrice générale de l\u2019Institut suédois du film, venait à Montréal rencontrer le milieu.Si la patrie de Bergman est un des rares pays à compter presque autant de femmes que d\u2019hommes à la barre des films, c\u2019est que ces dames ont livré bataille.Là-bas, des mesures en série, des structures réalignées comblent les précipices.À chaque étape de financement, les réalisatrices sont assistées pour trouver le boulon qui bloque.On leur enseigne à mener un projet de fiction de A à Z, on les bichonne, on les aiguillonne.Tout pour compenser les messages assénés en Suède comme partout dès l\u2019école de cinéma: «La réalisation de films de fiction?Trop exigeant ! Fais donc autre chose! Du documentaire, du montage\u2026 » Si fécondes, pourtant, ces premières vagues roses.Irrépressibles aussi.Préparez-vous! Les voilà! Des promesses, des promesses Parlant de femmes, je voudrais attirer votre attention sur la prestation extraordinaire de Micheline Bernard, seule en scène au théâtre de La Licorne dans Des promesses, des promesses.Cette pièce de l\u2019Écossais Douglas Maxwell, traduite par Maryse Warda, est mise en scène par Denis Bernard.Ça vaut la peine d\u2019y courir : pour le por trait d\u2019une femme fragile et égratignée, pour la force du texte, pour le regard moderne sur le métier d\u2019enseignante (une petite fille d\u2019origine somalienne est exorcisée en pleine classe).Et pour l\u2019interprétation magistrale de Micheline Bernard, qui por te ce rôle hanté avec une intelligence et une acuité qui jettent à terre.Voilà ! otremblay@ledevoir.com CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 2 Grands partenaires 25$ EN PRÉVENTE JUSQU\u2019AU 7 NOVEMBRE Du 7 novembre au 2 décembre 2016 Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous Le Joker Texte Larry Tremblay Mise en scène Eric Jean Avec Louise Cardinal, Marilyn Castonguay, Normand Daneau, Pascale Montpetit, André Robillard Assistance à la mise en scène Chloé Ekker Décor Pierre-Étienne Locas Costumes Cynthia St-Gelais Lumière Martin Sirois Maquillages et coiffures Florence Cornet Musique originale Laurier Rajotte Régie et assistance sonore Guy Fortin Théâtre de Quat\u2019Sous 100 avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com PARTENAIRES DE SAISON La vague rose des cinéastes européennes cependant pas perdre de vue que l\u2019humour est encore un monde d\u2019hommes.Juste se présenter sur scène, ça prend du culot.Se dire féministe, comme le fait Schumer en ciblant des enjeux comme l\u2019égalité des salaires, le sexisme dans les médias, les responsabilités quant à la contraception ou la culture du viol, c\u2019est encore plus un statement.» Dans un des sketchs les plus douloureusement drôles de la géniale saison 3 d\u2019Inside Amy Schumer, l\u2019émission qu\u2019elle anime et qu\u2019elle a créée sur Comedy Central, les actrices Tina Fey et Patricia Arquette célè- br ent autour d \u2019un pique-nique le « Last Fuckable Day» de leur amie Julia Louis-Drey- fus.Le point de bascule plus ou moins précis où les femmes à Hollywood cessent de pouvoir jouer les « love interest » désirables, pour se voir confinées aux figures de mères compréhensives, se transforme ici en une réelle date de péremption.Ouch! Devenir femme par le rire L\u2019autodérision, un outil dont use à foison Amy Schumer en ne reculant jamais devant une occasion de tourner en ridicule sa vie sexuelle rocambolesque et son régime uniquement composé de pâtes, pourrait-elle éventuellement desservir son propos ?«Au contraire, pense Mme Dufort.Plutôt que de simplement rire de son corps, comme beaucoup l\u2019ont fait auparavant, e l le donne du pouvoir aux femmes en af firmant qu\u2019elle ne sera pas punie parce qu\u2019elle fait ce qu\u2019elle veut de son corps.Elle renverse aussi la vieille idée reçue selon laquelle les féministes ne sont pas drôles.» Dans The Girl with the Lower Back Tattoo, Memoir paru en août, Amy Schumer raconte avoir pour la première fois de sa vie déclenché l\u2019hilarité en faussant allègrement pendant la portion chantée de sa Bat Mitzvah.« Je suis devenue une femme [ce jour-là] parce que j\u2019ai changé une salle solennelle et silencieuse en un lieu rempli de rires inattendus.» Devenir femme en faisant rire : voilà un récit auquel notre imaginaire collectif n\u2019avait pas encore osé rêver.Amy Schumer confie entre les pages de ce même livre s\u2019être lassée de toujours devoir répondre aux sempiternelles questions de journalistes qui, pendant la tournée de promotion de son film Trainwreck, lui demandaient si nous traversons présentement une époque charnière en matière de représentation des femmes à Hollywood.«Je la comprends, parce qu\u2019elle a dû en faire des tonnes, des entrevues, observe pour sa part Mariana Mazza.Personnellement, je ne suis pas tannée qu\u2019on parle de ces questions-là, mais il serait quand même plus que temps d\u2019apprendre à réellement écouter les réponses qu\u2019on donne.» Collaborateur Le Devoir FEMME TA GUEULE Du 9 au 12 novembre au théâtre Saint-Denis.En tournée partout au Québec.AMY SCHUMER LIVE Le 11 novembre au Centre Bell SUITE DE LA PAGE E 1 RIRE SOURCE CINEMANIA Stéphanie Di Giusto fait partie des noms féminins en enfilade au programme de Cinemania, avec son film La danseuse, passé aussi par Cannes dans la section Un certain regard.ODILE TREMBLAY «Juste se présenter sur scène, ça prend du culot.Se dire féministe, comme le fait Schumer [.], c\u2019est encore plus un statement.» D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 3 B I L L E T T E R I E 5 1 4 2 5 3 - 8 9 7 4 9 N O V E M B R E A U 7 D É C E M B R E 2 0 1 6 D E G E O R G E O R W E L L A D A P T A T I O N R O B E R T I C K E E T D U N C A N M A C M I L L A N T R A D U C T I O N G U I L L A U M E C O R B E I L M I S E E N S C È N E É D I T H P A T E N A U D E Avec Véronique Côté, Jean-Michel Déry, Maxim Gaudette, Éliot Laprise, Justin Laramée, Alexis Martin, Claudiane Ruelland et Réjean Vallée C O P R O D U C T I O N T H É Â T R E D E N I S E - P E L L E T I E R E T T H É Â T R E D U T R I D E N T D \u2019 U N E R E D O U T A B L E E F F I C A C I T É \u2026 M O N T H É Â T R E .Q C .C A C \u2019 E S T À D O N N E R D E S F R I S S O N S ! I N F O - C U L T U R E .B I Z A U D A C I E U S E E T P E R C U T A N T E P R O P O S I T I O N .L E S O L E I L G R A N D E S P E R F O R M A N C E S ! A L D E Q U É B E C J O U R N Théâtre Denise-Pelletier 17 16 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E C L A U D E P O I S S A N T Une collaboration dès le 15 novembre tnm.qc.ca avec christian bégin, marie charlebois, sophie clément, pierre curzi, pier paquette, isabelle vincent décor max-otto fauteux costumes elen ewing éclairages martin labrecque musique originale philippe brault accessoires clélia brissaud maquillages et coiffures angelo barsetti assistance à la mise en scène alexandra sutto production tnm C A T H E R I N E L A L O N D E Ê tes-vous de celles, et peut-être de ceux pro- por t ionnel lement plus rares\u2026, qui ont fait leurs cours Pré- jazz 1 ou Ballet jazz élémentaire?Car nous sommes légion, et tout particulièrement au Québec, à être entrés dans la danse par l\u2019entremise de la technique de ballet jazz pensée par Lynn Simonson.La prof des profs était en octobre de passage à Victoriaville pour y donner une énième classe de maître.Le Devoir l\u2019a attrapée au passage, le temps d\u2019un entretien.« J\u2019ai eu la chance de naître avec des yeux rayons X», expliquait en riant Lynn Simonson au-dessus d\u2019un smoothie, ses yeux de 73 ans emplis effectivement d\u2019une joie rayonnante.« Si je regarde votre corps, je comprends la forme des os et la structure des muscles qui les tirent ; j\u2019y vois tellement de possibilités ! Et j\u2019ai juste envie que vous me laissiez vous aider à les trouver.C\u2019est ce que j\u2019aime faire, surtout face à un seul individu («one on one»).C\u2019est ce qui m\u2019allume.» Enfant de la balle (père violoniste et mère prof de danse), ce sont les blessures qui l\u2019ont menée à penser la danse autrement.«Je peux dire maintenant que ces blessures furent une bénédiction.J\u2019avais 18 ans, je venais d\u2019arriver à New York.Mes jambes étaient hypertendues : mon entraînement auprès d\u2019anciens danseurs de Diaghilev, qui cherchaient ce genre de lignes, faisait que je me disloquais le genou.C\u2019est en consultant un docteur spécialisé que j\u2019ai compris, et ce fut une illumination, que c\u2019était ma manière de travailler et de m\u2019entraîner qui provoquait mes blessures.» Le corps comme miroir La jeune Simonson se met donc à étudier l\u2019anatomie, en autodidacte, s\u2019informant auprès de ses docteurs pour mieux replonger dans les livres, observant les danseurs et les corps autour d\u2019elle en se demandant comment et pourquoi leurs manières et leurs mouvements étaient si différents.Invitée à enseigner aux Pays-Bas, elle profite de l\u2019occasion pour tester ses idées, et surtout pour « chercher une façon plus saine de réchauf fer le corps [«to do a warm-up »], dans un studio sans miroirs, afin que les gens puissent se référer à leurs sensations plutôt qu\u2019à leur ref let , comme c\u2019était alors la coutume.Ce fut à la base de ma technique de danse.» Lynn Simonson ne se targue pas d\u2019avoir tout inventé, mais plutôt d\u2019avoir rassemblé, développé, structuré et porté différentes idées en une technique qui vise spécifiquement l\u2019enseignement du ballet jazz comme danse récréative (on dit ici souvent « danse de loisirs »), pour des adultes non professionnels.Une méthode qui permet de tirer et de transmettre la substantielle moelle de la danse (la joie, le mouvement, le r ythme, être ensemble) sans ses désavantages (les blessures, l\u2019usure accélérée, etc.).Et c\u2019est à Lennoxville que Lynn Simonson formera pour la première fois des professeurs, au début des années 1980, à l\u2019invitation d\u2019une Jacqueline Lemieux qui souhaitait voir les profs d\u2019ici atteindre un meilleur niveau d\u2019enseignement.Une relation à long terme avec le Québec s\u2019ensuivit, et il y a, dit Mme Simonson, ef fectivement beaucoup plus de professeurs et d\u2019élèves de technique Simonson ici qu\u2019aux Pays-Bas ou au Japon, autres régions où elle a été adoptée.« J\u2019ai dû être Québécoise dans une vie antérieure\u2026 » dit-elle, tout sourire, et dévoilant du coup son français parlé\u2026 Comment doit-on former un professeur de danse récréative?«Je dois d\u2019abord tenir pour acquis qu\u2019un prof a les connaissances, qu\u2019il a été bien formé, dans quelque technique que ce soit.» Et si l\u2019anatomie fait maintenant partie de la formation des interprètes comme des enseignants, selon Mme Simon- son, les connaissances sont encore insuffisantes.«La plupart peuvent nommer les muscles et les os, mais ils sont peu à en avoir une expérience, qui est ma manière de l\u2019enseigner.Parce qu\u2019il faut vraiment pouvoir faire, comprendre et sentir les dif férents mouvements de la danse pour enseigner.Et l\u2019anatomie est complexe, il y en a toujours plus à apprendre.» De la danse pour mieux vieillir Elle travaille beaucoup également les façons de communiquer, afin que les futurs profs puissent transmettre les informations de dif férentes manières, dès leur première démonstration d\u2019un exercice.« Si la moitié de la classe bataille pour comprendre, ce n\u2019est pas la faute des étudiants\u2026» «Je croyais, adolescente, qu\u2019il fallait forcer et souf frir pour danser, et je suis heureuse d\u2019avoir pu changer ma perception.Maintenant, je crois plutôt que le corps est fait pour bouger avec aisance, et que si vous allez au-delà de votre champ naturel de mobilité, vous créez des stress qui risquent d\u2019avoir des conséquences plus tard.» Et aujourd\u2019hui ?Elle donne des classes de maître ici et là, continue à former de futurs professeurs, mais enseigne surtout aux aînés.Des classes sur chaises où ses étudiants ont 70, 80 et 90 ans.«Certains n\u2019ont jamais fait d\u2019exercices de leur vie, mais les changements dans leurs corps, en une seule année, sont magnifiques.» Elle poursuit : « La science est en train de prouver qu\u2019une des meilleures choses qu\u2019on puisse faire pour bien vieillir, c\u2019est de danser ! Parce que ça fait travailler deux parties du cerveau en même temps : le cervelet, ce moteur du mouvement, et les régions sièges des fonctions cognitives.Quand ces deux régions s\u2019allument en même temps, il se crée une connexion entre les deux, qui demeure la manière la plus rapide de développer de nouveaux neurones.Ne serait-ce que pour la santé du cerveau, il faudrait danser\u2026 mais s\u2019ajoutent les raisons physiques : l\u2019amplitude des mouvements, la santé des ar ticula- tions, les étirements, etc.» Et la joie, a-t-on envie de nommer à sa place, tant elle émane d\u2019elle et semble évidente.Le Devoir Le ballet jazz, porte ouverte sur la danse Rencontre avec la papesse américaine, la prof des profs Lynn Simonson La technique Simonson pour enfants Sara Tremblay, présidente du Réseau d\u2019enseignement de la danse et directrice depuis 1993 de l\u2019Académie de danse de Saguenay, vient de terminer sa « traduction » de la technique Si- monson, un plan de cours afin qu\u2019elle puisse être enseignée aux enfants.« On est partis des niveaux qui existaient déjà pour les adultes, on a descendu à la base pour créer trois niveaux, à partir des 7-8 ans jusqu\u2019aux 12 ans.Il fallait réfléchir au meilleur âge pour intégrer les notions, et penser une manière de les présenter.» Car le développement de l\u2019enfant, autant musculaire que psychologique, devrait toujours être considéré.« À 12 ans, un enfant peut commencer à faire des pirouettes.Avant, on va le préparer (apprivoiser l\u2019espace, le vertige), mais il n\u2019est pas prêt.De la même manière, on ne peut pas commencer à faire faire de grands pliés à 7 ans, la musculature n\u2019est pas complète.Plus jeune on initie, on éveille à la danse, on éveille la créativité, et c\u2019est bien assez.» Pour elle, la technique Simonson est particulièrement appropriée, tant pour les jeunes que pour les adultes, parce qu\u2019elle « a été réalisée vraiment pour respecter l\u2019alignement et pour prévenir les blessures ».«Au-delà des critères de proximité, de coût et d\u2019horaire, il est important de s\u2019informer sur la formation du prof, les genres de danse enseignés (afin qu\u2019ils correspondent à ce que l\u2019enfant peut et veut faire) et les valeurs de l\u2019école, indique Véronique Clément, directrice générale du Réseau d\u2019enseignement de la danse (RED).Est-ce qu\u2019on y valorise la santé et la sécurité, le spectacle ou la compétition?On ne magasinera pas le même genre d\u2019école selon notre profil.J\u2019encouragerais les parents à surveiller la sécurité.» Les écoles qui encouragent la formation continue risquent aussi d\u2019être davantage à jour en ce qui concerne les techniques et les méthodes.L\u2019enseignement aux enfants ne devrait pas être pris à la légère.«Il existe une mauvaise perception qui fait qu\u2019on garde les meilleurs techniciens pour donner les cours aux danseurs avancés.Mais ce sont les corps en développement qui sont le plus complexes, et s\u2019y ajoutent le comportement, la psychologie\u2026 et celle des parents, aussi, à gérer! Ça prend beaucoup d\u2019expérience pour bien enseigner aux enfants.» Car toute danse vient avec un risque de blessure et d\u2019usure, et «c\u2019est dur de voir ce qui s\u2019use à long terme».L\u2019exemple qui tue ?Les pointes, en ballet, que les petites filles sont empressées d\u2019enfiler.«Si ton pied n\u2019est pas complètement formé, ça risque d\u2019avoir des impacts sur les hanches, les pieds, le dos\u2026» «Il y a tellement d\u2019enfants choqués contre nous parce qu\u2019on ne les monte pas sur pointes avant 12 ans, indique Sara Tremblay, de l\u2019Académie de danse de Saguenay.Certains changent d\u2019école.Mais je ne veux pas avoir la responsabilité de briser les pieds d\u2019un enfant ; il va en avoir besoin toute sa vie\u2026» Vaudrait-il mieux, comme en France, obliger tous les enseignants en danse à obtenir d\u2019abord un diplôme?Véronique Clément soupire.Ici, certaines écoles de danse sont subventionnées par le ministère de la Culture, d\u2019autres sont entièrement privées.Est-ce qu\u2019une intervention relèverait de la Culture, de l\u2019Éducation, qui pour l\u2019instant ne s\u2019intéresse pas au sujet?«Le nombre d\u2019écoles de danse au Québec n\u2019est même pas connu, indique Mme Clément.Au RED, on estime qu\u2019il y en a au moins 230.Ce sera déjà un début que de voir les ministères les recenser\u2026» Choisir un prof JACQUES NADEAU LE DEVOIR Lynn Simonson donne des classes de maître ici et là, continue à former de futurs professeurs, mais enseigne surtout aux aînés.Des classes sur chaises où ses étudiants ont 70, 80 et 90 ans. M É D I A S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 4 SUPPLÉMENTAIRES Les samedis 12 et 19 novembre à 20h À TOUS LES ARTISTES EN ARTS VISUELS ET EN MÉTIERS D\u2019ART DU QUÉBEC - APPEL DE DOSSIERS Groupe Dallaire annonce la tenue d\u2019un concours provincial pour la conception et la réalisation d\u2019une œuvre d\u2019art public au Faubourg du Moulin, dans l\u2019arrondissement de Beauport, à Québec.L\u2019œuvre sera localisée sur un socle prévu à cet effet, au cœur du plan d\u2019eau situé dans le parc Ruisseau-du-Moulin.Pour connaître les modalités du concours, les artistes intéressés sont invités à consulter le site internet de Groupe Dallaire : groupedallaire.ca/art-public/concours.Pour toute question concernant le concours, veuillez écrire à l\u2019adresse : artpublic@groupedallaire.ca Les dossiers de candidature devront être acheminés au plus tard le 9 décembre 2016 à 16 h via le site internet de Groupe Dallaire.Concours provincial pour une œuvre d\u2019art public rejoindre le public adolescent, mais ça me prend quelqu\u2019un qui n\u2019a pas besoin d\u2019y penser tant que ça, sinon ça devient ci- blé.Je n\u2019ai pas approché Larry dans l\u2019idée d\u2019une commande, mais dans l\u2019envie de créer un spectacle ensemble », explique Vermeulen.Métamorphoses nocturnes Bien que Julianne (Louise Cardinal), la mère d\u2019Olivier (André Robillard), ressuscite trois jours après sa mor t et qu\u2019Alice (Marilyn Castonguay), petite amie d\u2019Olivier, regarde à la télé un film de zombies, le motif du zombie n\u2019est pas l\u2019élément principal du Joker.« Pour moi, le zombisme, c\u2019est une renaissance après la mort, une façon de continuer à exister autrement, avance Éric Jean.On est tellement dans une période où l\u2019on repousse la mort que je crois que c\u2019est pour cela que le zombie fascine les gens.» «L\u2019une des caractéristiques des zombies, c\u2019est qu\u2019ils ne ressentent rien, ils ont quelque chose d\u2019anesthésié.Dans notre société où l\u2019on ressent tellement de choses, cette fascination morbide pour les zombies, ce désir d\u2019être quelqu\u2019un à moitié mort et à moitié vivant, n\u2019est pas surprenante », pense Benoît Vermeulen.«Dans Le Joker, le zombie représente l\u2019autre dont on a peur.Toute la pièce dit une seule chose : il faut d\u2019abord se regarder soi-même, car l\u2019autre, c\u2019est aussi soi-même.La formule qui résume ma pièce, c\u2019est l\u2019autre, c\u2019est aussi nous.Dans Le garçon au visage disparu, le zombie représente l\u2019incertitude de l\u2019adolescence, la construction fragile de sa personnalité, qui hésite entre la vie et la mort », révèle Larry Tremblay.«Larry réussit à faire des métaphores qui ont une résonance directe, mais qui dans le fond sont bien plus complexes.Avec la perte du visage, on a tout de suite l\u2019impression que c\u2019est une fuite, mais on finit par comprendre que c\u2019est un moment d\u2019intimité entre le fils, le père et la mère.Il y a le positif et le négatif dans cette perte », analyse Vermeulen.Alors que Simon (Normand Daneau), comptable transformé en policier dans Le Joker, s\u2019inquiète de la venue d\u2019envahisseurs qui menacent de franchir les murs, on ne peut s\u2019empêcher de penser aux réactions hostiles de certains citoyens et politiciens devant la crise des migrants.« C\u2019est cette actualité-là qui m\u2019a guidé dans Le Joker.C\u2019est le propos qu\u2019on peut y entendre à la lumière de l\u2019actualité.Je ne voulais pas faire une œuvre didactique, mais une œuvre autonome qui résonnera autrement si on la monte dans 15 ans », souhaite Larry Tremblay.À l\u2019instar du Garçon au visage disparu, on retrouve dans Le Joker des motifs lynchiens et kafkaïens, lesquels laisseront peut-être quelques spectateurs dans le brouillard : « Il y a des liens entre les pièces, que l\u2019on peut regarder sous différents angles, explique Benoît Vermeulen.Au niveau de la mise en scène, j\u2019avais l\u2019impression qu\u2019il fallait ne pas arrêter la lecture de la pièce afin que le spectateur puisse lui-même y explorer dif férentes facettes.» « Quand j\u2019ai monté Hippocampe de Larry, il y avait des spectateurs enragés parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas toutes les clés », se souvient Éric Jean.« Cer tains spectateurs veulent tout de suite avoir des réponses.J\u2019écris toujours dans le sens opposé, car je pense que les spectateurs peuvent interpréter eux-mêmes la pièce ; ils ont le droit de choisir leur définition s\u2019ils veulent absolument en avoir une ou demeurer dans l\u2019ouverture », conclut Larry Tremblay.Collaboratrice Le Devoir LE JOKER De Larry Tremblay.Mise en scène d\u2019Éric Jean.Au théâtre du Quat\u2019Sous, du 7 novembre au 2 décembre.LE GARÇON AU VISAGE DISPARU De Larry Tremblay.Mise en scène de Benoît Vermeulen.À La Licorne, du 15 au 25 novembre.SUITE DE LA PAGE E 1 IDENTITÉ S T É P H A N E B A I L L A R G E O N C\u2019 est devenu un rituel professionnel quotidien.Le matin, à la maison, je lis les journaux de Montréal, The New York Times et Le Monde en ligne, je consulte les médias sociaux et Flipboard, qui déverse un tas d\u2019ar ticles sur un tas de sujets.En arrivant dans la salle de rédaction, je ramasse par fois un ou deux exemplaires des quotidiens qui traînent.Moins qu\u2019avant, je l\u2019avoue.Une fois à l\u2019ordi, je trépigne en découvrant ce que proposent les sites ArtsJour- nal, Art & Letters Daily, puis InaGlobal, le trio du bonheur pour quiconque s\u2019intéresse à la culture, aux idées et aux médias.InaGlobal diffuse des actualités et des réflexions originales sur la grande mutation des industries médiatiques et de contenus, pratiquement en temps réel.La très riche équipe, comptant des centaines de col laborateurs, couvre tous les secteurs mé- d ia t iques en évasan t au maximum la perspective internationale.Télévision, radio, cinéma, musique, édition, presse, numérique, jeu vidéo : rien de ce qui concerne les industries dites créatives et les enjeux de la mondialisation technoculturelle n\u2019échappe à ce média de chevet unique en français \u2014 il existe aussi une version anglophone.Des exemples ?Cette semaine, le chercheur Nicolas Vanderbiest de l\u2019Université catholique de Louvain décortique la suractivité des groupes minoritaires et réactionnaires sur les réseaux sociaux.D\u2019autres textes recensés s\u2019intéressent à la recherche de sources perdues de Wikipédia par le projet Internet Archive, aux tabloïds anglais qui font l\u2019opinion, aux acteurs pakistanais exclus de Bollywood.L\u2019encyclopédie instantanée du médiatique mondialisé vient aussi de terminer une étonnante et passionnante série sur la dif fusion de l\u2019information pour ainsi dire depuis que nous sommes humains, trop humains.Le premier article parle de la révolution de l\u2019info\u2026 au néolithique.Après tout, c\u2019est de ce moment que date l\u2019utilisation de signes abstraits, gravés ou peints sur les parois, pour transmettre des idées et des concepts.La série traverse au pas de charge des dizaines de milliers d\u2019années.Un texte raconte comment l\u2019Europe de la Renaissance a inventé l\u2019actualité, un autre pourquoi le journalisme politique est né au XVIIe siècle.Franchement, qui dit mieux?L\u2019Ina, il l\u2019a « On voulait savoir ce qui a fait information au cours des âges, explique François Quinton en entrevue téléphonique.Quelqu\u2019un a eu cette idée en réunion de production.On l\u2019a trouvée bonne et ensuite on a déterminé des moments charnières en sor tant de ce qu\u2019on connaît déjà.» Son titre envoyé par courriel l\u2019identifie comme « chef de service».Dans les faits, ce chef-là dirige la production éditoriale.C\u2019est un rédacteur en chef, quoi.« J\u2019ai la responsabilité du service : c\u2019est la classification interne à l\u2019Ina des métiers.» Le nom InaGlobal rappelle cette origine.L\u2019Ina, en l\u2019occurrence, c\u2019est l\u2019Institut national de l\u2019audiovisuel, fabuleux lieu de mémoire comme l\u2019Europe (et la France en par ticulier) sait en créer.L\u2019établissement public fondé en 1974 archive et restaure les productions du cinéma, mais aussi de la télé, de la radio et des sites Internet, tout en les valorisant sur tous les écrans.Son propre site recèle d\u2019innombrables trésors accumulés.La machine mémorielle est alimentée par une part de la redevance nationale, une taxe prélevée sur les auditeurs et téléspectateurs.L\u2019InaGlobal s\u2019inscrit dans le mandat de recherche sur le secteur de l\u2019Institut.Le site existe depuis octobre 2010.Il prend le relais de revues savantes en papier.« Nous avons proposé dès le départ une réflexion en ligne, en tenant compte du basculement numérique qui bouleverse tous les médias en accentuant les convergences entre eux (télé, radio, presse, Web, etc.).Nous avons aussi tenu compte de la formation de groupes médiatiques extra-occi- dentaux qui commençaient à peser lourd, par exemple Al Ja- zeera en télé.» Le média des médias Les sujets semblent infinis.Récemment, InaGlobal a publié une série très éclairante sur le financement du cinéma au Canada.L\u2019an dernier, le dossier majeur portait sur la notion de média de ser vice public dans le monde.Les différents por traits s\u2019intéressaient aux conceptions britannique, polonaise, japonaise, brésilienne ou sénégalaise des médias d\u2019État.« On tient à cet éclairage mondial.Les bouleversements en cours ne peuvent pas être compris en adoptant un seul point de vue.Il faut croiser les perspectives et les approches pour saisir la complexité de ce qui se passe.» Cela dit, François Quinton ne veut pas se prononcer sur les conséquences positives ou négatives à long terme de la révolution numérique sur différents secteurs, dont les médias d\u2019information.« J\u2019ai envie de répondre par une boutade.Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ?Le pessimiste, c\u2019est celui qui dit : on ne peut pas faire pire.L\u2019optimiste, c\u2019est celui qui réplique : mais si, mais si.Sérieusement, il y a plusieurs facteurs, dont le générationnel.Aucun jeune, ou presque, ne regarde un journal télévisé en France.Mais je me garderais bien de me prononcer : le futur n\u2019est jamais écrit et je ne me sentirais pas à l\u2019aise dans une position de \u201cprophète\u201d, entre guillemets.» Le Devoir Connaissez-vous InaGlobal?Le fabuleux site de référence en français sur les médias ratisse large, du local au global ISTOCK InaGlobal dif fuse des actualités et des réflexions originales sur la grande mutation des industries médiatiques et de contenus. P H I L I P P E R E N A U D P ropulsé par On leur a fait croire, inéluctable tube radiophonique sacré chanson de l\u2019année au Gala de l\u2019ADISQ 2014, Alex Nevsky est subitement passé d\u2019émergent à incontournable, de timide artisan de ritournelles à figure de proue de la variété québécoise.Le choc et les doutes accompagnant cette ver tigi- neuse ascension constituent la trame de fond de Nos eldorados, disque bigarré posant plus de questions qu\u2019il n\u2019offre de réponses.Les vannes sont déjà ouvertes, Alex Nevsky a besoin de parler et ça sort d\u2019un seul jet : «J\u2019ai de la misère à synthétiser cet album, confie le musicien.On dirait que je n\u2019ai pas encore pris le recul nécessaire\u2026 Ça fait vraiment pas longtemps qu\u2019on a terminé le disque, je me sens comme si j\u2019étais encore dans le processus créatif [menant aux] chansons, alors qu\u2019en ce moment, je devrais être en train d\u2019en parler avec un certain détachement\u2026» Le «on», c\u2019est le trio de puissance qu\u2019il constitue avec ses complices du précédent album, Himalaya mon amour, les multi-instrumentistes Gabriel Gratton et Alex McMahon, parce qu\u2019on ne change pas une formule gagnante.«On a commencé à travailler sur cet album en février, poursuit Nevsky du même souffle.Avoir passé plus de temps dessus aurait frôlé la maladie mentale.Avec Alex [qui réalise l\u2019album], il était temps qu\u2019on lâche le morceau.Pourtant, je réécoute les masters et me dis : \u201cArshh, j\u2019aurais changé tel ou tel truc\u2026\u201d» Nul besoin d\u2019en rajouter, nous voyons tout de suite où il veut en venir.Nos eldorados est certes plus cohérent que le bipolaire précédent, sur lequel Nevsky faisait le grand écart entre son efficace pop vitaminée et la chanson introspective.Celui-ci coule de source ; or la source a un petit goût de je-ne-sais-quoi qu\u2019on attribue aux choix de réalisation : il peut se passer mille choses en même temps dans une même chanson, les matériaux sonores, percussions, pianos, synthés, vont et viennent de manière étourdissante.On y tente l\u2019alchimie des sonorités acoustiques et électroniques de manière aléatoire.Il y a dans ce disque, confirme le principal intéressé, une authentique volonté d\u2019expérimenter, à laquelle nous ne pouvons ici qu\u2019applaudir.Ça s\u2019appelle le doute, mesdames et messieurs.Il y a sans doute une belle citation sur le doute qu\u2019on pourrait insérer ici.Aristote, tiens : « Le doute est le commencement de la sagesse.» Galilée ?« Le doute est le père de la création.» Bref, insiste Nevsky, « c\u2019est le premier disque dont je suis vraiment heureux.C\u2019est la première fois que je dis aux amis, dans l\u2019intimité : \u201cOuais, je suis vraiment content de cet album.\u201d» Place à la musique On lui donne raison : étonnant quoiqu\u2019inégal, l\u2019album cherche sa richesse ailleurs que dans le confort d\u2019un autre succès radio.«Mis à part Polaroid et Le cœur assez gros, je n\u2019ai pas l\u2019impression que ces chansons ont été faites dans une volonté radiophonique », abonde Nevsky, qui s\u2019avoue néanmoins soulagé que Polaroid ait retiré de ses épaules la pression de réaliser un autre succès radio, tout en lui donnant la liberté de faire à sa tête sur les onze autres chansons du disque.Alex Nevsky parle de sa «quête de musicien et d\u2019auteur- compositeur».« J\u2019essaie juste de mieux maîtriser ce que je veux dire et la manière dont je veux le dire.Mon bagage musical n\u2019est pas vraiment pop, mais on dirait que tout ce que je fais, c\u2019est empiler des hooks ; trop souvent, je ne laisse pas de place à la musique.Y\u2019a des chansons [sur Nos eldorados] qui respirent mieux et où je me dis : \u201cWow! J\u2019ai réussi à ne pas y mettre trop de mots\u2026 \u201d Ça paraît simple, mais ce ne l\u2019est pas.J\u2019ai du mal à laisser la place à la musique dans mes disques et dans mes shows.De cette manière, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019être un peu en ascension vers l\u2019auteur- compositeur que je veux être dans dix ans, dans quinze ans.» La chanson-titre, avec son rythme presque tribal, est la plus audacieuse du disque, la meilleure aussi.Le duo avec Koriass, Réveille l\u2019enfant qui dor t, compte parmi les moments forts de l\u2019album de ce fan inconditionnel du hip-hop.«Cet album, je le trouve meilleur parce que j\u2019y ai laissé plus de place aux autres, à leur créativité, et ça me rend fier.Les chansons que j\u2019ai coécrites sont celles que je préfère, parce que je peux les apprécier différemment, avec un regard extérieur.» Cœur de pirate collabore notamment à l\u2019écriture et à l\u2019enregistrement de Jeter un sort.Bon, avec tout ça, reste une question capitale qui nous brûle les lèvres depuis le début de notre conversation, cet élément qui nous garde éveillé la nuit à en chercher la transcendante signification, et maintenant qu\u2019Alex a vidé son sac, lançons-la.Sur la troisième chanson, Le lit des possibles, vers 1min 56 s, le son se fond en fermeture jusqu\u2019au silence, comme si c\u2019était la fin de la chanson, mais bizarrement non, le volume remonte ensuite et ça s\u2019étire pour une quarantaine d\u2019instrumentales secondes pourvues d\u2019un rythme électro plus costaud.Pourquoi?« Juste pour rigoler un peu, dit Nevsky, d\u2019une voix plus légère.On a eu beaucoup de temps en studio, on a essayé beaucoup de choses pour se faire plaisir.On s\u2019est dit que ce serait une bonne blague à faire à l\u2019auditeur.Ce ne l\u2019est sans doute pas du tout, mais pour nous, avec la tête tellement dedans [la création du disque], cette chanson est passée par tellement de stades, de grooves différents, qu\u2019on avait envie de faire entendre ce que ça donnerait en version plus électro.Disons qu\u2019on tentait de faire de l\u2019humour musical\u2026» Nous pouvons enfin dormir sur nos deux oreilles.Collaborateur Le Devoir M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 5 15 au 19 novembre PARFOIS, LA NUIT, JE RIS TOUT SEUL Par le Théâtre de la Marée Haute 24 novembre au 3 décembre FUCK TOUTE Par Catherine Dorion et Mathieu Campagna Présenté les jeudis, vendredis et samedis Toutes les représentations sont à 20 h.9, 15 et 16 décembre à 20 h 10, 11, 17 et 18 décembre à 16 h et à 20 h LES CONTES À PASSER LE TEMPS Par la Vierge folle Hors-série Lieu : La Maison Chevalier 50, rue du Marché-Champlain Présenté par ŒUVRES DE HAYDN ET MOZART Chef et soliste invité : Lorenzo Coppola, clarinette (Italie) Soliste : Andréanne Brisson Paquin, soprano 09 novembre 2016 19:30 11 novembre 2016 20:00 12 novembre 2016 16:00 13 novembre 2016 14:00 SALLE BOURGIE DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS ARIONBAROQUE.COM \u2014 514 355-1825 OPÉRAS SANS PAROLES \u2026 OU PRESQUE ! C H R I S T O P H E H U S S L e bar yton Jean-François Lapointe, originaire du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean, fera une de ses très rares apparitions au Québec, dimanche à 15 h, au Conservatoire de musique, lors d\u2019un récital organisé par la Société d\u2019art vocal.Petite salle, public intime pour un chanteur qui, partout dans le monde, rallie les foules.Imaginez Xavier Dolan au Festival de Cannes sans qu\u2019ici, au Québec, quiconque ne bronche ou ne s\u2019émeuve.Imaginez les cyclistes David Veil- leux ou Antoine Duchesne revenant du Tour de France sans qu\u2019aucun promoteur d\u2019événements cyclistes au Québec ne tente de les attirer.Imaginez même des metteurs en scène d\u2019opéra parmi les plus lumineux et créatifs du monde, réclamés à Vienne, à San Francisco ou à Hambourg et qu\u2019on écarterait de notre scène.Oh, zut ! le dernier exemple existe : André Barbe et Renaud Doucet ! C\u2019est vrai qu\u2019on est à l\u2019opéra, cet univers qui snobe royalement le baryton Jean-François Lapointe depuis deux décennies.C\u2019est à se demander si ce sont les plus avisés, les plus sourds ou les plus aveugles qui sont aux manœuvres.À moins que ce soient les plus riches\u2026 Pour pallier ce genre de dérives, notre autre grande institution, l\u2019OSM, s\u2019est dotée depuis 2006, pour ses seules af faires vocales, d\u2019un consultant artistique, généreusement rétribué en surcroît de la masse salariale.Cette institution québécoise, conseillée par un Français, dirigée par un Américain, a donc engagé pour son récent Pelléas un chanteur\u2026 suisse, alors que le Pelléas que la planète opéra s\u2019arrache depuis le milieu des années 1990 est Québécois.Jean-François Lapointe, puisque c\u2019est de lui qu\u2019il s\u2019agit, n\u2019a vraiment pas de chance.Nous avons pourtant tiré la sonnette d\u2019alarme à plusieurs reprises ces dernières années sur l\u2019incompréhensible ostracisme qui frappe ce glorieux chanteur dans un pays pourtant prompt à glorifier des talents régionaux mineurs.Ailleurs, si, par exemple, vous faisiez le tour des institutions ou des chefs d\u2019orchestre en France en quête du baryton de référence en matière d\u2019opéra français, le nom de Jean-François Lapointe sortirait en haut de liste.Alors, nous avons voulu connaître la vision de l\u2019intéressé.Dans les faits, même chargé, l\u2019emploi du temps de Jean-François Lapointe ne l\u2019empêche pas de venir chanter ici.C\u2019est tout simplement qu\u2019on ne le demande pas.« Je n\u2019ai pas beaucoup l\u2019occasion de chanter au Québec et je le déplore», dit le baryton au Devoir.Il a beau travailler « ailleurs et sans arrêt », il ne s\u2019imaginait pas être ainsi coupé de son pays.Certes, « les agendas internationaux sont décidés longtemps à l\u2019avance, alors que les décisions des organismes montréalais se font plus à la dernière minute », cela ne l\u2019empêche pas de trouver « hallucinant » que, lorsque l\u2019Opéra de Montréal a monté Pelléas et Mélisande (en 2000), le rôle lui a échappé.Pire encore, « lorsque l\u2019Orchestre symphonique de Montréal l\u2019a fait en version concert en 2015, on ne m\u2019a même pas contacté».Même si Lapointe chante plutôt désormais le rôle de Golaud, «pour un disque ou un concert [il aurait] pu rechanter Pelléas », nous dit celui qui a fait le tour de l\u2019Europe dans ce rôle depuis le spectacle de Peter Brook en 1992-1993.Consolation, il y a triomphé à la Scala de Milan, l\u2019un de ses grands souvenirs : «Être invité pour mon grand rôle dans une maison pareille, ça faisait plaisir ! » Redonner ce qu\u2019on n\u2019a pas reçu Jean-François Lapointe a débuté en remportant le concours de chant de Paris en 1988, à l\u2019âge de 22 ans.«Après cela, j\u2019ai passé des auditions et j\u2019ai commencé à chanter dans des petites maisons d\u2019opéra.J\u2019avais un physique de jeune premier, j\u2019étais bon comédien, j\u2019ai donc fait beaucoup d\u2019opérettes et j\u2019ai chanté tout le répertoire léger, même Le barbier de Séville.» Le tournant vers la très grande carrière internationale, Jean-François Lapointe l\u2019a connu en 1999.«En cinq jours j\u2019ai appris le rôle d\u2019Hamlet [opéra d\u2019Ambroise Thomas] pour l\u2019Opéra de Copenhague.» Passer du point zéro à une prestation remarquée en moins d\u2019une semaine fut une prouesse unanimement remarquée.« J\u2019ai ensuite chanté des rôles plus au centre de la voix, plus larges, donc tous les grands rôles français pour baryton.» La prouesse de Copenhague fut un défi pour le chanteur, qui ar rivait cependant avec quelques atouts dans sa besace.« Je ne suis pas né de la cuisse de Jupiter.J\u2019ai une longue formation musicale, d\u2019abord comme pianiste, puis comme violoniste et chef d\u2019orchestre, avant d\u2019être chanteur.Ce que j\u2019ai le moins étudié dans la vie, c\u2019est le chant ! » Lapointe, qui se décrit comme un «perfectionniste », n\u2019attribue pas le mépris dont lui témoigne le Québec à des antagonismes personnels ou à un caractère dif ficile.« Je n\u2019ai de conflit avec personne et je suis plutôt un gars de compromis, connu pour être facile, même si j\u2019ai mes opinions.» Sa carrière, contrairement à une très longue liste de chanteurs d\u2019ici, il ne la doit qu\u2019à lui- même.« Je n\u2019ai eu aucune protection.Sur le plan financier, je me suis débrouillé.Quand on est Québécois, qu\u2019on vient d\u2019une famille modeste du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean, on part de loin pour aller faire des auditions à Paris ou à Vienne.Un artiste a besoin d\u2019être aidé.Moi, je n\u2019ai pas eu d\u2019aide, hors quelques petites bourses qui ne valent même pas d\u2019être mentionnées.Dans mon cas, tout s\u2019est fait par les concours et les auditions.Mais presque chaque audition était suivie d\u2019un engagement.» Peut-être le mal vient-il du fait que le succès de Jean-François Lapointe est venu 15 ans avant que l\u2019on se rende compte \u2014 avec Yannick Nézet-Séguin, Marie-Nicole Lemieux ou Karina Gauvin \u2014 que nos meilleurs artistes pouvaient être des gloires internationales.Dans l\u2019ombre et privé de toute reconnaissance, Jean-François Lapointe a redonné ce qu\u2019il n\u2019avait pas reçu.« J\u2019ai un peu ouver t la porte de l\u2019Europe à tout le monde.C\u2019est moi qui ai amené nombre d\u2019ar tistes québécois vers l\u2019agence avec laquelle je travaille à Paris.» Accepterait-il maintenant l\u2019invitation mont- réalaise qui a tant tardé ?« Pour vivre, je n\u2019ai pas besoin de travailler à Montréal, mais je crois que j\u2019accepterais car il faut surmonter l\u2019orgueil et la revanche.Mais il faudrait que le projet soit intéressant : j\u2019aimerais savoir dans quoi je m\u2019embarque pour que cela ne soit pas un coup d\u2019épée dans l\u2019eau.» « Mon orgueil ne me ferait pas dire : \u201cAllez vous faire voir\u201d, mais j\u2019aimerais qu\u2019on vienne me chercher en me disant sincèrement : \u201cCela nous ferait plaisir que vous veniez.\u201d » Le Devoir JEAN-FRANÇOIS LAPOINTE EN RÉCITAL Airs et mélodies de Donizetti, Duparc, Gounod, Rossini, Verdi.Michael McMahon (piano).Conservatoire de musique de Montréal, dimanche 6 novembre à 15 h.Billets : 514 397-0068.Jean-François Lapointe, notre bel inconnu Le baryton québécois rallie les foules partout, sauf chez lui Dans le doute, lâche-toi lousse Sur son troisième album, Alex Nevsky s\u2019abandonne à l\u2019expérimentation PEDRO RUIZ LE DEVOIR Étonnant quoiqu\u2019inégal, le nouvel album d\u2019Alex Nevsky cherche sa richesse ailleurs que dans le confort d\u2019un autre succès radio.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Jean-François Lapointe a une longue formation musicale, comme pianiste, puis comme violoniste et chef d\u2019orchestre, avant d\u2019être chanteur. J É R Ô M E D E L G A D O Dans ses premières éditions, la Biennale de Montréal avait la maladive manie de ne jamais être prête le jour J.Avec le changement de garde en 2012, on s\u2019attendait à ce que la situation s\u2019améliore, surtout à entendre le discours des grandeurs de la nouvelle directrice, Sylvie Fortin.La Biennale fera de Montréal, promet-on, une plaque tournante de l\u2019art contemporain planétaire.Dif ficile d\u2019y croire.Site Internet incomplet, guide papier invisible après deux semaines d\u2019exposition, signalisation famélique.Les raisons de découragement sont multiples.C\u2019est particulièrement le cas au Pôle de Gaspé, dans le Mile-End, où cinq espaces ont été réquisitionnés.Ici, la visite frôle la déambulation aléatoire, avec un risque élevé de ne rien trouver.Ou de tomber sur une porte fermée.Dans l\u2019énoncé du Grand balcon, le commissaire Philippe Pirotte dit avoir voulu une Biennale qui évite « tout conformisme ».« L\u2019exposition, écrit-il, devient un espace d\u2019erreur, où les choses peuvent déraper.» Fallait-il le prendre au mot ?Malgré de nombreux diffuseurs au Pôle de Gaspé, seuls Optica et Dazibao accueillent des œuvres de la Biennale.Pour placer des pans importants de la programmation, les organisateurs se sont rabattus, sans raison apparente, sur des espaces vacants.Et il faut presque être enquêteur, ou devin, pour décider de monter au 4e étage.Cet étage of fre pour tant parmi ce qu\u2019il y a de mieux à la Biennale.Au local 406, le film Not Every Day Is Spring (2016), du New-Yorkais Haig Aivazian, séduit, un plan fixe après l\u2019autre, au r ythme de per formances musicales tenues devant la caméra.Tournée à Istanbul, l\u2019œuvre rend hommage à Udi Hrant Kenkulian (1901-1978), maître de l\u2019oud issu de la communauté turco-arménienne.À mi- chemin des traditions, entre classicisme et folklore, ce documentaire hors norme couve un acte de résistance.Nous voilà dans une Turquie qui ne reconnaît toujours pas le génocide arménien de 1916, qui évite tout dialogue.Dans un autre local du même étage (le 417), le commissaire a réuni des œuvres disparates sur le plan esthétique, mais qui partagent le vœu de mettre en scène un dialogue.Dialogue factice, il faut le dire.Chez le Japonais Meiro Koizumi, présent avec deux percutantes installations vidéo, autant par leur forme que par leur propos, le personnage à l\u2019écran joue deux rôles.Par l\u2019entremise d\u2019une communication dans l\u2019au-delà, avec un kamikaze, ou du récit d\u2019un bombardement, l\u2019artiste propose un retour dans le temps, entre vérité et jeu, entre souvenirs et réin- terprétations historiques.Le dialogue proposé par la Californienne Frances Stark est quant à lui décalé et artificiel, à la manière du clavar- dage sous des airs d\u2019opéra que magnifie son installation.Le Français Benjamin Seror présente le personnage à multiples identités qu\u2019il a incarné en préambule à la Biennale.L\u2019œu- vre met en scène un échange unidirectionnel avec un public imaginaire, échange qui se répète et se dédouble, avec une version en anglais (bien audible) et une version en français (sous casque d\u2019écoute).En dehors du clin d\u2019œil de Seror au contexte québécois, la question de la langue est pratiquement méprisée, une fois de plus, dans cette deuxième Biennale de l\u2019ère For tin.Le constat est limpide : dans le monde de l \u2019ar t contemporain, c\u2019est en anglais que ça se passe.Vrai, la traduction multi- lingue impose des frais supplémentaires.Mais en tant que manifestation qui cherche à bousculer les hiérarchies, Le grand balcon aurait très bien pu devenir la plateforme pour une Biennale distincte dans une mare linguistique de plus en plus uniforme.Le quasi-unilinguisme à Dazibao et à Optica n\u2019est cependant pas dénué de discorde culturelle.L\u2019installation éclatée de la Sud-Africaine Dineo Seshee Bopap revisite, en chansons et en archives, l\u2019histoire de son pays, alors que le Nor végien Knut Asdam revient, avec son regard assumé de blanc, sur les ruines d\u2019un projet architectural et social à Beyrouth.Saluons ça.Collaborateur Le Devoir M A R I E - È V E C H A R R O N Malgré quelques ratés, cette édition de la Biennale de Montréal a du bon.Refusant d\u2019affirmer un thème et sa ligne directrice que, pourtant, procure la référence dans le titre à la pièce Le balcon de Jean Genet, l\u2019événement partait sur des bases ambivalentes dont les résultats sont difficiles à évaluer.Ainsi, l\u2019impression d\u2019une désorientation générale serait voulue et ses effets, escomptés.Difficile toutefois de justifier de la même façon plusieurs maladresses observées dans l\u2019organisation de l\u2019événement, telle la signalétique déficiente au Pôle de Gaspé pour identifier les espaces loués qui, en renfort au MAC, présentent une partie des œuvres.Ces repères sont en ef fet nécessaires aux visiteurs, tout comme les cartels que certaines œuvres, lorsque nous sommes passée, n\u2019avaient pas, alors que l\u2019absence du catalogue, un réquisit pour ce genre d\u2019événement, se fait ressentir.Des airs d\u2019improvisation plutôt gênants pour la Biennale, qui a la volonté de s\u2019imposer à l\u2019échelle internationale.Ces déconvenues mises à part, l\u2019événement offre des œu- vres pertinentes qui font judicieusement écho aux propos du commissaire dans lesquels il nous revient de puiser librement.Avec le balcon comme dispositif de contestation proclamé, la résistance prend des formes subtiles dont l\u2019atout majeur est de reconnaître les jeux de pouvoir là où ils ne sont pas soupçonnés, comme on le voit dans les œuvres présentées à la Galerie de l\u2019UQAM et au Musée des beaux-ar ts de Montréal (MBAM).Il se dégage une forte cohérence à la galerie universitaire avec les œuvres, là bien identifiées, de Thirteen Black Cats, de Luis Jacob et de Judith Hopf.C\u2019est vers l\u2019Album XII (2013- 2014) de Luis Jacob qu\u2019il est d\u2019abord tentant de se tourner tant son enfilade généreuse d\u2019images, appropriées et de sources variées dans les domaines du théâtre, du design, de l\u2019art, du cinéma et de l\u2019architecture, captive.Avec une efficacité déjà éprouvée dans d\u2019autres albums, l\u2019artiste de Toronto exploite le montage, rapproche des images aux motifs semblables pour ouvrir leur signification.La reprise est une stratégie partagée par les deux autres artistes.Chez l\u2019Allemande Judith Hopf, d\u2019anciens films de fiction sont évoqués, rejoués ou adaptés.Ils sont diffusés dans des écrans (tablette, téléphone intelligent, écran plat) imbriqués dans un mobilier impersonnel rendu dérisoire pour avoir été perforé.Autant que les fictions, faut-il penser, les objets et technologies qui nous entourent déterminent ce que nous sommes, ce que l\u2019artiste aborde par des situations humoristiques.Dans la vidéo du collectif basé à New York Thir teen Black Cats, un long plan-sé- quence fait parcourir un entrepôt d\u2019accessoires de cinéma à Hollywood, avec la lecture en voix hors champ de l\u2019échange épistolaire entre des personnages historiques impliqués dans le bombardement atomique d\u2019Hiroshima.L\u2019œuvre interroge les limites de la représentation et plus généralement la façon de rendre compte des horreurs de l\u2019histoire.Les histoires racontées par Kerry James Marshall s\u2019intéressent quant à elles à la représentation des Noirs dans les cultures populaires et savantes.La production inédite que l\u2019artiste de Chicago présente au MBAM profite à elle seule d\u2019une très grande salle où curieusement trois murs sont vides.Ce minimalisme ne manque pas d\u2019élégance, mais chicotte, tant ce vide appelle à en voir plus.Surtout que les œuvres, des illustrations sous boîtes lumineuses, font partie de Rythm Master, une bédé amorcée en 1999 mettant en scène un super- héros dans la « Métropole noire».Se jouent dans les cases de courtes scènes où le pouvoir s\u2019incarne dans le langage employé, l\u2019argot afro-américain, pour dire un monde aux repères foncièrement brouillés.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 DE VISU\u2013BNL MTL E 6 C U L T U R E Dialogue de sourds Subtiles résistances N I C O L A S M A V R I K A K I S L e volet de la Biennale au Musée d\u2019art contemporain (MAC) ne fait pas dans la simple illustration d\u2019idées politiques ou esthétiques.Elle sollicite un visiteur actif qui sentira et décodera chacune des œuvres retenues.Il s\u2019agit d\u2019un événement déroutant, souvent opaque \u2014 ce qui n\u2019est pas une mauvaise chose en soi \u2014, qui laisse l\u2019esprit papillonnant d\u2019interrogations plutôt que bourré de cer titudes.Selon le texte d\u2019introduction, cette Biennale opte pour une « via negativa d\u2019aliénation, de scepticisme, d\u2019inconfort et de perte ».Voilà une Biennale qui est tout un défi pour la critique, un genre d\u2019anguille insaisissable\u2026 Bien des œuvres ici réunies mettent en scène la dif ficulté de comprendre le monde, et le commissaire Philippe Pirrote (dans une mise en abîme ?) joue (trop ?) avec ce concept.L\u2019œuvre d\u2019Éric Baudelaire, Prelude to AKA Jihadi \u2014 introuvable sur le plan et difficilement repérable, installée tout au bout d\u2019un long couloir \u2014 parle d\u2019un jeune Français devenu djihadiste, mais en ne nous of frant aucune explication quant à ses motivation.L\u2019art est une série de questions devant le mystère du monde.L\u2019œuvre placée à l\u2019entrée, dans la rotonde du MAC, une statue de nu sans tête de l\u2019ar tiste Luis Jacob intitulée Sphinx, annonce cette énigme comme leitmotiv.La référence au personnage d\u2019acéphale (qui marque l\u2019abandon du monde civilisé) de Georges Bataille, représenté par Masson, est à cet égard pertinente.C\u2019est aussi une Biennale qui pose la question de l\u2019impact de l\u2019ar t dans nos sociétés.Les œuvres engagées et les biennales qui mettent ostensiblement en scène de telles prises de position sont-elles des moteurs pour la contestation ou juste des outils pour nous rassurer, nous faire croire que nous sommes du bon côté ?La vidéo A God Passing de David Gheron Tretiakoff, qui montre le déménagement au Caire d\u2019une statue de Ram- sès quelques mois avant le Printemps arabe, amènera le spectateur à réfléchir à ce qui déclenche des révolutions\u2026 Pistes de lecture?Dans ce volet, plusieurs œu- vres importantes seront à expérimenter : l\u2019appropriation du marxisme chez Michael Blum, du féminisme chez Valérie Blass, des théories sur le queer chez Chris Curreri, ou du pop art chez Luke Willis Thompson\u2026 Néanmoins, cette Biennale reste difficile à décoder et pas seulement pour un large public.Il n\u2019y aura pas de catalogue traditionnel, mais un l ivre d \u2019 images qui rendra compte de l\u2019expérience du visiteur, livre qui sortira quelque part avant la fin de l\u2019exposition en janvier.Le guide pour les visiteurs partira en impression seulement cette semaine\u2026 Quant aux textes de présentation des œuvres sur les murs, plusieurs laisseront perplexes.Les tableaux de Luc Tuymans montrent des « espaces bleus et vides [qui] représentent l\u2019intérêt de l\u2019artiste pour le concept éphémère, insaisissable de prophétie » [sic], alors que l\u2019œuvre d\u2019Isa Genzken (pas très forte) n\u2019a pas de cartel de présentation, juste une liste des matériaux\u2026 Ce qu\u2019il y a de plus étrange dans cette Biennale qui fait référence à un bordel est le manque d\u2019étrangeté dans sa structure de présentation.Cette expo qui voulait «développer un espace indocile et récalcitrant» apparaît bien sage dans sa manière d\u2019enchaîner des œuvres, répétant au passage une convention actuelle des biennales, le mélange d\u2019art très contemporain et d\u2019art plus ancien: un tableau de Cranach rappellera les Tintoret incorporés à la Biennale de Venise en 2011\u2026 Une Biennale qui ne surpasse pas en qualité la défunte Triennale d\u2019art québécois que l\u2019on trouvait trop locale et qui fut sabordée pour elle.Collaborateur Le Devoir Le silence des images Dans Le balcon, la pièce de Jean Genet qui a soufflé son titre à la Biennale de Montréal 2016, l\u2019action se déroule dans un bordel, endroit tout indiqué pour renverser l\u2019ordre social.Avec Le grand balcon, le commissaire Philippe Pirotte a misé sur cette métaphore pour proposer une longue suite d\u2019œuvres, dont il est parfois difficile de suivre le fil.Voici les regards de nos trois critiques.Éloge du bordel, vraiment?COURTOISIE DE L\u2019ARTISTE ET DE L\u2019ANNET GELINK GALLERY Meiro Koizumi, When Her Prayer Is Heard (Double Projection #2) NATHAN KEAY © MCA CHICAGO Vue de l\u2019installation Mastry, Kerry James Marshall, MCA Chicago DOCTOR STRANGE (V.O.ET V.F.) ?Fantaisie de Scott Derrickson.Avec Benedict Cumberbatch, Rachel McAdams, Tilda Swin- ton, Chiwetel Ejiofor, Mads Mik- kelsen, Benedict Wong.États- Unis, 2016, 115 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E O n ne compte plus le nombre de superhéros dont les aventures ont été portées aux grand et petit écrans.La demande est là puisque les recettes se calculent en milliards de dollars.À présent, le film de superhéros est, peu ou prou, la principale source de revenus de l\u2019industrie cinématographique hollywoodienne, avec la dimension hégémonique que cela implique.Au royaume du remake et de la suite, rares sont les superhé- ros faisant l\u2019objet d\u2019une toute première adaptation.C\u2019est le cas de Doctor Strange, l\u2019un des films les plus attendus par les légions d\u2019amateurs.Qui est ce «Docteur Étrange», surnom évocateur s\u2019il en est ?I l s \u2019appel le en réal i té Stephen Strange.Neurochirurgien de son métier, i l est , sans conteste, le membre le plus illustre de sa profession.Et il le sait.Puis, voilà qu\u2019un accident de voiture laisse ses mains en charp ie .Après qu \u2019 i l a eu épuisé tous les recours scientifiques, la rumeur d\u2019un miracle passé l\u2019entraîne au Népal, où il devient l\u2019élève de l\u2019Ancien, une sage dotée de pouvoirs incroyables.Des pouvoirs dont Strange est, sans le savoir, également détenteur.Bientôt, il devra décider s\u2019il désire se sauver lui-même ou sauver le monde.La formule Doctor Strange est le 14e film « of ficiel » tiré de l \u2019univers Mar vel.Pour mémoire, les éditions Mar vel (Iron Man, Captain America, etc.), que possède le studio Disney, demeurent le plus gros joueur hollywoodien, tandis que DC Comics (Batman, Superman, etc.), propriété du studio Warner Bros., ar rive bon deuxième.Dans ses meilleurs cr us, comme le premier Iron Man, qui séduisit grâce à son sens de l\u2019autodérision et de l\u2019émerveillement, ou le second Captain America, qui lui misa sur un sous-texte politique porteur, Marvel a l\u2019heur de transcender la notion de divertissement en of frant un petit supplément de substance.Même en l \u2019absence de celle-ci, il y a toujours une « extravaganza » intergalac- tique, comme Les gardiens de la galaxie, pour venir dépoussiérer la formule voulant que le ou les protagonistes du moment soient confrontés à la perspective de l\u2019anéantissement de la Terre par un antagoniste mégalo.Une formule sacro-sainte à laquelle souscrit, un peu platement, Docteur Strange.Attentes élevées Certes, les attentes étaient élevées compte tenu, d\u2019une part, de la nature du personnage, qui est capable de manipuler le temps et d\u2019accéder à des mondes parallèles, et, d\u2019autre part, de la distribution, à commencer par la présence de Benedict Cumberbatch (Sherlock) dans le rôle-titre.À ce propos, ce dernier est nuancé et imposant.Dans la partition ingrate du «pôle sentimental », Rachel McAdams (Passion) livre une prestation vive et attachante.En méchant de service, Mads Mikkelsen (Hannibal) est charismatique et menaçant à souhait.Quant à la toujours remarquable Tilda Swinton (Le transperce- neige), elle fait sien le rôle de l\u2019Ancien avec un mélange parfait de gravité et d\u2019humour pince-sans-rire.En fait, les comédiens sont si bons qu\u2019on en oublie (presque) la minceur des personnages.Autre distraction : les ef fets spéc iaux spec tacu la i r es .Lorsque les mondes parallèles se côtoient de manière kaléidoscopique, on pense à Origines, de Christopher Nolan, sans le charme opératique, mais avec une charge fantaisiste accrue.Sage mais efficace À terme, Doctor Strange se révèle, au sein de l\u2019univers Marvel, un film du milieu: efficace à tous égards, ce qui est déjà pas mal, mais peu enclin à prendre quelque risque que ce soit.Avec un superhéros nommé de la sorte, un peu d\u2019inquiétante étrangeté aurait été le bienvenu.En lieu et place, on s\u2019est cantonné à de la « rassurante étrangeté ».Cette approche ayant prouvé sa valeur, sans doute les recettes seront-elles une fois encore à la hauteur.Le Devoir Rassurante étrangeté Un Doctor Strange efficace à tous égards, mais peu enclin aux risques C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 7 Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 CHRISTIAN IMMLER, baryton Mercredi 7 décembre \u2014 19 h 30 SCHUBERT Schwanengesang (extraits) FAURÉ L\u2019horizon chimérique BRAHMS Vier ernste Gesänge RAVEL Don Quichotte à Dulcinée BARBER 3 Songs Un récital d\u2019une beauté troublante.BACH SANS FRONTIÈRES Vendredi 25 novembre \u2014 19 h 30 LES VIOLONS DU ROY Mathieu Lussier, chef Mahan Esfahani, clavecin J.S.BACH Concerto pour clavecin no 1, BWV 1052 GÓRECKI Concerto pour clavecin J.S.BACH Suite pour orchestre no 2, BWV 1067 Mahan Esfahani est un véritable poète du clavecin.SING THEE NOWELL Dimanche 4 décembre \u2014 14 h NEW YORK POLYPHONY VOCAL ENSEMBLE Geoffrey Williams, contreténor Steven Caldicott Wilson, ténor Christopher Dylan Herbert, baryton Craig Phillips, basse Un concert couvrant sept siècles de musique de Noël ! VITRINE CINÉMA SOLANGE ET LES VIVANTS ?Comédie d\u2019Ina Mihalache.Avec Ina Mi- halache, Pierre Siankowski, Francis Van Litsenborgh, Christian Henrard.France, 2016, 67 minutes.Après qu\u2019un livreur (Pierre Siankowski) eut frappé à sa porte, Solange (Ina Mihalache), solitaire et asociale, tombe dans les pommes.Suivant la suggestion de son médecin, la voilà prise en charge par ses voisins et connaissances, qui se succèdent un à un à son chevet.Réalisé avec un budget dérisoire, ce premier long métrage d\u2019Ina Mihalache possède le même charme conquérant et l\u2019irrésistible humour décalé des capsules Solange te parle.Mieux encore, cette naissance d\u2019une poétubeuse trouvant enfin sa voix présente quelques moments émouvants.Relatant les origines desdites capsules, où la jeune femme exprime avec un amour sincère pour la langue française ses angoisses existentielles et ses observations sur notre société, Solange et les vivants séduit par son esprit ludique, sa délicieuse fantaisie et sa direction artistique imaginative.Si le jeu d\u2019ensemble se révèle inégal, celui d\u2019Ina Mihalache demeure intact.Le film est précédé du déroutant court métrage La cour des mirages, de Zoé Pelchat, où Paul Ahmarani est pris d\u2019assaut par une bande d\u2019hurluberlus.Manon Dumais VITRINE CINÉMA LES TROLLS (V.F.DE TROLLS) ?Film d\u2019animation de Walt Dohrn et Mike Mitchell.Avec les voix d\u2019Anna Kendrick, de Justin Timberlake, de Zooey Deschanel.États-Unis, 2016, 92 minutes.Il y a tant de couleurs bonbon dans ce film d\u2019animation inspiré des petites figurines aux cheveux hirsutes que l\u2019on pourrait craindre une rage de dents.On succombe pourtant à cet univers où le merveilleux, l\u2019humour bon enfant et les tubes disco se côtoient avec bonheur.Au centre de cette histoire plus que convenue se trouvent la pimpante princesse Poppy (Anna Kendrick) et le sombre Branch (Justin Timberlake), qui doivent unir leurs forces afin de sauver leurs amis des crocs des vilains Bergens.Première comédie musicale des studios Dreamworks depuis Le prince d\u2019Égypte en 1998, Les Trolls repose sur un casting vocal de talent et bénéficie du flair de Timberlake, producteur musical exécutif.Alors que déferlent les chansons pop, des extraits de Peer Gynt de Krieg viennent ponctuer le tout.Ces amusants clins d\u2019œil à M.le maudit de Fritz Lang ne sont pas les seules références qui amuseront le spectateur.De Cendrillon à Raiponce, en passant par Shining, les réalisateurs n\u2019ont pas lésiné de ce côté, sans réussir à faire oublier les revirements télégraphiés et les sentiments appuyés en fin de partie.Manon Dumais BUENA VISTA Le très attendu Doctor Strange est le 14e film «officiel » tiré de l\u2019univers Marvel. MAL DE PIERRES ?1/2 Drame romanesque de Nicole Garcia, d\u2019après le roman de l\u2019Italienne Milena Agus.Avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Rouän.France, 2016, 116 minutes.O D I L E T R E M B L A Y L es films de Nicole Garcia sont d\u2019une facture essentiellement classique, dans ses meilleurs ou ses moins bons coups.L\u2019expérimentation se trouve ailleurs que dans son camp.Cinéma d\u2019un autre âge tant qu\u2019on voudra, le sien carbure à un amour passionné pour les acteurs (Le fils préféré, L\u2019adversaire) et les actrices (Place Vendôme, Un week-end sur deux).La cinéaste et actrice s\u2019égare parfois dans trop de destins croisés, ainsi dans son précédent Selon Charlie.Mais avec Mal de pierres, en compétition au dernier Festival de Cannes, un peu injustement traité là-bas, elle appose, à défaut d\u2019éclatement, une grâce sur un destin de femme, posant un regard fasciné sur le visage et le corps de l\u2019ultrasensible Marion Cotillard, qu\u2019elle dit avoir explorés comme un paysage.Ce film, adapté du roman de l\u2019Italienne Milena Agus et transposé en Provence, dégage un charme littéraire suranné, âpre et prenant, entre Maupassant, Emily Brontë et Thomas Mann (on retrouve même un sanatorium suisse, comme dans sa Montagne magique).Mal de pierres est une production destinée à la large audience.D\u2019autant plus que la luminosité, la beauté des images de Christophe Beau- carne habillent les sentiments, ici à fleur de peau, d\u2019une actrice au feu intérieur.C\u2019est d\u2019une société étouffante qu\u2019il s\u2019agit ; un petit village des années 1950 confiné dans le formol.Classée hystérique, Gabrielle, une jeune femme de la petite bourgeoisie, brûle de passion et de désirs érotiques, au point de scandaliser le bon peuple.Et sa terrible mère, campée avec aplomb par Brigitte Roüan, la force à se caser, sous peine d\u2019internement.Le personnage est en quête de l\u2019amour quasi mystique avec un grand A, qu\u2019elle s\u2019imagine capable de dissiper la médiocrité de sa vie.Cette femme, en porte-à-faux avec son milieu, signe sans doute son œuvre la mieux unifiée.La cinéaste n\u2019a pas eu peur d\u2019affronter le romanesque, qui n\u2019est pas de mode, malgré les pièges du ridicule, frôlés çà et là, mais sa pudeur et sa distance la sauvent, tout en l\u2019empêchant d\u2019empoigner totalement son sujet.Mariée sans amour à un travailleur espagnol saisonnier exilé de la guerre civile (Alex Brendemühl, muet, stoïque et touchant d\u2019amour réprimé) qu\u2019elle finit par utiliser comme initiateur sexuel, Gabrielle s\u2019éprend au sanatorium d\u2019un beau lieutenant tuberculeux (Louis Garrel).Lui qui surjoue ailleurs est ici tenu en bride, d\u2019une élégance morale sans failles en aristo agonisant et cerné, pianiste à ses heures et autel de tous les fantasmes de l\u2019héroïne.Si les décors sont un peu trop parfaits et si Nicole Garcia aurait pu exploiter davantage la quête sauvage de sa rebelle, reste que ce beau film classique au dénouement formidable séduit par sa beauté et sa volonté de faire exploser les carcans qui étouffent les femmes.Le Devoir Dans les eaux du romanesque Marion Cotillard brûlante en femme trop ardente pour sa société L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 CINEMA E 8 C U L T U R E MA LOUTE de Bruno Dumont LA DANSEUSE de Stéphanie Di Gusto LA ROUTE D\u2019ISTANBUL de Rachid Bouchareb CÉZANNE ET MOI de Danièle Thompson festivalcinemania.com CINEMA IMPERIAL 1430 rue de Bleury CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE CINÉMA DU PARC * LE PACTE DES ANGES ?1/2 Road-movie dramatique de Richard Angers.Avec Marc Messier, Émile Schneider-Vanier, Lenni-Kim Lalande.Québec, 2016, 96 minutes.O D I L E T R E M B L A Y Bien sûr, le scénario du Pacte des anges a des airs connus.La quête identitaire masculine en traversée de territoires à se réapproprier, c\u2019est un peu le cliché du film québécois (À l\u2019origine d\u2019un cri, Route 132, etc.).Place à un monde d\u2019hommes où le féminin apparaît résolument absent (même l\u2019orignal est un mâle), rejoignant ici une tendance lourde du cinéma québécois des der n ièr es an - nées, sur introspection masculine.Ici, une rencontre improbable entre un sexagénaire déçu par sa vie (Marc Messier) et deux frères adolescents mal pris (Émile Schneider-Vanier et Lenni-Kim Lalande) ouvre sur tous les changements de perspective.Les jeunes garçons kidnappent ce témoin d\u2019un acte de violence qui a mal tourné.Richard Angers, présent au documentaire, aux courts métrages et à la série télé (La chambre no 13), réalise ici son premier long métrage de fiction, en forme de road-movie.Le pacte des anges (titre de tournage : Desperado) est un film automnal avec des paysages magnifiques, notamment à Stoneham, dans le Bas-du- Fleuve et en Gaspésie.Son principal atout est Marc Messier, acteur habituellement éloigné du registre dramatique, qui s\u2019y glisse avec une gravité et une souffrance intérieure.Le cinéma confine trop souvent les interprètes à des registres limités, dans son cas l\u2019action et le comique.L\u2019acteur des Boys et de La petite vie, le comédien de Broue, gagnait à élargir son champ et montre ici qu\u2019il est sans doute passé à côté de rôles d\u2019envergure.Mais le film ne brille pas par la force de ses répliques.Dans ces lieux qui changent, d\u2019un motel à un camp de chasse, en passant par l\u2019auto qui roule, les jeunes personnages, d\u2019abord franchement hostiles envers leur otage, vont devoir remiser leurs préjugés pour former une équipe, le syndrome de Stockholm entrant en jeu.Il y a eu meurtre accidentel, et la fuite devient aussi l\u2019occasion de s\u2019affronter soi-même.Émile Schneider-Vanier (vu dans Après la neige et Là où Attila passe), avec son étrange regard oblique et une intériorité précoce, peut porter ce type de rôle à la fois rebelle et désespéré.Et le jeune Lenni- Kim Lalande possède un grand naturel.Sinon, l\u2019évolution de l\u2019histoire demeure prévisible et les meilleurs moments résident dans la nouvelle paternité endossée par l\u2019aîné du trio, avec transmission de savoir dans le sillage d\u2019une bête lumineuse.La fragilité masculine s\u2019expose au détour, sur une mise en scène souple mais sans dynamisme particulier.Ce film un peu inachevé et maladroit, servi par des paysages aux couleurs changeantes, est çà et là touchant dans sa démarche et permet à Marc Messier de prendre une bouf fée d\u2019oxygène sur des chemins de traverse.Ça n\u2019en fait pas une œu- vre solide pour autant.Le Devoir Fragile trio masculin Le pacte des anges montre un Marc Messier touchant dans un rare rôle dramatique TVA FILMS Marillon Cotillard joue une jeune femme de la petite bourgeoisie dans ce beau film classique au dénouement formidable.Touchant dans sa démarche, [le film] permet à Marc Messier de prendre une bouffée d\u2019oxygène sur des chemins de traverse AXIA FILMS Marc Messier, acteur habituellement éloigné du registre dramatique, s\u2019y glisse avec une gravité et une souf france intérieure dans Le pacte des anges."]
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