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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-11-19, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 N O V E M B R E 2 0 1 6 Josée Blanchette JE NE SAIS PAS PONDRE L\u2019ŒUF, MAIS JE SAIS QUAND IL EST POURRI JOSÉE BLANCHETTE au Salon du livre de Montréal Animation à la Grande Place Samedi 14 h CANCER ET MÉDECINE INTÉGRATIVE : discussion avec le journaliste scienti?que Michel Rochon, de l\u2019émission Enquête Rencontres dédicaces STAND 516 Samedi 14 h 30 \u2013 16 h Dimanche 13 h \u2013 15 h TIFFET F A B I E N D E G L I S E A près la critique, l\u2019arpentage des culs-de-sac, l\u2019analyse des blocages et des inerties, le temps est-il venu de passer à l\u2019action en refondant concrètement le Québec, non pas sur la base de ses nostalgies, mais sur celle de ses valeurs contemporaines, de ses réalités et de ses rêves présents?Commencer à écrire au- jourd\u2019hui un nouveau chapitre intitulé « Le Québec de demain », voilà ce que propose l\u2019univers de l\u2019essai littéraire depuis plusieurs mois en faisant converger des titres qui appellent au réveil et à la remise en mouvement : de Simon-Pierre Savard-Tremblay dans L\u2019État succursale (VLB) à Roméo Bou- chard et son Survivre à l\u2019offensive des riches (Écosociété), en passant par Le code Québec (éditions de l\u2019Homme) du trio Léger, Nantel, Duhamel ou Le mal du Québec (Liber) de Christian Saint-Germain.Entre autres.La liste est loin d\u2019être exhaustive, et elle s\u2019allonge aujourd\u2019hui avec l\u2019apparition de deux nouvelles propositions: Le cœur des Québécois (PUL) et Cinq chantiers pour changer le Québec (Écosociété).Le premier a l\u2019ambition de tous les autres : «repérer, dans la société fragmentée, les initiatives qui feront le Québec de demain », écrivent l\u2019ex-députée droitiste Marie Grégoire, le po- liticologue Éric Montigny et le sondeur d\u2019opinions Youri Ri- vest dans un bouquin qui, 40 ans après l\u2019arrivée historique au pouvoir du Parti québécois en 1976, propose de faire le point, le bilan, «pour ouvrir un nouveau chapitre et se libérer du piège d\u2019une certaine nostalgie ».Il y aurait, selon eux, urgence, tant le court-ter- misme des gouvernements passés et actuels a éloigné la ESSAIS QUÉBÉCOIS Remettre le Québec en mouvement En deux temps, deux collectifs décodent les valeurs d\u2019une nation pour mieux l\u2019aider à sortir de ses ornières D A N I E L L E L A U R I N A 74 ans, Michel Tremblay revi- site avec son irrésistible sens de l\u2019humour les souvenirs de son enfance.Dans Conversations avec un enfant curieux, composé uniquement de dialogues, on voit, ou plutôt on entend le petit Michel en constante interaction avec son entourage, ne cessant de poser des questions souvent embêtantes, parfois avec une mauvaise foi crasse.«Après La diaspora des Des- rosiers, j\u2019avais envie de me faire du gros fun», lance l\u2019écrivain du Plateau, qui a quitté, comme chaque année, son antre à Key West pour venir rencontrer ses lecteurs au Salon du livre de Montréal.Il confie avoir passé un moment difficile après avoir mis la dernière main à sa saga plutôt sombre, composée de neuf volets.« J\u2019ai vécu un post-par- tum à l\u2019été 2015.J\u2019étais soulagé d\u2019avoir terminé, mais je me retrouvais devant rien.Je n\u2019avais pas de projet pour la première fois depuis 30 ans.» Dans les mois qui ont suivi, le magazine Châtelaine lui a proposé d\u2019écrire un conte de Noël.L\u2019idée ne l\u2019enchantait pas au départ.« Je me suis dit : ah non, pas un autre conte de Noël\u2026 J\u2019ai dû en écrire 600 dans ma vie.» Puis, lors d\u2019une nuit d\u2019insomnie, il a pensé à un texte qui porterait sur la crèche de Noël de sa mère et sur l\u2019enfant Jésus trop gros que sa grand-mère avait acheté.Avant même de l\u2019écrire, il savait que ce serait un texte sous forme de dialogues, sans mise en contexte.« Je me disais qu\u2019on n\u2019avait pas besoin de savoir si ça se passait dans le salon ou la salle à manger, si ça sentait les cre- tons, s\u2019il faisait beau dehors\u2026 l\u2019impor tant, c\u2019était l\u2019échange qu\u2019on avait, comme au théâtre.» L\u2019auteur d\u2019Un ange cornu avec des ailes de tôle a pris un tel plaisir à écrire La crèche qu\u2019il a continué de transcrire, sans les habiller, des scènes inspirées de son enfance.«J\u2019ai toujours voulu comprendre» Pourquoi, pourquoi, pourquoi?Tous les enfants passent par une phase comme celle-là.Dans le cas de Michel Tremblay, multipliez au moins par 100.À ses amis, à son père, à sa grand-mère, à sa maîtresse d\u2019école\u2026 à sa mère, surtout, à son mentor, le petit Michel qui se mettra à l\u2019écriture à l\u2019âge de 14 ans ne cesse de poser des questions, sans jamais être rassasié.« Je posais des questions non pas pour être fatigant, mais pour comprendre.J\u2019ai toujours voulu comprendre.L\u2019écriture, pour moi, c\u2019est une lettre sans fin que je m\u2019écris à moi-même pour m\u2019expliquer le monde.» L\u2019opération du Saint-Esprit, le troisième secret de Fatima, l\u2019infaillibilité du pape\u2026 Plusieurs discussions dans Conversations avec un enfant curieux tournent autour de la religion et de ses mystères.On ne te demande pas de comprendre mais de croire, répète-t-on à l \u2019enfant de la grosse femme à l\u2019école.Tandis qu\u2019à la maison, sa mère, quoique catholique prati - quante, fait preuve de scepticisme vis-à-vis du clergé.« Quand l\u2019Église charriait, ma mère s\u2019en rendait compte et elle se rebif fait.Elle ne tolérait pas que le clergé invente des choses pour nous faire peur.» Michel Tremblay, à qui sa mère un jour avait glissé : «Fais semblant que tu les crois, pis pense ce que tu veux de ton côté\u2026 », a fini par en prendre son parti.«La religion pose des questions qu\u2019on ne peut pas résoudre.La seule façon de les résoudre, c\u2019est quand on choisit de ne plus croire, parce que ça n\u2019a pas de bon sens.» «Je suis maintenant complètement apolitique» Depuis plusieurs années, son incrédulité s\u2019étend aussi au domaine politique.Accablé par les résultats de la récente élection américaine, il affirme qu\u2019il n\u2019en peut plus de se faire mener en bateau par les politiciens, y compris au Québec.«Ce qui m\u2019insulte le plus, c\u2019est qu\u2019ils nous mentent en pleine face.Et ils savent qu\u2019on sait qu\u2019ils nous mentent en pleine face, mais ils continuent quand même.Ce cynisme de la politique me démolit.Je suis maintenant complètement apolitique à cause de ça.» Sur sa lancée, il s\u2019enflamme.« Ça fait combien de temps, au Québec en par ticulier, qu\u2019on n\u2019a pas élu un gouvernement pour lui-même ?On élit un gouvernement parce qu\u2019on veut se débarrasser de celui qui était là avant.Il n\u2019y a plus de héros.Quand est-ce qu\u2019est arrivé un grand personnage, avec du charisme, qu\u2019on a voulu suivre ?C\u2019est tellement évident pour tout le monde que ce ne sont plus les gouvernements qui mènent mais les grosses compagnies.» Il parle de Donald Trump, qui a embauché des lobbyistes afin « qu\u2019ils construisent pour lui son gouvernement ».Puis il s\u2019arrête net.« On est loin de mon livre, là.» Quoique\u2026 il se ravise.« Je trouve que c\u2019est impor tant qu\u2019on rie, ces temps-ci.» Usant de son sens du théâtre et de l\u2019exagération légendaire qu\u2019il dit tenir de sa mère, Michel Tremblay s\u2019exclame, avant d\u2019éclater de son grand rire : « Je promets aux lecteurs de ce livre trois rires par page.» Collaboratrice Le Devoir RENCONTRE Écrire pour s\u2019expliquer le monde Michel Tremblay est accablé par un présent qui ne fait plus émerger de héros ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « Je promets aux lecteurs de ce livre trois rires par page», s\u2019exclame le romancier.VOIR PAGE F 2 : NATION Lire aussi \u203a la critique et trois questions sur l\u2019enfance de l\u2019auteur.Page F 4 Quand l\u2019Église charriait, ma mère s\u2019en rendait compte et elle se rebiffait.Elle ne tolérait pas que le clergé invente des choses pour nous faire peur.Michel Tremblay « » Le 887 de Robert Lepage magni?é par les dessins de Steve Blanchet Page F 2 Entrevue avec Alexandre Jardin, un zèbre en colère Page F 4 société québécoise de l\u2019écriture collective de ce nouveau destin.«Le Québec vit en 2016 les premiers ef fets concrets de son déséquilibre démographique.Celui- ci est sans précédent dans son histoire [\u2026] Dans un contexte de rareté des ressources publiques, cela a des effets sur la cohésion d\u2019une société.» Un coup de sonde, lancé en mai dernier sur Internet par la maison CROP pour le compte de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires (CRDIP), témoigne d\u2019un regard intérieur posé sur le Québec bien éloigné aujourd\u2019hui des perceptions de 1976.Il en est abondamment question dans le bouquin.Au commencement de ce temps nouveau, le territoire était qualifié d\u2019ambitieux (23%), de rêveur (23%), d\u2019audacieux (19%), de passionné (18%) et de familial (14%).Aujourd\u2019hui?Il est surtout vu comme fragmenté (30%), dépassé (29%), toujours rêveur (19 %) et unique (13 %), oui, mais un peu vieux (17 %), selon la mesure de l\u2019opinion publique.Contre la pensée unique De l\u2019audace, pour tant, le collectif derrière Cinq chantiers pour changer le Québec n\u2019en manque pas et en revendique plus que moins en soumettant plusieurs grandes transformations sociales et politiques au débat.L\u2019idée est d\u2019ouvrir des « chemins plus constructifs que ceux tracés par nos élites », écrit l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS) dans cet essai dirigé par Gabrielle Brais Har vey.« Les cinq chantiers que nous mettons de l \u2019avant cherchent à participer au bouillonnement des idées qui, lentement mais sûrement, reprend ses droits sur la pensée unique.» La perspective est vaste, les chantiers, eux, sont ci- blés en proposant une diminution progressive du temps de travail hebdomadaire à 32 heures, l \u2019extension des centres de la petite enfance (CPE), la création d\u2019un congé universel pour projet personnel ou encore la réorganisation des milieux de travail afin de favoriser l\u2019initiative et la par t ic ipat ion démocra - tique des employés dans la marche des organisations.Il paraît que les jeunes générations espèrent ça.L\u2019IRIS appelle aussi à une politique de transition écologique cohérente pour améliorer la qualité de vie, créer des emplois ver ts et « enrayer l\u2019hémorragie des fonds publics causée par les infrastructures routières ».Par les chantiers qu\u2019il expose, l\u2019IRIS af firme vouloir entrer dans une phase de construction pour briser « la logique inégalitaire propre à l\u2019austérité, en favorisant davantage la circulation de l\u2019argent que son accumulation », et ce, sur un territoire à « se réappro- prier ».Comment ?En favorisant la « localisation de l\u2019économie, la décentralisation du pouvoir, la primauté du droit d\u2019usage et le retrait du sol du marché» ainsi que « la création de communes, nouvelles instances au service des populations locales ».L\u2019amour d\u2019un territoire L\u2019idée de rapprocher les Québécois de leur territoire est loin d\u2019être folle, d\u2019ailleurs, à en croire les auteurs du Cœur des Québécois, qui rappellent que ce territoire est au fondement de notre identité.D\u2019ailleurs, 92 % des répondants au sondage CROP disent l\u2019aimer.Par contre, l\u2019attachement à l\u2019idée d\u2019un territoire souverain s\u2019estompe, peut-on lire dans cette autopsie des valeurs communes actuelles au Québec.Un tiers de la population appuie le projet politique de l\u2019indépendance.Le Québec de 2016 est plus préoccupé par les questions économiques (57 %) que par son déclin linguistique (26 %) ou son déclin démographique dans le Canada (17 %), lit-on.Les rêves por tés par une génération, désormais démo- graphiquement sur le déclin, les projets fondés sur un passé idéalisé, ne sont sans doute plus en harmonie avec les aspirations d\u2019un Québec qui s\u2019est ouvert sur le monde, qui est passé du noir et blanc à la couleur, sur les plans démographique, social, culturel, idéologique, et qui doit désormais passer le relais des pouvoirs à la génération suivante, estime le trio qui vint de sonder ce « cœur des Québécois ».«L\u2019État québécois devra démontrer qu\u2019il a su s\u2019adapter aux besoins d\u2019aujourd\u2019hui», dit- il , en rappelant que, pour adhérer à un projet collectif, il faut y prendre part.« Cela implique de permettre aux générations [suivantes] d\u2019y mettre du leur.Il s\u2019agit là d\u2019une condition centrale afin d\u2019insuf fler confiance et permettre aux Québécois de gagner à nouveau collectivement.À la question plus ou moins d\u2019État, les Québécois semblent répondre : mieux d\u2019État », comme s\u2019ils réclamaient le début d\u2019un autre temps nouveau.Le Devoir LE CŒUR DES QUÉBÉCOIS Marie Grégoire, Éric Montigny, Youri Rivest PUL Québec, 2016, 232 pages CINQ CHANTIERS POUR CHANGER LE QUÉBEC IRIS Gabrielle Brais Harvey (sous la dir.) Écosociété Montréal, 2016, 132 pages SUITE DE LA PAGE F 1 NATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 N O V E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S F 2 D O S S I E R Prendre la littérature au sérieux À L I R E A U S S I Le mouvement étudian t dans l\u2019impasse?La caricature contre elle-même H U G U E S C O R R I V E A U P orté par un sens aigu de la poétique, Michel Julien nous propose un second recueil inspiré, habité par une angoisse que seule la poésie peut espérer transcender.Ce monde étrange où naître que décrit l \u2019auteur, tout vivant pourrait bien s\u2019y perdre, s\u2019y briser.Alors, le questionnement du poète se fait, en regard de ce qui pour rait contraindre, beau et tragique à la fois : « Dans ce monde élucidé/de noir// aurai-je assez de toute une vie/de froid lunaire/pour désapprendre à lire/ce grand vide d\u2019ombres consolées?» En seize «Feuillets » (parfois constitués d\u2019un seul texte), l\u2019auteur prend note de ses sentiments fragiles et contrastés par rapport à ce qu\u2019il faut investir de vie pour accéder à l\u2019espoir, à la constance du moindre bonheur.Michel Julien cite Louise Dupré en épigraphe, traduisant au plus près ce tremblement : « écrire, simplement écrire/ce verbe si maigre// qui ramène l\u2019infini/à la hauteur des mains.» Grande intelligence, s\u2019il en est, que ce savoir de ramener l\u2019écriture à s a f o n c t i o n m a j e u r e q u i exhausse les aspirations au dépassement.Ce qui s\u2019offre alors à l\u2019écrivain, c\u2019est « ce trop peu d\u2019espace/pour s\u2019émouvoir/d\u2019être// vivant.» Ce trop peu de joie, ce trop peu de sérénité ne peuvent pourtant rien contre qui s\u2019obstine à traquer ombre et lumière.Conscient d\u2019avoir « les os blanchis de deuils/sans être mor t » , tenir bon, respirer, c\u2019est comme « décrire à voix haute/l\u2019oralité du vertige.» S\u2019ouvrent alors la marge, la marginalité qui permettront au poète de continuer sa quête et de trouver «ce qu\u2019il faut de distraction/pour survivre/au bonheur des autres » quand l\u2019acuité est à deux mots du mutisme, quand la lucidité risque d\u2019assombrir le paysage.Dans ce tremblement de l \u2019âme, le poète cherche le soutien dans ses plus lointains retranchements : « je me demande/si la solitude es t par tout/ la même// s i quelque par t/une étoi le se souvient/de nous ?» Car il y a l\u2019extérieur de soi aussi, cette foule déchaînée par les guerres et les conflits qui fait du bruit, qui casse ces moments tant recherchés, ces « éclats de paix/hors du cercle légendé/de la violence.» Ce recueil confirme ce qui était déjà présent dans Une fin en soi, le premier recueil de l\u2019auteur, à savoir sa grande capacité à percer le mystère de la sur vie, à persister en une langue très juste et un sens pertinent du vers libre à puiser ce qu\u2019il faut de détermination pour perdurer dans la parole.Il se demande si «on apprend seul à aimer/écrire.» Or, non, c\u2019est avec les lecteurs, ainsi que cette passion que toute poésie instigue au cœur des mots.Collaborateur Le Devoir CE MONDE ÉTRANGE OÙ NAÎTRE Michel Julien Le Noroît Montréal, 2016, 106 pages L\u2019angoisse transcendée par la poésie Le second recueil de Michel Julien offre une résistance au noir cruel du réel F A B I E N D E G L I S E L a nature humaine est ainsi faite : mémoire et images ont des destins liés, par fois même dans des cohabitations spectaculaires, comme l\u2019expose depuis cette semaine la version illustrée de la pièce de théâtre 887, signée Robert Lepage.Le dessinateur Steve Blanchet, un gars de la pub passé dans la sphère de la création artistique, laisse la finesse de son trait magnifier l\u2019élégance de cette incursion croisée dans la mémoire d\u2019un comédien et dans celle d\u2019un peuple.Et le résultat est particulièrement convaincant.Succès critique, la création de Robert Lepage suit le destin stressé d\u2019un comédien qui tente de mémoriser le célèbre \u2014 et sémantiquement complexe \u2014 poème Speak white de Michèle Lalonde pour le livrer publiquement lors d\u2019une nuit dédiée à la poésie.La subtilité de la trame narrative va l\u2019amener à revisiter sa jeunesse passée à Québec dans un immeuble situé au 887 de l\u2019avenue Murray, mais également à réfléchir sur l\u2019héritage culturel et historique qui est le sien et qui l\u2019attache à une nation, à un peuple.Sur scène, l\u2019exercice jouit d\u2019une mécanique habile qui allie maquettes, projections, mouvements de décor faisant entrer le spectateur dans la tête et les souvenirs du comédien dramaturge.Sur papier, ce voyage intérieur ne passe plus par les mouvements, mais par la force des illustrations, sobres, distinguées, de Steve Blanchet, qui donne un écho magnifique à la tonalité rétro du texte de Rober t Lepage.L\u2019intimité volée par les fenêtres de l\u2019immeuble, le taxi du père, l \u2019ar rivée de la grand- mère maternelle en 1961 dans l\u2019exiguïté de l\u2019appartement, le thé à l\u2019anglaise au Château Frontenac\u2026 tout est là, harmonique entre texte et illustrations, et dans l\u2019esprit d\u2019une autre mutation sur papier, celle du Dragon bleu, pièce cosi- gnée avec Marie Michaud, que Robert Lepage a orchestrée en 2011 avec la complicité, cette fois, de l\u2019illustrateur Fred Jourdain.D\u2019une mise en images à une autre, le 887 illustré par Steve Blanchet donne cet autre souffle à la pièce, tout en confirmant son statut de petit bijou de la dramaturgie québécoise contemporaine.Le Devoir 887 Robert Lepage et Steve Blanchet Québec Amérique Montréal, 2016, 166 pages THÉÂTRE ILLUSTRÉ La mémoire et ses images Le trait raffiné de Steve Blanchet magnifie l\u2019élégance du 887 de Robert Lepage QUÉBEC AMÉRIQUE Sur papier, le voyage intérieur de 887 ne passe plus par les mouvements, mais par la force des illustrations, sobres, distinguées, de Steve Blanchet. C H R I S T I A N D E S M E U L E S A vec un titre pareil, on peut s\u2019attendre à ce qu\u2019il soit question de transmission et de biologie dans le troisième roman d\u2019Alain Olivier.Une vingtaine d\u2019années après Le chant des bélugas et Nuits d\u2019Afrique, le biologiste nous entraîne dans une quête de sens qui prend la forme d\u2019un voyage à travers le temps et l\u2019espace.Professeur de biologie québécois de passage au Chili pour participer à un colloque, le narrateur sans nom de L\u2019héritier de Darwin en profite pour explorer un peu ce pays d\u2019Amérique du Sud.Avec sa compagne venue le rejoindre au Chili, ils vont louer une voiture et prendre la direction de la Patagonie.D\u2019auberges en sites de camping, de promenades au bord de lacs en nuits passées sous le ciel austral, le couple renoue dans les gestes bien plus que dans les mots.De manière fantaisiste, l\u2019auteur met en scène une série de rencontres et de conversations imaginaires avec Charles Darwin, le naturaliste anglais dont les travaux ont révolutionné la biologie au XIXe siè- c le \u2014 en p lus de marquer durablement notre conception du monde.Puisant dans les récits de voyage de Dar win, dans son De l\u2019origine des espèces de 1859 ou dans l\u2019autobiographie du scientifique anglais, Alain Olivier s\u2019en sert pour interroger le sens de notre aventure commune.Mais sur un plan plus personnel, désemparé après la mort de son père, le narrateur revisite surtout les débuts de sa relation avec sa femme, Julie, alors qu\u2019après une fausse couche la découver te de sa stérilité l\u2019avait plongé dans une sorte de dilemme amoureux.Cette crise semble avoir depuis trouvé sa solution, puisqu\u2019il raconte qu\u2019ils sont au- jourd\u2019hui parents de deux fillettes \u2014 peut-être adoptées.Athée convaincu de la mort de Dieu, mais capable malgré tout d\u2019être « frappé par le sentiment du sublime» pendant une promenade en forêt, le narrateur adopte la modestie du scientifique conscient des limites de son savoir.Comme Dar win, selon lui, pour qui « le mystère du commencement de toutes choses est insondable».À travers de courts chapitres et de nombreux al- lers-retours entre le présent et le passé, entre des épisodes de la vie de Dar win et celle du narrateur, le roman est ainsi l\u2019occasion d\u2019une longue et sinueuse (et parfois ennuyante) méditation sur le couple, la transmission de la vie et la nature de l\u2019humanité.« Qu\u2019avait trouvé Darwin, dans ces lointaines contrées, qu\u2019il s\u2019était ensuite éver tué, toute sa vie, à nous transmettre ?» La quête et les trouvailles du narrateur, elles, sont peut-être moins claires encore.Notre évolution n\u2019est pas terminée, le mouvement se poursuit : « Nous savons à présent que nous venons de très loin, même s\u2019il est tout à fait possible que notre voyage n\u2019en soit encore qu\u2019à ses débuts.» Mais de Concepción à Punta Ar enas , de l a Gaspés ie à l\u2019Afrique, on a un peu l\u2019impression d\u2019un chapitre à l\u2019autre que l\u2019essai finit par avaler le roman \u2014 déjà pour vu d\u2019une trame narrative mince et pleine de trous.Ni roman scientifique ni biographie historique, L\u2019héritier de Darwin est surtout l\u2019aventure personnelle d\u2019un homme qui tente de recoller quelques- uns des morceaux de sa propre vie.Qui essaie de faire sens de l\u2019héritage scientifique qu\u2019il a reçu, de rendre hommage à Darwin, de célébrer la vie et l\u2019aventure humaine.Et qui se questionne au passage quant au but du voyage : « Le seul voyage véritable est celui que l\u2019on fait au-dedans de soi.Darwin l\u2019a réussi, plongeant en lui-même comme peu d\u2019êtres humains en sont capables.Il s\u2019est d\u2019ailleurs enfoncé si profondément qu\u2019il a fait une trouvaille inattendue.Il a découvert le singe en soi.» Collaborateur Le Devoir L\u2019HÉRITIER DE DARWIN Alain Olivier Lévesque éditeur Montréal, 2016, 360 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 N O V E M B R E 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 1/2 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 2 La faute.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 4/2 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 3/2 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 2/4 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac \u2013/1 Danger! Femmes en SPM Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis 6/5 Le bonheur des autres \u2022 Tome 1 Le destin de.Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 5/4 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 8/2 Péril sur le fleuve Daniel Lessard/Pierre Tisseyre 10/2 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 7/7 Romans étrangers Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 1/5 Intimidation Harlan Coben/Belfond 2/2 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 3/9 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 4/11 Les nouveaux amants Alexandre Jardin/Grasset \u2013/1 Message sans réponse Patricia J.MacDonald/Albin Michel 6/5 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 7/7 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 5/34 Brunetti en trois actes Donna Leon/Calmann-Lévy \u2013/1 Tels des loups affamés Ian Rankin/Masque \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/4 Le témoin Lino Zambito/Homme \u2013/1 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 2/7 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 3/2 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais.Josée Blanchette/Flammarion Québec 4/7 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 5/4 Politiques de l\u2019extrême centre Alain Deneault/Lux \u2013/1 Les superbes Collectif/VLB 8/6 L\u2019état succursale.La démission politique du.Simon-Pierre Savard-Tremblay/VLB \u2013/1 Sous la ceinture.Unis pour vaincre la culture.Collectif/Québec Amérique 7/4 Essais étrangers Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard \u2013/1 Toutes ces grandes questions sans réponse Douglas Kennedy/Belfond 1/2 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil 4/2 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 5/7 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 8/43 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/39 Comment naissent les maladies Dominique Belpomme/les Liens qui libèrent \u2013/1 Les origines du vivant Collectif/Gallimard \u2013/1 Sorcières, sages-femmes et infirmières Barbara Ehrenreich | Deirdre English/Remue-ménage \u2013/1 Clinton/Trump.L\u2019Amérique en colère Christine Ockrent/Robert Laffont 10/6 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 7 au 13 novembre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.A vec La Gouffre, son quinzième livre en plus de 40 ans, Carole Massé nous emmène là où on ne l\u2019attendait pas.Étonnante, cette écrivaine québécoise qui se fait trop rare.On ne sait jamais dans quel univers, dans quelle époque elle va nous plonger.On ne sait jamais non plus quel style littéraire elle va adopter.Ses deux romans précédents étaient à ce point dissemblables, contrastés, qu\u2019ils semblaient avoir été écrits par deux personnes différentes.L\u2019arrivée au monde (VLB), il y a six ans, se présentait comme une fable cruelle, épurée, sur l\u2019enfance gâchée.En 80 pages bien serrées, sans repères temporels ni situations précises de lieux, l\u2019auteure relatait le sort de trois enfants vivant sous le joug d\u2019un père tyrannique.La vengeance était au rendez-vous, nourrie par un désir incommensurable de liberté.Quelques années auparavant, Carole Massé proposait un roman historique de plus de 600 pages qui nous ramenait à Montréal à la fin du XIXe siècle : Secrets et pardons (VLB).Une étude de mœurs de l\u2019époque, avec en son centre une histoire d\u2019amour déchirante sur fond d\u2019injustice sociale.Quoique plus ramassé, La Gouffre prend lui aussi des allures de roman historique.Mais il se rapproche de nous dans le temps.Nous sommes en 1951, à Baie-Saint-Paul, dans la tête d\u2019une jeune Estelle de 14 ans qui, cet été-là, va faire une rencontre mémorable.À bien y penser, il y a, comme dans L\u2019arrivée au monde, un désir de vengeance.Et une soif absolue de liberté.Mais beaucoup plus incarnée, explicitée, mise en contexte socialement.À bien y regarder aussi, il y a, comme dans Secrets et pardons, plusieurs indications sur le contexte historique de l\u2019époque visée.Et une fine analyse psychologique des personnages.Il y a surtout une grande histoire d\u2019amour qui peine à se vivre au grand jour.Peu importe la forme empruntée par chacun, ce qui rapproche peut-être le plus ces trois romans disparates, c\u2019est le profond besoin d\u2019affranchissement des personnages, au-delà des carcans, des diktats sociaux, des tabous.Cuisse légère La Gouffre se présente d\u2019abord comme un roman d\u2019apprentissage.La jeune Estelle, curieuse, espiègle mais naïve, fait la rencontre d\u2019une femme hors du commun : Gloria, une danseuse à la cuisse légère qui gagne sa vie dans un cabaret de Montréal et rêve de devenir actrice à Hollywood sur les traces de Rita Hayworth.Après un été passé en sa compagnie, rien ne sera plus jamais comme avant pour l\u2019adolescente.Gloria est d\u2019une beauté sans nom.Gloria est sexy.Elle porte des vêtements éclatants, sans pareils.Elle ose même le pantalon à l\u2019occasion.Elle se maquille, se peint les ongles.Elle fume des Matinée.Gloria chante du Alys Robi, du Édith Piaf, danse le flamenco, le tango.À l\u2019encontre des tabous qui ont cours, Gloria témoigne en tout d\u2019une liberté hors norme pour une femme de son époque.Parmi les leçons de vie venues d\u2019elle qui marqueront la jeune fille : «Faut pas juste avoir un rêve dans la vie, faut le réaliser.Pour ça, faut se résigner à laisser des choses derrière soi.On peut pas avancer, chargée comme un baudet.» Estelle, orpheline, élevée par deux tantes célibataires qui gagnent leur vie dans la couture, sait déjà qu\u2019elle ne veut pas s\u2019encombrer d\u2019un homme dans la vie.Pas question pour elle de succomber à la «maladie du mariage», de devenir « une coque vide », « une femme vouée à son propre ef facement».L\u2019arrivée de Gloria dans sa vie va confirmer, amplifier ce désir d\u2019affranchissement, de réalisation personnelle.Après les premières pages où l\u2019on découvre le ton enjoué de l\u2019adolescente qui se prépare sans le savoir à quitter son enfance et à perdre définitivement son innocence, après l\u2019engouement premier suscité par l\u2019aspect coloré du personnage de Gloria, l\u2019intérêt tombe un peu.L\u2019impression qu\u2019on n\u2019avance plus.Un roman d\u2019apprentissage Ce ne serait donc que ça, La Gouffre?Un roman d\u2019apprentissage aux pourtours historiques, certes soigné, imagé, qui nous ramène avant la Révolution tranquille, alors que le clergé dominait, que Duplessis régnait, que les filles étaient vouées pour la plupart à devenir épouses, mères et ménagères, tandis que celles qui s\u2019éloignaient du moule le faisaient à leurs risques et périls\u2026 Mais jusqu\u2019à quel point l\u2019émule de Rita Hay- wor th assume-t-elle vraiment ce qu\u2019elle dit quand elle affirme que « l\u2019Amour est une chose naïve et stupide, indigne d\u2019une femme indépendante comme elle » ?De façon inattendue arrivent des événements qui vont bouleverser la trame du récit.Des secrets vont peu à peu être découverts.La jeune Estelle, à qui on a menti, se sentira trahie.Puis abandonnée.Elle éprouvera toutes sortes de sentiments contradictoires, se détestant d\u2019être devenue une «girouette», sans plus aucune certitude.Ça va aller en s\u2019accélérant.On se frottera au déchirement d\u2019une femme prise entre son désir de se réaliser professionnellement et l\u2019amour infini qu\u2019elle éprouve pour un homme.On assistera à un viol.Un viol que la victime s\u2019empêchera de dénoncer, pour ne pas être jugée, elle.Et pour préserver ceux qu\u2019elle aime.De plus en plus haletant, le rythme du récit.Puis, lorsqu\u2019on entame les quelque 30 dernières pages du roman, surprise ! Changement de décor, changement de ton radical.Alors que tout, jusqu\u2019ici, nous ramenait à l\u2019été 1951, nous traverserons en accéléré plus de 30 ans de la vie d\u2019Estelle.Décidément imprévisible, Carole Massé, comme romancière.LA GOUFFRE Carole Massé XYZ Montréal, 2016, 384 pages L\u2019été de tous les changements Dans l\u2019antichambre de la Révolution tranquille, La Gouffre raconte une adolescence et ses paradoxes DANIELLE LAURIN ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Romancière imprévisible, Carole Massé aime surprendre.Elle livre ici un étonnant roman d\u2019apprentissage.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE L\u2019homme, le singe et le voyageur Le troisième roman d\u2019Alain Olivier offre une sinueuse méditation sur la nature humaine BANDE DESSINÉE RÔLES DE COMPOSITION Mécanique générale Montréal, 2016, 112 pages Commencer une histoire en bande dessinée avec deux femmes en train de faire l\u2019amour, avec force détails, plan en plongée, seins, poils et câlins, avouez que c\u2019est franchement racoleur ! Jimmy Beaulieu ose et assume pour attirer les regards sur sa dernière création, qui suit les amours fidèles et infidèles de Colette et Noémie, du printemps érable à leur séparation.La scène d\u2019ouverture donne le ton d\u2019un récit qui se perd dans ses nombreux clichés sur la contestation étudiante, sur l\u2019engagement, sur l\u2019ouverture au monde tout comme dans les fantasmes habituels de l\u2019auteur sur le corps des femmes.Cela aurait pu être la mise en case d\u2019une romance touchante, avec ses moments tendres et une trame sonore omniprésente.Mais, c\u2019est bien connu, la recherche de l\u2019effet, le calcul et le manque de poésie finissent par tuer le rapport amoureux.Pour les gens, comme pour les livres.Fabien Deglise M A N O N D U M A I S À l\u2019instar de Roses Violente, l\u2019héroïne de son dernier opus, Les nouveaux amants, Alexandre Jardin pourrait bien affirmer que son singulier est pluriel.De fait, l\u2019instigateur du mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre sillonne la France afin de rencontrer ceux qu\u2019il appelle les « faizeux », ces citoyens bienveillants qui se retroussent les manches pour faire bouger les choses, tout en écrivant déjà son prochain roman.Comment fait-il pour trouver l\u2019équilibre entre ces deux univers totalement opposés?« Je ne sais pas ! lance-t-il dans un éclat de rire contagieux.J\u2019écris dans les trains\u2026 C\u2019est très bizarre d\u2019avoir une vie imaginaire brûlante et un engagement civique tonitruant.On n\u2019a pas trop le choix.Ce qui s\u2019est passé aux États-Unis avec Trump indique que, dans la plupart des démocraties occidentales, le rejet des oligarchies est tel qu\u2019il devra y avoir une révolte positive des gens bienveillants.En France, on est en train de tenter ça, et ça prend une ampleur absolument incroyable.» Dans le but avoué de sauver la France de l\u2019extrême droite, le romancier a créé la Maison des citoyens, une plateforme de dialogue.Au moment de l\u2019entretien, l\u2019enzèbrement allait bon train, alors que 186 Maisons des citoyens s\u2019étaient spontanément créées à Nantes, Bordeaux, Strasbourg et Reims.Le mouvement aurait même fait des petits aux États-Unis et ici, à Montréal.Alors que 25 millions de Français n\u2019ont pas voté aux dernières élections, Alexandre Jardin ne pouvait imaginer que ses Facebook Live allaient convaincre tant de gens à passer à l\u2019action.« Je fais exactement l\u2019inverse de ce que fait un par ti.Un par ti est fait pour prendre le pouvoir, et non en donner.Un par ti propose du contenu, des politiques ; moi, je propose des changements de méthode, c\u2019est-à-dire de transférer l\u2019essentiel du pouvoir aux territoires.» Une lutte joyeuse Alors qu\u2019il promeut Les nouveaux amants , Alexandre Jar din ne se pr ive pas de quelques coups de gueule dans les médias.Sur le plateau de L\u2019émission politique, sur les ondes de la télévision publique française, on l \u2019a vu lancer une brique de lait au visage du candidat à la primaire Br uno Le Maire, invité lui aussi de l\u2019émission, afin de dénoncer les politiques de l\u2019élite française, déconnectée, selon lui, des réalités humaines et territoriales.« J\u2019étais en colère noire ; c\u2019est l\u2019éternelle technocratie française qui ne tient pas compte de la créativité citoyenne.C\u2019est incroyable ! Le citoyen lambda ne compte plus.Il allume sa télé, lit son journal et il voit une vie politique avec laquelle il n\u2019a plus de liens.On peut être en colère et bienveillants.On peut avoir envie de retourner à la table et d\u2019être tendre.Jusqu\u2019à présent, quand vous étiez en colère, il n\u2019y avait que des issues malveillantes.» Alexandre Jardin a trois verbes préférés, défier, jouer et jouir, lesquels lui viennent respectivement de ses trois maîtres à penser, Charles de Gaulle, Sacha Guitry et Casanova.Si, dans son nouveau roman, il s\u2019amuse à avertir le lecteur qu\u2019il se réser ve le droit d\u2019être en désaccord avec ses personnages, on reconnaît chez Roses Violente, modeste enseignante et blogueuse de région, et Oskar Humbert, célèbre dramaturge parisien, cette volonté incessante de défier, de jouer et de jouir.« Le personnage de Roses est l\u2019essence du roman.On ne sait jamais dans le quar t d\u2019heure qui suit ce qu\u2019elle va faire.Elle assume toutes ses contradictions.Elle est le roman.Il y a des femmes qui sont des destinations et d\u2019autres, des voyages.Et Roses est un voyage.Elle crée constamment un enjeu dramatique.C\u2019est ça, une femme qui est un voyage : vous ne savez jamais où vous allez.» L\u2019amour en 140 caractères Alexandre Jardin étant très actif sur Twitter, réseau idéal pour rejoindre la communauté grandissante des zèbres, il n\u2019est pas surprenant que la romance entre Roses et Oskar y naisse à coups de gazouillis.Évoquant les correspondances fiévreuses des personnages des Liaisons dangereuses, les tourtereaux 2.0 passeront plus de temps en ligne qu\u2019au lit.«Comme chez Laclos, ils écrivent en permanence, et c\u2019est ça qui m\u2019intéresse.C\u2019est le retour du XVIIIe siècle, le siècle de Diderot et de Marivaux, le siècle de la légèreté et de la rapidité.Sur Twitter, on écrit bref, on écrit court.Roses est un personnage du XVIIIe siècle.» Lors de leur première rencontre, Roses et Oskar refuseront même de se toucher et de se parler, préférant se réfugier derrière l\u2019écran de leur téléphone pour s\u2019envoyer des tex- tos : «Oskar se leva, enjamba le bar d\u2019un pas décidé et s\u2019assit en face d\u2019elle, à la table la plus lointaine, sans cesser de la fixer, de boire sa beauté.Jamais un écart ne rapprocha plus deux êtres.Sep t mè t r e s d e v id e l e s collaient.» « Pour moi, cette scène est le comble de l\u2019érotisme.Je ne vois pas comment il peut y avoir un érotisme exaltant sans mots.Par le mot, on entre dans l\u2019imaginaire de l\u2019autre et, qu\u2019on le veuille ou pas, une femme, ça s\u2019attrape par les oreilles », croit Alexandre Jardin.Bien que certains lui aient déconseillé de publier Les nouveaux amants, jugeant qu\u2019il ne cadrait pas avec l\u2019engagement social du romancier, Alexandre Jardin y voit au contraire un certain lien de parenté.«Comme dans le roman, il y a un amour fou de la vie et de la vie romanesque.Ce qu\u2019on est en train de vivre dans les Maisons des citoyens est incroyablement romanesque.Il est vrai que je vois aussi du noir lors de mes déplacements, mais je vois surtout des gens qui se battent contre le noir.» Collaboratrice Le Devoir LES NOUVEAUX AMANTS Alexandre Jardin Grasset Paris, 2016, 342 pages À la fin de Conversations avec un enfant curieux, le jeune Michel dit qu\u2019il ne veut pas vieillir, qu\u2019il voudrait rester un enfant toute sa vie\u2026 Avez-vous l\u2019impression d\u2019être demeuré un enfant au fond de vous-même?Non.Même si c\u2019est évident qu\u2019il reste toujours des bribes de l\u2019enfant qu\u2019on a été.Dans ma tête, je suis resté jeune, mais je ne pense pas être resté un enfant.J\u2019ai accumulé trop d\u2019informations.J\u2019ai un ami qui est un ado de 60 ans et ça m\u2019éner ve beaucoup.Il faut évoluer, changer, comprendre les choses.Et comprendre, en un sens, ça tue l\u2019enfance.Le jeune Michel dit qu\u2019il ne veut pas devenir un homme avec des responsabilités, une femme, des enfants\u2026 Là où je suis resté un enfant, c\u2019est que je n\u2019ai jamais bu de bière, jamais conduit de voiture\u2026 J\u2019ai refusé très jeune toute l\u2019imagerie de l\u2019homme nord-américain parce que, justement, ça impliquait des responsabilités qui me faisaient peur : une femme, des enfants\u2026 Quand vous regardez les enfants d\u2019aujourd\u2019hui, vous les plaignez ou vous les enviez?Je ne les plains pas.Les enfants que je connais sont élevés de façon pondérée et intelligente.Mais je ne les envie pas non plus, égoïstement : j\u2019ai eu une enfance extraordinaire.Je ne peux pas envier des gens dont je ne sais pas s\u2019ils sont aussi heureux que moi je l\u2019ai été.Propos recueillis par Danielle Laurin L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 N O V E M B R E 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 PARTENAIRE MÉDIA VENEZ NOUS VOIR ! La Semaine nationale de la généalogie à BAnQ TRANCHES DE VIE BAnQ vous invite à renouer avec vos ancêtres en vous familiarisant avec la recherche généalogique.LE SAMEDI 19 NOVEMBRE À la Grande Bibliothèque et dans les 10 centres de BAnQ conservant des archives Tous les détails à banq.qc.ca La cuisine, 19 février 1939.BAnQ Vieux-Montréal (P48, S1, P3952).Photo : Conrad Poirier.Le plaisir de la musique avec Edgar Fruitier Animation: Mario F.Paquet Jeudi 24 novembre 19 h 30 Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 p h o t o : F r a n k D e s g a g n e s p h o t o : M a r i l i L e v a c La traversée Soirée théâtrale avec Jean-François Casabonne et Danièle Panneton Lundi 21 novembre 19 h 30 Pour les deux soirées: contribution suggérée: 5 $ Michel Tremblay : trois questions sur l\u2019enfance INSTANTANÉS CONVERSATIONS AVEC UN ENFANT CURIEUX Michel Tremblay Leméac/Actes Sud Montréal, 2016, 149 pages Vous vous êtes délecté de ses Bonbons assortis?Vous vous régalerez aussi de ses dialogues savoureux réunis dans Conversations avec un enfant curieux.Avec grand bonheur, Michel Tremblay nous transporte de nouveau dans l\u2019appartement de la rue Fabre où le gamin qu\u2019il a été bombarde de questions ses parents, ses tantes et sa grand-mère paternelle.Outre le cinéma, la littérature et les poupées de carton qui le passionnent, c\u2019est la religion qui obsède le plus le petit Michel.Aussi rationnel qu\u2019opiniâtre, il tente d\u2019obtenir une explication logique à propos de la sainte Trinité.À travers les incessantes questions de l\u2019enfant futé et les réponses des adultes exaspérés, Tremblay brosse délicatement le tableau d\u2019une société remettant en question à mots couverts l\u2019Église et ses dogmes.D\u2019une leçon de français d\u2019une irrésistible drôlerie à de touchantes réflexions sur le pouvoir de la fiction, en passant par d\u2019hilarants mots d\u2019enfant, le pouvoir d\u2019évocation de l\u2019auteur s\u2019avère puissant dans chaque récit d\u2019une tendre nostalgie.Manon Dumais ENTREVUE Pour une révolution positive des gens bienveillants Ces temps-ci, le romancier Alexandre Jardin s\u2019intéresse beaucoup plus à la politique qu\u2019à la poésie PEDRO RUIZ LE DEVOIR Alexandre Jardin a trois verbes préférés, défier, jouer et jouir, qu\u2019il a empruntés à ses trois maîtres à penser, Charles de Gaulle, Sacha Guitry et Casanova.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Michel Tremblay L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 N O V E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S F 5 DU BEAUCHEMIN À SON MEILLEUR! « Savamment construit, superbement écrit, avec une langue vivante, un esprit vif, un humour ?n et une connaissance remarquable de l\u2019humain [\u2026] » Le Journal de Québec « L\u2019auteur du Matou semble en grande forme avec ce nouveau roman [\u2026] » La Presse « [\u2026] il nous offre un authentique plaisir de lecture.» L\u2019actualité P h o t o : © M a r t i n e D o y o n L e long du rang de La Seigneurie à Sainte-Émélie-de-l\u2019Énergie, parmi les dos arrondis de la vieille croûte lauren- tienne, habite un étrange personnage, espèce de sorcier mâtiné d\u2019animal mythologique.Du satyre il possède la stature fougueuse et trapue.On baisse instinctivement les yeux, la première fois, s\u2019attendant presque à découvrir deux sabots fourchus à la place des bottes de chasse fleurant le cèdre et le rognon de castor.Domingo Cisne- ros est un ar tiste des bois comme il y a des grives des bois et des troglodytes des forêts.«J\u2019utilise les dépouilles des esprits sauvages.Je les ressuscite, je les convoque, je les réunis.» Son art, Cisneros le décrit comme un mystérieux office.Son matériau unique et innombrable, c\u2019est la forêt boréale, avec ses concrétions et ses excroissances, ses carcasses abandonnées, ses granits et ses écorces, ses rudes textures et l\u2019affolante douceur de ses duvets.Je l\u2019ai connu à l\u2019affût non de l\u2019orignal, mais du chasseur capable de lui procurer la toison d\u2019or de la bête lumineuse.Son antre était un laboratoire des territoires du toucher, encombré de fémurs et de souples tiges, de nids de guêpes et de plantes comestibles.« Prosodie osseuse.Verbes imprégnés de moelle, décasyllabes débridés, brûlure d\u2019adjectifs.[\u2026] J\u2019ai profité de ma tendre expérience dans des abattoirs, des pompes funèbres et des boucheries pour m\u2019attaquer avec dextérité à toutes sortes de cadavres, développant simultanément mes connaissances et ma sensibilité.Le chasseur de la Sierra Madre, le collecteur de scorpions et de lézards, de pierres et de minéraux, de plumes, m\u2019ont aussi facilité la tâche.» Il est né dans les déser ts du nord du Mexique, fils de la nation Tepehuane : «Sur une falaise, tu contemples, à vol d\u2019oiseau, des civilisations disparues et d\u2019autres, encore à venir.Une fissure noire qui descend vers une vallée argentée.Des aigles qui font la sieste entre deux pics.Une araignée dans une rainure, fabriquant son piège.Le bruit des sabots d\u2019un bouc sauvage.Des présages de tremblements de terre.Un charivari de nuages.Un puma.Ensuite, personne, rien.» Et c\u2019est peut-être pourquoi nous, qui avons lu Castaneda et fumé les bonnes herbes, avons tendance à écarquiller les yeux de joie anticipée quand l\u2019auteur nous parle de « lieux de pouvoir », de « donner vie à leurs esprits, fantômes, gardiens ».On se dit qu\u2019on va avoir droit à au moins une touche de l\u2019hallucinante sagesse magique des Indiens Yaqui, transposée chez les Anishnabe et les Cris de nos déser ts d\u2019épinettes.Ou à du Thoreau sur le peyotl.Maître ès os et carcasses En même temps, les rituels auxquels nous convie cet exigeant maître ès os et carcasses se situent aux antipodes de la facile séduction de ce mysticisme exotique.C\u2019est de l\u2019âpre terre du Nord et du cœur même de ce que nous sommes que monte le chant de féroce tendresse de cet homme qui, il y aura bientôt 50 ans, délaissa les cierges épineux de sa pierraille natale pour embrasser l\u2019autochtonie d\u2019ici.En lui résonne l\u2019appel de toujours : « Viens, entre dans la forêt avec moi.Oublie qui tu es, d\u2019où tu viens.Viens avec le désir de t\u2019améliorer, viens pour aimer cette autre réalité qui, chaque jour, va disparaissant.» Sous-titré Anthologie secrète et regroupant des textes dont l\u2019écriture couvre plus d\u2019un demi-siè- cle d\u2019apostolat artistique sauvage, La guerre des fleurs se lit comme un concentré de prose d\u2019une grande beauté où brûle une énergie un peu désespérée.Une guerre de mots fleurie, entre vibration poétique et imprécations.«Allez-y, villes suceuses.Grandissez, étalez-vous, étendez-vous, consumez, tandis que l\u2019art, les ours et les chemins sauvages iront faire un tour sur les montagnes russes de l\u2019enfer.Passez une belle journée.» « Maudit sauvage » qui s\u2019assume, Cisneros, voyant sa forêt transformée en terrain de jeux pour ados de tous âges au téléphone vissé dans la paume, ne prise guère les fruits du processus d\u2019expansion commerciale tentaculaire qui nous tient actuellement lieu de civilisation.«Les dif férences de caractère spirituel entre un lieu sauvage et un autre domestiqué par l\u2019être humain sont évidentes.L\u2019inspiration que le premier nous donne est plus vigoureuse, plus profonde et, disons-le, plus éternelle.» Les jeunes pédaleurs qui, dans un boisé de Sherbrooke à la brunante, entendant chanter le coyote non loin, ont eu l\u2019instinct de survie de sortir leurs brillants téléphones pour appeler la police l\u2019auront fait hurler de rire, c\u2019est sûr.«La forêt, telle un chien ou un loup, sent tes faiblesses, ta peur.Ou ta férocité cachée.» Domingo encerclé par les coyotes?Le diable d\u2019homme y verrait l\u2019occasion d\u2019inaugurer quelque dialogue.On ne passe pas 50 ans en plein bois pour vivre comme une lavette.Tout est bon Parmi les passages les plus fascinants du livre, ceux où l\u2019artiste forestier transmet son savoir : tannage des peaux, fabrication de sachets à l\u2019aide de tripes, pièges à poissons, plantes médicinales, etc.Je m\u2019y suis retrouvé comme à l\u2019époque où j\u2019apprenais à poser des collets et à bâtir un abri dans les pages d\u2019un manuel scout ou d\u2019un livre de Paul Provencher.Avec, en prime, le souffle baroque de cette espèce rare : un véritable écrivain.De la belle préface de Laure Morali à la sensible traduction d\u2019Antoinette de Robien, tout est bon dans ce livre.Comme dans le cochon, pourrait ajouter le grand utilisateur d\u2019esquilles et de rognures qu\u2019est l\u2019auteur devant l\u2019Éternel.Voici un ouvrage à laisser traîner au chalet, n\u2019importe quel chalet, votre vieux camp en bois rond ou bien votre abominable tentative, huit pièces, deux salles de bains, de transporter Brossard au bord du lac.«Quelque chose en toi est demeuré intact.[\u2026] Toi-même, tu te considérais comme un monstre, un être méprisable ou un pauvre type.Quoi de mieux, alors, qu\u2019un autre verre, de la musique, des rires?Mais cette épine qui est restée en toi a été ton salut.Elle t\u2019a ramené ici, dans ces forêts.Sois le bienvenu.Il n\u2019est jamais trop tard pour apprendre, pour recommencer.Viens avec moi.» LA GUERRE DES FLEURS Domingo Cisneros Traduit de l\u2019espagnol par Antoinette de Robien Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2016, 155 pages La peau et les os La guerre des fleurs détaille un demi-siècle d\u2019apostolat artistique sauvage LOUIS HAMELIN F A B I E N D E G L I S E La lecture est parfois un combat.Elle peut induire à un rapport tendu entre le lecteur et son livre en raison d\u2019une complexité dans le propos, d\u2019une audace dans la trame narrative ou d\u2019une exigence portée par la langue.Boxe, du romancier et essayiste Jacques Henric, amène dès les premières pages ce choc, cet affrontement, pour aucune de ces bonnes raisons, mais plutôt pour l\u2019ennui et l\u2019insoutenable faiblesse du ton qui émane de ce bouquin dont le lecteur ressort K.-O.La chose vient de recevoir le prix Médicis dans la catégorie essais.Ce sont des choses qui arrivent.Plutôt fiction documentaire qu\u2019essai, Boxe est parti d\u2019une idée prometteuse qui ne s\u2019est jamais réalisée: Jacques Henric souhaitait accompagner le boxeur français Jean-Marc Mormeck à Kinshasa, en République démocratique du Congo, où le pugiliste avait envisagé remettre en jeu son titre de champion du monde dans la catégorie lourds-légers.Le projet a échoué.Dommage.En lieu et place du récit de ce combat, envisagé par ce passionné de boxe qui s\u2019imaginait déjà carnet de notes en main au bord du ring, le romancier donne l\u2019impression de recycler ici ses vastes notes de recherche dans un récit franchement baroque qui mélange histoire de la boxe, figures légendaires de ce sport de combat, souvenirs d\u2019enfance et références littéraires et scientifiques.Le tout forme un collage pas vraiment convaincant pour lequel on aurait appuyé un peu trop vite sur la touche «Publier».Jacques Henric aime la boxe et il le prouve en multipliant les noms et les anecdotes dans cet exposé d\u2019un savoir spécialisé où apparaît Sugar Ray Robinson, pas très loin de Bertolt Brecht, boxeur à ses heures, qui a dans le Berlin des années 20 «copiné avec des boxeurs » avant d\u2019écrire le récit de la vie de Freddy Meinke, dit L\u2019uppercut.Joe Louis est également là, tout comme Jake LaMotta, Laurent Dauthuille, Marcel Cerdan, Eugène Criqui et leurs surnoms de circonstance : Le bombardier noir, Le taureau du Bronx, Le Tarzan de Buzenval, Le bombardier marocain, Mâchoire de fer\u2026 À plusieurs endroits, l\u2019auteur souligne les liens étroits entre la boxe et le monde des lettres, histoire de donner un sens romanesque à sa démonstration.«Que font ces écrivains sur les gradins des arènes, autour des rings ?L\u2019avant-garde littéraire est là, se relaient Apollinaire, Picabia, puis Bataille, Leiris, Griaule, tous trois présents au Cirque d\u2019hiver où ils assistent au combat de Panama Al Brown contre Roger Simendé», se de- mande-t-il dans une énième énumération posée sur la page dans ce style de la notation qui sied si bien au carnet de notes, mais peine ici à trouver un deuxième souffle dans le cadre de ce récit.En passant par l\u2019univers de la boxe, Jacques Henric cherche à aller au-delà du coup de poing sur la gueule \u2014 dont il est finalement très peu question ici \u2014, pour parler plutôt de poésie, de corps, de violence, de rejet, d\u2019hypocrisie, de domination, d\u2019abus.Un joli programme qui, placé entre des cordes agaçantes délimitant un territoire narratif plutôt limité et franchement hasardeux, commence par étourdir, puis par donner cette envie irrésistible de jeter l\u2019éponge.Le Devoir BOXE Jacques Henric Seuil Paris, 2016, 240 pages PRIX MÉDICIS ESSAIS 2016 Mis K.-O.par une histoire de boxe La fiction documentaire de Jacques Henric offre un collage hasardeux et étourdissant LAURA MORALI MÉMOIRE D\u2019ENCRIER «Maudit sauvage» qui s\u2019assume, Domingo Cisneros déplore le processus d\u2019expansion commerciale qui tient lieu de civilisation.AGENCE FRANCE-PRESSE Chicago, 14 février 1951.Sugar Ray Robinson en met plein la gueule à Jake LaMotta dans un combat baptisé «Le massacre de la Saint-Valentin».En jeu : le titre de champion du monde, poids moyens.LaMotta perd par arrêt de l\u2019arbitre au 13e round. M I C H E L L A P I E R R E « I l était temps qu\u2019un capitaliste fasse une révolution.» Ce slogan provocateur de la firme Apple, lors du lancement en 1984 de son ordinateur personnel Macintosh, inspire le titre du livre de Maxime Ouellet : La révolution culturelle du capital.Le politologue y soutient que les technologies de l\u2019information et des communications tendent à remplacer la culture par un totalitarisme marchand.Redonne- rait-il ainsi à Karl Marx sa dimension prophétique occultée ?Chose certaine, Ouellet, professeur à l\u2019École des médias de l\u2019UQAM, entend montrer que, dans notre économie mondialisée, ce qu\u2019il appelle « le capitalisme cybernétique», c\u2019est-à-dire informatisé, risque de déshumaniser la vie sociale de façon « tyrannique ».Pour résister à la menace, il préconise de «concilier la critique de l\u2019économie politique et la critique de la culture» en renouant avec les notions de fétichisme de la marchandise et d\u2019aliénation, chères à Marx mais négligées par tant de marxistes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.Le politologue québécois s\u2019appuie sur Corné- lius Castoriadis (1922-1997), théoricien qu\u2019il considère avec raison comme plus marxien que marxiste, en clair : plus proche de la pensée même de Marx que des diverses interprétations données par ses disciples.À l\u2019exemple de Casto- riadis, il critique, selon ses mots, «le culte du développement technologique conçu comme le symbole par excellence du \u201cprogrès\u201d ».Il souligne que ce développement «n\u2019est pas neutre», mais imprégné des valeurs sociales qui le produisent.Lucide, Ouellet y voit surtout un lien tangible avec l\u2019essor des échanges marchands.Poussant plus loin sa réflexion, il constate que « l\u2019économie est une construction sociale qui résulte d\u2019un processus politique ».Le fétichisme de la marchandise ou, si l\u2019on préfère, l\u2019importance excessive accordée à l\u2019objet du commerce trouve, selon lui, sa « forme la plus achevée » dans l\u2019argent que l\u2019État institutionnalise comme «médiation symbolique des rapports sociaux».Dans une perspective authentiquement marxienne, il estime qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019«une forme séculière de religion \u2014 l\u2019économie \u2014» qui aliène l\u2019individu.Mais, pour dépasser Castoriadis en redécouvrant le vrai Marx, si différent du penseur dont l\u2019Union soviétique ou la Chine ont prétendu s\u2019inspirer, il aurait dû suivre Ernst Bloch (1885-1977) et Maximilien Rubel (1905- 1996), issus tous deux du judéo-germanisme où avait baigné l\u2019auteur du Capital.Ce continuateur et cet exégète de l\u2019œuvre marxienne n\u2019ont édulcoré en rien l\u2019essentiel que le maître aux accents démiurgiques résuma en 1844 : « L\u2019existence de l\u2019État et l\u2019existence de l\u2019esclavage sont inséparables.» Ouellet a, au moins, pressenti que le cybercapitalisme, appelé souvent économie du savoir, est le raffinement de l\u2019horreur que combat un utopisme marxien fascinant et occulté.Collaborateur Le Devoir LA RÉVOLUTION CULTURELLE DU CAPITAL LE CAPITALISME CYBERNÉTIQUE DANS LA SOCIÉTÉ GLOBALE DE L\u2019INFORMATION Maxime Ouellet Écosociété Montréal, 2016, 320 pages Le péril du cybercapitalisme Maxime Ouellet critique la planète numérique marchande en renouant avec un Marx occulté L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 N O V E M B R E 2 0 1 6 ESSAIS F 6 M 16 J 17 V 18 S 19 D 20 L 21 JE M\u2019ABONNE À RELATIONS : NOM ______________________________________________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL _____________________ TÉLÉPHONE ( ________ )________________________________ COURRIEL ___________________________________________________________________________ COCHEZ SVP SI VOUS ACCEPTEZ DE RECEVOIR NOS INFOLETTRES TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 JE PAIE PAR CHÈQUE À : LA SODEP (RELATIONS) OU PAR CARTE DE CRÉDIT NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE __________________________________________ L\u2019ABONNEMENT DONNE ACCÈS AUX ARCHIVES DES 3 DERNIÈRES ANNÉES SUR LE SITE COCHEZ : VERSION IMPRIMÉE ET VERSION NUMÉRIQUE (PDF) 1 an (6 numéros) 40 $ 2 ans (12 numéros) 70 $ 1 an, étudiant* 25 $ 1 an, à l'étranger 55 $ 1 an, de soutien 100 $ VERSION NUMÉRIQUE (PDF) SEULEMENT 1 an 30 $ 1 an, étudiant* 20 $ Taxes incluses, sauf abonnement à l\u2019étranger * Sur justificatif (OBLIGATOIRE) LANCEMENT LE 29 NOVEMBRE, 17 H à la BAnQ Vieux-Montréal 535, rue Viger Est ARTISTE INVITÉ Alain Reno NOUVEAU NUMÉRO 787 DÉCEMBRE 2016 POUR VOUS ABONNER, RETOURNEZ CE COUPON AVEC VOTRE PAIEMENT À : SODEP (revue Relations) C.P.160, succ.Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3E9 SOMMAIRE ET ABONNEMENT : revuerelations.qc.ca DOSSIER : Le mythe concernant des finances publiques qui seraient dans un état catastrophique doit être déboulonné au Québec.Et démasqué un projet politique de privatisation et de dépossession de la majorité mené au profit d\u2019une minorité.Alain Deneault (en entrevue), Ianik Marcil et Claude Vaillancourt sont parmi les auteurs qui en traitent dans ce dossier.S andr ine Ma lar de l\u2019avoue : sa perception des communautés juives hassidiques, c\u2019est-à- dire ultraorthodoxes, est faite d\u2019un mélange de fascination et d\u2019aversion.Impressionnée par la fidélité des hassidim à leurs traditions, la sociologue ne peut s\u2019empêcher de ressentir un malaise devant l\u2019enferme- ment dans une destinée tracée d\u2019avance qu\u2019implique l\u2019appartenance à ces communautés.Les enfants qui naissent en leur sein, en effet, devront reproduire le mode de vie de leurs prédécesseurs, au mépris de leur individualité.«Très peu touchés par les désirs de carrières professionnelles, les hassidim s\u2019attachent à servir Dieu et à faire perdurer les traditions, explique Malarde.En ce sens, toutes ambitions et tous désirs personnels sont écartés, et l\u2019expression d\u2019une singularité, aussi minime soit- elle, n\u2019est pas tolérée.» Dans notre monde, ça détonne.D\u2019origine française, Sandrine Malarde est arrivée à Montréal, dans le Mile-End, il y a un peu plus de dix ans.Elle a consacré son mémoire de maîtrise en sociologie, à l\u2019Université de Montréal, au phénomène des juifs hassidiques qui quittent leur communauté.Elle souhaitait, au départ, mener une enquête de terrain sur les hassidim, afin d\u2019« explorer la notion de maintien de l\u2019identité en lien avec la modernité», mais ces derniers lui ont fermé leurs por tes, raison pour laquelle elle s\u2019est tournée vers l\u2019étude des « sor tants », grâce à qui elle a eu accès à l\u2019envers du décor.La vie secrète des hassidim s\u2019inspire de ce travail universitaire, tout en ratissant plus large.Riche portrait de ces communautés voyantes mais mystérieuses, cet essai s\u2019avère une passionnante incursion au cœur d\u2019un monde déconcertant.Vivre à part en ville Les hassidim vivent en Israël et en Amérique du Nord.À New York, ils sont environ 260 000 et, à Montréal, autour de 20 000, principalement installés dans les quartiers Mile- End et Outremont, où ils représentent 20 % de la population.La communauté montréa- laise compte un peu plus de 20 % de membres nés aux États-Unis, ce qui explique son fort usage de l\u2019anglais, en plus du yiddish, considéré comme la langue par excellence.Né en Europe de l\u2019Est au milieu du XVIIIe siècle, en réaction aux persécutions subies par les juifs, le hassidisme se veut un « mouvement religieux populaire et piétiste » qui, contrairement au judaïsme normatif perçu comme trop savant et élitiste, se fonde sur l\u2019émotion et place la dévotion au cœur de la vie quotidienne.Pour être en contact permanent avec Dieu, les hassidim ne se contentent pas de la prière.Ils font de tout geste un acte religieux et insistent sur l\u2019importance des chants et de la danse, le tout réalisé dans la joie, «considérée comme le meilleur moyen de servir Dieu ».Afin de préserver ce mode de vie millénaire, déterminé par la Torah, les hassidim vivent en vase clos et réduisent le plus possible les contacts avec « les autres ».On peut s\u2019étonner, avec Malarde, qu\u2019ils choisissent, pour ce faire, de vivre dans de grandes villes, ce qui ne va pas sans causer certaines frictions avec l\u2019entourage.Cette fin de semaine, par exemple, les citoyens d\u2019Outre- mont doivent se prononcer, par référendum, sur l\u2019interdiction de nouveaux lieux de culte sur l\u2019avenue Bernard.Fidèles et affranchis Le hassidisme se divise en quelques courants plus ou moins orthodoxes, mais pour tous ceux qui vivent dans ces communautés, « la perpétuation des rites religieux et des lois juives est le but de leur vie et de leur passage sur terre », note Malarde.Être un hassid, c\u2019est parler le yiddish, porter des vêtements distinctifs (les femmes, par exemple, doivent porter des jupes et dissimuler leurs cheveux), vivre dans un environnement qui impose « une stricte séparation des sexes », se livrer presque exclusivement, si on est un homme, à des études reli - gieuses (les autres matières sont jugées très secondaires, voire sans importance, d\u2019où le problème des écoles juives non conformes), accepter des mariages intercommunau- taires arrangés, avoir beaucoup d\u2019enfants et voir toute sa vie rythmée par le calendrier religieux juif.Les hassidim de Montréal, par conséquent, vivent presque tous modestement et comptent beaucoup sur la solidarité économique de leurs coreligionnaires.Les «affranchis» rencontrés par Malarde « parlent de leur communauté en termes de \u201cghetto sans portes\u201d » et déplorent le caractère « contrôlant » de la société hassidique, son manque d\u2019ouver ture sur le monde extérieur (radio, télé et Internet sont interdits), présenté comme moralement inférieur, et son refus des savoirs profanes.Ces « sortants » témoignent de leur profonde inadaptation au monde contemporain et de leur dif ficulté à s\u2019y intégrer.On sort de cet éclairant essai avec les mêmes sentiments mêlés que ceux confessés par Sandrine Malarde.Il y a, en effet, quelque chose de grandiose, d\u2019émouvant et d\u2019admirable dans la fidélité des hassi- dim à leur foi et à leurs traditions, mais il y a aussi quelque chose de troublant dans ce mouvement sectaire qui endoctrine radicalement ses membres dès la naissance pour les isoler de notre monde commun.louisco@sympatico.ca LA VIE SECRÈTE DES HASSIDIM Sandrine Malarde XYZ Montréal, 2016, 224 pages La vie secrète des hassidim Sandrine Malarde dresse une sociologie fascinante d\u2019un monde déconcertant JACQUES NADEAU LE DEVOIR Sandrine Malarde a rencontré des « af franchis » de ce courant religieux orthodoxe, qui parlent de la communauté comme d\u2019un «ghetto sans porte».PEDRO RUIZ LE DEVOIR Pour Maxime Ouellet, professeur à l\u2019École des médias de l\u2019UQAM, « le capitalisme cybernétique» risque de déshumaniser la vie sociale de façon «tyrannique».LOUIS CORNELLIER "]
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