Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (9)

Références

Le devoir, 2016-11-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Élisabeth Vallet sur le président que deviendra le républicain Trump Page B 2 Michel David sur le contentieux hydroélectrique avec Terre-Neuve Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 Idées La victoire de Trump annonce un changement de la politique américaine Page B 5 YURI CORTEZ AGENCE FRANCE-PRESSE Depuis la signature de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain en 1994, des milliers d\u2019usines de multinationales \u2014 les maquiladoras \u2014 ont été construites au Mexique.Plusieurs analystes estiment que les politiques de Trump pourraient pousser celles-ci à mettre la clé sous la porte.En ef fet, le futur président a promis de réviser, voire d\u2019abroger, l\u2019ALENA.Le candidat républicain au seuil du pouvoir N A N C Y C A O U E T T E à Mexico « D epuis l \u2019 é l ec t ion de Trump, mes espoirs de me réunir avec ma famille aux États-Unis se sont écroulés.» Logée chez une nonne de Ciu- dad Juárez, à quelques kilomètres de la frontière du Texas qu\u2019elle souhaite franchir à tout prix, Rosa raconte un épineux et tortueux récit.La mère de 34 ans a vécu six ans aux États-Unis, avant de rentrer au Mexique en 2008 avec son mari et leurs trois enfants.Puis elle a dû se résoudre à renvoyer sa fille chez l\u2019oncle Sam, sans elle.« En 2012, les médecins ont diagnostiqué une maladie dégé- né ra t i v e che z ma f i l l e d e 12 ans, Emily.Les médicaments coûtent 60 000 pesos [4227 $] par mois au Mexique.Nous n\u2019avions pas le choix : il fallait retourner aux États- Unis.Emily est Américaine et bénéficie de Medicare [le système public de santé] », ra- conte-t-elle.Après s\u2019être vu refuser le visa de tourisme américain, Emilio, le mari de Rosa, traverse à nouveau illégalement aux États-Unis, direction Chicago, où Emily va le rejoindre pour y être traitée.Lettre des médecins à la main, Rosa tente à quatre reprises d\u2019obtenir un permis humanitaire.Rien n\u2019y fait.Désespérée, elle traverse à trois reprises la frontière clandestinement et est expulsée autant de fois.«Ma fille a une espérance de vie de cinq ou six ans.Elle menace maintenant de s\u2019ôter la vie », dit-elle en pleurant , désemparée.Selon le Pew Research Center, les États-Unis comptent 5,8 millions de clandestins mexicains sur son territoire, des migrants que Donald Trump a traités de « violeurs » et de « criminels » durant sa campagne.Des migrants comme Claudia, 23 ans, qui est ce qu\u2019on ap- pe l le aux Éta ts -Unis une « dreamer », une sans-papiers arrivée aux États-Unis durant son enfance.« Je suis fière d\u2019être Mexicaine, mais je suis avant tout Américaine.Je ne connais que les États-Unis», résume celle qui est arrivée au Texas à l\u2019âge de six ans.Comme quelque 800 000 autres dreamers, Claudia possède un DACA \u2014 acronyme anglais d\u2019Action différée pour les personnes arrivées dans l\u2019enfance.Ce visa promulgué par Barack Obama en 2012 protège de l\u2019expulsion les migrants arrivés aux États-Unis avant l\u2019âge de 16 ans.« J\u2019ai vraiment peur que Trump nous retire le DACA.Je n\u2019ai pas décidé d\u2019entrer illégalement aux États-Unis, je n\u2019étais qu\u2019une enfant ! » dit-elle, en sanglots.« Trump a sûrement un cœur.J\u2019aimerais qu\u2019il se touche le cœur en pensant à Le Mexique attend Trump avec vigilance Le président désigné fait craindre expulsions et chômage, tout en ravivant une fierté nationaliste, mexicaine celle-là MARK LENNIHAN AGENCE FRANCE-PRESSE Donald Trump a trouvé des réserves de suffrages parmi ceux qui ne voulaient pas avouer leur préférence aux sondeurs.VOIR PAGE B 2 : MEXIQUE M A R I E - C H R I S T I N E B O N Z O M à Washington L a victoire de Donald Trump provoque un séisme dans le monde politique, économique et médiatique américain, qui n\u2019a pas su la voir venir.C\u2019est pourtant dans ce monde que cet anti-politicien doit désormais évoluer.Lui qui a promis à ses supporteurs d\u2019« assécher le marécage» que serait Washington va bientôt devoir y vivre et y travailler.«L\u2019élection de Donald Trump est une protestation contre les élites », déclare au Devoir H.W.Brands, professeur à l\u2019Université du Texas, qui fait partie du groupe d\u2019historiens de la présidence que Barack Obama réunit pour des dîners privés depuis 2009.Donald Trump a trouvé des réserves de suffrages parmi ceux qui ne voulaient pas avouer leur préférence aux sondeurs, parmi les «indécis», les indépendants et les républicains initialement réticents à sa personnalité et à ses idées, parmi des électeurs qui n\u2019avaient jamais voté et parmi d\u2019autres qui n\u2019avaient pas voté depuis longtemps.La victoire de Donald Trump s\u2019est étendue à des fiefs démocrates comme le Michigan ou la Pennsylvanie.Elle s\u2019est étendue à des catégories d\u2019électeurs démocrates telles que les Hispaniques, les Noirs et les ouvriers syndiqués qui, même s\u2019ils ont voté pour Hillary Clinton à une écrasante majorité, ont soutenu Donald Trump plus que Mitt Romney en 2012.Au bout du compte, Donald Trump sera le premier président républicain à disposer d\u2019une majorité à la Chambre, au Sénat et aux postes de gouverneurs des États depuis au moins 1928.Donald Trump ne s\u2019est pas targué d\u2019avoir reçu un « mandat » des urnes et il serait bien avisé de s\u2019en tenir à cette humilité nouvelle.En effet, s\u2019il a gagné le scrutin présidentiel parce qu\u2019il a remporté le collège électoral, sa marge de victoire au collège n\u2019est que de 51 sièges.Sur tout, il a perdu \u2014 de peu, mais perdu quand même \u2014 le vote populaire.En outre, la majorité républicaine au Sénat, déjà mince avant les législatives qui se déroulaient le même jour que la présidentielle, s\u2019est réduite de deux sièges.Du coup, les démocrates pourront bloquer plus facilement des textes et des nominations de Donald Trump à des postes requérant l\u2019approbation sénatoriale.Donald Trump se trouve donc devant un dilemme.« S\u2019il gouverne comme un modéré, il pourra rallier certains démocrates, mais il perdra le soutien de républicains de droite », explique H.W.Brands.« Je ne m\u2019attends donc pas à une présidence Trump qui puisse unir le pays», poursuit l\u2019historien.Depuis son élection, Donald Trump, qui a attisé les divisions dans son pays, prône l\u2019unité nationale.« Il est temps de nous rassembler et de panser les blessures de la discorde», a-t-il déclaré dans son discours de victoire.Sa rivale elle-même a demandé à ses électeurs d\u2019accepter le verdict des urnes.«Nous devons à Donald Trump de garder un esprit ouvert envers lui et de lui donner une chance de diriger», a souligné Hillary Clinton.Un appel difficile à suivre Mais pour nombre d\u2019Américains, la déception et la peur sont trop profondes pour suivre immédiatement l\u2019appel d\u2019Hillary Clinton.«Les insultes de Trump pendant sa campagne présidentielle résonneront dans mes oreilles pendant encore longtemps», confie au Devoir Camille Grosdidier, une féministe ayant voté pour madame Clinton.«Le monde tel que je le connaissais est complètement bouleversé.J\u2019ai peur, je suis en colère et déprimé», lance le grand peintre Eric Fischl.Certains manifestent à Washington, à Seattle ou à Los Angeles.Des Californiens prônent une sécession.D\u2019autres parlent de partir au Canada.Donald Trump ne saurait s\u2019étonner de ces réactions.Après la réélection de Barack Entré en politique en briguant directement la Maison-Blanche il y a un an et demi seulement, Donald Trump succédera à Barack Obama comme 45e président des États-Unis.D\u2019ici la cérémonie d\u2019investiture du 20 janvier, la priorité du président désigné est de déterminer comment il pourra gouverner.VOIR PAGE B 3 : POUVOIR L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 T rump va-t-il construire son mur, expulser les immigrants illégaux, dénoncer l\u2019ALENA, le Partenariat transpacifique (TPP), l\u2019Accord de Paris, changer le visage de la Cour suprême, modifier la structure fiscale ?Sera-t-il, à l\u2019image de présidents atypiques comme Truman ou Reagan, un « autre » président pragmatique que l\u2019histoire jugera, plus tard, comme ayant satisfait aux exigences de sa charge.Le ton des commentateurs se veut rassurant par analogie : Donald Trump est peut- être une réminiscence de Jackson, une déclinaison de Reagan ou le reflet de Nixon.À défaut d\u2019être lénitif, cela atteste de la résilience de la démocratie américaine.Après tout, l\u2019histoire des États-Unis en a vu d\u2019autres\u2026 Ou pas.Car il y a ce que l\u2019on sait.Ce que l\u2019on ne sait pas.Et ce que l\u2019on ne dit pas.Ce que l\u2019on sait Le 20 janvier prochain, le président Trump recevra une carte sur laquelle figure le code d\u2019authentification qui lui permet d\u2019accéder au processus de lancement des missiles nucléaires.Simplifié sous Carter, ce processus consiste en un menu réduit d\u2019options qui permet, en quelques minutes, de réagir à une attaque ; une fois lancé, il est irrévocable.Et s\u2019il existe un processus de validation de l\u2019identité du président, cela n\u2019est en aucun cas un veto.Pour cette raison, Schlesinger, secrétaire à la Défense de Nixon, avait pris la liberté d\u2019altérer le processus pour éviter d\u2019en laisser les commandes entre les mains du président qui buvait trop.Mais ce n\u2019était pas légal.Donc, sur les codes nucléaires : pas de contrepoids.Ce que l\u2019on sait aussi, c\u2019est que le texte de la Constitution définit un équilibre des pouvoirs, chacun représentant le balancier de l\u2019autre.Or il s\u2019est établi, au cours des années, d\u2019autres formes de contrepoids.Entre le candidat et son parti, qui est une coalition de factions.Entre le président et les différentes branches parfois cacophoniques de son gouvernement.Au sein même de la Maison-Blanche, entre les conseillers.Dans ce cadre, les relations établies, les liens de dépendance mutuelle, mais aussi les marchandages font partie du spectre habituel de l\u2019analyse politique.Mais voilà.Ce président ne doit rien à personne.Les nouveaux (ré)élus des deux chambres ont bénéficié de l\u2019appel d\u2019air qu\u2019il a généré.Il manque un juge à la Cour suprême.Son vice- président n\u2019a rien d\u2019un modérateur.Le Parti républicain n\u2019a laissé dans son entourage que ceux qui avaient déjà été marginalisés (Giuliani, Gingritch, Christie, Palin) et son establishment n\u2019a aucun poids.Les têtes des plus hauts fonctionnaires vont rouler, du fait du spoils system.Si le nouveau chef de l\u2019exécutif choisit de ne pas jouer le jeu constitutionnel en gentleman, il en a toute la latitude : il pourra découper en dentelles l\u2019héritage d\u2019Obama par décrets exécutifs et dénoncer unilatéralement des traités (comme W.Bush l\u2019a fait avec le traité ABM sur les missiles antibalistiques).Et il s\u2019écoulera plusieurs années avant que les contrepoids juridictionnels n\u2019exercent leur pouvoir (il y a un décalage substantiel entre le temps exécutif et le temps judiciaire).En bref, il n\u2019y a de checks and balances que s\u2019ils sont acceptés par les acteurs du jeu constitutionnel.Lorsqu\u2019un voyou prend possession de la Mai- son-Blanche : pas de contrepoids.Ce que l\u2019on ne sait pas Qui sera l\u2019occupant de la Maison-Blanche?On ne dispose d\u2019aucun indicateur faute de pouvoir le juger sur son expérience.Or la personnalité d\u2019un président, sa capacité de s\u2019entourer de conseillers compétents, ses filtres cognitifs sont déterminants.Comment une personnalité narcissique, impulsive, active-négative, va-t-elle agir en situation de crise ?Ses conseillers oseront-ils seulement le défier?Ce que l\u2019on ne sait pas, c\u2019est à quel point Donald Trump va placer le processus décisionnel et la gestion quotidienne entre les mains de conseillers tout-puissants (comme Kissinger et Haldeman sous Nixon ou North et Regan sous Reagan), faute d\u2019une capacité d\u2019attention suffisante et d\u2019une expérience adéquate.La fonction présidentielle est-elle si noble qu\u2019elle va redéfinir l\u2019homme ?Les caciques du parti avaient promis un changement après l\u2019investiture, une normalisation de leur candidat à l\u2019automne\u2026 Mais ça n\u2019a pas eu lieu.La manière dont il dénonce, par l\u2019entremise de Twitter, les manifestations qui se déroulent actuellement dans les rues, y voyant non pas un exercice de la liberté de rassemblement garantie par le premier amendement, mais un complot sournois ourdi par les médias, apparaît comme un mauvais présage.Ce que l\u2019on ne dit pas Cette fois-ci, les soupapes pour évacuer la surchauf fe et l\u2019implosion du système seront plus difficiles à mettre en œuvre : le système de fuites qui a finalement conduit au Watergate, la « démocratie de la fuite » devant un président paranoïaque et autoritaire (comme Nixon), ou inexpérimenté et imprévisible (comme Reagan), peuvent-ils exister dans une ère post-11- Septembre, où les communications sont contrôlées et surveillées ?À l\u2019heure post-Snowden, Daniel Helsberg et Deep Throat pourraient-ils aujourd\u2019hui sonner l\u2019alarme alors que les salles de presse se vident ?Le règne de l\u2019homme blanc en colère ne fait que commencer.ÉTATS-UNIS Quel président sera Trump ?ÉLISABETH VALLET J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U U n phénomène tel que Donald Trump ne s\u2019explique pas pleinement en se référant à ses seuls antécédents, ni en plongeant tête première dans l\u2019histoire américaine pour y trouver des précédents.Mais il est permis certainement de regarder derrière pour essayer de voir un peu ce qui se profile devant nous.Reconnaissons tout de même immédiatement que le personnage n\u2019a pas d\u2019équivalent, bien qu\u2019il fasse songer par certains aspects à Andrew Jackson (1767-1845), un président atypique.Au XIXe siècle, avant que les États-Unis ne soient considérés comme une puissance planétaire, la démocratie « jacksonienne » favorise une relation avec le peuple dans un rapport anti- élite très par ticulier pour l\u2019époque.Chantre d\u2019une Amérique blanche, Jackson multiplie les manœuvres pour éliminer les Amérindiens et soutient l\u2019esclavage.Populiste, il ne supporte pas les politiciens de métier et montre facilement son tempérament très bouillant.Le politologue Louis Balthazar trouve comme d\u2019autres experts quelques similitudes entre Trump et Jackson, bien « qu\u2019i l y avait quelque chose de sympathique chez Jackson», pré- cise-t-il.Chez Jackson comme chez Trump, note Balthazar, « il y a bien quelque chose qui déconcerte complètement l\u2019élite».Toujours selon le politologue, il est très difficile de dégager une filiation directe avec l\u2019histoire américaine pour expliquer le phénomène Trump.« La question de l\u2019immigration et des minorités est visiblement très importante, comme elle l\u2019a été pour le Brexit.Trump a joué beaucoup cette carte de l\u2019Amérique blanche qui se sent envahie, en voie d\u2019être mise en minorité.C\u2019est un malaise qui est fort depuis trente ans, qu\u2019on voyait même s\u2019exprimer d\u2019une certaine façon dans Le choc des civilisations de Samuel Huntington.» Les États-Unis ont beau être un pays d\u2019immigration, le rapport à l\u2019Autre y demeure souvent très particulier.«Dans The Paranoïd Style, Richard Hofstadter avait déjà montré à quel point l\u2019Amérique était ponctuée d\u2019épisodes où on ne voulait pas entendre parler des étrangers.Les catholiques, le péril jaune, l\u2019anticommunisme, la crainte du terrorisme, tout cela, au fond, renvoie à un courant qui a toujours existé.Les États- Unis n\u2019auraient jamais été ce qu\u2019ils sont devenus sans montrer plus d\u2019ouverture, mais il y a aussi fréquemment ces moments de crainte paranoïaque qui s\u2019expriment dans la politique de ce pays.» Avec Trump, il semble que quelques démons du passé politique américain ressurgissent en effet.Il faut remonter au mouvement des Know Nothing pour trouver un élan semblable à celui de Trump, pense Louis Balthazar.Fondé en 1844, le Native American Party, connu aussi sous le nom the Know Nothing puis d\u2019American Party, promet de purifier la politique américaine.Une part de la population considère alors que la politique américaine menace d\u2019être emportée par l\u2019influence de l\u2019immigration allemande et irlandaise catholique.Le mouvement, né d\u2019une scission au cœur des républicains, se divise à propos de la question de l\u2019esclavage et ne réussira pas à s\u2019imposer.Plus près de nous, il n\u2019est pas interdit de penser à quelques similitudes avec Arnold Schwarzenegger qui, au moment où il fut élu gouverneur de la Californie, était considéré par plusieurs comme un phénomène venu de nulle part, un phénomène de foire présenté sous le chapiteau républicain.Mais Schwarzenegger se révéla plus complexe et politisé que l\u2019image offerte par ses films ne le laissait croire.L\u2019Empire Peut-être n\u2019est-il pas sage de chercher seulement du côté de l\u2019histoire des États-Unis d\u2019Amérique des repères capables de nous aider à mieux situer Donald Trump.Les grands empires, à commencer certainement par l\u2019Empire romain, structurent après tout depuis ses origines l\u2019imaginaire de la république d\u2019Amérique fondée en 1776.Depuis que le pays a des prétentions hégémoniques sur les affaires du monde, l\u2019analogie apparaît d\u2019autant plus appropriée.Dans sa Vie des douze Césars, l\u2019historien Sué- tone propose des biographies succinctes des grands leaders romains, de Jules César à Domi- tien.Dans ce classique, il consacre toute une partie à Caïus Caligula, personnage qui a fait l\u2019objet de multiples interprétations, notamment au théâtre par Albert Camus.En 1979, le fondateur du magazine Penthouse, Bob Guccionne, s\u2019était lancé pour sa part dans la production d\u2019un film porno soft à grand déploiement consacré à la vie dissolue de cet empereur romain.L\u2019image de ce règne sous forme de bacchanales perpétuelles et de folies diverses s\u2019est imposée.Suétone présente pourtant Caligula comme un objet de grande fierté populaire, qui arrive au pouvoir avec le consentement unanime du peuple et du Sénat.« Il excitait cet amour des peuples par tous les moyens de popularité.» Sué- tone dit même que Caligula « bannit de Rome les inventeurs de débauches monstrueuses».Puis, au milieu de son récit, Suétone s\u2019arrête tout net.Il dit : « J\u2019ai parlé jusqu\u2019ici d\u2019un prince ; je vais maintenant parler d\u2019un monstre.» L\u2019historien révèle alors un être épris de spectacles, surtout de celui de sa personne, un être capable d\u2019humilier selon ses désirs et des goûts excessifs, lesquels varient selon ses caprices et les modelés de son orgueil.Caligula exécute volontiers ses proches de manière sanglante.Narcissique au possible, il maltraite les sénateurs selon son bon désir.Un des traits les plus célèbres du règne de Caligula sera sa volonté de nommer sénateur Incitatus, son cheval préféré.Il lui fit construire une écurie de marbre, avec une auge en ivoire, et utilisait l\u2019armée pour imposer le silence dans les environs afin que l\u2019animal dorme le mieux possible.L\u2019écrivain britannique Tom Holland, à qui l\u2019on doit des adaptations d\u2019Hérodote, d\u2019Homère et de Virgile, a souligné il y a quelques mois déjà des similitudes surprenantes entre le caractère de Trump et celui de Caligula, deux figures extravagantes dont les politiques à la tête d\u2019un empire apparaissent à peu près impossibles à suivre si on s\u2019en remet aux seules explications logiques.Caligula finit par être tué par un soldat âgé de la garde prétorienne dont il s\u2019était moqué sous prétexte qu\u2019il le trouvait lâche et efféminé.On ne peut s\u2019empêcher ici de songer aux insultes professées par Trump à l\u2019égard d\u2019anciens militaires autant qu\u2019aux destins tragiques de plusieurs présidents américains.Mais l\u2019histoire n\u2019a pas tant à déterminer les origines d\u2019un phénomène politique tel Donald Trump qu\u2019à essayer de montrer en quoi des éléments du passé apparaissent constitutifs d\u2019un présent, là où ils se cristallisent sans cesse de manière nouvelle.Autrement dit, Trump éclaire le passé autant que celui-ci l\u2019éclaire, lui.Le grand historien français Marc Bloch, fusillé par les nazis en 1944, écrivait d\u2019ailleurs dans son Apologie pour l\u2019histoire que la maladie des historiens est souvent d\u2019oublier qu\u2019« un phénomène historique ne s\u2019explique pleinement qu\u2019en dehors de l\u2019étude de son moment précis ».En somme, une bonne partie de l\u2019analyse à faire au sujet de Trump demeure liée au présent.Le Devoir Un César nommé Trump Le futur président éclaire le passé autant que celui-ci l\u2019éclaire, lui LAWRENCE JACKSON ASSOCIATED PRESS Le futur président des États-Unis n\u2019a pas d\u2019équivalent, bien qu\u2019il fasse songer par certains aspects à Andrew Jackson (1767-1845, on peut voir une statue de lui devant la Maison-Blanche), un président atypique.Il est très difficile de dégager une filiation directe avec l\u2019histoire américaine pour expliquer le phénomène Trump nous », lance-t-elle, en ajoutant avoir pensé, comme plusieurs de ses amis dreamers, à immigrer au Canada après l\u2019élection de Trump.En plus des expulsions et de la possible érection d\u2019un mur à la frontière, les organisations de défense des droits de la personne du Mexique craignent que les abus contre les migrants augmentent lorsque Trump arrivera au pouvoir.«Mercredi, des agents de migration ont refusé à une migrante son droit à un appel.Ils lui ont dit : \u201cCe n\u2019est rien par rapport à ce qui t\u2019attend lorsque Trump sera au pouvoir.\u201d C\u2019est très préoccupant », explique Rocío Melendez, une avocate qui vient en aide aux migrants à Ciudad Juárez.Le spectre du chômage Donald Trump a aussi promis de réviser, voire d\u2019abroger, l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).« Ce traité a beaucoup plus bénéficié au Mexique qu\u2019aux États- Unis», a martelé Trump durant sa campagne.Il a promis d\u2019imposer des droits de douane de 35 % au Mexique après son élection.Cette annonce a été reçue avec cer taines craintes au sud du Rio Grande : 80 % des exportations mexicaines sont destinées aux États- Unis.La banque centrale du pays affirme avoir « un plan d\u2019urgence » prêt à être déployé une fois que Trump fera connaître ses politiques.Depuis la signature de l\u2019ALENA en 1994, des milliers d\u2019usines de multinationales \u2014 les ma- quiladoras \u2014 ont été construites au Mexique.Plusieurs analystes estiment que les politiques de Trump pourraient pousser celles-ci à mettre la clé sous la porte.Elsa Patricia Corchado, une employée d\u2019une maquiladora américaine d\u2019appareils électroniques, n\u2019est pas du même avis.« J\u2019ai discuté avec des travailleurs de plusieurs usines et personne n\u2019a vraiment peur de perdre son emploi, assure-t-elle.Ce qui préoccupe les Mexicains, c\u2019est le peso, qui est très faible par rapport au dollar.Mais les entrepreneurs, eux, en profitent, car la production coûte moins cher.Vous croyez que Trump va réussir à les convaincre de démanteler leurs usines alors que c\u2019est bénéfique pour eux d\u2019être ici, avec de la main-d\u2019œuvre bon marché ?» Elle souligne du même souf fle que le nouveau président ne disposera que de quatre ans pour démanteler des usines « cimentées » au Mexique depuis plus de 20 ans.Nationalisme contre nationalisme Selon Manuel Lira, un artiste audiovisuel de Mexico, la faiblesse du peso et toutes les «promesses racistes » de Trump constituent de parfaits prétextes à l\u2019émancipation du Mexique.«Le moment est venu de se rendre compte que le système oppresseur américain qui se trouve au- dessus de nos têtes ne fonctionne pas », lance-t-il au milieu d\u2019une poignée de manifestants rassemblés au centre-ville de Mexico pour dénoncer l\u2019élection de Trump.Cent ans après l\u2019établissement de la Constitution mexicaine, Manuel Lira estime que le temps est venu pour les Mexicains d\u2019entreprendre une nouvelle bataille.« Je pense que les Mexicains intelligents sont prêts pour une révolution.Tout comme Trump, notre président, Enrique Peña Nieto, provient du monde de la télévision et des médias.Ce type de présidents nous a nui.Nous avons manifesté, mais il se trouve toujours au pouvoir», constate-t-il.Les Mexicains ont qualifié d\u2019« erreur historique » la visite de Donald Trump au Mexique en septembre.Enrique Peña Nieto, dont la popularité ployait déjà sous le poids de nombreux scandales de corruption et d\u2019histoires d\u2019enlèvements et d\u2019exécutions irrésolues, a été accusé d\u2019avoir participé à la victoire de Trump.« La majorité des Mexicains ne sont pas fiers d\u2019être Mexicains.Il faut reprendre notre nationalisme et montrer que nous sommes indépendants, que nous n\u2019avons pas besoin des États-Unis », affirme Manuel Lira, qui espère que la présidentielle mexicaine de 2018 portera au pouvoir un candidat « prêt à se battre pour les Mexicains » plutôt que de chercher de fourbes façons de s\u2019enrichir.Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 MEXIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 J ean-Marc Fournier avait pourtant l\u2019air décidé, jeudi dernier, quand il menaçait de s\u2019adresser aux tribunaux si le gouvernement fédéral augmentait la garantie de prêt qu\u2019il a déjà consentie en 2013 à Terre-Neuve pour financer le projet hydroélectrique de Muskrat Falls, qui se dirige tout droit vers un désastre.«Une décision inexplicable et inacceptable», disait le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes.Une «concurrence déloyale» pour Hydro-Québec, qui n\u2019a jamais pu compter sur l\u2019aide fédérale.Jean-François Lisée exige une compensation.Compte tenu de sa population, l\u2019équivalent de l\u2019économie d\u2019emprunt de 1,5 milliard réalisée par Terre-Neuve serait de 23 milliards pour le Québec, a-t-il calculé.Qu\u2019un chef du PQ songe même à solliciter la participation d\u2019Ottawa au financement des infrastructures d\u2019Hydro-Québec a de quoi étonner.Si le fédéral ne l\u2019a jamais fait, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a jamais voulu l\u2019associer de près ou de loin à ce joyau de notre patrimoine.Dans une lettre publiée en début de semaine, M.Fournier a d\u2019ailleurs fait une remarquable volte-face.Plus question de poursuites ou de compensation.« La voie de l\u2019avenir réside non pas en la judiciarisation du passé entre nos deux provinces, mais plutôt dans un dialogue constructif ouver t sur l\u2019avenir envisageant une collaboration pour la mise en valeur de nos ressources hydroélectriques respectives.Il faut éviter d\u2019ériger nos concitoyens les uns contre les autres, mais plutôt travailler à les rassembler en cherchant une formule avantageuse pour tous », écrit-il.La lettre de M.Fournier ne précise pas jusqu\u2019où pourrait aller cette collaboration.C\u2019est peut-être du bla-bla bon-en- tentiste de pure forme, mais cela peut aussi être interprété comme une invitation à entreprendre des discussions qui, au-delà du cas de Muskrat Falls, pourraient inclure le vieux contentieux autour du contrat de vente de l\u2019électricité produite par la centrale de Churchill Falls, qui empoisonne les relations entre Québec et Terre-Neuve depuis des décennies.?Ce contrat signé en 1969 engageait Hydro- Québec à acheter jusqu\u2019en 2041, et à un prix dérisoire, la totalité de l\u2019électricité de Churchill Falls, qu\u2019elle revend depuis avec un profit qui en a fait un véritable marché de dupes pour Terre-Neuve.Ses gouvernements ont eu beau multiplier les recours devant les tribunaux, ce contrat n\u2019a jamais pu être invalidé.«Et si, au lieu de rester figé dans le passé chacun de notre côté, on se retroussait les manches pour préparer l\u2019avenir ensemble?» demande M.Fournier, qui invoque maintenant la nécessité de lutter contre les changements climatiques.Quand Ottawa avait accordé une première garantie de prêt à Muskrat Falls, en 2011, Stephen Harper avait aussi fait valoir cet argument, mais le premier ministre Charest n\u2019avait rien voulu savoir.Si le gouvernement fédéral avait de l\u2019argent à investir dans la lutte contre les changements climatiques, il pouvait toujours financer des projets de train rapide entre les grandes villes du pays, avait-il répliqué.Il est vrai qu\u2019en matière de GES, M.Harper n\u2019était pas très crédible.?Les relations n\u2019étaient guère meilleures avec Terre-Neuve, où le premier ministre Danny Williams, qui n\u2019avait toujours pas digéré le contrat de 1969, avait ameuté tout le pays contre la tentative d\u2019Hydro-Québec de faire l\u2019acquisition d\u2019Énergie Nouveau-Brunswick, présentée comme une nouvelle manifestation de l\u2019impérialisme québécois.Comme on le sait, le premier ministre Couil- lard chérit au plus haut point les «valeurs canadiennes » qui, à entendre la ministre des Finances de Terre-Neuve, Cathy Bennett, devraient nous inciter à « soutenir nos voisins ».Il ne demande sûrement pas mieux que d\u2019afficher sa fibre canadienne.Remarquez, il n\u2019y a rien de mal à jeter «un regard nouveau sur nos relations», comme le propose M.Fournier, ne serait-ce qu\u2019à titre exploratoire.La meilleure façon d\u2019écarter le gouvernement fédéral du dossier serait peut-être de réexaminer celui-ci dans son ensemble, y compris le contrat de 1969.Le Québec serait en bonne position pour négocier.La Cour supérieure et la Cour d\u2019appel du Québec viennent toutes deux de réitérer la validité du contrat pour les 25 prochaines années.Selon toute probabilité, la Cour suprême le confirmera si on lui demande son avis.D\u2019autre part, la bonification de la garantie de prêt consentie par Ottawa n\u2019empêchera pas les coûts de production de l\u2019électricité produite à Muskrat Falls d\u2019excéder très largement les prix courants pendant encore longtemps.Que le Québec soit devenu indépendant ou qu\u2019il soit toujours membre de la fédération, Terre-Neuve sera encore notre voisin en 2041 et le bon voisinage a ses avantages.Il n\u2019est peut- être pas trop tôt pour amorcer la réconciliation.mdavid@ledevoir.com La réconciliation H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa L a chose est passée un peu inaperçue tant l\u2019attention de la planète était dirigée vers l\u2019élection présidentielle de nos voisins du Sud.Néanmoins, le plébiscite de lundi à l\u2019Île-du- Prince-Édouard sur la réforme électorale a attiré l\u2019attention de ceux qui, à Ottawa, planchent sur une refonte du mode de scrutin.La tentation est forte, dans tous les camps, de s\u2019en inspirer\u2026 pour des raisons différentes.Le référendum n\u2019a pas suscité les passions : à peine 36 % des électeurs, ou 37 040 personnes, se sont prévalus de leur droit de vote.La représentation proportionnelle mixte est arrivée en tête avec 52 % des voix.Victoire pour les réformistes ?Pas nécessairement.Dès le lendemain, le premier ministre de la province insulaire, Wade MacLauchlan, a déclaré qu\u2019il était « peu convaincu que ces résultats [puissent] être présentés comme constituant l \u2019expression d\u2019une volonté claire des Prince-Édouardiens ».Il n\u2019est donc pas acquis que le gouvernement ira de l\u2019avant avec la réforme réclamée.Le plébiscite n\u2019était d\u2019ailleurs pas contraignant, a pris la peine de rappeler le premier ministre.C\u2019est que le bulletin de vote utilisé pour le plébiscite comprenait cinq systèmes électoraux que les électeurs ont dû numéroter par ordre de préférence : le statu quo, deux systèmes de représentation proportionnelle (mixte et à circonscriptions binominales), le vote préférentiel ainsi que le statu quo plus chef (système par lequel tous les partis obtenant au moins 10 % du suffrage feraient élire leur chef).Les options les moins populaires étaient rejetées une à une, et les seconds choix redistribués, jusqu\u2019à ce qu\u2019une des options obtienne 50% des voix plus une.Il aura fallu éliminer trois options pour qu\u2019émerge un vainqueur.Le statu quo est en effet arrivé en tête au premier décompte, avec 31 % des suffrages contre 29 % pour la proportionnelle mixte.L\u2019élimination du statu quo plus chef (l\u2019option la moins populaire à 7,6 %) a, sans surprise, fait gonfler l\u2019avance du statu quo à 36 %.Même scénario quand le vote préférentiel (11,5 %) a été écar té : le statu quo est alors passé à 40 % d\u2019appuis.La balance a penché dans l\u2019autre direction lors du quatrième et dernier décompte, après l\u2019élimination du système proportionnel à circonscriptions binominales.Les partisans de cette option se sont à 74% rangés derrière le système proportionnel restant, qui l\u2019a alors remporté.Psyché électorale et Ottawa Les résultats à l\u2019Île-du-Prince-Édouard sont intéressants à décortiquer, car ils permettent de penser la réforme électorale en dehors d\u2019une logique binaire : pour ou contre une réforme particulière.En effet, les référendums provinciaux passés n\u2019avaient que soumis une réforme spécifique aux électeurs, qu\u2019ils devaient soit soutenir, soit rejeter.Ainsi, les électeurs de la Colombie-Britannique ont rejeté en 2005 puis en 2009 le «vote unique transférable».Ceux de l\u2019Île-du-Prince-Édouard ont rejeté la proportionnelle mixte en 2005.Et les Ontariens ont aussi dit non à la proportionnelle mixte en 2007.Chaque fois, une interrogation fusait : en rejetant la réforme proposée, les électeurs em- brassaient-ils pour autant le statu quo?À Ottawa, les résultats de lundi amènent ceux qui planchent sur une réforme électorale fédérale à tirer des conclusions, bien dif fé- rentes selon le camp dans lequel ils se trouvent.Dans les coulisses gouvernementales, on souligne à gros traits que le plébiscite prouve qu\u2019il est facile d\u2019obtenir un consensus contre le système actuel (au premier décompte, 69 % des Prince-Édouardiens ont voté pour une forme ou une autre de système substitutif), mais beaucoup plus difficile de rallier une majorité en faveur d\u2019une réforme en particulier (au premier décompte, la représentation proportionnelle mixte n\u2019a recueilli que 29 % des voix totales, ou 42 % des voix réformistes).On affirme que la ministre Monsef ne veut pas préjuger des résultats des consultations qui ont cours \u2014 et qui se poursuivront à grande échelle en décembre lorsque les 13 millions de foyers canadiens recevront une invitation à aller donner leur avis sur un site en ligne.Mais on indique aussi qu\u2019elle a besoin d\u2019un consensus quelconque en faveur d\u2019un système particulier pour aller de l\u2019avant avec une réforme et que, jusqu\u2019à présent, elle n\u2019a pas vu ce consensus.Du côté du Nouveau Par ti démocratique (NPD) et du Parti vert (PV), l\u2019avis est diamétralement opposé.Nathan Cullen représente le NPD au comité parlementaire menant les consultations.«L\u2019appui pour la proportionnalité est très fort.Pas pour un système spécifique, mais pour cette famille de systèmes », lance-t-il.Et le résultat de lundi à l\u2019Île-du-Prince-Édouard vient confirmer cette tendance, à son avis.La chef du PV, Elizabeth May, abonde en ce sens : «Les citoyens ont choisi le système de vote proportionnel et ont rejeté le système actuel.» De fait, si aucun système de remplacement ne s\u2019est imposé au premier décompte du plébiscite, les deux systèmes proportionnels sont arrivés en seconde et troisième positions après le statu quo.Et à eux deux, ils ont obtenu un appui de 51,5 %.À mesure que les autres options du bulletin de vote étaient éliminées, les deux systèmes proportionnels ont toujours combiné un appui de plus de 50 %.Cela fait dire au bloquiste Gabriel Ste-Marie que, «si le gouvernement va de l\u2019avant avec une réforme, le choix doit être entre le statu quo et un système de cette forme-là».Il note qu\u2019à l\u2019Île-du-Prince- Édouard, «le système qui est arrivé premier, c\u2019est la forme de proportionnelle qui est la préférée des gens.[\u2026] Donc, si on va vers la proportionnelle, c\u2019est celle-là qu\u2019il faudrait avantager».Et un référendum fédéral?Le NPD tire une autre conclusion du plébiscite prince-édouardien : le vote préférentiel n\u2019a pas la cote.Il a été écarté au second décompte, avec à peine 11,5 % des voix.Lorsqu\u2019il était dans l\u2019opposition, Justin Trudeau avait indiqué qu\u2019il s\u2019agissait de son système de prédilection.Les partis d\u2019opposition le soupçonnent depuis le début des débats sur la réforme électorale de s\u2019être déjà fait une tête.« L\u2019appui pour ce système n\u2019est pas très for t », note M.Cullen, qui juge que le vote préférentiel « perpétue » et même «amplifie » les lacunes du système majoritaire uninominal à un tour auxquelles on dit vouloir remédier avec une réforme.Il espère que le score décevant de cette option au référendum de lundi convaincra pour de bon le gouvernement de larguer cette solution.Enfin, le Parti conservateur voit pour sa part un autre enseignement dans le référendum de lundi dernier : que les référendums ne servent pas nécessairement la cause du statu quo.Le Parti conservateur réclame sans relâche que toute éventuelle réforme soit soumise d\u2019abord à un référendum pancanadien.Ses opposants comprenaient jusqu\u2019à tout récemment ce désir comme une façon de militer pour le statu quo sans en porter l\u2019odieux, tous les référendums provinciaux en faveur d\u2019une réforme électorale ayant échoué.Plus maintenant, affirme le député Scott Reid, rayonnant.Au Bloc, où on milite aussi pour un référendum mais de manière moins acharnée, on est d\u2019accord.«Le NPD, le Parti vert et même les libéraux semblent peu ouverts à l\u2019idée d\u2019un référendum, faisant valoir que, chaque fois qu\u2019il y en a eu un, ça ne passe pas, ça ne fonctionne jamais, c\u2019est la façon de noyer le poisson et de rester avec le statu quo, rappelle M.Ste-Marie.Ben là, on a une preuve du contraire.» Le Devoir RÉFORME ÉLECTORALE L\u2019Île-du-Prince-Édouard comme présage ?Un début de consensus pour la proportionnelle Quelle forme devrait prendre le nouveau mode de scrutin fédéral ?Les citoyens consultés ne s\u2019entendent pas, mais un consensus semble se dégager en faveur d\u2019une forme de proportionnelle.Le gouvernement a demandé aux 338 députés fédéraux d\u2019organiser des assemblées de cuisine dans leur circonscription respective pour tâter le pouls de la population.Les députés devaient faire ensuite rapport au comité parlementaire pilotant les consultations.Jusqu\u2019à présent, 166 élus ont remis leur rapport.À leur lecture, on constate qu\u2019aucun système de remplacement ne rallie une majorité de citoyens, mais la représentation proportionnelle mixte est la plus souvent citée.Plusieurs rapports font état du désir des citoyens d\u2019incorporer une forme de proportionnalité en général.Dans ces cas, s\u2019ils ne privilégient pas une forme particulière de proportionnalité, les citoyens s\u2019opposent très massivement aux versions ayant surtout recours aux listes de candidats établies par les partis politiques.Le désir de conserver des élus représentant un endroit géographique précis est fort.Notons que plusieurs rapports font état d\u2019une préférence pour le statu quo.Enfin, à peine une poignée demandent le vote préférentiel.ÉLISE AMENDOLA LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre de l\u2019Île-du-Prince-Édouard, Wade MacLauchlan MICHEL DAVID La Cour supérieure et la Cour d\u2019appel du Québec viennent toutes deux de réitérer la validité du contrat pour les 25 prochaines années Obama, il avait en effet lâché ceci : « Nous devrions marcher sur Washington et arrêter ce simulacre.» Cependant, Donald Trump, ancien démocrate et indépendant qui n\u2019est membre du Parti républicain que depuis l\u2019an dernier, n\u2019est pas totalement synchrone avec une formation qui, même avant lui, était très divisée.Sa promesse de renégocier ou de dénoncer l\u2019ALENA et d\u2019autres accords de libre-échange pour arrêter l\u2019hémorragie de délocalisations, voire rapatrier des emplois, déplaît aux républicains néolibéraux.Mais elle le rapproche de Bernie Sanders, le sénateur socialiste qui nargua Hillary Clinton durant les primaires en puisant, comme Donald Trump, au mécontentement du peuple contre les élites.Pour Donald Trump, la voie la plus sûre vers un bilan positif de sa présidence semble être celle du pragmatisme.«Si Donald Trump veut être un président efficace, il va lui falloir gouverner d\u2019une manière non idéologique, indique au Devoir Antoine Yo- shinaka, politologue à l\u2019Université de Buffalo.C\u2019est d\u2019ailleurs probablement ce qu\u2019il va faire, car le candidat Trump ne s\u2019est pas montré homme à avoir des positions philosophiques profondément ancrées.» S\u2019il veut réviser la politique de libre-échange, il pourrait trouver des alliés en Bernie Sanders et Elizabeth Warren, les dirigeants de la mouvance progressiste qui se disent prêts à «collaborer avec Donald Trump autour de mesures qui reconstruisent notre économie pour qu\u2019elle bénéficie aux travailleurs et à leurs familles ».S\u2019il veut vite parvenir à un résultat concret qui réponde, à la fois, à ses objectifs de création d\u2019emplois, de modernisation du pays et de croissance économique, il devra se focaliser sur son plan de rénovation des infrastructures, l\u2019un des rares terrains d\u2019entente potentiels entre républicains et démocrates.S\u2019il veut pouvoir installer un magistrat à la Cour suprême pour succéder à feu Antonin Scalia, il devra choisir quelqu\u2019un qui n\u2019est pas un idéologue ultraconservateur et qui ne risque pas le rejet des démocrates et des quelques républicains modérés restant au Sénat.«Si Trump agissait rationnellement et constitutionnellement, il pourrait probablement faire passer beaucoup de choses au Congrès, notamment l\u2019abolition de l\u2019Obamacare, une diminution des impôts, une réduction du rôle du gouvernement fédéral dans l\u2019éducation, une élimination importante de réglementations et son mur frontalier sous une forme ou une autre », estime James Ceaser, politologue à l\u2019Université de Virginie et à la Hoover Institution.Mais dans l\u2019immédiat, ce sont les choix de Donald Trump dans la formation de son gouvernement et de son équipe de conseillers qui signaleront comment il entend gouverner.À cet égard, les noms qui circulent (Rudy Giuliani, Newt Gingrich, son beau-fils Jared Kush- ner, un gestionnaire de hedge funds, voire l\u2019un de ses fils) laissent présager un président Trump plus idéologique que pragmatique, plus népo- tiste que réformiste, plus «establishment» que pro-changement, plus droitiste qu\u2019indépendant.«Trump avec un Congrès républicain, nous avons là vraiment quelque chose qui se rapproche du fascisme », lance au Devoir Harvey Feigenbaum, politologue à l\u2019Université George Washington dans la capitale.Harvey Feigenbaum précise que « Donald Trump n\u2019est pas lui-même un fasciste, mais un populiste de droite aux tendances autoritaires ».Il explique en particulier que le président élu « n\u2019est pas militariste, ni favorable à une politique étrangère expansionniste».Le professeur Feigenbaum souligne que Donald Trump n\u2019en est pas moins « dangereux », car « tous les populistes de droite proposent des panacées simplistes qui ont peu de chances d\u2019améliorer les choses et ont tendance à exploiter ceux qui votent pour eux».Les électeurs qui ont voté pour Donald Trump et pour l\u2019autre candidat hors norme qu\u2019était Bernie Sanders font mentir les catégorisations politiques simplistes.«La course à la Maison-Blanche a révélé et exprimé un grand mécontentement populaire, et cela a éclairé de nombreux politiciens sur l\u2019existence de courants d\u2019opinion qu\u2019ils n\u2019avaient pas évalués de manière adéquate», observe James Ceaser, le po- litologue de l\u2019Université de Virginie.Le président élu a une occasion historique d\u2019apporter un changement positif en défiant, comme les électeurs, les catégorisations politiques simplistes et en s\u2019alliant avec Bernie Sanders pour améliorer la vie des Américains dont Bruce Springsteen parle dans des chansons comme Youngstown.Le plus tragique, peut-être, serait de voir Donald Trump trahir ceux qui ont voté pour lui, notamment les Américains déclassés par la mondialisation, et, au-delà, la majorité qui ne se reconnaît plus dans les deux partis politiques dominants.Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 POUVOIR Depuis sa fondation il y a cinq ans, la Coalition avenir Québec a eu du mal à définir sa personnalité.Son virage nationaliste de 2015 et l\u2019article 1 qu\u2019elle adoptera en fin de semaine la ramènent à un aspect trop négligé de l\u2019ADN de l\u2019ADQ.La critique des élites inspirée par la présidentielle américaine estelle vraiment l\u2019ingrédient manquant qui permettra à la CAQ de prendre son essor ?n fondant la CAQ il y a cinq ans, François Le- gault proclamait la fin du clivage fédéraliste- souverainiste.Il prenait alors passablement ses rêves pour des réalités.La CAQ mangea la poussière en 2012 et en 2014.La dernière fois aux mains des libéraux de Philippe Couillard, qui n\u2019ont eu qu\u2019à crier « référendum » pour faire oublier l\u2019usure du PLQ et la faiblesse de son programme.Le 8 avril 2014, M.Legault eut cette habile formule : «Le pays imaginaire nuit à bien des égards au pays réel.» La possibilité, même très hypothétique, que le PQ tienne un autre référendum permet «au Parti libéral de remporter des élections sans trop d\u2019efforts ».L\u2019analyse était intéressante.Mais contredisait le Legault de 2011 : le fameux clivage opère donc encore.Après le départ de membres les plus à droite, mais aussi des antinationalistes (tels Deltell et Anglade), la CAQ put se redéfinir autour de l\u2019attachement au Québec.Ce «virage nationaliste» lui permettait d\u2019exprimer une partie de l\u2019ADN de l\u2019ADQ occultée sous Deltell.La fondation de l\u2019ADQ (qu\u2019avala la CAQ en 2011) fut précisément liée à la crise constitutionnelle de Meech.Les Dumont et Allaire avaient claqué la porte du PLQ de Bourassa lorsque ce dernier s\u2019était comporté en « tricheur » dans l\u2019après- Meech.À la CAQ, qu\u2019on veuille graver \u2014 au congrès de 2016 qui s\u2019ouvre ce samedi à Drum- mondville \u2014 encore plus clairement le virage de 2015 dans le marbre d\u2019un article 1 peut paraître redondant.Mais en promettant désormais d\u2019«assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l\u2019intérieur du Canada», il évacue toute possibilité qu\u2019un jour, dans certaines circonstances, la CAQ puisse adopter une position du type ADQ-1995: «Souveraineté si nécessaire, mais pas nécessairement la souveraineté».Encore une fois cependant, la CAQ semble faire dans le positionnement politique plutôt que dans les convictions réelles.Soit, le cahier du participant du congrès de la ?n de semaine regorge de thèmes proprement nationalistes (application de la loi 101 aux entreprises de charte fédérale, déclaration de revenus unique, etc.).Certes, la CAQ vient de déposer un intéressant rapport sur la défense du français et la francisation des immigrants.Cela contraste avec la bataille en règle que la CAQ mena il y a moins de trois ans contre le projet de loi 14 du gouvernement Marois, dont le but était précisément de renforcer la loi 101.À l\u2019époque, la députée Nathalie Roy disait pourfendre un «acharnement idéologique improductif ».On peut comprendre qu\u2019un parti évolue.La CAQ donne cependant l\u2019impression de toujours être en train de sentir le vent.En point de presse, M.Legault fait souvent d\u2019intéressantes analyses politiques.Mais il ressemble à un chef cuisinier toujours en train d\u2019ajuster sa recette a?n de ravir le plus possible les papilles gustatives des électeurs.Encore cette semaine, il tirait cette leçon de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine : «Il y a une certaine élite au Québec qui doit se remettre en question.» L\u2019analyse est intéressante, bien que paradoxale venant d\u2019un homme fortuné, faisant partie de l\u2019élite politique et des affaires.Du reste, la victoire de Trump grâce au système des grands électeurs masque non seulement sa défaite au vote populaire, mais aussi l\u2019abstention de bien des démocrates noirs et des partisans de Bernie Sanders.Attention, donc, aux « leçons » trop rapides ou trompeuses.M.Legault en déduit qu\u2019il « y a une urgence d\u2019écouter la population, [\u2026] les familles », notamment dans le fait qu\u2019elles « veulent des baisses d\u2019impôt» et qu\u2019elles « sont inquiètes face à l\u2019immigration».Écouter les gens : on ne peut dire, dans les démocraties contemporaines, qu\u2019on ne tente pas de le faire.Les consultations se multiplient ; les tournées de personnalités, de politiques, se succèdent à un rythme d\u2019enfer.Même que les politiciens donnent souvent l\u2019impression d\u2019être les «esclaves de l\u2019opinion, asservis aux sondages », comme l\u2019écrivait l\u2019historien français Jacques Julliard dans La faute aux élites (Gallimard, 1997).D\u2019ailleurs, ce dernier concluait son ouvrage en notant que « l\u2019élitisme, c\u2019est-à-dire la démocratie sans le peuple, et le populisme, c\u2019est-à-dire le peuple sans la démocratie, sont deux chancres qui nous rongent en se nourrissant l\u2019un de l\u2019autre ».Voilà une phrase que les élus, mais nous aussi, comme électeurs, auraient avantage à méditer, actuellement.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S La rue Leonard-Cohen Encore sonnées par la mort du grand poète-chansonnier, cer taines voix ont pourtant déjà proposé d\u2019immortaliser le nom de Leonard Cohen, de lui « donner » un parc, une place, une rue.Je vis non loin de la rue Amherst, laquelle porte le nom de ce baron anglais raciste, haineux à l\u2019endroit des Canadiens français et des autochtones.Pourquoi ne pas profiter de la mort du grand Cohen pour faire disparaître le nom de celui qui symbolise cet affront de l\u2019histoire en remplaçant le nom d\u2019Amherst par le nom d\u2019un homme plein d\u2019humanité et de respect ?Leonard Cohen, anglophone et respectueux des concitoyens francophones, issu des milieux privilégiés de Westmount et habitant du Plateau Mont-Royal, grand poète reconnu L I B R E O P I N I O N P I E R R E D U C H E S N E Ancien journaliste et ancien ministre de l\u2019Enseignement supérieur et de la Recherche S e moquant des médias, dont il est en grande partie un produit grâce à la téléréalité The Apprentice qu\u2019il a animée pendant 11 ans, Donald Trump a rendu l\u2019improbable possible.Alors que le domaine de l\u2019information partage maintenant la scène avec l\u2019industrie du spectacle, que la nouvelle est devenue un produit commercial où les nuances et la complexité de notre monde ne sont que peu expliquées parce que pas rentables, un homme au discours simplificateur répondant au cynisme ambiant est devenu président.Quand la rapidité est la valeur première des salles de rédaction, l\u2019information devient fragmentaire et souvent éphémère.On laisse alors beaucoup de place à l\u2019opinion qui, elle, se forge aussi rapidement qu\u2019un préjugé.Des commentateurs se lancent alors dans l\u2019interprétation du discours plutôt que d\u2019aller aux sources du discours même.On multiplie les sondages pour masquer une couverture médiatique incapable de préciser les enjeux.Le site américain Real Clear Politics a d\u2019ailleurs comptabilisé, de mai à novembre 2016, 260 sondages, dont seulement 29 donnaient Donald Trump gagnant ! Les outils de mesure semblent ignorer la colère et le désenchantement.De plus en plus de citoyens résistent et refusent de collaborer aux enquêtes d\u2019opinion.Pour le citoyen, distinguer l\u2019essentiel parmi l\u2019abondance de l\u2019information devient périlleux.Et face à ce monde qu\u2019il ne comprend plus et qui change rapidement, les propos de Donald Trump dénonçant l\u2019establishment en place sont rassurants.Alors que des communautés entières aux États-Unis sont frappées durement par la mondialisation de l\u2019économie entraînant une hausse du chômage et un appauvrissement des ménages, Donald Trump est celui qui a dit vouloir écouter les délaissés du système.Son discours a répondu à leurs inquiétudes et à leur colère.Timide contre-pouvoir Entre-temps, la concentration de l\u2019information entre les mains de quelques grands conglomérats a eu pour conséquence de réduire le nombre de journalistes.Jamais, depuis 40 ans, la force journalistique américaine n\u2019a été aussi peu nombreuse.L\u2019essentiel des effectifs se retrouve maintenant concentré dans les grandes agglomérations, loin des arrondissements industriels qui, autrefois, incarnaient la fierté des États-Unis.Alors que le pouvoir des médias, appelé aussi le 4e pouvoir, doit critiquer le 1er pouvoir, les Américains sont en mesure de constater que, dans certains dossiers, le rôle de contre-pouvoir que doivent jouer les médias s\u2019exprime bien timidement.Ainsi, toutes les ententes internationales de commerce négociées ces dernières décennies ont été encouragées par les dif fé- rents gouvernements américains avec l\u2019appui des grands médias et de leurs exper ts.Les conséquences de ces ententes sur la main- d\u2019œuvre industrielle semblent avoir été sous- estimées.Les négociations menant à ces ententes demeurent secrètes et hermétiques.Le rôle des médias à cet égard est un échec vibrant; personne ne comprend ce qui se trouve dans ces documents.La classe politique, elle, ne semble pas vouloir démocratiser le processus de négociation.Face au mystère, les citoyens imaginent alors de fantomatiques mises en scène et des théories du complot pullulent sur les réseaux sociaux.Ici, le 1er et le 4e pouvoir, à l\u2019exception de quelques médias marginaux, semblent marcher main dans la main.De l\u2019extérieur, la classe politique et la classe médiatique apparaissent alors comme les protagonistes d\u2019un même jeu.Dans ce contexte, quand Donald Trump a affirmé qu\u2019il incarnerait « le règne du peuple, plutôt que celui des groupes d\u2019intérêts », il a reçu l\u2019attention de ceux à qui la classe politique ne s\u2019adresse plus.Donald Trump est devenu le paravent réconfortant d\u2019une partie importante de la population américaine affaiblie par le déclin industriel de sa nation.Et pendant que ce candidat non orthodoxe multipliait les déclarations incendiaires, outrepassant toutes les règles et les conventions encadrant traditionnellement une campagne à la présidence des États-Unis, les médias américains, déstabilisés par tant de désinvolture, ont appliqué à ce personnage hors norme les mêmes normes journalistiques qu\u2019ils appliquaient depuis des décennies, comme le concept d\u2019équilibre dans le traitement de l\u2019information entre les différents candidats.On a ainsi mis sur le même pied la seule histoire des courriels non sécurisés d\u2019Hillary Clinton à l\u2019ensemble des scandales visant Donald Trump, et ce, par souci d\u2019équité\u2026 Dans les jours précédant le scrutin, les principaux journaux des États-Unis prenaient tous position en faveur d\u2019Hillary Clinton, mais il était trop tard.Ainsi, le vociférant personnage a dévoré ceux qui l\u2019ont fait connaître aux Américains.Plusieurs grands médias reconnaissent actuellement leurs torts, du New York Times au magazine The Atlantic.On a laissé une place démesurée au personnage parce qu\u2019il suscitait beaucoup de curiosité par son approche spectaculaire et inédite.À tous ces analystes qui annonçaient sa défaite, l\u2019ancien animateur de l\u2019émission The Apprentice est donc en mesure de dire : « You\u2019re fired ! » (Vous êtes virés ! ) Trump dévore les médias FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Se mentir à soi-même Ainsi, l\u2019élection de Donald Trump a été un choc pour plusieurs, et surtout pour les entreprises de sondages, qui n\u2019avaient pas vu venir le coup.Il se pourrait donc qu\u2019à de très nombreuses reprises, quelqu\u2019un quelque part n\u2019ait pas dit la vérité pour ainsi faire mentir les sondages.Dès lors, on constate que c\u2019est loin d\u2019être une science exacte.Ce qui a pu rendre si imprécises et incertaines la cueillette et l\u2019analyse des données dans les sondages sur les intentions de vote, c\u2019est le phénomène de la désirabilité sociale.Il peut amener une personne à dire le contraire de ce qu\u2019elle pense pour éviter la désapprobation de son interlocuteur, ce qui crée alors un biais pouvant fausser les résultats.Il est en effet très difficile de mesurer le nombre de personnes qui ont déclaré vouloir voter pour Hillary Clinton, mais qui, une fois seules avec elles-mêmes dans le confort du secret de l\u2019isoloir, ont voté pour Donald Trump.J\u2019imagine que, dans beaucoup de situations sociales au cours de la dernière année, oser dire qu\u2019on voterait pour Trump représentait un haut risque de recevoir l\u2019opprobre du groupe.De plus, qui oserait avouer qu\u2019il ment ?Ainsi, le mensonge à soi-même accompagne la désirabilité sociale dans les situations où la pression par les pairs se fait sentir et que la vérité qu\u2019on voudrait dire est inavouable et irrecevable par l\u2019entourage.Il est une réaction défensive à un sentiment d\u2019inadéquacité ou de honte personnelle face aux injonctions sociales.Pour illustrer encore, pensons à tous ces gens qui disent boycotter Wal- Mart, mais qui aiment bien y déambuler en toute aise dans l\u2019anonymat de la foule.Milan Kundera, dans L\u2019insoutenable légèreté de l\u2019être, a mis en lumière cette réalité humaine ombrageuse : «Vivre dans la vérité, ne mentir ni à soi-même ni aux autres, ce n\u2019est possible qu\u2019à la condition de vivre sans public.Dès lors qu\u2019il y a un témoin de nos actes, nous nous adaptons bon gré mal gré aux yeux qui nous observent et plus rien de ce que nous faisons est vrai.» Marc Therrien Psychologue Le 11 novembre 2016 Cohen et le Québec Ceux et celles qui s\u2019intéressent toujours au Québec, et qui, aujourd\u2019hui, s\u2019interrogent sur les positions prises par Léonard Cohen se reporteront avec intérêt à ce que notre barde montréalais avait à dire sur le sujet à l\u2019occasion d\u2019une longue interview qu\u2019il accorda au journal Le Monde en 1970 : « Je me sentais proche d\u2019eux parce qu\u2019ils ne se résignaient pas à voir disparaître toute trace française en Amérique du Nord.[\u2026] Et puis, ce qui m\u2019a séduit à l\u2019époque, c\u2019était l\u2019isolement de ces gens qui tentaient de donner forme à ce petit coin de continent américain.Pour le garder.Pour résister.Contre quoi ?Contre l\u2019Amérique.Pas tant l\u2019impérialisme yankee et tout ça.Mais pour maintenir sur le sol américain une autre culture, une autre option.» Guy Bouthillier Outremont, le 11 novembre 2016 CONGRÈS DE LA CAQ Tentations trumpiennes E ANTOINE ROBITAILLE mondialement et très montréalais dans son être, ses écrits et ses chansons.Remplacer la rue Amherst par la rue Leonard-Cohen amenuiserait la déchirure Anglos/Francos en faisant disparaître le mépris à l\u2019avantage de l\u2019ouverture qu\u2019incarnait l\u2019auteur de Hallelujah.Située dans l\u2019est de la ville, cette nouvelle rue Leo- nard-Cohen contribuerait, à sa façon, à favoriser l\u2019harmonie et la paix tant célébrées par cet «oiseau sur le fil ».Normand Breault Montréal, le 11 novembre 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.MANDEL NGAN AGENCE FRANCE-PRESSE Donald Trump entouré de ses partisans à Raleigh, en Caroline du Nord, la journée avant son élection M A R T I N P E T I T C L E R C Professeur au Département d\u2019histoire de l\u2019UQAM C O R Y V E R B A U W H E D E Doctorant, Centre d\u2019histoire des régulations sociales ièce maîtresse de la session d\u2019automne du gouvernement Couillard, le projet de loi 70 visant à réformer le programme d\u2019aide sociale \u2014 devenu la loi 25 \u2014 a été adopté ce jeudi 10 novembre .Par les menaces qu\u2019elle fait planer sur les personnes qui demandent une aide de dernier recours et leurs familles, la « Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l\u2019emploi ainsi qu\u2019à favoriser l\u2019intégration en emploi » doit être dénoncée.Rappelons d\u2019abord que cette loi crée un programme d\u2019em- ployabilité pour les nouveaux demandeurs d\u2019aide sociale qui sont sans contrainte à l\u2019emploi.Ce programme, d\u2019une durée minimale de 12 mois, les obligera à accepter « tout emploi convenable » et à maintenir leur lien d\u2019emploi.Chaque personne visée qui ne respecterait pas les conditions du « plan d \u2019intégration en emploi » verrait sa maigre prestation mensuelle de 623$ (965$ pour deux adultes) amputée de plusieurs centaines de dollars.Celle qui refuserait de se soumettre à un tel plan serait tout simplement coupée de l\u2019aide sociale.Pas une garantie Évidemment, l\u2019obtention d\u2019un « emploi convenable » n\u2019est pas la garantie d\u2019une amélioration des conditions de vie des personnes ou des familles assistées sociales.Le salaire minimum, actuellement de 10,75 $ l\u2019heure, est bien insuffisant pour permettre à une personne, travaillant à temps plein, d\u2019atteindre le seuil de faible revenu pourtant déterminé par l\u2019État québécois, et d\u2019autant plus si elle a des enfants à charge.À la lumière de ces éléments, il nous semble bien que le gouvernement libéral ait pour principaux objectifs de couper le budget de l\u2019aide sociale et de fournir une main-d\u2019œuvre à bon marché aux entreprises.Le gouvernement est donc allé de l\u2019avant dans son approche coercitive à l\u2019égard des personnes assistées sociales, en les menaçant notamment de couper une aide de dernier recours déjà insuffisante pour subvenir à leurs besoins essentiels.Il va sans dire qu\u2019une telle politique contrevient à sa responsabilité de veiller au «respect de la dignité humaine» et à l\u2019atteinte d\u2019un « Québec sans pauvreté », deux objectifs contenus dans la Loi québécoise visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.La citoyenneté sociale Derrière cette nouvelle attaque aux droits des assistés sociaux se profile bien sûr la question sociale qui a traversé l\u2019histoire des sociétés démocratiques depuis plus de 200 ans.Cette loi illustre la lente érosion, ressentie surtout depuis le tournant des années 1980, de ce que le sociologue britannique Thomas Humphrey Marshall (1893- 1981) a appelé la « citoyenneté sociale».En 1949, ce dernier a prononcé une conférence devenue célèbre qui expliquait pourquoi le principe de la citoyenneté devait primer celui du marché dans une société démocratique.Pour Marshall, la citoyenneté sociale devait procurer à tous les membres d\u2019une communauté politique démocratique les conditions minimales d\u2019existence leur permettant de jouir de leurs libertés civiles (liberté de travailler, de penser, de circuler, etc.) et d\u2019exercer pleinement leurs droits politiques (participation à la vie civique, vote aux élections, etc.).Cette conception de la citoyenneté sociale a été l\u2019une des idées politiques les plus importantes du XXe siècle.Elle est toujours au cœur de la plupart des demandes citoyennes visant à réduire les inégalités sociales engendrées par le système économique.La peur de la faim Cette idée d\u2019une citoyenneté sociale a représenté une rupture dans l\u2019histoire de la question sociale en Occident.Au XIXe siècle, le développement du capitalisme et du marché du travail a été accompagné d\u2019une politique extrêmement punitive visant à restreindre considérablement, voire même à interdire l\u2019aide publique ou privée aux pauvres «sans contrainte à l\u2019emploi».Pour les capitalistes et les réformateurs convaincus de l\u2019équilibre naturel du marché, seule la crainte de mourir de faim était un incitatif assez puissant pour convaincre les pauvres, continuellement soupçonnés de paresse, de se trouver un emploi, quel qu\u2019il soit.Après un siècle d\u2019une cruelle et inefficace chasse aux «mauvais pauvres », Marshall en est arrivé à la conclusion que cette politique cynique de la faim empêchait les sociétés démocratiques de réaliser pleinement les promesses de l\u2019égalité citoyenne.Pour lui, cette citoyenneté sociale devait garantir à chacun un minimum de bien-être économique, un droit de bénéficier pleinement des fruits hérités du travail des générations passées et donc de mener une vie à la mesure des conditions d\u2019existence de sa société.L\u2019aide de dernier recours à l\u2019égard des personnes les plus pauvres ne devait donc plus relever d\u2019une charité humiliante, mais d\u2019un droit.L\u2019enjeu fondamental On comprend alors mieux l\u2019enjeu fondamental de cette nouvelle réforme de l \u2019a ide soc iale .En rendant cond i - tionnelle une bonne par tie de l\u2019aide de dernier recours, le gouvernement libéral vise à instaurer la peur de la faim chez les nouveaux demandeurs d\u2019assistance et leurs fami l les .Dans une société démocrat ique, qu i devra it normalement privilégier le principe de la citoyenneté à celui du marché, il faudrait plutôt dé fendre cette a ide comme un droit social inaliénable, et même la bon if ier af in de l ibérer enf in nos concitoyens les plus défavorisés de cette peur d\u2019un autre âge.RÉFORME L\u2019aide sociale et la peur de la faim La loi 25 adoptée cette semaine doit être dénoncée L O U I S B A L T H A Z A R Professeur émérite à l\u2019Université Laval et membre de l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand l faut remonter à l\u2019élection présidentielle de 1920 pour repérer un changement aussi complet de la politique américaine que celui que nous annonce la victoire de Donald Trump.À cette époque, comme au- jourd\u2019hui, la population américaine exprimait une volonté de se retrancher par rapport au monde.On parle aujourd\u2019hui de rejet de la mondialisation et des accords internationaux.On parlait alors d\u2019un refus de participer à une organisation internationale, la Société des Nations, celle-là même qui avait été conçue par le président américain en fin de mandat.Comme Donald Trump s\u2019apprête à démanteler tout ce que le président Obama a péniblement construit au cours des dernières années, Warren Harding, un magnat de la presse, presque aussi mal préparé que Trump à exercer ses fonctions, devait aussi détruire l\u2019héritage de Woodrow Wilson, un intellectuel comme Barack Obama, qui avait engagé son pays dans le conflit mondial et dans les ef forts de reconstruction du système international.L\u2019avènement des républicains au pouvoir signalait aussi un rejet du progressisme en politique intérieure, autant celui du républicain Théodore Roosevelt que celui du démocrate Wilson.Il s\u2019ensuivit une période de laisser-faire et d\u2019isolationnisme dont on a souvent relevé les conséquences désastreuses pour les États-Unis et pour le système international.Certes, le commerce international a été soutenu par Washington durant la première décennie de cette période, mais il a été sérieusement restreint par le krach boursier de 1929 et la Grande Dépression qui suivit.On assista alors à un retranchement brutal de l\u2019économie américaine et à une montée spectaculaire du protectionnisme, annoncée d\u2019abord aux États-Unis et, par voie de conséquence, un peu partout dans le monde.Les Améri - cains et le monde devaient payer très cher pour cet isolationnisme et cet égocentrisme national.Le danger Notre époque est évidemment bien dif férente de celle des années 1930.Il nous faut bien constater cependant une inquiétante percée d\u2019un nationalisme exacerbé.Le nationalisme en lui-même est un phénomène acceptable.Il a pu être source de bienfaits tant pour les peuples que pour l\u2019ensemble du monde dans la mesure où il a été accompagné d\u2019ouverture à l\u2019international et de respect des minorités à l\u2019intérieur.Ce ne semble pas être le cas pour le nationalisme qui a alimenté la campagne électorale de Donald Trump.Pour restaurer la grandeur du pays, le tribun qui a magnétisé les foules promettait de mettre fin à une mondialisation jugée dommageable pour l\u2019économie et les emplois.Il s\u2019engageait aussi à restreindre l\u2019immigration, à déporter massivement les immigrants illégaux, à autoriser le profilage racial.Son auditoire a toujours été composé d\u2019une forte majorité de Blancs désenchantés par la transformation démographique de leur pays.Ce sont encore des hommes blancs peu instruits et résidant hors des grandes villes qui ont contribué à la victoire de Donald Tr ump.On peut voir chez ces gens une sor te de cri désespéré face à leur pays qu i est en voie d\u2019être peuplé par une major ité de personnes qu i ne sont pas issues de la civilisation occidentale européenne.Restaurer la grandeur des États-Unis, cela semble bien signifier pour eux un retour à une période où le pays était nettement dominé par sa majorité de race blanche.Le ressentiment Le nationalisme n\u2019a jamais été aussi per vers qu\u2019au moment où il a été alimenté par le ressentiment d\u2019une majorité qui se sent lésée par ses minorités.C\u2019est ce qui se produit présentement dans de larges secteurs de la population américaine.C\u2019est à ces secteurs que l\u2019on doit la victoire de Trump.Au surplus, ce sont de fausses perceptions qu\u2019on a entretenues dans ces populations.On a fait croire aux gens que le plus grand nombre des emplois perdus l\u2019étaient soit en raison des accords internationaux, soit à cause d\u2019un trop grand nombre d\u2019immigrants.Or on a bel et bien démontré que les délocalisations d\u2019entreprises n\u2019étaient responsables que d\u2019une fraction minime des pertes d\u2019emploi.Pour la grande majorité, il s\u2019agissait plutôt de délocalisations à l\u2019intérieur du pays ou du phénomène de la robotisation.Il est aussi démontré que les immigrants ne sont que très rarement des voleurs d\u2019emplois.Quant à l\u2019envahissement des immigrants, c\u2019est toujours là où il se manifeste le mo ins qu\u2019 i l est redouté davantage.Le message de Trump n\u2019a pas été entendu dans les grandes v i l les du pays.C\u2019est donc un immense mensonge qui est à la source de la nouvelle prés idence américaine.Quelle leçon en tirer?Il est bien vrai que la campagne démocrate aurait dû prêter plus d\u2019attention au dé- sar roi de ces populations blanches peu instruites.En donnant raison à leurs inquiétudes ?Fallait-il alimenter leurs fausses perceptions ?Il fallait au contraire tâcher de mieux les informer, leur donner accès à l\u2019éducation et sans doute leur proposer des programmes de réhabilitation ou de compensation.Ce n\u2019est malheureusement pas ce que Trump et les républicains leur promettent.On parle plutôt de coupes massives de taxes, de réduction des programmes sociaux et de mettre fin à des accords commerciaux qui ont contribué à la prospérité économique du pays.Comment penser que de telles perspectives se traduiront par une amélioration du niveau de vie de ces Américains qui se sentent trahis par leurs élites ?Il semble bien, au contraire, que les électeurs de Trump ne seront pas plus heureux que toutes ces personnes qui ont été flouées par ses pratiques commerciales douteuses.Il faut donc être plus que prudent quand on cherche à tirer des leçons de cette élection pour les autres par ties du monde, notamment l\u2019Europe où d\u2019autres nationalismes ethniques se sentent ragaillardis par la victoire de Trump.Faut- il croire que moins de mondialisation, plus de restrictions à l\u2019immigration et à la protection des minorités auront raison de ces nationalismes?On peut en douter.La constatation la plus sage me paraît venir au contraire du ministre italien de l\u2019Économie et du Développement, Carlo Ca- lenda, cité par Peter Goodman dans le New York Times du 9 novembre : « Pour persuader les citoyens du bien-fondé de l\u2019internationalisation de l\u2019économie et de l\u2019innovation, il faut [pour les gouvernements] investir abondamment.Autrement, c\u2019est le populisme qui prévaudra et cela sera un désastre pour l\u2019économie.» Dans la mesure où Donald Tr ump s\u2019engage à investir massivement dans les infrastructures, il faut lui souhaiter qu\u2019il aura plus de succès qu\u2019Obama auprès du Congrès.C\u2019est pour le moment la seule bonne nouvelle de cette élection présidentielle.TRUMP ET LE REPLI IDENTITAIRE AMÉRICAIN Le grand démantèlement Un immense mensonge est à la source de la nouvelle présidence américaine Le nationalisme n\u2019a jamais été aussi pervers qu\u2019au moment où il a été alimenté par le ressentiment d\u2019une majorité qui se sent lésée par ses minorités I En rendant conditionnelle une bonne partie de l\u2019aide de dernier recours, le gouvernement libéral vise à instaurer la peur de la faim chez les nouveaux demandeurs d\u2019assistance et leurs familles P L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 LEONARD COHEN 1934-2016 B 6 Le Montréal du poète Sa ville n\u2019a jamais cessé d\u2019habiter l\u2019œuvre de Leonard Cohen, ses romans, ses poèmes, ses chansons.Court parcours en quatre lieux.T E X T E S D E S T É P H A N E B A I L L A R G E O N Une prestigieuse lignée Le rabbin Lazarus Cohen (à gauche) émigre de Wylkowyski sur la mer Baltique à Montréal au XIXe siècle.Il crée une fabrique de vêtements assez prospère.Son fils Lyon fait fructifier l\u2019entreprise Cohen & Son et en fonde quelques autres.Il prend la tête de l\u2019Association des fabricants de vêtements de Montréal.Il participe aussi à la création de plusieurs institutions phares de la communauté juive, dont la synagogue Shaar-Shamayim (ci-dessus), la première organisation sioniste canadienne, et le Jewish General Hospital.Il devient le premier président du Congrès juif canadien.Lyon a quatre enfants, dont Nathan.Vétéran de la Première Guerre mondiale, il épouse en 1927 l\u2019infirmière Masha, fille du rabbin Solomon Klinitsky-Klein, maître hassidique surnommé « le prince des grammairiens».Le couple s\u2019installe au 599 de l\u2019avenue Belmont à Westmount.En 1934, à 6 h35, naît leur second enfant, appelé Leonard Norman.L\u2019esprit et le clocher Le sectarisme est exclu de la famille Cohen.Ann, sa nounou irlandaise l\u2019emmène parfois entendre la messe catholique.« Il est impossible d\u2019échapper à l\u2019imagerie catholique à Montréal, qui est une sorte de Jérusalem ou de Qum du Nord, expliquera Leonard Cohen, une ville subtilement gouvernée par des principes religieux et moraux.Les religions organisées, c\u2019était évident pendant que j\u2019y grandissais, étaient très puissantes dans la ville.» C\u2019est dans un lieu de culte fondé par son aïeul qu\u2019il découvre la musique.En flânant dans le parc Murray-Hill, près de la maison et de la synagogue de la famille, il découvre un jeune espagnol en train de gratter sa guitare et qui accepte de lui donner des cours.Après trois leçons, l\u2019adolescent téléphone pour prendre un nouveau rendez-vous.Il apprend que son professeur s\u2019est suicidé.Il dira plus tard : «Ce sont ces six accords, ce modèle, qui ont constitué les bases de mes chansons et de toute ma musique.» Un café profond Le jeune Leonard Cohen arpente les lieux de la bohème de Montréal dans les années 1950 et 1960.Il s\u2019installe dans les petits restaurants pour contempler le monde.«De mon café profond, je scrute le paysage tranquille», avoue une de ses strophes de 1964.Il fréquente la cafétéria de la chaîne Northeastern Lunch, installée depuis 1912 à l\u2019intersection Sainte-Catherine et Saint-Timo- thée.À 20 ans, il y écrit en anglais un poème au titre français (Les vieux) où il décrit des «hommes publics» qui «se murmurent des chansons confidentielles».L\u2019enseigne de la façade du Northeastern Lunch a été redécouverte après un incendie en 2015.Plusieurs suggestions se font maintenant entendre pour commémorer la mémoire du poète.Certains souhaitent que la place des Festivals prenne son nom.D\u2019autres citent la rue Marie-Anne, le parc du Portugal ou la bibliothèque de Westmount.La mémoire vive Suzanne Verdal accompagnait Armand Vaillancourt dans une soirée dansante sur des airs de jazz quand le sculpteur a présenté la jeune femme au poète.Après la séparation du couple, Suzanne vivait dans le Vieux- Montréal, avec sa fille Julie, dans un appartement (ci-contre, à gauche) déglingué, avec vue sur le fleuve.Leonard Cohen la visitait à l\u2019été 1965 et en a tiré la fameuse chanson Suzanne : «And she feeds you tea and oranges / That come all the way from China».Le véritable sujet de la chanson demeure le plus vieux quartier de la ville et son ambiance portuaire.«Cette chanson est presque un reportage, c\u2019est l\u2019évocation précise de ce qui s\u2019est exactement passé.» Lui-même s\u2019est ensuite installé près du boulevard Saint-Laurent, en face de ce qui allait devenir le parc du Portugal.Armand Vaillancourt (à droite) est passé s\u2019y recueillir vendredi comme bien d\u2019autres Montréalais depuis l\u2019annonce de la mort du poète chansonnier.JACQUES GRENIER LE DEVOIR JACQUES GRENIER LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR JACQUES NADEAU LE DEVOIR "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.