Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (9)

Références

Le devoir, 2016-11-12, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Un an après les attaques terroristes de Paris, un survivant du Bataclan apprivoise son drame en bande dessinée dans une œuvre hautement cathartique Page F 12 F A B I E N D E G L I S E P aris, le 18 septembre 1995.« Mon amour, cela fait si longtemps que je n\u2019ai pas écrit ces deux mots.Les dire est bon, mais les mettre sur ce papier pour toi me donne un plaisir si fort\u2026 que je crois bien que je recommencerai.Je suis installé dans la chambre devenue bureau.Ta présence est là.Je l\u2019aime et je t\u2019aime.» C\u2019est une brique de 1276 pages envoyée dans la gueule d\u2019un présent qui semble vouloir cultiver la haine, la violence, l\u2019intimidation, la misogynie\u2026 Une brique contenant des centaines de lettres d\u2019amour envoyées pendant plusieurs décennies par l\u2019ancien président français François Mitterrand à sa maîtresse Anne Pingeot, toutes empreintes de désir, de passion, de respect et de culture.« Ce sont les fleurs de la confiance, mon Anne déchirée \u2014 et tant et tant aimée.» «Tu sais que je t\u2019aime.Tu sais que je pense à toi.Tu sais que j\u2019ai déjà mal de toi, mon amour.Tu sais que je suis, François, le tien.» Sortie de l\u2019intimité d\u2019une romance pour finir dans un livre, Lettres à Anne (Gallimard), correspondance d\u2019un amour interdit \u2014 rappelons ici que François Mitterrand était marié à Danielle, qui ne devait jamais être loin de lui lorsqu\u2019il écrivait tous ces mots à Anne \u2014, se rappelle à nous aujourd\u2019hui comme un anachronisme qui met en relief un art perdu, celui de la lettre d\u2019amour manuscrite et envoyée par courrier ou messager à sa douce, art que l\u2019hyper- connexion numérique des rapports humains tout comme l\u2019approche utilitariste des relations sentimentales semblent avoir, au pire anéanti, au mieux muté ailleurs.«C\u2019est une correspondance volumineuse, de type littéraire, comme il ne s\u2019en fait plus, admet à l\u2019autre bout du fil Marie-Andrée Beaudet, du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) de l\u2019Université Laval qui, avec Mylène Bédard, vient de publier un ouvrage collectif sur le XIXe siècle québécois à travers ses discours épistolaires (Nota Bene).François Mitterrand était un grand homme, un homme cultivé, avec un niveau de culture dans sa correspondance qui ajoute à l\u2019intérêt de ces lettres.Oui, aujourd\u2019hui, le support, la forme, le style de ces échanges ont changé, mais le besoin de se dire à l\u2019autre, comme Arthur Buies l\u2019a fait au XIXe dans sa correspondance avec sa jeune fiancée Mila, le besoin de rejoindre l\u2019autre par l\u2019écrit, est toujours là.Il est universel, intemporel, et certainement de plus en plus nécessaire à nourrir et à cultiver à une DISCOURS ÉPISTOLAIRE L\u2019art perdu de la lettre d\u2019amour La littérature reste un territoire propice à l\u2019expression du désir de l\u2019autre M A N O N D U M A I S «C omment all o n s - n o u s , m o n s i e u r Bouchard ?» Un silence suivi d\u2019un soupir puis d\u2019un haussement d\u2019épaules.Au fond de son œil bleu perçant, on cherche une quelconque lueur d\u2019espoir.« Il n\u2019y a pas de réponse à ça\u2026 mais quand on regarde la société évoluer comme je l\u2019ai vue de mon enfance à aujourd\u2019hui, qu\u2019on vieillit, qu\u2019on a fait un métier toute sa vie, il n\u2019y a aucune raison d\u2019être de bonne humeur pour toutes sortes de raisons», avance Serge Bouchard avec sa belle voix grave, cette voix qu\u2019on a l\u2019impression d\u2019entendre dans cette trentaine de courts essais formant Les yeux tristes de mon camion.« Où sont passés la sagesse, les rêves, les espoirs?Quel est le projet de la société québécoise ?À part le calcul comptable, la dette publique, la croissance, il n\u2019y en a pas, de projets ! » constate-t-il.Serge Bouchard ne s\u2019en cache pas.Il est pessimiste.Et las.Las de cette société de performance où la qualité, la durée et la réflexion ont fait place à la convivialité, à la spontanéité et à la légèreté.Selon ses dires, l\u2019homme de 69 ans appartiendrait à cette espèce qu\u2019on ne désire plus.«À la radio, on est à la capsule, le ton doit être plus haut et le rire, omniprésent.Les émissions locomotives de Radio-Canada sont des émissions d\u2019humour.Ce rire est un symptôme très sérieux : nous ne sommes plus une société de contenu.Les experts disent que les gens ne veulent pas de contenu parce qu\u2019ils refusent la durée.Je suis la preuve vivante que cela est totalement faux.Si tu es intéressant, tu peux l\u2019être pendant une heure.» Sombre présent Fort de son regard lucide d\u2019anthropologue, Serge Bouchard devine que l\u2019on ne qualifiera pas notre époque de formidable dans un futur lointain.« C\u2019est une époque dif ficile, probablement pleine de promesses, mais pour le moment, pleine d\u2019interrogations, de culs-de- sac, de souffrance.On a inventé la télévision dans les années 1930, mais on ne sait pas encore comment en faire.Alors, avant qu\u2019on sache quoi faire avec Internet\u2026» Nostalgique ou nostalgiste ?« Je ne vois pas la dif férence.J\u2019ai toujours fait la promotion positive de la nostalgie en disant que nous sommes des êtres forcément nostalgiques.Si tu respectes la durée, si tu la sens, tu ne peux pas éviter la nostalgie.Voyons donc ! La nostalgie, c\u2019est le pays de ton enfance, un territoire que tu ne pourras plus retrouver jamais, jamais, jamais.Nous sommes tous des exilés à cause de la temporalité.Nous devrions tous nous tenir la main, nous dire : \u201cCe que tu vis, je le vis, tout le monde le vit.\u201d » Hélas ! cette solidarité qu\u2019il souhaite ne semble pas être au programme.«On n\u2019est pas capable de parler à la jeunesse ni à la vieillesse.La crise identitaire n\u2019est pas seulement nationale ou culturelle, elle est individuelle : qui sommes-nous, que voulons-nous, qui sont nos enfants?Je ne crois pas que ce ne sont pas nos premiers sujets comme société.» À quelques jours de la victoire de Donald Trump, Bouchard se désole que l\u2019humanité ne retienne rien de son histoire : «S\u2019il y a une leçon avec ce qui se passe aux États-Unis, RENCONTRE Les yeux tristes de Serge Bouchard L\u2019anthropologue n\u2019aime pas son époque, mais déclare son amour à la race humaine dans Les yeux tristes de mon camion PEDRO RUIZ LE DEVOIR «L\u2019être humain est une créature monstrueuse éminemment dangereuse, cent fois plus que n\u2019importe quel fauve.C\u2019est incroyable le mal qu\u2019il peut faire à l\u2019humain et à la nature », explique Serge Bouchard.TIFFET VOIR PAGE F 2 : AMOUR Lire aussi pour confronter la passion à la haine \u203a Le prix de la chose: éloge cru de la tendresse Page F 4 Les méandres de l\u2019adultère, depuis Londres et Montréal Page F 10 L\u2019amour des livres et de la littérature vu par Christian Desmeule Page F 11 Aimer au féminin, aimer au masculin Page F 14 VOIR PAGE F 14 : BOUCHARD SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 Correcteur avancé \u2022 Dictionnaires riches et complets \u2022 Guides linguistiques clairs et détaillés En français ou en anglais, Antidote est l\u2019arsenal complet du parfait rédacteur.Que vous rédigiez une lettre, un courriel, un rapport ou un essai, cliquez sur un bouton et voyez s\u2019ouvrir un des ouvrages de référence parmi les plus riches et les plus utiles jamais produits.Si vous écrivez à l\u2019ordinateur, Antidote est fait pour vous. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 2 Venez rencontrer nos auteurs au Salon du livre de Montréal Nouvelles, romans, théâtre, essais Espace Dimedia Stand 402 Ludovic Fouquet, Robert Faguy Kevin McCoy Marcel Gaumond Jean-Pierre Girard Jean-Denis Beaudoin Elizabeth Gagnon Hugues Corriveau Martin Gignac, Jean-Marie Lanlo Chantale Gingras Steve Gagnon et Monique Vaillancourt-Lelièvre JEUNESSE MÊME PAS VRAI Larry Tremblay et Guillaume Perreault La Bagnole Montréal, 2016, 192 pages «Bonjour.Je m\u2019appelle Marco.J\u2019ai sept ans et demi avec des poussières.Comme dit mon grand-père quand on lui demande l\u2019heure.Il répond toujours : \u201cIl est cinq heures et des poussières.\u201d Il y a toujours de la poussière sur la montre de mon grand- père.» Marco a mille et un commentaires et tout autant de questions à poser sur le monde qui l\u2019entoure.Il avance dans sa vie de petit garçon avec toute la force, l\u2019amour et l\u2019imagination que ça prend pour comprendre et vivre le réel.C\u2019est ce que Tremblay nous livre à travers le quotidien de ce personnage entouré d\u2019une faune qui sait alimenter ses réflexions.Ses parents, sa petite sœur toute neuve qui a « le visage frisé comme chou», son amie Gina qu\u2019il voudrait parfois rayer de sa vie, sans compter son chien qui porte un nouveau nom tous les jours.À la jonction entre l\u2019album et la bande dessinée, ce premier livre jeunesse pour l\u2019auteur de L\u2019impureté témoigne d\u2019une grande sensibilité.Les nombreuses réparties mélangent délicieusement l\u2019absurde, la candeur, l\u2019insouciance, et font ressortir l\u2019authenticité de Marco.Le style délicat de Guillaume Perreault, fait d\u2019un trait noir tout simple sur fonds blancs, de quelques détails posés là où il faut, accompagne habilement ce charmant récit.Marie Fradette POÉSIE MA TERRE EST UN FOND D\u2019OCÉAN Serge Lamothe Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2016, 84 pages La voix poétique de Serge Lamothe est viscéralement emphatique, haussée d\u2019un souffle où son goût pour l\u2019opéra transparaît.Un peu surannée, sa forme tient d\u2019un plaisir propre à la prosodie classique.Ce classicisme sert d\u2019appui à une parole revendicatrice très actuelle, inféodée à des effets polémiques : «des millions d\u2019ancêtres se retournent / dans les champs en friche / sous les développements immobiliers / les parkings et les centres d\u2019achat / ils se relèvent grisés d\u2019un écœu- rement surhumain / et retombent en poussières d\u2019étoiles amnésiques».Cette poésie tient de ce discours revendicateur impérieux qui redit l\u2019actuelle déroute de certaines valeurs.Ce genre de poésie propose toujours une percolation entre les sentiments et le terrestre, les images de l\u2019âme et celles de la terre, entre le corps et le territoire ; et en cela, Serge Lamothe s\u2019inscrit dans une lignée fortement représentée et richement pourvue.S\u2019il est vrai, comme le dit très bellement un sous-titre du recueil, que « la vie ne nous a pas écrit », reste la poésie pour écrire ses défaillances.Hugues Corriveau H U G U E S C O R R I V E A U O n n\u2019est pas cer tain que Toino Dumas soit le nom réel de cette écrivaine qui signe ses œuvres ou collaborations de nombreux hétéro- nymes, dont Jacquo Ademas, Cécile Lou et, plus récemment, Antoine Dumas.C\u2019est en effet sous ce nom qu\u2019elle a publié Au monde inventaire (éditions du Passage, 2015) dont nous avons rendu compte ici même avec enthousiasme.Son présent Animalumière est un acte de foi, un plaidoyer pour la vie lucide, un sursaut écolo, très certainement em- por té par un besoin de dé- construire les noirs desseins de la fatalité.Il ne s\u2019agit pas de béatitude, mais d\u2019une connaissance à vif de ce qu\u2019est l\u2019acte d\u2019appréhender ce qui se vit.Or, c\u2019est à travers le mot « lumière », dont l\u2019usage récurrent dans le re- cue i l ne se compte p lus , qu\u2019elle part en quête de sens.Sous le noir, la beauté et la laideur ; sous la clarté, quelques éclats de vie ou de mort.Ainsi, au recto de la vision, par fois teintée de bonheur : « il y avait une lumière douce comme savoir que mon père est dans l\u2019autre pièce à faire n\u2019importe quoi / il y avait une lumière tranquille et instable, ne tenant pas à grand-chose, mai s qu i me co l la i t aux paumes, un miel de ti l leul plus clair que le curcuma / c\u2019était visiblement une fin, une chance verte.» Au verso, « la lumière est la somme des états du monde, alluvions des désirs sans territoire et des pesantes peurs ».Sous cette poésie, on saisit un intense désir d\u2019innocence, une remise à nu des perceptions, des visions comme des actions, alors que la poète cherche à se défaire des habitudes trop loquaces qui font du bruit, qui brouillent, qui provoquent «à chaudes larmes la chandeleur ».Malgré tout, ce réalisme entre en conflit avec le rêve idéaliste d\u2019un amour trop beau.Vo ic i un r e cue i l où l a concentration même entre l\u2019acuité du regard et la cécité qui en découle ne propose pas de solution mais s\u2019of fre comme état de conscience.« Et si la suite est une rengaine avec de vieux os et du bois de mer, avec le sel et plus aucun souvenir de la ville / et si pour continuer on doit défaire le coton de sa chemise et vivre avec sa faim, façonner de minuscu l e s lueur s avec presque rien et quasiment n\u2019impor te quoi / alors qu\u2019ainsi soient nos vies et nos chants, radeaux et cabanes, histoires et poèmes.» La lumière en ef fet, mais aussi les trois autres élé - ments, impérative voie d\u2019accès à toutes les contradictions qui fouissent le cœur de la poète, e l le qui veut s\u2019orienter dans le grouillant univers qui foisonne devant el le .En fai t , e l le cherche « mille moyens pour se garder lumineuse et ter roris te au sein des villes ».Ce recueil est animé par une double tension qui le propulse à la fois du côté sombre qu\u2019irriguent les désespérances et du côté clair où les « sur vivantes » donnent à penser qu\u2019une suite est possible pour la parole.Collaborateur Le Devoir ANIMALUMIÈRE Toino Dumas Le Lézard amoureux Montréal, 2016, 82 pages POÉSIE Les sursauts écolos de Toino Dumas Son Animalumière est un acte de foi, un plaidoyer pour la vie lucide La lumière est la somme des états du monde, alluvions des désirs sans territoire et des pesantes peurs Toino Dumas, dans Animalumière « » époque où les excès de haine et de conflit, « ne permettent plus de voir l \u2019amour de la même façon ».Ça, c\u2019est l\u2019ar tiste Francis O\u2019Shaughnessy qui le dit, lui qui vient de terminer un doctorat en pratique des ar ts à l\u2019UQAM sur le haïku performatif et le renouvellement de la lettre d\u2019amour.« Une lettre d\u2019amour, ce n\u2019est pas un texto, pas un \u201cje t\u2019aime\u201d accompagné d\u2019un numéro de téléphone sur un bout de papier, estime-t-il.C\u2019est le défrichement du chaos que tu as dans la tête pour comprendre ce qu\u2019est l\u2019amour pour soi et ce qu\u2019est ton amour pour l\u2019autre.» Deux profils et des étoiles «Anne, mon amour, c\u2019est malin : je suis là, seul, la nuit tombe, Bécaud chante \u201cNathalie\u201d, mes doigts sentent le géranium que je viens de couper, quelques tomates, un melon, un yaourt ont composé mon dîner [\u2026], écrit le futur président à sa maîtresse, un soir de juillet 1965, sur l\u2019enveloppe j\u2019ai déjà écrit Anne Pingeot, Lohia, je suis là, seul, et toi tu sors d\u2019Ametsa, peut-être es-tu dans ta chambre, peut-être entends- tu Ferré ou Aragon [\u2026], peut- être, et nous sommes là, Anne et François, chacun de son côté, à distance de cent pins, de deux routes et d\u2019une brasse d\u2019air qui se hâte de passer par les gammes du bleu jusqu\u2019aux marges du noir, et pour tant, Anne mon amour, [\u2026] j\u2019aurais aimé, aimé, aimé dormir sur la plage avec toi, j\u2019aurais aimé, aimé, aimé de profil avec ton profil regarder les mêmes étoiles du même ciel\u2026 » Autre temps.Celui où les leaders politiques ne se vantaient pas en public d\u2019attraper les femmes par autre chose que la romance et l\u2019esprit, celui aussi où la conquête prenait des chemins hautement plus aériens que celui d\u2019un doigt s\u2019agitant sur l\u2019écran d\u2019un téléphone pour magasiner le programme sexuel de sa soirée.«L\u2019amour est entré dans une logique de consommation, dans des rappor ts utilitaires, dit M.O\u2019Shaughnessy.Si la poésie des états af fectifs était davantage recherchée pour arriver à quelque chose de mieux entre deux personnes, ce serait déjà beaucoup mieux.La lettre prouve que tu veux exister avec la personne à qui tu t\u2019adresses.Cela pose les bases d \u2019un rap- por t déjà beaucoup plus positif.» Un esprit permanent La lettre d\u2019amour pour stimuler plus de respect : le numérique est loin d\u2019être un frein à la chose, estime Benoît Melançon, prof de littérature, animateur du blogue L\u2019oreille tendue, dont l\u2019éditeur Del Buso vient de publier, dans un livre en papier, plusieurs belles feuilles.Il est aussi un spécialiste des relations épistolaires.« Sur papier, la lettre d\u2019amour est effectivement en voie de disparition, mais elle est, dans le vaste éventail de communication à notre disposition, devenue autre chose, de plus étonnant par rapport à la tradition, mais qui témoigne toutefois d\u2019une permanence, dit-il.Qui pourrait dire que le courriel amoureux est moins amoureux qu\u2019une lettre d\u2019amour?» Preuve que l\u2019amour existe encore, en format numérique comme ailleurs, l\u2019homme fait référence à « l\u2019ef fet Cyrano » identifié par une chercheuse française en sciences sociales pour qualifier une pratique singulière : des jeunes aujourd\u2019hui demandent de l\u2019aide autour d\u2019eux pour écrire des textos amoureux et s\u2019assurer de l\u2019efficacité de leur message auprès de la personne ciblée, comme le fait Cyrano avec Christian pour atteindre le cœur de Roxanne dans la pièce d\u2019Edmond Rostand.Une assistance littéraire qui, si elle devait se répandre et s\u2019incruster dans le présent, pourrait bien finir un jour par façonner une autre brique, envoyée dans le futur au visage d\u2019un autre présent.Le Devoir LETTRES À ANNE 1962-1995 François Mitterrand Gallimard Paris, 2016, 1276 pages En librairie le 16 novembre SUITE DE LA PAGE F 1 AMOUR «Une lettre d\u2019amour, [.] c\u2019est le défrichement du chaos que tu as dans la tête pour comprendre ce qu\u2019est l\u2019amour pour soi et ce qu\u2019est ton amour pour l\u2019autre» ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Larry Tremblay D A N I E L L E L A U R I N «M on livre est une critique de l\u2019impérialisme et du colonialisme en marche en Afghanistan», avance Deni Ellis Béchard en parlant de son troisième roman, Dans l\u2019œil du soleil.C\u2019est en tant que photo- repor ter indépendant qu\u2019il s\u2019est rendu en Afghanistan en 2009.Mais il n\u2019a pas tardé à trouver là matière à roman.En tout, il a passé huit mois, entre 2009 et 2014, à Kaboul.Sans protection, sans garde du corps.Son travail de journaliste et de photographe non seulement lui permettait de survivre financièrement, mais lui servait de sésame pour approcher les gens et approfondir sa connaissance du terrain.L\u2019 I rak , l \u2019 Inde , l e Congo\u2026 L\u2019écrivain de 42 ans, né à Vancouver d\u2019une mère américaine et d\u2019un père québécois, parcourt la planète depuis de nombreuses années.Il ne se décrit pas pour autant comme un nomade, non plus comme un aventurier.« Je ne fais pas les choses pour l\u2019aventure.Je voyage par curiosité intellectuelle.Je veux comprendre.Je suis allé en Afghanistan parce que je voulais comprendre ce qui se passe là- bas, comprendre la guerre.» Ce qu\u2019il a compris dans un premier temps, c\u2019est à quel point la situation là-bas est complexe.Mais surtout : « J\u2019ai compris combien on a été ignorants, les Canadiens et les Américains, quand on a débarqué là-bas.Et je pense qu\u2019encore au- jourd\u2019hui, même après 10 ans de guerre, on demeure ignorants de la culture afghane.Comment voulez-vous, dans ce cas, gagner une guerre, aider à reconstruire un pays ?» Dans l\u2019œil du soleil nous conduit au milieu de la guerre en Afghanistan, 10 ans après le 11 septembre 2001.L\u2019auteur prend comme point d\u2019observation un groupe d\u2019expatriés qui exercent différents métiers là- bas : travailleur humanitaire, journaliste, mercenaire\u2026 Le Far West Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il a choisi cette posture comme romancier.«Lors de mon premier séjour, j\u2019avais l\u2019impression, en observant les expatriés en fonction, de lire un livre portant sur l\u2019Inde à l\u2019époque de l\u2019Empire britannique, avec l \u2019homme blanc dans sa maison, entouré de serviteurs du pays, qui servent d\u2019intermédiaires entre les pauvres et les étrangers.» Il voyait aussi des rapprochements avec les livres sur le Far West qu\u2019il lisait en masse dans sa jeunesse.« On découvre de l\u2019or quelque part, et tout d\u2019un coup une ville apparaît, des gens arrivent de partout : des mercenaires, des missionnaires, des gens qui veulent devenir riches du jour au lendemain.À Kaboul, j\u2019ai vu la même chose: des étrangers qui viennent de partout pour s\u2019enrichir, prendre l\u2019argent des organisations internationales et se réinventer.» Il ne nie pas que certaines personnes soient bien intentionnées.Mais ce qu\u2019il a vu surtout, insiste-t-il, ce sont des gens imbus d\u2019eux-mêmes, pris dans leur propre histoire, qui fuyaient les problèmes rencontrés chez eux et le manque de sens dans leur propre vie, tout en se prenant pour des sauveurs messianiques.Parmi les personnages qu\u2019il met en scène dans son roman : Frank, un esseulé qui a connu la guerre du Vietnam avant de devenir homme d\u2019af faires et qui fonde une école à Kaboul sans rien connaître de l\u2019enseignement.Aussi : Clay, un ex- soldat au passé trouble et violent, devenu mercenaire.Ajoutez à cela un enseignant dévot qui rêvait d\u2019être soldat, une avocate féministe qui n\u2019a jamais mis les pieds dans une zone de guerre et une journaliste casse-cou qui se vante de ses prouesses.Créer une distance Tout ce beau monde est vu par les yeux d\u2019une jeune Japonaise qui a l\u2019ambition de devenir écrivaine.C\u2019est d\u2019ailleurs à cette narratrice que Deni Bé- chard s\u2019identifie le plus : « Elle essaie de reconstruire l\u2019ordre du monde à travers un roman.De le déconstruire aussi.» Et c\u2019est une femme.« Elle me permettait de regarder les choses avec plus de distance, autrement.» L\u2019auteur de Vandal Love et de Remèdes pour la faim convient que, dans ses jeunes années, on aurait pu l\u2019associer davantage au personnage de Clay, figure extrême du mâle alpha dans son nouveau roman.« J\u2019ai été élevé d\u2019une façon très violente.Pendant toute mon enfance, les hommes mettaient en valeur la force et le pouvoir masculins.J\u2019ai voulu par ce livre créer une distance avec tout ça, pour faire exploser les rôles traditionnels masculins-féminins.» Au milieu de la faune étrangère, un personnage trouble hante le récit : un jeune Afghan prénommé Idris.Il rêve d\u2019émigrer aux États-Unis, mais le collège privé qu\u2019il fréquente donne préséance aux filles, sous prétexte qu\u2019elles sont moins favorisées dans la société afghane.Idris est animé par un sentiment d\u2019injustice.Nourri depuis l\u2019enfance par la culture américaine, il se sent trahi.Comme bien des jeunes Afghans, selon l\u2019écrivain-journaliste.« Ils ont grandi avec l\u2019espoir que les narrations, les fictions américaines qui les nourrissent depuis 15 ans d\u2019occupation américaine, soient possibles pour eux aussi.Mais ils se rendent compte, à un moment donné, que c\u2019est un cul-de-sac.» Un livre sur les fictions qu\u2019on se raconte sur nous-mêmes.Et sur les autres.C\u2019est ainsi que Deni Béchard résume Dans l\u2019œil du soleil, finalement.Collaboratrice Le Devoir DANS L\u2019ŒIL DU SOLEIL Deni Ellis Béchard Traduit de l\u2019anglais par Dominique Fortier Alto Québec, 2016, 554 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 3 Photo : Martine Doyon Prix décerné à un écrivain pour l\u2019ensemble de son œuvre.Toutes nos félicitations à l\u2019auteur ! Claude Jasmin récipiendaire du prix Athanase-David 2016 lettres québécoises La revue de l\u2019actualité littéraire Abonnement papier et électronique : www.lettresquebecoises.qc.ca Suivez-nous sur Facebook Soutenez notre revue en abonnant un ami ! Roman Traduction POLAR RÉCIT Nouvelle POÉSIE Études littéraires CONTE Actualité La seule revue ENTIÈREMENT consacrée à la LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE.REVUE fondée en 1976 LE BORÉAL AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL Boréal Retrouvez les auteurs du Boréal au STAND 405 36 auteurs 36 histoires 36 rencontres Pour savoir quand vos auteurs seront présents : editionsboreal.qc.ca/SLM ENTREVUE Déconstruction des fictions en zone meurtrie En Afghanistan, Deni Ellis Béchard pose un regard critique sur l\u2019humanitaire et ses contradictions NAJIM RAHIM AGENCE FRANCE PRESSE Un médecin sans frontières sur le territoire afghan en 2015.Dans son roman, Deni Ellis Béchard a placé un groupe d\u2019expatriés au milieu de ce pays en guerre, 10 ans après le 11 septembre 2001.La bougeotte «Mes premiers souvenirs d\u2019enfance, c\u2019est de regarder par la fenêtre, de voir loin et d\u2019avoir besoin d\u2019y aller\u2026», raconte Deni Béchard, qui a grandi dans une famille pour le moins marginale : une mère hippie, ésotérique ; un père voleur de banque qui a connu la prison et a fini par se suicider dans le plus grand dénuement à 56 ans.L\u2019enfance de l\u2019écrivain a été marquée par l\u2019errance.Et par le goût du danger.« Il y a des personnes qui ont besoin de prendre des risques dans la vie, et je pense que je suis comme ça.J\u2019ai grandi comme ça.» Ces temps-ci, il se verrait bien à Mossoul, en Irak.Il se dit très jaloux des journalistes qui couvrent les affrontements là-bas.«Mais qu\u2019est-ce qui est le plus important?Que je reste vivant et que j\u2019écrive les 20 livres que je projette de faire ou que je parte à l\u2019aventure et que je meure?» Deni Ellis Béchard L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 4 F groupefides.com 3 6 0 p a g e s \u2022 3 9 , 9 5 $ Un ouvrage de référence exceptionnel www.pulaval.com Presses de l\u2019Université Laval PUL ISBN 978-2-7637-2997-8 SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL En signature ANDRÉE FERRETTI Stand 236 samedi 19 novembre à 12 h Nos auteur.e.s au salon du livre de Montréal Info complète sur notre site?: ecosociete.org Une escroquerie légalisée Précis sur les «paradis fiscaux» Alain DENEAULT Olivier DUCHARME Samedi 19 novembre, 17?h Les paradis fiscaux, comment ça marche?Table ronde | Place Confort TD À bout de patience Pierre Perrault et la dépossession Vendredi 18 novembre, 18?h?30 Pierre Perrault et la dépossession Table ronde | Place Confort TD En dédicaces au stand Dimedia (n° 400) Eric Pineault Karen Messing Le piège Énergie Est Les soufffrances invisibles Cinq chantiers pour changer le Québec Ève-Lyne Couturier Philippe Hurteau (IRIS) Kuei, je te salue Natasha K.Fontaine Deni E.Béchard C H R I S T I A N D E S M E U L E S L\u2019amour ?C\u2019est peut-être quelque chose comme la rencontre, en temps et lieu, de deux désirs compatibles qui vont s\u2019arrimer l\u2019un à l\u2019autre.C\u2019est ce que semble nous dire Natalie Jean lorsqu\u2019elle dessine, dans son premier roman, deux trajectoires qui se rejoignent juste au bon moment pour se fondre en une vie commune.Illustratrice-graphiste de 32 ans, Joëlle Pellerin est enthousiaste à l\u2019idée d\u2019aller habiter bientôt avec son chum.On lui a souvent dit qu\u2019elle avait trop d\u2019imagination, mais elle n\u2019aurait jamais cru en avoir suf fisam- ment pour croire que l\u2019homme qu\u2019elle aimait la trompait avec sa meilleure amie \u2014 une surprise qui prend des proportions démesurées lorsqu\u2019elle se rend compte que presque tous ses amis le savaient déjà.Une double trahison à mettre au compte de sa « naïveté crasse », dira-t-elle.« Naïveté crasse : pathologie provoquée par le port prolongé de lunettes roses ; myopie volontaire ; état de connerie de celle qui ne voit rien de ce qui se trame devant ses yeux.À côté de la description, il y a ma photo.» Encore pleine de ses fantasmes d\u2019un amour rempli de possibles, lourde de cette vie à deux salement avortée, elle va saisir l\u2019occasion d\u2019un incendie dans son immeuble pour tout laisser derrière et aller s\u2019installer à Québec, d\u2019où elle est originaire.Joëlle va en profiter pour faire page blanche et inscrire un désir tout en haut de la l iste de ses envies : « Aimer quelqu\u2019un qui m\u2019aime.» Écorchée vive, elle va s e d o n n e r l e temps de renaître \u2014 et d\u2019abord à elle-même.«Qu\u2019est-ce que je fais?Je roule, je me promène, je regarde.Quand j\u2019ai faim, je mange.J\u2019apprivoise un royaume où j\u2019ai décriminalisé la sieste.Je suis ce pèlerin qui a marché des jours dans une forêt obscure et raboteuse, pleine de roches et d\u2019épines hirsutes, et qui, soudain, débouche dans une plaine radieuse semée de foin doux qui chatouille les mollets.» Max Rivière, 37 ans, veuf, porte lui aussi quelques cicatrices.Seul survivant de son monde effondré, lavé de toutes ses certitudes, partenaire dans une entreprise qui a moins besoin de lui, l\u2019homme construit des cabanes dans les arbres, à l\u2019image de celle démolie un jour par son père.Il échange le plus souvent possible l\u2019agitation de Montréal contre la colline et le cabanon en ruine hérité de son père dans les Appa- laches.«On pense avoir enfoui les choses très loin en soi, mais elles sont toujours là, aux aguets, sous la peau.» Il y passe de plus en plus de temps, en compagnie de q u e l q u e s c h i e n s e t d \u2019 u n vieil homme qui y squatte, exhumant le passé à coup de bons et de mauvais souvenirs, caressant sans trop y croire un dernier souhait : « Réussir à aimer encore.» Ces deux-là, qui sont tour à tour les narrateurs d\u2019Imago, vont d\u2019abord se croiser dans un train entre Montréal et Québec.Au fil de quelques mois, le hasard va s\u2019y mettre et le temps fera le reste.Ils se cherchaient sans le savoir, i l s von t s \u2019 a imer en tou te conscience sous le signe de leur maturité.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une rencontre.Mieux : d\u2019une convergence.Après deux recueils de nouvelles où s\u2019exprimaient sa sensibilité et son sens du détail, Natalie Jean fait ici le saut vers le roman.Je jette mes ongles par la fenêtre (L\u2019Instant même, 2008) et Le vent dans le dos (Le- méac, 2014) multipliaient les histoires de divorce et de renaissance féminine, les déambulations urbaines et les appels d\u2019air.Ses personnages regardaient souvent Québec avec des yeux neufs, comme légers de leur innocence retrouvée.Imago \u2014 un titre abstrait, pas très heureux \u2014 accumule lui aussi les instants du quotidien, porte une attention sensible aux détails et enchaîne les petites digressions.Une histoire comme beaucoup d\u2019autres, à la limite du banal et de l\u2019inédit, qui porte un regard sans passion débordante sur l\u2019expérience amoureuse.Tout est plutôt ici dans la manière : empreinte de délicatesse, organique, capable de dire oui à la vie.Collaborateur Le Devoir IMAGO Natalie Jean Leméac Montréal, 2016, 272 pages PREMIER ROMAN Concordance des temps Natalie Jean dessine dans Imago deux trajectoires qui se fondent en une vie commune F A B I E N D E G L I S E Si ça continue comme ça, c\u2019est peut-être la dystopie qui va nous tomber dessus : à force de se faire traiter comme des putes, comme des objets sexuels nourrissant une sexualité que les réseaux numériques et autres considérations sociales rendent de plus en plus utilitaire, les femmes s\u2019organisent et décident de se faire payer pour chacune de leurs «prestations» charnelles.Dans cette autre réalité sociale, les rapports sexuels sont tous enregistrés, documentés, facturés par une vaste organisation aux capacités de surveillance et de contraintes redoutables.Le suivi des paiements est serré.Et pas question pour les hommes de voler ce ser vice dans la violence et l\u2019absence de consentement : une substance chimique rend désormais le viol fatal à celui qui le commet, dans les minutes ou heures suivant l\u2019acte forcé.La culture de l\u2019agresseur n\u2019est plus qu\u2019un mauvais souvenir.Celui de la romance aussi.Le premier roman du journaliste et blogueur Joseph El- fassi a une langue très crue et des scènes de baise intenses dont la froideur est inversement propor tionnelle aux images sans ambiguïté qu\u2019elles exposent.Tout un racolage, en apparence, puisant dans ces codes culturels qui banalisent la pornographie par la surexposition de capsules vidéo pixelisées, et qui porte en lui une critique sociale fine d\u2019un présent troublé.Un présent où les histoires de cul, en devenant de plus en plus tristes, sont en train de venir à bout de la romance.« Chaque génération a l\u2019impression de redéfinir son rapport à la sexualité, expose l\u2019auteur, à l\u2019autre bout du fil.Nous avons une sexualité qui, for t heureusement, est plus libre qu\u2019avant, plus permissive.Or, cette liberté, nous la conjuguons aussi au temps du détachement, de la déshumanisation de l\u2019autre.Pour rester libre, on se permet d\u2019être froid, distant, de manquer de considération et de respect pour l\u2019autre.Nous avons perdu cer taines notions de tendresse et d\u2019af fec- tion.Et c\u2019est ce caractère utilitaire de l\u2019autre et ses conséquences que j\u2019ai voulu incarner dans ce bouquin.» Dans Le prix de la chose, la perdition a des visages, celui de Louis et de Myriam, sa « petite pute », pour reprendre le vocabulaire de ces quelques traqueurs de sexe qu\u2019il dépeint, qui au terme d\u2019un coït mécaniquement joué va, un jour, ex iger 200 $ .La de - mande va surprendre, faire sourire, convoquer le mépris, puis faire basculer l\u2019amant dans une réalité confondante où la ba lance du pouvo i r sur la sexualité change radicalement de main.La chose s \u2019 a p p e l l e s o b r e m e n t l e « Nouvel Ordre ».«C\u2019est un roman qui parle de la fin du privilège de la maîtresse», dit Joseph Elfassi, qui, dans son récit court mais bien senti, réaffirme ainsi le pouvoir des femmes sur leur corps et ouvre cette perspective critique sur l\u2019importance du consentement, du respect, de la poésie dans le rapprochement et le besoin de l\u2019autre.À moins de vouloir se complaire dans un cadre qui soulage le corps, sans jamais vraiment pouvoir nourrir l\u2019esprit.« Sébastien, un ami de Louis, lui a révélé qu\u2019il était terriblement soulagé depuis le Nouvel Ordre, parce que ça voulait dire que son habitude continue n\u2019était plus taboue, n\u2019était plus secrète, n\u2019était plus honteuse, que c\u2019était maintenant une norme», raconte Joseph Elfassi, page 41.« Quand on se retrouve dans un contexte social où, en matière de sexualité, les solitudes se rencontrent, pour mieux se reperdre aussitôt, cela crée des éloignements entre les hommes et les femmes, éloignements qui peuvent conduire à l\u2019extrême, jusqu\u2019aux abus », dit-il, tout en reconnaissant avoir imaginé le pire dans son bouquin pour certainement espérer faire venir le mieux.Le Devoir LE PRIX DE LA CHOSE Joseph Elfassi Stanké Montréal, 2016, 120 pages ENTREVUE Une sombre histoire de putes Joseph Elfassi fait de son premier roman l\u2019éloge cru de la tendresse et de l\u2019affection PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le prix de la chose, «c\u2019est un roman qui parle de la fin du privilège de la maîtresse», dit Joseph Elfassi.FRANÇOIS VACHON LE DEVOIR L\u2019expérience amoureuse reste au cœur de l\u2019univers romanesque de Natalie Jean. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 5 456 pages 15,95 $ 528 pages 16,95 $ P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire \u2013/1 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/3 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 2 La faute.Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 Le bonheur des autres \u2022 Tome 1 Le destin de.Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 2/3 Danger! Femmes en SPM Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis 3/4 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 4/6 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La tentation.Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 Chère Arlette Arlette Cousture/Libre Expression 5/5 Péril sur le fleuve Daniel Lessard/Pierre Tisseyre \u2013/1 Romans étrangers Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 1/4 Intimidation Harlan Coben/Belfond \u2013/1 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 2/8 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 4/10 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 6/33 Message sans réponse Patricia J.MacDonald/Albin Michel 3/4 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 5/6 Un cœur sombre Roger Jon Ellory/Sonatine 7/8 La fille dans le brouillard Donato Carrisi/Calmann-Lévy \u2013/1 Jack Reacher.Retour interdit Lee Child/Calmann-Lévy 9/2 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/3 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 2/6 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal \u2013/1 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand.Josée Blanchette/Flammarion Québec 4/6 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 3/3 Je suis féministe.Le livre Collectif/Remue-ménage \u2013/1 Sous la ceinture.Unis pour vaincre la culture.Collectif/Québec Amérique 6/3 Les superbes Collectif/VLB 5/5 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 7/56 Une incorrigible passion Collectif/Fides \u2013/1 Essais étrangers Toutes ces grandes questions sans réponse Douglas Kennedy/Belfond \u2013/1 Terrorisme.Mensonges politiques et stratégies.Jacques Baud/Rocher \u2013/1 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/38 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil \u2013/1 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 3/6 Petit cours d\u2019autodéfense en économie.L\u2019abc.Jim Stanford/Lux 4/2 Contre l\u2019allocation universelle Collectif/Lux 7/4 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 5/42 L\u2019extase totale.Le IIIe Reich, les Allemands et.Norman Ohler/Découverte \u2013/1 Clinton/Trump.L\u2019Amérique en colère Christine Ockrent/Robert Laffont 2/5 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 31 octobre au 6 novembre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C H R I S T I A N D E S M E U L E S J olie fille sans joie et sans passion au seuil de la trentaine, traductrice commerciale et mécanique, Charlotte a un problème qu\u2019elle connaît bien : tout le monde lui tape sur les ner fs.Cette petite reine, à l\u2019évidence, a de « graves problèmes d\u2019interaction sociale».Sa meilleure amie et colocataire, Mireille, une fille «authentique» (lire : moins jolie), serveuse dans un resto et étudiante en sexologie, a récemment fait par hasard la rencontre d\u2019un cer tain Alain Dimitriadis, doctorant en philosophie et anarchiste qui semble vivre de l\u2019air du temps.Alain travaille en plus à un roman intitulé Tous ceux qui s\u2019appellent Al- cibiade \u2014 l\u2019histoire «d\u2019un gars qui pense qu\u2019il est dif férent des autres, mais qui se rend compte qu\u2019il ne l\u2019est pas tant que ça».Sans trop se l\u2019avouer, Charlotte nourrit une certaine fascination pour Alain.Même si un cer tain Alexandre s\u2019intéresse à elle, un beau garçon qui lui semble trop «pur» et se prend « un peu trop au sérieux ».Mais sa passion pour « le flou et l\u2019indécision », Alain va aussi l\u2019appliquer (en secret) à sa relation avec Mireille.Après la rupture de Mireille et Alain, les deux amies vont se brouiller pour des motifs qui semblent échapper autant à l\u2019une qu\u2019à l\u2019autre \u2014 et surtout au lecteur \u2014, allant jusqu\u2019à cesser de s\u2019adresser la parole.Sans essayer de crever cet abcès, Charlotte va déménager ses pénates en catimini, trop fière pour aborder de front la question ou remettre en question son attitude.Par hasard, Charlotte va découvrir qu\u2019un certain Olivier T.St-Jean a publié deux ans plus tôt Tous ceux qui s\u2019appellent Albert, un roman curieusement proche de celui que l\u2019étudiant en philosophie prétend écrire.Fraude intellectuelle, mythomanie ?La jeune femme entreprend de «monter dans son esprit un dossier de la mor t » contre l\u2019étudiant en philosophie (qui ne s\u2019appelle peut-être ni Alain ni Olivier, pas plus qu\u2019il n\u2019étudie la philo) avec la vague intention de venger son ancienne amie (passée rapidement à autre chose) pour « non-respect des règles du jeu social ».Fondu au noir.Deux ans après Même ceux qui s\u2019appellent Marcel (Le- méac, 2014), roman introspectif urbain qui restait un peu à la surface des choses, Thomas O.St-Pierre poursuit son exploration des relations interpersonnelles.Changement de sexe et changement de prénom : Charlotte ne sourit pas, son second roman, est une sorte d\u2019étude psychologique contemporaine où quelques personnages évoluent à travers les méandres de leur narcissisme.Une tentative de mettre au jour les lois complexes qui régissent « la game des rapports humains », entre les manigances et le désarroi.Por té par un nar ra teur qu\u2019on pourrait qualifier de récalcitrant (« Je n\u2019ai jamais voulu être narrateur.Je n\u2019ai jamais trouvé d\u2019autres manières d\u2019être »), qui qualifie lui-même son attitude d\u2019« interventionnisme un peu revanchard » , Charlotte ne sourit pas est un roman qui est davantage soutenu par le discours (lui-même sans grande conséquence) que par l\u2019action.Résumons: des personnages qui s\u2019observent vivre, un narrateur qui se regarde narrer.De la fiction vive et intelligente qui fait sourire, sans plus, tout en essayant de mettre à nu le jeu social des jeunes contemporains.Collaborateur Le Devoir CHARLOTTE NE SOURIT PAS Thomas O.St-Pierre Leméac Montréal, 2016, 248 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La vie ordinaire des jeunes contemporains Le second roman de Thomas O.St-Pierre fait évoluer ses personnages dans les méandres de leur narcissisme LA VITRINE PREMIER ROMAN TERMINUS Nathalie Lagacé Éditions Sémaphore Montréal, 2016, 111 pages Travailler, c\u2019est trop dur, surtout lorsque, derrière le volant, vous essuyiez quotidiennement les avanies de ce malotru moyen que devient l\u2019usager du transport en commun quand son autobus accuse du retard.Forte d\u2019une expérience que l\u2019on devine traumatisante au sein de la STM, Nathalie Lagacé se déleste d\u2019une amertume nourrie par sept ans d\u2019uniformes ignobles, d\u2019odeurs intolérables et de commentaires acariâtres dans un premier roman, rare appel à la solidarité envers ces vrais-humains-avec-émotions qui traversent anonymement nos journées.Malgré ses considérations conjugales parfois prosaïques et une écriture de type journal intime à l\u2019avenant, Terminus brille grâce à son sujet singulier, largement ignoré par la littérature contemporaine, soit celui du travail et de ce cul-de- sac d\u2019aliénation devant lequel se retrouveront ceux qui ne savent envisager comme conséquence tolérable de nos vies effrénées l\u2019absence de politesse et de compassion envers son prochain.Rappel à tous les détenteurs de cartes Opus : les « Avancez vers l\u2019arrière » du chauffeur ne doivent pas être entendus comme des invitations à la régression mentale.Dominic Tardif NOUVELLES VOL DE VIE Micheline La France Bibliothèque québécoise Montréal, 2016, 112 pages Dans son essai La littérature québécoise (Typo, 1997), Laurent Mailhot dit des recueils de nouvelles de Micheline La France (1944-2014) qu\u2019ils « sont vifs et variés ».C\u2019est le cas de ce Vol de vie, d\u2019abord publié en 1992.On y rencontre, dans douze courtes nouvelles, des personnages qui assument leur caractère discret et tranquille, mais qui, subrepticement, perdent le contrôle de leur destinée.Dans Le pou, une femme de bonne foi accepte de recevoir chez elle un ami de jeunesse insistant dont elle ne se souvient plus, et l\u2019affaire tourne à l\u2019invasion.Dans Vies à vies, un gardien de prison manœuvre pour empêcher la libération d\u2019un prisonnier dont il ne peut plus se passer.Dans Signe de vie, une femme mariée à un sympathique distrait organise sa propre disparition pour redonner du tonus sentimental à son amoureux, qui ne réagit pas comme prévu.Le printemps de Rose offre un beau clin d\u2019œil à l\u2019Émilie de La robe corail d\u2019Anne Hébert.Mailhot a raison : ces nouvelles sont vives, variées et explorent avec doigté l\u2019équilibre fragile de l\u2019identité personnelle.Louis Cornellier PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019auteur Thomas O.St-Pierre poursuit son exploration des relations interpersonnelles. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 6 www.pulaval.com Presses de l\u2019Université Laval PUL SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL En signature MARIE GRÉGOIRE ÉRIC MONTIGNY YOURI RIVEST Stand 236 À MONTRÉAL 14 novembre, à 17h00 au café Java U, 124, rue McGill.À QUÉBEC 16 novembre, à 16h30 à la librairie Coop Zone, 2305, rue de l\u2019Université, Local 1100, Pavillon Desjardins.Lancement de l\u2019ouvrage vendredi 18 novembre De 16 h à 18 h samedi 19 novembre De 13 h à 14 h !\" #$ % !&' '&() $* & + ! \" * !, - !./ Causerie avec le bédéiste québécois Guy Delisle Autour de son album S\u2019enfuir : récit d\u2019un otage, Éditions Dargaud *Guy Delisle ne pourra faire de dédicaces lors de cet événement.Animation: Sylvain Cabot + 0 - - 1* % !&' '&() - 2 $* © 2016 Dargaud / Cécile Gabriel eu la québ F Pl « év Re f Lêv r fair faç ous la dir S 520 pages | 9 x 6 | 39,95 $ ISBN : 978-2-7603-2281-3 écitude?ésulta itable r ér , le v d l q j l i o ut on tr us ue amais q j j d a itions ne soutien ond des tran uille se oue au our enan t l faut maint p tion.I p ll \u2019é es d elles er de nouv ouv e sans e es ou tr manci a .» ec elles v enouer a ons de r tion de ec eunier tin M ar .-M E t de la \u2019hui.us nos t a.ca w tta .uO esses r .P w w w alon S Dans t ec v A thieu B a M Labelle tin, Isabelle M Claude R echer e de r tr en ec le C v oédition a Une c ologue r tand P éal | S tr on e de M du livr airies es les bonnes libr out ois Bissonnett anç r , Jean F eaudet e B r ier ibutions de P tr on des c upuis-D ancis D r , F ier c Chevr ar , M dinal ar , Linda C é ôt C - ock ois ar , Guillaume M e vr eb ef olange L , S ois Laniel anç r , Jean-F aquet , Gilles P uellet axime O , M eunier tin M ar .-M , E e tt a T nne iault et A hér T on v Y , Joseph ocher ois R anç r , F acine ançaise -fr tion canadienne che en civilisa , e i, Gilles ér ar ic M , Er - , Jean- .épanier r .C H R I S T I A N D E S M E U L E S A près un changement de garde dans le clan ma- fieux auquel il appartient, Jos Peone a vu sa tête être mise à prix.Ancien haut gradé relégué au rang de pusher après avoir développé une dépendance à l\u2019héroïne, puis intervenant en toxicomanie retombé dans le smack, l\u2019homme semble être au bout du rouleau.Comme une baleine échouée sur la plage, le protagoniste au centre de La mort du pusher, le 4e roman de Marie Gagnon, est prostré dans le divan de son appartement du centre-ville de Montréal, les doigts tellement boudinés qu\u2019il n\u2019arrive même plus à fermer le poing.Rongé par les abus de toutes sortes, par l\u2019angoisse et par la paranoïa.Résolu malgré tout à essayer d\u2019échapper à sa condamnation, il fait appel à Emma, une ancienne junkie au grand cœur devenue écrivaine, « marginale parmi les marginaux».Seul hic dans son plan : il doit traîner comme un boulet Fredo, son jeune frère lui aussi héroïnomane, mais plus fragile, instable et imprévisible.Dans ses rêves, le bandit espère quitter au plus vite Montréal et aller se sevrer en Sicile, avant d\u2019amorcer ailleurs \u2014 n\u2019impor te où \u2014 une nouvelle vie dans le giron de la fa- miglia italienne.Sans trop poser de questions, Emma va cacher le pusher et son frère dans un grand appartement prêté par l\u2019un de ses amis, le peintre Guido Mo- linari, qui se meurt au même moment d\u2019un cancer du poumon, engourdi par la morphine.Mais en attendant d\u2019obtenir de nouvelles identités et de nouveaux passepor ts \u2014 que des alliés au sein de leur petit clan ne peuvent leur promettre avant quarante jours \u2014 , il leur faut organiser leur fuite hors du pays et assurer leur survie au quotidien.Lire : s\u2019alimenter en drogue.Prisonnier de l\u2019attente et du manque, alors que l\u2019atmosphère du roman emprunte à celle du thriller, le pusher est visité par des souvenirs d\u2019enfance.Pris entre l\u2019arbre et l\u2019écorce, entre sa loyauté à sa famille et le lourd sentiment d\u2019échec qui l\u2019habite, galvanisé par le danger, le ma- fieux va aussi peu à peu se mettre à revivre.Dans un ultime sursaut d\u2019animal traqué, il ne se laissera pas prendre sans livrer un ultime combat.Alors qu\u2019elle nous plonge dans cette histoire d\u2019impossible rédemption, au plus près du manque et de la marge urbaine, Marie Gagnon pose un regard empreint d\u2019un certain romantisme sur cet univers de junkies et de criminels \u2014 sans pour autant nous les rendre sympathiques.Sous sa plume qui reste un peu à la surface des personnages, les rues de Montréal deviennent « le gîte naturel des mendiants, des poètes, des philosophes et des fous ».Si Marie Gagnon s\u2019était fait remarquer en 1997 avec Bienvenue dans mon cauchemar, un recueil de poésie, le personnage d\u2019Emma sera familier aux lecteurs de ses deux romans précédents, Des étoiles jumelles et Emma des rues (2004 et 2005), qui abordaient en partie les mêmes thèmes que La mort du pusher.Avec ses dialogues un peu javellisés, son langage de la rue passé au dégraisseur, Marie Gagnon semble s\u2019être inspirée de son passé houleux \u2014 la rue, la prison, les drogues dures \u2014 pour tracer d\u2019une main assurée cette histoire sombre mais prévisible de loyauté et d\u2019amitié.Collaborateur Le Devoir LA MORT DU PUSHER Marie Gagnon XYZ Montréal, 2016, 214 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Les derniers jours d\u2019un condamné Avec La mort du pusher, Marie Gagnon continue d\u2019explorer l\u2019univers des toxicomanes et des criminels O D I L E T R E M B L A Y P ublié près de 25 ans après la mort de son auteur, cet ouvrage inédit, inachevé et testamentaire de Jean Basile ouvre, par décalage temporel, sur le gouffre entre le lecteur averti d\u2019hier et celui d\u2019aujourd\u2019hui.Le style et l\u2019univers un peu proustien déjà désuets entre 1984 et 1987, les nombreuses références culturelles de l\u2019auteur et son envie de les exhiber relèvent de codes quasi disparus.Rares sont aujourd\u2019hui les Québécois assez cultivés pour tirer la pleine sève d\u2019une prose aussi raffinée.Ce constat soulève en nous des vagues de mélancolie.Plus que sa structure libre, c\u2019est le style poli comme un galet de Me déshabiller n\u2019a jamais été une chose facile qui donne son souffle vital, nourrissant, éblouissant souvent, à une œuvre touffue et parfois échevelée.« Il est, je crois, deux races d\u2019hommes comme il est deux races d\u2019animaux, les diurnes et les nocturnes.En ce sens, je fais partie des chouettes, des félins, de ces innombrables rats et fouines qui hantent, le soleil disparu, les fourrés ténébreux, à la recherche de je ne sais quelle nourriture.» Le ton est donné.C\u2019est par l\u2019œil perçant de l\u2019oiseau de nuit que se livre la terre d\u2019accueil : « Cette Amérique du Nord, pour moi, face à la vieille Europe, la Mater Europa, reste peu ou prou un pays de sauvages endormis.» On devait à l\u2019écrivain franco-russe Jean Basile Bezroudnoff, établi à Montréal dès 1960, entre autres romans remarquables, La jument des Mongols, en 1964, sur une jeunesse en quête d\u2019elle-même.Il dirigea, de 1964 à 1970, le cahier Arts et Lettres du Devoir, cofonda en 1970 la revue Mainmise, participant à l\u2019ef fer- vescence du Québec jaillissant, encombré de ses vieux modèles.La prose de Jean Basile, dont le ton cru et le cynisme évoquent parfois la rage de Jean Genet, s\u2019offre davantage des relents d\u2019Une éducation sentimentale, de Flaubert, et n\u2019est pas si moderne que ça, loin s\u2019en faut ; plutôt reliée à un certain classicisme littéraire, sur perte inconsolée de l\u2019idéal romantique.Le Québec des années 1960 Christian Allègre, en avant-propos, rappelle l\u2019ambition de ce projet : «Rien de moins qu\u2019une fresque du Québec et de la culture des années 1960 s\u2019articulant autour de la vie de quatre garçons.Afin de situer le livre dans l\u2019œuvre de l\u2019auteur, il faut comprendre qu\u2019il constitue sa troisième et ultime tentative de se colleter avec la nature et la signification de l\u2019homosexualité masculine, de découvrir la place du mâle homosexuel dans la société.» À travers la bio imaginaire à diverses époques de quatre Montréalais, ses amants, ses amis, sur le macadam \u2014 quatre hommes sans qualités, pour paraphraser Robert Musil \u2014 leurs destins fascinent beaucoup moins que les digressions dont s\u2019excuse Jean Basile, tissées de regards sur un Québec en marche, mais parfois à tâtons.Quant à l\u2019homosexualité, elle sert de fil d\u2019Ariane pour avancer dans les labyrinthes de cette société fermée qui s\u2019entrouvre.L\u2019alter ego de Basile, Jean Dupont, célibataire endurci, opiomane, pianiste à ses heures, «narrateur esthète et vicieux, bientôt septuagénaire, qui rassemble, comprend, traduit et enlumine», selon la description of fer te par Rober t Lé- vesque dans sa belle préface du livre, est le vrai personnage romantique de sa faune.Également Leni Schultz, trop vite entrevue, vieille propriétaire au passé nazi d\u2019un des héros du livre, dont le profil accusé renvoie à l\u2019ombre celui qu\u2019elle abrite.Le Devoir constitue un des cadres de l\u2019action, celui d\u2019André Laurendeau dans son combat contre Duplessis, ce qui lui vaut l\u2019estime éternelle de Jean Basile.Les allers et venues d\u2019un jeune journaliste éclairent par la bande les dessous d\u2019une salle de rédaction bientôt dirigée par Michel Roy.Car des personnages réels, dont Pierre Bourgault, René Lévesque, Claude Vivier, Pellan, Borduas, le danseur Vincent Warren, etc., voisinent une faune réinventée et nourrie parfois à l\u2019essence de l\u2019auteur.Tout cela compose un roman qui surfe plus souvent qu\u2019il ne plonge dans la psyché de ses modèles, mais qui éblouit par des réflexions justes sur Montréal, comme sur Paris et New York en contrepoints, et par la qualité d\u2019une plume exceptionnelle.Chez le narrateur, qui ressemble à Jean Basile comme un frère, on goûte cette élégance de voiler en fin de vie son propre appel éperdu vers des absolus de poésie et d\u2019amour, qui s\u2019éloignent hors de vue.L\u2019opium a ses vertus.Le Devoir ME DÉSHABILLER N\u2019A JAMAIS ÉTÉ UNE TÂCHE FACILE Jean Basile Fides Montréal, 2016, 784 pages INÉDIT Le strip-tease voilé de Jean Basile La prose raffinée de l\u2019ex-directeur du cahier Arts et Lettres du Devoir soulève des vagues de nostalgie PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le passé houleux de Marie Gagnon lui a une fois de plus inspiré cette histoire d\u2019impossible rédemption.TÉLÉ-QUÉBEC Sur les ondes de Radio-Québec, dans les années 1960.Jean Basile considérait l\u2019Amérique du Nord comme un pays de sauvages endormis. M I C H E L B É L A I R À l\u2019automne 2014, la redécouverte \u2014 pour les francophones, il faut plutôt parler de découverte \u2014 de l\u2019œuvre de David Montrose a fait tout un tabac.Meur tre à West- mount révélait un écrivain vivant ici au tout début des années 1950 et maîtrisant le « noir » presque aussi bien que Dashiell Hammet ou Raymond Car ver.Luxe suprême, il mettait aussi en scène un privé avec du chien, Russell Teed, que l\u2019on pouvait même aller jusqu\u2019à comparer à Philip Marlowe.On attendait la suite avec impatience\u2026 La voici donc, avec ce deuxième roman de Montrose publié au départ en 1952 à Toronto, puis repris en 2010 chez Vehicle Press.Disons tout de suite que le choc de la découver te est moins marquant qu\u2019i l y a deux ans.L\u2019intrigue est pourtant d\u2019une grande complexité \u2014 l\u2019assassinat d\u2019un sénateur sur le vol New York-Montréal entraîne une série de meur tres sordides \u2014 et le lecteur ne devinera qu\u2019à la toute fin qui a fait quoi et pourquoi.Mais dès le départ, quelque chose agace sans que l\u2019on puisse clairement définir le malaise.Cela tient peut-être au fait que le Montréal qu\u2019on nous propose ici est très dif férent de celui dans lequel s\u2019incarnait la première enquête de Russell Teed.La ville semble commencer quelque par t autour de la rue Peel, tourne le plus souvent vers Sherbrooke Ouest et passe quelques rares fois du côté de l\u2019ancienne rue Aylmer avant de remonter à Westmount.À part quelques incartades du côté de la gare Windsor et des cabarets du « strip Décarie », Montréal ne semble être là que pour ensuite s\u2019étirer jusqu\u2019à Pointe- Claire et Dor val.C\u2019est tout.Rien d\u2019autre.Jean Drapeau et Pax Plante n\u2019auraient pas eu grand- chose à faire ici\u2026 Truands et femmes fatales Russell Teed, lui, a toujours le même don d\u2019attirer les ennuis, les femmes fatales et les truands ; il est justement dans l \u2019avion, près du sénateur, lorsque ce dernier est tué.Mais peut-être parce que les quantités industrielles d\u2019alcool qu\u2019il ingurgite donnent peu de crédibilité à ses déductions, on a l\u2019impression tout au long qu\u2019il crâne en ne sachant jamais vraiment ce qui se passe ou ce qu\u2019il doit faire, et que l\u2019histoire s\u2019étire en se mordant la queue.Heureusement, le cynisme de Teed et surtout l\u2019humour de Montrose sont toujours aussi étonnants ; personne n\u2019aligne les images déconcertantes comme il sait le faire.Son écriture toujours aussi fluide surprend, mais ses personnages sont ici presque tous stéréotypés \u2014 de la femme éplorée au videur sans culture \u2014, à un point tel que l\u2019on a souvent l\u2019impression de lire une bande dessinée.Drôle et colorée de différentes teintes de gris et de noir, il va sans dire.Par contre, certains partis pris de traduction, que l\u2019on sentait probablement moins dans le premier livre, se révèlent de plus en plus agaçants à mesure que l\u2019on avance dans l\u2019histoire.Cette manie, par exemple, de faire sauter toutes les négations dans les dialogues tombe vraiment sur les nerfs.Et c\u2019est sans parler de ce choix de page couverture encore plus ratée que la première ; pourquoi ne pas avoir carrément choisi une signature «années 1950 » au lieu du style « roman pour ados » qu\u2019on nous propose ici ?Russel Teed n\u2019hésiterait pas à s\u2019ouvrir en souriant une grosse bouteille de Molson en voyant une image aussi mièvre\u2026 Collaborateur Le Devoir MEURTRE DANS LE CIEL DE DORVAL David Montrose Traduit de l\u2019anglais par Sophie Cardinal-Corriveau Hurtubise Montréal, 2016, 278 pages M I C H E L B É L A I R S urprise : le commissaire Yeruldelgger de la police d\u2019Oulan-Bator est à la retraite.Épuisé par la violence qui l\u2019habite à force de se mesurer à la corruption qui l\u2019entoure, il est parti méditer sur ses vieux péchés dans une yourte, au beau milieu de la steppe mongole, après avoir remis sa démission à la fin de sa dernière enquête (Les temps sauvages).Mais tout ça n\u2019est pas fait pour durer\u2026 Les nomades autour de lui semblent savoir qu\u2019il est là.Et Yeruldelgger se retrouve bientôt plongé, la plupart du temps contre son gré mais pas toujours, dans un tourbillon qu\u2019il cherche pourtant à fuir.On vient le voir pour qu\u2019il retrouve une fille disparue ou même pour qu\u2019il aide une policière à mener l\u2019enquête sur des cadavres mutilés «de façon traditionnelle », à la Gengis Khan.On lui montre un charnier aussi.Et un corps brisé sur un autel de pier re.Il a beau dire non, tenter de prendre ses distances, se préparer pour un concours d\u2019archers, rien n\u2019y fait : personne ne veut croire que Yeruldelgger n\u2019est plus Yeruldelgger.Puis voilà qu\u2019en arrivant à un poste de traite sur la route de son naadam i l p r end conscience d\u2019une « révolte » qui semble viser l\u2019action des exploiteurs étrangers.À travers tout cela apparaît même la figure de celui qu\u2019on dit être à la tête de ce soulèvement, un cer tain Delgger Khan (c\u2019est-à-dire lui !) dont la photo est imprimée sur des T- shir ts qui se vendent autour comme des petits pains chauds.En fait, le complot est beaucoup plus vaste et vise à le faire disparaître une fois pour toutes.Le lecteur sait de quoi il est question (enfin, presque) puisqu\u2019il assiste à toute la scène\u2026 qui prend des proportions planétaires : de New York à Perth, en Australie, en passant même par Knowlton au Québec, durant le festival Printemps meur trier ! \u2014 où Manook était invité cette année, ce qui nous vaut des passages et des portraits savoureux \u2014, tout comme par Ou- lan-Bator et dans la steppe.Partout, les intrigues, les complots, la corruption de l\u2019appareil politique et policier, mongol comme étranger, apparaissent au grand jour.Yeruldelgger a l\u2019habitude de se tirer des pires mauvais pas, on l\u2019a appris lors de ses deux précédentes enquêtes, mais tout laisse croire qu\u2019on lit ici sa dernière aventure.Enlevé par celui qui a fait de lui Delg- ger Khan \u2014 le héros mythique qui s\u2019est révolté contre les grandes compagnies minières qui défigurent la Mongolie \u2014, il finit dans une scène d\u2019une indicible poésie digne des plus grands moments du cinéma.On le quitte, pudiquement, quelques instants avant qu\u2019il soit littéralement avalé par un bras du désert de Gobi qui avance de huit mètres par jour en direction de la frontière chinoise\u2026 Quoique, si j\u2019étais vous, je n\u2019irais pas jusqu\u2019à parier ma chemise là-dessus puisqu\u2019une cavalière se dirige vers lui au moment, justement, où la dune va le gober.On le voit encore une fois, la trame du récit est imprévisible; Manook sait jouer du ressort de la surprise comme pas un, une habitude qu\u2019il a probablement prise dans une autre vie, alors qu\u2019il écrivait des récits de voyage.C\u2019est peut-être là aussi qu\u2019il a cultivé son sens de l\u2019humour, dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019il étonne.Quant à sa connaissance de la culture ancestrale mongole, elle est toujours aussi hallucinante et s\u2019incarne dans le moindre geste des nomades tout comme des néo-urbains d\u2019Oulan-Bator, qui eux la rejettent avec mépris.Bref, on ne trouvera peut-être pas ici de nouvelle recette de marmotte rôtie sur la braise\u2026 mais on se régalera.Collaborateur Le Devoir LA MORT NOMADE Ian Manook Albin Michel Paris, 2016, 430 pages POLAR Un enquêteur avalé par le désert Dans La mort nomade, Ian Manook se fait plus imprévisible que jamais L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 7 s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Élisabeth Vallet Éric Poirier Julie Guyot Ginette Chenard Yvon Desloges Jocelyn Saint-Pierre Marc-André Robert Martin Fournier Joseph Gagné Raymonde Beaudoin Yvon Desloges Jean Cloutier et Jean-Pierre Charest Nicolas Bertrand Jean-Charles Panneton Benoît Grenier Frédérick Gagnon Venez rencontrer nos auteurs au Salon du livre de Montréal POLAR L\u2019assassinat d\u2019un sénateur David Montrose rappelle au souvenir du présent un récit pas toujours convaincant RICHARD DUMAS ALBIN MICHEL Arrivé au polar en passant par le récit de voyage, Ian Manook manie l\u2019ef fet de surprise et l\u2019humour comme pas un.ISTOCK Point de départ de l\u2019enquête : un sombre meurtre commis sur un vol New York-Montréal Dl= MIONTIEISAL AOS) mamas TCS El novembre lemeac.com{ = a MO Go SE S\u2019en aller NATHALIE LECLERC La voix de mon pere ! ( he : g al; 2 i = 2 2 = i 2 0 ) n = | \\ Z = Samedi 19 DE de 15 h,à,16 h 2 Samedi novembre de 14h a 13 h i Q ps o A LL - C J / E Ë De ONE a CP DEN = Dimanche 20 novembre d& 13 ha 14 h ; I FERNANDE ROY, La face cachée du cours Éthique et culture religieuse He oO 5 | Mes Tablettes Sous la direction de Daniel Baril «de Normand Baillargeon Mes Tablette s Ak ,; > mal do pothiaire montréalais Journal d\u2019u apothicaire montréalais 1820-1850 520185 Ee! Trudeau) Fo Ë NOTE \u2014 * Gi par F ERNANDE ROY ET GEORGES AUBIN Samedi 19 novembre de 14h à 15h ?Lauréate du Prix du Gouverneur génère .mmém Le projet Etérnité de l'affaire Le boulevard « personne » * > 3 \u2019 8 = s Samedi 19 novembre ex 2) ha Ki h = < à Dimanche 20 Fovembrede14 a 15 h § = E = 8 = pS 3 = 2 ; * 0 2 ê « Samedi 19 novembre de 15h 16h © pes M LN H æ _ y \\ of =) «> 5 3 5 Dimanche 20 novembre de 13h à 14 h Dimanché 20 novembre dé 15 h'âà 16h = Finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général [0] ; © Finaliste au Prix TD E de littérature pour = à l'enfance © i et la jeunesse 5 A Jeudi 17 novembre de 1 h, ex a iE h 30 5 8 RE eR EERE I u Jeudi 17 novembre de 19 h a 2Q h 8 E Vendredi\u2019 fs, LVR] o0h®21h 2 E LIA 4 oe = = Samedi 19 hovemnbre de17hai8h 3 g 2 Corruption E £ Montréal et ses démons Le) = Sous a direction © = ee 2 3 pi oa.a21h 5 SA] D 22 h 8 ha2lh $ Finaliste aux Prix I littéraires du a Gouverneur général R Mia Larochelle Société de développement des entreprises culturelles LJ Québec ét Finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général x Pdf @{-RED DOMPIERRE Ne I a * #7 EEelEcE f | A À Homo nihilis au café du coin Exercices d\u2019amitié TAN NET © Dominique, Skoltz @ Nimrod McGregor L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 10 www.pum.umontreal.ca Les Presses de l\u2019Université de Montréal Félicitations à Roland Viau Prix du Gouverneur général 2016 Les Presses de l\u2019Université du Québec seront au Salon du livre de Montréal PUQ.CA Passez nous voir au stand 236 On a tous besoin de savoir POUR AGIR Presses de l\u2019Université du Québec Date : Samedi 19 novembre Lieu : L\u2019Agora Heure : 15 h 45 Dialogue avec Jean-Claude Marsan L\u2019évolution de l\u2019environnement urbain montréalais sera au cœur des discussions D O M I N I C T A R D I F «J e suis sûr que, si toute la misère de l\u2019humanité était spontanément rendue publique au même moment, cela risquerait d\u2019entraîner un génocide de masse », écrit Gerald Foos en 1966 dans un de ses carnets.L\u2019homme d\u2019Aurora, au Colorado, près de Denver, y est devenu propriétaire d\u2019un motel dans le seul objectif de pouvoir assouvir ses pulsions de voyeur.Grâce à des orifices percés dans le plafond de douze chambres, puis soigneusement déguisés en grilles d\u2019aération, il passe ses nuits dans son grenier à scruter le genre humain\u2026 et à se caresser.Son épouse Donna le rejoint parfois.Le 7 janvier 1980, ce voyeur de « stature homérique » écrit anonymement à Gay Talese (Sinatra a un rhume) afin de lui confier son secret.Le père du nouveau journalisme, qui s\u2019apprête alors à publier Thy Neighbor\u2019s Wife, sa monumentale enquête sur la vie sexuelle des Américains, est hameçonné.Il sait pertinemment qu'« occasionnellement, il arrive [\u2026] que le voyeur devienne par inadvertance un chroniqueur de l\u2019histoire sociale».Le New-Yorkais rend brièvement visite à Foos, qui se confie tout de go.Seul problème: Talese refuse de ne pas nommer par leurs véritables noms les sujets dont il parle dans ses livres et ses articles.Le cas Foos pourrait en ce sens poser d\u2019évidents problèmes moraux et légaux.Le tenancier du motel continue néanmoins de faire parvenir à Talese des photocopies de son journal, dans lequel il décrit les ébats de ses clients, tout en consacrant plusieurs paragraphes à l\u2019hypocrisie des masques sociaux qu\u2019ils revêtent.Comment des gens parfaitement aimables au comptoir peuvent-ils se transformer en monstres une fois la porte de leur chambre refermée?Splendeurs et misères Au printemps 2013, Gerald Foos passe un coup de fil à Gay Talese.À l\u2019aube de ses 80 ans, il est prêt à révéler son histoire.Le motel du voyeur restitue ainsi in extenso de larges et captivants passages du journal de celui qui, depuis sa plateforme d\u2019observation, examine les splendeurs sexuelles de cer tains de ses hôtes, mais surtout leurs misères.Une histoire des mœurs sexuelles se dessine en creux: émergence du sexe oral comme pratique courante, couples inter- raciaux, engouement pour le triolisme, apparition du travestisme et des jeux de rôles, etc.Foos contemple cette révolution avec une étonnante ouverture d\u2019esprit, comme il s\u2019émeut devant ces vétérans du Vietnam qui tentent douloureusement de retrouver une intimité érotique avec leurs femmes, malgré leurs corps meurtris.Animé par des prétentions an- thropologico-sociologiques, Foos étudie aussi le trivial ; il s\u2019étonne par exemple que tous ne s\u2019assoient pas de la même manière sur la cuvette des toilettes.Les quelques cas d\u2019inceste qui surviennent sous ses yeux le font réfléchir aux conséquences du désœuvrement intellectuel et du manque d\u2019éducation affligeant son pays, qu\u2019il lie directement à une vie sexuelle pauvre.Il assistera aussi, muet, à un meurtre, creuset de plusieurs questions éthiques.Ta- lese aurait-il dû dénoncer son correspondant?En juin dernier, le Washington Post rapportait que Gerald Foos, contrairement à ce qu\u2019il avait prétendu, n\u2019a pas été propriétaire du Manoir Motel de 1980 à 1988.Talese avait déjà souligné que son spécimen s\u2019avérait parfois un narrateur «fantaisiste et peu fiable».Son journal n\u2019est pas moins fascinant; la sexualité étant toujours autant af faire d\u2019imaginaire que de réalité.Collaborateur Le Devoir LE MOTEL DU VOYEUR Gay Talese Traduction de Michel Cordillot et Lazare Bitoun Éditions du Sous-sol Paris, 2016, 256 pages ÉTUDE DE MŒURS Le journal d\u2019un voyeur impénitent Pendant des années, dans son motel, Gerald Foos a scruté la sexualité des Américains à leur insu F A B I E N D E G L I S E Étrange ! La passion des livres et la tentation de l\u2019adultère seraient-elles intimement liées ?Voilà la question qui s\u2019impose à la lecture de Pour faire l\u2019amour d\u2019Howard Jacobson et du Fruit de mon imagination de François Leblanc, deux fictions où l\u2019inconstance du couple est mise à nu dans des environnements urbains où le livre est souvent très proche et jamais trop loin.Dans le roman de François Leblanc, le bouquin est dans le milieu de travail de Marianne Portelance, libraire sur l\u2019avenue du Parc, pas très loin de Laurier, qui un jour va soupçonner Vincent, son dentiste de conjoint, de lui être infidèle.Parenthèse : l\u2019emploi de cette jalouse, dans une chaîne de librairie sur laquelle il est facile de poser une couleur, induit quelques scènes caustiques où un certain Caligula, self-made man arrogant propriétaire de l\u2019entreprise, fait détester à ses employés le travail en librairie, « sur tout quand des clients confondent celle-ci avec une putain de confiserie».Mais revenons à l\u2019autre tragédie, puisque c\u2019est bien de cela qu\u2019il est question : malade de jalousie, Marianne va suivre son compagnon, dans la ville, avec la complicité d\u2019un chauffeur de taxi, haïtien et philosophe.Dans ce tourbillon de la suspicion, la jeune femme va se perdre elle-même, avant de laisser échapper tout le reste.Habile conteur, François Leblanc pose ici le récit banal d\u2019un amour trahi, que l\u2019on se surprend à aimer en raison des nombreux traits d\u2019esprit et pointes d\u2019humour non consensuel qu\u2019il a essaimés un peu partout dans sa trame.Entre filature, affrontement manqué et finale troublante, l\u2019auteur, psychologue et romancier, y décode une psyché humaine et surtout ses fêlures qui, en faisant faire n\u2019importe quoi, finissent par faire beaucoup rire.Infidélité programmée Avec un style qui laisse l\u2019application dépasser le comique de situation, mais dans une traduction en français qui donne l\u2019impression de ne pas avoir trouvé sa juste tonalité, Howard Jacobson explore le même ter ri - toire, en inversant toutefois la posture.Ici, c\u2019est Fe- l ix Quinn, le mari, antiquaire et spécialiste dans l\u2019achat et la vente de livres rares et d\u2019occasion, qui souffre.Et il l\u2019a bien cherché.Comment?En plaçant sur le chemin de Marisa, sa femme, un certain Marius, qu\u2019il a lui- même choisi pour concrétiser sa drôle de conception de l\u2019amour : « Aucun homme n\u2019a jamais aimé une femme sans l\u2019imaginer dans les bras de quelqu\u2019un d\u2019autre.» Une idée forte De cette « vérité catégorique », « inflexible », Jacobson tisse un roman à la mécanique redoutable qui, en se frottant parfois à quelques références littéraires, sonde ces chemins de l\u2019amour qui finissent en cul-de-sac lorsque l\u2019esprit humain cherche un peu trop à les complexifier.Cérébral et dense, l \u2019objet perd par moments son lecteur au contact de ces nombreuses contradictions que déplie le héros pour mieux chercher à en justifier le caractère absurde et surtout injustifiable.Mais au terme de la démonstration, il finit par rallier sur cette idée forte : les histoires d\u2019amour finissent mal, de manière général.Les histoires d\u2019adultère aussi, mais ce n\u2019est pas une raison suffisante pour ne pas les vivre intensément.Le Devoir LE FRUIT DE MON IMAGINATION François Leblanc Druide Montréal, 2016, 256 pages POUR FAIRE L\u2019AMOUR Howard Jacobson Calmann-lévy Paris, 2016, 416 pages FICTIONS Violence des amours infidèles François Leblanc à Montréal et Howard Jacobson à Londres se demandent si le couple peut survivre à la tromperie LES ÉDITIONS DU SOUS-SOL Gerald Foos, le voyeur dans l\u2019ordinaire de son quotidien en famille.Il se demandait comment des gens aimables pouvaient se transformer en monstres une fois la porte de leur chambre refermée? L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 11 Et si on lisait ce que Josée Blanchette a vraiment écrit dans son essai documenté et critique* 368 pages papier \u2013 numérique Lisez un extrait sur ?ammarion.qc.ca « J\u2019ai écrit ce livre pour engager un débat social et nécessaire concernant les abus qui accompagnent certains traitements comme la chimiothérapie.» « L\u2019omerta règne dans \u201c l\u2019industrie de la santé \u201d [\u2026] et ce sont les \u201c clients \u201d qui en font les frais.» « Appuyé par de plus en plus d\u2019études scientifiques, le mouvement de la médecine intégrative prend de l\u2019ampleur, mais le Québec demeure frileux.» « Jamais je n\u2019oserais généraliser ma démarche et en faire une règle.» « Le terme le plus important demeure pour moi autonomisation ou empowerment, la façon dont on prend sa santé en main.» « Notre médecine est plus axée sur le curatif que sur le préventif, beaucoup moins spectaculaire et excitant.» « Voici le livre que j\u2019aurais aimé lire à 23 ans, alors qu\u2019il était encore temps de prévenir.» JE NE SAIS PAS PONDRE L\u2019ŒUF, MAIS JE SAIS QUAND IL EST POURRI * Cette enquête journalistique comprend des entrevues avec des professionnels de la santé, une vingtaine de témoignages et 21 pages de références scienti?ques.D e l\u2019extérieur, on nous promet du papier et de la distance, rien de moins que « 18 miles of books ».Avec ses vingt-neuf kilomètres de rayons, ses deux millions et demi de livres neufs, d\u2019occasion ou rares à l\u2019angle de Broadway et de la 12e Rue dans East Village, Strand est une véritable institution littéraire de New York.Debout depuis 1927, seule et unique sur vivante du « Book Row » de la 4e Rue, Strand trône aujourd\u2019hui au sommet des librairies indépendantes de la ville.Comme à peu près partout, il faut franchir des présentoirs de bébelles avant d\u2019accéder aux choses sérieuses.Cartes postales, épinglettes, carnets, sacs ou t-shirts : la librairie tire 15 % de son chif fre d\u2019af faires de ces produits dérivés.Cer tains ont plus de sens que d\u2019autres.Comme cette tasse sur laquelle est imprimée une parodie du slogan de la campagne de Donald Tr ump, le 45e président des États-Unis, que personne n\u2019a jamais vu lire un livre : « Make America read again ».D\u2019ailleurs, même pas besoin de savoir lire pour trouver son compte ici.Vous êtes décoratrice d\u2019intérieur ou politicien inculte ?Leur légendaire service de livres au pied linéaire («Books by the Foot ») peut remplir vos étagères neuves en deux temps trois mouvements.Si je fréquente aujourd\u2019hui un peu moins les librairies, comme un ancien junkie qui fuit les occasions de rechute, Strand reste un arrêt incontournable lors de chaque passage à New York.Comme la librairie Compagnie à Paris, Robinson Crusoe à Istanbul ou Le Bal des ardents à Lyon.Pour le voyageur, ces lieux sont souvent des bouées auxquelles s\u2019accrocher un instant, des espaces de découverte et de rencontre.Escales lettrées Pour Jorge Car rión, « chaque librairie condense le monde ».Auteur de quelques récits de voyage et de quatre romans encore inédits en français, l\u2019écrivain espagnol, né en 1976, a profité de ses nombreux séjours à l\u2019étranger pour se constituer une collection de car tes de visite et de signets.Du « trou dans le mur » à la librairie mythique, il nous ouvre les pages de l\u2019espèce de passeport imaginaire qu\u2019il a fait tamponner un peu par tout depuis vingt ans.Librairies.Itinéraires d\u2019une passion multiplie les escales et nous transporte en Europe, en Afrique du Nord, en Asie et d\u2019un bout à l\u2019autre du continent américain \u2014 de New York à San Francisco et de Caracas à Buenos Aires.Shakespeare & Company de Sylvia Beach et La Maison des amis des livres d\u2019Adrienne Monnier à Paris (qui ont formé un couple et toutes deux écrit des mémoires).La Livraria Bertrand de Lisbonne (la plus ancienne librairie encore aujourd\u2019hui en activité).La librairie des Colonnes de Tanger, un peu fossilisée mais toujours debout.City Lights et Green Apple Books, piliers de la vie littéraire de San Francisco.La disparue Gotham Book Mart et la librairie Strand à New York.« La rue, la librairie, la place et le café configurent les chemins de la modernité, car ils sont les lieux de deux actions fondamentales : la conversation et la lecture.» D\u2019Ushuaïa à Sydney, de Barcelone à Buenos Aires, en surfant d\u2019un lieu à l\u2019autre sur un vagabondage parfois érudit, l\u2019Espagnol accouche d\u2019un livre peut-être un peu sec, mais riche en faits et en anecdotes.Rare comme une comète Qu\u2019est-ce qui rend une librairie mythique?Un libraire illuminé avec des opinions bien arrêtées qui lit ses contemporains, quelques écrivains qui lui achètent, lui volent ou lui vendent des livres, des clients tout aussi passionnés.À force d\u2019accumuler les preuves circonstancielles, Jorge Carrión finit par dessiner les contours de ce lieu magique et aussi rare qu\u2019une comète.« Une librairie est une communauté de croyants », croit Jorge Carrión.C\u2019est aussi une machine à explorer le temps.Mais c\u2019est surtout un formidable espace de désirs.« Comme lieu érotique, toute librairie est par excellence un lieu de rencontre : entre librairies et livres, entre lecteurs et livres, entre lecteurs et libraires, entre lecteurs voyageurs.Cet air de famille que partagent toutes les librairies du monde, leur nature de refuge ou de bulle, font que le rapprochement y est plus probable que dans d\u2019autres espaces.» Dans une librairie, pas besoin de passeport pour glisser d\u2019un univers à l\u2019autre, passer d\u2019une époque engloutie à un futur improbable.Il suffit de se retourner, de faire un pas de côté ou de plier les genoux.Tout est là, ou presque, à portée de la main.Au lendemain de la victoire de l\u2019ignorance, du mensonge et de la misogynie, alors que nous sommes des millions à avoir l\u2019impression de nous être réveillés à l\u2019intérieur d\u2019un cauchemar après une longue nuit sur la brosse \u2014 nausée comprise \u2014, même éclairé par une batterie de néons qui grésillent, le sous-sol de la librairie Strand ressemble plus que jamais à un sanctuaire.LIBRAIRIES ITINÉRAIRES D\u2019UNE PASSION Jorge Carrión Traduit de l\u2019espagnol par Philippe Rabaté Seuil Paris, 2016, 320 pages ESSAI Le monde en condensé L\u2019Espagnol Jorge Carrión propose un tour du monde érudit et gourmand des librairies d\u2019exception CHRISTIAN DESMEULES WIKIMEDIA CC La librairie City Lights, établie depuis 1953, est l\u2019un des piliers de la vie littéraire de San Francisco.Dans une librairie, pas besoin de passeport pour glisser d\u2019un univers à l\u2019autre, passer d\u2019une époque engloutie à un futur improbable L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 12 prixlitterairedescollegiens.ca Fanny Britt Les maisons | Le cheval d\u2019août Christian Guay-Poliquin Le poids de la neige | La Peuplade Serge Lamothe Mektoub | Alto Chloé Savoie-Bernard Des femmes savantes | Triptyque David Turgeon Le continent de plastique | Le Quartanier FINALISTES ÉDITION 2017 au stand 460 DELBUSSO E D I T E U R AU SALON DU L IVRE STAND GALLIMARD (102) D E L B U S S O E D I T E U R .C A Venez rencontrer : Alain Labonté Une âme et sa quincaillerie Jeudi de 17 à 19h Paule des Rivières et Raynald Petit Chemin faisant Vendredi de 17 à 19h Marc Lesage Journal d\u2019un sociologue Samedi de 18 à 19h Renée Joyal Germaine de Staël et George Sand Dimanche de 15h30 à 17h C A R O L I N E J A R R Y Le troisième roman du Français Julien Suaudeau résonne comme un vibrant appel à la vie, un an presque jour pour jour après les attentats terroristes du vendredi 13 novembre dernier à Paris.En exergue du roman, l\u2019extrait d\u2019un poème d\u2019Aragon donne le ton (et le titre) du livre : «Rien n\u2019est plus fort, ni le feu ni la foudre, que mon Paris défiant les dangers».On sent d\u2019emblée la douleur ressentie face aux attentats, mais aussi la force et la détermination d\u2019aller au-delà de la terreur.Ni le feu ni la foudre suit cinq personnages tout au long de la journée du 13 novembre, tous plus ou moins liés entre eux et qui vont peu à peu diriger leurs pas vers le Bataclan et les autres cibles où 130 personnes ont été tuées l\u2019an dernier.Chacun des personnages est aux prises avec un drame personnel : Ariane, enceinte, qui décide de quitter son conjoint pour «se remettre à vivre» ; Pauline, hantée par la disparition de son frère jumeau; Igor, à qui le médecin annonce qu\u2019il lui reste cinq semaines à vivre ; Raphaël, qui veut reprendre le contrôle de sa vie après une série d\u2019échecs professionnels et personnels ; et enfin Stella, une ado de 13 ans persécutée à l\u2019école pour son orientation sexuelle, qui sent, qui sait, le drame à venir.L\u2019histoire s\u2019arrête juste avant que ne surviennent les attentats.On ignore donc si ses protagonistes en seront victimes, laissant une fin ouverte et ambiguë.On sait, nous, lecteurs et citoyens, que les attentats fatidiques s\u2019en viennent, par de petites allusions ici et là, une voiture belge, un concert.Mais jamais il n\u2019est question de terrorisme dans le roman, où chacun vaque à ses petites affaires personnelles, à sa vie.C\u2019est peut-être là à la fois la beauté et la faiblesse du roman.Beauté parce que Suaudeau choisit de montrer combien la vie est fragile et précieuse, malgré tous les problèmes.Faiblesse parce que le roman n\u2019a de sens que lié aux attentats, et que leur quasi-absence laisse une impression de déséquilibre.Ni le feu ni la foudre vient clore un cycle de trois romans que certains journalistes ont qualifié de « trilogie de la terreur».Par un terrible hasard, le premier roman de Suaudeau, Dawa (2014), mettait en scène une série d\u2019attentats terroristes perpétrés à Paris\u2026 un vendredi 13.Le deuxième roman, Le Français (2015), examinait les motivations d\u2019un jeune paumé français pur jus parti faire le dji- had au Mali et en Syrie.Les thèmes du terrorisme et de l\u2019islamisme, si présents dans l\u2019actualité, ont inspiré un certain nombre d\u2019auteurs français, dont Michel Houellebecq avec son controversé roman Soumission.Julien Suaudeau est toutefois d\u2019une tout autre école.Des États-Unis où il vit depuis 10 ans, il a dénoncé à plusieurs reprises dans Le Monde et Libération le durcissement identi- taire de la société française devant l\u2019islam et l\u2019abandon des jeunes des banlieues pauvres par l\u2019État français, en cause selon lui dans la radicalisation des jeunes musulmans.Ce troisième roman est en quelque sor te sa réponse pleine d\u2019humanité aux attentats islamistes d\u2019il y a un an.En ces temps de terrorisme, il nous dit que nous sommes fragiles et nous appelle à vivre du mieux que nous pouvons.Collaboratrice Le Devoir NI LE FEU NI LA FOUDRE Julien Suaudeau Éditions Robert Laffont Paris, 2016, 270 pages ROMAN FRANÇAIS Car la vie est si fragile Julien Suaudeau clôt sa « trilogie de la terreur » en passant par les attentats de Paris F A B I E N D E G L I S E D epuis un an, il n\u2019y a pas eu un soir où Fred De- wilde n\u2019a pas parlé du Bataclan avec sa femme, avant de se coucher.« Par l\u2019entremise de l\u2019actualité, par celle de l\u2019angoisse, par celle de l\u2019élection américaine, tout me ramène encore à ça , a-t - i l indiqué cette semaine dans une entrevue accordée au Devoir.Il y a tellement de facettes à cette histoire qu\u2019il nous faudra encore du temps pour passer à autre chose.» Nous ?Les sur vivants des attentats du 13 novembre 2015 à Paris qui, ce soir-là, ont emporté dans la mort 90 des nombreux spectateurs rassemblés au Bataclan sur le boulevard Voltaire pour assister, dans l\u2019euphorie, à un concert du groupe américain Eagle of Death Metal.Fred Dewilde, la cinquantaine débridée, était là avec des potes et quelques verres de bière pour célébrer « la vie et le rock ».Puis, à 21 h 40, une vague de ter reur a déferlé dans ce temple de la musique et du diver t isse- ment, brisant, à grand coup d\u2019obscurantisme, d\u2019explosif et d \u2019ar mes semi-automatiques, la banalité de ce destin.Un drame qu\u2019il raconte dans Mon Bataclan, récit ca- thar t ique dans lequel i l a couché des images for tes sur le papier, pour mieux les sortir de sa tête.« Cela a été douloureux, psy- chiquement et physiquement, mais c\u2019était utile, explique-t-il.J\u2019ai exprimé plus de choses en trois mois de dessins qu\u2019en trois mois avec ma psy.Comme tous les survivants, j\u2019avais le film qui passait en boucle, à l\u2019infini, nuit et jour.Je n\u2019ai réalisé qu\u2019en le faisant tout le bien que cela allait me procurer.Je n\u2019avais pas le choix, je devais le faire.» Entre traumatisme et réflexion Rétrospective sombre d\u2019une soirée qui bascule dans l\u2019horreur, Mon Bataclan remonte le fil d\u2019un temps suspendu, depuis les minutes qui ont précédé l\u2019entrée en scène des terroristes avec leur scénario macabre jusqu\u2019à la sortie des survivants dans l\u2019hébétement et l\u2019incompréhension.Avec un dosage juste des détails, Fred Dewilde s\u2019y expose, entre autres, allongé sur le sol, à côté d\u2019une inconnue blessée avec qui il a dû faire «le mort» pendant d\u2019interminables minutes pour ne pas devancer la sienne, alors qu\u2019autour de lui des hommes armés, représentés dans son œuvre en chevaliers de l\u2019Apocalypse, s\u2019amusent à soustraire des vies.Le récit oscille entre traumatisme et réflexion, particulièrement dans une deuxième par tie qui témoigne de son retour à la vie, dans un long texte qui se substitue alors au dessin.« Ceux à qui j\u2019avais parlé de ma soirée ont pris conscience de l\u2019horreur en lisant ma bande dessinée, dit Fred Dewilde.Une chose comme celle-là, on ne peut se l\u2019imaginer avant de l\u2019avoir vécue.Ce n\u2019est pas un film.Ça a des odeurs, des goûts, des bruits » qui forcément hantent en permanence les survivants et leurs sens.Dans son bouquin, le graphiste raconte avoir perdu la notion du temps, être entré dans une autre temporalité après ce contact forcé avec la haine et la mort.Un trouble de la perception que la commémoration, un an plus tard, vient réveiller.« Dans ma vie, les gestes simples ont retrouvé leurs mécaniques, mais l\u2019orientation est encore une chose dif ficile, tout comme le manque de rapidité dès qu\u2019un problème organisationnel se pose », dit-il, avant d\u2019ajouter : « J\u2019ai fait cette bande dessinée six mois après l\u2019attaque.Je voyais le Bataclan loin de plusieurs années derrière moi.Aujourd\u2019hui, j\u2019ai le sentiment que c\u2019était la semaine dernière.Nous sommes encore englués dans ce 13.Nous sommes encore les pieds dedans.» Troublé, l\u2019homme reste aussi en colère, dit-il, contre les politiques, contre les gens «qui ne reculent pas, qui foncent droit dans le mur de l\u2019inhumain ».«Ce sont eux qui me font le plus peur aujourd\u2019hui, peur de voir une guerre éclater et de voir mon fils de 20 ans par tir au combat, ou, pire, vivre ce que j\u2019ai vécu.» En conclusion de son bouquin, il précise avoir vu assez de « sang, de corps mutilés, brisés, déchirés, explo- sés, assez de larmes, d\u2019angoisse pour plusieurs vies » , réclamant désormais, pour la vie qui lui reste, le droit, après avoir eu la chance de sortir vivant du Bataclan, puis d\u2019avoir pu dessiner ça, de pouvoir désormais rêver.Le Devoir MON BATACLAN Fred Dewilde Lemieux éditeur Paris, 2016, 48 pages BANDE DESSINÉE/ENTREVUE «Nous sommes encore englués dans ce 13» Dans un récit cathartique, Fred Dewilde met en dessin l\u2019horreur de sa soirée au Bataclan LEMIEUX ÉDITEUR Mon Bataclan remonte le fil d\u2019un temps suspendu, depuis les minutes qui ont précédé l\u2019entrée en scène des terroristes avec leur scénario macabre jusqu\u2019à la sortie des survivants dans l\u2019hébétement et l\u2019incompréhension. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 13 Vingt-trois auteurs et écrivains, une incor r igible passion! F groupefides.com Louise Portal \u2022 Fernand Ouellette \u2022 Antonine Maillet \u2022 France Martineau \u2022 Sylvestre Clancier \u2022 Roger Des Roches \u2022 Josée Cardinal \u2022 Olivier Maupin Fredric Gary Comeau \u2022 Jean-Joseph Julaud \u2022 Norman Rickert \u2022 Alain Rey \u2022 Jean-Claude Irving Longin \u2022 André Beauchamp \u2022 Serge Bilé Louise Guillemette-Labory \u2022 Jeanne Lemire \u2022 Claude Vaillancourt \u2022 Laurent Laplante \u2022 Robert Soulières \u2022 Benoît Lacroix \u2022 Jo Ann Champagne \u2022 Hubert Reeves 4 0 0 p a g e s \u2022 3 2 , 9 5 $ F A B I E N D E G L I S E C\u2019 est fatal : dans un fait divers, la victime existe seulement dans l\u2019ombre de la triste célébrité de celui ou celle qui l\u2019a tuée.Laëtitia Per- rais, 18 ans, enlevée, violée, puis tuée dans une petite ville de la France atlantique, est venue, dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, allonger cette liste interminable d\u2019individus condamnés à n\u2019être rien de plus que « l\u2019aboutissement d\u2019un parcours criminel », qu\u2019une réussite de plus, presque banale, «dans l\u2019ordre du mal».Le pouvoir de son meurtrier lui a ôté la vie, mais il lui a aussi enlevé le droit d\u2019être elle-même, d\u2019avoir une existence propre, y compris dans sa mort.Sur Wikipédia, son nom apparaît sur la page de son meurtrier.Au procès, le point focal était sur le tueur, devenu héros de ce drame.Un deuxième outrage, après celui fait à son corps, estime Yvan Jablonka qui, dans Laëtitia ou la fin des hommes, a décidé de délivrer cette jeune femme du crime sordide et «misogyne», écrit-il, qui lui a fait perdre sa vie, son humanité et sa dignité.Il le fait en remontant, avec la précision de l\u2019historien, avec le souci analytique du sociologue, avec la plume du romancier \u2014 il est tout ça à la fois \u2014, le fil d\u2019une existence forcément singulière qu\u2019un criminel a un jour décidé de couper.Le résultat hybride, qui se promène entre essai, roman, enquête journalistique, a remporté le prix littéraire Médicis 2016 au début du mois de novembre.«Je n\u2019ai pas envie de la laisser toute seule, écrit l\u2019auteur en conclusion de cette vaste enquête sociale, autopsie d\u2019un meurtre qui donne surtout le point de départ d\u2019une réhabilitation consciencieuse de la figure d\u2019une victime.Que mon livre soit sa phosphorescence, [\u2026] une traîne de mots qui disent autant sa grâce et sa noblesse que ses fautes d\u2019orthographe, autant sa détresse et son malheur que ses selfies sur Facebook et ses soirées karaoké au Girafon.» Le travail de Jablonka n\u2019est pas éloigné de celui mené au début du siècle par Emmanuel Carrère dans L\u2019adversaire (P.O.L.), œuvre fascinante qui relate, entre roman et grand reportage, le destin méphitique de Jean-Claude Romand, faux médecin mais vrai menteur, qui a cherché dans l\u2019homicide un remède à ses contradictions.De ses rencontres avec Jessica, la sœur jumelle de Laëtitia, à ses conversations avec l\u2019avocate de la jeune fille, qui s\u2019est trouvée au cœur d\u2019une sombre histoire d\u2019agression sexuelle dans sa famille d\u2019accueil, en passant par des échanges avec des journalistes ou avec le père de la victime, il tire une broderie narrative habile qui laisse la diversité des points de vue et des regards sur l\u2019affaire se rapprocher, s\u2019éloigner, s\u2019unir, se contredire, repartir et revenir sur eux-mêmes, comme pour mieux circonscrire l\u2019épaisseur des traits d\u2019un drame situé dans son contexte familial, social, émotif, politique, même, qui l\u2019a fait naître.Ce drame, expose Yvan Jablonka, nous rappelle «que nous vivons dans un monde où les femmes se font injurier, harceler, frapper, violer, tuer.Un monde où les femmes ne sont pas complètement des êtres de droit.Un monde où les victimes répondent à la hargne et aux coups par un silence résigné».En 400 pages, l\u2019historien-so- ciologue évite les ornières habituelles du voyeurisme, de la moralisation, tout comme celles du déterminisme social, pour expliquer un drame par l\u2019enfance troublée, pauvre et malmenée autant de la victime que du meur trier.Il laisse plutôt les faits établir le sens et la signification des cercles concentriques que cette jeune fille pleine de vie a induits en « coulant à pic », pour la rêver « comme si elle était absente » et finalement laisser les contours d\u2019un visage humain transcender la triste banalité d\u2019un fait divers.Le Devoir LAËTITIA OU LA FIN DES HOMMES Yvan Jablonka Seuil Paris, 2016, 400 pages PRIX MÉDICIS 2016 Le visage humain d\u2019un fait divers Laëtitia d\u2019Yvan Jablonka réhabilite consciencieusement la figure d\u2019une victime C H R I S T I A N D E S M E U L E S «L e genre a ses règles, et celui-ci n\u2019y fait pas exception : l\u2019intérêt en est inégal, le banal y côtoyant l\u2019original », écrit Pierre Assouline à propos du Journal de Valery Lar- baud.On pourrait presque dire la même chose de son Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature qui vient de paraître.Plus connu comme biographe (Gaston Gallimard, Hergé, Simenon), journaliste et blogueur littéraire (La république des lettres), Pierre As- souline siège aussi depuis quelques années à la prestigieuse académie Gon- cour t , qui dé- cer ne chaque année le prix du même nom.Il est aux premières loges de la vie littéraire française et en plein cœur de l\u2019institution.Amitiés, exercices d\u2019admiration, détestations, fascinations : la forme éclatée d\u2019un dictionnaire \u2014 surtout « amoureux » \u2014 permet d\u2019aller partout.On y trouvera des anecdotes, des souvenirs de lecture et de relecture, des rencontres un iques e t mar quantes , quelques ragots de coulisses et des secrets de cuisine du monde de l\u2019édition.Assouline y distribue les lauriers et les coups de dents, épingle autant les vivants que les morts (des éloges pour Antoine Blondin, Alain Finkielkraut et Patrick Modiano, des piques à l\u2019endroit de Le Clézio et d\u2019Um- berto Eco).Il oppose les souvenirs de Charles de Gaulle aux mémoires de Churchill \u2014 l\u2019œu- vre solitaire de l\u2019un, les cinq secrétaires à temps plein et le Nobel de littérature de l\u2019autre \u2014, visite les préfaces, la prous- tologie, Marguerite Duras, Robert Walser et Angelo Rinaldi.Et qu\u2019il se désole de l\u2019attitude de certains héritiers littéraires (voir le procès que lui a intenté la veuve de Borges) ou regrette l\u2019expression détestable «se lit comme un roman», le regard de Pierre Assouline est large et se nourrit souvent d\u2019un bon sens de la formule.Passionné, il l\u2019est jusque dans sa défense et son illustration du travail de critique littéraire, qui nous donne envie de le citer au long : «Qu\u2019il ne participe pas à la promotion tout en se faisant l\u2019écho de l\u2019actualité de la librairie (un grand écart).Qu\u2019il s\u2019engage dans un par ti pris à condition de se justifier.Qu\u2019il fasse découvrir et rêver.Qu\u2019il informe en hiérarchisant.Qu\u2019il ait autant de mémoire et de curiosité que de générosité.Qu\u2019il étonne, bouscule, inquiète et émeuve.Qu\u2019il mette un livre en perspective et le contextualise.Qu\u2019il soit indépendant.» Sous ses presque mille pages de faits et de méfaits, son Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature est aussi un véritable autoportrait.Subjectif, arbitraire, forcément injuste, incomplet, le recueil compor te cer taines entrées qui sont parfois \u2014 et pourquoi pas \u2014 le fruit d\u2019un savant recyclage : elles sont constituées d\u2019extraits des ar ticles, préfaces ou billets de blogue que Pierre Assouline a signés pendant quelques décennies.Et ne lui faites surtout pas l\u2019insulte de trouver son ouvrage « intéressant », il ne vous le pardonnerait pas : « Ce qu\u2019on dit d\u2019un livre quand on ne sait pas quoi en dire.Ce qu\u2019on peut dire de pire s\u2019agissant d\u2019un roman.» Collaborateur Le Devoir DICTIONNAIRE AMOUREUX DES ÉCRIVAINS ET DE LA LITTÉRATURE Pierre Assouline Plon Paris, 2016, 882 pages LITTÉRATURE Autoportrait d\u2019un lecteur De l\u2019Académie française à Stefan Zweig, Pierre Assouline s\u2019offre un Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature BANDE DESSINÉE SEXE STORY LA PREMIÈRE HISTOIRE DE LA SEXUALITÉ EN BD Philippe Brenot et Laetitia Coryn Guy Saint-Jean éditeur Laval, 2016, 204 pages C\u2019est bien connu, l\u2019histoire de l\u2019humanité n\u2019est qu\u2019une longue et interminable histoire de cul ! Et ce n\u2019est pas Philippe Brenot et Laetitia Coryn qui vont dire le contraire, eux qui viennent de mettre en bande dessinée une étonnante rétrospective de la sexualité à travers les âges.L\u2019ouvrage, fortement didactique et à peine salace, suit ce long coït ininterrompu de l\u2019origine du monde au sexe dématérialisé du XXIe siècle, en s\u2019arrêtant sur l\u2019obsession du phallus dans l\u2019Égypte ancienne, la débauche des fêtes romaines, le libertinage des dames galantes, le recul de la pudeur tout comme sur les nombreuses hypocrisies qui ont régulièrement recouvert ce pan de la condition humaine.Complète, ludique, précise et sans aucun tabou \u2014 la case montrant un couple nu et un cône orange en témoigne \u2014, cette histoire du sexe se pose en œuvre éducative et divertissante habilement conçue pour ne pas bouder son plaisir.Fabien Deglise NOUVELLES LE BAZAR AMOUREUX Jean-Pierre Ronfard Boréal Montréal, 2016, 170 pages On se surprend d\u2019abord du fait que ce soit sous la couverture bleue de la collection « Liberté grande » que Le bazar amoureux de Jean-Pierre Ronfard soit donné à lire : les miniatures charnelles et charnues laissées par le défunt homme de théâtre (1929-2003) campent nettement du côté de la fiction littéraire, alors que cette série dirigée par Robert Lévesque se consacrait jusqu\u2019à maintenant à la prose d\u2019idées.Peut-être faut-il lire cette suite de mises en bouche (ou mises à feu) comme un traité sur le désir mâle : cinquante historiettes \u2014 un seul paragraphe parfois, jamais plus de cinq pages \u2014 coulées de la plume d\u2019un ripailleur de première classe, un bon satyre confondant joyeusement bonne chair et bonne chère, pour le meilleur et pour le pire.Comme parfois avec le sexe, ça touche par moments à l\u2019odieux et au mesquin.Contrairement au sexe, on aimera particulièrement les moments où l\u2019auteur nous laisse en plan, nous oblige à terminer ça en solitaire, nous invite à imaginer l\u2019après, l\u2019avant, le pourquoi et le comment.Alexandre Cadieux JEAN-SÉBASTIEN EVRARD AGENCE FRANCE-PRESSE Janvier 2011.La petite communauté de Pornic, en France, est sous le choc après la disparition de la jeune Laëtitia Perrais ERIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE Membre de l\u2019académie Goncourt, Pierre Assouline (à gauche), ici aux côtés de Tahar Ben Jelloun en 2013, est un amoureux des livres et de leurs écrivains. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 14 c\u2019est que des populistes caricaturaux, ç\u2019a déjà existé\u2026 Mussolini, Hitler\u2026 Les gens des communications connaissent les penchants de l\u2019humain.L\u2019ignorance, ça se travaille.Les gens ignorants en colère peuvent faire bien des choses.» Humaniste malgré tout À l\u2019écouter dénoncer les travers et les failles de notre société qui refuse de vieillir et de regarder la mort en face, la laideur et la vulgarité s\u2019étalant sur les réseaux sociaux, on pourrait croire que Serge Bouchard est un grand misanthrope devant l\u2019Éternel.« Je suis un anthropologue, donc je suis humaniste.Je trouve ça beau, les êtres humains.Je suis d\u2019autant plus déçu quand je suis déçu.Vous connaissez le graf fiti \u201cDestroy the fucking human race\u201d?Je trouve ça ben l\u2019fun parce que des fois, c\u2019est ce que je pense.» Pardon ?L\u2019élégant érudit aux propos réfléchis cacherait-il une âme punk ?La question le fait sourire.« Peut-être\u2026 en tout cas, je m\u2019y reconnais.Je n\u2019ai jamais été un bon élève.Ça me passe par l\u2019esprit, l\u2019éradication totale de ce qu\u2019on appelle les humains, qui font la guerre, ne soignent pas les enfants, ne les envoient pas à l\u2019école.L\u2019injustice sociale est rampante.C\u2019est un échec grave.L\u2019être humain est une créature monstrueuse éminemment dangereuse, cent fois plus que n\u2019impor te quel fauve.C\u2019est incroyable le mal qu\u2019il peut faire à l\u2019humain et à la nature.» S\u2019il n\u2019est pas punk, Serge Bouchard, qui se déplace et parle lentement, apparaît malgré tout comme une figure subversive dans notre monde où l\u2019on ne sait plus attendre.La lenteur serait-elle un luxe de nos jours?«Très certainement une délinquance.C\u2019est devenu tellement facile d\u2019enrayer le système.Je suis lent parce que je marche lentement.Ça me vient des routiers, des Innus ; les gens m\u2019ont énormément appris.Dans le trafic, si tu es pressé, ralentis.Si tu es immobilisé, essaie de ne pas dire un mot.Il y a une forme de sagesse dans le fait de dire à son environnement qu\u2019on n\u2019a pas envie de devenir fou.» Collaboratrice Le Devoir LES YEUX TRISTES DE MON CAMION Serge Bouchard Boréal Montréal, 2016, 208 pages SUITE DE LA PAGE F 1 BOUCHARD L\u2019art de fabuler Qu\u2019il parle de son vieux Mack, de baseball ou de ragoût de boulettes, ou encore de la présence canadienne-française sur le territoire américain, de ses oncles héros de guerre ou des Amérindiens, Serge Bouchard n\u2019a pas son pareil pour dévoiler la beauté du monde.À travers son regard poétique, son amour de la race humaine, sa nord-américanité bien assumée, il transforme l\u2019ordinaire en merveilleux.Du coup, le lecteur éprouve une certaine fierté à redécouvrir son patrimoine en découvrant Les yeux tristes de mon camion.« J\u2019ai un discours qui est vraiment à contre-courant.Si on avait un débat public, les identitaires nationalistes pourraient être les plus durs avec moi, car j\u2019entraîne notre débat identitaire dans une autre direction.Une bonne partie de ma carrière, j\u2019ai inversé les rôles.Au lieu de parler de défaite, j\u2019ai fabulé sur nos ancêtres, sur nous, sur ma famille, sur le pays.Quand j\u2019ai fait mon doctorat sur les métiers au long cours, on m\u2019avait dit que le métier de camionneur, c\u2019était un métier de zombies.Tu as le choix de dire ça ou de dire autre chose.Mon parti pris a toujours été de magnifier, de donner du sens, de grandir les choses, autant pour les coureurs des bois que pour les Indiens et les femmes.Si vous me demandiez où loge mon espoir, il est là, dans la poésie.» G U Y L A I N E M A S S O U T R E S ublime, l\u2019amour au féminin comporte aussi ses malentendus et ses ratés.Le roman Phi- lothérapie d\u2019Éliette Abécassis propose une comédie délicieuse, inspirée par Marivaux et par ses jeux de rôles et de masques.Fiction à l\u2019appui, elle somme les philosophes de parler de l\u2019amour.Une femme éclairée en vivra-t-elle mieux ?Sortira-t-elle de l\u2019éternel malentendu de l\u2019amour ?Ou tout cela n\u2019est-il qu\u2019un jeu?Insatisfaite de sa relation avec Gabriel, Juliette, « accro à l\u2019amour » mais sûre d\u2019en avoir fini avec son couple, interroge Philoskype.com, un site de thérapie par la philosophie.On y promet de « guérir les maux de l\u2019âme grâce à un dialogue avec un professeur».Constant endosse ce rôle de brillant sauveur.Ces personnages doués en relèveront-ils le défi ?Aimer après trente ans, pense Juliette, c\u2019est pousser la pierre de Sisyphe qui dégringole sur le versant déceptif.Par courriel et bientôt par Skype, le beau Constant entreprend de corriger la « maladie existentielle » de Juliette.Séduite par ses discours calés, mais rencognée dans son fauteuil, Juliette en redemande.Elle a quitté un psychanalyste, voilà qu\u2019elle branche ses désirs sur cette entité virtuelle qui lui parle! Dans cet amour transférentiel, elle oublie son «chagrin de non-amour» initial et fait fi de l\u2019homme qui l\u2019aime encore.Elle veut l\u2019autre, qui excite ses sens sans toucher le réel.Encore! répéte-t-elle à sa manière inassouvie.La part des mots Des maux aux mots, Juliette a franchi le pas.Socrate, Aristote, Hegel, Lacan, Catherine Millet, et tous les romans, Belle du seigneur, Loin de Chandigarh, Adolphe, Orgueil et préjugés, Madame Bovary, Anna Karenine, ne la réconfortent pas de l\u2019éphémère sensation d\u2019aimer.Si la littérature lui permet de décliner son incomplétude, l\u2019incompatibilité du désir et du bonheur a quelque chose que la philosophie n\u2019atteint pas.L\u2019angoisse d\u2019aimer perce son excès de travail et même l\u2019intelligence des mots.Comment résoudre cette confrontation de l\u2019esprit et du corps ?L\u2019amour est-il traître ?Ou, après la jalousie, faut-il accepter un « entre-soi » placide, où les par tenaires équilibreraient manques et capacités relatives ?On en discute dans ce roman, jusqu\u2019à ce que les corps réels fassent irruption.Vivre l\u2019amour n\u2019est pas en disserter.Abécassis va précipiter ses personnages dans le jeu des actes.Tant pis pour la casse.Chacun y découvre de l\u2019inconnu, drôle ou dramatique.Et Juliette, rattrapée par son propre jeu, aimera d\u2019une manière profondément transformée.Un reste d\u2019autre Dans Beaux rivages de Nina Bouraoui, les prémisses de la même question \u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019aimer pour une femme?\u2014 concernent l\u2019injustice de l\u2019amour.La narratrice vient d\u2019être quittée.Victime de l\u2019inégalité d\u2019aimer, elle est envahie par la déception et par les obsessions de réparation.En elle, tout la tire vers le passé.Elle émergera lentement de sa passion solitaire, qui l\u2019enferme dans la douleur et les actes inappropriés.Imaginatif, ce personnage féminin possède à la fois l\u2019intelligence et le désir d\u2019en finir avec son masochisme.Son film intérieur, puissant, livre un combat psychique contre l\u2019ingénuité des mots de l\u2019amour : «L\u2019amour est ce qu\u2019il y a de plus incer tain : sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir.» Comment lutter contre le souvenir, qui transforme tout en irréalité ?Bouraoui dit justement les détours retors de notre temps, les ressacs et les mouvements contraires.D\u2019un côté, Adrian, l\u2019ex-amant, entretient la déroute amoureuse.De l\u2019autre côté, l\u2019angoisse de la narratrice produit la haine qui se tient si près de l\u2019amour.Mais le temps joue dans sa conscience, et tandis que la narratrice s\u2019abandonne à sa propre histoire, au vide et à l\u2019effroi, ceux-ci rentrent dans le rêve dont elle s\u2019éveille en défaisant la chaîne de ses illusions.Collaboratrice Le Devoir PHILOTHÉRAPIE Éliette Abécassis Flammarion Paris, 2016, 313 pages BEAUX RIVAGES Nina Bouraoui JC Lattès Paris, 2016, 245 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE L\u2019angoisse d\u2019aimer Éliette Abécassis et Nina Bouraoui sondent le cœur et la détresse des amoureuses déçues G U Y L A I N E M A S S O U T R E N i cris ni déclamation d\u2019amour chez Laurent Mauvignier dans Continuer.C\u2019est pourtant d\u2019aimer qu\u2019il est question.Pas davantage chez Alexandre Postel, avec Les deux pigeons, variation sur la fable de La Fontaine où il en va de la tendresse fusionnelle et de ses déceptions.L\u2019homme croit créer.Il engendre même la femme forte.Mais quand il s\u2019agit d\u2019aimer la vérité de l\u2019autre, c\u2019est plus compliqué.L\u2019homme ne se dé- bat-il pas avec ses fantasmes ?Mauvignier et Postel explorent le chiffre 2 de l\u2019amour, quitte à compter l\u2019enfant comme l\u2019un des deux.Comment faire couple selon la raison et l\u2019harmonie ?À chacun sa réponse dans son titre : tenir bon ou s\u2019en moquer.Le plus optimiste semble Mauvignier, qui part du couple hargneux et divisé, où l\u2019enfant fait duo soit avec sa mère, soit avec son père.Exit la force mâle chez Mauvignier.Chez Postel, ironie.Sa fiction part du vide de l\u2019espace social où, pour un jeune couple, aimer ne pose plus de problème, tant les inconscients en sont réduits à servir la pure fonctionnalité.L\u2019homme troublé Dans Continuer de Mauvi- gnier, l\u2019enjeu de l\u2019aventure consiste à sauver un grand adolescent, Samuel, délinquant en voie de marginalisation.L\u2019identité de ce garçon se joue dans son rapport violent aux femmes : sa mère, Sibylle, et une fille violée en groupe.Benoît, son père qui l\u2019aime, lui transmet brutalement sa masculinité sexuée.De cet imbroglio psychique assez banal, les services juridiques sont près de s\u2019emparer.Sibylle entraîne alors Samuel dans une chevauchée mâle au Kirghizistan.Jouant sur la fonction parentale déplacée, elle provoque l\u2019extrême désarroi du fils, «pris au piège» parental, dit-il, mais aussi la faiblesse paternelle qui, selon elle, constitue le drame essentiel.Mauvi- gnier infléchit la logique des relations nouées en ramenant la liberté féminine et en lui permettant d\u2019exercer courageusement ses responsabilités.De biais, par cette chevauchée où la mort cogne, le romancier traite l\u2019amour qui ravage et relie ces trois êtres, «le sourire carnassier» de Benoît, la fureur de Sybille et la haine de Samuel.La nature, l\u2019héroïsme et l\u2019exotisme y font figure de so- lut ions pour reconstr uire l\u2019amour.Samuel, qui a sommé Benoît de le sortir de cette Asie lointaine, comprend qu\u2019il doit «continuer» : quand la vie n\u2019est plus que «l\u2019impression de s\u2019effondrer à chaque secousse », il faut mourir ou rebondir.Plus qu\u2019une initiation, ce chemin de croix implique le pardon et la rédemption, qui passent par le choix, l\u2019effort physique et le risque de la mort.Faire couple Dans Les deux pigeons de Postel, Théodore et Dorothée forment un jeune couple parfait, que nulle folie ne traverse.Un problème vient à sur venir, une envie, un malaise ?Ils ont une solution simple.Repeindre l\u2019appartement, acheter une lampe, etc.On se croit dans Les choses de Perec.Quel ennui ! Postel livre toutes les obsessions et maniaqueries de Théodore et Dorothée.Les soirées avec leurs amis.La consommation.Les normes auxquelles on obéit.Ils pensent ainsi faire une vie de paresse, de conformisme et de non-sens.Ironique, l\u2019auteur promène son lecteur ainsi sur deux cents pages.Là, les consciences s\u2019éveillent.La tristesse de cette « demi-vie », la quiétude sans relief, l\u2019inconsistance des sensations et des désirs nous interpellent sur ce qui reste encore.Théodore interroge-t-il Internet sur l\u2019amour qu\u2019il tombe sur des mièvreries, loin de ce Stendhal qui a écrit sur la passion des pages incompréhensibles pour lui.De quoi parlait donc Stendhal ?Postel ira jusqu\u2019au bout des rêves de tendresse « dans le néant des communications, comme un trésor enfoui au fond des océans ».Dur constat, tout perecquien, qui passe au tordeur les soirées perdues devant les séries télévisées.Collaboratrice Le Devoir CONTINUER Laurent Mauvignier Minuit Paris, 2016, 239 pages LES DEUX PIGEONS Alexandre Postel Gallimard Paris, 2016, 227 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Chevauchées mâles sur le dos de l\u2019amour Laurent Mauvignier et Alexandre Postel explorent les clichés de ces passions qui rendent odieux ou idiot PATRICK KOVARIK AGENCE FRANCE-PRESSE À la manière de Marivaux, Éliette Abécassis cherche dans ses contemporains la matière à ses comédies.JOEL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Optimiste face à l\u2019amour, Laurent Mauvignier convoque héroïsme, exotisme et nature pour renouer les êtres. M I C H E L L A P I E R R E P eintre et signataire du manifeste Refus global en 1948, Marcelle Ferron, à la mor t en 1985 de son frère, l\u2019écrivain Jacques Ferron, s\u2019enferma dans sa chambre, atterrée durant trois jours.Elle venait de perdre à la fois son adversaire et son alter ego.L\u2019évocation de cet attachement tumultueux rend irremplaçable la correspondance inédite, Le droit d\u2019être rebelle, de celle qui, rangée jadis parmi les révolutionnaires, se disait « seulement à l\u2019heure».Dans le Québec arriéré de 1948, explique-t-elle, « on avait osé être nous-mêmes et on s\u2019est retrouvés à l \u2019avant-garde » .Son frère Jacques, lui, voyait l\u2019avancement collectif comme une métamorphose plutôt que comme une r upture.Dès 1947, médecin dans un village gaspésien, il lui écrit que, même s\u2019il était incroyant, il a payé une « grand-messe pour l\u2019âme (sous-entendu la gloire)» de sa sœur, peintre novatrice découver te par Paul-Émile Borduas.Dans les années 1940, ses lettres illuminent la correspondance familiale de la jeune artiste.Elles se font plus rares après 1953, car, souligne Baba- lou Hamelin, fille de Marcelle Ferron (1924-2001) et aussi éditrice très éclairée des échanges épistoliers choisis, « il lui en voudra terriblement d\u2019être par tie en France et il prendra du temps à lui pardonner cet exil, comme il dit ».On reconnaît bien ici la défense farouche de l\u2019américanité québécoise si chère à l\u2019écrivain.Les lettres de Jacques, l\u2019aîné de la famille Ferron, tranchent par leur air narquois et leur ton souverain sur celles des autres correspondants de Marcelle : son autre frère, Paul, médecin, ses sœurs, Madeleine, romancière, et Thérèse, journaliste, morte prématurément.Toujours en 1947, Jacques insinue malicieusement à Marcelle que l\u2019automatisme, école de peinture abstraite qui vient de naître à Montréal autour de Borduas, lui semble « un académisme de fous».On comprend que, dans la peinture et la littérature, l\u2019affirmation de la personnalité compte plus que l\u2019engouement collectif pour la nouveauté.Cette af firmation détermine l\u2019originalité d\u2019une œuvre et ne peut être que l\u2019aboutissement d\u2019une lente recherche intérieure.Jacques précise à sa sœur que « le génie \u2014 ou, pour parler français, la réussite \u2014 est une longue patience».Il préfère la surréalité de la ver ve populaire au sur réalisme livresque et à l\u2019abstraction picturale.Le médecin émerveillé, qui accouche les Gaspésiennes pauvres, donne en 1948 à Marcelle, l\u2019avant- gardiste nageant, selon lui, « en pleine bourgeoisie », une profonde et belle leçon : « Une révolution ne se fait pas par le milieu, mais par le bas ; et je suis actuellement à la base du monde.» Marcelle, qui lui avoue son admiration pour le Mar tini- quais Aimé Césaire, poète de la négritude, n\u2019est pour tant pas si loin des mêmes racines.Collaborateur Le Devoir LE DROIT D\u2019ÊTRE REBELLE CORRESPONDANCE DE MARCELLE FERRON AVEC JACQUES, MADELEINE, PAUL ET THÉRÈSE FERRON Textes choisis et présentés par Babalou Hamelin Boréal Montréal, 2016, 640 pages HISTOIRE ÉPISTOLAIRE La québécitude par la correspondance des Ferron L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 15 www.pulaval.com Presses de l\u2019Université Laval PUL ISBN 978-2-7637-2913-8 SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL En signature MICHEL DORAIS RACHIDA AZDOUZ Stand 236 samedi 19 novembre à 15 h Exil en la demeure ROMAN | 182 PAGES | 20,95 $ SAMEDI 19 NOV.: 14 à 15 H DIMANCHE 20 NOV.: 13 à 14 H Terminus ROMAN | 101 PAGES | 17,95 $ SAMEDI 19 NOV.: 19 à 20 H DIMANCHE 20 NOV.: 14 à 15 H Nathalie ne vit plus ici ROMAN | 184 PAGES | 20,95 $ SAMEDI 19 NOV.: 15 à 16 H DIMANCHE 20 NOV.: 14 à 15 H Décombres POÉSIE | 52 PAGES | 12,95 $ PROSE POÉTIQUE TRÈS URBAINE.ARAL CYR JEAN BELLO NATHALIE LAGACÉ RONALD WHITE Bonsoir la muette ROMAN | 106 PAGES | 17,95 $ VENDREDI 18 NOV.: 19 à 20 H SAMEDI 19 NOV.: 13 à 14 H FRANCE MARTINEAU VENEZ RENCONTRER NOS AUTEURS editionssemaphore.qc.ca STAND 402 Regards sur l\u2019art d\u2019avant-garde ESSAI | 570 PAGES | 69,95 $ MERCREDI 16 NOV.: 19 à 20 H JEUDI 17 NOV.: 19 à 20 H GILLES HÉNAULT PRÉSENCE DE CLAUDE GOSSELIN, DIRECTEUR DU CIAC La constellation de l\u2019aigle, Collection de Hélène et Marc Lussier P h o t o : F r é d é r i q u e M é n a r d - A u b i n E S P A C E D E R O U I N SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL Venez rencontrer l\u2019artiste René Derouin, auteur de deux livres en 2016.Demandez-lui une dédicace et un dessin de sa main.RAPACES-RAPTORS-RAPACES 120 pages, 9 1/2 x 12 pouces www.renederouin.com info@renederouin.com EXPOSITION RAPACES René Derouin Du 12 novembre au 17 décembre 2016 550, avenue Beaumont (coin rue Querbes) Montréal (Métro l\u2019Acadie) LA VITRINE HISTOIRE RELIRE LE XIXE SIÈCLE QUÉBÉCOIS À TRAVERS SES DISCOURS ÉPISTOLAIRES Sous la direction de Marie-Andrée Beaudet et Mylène Bédard On peut le dire: le XIXe siècle vu du Québec est un siècle mal aimé.On le dit vide, plutôt rustique et mal dégrossi.On le prétend sans grand intérêt, particulièrement d\u2019un point de vue culturel et littéraire.Mais ce ne sont que de vils préjugés, estiment les universitaires Marie-Andrée Beaudet et Mylène Bédard.Dans un ouvrage collectif, elles en font la démonstration en donnant la parole à ce siècle par l\u2019entremise des échanges épistolaires qu\u2019il a fait émerger.On y retrouve la parole du patriote François-Maurice Lepailleur, la correspondance de l\u2019auteure Félicité Angers \u2014 que ces lecteurs connaissaient sous le nom de Laure Conan \u2014, les échanges entre le poète Charles Gill et son ami Louis-Joseph Doucet, entre autres.Autant de fragments d\u2019un passé, à la richesse littéraire qui étonne, surtout quand «on prend la peine de s\u2019y intéresser», estime Mme Beaudet.Fabien Deglise PHILOSOPHIE POURQUOI NOUS SOMMES NIETZSCHÉENS Sous la direction de Dorian Astor et Alain Jugnon Les Impressions Nouvelles Bruxelles, 2016, 283 pages Être ou ne pas être nietzschéens?Le débat est relancé par ce recueil répliquant, avec un quart de siècle de retard, au collectif Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens (Grasset).Fruit d\u2019une quinzaine de philosophes, ce mélange de témoignages et d\u2019analyses pointues propose une relecture de l\u2019œuvre du moustachu allemand pour affronter les enjeux soulevés par le posthumanisme.L\u2019auteur d\u2019Ainsi parlait Zarathoustra est parfois difficile à suivre, reconnaît Monique Dixsaut.«Sa logique est souterraine, sa cohérence déroutante.» Son décryptage ne nous est pas facilité par le jargon de Bernard Stiegler, qui nous entraîne dans les profondeurs de « l\u2019Anthropocène disruptif », du «Néguanthropocène» et de la «noodiversité».Son collègue Alain Jouffroy y va d\u2019un billet plus personnel rédigé peu de temps avant sa mort.«Le soleil est éternel, écrit le poète français, grâce à [Nietzsche], l\u2019humanité l\u2019est aussi.» Dave Noël M I C H E L L A P I E R R E L\u2019 interprétation restrictive que lui ont donnée une majorité de juges a fait le plus grand mal à la Char te de la langue française, adoptée en 1977 par le gouvernement péquiste.Voilà ce que soutient le juriste Éric Poirier dans son livre sur la fameuse loi 101, qui aura bientôt 40 ans.Il montre que cette interprétation, conforme au prétendu libéralisme juridique anglo-améri- cain, défendu par l\u2019éminent Ronald Dworkin, nie l\u2019originalité même du Québec.Préfacé par le sociologue Guy Rocher, qui, comme sous- ministre, a assisté Camille Lau- rin, ministre d\u2019État au Développement culturel, dans la présentation, à l\u2019époque, du projet de loi, l\u2019ouvrage rappelle que le gouvernement, selon l\u2019énoncé de politique, ne visait rien de moins qu\u2019à «établir historiquement un peuple de manière à ce qu\u2019il ne soit plus vulnérable à la dissolution ».Il s\u2019agissait d\u2019un dessein inusité aux yeux de l\u2019élite juridique nord-américaine férue de précédents.Bien sûr, il heurtait de plein fouet la Constitution canadienne.Dès 1979, la Cour suprême déclara inconstitutionnelles les dispositions de la loi qui faisaient du français l\u2019unique langue des lois, des règlements et des tribunaux.Mais la question de la constitutionnalité, si explosive soit-elle, se posa moins souvent que celle, plus subtile, plus pernicieuse, de l\u2019interprétation judiciaire d\u2019autres dispositions de la loi.C\u2019est cette réalité que Poirier, doctorant en droit et avocat, met en évidence avec brio.Plusieurs jugements sur la langue, en particulier dans l\u2019enseignement, le commerce et le travail, adoptent une interprétation restrictive par rapport au but fixé par le législateur.Cette tendance très accusée reflète, explique-t-il, l\u2019influence sur notre jurisprudence de la théorie du renommé Ronald Dworkin (1931-2013), philosophe américain du droit.Grave malentendu Selon Dworkin, il faut que le juge tienne compte de l\u2019évolution des mentalités, qu\u2019il considère le droit comme une discipline en construction.Il doit ainsi préférer l\u2019esprit à la lettre, mais, malheureusement, cet esprit se confond avec la mentalité nord-américaine commune et contemporaine au lieu d\u2019exprimer la spécificité culturelle du Québec et son évolution particulière sur le continent.Pour remédier au grave malentendu juridique au sujet de la singularité québécoise, Poirier suggère d\u2019élever les principes de la loi 101 «au rang de droits quasi constitutionnels, c\u2019est-à-dire de droits qui priment sur tous les autres droits».Il signale que le français est ici la langue officielle depuis une ordonnance du roi de France en 1663 que la Grande-Bretagne n\u2019a pas abrogée en reconnaissant par l\u2019Acte de Québec (1774) les «droits civils» de ses nouveaux sujets.Peut-on mieux nous convaincre que la loi 101 s\u2019enracine dans une autre tradition juridique nord-américaine qui n\u2019a rien à envier au courant dominant?Collaborateur Le Devoir LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE CE QU\u2019IL RESTE DE LA LOI 101 QUARANTE ANS APRÈS SON ADOPTION Éric Poirier Septentrion Québec, 2016, 254 pages ESSAI QUÉBÉCOIS La loi 101, cet ovni en Amérique Pour le juriste Éric Poirier, il faut élever la Charte au rang des droits quasi constitutionnels JACQUES GRENIER LE DEVOIR Touchez pas à la loi 101 ! Décembre 1988, le Québec descend dans la rue pour protester contre des modifications à la Charte de la langue française.Une révolution ne se fait pas par le milieu, mais par le bas ; et je suis actuellement à la base du monde Jacques Ferron « » WIKI COMMONS Friedrich Nietzsche L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 N O V E M B R E 2 0 1 6 S A L O N D U L I V R E D E M O N T R É A L F 16 19 novembre De 11 h 00 à 13 h 00 18 novembre De 19 h 00 à 20 h 00 19 novembre De 10 h 00 à 12 h 00 De 14 h 00 à 16 h 00 20 novembre De 12 h 00 à 14 h 00 18 novembre De 14 h 00 à 15 h 30 19 novembre De 11 h 30 à 13 h 30 20 novembre De 12 h 00 à 14 h 00 Salomé Jacques Patricia MacDonald Schmitt Eric-Emmanuel Des rencontres remarquables Au Salon du livre de Montréal Albin Michel Stand 546 PHOTO AUTEUR : © STEPHANE DE BOURGIES PHOTOMONTAGE © BRAND NEW IMAGES ; © FOTOJOG / ISTOCK / GETTY IMAGES PLUS ; © WESTEND61 / GETTY IMAGES.PHOTO AUTEURE © DAVID IGNASZEWSKI COUVERTURE © DAVID PAIRE / ARCANGEL IMAGES.DESIGN : JULIEN PAPET.PHOTO © NANCY LESSARD M on rapport à l\u2019agriculture est principalement littéraire.Je me souviens, non sans émotion, d\u2019avoir fait les foins pendant quelques jours à l\u2019époque de ma jeunesse, mais, pour le reste, mon expérience agricole se limite aux mots.Ceux de mon père, fils d\u2019un modeste fermier, empreints de nostalgie en racontant le bonheur de l\u2019heure des vaches dans les années 1940 et 1950.Ceux, aussi, de tous ces écrivains du terroir \u2014 Girard, Groulx, Grignon, Guèvremont et même La- berge \u2014 qui ont chanté, joyeusement ou tristement, la vie paysanne.Dans mon enfance, j\u2019ai lu, chez ma grand-mère paternelle, La Terre de chez nous qui traînait sur la table de la cuisine.Tout ça, tous ces mots, laisse une trace.Aussi, même si l\u2019univers agricole m\u2019est concrètement presque étranger, je lui suis attaché.Je sais bien que les choses ont changé, que les fermes d\u2019aujourd\u2019hui sont plus grosses, plus modernes et gérées par des agriculteurs plus instruits que ceux d\u2019hier.Il n\u2019empêche qu\u2019elles continuent de structurer le pays québécois.«Quand vous vous arrêtez devant une belle ferme laitière, écrivent les auteurs d\u2019Une crise agricole au Québec, vous voyez bien plus qu\u2019une digne représentante d\u2019un secteur économique parmi d\u2019autres.Vous avez devant vous l\u2019un des socles de la société québécoise, de son histoire, de son identité et même de son visage, l\u2019agriculture étant l\u2019activité humaine qui façonne le plus le paysage.» La gestion de l\u2019offre en danger Or, s\u2019inquiètent Simon Bégin, ancien attaché politique de Jean Garon, Yan Turmine, agronome, et Yannick Patelli, éditeur du journal indépendant La Vie agricole, une foule de ces 5800 fermes laitières sont actuellement menacées de disparition, victimes des divers traités de libre-échange et des failles dans la protection que devrait leur assurer le système de la gestion de l\u2019offre, avec ses fameux quotas.Le principal ennemi des producteurs laitiers québécois, à l\u2019heure actuelle, est le lait diafiltré américain, un concentré liquide de protéines laitières utilisé dans le fromage, le yogourt et la crème glacée.Le système de la gestion de l\u2019offre s\u2019applique, au Canada, aux œufs, au poulet et au lait.Les auteurs d\u2019Une crise agricole au Québec reconnaissent que la gestion de ce cadre réglementaire «est devenue un monstre de complexité, un système kafkaïen dont peu de producteurs réussissent à comprendre toutes les règles », mais ils se portent néanmoins vigoureusement à sa défense, tout en proposant de le réformer.En gros, ce système évalue les besoins du marché canadien et octroie aux agriculteurs un droit de produire correspondant à ces besoins.En production laitière, le Québec reçoit 40% du quota national.Maintenir l\u2019équilibre entre la production et les besoins exige aussi de limiter l\u2019importation de produits laitiers étrangers par l\u2019imposition de tarifs douaniers prohibitifs.Il faut, enfin, que le prix que reçoivent les producteurs pour leur lait couvre au moins leurs coûts.Ce système est en place depuis 1970.Les auteurs estiment qu\u2019il coûte environ 300 $ par famille annuellement puisqu\u2019il fait légèrement augmenter le prix du lait.Ils ajoutent toutefois que, là où ce système n\u2019existe pas (en Europe, depuis l\u2019an dernier, par exemple), les subventions compensatoires versées aux producteurs équivalent à 1000 $ par famille annuellement.Le prix du libre marché Chaque brèche dans ce système menace la survie de nombreux producteurs, comme le montrent les exemples récents de l\u2019Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et de l\u2019Union européenne, où la déréglementation a mené à la réduction du nombre de fermes, au déclin de régions agricoles, à l\u2019explosion des subventions compensatoires et, souvent, à l\u2019augmentation du prix du lait.L\u2019accord de libre-échange avec l\u2019Europe fera perdre 2 % de parts du marché canadien aux producteurs nationaux, et l\u2019éventuel Partenariat transpacifique, 3,25 %.Les producteurs n\u2019en sont pas enchantés, mais se disent capables d\u2019affronter ce défi, avec l\u2019aide du programme d\u2019indemnisation promis par le gouvernement fédéral.Ce qu\u2019ils combattent avec énergie, c\u2019est le dumping du lait diafiltré américain, qui peut représenter jusqu\u2019à plus de 10 % de leur marché et qui menace principalement la ferme laitière québécoise moyenne de 60 vaches.La gestion de l\u2019offre, qui s\u2019accompagne nécessairement d\u2019une forte limitation des importations, n\u2019a pas que des vertus, admettent Bé- gin, Turmine et Patelli, mais elle a, depuis plus de 40 ans, préservé la vitalité du secteur laitier, permis une saine occupation du territoire et assuré la salubrité et la sécurité alimentaires (les normes américaines, en ces matières, sont nettement moins sévères), le tout sans plomber les finances publiques et les budgets familiaux.Par conséquent, accepter de fragiliser la gestion de l\u2019offre dans la filière laitière pour soumettre l\u2019agriculture québécoise aux diktats néolibéraux et libre-échangistes favorables aux très gros producteurs et transformateurs ne va pas sans danger.Cela équivaut, préviennent Bé- gin, Turmine et Patelli, à mettre la hache dans un pilier, à la fois symbolique et économique, du modèle québécois, en échange d\u2019une approche qui n\u2019a pas tenu ses promesses ailleurs.louisco@sympatico.ca UNE CRISE AGRICOLE AU QUÉBEC VERS LA FIN DES FERMES LAITIÈRES TRADITIONNELLES ?Simon Bégin, Yan Turmine et Yannick Patelli VLB/La Vie agricole Montréal, 2016, 224 pages ESSAI QUÉBÉCOIS Un secteur agricole québécois à la croisée des chemins Faut-il préserver le modèle actuel ou prendre le risque du libre marché ?LOUIS CORNELLIER JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les accords de libre-échange ouvrent une brèche dans le système de gestion de l\u2019of fre.Les vaches du producteur Christian Castonguay, producteur à Mirable, elles, restent impassibles."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.