Le devoir, 12 novembre 2016, Cahier E
[" La famille PME dans la mire des Éternels Pigistes Page E 3 S\u2019imprégner de l\u2019esprit des lieux à Toronto Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 F R A N Ç O I S L É V E S Q U E H illary Clinton ne sera finalement pas devenue la première présidente américaine.Qu\u2019à cela ne tienne, car plus près de nous, la cinéaste Chloé Robichaud a imaginé une contrée dont la plus haute fonction est occupée non par un, mais par une élue.C\u2019est la comédienne Ma- cha Grenon qui lui prête ses traits dans le film Pays, à l\u2019affiche le 18 novembre.Besco, le pays inventé du titre, est une île au riche sous-sol jouxtant le Canada, à l\u2019est.On y suit les destins croisés de trois femmes : Danielle (Macha Grenon), la présidente, Félixe (Nathalie Doummar), une jeune députée invitée à prendre part à une délégation canadienne, et Émilie (Emily Vancamp), une médiatrice chargée de faire débloquer des négociations entourant le renouvellement d\u2019un partenariat financier lié à l\u2019exploitation minière.Se retrousser les manches C\u2019est à Fobo, au large de Terre-Neuve, que Chloé Robichaud (Sarah préfère la course) a trouvé le panorama propice à incarner sa vision.« Je repense à Fanny [Laure-Malo, la productrice], qui nous a amenés là-bas au mois de novembre, se souvient Macha Grenon, comme si elle peinait à y croire, a posteriori.On est arrivés dans la queue d\u2019un ouragan.C\u2019est chaque fois difficile de tourner un film, car ça nécessite la participation de tellement de collaborateurs.Avec Pays, les conditions extrêmes additionnelles ont provoqué une sorte de retroussage de manches collectif ; tout le monde était là pour le film de Chloé.À la fin, on ne voulait plus partir.» Or, si la comédienne évoque une expérience marquante, elle ne l\u2019impute pas uniquement à la solidarité provoquée par l\u2019éloignement et les rigueurs du climat.Hors du plateau, en effet, une complicité s\u2019est développée avec ses deux partenaires principales.«Chloé a eu l\u2019intelligence et la sensibilité de choisir trois actrices susceptibles de bien s\u2019entendre.Et c\u2019est ce qui est arrivé.J\u2019ai vécu ce même phénomène sur la série Nouvelle adresse.À un moment, le courant se met à passer, très fort, et ça, ça sert tellement la création! La connivence qui s\u2019est manifestée dans la vraie vie, c\u2019était, ceci dit, un enjeu qui se trouvait aussi dans le scénario de Chloé.Il y avait cet aspect-là où trois univers, pour ne pas dire trois solitudes, se côtoient.Et sous ça, il y a cette expérience commune, cette humanité de femmes qui voudraient que les portes s\u2019ouvrent.» ENTREVUE Madame la présidente Macha Grenon raconte les femmes de pouvoir au cœur du film Pays L\u2019Opéra de Montréal af fiche à compter de ce samedi Don Giovanni, le célèbre opéra de Mozart, et en confie la direction à Jordan de Souza, 28 ans, l\u2019étoile montante la plus brillante parmi les musiciens canadiens.Rencontre au zénith.C H R I S T O P H E H U S S R éaliser une entrevue avec Jordan de Souza, c\u2019est comme entrer au cinéma pour voir un péplum : ça fuse de toutes parts ! Le Cecil B.DeMille de l\u2019entrevue est un torrent verbal, principalement en français, tantôt aussi en anglais, avec des phrases qui lui échappent épisodiquement en allemand.Jordan de Souza balaie en une minute les questions fondamentales de la place de Mozart dans la musique, de la différence de ses trois opéras conçus sur des livrets de Da Ponte, en passant par quelques considérations bien senties sur Wagner.Bref, vous pensiez avoir tout vu avec le bouillonnement de Yannick Nézet-Séguin ?Attachez vos tuques, parce que Jordan de Souza, c\u2019est la même ébullition, avec une bouilloire branchée sur une centrale électrique au complet.Jordan de Souza est arrivé à Montréal il y a dix ans pour se former à la musique, avouant lui-même qu\u2019il ne connaissait rien à l\u2019opéra, discipline avec laquelle il s\u2019est familiarisé à McGill.Il vient d\u2019être nommé Kapellmeister (littéralement : maître de chapelle ; en pratique, « chef ») de l\u2019Orchestre de l\u2019Opéra comique de Berlin, quelques mois après y avoir obtenu le poste de Studienleiter (directeur des études musicales).« Je serai Kapellmeis- ter à partir de la saison prochaine pour deux ans avec possibilité de renouvellement.Je dirigerai environ 50 représentations dans une saison, soit six ou sept opéras différents.» C\u2019est à cette école que furent formés les grands chefs du passé, de Furtwängler à Kara- jan, en passant par Böhm, Solti et bien d\u2019autres.«Diriger 50 opéras dans la fosse, c\u2019est la meilleure éducation possible; c\u2019est ce dont j\u2019ai besoin en ce moment», dit le chef en entrevue au Devoir.Et comme, à l\u2019Opéra comique de Berlin, le directeur général de la musique, Henrik Ná- nási, achève son mandat sans successeur, Jordan de Souza se verra même confier l\u2019ou- ver ture de saison 2017-2018, un nouveau spectacle de Barrie Kosky, nommé metteur en scène de l\u2019année 2015-2016 en Allemagne.« Mes parents sont venus de l\u2019Inde.D\u2019abord à Montréal dans les années 1970, où mes trois premiers frères sont nés.La famille a déménagé à Toronto dans les années 1980.J\u2019étais un parmi huit enfants.Nous étions trois par chambre.Alors, quand je suis revenu à 17- 18 ans pour étudier à McGill, je me suis senti chez moi ici.Pas seulement très à l\u2019aise.Mais chez moi.À Montréal, j\u2019ai trouvé qui j\u2019étais ! » Le choriste de St Michael\u2019s à Toronto était venu initialement pour étudier l\u2019orgue avec John Grew.«À Toronto, mon univers, c\u2019était la musique d\u2019orgue et la musique chorale.C\u2019était ma vie, je n\u2019avais connu que cela.Mon rêve était de devenir musicien d\u2019église.J\u2019adorais l\u2019improvisation, parce que l\u2019improvisation, pour un organiste, c\u2019est naturel, et que l\u2019orgue est une sorte d\u2019orchestre pour un seul musicien.» Parcours fulgurant À Montréal, Jordan de Souza rencontre John Grew, mais aussi Julian Wachner, Michael McMahon, Christopher Jackson et Yuli Tu- rovsky, qui l\u2019engage pour diriger I Musici dans le Requiem de Mozart.C\u2019est qu\u2019il s\u2019est vite fait JORDAN DE SOUZA, le monsieur 100 000 volts du classique Rencontre avec le chef canadien, qui dirige pour la première fois à l\u2019Opéra de Montréal PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Diriger 50 opéras dans la fosse, c\u2019est la meilleure éducation possible ; c\u2019est ce dont j\u2019ai besoin en ce moment», indique le chef Jordan de Souza.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Macha Grenon offre une composition qui provoque une réponse à la fois émotionnelle et intellectuelle.VOIR PAGE E 4 : SOUZA VOIR PAGE E 9 : PRÉSIDENTE I l y a plusieurs années, lors d\u2019une exposition sur les peintres de Charlevoix, mon œil avait été frappé par une photo placée à côté d\u2019une toile.Signée William Notman, elle représentait un quai de Charlevoix à la fin du XIXe siècle, avec la rangée de maisons derrière la plage.Une d\u2019entre elles appartenait à ma mère, résidence d\u2019été familiale.Et sur la photo, on pouvait constater que l\u2019habitation voisine d\u2019origine était constituée \u2014 avec ligne nette de démarcation \u2014 de deux petites maisons canadiennes accoudées.Sur les traits des jeunes villageois à plein quai de bois, je croyais reconnaître ceux de leurs descendants sous les casquettes.Courant aux archives Not- man, j \u2019avais supplié qu\u2019on m\u2019en vende une copie, dérogeant aux habitudes de la maison.Mais l\u2019insistance, le désir ardent\u2026 Ils avaient cédé, tirant un nouvel exemplaire à partir du négatif original.Et de rapporter triomphalement mon butin à Québec, puis dans la maison de Saint-Joseph-de-la-Rive, où la photo de Notman fit longtemps sensation.Le nom du photographe m\u2019était dès lors devenu à la fois familier et un peu sacré, assez pour traquer son œil et sa signature dans les livres ou sur les cimaises.Aussi, quand l\u2019exposition Notman, photographe visionnaire a démarré la semaine dernière au Musée McCord, j\u2019y ai accouru.« La première rétrospective consacrée au plus important photographe canadien du XIXe siècle, de renommée internationale », annonçait-on.Rien de moins.Elle se sera fait attendre, faut dire.Dès l\u2019entrée, un montage d\u2019édifices et de maisons montréalaises, banques, places, rues, tramways, semble ressusciter le passé de la métropole en trois dimensions.Les visiteurs aiment ça.Ça fascine de regarder des lieux en leur gloire passée et les têtes parfois saugrenues, parfois étonnamment contemporaines, des anciens.Une photo célèbre, dont j\u2019ignorais l\u2019auteur, m\u2019a fait sursauter.Vous savez, celle de Sitting Bull au terrible regard qui a tout vu, tout souffert, et qui mijote sa vengeance.Le chef sioux faisait, me dit-on, escale à Montréal en 1885 avec le Wild West Show de Buf falo Bill.Faute de matériel promotionnel, la troupe s\u2019était arrêtée pour le plein d\u2019images chez Notman.Ses clichés ont fait florès.La conservatrice de l\u2019expo et des archives Notman, Hélène Samson, était sur place, m\u2019accompagnant au long de la visite, précieux appui.Elle avait passé deux ou trois ans à monter la rétrospective, synthèse de l\u2019œuvre, mais explora toute une décennie les 450 000 clichés de la collection.Un beau, gros et instructif album accompagne le tout.La modernité d\u2019avant-hier W il l iam Notman, né en Écosse en 1826, avait déménagé ses pénates à Montréal avec épouse et enfants , à trente ans sonnés.« Visionnaire pour l \u2019époque, ayant étudié aux beaux-ar ts dans son jeune temps, il se considérait comme un ar tiste », explique Hélène Samson.À l\u2019instar de son homologue français Nadar, Notman estimait qu\u2019un bon photographe doit se doubler d\u2019un psychologue qui détend ses modèles, capte le moment précis où ils se livrent.De fait, ses photos vivent et respirent.Ses deux fils avaient de qui tenir, et le studio familial roula jusqu\u2019en 1935, bien après la mor t du fondateur en 1891.Ce qui frappe chez Notman?Sa modernité.Artiste, soit, mais on y rencontre aussi un homme d\u2019affaires attelé à sa publicité et à son réseautage, qui multipliait les franchises (26 studios en 1872, dont 19 aux États-Unis) et imposa sa PME à feu roulant dans une métropole en mutation.L\u2019évolution de la technique l\u2019aura servi, grâce aux négatifs sur plaques de verre permettant de multiplier les tirages.Qui dit modernité dit poly- valence.Notman a travaillé en stéréoscopie, a créé des composites très pompiers \u2014 collages de photos sur fond de japonaiseries, de chasses à courre, etc.\u2014, offrait des photos peintes par des artistes.Il illustra des livres, photographia des œuvres d\u2019ar t pour l\u2019éducation collective, réalisa des gros plans artistiques du nouveau pont Victoria, versa dans le produit dérivé : cartes à jouer, assiettes, cartes postales, alouette ! «Il faisait du Photoshop avant la lettre, précise Hélène Samson, ajoutait des points dans l\u2019œil pour le faire briller, blanchissait les dents», etc.Rien de nouveau sous le soleil, donc.Notman planta sa caméra dehors afin d\u2019immortaliser les beautés naturelles et architecturales d\u2019un océan à l\u2019autre.Une salle se consacre aux extérieurs (anses à bois, camps de bûcherons, réser ves indiennes, etc.), certains exceptionnels.Ça vaut vraiment le coup d\u2019œil.Modernes ou pas, les photographes du temps marchaient sur les traces des anciens peintres de cour.Au studio Not- man se faisaient surtout tirer le portrait les notables mont- réalais de la politique, de la finance, des communications, de la culture, anglophones surtout, francophones parfois, autochtones plus rarement.Il faut voir le brasseur Herbert Molson déguisé en François Ier et son épouse en Marguerite de Valois prendre la pose avant un bal costumé au château Ramezay.Le who\u2019s who du temps.Plus quelques anonymes pour la bonne bouche.Rigolotes autant qu\u2019absurdes, ces photos de studio sur fond de toiles peintes et de mobilier maison.Les nantis du Golden Square Miles semblent y faire de la luge ou de la raquette devant des paysages enneigés, prendre le thé dans des salons victoriens ou se bercer sur des hamacs tendus par deux bouleaux.Ah ! Ah ! L\u2019expo se poursuit jusqu\u2019au 26 mars, grand apport du Musée McCord aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal.N\u2019empêche ! elle aurait mérité de rouler au moins jusqu\u2019à la fin de l\u2019été, saison qui accueillera la plupart des visiteurs pour les festivités.Et faute d\u2019un Musée McCord disponible après la fin de mars, on lui souhaite de crécher ailleurs.La métropole n\u2019aura pas tant de manifestations historiques d\u2019envergure à se mettre sous la dent\u2026 Et celle-là, qui nous propulse en plein passé, vaudrait bien son lot de projecteurs tout au long de 2017.otremblay@ledevoir.com P H O T O G R A P H I E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 2 Grands partenaires Du 7 novembre au 2 décembre 2016 Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous Le Joker Texte Larry Tremblay Mise en scène Eric Jean Avec Louise Cardinal, Marilyn Castonguay, Normand Daneau, Pascale Montpetit, André Robillard Assistance à la mise en scène Chloé Ekker Décor Pierre-Étienne Locas Costumes Cynthia St-Gelais Lumière Martin Sirois Maquillages et coiffures Florence Cornet Musique originale Laurier Rajotte Régie et assistance sonore Guy Fortin Théâtre de Quat\u2019Sous 100 avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com Les noctambules Jeudi 17 novembre Après la représentation Discussion avec le public animée par Caroline Lavoie.L\u2019heure du conte Dimanche 20 novembre à 15h Pendant la représentation Activité gratuite pour les enfants des spectateurs avec Caroline Lavigne.Réservation requise.Partenaire famille © S t é p h a n e B o u r g e o i s 1395, boul.de la Concorde Ouest www.maisondesarts.laval.ca MAISON DES ARTS DE LAVAL Maison des arts de Laval Métro Montmorency RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX 450 662-4440 BILLETTERIE 450 667-2040 17 NOV à 20 h NORGE Théâtre Humain et Théâtre du Tridentanse Une quête identitaire lumineuse qui prend racine en Norvège, aux États-Unis et au Québec.TEXTE ET MISE EN SCÈNE Kevin McCoy INTERPRÈTES Esther Charron, Kevin McCoy Théâtre Voyage dans le temps chez Notman ODILE TREMBLAY ©MUSÉE MCCORD À gauche : A.H.Buxton, Montréal, 1887.À droite : piles de bois d\u2019œuvre, Ottawa, ON., 1872. T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 3 CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES: ULYSSE DEL DRAGO DESIGN: GAUTHIER PARTENAIRES DE SAISON A L E X A N D R E C A D I E U X U ne tragédie grecque dans le Vieux-Cham- bly?Vraiment?C\u2019est le pari de Marie Char- lebois, qui fait son entrée au Théâtre du Nouveau Monde à titre de metteure en scène en montant Pourquoi tu pleures\u2026?, nouveau texte de son vieux pote Christian Bégin.Membres des Éternels Pigistes depuis la formation de cette troupe il y a 20 ans, ils fouleront ensemble les planches avec leurs compères Pier Paquette et Isabelle Vincent.Se joignent à eux deux invités de marque : Sophie Clément et Pier re Curzi, en parents d\u2019un clan dysfonctionnel, entre baby- boom et génération X.«Ces personnages-là, je les appelle ma famille PME, ils vivent dans leur propre quartier DIX30, un environnement de faux gazons, de fausses briques\u2026», dit Charlebois en rigolant.Les Bé- rubé sont réunis dans le jardin du fils aîné, autour du sacro- saint barbecue, pour le dépouillement des dernières volontés du paternel.Entre le timoré, le cynique, l\u2019ambitieuse et missionnaire dans l\u2019âme, le ton monte facilement, les langues sont vénéneuses.« On est au dépar t dans le drame psychologique et familial à l\u2019humour caustique.Mais je veux surtout insister sur le portrait que ça renvoie de nous comme société, sur les aspects politiques du texte de Christian.» Seuls ensemble Pier re Curzi incar nera Yvon Bérubé, le père récemment disparu, ancien magnat de l\u2019asphalte dont le fantôme resurgit, à cheval entre deux temporali tés.Pur produit d\u2019un imaginaire national post-commission Charbon- neau, il a aussi oscillé entre divers paliers de moralité\u2026 « Son argument, pour se justifier devant ses enfants, c\u2019est : \u201cJ\u2019ai fait ça pour votre bien.\u201d C\u2019est une parole qu\u2019on a tellement entendue, à laquelle on ne croit plus du tout.» Malgré les protestations enjouées de celle qui le dirige comme acteur, il prétend que Sophie Clément, en mère qui préfère ne rien voir, et lui-même se sont vu of frir les mauvais rôles dans cette histoire.« On l\u2019assume : nous sommes de cette génération qui est arrivée au monde en prônant un certain rejet, une révolte, des valeurs de liber té et de communautarisme, puis qui a intégré les institutions et qui laissera bientôt un héritage qu\u2019on peut drôlement remettre en question\u2026 », reconnaît l\u2019acteur âgé de 70 ans.Jeune artiste engagé et défenseur de la création en collectif, Pierre Curzi l\u2019a été, notamment au sein du Grand Cirque ordinaire.Invité à comparer Les Éter nels Pigistes à la célèbre troupe où il rejoignit en 1973 Raymond Cloutier, Paule Baillargeon et consor ts, l\u2019acteur fait d\u2019importantes nuances : « On travaillait sans metteur en scène, sur tout grâce à l\u2019improvisation, et on est allés assez loin là-dedans.Ce qui nous manquait, et que je sens à l\u2019œuvre chez Les Éternels Pigistes, c\u2019est la maturité : le Grand Cirque, ce n\u2019était pas heureux, la création était douloureuse.Les rapports entre nous se sont effrités avec le temps, on est allés vers des carrières individuelles et, en ce sens, nous avons suivi le chemin de toute notre génération.» Jamais les Bérubé ne font face à la musique, sans cesse ils ripostent.Devant la critique intrafamiliale, les «On sait ben, toi\u2026 » et les « T\u2019es qui pour me dire ça?» abondent, étouffant toute possibilité de débat.Une stérilité toute parlementaire, non ?« On piétine drôlement, notamment au Québec, pour cette raison-là.On n\u2019arrive jamais à vider une question, à l\u2019envisager au-delà des points de vue partisans, patronaux, syndicaux.On se désengage par rapport au réel », dit celui qui siégea comme député de Borduas de 2007 à 2012, d\u2019abord sous les couleurs du Parti québécois, puis à titre indépendant.Impuissance et banalité Marie Charlebois souligne une autre cause de ce désengagement chez le citoyen lambda: le fort sentiment d\u2019impuissance devant l\u2019état du monde.«Je suis revenue de la plus récente exposition World Press Photo complètement anesthésiée: tellement de souffrance, de violence, d\u2019enfants qui meurent dans les bras de leurs parents\u2026 Qu\u2019est-ce que je peux faire?On s\u2019engourdit pour se protéger.» La metteure en scène évoque à plusieurs reprises la thèse de la philosophe Hannah Arendt sur la banalité du mal, développée en assistant au procès de l\u2019ancien fonctionnaire nazi Adolf Eichmann: «On finit par se dire : \u201cC\u2019est comme ça, je n\u2019y peux rien.Tant pis\u2026\u201d» On en revient à cette décision de descendre dans l\u2019arène politique dans l\u2019espoir de transformer le monde.La joute y est sournoise, épuisante, chacun y paye son dû, tous partis confondus, comme le reconnaît Pierre Curzi : «Quand j\u2019ai quitté la politique, l\u2019une de mes observations, c\u2019était que, si je restais là, j\u2019acceptais cet état de fait, ce vieillissement accéléré dont nous parlons.Être allé au bout de ce que je pensais, sentais, voulais exprimer, j\u2019y aurais laissé ma peau, j\u2019y aurais laissé ma famille.Ça m\u2019a freiné.C\u2019est devenu clair pour moi que c\u2019était le prix à payer.Je ne dis pas qu\u2019il ne faut pas le payer: un premier ministre ne peut pas accéder à ce poste s\u2019il n\u2019a pas, dans une certaine mesure, accepté ça», dit-il en évoquant aussi bien René Lévesque que Jean Charest.Reste le théâtre, l\u2019art, la culture.Est-ce suf fisant ?« Tu touches des gens qui ont besoin de sentir le même phénomène qui nous habite, nous, quand on crée, ce trouble, cette interrogation constante.Ces gens-là sont vivants, ils agissent dans la société ; on peut créer une vague qui va avoir des conséquences peut-être minimes, mais tout de même plus larges que sur les seuls spectateurs qui viennent au théâtre», pense l\u2019acteur.Marie Charlebois ajoute quant à elle que Les Éternels Pigistes ont toujours cherché, du Rire de la mer à Pis\u2026?! en passant par Quelques humains, à proposer un théâtre humaniste, populaire, entre comique et tragique.« Je pense qu\u2019on touche les gens, qu\u2019ils se reconnaissent, qu\u2019ils se sentent interpellés.Je pense qu\u2019on réussit ça, et ça demeure, comme metteure en scène, mon souci premier.» Collaborateur Le Devoir POURQUOI TU PLEURES\u2026 ?Texte : Christian Bégin.Mise en scène : Marie Charlebois.Une production du Théâtre du Nouveau Monde, en collaboration avec Les Éternels Pigistes, présentée du 15 novembre au 10 décembre.La famille PME Les Éternels Pigistes dissèquent un clan aux allures de société québécoise au TNM PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019acteur Pierre Curzi fait partie de la distribution de la pièce Pourquoi tu pleures\u2026?, mise en scène par Marie Charlebois.Au Québec [.], on n\u2019arrive jamais à vider une question, à l\u2019envisager au-delà des points de vue partisans, patronaux, syndicaux.On se désengage par rapport au réel.Pierre Curzi « » remarquer en dirigeant le chœur de St.Andrew & St.Paul.«Tout le monde me disait : \u201cSi tu diriges trop de chœurs, tu ne dirigeras jamais d\u2019opéra.\u201d Maintenant, on me dit : \u201cSois prudent.Si tu fais trop d\u2019opéras, on ne te laissera pas diriger de symphonies ! Et si tu diriges du ballet, tu n\u2019auras pas de carrière du tout !\u201d Mais j\u2019ai toujours dit que j\u2019apprenais tellement de la musique chorale, des choses qui m\u2019aident dans l\u2019opéra, et l\u2019opéra m\u2019est utile pour le réper toire symphonique.» Évidemment, il n\u2019a pas dit non lorsque le National Ballet de Toronto lui a proposé un spectacle ! Jordan de Souza est aussi organiste, claveciniste, piano- for tiste et pianiste à ses heures.À McGill, il s\u2019est lié d\u2019amitié avec le bar yton- basse Philippe Sly.Ensemble, ils préparent le Voyage d\u2019hiver de Schubert.Et fort sérieusement : « Nous avons étudié en Autriche avec la basse Robert Holl et le pianiste Helmut Deutsch, qui a accompagné plus de cent fois Hermann Prey dans Winterreise.J\u2019aime apprendre de ces maîtres.» En direction, ses mentors sont Alexis Hauser à McGill, Raffi Armenian au Conservatoire et Timothy Vernon.« Ce n\u2019est pas un hasard que la plupart des musiciens canadiens qui font une carrière internationale viennent du Québec, dit Jordan de Souza, admiratif de nos écoles.Mes trois professeurs sont trois musiciens très dif férents, mais tous adorent le travail avec la partition.Nous ne parlions pas beaucoup de technique, nous parlions de partitions.» Et d\u2019ajouter : « Je n\u2019ai aucune nervosité, aucune crainte, car je crois dans le travail avec la partition et j\u2019ai appris non seulement à diriger la musique, mais aussi à diriger des musiciens.C\u2019est Yannick Nézet-Sé- guin, le maître de cette idée, de cette attitude.» Jordan de Souza est un chef ouver t à toute suggestion : « Changer d\u2019avis n\u2019est pas une mauvaise chose.C\u2019est même magnifique.» Tenter des choses À ce titre, Jordan de Souza aime travailler à Montréal.« Ici, dans Mozart, on peut tenter des choses bien plus qu\u2019à Vienne, où quelqu\u2019un va dire : \u201cOn n\u2019a jamais fait ça, Richard Strauss ne faisait pas cela, donc on ne le fera pas.\u201d Ici, il n\u2019y a pas de tradition sclérosante.» « J\u2019ai dirigé les Passions de Bach à St.Andrew et St.Paul.Quand on a dirigé cela, on peut diriger Don Giovanni.Saint Matthieu et Don Giovanni : c\u2019est pour chacun des compositeurs le même niveau d\u2019intensité dramatique et de rhétorique.» Car « Bach et Mozar t ont porté la langue musicale existante à son apogée, alors que Wagner a dû créer une nouvelle forme pour être à l\u2019aise dans l\u2019opéra ».Jordan de Souza trouve dans Don Giovanni « des moments sinistres et des couleurs sombres qui n\u2019existent pas ailleurs chez Mozart ».«Dans Cosi fan tutte, l\u2019orchestre de Mozart commente et juge les personnages.Jamais dans Don Giovanni.Mozart ne juge pas le caractère, la moralité ou l\u2019immoralité.» Jordan de Souza est à l\u2019affût de tous les détails pour « faire vivre l\u2019orchestre et les chanteurs dans cette pensée ».Même s\u2019il voue un culte à Bach et à Mozart, le chef fustige en cette matière l\u2019excès de respect qui empêche de faire bouger les lignes.En tout cas, s\u2019il dirige comme il parle, on ne risque pas de s\u2019ennuyer! Le Devoir DON GIOVANNI Opéra de Mozart.Avec Gordon Bintner (Don Giovanni), Daniel Okulitch (Leporello), Emily Dorn (Donna Anna), Jean-Michel Richer (Don Ottavio), Layla Claire (Donna Elvira), Alain Coulombe (Commandeur), Stephen Hegedus (Mazetto), Hélène Guilmette (Zerlina).Chœur de l\u2019Opéra de Montréal, Orchestre métropolitain, Jordan de Souza.Salle Wilfrid-Pelletier, les 12, 15, 17 et 19 novembre 2016 à 19 h 30.Billets : 514 842-2112.S C È N E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 4 SUITE DE LA PAGE E 1 SOUZA « Ici, dans Mozart, on peut tenter des choses bien plus qu\u2019à Vienne [.].Ici, il n\u2019y a pas de tradition sclérosante.» M A R I E F R A D E T T E A u Québec, le théâtre jeunesse se constitue petit à petit un réper toire.Rémi Boucher, le grand manitou du festival des Coups de théâtre, qui prend son élan ce samedi, parle d\u2019une création axée sur le « ici et maintenant » qui n\u2019a de cesse de se bonifier et de se diversifier.« Les tendances actuelles, je crois, sont liées à ce que les jeunes vivent actuellement.Autant chez les ados que chez les jeunes enfants.On a développé un théâtre de proximité.» Ce bouillonnement se sent aussi à l\u2019étranger, note le spécialiste belge Émile Lansman, qui est l\u2019un des invités du festival.« La grande richesse dans le monde francophone est justement la variété des formes et des contenus, mais aussi des publics cibles.Aujourd\u2019hui, on couvre des tranches d\u2019âge allant de 0 à 18 ans avec des productions qui prennent les jeunes au sérieux et n\u2019ont rien à envier à celles destinées aux adultes\u2026 si ce n\u2019est sur le plan budgétaire » , note M.Lans- man, pour qui parler du théâtre jeunesse comme d\u2019une entité monolithique reste délicat tant l\u2019éclatement est grand sur les scènes.Cette effervescence n\u2019est toutefois pas pour autant libre de contraintes.Alors que pendant longtemps tout semblait pouvoir être raconté aux jeunes, Émile Lansman «constate une courbe rentrante dans l\u2019audace, surtout en Europe.Elle semble davantage due aux diffuseurs qui doivent faire front aux \u201créticences\u201d plus ou moins explicites des élus, des enseignants, des parents».Les créateurs ont beau continuer à aborder des thèmes comme la mort, la sexualité, la violence, les injustices, « si les programmateurs se montrent frileux, la sanction économique tombera rapidement», ajoute-t-il.Au Québec, ce refroidissement se sent aussi, remarque Rémi Boucher .« Il y a des gens qui se laissent influencer par ça.Comme il n\u2019y a pas vraiment d\u2019encouragement de la par t des gouvernements pour aider les circuits de tournées, ça peut jouer.Mais je pense qu\u2019à peu près tout peut être encore abordé.» Il se remémore toutefois une pièce créée dans les années 1980 par le Théâtre de Car ton intitulée Les enfants n\u2019ont pas sexe ?.« Il y a eu très peu de gens des écoles qui ont été of fusqués.Mais si ce spectacle était repris aujourd\u2019hui, je ne suis pas cer tain que ça passerait.» Dialogue autour du théâtre Sans parler de tabous, Boucher se questionne sur la mise en scène d\u2019une telle intimité aujourd\u2019hui.« On va parler de la mort, des relations familiales diverses, mais la sexualité au théâtre jeune public, on l\u2019a abordée la dernière fois avec le Théâtre de Carton.» Si les Coups de théâtre attirent de plus en plus de gens chaque année, Boucher ne cache pas non plus la dif fi- culté croissante de rejoindre les écoles.« Il y a 20 ans, on avait leur appui.Là, pour remplir les salles, c\u2019est rendu la croix et la bannière.Les profs qui nous sont f idèles prennent le risque de se faire taper sur les doigts par les syndicats.Le contexte social, économique \u2014 et j\u2019ajouterais, à Montréal, le contexte des rues [rires] \u2014, tout ça est maintenant perçu comme des embûches.C\u2019est en ayant un programme scolaire très for t et c\u2019est à travers l \u2019école qu\u2019on peut rejoindre tout le monde.» Des «résistants» La rencontre qu\u2019animera Émile Lansman le 20 novembre por tera justement sur cette urgence de réunir l\u2019école, la culture et l\u2019État dans un mouvement commun.« Je suis persuadé qu\u2019il est indispensable que l\u2019école et le milieu culturel [donc artistique] amorcent un nouveau dialogue.Et que cela ne peut se passer qu\u2019avec l\u2019appui actif des élus.» Il faut se retrouver autour d\u2019une table, s\u2019écouter, partager, comprendre les projets de chacun et reconstr uire des stratégies communes pour of frir aux jeunes une solut ion de rechange à la pensée unique conditionnée par des intérêts qui n \u2019ont rien à voir avec le bonheur de l \u2019humanité, poursuit le spécialiste.« Alors, oui, nous sommes des résis tants et chaque rencontre de ce type est un petit pas en avant dans un combat qui n\u2019est pas gagné d\u2019avance.» Collaboratrice Le Devoir THÉÂTRE JEUNESSE Petit répertoire devenu grand Les 14es Coups de théâtre s\u2019ouvrent sur un milieu bouillonnant à protéger C\u2019est demain que débutera à Montréal la 14e édition des Coups de théâtre.Quelque douze spectacles sont prévus, des pièces d\u2019ici, mais aussi de la Norvège, de la Belgique, ainsi que des événements spéciaux, notamment une table ronde sur la critique en théâtre jeunesse organisée par la revue Jeu, sans compter une rencontre animée par le spécialiste Émile Lansman.Toutes les infos à www.coupsdetheatre.com.Huit jours pour plonger YVES RENAUD Gordon Bintner dans la peau de Don Giovanni MARIE-ANNICK GEFFROY Au nombre des pièces à attraper aux Coups : Edgar Paillettes d\u2019après un texte de Simon Boulerice C I R Q U E D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 5 PHOTOS MALIN GRONBERG Les têtes pensantes de Tentacle Tribe ont invité le peintre Gene Pendon, dont les traits projetés envahissent l\u2019espace comme la danse.C A R O L I N E M O N T P E T I T Gypsy Snider n\u2019avait pas dormi de la nuit, mercredi, lors de notre rencontre à la Tohu, en prévision du spectacle Réversible, de la troupe de cirque Les 7 doigts, qui prend l\u2019affiche le 16 novembre à Montréal.Originaire de San Francisco, elle était encore secouée par les résultats de l\u2019élection américaine de la veille.Même si elle a quitté les États-Unis pour le Québec il y a longtemps, cette cofonda- trice des 7 doigts continue de voter aux élections américaines et a même mis sur pied une association qui aide les ar tistes de cirque américains à voter même lorsqu\u2019ils sont en tournée.Sur la scène de la Tohu, en pleine répétition, deux jeunes femmes s\u2019enroulent dans un tissu au milieu d\u2019un décor intérieur de maison, sur une musique aux accents jazzés.Le spectacle Réversible est un peu une réponse au fatalisme ambiant, qui parle constamment de situations « irréversibles », en particulier en ce qui a trait aux changements climatiques.Le concept s\u2019adapte d\u2019ailleurs à merveille au monde du cirque, où les artistes vivent fréquemment la tête en bas.Parents inspirants Gypsy Snider a patiemment attendu que certains artistes obtiennent leur diplôme de l\u2019École nationale du cirque pour les intégrer au spectacle.Elle parle entre autres d\u2019une jeune jongleuse, Natasha Patterson, qu\u2019elle a connue alors qu\u2019elle avait cinq ans, à San Francisco.Les parents de Gypsy Snider ont fondé le Pickle Family Circus, de San Francisco, qui a révolutionné le monde du cirque américain.« Mes parents s\u2019étaient rencontrés au San Francisco Mime Troup, qui faisait du théâtre politique», poursuit Gypsy Snider.Né à la belle époque de la contre-culture, « le Pickle Family Circus était féministe et même un peu communiste».La mère de Gypsy, Peggy Snider, était jongleuse.« Il y a peu de femmes jongleuses », dit Gypsy, qui a elle-même pratiqué cette discipline.Réversible met en scène des espaces restreints, comme les pièces intérieures d\u2019une maison, mais propose aux artistes de s\u2019élever au-dessus de ces murs et de voir plus loin.Peggy Snider insiste par ailleurs pour que les artistes aillent chercher l\u2019attention du public, en tentant de le comprendre, encore plus qu\u2019en tentant de l\u2019impressionner.Être à l\u2019écoute Cette attitude se reflète aussi dans l\u2019analyse qu\u2019elle fait de l\u2019élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.« Il faut écouter » ce que les gens qui l\u2019ont élu ont à dire, pour les rejoindre, dit-elle.Le pouvoir ne peut pas s\u2019asseoir sur la satisfaction d\u2019une élite convenue et coupée de la base.En cours de création du spectacle, Snider a demandé aux artistes de retracer des événements survenus dans la vie de leurs grands-parents qui ont marqué leur vie pour toujours.Le spectacle est d\u2019ailleurs basé sur chacune de ces histoires.Depuis mardi soir, Gypsy Snider a reçu plusieurs messages d\u2019amis américains qui expriment le souhait de quitter leur pays.Elle leur répond que ce n\u2019est pas la solution, même si c\u2019est le chemin qu\u2019elle a elle-même pris dès qu\u2019elle a atteint sa majorité.Installée à Saint-Henri depuis des années, elle apprécie l\u2019assurance-maladie québécoise qui lui a permis de soigner un cancer et le fait que tous les enfants de son quar tier, immigrants ou non, peuvent fréquenter une école convenable.Le Devoir RÉVERSIBLE À la Tohu du 16 novembre au 30 décembre Et si les catastrophes étaient réversibles ?Les 7 doigts jettent un regard optimiste sur le monde ALEXANDRE GALLIEZ Réversible est un peu une réponse au fatalisme ambiant.C A T H E R I N E L A L O N D E « O n n\u2019a pas besoin de comprendre pour s e n t i r , mais on a besoin de sentir pour comprendre.» Cette pensée, presque une prière, a accompagné les danseurs Em- manuelle Lê Phan et Elon Hö- glund dans leur nouvelle création, où ils s\u2019entourent de mandalas et de symboles.Car pour Fractals of You, les deux têtes pensantes de Tentacle Tribe ont invité le peintre Gene Pendon, dont les traits projetés viendront envahir l\u2019espace comme la danse.Un écrin scénographique plus complexe pour la troisième chorégraphie de ce duo, qui se veut une invitation au voyage intérieur, un appel au spirituel et à la voie vers soi.Si Fractals of You parle des infinies perceptions différentes et possibles, la pièce a surtout l\u2019ambition « d\u2019explorer le subconscient et le superconscient \u2014 l\u2019esprit, Dieu, la conscience, la créativité ou la création, même.Et ce, afin de mieux nous comprendre nous-mêmes, afin que nous puissions encore évoluer», explique le créateur suédois Elon Höglund.Si la chorégraphie est composée à quatre mains, avec Lê Phan, Höglund assure cette fois en solo la mise en scène.« Tout dans notre réalité est fait de fractales, poursuit-il.Tout est fragmenté.On trouve des fractales en géométrie, en mathématiques, en information.On aimait l\u2019idée de cette infinité de réalités, d\u2019univers, et l\u2019idée également qu\u2019on vit finalement dans une espèce de code, lui aussi infini.» En résultera, selon les créateurs, une exploration parlant de la nécessité « de plonger profondément en soi afin de trouver qui nous sommes, et d\u2019être alors en mesure de travailler sur nous-mêmes, de croître, de vivre et d\u2019expérimenter entièrement ; et d\u2019une certaine manière de nous transcender, de passer à un état de conscience altérée ».Du spirituel dans l\u2019art Concrètement, la danse se déploie en oppositions de mouvements, en gestes qui travaillent le temps, l\u2019espace, la géométrie.« Fractals of You se réfère beaucoup aux états transversaux, altérés, aux manières de trouver un flot \u2014 comme le flot sur lequel peuvent surfer les musiciens ou les écrivains quand ils sont inspirés », indique Elon Höglund.Les racines du geste viennent encore du hip-hop.Une danse issue pourtant de la rue, du cercle et des rencontres impromptues, de l\u2019improvisation.«Le hip-hop n\u2019a pas besoin d\u2019être en théâtre, avance le metteur en scène lorsqu\u2019on lui demande si le genre ne perd pas là son essence.Mais on peut l\u2019y mettre.Le hip-hop est par fait dans son environnement naturel.Il va bien ; il n\u2019a pas besoin de nous.Nous, nous avons besoin du hip-hop ; et nous l\u2019aimons, et nous l\u2019utilisons comme un de nos matériaux de création.» Du hip-hop pour atteindre le spirituel?Pour Lê Phan comme pour Höglund, il n\u2019y a pas là de contradictions.«Quand on parle des danses de rue, on parle finalement de danses tribales, mais d\u2019aujourd\u2019hui, illustre ce dernier.Elles sont associées aux villes, à la rue, simplement parce que c\u2019est notre habitat.Pour moi, le hip-hop est, et a toujours été, très spirituel.» La danseuse approuve, soulignant aussi le plaisir de s\u2019inscrire dans des mouvances actuelles.« On voit trop souvent le côté très commercial du hip- hop.C\u2019est ce qui passe à la télé, c\u2019est ce qui attire les jeunes.Les techniques de danses urbaines sont nouvelles \u2014 elles ont toutes 30 ans ou moins.Et quand on essaie de les codifier, pour les enseigner, elles semblent soudain sèches, austères, alors qu\u2019elles se terminent toujours par du style libre\u2026 C\u2019est encore tout jeune, et ça continue de croître.» Création en silence Alors qu\u2019ils s\u2019inspirent habituellement beaucoup, beaucoup de la musique («de l\u2019élec- tro très organique, précise Lê Phan, avec des instruments »), Tentacle Tribe a commencé à créer Fractals of You en silence, puisque les compositeurs Andres Vial et Keiko De- vaux devaient entrer en jeu ensuite.Le germe de la pièce était aussi complètement diffé- rent de leurs créations antérieures, Nobody Likes a Pixela- ted Squid (2013) et When They Fall (2012).« On voulait collaborer avec un artiste visuel, résume Em- manuelle Lê Phan.Alors, on s\u2019est demandé comment on pouvait faire, sachant qu\u2019on voulait faire de la tournée.Il nous fallait peu de technologies, et simples, parce qu\u2019on a vu aussi trop d\u2019expériences ratées.On a pensé davantage nos tableaux, on a travaillé la dramaturgie d\u2019Elon avec plus d\u2019attention.» L\u2019association avec Gene Pen- don s\u2019est faite naturellement.« Il a fait du graf fiti auparavant.Lui aussi fait ce lien entre la rue et le spirituel », nomme la danseuse.Elle conclut: «On souhaite que ce soit une expérience pour le spectateur plus qu\u2019une représentation, parce que c\u2019est certainement une expérience pour nous, quand on atteint cette zone, ce flot.» Cet endroit, a-t-on envie de répéter, où on n\u2019a pas besoin de comprendre pour sentir\u2026 Le Devoir FRACTALS OF YOU Chorégraphie de Tentacle Tribe signée et interprétée par Emma- nuelle Lê Phan et Elon Hö- glund.Présentée par Danse Danse.À la Cinquième Salle de la Place des Arts, du 15 au 19 novembre.Du hip-hop pour toucher au spirituel Le duo Tentacle Tribe part en voyage intérieur avec Fractals of You Les racines du geste viennent encore du hip-hop.On trouve des fractales en géométrie, en mathématiques, en information.On aimait l\u2019idée de cette infinité de réalités, d\u2019univers, et l\u2019idée également qu\u2019on vit finalement dans une espèce de code, lui aussi infini.Le créateur suédois Elon Höglund « » Réversible met en scène des espaces restreints, mais propose aux artistes de s\u2019élever au-dessus de ces murs et de voir plus loin S Y L V A I N C O R M I E R Ç a y est, c\u2019est prêt.Au studio Post-M de Louis Valois, dans le Vieux-Montréal, le ruban magnétique multi- piste d\u2019origine a été installé, les voyants sont allumés sur la console.Louis et Serge Fiori se regardent.On y va ?Ainsi, les frères de musique, les chums d\u2019Harmonium, tout souriants dans la salle de conférence de chez Sony, me décri- vent-ils le moment crucial où ils ont ouver t l\u2019un des quatorze boîtiers contenant les bandes retrouvées de L\u2019Hep- tade, le moment de la première réécoute.« Je te jure, témoigne Fiori, à ce moment-là, on est inquiets sans bon sens, on sait pas comment ça va sonner, comment on va réagir\u2026» Ils lancent Comme un sage, pour commencer.Poussent les leviers, l \u2019un après l\u2019autre, comme si chacun des musiciens était convoqué personnellement.Ni Serge ni Louis ne se souviennent dans quel ordre.« Les larmes ! On pleurait à chaque piste qui se rajoutait, c\u2019était fou.Ça se remettait à vivre ! » s\u2019exclame Fiori, qui n\u2019en revient pas encore.Du ruban de deux pouces (c\u2019était encore des pouces, en 1976), tout ressurgit : la voix de Fiori, sa douze-cordes acoustique, son électrique à six cordes, puis la basse de Valois, le mel- lotron et le piano de Serge Lo- cat, la batterie de Denis Farmer, le piano Fender Rhodes de Neil Chotem, la flûte électrique de Libert Subirana, les harmonies « autour d\u2019un seul micro » par Serge, Monique Fauteux, Estelle Ste-Croix, Pierre Bertrand, Richard Séguin\u2026 « Deux fois les harmonies ! » précise Fiori, fier.Tout est là.Intact.Valois, de sa voix toute douce, s\u2019émerveille.« Les rubans 24-pistes étaient en bon état, miraculeusement.Et Michel Lachance avait fait un travail incroyable pour la prise de son.Quelle clarté ! Serge et moi, on s\u2019est retrouvés instantanément dans le camion à Saint-Césaire [un studio mobile].Les yeux fermés, on est là.Deux gars dans la jeune vingtaine qui viennent d\u2019enregistrer l\u2019œuvre de leur vie.Tant qu\u2019on se regarde pas, tels qu\u2019on est dans notre soixantaine d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 Et encore !» Mais après le grand frisson?On avait cru les bandes perdues dans une inondation.Mais non.Égarées, tout bêtement, lors d\u2019un déménagement: à Toronto c\u2019était moins le Graal que chez nous, L\u2019Heptade.Dénichées, récupérées, les bandes multipistes appelaient autre chose qu\u2019un simple rematri- çage.D\u2019autant qu\u2019en 1976, Harmonium était en tournée lors du mixage.Le destin parlait fort, la tentation s\u2019est avérée irrésistible: allez, on remixe.Touche pas à mon Heptade! Autrement.Fiori nuance : « On avait aimé le résultat dans le temps.C\u2019est devenu un classique et tout le monde est heureux.Mais là, t\u2019as les pistes disponibles, et ce qu\u2019on entend plus que jamais, c\u2019est le band.Le band séparément des pistes orchestrales.Louis et moi, on veut le band.Plus présent dans le mix.En même temps, on capote, c\u2019est dangereux de se mettre à bouger des af faires là-de- dans\u2026 Tu peux tout fucker\u2026» Valois va plus loin : « La question, c\u2019est : on est-tu supposés faire ça ?L\u2019Heptade, au fond, ça ne nous appar tient plus, c\u2019est historique ! On s\u2019est dit : on essaye.Pour nous autres.On a remixé Comme un sage.Et on a aimé ça.Ça respectait l\u2019œu- vre en même temps qu\u2019on retrouvait le son du band à Saint- Césaire.Alors, on a continué.» Fiori est tellement content qu\u2019il en trépigne : « Ma douze- cordes, elle sonne, c\u2019est écœu- rant ! Écoute, c\u2019est palpitant, on a passé l\u2019été là-dessus.Je voulais pas arrêter de mixer!» Jusqu\u2019où aller trop loin?Les fous finis de L\u2019Heptade entendront tout, l\u2019ampleur dans le son, la place du groupe, mais aussi Le corridor , version « revisitée ».Comme dans « on a refait des pistes».«En tournée, explique Valois, il y avait la por tion chantée par Monique seule et une portion en duo avec Serge.Ça nous a toujours manqué, sur le disque.Alors, on s\u2019est dit : pourquoi pas?J\u2019ai ressorti ma basse, et avec Serge et Monique, on a refait ça.Le même son, on n\u2019a même pas eu à s\u2019ajuster.On a aussi revisité C\u2019est dans le noir, qui n\u2019était jamais sortie.Tout ce qu\u2019on avait, c\u2019était une cassette chrome, enregistrée en spectacle.Ç\u2019a été pareil, ça s\u2019est fait tout seul.Instantanément, c\u2019était Harmonium.» Les vrais férus sauront dire si ça s\u2019entend.Ce que j\u2019entends surtout, moi, c\u2019est qu\u2019ils pourraient créer ensemble de nouvelles chansons.«Je vis pour ça, soupire Fiori.Mais j\u2019ai toujours le même maudit problème.Je suis en attente que le canal rouvre.» Valois va se départir de son studio, allez s\u2019installer dans le studio de Serge, et advienne que pourra.« On se crée une proximité, mais pas de pression », insiste Valois.Fiori s\u2019écrie: «Heille! Le matin où la p\u2019tite lumière va allumer en dedans de moi\u2026» À suivre.Le Devoir L\u2019HEPTADE XL Harmonium Sony Music Offert en diverses configurations : version double CD avec ou sans Viens voir le paysage, DVD d\u2019un spectacle retrouvé; version vinyle ; version coffret grand luxe.Y V E S B E R N A R D Q u\u2019est-ce qui peut bien réunir Barbara, la dame en noir de la chanson française, à Fairouz, celle que l\u2019on surnomme «la Septième Colonne» ?L\u2019œuvre des deux chanteuses est plus grande que nature et les deux révèlent un par fum de mystère, mais les univers de la Parisienne d\u2019origine juive et de la Beyrouthine maronite devenue diva de la musique arabe paraissent si différents qu\u2019il semblait improbable de les réunir.C\u2019est pour tant ce que réussit la chanteuse tunisienne Dorsaf Hamdani avec le projet Bar- bara-Fairouz, qui sera of fert en quintette sous la direction de l\u2019excellent accordéoniste Daniel Mille en clôture du Festival du monde arabe dimanche au National.La voix de Dorsaf Ham- dani, tout en souplesse et en délicatesse, est empreinte de ce sens des nuances qui rend possible ce genre de création.Issue du malouf tunisien qu\u2019elle a por té activement pendant une décennie, elle est aussi de formation classique dans tous les sens du terme, du Maghreb au Moyen-Orient.Après avoir enregistré Ivresses autour de la poésie d\u2019Omar Khayyam, elle a fait paraître Princesses du chant arabe , un disque consacré à Oum Kalsoum, à Asmahan et à Fairouz, les trois monstres sacrés du chant arabe.Pourquoi donc a-t-elle voulu réunir, faire dialoguer et mettre en scène Barbara et Fairouz au lieu de Piaf et Oum Kalsoum ou d\u2019autres grandes dames des deux mondes ?« Les gens qui ont participé à la naissance du projet ont tous été frappés par les points communs entre les deux, répond Dorsaf Hamdani.Elles ont deux caractères qui se ressemblent plus ou moins et, à une époque, elles avaient même des physiques qui se ressemblaient.Fairouz est aussi mystérieuse que Barbara, mais j\u2019avais déjà élucidé son mystère.Quant à Barbara, je ne l\u2019avais jamais vraiment approchée, puisqu\u2019au début je n\u2019étais pas très attirée par elle.J\u2019aimais beaucoup Brassens, Brel, Dalida et Piaf, qui transmettaient une émotion très pétillante, mais Barbara, à une époque, c\u2019était sombre et très hermétique.» Alors, pourquoi la Tunisienne a-t-elle choisi de plonger dans son répertoire ?« Il y a beaucoup de douleurs, beaucoup d\u2019émotions et beaucoup de beautés des deux côtés.C\u2019était plus un défi d\u2019émotions qu\u2019un défi artistique.Ce n\u2019est pas une prouesse vocale artistique que je propose, mais surtout le défi de réunir deux charges émotionnelles incroyables.» Ce qui a le plus ému Dor- saf Hamdani chez les deux grandes artistes, c\u2019est d\u2019abord la force des paroles : « Pour Fairouz, il y a toujours cette esthétique un peu frileuse de la poésie arabe.Contrairement aux chansons de Barbara, on ne peut employer les mots \u201cgarce\u201d ou \u201cputain\u201d.Les chansons de Fairouz sont plus enveloppées dans le romantisme.Il y a beaucoup de métaphores et d\u2019images.» Musicalement, il paraissait plus facile d\u2019associer Fairouz à Barbara, puisque la première a bouleversé les codes de la musique arabe avec des compositeurs et des arrangeurs contemporains, dont les frères Rahbani et son fils Ziad.En concert, Dor- saf Hamdani chante en arabe et en français, ponctue les pièces de la Libanaise autant que celles de la Française d\u2019un univers méditerranéen au pluriel et accorde beaucoup d\u2019importance aux silences.Des silences qui racontent aussi une histoire.Collaborateur Le Devoir BARBARA-FAIROUZ PAR DORSAF HAMDANI Au National, dimanche 13 novembre à 20 h.Renseignements : festivalarabe.com M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 6 Une expérience immersive multimédia Design visuel et d\u2019interaction Jérôme Delapierre | Danse derviche Tanya Evanson « The Fourth Light transcende les frontières \u2026 la voix voluptueuse d\u2019Azam Ali se déploie, dansante et ensorcelante.» \u2013 Le Droit VENDREDI 18 NOVEMBRE \u2013 20H | THÉÂTRE OUTREMONT Infos/billetterie : 514.495.9944 / billetterie.theatreoutremont.ca traquenart.ca \u2022 niyazmusic.com \u2022 theatreoutremont.ca Traquen\u2019Art, Terrestrial Lane et Théâtre Outremont présentent en première mondiale YASSINE MEDDEB HAMROUNI La voix de Dorsaf Hamdani est tout en souplesse et en délicatesse.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Louis Valois et Serge Fiori, du groupe Harmonium, ont replongé dans l\u2019album-phare L\u2019Heptade.Il y a beaucoup de douleurs, beaucoup d\u2019émotions et beaucoup de beautés des deux côtés.C\u2019était plus un défi d\u2019émotions qu\u2019un défi artistique.Dorsaf Hamdani « » FESTIVAL DU MONDE ARABE Barbara-Fairouz : deux univers, une seule voix La chanteuse tunisienne Dorsaf Hamdani fait se rencontrer deux icônes de la chanson internationale La revisite inespérée de L\u2019Heptade XL Les 24 pistes d\u2019un chef-d\u2019œuvre au bout de leurs 20 doigts, Serge Fiori et Louis Valois ramènent Harmonium au présent S E R G E T R U F F A U T On a cherché, fouiné, puis on a trouvé.Il est vrai qu\u2019on est lent du «six-boulots», comme l\u2019aurait observé Raymond Queneau, qui aimait confier que ce n\u2019est pas la faute des mots si cer tains d\u2019entre eux sont gros.On s\u2019écarte, on papillonne?On va se recentrer.Aujourd\u2019hui, on va arpenter le flanc du blues, car\u2026 Car, du genre, on n\u2019avait rien exposé depuis des lunes.À cela, il y a une et mille raisons.Parmi elles, on a retenu la plus déstabilisante qui soit.On a nommé l\u2019atomisation de la distribution, dans la foulée, et non à la faveur, des développements technologiques.Il est en effet devenu passablement dif ficile de se retrouver dans le magma fait d\u2019autoproduc- tions, de délégations de la distribution à des grossistes qui s\u2019appellent JazzDepot, qui représentent notamment l\u2019étiquette Fedora, Discologs, Amazon, CDBaby et consorts.Bref, ni le capitaine Achab, ni Nestor Burma ne s\u2019y retrouveraient.Peut-être que Queneau, comme il a été l\u2019auteur de Mille milliards de poèmes, donc du premier et dernier algorithme de la poésie, parviendrait à éclaircir l\u2019horizon musical qui plane sur le Mississippi, mais\u2026 Toujours est- i l qu\u2019on a cherché, beaucoup écouté, après quoi on a jeté notre dévolu sur une galette qui est surtout un chef-d\u2019œuvre.On devrait dire : qui était et reste un chef-d\u2019œuvre, car elle a été publiée en 2006.Le titre ?Stranger Blues, publiée par Bo Ramsey Records, du nom de l\u2019auteur de cette merveille qu\u2019on écoute avec constance depuis sa parution.Notes hypnotiques Ramsey est un guitariste qui n\u2019a pas son pareil pour ciseler la note dans le grave, le pesant, l\u2019hypnotique.Ramsey est un grand producteur.Son succès, Lucinda Williams le lui doit en grande par tie.Idem pour Jef frey Foucault.Ramsey est un chamane ; sans lui, son complice, Greg Brown, et, avant eux, The Band, ce qu\u2019on appelle l\u2019americana ou roots n\u2019aurait ni l\u2019éclat, ni l\u2019ampleur qui est la sienne désormais.Ramsey est un chanteur à la voix effilée, celle qui touche en plein dans le mille.Entre un album sous son nom ou en duo avec Pietra Bown, une production de The Pines ou Foucault, une tournée avec Mark Knopfler, il a donc réalisé cet album fabuleux à tous égards.Il y a tout d\u2019abord le programme : Stranger Blues, d\u2019Elmore James, Hate To See You Go, de Walter Jacobs, Sittin On The Top of The World, de Vinson-Chat- man, Jump Baby Jump, de Jessie Mae Hamphill, Crazy Mixed Up World, de Willie Dixon, Little Geneva, de Muddy Waters, You Got Me Dizzy, de Jimmy Reed, I Wanna Get Funky, de Carl Williams, No Place To Go, de Chester Burnett, Unseeing Eye, de Sonny Boy Williamson, Freight Train, d\u2019Elizabeth Cotte, et Where The Sun Never Goes Down, un traditionnel.Au-dessus de la mêlée Ce programme a ceci de très convaincant qu\u2019il est propre à confondre les sceptiques, car notre homme révèle une connaissance inouïe ou, plus exactement, encyclopédique du blues.L\u2019interprétation ?Très rarement, dans le genre qui nous occupe au- jourd\u2019hui, on a eu le plaisir d\u2019entendre une formation aussi soudée, aussi altière, aussi fine que subtile.C\u2019est bien simple : de tous les hommages rendus aux maîtres des blues anciens par les « p\u2019tits » blancs, celui-ci se place au-dessus de la mêlée.C\u2019est dit.Pour obtenir cet album, qui se vend 18,67 $, si on a bien fait le calcul inhérent à la conversion de la devise \u2014 14 $US \u2014 il faut commander sa copie auprès de CDBaby, une des meilleures centrales d\u2019achat du Web.?Aux amateurs de blues comme de jazz, on conseille vivement de s\u2019abonner à The Library of Congress.La richesse du catalogue est sidérante dans les deux cas.À telle enseigne, d\u2019ailleurs, qu\u2019on peut y passer des heures sans s\u2019en rendre compte.À noter que l\u2019abonnement est gratuit.?L\u2019excellente émission Jazz Night in America, du tout aussi excellent réseau NPR, émission animée par Christian McBride, a consacré une heure à\u2026 Oliver Jones.On vous invite à y plonger.?Yes ! Le mensuel JazzTimes consacre sa une et donc son dossier du mois à Marshall Allen, saxophoniste, compositeur et surtout, surtout, grand animateur devant l\u2019éternel du Sun Ra Arkestra depuis le retour vers Jupiter de Sun Ra, en juillet 1993.Enfin! Cela fait maintenant 60 ans qu\u2019Allen est devenu membre de « la plus meilleure phalange du jazz» au monde.?À la une du magazine Down Beat, le trompettiste Wadada Leo Smith, dont le dernier opus a été très remarqué.Il s\u2019agit d\u2019une suite composée pour saluer les 100 ans des parcs nationaux.Lui mis à part, on propose un long article sur la collaboration entre Joshua Redman et Brad Meldhau, un entretien avec le saxophoniste Jerry Bergonzi, Stancey Kent, plus les rubriques habituelles.Collaborateur Le Devoir J É R Ô M E D E L G A D O Pensé pour résoudre un problème d\u2019accueil (de groupes scolaires), le Pavillon pour la paix Michal et Renata Horn- stein, cinquième morceau d\u2019un désormais immense casse-tête, ne bousculera pas les habitudes des fidèles du Musée des beaux- arts de Montréal.À l\u2019instar de l\u2019édifice d\u2019ar t canadien inauguré en 2011, le nouveau gîte de l\u2019art international et de l\u2019Atelier d\u2019éducation et d\u2019art-thérapie s\u2019intègre à la cité muséale sans imposer sa devanture.Pour le découvrir, même enjeu : il faut passer par le hall vitré du pavillon Jean-Noël-Desmarais.Le nouvel édifice, qui ouvrira au public le 19 novembre seulement, on y accède sans s\u2019en rendre vraiment compte.Il faut préciser que c\u2019est dans la partie arrière du pavillon Jean-Noël-Des- marais que se trouvent les premières salles de la nouvelle exposition permanente de la collection internationale.Et le parcours, annoncé comme «le fil de l\u2019art, du Moyen Âge à l\u2019époque contemporaine», débute\u2026 au XIXe siècle.C\u2019est une dix-neuviémiste reconnue, Nathalie Bondil, qui a orchestré le déploiement de 750 œuvres.Selon une logique somme toute chronologique, comme la collection d\u2019art canadien : le plus ancien se trouve en haut, le plus récent, en bas.Or personne ne visitera dans cet ordre.Voilà un signal que l\u2019histoire de l\u2019art est un récit sans début ni fin.Nombreux clins d\u2019œil Les choix de la directrice du MBAM lancent ainsi une série de clins d\u2019œil, dont un aux origines du musée.En (discrète) introduction, elle a placé Environs d\u2019Anvers, dimanche après- midi (vers 1860).L\u2019huile de Florent Crabeels, qui était dans le legs Benaiah Gibb de 1877, fait office de plus vieille acquisition en art international.Par périodes, ou par écoles, le fil de ce récit montréalais respecte les grandes lignes de l\u2019histoire.Parfois, il surprendra.Il choquera, même, les puristes devant la scénographie excessive de la salle du romantisme, qui plonge les tableaux dans une ambiance naturaliste, animée par une envahissante installation vidéo et sonore.On reconnaît là la signature de celle qui aime doter les expos d\u2019au- dioguides musicaux.Étonnamment, il s\u2019agit du seul élément multimédia.Ce qui ne change pas, c\u2019est la densité de l\u2019accrochage, qui frôle à l\u2019occasion le style des salons du XIXe siècle, avec parfois des alignements à la verticale de trois œuvres.C\u2019est une solution, lorsqu\u2019on vise à raconter 800 ans d\u2019art.Mais qui ne convient pas toujours.Dans l\u2019espace consacré à la peinture abstraite, ou même dans celui voué aux nouvelles figurations qui fait le pont entre les avant-gardes européennes et l\u2019art contemporain, les courants se succèdent sans temps morts.L\u2019étreinte (1971) du cubiste Picasso, Tête (1976), composition épurée de Miro, le fauteuil Clarisse de l\u2019inclassable Niki de Saint-Phalle, un Calder, un Warhol\u2026 Ceci juste avant un long mur de grands tableaux, signés Francis, Mitchell, Nolland, Motherwell\u2026 On assiste avant tout à un défilé de noms.Dans tout le pavillon, le récit avance au rythme d\u2019un artiste, une œuvre.Parmi les exceptions : les trois sculptures biomorphiques de Jean Arp, qui concluent la belle et longue aventure de la «statuo- manie moderne».Manifeste pour l\u2019art Le meilleur, ce sont trois cellules que la conservatrice en chef a placées au milieu de trois des quatre étages \u2014 seul le niveau Moyen Âge/Renaissance en est exempt.Pour «Le siècle d\u2019or en Hollande et en Flandre», noyau de la collection Horn- stein à l\u2019origine du Pavillon pour la paix, Nathalie Bondil a monté un cabinet de curiosités.Elle y associe des natures mortes à des objets et, dans ce regard sur notre monde et sa représentation, elle évoque ce mélange de savoir et d\u2019interprétation si propre à l\u2019humanité.Pour séparer «Du baroque au rococo» et «Du classicisme au Siècle des lumières », un salon ovale honore la collection autour de Napoléon, héritée d\u2019un autre mécène.Gloire et chute des empires s\u2019y côtoient, entre la peinture de ruines de Hubert Robert et le portrait de Napoléon sur son lit de mort.Au niveau contemporain, un espace noir propose une troisième voie entre les pôles abstrait et figuratif.Dans ce pavillon porté par l\u2019éducation et la thérapie, voilà un véritable manifeste sur les bienfaits de l\u2019art.Si « le noir est une couleur», comme l\u2019énonce Matisse, il est lumière pour Pierre Soulages, source réparatrice pour Joseph Beuys.Et l\u2019installation de George Segal, Femme assise sur un lit (1993), est, une fois de plus, un rappel lucide et poétique d\u2019un monde près de sombrer.Collaborateur Le Devoir D E V I S U M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 7 Présenté par ŒUVRES DE HAYDN ET MOZART Chef et soliste invité : Lorenzo Coppola, clarinette (Italie) Soliste : Andréanne Brisson Paquin, soprano 09 novembre 2016 19:30 11 novembre 2016 20:00 12 novembre 2016 16:00 13 novembre 2016 14:00 SALLE BOURGIE DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS ARIONBAROQUE.COM \u2014 514 355-1825 OPÉRAS SANS PAROLES \u2026 OU PRESQUE ! Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 CHRISTIAN IMMLER, baryton Mercredi 7 décembre \u2014 19 h 30 SCHUBERT Schwanengesang (extraits) FAURÉ L\u2019horizon chimérique BRAHMS Vier ernste Gesänge RAVEL Don Quichotte à Dulcinée BARBER 3 Songs Un récital d\u2019une beauté troublante.BACH SANS FRONTIÈRES Vendredi 25 novembre \u2014 19 h 30 LES VIOLONS DU ROY Mathieu Lussier, chef Mahan Esfahani, clavecin J.S.BACH Concerto pour clavecin no 1, BWV 1052 GÓRECKI Concerto pour clavecin J.S.BACH Suite pour orchestre no 2, BWV 1067 Mahan Esfahani est un véritable poète du clavecin.SING THEE NOWELL Dimanche 4 décembre \u2014 14 h NEW YORK POLYPHONY VOCAL ENSEMBLE Geoffrey Williams, contreténor Steven Caldicott Wilson, ténor Christopher Dylan Herbert, baryton Craig Phillips, basse Un superbe concert de musique vocale de Noël pour démarrer la saison en beauté ! piano Dorothy Fieldman Fraiberg clarinette Simon Aldrich violon Lyne Allard alto Pierre Tourville violoncelle Sheila Hannigan Œuvres de Mendelssohn, Mozart, Mahler et Copland LE VENDREDI 18 novembre, 20h Salle Redpath, Université McGill Entrée libre info: 514.935.3933 · allegra1@videotron.ca www.allegrachambermusic.com 36e saison Sans début ni fin La collection internationale du Pavillon pour la paix est à découvrir\u2026 dans le désordre Bo Ramsey, le ramoneur des blues antiques Le guitariste n\u2019a pas son pareil pour ciseler la note dans le grave, le pesant, l\u2019hypnotique BO RAMSEY RECORDS Bo Ramsey est un chanteur à la voix ef filée, celle qui touche en plein dans le mille.PHOTOS JACQUES NADEAU LE DEVOIR À l\u2019avant-plan, en haut : le fauteuil Clarisse de Niki de Saint-Phalle ; en bas : le faux miroir ostentatoire de Yannick Pouliot N I C O L A S M A V R I K A K I S à Toronto C es jours-ci, dans le cadre de la Biennale de Montréal, Luis Jacob expose entre autres à la Galerie de l\u2019UQAM sa brillante œuvre intitulée Album XII (2013-2014).Mais Jacob n\u2019est pas qu\u2019un artiste reconnu.Il est aussi renommé en tant que commissaire indépendant.Et cet automne, il a orchestré une exposition à Toronto qui se révèle une des grandes réussites de la saison dans cette ville.Intitulée Form Follows Fiction : Ar t and Artists in Toronto, cette expo fait le portrait de 50 ans de création dans la Ville reine.Avec 86 ar tistes sélectionnés, Jacob n\u2019a pas banalement réalisé un survol des œuvres impor tantes créées par des ar tistes intelligents durant cette période, dans cette cité.Certes, vous y retrouverez des œuvres marquantes de Michael Snow, de Joyce Wieland, de General Idea, de Greg Cur- noe, de Suzy Lake\u2026 Mais Jacob a intelligemment opté pour une lecture centrée sur les notions de lieu et d\u2019identité : invention d\u2019une identité à l\u2019art fait par des gens vivant ou ayant vécu à Toronto, artistes-indivi- dus réfléchissant à la façon de construire un imaginaire en dialogue avec l\u2019histoire de ce lieu, mais aussi lié aux enjeux de la planète.Ces artistes ont du coup réfléchi sur les identités ethniques, les identités sexuelles\u2026 L\u2019art vient ici donner un sens au monde dans lequel il s\u2019exerce, en créant non pas une identité fixe à préser ver, mais une identité en mouvance.L\u2019ar t produit des fictions, un imaginaire qu\u2019il matérialise, mais, comme le dit Jacob, qu\u2019il sait aussi déstabiliser.L\u2019Université de Toronto présente une exposition qui mériterait d\u2019être accueillie ailleurs au pays ou à l\u2019étranger.Elle s\u2019oppose intelligemment à une vision très courante de nos jours qui consiste à célébrer l\u2019art qui est reconnu sur une certaine scène, dite internationale, qui dépasserait ce qui serait trop régional.Il semblerait que le « local » puisse encore susciter les passions.Mystical Landscapes Toujours à Toronto, l\u2019Ar t Gallery of Ontario, quant à elle, a mis à l\u2019affiche une relecture des peintures de paysages réalisées entre 1880 et 1930.Cette exposition aurait pu être un simple blockbuster fabriqué pour attirer les foules que l\u2019on imagine toujours prêtes à admirer les chefs-d\u2019œuvre de Monet, de Gauguin, de Van Gogh, de Munch\u2026 Le titre un peu racoleur \u2014 qui met en avant cette notion un peu trompeuse de chef-d\u2019œuvre \u2014 laissait d\u2019ailleurs attendre une telle formule.Heureusement, cette exposition à thème est bien plus que cela.Elle démontre comment des ar tistes d\u2019Europe, d\u2019Amérique du Nord et de Scandinavie glorifièrent des idées mystiques, et ce, même en dehors du mouvement symboliste.Des tableaux très connus, comme ceux de la série des peupliers, des meules de foin ou de la cathédrale de Rouen, peints par le très impressionniste Claude Monet, sont expliqués ici sous un angle nouveau.Les moments du temps qu\u2019ils donnent à voir auraient été pensés par l\u2019artiste dans un rap- por t au bouddhisme et à l \u2019 idée que le monde est en continuel changement.Autre exemple : les voyages de Gauguin en Bretagne, région à l\u2019époque alors à l\u2019abri de la vie moderne, auraient été motivés par un intérêt pour les traditions celtiques\u2026 Et bien d\u2019autres œuvres sont expliquées avec intelligence à l\u2019aide de cette lentille du mysticisme.Il s\u2019agit aussi d\u2019une exposition qui inclut des artistes moins célébrés, qui trouvent ici une visibilité méritée : les Français Charles-Marie Dulac et Henri Le Sidaner, le Suédois Eugène Jansson\u2026 Des ar tistes canadiens tels Lawren Harris, Tom Thomson ou Emily Carr sont aussi à l\u2019honneur, présentés avec des pièces fortes, à côté d\u2019œuvres de créateurs européens plus souvent célébrés.Nous aurions aimé qu\u2019il y ait plus d\u2019artistes canadiens et pas seulement des grands noms déjà bien reconnus.Cette exposition montée avec le Musée d\u2019Orsay à Paris sera aussi présentée dans cet établissement à partir du mois de mars (et sans opter pour ce titre accrocheur).Collaborateur Le Devoir FORM FOLLOWS FICTION : ART AND ARTISTS IN TORONTO Commissaire : Luis Jacob.À l\u2019Art Museum de l\u2019Université de Toronto, jusqu\u2019au 10 décembre.MYSTICAL LANDSCAPES : MASTERPIECES FROM MONET, VAN GOGH AND MORE À l\u2019Art Gallery of Ontario jusqu\u2019au 29 janvier 2017.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 DE VISU E 8 C U L T U R E Le 19 novembre, soyez les premiers à découvrir le Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein « Un joli coup pour Montréal » « L\u2019art international a un nouvel écrin » « \u2026 un supplément d\u2019âme, une prestance, une classe sans précédent » \u2014 La Presse « Un musée singulier » \u2014 Le Devoir « Un nouveau joyau culturel pour Montréal » \u2014 Téléjournal, Radio-Canada Cadeau offert aux 375 premiers visiteurs ! ENTRÉE GRATUITE La construction du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein a été réalisée grâce au ?nancement du gouvernement du Québec.Le réaménagement des collections d\u2019art international du Musée a été rendu possible en partie grâce à l\u2019appui du gouvernement du Canada.| Photo © Marc Cramer | | Présentateur de l\u2019année de la paix l e s s a m e d i s , 1 2 e t 1 9 n o v e m b r e e t l e d i m a n c h e , 2 0 n o v e m b r e 2 0 1 6 d e 1 3 h 3 0 à 1 7 h 3 0 a u 1 9 7 , c h e m i n d u l a c d \u2019 A r g e n t , E a s t m a n ( Q u é b e c ) J 0 E 1 P 0 T é l .4 5 0 .2 9 7 .4 6 4 6 c o u r r i e l : p r @ r i v e r i n - a r l o g o s .c o m présentera des œuvres d\u2019artistes de la galerie: JEAN-MICHEL CORREÏA, JEAN-PAUL HUFTIER, DANIEL LACOMME, ELISABETH OULÈS, DIDIER SANCEY & AUTRES QUÉBEC (418) 525-8393 www.galerielindaverge.ca V E R N I S S A G E JACQUES THISDEL 13 novembre \u2014 11 décembre L\u2019esprit des lieux À Toronto, deux expositions parlent des liens entre l\u2019art et l\u2019imaginaire AVEC L\u2019AIMABLE PERMISSION DE L\u2019ARTISTE Michael Snow, Walking Woman in Toronto Subway, 1963-2016 MUSÉE D\u2019ORSAY, PARIS, FRANCE/BRIDGEMAN IMAGES Vincent van Gogh, La nuit étoilée sur le Rhône à Arles, 1888.Tableau présenté à l\u2019exposition Mystical Landscapes.L\u2019art produit des fictions, un imaginaire qu\u2019il matérialise, mais qu\u2019il sait aussi déstabiliser Pouvoir capricieux Ainsi ces trois femmes, pour autant de générations, occu- pent-elles chacune une fonction de pouvoir, mais un pouvoir \u2014 elles se butent à ce constat \u2014 limité et, qui plus est, assujetti à maints facteurs extérieurs : lobbies divers, intérêts étrangers et, oui, ego mâles.Représentant respectivement, et à la mesure de l\u2019expérience acquise, l\u2019idéalisme, le pragmatisme et la détermination, Félixe, Émilie et Danielle se démènent.«D\u2019emblée, Chloé m\u2019a dissuadée de m\u2019inspirer de politiciennes réelles, d\u2019ici ou d\u2019ailleurs, précise Macha Grenon.Je savais que Danielle était une avocate en droit international, qu\u2019elle connaissait ses dossiers à fond, bref, qu\u2019elle avait une préparation en béton.Ça, c\u2019était la base sur laquelle je devais construire.Puis est arrivé le moment du tournage, et Chloé m\u2019a dit : \u201cO.K., maintenant, oublie tout ça et joue le personnage comme si c\u2019était un homme.\u201dPour moi, ç\u2019a été un moment extraordinaire de révélation.» Dès lors, ce qu\u2019il est intéressant d\u2019étudier ne devient plus tant la manière d\u2019être de Danielle que les attitudes adoptées par tout un chacun autour d\u2019elle, fussent-ils ministres, journalistes, électeurs ou mari.Actrice qui, à l\u2019instar de son personnage, aime à se doter d\u2019une préparation «en béton», Macha Grenon a fait beaucoup de recherches sur l\u2019industrie minière et les politiques qui y sont associées.«Je me suis tant et si bien immergée là-dedans qu\u2019en arrivant en répétition, c\u2019était devenu ma cause.Mon cœur était sur la table.J\u2019étais à côté.Le soir, Chloé m\u2019a appelée et m\u2019a juste dit: \u201cPoker face\u201d.Et c\u2019était ça.Cette expression résume parfaitement le personnage.Parce que c\u2019est ce qu\u2019il en coûte d\u2019être un politicien: il faut littéralement que tu te marches sur le cœur.Même si tu es profondément interpellé, il ne faut jamais que tu laisses paraître ton jeu, ce qui est contre nature pour moi qui suis tout le contraire.» Une fois le naturel chassé, le défi de la comédienne demeurait double puisqu\u2019elle devait jouer ce détachement tout en donnant néanmoins des signes discrets d\u2019émotion qui couve.Il en résulte une interprétation vir tuose qui ne repose sur aucun effet de jeu voyant \u2014 le genre d\u2019interprétation complexe, mais si f inement modulée que les prix passent souvent à côté, hélas.Toute de nuances subtiles, Macha Grenon offre une composition qui provoque une réponse à la fois émotionnelle et intellectuelle.C\u2019est plus ardu qu\u2019il n\u2019y paraît.Et c\u2019est là un autre type de pouvoir qui, lorsque le politique déçoit, devient d\u2019autant plus important.On parle ici du pouvoir d\u2019inspirer.Le Devoir MOONLIGHT ?Drame de Barry Jenkins.Avec Alex Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Naomie Harris.États-Unis, 2016, 110 minutes.A N D R É L A V O I E Jamais il ne porte le même nom selon la personne qui lui adresse la parole : déjà un signe d\u2019une identité floue, et surtout d\u2019une incapacité manifeste à imposer le sien.À trois moments dans son existence, trois temps for ts admirablement illustrés dans Moonlight, de Barry Jenkins (Medicine for Melancholy), le frêle Chiron (Ashton Sanders) porte aussi les surnoms de Little (Alex Hib- bert), alors qu\u2019il n\u2019était qu\u2019un enfant, et Black (Trevante Rhodes), une fois à l\u2019âge adulte.Pour ce jeune Afro-Américain ayant grandi dans le Miami misérable des années 1980, la vie ne s\u2019annonce pas comme une partie de plaisir sur la plage, lui qui ne sait pas nager.Le garçon devra af fronter bien des obstacles, voyant sa mère (Naomie Harris, d\u2019une grande intensité) se décomposer sous l\u2019ef fet de ses dépendances, trouvant refuge, ironie du sort, auprès du dealer du quartier qui précipite, malgré lui, la déchéance de cette femme.Ce n\u2019est pas la seule ambiguïté, ni le seul paradoxe, à tapisser ce récit d\u2019apprentissage qui ne ressemble jamais à une édifiante leçon de vie, plutôt à des chapitres touffus d\u2019une existence rarement ensoleillée, mais pas non plus dépourvue d\u2019espoir.C\u2019est sur ce fil, subtil et délicat, que Barr y Jenkins s\u2019engage, inspiré d\u2019une pièce de théâtre de Tarell Alvin McCra- ney, In Moonlight Black Boys Look Blue ; le titre de son film est plus court, mais on y perçoit ce lyrisme crépusculaire, ces échappées loin d\u2019un quotidien coincé entre un quartier sans âme et une école parfois sans pitié pour les faibles.Et alors que Chiron s\u2019interroge sur sa propre sexualité, entendre ses intimidateurs le traiter de « fagot » l\u2019indigne un peu, l\u2019intrigue surtout, déjà occupé à grandir trop vite dans un foyer disloqué où il doit faire chauffer de l\u2019eau dans une casserole pour prendre son bain\u2026 et ajouter du savon à vaisselle pour avoir un peu de mousse.Leçon d\u2019humanité La question de l\u2019identité sexuelle n\u2019est jamais posée de manière frontale, et l\u2019épiphanie du garçon viendra grâce à un camarade de classe dont on se demande parfois à quelle enseigne il loge, si ce n\u2019est celle d\u2019une tendresse profonde pour ce paria malgré lui.Devant autant d\u2019authenticité et de sensibilité (la trame musicale, riche et variée, ajoute à la beauté de ce voyage dans le temps), il n\u2019y a sans doute que Boyhood qui suscite la comparaison, même si Richard Linklater relevait aussi un énorme pari en filmant sur plusieurs années les mêmes acteurs.Barr y Jenkins of fre plutôt un Chiron en trois étapes bien définies, tissant une multitude de situations, certaines en apparence anodines (apprendre à nager, un luxe dans plusieurs communautés pauvres), constat d\u2019une misère matérielle mais sur tout morale, avec ici et là quelques moments lumineux.Grâce à trois acteurs d\u2019âges différents mais portés par une même dévotion à rendre toutes les nuances d\u2019un personnage complexe, bien loin de celui de la simple victime incomprise, Moonlight explore diverses facettes de la réalité afro-américaine, celles d\u2019une adolescence marquée par la fragilité de ses identités multiples, tout en explorant, grâce à une caméra au plus près des visages, ce sentiment d\u2019isolement, peu importe la communauté à laquelle on appartient.En somme, quelque chose comme une leçon d\u2019humanité qui transcende les étiquettes et les ethnicités.Collaborateur Le Devoir C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 E 9 Quand Little deviendra grand Moonlight raconte trois temps dans la vie d\u2019un Afro-Américain en quête d\u2019identité et de dignité SUITE DE LA PAGE E 1 PRÉSIDENTE ENTRACT FILMS Ashton Sanders prête ses traits au frêle Chiron, à l\u2019adolescence.«Mon cœur était sur la table.J\u2019étais à côté.Le soir, Chloé m\u2019a appelée et m\u2019a juste dit : \u201cPoker face\u201d.Et c\u2019était ça.» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 CINEMA E 10 C U L T U R E À L\u2019AFFICHE ! LE NOUVEL OBSERVATEUR CAHIERS DU CINÉMA LIBÉRATION MARIANNE OUEST-FRANCE K-FILMS AMÉRIQUE DOUNIA SICHOV L\u2019ONF SALUE ALANIS OBOMSAWIN, PRIX ALBERT-TESSIER 2016 PLUS DE 40 ANS DE PAROLE, D\u2019ESPOIR ET DE MÉMOIRE DONNÉS AUX PEUPLES AUTOCHTONES D\u2019ICI.theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ 15 NOV de Hugues Mignault et Ronald Brault (Québec.1976.) Le mardi 15 nov.| 17 h 30 12,50 $ LE FILM DU 40e ANNIVERSAIRE DE LA VICTOIRE DU PARTI DE RENÉ LÉVESQUE.O D I L E T R E M B L A Y E lle, qui gagne nos écrans vendredi, est le choix de la France pour l\u2019Oscar du meilleur film en langue étrangère.Mais pour Isabelle Huppert, sa vedette, il y eut loin de la coupe aux lèvres\u2026 Quand le romancier Philippe Djian a écrit Oh\u2026, le roman à la source du film Elle, il avoua avoir eu la rousse icône en tête en brossant son personnage féminin.Et quand le producteur français Saïd Ben Saïd acquit les droits d\u2019adaptation, elle était à ses côtés pour chercher un cinéaste.En entendant sortir le nom de Paul Verhoeven du chapeau, Isabelle Huppert a applaudi.Flottant sur cette aventure depuis ses débuts, tentée par le rôle, elle admirait le cinéma de Paul Verhoeven depuis son Turkish Delight tourné dans les Pays-Bas, son pays natal.«Il ne se laisse jamais enfermer dans un genre.Ses films sont provocants, déclare-t-elle.Si mes prestations se posent souvent sur le fil du rasoir, lui aussi aborde ce registre-là.» Ils étaient faits pour se rencontrer.Oui, mais voilà ! Le cinéaste de Robocop et de Basic Instinct, transplanté à Hollywood depuis quatre décennies, voulait que le roman soit adapté en anglais à Boston ou à Chicago, et fit même écrire le scénario par l\u2019Américain David Birke\u2026 Peine perdue.« Aucune actrice américaine ne voulait jouer ça, évoque le cinéaste, lors d\u2019une rencontre au Festival de Toronto.Le rôle leur apparaissait trop amoral.Or Isabelle était parfaite et authentique pour le personnage.On a donc décidé de le tourner en France et en français.» Ver- hoeven avait passé un an en France après son lycée aux Pays-Bas.Mais il l\u2019avait oubliée, cette langue-là.Et de s\u2019y remettre en cours accéléré.« J\u2019en ai eu, des maux de tête, durant quatre mois.Puis, sur le plateau, tout s\u2019est apaisé.» Il n\u2019a communiqué sur place qu\u2019en français.Presque une gageure.Amoralité relative Ce roman de Djian (auteur de 37,2 le matin) est extrêmement cinématographique.Dans Oh\u2026, tout est placé sur le même plan, sans profondeur de champ, un peu à l\u2019américaine.Ce qui sert le film.Une femme de tête qui dirige une boîte de jeux vidéo se fait sauvagement violer par un maniaque masqué.Mais plutôt que de s\u2019effondrer, elle démarre un jeu érotique sado-maso, qui mènera à une vengeance pas conventionnelle du tout.En compétition à Cannes en mai dernier, le film, avec son thème ambigu, suscita une controverse\u2026 presque sage.Paul Verhoeven, encore adulé sur la Croisette pour son Basic Instinct demeuré cultissime là- bas, avait anticipé quand même davantage de remous.« La structure est dif férente du scénario anglophone.Il apparaît plutôt comme une mosaïque.Et le climat est hitch- cockien», ajoute-t-il.«On parle ici d\u2019amoralité relative, précise Isabelle Hup- pert, car la notion de la faute et de la punition du coupable est clairement au poste, mais tout est ambigu.» L\u2019actrice fétiche de Michael Haneke aime s\u2019investir dans ces rôles.«Comme dans La pianiste, mon personnage tente d\u2019accéder aux choses de façon tortueuse.Elle éprouve une solitude, une difficulté de vivre, mais là où la pianiste vivait la douleur, l\u2019héroïne d\u2019Elle se retrouve au-delà de cette douleur.Dans l\u2019œil du cyclone.Et jamais elle n\u2019endosse le statut de victime.» Hupper t est, avec Juliette Binoche, l\u2019actrice française ayant le plus tourné avec des maîtres étrangers : de Michael Cimino à Hong Sang-soo, en passant par Rithy Panh.Chaque fois découvrant une nouvelle couleur.« C\u2019était intense, exaltant, sous la direction d\u2019extrême précision de Ver- hoeven, dit-elle.Il a toujours plusieurs couches d\u2019ironie et le fait que le film soit une comédie aide à brouiller les pistes.» Avec Laurent Lafitte, qui incarne le violeur, elle a beaucoup travaillé en amont, les assauts ayant été conçus comme de vraies chorégraphies.« C\u2019était très préparé, très physique et technique.Extrêmement intense.Le premier jour, je me suis même blessée\u2026» Ce personnage l\u2019entraînait dans des chemins inusités.«Parce qu\u2019elle ne se définit jamais par l\u2019émotion.Cette femme est une résistante et je n\u2019ai jamais rompu ce contrat-là.Elle est gelée, sans af fect, sauf à la mort de sa mère, incarnant la force dans un monde où chacun est faible, surtout les hommes : père, mari, amant, fils, voisin.Si on avait amolli son caractère, le film aurait perdu sa sève.Elle est le produit de la faiblesse masculine, vulnérable mais forte.À partir du moment où, comme actrice, on accepte une proposition de fiction, l\u2019important, c\u2019est d\u2019aller jusqu\u2019au bout.» Aller jusqu\u2019au bout Isabelle Huppert n\u2019en finit pas d\u2019inspirer les cinéastes, français et étrangers, jeunes et vieux.Elle a tourné notamment cette année dans Madame Hyde de Serge Bozon, une femme aux deux visages, à la Docteur Jekyll et Mister Hyde.Dans le dernier Michael Haneke, Happy End, sur la crise des migrants, l\u2019actrice donnait la réplique à Jean- Louis Trintignant : film qui devrait atterrir à Cannes.Quant à Verhoeven, il trouve parfois difficile de travailler aux États-Unis.« On doit se battre pour aller là où d\u2019autres ne sont pas allés.Quand vous faites un film de science-fiction, on vous invite à en respecter tous les codes, alors qu\u2019il y a moyen de les déjouer.J\u2019aimerais faire des comédies, mais qui me voit là ?Aux États-Unis, vous êtes hot ou vous ne l\u2019êtes pas, selon l\u2019accueil reçu par votre dernier film.Basic Instinct avait eu du succès, mais pas Showgirls.On peut rebondir aussi, mais c\u2019est compliqué.En Europe, du moins, ils ont suivi votre carrière\u2026» Il a pris le goût de la France et, en plus de travailler sur un film américain, jongle avec divers projets dans l\u2019Hexagone.Un des scénarios porte sur la Résistance française à Lyon en 1943.« Plusieurs grands résistants avaient de nombreux partenaires amoureux, dit-il.La mort était proche et les codes n\u2019étaient plus les mêmes.Dans Blackbook, que j\u2019ai tourné aux Pays-Bas [2006], j\u2019abordais déjà le brouillage de repères sous l\u2019Occupation.Un sujet fascinant.» Le Devoir Huppert et Verhoeven sur le fil du rasoir Le duo parle d\u2019Elle, adaptation d\u2019Oh\u2026, roman ambigu de Djian, qui arrive sur nos écrans MICHAEL LOCCISANO AGENCE FRANCE-PRESSE Paul Verhoeven et Isabelle Huppert, le mois dernier, à New York.Ils répondent aux questions du public sur Elle, film ambigu qui a soulevé une petite controverse à Cannes au printemps dernier.L\u2019ARRIVÉE V.F.D\u2019ARRIVAL ?Science-fiction de Denis Villeneuve.D\u2019après la nouvelle Story of Your Life de Ted Chiang.Avec Amy Adams, Jeremy Ren- ner, Forest Whitaker.États-Unis, 2016, 117 minutes.O D I L E T R E M B L A Y On sait gré à Denis Villeneuve de ne pas égarer son style en touchant à la science-fiction dans sa dernière production américaine (tournée au Québec, quand même).Ses vaisseaux extraterrestres ont une forme ovoïde de concombres volants, du plus bel effet.La classe ! Ses pieuvres, l\u2019apparence des étrangers venus de l\u2019espace, ont un côté insolite sans vulgarité et hors des poncifs du genre, qui évoquent les araignées géantes de son Enemy.La musique de Jó- hann Jóhannsson, indissociable de l\u2019univers du cinéaste depuis Prisoners, nimbe le film d\u2019un climat allégorique, entre conflits intimes et menace d\u2019une guerre des mondes.La caméra de Bradford Young fait des prouesses.En adaptant la nouvelle Story of Your Life de Ted Chiang, le scénariste Eric Heisserer a pris des liber tés, mais les lignes principales du synopsis sont au poste.Alors que des extraterrestres débarquent en dif fé- rents points du globe avec on ne sait quelles intentions, l\u2019armée américaine charge une linguiste (Amy Adams) de trouver un pont de communication avec ces créatures.À ses côtés: un mathématicien (Jeremy Renner), un colonel (Forest Whitaker).Les Chinois, eux, sont prêts pour l\u2019attaque.Le temps presse.Reste à décoder leur langage, ce à quoi s\u2019applique cette femme, armée de théories qui relient le comportement au langage.Il y a quelque chose de métaphysique dans la dérive des temps d\u2019action pour la partie du film qui aborde le lien de cette femme avec sa fille, alors que ses dons de seconde vue lui permettent d\u2019éviter sa conception.Arrival est plus intelligent que bien des productions d\u2019anticipation, plus subtil aussi, tout en s\u2019inscrivant dans la lignée féconde des œuvres poético-métaphysiques de Terrence Malick et d\u2019Inception de Christopher Nolan, pour la traversée des dimensions.On reprochera à Arrival la minceur des rôles de Jeremy Renner et de Forest Whitaker.Villeneuve, comme dans Sica- rio, aime donner le leadership à une héroïne féminine.Mais cette fois, une romance trop escamotée entre elle et le mathématicien perd sa charge et sa crédibilité.Dans ce scénario complexe, les facilités sont collées aux rappor ts amoureux, jamais à ce lien étrange entre les créatures de l\u2019espace et l\u2019humaine qui inter roge leurs signes de l\u2019autre côté de la vitre ou pas.Le lien mère-fille, de son côté, se développe sur une ligne de mystère où le temps et le deuil se mêlent à la peur de l\u2019autre et au courage de l\u2019affronter.Arrival n\u2019est pas un film d\u2019acteurs, même si Amy Adams se distingue par son jeu nuancé.C\u2019est l\u2019élégance de la mise en scène, de la direction artistique et des effets spéciaux, de la musique aussi, la facture générale de raffinement, donc, qui impressionne.Quant au scénario, malgré quelques pas de côté émotionnels qui détonnent avec un ton d\u2019ensemble sobre et maîtrisé par-delà son délire visuel, il se décline à plusieurs niveaux avec intelligence, sur un revirement final qui renvoie à des dimensions parallèles.Arrival, bon atterrissage de Villeneuve dans la science-fiction, laisse présager le meilleur pour son Blade Runner 2.Le Devoir Bel atterrissage L\u2019arrivée marque les premiers pas réussis de Villeneuve en science-fiction PARAMOUNT PICTURES Amy Adams se distingue par son jeu nuancé."]
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