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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2016-11-26, Collections de BAnQ.

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[" Antoine Robitaille sur des criminels qui échapperaient à leur procès Page B 4 Michel David sur les ingrédients d\u2019un nouveau dérapage identitaire Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 N O V E M B R E 2 0 1 6 Idées Une profonde réforme s\u2019impose en éducation, selon Guy Rocher Page B 5 A N N A B E L L E C A I L L O U E xpatriés au Canada pour le travail, les études, ou en quête d\u2019une nouvelle vie, les Français n\u2019ont pas pour autant oublié leur mère patrie.Ils sont plus de 2500 à s\u2019être inscrits pour voter à la primaire de la droite française, en vue de la présidentielle de 2017.Bien plus qu\u2019un devoir de citoyen, voter semble pour certains un moyen de rester proche de leur pays d\u2019origine.Installé au Québec depuis 2009, Christophe Deschamps, 35 ans, a refait sa vie de ce côté- ci de l\u2019Atlantique et jure qu\u2019il ne fera jamais demi-tour.Cela ne l\u2019empêche pas de continuer à participer à la politique française.Il a même créé un comité de soutien au candidat Alain Juppé à Montréal.« Ce qui se passe en France, ça nous touche.Ça reste l\u2019endroit d\u2019où on vient, où vivent nos proches.» Selon lui, les Français ne se sentent plus en sécurité face à la menace terroriste des dernières années, et la situation économique et sociale laisse à désirer.« Quand on rentre, on retrouve des Français stressés, aigris, tristes, alors on veut les aider en votant pour la personne qui améliorera leur vie.» Une opinion que partage Romain Vignol, installé au Québec depuis ses 14 ans.«Toutes les voix comptent et je veux participer au futur de la France», souligne-t-il, considérant sa par ticipation démocratique comme primordiale.Étudiant à l\u2019Université Laval, le jeune homme de 21 ans, qui soutient quant à lui François Fillon, n\u2019exclut pas de retourner s\u2019installer un jour dans l\u2019Hexagone.Une campagne numérique En période électorale, il est dif ficile de rejoindre tous les Français sur le territoire canadien, estime le délégué des républicains au Canada, Michaël Pilater.Si le porte-à-porte et les appels téléphoniques sont encore de mise, les réseaux sociaux et les courriels sont la « nouvelle façon de faire de la politique», d\u2019après lui.À Montréal, les militants derrière Nicolas Sarkozy et Alain Juppé l\u2019ont vite compris.«On a tout misé sur les réseaux sociaux pour dif fuser nos événements : rencontres avec des membres du parti, diffusion des débats», précise le président du comité de soutien d\u2019Alain Juppé, Christophe Deschamps.Fervent défenseur des idées de François Fillon, Romain Vi- gnol se dit déçu de ne pas avoir trouvé de comité de soutien pour son candidat au Québec.Il pense que cela a eu une influence sur les résultats du premier tour.Si François Fillon a réussi à séduire 44,1 % PRIMAIRE DE LA DROITE EN FRANCE La voix des Français de l\u2019Amérique du Nord ÉRIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE Si seul le vote des Français résidant en Amérique du Nord avait été comptabilisé, Alain Juppé aurait obtenu la majorité absolue au premier tour de la primaire de la droite.J E A N D I O N L es propos sont peut-être controuvés ; en tout cas, le principal intéressé nie les avoir jamais tenus.En 1990, la course au Sénat des États-Unis en Caroline du Nord mettait aux prises le démocrate Harvey Gantt, un Afro-Américain, et le républicain Jesse Helms, en poste depuis près de deux décennies et opposant notoire aux droits civiques.À ce moment, bien des gens se demandaient pourquoi Michael Jordan, sans doute le plus grand joueur de basketball de tous les temps et un résidant très en vue de cet État, refusait de prendre publiquement position en faveur de Gantt.Les sources varient au point de se contredire, mais il est entré dans une certaine légende que Jordan, lié de près, et très lucrativement, à l\u2019équipementier Nike, se serait ainsi expliqué à un ami : «Les républicains aussi achètent des chaussures.» Vraie ou fausse, l\u2019anecdote témoigne quand même d\u2019une réalité bien ancrée : les sportifs de haut niveau sont généralement réticents \u2014 généralement, car on a pu par le passé trouver ici et là des interventions \u2014 à se prononcer sur le plan politique ou social ou à participer aux débats publics.Deux éléments principaux peuvent expliquer cela : ils savent que, parmi leurs partisans, se trouvent des gens de toutes allégeances, et ils sont souvent associés à des commanditaires qui veulent se tenir loin de la polémique.Fréquemment critiqué pour sa réserve, Jordan, aujourd\u2019hui propriétaire principal des Hornets de Charlotte, de l\u2019Association nationale de basketball, a surpris un peu tout le monde en juillet dernier lorsqu\u2019il a publié un message sur The Undefeated, un site Web créé en mai par le réseau ESPN et abordant le sport et la culture d\u2019un point de vue afro-américain.Intitulé Je ne peux plus garder le silence, le texte fait allusion aux tensions entre la police et la communauté noire aux États-Unis et à la nécessité de les apaiser.Jordan a du coup annoncé un don personnel de 1 million $US à chacune des deux parties afin de favoriser un dialogue constructif.Des femmes parlent Ce même mois, des femmes ont également pris la parole, alors que des joueuses de trois équipes de la WNBA, la ligue féminine professionnelle de basket, ont porté des chandails noirs pendant des entraînements d\u2019avant- match.Sur certains des chandails, on pouvait lire l\u2019inscription #BlackLivesMatter, mais aussi #Dallas5, un hommage aux cinq policiers abattus début juillet par un forcené dans la grande ville du Texas.Au nom de ses coéquipières, la garde du Liberty de New York Tanisha Wright a alors expliqué : «Nous avons le sentiment que ce pays a un problème avec la brutalité policière à l\u2019endroit des Noirs.Nous voulons simplement utiliser notre voix et notre plateforme pour exprimer cela.Mais comprenons-nous bien : dire \u201cBlack lives matter\u201d ne signifie pas que la vie des autres n\u2019a pas d\u2019importance.Les gens s\u2019imaginent que la formule signifie que seule la vie des Noirs compte.Ce que nous disons, c\u2019est que la vie des Noirs compte aussi.Point à la ligne.» Après avoir aver ti les joueuses de cesser cette pratique, la WNBA \u2014 composée à 70 % de ÉTATS-UNIS Quand des sportifs s\u2019invitent dans le débat public THEARON W.HENDERSON GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE À partir d\u2019août dernier, le quart-arrière des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick (à l\u2019avant- plan), a refusé à plusieurs reprises de se mettre debout pendant l\u2019hymne national précédant un match, comme contre les Rams de Los Angeles en septembre.VOIR PAGE B 3 : SPOR TIFS VOIR PAGE B 2 : DROITE «Nous avons le sentiment que ce pays a un problème avec la brutalité policière à l\u2019endroit des Noirs» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 N O V E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 « I l faudra d\u2019abord me passer sur le corps.» Verlon Jose, vice-président du gouvernement de la nation To- hono O\u2019odham, est catégorique : si Donald Trump veut prolonger le mur le long de la frontière avec le Mexique, les autochtones de cette réser ve de l\u2019Arizona, eux, n\u2019en veulent pas.Mais il est peu probable que ces derniers aient l\u2019oreille du futur président, qui s\u2019est illustré au cours des années 1990 par sa féroce guerre commerciale contre les casinos autochtones parce qu\u2019ils faisaient de l\u2019ombre à son empire, mettant en doute l\u2019autochtonie même des Amérindiens Mashantucket Pequots devant un comité du Congrès en 1993 ou encore raillant les ancêtres d\u2019Élizabeth Warren qu\u2019il a appelée Pocahontas en juillet 2016.Pour autant, Verlon Jose, qui a également été le représentant du district frontalier de Chukut Kuk en Arizona, martèle son opposition de manière véhémente.Autour de lui, certains le trouvent téméraire, chuchotant que, dans un État où les armes peuvent être portées de manière visible et où les milices frontalières sont particulièrement actives, c\u2019est un propos qui pourrait être pris dans son sens littéral.Il reste que les 33 000 membres de la réserve qui ont voté massivement pour la candidate démocrate craignent que les 120 kilomètres de frontière qui les séparent des terres sacrées et de la communauté restée au Mexique ne finissent par être totalement murés.Ils ne cessent de le répéter, cette frontière en est une pour les Blancs, mais ce n\u2019est pas la leur et son franchissement est un droit de la nation Tohono O\u2019Odham.D\u2019autant que cette zone désertique, écologique- ment fragile, est déjà surveillée par un maillage de caméras d\u2019Elbit Systems en mesure de détecter un adulte à 12 kilomètres de distance, de jour comme de nuit.Une infrastructure plus substantielle (comme un mur) ne ferait que déplacer les flux illégaux sans véritablement les altérer : drones, rampes d\u2019accès, tunnels sophistiqués, les trafiquants innovent au fur et à mesure que la frontière se durcit et, pour l\u2019instant, la promesse d\u2019un autre mur ne fait qu\u2019intensifier les flux de migrants qui tentent de passer avant qu\u2019il ne soit trop tard.Mais le président Trump veut montrer qu\u2019il va agir.À tout prix.Qu\u2019importe si le coût de cette infrastructure pharaonique peut aller de 1,5 à 8 millions de dollars le kilomètre, qu\u2019importe si son allié, le shérif Joe Arpaio du comté de Mari- copa \u2014 véritable tortionnaire condamné en justice pour sa chasse aux migrants et ses méthodes de détention \u2014, a été désavoué par son électorat le 8 novembre dernier.Qu\u2019importe si la souveraineté de la nation Tohono O\u2019Odham est mise à mal.Car le nouveau président n\u2019a guère de considération pour les autochtones : en atteste la campagne qu\u2019il a financée en 2000, à hauteur d\u2019un million de dollars, assimilant les Mohawks des Catskill Moutains de l\u2019État de New York au trafic de drogue et à la violence.Dans le Dakota C\u2019est dans cette perspective que les manifestants de Standing Rock vont devoir s\u2019inscrire.En effet, depuis le mois d\u2019avril dernier, les Sioux de Standing Rock dénoncent l\u2019absence de consultation, la destruction de lieux archéologiques, sacrés, et le risque de contamination de la rivière Missouri en raison de la construction du Dakota Access Pipeline \u2014 un projet de 5 milliards de dollars visant à transporter 470 000 barils de pétrole brut par jour des champs pétrolifères du Dakota du Nord vers l\u2019Illinois.Sur ce territoire, négocié par le traité de Fort Laramie en 1868, les Sioux ont acquis (à défaut d\u2019une pleine souveraineté), depuis 1992, le droit d\u2019être consultés.Mais il aura fallu toute la pression des manifestants pour que le corps d\u2019ingénieurs de l\u2019armée mette temporairement sous le boisseau la construction de la portion qui passe sous la rivière Missouri, d\u2019autant qu\u2019un juge devait se prononcer sur une injonction.Mais la compagnie a choisi de ne pas attendre et a poursuivi la construction.La disproportion de la répression partiellement sous-traitée à des contractants de sécurité privée (dont les chiens d\u2019attaque ont fait les manchettes) dénoncés par la journaliste Amy Goodman de Democracy Now! (accusée alors de participation à des émeutes, ce qui a été rejeté par le juge) et pour partie mise en place par le shérif du comté de Morton, dont la police militarisée est équipée d\u2019équipements lourds (tanks, tasers), n\u2019a fait que s\u2019amplifier.La tendance pourrait se maintenir puisque le président désigné, qui entrera en fonction le 20 janvier prochain, a très clairement signifié son appui aux énergies fossiles et qu\u2019il détient des actions de la compagnie qui construit le pipeline dont le p.-d.g.a lui-même donné plus de 100 000 $ à sa campagne présidentielle.Alors que le gouvernement Obama est entré dans une course contre la montre pour sauvegarder les terres publiques avant le 20 janvier en interdisant l\u2019exploitation aurifère sur un large territoire près du parc de Yellowstone et le forage dans l\u2019océan Arctique au large de l\u2019Alaska, en annulant des permis miniers et d\u2019exploitation pétrolifère et gazière au Montana et au Colorado, il affirme prudemment vouloir laisser le processus suivre son cours dans les prochaines semaines.Mais Standing Rock est devenu un cri de ralliement pour les autochtones et les environnementalistes : le nouveau gouvernement vient peut-être, avant même d\u2019entrer en fonction, de « frapper son premier mur».ÉTATS-UNIS Trump et les Premières Nations ÉLISABETH VALLET des électeurs qui ont voté en France, en Amérique du Nord il est arrivé deuxième avec 33,32 % des voix, derrière Alain Juppé (47,44 %).Ce dernier a même remporté une majorité absolue au Canada, avec 52,71 % des voix, laissant François Fillon loin derrière avec 27,6 %.D\u2019après David Morin, professeur en sciences politiques à l\u2019Université de Sherbrooke, le passé d\u2019Alain Juppé au Québec entre aussi en ligne de compte.Ce dernier se déplace souvent dans la province, où il a même vécu pendant un an pour enseigner à l\u2019ENAP.Mais ce sont surtout ses idées politiques plus centristes qui ont interpellé les électeurs, croit l\u2019expert.«Historiquement, les Français ici votent plus à gauche que leurs concitoyens de la métropole.» Mobilisation croissante Selon M.Morin, l\u2019électorat français à l\u2019étranger n\u2019est pas négligeable.Le gouvernement estime qu\u2019environ 2,5 millions de Français vivent à l\u2019étranger, dont 1,2 million sont inscrits auprès des consulats.À lui seul, le Canada en comptait 92 116 en 2015.Ils ne sont pourtant que 2214 à avoir participé au premier tour de la primaire des républicains.« Sans oublier que près d\u2019un Français sur deux ne s\u2019inscrit pas, on estime qu\u2019ils sont environ 150 000 au Canada», soutient Michael Pilater.« Beaucoup d\u2019expatriés se sentent peu concernés par les politiques françaises, qui ne touchent plus leur quotidien.Ils ont même l\u2019impression que leur vote n\u2019aura pas d\u2019impact », explique David Morin.Le penchant politique plus à gauche des Français au Canada est aussi un facteur explicatif, selon lui.Pourtant, ils étaient seulement 7000 à voter en Amérique du Nord pour la primaire socialiste de 2011, rappelle le député de la circonscription, Frédéric Lefebvre.Pour la primaire de la droite française, 58 472 personnes se sont inscrites.Le professeur à l\u2019Université de Montréal Frédéric Mérand croit qu\u2019une partie de l\u2019électorat de gauche s\u2019est aussi exprimée pour cette primaire.« Le candidat choisi se retrouvera sûrement face à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.C\u2019est une façon pour eux de faire valoir leur vote contre le Front national.Pour beaucoup, c\u2019était aussi l\u2019occasion d\u2019éliminer Nicolas Sarkozy.» Vote électronique Pour David Morin, ce regain d\u2019intérêt est attribuable au vote électronique, une première pour une primaire.Le système a pour tant connu quelques failles.Les électeurs intéressés devaient s\u2019inscrire avant le 16 octobre, une date trop éloignée du vote, aux yeux de Frédéric Le- febvre.«Beaucoup de personnes étaient frustrées de ne pas avoir eu le temps de s\u2019inscrire.Je continuais de recevoir des messages même après cette date», précise-t-il.Certains ont aussi eu des difficultés au moment de payer par carte les 4euros (2euros par tour) requis.«Ça ne fonctionnait pas avec toutes les cartes.Certains ont dû s\u2019arranger avec leur famille en France», déplore le député.À l\u2019ouverture du vote en ligne, samedi passé, la plateforme était de plus inaccessible pendant la première heure et demie.«On espère que le deuxième tour [prévu le 27 novembre en France et du samedi au dimanche pour les Français qui votent en Amérique du Nord] se déroulera sans problème.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 DROITE C H R I S T I A N R I O U X à Antananarivo (Madagascar) E n 2012, après le sommet de Kinshasa, un consensus s\u2019était imposé afin de limiter l\u2019élargissement de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui comptait déjà 80 États et gouvernements, dont 54 membres, 23 obser vateurs et 3 États associés.Plusieurs, dont les représentants du Québec, avaient alors réclamé une pause.D\u2019autant plus qu\u2019un certain nombre de ces nouveaux membres, comme le Qatar ou le Mexique, ne brillaient pas par leur engagement en faveur de la langue française.À l\u2019aube du XVIe sommet de l\u2019OIF qui se tiendra à Madagascar les 26 et 27 novembre, deux nouvelles candidatures pourraient relancer ce vieux débat, même si c\u2019est pour des raisons très différentes.Celles de l\u2019Ontario et de l\u2019Arabie saoudite.C\u2019est un secret de Polichinelle que l\u2019Arabie saoudite mène depuis des mois une campagne active auprès de nombreux pays membres pour se joindre à l\u2019OIF.Quant à l\u2019Ontario, on sait que sa candidature au poste d\u2019observateur a été officiellement déposée par le premier ministre Justin Trudeau.Si la première inquiète les défenseurs des droits des femmes et ceux qui se préoccupent du combat pour le français au sein de l\u2019OIF, la seconde pourrait « faire de l\u2019ombre » à la présence du Québec dans la Francophonie, estime l\u2019ancienne ministre du Parti québécois Louise Beaudoin.Un nouveau Qatar?En 2012, la candidature du Qatar avait pris tout le monde par surprise.Le pays, même s\u2019il investissait massivement en France, n\u2019avait jamais brillé par sa culture francophone et ses représentants ne s\u2019étaient jamais exprimés en français dans les organisations internationales.Alors que le secrétaire général de l\u2019époque, le Sénégalais Abdou Diouf, avait opposé une fin de non-recevoir à ce richissime émirat, son lobbying à coups de millions auprès des pays africains avait quand même porté ses fruits.En session plénière, malgré l\u2019opposition des dirigeants de l\u2019OIF, une majorité de pays, notamment africains, avait imposé l\u2019accession du Qatar au statut de membre associé.Sans compter que, une fois admis, le Qatar n\u2019a pas acquitté sa cotisation annuelle pendant longtemps.Aujourd\u2019hui, tout serait rentré dans l\u2019ordre, nous assure-t-on.Une telle opération de lobbying pourrait-elle se répéter cette année avec l\u2019Arabie saoudite ?Rien n\u2019est impossible, dit-on dans les couloirs de l\u2019OIF, car les États membres sont souverains.Coïncidence : cette candidature arrive au moment où, à la suite de la conférence de Québec, l\u2019OIF compte adopter une résolution afin de combattre les diverses formes de radicalisation menant à la violence.Radicalisation dont l\u2019Arabie saoudite est accusée d\u2019être l\u2019un des premiers pourvoyeurs.L\u2019Ontario observateur?Le cas de l\u2019Ontario est évidemment très dif- férent puisque ce dernier abrite 600 000 Canadiens français et qu\u2019il s\u2019agit de la province canadienne la plus française après le Québec, devant le Nouveau-Brunswick.Or, cela fait des années que l\u2019Ontario veut suivre l\u2019exemple de ces deux dernières provinces.Jusque- là, sa demande n\u2019avait pas dépassé Ottawa, où les gouvernements ne l\u2019avaient pas soutenue, probablement pour ne pas déclencher une controverse avec le Québec.Ce n\u2019est plus le cas depuis l\u2019élection de Justin Trudeau et de Philippe Couillard.À moins d\u2019un imprévu, cette nouvelle adhésion semble largement acquise chez tous ceux à qui nous en avons parlé.Elle ferait néanmoins du Canada le seul pays à occuper quatre sièges (Canada, Canada-Québec, Canada\u2013 Nouveau-Brunswick, Canada-Ontario), alors que la France et la Suisse n\u2019en ont qu\u2019un seul et que la Belgique en a deux, mais avec un partage précis des compétences, ce qui n\u2019est pas le cas du Canada.À Antananarivo, la délégation ontarienne est très active et on ne peut plus optimiste.Outre l\u2019incongruité de réserver quatre sièges à un seul pays, « ce nouveau siège canadien ne peut que contribuer à diluer la présence du Québec », affirme Louise Beaudoin.L\u2019ancienne ministre des Relations internationales du Québec se défend de vouloir heurter les francophones hors Québec, précise-t-elle.Elle s\u2019étonne néanmoins que le premier ministre Philippe Couil- lard ait personnellement soutenu cette candidature auprès de l\u2019OIF.« Au Canada comme à l\u2019OIF, le Québec est en voie de redevenir une simple province parmi d\u2019autres, dit-elle.Il est normal que le Québec soit à l\u2019OIF, où il représente la nation québécoise.Si le Canada est là, c\u2019est justement pour représenter les francophones hors Québec.» D\u2019aucuns se souviendront qu\u2019à l\u2019OIF, les représentants des gouvernements provinciaux canadiens n\u2019ont théoriquement pas voix au chapitre sur les questions internationales.Une contrainte dont s\u2019était vite libéré l\u2019ancien premier ministre Robert Bourassa en intervenant sur toutes les questions dès le premier Sommet de la Francophonie, à Paris en 1986.Il en a toujours été ainsi depuis.Malgré ces critiques, la candidature de l\u2019Ontario semble jouir d\u2019un exceptionnel alignement des planètes.Non seulement elle a été portée par le premier ministre Justin Trudeau et soutenue par Philippe Couillard, mais elle devrait bénéficier de la présence depuis deux ans de l\u2019ancienne gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale.En ces matières, l\u2019assemblée générale, qui se réunira samedi et qui prend théoriquement ses décisions à l\u2019unanimité, est seule souveraine.Même si l\u2019on sait que tous les membres n\u2019y ont pas le même poids.Cette année, l\u2019Argentine, la Corée du Sud et la Nou- velle-Calédonie ont aussi fait une demande.Dans chacun des cas, c\u2019est le lobbying fait depuis des mois qui sera déterminant les 26 et 27 novembre prochains.Le Devoir Faut-il encore élargir la Francophonie ?L\u2019admission de l\u2019Ontario et de l\u2019Arabie saoudite fait débat GEOFF ROBINS AGENCE FRANCE-PRESSE Le premier ministre Justin Trudeau, ici aux côtés de la secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, a déposé of ficiellement la candidature de l\u2019Ontario au poste d\u2019observateur de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF).Ce nouveau siège canadien ne peut que contribuer à diluer la présence du Québec Louise Beaudoin, ancienne ministre du Parti québécois « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 N O V E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 L es militants de Québec solidaire qui ont accepté d\u2019entreprendre des discussions en vue d\u2019une éventuelle alliance avec le PQ doivent aujourd\u2019hui avoir la désagréable impression de s\u2019être fait rouler.Trois jours avant la tenue du conseil national de QS, ils avaient pu lire dans La Presse le compte rendu d\u2019une entrevue dans laquelle Jean-François Lisée indiquait que les questions identitaires passeraient au second plan, même si elles avaient été omniprésentes durant la course à la succession de Pierre Karl Péladeau.Ses trois priorités seraient dorénavant l\u2019économie, la santé et l\u2019éducation.Un sondage qui reléguait le PQ au troisième rang à deux semaines des élections partielles a suffi pour que l\u2019identité rapplique au galop.On ne coince pas facilement un fin finaud comme le nouveau chef du PQ.« Il n\u2019y a pas de contradictions, il y a des chapeaux», a-t-il expliqué.Ainsi, en plaçant la santé et l\u2019éducation sous le chapeau de la solidarité, il est possible de réintégrer l\u2019identité dans le trio prioritaire.Abracadabra et hop, le tour est joué.M.Lisée croit sans doute que son agilité intellectuelle lui permettra de réaliser la synthèse de l\u2019esprit qui animait la charte des valeurs de Bernard Drainville, dont il ne contestait en réalité que les modalités, et du principe d\u2019inclusivité que défendaient ses opposants.Plusieurs parleront plus simplement d\u2019un exercice de duplicité.?Le « rééquilibrage » qu\u2019il avait annoncé au lendemain de son élection, afin que l\u2019ensemble du caucus des députés se sente à l\u2019aise avec la position du parti, avait laissé croire qu\u2019il reviendrait plus ou moins aux recommandations du rapport Bouchard- Taylor, c\u2019est-à-dire à une interdiction du port de signes religieux limitée aux juges, aux policiers et aux gardiens de prison, comme le préconisait Alexandre Cloutier.Sa nouvelle politique va même plus loin que ce qu\u2019i l proposait durant la course.Le por t de signes rel igieux par les ensei - gnants et les éducateurs en garderie, dont il souhaitait faire l\u2019objet d\u2019une « discussion » au sein de la société québécoise, serait car rément interdit par un gouvernement péquiste.Certes, les fonctionnaires demeureront libres d\u2019en porter, mais le gouvernement fera la promotion de sa « nette préférence » pour l\u2019abstention.C\u2019est moins radical que ce que prévoyait la version Drainville, mais ceux qui choisiraient de ne pas tenir compte de cette préférence risqueraient de trouver le climat passablement lourd et devraient vraisemblablement se résigner à leur carrière au bas de l\u2019échelle.Bonjour l\u2019ambiance ! Il était assez divertissant de voir ceux qui, à l\u2019instar de Maka Kotto, avaient reproché à M.Lisée de « chatouiller les parts sombres de l\u2019âme» se rallier à une laïcité encore plus dure.«La course est loin derrière nous», a simplement dit le député de Bourget.M.Cloutier avalera-t-il cette couleuvre aussi goulûment ?La porte-parole de la CAQ en matière de laïcité, Nathalie Roy, a eu beau jeu d\u2019accuser le PQ de se comporter comme une girouette.Il est vrai que la nouvelle politique prévoit bien l\u2019interdiction du tchador pour tous les employés de l\u2019État, mais il avait voté pour le principe du projet de loi 62, qui l\u2019autorise.L\u2019amendement présenté par le PQ ne l\u2019aurait interdit que pour les membres de la fonction publique, dont les enseignantes ne font pas partie.?Même si le PQ s\u2019est donné un objectif de « francisation 100 % », il ne reconnaît aux nouveaux arrivants qu\u2019un «droit » à la francisation, qu\u2019ils seraient libres d\u2019exercer ou non, tandis que la CAQ entend leur imposer l\u2019«obligation» d\u2019apprendre le français, sans quoi ils ne recevraient pas leur certificat de sélection.Durant la campagne à la chefferie, Paul St- Pierre-Plamondon était le seul des quatre candidats à être favorable à une telle obligation, qui était pourtant inscrite dans le programme péquiste adopté au congrès d\u2019avril 2011.Remarquez, d\u2019ici au congrès de septembre prochain, M.Lisée a bien le temps de changer d\u2019idée une fois de plus.Si le chef du PQ semble parfois s\u2019emmêler dans ses chapeaux et ses calculs stratégiques, François Legault a plutôt la fâcheuse habitude de mettre ses gros sabots dans les plats.La publicité tweetée jeudi par la CAQ, qui montrait le chef du PQ et le premier ministre Couillard flanqués d\u2019une femme vêtue d\u2019un tchador, chatouillait manifestement « les parts sombres de l\u2019âme », avec tous les risques de dérapage que cela comporte.M.Legault se défend d\u2019être un clone de Donald Trump, mais son imitation est très réussie.Si une poignée d\u2019élections partielles a suffi à déclencher cette surenchère identitaire, qu\u2019est- ce que ce sera à l\u2019approche de la prochaine élection générale ?Le PQ aura beau accuser la CAQ de publicité mensongère, l\u2019élection américaine a démontré que l\u2019irresponsabilité peut être récompensée.mdavid@ledevoir.com Les chapeaux et les gros sabots MICHEL DAVID Si Donald Trump semble avoir adouci le ton depuis sa victoire, son refus de renoncer à ses af faires commerciales n\u2019a pas changé.Convaincus que son empire cache une montagne de conflits d\u2019intérêts, les experts tant au Canada qu\u2019aux États-Unis attendent le jour 1 de sa présidence.Survol de deux cultures.F R A N Ç O I S D E S J A R D I N S B ernard Shapiro se souvient encore du cas de Belinda Stronach, qui dirigeait la compagnie de son père, le fabricant de pièces automobiles Magna.En tant que commissaire fédéral à l\u2019éthique, il avait dû s\u2019asseoir avec elle en 2004 afin de recenser ce qu\u2019elle détenait et les rôles qu\u2019elle occupait.L\u2019entreprise comptait 75 000 employés et avait un chiffre d\u2019affaires de 12 milliards.L\u2019héritière, devenue députée conservatrice, était soucieuse de se conformer aux règles.« Elle était incroyablement coopérative.Mais la seule description de ses intérêts, des conseils d\u2019administration, ceci, cela\u2026 Ça défiait l\u2019imagination.Mais comparativement à la situation de Donald Trump, c\u2019était facile.» L\u2019arrivée de Donald Trump à la présidence américaine, une responsabilité qu\u2019il s\u2019apprête à prendre sans même avoir dévoilé une déclaration de revenus, force les Américains à se poser une simple question à laquelle la réponse est tout sauf simple: un homme d\u2019affaires aux investissements tentaculaires peut-il devenir chef d\u2019État sans que ses décisions profitent à ses entreprises?« Les conflits d\u2019intérêts ne peuvent pas vraiment être évités complètement.Mais ils peuvent être gérés.Et le mieux vous le faites, moins il y aura de conflits d\u2019intérêts », dit Bernard Shapiro, qui a occupé le rôle de commissaire de 2004 à 2007.« Ça prend une législation raisonnable.Ça ne va pas les éliminer, mais ça réduira la probabilité de voir ces conflits survenir.» Ne rien faire Une chose est claire : Donald Trump ne semble pas disposé à se dépar tir de ses actifs.Après avoir affirmé en campagne qu\u2019il assurerait une « séparation totale et complète » de ses affaires commerciales et d\u2019une éventuelle présidence, Donald Trump a laissé entendre au New York Times mardi \u2014 dans le cadre d\u2019un entretien épique par ailleurs \u2014 que le statu quo est de mise.« En théorie, je n\u2019ai aucun besoin de faire quoi que ce soit.[\u2026] Mais je veux faire quelque chose si je peux.S\u2019il y a quelque chose.» Tout au plus est-il prêt à céder le contrôle à ses enfants, ce qui ne change rien à la propriété et à son degré de connaissance des activités.Le portefeuille de l\u2019organisation Trump est une collection d\u2019immeubles, de terrains de golf, d\u2019hôtels que la famille gère sans toutefois les détenir (dont ceux de Toronto et de Vancouver), etc.Sans compter les sous-produits, comme l\u2019eau de source, le parfum (Empire et Success), l\u2019agence de mannequins et la déco maison.Le magazine Forbes estime sa fortune à 3,7 milliards.L\u2019an dernier, l\u2019agence Bloomberg l\u2019a plutôt chif frée à 2,9 milliards, trois fois moins que ce que dit le principal intéressé.La situation de Donald Trump est « spéciale» pour un certain nombre de raisons, dit M.Shapiro.« Si l\u2019on fait abstraction de sa campagne controversée, sa situation est différente parce que ses intérêts commerciaux sont très publiquement liés à son nom.Même si ses entreprises sont placées dans une fiducie sans droit de regard, personne ne va oublier qu\u2019elles lui appartiennent.» En d\u2019autres mots, ce ne sont pas des actifs liquides et anonymes comme des actions ou des obligations.Par ailleurs, les prochaines années pourraient être fertiles en controverses, ajoute- t-il, car même des projets de loi légitimes seront peut-être soupçonnés de profiter, indirectement ou directement, à Donald Trump ou à ses entreprises.Surtout s\u2019il s\u2019agit de fiscalité.Cadeaux étrangers Sujet de fond tout au long de la campagne, les actifs de M.Trump ont pris le devant de la scène cette semaine.Les experts ont dépoussiéré une clause de la Constitution américaine afin d\u2019exposer la possibilité très réelle d\u2019une violation de ce document fondateur dès le jour 1 d\u2019une présidence Trump.C\u2019est dans l\u2019article 1, à la section 9 : aucun élu ne peut, sans l\u2019aval du Congrès, recevoir quoi que ce soit d\u2019un pays étranger, d\u2019un roi ou d\u2019un prince.Ce qui pose problème dans la mesure où des entreprises de M.Trump ont déjà des relations d\u2019affaires avec des pays étrangers et des diplomates.La Banque de Chine, par exemple, fait partie des créanciers d\u2019un prêt de 950 millions effectué pour un immeuble sur l\u2019Avenue of the Americas qui appartient en partie à M.Trump.Lorsqu\u2019il parlera aux chefs d\u2019État des Philippines, du Panama ou de la Turquie, M.Trump s\u2019empêchera-t- il vraiment d\u2019aborder le sujet de ses propriétés immobilières ou de ses projets?Que demandera-t- il?Vendredi, des médias américains ont rapporté que Trump possède des actions de l\u2019entreprise qui veut construire l\u2019oléoduc Dakota Access, le groupe texan Energy Transfer Partners.Sa participation se situe entre 15 000$ et 50 000$, en baisse par rapport à 2015.Selon ses détracteurs, ces titres posent problème car, le gouvernement Obama n\u2019ayant pas encore pris de décision sur le projet, celle-ci pourrait revenir à Trump.Dans une lettre transmise à M.Trump, d\u2019éminents universitaires, d\u2019anciens commissaires à l\u2019éthique de la Maison-Blanche et des think tanks ont sommé le président désigné de remettre ses avoirs dans les mains d\u2019un fiduciaire indépendant qui aurait la tâche de tout liquider.«Chaque fois qu\u2019un gouvernement étranger ou une entité détenue par un gouvernement brasse des affaires avec une entité Trump, ont-ils laissé tomber, vous pourriez être accusé d\u2019accepter un paiement violant la clause des émoluments de la Constitution, ce qui entraînerait une crise constitutionnelle pouvant se solder par une menace de destitution.» Une même loi pour tous Au Canada, la situation serait gérée plus facilement, croit M.Shapiro.« La Loi sur les conflits d\u2019intérêts s\u2019applique à tous les députés, un groupe qui comprend le premier ministre.La gestion est une chose, mais au moins il y a une structure en place.» Le plus difficile, c\u2019est que tout le monde est pour la loi parce que chacun pense aux conflits d\u2019intérêts des autres.Jusqu\u2019au moment où il faut appliquer les règles à soi-même.Les députés ne sont pas de mauvaise foi, dit-il, mais l\u2019enjeu devient alors beaucoup plus concret.« Historiquement, les présidents ont toujours pris les moyens pour s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y ait aucune apparence de conflit d\u2019intérêts », dit Renan Levine, professeur de sciences politiques américaines à l\u2019Université de Toronto (campus de Scarborough).« En fait, pas juste des présidents, mais aussi des membres du cabinet, des sénateurs, des membres de la Chambre des représentants.» Il peut y avoir des zones grises, notamment lorsque la richesse d\u2019une personne est liée à une seule entreprise.Une fiducie sans droit de regard est alors beaucoup moins efficace.«On peut faire un parallèle avec l\u2019entreprise de la famille Ford alors que Rob était maire.Ce qui est stupéfiant et frustrant, pour bien des observateurs, c\u2019est que Trump n\u2019a pas l\u2019air de s\u2019en faire.» Les mesures disciplinaires ici sont généralement plus rapides : exclusion du caucus, etc., dit M.Levine.Une des grandes dif férences entre le Canada et les États-Unis tourne autour du système politique.« Lorsque vous êtes le chef d\u2019un par ti dans un régime parlementaire, l\u2019avenir politique d\u2019un grand nombre de personnes est lié à votre per formance.Si vous éprouvez des problèmes éthiques, ça af fecte votre popularité, ce qui af fecte la popularité du parti.C\u2019est la raison pour laquelle il y a de la pression et des mécanismes pour dire à quelqu\u2019un : \u201cTu sors d\u2019ici\u201d.» Dans un système présidentiel, ou dans un système d\u2019élection directe à la mairie, c\u2019est dif- férent.«Qui aurait bénéficié d\u2019une démission de Rob Ford ?Personne, vraiment.Les alliés de Ford à l\u2019époque, ou de Trump à Washington, sont épargnés par les enjeux éthiques.Leurs carrières sont plutôt indépendantes du pouvoir exécutif », ajoute M.Levine.Le Devoir Affaires classées, selon Donald Trump Le président désigné ne semble pas prêt à se départir de ses affaires joueuses noires \u2014 les a mises à l\u2019amende, ainsi que leurs clubs, un geste qui n\u2019a pas manqué d\u2019en étonner plusieurs étant donné que le circuit est très actif en matière de relations avec la communauté.Et de fait, les sanctions ont été annulées quelques jours plus tard.La bombe Mais la bombe médiatique a véritablement explosé le 26 août, quand le quar t-arrière des 49ers de San Francisco Colin Kaepernick a refusé de se mettre debout pendant l\u2019hymne national précédant un match préparatoire de la Ligue nationale de football \u2014 composée à 69 % de joueurs afro-américains \u2014 contre les Packers de Green Bay.Kaepernick, qui est Métis, a dit vouloir ainsi protester contre «l\u2019oppression des Noirs et des gens de couleur » aux États-Unis, notamment de la part des corps policiers.« Il y a des corps dans les rues, et des gens qui commettent des meurtres ne sont pas inquiétés», a-t-il déclaré.Kaepernick a connu un début de carrière professionnelle étincelant de 2011 à 2013, mais son étoile a passablement pâli par la suite, de telle sor te qu\u2019au début de la présente campagne de la NFL, il n\u2019était plus que le quart réserviste chez les 49ers.Mais l\u2019onde de choc consécutive à son geste a été immense et les réactions, passionnées, ont fusé de partout, au sein du monde du sport et à l\u2019extérieur.(Étrangement, c\u2019était la troisième semaine de suite que Kaepernick agissait ainsi, mais personne, semble-t-il, ne l\u2019avait remarqué.) Certains lui ont signifié leur appui indéfectible.D\u2019autres l\u2019ont qualifié de traître et lui ont sévèrement reproché de manquer de respect à son pays, et accessoirement à la police et à l\u2019armée.Au milieu, d\u2019autres encore ont fait valoir que Kaeper- nick avait raison sur le fond mais qu\u2019il n\u2019avait pas choisi la bonne manière, le bon moment ni le bon endroit pour faire connaître ses récriminations.Ce qui ne l\u2019a pas empêché de continuer.Et de s\u2019attirer de nouvelles critiques en révélant qu\u2019il n\u2019avait pas voté à l\u2019élection présidentielle, aucun des candidats n\u2019étant à ses yeux en mesure de corriger la situation.Le cas Trump Barack Obama a dit que le joueur avait exercé son « droit constitutionnel » de s\u2019exprimer et qu\u2019il avait au moins le mérite d\u2019attirer l\u2019attention sur « des problèmes dont il faut parler ».Les 49ers ont mis l\u2019accent sur la liberté de parler de Kaepernick.Donald Trump, pour sa part, lui a recommandé de quitter le pays.Lors du premier dimanche d\u2019activités en saison régulière dans la NFL \u2014 qui, ironiquement, tombait le 11 septembre \u2014, plus d\u2019une dizaine de joueurs ont imité Kaepernick.Parmi ceux-ci, le receveur de passes des Seahawks de Seattle Doug Baldwin, dont le propre père est policier et qui a invité tous les États à revoir la façon dont ils forment les membres des forces de l\u2019ordre.Et depuis, de nombreux athlètes de différents sports ont aussi manifesté d\u2019une manière ou d\u2019une autre leur mécontentement.Puis, le 13 novembre, le mouvement a pris une autre tournure quand l\u2019ailier éloigné des Buccaneers de Tampa Bay Mike Evans est resté assis pendant le Star-Spangled Banner.Lui voulait plutôt protester contre l\u2019élection de Trump, survenue quelques jours plus tôt.«Que cela arrive signifie que quelque chose ne va pas, a dit Evans.J\u2019ai déjà dit cela il y a longtemps.Lorsqu\u2019il s\u2019est porté candidat, j\u2019ai pensé que c\u2019était une blague, et la blague continue.Je ne m\u2019intéresse pas tellement à la politique, mais j\u2019ai de la jugeote.Et quand quelque chose ne va pas, je le sais.» Quarante-huit heures après le scrutin présidentiel, les circonstances avaient par ailleurs fait en sorte qu\u2019Obama reçoive successivement à la Maison-Blanche, le même jour, les Cavaliers de Cleveland, champions de la NBA \u2014 composée à 74% de joueurs afro-américains \u2014, et\u2026 Donald Trump.On a donc demandé à la supervedette des Cavaliers LeBron James, qui avait appuyé avec enthousiasme Hillary Clinton, s\u2019il accepterait une invitation de la part du président fraîchement élu.«Je ne sais pas, a-t-il répondu.On verra quand l\u2019occasion se présentera, si elle se présente.» Et paradoxalement, il espère qu\u2019elle se présentera, car cela signifierait un autre championnat\u2026 On en est là.Il reste maintenant à voir si le mouvement continuera de prendre de l\u2019ampleur ou s\u2019il s\u2019essoufflera.Mais pour l\u2019heure, le sport en Amérique n\u2019est de toute évidence plus dans la bulle qu\u2019il a (trop?) souvent tendance à affectionner.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 SPORTIFS Alexandre Cloutier avalera-t-il cette couleuvre aussi goulûment?EVAN FUCCI ASSOCIATED PRESS Donald Trump a laissé entendre au New York Times mardi que le statu quo est de mise.«En théorie, je n\u2019ai aucun besoin de faire quoi que ce soit.[\u2026] Mais je veux faire quelque chose si je peux.S\u2019il y a quelque chose.» Tout au plus est-il prêt à céder le contrôle à ses enfants, ce qui ne change rien à la propriété et à son degré de connaissance des activités.D\u2019éminents universitaires, d\u2019anciens commissaires à l\u2019éthique de la Maison-Blanche et des think tanks ont sommé le président désigné de remettre ses avoirs dans les mains d\u2019un fiduciaire indépendant Après Cazzetta et Coretti, bien d\u2019autres criminels présumés, dont nombre d\u2019agresseurs sexuels potentiels, risquent, dans les prochaines semaines, d\u2019échapper à leur procès de manière tout à fait révoltante.C\u2019est l\u2019ef fet Jordan, du nom de cet arrêt de la Cour suprême de juillet.Se voulant un électrochoc radical pour annihiler les délais déraisonnables, il est le fruit d\u2019une Cour suprême profondément divisée.Il mériterait peut- être qu\u2019on lui oppose une clause dérogatoire le temps \u2014 cinq années \u2014 que le système s\u2019ajuste.arrêt des procédures dans le procès Coretti illustre bien la catastrophe redoutée depuis le jugement Jordan de la Cour suprême (CS).En septembre, c\u2019était l\u2019un des Hells Angels les plus in?uents, Savaltore Cazzetta, qui pro?tait de l\u2019effet Jordan.Tombé en juillet, ce jugement de la CS entend limiter les délais dans le cadre de procès criminels.Précisant la portée de l\u2019article 11 b) de la Charte des droits et libertés (le droit « d\u2019être jugé dans un délai raisonnable »), il ?xe la durée maximale d\u2019un procès : 18 mois pour ceux se tenant devant la Cour du Québec ; 30 mois pour la Cour supérieure.Les cinq juges de la majorité étaient assurément bien intentionnés : un procès qui met trop de temps à se conclure constitue absolument un déni de justice.De bonnes intentions, l\u2019enfer en est toutefois pavé ! Et avec tous ces procès avortés, que de travail gaspillé ! Au premier chef, celui des policiers et des procureurs de la Couronne.Jeudi, le nombre de requêtes en arrêt des procédures était estimé, au Québec seulement, à 153 ! Excluant celles sous ordonnance de non-publication.Véritable épidémie, voire « hémorragie » judiciaire, selon le mot de la députée Véronique Hivon.Hémorragie que craignaient justement les quatre juges de la minorité dans Jordan, lesquels parlaient de décision « injustifiée et imprudente» risquant de conduire à l\u2019avortement de «milliers de procès».Puissante dissidence où l\u2019on soutient entre autres qu\u2019en ?xant des «plafonds numériques», la Cour a outrepassé son rôle et écarté «une trentaine d\u2019années de jurisprudence».Que peut faire le gouvernement?La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, jurait jeudi en Chambre ne pas être « assise sur [s]es mains ».Sa rhétorique avait du reste de bien risibles assises.Entre autres lorsqu\u2019elle blâma le gouvernement Bouchard pour avoir trop tardé à nommer des juges\u2026 il y a près de 20 ans ! Mme Vallée se prétend très active.On a envie de la croire, mais le Plan d\u2019action : pour une justice en temps utile, qu\u2019elle a cosigné le 3 octobre avec huit autres acteurs clés du système judiciaire, n\u2019a rien de convaincant.Il s\u2019agit d\u2019un catalogue en six axes contenant bien peu de mesures concrètes à effet immédiat.Il faut sans doute, à moyen terme, changer la «culture de complaisance» à l\u2019égard des délais, que fustigeaient avec raison les juges de la majorité.Les mesures du Plan d\u2019action aideraient sans doute à y arriver.Mais il y a plus urgent : à court terme, il faut agir énergiquement pour empêcher qu\u2019une centaine de présumés criminels échappent à leur procès.Résigné, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a déjà commencé à faire un tri dans les causes ; à en abandonner certaines où les requêtes en arrêt des procédures sont susceptibles de réussir ; à privilégier celles où il y a des victimes en chair et en os.Comme le font remarquer les partis d\u2019opposition, si la ministre Vallée n\u2019avait pas imposé des compressions au DPCP, les délais seraient peut-être déjà moins grands.Actuellement, au contraire, il faudrait débloquer un budget de crise : ramener des juges à la retraite, augmenter le nombre de gref?ers, allonger les heures d\u2019ouverture des palais de justice, etc.Mais la ministre a déjà dit qu\u2019elle n\u2019avait pas de sous pour cela.Une autre voie est possible : invoquer la clause dérogatoire.Le gouvernement devrait explorer cette possibilité d\u2019adopter rapidement une loi précisant en substance que l\u2019administration de la justice se fait au Québec nonobstant l\u2019article 11 b) de la Charte canadienne.Puisque la clause dérogatoire doit être renouvelée tous les cinq ans, le système judiciaire pourrait ainsi se donner du temps a?n de s\u2019ajuster aux «plafonds numériques » imposés par une faible majorité de la CS cet été.La dérogation fut diaboli- sée au Canada anglais ; de même maintenant au sein du Parti libéral du Québec.Pourtant, comme le juriste Guillaume Rousseau est venu l\u2019expliquer à la ministre Vallée en commission parlementaire au début du mois, le gouvernement Couillard, en 2014, a proposé et fait adopter la loi 12 sur «certains régimes de retraite du secteur public », laquelle contient pas moins de cinq clauses dérogatoires.Éviter que des criminels échappent à la justice : l\u2019argument pourrait justi?er aisément une dérogation.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 N O V E M B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Du bois à brûler pour réchauffer une maison froide J\u2019ai eu mal au cœur lorsque j\u2019ai lu, en première page du Devoir du 25 novembre 2016, à propos de ce qu\u2019on qualifie d\u2019enjeu identitaire, que « Lisée fait un pas de plus».J\u2019ai soudain bien compris que Jean- François Lisée et ses complices en politique cherchaient du bois à brûler pour réchauffer une maison froide.Le port de signes religieux constituerait un enjeu identitaire important ?C\u2019est pour ça que j\u2019aurais voté lors des deux précédents référendums?Il me semblait pourtant que c\u2019était essentiellement pour la défense et l\u2019illustration de la culture française en Amérique que nous nous battions à l\u2019origine.Nous voulions nous assurer qu\u2019on parlerait encore longtemps la langue de nos pères et mères dans ce Canada français qui n\u2019était pas encore le Québec.Il me semblait que, pour nous préserver des dérives toujours possibles et, surtout, pour ne pas sombrer dans le maelström de l\u2019inculture américaine et pour pouvoir nous forger une identité propre et for te, il nous fallait d\u2019abord préserver notre langue et assimiler cette vaste culture dont nous étions les héritiers.Se chicane-t-on sur des questions aussi bêtes que celle du port de signes religieux ou de tatouages quand on a pris la peine de lire et d\u2019apprécier quelques fables L I B R E O P I N I O N D A V I D K O U S S E N S Titulaire de la Chaire de recherche Droit, religion et laïcité, Faculté de droit de l\u2019Université de Sherbrooke S i l\u2019absence de formalisation du principe de laïcité dans une norme juridique, tant au Québec qu\u2019au Canada, continue d\u2019alimenter les débats, elle a aussi contribué à l\u2019avancée des connaissances sur la laïcité en sciences sociales et en sciences juridiques, car elle imposait de facto d\u2019appréhender la laïcité dans sa dimension évolutive afin d\u2019en retracer l\u2019ef fectivité dans la régulation du religieux par l\u2019État.Plusieurs études sociohistoriques ou juridiques du parcours de la laïcité au Canada ont dans ce sens permis de déterminer comment des éléments de laïcité avaient pu progressivement émerger des modalités politiques et juridiques de régulation de la diversité religieuse.En 2008, s\u2019appuyant sur le parcours historique de la laïcité québécoise, le rapport de la commission Bouchard-Taylor refusait ainsi d\u2019en proposer une conception substantiviste, mais en déterminant des « principes fondamentaux », ceux-ci permettant de retracer des éléments de laïcité dans toute société.Le rapport précisait que l\u2019égalité morale des personnes et la liberté de conscience et de religion renvoient aux finalités que doivent poursuivre les aménagements laïques.Mais pour cela, la gouvernance politique doit mettre en œuvre les moyens qui en assureront la protection : il s\u2019agit ici des deux autres principes fondamentaux de la laïcité que sont la séparation des Églises et de l\u2019État, et la neutralité de l\u2019État à l\u2019égard des conceptions de la vie bonne qui coexistent dans la société.Sur la base de ce rappor t, plusieurs penseurs libéraux ont tantôt discuté les fondements normatifs et les modalités de mise en œuvre de ces « principes fondamentaux » dans la gouvernance politique, tantôt proposé de nouveaux outils de compréhension de la laïcité à partir de modélisations idéal-typiques qui ont ensuite permis de mettre en lumière la pluralité des aménagements laïques dans d\u2019autres sociétés que le Québec, à l\u2019instar de la France, de l\u2019Argentine ou du Japon.Les travaux de la commission Bouchard-Tay- lor ont également été vivement critiqués : ils auraient mésinterprété l\u2019expérience historique particulière de la majorité franco-québécoise au profit d\u2019une naturalisation de la diversité sociale ; ces travaux auraient détourné un concept de laïcité «authentique », d\u2019« inspiration républicaine » à la faveur d\u2019un « sécularisme libéral » ; ils auraient enfin contribué à affaiblir la garantie des droits \u2014 et en par ticulier ceux des femmes \u2014 en refusant d\u2019enchâsser le principe de laïcité dans une norme juridique.Dans un effort de synthèse, l\u2019un des auteurs du rapport, Gérard Bouchard, a alors soutenu que la laïcité recouvrait un cinquième principe, le respect des «valeurs coutumières ou patrimoniales » pouvant, le cas échéant, disposer d\u2019une préséance sur les principes de neutralité et de séparation des Églises et de l\u2019État.Ancrant cette conception de la laïcité dans sa proposition de modèle interculturaliste de gestion de la diversité au Québec, il précisait que « tout comme l\u2019in- terculturalisme, le régime de laïcité inclusive se veut un modèle mitoyen entre la formule républicaine, trop peu soucieuse de la libre expression des dif férences, et le néolibéralisme individualiste, trop peu sensible aux impératifs collectifs ».Les récurrents débats sur la laïcité ont souvent fait l\u2019objet de critiques pour leur trop grande « abstraction conceptuelle » et l\u2019évanescence de la notion de laïcité a d\u2019ailleurs probablement alimenté le «malaise » et « l\u2019impression de privilège, l\u2019impression d\u2019inégalité, l\u2019impression que nous ne sommes pas tous égaux, l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a pas de balise » auxquels faisait référence le ministre Bernard Drainville lorsqu\u2019il justifiait, en septembre 2013, le projet de «charte des valeurs de la laïcité ».Naissant pourtant d\u2019incidents concrets ou d\u2019événements interprétés comme tels, les débats seraient donc restés trop théoriques et conceptuels, pour reprendre une critique de l\u2019historien Pierre Anctil, qui déplorait que s\u2019y soit « créé un espace de discours nettement détaché des aspects empiriques du pluralisme, et où s\u2019étaient af firmées péremptoirement des notions peu susceptibles de susciter une compréhension objective du vivre-ensemble».Pour mieux saisir ce que recouvre la laïcité, ce n\u2019est donc plus à une traduction de celle-ci en termes de «valeur» qu\u2019il faut s\u2019attacher : la réalité politique et juridique de la laïcité tout comme ses effets sociaux ne correspondent pas toujours aux discours sur la laïcité qui peuvent pourtant avoir un fort écho dans le débat public.Comprendre aujourd\u2019hui l\u2019objet « laïcité » au Québec implique la production d\u2019enquêtes s\u2019attachant à décr ypter les multiples aménagements par lesquels l\u2019État régule la diversité religieuse.Comment sont gérés les lieux de culte dans les cégeps ou les universités ?Une politique publique à l\u2019instar de la loi « Mourir dans la dignité » peut-elle être analysée en tant que politique de laïcité ?Comment justifier le régime fiscal bénéficiant aux groupes religieux ?Pourquoi les groupes LGBTQ interviennent-ils aujourd\u2019hui dans les débats sur la laïcité ?Les questions sont nombreuses et ne se limitent pas au seul port du symbole religieux dans l\u2019espace public.Elles font écho aux diverses expériences du pluralisme que font les citoyens et qui alimentent, en retour, leur regard ou leur conception de ce qu\u2019est la laïcité.Aller sur le terrain de la laïcité, c\u2019est donc comprendre qu\u2019il n\u2019est pas de représentation plus légitime qu\u2019une autre de ce qu\u2019est la laïcité et que la multiplicité des définitions qui lui sont apportées dans les débats ne devrait que rappeler aux chercheurs le caractère dynamique de la réalité sociale qu\u2019ils analysent.Sur le terrain de la laïcité FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET de La Fontaine ou quelques bonnes pages de Montaigne, de Montesquieu, de Voltaire, de Racine, de Diderot, de Claude Bernard ou de Camus?La lecture de nos propres auteurs québécois ne nous nour- rit-elle pas de valeurs qui, comme on dit couramment, « tiennent la route»?S\u2019il faut des lois pour imposer nos valeurs dans les moindres détails, c\u2019est que celles-ci ne sont pas exemplaires ou que nous ne donnons pas l\u2019exemple qu\u2019on doit attendre de nous.J\u2019avoue que je supporte tout aussi mal la vue de tous ces tatouages que celle de ces signes religieux qu\u2019on retrouve sur tout un chacun, mais que puis-je si les gens veulent se réduire ou s\u2019automutiler?Je ne leur demande qu\u2019une chose : c\u2019est de me respecter, moi, et, par conséquent, de bien faire le travail pour lesquels je les paie.Vous portez le voile?Vous êtes bien bête, mais grand bien vous fasse quand même.De toute façon, je ne suis pas meilleur que vous parce que je porte la casquette.Claude Guay Sherbrooke, le 25 novembre 2016 Élections scolaires : deux tiers des Québécois sont pour leur abolition En juillet dernier, Léger Marketing a posé la question suivante à 1001 Québécoises et Québécois pour le compte de L\u2019actualité et de l\u2019Institut du Nouveau Monde, qui lançait jeudi dernier l\u2019édition 2017 de L\u2019état du Québec.On y lit la question suivante: Croyez-vous que les élections scolaires devraient être abolies ou maintenues?Voici la réponse des Québécois : \u2013 Maintenir les élections scolaires : 20 % \u2013 Abolir les élections scolaires : 46 % \u2013 Cela m\u2019indiffère : 19 % \u2013 NSP / refus : 15 % Le projet de loi 86, abandonné en cours de route, prévoyait précisément l\u2019abolition du suffrage universel au profit d\u2019une formule complexe de nomination des commissaires.Et parmi les 34 % de répondants qui ont dit avoir lu, vu ou entendu des informations sur ce projet de loi, 52 % se sont prononcés pour l\u2019abandon et 30 % pour leur maintien.Ce sondage ne dit rien du fondement des positions des répondants.Mais chose certaine, un gouvernement qui reprendrait l\u2019idée d\u2019abolir les élections scolaires ne créerait guère de remous : deux tiers des Québécois sont d\u2019accord ou indif fé- rents quant à la question ! Ce sondage confirme un sondage CROP mené sur le même sujet en avril 2015: 51% des Québécois s\u2019étaient déclarés d\u2019accord avec l\u2019abolition des élections scolaires contre 25% qui s\u2019y opposaient et autant qui ne se prononçaient pas.Jean-Pierre Proulx Journaliste et professeur retraité Montréal, le 23 novembre 2016 L\u2019 VAGUE D\u2019ARRÊTS DES PROCÉDURES Nonobstant Jordan ?ANTOINE ROBITAILLE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 N O V E M B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.G U Y R O C H E R Professeur émérite et ex-membre de la commission Parent ortir de la logique du quasi- marché en éducation.» Voilà une phrase clé de l\u2019important rapport que le Conseil supérieur de l\u2019éducation a récemment rendu public.Il s\u2019agit de son Rappor t sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation 2014-2016.Rappelons-le d\u2019abord : depuis sa création en 1964 \u2014 en même temps que le ministère de l\u2019Éducation \u2014 le Conseil supérieur de l\u2019éducation (CSE) a produit avec constance des av is et des rappor ts d\u2019une grande qualité, d\u2019une grande per tinence.Il faut seulement regretter qu\u2019il n\u2019ait pas été écouté et suivi comme il aurait dû l\u2019être par les gouvernements successifs.Le rapport que le CSE vient de remettre au ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport mérite toute notre attention, car il met crûment en lumière les dangereuses inégalités de notre système québécois d\u2019éducation.Prenant de l\u2019altitude, le CSE inscrit son rapport sous le thème général de la justice, et plus particulièrement de la justice scolaire.D\u2019entrée de jeu et d\u2019une manière qu\u2019on peut appeler savante, le CSE consacre 15 pages à nous rappeler «quelques conceptions de la justice» susceptibles de nous servir de phares dans l\u2019appréhension et l\u2019évaluation de l\u2019état concret et réel de notre système d\u2019éducation.En particulier, cette approche théorique permet au CSE de souligner « les limites de l\u2019égalité des chances mérito- cratiques comme principe de justice scolaire ».Or, c\u2019est précisément cette idéologie méritocra- tique qui inspire maintenant notre système d\u2019éducation, entraînant les inégalités que révèle le rapport et qu\u2019il nous appelle à corriger le plus rapidement possible.Les inégalités scolaires sont flagrantes.«L\u2019injustice faite aux enfants pauvres » titrait Le Devoir du 3 novembre 2016 en tête d\u2019un article de Robert Dutrisac présentant les grandes lignes du rapport.Une constatation parmi d\u2019autres me paraît particulièrement éloquente sur les iniquités de notre système d\u2019éducation.Toutes les écoles du Canada peuvent être distinguées selon qu\u2019elles sont « favorisées, moyennes, défavorisées ».Ce classement est basé sur l\u2019« indice de statut économique, social et culturel », l\u2019instrument présentement le plus scientifiquement valable pour situer chaque école dans l\u2019une de ces trois catégories.Clivage social Au Québec, on constate que «90% des élèves qui fréquentent une école privée sont dans un établissement favorisé », 10 % dans des écoles «moyennes» et aucun (0 %) dans une école défavorisée.Par contre, ce n\u2019est que 6 % des élèves des écoles publiques qui ont la chance de fréquenter une école favorisée, tandis que 73 % se retrouvent dans des écoles «moyennes » et 21 % dans des écoles défavorisées.Il s\u2019agit là d\u2019un clivage social énorme, d\u2019une injustice criante.Comparé à l\u2019ensemble du Canada, le Québec est à cet égard plus inégalitaire que toutes les autres provinces canadiennes.Depuis quelques décennies, nous sommes collectivement coupables d\u2019avoir gravement négligé nos écoles publiques, alors qu\u2019on leur fait confiance dans le reste du Canada.Les écoles «moyennes» et «défavorisées» sont fréquentées par des enfants vivant dans un milieu défavorisé.Comme le souligne le CSE en caractères gras : «Les élèves des milieux défavorisés sont ceux pour qui l\u2019enrichissement de l\u2019expérience scolaire a les effets les plus importants.» Pour tant, ce sont ces enfants pour qui les chances d\u2019accès à l\u2019ensemble du système d\u2019éducation sont les plus faibles.Ce n\u2019est là qu\u2019un premier constat des iniquités de notre système d\u2019éducation, le plus visible, celui de la qualité des écoles.Le CSE en a relevé plusieurs autres plus subtils, plus inquiétants encore, pour lesquels il cherche à proposer des solutions.Car il y a des solutions, encore faut-il les vouloir et les appliquer.Voyons ce qu\u2019il en est.Au cours des dernières décennies, nous avons assisté, insiste le CSE, à « l\u2019essor d\u2019une école à plusieurs vitesses [\u2026] un système où les enfants n\u2019ont pas tous droit au même traitement ni à la même qualité ».Ou, dit plus concrètement, nous avons maintenant un système d\u2019éducation à trois vitesses : l\u2019école privée, les formations particulières dans les écoles publiques, les classes qui restent dans les écoles publiques pour les élèves qui n\u2019ont pu profiter de l\u2019une des deux premières vitesses.Il en résulte que nos classes sont devenues « homogènes » : les bons sont ensemble, les moins bons restent ensemble.Effet d\u2019entraînement Or, nous engageant dans cette voie, nous sommes allés à l\u2019encontre des conclusions de toutes les études les plus scientifiquement rigoureuses.Celles-ci ont régulièrement démontré depuis plusieurs années les effets positifs des classes hétérogènes, de la « mixité » scolaire et sociale des classes, où les bons et les moins bons se côtoient.Une classe n\u2019est pas animée que par l\u2019enseignant ; la composition du groupe d\u2019élèves y fait beaucoup.Dans une classe mixte, la preuve en a été abondamment faite, les meilleurs élèves créent un ef fet d\u2019entraînement, dont profitent les élèves moins bons et les élèves en dif ficulté d\u2019apprentissage.Et cela, il faut l\u2019ajouter, sans nivellement par le bas et sans que ce soit au détriment des meilleurs, contrairement au préjugé courant.Sans parler de l\u2019apprentissage social que représente la mixité scolaire.Cette constatation amène le CSE à proposer deux recommandations quasi révolutionnaires.Il propose d\u2019abord que l\u2019accès aux écoles privées et aux programmes par ticuliers ne se fasse plus sur la base des notes ou de la capacité des parents à payer, mais qu\u2019il soit idéalement ouver t à tous les élèves, ou à tout le moins qu\u2019il le soit « sur la base de l\u2019évaluation des besoins et des intérêts » de chaque élève.S\u2019agit-il ici, peut-être, d\u2019une proposition plus « pédagogique » que celle de réduire les subventions aux institutions privées?En second lieu, le CSE recommande que « le financement des écoles privées et des programmes particuliers devrait être associé à un degré de mixité sociale qui reflète les particularités des milieux».Quel gouvernement, quel courageux ministre de l\u2019Éducation mettront ces recommandations en pratique ?Où est-il, le ministre de l\u2019Éducation qui touchera de cette manière au financement public des écoles privées ?D\u2019autant que la réalisation concrète de cette recommandation ne sera pas simple : les écoles privées se retrouvent surtout dans des quartiers favorisés, ce qui voudrait donc dire y faire venir des élèves de quartiers défavorisés.Que diront les parents ?Le CSE va encore plus en profondeur dans son analyse critique des inégalités.Invoquant des études de chercheurs, il constate qu\u2019« on cherche à transformer les enfants au lieu de leur offrir un milieu où ils pourront se former».C\u2019est ce que le CSE appelle « la logique de la déficience », qui consiste à imputer à l\u2019individu, à l\u2019élève, ses échecs scolaires, en les attribuant à ses déficiences personnelles plutôt qu\u2019au système.Le CSE est très clair : «Il faut rappeler, dit- il, qu\u2019il se révèle plus efficace de favoriser la mixité dans toutes les classes que de chercher à atténuer les effets de la ségrégation dans celles qui regroupent les élèves les plus à risque.» Et poursuivant sur cette lancée, le CSE ajoute encore, s\u2019il faut être plus explicite : «Beaucoup de mesures cherchent à mieux préparer l\u2019enfant à l\u2019école, mais il serait tout aussi essentiel que l\u2019école cherche comment mieux accueillir tous les enfants.La vision traditionnelle de l\u2019enseignement, le climat scolaire concurrentiel et la culture d\u2019évaluation sont des freins à cet objectif.» Par ces quelques mots, par cette critique fondamentale de l\u2019orientation actuelle de notre système d\u2019éducation, le CSE nous oblige à ouvrir un vaste chantier de réflexion sur la pédagogie actuelle, et celle qui serait souhaitable.Système méritocratique D\u2019une manière plus précise, le CSE critique une pédagogie qui «privilégie l\u2019écrit dans un espace-temps rigide », que ce soit pour répondre aux exigences dominatrices du programme ou pour réussir dans les trop nombreux examens imposés par le ministère.Cette conception de l\u2019enseignement et de l\u2019évaluation des élèves favorise les meilleurs, les plus scolaires, les plus rapides, aux dépens des autres.Et « les autres » précisément, ceux qui ont par exemple des aptitudes et des goûts plus manuels, ils sont de plus en plus défavorisés.En ef fet, au niveau secondaire, la formation professionnelle ne fait plus partie du Régime pédagogique depuis 2000.Elle se retrouve maintenant dans des « centres de formation professionnelle » distincts de l\u2019école secondaire, et ne s\u2019y trouve souvent même plus physiquement.Pour l\u2019élève qui est plus actif ou manuel que livresque \u2014 et ils sont nombreux \u2014, la formation professionnelle est devenue « un véritable parcours du combattant », conclut le CSE.C\u2019est la fin de la véritable polyvalence, c\u2019est un grand pas en arrière d\u2019au moins 50 ans.Le refuge que trouve un nombre croissant de jeunes que le système défavorise se retrouve avec bonheur dans l\u2019éducation des adultes, où ils peuvent passer les examens quand ils sont prêts, non quand le Régime l\u2019impose à tous également, comme c\u2019est aussi le cas dans les écoles alternatives.Ce qui amène le CSE à nous rappeler une vérité fondamentale de l\u2019éducation, une vérité élémentaire, aujourd\u2019hui trop méconnue, à savoir qu\u2019il faut «reconnaître la diversité des personnes et valoriser dif férents types de parcours ».Cela, pour sortir d\u2019un système trop méritocratique, devenu sélectif par le haut, à tendance élitiste et standardisé à l\u2019excès.Point de rupture Le CSE propose encore plusieurs autres mesures pour rétablir plus de justice, que ce soit pour la petite enfance, l\u2019éducation des adultes, la gratuité, le niveau postsecondaire, la préparation des enseignants.Bref, dans son Rapport 2014-2016, le CSE nous presse d\u2019engager une réforme en profondeur, en vue d\u2019un système d\u2019éducation plus équilibré, plus équitable, donc en vue de plus de justice distributive.Une réforme qui devrait débuter maintenant, pour s\u2019étaler sur plusieurs années.Le CSE est-il trop critique ?En demande-t-il trop?Je ne le crois pas, au contraire, des enseignants se sont déjà engagés sur cette voie, et d\u2019autres attendent qu\u2019on les y invite.De toute façon, par définition, un virage pédagogique ne se fait pas sans les enseignants, encore moins contre eux.Il faut plutôt qu\u2019ils soient associés à sa conception comme à sa réalisation.Ce sont plutôt des valeurs d\u2019équité et de justice auxquelles il faut revenir, pour contrer un climat généralisé dans la société d\u2019aujourd\u2019hui de mar- chandisation et de consommation de l\u2019éducation, comme tout le reste.Y arriverons-nous?Le CSE fait une observation d\u2019une pertinence presque cruelle: «L\u2019équité ne s\u2019impose pas naturellement (au contraire), les groupes privilégiés cherchent à maintenir leurs avantages.» La reproduction des inégalités par l\u2019éducation, autrefois condamnée, a la vie dure.Le cercle vicieux se referme sur lui-même.Ceux et celles qui devraient entreprendre les réformes nécessaires sont ceux et celles qui ont été favorisés par le système, qui le sont présentement ou qui veulent que leurs enfants en profitent à leur tour.Il faut pourtant prendre au sérieux l\u2019inquiétude du CSE, qui considère que maintenir le statu quo, c\u2019est risquer que le système atteigne «un point de rupture», qu\u2019il recule au détriment du Québec de demain.Il faudrait donc que de nombreux enseignants et beaucoup de parents aient en main cet important Rapport 2015-2016 du Conseil supérieur de l\u2019éducation.Une profonde réforme s\u2019impose en éducation Nous sommes collectivement coupables d\u2019avoir gravement négligé nos écoles publiques RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Au Québec, on constate que « 90 % des élèves qui fréquentent une école privée sont dans un établissement favorisé », 10 % dans des écoles « moyennes » et aucun (0 %) dans une école défavorisée.S « JACQUES GRENIER LE DEVOIR Guy Rocher est un ancien membre de la commission Parent, chargée d\u2019analyser le système d\u2019éducation au Québec dans les années 1960.Le Conseil supérieur de l\u2019éducation nous a rappelé une vérité fondamentale de l\u2019éducation, une vérité élémentaire, aujourd\u2019hui trop méconnue, à savoir qu\u2019il faut reconnaître la diversité des personnes et valoriser différents types de parcours Guy Rocher « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 N O V E M B R E 2 0 1 6 PHILOSOPHIE B 6 Dans la rubrique Le Devoir de philo, nous publions annuellement un extrait du texte gagnant du concours Philosopher qui se tient dans le réseau collégial.A L E X A N D R E T A R I Collège Jean-de-Brébeuf E mmanuel Levinas (1906-1995), après avoir parcour u presque tout le XXe siècle, note avec sagesse dans Éthique et infini que « toute pensée philosophique repose sur des intuitions pré-philosophiques » (Éthique et infini, p.14).Celle dont nous voulons traiter ici, poignante, nous fait régulièrement sentir que «quelque chose cloche» dans le discours du capitalisme, justifiant de facto ses logiques, son mode d\u2019action sociale et la « réalité» qui en découle.Trois fois rien, mais des distorsions s\u2019accumulent et nous déconcertent dans cet ensemble idéologique défendant, par exemple, la hausse illimitée du niveau de vie, l\u2019impératif de croissance à tout prix, voire la notion même de «capital humain».Or, comment articuler philosophiquement cet inconfort grandissant alors que le capitalisme demeure si désarmant, englobant, nous invitant à croire en sa nécessité inéluctable?Comment qualifier le capitalisme?L\u2019existence et les buts de l\u2019humanité sont-ils véritablement réductibles à ce qu\u2019il nous propose?Généralement, les définitions du capitalisme admettent trois dénominateurs communs : la propriété privée des moyens de production, le libre marché et la compétition entre acteurs économiques.Pour les économistes classiques, ce sont en effet ces trois éléments qui, mis en interaction, permettent l\u2019allocation la plus efficace des ressources, l\u2019innovation, la maximisation de la production et donc, en bout de course, le progrès des sociétés.Il apparaît cependant que ces dynamiques ne peuvent être mises en branle sans un élément central, étant au capitalisme ce que l\u2019essence est au moteur : la course au profit.La théorie de la rationalité instrumentale, développée par Thomas Hobbes (1588-1679), expliquant que l\u2019humain est un être cherchant fondamentalement son propre intérêt, la philosophie capitaliste soutient qu\u2019il faut justement permettre à chacun de le faire librement.C\u2019est en effet seulement ainsi, par le biais de ce que ses premiers promoteurs appellent l\u2019harmonie naturelle des intérêts, que la société entière pourrait prospérer.L\u2019être humain ayant besoin d\u2019incitatifs pour accomplir quoi que ce soit, le capitalisme érige le profit individuel comme incitation cardinale, universelle, et organise en conséquence la société entière autour de celui-ci.Le profit, servant essentiellement à rémunérer le capital, devient ainsi à la fois sa clef de voûte et, simultanément, un véritable vecteur d\u2019innovation, de développement et de productivité.Certains cependant, pour contrer toute critique du capitalisme, iront plus loin et affirmeront que ce dernier est le système de production « naturel », voire inné, des sociétés.Cette thèse est réfutée par nombre d\u2019intellectuels, dont Karl Pola- nyi (1886-1964).En effet, celui-ci indique, dans La grande transformation, que, si des marchés et le négoce existaient déjà avant l\u2019ère industrielle, l\u2019existence d\u2019un marché unique, coordonné et autorégulateur, de même que le critère du profit comme mobile des échanges commerciaux, est loin d\u2019être une constante historique.Polanyi rappelle que l\u2019économie était auparavant « encastrée » dans les relations sociales, limitant par le fait même l\u2019expansion de ses logiques.La contribution de Max Weber (1864- 1920) permet ainsi de situer précisément la cause de ce « désencastre- ment » dans l\u2019éthique protestante du travail, la première à justifier, de manière théologique et morale, l\u2019idée du « travail pour le travail », l\u2019ardeur au travail étant définie comme la confirmation du salut personnel.Pour Weber, en rendant caducs les schèmes sociaux et théologiques antérieurs où la poursuite du profit était contraire aux idéaux de salut et de charité, l\u2019éthique protestante favorisa le grand déploiement des logiques utilitaristes et instrumentales.Bref, l\u2019idée selon laquelle le capitalisme est « naturel » ne serait, avant tout, qu\u2019une construction sociohistorique.Idée irrésistible Malgré tout, avec le temps, devant l\u2019efficacité réelle du marché et de la course au profit pour améliorer les conditions matérielles de tous, la tentation de les laisser s\u2019implanter dans un nombre croissant de sphères est devenue irrésistible.Aujourd\u2019hui, en ef fet, il nous est presque impossible d\u2019empêcher l\u2019expansion tous azimuts des logiques du marché, que ce soit dans la culture, l \u2019éducation ou la recherche, lesquelles deviennent conséquemment de plus en plus centrées sur la rentabilité.Or, cela est-il sans problème ?Y perdrions-nous au passage une dimension essentielle de notre existence et de notre travail productif ?D\u2019entrée de jeu, que cette expansion paraisse de prime abord acceptable implique qu\u2019il y ait eu modification importante de notre conception de l\u2019activité humaine, laquelle ne devient plus qu\u2019un simple instrument générateur de profit.Comment en effet s\u2019indigner devant les impératifs de rentabilité imposés, par exemple, aux artistes et aux chercheurs si la valeur que nous dérivons de leur production demeure strictement quantitative ?Attardons-nous aux remarques de Claude Lévi-Strauss (1908-2009).Celui-ci souligne en effet comment, dans d\u2019autres sociétés, « le travail ne ser t pas uniquement à faire un profit [\u2026], mais aussi à acquérir du prestige et à contribuer au bien de la communauté» (L\u2019anthropologie face aux problèmes du monde moderne, p.76).L\u2019anthropologue ajoute que le travail revêt ainsi une fonction technique, culturelle, sociale et même religieuse, avant même d\u2019être économique.Or, sous les objectifs de rentabilité, les satisfactions et significations que nous procure ce type de travail sont de plus en plus absentes, voire annihilées.De manière à pallier ces manques, l\u2019industrie culturelle capitaliste offre de lier ces grands absents à de simples objets de consommation, permettant aux consommateurs d\u2019en « faire l\u2019expérience » par l\u2019entremise du consumérisme.Un exemple à la fois simple et révélateur serait le slogan de Coca- Cola : «Open Happiness.» Or, par cette boucle \u2014 les producteurs consomment leur propre production tout en générant un profit retournant au capital \u2014, non seulement le capitalisme s\u2019autoalimente très ef ficacement, mais avec le temps il transforme profondément la société, phagocytant les autres dimensions de l\u2019existence et déguisant le monde vécu lui-même en marchandise.Parallèlement, l\u2019impératif de rentabilité provoque l\u2019intégration par le marché \u2014 ou l\u2019exclusion progressive \u2014 des activités ou productions dont le rôle, la raison d\u2019être, ne sont justement pas réductibles à leurs fonctions instrumentales.Au Québec, le rappor t De- mers (2013) qui propose de rendre optionnel le cours de philosophie au collégial (si dérangeant !), le Japon qui supprime progressivement ses facultés de sciences humaines, un bref survol de l\u2019univers culturel, maintenant à vocation commerciale et diver tissante, en sont des exemples éclatants.Or, accorder, par une logique d\u2019auto-renforcement, une place de plus en plus grande à cette rationalité instrumentale et technique conduit, selon Bernard Stiegler, « à l\u2019absorption de toute la sphère de l\u2019otium dans celle du negotium » (« La crise à rebonds du capitalisme », Le Nouvel Observateur, 2007).L\u2019otium étant la sphère du temps libre, des valeurs, de l\u2019incalculable, et le ne- gotium celle de la subsistance, de l\u2019utilitarisme, du calcul, l\u2019action véritable du capitalisme serait de nous faire percevoir les choses par la seule perspective du négoce.Ne pouvant alors évoluer au sein du capitalisme qu\u2019en endossant, de gré ou de force, cette vision étroite des choses, laquelle ne nous concède qu\u2019un accès de plus en plus restreint à l\u2019otium, le capitalisme révèle ici l\u2019ampleur de son hégémonie sur la condition humaine.Quelles seraient, en définitive, les conséquences de cela ?Poussant l\u2019analyse critique un peu plus loin, nous soutenons que les deux phénomènes rapidement décrits, soit l\u2019avènement d\u2019une société d\u2019hyperconsommation et l\u2019hégémonie grandissante du nego- tium, eux-mêmes produits du sys- tème-monde capitaliste, semblent être les causes structurelles profondes de ce qui peut être décrit comme un aplatissement et un rétrécissement de nos vies, et ce, selon au moins trois volets.D\u2019abord, rétrécissement de nos horizons sociaux : en accordant une place de plus en plus grande au marché, l\u2019être humain doit apprendre, selon Pierre Dardot, à se considérer «comme une entreprise en concurrence avec les autres», placée dans des «situations de concurrence et [d\u2019]évaluation de la performance» («Construire des institutions qui libèrent», revue Liberté, printemps 2016).Pensons à la fameuse cote R au collégial ou, inversement, au Je ne suis pas une PME de l\u2019essayiste Normand Baillargeon.Malgré nos tentatives de protéger l\u2019être du régime de l\u2019avoir, sans surprise, nos liens et solidarités éclatent.Il y a glissement du sain processus d\u2019individuation, au cœur du projet humaniste, à l\u2019émergence d\u2019un individualisme égoïste.Atomisés, concentrés sur notre propre foyer, nous nous retirons des questions et espaces publics, et ce, au moment même où, en pleine crise écologique, nous n\u2019avons jamais eu autant besoin de les investir.Fini la quête du triple idéal platonicien et de la paix universelle des Lumières.Que des cultures et même des espèces disparaissent en masse est sans im- por tance\u2026 Ce qui impor te désormais est d\u2019avoir un bon emploi, le plus de plaisirs possible, le moins de tracas possible et un dividende maximisé pour les actionnaires.Comme le souligne André Comte-Sponville, le capitalisme «n\u2019a pas besoin de sens pour fonctionner.Mais les individus, si.Mais les civilisations, si ».Pourtant, comment traite-t-on collectivement la question du sens aujourd\u2019hui ?Elle est d\u2019emblée évacuée, dénigrée ou même niée \u2014 « pelleteux de nuages » ! Les expériences existentielles prennent même le nom de « crises », tant elles menacent notre capacité à jouer un rôle social productif souvent prédéterminé.C\u2019est justement parce qu\u2019il occulte la question du sens, fondamentale à l\u2019expérience humaine, que le capitalisme, « quasi-monopole idéologique », est un obscurantisme.Notre intuition critique de départ ouvre ainsi l\u2019espace à une autre exploration de la condition humaine.Car ce que démontre notre brève analyse est qu\u2019il y a ef fectivement autre chose que le capitalisme \u2014 au départ un simple système économique \u2014 parvient à obscurcir.En dernière analyse, l\u2019existence ne se réduit pas à ses fonctions utilitaires.Au contraire, nous jugeons que le fait de penser ainsi est symptomatique de cet obscurcissement aux graves conséquences.Si, au cours des derniers siècles, le capitalisme a ef fectivement permis un incroyable progrès technique et matériel, la saturation de ses logiques est à présent délétère et humanicide, nous appelant plus que jamais à leur dépassement.Celui- ci, pour être bien compris, devrait surmonter non seulement les logiques économiques actuelles, mais aussi l\u2019ensemble des structures idéologiques et symboliques qui les sous-tendent.C\u2019est la découverte en nous-mêmes de sa perspective qui nous permet de percer une brèche dans ce nouveau totalitarisme et, ainsi, de réinvestir des mondes oubliés, voire à venir ! Décolonisons notre esprit et recommençons à aimer, à rêver, à philosopher, parce que même un palais est sans cela cruellement insipide\u2026 Surtout lorsqu\u2019on en connaît le prix.?Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo DEVOIR DE PHILO Le capitalisme : déconstruire son emprise pour reconstruire le sens L\u2019idée selon laquelle le capitalisme est « naturel » procède avant tout d\u2019une construction sociohistorique TIFFET Ce qui importe désormais est d\u2019avoir un bon emploi, le plus de plaisirs possible, le moins de tracas possible et un dividende maximisé pour les actionnaires Comme le souligne André Comte- Sponville, le capitalisme « n\u2019a pas besoin de sens pour fonctionner.Mais les individus, si.Mais les civilisations, si » BRACHA L.ETTINGER / CC Emmanuel Levinas (1906-1995), après avoir parcouru presque tout le XXe siècle, note avec sagesse dans Éthique et infini que « toute pensée philosophique repose sur des intuitions pré-philosophiques ».DOMAINE PUBLIC Pour Max Weber (1864-1920), en rendant caducs les schèmes sociaux et théologiques antérieurs où la poursuite du profit était contraire aux idéaux de salut et de charité, l\u2019éthique protestante favorisa le grand déploiement des logiques utilitaristes et instrumentales."]
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