Le devoir, 3 décembre 2016, Cahier E
[" Cultiver le goût du risque façon Salomé Corbo Page E 3 La fête mélancolique et groovy d\u2019Andy Shauf Page E 5 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 La Biennale de Montréal 19.10.16 \u2014 15.01.17 Le Grand Balcon P h o t o : S h a n n o n B o o l P h o t o : N j i d e k a A k u n y i l y C r o s b y [\u2026] une programma tion éclectique, à l\u2019image de la création actue lle, prête à chambouler les idées.\u2013 Le Devoir Au Musée d\u2019art contemporain de Montréal et dans d\u2019autres lieux bnlmtl2016.org S T É P H A N E B A I L L A R G E O N I l est 15 h et l\u2019émission Les poids lourds du retour commence à CKOI, le 96,9 de la bande FM du Grand Montréal.La table sur piston des trois animateurs a été un peu remontée pour permettre à Philo Lirette de parler debout.Peter MacLeod et Kim Rusk restent assis.La première intervention de l\u2019animatrice rappelle le retour du scorbut en Australie.Une caméra placée au-dessus d\u2019elle, dans un coin du studio, près de puissants projecteurs, capte son intervention en gros plan.Un écran dans le studio montre que, quand l\u2019équipe échange, les plans et le montage se dynamisent.On se croirait à la télé.Pourtant, il n\u2019y a aucun technicien, ni pour saisir les images ni pour les agencer.Le flux vidéo peut même être enrichi de données graphiques (titre de la chanson, liste de diffusion musicale, météo, etc.).L\u2019équipement de la compagnie française Multicam Radio, unique en Amérique du Nord, est utilisé sur une base expérimentale depuis quelques semaines.On peut voir les tests sur la page Facebook de la chaîne.Le lancement officiel de la belle machine se fera lundi, avec une performance live en studio disponible à ckoi.com, sur Facebook et sur YouTube.« CKOI travaille depuis un an et demi le côté vidéo de la station, explique Jean-Sébas- tien Lemire, directeur de la programmation de la station du groupe Cogeco.On le faisait de façon très manuelle, avec des webcams, comme bien d\u2019autres médias.Je suis allé en Europe l\u2019an passé et j\u2019ai décou- ver t des émissions tournées avec ce genre d\u2019équipement très performant.» On n\u2019arrête pas le progrès.Il faut quand même parfois lui donner un petit coup de pouce pour le mettre en branle.Le directeur Lemire a convaincu ses propres patrons.Il a fallu acheter tout l\u2019équipement et refaire une partie des caissons du studio.Si le passage à la radio multimédia s\u2019avère concluant (pourquoi ne le serait-il pas?), les trois autres studios de Cogeco à Montréal et ceux en région pourraient s\u2019équiper à leur tour.«On va y aller de manière progressive, selon la volonté de la population, annonce le porteur du projet.Il faut aussi protéger l\u2019ADN de la radio.La radio, c\u2019est un produit d\u2019accompagnement.On l\u2019écoute en faisant autre chose.Notre but n\u2019est donc pas de transformer une émission de télé en émission de radio.On peut quand même offrir plus.On peut permettre aux gens de voir ce qui se passe dans le studio de la radio, un lieu intime.On y arrive avec cet équipement simple, léger et pratique qui ne reproduit pas la lourde logistique d\u2019un studio de télé.Bref, c\u2019est un hybride médiatique, pas trop intrusif mais efficace.» Un CCM Dans le bureau du patron, à la permanence de Cogeco, Place Bonaventure, une grande fenêtre permet d\u2019épier le studio, où se poursuit l\u2019émission des Poids lourds du retour.Peter McLeod vient de se gratter la bedaine en se passant une main sous le pull-over.La caméra a peut-être tout vu.« On veut un CCM », lance à la blague Kim Rusk au moment de la visite du studio.Le CCM, dans le jargon de la télé, désigne le trio du look (coiffure, costume maquillage).« Être filmé, ça change un peu notre façon de faire, précise ensuite l\u2019ancienne gagnante et animatrice de l\u2019émission de téléréalité Loft Story.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les poids lourds du retour, à CKOI, expérimentent l\u2019équipement de la compagnie française Multicam Radio, unique en Amérique du Nord.VALERY HACHE AGENCE FRANCE-PRESSE Les réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne à Cannes, ce printemps, pour La fille inconnue.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L es frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, depuis presque trente ans qu\u2019ils se sont conjointement mis à la réalisation, sont demeurés fidèles à un cinéma à forte connotation sociale.Rigoureuse et épurée, leur démarche met l\u2019accent sur des sujets importants traités par des histoires simples qui arrivent à des gens simples.À des enjeux graves comme le chômage, l\u2019aliénation, l\u2019immigration ou encore l\u2019indigence, ils opposent, sans compromettre la vraisemblance, une certaine lumière, quoique cela ne soit pas toujours possible.Sans doute ce besoin d\u2019espoir, même chiche, explique-t-il leur propension à mettre l\u2019accent sur des jeunes gens en tant que protagonistes.C\u2019est encore le cas de leur plus récente héroïne dans La fille inconnue, une médecin vingtenaire rongée par la culpabilité.«Ça faisait longtemps que nous voulions développer un personnage de médecin, révèle Jean-Pierre Dardenne.Dans une version préliminaire du scénario de notre film Le fils [2002], par exemple, le personnage du père n\u2019était pas menuisier, mais médecin.Puis nous avons jugé que ça devenait trop lourd dans ce contexte précis et on y a renoncé.» Des années plus tard, le personnage de Jenny s\u2019est finalement imposé.«Nous avons procédé à des repérages à Seraing, près de Liège, où l\u2019on a tourné la plupart de nos films, enchaîne Luc Dar- denne.On a trouvé cette clinique sise près d\u2019un échangeur et donnant sur les berges de la Meuse.Nous avons su que ce serait notre décor.» Ne manquait plus à Jenny qu\u2019une histoire.Une vie perdue Lors d\u2019une des premières scènes, on voit Jenny tancer un stagiaire qui a figé devant un enfant en crise d\u2019épilepsie.«En tant que médecin, pour poser un bon diagnostic, on doit être plus fort que nos émotions», lui dit-elle.C\u2019est vrai, et ce ne l\u2019est pas, comme Jenny le comprendra au terme de ses tribulations.Lesquelles débutent lorsque la police découvre Les Dardenne face à la bonté du monde Le duo fraternel parle médecine et solidarité sociale au cœur de La fille inconnue VOIR PAGE E 9 : DARDENNE VOIR PAGE E 4 : RADIO Je l\u2019ai vu à la La diffusion vidéo arrive dans les studios.Anticipation sur une petite révolution.radio CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 2 © G r a c i e u s e t é 1395, boul.de la Concorde Ouest www.maisondesarts.laval.ca MAISON DES ARTS DE LAVAL Maison des arts de Laval Métro Montmorency RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX 450 662-4440 BILLETTERIE 450 667-2040 10 DÉC à 15 h LA RECETTE DE BAKLAWAS Centre des auteurs dramatiques TEXTE Pascale Ra?e INTERPRÈTES Sounia Balha, Talia Hallmona, Natalie Tannous, Mireille Tawifk, Leïla Thibeault-Louchem Théâtre Dégustation de baklawas avec l\u2019auteure après la lecture.P ar fois, on cour t entendre un ar t iste, par-delà la quête des sources de ses œuvres, pour se coller à sa vision du monde, à ses prémonitions, à ses partis pris, à ses aveuglements, même.Ainsi, j\u2019ai suivi cette semaine en rencontre de presse Wim Delvoye, trois pas derrière, attrapant des phrases jetées en vrac à nos pieds.Celle-ci par exemple, à l\u2019intention de la critique, bien tournée, comme ses bronzes: «Il y a des oiseaux qui chantent et des ornithologues qui ne savent pas chanter.» Il parla d\u2019abondance au milieu des pièces de son exposition, en selle jusqu\u2019au 19 mars dans les locaux de DHC/Art dans le Vieux-Montréal.La visite devait se dérouler en anglais, langue que ce Flamand maîtrise mieux, mais nul n\u2019est Belge sans connaître peu ou prou le français des Wallons, l\u2019autre solitude du pays.Il s\u2019adapte à la clientèle.Et voilà ! Au nom de Wim Delvoye est collée l\u2019étiquette « Attention ! Artiste subversif ! ».Sauf que les étiquettes sont faites pour être arrachées, surtout quand un créateur regarde, une fois celles-ci finies, ses œuvres prendre le large, après avoir pris soin de bien couper le cordon.« L\u2019objet est une relique, dit-il.L\u2019évolution est plus intéressante que lui.C\u2019est le scénario à construire qui m\u2019intéresse.» Et de nous faire faire la tournée des reliques semées sur sa route.Du lard ou du cochon Celui qui avait fait frémir les bonnes gens en accompagnant à la Galerie de l\u2019UQAM, en 2009, son expo Cloaca no 5 sur une étonnante machine à défécation, titre antidote au parfum de Chanel, paraît soudain plus sage.Ce qui choqua hier soulève à peine un sourcil étonné au- jourd\u2019hui.Ainsi, ses peaux de cochon tatouées eurent beau soulever les hurlements des défenseurs des animaux au cours des années 1990\u2026 les voilà résumées soudain à des œuvres d\u2019art en évolution, au dépar t maladroites sous le dermographe de l\u2019apprenti tatoueur, puis sur motifs complexes, orientaux, chantournés, superbes.De leur vivant, comprend- on, ils étaient plutôt choyés, ces cochons-là, anesthésiés lors de l\u2019opération tatouage, trimbalés à travers le monde, dorlotés à Milan, en Chine, dans leur ferme d\u2019élevage et sur tous les podiums, enduits d\u2019huile solaire pour protéger leur peau ornée des méfaits du soleil, jamais transformés en jambons, empaillés après leur mort.De vrais pharaons.Un jour, se sentant devenir trop populaire avec sa formule, l\u2019ar tiste multidisciplinaire est par ti se réinventer ailleurs.Adieu veaux, vaches, cochons\u2026 Wim Delvoye a l \u2019 impression qu\u2019il continuera à exister par porcs interposés pour la mythologie urbaine ou r u- rale.« Ils vont parler du type qu i ta toua i t l e s co chons .Quand j\u2019étais enfant, en Flandre, quelqu\u2019un a vomi dans la rue.Et les gens ont dit : c\u2019est un Picasso.» Ainsi passe et repasse la gloire du monde\u2026 La dentelle de Delft et de Bruges réinventée Sinon, les œuvres de Wim Delvoye frappent surtout par leur beauté et leur déférence envers un passé qu\u2019il tord et maltraite, en laissant ses symboles étrangement purifiés.Dans ces crucifix tortillés, le visage du Christ étiré gagne une noblesse nouvelle et émaciée, comme dans les tableaux d\u2019El Greco.Scandaleux pour un croyant ?Même pas, je présume.Objets de collection plutôt, ornements des statuaires.Le laser, les machines à souder, les technologies 3D se greffent aux techniques d\u2019antan.« L\u2019électricité et le crucifix s\u2019y rencontrent.» Se profilent devant nos yeux des espèces de cathédrales de dentelles étirées et tordues, une coque en métal twisté évoquant, semble-t-il, le carrosse de Cendrillon, des pneus enroulés en signe d\u2019éternité, d\u2019autres sculptés de motifs gothiques et byzantins.Delvoye se déclare fin de siècle, décadent, allergique à la nostalgie, mais perfectionniste.La poésie du quotidien l\u2019inspire, comme celle des camionneurs qui décorent leur véhicule.Mais la carrosserie de la voiture sport italienne, clou de l\u2019expo (une Maserati 1961), est si délicatement gravée d\u2019entrelacs islamiques que la sophistication prend le dessus.Son œuvre rend hommage au travail minutieux des anciens artisans qui peaufinaient l\u2019objet jusqu\u2019à la perfection, en un temps d\u2019avant la course contre la montre, quand passer sa vie à sculpter quelques gargouilles de cathédrale ne paraissait absurde à personne.Il af fiche des affinités avec Magritte, son illustre compatriote du passé.La dentelle de ses œuvres rappelle le fin travail au fuseau qui fit la gloire de Bruges.Qu\u2019il le veuille ou non, il est Belge au cube, tout en donnant un coup dans le tas de pierres de sa patrie.La vieille Europe Wim Delvoye n\u2019est pas le seul artiste européen à protester contre son pays et son continent.Lui ne met pas de gants : « L\u2019Europe, c\u2019est vieux, c\u2019est con, c\u2019est chiant, c\u2019est fini, c\u2019est odieux, lance-t-il à la ronde.Ceux qui gèrent le projet européen sont plus fanatiques que les mollahs.Tout le monde a peur à Bruxelles.Quand il est 2 heures à Montréal, il est 1937 en Europe.» Les États-Unis le rebutent de concer t.Il les trouve arrogants et agressifs , avec leurs velléités de dominer la planète.Il préfère le Canada, particulièrement le côté trash de Montréal, sur tout la Chine, et même l\u2019Iran.Téhéran lui a consacré une grande exposition au début de l\u2019année.Il s\u2019y est senti accueilli comme un prince.On lui objecte que tout n\u2019est pas rose au pays des ayatollahs, mais i l fait la sourde oreille, précise que l\u2019Iran prend tous les blâmes, alors que l\u2019Arabie saoudite et le Bahreïn, pays de pétrole, s\u2019en tirent à bon compte.Il a raison là-dessus.Wim Delvoye regarde l\u2019Occident s\u2019écrouler et d\u2019autres régimes, au- jourd\u2019hui honnis, mettre le cap sur l\u2019avenir.L\u2019axe du monde est en train de basculer.Bien des artistes le perçoivent depuis longtemps en éclaireurs.« Il faut s\u2019adapter, clame celui-ci.Ne pas sombrer dans la nostalgie.On assiste au début de quelque chose.Voyez ! » On voit, on voit.Ça donne le vertige, mêlé au ravissement de trouver dans le pont de ses œuvres un havre aussi.otremblay@ledevoir.com Le dentellier du nouveau millénaire du 24 janvier au 18 février 2017 avec Marc Beaupré Stéphane Crête Maude Guérin Emmanuelle Lussier-Martinez Joanie Martel Monique Miller Gilles Renaud une coproduction ESPACE GO + L\u2019ACTIVITÉ texte et mise en scène Olivier Choinière PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO | BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM ODILE TREMBLAY AVEC LA PERMISSION DE L\u2019ARTISTE ET DE LA GALERIE PERROTIN Wim Delvoye, Car Tyre, 2011.Pneu sculpté à la main. T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 3 M A R I E L A B R E C Q U E S alomé Corbo pratique l\u2019improvisation théâtrale sur une base hebdomadaire depuis une vingtaine d\u2019années.Et tous les jours elle réfléchit à son art.« Je dois énormément à l\u2019impro.Elle me permet de garder en vie l\u2019auteure, la metteure en scène et l\u2019interprète en moi.Il y a juste en improvisation que la convention me permet de jouer un enfant ou une vieille dame.J\u2019aime ça aussi parce que ça m\u2019a donné des familles de travail.C\u2019est un liant social, qui crée des rapports humains très forts, très proches.Mes trois enfants sont issus d\u2019unions avec des improvisateurs!» (rires) Inutile de dire que celle qui participe à plus d\u2019une ligue est ravie de la récente reconnaissance, par l\u2019Assemblée nationale, de l\u2019improvisation théâtrale comme discipline à part entière.«C\u2019est un art.Et ce ne sont pas tous les comédiens, même les très grands, qui sont capables de le pratiquer.» Et inversement.L\u2019impro requiert une prise de risque et l\u2019acceptation qu\u2019on puisse «se planter» sur scène.«Il faut admettre que c\u2019est un art qu\u2019on ne contrôle pas, parce qu\u2019il y a trop d\u2019éléments extérieurs.Il y a notre partenaire, le public qui ne rit pas, ou qui rit beaucoup alors que ce n\u2019était pas du tout notre intention\u2026 Cela prend une grande part d\u2019abandon pour être un bon improvisateur, et une capacité d\u2019écoute.» Ce ne sont certes pas tous les artistes qui oseraient se mesurer au défi de La LNI s\u2019attaque aux classiques.Cette formule originale, à la fois instructive et ludique, lancée avec succès il y a un an, revient avec de nouveaux thèmes pour 11 représentations, chacune dédiée à un dramaturge différent.La deuxième édition reprend le même procédé : sous la gouverne du directeur artistique de la LNI, François-Étienne Paré, et d\u2019Alexandre Cadieux, critique du Devoir et maître ès improvisations, trois improvisateurs (Corbo, Réal Bossé et Florence Long- pré) dissèquent pendant une heure, à travers des exercices, les traits particuliers et l\u2019univers d\u2019un auteur.Une préparation qui permet de développer un langage commun chez les acteurs et le public.« Ensuite, lorsqu\u2019on improvise une histoire de trente minutes à la manière de cet auteur, les spectateurs possèdent les codes pour comprendre ce qu\u2019on essaie de faire.C\u2019est ce que j\u2019aime le plus de cette formule : jamais je n\u2019ai été aussi complice avec le public.» Les spectacles 2016 ratissent très large dans les styles et les époques, mêlant répertoire international (Marivaux, Goldoni, Feydeau, Tennessee Williams, Racine) et auteurs québécois (Marcel Dubé, Réjean Ducharme, Robert Lepage, Suzanne Lebeau, Évelyne de la Chene- lière et\u2026 Luc Plamondon).Rares sont les comédiens qui ont l\u2019occasion de déployer un registre aussi étendu.Un interprète peut-il tout jouer ?« Dans le cadre de La LNI s\u2019attaque aux classiques, oui, parce que c\u2019est un laboratoire.Et je pense qu\u2019un comédien peut tout faire avec un bon directeur d\u2019acteurs.Il n\u2019y a pas de règles.L\u2019interprète teinte son jeu de l\u2019esprit d\u2019un auteur, mais ça s\u2019appelle toujours jouer.» Salomé Corbo a pu confirmer sa propre capacité de caméléon lors des premiers spectacles.Mais dans la réalité, un acteur est souvent limité par la perception de ceux qui embauchent.«On est toujours le dernier rôle qu\u2019on a joué, déplore l\u2019interprète d\u2019Unité 9.Jusqu\u2019au prochain.Mais on est toujours seulement ça.» Le vertige Les improvisateurs ne se contentent évidemment pas de jouer, ils sont aussi responsables de la création et de la mise en scène de ces petits récits.« C\u2019est très vertigineux.Il faut beaucoup d\u2019humilité.On se met vraiment au service de l\u2019auteur.Et plus tu as joué un auteur, plus c\u2019est facile.» Autrement, le passage des connaissances intellectuelles à l\u2019incarnation est plus ardu.Si Salomé Corbo sent le besoin de relire quelques dramaturges qu\u2019elle connaît moins, ses complices et elle ont été priés de ne pas trop se préparer, au risque de développer un syndrome de l\u2019imposteur.« Il ne faut pas devenir trop admiratif de l\u2019auteur.» L\u2019actrice est sur tout intimidée à la perspective de devoir jouer devant certains d\u2019entre eux.Elle est bien consciente que l\u2019écriture spontanée de l \u2019 impro « gagne en vie, mais perd en profondeur.On les ef fleure, les classiques.On ne peut pas aller aussi loin en une demi-heure que des auteurs qui ont parfois pris quatre ans à écrire une pièce.Par contre, c\u2019est une jolie illusion ».Et pour l\u2019improvisatrice, l\u2019éphémérité de l\u2019œuvre ainsi créée fait son prix.« Je trouve ça beau parce que nous-mêmes, humains, sommes spontanés et éphémères\u2026 » Collaboratrice Le Devoir LA LNI S\u2019ATTAQUE AUX CLASSIQUES Idéation : François-Étienne Paré et Étienne St-Laurent.Mise en scène : François-Étienne Paré.Animation et dramaturgie : François-Étienne Paré et Alexandre Cadieux.Du 7 au 21 décembre, à l\u2019Espace libre.L\u2019improvisatrice se met en danger dans La LNI s\u2019attaque aux classiques Salomé Corbo Cultiver le goût du risque La présence du célèbre parolier dans la liste des dramaturges retenus surprend de prime abord.Le répertoire qui sera abordé, j\u2019imagine, est le théâtre musical écrit par le librettiste de Notre- Dame de Paris.Salomé Corbo n\u2019en sait pas plus que nous.«Même ses chansons, surtout celles du catalogue de Diane Dufresne, racontent parfois de vraies petites histoires», ajoute-t-elle en résumant l\u2019anecdote de J\u2019ai rencontré l\u2019homme de ma vie\u2026 «Plamondon, pour moi, est un vrai classique.J\u2019ai grandi en France, et la sortie de Star- mania m\u2019a bouleversée.La pré-adolescente que j\u2019étais l\u2019a écouté en boucle.» Les improvisateurs devront-ils chanter?L\u2019actrice tente de se rassurer en notant l\u2019absence de musicien.«Je ne sais pas ce qu\u2019on va nous demander de faire, mais je suis tétanisée.C\u2019est le spectacle qui me terrorise le plus: s\u2019il y a une chose que je ne maîtrise pas dans la vie, c\u2019est le chant.» 7 décembre Marivaux 8 décembre Goldoni 9 décembre Suzanne Lebeau 10 décembre Tennessee Williams 13 décembre Georges Feydeau 14 décembre Evelyne de la Chenelière 15 décembre Jean Racine 16 décembre Marcel Dubé 17 décembre Réjean Ducharme 20 décembre Robert Lepage 21 décembre Luc Plamondon Improviser du Luc Plamondon [Je suis bien consciente que l\u2019écriture spontanée de l\u2019impro] gagne en vie, mais perd en profondeur.On les effleure, les classiques.On ne peut pas aller aussi loin en une demi-heure que des auteurs qui ont parfois pris quatre ans à écrire une pièce.Par contre, c\u2019est une jolie illusion.Salomé Corbo, sur le fait d\u2019avoir à jouer devant certains des auteurs choisis « » Une collaboration à l\u2019affiche ! tnm.qc.ca avec christian bégin, marie charlebois, sophie clément, pierre curzi, pier paquette, isabelle vincent assistance à la mise en scène alexandra sutto production tnm [\u2026] les dialogues, particulièrement cinglants, font mouche et la tragédie [\u2026] sonne terriblement juste.[\u2026] toute la distribution impressionne.\u2014 Christian Saint-Pierre, Le Devoir P H O T O S A N N I K M H D E C A R U F E L L E D E V O I R Les auditeurs nous entendent, captent notre énergie, mais ils ne nous voient pas.Maintenant, ils vont avoir accès à notre petit monde un peu secret et ça va nous forcer à prendre plus conscience de notre image.À la radio, j\u2019ai l\u2019impression de jaser avec ma gang de chums.À la télé, on devient animateur et on joue plus un rôle.» Mme Rusk anime notamment le segment de son émission sur des start-up québécoises en compagnie du chroniqueur Philippe Bertrand.L\u2019intervention dure quelques minutes en ondes.Une version prolongée au quar t d\u2019heure existe en baladodiffusion.Ces compléments audio seront bientôt filmés.Elle a visiblement tiré des leçons économiques de ces segments puisqu\u2019elle évoque d\u2019elle-même, devant le directeur, le fait que la dif fusion supplémentaire ne lui rapporte rien de plus financièrement.« J\u2019attends le chèque », dit-elle en souriant.M.Lemire expl ique que les contrats d\u2019embauche des animateurs prévoient déjà la déclinaison sur d\u2019autres plateformes, actuelles ou futures.« On ne leur demande pas d\u2019être dif férents, au contraire, enchaîne le directeur.La vidéo, c\u2019est aussi une façon de rester dans le coup par rapport à la demande des plus jeunes.Il faut s\u2019ancrer for t dans le numérique.» La popularité exponentielle du fil Facebook Live prouve assez l\u2019engouement pour les diffusions en direct.Les gens ne veulent pas juste le savoir : ils veulent le voir, pour reprendre la prophétique formule d\u2019Yvon Deschamps.Le système de CKOI surfe sur cette vague, avec une production de qualité professionnelle.Des modèles européens font tellement bien qu\u2019ils réussissent maintenant à concurrencer la télé, enfin cer taines émissions.Les plages du matin of frent un terreau fer tile pour les fusions : le téléspectateur peut commencer le visionnement de son émission radio à la maison et poursuivre l\u2019écoute dans la voiture en route vers le bureau.La vidéo n\u2019est donc pas qu\u2019un gadget radiophonique.Elle fournit des yeux aux oreilles et s\u2019inscrit dans un vaste mouvement de convergence des médias qui finissent tous par se concurrencer les uns les autres, à 15 h comme à toute heure du jour et de la nuit\u2026 Le Devoir D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 4 À LA CINQUIÈME SALLE DE LA PLACE DES ARTS DANS LE QUARTIER DES SPECTACLES 25 NOVEMBRE AU 17 DÉCEMBRE 2016 COPRODUCTION DE LA BORDÉE, DU THÉÂTRE LES ENFANTS TERRIBLES, DE SIMONIAQUES THÉÂTRE, DU THÉÂTRE DES VENTREBLEUS ET DE LA PLACE DES ARTS TEXTE SIMON BOUDREAULT ET JEAN-GUY LEGAULT MISE EN SCÈNE MARIE-JOSÉE BASTIEN S I M O N L A M B E R T À un monde résolument productif, la nouvelle directrice artistique du Jamais lu Québec, Marianne Marceau, a voulu opposer un théâtre « d\u2019une inutilité indiscutable» pour cette sixième édition.Du 8 au 10 décembre, de nombreux jeunes dramaturges répondront à son appel sans équivoque : celui d\u2019« échapper à l\u2019utile ».«Le théâtre n\u2019est pas là pour répondre à nos besoins fondamentaux, tout comme l\u2019ensemble des arts et des sports professionnels, et la plupart des exploits du Livre des records Guinness.Pourtant, l\u2019inutile, c\u2019est ce qui alimente le plus vivement notre fascination.C\u2019est ce qui nous occupe avec le plus d\u2019ardeur», confiait-elle lorsque nous l\u2019avons rencontrée à quelques jours du lancement du festival.Le Jamais lu, qui rassemble chaque année les forces vives du milieu théâtral, à Québec autant qu\u2019à Montréal \u2014 et tout nouvellement à Paris depuis un an \u2014, réunira ici, en plus du dramaturge Jean-Marc Dalpé qui donnera une classe de maître, seize auteurs et une vingtaine de comédiens, sur trois soirs, avec cette question en arrière-plan : «Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019une société méprise tant l\u2019inutile mais que chacun des individus qui la composent le recherche passionnément?» Nous vivons dans une société « ef ficace », poursuit Marianne Marceau.« Dans un collectif obnubilé par le profit, on a tendance à marginaliser l\u2019inutile.On avoue du bout des lèvres qu\u2019on est au chômage, qu\u2019on s\u2019est bercé, qu\u2019on a passé l\u2019avant-midi à regarder le fleuve.» Concert de voix Il y a là un constat que reprend volontiers le comédien et auteur Samuel Corbeil, qui sera de la première soirée, laquelle sera consacrée à des textes en lecture intégrale.Corbeil propose Costaud, où un jeune homme, après un « autosabotage professionnel », revient s\u2019installer à Dolbeau, en marge des grands centres et de la vie qui va vite.« Je vois l\u2019utile dans cette culpabilité qu\u2019on a, tous les jours ; du moment qu\u2019on n\u2019est pas complètement productifs, on se sent mal.Rares sont les espaces où le souci du profit n\u2019est pas la première préoccupation.[\u2026] Et la permission d\u2019essayer des choses, le Jamais lu, c\u2019est beaucoup ça : la possibilité de se planter.C\u2019est précieux.» Mais l\u2019utile, c\u2019est également une façon de répondre aux codes sociaux : est utile l\u2019individu qui prend la place que le social a délimitée pour lui.C\u2019est de ce côté que se place Dayne Simard, l\u2019un des auteurs qui animeront L\u2019accélérateur de particules, la deuxième soirée du festival, consacrée à des extraits d\u2019œuvres en évolution.Dans son texte Beef Jerky, charge contre « la virilité en région», le Beauceron d\u2019origine raconte « la crise de panique d\u2019un homme qui essaie de répondre à ces standards et qui n\u2019y arrive pas».Le rire, aussi En fait d\u2019inutile, on a par ailleurs choisi de plonger à plein dans l \u2019humour, car\u2026 quoi de moins uti le que le rire ?Joëlle Bond, dont l\u2019écriture vise sans complexe la légèreté, par tage la barre de Succès-souvenir, une soirée de clôture en forme de comédie musicale déjantée.« Souvent, dans le théâtre, je me sens inutile.Je ne fais pas de grands trucs intellectuels qui passeront à l\u2019histoire, et j\u2019ai toujours une sor te de complexe ; moi, je fais des peti tes af - faires\u2026 des petites farces.» En lui offrant de participer à cette soirée, la directrice artistique l\u2019a pour ainsi dire « légitimée ».« Marianne a dit : \u201cJe veux exactement ce que tu fais d\u2019habitude, je veux qu\u2019on aille là-dedans, c\u2019est la ligne éditoriale.\u201d C\u2019est possible, quand même, de divertir sans que ce soit du déni de réalité.Il est juste question d\u2019oublier qu\u2019on paie des impôts, pendant deux heures ; il faut, parce que\u2026 si la fantaisie n\u2019est pas sur scène, où est-ce qu\u2019on va pouvoir se la permettre?» Devant l\u2019utile, « l\u2019élément essentiel pour mesurer une journée », de reprendre Marianne Marceau, le Jamais lu Québec souhaite être un lieu où on peut « se réapproprier le présent, contre les calculs qui planifient déjà l\u2019avenir ».Loin des retombées économiques de la culture, de quoi se rappeler « à quel point l\u2019inutile, ça fait du bien ».Collaborateur Le Devoir Retrouver l\u2019inutile Le Jamais lu Québec appelle à s\u2019élever « contre les calculs qui planifient déjà l\u2019avenir » Cette sixième édition se fait sous le signe du changement de garde pour le Jamais lu Québec.La direction artistique sera désormais assurée par Marianne Marceau qui, en relève d\u2019Édith Patenaude, dit reprendre un festival «rayonnant de santé».Un festival dirigé depuis ses débuts par des « femmes de feu», indique pour sa part Marcelle Dubois, fondatrice de l\u2019événement montréalais en 2001.C\u2019est l\u2019actuelle directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, qui, sentant la nécessité d\u2019amener à Québec «un accès brut et festif aux paroles des dramaturges contemporains», avait donné l\u2019étincelle en 2011 à l\u2019antenne Québec.Des « femmes de feu » Cette édition du Jamais lu a failli naître sous le poids d\u2019une malheureuse controverse.La soirée de clôture initialement annoncée, Chambre en ville \u2013 la comédie musicale, a dû être annulée après que les Productions Galou et Sylvie Payette, qui travaille apparemment sur une adaptation pour la scène de sa sé- rie-culte des années 1990, se furent signalées à l\u2019organisation du Jamais lu.Sur les chapeaux de roues, les créateurs ont pondu Succès- souvenir, qui conservera les mélodies initialement prévues tout en évinçant les références à la populaire émission.On a été « très surpris, raconte Marceau.Mais on est un festival d\u2019auteurs ; alors, s\u2019il y a une chose qu\u2019on respecte, c\u2019est bien ça».Changement de plan LLAMAYON «L\u2019inutile, c\u2019est ce qui alimente le plus vivement notre fascination», raconte la nouvelle directrice artistique du Jamais lu Québec, Marianne Marceau.On la voit ici lors du lancement de la programmation de cette 6e édition.SUITE DE LA PAGE E 1 RADIO Le modèle français Selon les données révélées en octobre par l\u2019Institut national de l\u2019audiovisuel de France, 43 millions de Français écoutent chaque jour la radio, dont 10 % sur les supports multimédias (ordinateur, tablette, télé, ou téléphone).La radio filmée prend de l\u2019ampleur pour profiter de ces nouveaux modes de réception.Europe 1 propose 14 heures de télé par jour, RTL 12 heures.Les plateformes YouTube et Dailymotion relaient les images et les sons et permettent de monétiser différemment les contenus.Le son reste tout de même au centre de la médiatisation, qui doit s\u2019enrichir d\u2019images, de photos, de liens et d\u2019un tas d\u2019informations pour enrichir l\u2019expérience.En général, le format court l\u2019emporte et la télé conserve son avantage pour les versions longues.Un survol sur le thème de la radio et du Web sur le site Inaglobal.fr souligne aussi que le transmédia permet d\u2019inclure davantage les auditeurs dans l\u2019offre éditoriale à partir de plusieurs plateformes.Les experts prédisent que la radio sociale se développera avec ces émissions multimédias interactives et enrichies.La télédiffusion est encore jeune La soirée est (encore) jeune offre un autre exemple de rapprochements transmédiatiques.La version du samedi de la populaire émission d\u2019ICI Radio-Canada Première est captée, concentrée de deux heures à 45 minutes, et diffusée le lendemain sur ICI Artv.Et ça marche, d\u2019un bord comme de l\u2019autre.La captation télé faisait 88 000 de cote d\u2019écoute la semaine dernière, C\u2019est 3000 de plus que C\u2019est juste de la télé, un des moteurs de la chaîne culturelle.«Pour nous, franchement, le passage à la télé ne change rien, ou si peu, dit l\u2019animateur de La soirée\u2026, Jean-Philippe Wauthier.L\u2019équipement supplémentaire est assez peu envahissant.D\u2019ailleurs, pour nous, l\u2019émission de radio, c\u2019est déjà la captation d\u2019un show live devant public et la télé ne fait que rajouter une plateforme de diffusion.» À la radio, j\u2019ai l\u2019impression de jaser avec ma gang de chums.À la télé, on devient animateur et on joue plus un rôle.Kim Rusk « » SOURCE ARTV M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 5 P H I L I P P E P A P I N E A U A ndy Shauf est un homme placide, calme.Du moins au bout du fil où, malgré le café qu\u2019il nous raconte avoir bu, il se fait économe de mots en se montrant posé, modéré, voire modeste.Rien de tout ça n\u2019est très étonnant \u2014 ni très grave \u2014 à l\u2019écoute du disque The Party, le plus récent opus du musicien de Regina, déménagé depuis avril à Toronto.Sur ces chansons qui l\u2019ont mené au top 10 du prestigieux prix Polaris, il of fre un folk- pop à la fois mélancolique, lancinant et groovy, sans artifice ni gras trans.« Je ne sais pas si je chante comme je parle, mais j\u2019ai une voix discrète.Je ne peux ni parler ni chanter for t », admet Andy Shauf en rigolant timidement.Est-ce là un handicap ?«Bah, j\u2019écris des chansons et je chante depuis longtemps, alors je me suis trouvé une zone où je sais ce que ma voix peut faire et ne peut pas faire.Il faut écrire dans ses limites.» Voilà de bien belles limites, en tout cas.C\u2019est ce qui explique peut-être cet esprit de flottement de The Party, cette lente ondulation qui traverse le disque même si celui-ci n\u2019est pas un album minima- liste, mais un disque joliment et chaleureusement orchestré.On plonge ici dans un album concept, qu\u2019on aurait bien vu comme une série de cour ts métrages pivotant autour de la même soirée.«Quand je l\u2019écrivais, je désirais que tout parte du même par ty, avec dif fé- rentes personnes, avec dif fé- rents narrateurs qui racontent dif férents points de vue de la soirée », raconte Shauf.Il y a Jeremy, Alexander, Mar tha, des verres et des cigarettes, des cœurs qui battent à différents rythmes.Le rythme, justement, revêtait une importance capitale pour Andy Shauf, autant sinon plus que sa trame narrative cohérente.« L\u2019objectif était de faire des chansons qui étaient groovy, qui faisaient taper du pied, ou quelque chose du genre, explique le musicien de 29 ans.Je me suis beaucoup concentré sur la r ythmique pour que tout se tienne.Je voulais juste que ce soit assez laid back, mais syncopé.» Ici, tous les instruments servent à nourrir la rythmique, le piano par moments plaqué, la guitare, les cordes et les cuivres.The Party contient bien quelques instruments électriques ou synthétiques, mais son cœur reste acoustique, ce qui a pour effet de donner l\u2019impression d\u2019un album hors du temps, ancien et moderne à la fois.« Il y a le fait que j\u2019essaie beaucoup de choisir des méthodes d\u2019enregistrement qu\u2019on utilisait dans les années 1970, dit Shauf.Et puis, il n\u2019y a pas de date d\u2019expiration sur du piano acoustique comme il peut y en avoir sur un synthétiseur.Le piano sera toujours per ti- nent, je crois.» L\u2019impact Polaris Ce Par ty, troisième ef for t du musicien, a fait son chemin cette année jusqu\u2019à la courte liste du prix Polaris, récompensant le meilleur album canadien sans regard au style ou aux ventes.Si le Montréa- lais Kaytranada a finalement remporté la palme, plusieurs critiques musicales du pays croyaient beaucoup aux chances de Shauf.« C\u2019était un peu une distraction, avoue Shauf.Je ne sais pas.J\u2019essayais de ne pas trop penser à ça, mais le Polaris\u2026 J\u2019y ai pensé beaucoup, finalement.J\u2019ai rêvé de le gagner, pour tout dire ! Mais c\u2019était cool d\u2019être nommé.» L\u2019homme aux cheveux longs confirme que sa nomination a attiré beaucoup de regards sur lui et que plus de gens se rendent maintenant dans ses concerts, par exemple.Shauf est en ce moment en tournée américaine, mais sera à Ottawa jeudi, au Centre national des arts, à Montréal vendredi, au National, et à Québec samedi, à L\u2019Anti.Quelques sauts de puce au pays avant qu\u2019il ne repar te vers la Grande-Bre- tagne, la France, les Pays- Bays, l\u2019Italie, etc.Est-ce que sur scène les chansons prennent de nouveaux visages ?Est-ce que tout à coup le chanteur se transforme en bête volubile ?Oui et non.« Il y a pas mal d\u2019orchestrations sur le disque qu\u2019on ne peut pas reproduire, on doit un peu remplir l\u2019espace des cordes, par exemple, avec les claviers et des lignes de guitares .Mais on ne se met pas à jammer, disons.Sinon, bien, je ne suis pas un grand bavard, dans la vie ou sur scène, alors , je ne sais pas\u2026 Les gens vont entendre les chansons, on les joue le mieux qu\u2019on peut, et on souhaite que ce soit ce que les gens a iment ! » T u nous étonnes, Andy.Le Devoir SPECTACLE La fête groovy et mélancolique d\u2019Andy Shauf Le finaliste du prix Polaris vient présenter son brillant The Party à Ottawa, à Montréal et à Québec COLIN MEDLEY «Je me suis beaucoup concentré sur la rythmique pour que tout se tienne, raconte Andy Shauf au sujet de son disque The Party.Je voulais juste que ce soit assez laid back, mais syncopé.» S E R G E T R U F F A U T A ujourd\u2019hui, nous allons vous raconter la petite histoire du concert du siècle antérieur oublié pendant longtemps dans un entrepôt situé à Montréal.Le qualificatif affublé au concert en question, soit le concert du siècle, appartient à Roué Doudou Boi- cel , qui pendant une douzaine d\u2019années, celles des années 1970 et après, fut le taulier du jazz au nord du 45e pa- ral lèle puisqu\u2019 i l était le patron du Soleil levant, rue Sainte-Catherine.Le 24 novembre 1980, Boi- cel avait rassemblé sur la scène de la salle Wilfrid-Pelle- tier les poids lourds du be-bop, les bonzes du jazz : Dizzy Gillespie à la trompette, Milt Jackson au vibraphone, Hank Jones au piano, James Moody au ténor et à la flûte, Ray Brown à la contrebasse.L\u2019affiche n\u2019avait rien de suédois (on parle du jazz suédois, évidemment) mais tout du corsé.Ce concert, Boicel l\u2019avait enregistré puis publié quelques mois plus tard.On se souvient que, sur la couverture, il était écrit en gros, sur fond ver t foncé : Tribute to Charlie Parker \u2014 Concert of The Century \u2014 The World\u2019s No 1 Jazz Record.L\u2019expression « World\u2019s No 1 Jazz Record » nous fait toujours sourire.C\u2019est un peu for t du café, mais pas aussi ampoulé qu\u2019on pourrait le croire.Depuis peu, cet album est of fer t sous le titre Dizzy Gillespie & Friends \u2014 Concert of The Century.À cette époque, le grand maître des concerts gravés et rassemblant des cadors du jazz s\u2019appelait Norman Granz.Pour son étiquette Pablo, il avait organisé et capté beaucoup de shows dans le cadre du Festival de Montreux: Oscar Peterson, Zoot Sims, Count Basie, Eddie Lockjaw Davis et plusieurs autres.Mais rien d\u2019équivalent à celui de Montréal.Il y a quelques années, Jim West, fondateur de Just in Time et producteur émérite, a racheté toutes les bandes qui appar tenaient à Boicel.« Le pire, de confier l\u2019aimable Jim, c\u2019est que j\u2019ai oublié le ruban de ce show pendant une quinzaine d\u2019années.Il faut dire qu\u2019il y a pas mal de rubans.Lorsque j\u2019ai réalisé que la bande de ce spectacle était restée en très bonne condition, je me suis concentré sur la négociation des droits.» « C\u2019était très compliqué.Ça m\u2019a pris un an de recherche et de discussions avec les héritiers pour avoir la permission de tout le monde.Après quoi, on s\u2019est appliqué au nettoyage et au mixage des bandes.Chez Warner Brothers, ils ont trouvé que le show était tellement bon qu\u2019ils vont le distribuer dans le monde entier.» Comment Doudou était-il par venu à réunir ces musiciens?«Dizzy aimait beaucoup Doudou.Il était devenu un de ses amis.Par fois, histoire de l\u2019aider à développer le jazz à Montréal, il jouait gratuitement.Je pense que Dizzy a beaucoup fait pour convaincre les autres.» On s\u2019en doute, le programme de cette soirée est fait des standards du be-bop: Blue\u2019n\u2019Boogie, If I Should Lose You, Darben the Redd Foxx, une composition de Moody, Time on My Hands, Get Happy, The Shadow of Your Smile, Stardust et un magnifique solo de Brown à la basse : Manhä de Carnaval et Work Song.Hier comme aujourd\u2019hui, on est frappé, ou plus exactement conquis, par le dynamisme de l\u2019ensemble.Et ce, tout au long du show.Il n\u2019y a aucun temps mort.C\u2019est vivant, très joyeux.Bref, c\u2019est à l\u2019image de Dizzy Gillespie qui, faut-il le rappeler, fut un génie du jazz.Collaborateur Le Devoir JAZZ Le concert du siècle, comme si c\u2019était hier On peut maintenant replonger dans le trip d\u2019un soir de Dizzy Gillespie et ses amis Je me suis trouvé une zone où je sais ce que ma voix peut faire et ne peut pas faire.Il faut écrire dans ses limites.Andy Shauf « » ROLAND GODEFROY Dizzy Gillespie, en concert, en 1991 C H R I S T O P H E H U S S «L e moment qui me fascine le p lus dans Le Messie de Haen- del se trouve au début de la 2epartie.C\u2019est le triptyque choral formé de Surely\u2026, d\u2019And with His Stripes\u2026 et d\u2019All We, Like Sheep\u2026, qui se termine dans l\u2019obscurité.C\u2019est un passage qui me bouleverse», confie Bernard Labadie.Aux yeux du chef, l\u2019une des plus grandes réussites de Haen- del est d\u2019«adapter le langage et les moyens de l\u2019oratorio avec son regard de compositeur d\u2019opéras : il utilise le chœur comme un personnage d\u2019opéra».Comme souvent chez les compositeurs baroques, il y a une « symbolique de la rhétorique».«Le moment le plus dramatique est en la bémol majeur, tonalité qui, dans le cycle des quintes, est la plus éloignée de ré majeur, tonalité de la lumière, celle de l\u2019Hallelujah ! Ce n\u2019est pas innocent de la part de Haendel.Il y a une symbolique: on est vraiment dans le fond du baril et, pour moi, chaque fois qu\u2019on arrive là, c\u2019est comme un coup de poignard.» Un compagnon Bernard Labadie éprouve un vrai plaisir à aborder une œu- vre qu\u2019il a dirigée tant et tant de fois.« Le Messie fait par tie, avec le Requiem de Mozart, des œuvres phares qui m\u2019ont accompagné toute ma vie.Les circonstances ont fait que cette œuvre- là a eu un rôle important dans ma carrière.Ainsi, Le Messie, pour mes débuts aux États-Unis au Minnesota en 1999, a lancé ma carrière de chef invité dans ce pays.» Ce vieux compagnon, cette œuvre refuge, fut logiquement au programme des premiers concerts, en décembre 2015 à Saint Louis et à Chicago, de Bernard Labadie après son cancer.Labadie s\u2019est désormais fixé comme but de diriger Le Messie « tous les deux ou trois ans», pour «préserver une certaine fraîcheur» par rapport à l\u2019œuvre.Même si les musiciens ont Le Messie «dans les doigts», les répétitions seront toutes préservées.« Nous n\u2019avons jamais abaissé le temps de répétition, afin que ce ne soit pas la même chose que l\u2019année dernière.» D\u2019ailleurs, au Québec, ce sera le premier Messie de Bernard Labadie depuis 2011.Des traditions Il existe plusieurs configurations et par titions du Messie, avec parfois « jusqu\u2019à trois ou quatre versions pour un seul air ».Bernard Labadie a exploré toutes les avenues.Nouveauté du millésime 2016: le chef change de partition.« Je travaillais avec l\u2019édition Bä- renreiter, qui date du début des années 1960 et que tous les baroqueux ont utilisée.J\u2019ai porté mon choix cette fois sur l\u2019édition de Ton Koopman parue chez Carus en 2009.Jean- Marie Zeitouni l\u2019a décortiquée et dirigée.J\u2019en ai parlé avec lui et j\u2019ai décidé de changer, ce qui demande beaucoup de travail pour préparer le matériel d\u2019orchestre.» « Je souhaitais déjà utiliser cette partition l\u2019an passé à Saint Louis et Chicago, mais je n\u2019en avais pas la force.» Comme les sources du Messie sont connues, les dif fé- rences seront mineures.Elles se situent notamment au niveau de l\u2019articulation des phrases : « Je n\u2019ai rien découver t d\u2019incroyablement nouveau, mais revoir Le Messie à travers les yeux d\u2019un autre s\u2019est avéré très rafraîchissant et m\u2019a forcé à me questionner sur bien des détails.» Au fond, le chef reconnaît que cette question d\u2019édition est surtout «un prétexte pour se plonger dans la partition en mettant de côté tout ce qui fait partie de la routine et repartir avec un regard nouveau».Bernard Laba- die n\u2019est pas toujours d\u2019accord avec Ton Koopman, «qui a une vision très personnelle», mais il se montre heureux d\u2019avoir pu ainsi se remettre en question.À propos de traditions, nous avons interrogé Bernard Laba- die sur la manie de certains de se lever au début de l\u2019Hallelujah !, un vieux signe d\u2019allégeance à la monarchie britannique.« Au début de ma carrière, cela me dérangeait beaucoup, car j\u2019entamais Hallelujah! de manière très douce.Je soulignais ainsi le fait que Haendel, contrairement à Bach, en compositeur d\u2019opéra, ne commence jamais en tirant tous les jeux de l\u2019orgue au début.Maintenant, j\u2019appuie moins sur cette chose-là, donc les bruits de chaises me dérangent moins.» Mais encore?Bernard Laba- die n\u2019«encourage pas du tout» et « ne souhaite pas » la chose, mais il convient que «certaines personnes ont besoin de rituels», classant également parmi les rituels le fait de jouer Le Messie à Noël, «un rituel qui n\u2019a rien à voir avec ce que Haendel avait prévu», puisque Le Messie est une par tition du temps de Pâques.Se lever lors de l\u2019Hallelujah!?«Disons que je n\u2019attends pas le moment où les gens vont se lever et ruiner les douze premières mesures de musique, mais je ne m\u2019y oppose pas et respecte ce besoin de connexion que certains éprouvent.» Quant à la transition du Palais Montcalm à la Maison symphonique de Montréal, elle se fait désormais plus facilement.«Les choses ont beaucoup évolué.L\u2019orgue donne une acoustique beaucoup plus équilibrée au Palais Montcalm: on garde la richesse des graves et les aigus sont devenus plus brillants.À la Maison symphonique de Montréal, la pyramide est inversée, mais on sait désormais quoi faire avec les basses pour que cela sonne mieux.J\u2019apprécie de plus en plus la Maison symphonique de Montréal en tant que chef, maintenant que nous avons appris comment elle fonctionne », confie Bernard Labadie, qui apprécie beaucoup la flexibilité dans le placement des solistes qu\u2019offre la salle montréalaise.Et le chef de conclure : «En fait, la différence entre Québec et Montréal est fascinante, car nous entendons des choses différentes et abordons ainsi la musique de manière différente.» Le Devoir LE MESSIE Oratorio de Haendel.Avec Lucy Crowe, Iestyn Davies, Allan Clayton, Luca Pisaroni, La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, dir.Bernard Labadie.Au Palais Montcalm de Québec, les jeudi 8 et vendredi 9 décembre à 20 h.À la Maison symphonique de Montréal, le samedi 10 décembre à 19h30.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 6 CHARLES RICHARD-HAMELIN DANS UN RÉCITAL TOUT CHOPIN Un pianiste éblouisant, à découvrir séance tenante 13 décembre, 20 h Lauréat du prix Album de l\u2019année \u2013 Classique / Soliste et petit ensemble ADISQ 2016 Info et billets theatreoutremont.ca 514 495-9944 # 1 Bernard Labadie dirigera jeudi et vendredi à Québec, puis samedi à Montréal, une partition symbolique entre toutes : Le Messie de Haendel.En 2014, au pire moment de son cancer, il avait dû céder la baguette à Trevor Pinnock.Il la reprend cette semaine et livre au Devoir ses sentiments à la veille de ces concerts.CLASSIQUE Bernard Labadie et son fidèle Messie Le chef parle de cette œuvre refuge avec laquelle il renoue la semaine prochaine à Québec et à Montréal Célébrez avec des valses de Strauss, des airs d\u2019opérettes, un orchestre de 65 musiciens, d\u2019exceptionnels danseurs et des chanteurs de renom, dont le ténor québécois, Antoine Bélanger Orchestre Strauss du Québec Nir Kabaretti, chef d\u2019orchestre (Vienne) Micaëla Oesta Soprano (Berlin) Antoine Bélanger Ténor Reinhard Alessandri Ténor (Vienne) Danseurs du Ballet Kiev-Aniko d\u2019Ukraine & Champions Internationaux de danse sociale 1er janvier, 2017 14h30 Salle Wilfrid-Pelletier 514-842-2112 / 1 866-842-2112 FRANÇOIS RIVARD «Le Messie fait partie, avec le Requiem de Mozart, des œuvres phares qui m\u2019ont accompagné toute ma vie», explique Bernard Labadie.Je n\u2019ai rien découvert d\u2019incroyablement nouveau, mais revoir Le Messie à travers les yeux d\u2019un autre s\u2019est avéré très rafraîchissant et m\u2019a forcé à me questionner sur bien des détails Bernard Labadie, à propos de l\u2019édition de Ton Koopman parue chez Carus en 2009 « » D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 7 M É L A N I E C A R P E N T I E R G râce à son programme de résidences croisées, l\u2019organisme allemand a per mis cette année d\u2019envoyer les jeunes créateurs montréalais Dorian Nuskind-Oder et Simon Grenier-Poirier à la Fa- brik Postdam, lieu d\u2019effervescence artistique situé en périphérie de Berlin.Depuis près de deux ans, chaque année, l\u2019institut permet de donner ainsi une certaine visibilité à l\u2019étranger de ce qui se fait sur les scènes montréalaises en danse.En échange, en accueillant deux ar tistes berli- nois, le Goethe poursuit son mandat de promouvoir la culture et la langue allemandes en sol québécois.Pourquoi cet intérêt particulier pour la danse contemporaine ?« Les Goethe-Instituts à l\u2019international travaillent à trouver des thèmes qui sont importants aussi bien dans leurs villes hôtes qu\u2019en Allemagne.Comme Montréal est une ville de danse contemporaine et que cette discipline a aussi une grande place dans le paysage artistique allemand, il est im- por tant pour nous d\u2019être présents dans ce domaine », affirme Caroline Gagnon, coordinatrice de la programmation culturelle de l\u2019organisme situé à proximité du Quar tier des spectacles.« Les résidences croisées que nous of frons sont uniques dans le monde du Goethe.Il y a d\u2019autres programmes de résidence artistique, mais celui-ci est une première», ajoute Katja Melzer, directrice de l\u2019Institut à Montréal.En effet, depuis 2007, l\u2019organisme germanophone multiplie les initiatives pour encourager la visibilité de la danse : accueil de chorégraphes allemands pour des résidences de création ; invitation de compagnies à se présenter pendant des festivals tels que le FTA ; proposition d\u2019ateliers et de classes de maître et diffusion de documentaires portant sur l\u2019art chorégraphique.L\u2019 i d é e d u p r o g r a m m e d\u2019échange entre les institutions québécoise et allemande a émergé de discussions et de négociations entre les partenaires du Goethe, dont le Conseil des arts et des lettres du Québec \u2014 attribuant une bourse de 7500 $ à chacun des artistes québécois en mobilité \u2014 et Circuit-Est Centre chorégraphique, qui prête ses studios et services aux créateurs accueillis.« On voulait qu\u2019ils puissent tisser des liens à Montréal, rester plus longtemps et travailler avec des artistes locaux », ajoute Caroline Gagnon, qui assure un accompagnement des artistes au long de leur séjour en leur permettant d\u2019aller voir des spectacles et de faire du réseautage.Ouverture des horizons créatifs Pour Jasna Layes-Vinovrski et son par tenaire Clément Layes, c\u2019est l\u2019occasion de s\u2019inspirer des vibrations d\u2019une autre ville et d\u2019inscrire leur travail dans une société différente.La Croate et le Français installés à Berlin travaillent à présent sur les liens entre les ar tistes et l\u2019activisme social et politique.Pour la chorégraphe, i l s\u2019agit d\u2019une deuxième visite en sol québécois.Elle avait déjà pris part au projet d\u2019échange entre l\u2019Europe et le Canada Migrant Bodies (soutenu entre autres par Circuit-Est).Elle retrouve ainsi une équipe familière pour reprendre des concepts et développer une suite à son projet amorcé il y a deux ans à Montréal.« Les dix jours passés ici m\u2019avaient déjà beaucoup apporté.J\u2019avais eu l\u2019occasion de rencontrer, d\u2019échanger et de travailler avec Manuel Roque, Ginelle Chagnon et Marie-Claire For té.Mais, pour l\u2019avancement de mon projet, ce n\u2019est rien comparativement à cette dernière résidence de deux mois.» L\u2019ar tiste établit un rapprochement entre l\u2019art chorégraphique, la loi et ses processus, qu\u2019elle voit comme des outils qui contraignent et contrôlent les corps.La découverte plus en profondeur de la ville et des manières d\u2019y vivre a nourri sa nouvelle création, Lady Justice, portant sur l\u2019immigration.« Rien que l\u2019architecture des lieux était, pour moi, très intéressante.Par exemple, au Palais de justice, les statues portent ici une épée et un livre de loi dans l\u2019autre main, alors qu\u2019elles por tent une balance chez nous.Ainsi, j\u2019ai pu me faire une idée de la perception qu\u2019on se fait de la justice dans nos deux sociétés », explique-t-elle.En pleine recherche sur les enjeux de justice propres aux questions migratoires, il était impor tant pour el le d\u2019avoir accès aux littératures portant sur le sujet et d\u2019être aidée dans tout ce qui a trait à la bureaucratie relative à la mobilité.Un travail hors studio soutenu par le Goethe- Institut, qui lui donne accès à un espace d\u2019étude et à la bi- bl iothèque du centre, un deuxième chez-soi pour elle et son partenaire.La résidence des deux créateurs se soldera par une présentation destinée à un public plutôt restreint, mais donnera lieu à un potentiel retour des artistes une fois leur projet abouti, à l\u2019instar de la performance de Cyril Baldy et Tilman O\u2019Donnell présentée au Goethe-Institut en septembre dernier, anciens bénéficiaires du programme de résidences croisées.Collaboratrice Le Devoir Des vertus de la migration des artistes Le programme de résidences croisées du Goethe-Institut contribue à la visibilité de la danse ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La chorégraphe Jasna Layes-Vinovrski, croquée cette semaine alors qu\u2019elle travaillait à sa nouvelle création, Lady Justice, portant sur l\u2019immigration à Montréal.Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 CHAGALL SUITE Mercredi 25 janvier 2017 \u2013 19 h 30 EMMANUELLE BERTRAND, violoncelle PASCAL AMOYEL, piano Srul Irving GLICK Chagall Suite BLOCH De la vie juive BLOCH Méditation hébraïque Un programme qui re?ète la vie et l\u2019art de Chagall.SING THEE NOWELL Dimanche 4 décembre \u2014 14 h NEW YORK POLYPHONY VOCAL ENSEMBLE Geoffrey Williams, contreténor Steven Caldicott Wilson, ténor Christopher Dylan Herbert, baryton Craig Phillips, basse Un superbe concert de musique vocale de Noël pour démarrer la saison en beauté ! CHRISTIAN IMMLER, baryton Mercredi 7 décembre \u2014 19 h 30 SCHUBERT Schwanengesang (extraits) FAURÉ L\u2019horizon chimérique BRAHMS Vier ernste Gesänge RAVEL Don Quichotte à Dulcinée BARBER 3 Songs L\u2019art du lieder dans toute sa splendeur.DEMAIN Rien que l\u2019architecture des lieux était, pour moi, très intéressante.Par exemple, au Palais de justice, les statues portent ici une épée et un livre de loi dans l\u2019autre main, alors qu\u2019elles portent une balance chez nous.La chorégraphe Jasna Layes-Vinovrski « » CRÉER À REBOURS VERS L\u2019EXPOSITION : LE CAS D\u2019AURORA BOREALIS Vox Centre de l\u2019image contemporain, 2, rue Sainte-Catherine Est, espace 401, jusqu\u2019au 11 mars 2017.M A R I E - È V E C H A R R O N I l y a des expositions d\u2019art qui sont passées à l\u2019histoire, et l\u2019histoire de ces expositions est un domaine de recherche grandissant qui fait à son tour l\u2019objet\u2026 d\u2019expositions.Sous l\u2019intitulé Créer à rebours vers l\u2019exposition, c\u2019est à un tel programme, axé sur les expositions québécoises, que le centre Vox compte se consacrer jusqu\u2019en 2020.Le cas de figure inaugu- rateur retenu par les commissaires maison Marie J.Jean et Claudine Roger est l\u2019événement Aurora Borealis, marquant pour avoir consacré l\u2019installation comme pratique partagée par les artistes les plus significatifs du Canada en 1985.Ce sont 32 artistes qui avaient fait sur mesure 30 installations immersives à la Place du Parc, alors un centre commercial toujours inoccupé 15 ans après avoir été bâti.René Blouin, Claude Gosselin et Normand Thériault composaient le solide trio de commissaires à la tête du projet, la première activité organisée par le Centre international d\u2019art contemporain de Montréal.L\u2019organisme lançait ainsi les Cent jours d\u2019art contemporain, l\u2019ancêtre, jusqu\u2019en 1996, de l\u2019actuelle Biennale de Montréal.L\u2019événement est rappor té par sa documentation, soigneusement produite dans l\u2019anticipation de laisser des traces de ce qui était tenu alors pour éphémère, et pour cette raison peut-être non ré- exposable.Le titre même du programme de recherche lancé par Vox est un clin d\u2019œil à l\u2019article « Créer à rebours vers le récit » de l\u2019ar tiste Rober Racine, dans lequel il évoque le sor t des installations, promises à disparaître, confiant ainsi leur futur aux récits qui en seront faits.Déambulation L\u2019exposition chez Vox donne en partie raison à l\u2019hypothèse avancée par Racine, mais permet également de constater que les installations ont au contraire pu revoir le jour ailleurs et même, est-il possible d\u2019ajouter, se voir conservées dans les collections muséales (voir l\u2019encadré).Pour l\u2019heure, ce sont les documents visuels et les textes d\u2019accompagnement qui font le cœur de la petite exposition dont le déploiement formel dans l\u2019espace s\u2019inspire de la couverture du catalogue d\u2019Aurora Borealis, avec ses aplats colorés bleu, rose et vert.Lui- même offert à la consultation, l\u2019ouvrage est entouré de l\u2019affiche de l\u2019événement, du plan des salles, des états financiers et de citations qui ponctuent les surfaces.Autre témoin, la publicité de l\u2019événement publiée dans le numéro 39 de la revue Parachute , numéro aussi passé à l\u2019histoire pour son dossier thématique sur l\u2019installation.La contribution substantielle vient des photographies des œuvres, prises par Denis Farley, qui dévoilent chacune des interventions en des plans calculés.Dans une bande sonore qui fait entendre des témoignages récents des organisateurs, le photographe explique la teneur de sa mission et la rigueur appliquée pour la mener, conscient des enjeux.Les autres récits, des trois commissaires auxquels s\u2019ajoute celui de Lesley Johnstone, font valoir l\u2019envergure et le caractère inédit de l\u2019événement, dont la dimension site specific, qui trouvait ses racines dans les pratiques des années 1970, allait être plusieurs fois reprise au cours des années 1980.La spécificité du lieu, en effet, colorait grandement l\u2019événement, à la fois par ses composantes physiques (commerciales, industrielles et brutes) et par sa nature non artistique.En leur qualité d\u2019installation, les œuvres rassemblées s\u2019inscrivaient plus ou moins étroitement dans leur contexte, faisant par fois corps avec lui, comme dans le cas de Betty Goodwin.Avec le défi de rassembler toutes les installations, s\u2019imposait aux organisateurs une réflexion sur le parcours qui allait les unifier et, par conséquent, sur la déambulation plus ou moins prescrite aux publics.Au dire de René Blouin, dans son témoignage, cela entérinait une conception transformée de l\u2019exposition et la contribution désormais indispensable du commissaire.Le point de vue des photos, qui montrent que les œuvres pouvaient s\u2019ouvrir physiquement, et métaphoriquement, les unes sur les autres tout en étant appréciées isolément, informe en ef fet sur l\u2019attention portée au parcours et, comme le souhaite Vox, atteste le rôle joué par la documentation visuelle dans le récit qui est fait des expositions.Dans les photos comme dans le documentaire de Paul Gauvin aussi présenté, nulle trace toutefois du public avec les œuvres, lequel cependant aurait été au rendez-vous.Volontairement écartée lors de la documentation, la présence humaine est pourtant la raison d\u2019être des installations, dont la pratique a particulièrement contribué à développer la théorie autour de la notion de spectateur.Pertinente, et amorce prometteuse pour la suite de ce programme, l\u2019exposition néglige toutefois de favoriser la réception du matériel présenté.Rien n\u2019est prévu pour s\u2019asseoir dans l\u2019espace exigu qui ser t aussi de passage, alors que les témoignages sonores font près d\u2019une heure.Il ne faut d\u2019ailleurs rien rater de ces récits des témoins de premier plan qui, riches de détails savoureux, appor tent, pour des générations qui ne l\u2019auraient pas vécu, un autre éclairage sur l\u2019événement.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 DE VISU E 8 C U L T U R E EXPOSITION DE L\u2019ARTISTE PEINTRE Les paysages En petit format pour les fêtes ! 203, rue Notre-Dame Ouest, Montréal renegagnon.ca GNON | GALER usée RENÉ GA M 17 h à 20 h e 2016 r mb e e 7 déc L di e cr r e M usq r j e isit À v IE 203 e r mb e \u2019au 23 déc u Centre culturel de Pointe-Claire, Stewart Hall 176, ch.du Bord-du-Lac \u2013 Lakeshore 3 décembre 2016 au 15 janvier 2017 LA RÉALITÉ N\u2019EST QU\u2019UN POINT DE VUE Giovanni Castell \u2013 Lori Nix \u2013 Catherine Plaisance VERNISSAGE : Dimanche 4 décembre, 14 h 7 décembre 2016 au 15 janvier 2017 LES COULEURS DE LA VIE Salle de projet \u2013 Artiste : Areg Elibekian VERNISSAGE: Mercredi 7 décembre, 19 h Entrée libre INFO :514 630-1254 www.pointe-claire.ca TABULA RASA De Jérôme Fortin LE RADEAU DE LA MÉDUSE (SAINT-LOUIS) D\u2019Adad Hannah, Pierre-Fran- çois Ouellette art contemporain, 963, rue Rachel Est, jusqu\u2019au 24 décembre.J É R Ô M E D E L G A D O S e renouveler dans la répétition, reprendre les mêmes idées et recommencer, voilà des expressions qui pourraient s\u2019appliquer à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain (PFOAC).Et à deux de ses artistes, Jérôme Fortin et Adad Hannah, chacun à l\u2019honneur en solo, ce qui ne s\u2019était plus produit à cette enseigne depuis 2013.Après quinze ans passés au Belgo, dans le centre-ville de Montréal, PFOAC entame cet automne sa vie dans le Plateau Mont-Royal.De ce déménagement, il ressort beaucoup plus de familiarité que de changement d\u2019air.Ce qui n\u2019est pas en soi un défaut.L\u2019espace, occupé jusqu\u2019à tout récemment par la galerie Graff, n\u2019a pas été transformé de fond en comble.Il y a bel et bien un mur de plus ici, un salon vidéo là.Mais l\u2019ensemble se divise encore en deux aires d\u2019exposition, les pièces privées se situent aux mêmes endroits, l\u2019accès à la cour intérieure est toujours là, etc.Pierre-François Ouellette n\u2019a pas fait table rase du passé.Bien au contraire : Hannah et Fortin sont parmi les artistes qu\u2019il représente depuis longtemps et de manière constante.Et dans ses locaux du Belgo, le galeriste avait déjà instauré une pièce propice à la diffusion des œuvres vidéo.Les habitués s\u2019y retrouveront, pas de doute.Impression de répétition Table rase, comme dans tout ef facer pour repartir de zéro?Chez Jérôme Fortin, un peu, mais pas tout à fait.La série de 28 œuvres Tabula rasa, dont une douzaine sont exposées, est quelque par t un leurre.Ou, pour l\u2019exprimer de manière plus positive, un heureux clin d\u2019œil à la création, qui ne vient jamais de nulle part.Tabula rasa a l\u2019apparence de multiples et ressemble, à première vue, au travail d\u2019édition que l\u2019artiste s\u2019est mis à pratiquer il y a une dizaine d\u2019années, notamment après une résidence aux ateliers Graff.Or, cette nouvelle série ne se compose que d\u2019œuvres uniques.Ce sont des collages que Fortin a construits à partir d\u2019éléments qu\u2019il a découpés et recollés de ses anciennes lithographies.Il y a certes table rase dans la mesure où des œuvres précédentes ont été détruites.Mais elles demeurent reconnaissables, par la présence très notoire de leurs bandes horizontales cumulant des plis de papier.Une légère distorsion et l\u2019ajout d\u2019une diagonale transparente viennent cependant casser le format droit et rectiligne des estampes d\u2019origine.Bien qu\u2019il ne se soit pas tourné vers de nouveaux objets, de nouvelles matières, Jérôme Fortin se réinvente, tout en continuant à reproduire et à répéter sa signature.Inlassablement.Les œuvres exposées sont par ailleurs similaires à s\u2019y méprendre, et pourtant aucunement pareilles.Énième radeau Des variations sur un même thème, c\u2019est aussi ce qu\u2019Adad Hannah propose avec Le radeau de la Méduse (Saint Louis).Ce n\u2019est pas la première fois, loin de là, qu\u2019il fait dans la citation de chefs-d\u2019œuvre.Même que le tableau de Géricault lui avait déjà inspiré un projet en 2009.Vidéaste versé dans le tableau vivant \u2014 un plan fixe pour lequel ses modèles posent immobiles, autant que possible \u2014, Hannah est un méticuleux metteur en scène.Plus que jamais, l\u2019image s\u2019impose chez lui.Autrefois sculptural \u2014 comme ses explorations des Bourgeois de Calais, de Rodin \u2014, son travail est surtout pictural.Le drame maritime qu\u2019illustre Le radeau de la Méduse, Adad Hannah l\u2019inscrit dans l\u2019actualité.Ses naufragés sont noirs et il est impossible de ne pas songer à tous ces Africains qui s\u2019aventurent en mer Méditerranée sur des bateaux de misère.Hannah qualifie ce corpus de photos et de v idéos de « créat ion communautaire ».Il en a eu l\u2019idée lors d\u2019une résidence d\u2019ar tiste à Saint- Louis, ville du nord du Sénégal.La série a été créée avec l\u2019aide de 50 « locaux » et a été performée live dans le cadre de la Biennale de Dakar 2016.Précisons que c\u2019est vers cette localité portuaire que se dirigeait la Méduse en 1816, avant que son capitaine ne l\u2019abandonne.La reconstitution du Géri- cault n\u2019est pas ici fidèle à la composition originale, contrairement à ce que le même artiste avait fait en 2010 dans Le radeau de la Méduse (100 Mile House).Ancrée dans un espace-temps qui lui est propre, sa reprise a quelque chose de nouveau, d\u2019actuel.Les décors de cet autre radeau de la Méduse, y compris ce qui fait of fice d\u2019embarcation, ont été construits avec ce qu\u2019Adad Hannah a trouvé sur place, tel que des bouts de pirogue.Rafistolée, recréée de toutes pièces et reproduite dans différentes compositions, toutes semblables, la célèbre scène est lumineuse, comme le bleu des tissus qui servent à représenter la mer.Le pastiche est totalement assumé, avec un arrière-plan digne d\u2019un dessin naïf.Il fallait sur tout ne pas cacher qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019un théâtre de fortune, duquel néanmoins peut naître l\u2019espoir.Collaborateur Le Devoir Du déjà vu, et pourtant\u2026 Jérôme Fortin et Adad Hannah recyclent leurs propres idées et leurs œuvres Aurora Borealis, l\u2019installation consacrée Marc-Aurèle Fortin \u201cLa Vieille Forge\u201d, v.1945, aquarelle, 22\u201d x 28\u201d Toutes les œuvres sont disponibles pour achat Dernière exposition publique www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 26 mars MONTRÉAL annonce des circuits d\u2019été, d\u2019automne 22 avril MONTRÉAL et MONT-SAINT-HILAIRE Le papier sous toutes ses formes 7-10 mai NEW YORK : art et musique Yannick Nézet-Séguin au Met et au Carnegie Hall 17 juin INVERNESS : du bronze à l\u2019œuvre d\u2019art Voici les premiers beaux détours de 2017, la suite, le 26 mars ! La nouvelle brochure est arrivée?! SOURCE PIERRE-FRANÇOIS OUELLETTE ART CONTEMPORAIN Adad Hannah, The Raft of the Medusa (Saint-Louis) 2, ed.1/3, 2016 SOURCE VOX Aurora Borealis, entrée de la Place du Parc, Montréal, 1985, Centre international d\u2019art contemporain de Montréal. C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 E 9 non loin de la clinique la dépouille d\u2019une toute jeune femme à qui Jenny a refusé d\u2019ouvrir la por te, la veille, passé l\u2019heure de fermeture.« Les médecins sont formés pour sauver des vies, pour préserver la vie, rappelle Luc Dar- denne.Or la situation de Jenny est paradoxale, car voilà une médecin qui, involontairement certes, a contribué à ce qu\u2019une vie soit perdue.Elle n\u2019est pas responsable au sens légal, en cela qu\u2019elle n\u2019a commis aucun acte illégal et n\u2019a en rien participé au meur tre de la jeune fille, mais elle est coresponsable moralement.Elle le sait et c\u2019est ce sentiment de culpabilité qui déclenche en elle une forme presque de psychose.» Sous le choc, Jenny s\u2019emploiera en ef fet à découvrir coûte que coûte l\u2019identité de la victime, que tout un chacun est un peu trop prompt à affirmer ne pas connaître.Dans ce quartier populaire où les immigrants illégaux, les petits magouilleurs et les proxénètes côtoient des gens sans histoire qui souhaitent le rester, dif ficile de trouver quelque collaboration.Solidarité sociale On touche là, sans doute, à l\u2019un des principaux moteurs dramaturgiques du cinéma des frères Dardenne : la question de la solidarité sociale, trop absente de nos sociétés désormais, constatent-ils d\u2019un film à l\u2019autre.Les maux qui affligent leurs personnages découlent bien souvent de cela.Comme dans La promesse, dans Rosetta ou, plus récemment, dans Deux jours, une nuit, cette idée est exprimée par le truchement d\u2019un individu en éveil de conscience « forcé » qui tente de gagner d\u2019autres personnes à sa cause, avec à la clé, peu ou prou, un idéal de monde sinon meilleur, du moins un peu plus juste.« Luc et moi, nous constatons combien individualiste le monde devient, déplore Jean- Pier re Dardenne.Chacun pense d\u2019abord à son propre intérêt.Avec La fille inconnue, nous voulions explorer ça.Les gens que rencontre Jenny ne pensent en premier lieu qu\u2019à leur propre intérêt lorsqu\u2019elle les interroge sur la victime.De là, nous avons voulu voir de quelle manière Jenny pouvait \u201ctransmettre\u201d à d\u2019autres cette culpabilité qu\u2019évoquait Luc, afin que la vérité éclate.» Un point compliqué Jamais didactiques, toujours nuancés, les frères Dardenne tendent à créer des protagonistes pétris de contradictions.Car rien ni personne n\u2019est tout noir ou tout blanc, au fond.Ainsi en va-t-il dans La fille inconnue où, quoi qu\u2019elle professe au commencement, Jenny n\u2019est pas nécessairement plus forte que ses émotions.On en veut pour preuve cette scène lors de laquelle, rendant une dernière visite à un adolescent leucémique qu\u2019elle ne pourra plus suivre puisqu\u2019on lui a offert un poste dans un cabinet d\u2019un quartier chic, Jenny se ravise après que son patient lui eut composé une chanson.Essuyant une larme, elle lui propose de continuer de le traiter malgré son déplacement.«C\u2019est un point compliqué, estime Luc Dardenne.Nous avons plusieurs amis médecins, et c\u2019est vrai qu\u2019une certaine distance est requise pour poser un bon diagnostic.En même temps, l\u2019empathie est une qualité fondamentale\u2026 L\u2019équilibre n\u2019est pas évident.Dans le film, nous voulions que Jenny ait cela, mais à son insu.À la fin, elle devient la personne qu\u2019elle avait le potentiel de devenir.» Ce faisant, tant le film que son héroïne jettent un peu de bonté dans la grisaille du monde.C\u2019est dire qu\u2019au sein de l\u2019exigeante filmographie des frères Dardenne, La fille inconnue loge du côté de la lumière.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 DARDENNE CHEZ LES GÉANTS ?1/2 Documentaire d\u2019Aude Leroux- Lévesque et Sébastien Rist.Canada, 2016, 78 minutes.A N D R É L A V O I E F aut-il le déplorer ou s\u2019en réjouir ?Sous plusieurs aspects, Paulusie, un garçon d\u2019une sensibilité extrême, et Nikuusi, une fille ambitieuse et lumineuse, sont des adolescents comme les autres : bourrés de contradictions, capables de s\u2019aimer et de se détester en une fraction de seconde, accrochés à leur téléphone intelligent comme si leur vie en dépendait chaque instant.Ils vivent toutefois leurs rêves, et leurs désillusions, au milieu de la blancheur infinie du Nunavik, dans le village inuit d\u2019Inukjuat (en inuktitut, ça signifie « géant »), et c\u2019est là qu\u2019Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist sont allés à leur rencontre.Ce tandem de cinéastes (Call Me Salma, Au pied du mur) n\u2019a pas craint le froid ni la distance pour raconter son histoire, optant pour une approche poétique, question d\u2019en adoucir les angles, d\u2019en révéler aussi la part de mystère.Dans Chez les géants, ce quotidien n\u2019est en rien spectaculaire, et cette quiétude (apparente) permet plusieurs échappées oniriques, en phase avec les paysages de l\u2019Arctique, là où, pour Paulusie, il faut « essayer de comprendre la terre et l\u2019eau ».Les deux réalisateurs obser vent ces Roméo et Juliette d\u2019aujourd\u2019hui avec une fascination évidente, le tout sur plusieurs saisons, question d\u2019illustrer dans le menu détail l\u2019évolution psychologique de ce duo pour qui les choses ne sont pas si simples.L\u2019histoire familiale de Paulu- sie comporte une large part de blessures et d\u2019absences que tentent de soulager ses protecteurs, eux-mêmes affligés par les vicissitudes de l\u2019existence (maladie, vieillesse, pauvreté, isolement).Tout l\u2019amour du monde n\u2019arrive pourtant pas à éloigner les démons, dont ceux de la toxicomanie, rôdant autour de ce garçon pourtant si doux, mais qui peut s\u2019avérer violent et jaloux.Cette triste combinaison va d\u2019ailleurs le conduire en prison, lui qui a frappé non seulement un autre garçon qu\u2019il jugeait un peu trop amical avec Nikuusi, mais sa copine elle-même.Celle-ci a fait preuve d\u2019un courage inouï: porter plainte auprès des autorités.Cet incident malheureux, dont les cinéastes captent l\u2019onde de choc avec beaucoup de discrétion, précipite, en quelque sorte, la chute de cet être fragile dont la perspective d\u2019être emprisonné « dans le Sud » est accueillie avec un mélange de peur\u2026 et de curiosité.Car Paulusie « étouffe » dans ce village gangrené par les rumeurs et les ragots, rêvant de voir le monde, celui des grandes villes, tandis que Nikuusi aspire plutôt aux études collégiales.Oui, nous sommes bien chez les géants, mais ces deux-là ressemblent parfois à des colosses aux pieds d\u2019argile.Comme dans toute bonne légende qui se respecte, la peur et la mort s\u2019invitent sans crier gare.Avec délicatesse, le film illustre le douloureux passage du garçon en détention, images tirées de son journal intime où des dessins maladroits évoquent le caractère exigu des lieux et sa douleur d\u2019être arraché aux siens, lui que l\u2019on a vu menottes aux poignets.Plus tard, il prendra d\u2019autres décisions, plus radicales, laissant derrière lui des êtres meurtris, mais non pas moins déterminés à rester debout devant une immensité de neige, de glace et de solitude.Collaborateur Le Devoir Colosses aux pieds d\u2019argile Chez les géants confirme que les espoirs et tourments adolescents se ressemblent, peu importe la latitude L\u2019AVENIR ?1/2 Drame de Mia Hansen-Love.Avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka, Édith Scob.France-Allemagne, 2016, 98 minutes.O D I L E T R E M B L A Y D ans un film un peu trop cérébral, mais où Isabelle Huppert fascine par son pouvoir de se réinventer dans un rôle en perpétuel devenir entre force, vulnérabilité et sérénité palpitante, Mia Hansen- Love ouvre une fois de plus son monde intérieur au spectateur.Car tout est intime et écho à son propre univers d\u2019une façon ou d\u2019une autre dans L\u2019avenir, avec ici et là des fléchissements de dialogues témoins d\u2019une réalité qui chancelle.Tout n\u2019est pas au point, mais tout vibre dans ce film.Le cinéma français a traité d\u2019abondance le milieu bourgeois, à l\u2019encontre du septième art québécois, essentiellement populaire, mais l\u2019univers universitaire n\u2019est pas si souvent représenté.Surtout à travers la chute de ses repères ; le déjà-vu du cadre issu de la Nouvelle Vague se double ici d\u2019un écho d\u2019angoisse collé au nouveau millénaire.La cinéaste ultra-douée d\u2019Un amour de jeunesse et d\u2019Éden aborde avec L\u2019avenir, en partie inspiré par la vie de sa mère intellectuelle et professeure de philosophie, le départ nouveau que s\u2019offre une femme au soir de sa vie après que son monde a chaviré.Son mari (André Marcon, déjà admiré dans Marguerite) la laisse pour une autre.Elle perd sa charge de cours.Les enfants vont vivre leur vie hors du nid.La petite collection d\u2019édition philosophique qu\u2019elle dirige n\u2019est plus dans l\u2019air du temps.Même sa mère, infantile et possessive (Édith Scob, délicieusement rebelle), s\u2019ef fa- cera de son paysage.Il est bon que l\u2019avenir ne rime pas ici avec l \u2019âge tendre, mais avec une seconde vie possible pour une femme, au point de laisser l\u2019essentiel de sa vie active derrière elle, sans que le scénario lui offre la petite romance d\u2019automne pour la recaser vite fait.Sans enfermer son héroïne dans l\u2019amertume, la plaçant au contraire à travers un perpétuel mouvement qu\u2019endosse la caméra, montant dans des trains, des bus, propulsée entre ville et campagne, la jeune cinéaste française évite la victimisation de Nathalie et les pièges de la pesanteur.En est témoin ce lien d\u2019exception, ambigu et chaste, entretenu avec un étudiant (Roman Kolinka, séduisant fils de Marie Trintignant) de bout en bout à Paris et dans ce coin perdu du Vercors où il se refait une vie pastorale avec des compagnons, réinventant le monde en toutes langues, avec une candeur trop collée à L\u2019auberge espagnole de Kla- pisch.On y frôle les clichés sur fond de retour à la terre, mais Mia Hansen-Love est assez fine pour laisser la vie couler entre les personnages, sans les figer.L\u2019avenir est un joli film sur la liberté et non sur le deuil, où les per tes subies constituent de nouveaux tremplins.Ici, la mélancolie se marie aux petites joies et à un courage qui n\u2019est peut-être qu\u2019un instinct de survie.Huppert sait le porter en y glissant une douceur qui tranche avec le noyau dur de ses incar nations plus glaciales.Quant au dénouement, i l ouvre sur tous les possibles, histoire jamais terminée à laquelle Hansen- Love a le bon goût de ne jamais apposer le mot fin.Le Devoir Quand Huppert se fait fragile L\u2019avenir la pose dans un joli film sur les lendemains de la vie active RIDM Dans Chez les géants, la quiétude (apparente) permet plusieurs échappées oniriques, en phase avec les paysages de l\u2019Arctique.Mia Hansen-Love est assez fine pour laisser la vie couler entre les personnages, sans les figer CHRISTINE PLENIES La comédienne Adèle Haenel EYESTEELFILM Tout n\u2019est pas au point, mais tout vibre dans le film L\u2019avenir, réalisé par Mia Hansen-Love. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 E T D I M A N C H E 4 D É C E M B R E 2 0 1 6 CINEMA E 10 C U L T U R E présentement à l\u2019affiche ! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS « Un magni?que documentaire.» L.Bélanger, L\u2019Itinéraire « Beau, bon, instructif, émouvant.» Jean-Marc Limoges, Panorama-Cinéma Chez les géants Un ?lm d\u2019Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist, 78 min, VO inuktitut/anglais - STF Vaysha, l\u2019aveugle Un ?lm de Théodore Ushev, 8 min, STA Une tête disparaît Un ?lm de Franck Dion, 9 min, STA Fuocoammare, par-delà Lampedusa Un ?lm de Gianfranco Rosi, 109 min, VOSTF ous les jours T ous les jours T 1h undi 2 L 20h45 undi 17h L 19h t e es onneuv 335, boul.de mais berri-uqam a c qc.theque cinema 68 7 9 - 2 4 14) 8 (5 cinema cinema e quebecois .theque thequeqc lundi) - 3 $ - auf s 18h30 ( ous les jours T theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ RETOUR À CUBA de David Fabrega (Québec) Vostf.Le lundi 5 déc.| 16 h et 19 h 30 8,50 $ DOCUMENTAIRE F R A N Ç O I S L É V E S Q U E M ener à terme un projet de long métrage n\u2019est pas une mince affaire.Dans un petit marché comme le Québec, quiconque œuvre dans l\u2019industrie vous le dira : chaque film, bon ou mauvais, tient du miracle.Pour que cela fonctionne, il faut parfois se montrer fort imaginatif.D\u2019où le surcroît d\u2019intérêt que suscite D\u2019encre et de sang, un film coréalisé par pas moins de trois cinéastes.Entrevue plurielle autour d\u2019un défi singulier.Ils s\u2019appellent Alexis Fortier Gauthier, Francis For tin et Maxim Rheault.Anciens étudiants de l\u2019INIS, à l\u2019instar d\u2019ailleurs des trois coscénaristes Ariane Louis-Seize-Plouf fe, Kelly-Anne Bonieux et Rémi Dufresne, le trio de réalisateurs signe avec D\u2019encre et de sang un premier long métrage financé sous l\u2019égide du programme microbudget que Téléfilm Canada réserve aux productions émergentes de moins de 250 000 $.Un projet au cube Divisé en trois actes, c\u2019est de circonstance, le film conte d\u2019abord la rencontre à Montréal entre Sébastien, un libraire aux ambitions littéraires frustrées, et Joseph, un romancier renommé d\u2019origine haïtienne.Lorsque ce dernier décède de manière accidentelle, Sébastien subtilise l\u2019un de ses manuscrits inédits.On passe ensuite au point de vue de Sasha, la fille de Sébastien, jeune femme tourmentée qui, témoin de la mort de Joseph, entreprend de retrouver le fils du défunt, Sidney, dont le film épouse finalement la focalisation.À chaque partie son réalisateur.« C\u2019est Jeanne-Marie Poulain, la productrice, qui a allumé sur le programme de Téléfilm et qui a eu l\u2019idée d\u2019un film collectif », indique Maxim Rheault, réalisateur du deuxième acte.« Ça distinguait d\u2019entrée de jeu notre candidature, enchaîne Francis Fortin, qui a réalisé le troisième.Le programme de microbudget est là pour les gens qui débutent dans le long métrage, et l\u2019initiative de Jeanne- Marie permettait à plusieurs aspirants d\u2019avoir une chance en même temps.» Étonnante homogénéité Il n\u2019empêche, avec trois cinéastes pour autant de sensibilités distinctes, la cohésion stylistique que maintient le film ne dut pas être évidente à atteindre.« Au dépar t, on a tenu pour acquis qu\u2019il y aurait des disparités entre les trois segments, qu\u2019ils clasheraient un peu entre eux, et on était à l\u2019aise avec ça, explique Alexis Fortier Gauthier, responsable du premier acte.Mais au montage, on s\u2019est rendu compte que c\u2019était beaucoup plus homogène que ce qu\u2019on avait anticipé.» Cela s\u2019explique peut-être par le fait que les coréalisateurs se sont côtoyés en permanence sur le plateau.«On n\u2019a pas réalisé nos parties respectives en vase clos : on y allait en fonction des décors, rappelle à cet égard Maxim Rheault.Prenez la librairie : on a tourné à tour de rôle toutes les scènes qui devaient s\u2019y dérouler, dans chaque partie.Puis, toutes les scènes dans l\u2019appartement de Sébastien, etc.C\u2019est donc dire qu\u2019on s\u2019est vus travailler les uns les autres ; on s\u2019est vus diriger les acteurs et faire des choix de mise en scène.Hormis que c\u2019était en soi fascinant, ça imposait une discipline.C\u2019est-à- dire que, si je savais qu\u2019Alexis puis Francis avaient leurs scènes à tourner après moi, je ne pouvais pas déborder.C\u2019était une question de respect, d\u2019équité et de rigueur.» Penser cinéma On s\u2019en doute, avec à sa disposition un « microbudget », on a tout intérêt à faire preuve de débrouillardise.Et d\u2019ingéniosité.« On a eu 17 jours de tournage, c\u2019était donc assez serré, confirme Alexis Fortier Gauthier.On a découpé soigneusement avant de tourner : on ne pouvait pas se permettre de ne pas le faire.Avec ce type de projets, l\u2019idéal est de trouver un lieu principal pour chaque personnage et de s\u2019y tenir autant que possible afin de minimiser les coûts de production.C\u2019est le genre de contraintes prises en considération dès la scénarisation.On est quand même restés ambitieux dans notre mise en scène.Le film commence un peu en huis clos, mais il s\u2019ouvre par la suite.» Ainsi, les trois jeunes cinéastes avaient d\u2019emblée un impératif commun : penser cinéma.«On s\u2019est retrouvés avec un rythme de production télévisée, mais on devait arriver avec une proposition cinématographique, précise Francis Fortin.Ça nécessitait une grande flexibilité.À titre d\u2019exemple, Alexis a privilégié des longues prises, des plans-séquences, plutôt qu\u2019une multiplicité de plans qui auraient pourtant donné de la marge de manœuvre au montage.Ç\u2019a économisé du temps de tournage, mais c\u2019était risqué.Alexis s\u2019est commis, et ç\u2019a été payant : je trouve que ça donne un beau souffle à la première partie.» En fin d\u2019analyse, les trois complices dressent un bilan éminemment positif de l\u2019aventure ; une excellente façon, en l\u2019occurrence, de se doter d\u2019une carte de visite professionnelle.«Le fait d\u2019être en groupe, de pouvoir unir nos forces, nous a permis d\u2019en donner plus.Le film n\u2019a pas une facture \u201cmicro\u201d.Je doute qu\u2019aucun de nous aurait pu arriver à ce résultat tout seul », conclut Francis Fortin.Le Devoir D\u2019encre et de sang prend l\u2019affiche le 9 décembre.Cinéma tricéphale Les trois coréalisateurs du film D\u2019encre et de sang racontent les dessous de leur défi singulier PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le trio de réalisateurs : Alexis Fortier Gauthier, Francis Fortin et Maxim Rheault "]
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