Le devoir, 12 décembre 2016, Cahier A
[" V O L .C V I I N o 2 8 3 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Actualités \u203a Mouvement zéro déchet.Quand un géant de l\u2019alimentation en vrac cède sous la pression des consommateurs.Page A 4 Le Monde \u203a Extrémisme ou normalisation ?Une chronique de François Brousseau sur Donald Trump.Page B 1 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.B 5 Mots croisés.B 5 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Portrait des enfants pauvres du transport collectif à Montréal Page B 5 La protection du territoire nordique du Québec tarde à se concrétiser Page A 3 J E S S I C A N A D E A U L a Fondation de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui reprend du service après plusieurs années de «dormance», sollicite les enseignants pour se financer, leur proposant des déductions à même leurs chèques de paye.Cette façon de faire est considérée comme une véritable « insulte » par certaines personnes, sur tout dans un contexte où les écoles ont fait les frais de nombreuses compressions ces dernières années.Depuis quelques semaines, des formulaires sont distribués dans les pigeonniers des enseignants de la CSDM pour leur demander d\u2019aider leurs élèves en cotisant à la Fondation de la CSDM.On leur propose de faire jusqu\u2019à 26 déductions à la source sur une année.« On a eu beaucoup de réactions et d\u2019appels de professeurs à ce sujet-là, ils n\u2019en revenaient tout simplement pas.Ils nous disaient : mais quel culot de nous envoyer ça ! », affirme la présidente de l\u2019Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Renaud.«C\u2019est odieux» En novembre dernier, la présidente du syndicat a été contactée par la directrice de la Fondation, Adeline Caron, qui lui a fait part de son projet et a demandé une rencontre, qui aura lieu la semaine prochaine.« Tout de suite, ma réaction a été de dire : mais est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous demandez aux enseignants de l \u2019école publique de la CSDM, qui font déjà énormément, raconte Mme Renaud.Déjà, les enseignants ne sont pas payés à la hauteur de ce qu\u2019ils devraient être payés.Déjà, on fait beaucoup d\u2019heures de bénévolat.Déjà, plusieurs enseignants payent des collations, du matériel scolaire, des gants et des mitaines, des produits de base pour leurs élèves qui sont dans le besoin.Et il faudrait en plus que les enseignants payent de leur poche davan- ÉCOLES Les profs invités à donner La Fondation de la CSDM sollicite les dons d\u2019enseignants pour offrir des services aux élèves M A R I E - M I C H È L E S I O U I L a fin de semaine a été sanglante, sur la planète, et cinq pays pleurent des vies arrachées par des attentats qui ont comme point commun le mode d\u2019opération.En Égypte, en Turquie, au Yémen, au Nigeria et en Somalie, des bombes ont fait plus d\u2019une centaine de morts entre vendredi et dimanche.Les motivations des attaques \u2014 revendiquées tantôt par un groupe radical kurde (Turquie), tantôt par des groupes terroristes (al-Shabbaab en Somalie et le groupe armé État islamique au Yémen) \u2014 sont distinctes.Mais la manière de procéder, en attaquant des lieux non sécurisés, est la même.«Peu importe la motivation idéologique ou politique, l\u2019ampleur des attaques sur des soft targets est désormais plus grande.À Istanbul, par exemple, des policiers ont été visés, mais ils l\u2019ont été à l\u2019extérieur d\u2019un stade, et non dans un endroit sécurisé », a observé Bessma Momani, de l\u2019Université de Waterloo.Les soft targets, ou cibles fragiles, sont des lieux bondés, mais non sécurisés.Ils sont l\u2019église copte où a eu lieu un attentat qui a tué au moins 23 personnes, dimanche au Caire.Ils sont le marché de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, où des fillettes qui auraient 7 ou 8 ans se sont fait exploser et ont tué une personne, la même journée.Ils correspondent aux alentours du stade de l\u2019équipe de soccer de Be- siktas, à Istanbul, où un attentat-suicide et l\u2019explosion d\u2019une voiture piégée ont fait près de 40 morts samedi soir.Attentats divers, tactiques similaires Avec son puissant troisième album We Are the Halluci Nation, A Tribe Called Red porte son message social et politique à un niveau rarement entendu dans le registre de l\u2019Electronic Dance Music (EDM).Entrevue plus politique que musicale avec DJ NDN, à quelques jours de l\u2019avant-dernier spectacle de la tournée nord-américaine du trio, ce mercredi, au Théâtre Corona.P H I L I P P E R E N A U D P our le trio d\u2019Ottawa, faire de la musique est un geste politique.« J\u2019ai hâte de pouvoir dire que je suis simplement un musicien, et pas un autochtone qui fait de la musique , conf ie Ian Campeau, a l ias DJ NDN.Lorsqu\u2019on sor t un album, on dit encore que c\u2019est de la musique autochtone ; le jour où nous serons acceptés [comme tout le monde], on dira alors simplement que c\u2019est de la musique.C\u2019est là que tout ça cessera d\u2019être politique, j\u2019imagine\u2026 » Danser, un geste politique En mêlant EDM et pow-wow, A Tribe Called Red propulse une puissante charge sociale MATT BARNES Le groupe A Tribe Called Red allie musique électronique et musique de pow-wow.YASIN AKGÜL AGENCE FRANCE-PRESSE Une femme pleurait la mort d\u2019un proche dimanche soir à Istanbul, lieu de deux explosions qui ont fait au moins 38 morts.ATTAQUES TERRORISTES MEUR TRIÈRES EN SÉRIE VOIR PAGE A 8 : DONS VOIR PAGE A 8 : ATTENTATS VOIR PAGE A 8 : DANSER L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 2 SE LIT MAINTENANT EN TOUTE MOBILITÉ?! Téléchargez gratuitement la nouvelle application du Devoir et profitez d\u2019un accès illimité jusqu\u2019au 1er mars.R PA E T R FFE O S A R A H R .C H A M P A G N E L\u2019 arrivée du premier vol nolisé avec des Syriens à son bord avait pris des airs de fête l\u2019an dernier.Malgré les défis considérables auxquels ils font face un an plus tard, des politiciens québécois et canadiens ont tenu à souligner cet anniversaire dimanche, en se félicitant des réussites du programme d\u2019accueil.La ministre québécoise de l\u2019Immigration, Kathleen Weil, et son homologue fédéral, John McCallum, ont traversé tout sourire la grande pièce du Centre Phi à Montréal où avait lieu la cérémonie.Le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, et le maire Denis Coderre étaient également présents, parmi une foule dense de familles de réfugiés, cer taines accompagnées de leurs parrains et de représentants d\u2019organismes.La cible d\u2019accueil de 7300 personnes, fixée pour l\u2019ensemble de 2015 et 2016, sera atteinte, affirme Mme Weil, ajoutant que 6893 Syriens sont déjà arrivés.Des vols avec des centaines de réfugiés atterriront dans les prochaines semaines.« Le prochain défi est de les accompagner jusqu\u2019au marché du travail », avoue la ministre.Maintenant, l\u2019emploi Plusieurs témoignages ne laissent aucun doute sur les obstacles pour réussir ce pari.Hajjaj Aljayouch, chirurgien maxillo-facial, ne cachait pas son désarroi : « J\u2019ai trois enfants, c\u2019est dif ficile.» À ses côtés, la notaire à la retraite Lucie Cabana explique avoir entamé la démarche avec M.Al- jayouch pour la reconnaissance de ses diplômes et de sa spécialisation.« Ils arrivent démunis, mais bardés de diplômes, et on ne les guide pas vers les corps professionnels », déplore-t-elle.Une période cruciale s\u2019amorce donc selon eux, un avis partagé par Paul Clarke, directeur d\u2019Action Réfugiés Montréal.Jack Kas Barsoum, journaliste quand il était encore à Alep, expose quant à lui un dilemme courant, celui entre le travail et la francisation à temps plein.«Les compensations sont trop faibles», juge-t-il.Il souligne également la difficulté pour les personnes âgées d\u2019obtenir des prestations de retraite.Ceux laissés derrière «On a aussi plusieurs années de travail devant nous », dit M.Clarke, faisant référence aux dossiers en attente et à ceux qui seront déposés.Les délais de traitement ne sont toujours pas à la hauteur des expectatives, alors que les dossiers de 7705 Syriens acceptés sont toujours en file d\u2019attente.« Nos citoyens sont tellement généreux, ils veulent accueillir tant de réfugiés qu\u2019il est difficile pour moi d\u2019aller à leur vitesse», admet le ministre McCallum.Il reconnaît le travail qu\u2019il reste à faire, citant sa première conversation avec des Syriens nouvellement arrivés : « Ils m\u2019ont dit \u201cil reste des membres de notre famille en Syrie\u201d.» Questionnée sur un rehaussement possible des cibles pour 2017, la ministre Weil a quant à elle répondu que « chaque société fait ce qu\u2019elle peut », soulignant l\u2019effort « exceptionnel » du Québec en proportion de sa population.Sar wat Kadimati ne comprend pas la teneur de tous les discours, même s\u2019il a progressé jusqu\u2019au niveau 3 des cours de francisation en neuf mois à peine.Mais il sait que les autres membres de sa famille sont toujours en danger à Alep : « Si l\u2019occasion se présente, j\u2019aimerais bien qu\u2019ils viennent aussi », dit-il.Ruaa Mar ya, sa femme, tend une photo af fichée sur son cellulaire : on y voit ses deux nièces tuées dans un bombardement la semaine dernière à Alep, alors qu\u2019elles se rendaient à l\u2019école.Deux des sœurs de M.Kadimati ont aussi été kidnappées.« Sortir du pays est maintenant une mission impossible », résume Imed Youcefi, leur bénévole pour l\u2019occasion.Plus de la moitié de la population syrienne a dû fuir son foyer depuis le début du conflit en 2011.Le Devoir RÉFUGIÉS SYRIENS Un premier anniversaire doux-amer Un an après l\u2019arrivée du premier vol, les cibles gouvernementales sont sur le point d\u2019être atteintes, mais les nouveaux arrivants font toujours face à des défis considérables ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Ruaa Marya (en haut à gauche), son mari, Sarwat Kadimati, et leurs deux filles s\u2019inquiètent pour leurs proches restés à Alep.R O X A N N E O C A M P O - P I C A R D D es centrales syndicales et des organismes de défense des chômeurs réclament une réforme du système de règlement de litiges en matière d\u2019assurance-emploi.Le secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Serge Cadieux, exhor te le gouvernement de Justin Trudeau à respecter son engagement électoral et à revoir la structure du Tribunal de la sécurité sociale (TSS).Il estime que la « fenêtre est bonne » pour un tel réaménagement, alors que le mandat des décideurs nommés sous Stephen Harper vient à échéance cette année.Mettre fin à la partisanerie M.Cadieux réclame par ailleurs que les prochaines nominations reposent sur les compétences relatives au droit et aux relations du travail \u2014 et non sur la partisanerie.Il estime que la composition actuelle du TSS est issue de « la machine conservatrice », soulignant qu\u2019elle compte même plusieurs candidats défaits.La FTQ, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE) souhaitent un retour au processus tripartite qui prévoit des conseils arbitraux formés d\u2019un président et de deux représentants, soit pour les employés et le patronat.La complexité des procédures a dissuadé des milliers de chômeurs de contester une décision, ont-ils décrié dimanche, à l\u2019occasion d\u2019une conférence de presse conjointe.Normes bafouées Le MASSE et les centrales syndicales tiennent aussi à souligner que les délais de traitement ont « explosé », s\u2019étirant par fois au-delà d\u2019un an.Ils dénoncent également la tenue d\u2019audiences par téléphone ou visioconférence, ce qui constitue selon eux une atteinte à l\u2019accès à la justice.En 2014-2015, plus de 68 % des audiences se sont déroulées ainsi, rapporte le MASSE.«On ne respecte pas les normes d\u2019équité procédu- rales les plus élémentaires», a déploré Serge Cadieux, en entrevue avec La Presse canadienne.Le secrétaire général de la FTQ dit cependant percevoir une certaine ouverture du côté du gouvernement fédéral.Il rencontrera le ministre des Familles, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, mardi.La Presse canadienne ASSURANCE-EMPLOI Des défenseurs des droits des sans-emploi réclament une réforme du Tribunal de la sécurité sociale C A R O L I N E M O N T P E T I T L\u2019ouverture du restaurant de luxe L\u2019Atelier de Joël Robu- chon, au Casino de Montréal, fait des vagues dans le monde québécois de la restauration.Le propriétaire du restaurant Joe Beef, David McMillan, dénonce le fait que la société Loto-Qué- bec ait investi dans un concept français plutôt que de faire la promotion des restaurateurs québécois.Le vice-président de l\u2019Association des restaurateurs du Québec, François Meunier, parle également de «concurrence déloyale» pour les autres restaurants haut de gamme de Montréal.Depuis mercredi, le restaurant L\u2019Atelier Montréal a ouvert ses por tes au casino.Il s\u2019agit d\u2019un concept qui compte plusieurs succursales dans le monde, et dont Joël Robuchon, le chef le plus étoilé au monde, est le propriétaire.Pour David McMillan, il s\u2019agit d\u2019une sorte de « McDonald\u2019s de luxe », lourdement financé par les fonds publics québécois, qui lui livre une concurrence directe pour « les repas à 250$ le couvert », dit-il.Or, Loto-Québec refuse catégoriquement de dévoiler l\u2019entente qui la lie à Joël Robu- chon, ainsi que les sommes qui sont en cause.Le responsable des relations publiques de Loto-Québec, Patrice Lavoie, soutient que le restaurant of fre un menu composé de produits québécois et que son chef, Éric Gonzalez, est lui-même québécois.Cer tains restaurateurs du Québec auraient cependant préféré qu\u2019on les consulte directement sur la carte, le personnel, le design et les accessoires de ce restaurant haut de gamme, pour créer une adresse typiquement québécoise.Occasion ratée Le mécontentement contre L\u2019Atelier de Joël Robuchon provient en par tie de Lesley Chesterman, critique gastronomique au quotidien Montreal Gazette, qui dénonce depuis le début ce choix de la société d\u2019État québécoise.« La vaisselle a été importée d\u2019Europe, et les chefs sont allés suivre leur formation en France», dit-elle, n\u2019hésitant pas à parler d\u2019une décision de colonisés.Pour plusieurs, le chef des cuisines du Casino de Montréal, Jean-Pier re Cur tat, a poussé encore plus loin l\u2019insulte en demandant à Joël Ro- buchon de devenir l\u2019ambassadeur de la cuisine québécoise dans le monde.Pourtant, la cuisine québécoise vit un âge d\u2019or dans l\u2019opinion publique mondiale.Le restaurant Joe Beef est le seul restaurant canadien à être sur la liste des 50 meilleurs restaurants au monde de San Pellegrino, et le magazine Town and Country a désigné en 2016 Montréal comme étant la capitale gastronomique d\u2019Amérique du Nord, surpassant New York.Pas contre Robuchon La critique ne s\u2019adresse pas à l\u2019individu Robuchon, que l\u2019on reconnaît « comme une étoile dans le firmament de l\u2019industrie», dit François Meunier.Le fait qu\u2019il ait installé son restaurant à Montréal plutôt qu\u2019à Toronto est d\u2019ailleurs un indicateur de la qualité gastronomique de la restauration mont- réalaise.Mais le fait est que les restaurants privés du Québec ne bénéficient d\u2019aucune subvention pour mener à bien leur entreprise.Pour M.Meunier, le Casino de Montréal constitue depuis ses débuts un concurrent pour les entreprises privées de la restauration à Montréal.« On aurait voulu que le casino soit au centre-ville, pour que les usagers viennent manger dans les restaurants privés », dit-il.Le Devoir CASINO DE MONTRÉAL Le choix d\u2019un établissement français indigne les restaurateurs Le milieu québécois de la restauration se demande pourquoi Loto-Québec n\u2019a pas privilégié une entreprise locale La cuisine québécoise vit un âge d\u2019or dans l\u2019opinion publique mondiale On ne respecte pas les normes d\u2019équité procédurales les plus élémentaires Serge Cadieux, secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec « » L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 ACTUALITES A 3 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 I l y a vingt ans, le 14 décembre exactement, Gaston Miron est mort.Le lendemain, un dimanche, je me suis retrouvé chez lui, dans un espace qui m\u2019était familier mais désormais privé des formidables lancées de sa voix.Depuis mon arrivée à Montréal, Miron s\u2019était beaucoup occupé de moi, jusqu\u2019à devenir une sorte de figure tutélaire.Il m\u2019offrait des livres, me présentait à gauche et à droite, me traînait à des événements culturels, parfois contre mon gré.Il participait activement à mon éducation, au décloisonnement de mon imagination, avec un sens de la transmission qui lui était propre, tel qu\u2019il l\u2019avait fait auparavant pour d\u2019autres, dans une sorte de fraternité où la frontière des âges n\u2019existe pas.Miron s\u2019employait au quotidien à sortir son pays d\u2019un certain provincialisme.Pour lui, une langue, une culture et un vouloir-vivre en commun devaient recevoir l\u2019appui constant d\u2019une volonté collective qui partout s\u2019appelle un État.Vingt ans ont passé.Miron me manque.Je me sens pourtant de moins en moins apte à parler de lui correctement.Peut-être à cause de ce décalage que je ressens de plus en plus entre l\u2019homme vivant que j\u2019ai connu et celui que la société envisage maintenant à titre de monument.Après sa mort, l\u2019été venu, j\u2019ai essayé de retrouver au milieu du cimetière de Saint-Agathe-des- Monts le lieu exact où j\u2019avais lancé en hiver sur son cercueil une poignée de gravats froids.Je n\u2019ai pas retrouvé son tombeau.Il faut dire que je ne me suis pas employé à le chercher bien longtemps : chemin faisant, ce bref pèlerinage avait suffi à me convaincre que Miron continue de marcher près de moi sans que je doive m\u2019appuyer sur les béquilles d\u2019une pareille mélancolie.La première fois que j\u2019ai vu Miron, j\u2019étais étudiant à Québec.Un après-midi, contre toute attente, il est apparu dans une librairie de la rue Saint-Jean où j\u2019avais comme lui mes habitudes.Le libraire est sorti de derrière son comptoir pour l\u2019accueillir.Un petit groupe de curieux s\u2019est rapproché pour former un demi-cercle afin de pouvoir mieux l\u2019entendre.Quelqu\u2019un à ce moment a avancé qu\u2019il était de la dimension d\u2019un Félix Leclerc.Miron a repoussé tout de suite l\u2019idée.La question de son travail n\u2019était pas à poser dans les termes d\u2019une comparaison pareille, disait-il.Une culture n\u2019était pas l\u2019af faire d\u2019un concours de popularité.En un mot, tout ne se résume pas à la place qu\u2019on donne à des chansons.Chez lui à Montréal, boulevard Saint-Joseph, Miron accumulait dans une bibliothèque de vieilles anthologies de poésie.«Tiens, ouvres-en une au hasard», me dit-il un soir où nous revenions ensemble de notre visite habituelle aux marchands de journaux.«Connais-tu ce poète?», me disait-il sans que sa mâchoire cesse un curieux mouvement de cisaillement.«Et l\u2019autre ensuite, on ne le connaît pas davantage! Ils étaient importants.Et tous sont oubliés ! » Une formidable leçon d\u2019humilité qu\u2019il transposait à l\u2019échelle de notre temps.«Ce sera bien si on se souvient de deux ou trois de mes poèmes.» Mais le fait est que, vingt ans après sa mise en terre, rien de lui n\u2019a été oublié.Tout le monde parle aujourd\u2019hui de la poésie de Miron.L\u2019homme rapaillé est dévoré.Ce n\u2019est pas pour rien que les étudiants du printemps érable portaient ses vers en effigie de leur révolte.Mais à l\u2019heure de souligner le vingtième anniversaire de sa mort, je laisse à d\u2019autres le soin de parler de la longue marche de son œuvre.Moi, c\u2019est de l\u2019homme vivant que je m\u2019ennuie.Miron était une véritable forge à mots.Il s\u2019intéressait à tout, disséquait de son regard et de ses considérations toutes les facettes du monde sensible.Certes, il jouissait déjà d\u2019un statut informel de poète national, mais cela ne se sentait pas du tout au quotidien.Nous parlions.Nous marchions.Nous mangions.Il mangeait mal d\u2019ailleurs, selon un horaire sans cesse remanié selon ses engagements fluctuants.À l\u2019été 1996, au moment où je m\u2019apprêtais à partir pour l\u2019étranger, je me souviens qu\u2019il n\u2019avait pas réussi à terminer un de ces épouvantables hamburgers qu\u2019il commandait au comptoir d\u2019un restaurant plutôt douteux que lui seul ou presque osait encourager.À mon retour au pays, Miron était alité à l\u2019hôpital Notre-Dame.Je suis allé le voir tout de suite.«Mon tour est venu pour Notre-Drame», me dit-il en m\u2019expliquant sa condition, assis sur un fauteuil défoncé en vieux vinyle froid.Considérablement affecté par ses traitements, il vint tout de même au Salon du livre de Montréal en novembre.Je me souviens d\u2019un photographe qui le pourchassait.Devant ce faiseur d\u2019images par trop insistant, Miron enleva soudain sa casquette de gavroche pour révéler les effets saisissants de cette science qui nous donne désormais la chance de vivre plus longtemps avec notre cancer\u2026 Le monsieur recula d\u2019un pas, s\u2019excusa, décampa.C\u2019était il y a longtemps.Il y a vingt ans déjà.Pourtant c\u2019était hier, en une journée froide de décembre.Ses funérailles furent nationales.Ce fait est sans précédent chez nous pour un écrivain.On l\u2019a beaucoup répété, comme si cela pouvait constituer une forme de consolation à sa disparition.Quelques heures après les funérailles, je remontai dans un avion.Je me rendis compte alors qu\u2019il ne serait pas facile d\u2019aimer ce mort pour moi à jamais si vivant.jfn@ledevoir.com Littérature Miron A L E X A N D R E S H I E L D S M ême s\u2019il a promis de protéger 20% du territoire du Plan Nord d\u2019ici 2020, le gouvernement Couillard est encore loin du compte.Les données consultées par Le Devoir indiquent qu\u2019à peine plus de la moitié de l\u2019objectif a été atteint jusqu\u2019à présent.Le gouvernement a toutefois bon espoir de ne pas rater sa cible.Il devrait d\u2019ailleurs le réaffirmer dans le cadre du sommet Arctic Circle sur le développement nordique qui s\u2019ouvre ce lundi à Québec.En relançant officiellement le Plan Nord en avril 2015, avec des investissements publics prévus de 1,3 milliard d\u2019ici 2020, le gouvernement a aussi promis d\u2019en faire «une référence en matière de développement nordique responsable et durable».Parmi les « interventions prioritaires » inscrites dans le plan libéral en matière de « protection de l\u2019environnement », Québec s\u2019est alors engagé à établir des aires protégées sur un total de 20 % du territoire du Plan Nord, soit toute la portion du Québec située au nord du 49e parallèle.En tenant compte de la superficie totale de ce territoire, soit 1,2 million de kilomètres, cette cible de 20 % représente environ 240 000 km2.Or, à l\u2019heure actuelle, les données officielles indiquent qu\u2019à peine 11 % du territoire visé par le Plan Nord est désigné comme aire protégée, soit environ 132 000 km2.Cette super ficie comprend cependant des zones mises «en réserve », donc en attente d\u2019un statut permanent de protection.Trop lent Pour Nature Québec et la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), il est clair que le gouvernement de Philippe Couillard n\u2019en fait pas assez pour protéger la biodiversité nordique du Québec, malgré les promesses inscrites dans le Plan Nord.« Les progrès sont beaucoup trop lents », déplore Sophie Gallais, chargée de projet à Nature Québec, à la lumière des données sur les superficies protégées.Elle rappelle d\u2019ailleurs que la promesse d\u2019établir des aires protégées sur 20 % du territoire du Plan Nord remonte à 2011, au moment de la première annonce sous le gouvernement libéral de Jean Charest.Cela signifie, selon les chif fres compilés par Mme Gallais, que la super ficie d\u2019aires protégées au nord du 49e parallèle a progressé de seulement 1,2 % en cinq ans.«Si on parle d\u2019un Plan Nord exemplaire pour ce qui est du développement durable, il faut absolument s\u2019assurer de préserver ce qui doit l\u2019être, dont les sites écologiques importants pour des questions culturelles ou naturelles », estime pourtant Mme Galais.Pressions minières Pour les groupes environnementaux, l\u2019urgence d\u2019agir est d\u2019autant plus grande que certaines zones nordiques importantes d\u2019un point de vue écologique sont déjà convoitées par l\u2019industrie minière, en raison de leur fort potentiel pour différents minerais.C\u2019est le cas de la Fosse du Labrador, cette vaste zone qui s\u2019étend sur une distance de plus de 1000 kilomètres selon une orientation nord-sud, et dont le potentiel en fer et autres minerais est jugé considérable.De nombreux titres miniers y sont actifs et au moins une dizaine de projets miniers importants sont actuellement en développement dans cette région, selon les données du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles.Qui plus est, le gouvernement Couillard a déboursé près de 20 millions de dollars pour la réalisation d\u2019une étude de faisabilité pour une nouvelle voie ferrée dont la construction faciliterait l\u2019exploitation minière dans cette région.Un mandat de lobbying inscrit par l\u2019Association de l\u2019exploration minière du Québec a aussi pour objectif que «des orientations soient prises dans le but de favoriser l\u2019accès au territoire et la connaissance géoscientifique du territoire pour des activités d\u2019exploration minière sur le territoire du Québec».Dans ce contexte de « pressions industrielles croissantes », la porte-parole de la SNAP Québec, Alice de Swarte, estime que le gouvernement devrait à tout le moins « prendre des mesures de conservation intérimaires », notamment en imposant une protection temporaire des territoires « déjà identifiés pour leur valeur écologique et culturelle ».Une telle mesure semble d\u2019autant plus importante, selon Mme Galais, que le gouvernement s\u2019est également engagé à réserver 30% du territoire du Plan Nord «à des fins autres qu\u2019industrielles» d\u2019ici 2050.«Une telle planification territoriale prend du temps, explique-t-elle.Mais pendant ce temps, le développement industriel ne va pas s\u2019arrêter, ni faire une pause.Il faut donc établir une protection temporaire pour les secteurs d\u2019intérêt écologique, le temps qu\u2019on analyse la situation et qu\u2019on détermine ce qu\u2019on veut préserver.» Québec déterminé Interpellé par Le Devoir, le cabinet du ministre de l\u2019Environnement, David Heurtel, a réaffirmé les objectifs fixés par les libéraux en 2011, puis en 2015.«Le gouvernement est clairement déterminé à atteindre ses objectifs », a répondu son attachée de presse, Émilie Simard.Selon Québec, l\u2019objectif de 20 % d\u2019ici 2020 pourra être atteint «en misant sur les démarches régionales de planification des aires protégées menées dans les régions de la Côte-Nord, du Sa- guenay\u2013Lac-Saint-Jean et du Nord-du-Québec en collaboration avec les acteurs gouvernementaux, locaux et régionaux».«Le gouvernement du Québec poursuit ses actions, a aussi précisé Mme Simard.Nous avons d\u2019ailleurs annoncé la création de nouvelles aires protégées, soit la réserve aquatique projetée de la Rivière- Kovik ainsi que les réserves de biodiversité et aquatiques dans le secteur de la rivière Broadback.» Retard au Sud Si la protection du territoire nordique tarde à se concrétiser, la situation est la même à l\u2019échelle de la province.À l\u2019heure actuelle, le Québec compte moins de 10% d\u2019aires protégées en milieu terrestre, selon les calculs de la SNAP Québec.Or, le gouvernement avait pris l\u2019engagement d\u2019atteindre un taux de 12% avant la fin de l\u2019année 2015.Le Québec a aussi beaucoup à faire pour atteindre son objectif de protection de 10 % de son milieu marin d\u2019ici 2020.À ce jour, à peine 1,3 % de ce territoire est protégé.Or, selon les calculs du biologiste Sylvain Archambault, de la Coalition Saint-Laurent, les projets actuellement connus permettraient même de dépasser l\u2019objectif de 10 %.Le Devoir PLAN NORD La protection du territoire nordique tarde à se concrétiser Québec n\u2019a atteint que la moitié de l\u2019objectif qu\u2019il s\u2019est fixé pour 2020 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les données of ficielles indiquent qu\u2019à peine 11% du territoire visé par le Plan Nord est désigné comme aire protégée, soit environ 132 000km2.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Forum international Le gouvernement de Philippe Couillard est l\u2019hôte cette semaine, à Québec, du sommet Arctic Circle, sur le thème «Le développement durable des régions nordiques: une approche intégrée et partenariale».Ce forum international, qui se réunit chaque année, regroupe des représentants de différents États et de communautés autochtones du Nord, mais aussi des gens d\u2019affaires et des chercheurs.Lors du sommet qui se tient lundi et mardi, la ministre de l\u2019Environnement du Canada, Catherine McKenna, doit notamment aborder la question des changements climatiques dans les régions nordiques.Parmi les invités, on compte notamment le prince Albert II de Monaco et la séna- trice de l\u2019État de l\u2019Alaska, Lesil McGuire.«Il s\u2019agit d\u2019une excellente occasion pour le gouvernement du Québec de partager la démarche de planification intégrée et partenariale du Plan Nord», a aussi précisé au Devoir le porte-parole de la Société du Plan Nord, Guillaume Lavoie. L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 4 A N N A B E L L E C A I L L O U P ressée par la demande grandissante de ses clients séduits par le mouvement zéro déchet, l\u2019entreprise Bulk Barn fait un pas de plus pour l\u2019environnement.S\u2019inspirant des épiceries de quartier qui tentent de réduire leur volume de déchets, la plus grande chaîne d\u2019alimentation en vrac du Canada permet désormais à sa clientèle d\u2019utiliser ses propres contenants en magasin.Le projet-pilote d\u2019une durée d\u2019un mois a été lancé le 8 décembre dans 10 succursales au Québec, qui en compte actuellement une trentaine.Il va permettre de sonder l\u2019accueil des consommateurs et d\u2019analyser l\u2019organisation que cela nécessite.Le programme sera ensuite introduit dans tous les magasins du pays durant le mois de janvier.«Ça fait un moment qu\u2019on y pensait, mais on voulait être bien préparés, confie le responsable des succursales Bulk Barn au Québec, Marc L\u2019écuyer.On a conscience de notre impact sur l\u2019environnement et il est temps de réduire notre utilisation du plastique.C\u2019est une évolution naturelle des mentalités.» La récente multiplication des épiceries zéro déchet a influé sur cette décision, recon- naît-il.La demande des clients était même plus grande ici, au Québec.Dans la dernière année, des pétitions ont circulé sur les réseaux sociaux pour faire pression sur le détaillant.« C\u2019était courant de voir des clients arriver avec leur pot et repar tir la mine basse parce qu\u2019on ne pouvait pas les autoriser à l\u2019utiliser, explique- t-il.On a même dû devancer le projet prévu pour 2017.On l\u2019a même lancé dès septembre à Toronto.» Lysandre Trudeau fait partie de ces consommateurs déçus.En septembre, la jeune femme s\u2019est vu refuser la possibilité de remplir son contenant.« On m\u2019a expliqué que c\u2019était une question d\u2019hygiène, que je devais utiliser leurs sacs recyclables.J\u2019ai refusé et je n\u2019y suis jamais retournée » , ex- plique-t-elle.Elle s\u2019est réjouie en apprenant l\u2019arrivée du projet dans une succursale près de chez elle.Éviter les contaminations L\u2019enjeu de propreté était au cœur des réticences de la chaîne ontarienne.« Il fallait former nos employés, qui vont inspecter les récipients des clients.On devait penser à la façon de communiquer avec eux sans les froisser si leur pot est sale.On n\u2019est pas là pour nettoyer, c\u2019est leur responsabilité », explique Marc L\u2019Écuyer.Le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, minimise toutefois les inquiétudes de Bulk Barn.À ses yeux, le problème ne vient pas du contenant, mais des pelles utilisées.«Les pots ne touchent jamais les condiments.Par contre, les clients sont en contact avec les cuillères ; on touche la poignée, on la remet dans le bac de noix ou de raisins ensuite.» Pour éviter toute contamination, les pelles des Bulk Barn se retrouvent justement dans un compartiment séparé des bacs d\u2019aliments.Encourager les clients Si le programme de contenants réutilisables fera officiellement son entrée dans toutes les succursales de Bulk Barn d\u2019ici peu, celles-ci continueront de distribuer gratuitement des sacs recyclables à leur clientèle.Une démarche qui pourrait décourager certains de changer leurs habitudes de consommation.Un incitatif, comme une réduction pour ceux qui apportent leur contenant, pourrait changer la donne, croit Karel Ménard.La porte-parole en matière de consommation responsable chez Équiter re, Colleen Thorpe, partage son opinion.Elle croit même que le système « pollueur-payeur », très utilisé en Europe, serait plus ef ficace.« En Amérique du Nord, on persiste à faire un rabais à ceux qui apportent leur sac réutilisable, pourquoi ne pas punir ceux qui n\u2019en ont pas en les faisant payer plus?» À ses yeux, le travail de sensibilisation auprès des consommateurs revient davantage aux épiceries de quartier qu\u2019aux supermarchés.« Les grands magasins rejoignent peut-être plus de monde, mais ont-ils le temps d\u2019expliquer aux clients l\u2019importance de changer ses habitudes?» Bannir les sacs de plastique?Pour la propriétaire de l\u2019épicerie zéro déchet Méga Vrac, Ahlem Belkheir, bannir les sacs plastiques était l\u2019ultime solution.Il y a quelques mois, ce magasin de la rue Masson portait le nom de Fou délices et proposait produits emballés et sacs plastiques aux clients.Face à la demande croissante des habitués qui arrivaient avec leurs propres contenants, la propriétaire a décidé de faire la transition vers le zéro déchet.Elle reconnaît toutefois avoir perdu quelques clients.«Certains étaient mécontents que j\u2019enlève les sacs plastiques et ne trouvaient pas pratique d\u2019apporter leur pot.» Elle a par contre attiré une nouvelle clientèle, plus sensible aux enjeux environnementaux.Elle se félicite surtout d\u2019avoir changé les mentalités de la plupart de ses clients réguliers.«Ils ont commencé par prendre les sacs en papier disponibles et maintenant ils apportent leur récipient.C\u2019est ça, le défi des épiceries qui vivent la transition vers le zéro déchet.Celles qui ouvrent directement avec cette étiquette risquent à la base d\u2019attirer des gens déjà \u201cconscientisés\u201d», croit-elle.Aux yeux de Karel Ménard, bannir radicalement les sacs de plastique des Bulk Barn ne ferait que déplacer le mal de place.« Ils perdraient des clients qui iraient ailleurs, car les gens ont l\u2019habitude d\u2019utiliser les sacs de plastique.Ça prend trois générations avant que les comportements changent, alors ça ne sert à rien de brusquer les choses.Il faut se diriger vers le bannissement des sacs en trouvant des alternatives.» Colleen Thorpe pense quant à elle qu\u2019il revient aux municipalités de légiférer et de bannir les sacs de plastique, pour faire une réelle différence.À la source du problème Agréablement surprise par la décision de la chaîne d\u2019alimentation, Colleen Thorpe pense que Bulk Barn pourrait pousser ses concurrents à l\u2019imiter.L\u2019étape suivante pour réduire son impact environnemental serait, selon elle, de réduire les emballages auprès des fournisseurs et de se diriger vers des produits biologiques et locaux.Une opinion que ne partage pas Lysandre Trudeau.« J\u2019ai fait le tour des épiceries zéro déchet à Montréal, c\u2019est souvent cher parce que tout est local et biologique, déplore-t-elle.Les produits Bulk Barn sont plus abordables, c\u2019est une façon de démocratiser le mode de vie zéro déchet.» Le Devoir MOUVEMENT ZÉRO DÉCHET Bulk Barn cède sous la pression des consommateurs Le géant canadien de l\u2019alimentation en vrac permettra aux clients d\u2019utiliser leurs propres contenants PHOTOS GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Le projet-pilote d\u2019une durée d\u2019un mois a été lancé le 8 décembre dans 10 succursales au Québec.L a Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) exhorte la direction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) à divulguer comment elle compte réaliser les compressions budgétaires de l\u2019ordre de 28 millions de dollars récemment annoncées.La présidente de la FIQ, Ré- gine Laurent, fait état d\u2019un manque de transparence alors que la direction s\u2019apprêterait à faire des coupes dans les mesures encadrant la prestation sécuritaire des soins.Mme Laurent accuse par ailleurs le gouvernement provincial de cautionner l\u2019omer tà qui règne à ses yeux dans l\u2019établissement.Déjà des coupes Elle tient à souligner que les coupes réalisées dans le nettoyage des salles d\u2019opération ont mené à une hausse du nombre d\u2019infections.La formation du personnel dans les unités de soins palliatifs et d\u2019oncologie, qui feront l\u2019objet d\u2019une fusion, a également écopé, indique-t-elle.« Le Centre universitaire de santé McGill a ouver t seulement en 2015 en PPP et, depuis, on n\u2019est même pas encore rendus en 2017, il y a des coupes de 60 millions », a déploré la présidente de la FIQ, en entrevue avec La Presse canadienne.«Malgré ce que dit notre ministre de la Santé, ça a des impacts sur les soins et sur notre capacité à exercer de façon correcte au CUSM», a-t-elle poursuivi, évoquant une surcharge des professionnels, dont le taux d\u2019absentéisme aurait d\u2019ailleurs grimpé.La présidente du syndicat local, Denyse Joseph, dit pour sa part assister à «un changement de culture total » du côté de l\u2019employeur, qu\u2019elle juge fermé au dialogue.« On nous arrive avec les faits accomplis », dénonce-t-elle.La Presse canadienne COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES La FIQ accuse le Centre universitaire de santé McGill d\u2019imposer l\u2019omerta C A T H E R I N E H O U R S à Paris La flambée depuis dix ans des émissions de méthane, un gaz à effet de serre plus nocif pour le climat que le CO2, risque de compromettre la lutte contre le réchauffement climatique, ont mis en garde des experts lundi.«Il faut de toute urgence s\u2019attacher à quantifier et réduire les émissions de méthane», plaident dans un éditorial ces chercheurs qui ont coordonné un bilan mondial mené par plus de 80 scientifiques de 15 pays.Après un léger ralentissement entre 2000 et 2006, la concentration de méthane dans l\u2019atmosphère a crû dix fois plus rapidement la décennie suivante, relève l\u2019étude parue dans le journal Earth System Science Data.« Contenir le réchauf fement sous 2°C est déjà un défi considérable », soulignent ces mêmes chercheurs dans le bulletin Environmental Research Letters, à propos de l\u2019objectif que la communauté internationale s\u2019est fixé fin 2015 dans l\u2019accord de Paris.«Un tel objectif deviendra de plus en plus dif ficile à tenir si l\u2019on ne réduit pas les émissions de méthane fortement et rapidement», ajoutent-ils.Résultat de l\u2019exploitation des énergies fossiles ou plus probablement des activités agricoles: les chercheurs formulent plusieurs hypothèses pour tenter d\u2019expliquer cet emballement.Croissance imprévue Les concentrations augmentent de plus en plus vite depuis 2007, avec en particulier une for te accélération en 2014 et 2015.Au point qu\u2019aucun scénario moyen du dernier rapport du GIEC, synthèse de référence sur le climat, ne montrait cette évolution.«De façon inquiétante, la vitesse d\u2019augmentation se rapproche du scénario le plus pessimiste », souligne Marielle Sau- nois, de l\u2019Université de Versailles Saint-Quentin (UVSQ).Deuxième grand gaz à effet de serre lié aux activités humaines, après le dioxyde de carbone (CO2), le méthane contribue pour quelque 20 % au réchauffement en cours.Jusqu\u2019ici, les mesures contre le réchauffement climatique se sont largement concentrées sur le CO2, issu pour une large part des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), et qui représente 70% des gaz à effet de serre.Or, le méthane est 28 fois plus «réchauffant» que le CO2 \u2014 tout en persistant moins longtemps dans l\u2019air (environ 10 ans).Il est plus difficile à pister que le CO2, car plus diffus, et une bonne part provient de sources «naturelles » (zones humides, formations géologiques).Cependant, selon l\u2019étude, 60% des émissions de méthane sont liées aux activités humaines : notamment 36 % viennent de l\u2019agriculture (éructations des ruminants et rizières) et du traitement des déchets.D\u2019ailleurs les chercheurs privilégient cette hypothèse pour expliquer la hausse des émissions (selon la FAO, le nombre de têtes de bétail est passé de 1,3 milliard en 1994 à 1,5 milliard 20 ans plus tard).Mais ils n\u2019excluent pas non plus le rôle des énergies fossiles dans ce boom.Quelque 21 % des émanations de méthane sont de fait dues à l\u2019exploitation du charbon, du pétrole et du gaz : de l\u2019extraction jusqu\u2019aux réseaux de distribution, les fuites de méthane sont très fréquentes.«À partir des années 2000, il y a eu une grosse exploitation du charbon en Chine, et l\u2019exploitation du gaz aux États- Unis a aussi augmenté », rappelle Mme Saunois.Dégel inquiétant Concernant le pergélisol, ces sols gelés des hautes latitudes, ils peuvent aussi dégager du méthane en dégelant, une grande crainte des climatologues.Mais à ce stade, «on ne voit pas d\u2019augmentation anormale des concentrations », dit le chercheur et coauteur Philippe Bousquet, pour qui ces « émissions risquent d\u2019augmenter dans le temps, mais sur des décennies ».Quant au boom particulièrement spectaculaire des deux dernières années, les scientifiques ont encore plus de mal à l\u2019expliquer.« Cela peut être d\u2019origine naturelle, dit M.Bousquet.Mais s\u2019il se prolongeait au- delà de trois ou quatre ans, cela signifierait forcément un lien avec l\u2019homme.» Il est en tout cas possible d\u2019agir d\u2019ores et déjà et très concrètement pour réduire ou capter le méthane, soulignent les scientifiques : méthaniseurs dans les fermes, modification des protocoles d\u2019irrigation des rizières, chasse aux fuites.« On peut réduire ces émissions plus facilement, de manière moins coercitive, que celles de CO2, en encourageant aussi l\u2019innovation et les emplois.Alors il ne faut pas s\u2019en priver ! », insiste Philippe Bousquet.Agence France-Presse RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE La croissance fulgurante des émissions de méthane menace la planète L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 SOCIETE A 5 C e qu\u2019il y a de plus troublant avec Donald Trump, ce n\u2019est pas seulement son absence de filtre, ni les aberrations qu\u2019il émet sur une base régulière, en personne ou en 140 caractères, c\u2019est aussi le fait qu\u2019il nous force désormais à changer notre façon de penser.Avec lui, la politique ne peut plus être appréhendée comme l\u2019exercice d\u2019un pouvoir visant à assurer l\u2019organisation d\u2019une société.Elle n\u2019est plus gouvernance d\u2019un État pour en maintenir le fonctionnement, la cohésion, l\u2019identité.Elle est en train d\u2019adhérer aux codes de la téléréalité.Et la perspective n\u2019a rien de très réjouissant.La prochaine présidence américaine qui se profile à l\u2019horizon risque de prendre des allures de The Celebrity Apprentice, cette émission de téléréalité dont le président désigné a été la figure centrale depuis 2008 sur les ondes de NBC et qu\u2019il va continuer à produire, a-t-on appris la semaine dernière, tout en occupant le prestigieux fauteuil du bureau ovale.Avouez que ce n\u2019est pas banal ! L\u2019émission va être désormais animée par Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de la Californie.Elle va poursuivre sa quête de personnes talentueuses pour les affaires, entre hyper- compétition et bons sentiments, dans un tout scé- narisé pour divertir, pour émouvoir, pour maintenir artificiellement l\u2019attention et surtout mystifier les masses, dans la pure tradition d\u2019un genre télévisuel dont on ne peut que déplorer que la mécanique grossière ait à ce point colonisé, aux États- Unis du moins, la chose publique et politique.Émouvoir et inquiéter Et pourtant.La composition du cabinet de Donald Trump, depuis sa victoire électorale en novembre dernier, s\u2019assemble comme le casting d\u2019une de ces émissions, à grand coup de mystères, d\u2019inclusions et d\u2019exclusions, de coups d\u2019éclat, de décisions discutables, portés au grand jour plutôt que placés derrière des portes réellement closes.En télévision, ces ingrédients sont censés faire vibrer les foules, les émouvoir, les inquiéter, jusqu\u2019à la pause publicitaire et l\u2019espoir de découvrir de l\u2019autre côté le visage de l\u2019élu ou de l\u2019exclu.L\u2019adhésion au programme passe aussi par une sélection calculée des candidats afin qu\u2019ils représentent par leurs origines, leur psychologie, leurs histoires personnelles, leur opinion la diversité du public auquel ils s\u2019adressent.Jeudi dernier, le «Maître » de ce Loft Story \u2014 vous vous souvenez ?La relecture québécoise du tristement célèbre Big Brother ! \u2014 version Maison-Blanche a nommé Andy Puzder au ministère du Travail.L\u2019homme, grand patron d\u2019une chaîne de restauration rapide, est un opposant déclaré à l\u2019augmentation du salaire minimum, un opposant aussi à l\u2019amélioration des conditions de travail des travailleurs du bas de l\u2019échelle.La téléréalité aime les contre-emplois, parce qu\u2019ils laissent présager après la pause tout et surtout n\u2019importe quoi.Le choix de Steven Mnuchin comme secrétaire au Trésor entre sans doute dans cette même logique, en amenant à ce poste prestigieux un ancien de Goldman Sachs, cette banque d\u2019investissement largement impliqué dans la crise financière de 2008 et qui a bien profité du pouvoir politique au moment du sauvetage.À la santé, Trump vient de mettre Tom Price, un militant anti-avortement, et au Logement, Ben Carson, un gars qui n\u2019a que peu d\u2019estime pour le logement social.Sans parler de son trio de militaires, John Kelly à la Sécurité intérieure, James Mattis à la Défense et Michael Flynn à la Sécurité nationale qui partagent, en chœur ou de manière isolée, le même esprit belliqueux et une incompréhension profonde exprimée face à d\u2019autres cultures et d\u2019autres religions.Dérive prémonitoire Vont-ils inciter le Maître de la Maison- Blanche à appuyer sur le bouton de l\u2019arme atomique ?Vont-ils déclencher des hostilités en se trouvant d\u2019autres ennemis invisibles ?Vont-ils porter atteinte aux droits des minorités ?Vous le saurez après la pause.Et d\u2019ici là, spéculez ! C\u2019est que, d\u2019une semaine à une autre, la scé- narisation de la téléréalité tient ses spectateurs captifs en laissant aussi le contenu du programme s\u2019immiscer dans les conversations ordinaires des gens ordinaires.Comme dans le film Louis 19, le roi des ondes de Michel Poulette, délicieusement prémonitoire de cette dérive.Le choix du secrétaire d\u2019État, dont on devrait connaître l\u2019identité cette semaine, après la pause de la fin de semaine, prend sous cet angle des allures différentes, après le défilé des têtes possible à ce poste à la Trump Tower dans les dernières semaines, comme on fait défiler des futurs premiers rôles sur un tapis rouge, et qui font désormais jaser, comme on dit.Trump va-t-il choisir son ennemi juré, Mitt Romney ou son ser vile compagnon de campagne Rudolph Giuliani, ex-maire de New York ?On aimerait pouvoir penser politique pour le savoir ! Mais c\u2019est bien plus la téléréalité qu\u2019il faut convoquer, avec d\u2019ailleurs l\u2019assurance qu\u2019à la fin, tout cela ne peut être que mauvais.chroniquefd@ledevoir.com Sur Twitter :@FabienDeglise #CHRONIQUEFD Après la pause\u2026 FABIEN DEGLISE À l\u2019heure où beaucoup passent leur vie dehors pour nourrir leur compte Instagram, Snapchat ou Facebook, s\u2019aventurer en solo dans un restaurant ou une exposition devient une épreuve.Les solitaires semblent condamnés à rester chez eux.Mais la résistance des jouisseurs solitaires et déconnectés s\u2019organise J U L I E R A M B A L Ê tre seul et heureux, est-ce possible ?L\u2019humoriste américain Louis C.K.expliquait dans un talk-show pourquoi il n\u2019achèterait jamais de téléphone multifonction à ses enfants, en lançant ce vibrant hommage à la solitude : «Derrière toutes les couches de l\u2019existence, il y a la conscience que vous êtes seul.Et triste.Et les téléphones vous distraient de cela.Seul dans votre voiture, vous vous empressez d\u2019envoyer \u201cSalut\u201d à 50 amis.Or il faut laisser la solitude vous percuter comme un camion.Lorsque vous vous abandonnez à cette tristesse, vous avez des anticorps et le bonheur se précipite pour y répondre.» L\u2019humoriste est le porte-voix de ceux qui préfèrent s\u2019extraire d\u2019un monde ultraconnecté, avec son flux ininterrompu de par tages.Le mouvement a un nom : JOMO, pour « Joy of missing out ».Face à eux, les victimes du FOMO, pour «Fear of missing out », cette peur de vivre des choses moins excitantes que ses semblables et qui pousse à rester en meute.Plaisir solitaire Selon un article du New York Times, 56 % des utilisateurs de réseaux sociaux souffrent au- jourd\u2019hui de FOMO.Pire, l\u2019hyperconnexion stigmatise les solitaires.«À notre époque, la solitude est considérée comme un manque.Nous n\u2019avons plus droit à l\u2019isolement, sommés de répondre à l\u2019autre dans l\u2019instant», constate Olivier Glassey, sociologue à l\u2019Université de Lausanne et spécialiste des réseaux sociaux.Et dans la mesure où nous sommes biberonnés au tout communautaire, la seule perspective de s\u2019aventurer dehors sans convive devient abominable.Regarder des séries seul sur son sofa ?Oui.Aller au cinéma tout seul dehors?Brrr.Dans une étude intitulée Inhibé d\u2019aller seul au bowling, Rebecca Ratner, professeure de marketing américaine, et Rebecca Hamilton, chercheuse à l\u2019Université de Georgetown, démontrent pourtant que les activités sociales, telles que la visite d\u2019une galerie d\u2019ar t, pratiquées en solitaire apportent un plus haut degré de satisfaction que celles réalisées en groupe.La raison ?Ceux qui prévoient de sortir seuls sous-estiment toujours le plaisir qu\u2019ils éprouveront, justement parce qu\u2019ils y vont seuls, mais une fois sur place, sont très satisfaits.À l\u2019inverse, le fait de sortir en groupe produit une surestimation de la joie du partage.Selon les chercheuses, cette inhibition réside dans l\u2019angoisse de passer pour quelqu\u2019un qui n\u2019a pas d\u2019amis.Seul au monde « L\u2019histoire de la solitude est récente, rappelle le psychiatre Gérard Macqueron, auteur de Psychologie de la solitude (éd.Odile Jacob).Jusqu\u2019au XVIIe siècle, elle était considérée comme un péché, et servait à mettre au ban de la société.À cette époque, l\u2019émergence de l\u2019individu a permis la création d\u2019allées pour déambuler en solitaire.Mais dans un lieu défini.Depuis l\u2019avènement du développement personnel, d\u2019autres formes de solitude sont valorisées : monter sa boîte seul, voyager en aventurier\u2026 Mais ces actions sont présentées comme des exploits souvent inaccessibles, et les loisirs de célibataire restent stigmatisés.Car celui qui s\u2019affiche seul remet en cause la collectivité.On le traite de misanthrope ou d\u2019égoïste.» Oser, malgré tout, affirmer son autonomie réserve également quelques déconvenues.Faute de trouver des amis disponibles durant son congé estival, Sandra, célibataire de 32 ans, est partie dans les Cyclades avec sa seule valise à roulettes: «Je ne voulais pas passer par une de ces agences pour solos remplies de dragueurs balourds.À la place, j\u2019ai préféré la grande aventure.J\u2019ai d\u2019ailleurs rencontré plein de gens formidables\u2026 Mais aussi vécu des moments pénibles en allant dîner dans les tavernes, où les tablées familiales me scrutaient avec curiosité.Un soir, à Athènes, un type m\u2019a même prise pour une call-girl !» À l\u2019heure où les applications proposent même de draguer à votre place, ou de vous trouver des compagnons d\u2019infortune pour ne plus faire tapisserie au restaurant (comme Eat- With), déambuler seul parmi la foule devient bien difficile\u2026 Et pourtant, le célibat n\u2019a jamais été aussi bien par tagé : 1,2 million de personnes vivent seules en Suisse (selon l\u2019OFS), soit 36,4 % de la population disposant d\u2019un foyer, contre 8,5 % dans les années 30.Il est également mal vécu : 41 % des solos estiment que les personnes en couple sont mieux considérées.Vide interactionnel Mais la résistance s\u2019organise, loin des classiques événements « rencontre » destinés à faire rentrer les solitaires dans le rang\u2026 À La Chaux-de-Fonds, le Musée des beaux-arts propose, une fois par mois, des visites pour célibataires.Idem au Kunstmuseum de Berne, et au Museum für Gestaltung de Zurich.À Amsterdam, le restaurant Eenmaal est également composé de tables d\u2019un seul couvert, et la plate- forme de restauration Open Table constate une augmentation de 62 % des réservations pour une personne.Tandis que le « solo travelling » (voyager seul) se développe depuis que les voyagistes suppriment l\u2019avilissante (et onéreuse) taxe « single».Selon une étude de Visa Global Travel, 24 % des vacanciers sont partis seuls en 2014, contre 9 % en 2013.Et même les couples commencent à s\u2019octroyer des escapades sans leur binôme.«Développer sa capacité à être bien avec soi permet de mieux cerner ses limites et vivre à son rythme, note Gérard Macqueron.Dans cette société brouillonne et bruyante, la solitude devient synonyme de liberté, créativité, réflexion\u2026» Mais si l\u2019individu ose enfin s\u2019arracher à la meute, c\u2019est que son cellulaire n\u2019est jamais bien loin.«Savoir s\u2019extraire de la foule est noble\u2026 depuis que vous pouvez faire un selfie du fond de votre retraite », ironise Olivier Glassey, qui évoque un nouveau syndrome (oui, encore un) : le MOMO, pour «Mystery of missing out », la panique de ne pas recevoir de réponse à son message.«En pleine hyperconnectivité, chaque vide in- teractionnel accélère le sentiment de solitude, ajoute le sociologue.Le pire isolement ?Que personne ne réponde à votre trait d\u2019humour sur les réseaux.» Au XXIe siècle, la honte n\u2019est plus d\u2019avoir une table d\u2019un seul couver t à côté des toilettes, mais zéro like à la dernière photo de son plat\u2026 Sauf quand on a la force morale de Louis C.K.Le Temps HYPERCONNEXION En pleine tyrannie des réseaux sociaux, peut-on encore sortir seul ?ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Ceux qui prévoient de sortir seuls sous-estiment toujours le plaisir qu\u2019ils éprouveront, justement parce qu\u2019ils y vont seuls, mais une fois sur place, sont très satisfaits.À l\u2019inverse, le fait de sortir en groupe produit une surestimation de la joie du partage.Celui qui s\u2019affiche seul remet en cause la collectivité.On le traite de misanthrope ou d\u2019égoïste.Gérard Macqueron, auteur de Psychologie de la solitude « » 24 % Pourcentage des vacanciers partis seuls en 2014 9 % Pourcentage des vacanciers partis seuls en 2013 Source Visa Travel Global es cris d\u2019alarme passent, les violences restent.Il y a deux semaines, des experts de l\u2019ONU avertissaient que le Soudan du Sud présentait des signes de «génocide imminent » et que les conditions étaient réunies « pour que se répète ce qui s\u2019est passé au Rwanda » en 1994.Massacres, viols collectifs, villages rasés\u2026 « Il y a déjà un processus régulier de nettoyage ethnique en cours dans plusieurs zones du Soudan du Sud», a prévenu Yasmin Sooka, la chef d\u2019une délégation du Haut-Commissariat aux droits de l\u2019Homme qui s\u2019est rendue en novembre dans ce petit pays déchiré par la guerre civile.«Beaucoup nous ont dit que le point de non-retour avait été atteint.» Le message peut-il être plus clair ?Une dynamique pareillement dangereuse s\u2019est installée entre Tutsis et Hutus au Burundi, autre pays d\u2019Afrique centrale, sans que la communauté internationale se mobilise vraiment pour empêcher que le pire ne se produise.Plus jeune État du monde, le Soudan du Sud a acquis son indépendance en 2011 au terme d\u2019un con?it armé avec Khartoum qui se sera étiré sur plusieurs décennies.La paix aura laborieusement tenu jusqu\u2019en 2013 entre Sud-Soudanais à la faveur d\u2019un accord de partage du pouvoir entre dinkas, l\u2019ethnie la plus nombreuse, et nuers.Il y a trois ans ce mois-ci, les vieilles dissensions claniques reprenaient le dessus, sur fond de rupture entre le président dinka Salvar Kiir et le vice-président nuer Riek Machar, plongeant le pays dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et 2,5 millions de déplacés.Les violences gagnent en intensité avec le retour de la saison sèche, d\u2019où l\u2019urgence.«L\u2019important, a dit croire Mme Sooka face aux risques de génocide nuer, c\u2019est qu\u2019il est encore temps de l\u2019empêcher.» Les experts onusiens plaident, une fois de plus, en faveur d\u2019un embargo sur les armes et un renforcement de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS), forte de quelque 10 000 Casques bleus, une mission sévèrement critiquée pour la frilosité avec laquelle elle a rempli son rôle de protection des populations civiles.Comportement si frileux d\u2019ailleurs que, fait rare, le secrétaire général de l\u2019ONU vient de congédier pour inef?cacité patente le général kényan qui commandait la mission.La tragédie sud-soudanaise vient éclairer des chiffres fraîchement publiés par l\u2019UNICEF, selon lesquels plus d\u2019un demi-mil- liard d\u2019enfants, soit environ un sur quatre à l\u2019échelle mondiale, vivent aujourd\u2019hui dans des pays touchés par des con?its ou d\u2019« autres désastres ».Les trois quarts de ces enfants sont en Afrique subsaharienne \u2014 y compris donc au Soudan du Sud, où MM.Kiir et Machar sont du reste accusés de recruter des en- fants-soldats.Les rapports passent, les violences résonnent.La conférence des premiers ministres de vendredi aura porté ses fruits.Le Canada a enfin un Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques.Il y avait longtemps qu\u2019on n\u2019avait pas assisté à la réussite d\u2019une négociation fé- dérale-provinciale de cette ampleur.Mais cet esprit de coopération pourra-t-il durer alors que l\u2019épineux dossier du financement de la santé refait surface?Cela dépend avant tout du fédérale gouvernement fédéral a obtenu vendredi l\u2019appui dont il avait besoin pour présenter un cadre crédible.M.Trudeau a le mérite d\u2019avoir lancé le bal des négociations et d\u2019avoir ainsi brisé l\u2019impasse qui persistait à Ottawa depuis des lustres.Mais ce succès est aussi celui des provinces.Soumises à d\u2019importantes pressions ?nan- cières, elles auraient pu se livrer à un triste chantage en exigeant du fédéral qu\u2019il plie dans le dossier du ?nancement de la santé en échange d\u2019une avancée sur le front environnemental.Après avoir laissé planer cette menace dans une lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau en septembre, elles s\u2019en sont abstenues, à part le Manitoba.Cette attitude est tout à leur honneur.Ce cadre, qui n\u2019est pas parfait, est le premier liant le fédéral, les provinces et les territoires.Le premier depuis la signature du protocole de Kyoto il y a 19 ans ! Le temps n\u2019était plus aux tergiversations, comme celles du premier ministre saskatchewanais, Brad Wall, qui demeure le seul à s\u2019opposer au principe de la tari- ?cation du carbone.Un certain sentiment d\u2019urgence et la décision d\u2019Ottawa d\u2019imposer une taxe sur le carbone aux provinces tire-au-?anc ont eu leur effet.Heureusement ! Bien que d\u2019accord avec le principe du plan, le Manitoba n\u2019a pas signé, préférant attendre le résultat de la discussion sur le ?nancement de la santé.Car le sujet a été discuté.Vendredi soir, durant le souper.Rien pour satisfaire l\u2019appétit des premiers ministres.Ils réclament depuis un moment une conférence consacrée à cet unique enjeu et ils ont raison.La santé accapare la plus importante part de leur budget et ils anticipent une hausse assurée des coûts à cause, entre autres choses, du vieillissement de la population.Les provinces ne peuvent supporter seules l\u2019alourdissement du fardeau.Ottawa doit assumer sa juste part en adaptant sa contribution déclinante qui représente environ 21 % des coûts du système de santé.Les provinces, comme le fédéral, sont en train de préparer leur prochain budget.Si Ottawa reste sur ses positions, soit celles de Stephen Harper, les transferts pour la santé ne croîtront plus au même rythme que les années précédentes dès l\u2019année ?nancière 2017-2018.Le taux annuel de croissance passera de 6% à 3%.Les provinces, elles, veulent maintenir le taux actuel.Les libéraux fédéraux préfèrent investir 3 milliards supplémentaires sur quatre ans dans des domaines précis, dont les soins à domicile, et exigent des preuves de résultats avant de s\u2019engager à plus long terme.Pas une province ne créera des services et des attentes sans avoir l\u2019assurance d\u2019un ?nancement récurrent.Et pour Québec, il ne saurait être question d\u2019accepter des fonds «dédiés», des conditions de résultats ou encore d\u2019avoir à rendre des comptes à Ottawa.Le premier ministre Philippe Couillard veut que l\u2019argent soit ajouté au transfert global, qu\u2019il soit récurrent et que soit respecté le principe d\u2019asymétrie reconnu en 2004 qui permet au Québec de suivre sa propre voie.Il ne peut en être autrement.Les discussions au niveau ministériel se poursuivent, mais les négociations sur le ?nancement de la santé doivent, comme dans le cas de l\u2019environnement, être scellées au plus haut niveau et le fédéral, faire preuve du même sens des responsabilités que les provinces dans le dossier du climat.L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Projet de loi 106 : peuple à genoux ! En cette belle période des fêtes de Noël, c\u2019est le temps des cadeaux ! Il en est qu\u2019on mérite et il en est qui nous tombent du ciel sans être attendus.Le 10 décembre 2016, au petit matin, le peuple québécois a fait un cadeau considérable, pas mal au-dessus de ses moyens d\u2019ailleurs : notre gouvernement a adopté le projet de loi 106.Beau cadeau ! Vous ne connaissez pas le contenu du cadeau ?Eh bien, vous serez surpris de notre générosité.Nous venons de donner l\u2019accès et la propriété de notre sous-sol aux compagnies gazières et pétrolières de ce monde.Voire un droit de propriété incontestable, maintenant que la loi a été adoptée sous bâillon.Cela signifie que le sous-sol n\u2019appartient plus à l\u2019État québécois, mais bien aux titulaires des claims obtenus à 0,10 $ l\u2019hectare.Nous sommes tellement riches au Québec, nous sommes tellement au-dessus de nos affaires, que notre gouvernement, après avoir imposé l\u2019austérité, L I B R E O P I N I O N J E A N C L A U D E B E R N H E I M Chargé de cours, Université de Saint-Boniface L\u2019 engorgement des tribunaux, additionné au jugement Jordan, donne lieu à de multiples inter ventions de la part des acteurs qui gravitent autour du système de justice criminelle et pénale.Tous s\u2019entendent pour réclamer plus de millions de dollars pour en assurer le bon fonctionnement.Que ce soit les juges en chef, les acteurs politiques au pouvoir ou dans l\u2019opposition, les procureurs de la Couronne, les avocats de la défense, les analystes universitaires, tous sont sur la même longueur d\u2019onde.La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a osé réclamer un changement de culture.Bravo ! Elle a tout à fait raison.Malheureusement, son analyse n\u2019est que fonctionnaliste et ne prend pas en compte la triste réalité de ce système éminemment injuste.En ef fet, parmi ces éminents défenseurs de la veuve et de l\u2019orphelin, aucun n\u2019a pris la peine d\u2019exposer la réalité de ce système de justice.Qui osera souligner que, parmi les 360 640 causes réglées par les tribunaux au Canada en 2013-2014, 228 328 se sont soldées par un verdict de culpabilité, 82 764 ont été sanctionnées par une peine d\u2019emprisonnement, les 145 564 autres par une peine de sursis, de probation, d\u2019amendes, de travaux communautaires, etc.Il est vrai qu\u2019il manque certaines données, mais ces chiffres sont représentatifs du fonctionnement du système.Qui sait que, parmi les 82 764 personnes condamnées à une peine de prison, 54,4% des hommes et 67,5% des femmes purgent une peine d\u2019un mois ou moins ; 87 % des hommes et 92,2% des femmes purgent une peine de six mois ou moins ; seulement 3,6% des hommes et 2,1% des femmes sont assujettis à une peine d\u2019emprisonnement de 2 ans ou plus?Qui sait que les causes d\u2019infraction contre l\u2019administration de la justice représentent 23 % des causes réglées, soit 82 116 ?Elle concerne le défaut de se conformer à une ordonnance ou à une condition comme le refus de participer à des programmes imposés par les tribunaux (tel le counselling en matière de toxicomanie) (57 %) ; le manquement à une ordonnance de probation (22 %) ; les infractions contre l\u2019administration de la justice en vertu du Code criminel comme le parjure, l\u2019entrave à la justice ou l\u2019évasion d\u2019une garde légale (19 %) ; le défaut de comparaître devant le tribunal, et plus rarement le fait de se trouver illégalement en liberté, autrement dit ne pas s\u2019être présenté au tribunal tel que requis (2 %).Remise en question En ce qui concerne les crimes contre les personnes les plus graves, les tribunaux ont statué sur 258 homicides, 186 tentatives de meurtre, 3388 vols qualifiés, 6464 crimes à caractère sexuel 19 232 voies de fait majeures.Sans vouloir minimiser les conséquences pour les 370 050 victimes de crimes violents déclarés par la police en 2014, le fait que 80 % des condamnés aient reçu une peine d\u2019emprisonnement de trois mois ou moins laisse entrevoir qu\u2019il y a peut-être d\u2019autres manières de faire, moins coûteuses et tout aussi efficaces.N\u2019est-il pas vrai que le vol à l\u2019étalage est un crime éventuellement punissable d\u2019une peine d\u2019emprisonnement et à tout le moins affecte le condamné d\u2019un casier judiciaire, et que la publicité trompeuse de la part de commerçants est considérée comme une pratique commerciale « douteuse », sanctionnée à terme par une amende que les prochains clients verront à acquitter ?Vraisemblablement, ces chif fres ne représentent pas la complexité du fonctionnement du système de justice, mais ils nous permettent au moins de penser qu\u2019il est temps qu\u2019un réel débat sur le système de justice s\u2019amorce, dont les principes de fonctionnement remontent au début du XIXe siècle.Les grandes institutions sociales comme le mariage et la religion, les systèmes de santé et d\u2019éducation, la sexualité et le droit de mourir dans la dignité, ont été et sont toujours l\u2019objet de débats constants qui en assurent l\u2019arrimage aux valeurs de la société.Pourquoi le système de justice criminel et pénal est-il le seul à ne jamais être remis en question sur la base de ses principes et objectifs ?Les intérêts des pouvoirs politique, économique et commercial sont-ils si puissants qu\u2019ils réussissent à garder la mainmise sur le système qui gère les droits de tout un chacun, individus, groupes sociaux et personnes morales ?Justice : un changement de culture, vraiment ?FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET oups, on doit dire subir « la rigueur budgétaire », vient d\u2019adopter une loi qui consacre le cadeau.Non seulement nous ne sommes plus maîtres chez nous, mais nous venons de renoncer à obtenir des redevances convenables pour notre richesse collective.Ces compagnies pourront désormais entrer où elles voudront, forer, vous exproprier si vous n\u2019êtes pas d\u2019accord, soutirer du pétrole et du gaz en quantité infime, car notre sous-sol n\u2019en regorge pas, et ne rien payer au bon peuple, car ces opérations se feront sous le couvert d\u2019une section de la nouvelle loi qui leur permettra de le faire gratuitement.Pour bien enrober le cadeau, notre gouvernement avait acheté son beau papier d\u2019emballage par l\u2019entremise d\u2019une société d\u2019investissement : Ressources Québec.À même notre argent si durement épargné via la rigueur budgétaire qui a grevé les ministères publics depuis trois ans, nous finançons ces compagnies.Sans notre aide financière, rien de tout cela ne serait possible.Peuple à genoux ! Le père Noël Pierre Arcand, sous l\u2019œil bienveillant de son patron Couillard, vient de faire un superbe ca- Le règne du paon Trump Sonnez trompes et trompettes, le royaume retrouvera sa grandeur: le grand paon blond vient d\u2019être élu! Contrairement aux autres paons qui braillent ou criaillent, lui gazouille frénétiquement.Depuis son couronnement, il a choisi le faucon pour s\u2019occuper de la défense du royaume et a chargé le vautour de la sécurité intérieure.Quant au rat, il sera chargé du dossier de la salubrité et de l\u2019hygiène, qu\u2019il maîtrise à la perfection.Le loup a bien accepté de s\u2019occuper de l\u2019élevage, tandis que la diplomatie a été confiée à la hyène, et l\u2019éducation à la linotte.Le castor l\u2019ayant appuyé durant sa campagne, on lui a réservé la protection des forêts de feuillus ; il s\u2019en réjouit déjà.Sonnez trompes et trompettes, le paon gazouilleur a promis que c\u2019est ainsi que le royaume redeviendrait grand et fort ! Darquis Gagné Gatineau, le 10 décembre 2016 RELATIONS FÉDÉRALES-PROVINCIALES Le vrai nœud SOUDAN DU SUD Dans l\u2019indifférence L L GUY TAILLEFER MANON CORNELLIER deau à leurs amis, à même nos économies.Jacques Tétreault, coordonnateur général adjoint du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec Saint-Dominique, le 10 décembre 2016 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: 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clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.I l ne se passe pas une semaine sans qu\u2019on me demande pourquoi les Français sont à ce point fascinés par l\u2019anglais, au point d\u2019ailleurs d\u2019adopter des anglicismes voire de s\u2019angliciser sans aucune pression extérieure, spontanément, de leur propre initiative.L\u2019une des clés de cette « anglolâtrie » française est le jacobinisme, un terme du jargon politique franco-français qui remonte à la Révolution \u2014 le nom fait référence au lieu de rencontre de ce club politique, au couvent dominicain de la rue Saint-Jacques (en latin : Jacobus).Le club des Jacobins prônait le centralisme démocratique.Depuis toujours, la France est un pays très diversifié, pour ne pas dire balkanisé, sur le plan géographique, politique et même linguistique.Bien avant la Révolution française, le pouvoir avait commencé à «bulldozer» les différences, mais c\u2019est avec la Révolution et la doctrine des jacobins que la mayonnaise a pris.Il faudra plus d\u2019un siècle et demi pour que les Jacobins parviennent au bout de leur projet politique.Dans l\u2019esprit jacobin, tout doit venir du centre ou aller vers le centre : les trains, les routes, les décisions, les promotions, la langue.Ils ont donc instillé dans la culture politique une intolérance marquée pour tout ce qui n\u2019émane pas du centre, à commencer par la concurrence de pouvoirs politiques locaux et de normes sociales qui heurtent la norme parisienne.À tel point que ce que l\u2019on désigne souvent comme «français» est avant tout «parisien».Le jacobinisme a été appuyé par d\u2019autres traits culturels, comme le culte de l\u2019autorité et la fascination pour la grandeur.Tant et si bien que l\u2019un des effets de ce nivellement centraliste a été de rendre les Français extrêmement sensibles à l\u2019exercice et à l\u2019expression du pouvoir.Jacobinisme linguistique La langue est le révélateur le plus net du jacobinisme.Au XIXe siècle, la France a été francisée par le haut, de façon quasi coloniale.Il s\u2019agissait d\u2019un français d\u2019école, profondément puriste et négateur des différences.À des millions de Français, l\u2019on a inculqué l\u2019idée que la langue, c\u2019est le dictionnaire, et qu\u2019elle doit être parlée comme elle s\u2019écrit.Une partie des Français n\u2019a jamais aimé ce qu\u2019on lui enseignait.Cela se manifeste par une fascination pour la subversion linguistique et les contre-systèmes langagiers, comme l\u2019argot, le verlan, le javanais, le loucherbem et autre jargon.Si on gratte un peu, on découvre même un bon nombre de Français qui n\u2019aiment pas beaucoup leur langue, et même qui la détestent franchement.Les fissures dans le jacobinisme linguistique sont apparues en France après la Seconde Guerre mondiale.D\u2019abord parce que le pouvoir de la superpuissance mondiale s\u2019exprimait en anglais.D\u2019autre part, parce que la francophonie a rendu le français polycentrique \u2014 de facto.Si bien qu\u2019une partie des élites françaises n\u2019ont eu aucun état d\u2019âme à renier leur langue pour se parer des attributs de la langue du vrai pouvoir.Bizarrement, ce qui sauve le français, c\u2019est le complexe puriste introduit par le jacobinisme, c\u2019est-à-dire l\u2019obsession de vouloir parler comme on écrit.Si les Français ont tant de mal à apprendre une langue comme l\u2019anglais, c\u2019est parce que l\u2019anglais, cela s\u2019attrape ; ça ne s\u2019enseigne pas, et surtout pas par l\u2019écrit.Dans une société où le ridicule tue, contrairement à l\u2019adage, le ridicule anglophile est même devenu le seul rempart efficace contre l\u2019anglais.Ce n\u2019est pas le moindre des paradoxes du jacobinisme.Pluricentrisme Ma chronique de la semaine dernière, « Les académies francophones », a suscité plusieurs réactions, dont un courriel fascinant du professeur Leigh Oakes de l\u2019Université Queen Mary à Londres.Il travaille à une enquête archi-inté- ressante sur l\u2019attitude des Québécois quant à la langue.Il s\u2019agit d\u2019une quarantaine de questions sur notre perception de la langue, la dignité du français d\u2019ici, sa capacité expressive et même notre attitude envers l\u2019attitude des autres.Pour en savoir un peu plus, j\u2019ai appelé le professeur Oakes à Londres.Cet Australien s\u2019intéresse au français au Québec depuis 20 ans \u2014 il en est à son deuxième livre.« Il y a beaucoup d\u2019idéologie sur la langue et nous essayons de recueillir la perception réelle des Québécois quant à leur langue sans idéologie.» Sa position est d\u2019autant plus pertinente que son pays, l\u2019Australie, s\u2019est affranchi de la norme britannique sans états d\u2019âme dans les années 1960.Depuis, on y a publié plusieurs dictionnaires de l\u2019anglais australien.«Ceux qui étudient le pluricentrisme du français sont des anglophones et des Allemands», m\u2019a-t-il expliqué durant notre bref entretien.Comme quoi les francophones gagneraient à mieux comprendre les autres grandes langues internationales pour mieux saisir la nature de leur propre langue.Je vous invite donc à répondre en grand nombre à son enquête et à en parler autour de vous: « Le français tel qu\u2019on l\u2019utilise au Québec : une enquête sur les attitudes» Anglais et jacobinisme JEAN-BENOÎT NADEAU S A M I R S A U L Professeur d\u2019histoire, Université de Montréal \u2013 CERIUM a-t-il un rappor t entre le Brexit, l\u2019élection de Trump et la récupération d\u2019Alep par l\u2019État syrien ?Les trois vont à l\u2019encontre du mondialisme démonteur de nations et d\u2019États.Ses têtes d\u2019af fiche tombent en succession : Cameron, Clinton, Sarkozy, Juppé, Hollande, Renzi.Ailleurs, le djihadisme, arme de l\u2019heure contre les États et les nations, rencontre en Syrie la riposte qui l\u2019écornera.Sans chant prématuré de Te Deum ni présomption de l\u2019avenir, 2016 peut être marqué d\u2019une pierre blanche.Preuve en sont le remue- ménage dans la bulle de la global governance insolemment contrariée et l\u2019agitation dans l\u2019aquarium politique occidental devant l\u2019échec qui se profile en Syrie.Le déclin Après 1945, l\u2019État assume un rôle d\u2019initiative et de redistribution qui contribue au boom économique des « Trente Glorieuses ».C\u2019est le néolibéralisme qui profite de l\u2019avènement de la crise à partir de 1974 pour imposer une mondialisation renforçant le primat du marché.Récemment loué comme corne d\u2019abondance, l\u2019État est alors conspué comme obstacle aux bienfaits attendus du marché.Produit de la Révolution française, la nation est à l\u2019origine un modèle émancipateur reposant sur l\u2019affirmation de la souveraineté populaire.Elle constitue une aspiration qui se répand largement dans le monde, devenant le fondement de nombreux États.Or, à l\u2019ère du néolibéralisme conquérant, le fait national s\u2019apparente à un particularisme résiduel qui entrave l\u2019homogénéisation mondialisante.Vecteurs conscients ou pas du néolibéra- lisme, des universitaires ont tôt fait de reléguer États et nations au passé, de condamner l\u2019étude du politique et de prendre le transnationalisme pour fait accompli ou dominant.Haro sur l\u2019État et la nation Dans les pays occidentaux, la mise au pas des États comporte leur retrait d\u2019une économie libéralisée ainsi que l\u2019intégration dans un système mondialisé et hiérarchisé.Déporté vers l\u2019extérieur, l\u2019État se distancie de sa base nationale, laquelle fait figure de vestige ou d\u2019archaïsme.Sont célébrés le cosmopolitisme, la « société civile », les identitarismes non nationaux, l\u2019américanisme passant pour une world culture, etc.La dissolution du camp soviétique met une immense partie du globe, longtemps hors de por tée, à la d ispos it ion du cap ital isme et donne un coup d\u2019accélérateur à la mondialisation.Il importe d\u2019affaiblir l\u2019État russe afin de faciliter l\u2019accès aux ressources du pays.Durant la décennie Eltsine, la Russie est mise en coupe réglée par oligarques et grand banditisme, avec des résultats catastrophiques pour la société russe.Sous Poutine, l\u2019autorité de l\u2019État est rétablie, ce qui vaut à son président popularité en Russie et fulmination en Occident.Autour de la Russie, des « révolutions colorées » alimentées par des officines néolibé- rales font de certains pays des avant-postes du camp occidental.Au Moyen-Orient, les néoconservateurs recourent à la méthode indirecte des guerres de déstabilisation, menées par procuration et faisant appel au sectarisme-fanatisme djihadiste pour briser les nations.D\u2019origine israélienne, le projet néocon est affiché : à défaut de pouvoir les contrôler, démembrer les États et nations arabes en micro-entités confessionnelles mani- pulables et satellisables.La Syrie est le laboratoire pour la création de zones de chaos sur le pourtour de la Russie, jusqu\u2019à la Chine.Que représentent le Brexit et l\u2019élection de Trump sinon le refus d\u2019un mondialisme assé - cheur des économies nationales ?Du fond des deux pays qui en sont pourtant les pivots, la mondialisation néolibérale est rejetée au profit de politiques nationales de relance économique et de rappel du fait national.Que représente la déroute du djihadisme en Syrie, sinon un coup d\u2019arrêt à la politique de regime change orchestrée de l\u2019extérieur, de désarticulation des États et de dévastation des sociétés?États et nations n\u2019ont pas dit leur dernier mot.La résurgence des États et des nations R O R O M M E C H A N T A L Professeur de science politique à l\u2019École des hautes études publiques de l\u2019Université de Moncton es résultats préliminaires des élections du 20 novembre dernier en Haïti ont été accueillis dans l\u2019enthousiasme général.Compte tenu du contexte chaotique de la transition en cours, caractérisé par une grave crise humanitaire, une économie nationale exsangue et l\u2019instabilité politique, ce double scrutin présidentiel et législatif a été présenté comme une ultime «chance», après les deux tentatives avor tées de 2015 et 2016.Il était perçu comme l\u2019occasion pour le pays de renouer avec une certaine prospérité, après des années de gabegies administratives et de souffrances sous la présidence de Michel Martelly.Cet optimisme relatif à l\u2019issue pacifique des élections en Haïti relève au mieux d\u2019une méconnaissance de la complexe réalité du pays.Il n\u2019a de sens que dans le cadre d\u2019un «électoralisme vide de sincérité», c\u2019est-à-dire la formule générale selon laquelle des élections sans fraudes équivalent à la démocratie et reflètent nécessairement l\u2019intérêt général.Comme l\u2019a montré le politologue Guy Hermet, «la démocratie ne conquiert les hommes que lorsqu\u2019elle prend figure de valeur sûre pour la promotion des masses».C\u2019est en ce sens que l\u2019issue des dernières élections en Haïti peut inspirer au moins deux déceptions majeures.Le pouvoir des nantis Une première déception vient du fait que c\u2019est Jovenel Moïse, le poulain de Michel Mar- telly, qui a été déclaré vainqueur dès le premier tour de la présidentielle.Nommé en 2015 candidat à la présidence par le président sortant, il semblait disposer de moyens exorbitants à la mesure de ses ambitions politiques.Mais, face à des adversaires jouissant incontestablement d\u2019une certaine popularité, quoiqu\u2019en ordre dispersé, on peut douter de la sincérité de tels résultats.D\u2019autant que cette victoire triomphale du candidat de Michel Martelly n\u2019est pas sans rappeler la tentative de celui-ci en 2015 de mettre l\u2019opposition K.-O.en faveur de son poulain, avant de capituler devant des d\u2019allégations unanimes d\u2019«irrégularités et fraudes massives».S\u2019il réussissait cette fois, Jovenel Moïse inaugurerait sa présidence avec un double handicap: l\u2019image d\u2019un président de la continuité et surtout celle d\u2019être, à l\u2019instar de son parrain, Michel Martelly, le président des nantis d\u2019Haïti, qui ont généreusement arrosé sa campagne de leur financement opaque.Habile, l\u2019entrepreneur agricole s\u2019emploiera durant sa campagne électorale à prendre une certaine distance envers l\u2019ancien président et de son entourage immédiat.Mais en vain.Avant même sa prise de fonctions, certains analystes assimilent déjà l\u2019arrivée au pouvoir de Jovenel Moïse à une «catastrophe» et rappellent volontiers le bilan controversé de son mentor: corr uption à grande échelle, dysfonctionnement institutionnel, impunité pour les proches du pouvoir.Une myopie politique En outre, l\u2019espoir né des dernières élections en Haïti est considérablement infléchi si l\u2019on suit les premiers propos de Jovenel Moïse à la suite de l\u2019annonce de sa victoire.Il y a repris, pour l\u2019essentiel, son slogan de campagne de «mobiliser toutes les ressources du pays: les gens, la terre, le soleil, les rivières afin de mettre de la nourriture dans les assiettes du peuple et de l\u2019argent dans ses poches».Pourtant, l\u2019absence des grandes questions qui préoccupent la nation haïtienne a mis en évidence la myopie politique qui caractérise ses élites dirigeantes et l\u2019indigence de leurs ambitions et projets politiques.On n\u2019a noté aucune mention des problèmes importants.Sur le plan politique, si Jovenel Moïse a fort heureusement reconnu que «la stabilité politique est le premier des biens publics», il n\u2019a en revanche rien dit sur les moyens qu\u2019il compte mobiliser afin d\u2019y parvenir, outre la tenue d\u2019élections régulières.Sur la question de la corruption, qui gangrène une administration publique haïtienne pléthorique, le silence sonore du président élu n\u2019a visiblement rien de rassurant.D\u2019où ma sensation que, davantage qu\u2019une défaite humiliante pour ses adversaires politiques, l\u2019élection triomphale de Jovenel Moïse à la présidence équivaut plutôt à un K.-O.porté à la fragile démocratie haïtienne.Restaurer le rêve haïtien Car, les problèmes susmentionnés sont, je crois, partagés par tous ceux qui souhaitent la restauration du rêve haïtien et, j\u2019imagine, par Jovenel Moïse lui-même dont je ne doute de l\u2019amour pour son pays.Il faut même lui reconnaître le mérite de vouloir gouverner le pays loin des excès et de la mégalomanie qui ont souvent fait des hommes de pouvoir en Haïti ses ennemis intimes.Cette volonté est, par exemple, clairement exprimée dans son premier message à la nation dans lequel il lance un appel bienvenu à tous ses compatriotes de bonne volonté qu\u2019il souhaite associer à son gouvernement.Ce qui est plutôt en cause c\u2019est la limite de sa vision qui, comme dans le cas de ses prédécesseurs, renvoie à ce que les sociologues décrivent comme une «idéologie bioéconomique», selon laquelle «manger» paraît la demande principale des masses pauvres du pays.Qu\u2019une majorité des Haïtiens aient aujourd\u2019hui faim ne souffre d\u2019aucune contestation.En même temps, les Haïtiens ont des aspirations plus grandes que ce besoin, aussi urgent soit-il.Ils rêvent de voir la démocratie consolidée, d\u2019avoir un pays où la lutte politique pacifique est institutionnalisée, d\u2019être fiers de vivre dans un pays qui cesse d\u2019être régulièrement mis au ban aux côtés des républiques bananières.Un pacte de gouvernabilité C\u2019est pourquoi, si j\u2019avais un accès direct au président élu haïtien, Jovenel Moïse, je ferais mieux que simplement publier ce texte.Je ferais ce que je crois que tous ceux qui aiment ce coin de terre meurtri devraient faire, c\u2019est-à-dire convaincre le nouveau mandataire de s\u2019attacher davantage aux principes républicains qu\u2019à ses amitiés.Et d\u2019engager immédiatement toutes les forces vives de la nation dans l\u2019organisation d\u2019une Conférence nationale qui déboucherait sur la conclusion d\u2019un pacte de gouvernabilité.L\u2019institutionnalisation d\u2019un tel pacte permettrait à coup sûr de créer la confiance sans laquelle les milieux d\u2019affaires nationaux et internationaux resteront nerveux et continueront de fuir le pays.Et, sans un tel climat de confiance, même le projet de relance de la production nationale, si cher au président en voie d\u2019être élu, demeurera illusoire.C\u2019est aussi à cette condition que notre pays attirera une quantité importante de touristes dont le refus d\u2019Haïti comme destination privilégiée repose moins sur la qualité de notre nature très plaisante que sur celle du climat politique.C\u2019est, enfin, à cette condition qu\u2019Haïti pourra mobiliser sereinement ses forces, ressources et énergies au seul combat qui vaille, celui de la liberté et de la lutte contre la misère et l\u2019ignorance.ÉLECTION DE JOVENEL MOÏSE Un K.-O.à la démocratie haïtienne Y L ALEX WONG GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Jovenel Moïse a succédé à Michel Martelly à la présidence d\u2019Haïti en novembre dernier.Que représentent le Brexit et l\u2019élection de Trump sinon le refus d\u2019un mondialisme assécheur des économies nationales?L\u2019absence des grandes questions qui préoccupent la nation haïtienne a mis en évidence la myopie politique qui caractérise ses élites dirigeantes et l\u2019indigence de leurs ambitions et projets politiques L E D E V O I R , L E L U N D I 1 2 D É C E M B R E 2 0 1 6 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et 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fêtent, en intercalant, entre deux concerts ou sessions de studio, des moments de revendication bien sentis.Parce que «me réveiller ce matin, vous accorder une entrevue, c\u2019est aussi un geste politique, affirme Cam- peau.Parce qu\u2019il y a eu des lois mises en place pour faire en sorte que je n\u2019existe plus [\u2026].Être vivant aujourd\u2019hui, être Amérindien, discuter avec vous de mes droits est un geste politique à l\u2019intérieur de ce Canada où des lois ont été mises en place pour faire en sorte que je n\u2019existe plus».En compagnie de la chanteuse et compositrice inuite Tanya Tagaq, le trio constitué de Bear Witness (de la nation Cayuga), 2oolman (Mohawk originaire de la réserve des Six Nations) et DJ NDN (membre de la Première Nation Missiping, en Ontario) incarne la nouvelle vague de musiciens autochtones qui accordent leur discours engagé à une musique engageante, excitante, novatrice.À la sortie de son premier album (portant son nom, 2012), le trio défendait déjà l\u2019étiquette «powwow step» caractérisée par une rencontre entre rythmes traditionnels amérindiens et bass music, hip-hop, trap ou rythmes house.« On a commencé par un party, rappelle DJ NDN.Tout ce qu\u2019on voulait faire, c\u2019est inviter les gens à danser ; à la base, nous sommes des DJ.Ensuite, si les gens comprennent notre message, c\u2019est en bonus.Or, ce que les gens ont fini par réaliser, c\u2019est qu\u2019en mélangeant l\u2019EDM avec la musique de powwow, on mélangeait de la dance music avec de la dance music.[.] D\u2019un album à l\u2019autre, notre message politique s\u2019est intensifié, mais l\u2019objectif demeure de faire danser les gens.» À cet égard, l\u2019album-concept We Are the Hal- luci Nation constitue un tour de force.Le plus raffiné des albums du trio, aux compositions nuancées, «parfait pour le casque d\u2019écoute», dit DJ NDN.Le plus engagé aussi, parce que, cette fois, « on a cherché à travailler avec des chanteurs et des rappeurs, des gens qui écrivent des textes, qui portent des idées fortes et qui les expriment, ce que nous n\u2019avions pas vraiment sur nos précédents albums.» L\u2019album s\u2019ouvre sur la voix de l\u2019écrivain, poète et activiste sioux John Trudell, décédé d\u2019un cancer il y a un an.En plus des rappeurs Yasiin Bey (Mos Def), Saul Williams et Chad, A Tribe Called Red a pu compter sur le talent des chanteuses Tanya Ta- gaq et Lido Pimienta, et des ensembles autochtones Northern Voice, Chippew Travellers, Black Bear, ensemble vocal de la nation Atikamekw du Québec, et le Manitobain Leonard Sumner de la Première Nation Little Saskatchewan, «qui marie poésie, hip-hop, musique country et musique autochtone de façon absolument unique.Tous les mots qu\u2019il écrit sont calibrés, chaque phrase compte.C\u2019est un génie, notre ami, aussi», précise Campeau, investi de la responsabilité de faire connaître les autres jeunes musiciens amérindiens du pays.«Nous sommes une communauté, c\u2019est ce que font les gens d\u2019une communauté, s\u2019entraider.» Un nouveau pouvoir Ce qui est bon en musique l\u2019est aussi en société.C\u2019est une communauté qui s\u2019est levée ces derniers mois pour manifester son opposition au passage du pipeline près de Standing Rock, dans le Dakota du Nord.«Attendez de voir ce qui arrivera lorsqu\u2019on forcera le passage de ces pipelines au Canada», avance Campeau, faisant allusion aux deux projets de pipelines ayant reçu l\u2019aval du gouvernement fédéral.«La seule différence entre aujourd\u2019hui et ce qui est arrivé [durant la crise] à Oka, ce sont les téléphones portables.Maintenant, nous avons notre propre média.C\u2019est ce qui a permis aux opposants de Standing Rock de filmer les arrestations, l\u2019usage des canons à eau, et de répondre aux images qui pouvaient être diffusées dans les médias.» Campeau fait le rapprochement entre ce nouveau «pouvoir» des images qui a aidé les Sioux et leurs alliés au Dakota du Nord et celles qui, depuis deux ans, montrent le traitement des forces policières à l\u2019endroit de membres de certaines communautés afro-américaines aux États-Unis.« Avant, lorsqu\u2019un policier abattait un Noir, nous n\u2019avions que sa version des faits.Grâce aux images aujourd\u2019hui, les autorités sont désormais imputables.Et tout ça soulève la notion d\u2019une suprématie blanche en Amérique du Nord.[.] Il faut avoir cette conversation, et pas seulement relever le racisme aux États-Unis, mais regarder la situation ici, au Canada, où il y a toujours la Loi sur les Indiens \u2014 attention, je ne suis pas en train de dire qu\u2019on ne peut pas être fier d\u2019être Canadien, je demande juste qu\u2019on s\u2019attarde à ce que ça veut dire, être canadien.» Alors, croyez-vous que notre premier ministre Justin Trudeau est l\u2019homme pour.?«Non», tranche Campeau, avant même que soit complétée la question qu\u2019il connaissait d\u2019avance.« Il est une énorme déception.Il a fait campagne sur les droits des autochtones, sur la consultation avec les peuples autochtones concernant les projets de pipeline \u2014 il en a approuvé deux !\u2026 C\u2019est un politicien, voilà tout.» Et c\u2019est pour ça que A Tribe Called Red veut nous faire danser.Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 DANSER Une cible fragile, c\u2019est aussi le port commercial de Mogadiscio, où 20 personnes ont été tuées dimanche dans un attentat-suicide au camion piégé.Encore, c\u2019est la caserne Al-Sawla- ban de la ville d\u2019Aden, là où sont morts 48 soldats yéménites qui étaient rassemblés samedi pour encaisser leur paye mensuelle, quand un kamikaze s\u2019est fait exploser.«Une partie du défi s\u2019explique par le fait qu\u2019il est impossible, même dans l\u2019État le plus militarisé qui soit, de protéger toutes les cibles fragiles », a rappelé Bessma Momani.Et « pour un groupe terroriste, frapper une soft target, c\u2019est extrêmement facile, particulièrement dans des endroits comme le Yémen, le Nigeria et la Somalie, où l\u2019accès à des armes est extrêmement facile, avec un tout petit peu d\u2019argent », a ajouté Thomas Juneau, de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Moins de logistique Le fait d\u2019attaquer des cibles fragiles n\u2019empêche pas la possibilité de s\u2019en prendre, aussi, à des lieux ultra-sécurisés.L\u2019attentat à l\u2019aéroport d\u2019Istanbul, le 28 juin, l\u2019a bien prouvé.«Frapper une hard target, [le groupe] EI veut le faire, parce que la portée politique d\u2019un attentat comme ça est beaucoup plus forte, a remarqué Thomas Juneau.Mais au niveau de la logistique, de l\u2019entraînement et de la préparation, c\u2019est beaucoup plus compliqué.L\u2019investissement est supérieur.Alors, frapper une soft target, pour une cellule [terroriste], c\u2019est plus facile.» Quand même, en sécurisant et en militarisant les lieux sensibles, comme le fait notamment la France depuis les attentats de novembre 2015, les États fragilisent-ils la sécurité des lieux de rencontre des civils?«En protégeant plus les hard targets, est-ce qu\u2019on rend les soft targets plus vulnérables?Potentiellement, oui, a répondu Thomas Juneau.Mais quand il y a toutes sortes de choses comme des check points, des contrôles aux frontières, ça peut quand même restreindre la liberté de manœuvre de groupes de terroristes.» Des écoles aux cinémas ou aux festivals, des marathons aux centres commerciaux, les attaques se déplacent et les assaillants s\u2019inspirent les uns des autres, constate Bessma Momani.« On ne peut pas sécuriser tous les lieux.C\u2019est pourquoi nous devons mettre de l\u2019énergie dans le renseignement», a-t-elle déclaré.Entre 2000 et 2010, le budget du seul Service canadien du renseignement de sécurité a bondi de 179%.Entre 2001 et 2016, la hausse aurait atteint environ 300 %, selon Thomas Juneau, qui est aussi un ex-employé de la Défense nationale.Mais le renseignement n\u2019est pas infaillible, et « on ne pourra jamais exiger un rendement de 100%», a rappelé Thomas Juneau.Aussi, «dans nos démocraties libérales, nous avons du mal à accepter le fait que le gouvernement nous surveille constamment», a ajouté Bessma Momani.Entre le maintien de la sécurité et le respect de la vie privée, l\u2019équilibre est précaire.À ce sujet, Thomas Juneau se félicite d\u2019entendre les débats entourant le projet de loi conservateur antiterroriste C-51, que le gouvernement Trudeau s\u2019affaire à réformer.«Quelle que soit la position d\u2019un parti politique ou d\u2019un individu, je trouve que c\u2019est bien qu\u2019on parle de ça au Canada, parce qu\u2019on n\u2019en parle pas assez publiquement», a-t-il affirmé.Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 ATTENTATS Une fin de semaine meurtrière Aden, Yémen Attentat-suicide devant une caserne où des militaires recevaient leur paye 48 morts, 29 blessés Geste revendiqué par le groupe armé État islamique Istanbul, Turquie Deux explosions presque simultanées : une voiture piégée et un kamikaze, près d\u2019un stade de soccer Au moins 38 morts, dont 30 policiers Geste revendiqué par Les Faucons de la liberté du Kurdistan, un groupe radical proche du Parti des travailleurs du Kurdistan Le Caire, Égypte Trois attentats à la bombe (deux attentats vendredi et un attentat dimanche), dont le plus important dans une église copte 30 morts dans les trois événements Geste non revendiqué Mogadiscio, Somalie Attentat au camion piégé dans le port de Mogadiscio Au moins 20 morts Geste revendiqué par le groupe djihadiste al-Shabbaab, affilié à al-Qaïda Maiduguri, Nigeria Deux attentats-suicides, dans un marché 1 mort, 18 blessés Geste non revendiqué.Mais le procédé utilisé est celui du groupe djihadiste nigérian Boko Haram KHALED DESOUKI AGENCE FRANCE-PRESSE Trois attentats à la bombe ont fait au moins 30 morts ces derniers jours en Égypte.L\u2019attaque la plus meurtrière s\u2019est déroulée dans une église copte du Caire.Au moins 23 personnes ont été tuées en pleine célébration dimanche, la pire attaque contre cette minorité religieuse depuis des années.tage d\u2019argent pour financer des services qui devraient être payés par l\u2019État ! C\u2019est odieux, c\u2019est scandaleux ! » Compressions Des enseignants, contactés par Le Devoir, partagent son indignation.« J\u2019ai trouvé ça aberrant, affirme Sylvie Normandeau, qui travaille à l\u2019École Pierre Dupuy dans le quartier Centre- Sud à Montréal.Je suis dans un milieu défavorisé, je donne déjà beaucoup dans ma classe, je fais le plein de feuilles mobiles, de crayons à mine, je paye du matériel scolaire de ma poche pour mes élèves.Je ne mets pas en doute la bonne volonté de la Fondation, mais moi, quand je donne dans ma classe, je sais que ça va vraiment là où il y a des besoins.» Michèle Henrichon, professeure à l\u2019école Baril dans Hochelaga-Maisonneuve, af firme avoir reçu cette invitation à donner comme « un coup de barre en plein visage ».« Ça a heurté beaucoup d\u2019enseignants.Comment ça se fait qu\u2019on demande encore aux professeurs de donner ?Je me demande dans quel organisme ou quel milieu de travail on demande aux employés de financer leur employeur.» Elle af firme que les fondations sont utiles, pour financer des projets qui vont au-delà de ce qui devrait être fourni par l\u2019école publique.«Mais dans le contexte où on a subi tellement de coupures, dans un contexte d\u2019austérité, je commence à me poser de sérieuses questions.» Et c\u2019est là que le bât blesse.«Ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est que c\u2019est une réponse aux compressions du gouvernement, se désole la présidente de l\u2019Alliance des professeurs, Catherine Renaud.Il manque des services et des produits de base dans le milieu, alors il faudrait financer une Fondation pour venir pallier par-ci, par-là, les dif fé- rents manques.» Politique En entrevue au Devoir, la directrice de la Fondation, Adeline Caron, répond que « la Fondation n\u2019est pas là pour pallier le sous-fi- nancement de l\u2019État [mais] pour of frir des services complémentaires ».Elle affirme toutefois que « ce n\u2019est pas demain la veille que le gouvernement va pallier toutes les coupures des dernières années ».Et elle ne veut pas s\u2019avancer davantage sur ce qui est considéré comme un service qui devrait être payé par l\u2019État et ce qui est complémentaire, dans un système où l\u2019éducation est publique.« Je ne peux pas répondre à ça ; je ne fais pas de la politique, je fais de la philanthropie.» Adeline Caron, qui œuvre au sein de dif fé- rentes fondations, se désole de voir que la demande est mal reçue par certains professeurs.Elle affirme toutefois que plusieurs sont emballés, que la campagne de déduction à la source répondait à une demande de certains professeurs et qu\u2019elle a été élaborée avec des gens du réseau.Elle rappelle que la campagne s\u2019adresse aux 17 000 employés de la CSDM, et non seulement aux professeurs, et que personne n\u2019est obligé de donner.Elle ajoute qu\u2019une lettre accompagnait le formulaire de dons et qu\u2019on y reconnaissait justement l\u2019implication des professeurs et des autres employés de la CSDM en donnant pour thème à la campagne : «merci de continuer à vous donner».Philanthropie « Compte tenu de la situation actuelle, de toutes les coupures, je peux comprendre la position des gens qui sont fâchés, reconnaît Mme Caron.Mais il faut que les gens comprennent aussi que la culture philanthropique peut aider à aller chercher des fonds dont on a grandement besoin.C\u2019est peut-être aussi une culture où les gens sont habitués d\u2019être soutenus par le gouvernement, ils sont habitués à ce que tout soit payé par le gouvernement, mais il y a une belle opportunité à la Fondation d\u2019aller chercher des fonds additionnels.» Elle argue que c\u2019est une pratique courante dans les hôpitaux «qui récoltent des millions par année» et que les professeurs donnent déjà à Centraide, avec une campagne de déduction à la source qui a permis d\u2019amasser 80 000$ l\u2019an dernier.Adeline Caron reconnaît toutefois qu\u2019il aurait peut-être été préférable d\u2019attendre la rencontre avec la présidente du syndicat des professeurs avant de lancer la campagne de financement auprès des professeurs.«Avec du recul, ef fective- ment, ça aurait été probablement plus respectueux envers les enseignants.Je pense qu\u2019il faut se relever les manches, apprendre de nos erreurs et mieux faire l\u2019an prochain.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 DONS La Fondation en bref La Fondation de la Commission scolaire de Montréal été créée en 1999 et a obtenu son statut d\u2019organisme de charité en 2000.Elle est en dormance depuis et a été réactivée en juin dernier avec l\u2019embauche de la directrice, Adeline Caron.Elle chapeaute les 42 fondations d\u2019écoles de la CSDM.Lire aussi \u203a D\u2019autres informations sur cette série d\u2019attentats sont publiées en pages B 1 et B 6.La culture philanthropique peut aider à aller chercher des fonds dont on a grandement besoin "]
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