Le devoir, 17 décembre 2016, Cahier A
[" AUJOURD\u2019HUI Perspectives \u203a Confessions sur un plancher de danse.Madonna revendique son appartenance au «mauvais féminisme» en conjuguant vêtements sexy et chirurgie esthétique.Page B 1 Avis légaux.C 4 Décès.C 7 Météo.C 2 Mots croisés.A 6 Petites annonces .C 7 Sudoku.A 6 V O L .C V I I N o 2 8 8 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 2 , 8 3 | S + T A X E S = 3 , 2 5 | S ?w w w .l e d e v o i r .c o m 50 QUÉBEC 418-654-8677 LÉVIS 418-654-8677 TROIS-RIVIÈRES 819-696-8677 MONTRÉAL 514-231-8677 LAVAL 450-627-3716 LONGUEUIL 450-445-9829 .CA Certifié 5 Étoiles® TOILES À ROULEAUX \u2022 PANNEAUX COULISSANTS \u2022 PERSIENNES \u2022 STORES VOILAGE \u2022 STORES ROMAINS STORES HORIZONTAUX \u2022 STORES MOTORISÉS \u2022 STORES DE VERRIÈRES \u2022 STORES VERTICAUX FABRIQUÉ AU QUÉBEC SUR MESURE ESTIMATION GRATUITE 1 855 770-8677 OPAQUES TRANSLUCIDES SOLAIRES MOTORISATION DISPONIBLE Claude Bouchard Québec, Lévis, Montréal, Trois-Rivières, Repentigny, Laval, Boisbiand, Mont-Tremblant, Longueuil, Beloeil, Magog % de rabais ou INSTALLATION GRATUITE Jusqu\u2019à INSTALLATION GARANTIE G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É L a baisse des appuis enregistrée par le Parti libéral du Québec (PLQ) lors des partielles du 5 décembre se confirme plus largement dans un sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal, qui place les trois principaux partis dans un mouchoir de poche.Selon cette enquête réalisée en ligne du 12 au 15 décembre auprès de 1016 répondants, libéraux et péquistes auraient recueilli chacun 30 % des intentions de vote si une élection avait eu lieu cette semaine.Avec 26 %, la Coalition avenir Québec (CAQ) obtient son meilleur résultat depuis décembre 2014.Chez les francophones, le PQ obtient 36% d\u2019appuis, devant la CAQ (30 %) et à plusieurs longueurs du PLQ (20%).La course à trois se mesure également dans la répartition régionale: les libéraux dominent à Montréal (36%), le PQ est le choix des répondants en région (35%), et la CAQ est la favorite à Québec (35%).Les nouvelles ne sont pas réjouissantes pour les libéraux à l\u2019approche des Fêtes.Dans la foulée d\u2019un recul général de près de 10 points lors des quatre partielles de décembre (par rappor t aux dernières élections), le PLQ enregistre son pire résultat chez Léger depuis les élections de 2012.Le taux d\u2019insatisfaction frôle les 70 %, et Philippe Couillard ar rive troisième dans la catégorie du « meilleur premier ministre » (quatre points derrière Jean-François Lisée et François Legault), là où il domine habituellement.De même, malgré les prétentions de M.Couillard voulant que les libéraux aient « sauvé le Québec», les Québécois ne voient pas la situation du même œil.Ainsi, 39 % des répondants au sondage estiment que la situation au Québec est «pire» qu\u2019il y a un an, alors que seulement 9 % perçoivent une amélioration.Le pessimisme règne aussi dans l\u2019autre sens : 27 % des gens pensent que la situation sera encore «pire » dans un an.Les intentions de vote sont stables par rapport au dernier sondage Léger, publié le 12 novembre dans Le Devoir.Mais elles sont aussi en complète contradiction avec les résultats de la firme CROP dévoilés cette semaine dans La Presse, qui donnaient une avance de 13 points aux libéraux sur le PQ (38 % contre 25 %).Une comparaison entre les deux sondages montre aussi des écarts importants sur plusieurs indicateurs : vote francophone (CROP dénote une triple égalité) ; taux de satisfaction (six points de plus chez CROP) ; meilleur premier ministre (avance de cinq points de Philippe Couillard chez CROP) ; vote en région (CROP donne les libéraux premiers, devant la CAQ).SONDAGE LÉGER Le PLQ en panne Miroir des récentes élections partielles, on assiste à une véritable course à trois Léger et CROP font une lecture différente de l\u2019électorat, une anomalie difficile à expliquer Notre époque semble parfois donner vie aux prévisions cauchemardesques du roman d\u2019anticipation 1984 de George Orwell.Dans ce bilan de fin d\u2019année, voyons comment la guerre devient la paix, la liber té un esclavage, et l\u2019ignorance une force politique majeure.Autant de menaces (Big Brother vous regarde !) auxquelles plusieurs jeunes ne semblent plus croire.M A R I E - M I C H È L E S I O U I P our la première fois en 20 ans, cette année, l\u2019enseignant au secondaire Jocelyn Lapointe a retiré l\u2019ouvrage 1984 de sa liste de lectures obligatoires.Parce que l\u2019an dernier, le prof d\u2019anglais de cinquième secondaire a fait face à une petite insurrection.Quiconque serait passé dans sa classe au fil du temps, quiconque y aurait observé les af fiches des élèves sur le thème de l\u2019allégorie de la caverne aurait pu croire que Jocelyn Lapointe compose très bien avec un peu de rébellion.Dans ses cours, il enseigne d\u2019ailleurs à ses élèves que l\u2019école a deux fonctions.« Et la deuxième fonction, ils ne la trouvent pas drôle », raconte l\u2019enseignant de 57 ans autour d\u2019un café partagé avec Le Devoir.« Je leur dis : l\u2019école est là pour t\u2019instruire, mais elle est surtout là pour fabriquer l\u2019obéissance.Pour que tu sois un bon travailleur, que tu n\u2019arrives pas en retard, que tu respectes l\u2019autorité.» Aux jeunes ébahis en classe, il fournit des exemples.«Pourquoi, quand la cloche sonne sur l\u2019heure du midi, vous salivez ?Pourquoi, quand la cloche sonne, vous vous levez?» Jocelyn Lapointe, avec ses 25 années ORWELL EN 2016 1984 ne fait plus peur aux jeunes Au secondaire, c\u2019est la révolte des conformistes Charge d\u2019Obama contre Poutine Page C 6 Les intentions de vote Pour quel parti voteriez-vous?Parti décembre 2016 novembre 2016 PLQ 30% 31% PQ 30% 30% CAQ 26% 25% QS 10% 10% Sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal réalisé en ligne du 12 au 15 décembre 2016 auprès de 1016 personnes.Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d\u2019erreur de 3,1% dans 19 cas sur 20.Dossier \u203a Qui s\u2019offusque encore du regard de Big Brother ?Page A 4 L\u2019ère de la postvérité a commencé.Page A 5 Sombrer dans un état de conflit permanent.Page A 4 I L L U S T R A T I O N M A R I O N A R B O N A D O M I N I C T A R D I F M ais quelle idée grotesque que de jouer aux quilles avec des têtes de morts ! C\u2019est pourtant à ce sinistre manège que se livre, sans émotion, le frère cadet dans Conte de celui qui s\u2019en alla pour connaître la peur des frères Grimm.Complètement imperméable à toute frayeur, le garçon désespère de ne jamais sentir les effets physiques de la frousse, même lorsqu\u2019il chatouille ainsi la Faucheuse.Pendant ce temps, son pissou d\u2019aîné, pourtant plus intelligent que lui, frémit à la moindre occasion.Moralité : la peur, bien qu\u2019elle soit parfois inutilement paralysante, est aussi souvent indispensable.« Apprendre à dompter ses peurs, à les apprivoiser, c\u2019est un peu ça, grandir », rappelle, en abondant dans le sens des célèbres frangins allemands, Martin Lépine, professeur de didactique du français au Département de l\u2019enseignement au préscolaire et au primaire de l\u2019Université de Sherbrooke.Mais alors qu\u2019elle s\u2019incarnait souvent sous les traits carnassiers du grand méchant loup, la peur revêt depuis quelques années des visages de plus en plus similaires à ceux du mal surgissant chaque jour entre les pages de votre quotidien préféré.«Parce que la littérature jeunesse puise dans les contes traditionnels et oraux, les peurs y étaient la plupart du temps transcendées par l\u2019intermédiaire de personnages d\u2019animaux.Depuis le tournant des années 2000, avec l\u2019ef fervescence créative du monde de l\u2019édition jeunesse, on fait davantage de place à des questions graves et complexes », explique le prof Lépine, en évoquant entre autres L\u2019ennemi, fable de Davide Cali illustrée par Serge LIVRES \u2014 RADICALEMENT JEUNESSE L\u2019apprentissage du tremblement La laideur du monde, le mal qui surgit de l\u2019actualité, change aussi les figures de la peur dans la littérature jeunesse VOIR PAGE A 8 : TREMBLEMENT VOIR PAGE A 8 : SONDAGE VOIR PAGE A 8 : ORWELL Évacuations suspendues à Alep Page C 6 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 2 JEAN-MARC LÉGER, JACQUES NANTEL et PIERRE DUHAMEL « (.) un outil pour mieux comprendre le Quebecis vulgaris, sans complaisance, et qui dévoile, chiffres à l\u2019appui, nos forces, nos faiblesses, nos failles et nos qualités.» \u2013 Vincent Marissal, La Presse « (Le Code Québec) marque un tournant dans la perception que nous avons de nous- mêmes comme Québécois.» \u2013 Mario Dumont, Le Journal de Montréal « J\u2019ai beaucoup aimé lire ce livre-là, je le conseille, c\u2019est facile et agréable à lire.C\u2019est un portrait sans complaisance et sans photoshop ».\u2013 Guy A.Lepage Livres papier et numérique en vente maintenant © J u l i a M a r o i s © S y l v i a n e R o b i n i Offrez le Québec en cadeau pour Noël 445, rue St-Sulpice, Vieux-Montréal Téléphone : 514 845-4980 Heures d\u2019ouverture : du lundi au vendredi de 10 h 00 à 18 h 00 les samedis et dimanches de 10 h 00 à 16 h 30 Papeter ie Casse - Noisette Nous tenons en inventaire agendas, papiers Lalo, papier St-Gilles, cartes, plumes et stylos, albums de photos, articles de bureau, sceaux, cires à cacheter .J E A N N E C O R R I V E A U L es policiers ont mis fin, vendredi, aux opérations de six boutiques de Cannabis Culture inaugurées la veille à Montréal.Ils ont procédé à l\u2019arrestation de dix personnes, parmi lesquelles se trouvait le propriétaire de l\u2019entreprise, Marc Emery.Ouver tes jeudi, les boutiques illégales de Cannabis Culture avaient pu poursuivre leurs activités toute la journée vendredi sans être inquiétées par la police, malgré la menace qui planait.Les policiers sont arrivés simultanément dans six commerces peu avant 18 h.Les personnes arrêtées travaillaient dans les commerces et il ne s\u2019agissait pas de clients, a indiqué vendredi soir le commandant Stephen Verissimo, des Ser vices par tagés enquêtes de la division Nord du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).« Les gens qui ont été arrêtés vont être transportés à la division Nord pour être rencontrés par les enquêteurs.L\u2019enquête n\u2019est pas terminée», a souligné le policier.Ces personnes pourraient être accusées de trafic de stupéfiants et de possession aux fins de trafic de stupéfiants, a-t-il dit.Au moins 18 kg de marijuana ont été saisis sur place, de même que de l\u2019argent et des équipements ser vant au trafic de stupéfiants, dont des balances et des sachets.Peu surprenant Selon le témoignage d\u2019une employée du commerce de l\u2019avenue du Mont-Royal, tous les employés de cet établissement ont pu quitter les lieux avant que Marc Emery soit arrêté.« On a su dans l\u2019après- midi qu\u2019il y aurait une descente, mais on ne savait pas à quel moment», a relaté Maude, qui avait été embauchée la veille.« Marc Emery a dit à tous les employés qui étaient derrière le comptoir de sortir.» Si elle ne fait pas elle-même face à des accusations, elle se dit consciente des risques auxquels elle s\u2019expose : «On avait été bien avertis en commençant à travailler là.On ne savait pas combien de temps ça allait durer.On aurait souhaité plus longtemps.Et on ne sait pas ce qui va se passer pour la suite des choses.À Toronto, il y a eu le même genre de descentes, et les commerces ont rouvert.» Cannabis Culture souhaitait opérer huit boutiques à Montréal, mais deux d\u2019entre elles n\u2019ont pu entrer en activité, car l\u2019entreprise n\u2019a pas réussi à obtenir les permis requis de la Ville.Le maire Denis Coderre, qui, la veille, avait affirmé que le principe de tolérance zéro serait appliqué, a commenté l\u2019inter vention des policiers vendredi soir sur son compte Twitter : « [Il serait] plus pertinent de mettre vos énergies sur processus législatif assuré pour légalisation marijuana qu\u2019un stunt inutile\u2026 Respectez la loi.» Environ 60 policiers ont participé à l\u2019opération.L\u2019opposition à l\u2019hôtel de ville est toutefois d\u2019avis que la Ville devrait se préparer dès maintenant à la légalisation de la marijuana à des fins récréatives afin de mieux encadrer l\u2019implantation éventuelle de ce type de commerce dans la métropole.Certificats Si Cannabis Culture a pu ouvrir des boutiques à Montréal, c\u2019est parce que l\u2019entreprise détenait des certificats d\u2019occupation permettant une épicerie ou la vente au détail, a indiqué la conseillère de Projet Montréal dans l\u2019arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Christine Gosselin : « Nos inspecteurs ne sont habilités à aller faire la dif férence entre de la tisane ou de la marijuana.On n\u2019a pas d\u2019outils législatifs pour donner des contraventions ou déposer une injonction.» Si les produits vendus ne sont pas légaux, c\u2019est à la police d\u2019y voir, a-t-elle ajouté.Mme Gosselin croit toutefois que la Ville devra envisager des moyens pour éviter la prolifération de ces commerces lorsque la vente de cannabis sera légalisée.La V il le pour rait l imiter leur nombre, créer de nouvelles catégories d\u2019usages et interdire ce type de commerce à moins de 200 mètres des écoles et des garderies, suggère l\u2019élue.«Les intérêts derrière ça sont énormes, et ces compagnies sont prêtes à s\u2019implanter de façon massive.Nous sommes vulnérables.Il y a beaucoup d\u2019inoccupation commerciale à Montréal », dit-elle.Le Devoir Le SPVM débarque chez Cannabis Culture Le « prince du pot », Marc Emery, a été emmené par les policiers JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une soixantaine de policiers du Service de police de Montréal ont participé à l\u2019opération, vendredi en fin d\u2019après-midi. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 ACTUALITES A 3 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard se sont présentés ensemble vendredi matin à Outremont, à deux pas du futur complexe des sciences de l\u2019Université de Montréal, pour annoncer l\u2019accord des fonds conjugués.M A R C O F O R T I E R U n accord décrit comme «historique» entre les gouvernements Couillard et Trudeau ouvre la voie à l\u2019injection de plus d\u2019un milliard de dollars dans les universités et les cégeps du Québec, qui ont un besoin criant de rénovations et de nouveaux bâtiments.Ottawa investit plus de 385 millions, Québec ajoute 345 millions, et les établissements eux- mêmes, appuyés par des sources privées, injectent 361 millions, pour un total de 1,09 milliard de dollars.Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, accompagnés d\u2019une brochette de ministres et de dignitaires, ont fait l\u2019annonce vendredi matin à Outremont.Ils se trouvaient à deux pas du futur complexe des sciences de l\u2019Université de Montréal \u2014 le plus gros projet au Canada mis en avant par Ottawa en vertu du Fonds d\u2019investissement stratégique pour les établissements postsecondaires, doté d\u2019une enveloppe de 2 milliards.L\u2019Université de Montréal obtient la part du lion des investissements de ce Fonds au Québec, avec 10 projets d\u2019une valeur totale de près d\u2019un demi-milliard de dollars en argent public : 229,2 millions de Québec et d\u2019Ottawa pour son complexe des sciences, dont la construction a commencé sur le terrain de l\u2019ancienne gare de triage d\u2019Outremont ; et 259 millions pour d\u2019autres projets de l\u2019Université et ses affiliés, HEC Montréal et l\u2019École polytechnique.Selon ce que Le Devoir a appris, l\u2019accent mis sur l\u2019Université de Montréal a fait sourciller dans le milieu de l\u2019éducation, vendredi.Les représentants des cégeps et des universités présents à l\u2019annonce de vendredi ont tous salué les fonds investis par Québec et Ottawa.Mais en privé, on déplore que Québec ait choisi de garder secrets les projets financés dans 40 collèges et cinq autres universités, dont McGill, Concordia, Bishop et l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).La ministre de l\u2019Enseignement supérieur, Hélène David, compte dévoiler au cours des prochaines semaines les initiatives appuyées par les gouvernements Couillard et Trudeau.Elle compte multiplier les « bonnes nouvelles » dans toutes les régions à compter du mois de janvier.En attendant, la ministre David a demandé aux cégeps et aux universités de rester discrets au sujet des 101 projets d\u2019infrastructures qui ont été retenus par Québec et Ottawa.État de décrépitude Le financement confirmé vendredi représente « un des plus grands programmes d\u2019investissement de l\u2019histoire de l\u2019Université [de Montréal]», a dit le premier ministre Trudeau.Le complexe des sciences deviendra «un des plus grands centres d\u2019innovation au pays, où les chercheurs travailleront ensemble dans les installations de calibre mondial pour trouver des solutions aux problèmes auxquels notre pays et notre monde font face», a-t-il précisé.Il reste à préciser quelle portion du milliard de dollars servira à construire de nouveaux pavillons et quelle portion servira à rénover les bâtiments existants.Chose certaine, les cégeps et les universités ont bien besoin d\u2019argent pour une cure de rajeunissement : 40 % des bâtiments universitaires du Québec sont en mauvais ou en très mauvais état, selon les chiffres du gouvernement.Le déficit d\u2019entretien des universités s\u2019élève à 1,5 milliard de dollars.L\u2019Université McGill, établie dans des bâtiments historiques au pied du mont Royal, est la plus mal en point au Québec : près des trois quarts de ses édifices (73 %) nécessitent des rénovations importantes.L\u2019Université de Montréal suit, avec 64 % de bâtiments en mauvais ou en très mauvais état.Les cégeps ont aussi besoin de travaux majeurs, avec un déficit d\u2019entretien estimé par le gouvernement à 427 millions de dollars.Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps, s\u2019est réjoui des investissements fédéral et provincial, même s\u2019ils ne répondent pas à tous les besoins.Compétence du Québec Les associations étudiantes ont aussi salué l\u2019entente entre les gouvernements Couillard et Trudeau, qui se sont affrontés récemment sur le financement de la santé et sur le bannissement de l\u2019amiante, entre autres.Nicolas Lavallée, président de l\u2019Union étudiante du Québec, a hâte de voir la répartition des investissements par région et par établissement.Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), a salué avec un bémol l\u2019injection de fonds fédéraux dans sa circonscription d\u2019Outremont.Le gouvernement Trudeau dicte au Québec comment utiliser des transferts fédéraux en enseignement supérieur, qui est de la compétence des provinces en vertu de la Constitution canadienne.« Lorsqu\u2019il y a une dépense fédérale dans un domaine de compétence exclusive des provinces, on préconise un transfert direct sans condition.Le gouvernement ouvre la porte à une continuation de cette tendance lourde du fédéral à mettre le nez partout, même dans les domaines qui relèvent strictement des provinces.» Le Devoir Une cure de rajeunissement de 1 milliard Couillard et Trudeau financent les infrastructures des cégeps et des universités L I S A - M A R I E G E R V A I S P lus d\u2019un milliard sera investi dans les infrastructures postsecondaires, dont les trois quarts (730 millions) viennent des gouvernements Trudeau et Couillard.Et nous ?dit le milieu des écoles primaires et secondaires de Montréal, qui réser ve un accueil mitigé à cette annonce.« On espère qu\u2019on aura notre part du gâteau », a indiqué Michel Mayrand, président de l\u2019Association professionnelle du personnel administratif (APPA- CSN), qui regroupe le personnel de soutien de commissions scolaires montréalaises.Pour lui, ces investissements « prouvent qu\u2019il y a de l\u2019argent quelque part ».Michel Mayrand, président du Syndicat des professionnel les et professionnels du milieu de l\u2019éducation de Montréal (SPPMEM), juge « ques - tionnable » l\u2019octroi de ces fonds par le fédéral , qui vient ainsi s\u2019immiscer dans les priorités en éducation.« L\u2019argent fédéral, oui, c\u2019est bien, mais on aurait apprécié qu\u2019il le donne à Québec pour qu\u2019il décide lui-même de ses priori tés » , a - t - i l déclaré.Les syndicats du milieu scolaire montréalais réclament depuis longtemps des investissements dans le parc immobilier vétuste de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), dont le déficit d\u2019entretien s\u2019élève à 1,3 milliard.La Coalition des écoles saines avait chif fré à 100 millions sur dix ans le financement dont elle avait besoin pour la réfection d\u2019école aux prises avec des problèmes de moisissures et pour prévenir la détér iorat ion des immeubles dans d\u2019autres cas.Vétusté et moisissures Au cours des cinq dernières années, dix écoles de la CSDM ont dû fermer et transférer leurs élèves pour cause de moisissures.Parmi elles, trois écoles seulement ont été reconstruites et ont vu les élèves se réinstaller.Sept sont toujours en rénovation ou en reconstruction.Il y a moins d\u2019un mois, un ensemble d\u2019organisations syndicales a fait paraître 11 recommandations pour mieux soutenir l\u2019avenir de l\u2019école publique à la CSDM, l\u2019une d\u2019elles étant que l\u2019État accorde à la CSDM un financement récurrent et suf fisant pour l\u2019aider à prendre soin de son parc immobilier, qui présente des défis par ticuliers étant donné sa vétusté et son caractère patrimonial.Mais surtout, il est demandé que la CSDM puisse disposer elle-même de ces sommes selon ses besoins.« On veut qu\u2019à Montréal, il y ait enfin du financement suf fisant pour l\u2019aménagement et l\u2019entretien de nos écoles afin qu\u2019elles soient habitables et respirables, mais qu\u2019on nous laisse gérer l\u2019argent librement », a dit Michel Mayrand.Les organisations syndicales ont également exigé une rencontre avec le ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx, et le président du Conseil du trésor, Carlos Leitão, qui devrait se concrétiser prochainement, durant la période des Fêtes.Le Devoir Les écoles veulent leur part du gâteau INVESTISSEMENTS EN ÉDUCATION Au cours des cinq dernières années, dix écoles de la CSDM ont dû fermer et transférer leurs élèves pour cause de moisissures 10 Nombre de projets financés par Québec et Ottawa à l\u2019Université de Montréal XIXe siècle.« Il faut cependant faire la différence entre la guerre comme telle et l\u2019utilisation des forces armées pour d\u2019autres fins que la guerre.» Ces «autres moyens» ont tellement pris d\u2019ampleur et de formes qu\u2019ils en deviennent méconnaissables, constate maintenant Mme Brooks.Elle ajoute que les mutations du monde rendent toujours plus compliqué de cerner les buts politiques.La professeure propose sa propre projection contre-utopique.Elle demande d\u2019imaginer une plausible cyberattaque capable de mettre à plat le réseau électrique d\u2019une zone densément peuplée pendant plusieurs semaines ou d\u2019écraser l\u2019infrastructure financière d\u2019un pays.Ou une guerre bactériologique menée avec un virus fabriqué en laboratoire qui paralyse une population, alors incapable de résister à une invasion.Serait-on alors encore dans le modèle clauzewitsien?« La dif ficulté à cerner ce qu\u2019est la guerre est d\u2019autant plus réelle qu\u2019on parle aussi au- jourd\u2019hui de cyberconflit et de cyberterrorisme, indique Aurélie Campana, de l\u2019Université Laval.Internet est devenu un outil d\u2019espionnage.Il y a donc une évolution constante des manières de faire la guerre et de la concevoir.» Jusqu\u2019à tout récemment, le type de guerre in- terétatique dominait.Depuis la fin des années 1980, explique Mme Cabana, le type de guerre civile prend le dessus, soit en opposant un groupe étatique à un autre non étatique, soit plusieurs groupes armés non étatiques entre eux.«De plus en plus, la guerre devient un mélange des genres, dit-elle, des États soutenant des groupes armés en conflits.» Faire les distinctions La mouvance a une incidence sur tous les éléments militaires de base : le soldat, les armes, le champ de bataille.Un djihadiste auto- proclamé qui utilise sa voiture pour tuer des Québécois à Saint-Jean-sur-Richelieu, est-ce encore la guerre ?Et quand le président François Hollande répète solennellement «Nous sommes en guerre» après les attentats du Bataclan ou de Lyon, décrit-il vraiment la réalité ?«On est plus dans la diffusion de la guerre par l\u2019entremise d\u2019une tactique qui est le terrorisme, commente la professeure Campana, sans juger ces cas précis.Il faut bien faire la distinction.Sinon, on a l\u2019impression que la guerre a lieu sur notre territoire aussi.Ce qui est en partie vrai, mais il ne faut pas oublier que nos politiciens sont engagés dans des stratégies de communication, pour ne pas dire de propagande, pour rallier la population à leurs stratégies.» La grande transformation s\u2019expose par exemple dans l\u2019utilisation massive des missiles téléguidés par laser.La tendance est née avec la première guerre du Golfe et elle domine maintenant.Dans le numéro de septembre/octobre de la revue Foreign Affairs, Andrew J.Bacevich, professeur à l\u2019Université de Boston, spécialiste des relations internationales, écrit que les nouvelles armes, ces missiles précis, les drones et les bases de données ne changent finalement rien à la nature de la guerre.War is war\u2026 «La guerre demeure ce qu\u2019elle a toujours été: une arène de possibilités extrêmement difficiles à prédire ou à contrôler.Comme toujours, les surprises abondent.» Le Devoir A 5 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 UN MONDE POSTORWELLIEN A 4 Double pensée Dans l\u2019univers contre-utopique du roman 1984 de George Orwell, le ministère de la Paix (Minipax en novlangue) a la charge des forces armées.Il s\u2019agit du ministère central du gouvernement d\u2019Océania (Amériques, Océanie et Afrique australe), en guerre perpétuelle avec ses voisins l\u2019Eurasia ou l\u2019Esta- sia.Son objectif n\u2019est pas de gagner la guerre, mais de la maintenir dans un état perpétuel pour monopoliser un maximum de ressources.D\u2019où le slogan du parti au pouvoir voulant que la guerre, c\u2019est la paix, parfait exemple de «double pensée » indiquant la capacité à accepter une contradiction, par soumission, sans esprit critique.L e Royaume-Uni a adopté en novembre la Loi sur les pouvoirs d\u2019enquête.Cette loi donne aux services de sécurité de Sa Majesté le droit d\u2019utiliser à peu près n\u2019importe quel moyen pour espionner ses citoyens.Aucun autre pays de l\u2019Occident n\u2019en permet autant.«Le R.-U.vient de légaliser la surveillance la plus extrême de l\u2019histoire des démocraties occidentales, a ensuite gazouillé le lanceur d\u2019alerte sur la surveillance planétaire Edward Snowden.La mesure va plus loin que bien des régimes autoritaires.» M.Snowden est maintenant réfugié en Russie, pays-continent héritier de l\u2019URSS, l\u2019empire rouge qui implosait il y a tout juste 25 ans, le 26 décembre 1991.Le régime totalitaire soviétique, obsédé de surveillance et de répression, a en partie inspiré le roman dystopique 1984.La prophétie du cauchemar sous l\u2019angsoc (le socialisme anglais, en novlangue) ne s\u2019est évidemment pas réalisée comme telle.N\u2019empêche, dans notre monde postorwellien, libre jusqu\u2019au vertige, Big Brother vous regarde, beaucoup, passionnément, à la folie.« En fait, plusieurs Big Brothers vous surveillent maintenant », corrige le professeur de l\u2019Université Laval Stéphane Leman-Langlois, spécialiste du renseignement et du contrôle social.«La différence est là, dans le foisonnement de points de collecte de données qui permet d\u2019en amasser beaucoup plus au profit de plusieurs centres de surveillance.» Le roman anticipe sur la puissance des techniques et des médias de contrôle de l\u2019information, mais aussi de la mémoire.De ce point de vue, la réalité dépasse amplement la fiction.« Il se fait de la surveillance par caméra, comme dans le roman, mais c\u2019est minime, disons pour 5 à 10% des cas, dit encore le professeur Leman- Langlois.Les services de renseignement sont plus intéressés par les millions de traces numériques que nous générons dans toutes nos activités sans en être conscients.» Les appareils branchés nous espionnent de manière exponentielle.Une simple brosse à dents « intelligente » peut déjà rapporter où vous êtes, et quand.Les ampoules électriques ou les thermostats amassent des renseignements et les diffusent.Dans quelques années, prédit le spécialiste, des dizaines d\u2019objets connectés à chacun des serveurs domestiques moucharderont sur tout.«La surveillance va devenir incommensurable.Si le citoyen ne se réveille pas et ne s\u2019oppose pas à la tendance \u2014 et je mets des \u201csi\u201d \u2014, on aura de plus en plus de lois qui permettront de ramasser de plus en plus d\u2019informations sur tous.» L\u2019asservissement volontaire Notre nouveau contrat social informel semble se résumer à ce triste pastiche rous- seauiste : l\u2019humain est né libre et partout il est dans les fers numériques.« La liberté qui masque un esclavage découle des transformations du capitalisme vers une fausse société de partage, commente Jonathan Roberge, spécialiste du monde dématérialisé et des mouvements sociaux à l\u2019Institut national de la recherche scientifique.Il y a une injonction à s\u2019exprimer, à participer, une obligation de liberté qui finit paradoxalement par nier la liberté elle-même.Nous sommes forcés à être libres et heureux sur les médias sociaux.Ça devient épuisant d\u2019un point de vue psychologique et aliénant d\u2019un point de vue politique et culturel.» Le professeur met l\u2019accent sur le concept de «travail numérique» (digital labor), soit l\u2019ensemble des activités branchées qui produisent des informations et de la valeur, rapidement captées par les grandes entreprises et les gouvernements.En consommant du Web, chacun génère des données exploitées ensuite par autrui.«Le capitalisme des données repose sur le ciblage et le profilage.On donne notre information à Amazon ou à Facebook, pour faire court, qui nous la revendent ensuite à travers la publicité.Le Web gratuit, c\u2019est une blague.Le libre arbitre en ligne aussi.Les modèles de contrôle fonctionnent avec des algorithmes qui pigent dans le big data pour faire du profilage ultraprécis.J\u2019aime dire que ça crée un \u201cnouveau normal\u201d.C\u2019est normal de s\u2019exprimer en ligne.C\u2019est normal que des compagnies captent des données.C\u2019est normal que nos informations se vendent.» Quelques compagnies superpuis- santes se retrouvent en situation d\u2019oligopoles.Google contrôle 90 % des recherches en ligne et donc des trouvailles (disons) « téléguidées».« Nous ne sommes plus dans un modèle de type KGB, évidemment, poursuit M.Roberge.C\u2019est beaucoup plus subtil, beaucoup plus raffiné, plus économique aussi.Il y a toujours eu du monitorage.Maintenant, le suivi ultraprécis dégage des profils pour la vente.[\u2026] Mais la question fondamentale est de savoir comment vont s\u2019enligner ces nouveaux pouvoirs.Vont-ils collaborer avec le pouvoir politique et les instances de sécurité, comme on le voit déjà ?Quand vous atteignez ce seuil, vous vous retrouvez dans une situation parfaitement dangereuse.» Un État totalitaire Le rapport déposé en octobre par la Commission d\u2019accès à l\u2019information établit que l\u2019État québécois ne divulgue pas assez ses propres informations tout en protégeant mal celles des citoyens.Le président de l\u2019organisme, Jean Char- tier, y réclame des balises claires et fermes pour respecter les renseignements personnels.«Les organismes de l\u2019État pigent dans ces données accumulées par les compagnies privées, et ils le feront de plus en plus», affirme à nouveau le professeur Leman-Langlois, en rappelant que les documents divulgués par Snowden prouvent l\u2019existence d\u2019accords entre les agences de renseignement et Google, Skype et d\u2019autres géants du Web pour avoir accès à leurs données.«L\u2019opposition à cette situation est minime.La population accepte l\u2019argument que, si elle n\u2019a rien à cacher, elle n\u2019a rien à perdre à être surveillée.Il y a un petit tollé quand on s\u2019aperçoit que des journalistes sont sur écoute, puis on passe à autre chose.» Nous vivons donc dans une ère d\u2019autonomie encadrée?Il faut évidemment se méfier des raccourcis.« Je trouve notre situation extrêmement dangereuse, dit le professeur Leman-Langlois.Nous sommes face à un État totalitaire clés en main, selon moi et plusieurs autres observateurs.L\u2019appareil de surveillance sous le président Obama a gonflé hors de proportion, alors qu\u2019on chialait contre George W.Bush.Arrive maintenant Donald Trump aux commandes.S\u2019il décide de se débarrasser de la dissidence, il a en main tous les outils pour y arriver.L\u2019État de surveillance totalitaire et de contrôle total se trouve au bout de ses doigts.Nous ne sommes pas allumés sur cette réalité et, quand nous allumerons, il sera trop tard\u2026» Le Devoir LA LIBER TÉ, C\u2019EST L\u2019ESCLAVAGE Qui s\u2019offusque encore du regard de Big Brother ?La surveillance généralisée et une soumission volontaire aux données numériques George Orwell A près avoir nommé le climatonégation- niste Scott Pruitt à la tête de l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement des États- Unis (EPA), le président désigné Donald Trump a expliqué au réseau Fox News que «personne ne sait vraiment si le changement climatique existe ».Personne ?Vraiment ?Même les dizaines de milliers de savants qui ont établi ce fait maintenant quasi irréfutable ?Depuis son élection, M.Trump a encore menti en disant que des millions d\u2019immigrants illégaux avaient voté au scrutin présidentiel, en se vantant d\u2019avoir sauvé 1100 emplois d\u2019une usine en voie de délocalisation de l\u2019Indiana, 400 de plus qu\u2019en réalité.« Trump vit et prospère dans un environnement sans faits », a ensuite af firmé le journaliste Carl Bernstein, rendu célèbre pour avoir éventé le scandale du Watergate qui a fait chuter le président Richard Nixon en 1974.« Aucun président, y compris Nixon, n\u2019a été aussi ignorant et dédaigneux des faits.» Sur les ondes du réseau CNN, la mégastar du journalisme a aussi dénoncé « un sens croissant de l\u2019autoritarisme » de Donald Trump et de son entourage.Le menteur compulsif «a épuisé une armée de vérificateurs de faits avec ses erreurs, ses exagérations et ses fabrications », ironisait tout de suite après l\u2019élection The New York Times.Ce média a débusqué plus de 30 mensonges du candidat républicain en une seule journée de campagne.Une stratégie fallacieuse La stratégie fallacieuse a porté ses fruits et Donald Trump dirigera les États-Unis au moins jusqu\u2019en janvier 2021.Il ne sera pas seul du côté fourbe de la force.De puissants trompeurs surgissent un peu partout.The Economist a publié en septembre un dossier sur « la politique de la postvérité ».Les politiciens ont toujours menti, remarquait l\u2019analyse.Mais, maintenant, pour une part de la classe dirigeante de plusieurs pays, la vérité n\u2019est plus seulement tordue, falsifiée ou contestée : elle n\u2019a tout simplement plus d\u2019importance.Le néologisme «post-truth» a donc été désigné mot de l\u2019année par le dictionnaire Oxford.« Autrefois, le mensonge politique servait à créer une fausse vision du monde, concluait le panorama mondial allant de Londres à Moscou.Les mensonges d\u2019hommes comme M.Trump ne fonctionnent pas ainsi.Ils ne visent pas à convaincre les élites \u2014 dont leurs cibles électorales se méfient et qu\u2019elles n\u2019aiment pas \u2014, mais à renforcer les préjugés.» Quel est le rapport avec l\u2019ignorance ?Le philosophe Marc-Antoine Dilhac, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique publique et théorie politique de l\u2019Université de Montréal, note que, dans les trois célèbres formules d\u2019Orwell liées aux ministères d\u2019Océania (« La guerre, c\u2019est la paix » ; « La liber té, c\u2019est l\u2019esclavage » ; « L\u2019ignorance, c\u2019est la force »), seules les deux premières sont « analytiquement contradictoires », comme disent les philosophes.Dans les deux cas, les termes constitutifs s\u2019opposent.Dans la dernière phrase, bizarrement, ce n\u2019est pas le cas.Le régime totalitaire ne dit pas que l\u2019ignorance, c\u2019est la connaissance.« On peut très bien considérer qu\u2019ef fective- ment, l\u2019ignorance est une force, dit le spécialiste des théories de la démocratie et de la justice.Je crains que ce soit bel et bien le cas au- jourd\u2019hui.Ce n\u2019est pas normatif, ce n\u2019est pas ce qu\u2019on voudrait pour une démocratie ou ce qui serait juste.Malheureusement, l\u2019ignorance constitue de plus en plus une force politique.Faire de la politique, ça suppose mobiliser les gens, et pour mobiliser les masses, aujourd\u2019hui, il semble plus facile d\u2019aller au-delà de la vérité et de miser sur les émotions, par exemple.Le langage démocratique peut donc être corrompu et le mensonge est une des formes de corruption du langage.» Trois paradoxes Partant, M.Dilhac ne rejette pas l\u2019idée de comprendre notre époque à partir de la dysto- pie 1984.Au moins pour faire image, au moins d\u2019un point de vue journalistique.Il propose en fait trois paradoxes pour comprendre notre monde (disons) postorwellien.Données et faits.Nous vivons à une époque où les données abondent mais où manquent les faits.«Énormément d\u2019informations sont accessibles, mais il y a très peu de connaissances de ce qui se passe, dit le professeur, en soulignant le premier paradoxe.Une des raisons, c\u2019est qu\u2019on ne sait pas interpréter les faits, les mettre en rapport les uns avec les autres.» Vérification et spectacle.Le travail des médias devrait faire le pont (la médiatisation, justement) entre les faits bruts et leur interprétation.Or leur magistère est contesté par la prolifération des sources d\u2019information plus ou moins véri f iables.Même le fact checking tombe à plat.Il n\u2019en a pas manqué pendant la campagne américaine.ICI Radio- Canada, comme bien d\u2019autres médias, le multiplie, y compris pendant les débats en direct.« Le paradoxe, dans ce second cas, c\u2019est que la vérification devient un spectacle : \u201cAh, il a menti !\u201d \u201cAh, elle a menti !\u201d Ma crainte, c\u2019est que ce registre lasse le public et qu\u2019il finisse par se dire que tout le monde ment et qu\u2019il vaut mieux se rabattre sur nos intuitions pour prendre des décisions.On met de côté la vérité et on choisit en fonction de nos sentiments, de nos désirs ou d\u2019une promesse en particulier.» Activité et passivité.Les théories démocratiques mettent l\u2019accent depuis un demi-siècle sur la délibération publique et la participation citoyenne, qui supposent la circulation de l\u2019information.Les pratiques marchent assez bien au niveau local et rapproché.Par contre \u2014 c\u2019est le dernier paradoxe \u2014, au niveau général, national, pendant les campagnes électorales, les citoyens sont très peu engagés dans la délibération.« Ils sont actifs dans la démocratie de proximité et de moins en moins dans la discussion des grandes orientations politiques.Ils sont alors soumis à des manipulations avec tous les moyens rhétoriques, y compris le mensonge.» Une machine de corruption La pratique des manipulations a pris des proportions autrement plus scandaleuses dans les régimes totalitaires du XXe siècle.La démocratie a pris du galon partout dans le monde.Pourtant, le mensonge n\u2019a pas disparu et on le voit maintenant ressurgir un peu partout.«Le scandale du Watergate a fait chuter le président Nixon.Maintenant, la démocratie américaine et d\u2019autres acceptent d\u2019énormes mensonges qui engagent profondément des millions de personnes.La dif férence entre la première et la deuxième guerre en Irak est stupéfiante à cet égard.Dans le premier cas, il y avait un casus belli.Dans le second, les informations pour justifier la guerre étaient fausses.La guerre a eu lieu et a entraîné des centaines de milliers de morts.» Cette situation inquiétante s\u2019accompagne de ce que le philosophe politique nomme « un scepticisme général ».Les mécanismes de l\u2019autorité et de l\u2019expertise se délitent.Des milliers de savants établissent la vérité quasi indubitable du réchauffement climatique.Et puis après ?Chacun peut balayer les évidences jusqu\u2019à relayer les pires niaiseries, complotistes ou autres.« Il n\u2019y a plus d\u2019autorité.Chacun fait autorité et nie celle des autres.Tout le monde a droit au doute et n\u2019a plus besoin de justifier ce qu\u2019il croit.[\u2026] Les médias traditionnels sont impuissants à rétablir les faits, à démonter les mensonges.Tout le système prend l\u2019eau.J\u2019ai l\u2019impression que la machine de corruption de la parole publique est en route.» Le Devoir L\u2019IGNORANCE, C\u2019EST LA FORCE L\u2019ère de la postvérité a commencé Trump a épuisé une armée de vérificateurs de faits Énormément d\u2019informations sont accessibles, mais il y a très peu de connaissances de ce qui se passe Le philosophe Marc-Antoine Dilhac, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique publique et théorie politique à l\u2019UdeM « » Miniver Dans le monde boulonné de 1984, le ministère de la Vérité (Minitrue dans la nov- langue originale) s\u2019occupe de la propagande du parti.C\u2019est aussi le centre de contrôle de la falsification des événements historiques.Le protagoniste Winston Smith réécrit l\u2019histoire au quartier général du Minitrue, une pyramide de 300 mètres au fronton de laquelle apparaissent les trois slogans du parti : sur la guerre et la paix, la liberté comme esclavage et la force de l\u2019ignorance.Si le dirigeant Big Brother fait une prédiction et que celle-ci ne s\u2019avère pas, les médias du passé sont corrigés pour que l\u2019annonce s\u2019adapte de manière antéroposté- rieure.Le parti et son leader ont donc toujours raison, même si c\u2019est pour dire que 2 plus 2 font 5, ou 3, ou 4, ou les trois réponses en même temps.L e 7 décembre 1941, l\u2019attaque coordonnée de 350 avions militaires japonais sur Pearl Harbor tuait 2403 Américains.Le coup de Jarnac décidait les États-Unis à s\u2019engager à fond dans la Deuxième Guerre mondiale.Un sort du monde s\u2019est joué là.Soixante ans plus tard, en 2001, 19 fous d\u2019Allah de quatre nationalités, armés de simples cutters, ont détourné quatre avions civils et entraîné dans la mort près de 3000 personnes.Les conséquences de la riposte sur l\u2019Afghanistan et l\u2019Irak se font encore quotidiennement sentir en Syrie, jusqu\u2019ici, en passant par Paris.Le XXIe siècle a commencé là.Le nombre d\u2019attentats terroristes annuels a depuis été multiplié par sept dans le monde, avec une très forte concentration en Afrique et au Moyen-Orient.Les voitures et les couteaux de cuisine équipent les combattants recrutés sur le Web, dans leur salon.Les services de renseignement épient d\u2019ailleurs maintenant toutes les télécommunications, ou presque, sur la planète.Notre paix, c\u2019est donc la guerre ?Et la guer - re, c\u2019est donc la paix?Tout est guerre et le militaire est tout La professeure américaine Rosa Brooks vient de publier un essai au titre éloquent: How Everything Became War and the Military Became Everything (Simon & Schuster), soit «Comment tout est devenu guerre et le militaire est devenu tout».«La guerre est sortie de ses frontières, écrit la pro- fesseure de droit à l\u2019Université Georgetown.Pour la plupart d\u2019entre nous, le mot \u201cguerre\u201d évoque encore des images de la Deuxième Guerre mondiale, ou tout au moins des versions hollywoodiennes de ce conflit: nous pensons à des combats de tanks sur des plaines ouvertes ou à des scènes du jour J tirées du film Il faut sauver le soldat Ryan.[\u2026] Il y a encore 25 ans, la plupart des soldats envisageaient leur rôle d\u2019une manière familière à Genghis Khan ou Douglas MacArthur.Le job principal du militaire, comme on le beuglait aux nouvelles recrues, était de tuer du monde et de briser des choses.» À l\u2019académie West Point comme au Collège militaire royal de Kingston, ça donne aussi : to kill people and to break stuff.Ce temps est-il révolu?Ce monde a-t-il basculé ?En fait, non, répond à son tour le sociologue Éric Ouellet, qui forme des officiers au Collège des forces canadiennes à Toronto.«Il faut faire attention aux formules, dit-il.Quand on dit qu\u2019autrefois la guerre était définie de façon simple et que ce ne serait plus le cas, on ouvre une perspective sur le passé que les gens d\u2019autrefois n\u2019adopteraient pas nécessairement.Les Romains avaient une vision très stratégique de la guerre.D\u2019où l\u2019idée de la Pax romana.Genghis Khan utilisait la terreur en détruisant une ville pour donner une leçon aux autres.La guerre entre les États-nations a perduré jusqu\u2019à la Deuxième Guerre mondiale et la guerre de Corée.Mais il y avait déjà toutes sortes d\u2019autres types de conflits au XIXe et au XXe siècle.» Violence et politique Au XXIe siècle, le conflit armé est toujours la suprême raison pour faire très, très mal.Les armées cassent toujours des êtres et des choses, comme en ce moment en Syrie, où Alep rejoint le martyre de Varsovie ou d\u2019Ispahan.« La guerre utilise la violence pour atteindre des fins politiques», dit le professeur Ouellet en reprenant la conception classique du théoricien allemand Carl von Clausewitz au début du LA GUERRE, C\u2019EST LA PAIX Sombrer dans un état de conflit permanent Le nombre d\u2019attentats terroristes annuels a été multiplié par sept dans le monde depuis 2001 T E X T E S : S T É P H A N E B A I L L A R G E O N La guerre demeure ce qu\u2019elle a toujours été : une arène de possibilités extrêmement difficiles à prédire ou à contrôler Andrew J.Bacevich, professeur à l\u2019Université de Boston, spécialiste des relations internationales, dans le numéro de septembre-octobre de la revue Foreign Affairs « » J A C Q U E S N A D E A U L E D E V O I R Lire aussi \u203a Les mille yeux du cinéma Page E 1 Le futur antérieur par les arts Page E 3 Rudi et le totalitarisme: Pef met en image l\u2019horreur d\u2019un passé Page F 6 DON EMMERT AGENCE FRANCE-PRESSE Le président désigné Donald Trump au Giant Center de Hershey, en Pennsylvanie, le 15 décembre.DELIL SOULEIMAN AGENCE FRANCE-PRESSE Des Syriens réunis sur le site d\u2019une attaque à la bombe dans la ville de Qamishli, il y a quelque temps.En consommant du Web, chacun génère des données exploitées ensuite par autrui COLLAGE TIFFET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 6 Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 327 Horizontalement I.Blanchisseur.II.Lunure.Tasse.III.Obi.Accort.IV.Créditeur.Mi.V.Sir.No.Tâtât.VI.Nf.Atre.Urfa.VII.Oirai.Cassait.VIII.Tau.Fars.Moi.IX.Enée.Li.Maso.X.Sternutation.Verticalement 1.Blocs-notes.2.Lubrifiant.3.Anier.Ruée.4.Nu.Aa.Er.5.Craintif.6.Hector.Alu.7.Ce.Ecrit.8.Stout.As.9.Sarraus.Mt.10.Est.Tramai.11.Us.Mafioso.12.Récitation.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 328 1.Prend toujours le dessus.2.Bien nettoyés en bordure.3.Personnel.Réunion ouverte à tous.Libre expression en ville.4.En Valachie.Homme armé chez Barack Obama.5.Une fois de plus.Gorges profondes.6.Réduis la miche en morceaux.7.Bon coup d\u2019œil.Se lance.8.Met ses polices à votre disposition.9.Les provisions du percepteur.Mouvement en surface.10.A la sortie de Paris.Son index indique le bon poids.11.Grosse sortie en liquide.Garda pour lui.12.Saisies et mises en mémoire.I.Coup de frein qui risque de bloquer l\u2019avancement.II.Bien modeste redistribution.A sauvé et épousé son frère.III.Dame de cœur.Petite mesure.IV.Romains de Rivoli.Descente programmée.V.Ils vous en feront voir de toutes les couleurs.Cité d\u2019Abraham.VI.Fragilise le colosse à sa base.Bâtisseur de pyramides.VII.Pour aller droit sur la planche.Forme d\u2019avoir.Ne rumine plus aujourd\u2019hui.VIII.Point matinal.Faiseur d'ombre.IX.Déjà bien avancées.Bien servi par la nature.X.Se font sinistrement entendre au cœur de la Savane.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris D eux semaines exactement après que l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF) eut tenu à Madagascar l\u2019un des plus modestes sommets de son histoire, les critiques se font entendre.« Il est temps de recentrer l\u2019action de l\u2019OIF sur les enjeux du français dans le monde », af firme Xavier Michel, ancien ambassadeur de l\u2019OIF au sein de l\u2019Union européenne.Cet ex- fonctionnaire, qui a assumé de nombreuses fonctions dans la Francophonie depuis 30 ans, estime qu\u2019avec seulement 20 chefs d\u2019État et de gouvernement, le dernier sommet a battu un record historique de faible participation.Tout cela alors que le nombre de membres de l\u2019OIF vient de passer de 80 à 84 ! «On a fait davantage en matière d\u2019adhésion que d\u2019engagement véritable, dit-il.On croyait pouvoir miser sur l\u2019élection de Michaëlle Jean au secrétariat général de l\u2019OIF, [\u2026] mais il est bien difficile de trouver un agenda francophone dans les textes du XVIe sommet de l\u2019OIF qui s\u2019est tenu à Madagascar.» Xavier Michel par ticipait lundi à Paris à un colloque intitulé Quel avenir pour la Francophonie ?.L\u2019assemblée organisée par la Fondation Res Pu- blica, et animée par l\u2019ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, réunissait près d\u2019une centaine de participants.Deux semaines après le sommet d\u2019Antananarivo, plusieurs panélistes ont souligné le peu d\u2019intérêt porté à la langue française.Xavier Michel souligne que, sur les 64 pages de la résolution finale de Madagascar, une seule s\u2019intéressait à cette question.« Sur les 13 résolutions adoptées à Antananarivo, une seule por tait sur le français », dit- i l .Selon lui, l\u2019OIF peine à trouver sa vocation « entre les agendas nationaux et celui des Nations unies [\u2026] Ni le sommet ni sa présidence [de l\u2019OIF] ne nous éclairent sur son avenir».L\u2019ancien fonctionnaire déplore de plus qu\u2019on n\u2019ait pas saisi cette occasion pour mobiliser davantage les pays de l\u2019océan Indien.«On peut s\u2019étonner que le sommet d\u2019Antananarivo n\u2019ait pas davantage valorisé le potentiel de la Francophonie de l\u2019océan Indien et que l\u2019île de La Réunion n\u2019y ait pas été associée davantage», dit-il.À l\u2019abandon L\u2019ancienne rectrice de l\u2019Agence universitaire de la Francophonie, Michèle Gen- dreau-Massaloux, s\u2019étonne, elle aussi, de n\u2019avoir « jamais entendu de chef d\u2019États [membres de l \u2019OIF] demander qu\u2019on augmente les budgets destinés à la formation des professeurs de français en Afrique ».Spécialiste de la culture ibérique, Michèle Gen- dreau-Massaloux rappelle que, selon la plupart des études, c\u2019est de cette action que dépendra l\u2019avenir du français en Afrique\u2026 et probablement dans le monde.L\u2019actuel président de l\u2019Alliance française, Jérôme Clément, qui dirige un réseau de 800 associations et une centaine de centres culturels dans 135 pays, estime quant à lui que, « depuis dix ans, en France, on a l\u2019impression que la Francophonie a été laissée à l\u2019abandon.On ne sent pas de volonté de faire une contribution majeure ».Il en veut pour preuve qu\u2019en France, la Francophonie est « laissée à un secrétaire d\u2019État qui n\u2019a pas de pouvoir».Un point de vue partagé par le sénateur et ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevè- nement, qui animait le débat.En matière de Francophonie, dit-il, « malheureusement, il n\u2019y a pas de politique vraiment cohérente.Nous, Français, n\u2019avons pas pris les moyens d\u2019être le moteur puissant de cette idée.On se demande quel est le plan général».Le culturel d\u2019abord Xavier Michel souligne que l\u2019inter vention la plus remarquée lors du dernier sommet de l\u2019OIF fut celle du premier ministre canadien, Justin Trudeau.« Malheureusement, dit- il, elle ne portait pas sur l\u2019avenir du français et de la Francophonie, mais sur les femmes et les LGBT.» Pour cet ancien fonctionnaire qui se passionne pour la Francophonie depuis les années 1980, « il importe de refonder la Francophonie » autour de sa mission principale.« Le culturel doit être au début et à la fin.L\u2019économie et le politique doivent être au service du culturel », dit- il.Quant à l\u2019actuelle secrétaire générale élue au sommet de Dakar et dont le mandat se termine dans deux ans, il estime que, si « Michaëlle Jean a un vrai talent pour la communication, la Francophonie n\u2019est pas d\u2019abord un lieu de communication.[\u2026] À force de vouloir dépasser les enjeux du français au niveau international, on peut craindre qu\u2019à terme ce soit la Francophonie qui soit dépassée ».Le Devoir FRANCOPHONIE Bilan mitigé du sommet de Madagascar L\u2019événement a évacué de sa planification les discussions sur le français ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE La secrétaire générale de l\u2019OIF, Michaëlle Jean, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre québécois, Philippe Couillard, lors du Sommet de Madagascar, en novembre.P H I L I P P E O R F A L I En coupant cour t aux discussions avec les provinces quant au financement de la santé et en fixant unilatéralement les sommes qu\u2019il entend y consacrer, le gouvernement Trudeau pratique un « fédéralisme prédateur» et met en péril le bien-être des Canadiens, tonne le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, à quelques jours d\u2019une importante rencontre à Ottawa.Les négociations d\u2019un nouvel accord sur la santé s\u2019annoncent difficiles, dimanche et lundi, dans la capitale fédérale.Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, s\u2019est dit prêt, vendredi, à offrir davantage de fonds que prévus pour les soins à domicile et la santé mentale, mais à la condition que les ministres de la Santé du Canada et des provinces parviennent à ratifier l\u2019entente sur les transferts d\u2019ici lundi.« Ça se règle lundi, a insisté Bill Morneau dans une entrevue au réseau CBC.Si on peut s\u2019entendre sur un accord qui compte des résultats mesurables, de meilleurs soins à la maison pour les Canadiens, de meilleures possibilités pour la santé mentale, [le fédéral] investira davantage.Mais si on ne s\u2019entend pas [\u2026] on va s\u2019en tenir à nos promesses de campagne.» Les libéraux s\u2019étaient alors engagés à investir 3 milliards sur quatre ans dans les soins à domicile et un montant non précisé en santé mentale, même si la santé est de compétence provinciale.M.Morneau et Jane Phil- pott, la ministre fédérale de la Santé, sont déterminés à abaisser à 3 % les transferts fédéraux en santé à par tir du printemps prochain, en baisse par rapport aux 6 % que reçoivent les provinces et ter ri- toires depuis 2004.« On ne parlera pas des pourcentages.Ce que proposent les provinces est en dehors de ce que l\u2019on peut considérer », a-t-il ajouté, évoquant l\u2019économie précaire.Barrette est furieux Cela n\u2019a pas empêché Gaé- tan Barrette de dénoncer vertement l\u2019approche des libéraux de Justin Tr udeau au cours d\u2019une entrevue accordée au Devoir.Bien qu\u2019il soit d\u2019accord d\u2019investir dans ces deux secteurs, le ministre a rappelé maintes fois que le financement en santé ne devrait être assorti d\u2019aucune condition.«Bill Morneau, c\u2019est complètement déplorable comme attitude.On est à minuit moins trente secondes, il n\u2019y a eu aucune négociation formelle quant à la santé, et là, il arrive et nous impose sa position sans négociation, et sans égard à nos champs de compétence», a-t-il déploré.« C\u2019est un fédéralisme prédateur », a ajouté le Dr Barrette.Les provinces et Ottawa doivent prendre le temps de négocier sans une échéance aussi rapprochée.Il a appelé Justin Trudeau à rappeler à l\u2019ordre son ministre des Finances au plus vite.La position des libéraux fédéraux ne tient aucunement compte des besoins réels de la population.Pire, elle entraînera une diminution de l\u2019accès aux soins de santé dont ils ont le plus besoin, a prétendu M.Barrette.« On dirait que l\u2019équipe de Justin Trudeau s\u2019intéresse plus au pot qu\u2019aux citoyens», a-t-il même lancé.Le Devoir TRANSFERTS EN SANTÉ Un« fédéralisme prédateur », accuse Barrette Les négociations d\u2019un nouvel accord sur la santé auront lieu dimanche et lundi Toujours pas de successeur à Graham Fraser Graham Fraser a quitté le Commissariat aux langues officielles, qu\u2019il a dirigé pendant plus de dix ans, vendredi, mais les libéraux de Justin Trudeau ne lui ont toujours pas trouvé de successeur.Après avoir prolongé son mandat de quelques mois, M.Fraser avait indiqué vouloir passer à autre chose à la fin de l\u2019année 2016.Dans l\u2019attente de la nomination de son successeur, Ottawa a désigné la commissaire adjointe aux langues officielles, Ghislaine Saikaley, au poste de commissaire par intérim, vendredi, et ce, pour un mandat de six mois.Les commissaires à l\u2019éthique, Mary Dawson, et au lobbying, Karen Shepherd, ont vu leur mandat prolongé de six mois.Le Devoir « Sur les 13 résolutions adoptées à Antananarivo, une seule portait sur le français » «Ça se règle lundi», a insisté Bill Morneau dans une entrevue au réseau CBC M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec A près huit semaines de grève, les avocats et notaires de l\u2019État québécois (LA- NEQ) détermineront la semaine prochaine s\u2019ils continuent de débrayer en dépit du refus net du gouvernement libéral d\u2019acquiescer à leur principale demande, soit de réviser le mode de négociation de leurs conditions de travail.L\u2019issue de ce conflit de travail historique paraît bien incertaine.Le président de LA- NEQ, Jean Denis, se disait toujours « déterminé à faire la grève pour ne plus jamais avoir à la faire» vendredi.Il demandera aux quelque 1050 juristes en grève depuis le 24 octobre s\u2019ils sont du même avis à l\u2019occasion d\u2019une assemblée générale extraordinaire mardi prochain.La révision de l\u2019indemnité versée aux grévistes, qui est équivalente actuellement à près de 50 % de leur salaire en moyenne, et un emprunt visant à renflouer le fonds de grève seront vraisemblablement discutés au cours de cette AG extraordinaire.Celle-ci se tiendra une semaine après que le président du Conseil du trésor, Carlos Leitão, eut publiquement demandé à l\u2019exécutif de LANEQ de dévoiler à ses membres les «propositions [patronales] non seulement du volet normatif, mais aussi du volet financier, visant à améliorer [leurs] conditions de travail ».Négociations Le Conseil du trésor demeurera ferme sur une chose : il ne modifiera pas le mode de négociation actuel des juristes de l\u2019État, a répété M.Leitão.«Dans un souci d\u2019équité envers toute la fonction publique, on ne peut pas dévier de cela», a-t- il martelé cette semaine, jetant la consternation dans les rangs de LANEQ.M.Leitão se serait dit disposé, notamment devant M.Denis, à engager des négociations « parallèles » sur l\u2019octroi d\u2019un statut particulier aux avocats et notaires de l\u2019État.« Je ne l\u2019ai pas inventé.C\u2019est son expression à lui.Il l\u2019a dit devant plusieurs témoins », a soutenu M.Denis en conférence de presse vendredi.Du coup, LANEQ s\u2019était résigné à réclamer un mode de négociation de convention collective prévoyant la mise sur pied d\u2019un comité de rémunération chargé de faire des recommandations au Bureau de l\u2019Assemblée nationale en cas d\u2019impasse, plutôt qu\u2019un arbitrage liant les par ties patronale et syndicale.Le gouvernement libéral a balayé du revers de la main cette proposition de compromis, s\u2019est désolé M.Denis.Avec une position «injuste et rigide », « le gouvernement nous envoie le message qu\u2019on ne vaut même pas un procureur de la Couronne.[\u2026] Le gouvernement cherche clairement à nous humilier», a-t-il dit.D\u2019autre part, le président de LANEQ, Jean Denis, a pris le contre-pied du gouvernement libéral, qui «prétend que la primauté du droit n\u2019est pas menacée par le mode de négociation actuel » des juristes de l\u2019État.Selon lui, le nombre de projets de loi, de projets de règlement sur la glace, ainsi que de causes suspendues devant les tribunaux depuis le coup d\u2019envoi du débrayage de plus de 10 000 avocats et notaires de l\u2019État québécois, le 24 octobre dernier, prouve le contraire.«Le raisonnement est simple : ce mode de négociation mène à la grève, la grève menace la primauté du droit, donc ce mode de négociation menace la primauté du droit », soutient M.Denis.Bref, « le gouvernement ment», a-t-il dit sans détour.Après près de huit semaines de débrayage, les grévistes sont gonflés à bloc, soutient un membre de l\u2019exécutif de LANEQ.« De voir le ministre Leitão ne pas respecter sa parole a galvanisé les avocats et les notaires en grève.Il a commis l\u2019impardonnable.Les gens ne sont pas prêts à rentrer la tête entre les jambes », a-t-il affirmé à micro fermé au Devoir.À l\u2019évidence, le conflit de travail laissera des « séquelles », selon lui.Le « lien de confiance nécessaire » entre les juristes de l\u2019État et leur «client », l\u2019État, s\u2019est considérablement effrité.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 7 GRÈVE DES JURISTES Huit semaines de conflit plus tard Les avocats et notaires de l\u2019État québécois doivent décider s\u2019ils poursuivent le débrayage P H I L I P P E O R F A L I Entre le cours Monde contemporain et les cours à option, le choix est fait : pour faire place à l\u2019éducation financière au secondaire, le ministre Sébastien Proulx mettra dès septembre la hache dans le cours traitant des enjeux internationaux.Une décision dénoncée avec véhémence par les principaux syndicats de l\u2019enseignement.Près de huit ans après l\u2019élimination du précédent cours d\u2019économie, le gouvernement Couillard a confirmé vendredi le retour de l\u2019éducation financière dans la formation générale des jeunes, au secondaire.Pour ce faire, il devait cependant retrancher des heures en 5e secondaire, dans les cours optionnels (art, chimie, langues, etc.), ou encore dans Monde contemporain, un cours d\u2019éducation citoyenne qui s\u2019articule autour des principaux enjeux et problèmes internationaux, révélait Le Devoir plus tôt cette semaine.Heures retranchées C\u2019est finalement ce scénario qui a été choisi.Monde contemporain demeure un cours obligatoire, mais comptera deux unités plutôt que quatre.Le cours d\u2019éducation financière sera offert par les mêmes enseignants que Monde contemporain.Ils recevront une formation dès le printemps.Le nouveau cours « permettra [aux élèves] d\u2019exercer leur jugement et de développer leur capacité à prendre position sur des enjeux financiers, comme l \u2019endettement et l\u2019épargne, de façon à ce qu\u2019ils puissent adopter des comportements responsables qui leur seront bénéfiques dans tous les aspects de leur vie », a expliqué le ministre de l\u2019Éducation, dans un communiqué.Il juge que la formule adoptée « of fre une flexibilité aux écoles et respecte leur volonté de disposer de l\u2019autonomie nécessaire pour la réalisation de projets particuliers».«Cadeau empoisonné» Quoi qu\u2019il en soit, la nouvelle n\u2019enthousiasme pas les principaux syndicats de la profession.La Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE), qui représente 34 000 enseignants, aurait préféré qu\u2019on commence avec un projet pilote, comme ce fut le cas pour l\u2019éducation sexuelle.«Étrangement, les arguments du ministre Proulx pour justifier sa décision d\u2019appliquer un moratoire sur le cours d\u2019histoire nationale en 3e et 4e secondaire ne s\u2019appliquent plus lorsqu\u2019il s\u2019agit du cours d\u2019éducation financière.Pourquoi l\u2019urgence d\u2019implanter ce cours dans six mois ?» a soulevé Sylvain Mallette, président de la FAE.Le Devoir SECONDAIRE L\u2019économie prendra le pas sur les enjeux mondiaux JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les juristes de l\u2019État sont en grève depuis deux mois.Ci-dessus, une manifestation de LANEQ qui s\u2019est déroulée le 10 octobre.I S A B E L L E P O R T E R à Québec L es nouvelles démarches de Denis de Belle- val pour contester l\u2019avis d\u2019imposition de Québecor au Centre Vidéotron n\u2019inquiètent guère le maire de Québec, Régis La- beaume, qui s\u2019estime doublement protégé par la loi 204.« Vous me posez les mêmes questions qu\u2019il y a cinq ans, sauf que ce que j\u2019ai en plus depuis cinq ans, c\u2019est que la loi 204 est passée par-dessus», a déclaré le maire en mêlée de presse vendredi.« La loi 204 a passé là-dessus aussi, et c\u2019est inclus dans les contrats.[\u2026] Il n\u2019y a rien de nouveau là-dedans.» Cette loi, rappelons-le, avait été votée en 2011 en réaction au premier recours judiciaire entrepris par l\u2019ex-directeur général de la Ville, Denis de Belleval, sur l\u2019entente avec Québecor.Le maire Labeaume avait demandé l\u2019aide des députés afin de s\u2019assurer que son entente serait protégée devant les tribunaux.Aujourd\u2019hui, il souligne qu\u2019il n\u2019aurait jamais pu signer avec un partenaire pour l\u2019amphithéâtre si l\u2019entreprise avait dû payer un avis d\u2019imposition ordinaire.«On n\u2019aurait même pas discuté.Il n\u2019y aurait eu aucune discussion», a-t-il dit.Rappelons que M.de Belleval s\u2019élève contre le fait que l\u2019avis d\u2019imposition foncière remis à Vidéotron pour l\u2019amphithéâtre n\u2019est que de 365 000 $.Il entend le contester à la Ville, comme peut le faire n\u2019importe quel citoyen, mais se dit prêt à pousser ensuite ses démarches à nouveau jusqu\u2019en Cour supérieure.Rappelons que la Ville n\u2019impose que 3 % de la taille de l\u2019immeuble.Pour le justifier, on explique que Québecor n\u2019a pas « l\u2019usage exclusif » du reste et que la Ville s\u2019en sert à l\u2019occasion.Lorsqu\u2019on a demandé au maire si la Ville « se servait beaucoup du Centre Vidéotron », il a répondu « non, mais [qu\u2019il] lui appartient.C\u2019est la notion de propriété, c\u2019est tout ».Quant à M.de Belleval, « il dit beaucoup de choses », a lancé M.Labeaume.« La première fois, il a essayé de convaincre la terre entière que tout était croche, puis il s\u2019est fait battre à plates coutures au tribunal.» « Cet homme-là fait des tours de piste.Ça fait juste nous coûter cher», a-t- il aussi déclaré.Le Devoir L\u2019avis d\u2019imposition du Centre Vidéotron n\u2019inquiète pas Labeaume Guerre d\u2019usure ?Le gouvernement libéral se refuse à ce mo- ment-ci à recourir à une loi spéciale afin de mettre un terme à la grève générale illimitée de 1050 juristes de l\u2019État, qui perdure depuis plus de 50 jours.« Notre intention est toujours d\u2019avoir une entente négociée », indi- quait-on dans l\u2019entourage du ministre Carlos Leitão vendredi soir.L\u2019adoption d\u2019une loi spéciale nécessiterait de convoquer l\u2019Assemblée nationale, qui fait normalement relâche jusqu\u2019au 7 février prochain.En 2011, le gouvernement libéral avait forcé les avocats et les notaires de l\u2019État à retourner au travail au moyen d\u2019une loi spéciale après « dix jours et demi ».« Il est dans l\u2019intérêt public que ce conflit de travail se règle à la satisfaction des parties », a averti le président de LANEQ, Jean Denis, vendredi.Lire aussi \u203a Assez, le mépris, un éditorial d\u2019Antoine Robi- taille.Page B 4 «La loi 204 a passé là-dessus aussi, et c\u2019est inclus dans les contrats» La nouvelle n\u2019enthousiasme pas les principaux syndicats de la profession L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S Mystère! La situation mystifie les analystes spécialistes des sondages \u2014 quelques semaines après une élection présidentielle américaine qui a soulevé plusieurs questions sur la capacité des maisons de sondage à bien lire l\u2019opinion publique.«Qui a raison?C\u2019est soit l\u2019un, soit l\u2019autre, ou la moyenne des deux », répond Claire Durand, professeure à l\u2019Université de Montréal et spécialiste de la méthodologie des sondages.« Je dirai qu\u2019un sondage ne fait pas le printemps \u2014 surtout pas en décembre.Alors, attendons de voir.» Chez Léger, le vice-président Christian Bourque s\u2019étonne lui aussi de l\u2019écart entre les deux maisons de sondage \u2014 une situation qui perdure depuis deux sondages maintenant.« Trois fois sur quatre, nous avons généralement les mêmes tendances globales, note-t-il.Mais le résultat des par tielles nous rassure par rapport à notre lecture» de la situation.Joint en après-midi, le président de CROP, Alain Giguère, était à cour t d \u2019explications.« Les deux firmes font ça à partir de panels Web, les méthodes de recrutement de ces panels sont les mêmes [et celles de répartition des indécis aussi]\u2026 Je ne pourrais pas expliquer pourquoi on arrive à des résultats aussi dif férents », dit-il.Léger utilise son propre panel, alors que CROP « loue » le sien à la firme torontoise Research Now.Ceci peut-il expliquer cela ?« Non, parce que nous procédons comme ça depuis toujours, soutient M.Gi- guère.Et lorsque l\u2019on compare les autres indicateurs de notre sondage avec nos sondages précédents, il n\u2019y a pas de volatilité, sauf dans les intentions de vote.C\u2019est d\u2019une stabilité remarquable.» Mais M.Giguère rappelle un vieil adage : « Il faut toujours se méfier d\u2019un sondage.Une fois de temps en temps, il y en a un qui n\u2019aura pas de bon sens ou qui ira dans une direction inattendue.Mais deux de suite?Je ne pense pas.» Le politologue Jean-Herman Guay, spécialiste de l\u2019analyse de sondages d\u2019opinion, fait valoir qu\u2019il « faut toujours voir la tendance.Il y a toujours une anomalie dans une séquence, c\u2019est normal.Les sondages donnent globalement des photographies qui sont largement imparfaites, mais qui ont leur utilité.Dans le cas présent, le résultat des partielles me fait penser qu\u2019on est plus près d\u2019une course à trois que d\u2019une grande avance des libéraux.Mais on l\u2019a bien vu avec les élections américaines : il faut prendre les sondages avec une certaine réserve.» Coalition?Pour la deuxième fois en neuf mois, Léger a demandé aux répondants quel serait leur comportement si le Parti québécois formait une coalition avec l\u2019un ou l\u2019autre des partis d\u2019opposition.Les résultats sont encore plus tranchés qu\u2019en mars.Ainsi, une alliance PQ-CAQ récolterait 49 % d\u2019appuis, 15 points devant les libéraux.Un électeur caquiste sur cinq préférerait toutefois voter libéral dans ce cas.Plus plausible comme scénario, une coalition PQ-Québec solidaire obtiendrait quant à elle 42 % d\u2019appuis, 11 points devant les libéraux et 20 points devant la CAQ.Puisqu\u2019il a été mené en ligne, le sondage Léger ne comporte pas de marge d\u2019erreur of fi- cielle.Mais un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d\u2019erreur de 3,1 %, dans 19 cas sur 20.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 SONDAGE d\u2019expérience d\u2019enseignement, admet pourtant avo ir aujourd \u2019hu i « un peu baissé les bras ».À l\u2019école privée Mont-Saint-Sacrement, à Saint-Gabriel-de-Valcar tier, il avait l\u2019habitude d\u2019enseigner l\u2019anglais et la philosophie, une option qu\u2019il a créée dans une autre école de Québec, en 1994.Tous les ans, sans interruption, il obtenait assez d\u2019inscriptions pour former un groupe (ou deux), qui discuterait avec lui de Sénèque ou de Platon et du livre VII de La République.Pas cette année.Huit élèves seulement ont choisi l\u2019option philosophie, et elle a donc été annulée.Confortables dans l\u2019ombre Dans ses cours d\u2019anglais, ses élèves ont protesté l\u2019an dernier.Protesté pour maintenir l\u2019ordre établi.Ils lui ont fait comprendre qu\u2019ils se satisfont pleinement de ce qu\u2019ils ont, de ce qu\u2019ils sont, de ce qu\u2019ils savent.Ils lui ont dit que les « ombres » de la caverne de Platon leur suffisent.Qu\u2019ils ont trouvé un certain confort dans le fond de l\u2019antre.L\u2019an dernier, ils ont été 50, sur un total de 175 élèves, à refuser de lire 1984, de George Orwell.L\u2019acte de contestation était sans précédent.En 1995, quand il a commencé à enseigner l \u2019ouvrage, Jocelyn Lapointe évoquait les banques, les dépanneurs, ces «deux ou trois endroits » dans lesquels la surveillance était continue.En 20 ans, une douzaine de caméras de sécurité se sont installées à l\u2019intérieur de son école.Les cellulaires, puis les iPad ont fait leur entrée dans les classes.Les exemples d\u2019une société orwellienne ont semblé s\u2019accumuler.Mais dans son cours, l\u2019an dernier, ses élèves en ont eu assez, relate Jocelyn Lapointe.« Ils ont dit : \u201cOn est tannés de se faire dire qu\u2019on est surveillés tout le temps.On n\u2019en a rien à foutre.Et si on est heureux comme ça, nous autres?\u201d» Devant la question, l\u2019enseignant s\u2019est senti désarmé.«Tu as beau expliquer la double ignorance, expliquer qu\u2019à partir du moment où tu penses que tu sais tout, parce que tu as accès à tout avec Internet, tu ne cherches plus», avance-t- il, les élèves sont « convaincus » que leurs désirs, ils les ont choisis.L\u2019argumentaire, donc, n\u2019a rien donné.Dans la tête du prof, un constat a émergé : « le dispositif, le processus, le programme fonctionnent».L\u2019école n\u2019est pas un lieu pour apprendre « ça», lui ont dit ses élèves, en évoquant 1984.«On va à l\u2019école pour avoir une bonne job», ont- ils déclaré.Dans sa classe, les pourcentages ont commencé à mener une lutte contre la réflexion.« Ils savent que ça leur prend 80% pour être admis à tel endroit.Et ils sont attentifs à ça : le chiffre, le chif fre », s\u2019inquiète l\u2019enseignant.Mais il n\u2019abandonne pas pour autant.Il a présenté une courte entrée de blogue au sujet de 1984 à ses élèves il y a quelques semaines, et ils ont manifesté l\u2019envie d\u2019explorer l\u2019œuvre.Au pire, s\u2019il doit faire sans Orwell, Jocelyn Lapointe enseignera Salinger (Catcher in the Rye) ou Bradbury (Fahrenheit 451).Et puis, il attendra la rébellion.« Ils ne se révolteront que lorsqu\u2019ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu\u2019après s\u2019être révoltés.» \u2014 George Orwell, 1984 Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 ORWELL JACQUES NADEAU LE DEVOIR Omniprésence des caméras de sécurité, collecte continue de données personnelles sur le Web, écoute électronique : pour certains jeunes qui ont grandi à l\u2019ère du numérique, la surveillance généralisée n\u2019est pas perçue comme une menace.Deux élèves ont accepté de lire 1984 cette année dans le cours de philosophie de Jocelyn Lapointe.Propos recueillis par Stéphane Baillargeon.Francis Allard «Nous sommes surveillés tout le temps et ça fait un peu peur.Ça n\u2019a pas vraiment de sens de surveiller tout le monde alors que tout le monde ne représente pas un risque pour la société.On se résigne, et les moyens manquent pour se protéger.Le mensonge est partout aussi, et ça devient dif ficile de savoir ce qui est vrai, surtout que certains médias sont biaisés.Si les élèves n\u2019aiment pas beaucoup lire de littérature, si la société n\u2019aime pas beaucoup les romans, je me dis que c\u2019est peut-être parce qu\u2019une part de vérité se retrouve là.Un roman comme 1984 donne un autre point de vue sur le monde, sur la réalité d\u2019aujourd\u2019hui.Dans le cours, on a lu Germinal d\u2019Émile Zola, et ce livre m\u2019a beaucoup renseigné sur la lutte des classes et les inégalités, sur le capitalisme et les origines de notre société.» Anne-Sophie Carreau «Les élèves de l\u2019an passé ont beaucoup parlé de 1984.Presque les deux tiers de la cohorte ont refusé de le lire.Ça bitchait le livre dans les agoras.Je crois qu\u2019ils avaient peur qu\u2019on leur renvoie en pleine face qu\u2019ils sont contrôlés, qu\u2019ils ne sont pas si libres, au fond.Moi, la surveillance dans le monde m\u2019inquiète.Cette année, Saint-Sacrement est devenue une école iPad.Les élèves sont constamment surveillés.Les profs peuvent suivre nos recherches sur Internet, nos écrans à la seconde près et les bloquer n\u2019importe quand.Je ne suis pas d\u2019accord avec ce contrôle.Je sais bien que d\u2019autres pensent comme moi, mais chacun accepte la situation et on devient tous conformistes.Un roman comme 1984 peut nous aider à prendre conscience de notre réalité, nous encourager à agir pour changer les choses.» Pourquoi je vais lire 1984 Bloch, qui fait écho à une des peurs les plus coriaces de notre époque, celle de l\u2019altérité.Pris dans son trou, laissé à sa solitude, un soldat s\u2019interroge sur la vraie nature de son adversaire, qu\u2019on lui a décrit comme une «bête sauvage».Ajoutez à cette liste absolument non exhaustive des titres comme Nul poisson où aller de Marie-Francine Héber t, chronique d \u2019une guerre civile vue par une petite bonne femme, ou La rédaction d\u2019Antonio Skarmeta, regard sur la dictature chilienne à hauteur de pupitre, et mesurez le fossé séparant ces magnifiques albums de publications aux objectifs plus pragmatiques, comme Il y a un alligator sous mon lit ou Il y a un cauchemar dans mon placard.Du texte miroir, qui renvoie l\u2019enfant à ses propres effrois (peurs de la nuit, de l\u2019obscurité) pour mieux les dominer, le livre jeunesse se sera ouvert au texte fenêtre, petit mirador sur la planète et ses turbulences.Question éternelle : n\u2019est-ce pas dangereux d\u2019ainsi raconter aux bambins la laideur du monde?«Ce sont des œuvres qui appellent une bulle de protection, de la part du parent ou de l\u2019enseignant en classe, répond M.Lépine.Un livre comme La rédaction fait appel à tout l\u2019art du maître, qui est primordial devant des œuvres résistantes, dont on doit atténuer le potentiel anxiogène.» La peur, c\u2019est charmant « Quand j\u2019étais petit, le plaisir d\u2019avoir peur me stimulait, me rendait vivant», se souvient Simon Boulerice, pour qui la mythique collection de romans d\u2019épouvante pour ados « Frissons » n\u2019a pas de secret.Son œuvre à lui embrasse aujourd\u2019hui peurs petites, grandes et existentielles avec un ludisme revendiqué, fin tressage de drame et d\u2019humour.Dans Un verger dans le ventre, Raphaël craint, parce qu\u2019un ami le lui a dit, qu\u2019un verger ne pousse à l\u2019intérieur de lui s\u2019il mange les pépins de sa pomme.Dans Les monstres en dessous, c\u2019est de ses pipis au lit, et de la honte qu\u2019ils charrient avec eux, qu\u2019a peur Nathan.Lorsqu\u2019il s\u2019adresse aux ados, le prolifique écrivain soulage la peur que la dictature des apparences et de la performance physique règne éternellement.It gets better, répètent à leur manière les poèmes des Garçons préfèrent la course et des romans comme Paysages aux néons ou Jeanne Moreau a le sourire à l\u2019envers.« Il y a tellement de parents qui m\u2019écrivent sur Facebook pour me dire que leurs enfants angoissent après avoir lu Un verger\u2026», annonce fièrement l\u2019auteur en faisant retentir son propre rire de gamin.« J\u2019aime les réconforter, mais aussi les bousculer, les enfants.C\u2019est mon côté tendre\u2026 et cruel ! Je pense que l\u2019enfant, au fond, finit par faire la part des choses.» Pour le vétéran illustrateur Stéphane Poulin, contempler ce qui le terrorise d\u2019un œil à moitié fermé compte parmi les bonheurs les plus jubila- toires de l\u2019enfant lecteur.«Dans Vieux Thomas et la petite fée [créé avec Dominique Demers], il y a un chien épouvantable et les enfants l\u2019adorent! Ils ne veulent pas le voir, mais ils ne peuvent pas s\u2019en empêcher ! s\u2019enthousiasme-t-il.C\u2019est une joie de faire appel à l\u2019intelligence des enfants.Ils sont profondément brillants.Il y a de la tendresse dans la vie et c\u2019est notre travail de l\u2019exprimer.Il y a de la poésie et il faut aussi l\u2019exprimer de façon complexe.C\u2019est la même chose pour la peur.Je pense qu\u2019on sous-estime à quel point les enfants, au fond, comprennent toujours ce qu\u2019ils doivent comprendre.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 TREMBLEMENT Des illustrations signées Marion Arbona À la une du Devoir et dans les lettres de l\u2019intitulé du cahier Livres, l\u2019illustratrice Marion Arbona laisse sa marque dans l\u2019édition du jour.Qui estelle ?Double finaliste au Prix du gouverneur général du Canada en 2015, pour The Good Little Book et Rosalie entre chien et chat, coécrits avec Kyo Maclear pour l\u2019un et Mélanie Perreault pour l\u2019autre, Marion Arbona est diplômée en animation aux Arts Décoratifs de Paris.Elle a illustré plus de 70 albums jeunesse, dont Sous le parapluie de Catherine Bouquet, Des hauts et des bas de Corinne Bouty et Clovis le magnifique d\u2019Hélène Suz- zoni.Son tube de gouache préféré est le rouge de cadmium clair.Philippe Couillard Jean-François Lisée François Legault "]
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