Le devoir, 17 décembre 2016, Cahier B
[" FRAPRU Le coordonnateur François Saillant passe le ?ambeau Page B 3 Michel David Qui croire des deux sondeurs, CROP ou Léger?Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 Idées Financement de projets à la CSDM: un boycottage insensé et injusti?é Page B 6 NICHOLAS HUNT GETTY IMAGES AGENCE FRANCE-PRESSE Durant le gala Billboard\u2019s Women in Music, Madonna est montée sur scène le 9 décembre et a lâché sa bombe : « Je me sens toujours mieux avec quelque chose de dur entre mes jambes», a lancé la diva alors qu\u2019elle calait ses pieds de chaque côté du pied du micro.S T É P H A N E B A I L L A R G E O N S on premier album est sor ti en 1983, mais c\u2019est celui de l \u2019 a n n é e s u i v a n t e (Like a Virgin) qui l\u2019a fait connaître mondialement.Encore une décennie et elle lançait les sulfureux Erotica (1992) et Bedtime Stories (1994).Après une période léthargique, elle reprenait un peu l\u2019avant-scène avec Confessions on a Dance Floor en 2005.Son dernier opus, le treizième, s\u2019intitule Rebel Hearth (2015).Au total, Madonna a vendu 300 millions de disques, ce qui fait d\u2019elle l\u2019artiste féminine best-seller depuis l\u2019invention du gramophone.Le gala Billboard\u2019s Women in Music l \u2019a donc choisie comme femme de l \u2019année 2016.Madonna est montée sur scène le 9 décembre et a lâché sa bombe.« Je me sens toujours mieux avec quelque chose de dur entre mes jambes », a blagué salé la diva alors qu\u2019elle calait ses pieds de chaque côté du pied du micro.« Je me présente devant vous comme un paillasson, a dit Mm e Madonna Louis Ciccone.Je veux plutôt dire : comme une artiste féminine.Merci de reconnaître ma capacité à poursuivre ma carrière depuis 34 ans malgré le sexisme et la misogynie flagrants, face au harcèlement et aux insultes incessants.» La mégastar a parlé d\u2019un viol à 21 ans, de la dif ficulté de vieillir, de sexualité, de son industrie culturelle profondément sexiste.« Si vous êtes une fille, vous devez jouer le jeu, a résumé la femme de 58 ans.Vous avez le droit d\u2019être jolie, mignonne et sexy.Mais n\u2019agissez pas de façon trop maligne.N\u2019ayez pas un avis qui dérange.Vous avez le droit d\u2019être transformée en objet par les hommes et de vous habiller en salope, mais ne soyez pas maîtresse de votre côté salope.Soyez ce que les hommes veulent que vous soyez.» Nelly, Madonna, même combat?La professeure de littérature Isabelle Boisclair a été agréablement surprise.« C\u2019est fabuleux ce qu\u2019elle a fait, surtout en recevant un prix, dit la féministe de l\u2019Université de Sherbrooke.Elle a saisi l\u2019occasion pour parler de la place des femmes dans une industrie culturelle et pour dire ce que sa carrière lui a coûté.» La chroniqueuse féministe du journal Métro, Judith Lus- sier, a regardé l\u2019extrait deux fois plutôt qu\u2019une.Elle avoue avoir été sur ses gardes, d\u2019abord dubitative devant cette sortie spectaculaire de la reine des coups de pub provocants.« Ma première question a été de me demander si Madonna voulait sur fer sur la vague de la chanteuse Beyoncé et celle des autres féministes pop, dit- elle.Finalement, c\u2019est peut-être de la naïveté, mais j\u2019ai décidé de croire qu\u2019elle est sincère.Je pense que sa sortie était sentie.C\u2019est comme si ce qu\u2019elle avait incarné de façon très instinctive était finalement accepté par la réflexion.C\u2019est comme si elle prenait conscience de son parcours.» Pour découvrir quoi ?L\u2019artiste ramène le constat à cette simple formule qu\u2019elle appartient finalement au « bad feminism».Dans son discours, elle l\u2019oppose à l\u2019or thodoxie de la féministe Camille Paglia, qui a reproché à Madonna de s\u2019être autoréifiée sexuellement.Ce « mauvais féminisme », selon le titre de l\u2019essai de Roxane Gay paru en 2014, décrit la situation des femmes qui, tout en se disant féministes, adoptent des comportements qui peuvent sembler contradictoires.Comme Madonna, la bad feminist peut s\u2019habiller sexy et avoir recours à la chirurgie plastique.L\u2019auteure suicidée Nelly Ar- can (1973-2009) appar tenait aussi à cette « mauvaise » branche, opposée à la «bonne».La veille de l\u2019entrevue, Judith Lussier a assisté à une projection privée du film Nelly que vient de lui consacrer la cinéaste Anne Émond.« Le rapprochement est tellement fort, dit-elle.Nelly Arcan a écrit le livre Putain et on l\u2019a traitée de la sorte alors que c\u2019est une grande auteure, une femme avec une grande réflexion qu\u2019on a réduite à son apparence.[\u2026] Il y a une tentation très forte de nous rabaisser entre nous, les femmes, qui joue contre nous, évidemment.» Jeunes et vieilles La professeure Boisclair poursuit sur cette idée de la division des femmes et des féminismes.« Les nationalistes ne sont pas tous d\u2019accord non plus, fait-elle remarquer.Les féministes non plus.Elles peuvent s\u2019opposer sur l\u2019usage politique FÉMINISME Confessions sur un plancher de danse Madonna revendique son appartenance au «mauvais féminisme» en conjuguant vêtements sexy et chirurgie esthétique J E A N D I O N L eurs noms sont largement inconnus du grand public, mais ils accompliront sous peu une tâche essentielle : lundi, le p r e m i e r l u n d i s u i v a n t l e deuxième mercredi de décem- br e , comme le s t ipu le l a Constitution, 538 grands électeurs, par fois désignés sous l\u2019appellation de « collège électoral », éliront formellement les nouveaux président et vice- président des États-Unis d\u2019Amérique.Leur vote ne reflétera pas le verdict populaire : le 8 novembre, Hillary Clinton a obtenu près de trois millions de voix de plus que Donald Tr ump dans l \u2019ensemble du pays.Mais ce dernier a su remporter quelques États-clés qui lui permettent de disposer d\u2019un plus grand nombre de grands électeurs (306 contre 232), et cela sera le facteur décisif .Ce sera la cinquième fois dans l \u2019histoire qu\u2019un tel paradoxe se produira, après les scrutins de 1824 (quatre candidats avaient alors récolté des appuis au collège électoral et, faute d\u2019une majorité absolue, la Chambre des représentants avait tranché, conform é m e n t a u X I I e amendement de la Constitution, en faveur de John Quincy Adams), de 1876, de 1888 et de 2000.C\u2019est que, proportionnellement à sa population, chaque État compte un nombre donné de grands électeurs \u2014 la façon de les choisir et la manière dont ils votent varient d\u2019un territoire à l\u2019autre \u2014 et le candidat qui y décroche une pluralité de suffrages les remporte tous.La formule du winner take all est en vigueur partout sauf au Maine et au Nebraska.Mais pourquoi un tel système de scrutin indirect qui apparaît aujourd\u2019hui antidémocratique et inutilement compliqué ?Pour le comprendre, il faut remonter aux origines du pays et voir que celui-ci, dit Christophe Cloutier- Roy, chercheur à l\u2019Obser va- toire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, n\u2019a pu se constituer qu\u2019à la suite de compromis.Un filtre Repor tons-nous donc à la Convention constitutionnelle de 1787 à Philadelphie, qui dura plusieurs mois et lors de laquelle les pères fondateurs ont établi les fondements de la nation encore toute jeune, qui avançait dans des eaux que personne n\u2019avait encore explorées.D\u2019abord, il y a la démocratie.À l\u2019époque, plusieurs n\u2019y croient pas.Certes, la Chambre des représentants sera élue au suffrage direct, mais le compromis du Connecticut \u2014 proposé par des délégués de cet État \u2014 fera en sorte que le Congrès soit bicaméral, avec un Sénat où tous les États, grands ou petits, auront une représentation égale.D\u2019ailleurs, ce sont les législatures des États qui éliront les sénateurs jusqu\u2019en 1913.Quant à la présidence du pays, on voudra apposer un filtre en cas d\u2019errements du peuple.Ce filtre sera les grands électeurs.« Tout était nouveau, explique M.Cloutier-Roy.Il fallait trouver un équilibre entre le fait qu\u2019on ne voulait pas un système monarchique et une certaine méfiance envers la démocratie.Certains pères fonda- t eur s p lu s conser va teur s , comme John Adams, deuxième président des États-Unis [1797- 1801], se méfiaient du peuple.Alors, oui, il y avait un suffrage direct à la Chambre des représentants, mais on mettait des balises pour s\u2019assurer que le moins de monde possible vote.L e s é l e c t e u r s é t a i e n t d e s hommes blancs âgés d\u2019au moins 21 ans et propriétaires.» Deuxièmement, on retrouve le pouvoir et l\u2019autonomie des États.À Philadelphie, ils sont nombreux à souhaiter que le gouvernement central ne soit pas trop for t et qu\u2019on ait affaire à une authentique fédération où chacun des membres a une voix puissante au chapitre.L\u2019idée que le président et le vice-président seront au fond choisis par les États par l\u2019intermédiaire des grands électeurs finira par empor ter l\u2019adhésion.« Les grands électeurs et le Sénat illustrent une volonté profonde de faire une place de choix aux États, dit M.Cloutier-Roy.Dès 1791, le Xe amendement stipulera que tous les pouvoirs qui ne sont pas mentionnés dans la Constitution reviennent aux États par défaut.L\u2019organisation des élections est laissée aux États.On leur donne beaucoup d\u2019autonomie.» Après tout, ce sont bien « les États unis».L\u2019esclavage Autre élément à prendre en compte, qui peut surprendre celui-là : l\u2019esclavage.Comme ce sont les États qui parlent au prorata de leur population, des dirigeants des États du Sud \u2014 la Virginie, les deux Carolines, la Géorgie, faiblement peuplées de citoyens \u2014 craignent que leur voix ne soit engloutie par ceux du Nord.Le Virgi- nien James Madison, qui sera lui aussi président du pays (1809-1817), sera donc à l\u2019origine d\u2019un autre compromis.Madison fait valoir que les esclaves, qui n\u2019ont bien sûr pas le droit de vote, devraient compter parmi les habitants d\u2019un État pour le calcul des grands électeurs.Peut-être pas à part entière, mais compter quand même.On finira par s\u2019entendre sur le fait qu\u2019un esclave compte pour 3/5 d\u2019un citoyen libre.C\u2019est le « Three Fifths Compromise », et plusieurs soutiennent que la formule des grands électeurs a été en bonne par tie retenue pour favoriser l\u2019esclavage.Madison lui-même, auteur de la Déclaration des droits des États-Unis, possédait plusieurs dizaines d\u2019esclaves dans sa plantation de tabac.ÉTATS-UNIS Au tour des grands électeurs de se prononcer VOIR PAGE B 2 : MADONNA «Les grands électeurs et le Sénat illustrent une volonté profonde de faire une place de choix aux États» VOIR PAGE B 3 : ÉLECTEURS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 L a chute d\u2019Alep s\u2019accompagne d\u2019une tragédie humaine devant laquelle il est certainement possible de développer un argument cohérent pour une intervention humanitaire.Ce tournant dans la guerre civile en Syrie n\u2019illustre cependant en rien le déclin de la puissance américaine.Il ne signe pas non plus une victoire indubitable de la Russie de Vladimir Poutine.Le gouvernement Obama considérait initialement que le régime de Bachar al-Assad ne résisterait pas à la vague du Printemps arabe.Lorsque le régime de Damas opta pour une répression militaire sanglante du mouvement de contestation, Barack Obama hésita à appuyer les différentes factions rebelles et renonça finalement à recourir à la force armée, même après l\u2019usage d\u2019armes chimiques contre la population.Ce choix de la non-intervention suscite de nouveau la critique depuis quelques jours.Le président français, François Hollande, n\u2019a par exemple pas manqué de rappeler que ses avions de chasse étaient prêts à punir Al-Assad début septembre 2013.Punir un régime cruel envers sa population n\u2019est pas une tâche très compliquée pour les puissances occidentales, États-Unis en tête.Le coût nul de l\u2019indifférence Or, comme le démontrent l\u2019Afghanistan après la chute des talibans, l\u2019Irak après le renversement de Saddam Hussein, la Libye après la liquidation de Kadhafi, reconstruire des pays profondément divisés n\u2019est pas un point fort de Washington et de ses alliés.Dans le cas de la Syrie, les par tisans de l\u2019inter vention n\u2019ont jusqu\u2019à présent pas exposé de scénario crédible permettant l\u2019émergence d\u2019un ordre politique pacifié après plus de cinq ans d\u2019une guerre civile particulièrement dure.Ni la crédibilité ni la puissance américaines ne seront affectées par la passivité vis-à-vis de la crise syrienne.Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les exemples sont en ef fet nombreux dans lesquels Washington détourna le regard sur des catastrophes de grande ampleur pour l\u2019humanité sans que cela nuise à la réputation des États-Unis ou les rende incapables de maintenir l\u2019ordre international libéral.La partition du sous-continent indien en 1947 provoqua plus d\u2019un million de morts et un flot de quelque 10 millions de réfugiés.Washington n\u2019intervint pas, ce qui ne l\u2019empêcha nullement de créer l\u2019OTAN ou de mettre en œuvre la politique de l\u2019endiguement contre l\u2019URSS.En 1994, la passivité du gouvernement Clinton devant le génocide rwandais ne remit pas en cause le moment unipolaire qui vit les États-Unis dominer largement la scène internationale après la dissolution de l\u2019Union soviétique.L\u2019indifférence devant les cinq millions de mor ts dans les conflits à répétition qui secouent la République du Congo n\u2019est pas un prélude au déclin des États-Unis.Il en sera de même avec le Soudan du Sud, déjà annoncé comme le prochain théâtre de massacres de civils à grande échelle.Pour Poutine, une victoire à la Pyrrhus Outre un manquement moral, l\u2019inaction américaine en Syrie aurait consacré le retour triomphant, et déstabilisateur, de la Russie sur la scène internationale.Les forces russes ont indiscutablement joué un rôle clé dans la reprise d\u2019Alep, permettant ainsi au régime de Bachar al-Assad de contrôler à nouveau la Syrie « utile ».De fait, Poutine sera un acteur incontournable lorsqu\u2019il s\u2019agira de discuter de l\u2019avenir politique de la Syrie.Moscou aura également sécurisé son unique base navale en Méditerranée et pourra même implanter une station d\u2019écoute au Moyen-Orient.Au-delà, quel est le gain stratégique pour Vladimir Poutine ?La Syrie est un pays en ruine, plus divisé que jamais et dont la moitié de la population a été déplacée.La légitimité du régime de Damas est considérablement affaiblie et il risque de faire face à une rébellion radicalisée se lançant dans des opérations de guérilla.Poutine étant complice de facto de crimes de guerre, son image sur la scène internationale est-elle réellement plus positive qu\u2019à la suite des JO de Sotchi ?Crainte pour son ingérence dans les processus électoraux, cette grande Russie retrouvée pourrait servir de ciment à des Occidentaux désorientés et, qui sait, inciter les Européens à surmonter leurs dissensions internes et à faire de l\u2019UE une véritable puissance, notamment sur le plan militaire.Une telle évolution contenterait assurément le prochain locataire de la Maison-Blanche et renforcerait l\u2019OTAN.Dans le dossier syrien, il peut être reproché au président Obama d\u2019avoir fait preuve d\u2019une indif férence froide devant une crise humanitaire majeure et de s\u2019être bercé d\u2019illusions quant aux chances de succès d\u2019une solution diplomatique copilotée avec la Russie.Mais face au chaos dans lequel est actuellement plongé le Moyen-Orient, il a été sage de ne pas engager les États-Unis dans une autre aventure militaire au sein d\u2019une région qu\u2019ils ne comprennent pas très bien et vis-à-vis de laquelle leurs intérêts sont de plus en plus limités.Donald Trump aura alors tout à gagner d\u2019admirer l\u2019engagement de son ami Vladimir en Syrie.La puissance américaine sera épargnée par ce « deal ».ÉTATS-UNIS La justesse de l\u2019inaction en Syrie JULIEN TOURREILLE H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa L a Chambre des communes a suspendu ses travaux mercredi soir pour le long congé des Fêtes, mettant un terme à ce que le premier ministre Justin Trudeau a lui-même, dans son bilan, qualifié de session «probablement la plus occupée depuis que [les libéraux] ont formé le gouvernement l\u2019an dernier ».Mais si les projets de loi et les décisions majeures se sont succédé à un rythme effréné, aucun n\u2019a réussi à s\u2019incruster dans le paysage médiatique.Seuls les cocktails de financement libéraux semblent avoir réussi l\u2019exploit de marquer les esprits \u2014 du moins ceux de l\u2019opposition \u2014 cet automne.Au chapitre des dépenses, le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé qu\u2019il se porterait acquéreur de 18 avions de chasse Super Hornet en attendant que le processus d\u2019acquisition d\u2019une flotte permanente de remplacement des CF-18 soit terminé, quelque part d\u2019ici cinq ans.Cette transaction avec Boeing pourrait coûter plus d\u2019un milliard de dollars.En matière d\u2019environnement, Ottawa a approuvé \u2014 au grand dam des environnementalistes, de certaines communautés autochtones et même de quelques députés libéraux fédéraux \u2014 la construction de deux pipelines pour transporter le pétrole extrait des sables bitumineux albertains.Le Trans Mountain de Kinder Morgan, en direction de la côte sud de la Co- lombie-Britannique, consiste en un tuyau parallèle à un oléoduc déjà existant (sur 73 % de son parcours) afin d\u2019en tripler la capacité.Quant à la ligne 3, il s\u2019agit de remplacer une canalisation existante vieille de 48 ans.Les libéraux font le pari que ces deux approbations passeront mieux la rampe puisqu\u2019en parallèle, le Canada a ratifié cet automne l\u2019Accord de Paris sur les changements climatiques et s\u2019est engagé de ce fait à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 30 % par rapport à leur niveau de 2005 d\u2019ici 2030.Pour y parvenir, Ottawa a réussi en décembre à rallier huit provinces autour d\u2019un plan national sur les changements climatiques.Ce plan inclut l\u2019imposition dès 2018 d\u2019une taxe sur le carbone de 10 $ la tonne de CO2 aux provinces qui ne se seront pas dotées d\u2019un plan suffisamment énergique de lutte contre les changements climatiques.En matière de justice, les libéraux ont annulé la suramende compensatoire instaurée par les conservateurs que les juges devaient imposer même aux condamnés sans le sou.Ils ont déposé un projet de loi pour abolir les dispositions du Code criminel discriminatoires envers les jeunes gais pratiquant le sexe anal.Les libéraux ont aussi déposé un projet de loi annulant les embûches qu\u2019avaient inventées les conservateurs pour compliquer l\u2019ouverture de sites d\u2019injection supervisée destinés aux accrocs de drogues telles que les opioïdes, qui font des ravages au Canada depuis deux ans.À cette liste de mesures, on doit ajouter une réforme de la Loi électorale qui, non seulement défait les changements conservateurs, mais permet aux jeunes de 14 à 17 ans de se pré-ins- crire à la liste électorale pour augmenter leur taux de participation.On pourrait aussi ajouter le nouveau mode de sélection des juges à la Cour suprême, l\u2019interdiction de l\u2019importation et de l\u2019utilisation de l\u2019amiante ou encore la garantie de prêt supplémentaire de 2,9 milliards offerte à Terre-Neuve pour achever son projet hydroélectrique embourbé de Muskrat Falls.L\u2019éthique à l\u2019honneur Pourtant, malgré cet automne des plus chargés, ce sont les questions éthiques qui ont taraudé les libéraux de Justin Trudeau.Le Globe and Mail a révélé successivement la tenue de cocktails de financement auxquels le premier ministre ou le ministre des Finances, Bill Mor- neau, ont été les invités vedettes.Ces cocktails auraient pu être banals s\u2019ils avaient été ouverts à tous.Mais voilà : le cocktail de Bill Morneau s\u2019est déroulé en octobre dans une résidence privée d\u2019Halifax.Seulement 15 personnes y ont assisté moyennant un don de 1500 $ au Parti libéral du Canada (PLC).Celui de M.Trudeau a eu lieu à Toronto, en mai, au domicile de Benson Wong, le président de la Chambre de commerce Canada-Chine.Les 32 convives (dont un riche homme d\u2019affaires chinois qui a par la suite versé des dons à l\u2019Université de Montréal et à la Fondation Trudeau, et le fondateur de la banque Wealth One, qui attendait un dernier feu vert pour se lancer au Canada) ont aussi payé 1500 $ chacun au PLC.L\u2019opposition a senti le sang.Le Nouveau Parti démocratique est le premier à avoir posé une question sur le sujet le 19 octobre, jour de publication du premier ar ticle du Globe and Mail.« Le ministre des Finances a laissé momentanément de côté l\u2019élaboration du prochain budget pour tenir une collecte de fonds privée à Halifax auprès de fortunés promoteurs, de banquiers et de cadres supérieurs du secteur minier, a lancé le chef Thomas Mulcair.Chacun a payé 1500$, le maximum permis, pour avoir le privilège de s\u2019entretenir avec le ministre.C\u2019est bien peu cher payé pour avoir l\u2019attention de la personne qui contrôle des milliards de dollars en dépenses publiques.Le premier ministre sait que ce genre de versement de dons en échange d\u2019un accès à un ministre est répréhensible.Je demande donc : pourquoi le premier ministre continue-t-il de permettre ces collectes et quand l\u2019argent sera-t-il remboursé?» M.Trudeau lui a répondu que « les règles fédérales régissant le financement électoral sont les plus strictes au Canada ; elles sont plus strictes que celles des provinces et des territoires.Les Canadiens s\u2019attendent à ce que nous suivions toutes ces règles et c\u2019est exactement ce que nous faisons».Cette réponse est bientôt devenue la phrase- clé des libéraux, surtout celle de la leader du gouvernement à la Chambre, Bardish Chagger.Au point qu\u2019il n\u2019est plus rare de l\u2019entendre se faire accuser d\u2019être une cassette.Ce à quoi elle a répondu mardi, dans son français cassé, que «ce n\u2019est pas une cassette, ce sont les faits ».De fait, les libéraux n\u2019ont enfreint aucune règle, mais la commissaire aux conflits d\u2019intérêts et à l\u2019éthique, Mary Dawson, a expliqué que c\u2019était parce que le code de bonne conduite destiné aux ministres ne tombe sous la juridiction de personne.Il n\u2019y a donc personne, même pas elle, qui peut voir à son application.Depuis que le Globe and Mail a publié sa première histoire, il y a eu 36 périodes de questions et l\u2019accès monnayé privilégié y a été abordé 30 fois.Autrement dit, l\u2019opposition a laissé un répit au gouvernement sur cet enjeu seulement six jours au cours des deux derniers mois.Réforme compromise?Bardish Chagger n\u2019est pas la seule à avoir eu un automne mouvementé à la Chambre des communes.Sa collègue Maryam Monsef, responsable de l\u2019épineux dossier de la réforme électorale, a été interpellée plus souvent qu\u2019à son tour.L\u2019opposition a senti que l\u2019engagement des libéraux envers une modification du mode de scrutin était flageolant.C\u2019est l\u2019entrevue de Justin Trudeau avec Le Devoir qui a mis le feu aux poudres lorsque ce dernier a indiqué que les citoyens étaient peut- être moins avides de changement depuis que Stephen Harper n\u2019était plus au pouvoir.Le gouvernement a voulu par la suite rassurer l\u2019opposition en disant que sa promesse tenait toujours.Mais ses assurances ont volé en éclats début décembre, lorsque le comité parlementaire s\u2019étant penché sur la réforme électorale a déposé son rapport.La majorité libérale à ce comité a soutenu que les Canadiens n\u2019étaient pas prêts pour une réforme en profondeur.Et Mme Monsef s\u2019est empressée de discréditer le comité parce qu\u2019il ne lui avait pas recommandé un mode de scrutin spécifique.Mme Monsef s\u2019est excusée par la suite, mais le mal était fait.La bonne volonté que tous les partis disaient avoir pour éviter la partisanerie dans ce dossier s\u2019est évaporée.Aussi, la consultation en ligne (madémocratie.ca) lancée pour sonder les « valeurs » des Canadiens à propos de leur système électoral a été taillée en pièces par l\u2019opposition, qui y voit une fumisterie qui permettra au gouvernement d\u2019en arriver à la conclusion qui fait son affaire.Les libéraux sont capables de compromis.Devant le tollé que provoquait son intention d\u2019imposer son propre régime de protection des consommateurs dans le secteur bancaire (jugé moins robuste que le québécois), il a reculé.Il faudra voir s\u2019il sera capable de la même flexibilité en 2017.Car la réforme électorale et les cocktails de financement reviendront les hanter.Après tout, le commissaire à la vie privée a ouvert une enquête sur MaDé- mocratie.ca à cause des renseignements personnels qui y sont récoltés.Et le NPD déposera au retour des Fêtes un projet de loi pour donner à Mary Dawson le pouvoir de faire appliquer les règles d\u2019éthique plus musclées, pour l\u2019instant sans effet.Le Devoir BILAN DE SESSION PARLEMENTAIRE Automne chargé, éthique à l\u2019épreuve de la nudité, la prostitution, le voile, etc.» La question du corps, de la sexualité et de l \u2019apparence les taraude, comme tout le monde, ou presque.Et une femme libérée de ce point de vue fait diaboliquement peur depuis longtemps aux hommes, bien sûr, mais à bien des femmes aussi.À preuve, les réactions de certaines chroniqueuses au look de Safia Nolin quand elle-même est allée chercher un prix au dernier gala de l\u2019industrie musicale québécoise.La professeure Boisclair a ensuite publié dans Le Devoir un texte intitulé « Sois belle et tais-toi » qui a été partagé des milliers de fois.Elle ajoute en entrevue qu\u2019il faut aussi poser la question de l\u2019âge.« Madonna en parle dans son discours.Moi, je ne peux pas m\u2019empêcher de constater un écar t avec le discours des féministes pop plus jeunes, qui me semblent beaucoup plus optimistes, presque triomphantes.Disons positives et confiantes.Le fait de se dire féministe est plus facile pour elles, alors que, pour les femmes plus vieilles, cette af firmation prenait l\u2019allure d\u2019un coming out.Les cinquantenaires en ont bavé.» De la pop féministe Mme Boisclair ramène aussi le terme de féminisme pop, comme Mme Lussier.Il s\u2019agit précisément du sujet de la thèse de la doctorante Sandrine Galand «On dit pop feminism, mais on a aussi parlé de cupcake feminism ou de feel good feminism, explique l\u2019étudiante de l\u2019Université de Montréal.C\u2019est très nord-américain.» Ce féminisme populaire existe depuis une dizaine d\u2019années et, pour la spécialiste, la prestation de Beyoncé aux MTV Awards en 2014 cristallise le premier moment fort du courant.Elle ajoute que le discours de Madonna pourrait bien poser un deuxième jalon fort.« Il s\u2019inscrit dans un moment politique marqué, celui d\u2019une Amérique sous Trump et de la défaite d\u2019Hillary Clinton pour laquelle Madonna s\u2019était positionnée.» Mme Galand refait le pont avec la référence au bad feminism.« Ce courant revendique le droit d\u2019aimer le hip-hop sale tout en étant féministe.Il appelle à une posture plurielle des féminismes.Madonna termine son discours en tendant la main.Elle demande aux femmes de se prendre d\u2019amitié.» Isabelle Boisclair développe une idée connexe liée aux cercles professionnels de solidarité.Elle se réjouit qu\u2019une star de la chanson parle de son milieu et dénonce la misogynie de son industrie, tout en assumant ses contradictions.Comme des politiciennes ou des militaires le font aussi.«Le féminisme est venu de militantes et il a été nourri par des théoriciennes.C\u2019est intéressant de voir maintenant comment il s\u2019actualise dans plein de milieux.Le féminisme devient la parole de toutes les femmes à partir du lieu qu\u2019elles occupent.» Et quelle est l\u2019unité de cette parole plurielle et pourtant solidaire ?« Je vais dire un gros mot, mais entendez-moi : c\u2019est fini la suprématie mâle, répond la professeure.Ça fait 40 ans qu\u2019on dénonce certaines injustices et que ça ne change pas.Il va donc falloir mettre le poing sur la table et le proclamer dans tous les micros, sur toutes les tribunes : c\u2019est fini les gars.Vous gagnez plus que nous autres.Vous avez tout plus que nous.Plus de considérations.Plus d\u2019argent.Plus de place.Plus de visibilité.Plus de tout.Et ça ne vous coûte rien alors que nous, on paye chaque fois.Les femmes en ont ras le bol dans plein de milieux et elles le disent.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 MADONNA ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre, Justin Trudeau, a été sous le feu des critiques cet automne, en raison de l\u2019organisation d\u2019un cocktail pour lequel les convives ont payé 1500$ au PLC.«Les règles fédérales régissant le financement électoral sont les plus strictes au Canada; elles sont plus strictes que celles des provinces et des territoires.Les Canadiens s\u2019attendent à ce que nous suivions toutes ces règles et c\u2019est exactement ce que nous faisons.» L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 L es écarts dans les résultats obtenus par les deux grandes firmes de sondage du Québec, Léger et CROP, ont souvent fait l\u2019objet de débats dans le milieu politique, libéraux et péquistes accusant l\u2019une ou l\u2019autre de partialité.Périodiquement, une anomalie survenue à point nommé a pu éveiller les soupçons, mais les courbes finissaient par se rejoindre.Cela fait cependant deux mois de suite que les chiffres sont trop contradictoires pour ne pas être troublants.Les résultats des élections partielles du 5 décembre avaient déjà laissé planer un doute sur l\u2019avance de 12 points que CROP accordait au PLQ en novembre, alors que Léger plaçait les deux partis à égalité.Dans les quatre circonscriptions, le pourcentage du vote obtenu par les libéraux avait baissé de 10% en moyenne par rapport à l\u2019élection de 2014, alors que le PQ avait gagné 6 points.Soit, le faible taux de participation pouvait créer une certaine distorsion, mais à ce point?Les sondages publiés coup sur coup cette semaine, qui ont été réalisés à l\u2019intérieur d\u2019une période de 10 jours après les partielles, n\u2019arrangeront rien.Selon CROP, l\u2019avance du PLQ serait maintenant de 13 points.Qu\u2019il s\u2019agisse de sa part du vote chez les francophones (28 %) ou de sa soudaine progression en région (34 %), il y a assurément quelque chose qui cloche.Dans les trois circonscriptions situées en dehors de l\u2019île de Montréal, les libéraux ont pourtant fait moins bien qu\u2019à l\u2019élection de septembre 2012.Il existe un dicton selon lequel une élection vaut mieux que n\u2019importe quel sondage.Dans le cas présent, les partielles ont constitué une sorte de « test de réalité».En tenant pour acquis que les sondeurs des deux maisons connaissent leur métier et qu\u2019ils le font honnêtement, on peut se demander si la composition de l\u2019un des deux échantillons ne fausse pas les résultats.Alors que Léger dispose d\u2019un panel Internet de plus de 200 000 répondants au Québec, CROP fait plutôt affaire avec un fournisseur de Toronto, Research Now, qui jouit par ailleurs d\u2019une très bonne réputation.Assez curieusement, en ce qui concerne la CAQ et Québec solidaire, la différence dans les résultats obtenus par les deux maisons se situe dans la marge d\u2019erreur.?S\u2019il croyait que les choses vont aussi bien pour les libéraux que le dit CROP, on se demande bien pourquoi le premier ministre Couillard envisagerait un important remaniement de son cabinet et prorogerait la session parlementaire afin de prononcer un nouveau discours inaugural, comme on lui en prête l\u2019intention.Une avance de 13 points à moins de deux ans des élections ne nécessiterait pas un tel rebrassage.En revanche, si c\u2019est Léger qui a raison, un sérieux redressement s\u2019impose.Seulement 10 % des électeurs francophones croient que M.Couil- lard est le plus apte à occuper le poste de premier ministre, alors que 23% lui préfèrent aussi bien Jean-François Lisée que François Legault.Si le PQ réussit à évacuer la question du référendum de la prochaine campagne électorale, comme s\u2019y emploie M.Lisée, cela pourrait bien être la «question de l\u2019urne» en octobre 2018.Les scénarios d\u2019une coalition PQ-CAQ ou PQ- QS sont pour le moins hypothétiques, mais la faveur qu\u2019ils recueillent chez les francophones traduit un désir manifeste de renvoyer les libéraux dans l\u2019opposition.M.Couillard devra être très convaincant dans la présentation de sa vision de cette identité canadienne qui s\u2019exprime dans la québécitude, qu\u2019il entend développer à l\u2019occasion de la célébration du 150e anniversaire de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique.?Dans son bilan de fin de session, François Legault a attribué à une organisation déficiente les résultats mitigés de son parti aux partielles du 5 décembre.Il est sans doute vrai que la « machine » électorale de la CAQ n\u2019est pas en mesure de rivaliser avec celles du PLQ et du PQ, mais cela ne devrait pas avoir d\u2019effet sur les résultats des sondages, qui traduisent un désespérant surplace, qu\u2019ils soient réalisés par CROP ou par Léger.Encore faudrait-il savoir où la CAQ loge exactement.Ce n\u2019était pas la peine de dissiper son ambiguïté sur la question nationale si c\u2019était pour commencer à faire de l\u2019acrobatie sur l\u2019axe gauche-droite.La récente pirouette de M.Le- gault sur l\u2019impôt des contribuables à haut revenu avait de quoi désorienter n\u2019importe qui.Lundi, il déclarait dans une entrevue à La Presse qu\u2019il fallait les imposer davantage afin de soulager la classe moyenne et les plus démunis.Jeudi, il expliquait dans sa page Facebook qu\u2019il s\u2019était mal exprimé.«En fait, dans l\u2019entrevue, je me suis mis à réfléchir tout haut.Erreur !» Voilà un remarquable cas de crampe au cerveau.Après dix-huit ans en politique et cinq ans à la tête d\u2019un parti, M.Legault devrait savoir qu\u2019on ne réfléchit pas tout haut dans une entrevue, sur tout pas si c\u2019est pour suggérer le contraire de ce qu\u2019on répète depuis des années.La CAQ a promis une «Loi sur la protection des contribuables », qui interdirait toute hausse de taxe ou de tarifs supérieure à l\u2019inflation, et elle s\u2019est engagée à «diminuer les impôts de chaque Québécois de 500$, soit une baisse de 1000$ par famille», sans distinction de revenu.Cette promesse était peut-être inconsidérée, mais elle a bien été faite.Robert Bourassa se plaisait à répéter que le ridicule ne tue pas, sauf en politique.mdavid@ledevoir.com Troublantes contradictions Coordonnateur du Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain depuis près de 40 ans, François Saillant prend sa retraite dans quelques jours.Le Devoir l\u2019a rencontré, en plus de discuter avec des gens qui ont milité avec lui au fil des ans pour le droit au logement, un droit qui n\u2019est toujours pas pleinement reconnu par les gouvernements.A L E X A N D R E S H I E L D S I l le reconnaît lui-même.Plusieurs personnes l\u2019interpellent en l\u2019appelant tout simplement « Monsieur FRAPRU ».Une situation qui n\u2019a rien de bien étonnant, tant son nom est associé au Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain.Il faut dire que François Saillant, qui passe aujourd\u2019hui le flambeau, en a été le coordonnateur pendant 38 ans.Il est arrivé au sein de l\u2019organisme de défense des droits des locataires à peine cinq mois après sa création.À l\u2019époque, soit à la fin des années 1970, la seule région de Montréal venait de perdre des milliers de logements en quelques années, au profit de projets qui se sont construits au détriment de quartiers « populaires », dont la tour de Radio-Canada ou encore l\u2019autoroute Ville-Marie.Au lieu de choisir l\u2019emploi dans la fonction publique qu\u2019on lui proposait, M.Saillant, diplômé en journalisme de l\u2019Université Laval, décide alors de se joindre au FRAPRU naissant, pour défendre le droit au logement.«Si j\u2019avais choisi le travail de fonctionnaire, je serais pas mal plus riche aujourd\u2019hui », laisse-t-il tomber, avant de souligner qu\u2019il ne regrette pas son choix.Au confort d\u2019une « job de 9 à 5 », il préfère l\u2019engagement social, malgré la précarité que cela entraînait.« Tout est toujours une lutte, mais on voit des résultats concrets lorsqu\u2019on se bat dans le domaine du logement», explique-t-il.Le FRAPRU choisit d\u2019ailleurs, dès 1981, de faire de la construction de logements sociaux sa revendication principale.Avec le recul, François Saillant estime toutefois que le bilan n\u2019est pas à la hauteur de ses attentes.«C\u2019est malheureusement un bilan mitigé.Il y a des milliers de logements qui ont été construits, et c\u2019est autant de victoires.Mais nous avons aussi subi un coup extrêmement dur avec le retrait du gouvernement fédéral du financement de nouveaux logements sociaux en 1994.» Défaite collective Concrètement, ce retrait du financement d\u2019Ottawa il y a un peu plus de 20 ans aurait privé le Québec de plus de 69 000 logements sociaux, selon les calculs de l\u2019organisme, qui compte 160 groupes membres.Tout cela dans une province où «269 000 ménages en auraient besoin », dénonce, inlassablement, le coordonnateur sortant du FRAPRU.« C\u2019est une défaite collective, c\u2019est une défaite de notre société, insiste-t-il.Nos gouvernements se sont désengagés de leur rôle social, notamment pour favoriser certains, dont des entreprises.Ils ont percé des trous dans le filet social au lieu de l\u2019améliorer.Des groupes ont eu beau proposer des mesures fiscales qui permettraient d\u2019ajouter des milliards de dollars dans les coffres de l\u2019État, jamais ces idées n\u2019ont été considérées.Et les gouvernements ne reconnaissent toujours pas le droit au logement, alors que même l\u2019ONU estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un droit essentiel.» Il rappelle que le Canada a pourtant adhéré au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l\u2019ONU, entré en vigueur en 1976.L\u2019inaction d\u2019Ottawa lui a même valu des critiques d\u2019experts des Nations unies en février dernier, notamment en raison des impacts néfastes des «mesures d\u2019austérité » sur les personnes les plus vulnérables.Habitué aux promesses rompues des gouvernements au fil des décennies, François Saillant attend tout de même de voir quelle sera la teneur de la stratégie nationale sur le logement promise par le gouvernement de Justin Trudeau pour 2017.« Nous jugerons l\u2019arbre à ses fruits, illustre-t-il, posément.Mais il faut que le fédéral refinance le logement.» Convictions intactes Les personnes contactées par Le Devoir le soulignent d\u2019ailleurs toutes : les convictions de M.Saillant sont demeurées intactes au fil des ans, malgré les reculs.«Oui, il a des convictions inébranlables.Il a toujours été cohérent et persistant, ce que j\u2019admire », estime la députée de Québec solidaire Françoise David, qui a collaboré avec lui depuis plus de 20 ans.Elle se souvient d\u2019ailleurs d\u2019un épisode d\u2019affrontement avec Québec lors du sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi organisé en 1996 par le gouvernement de Lucien Bouchard, alors qu\u2019elle était présidente de la Fédération des femmes du Québec.« Nous étions là tous les deux.On avait demandé au gouvernement Bou- chard d\u2019adopter, dans le cadre du sommet, une clause \u201cd\u2019appauvrissement zéro\u201d.L\u2019idée, c\u2019était qu\u2019il ne fallait pas appauvrir davantage les gens les plus pauvres.Il n\u2019était pas prêt à adopter une telle clause, alors nous avons quitté le sommet.» Coordonnateur au Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Pierre Gaudreau évoque lui aussi l\u2019« opiniâtreté » de François Saillant.«Le FRAPRU continue de demander un investissement dans le logement social.Il a toujours maintenu le cap, peu importe \u201cl\u2019impopularité\u201d de la demande.Il a toujours défendu l\u2019idée que le logement ne doit pas être un bien privé.C\u2019est un droit.» Humilité Un «dévouement pour la cause» qui lui a valu d\u2019être arrêté à quelques reprises, se souvient Robert Pilon, ancien collègue au FRAPRU au- jourd\u2019hui coordonnateur de la Fédération des locataires de HLM du Québec.«C\u2019est un excellent compagnon de cellule, qui voit toujours le côté positif des choses et qui peut conserver sa bonne humeur», lance-t-il à la blague.Tous trois insistent par ailleurs sur l\u2019humilité de l\u2019homme, sa timidité.Lui qui est paradoxalement le visage le plus connu de la lutte pour le droit au logement, l\u2019intervenant que les journalistes contactent chaque année autour du 1er juillet, lorsque les médias s\u2019intéressent à la question du logement.« C\u2019est un homme très humble, d\u2019une grande simplicité, et qui ne se met jamais en vedette », souligne M.Pilon.Un «militant» qui ne cessera pas de prendre la parole, malgré la retraite professionnelle, selon Françoise David.Il le reconnaît d\u2019ailleurs lui-même, tout en avouant une certaine « lassitude ».« Je veux encore m\u2019impliquer.Je n\u2019abandonne pas le militantisme, la politique ou l\u2019engagement social.Mais comme porte-parole d\u2019organisme, j\u2019ai dit ce que j\u2019avais à dire.Et je sais que le FRAPRU va continuer de faire parler de lui.» Encore faudra-t-il que les médias continuent de s\u2019intéresser à la question du logement, ce qui est selon lui loin d\u2019être acquis.«Si on parle de gentrification ces temps-ci, c\u2019est à cause des actions qui ont été posées dans Hochelaga.Il faut peut-être se questionner sur le rôle des médias.» Le Devoir « Monsieur FRAPRU » passe le flambeau François Saillant, le visage le plus connu de la lutte pour les droits des locataires, prend sa retraite JACQUES NADEAU LE DEVOIR Au confort d\u2019une « job de 9 à 5 », François Saillant, coordonnateur du Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain, a préféré l\u2019engagement social, malgré la précarité que cela entraînait.Ce sont donc 538 grands électeurs qui se prononceront lundi, un nombre équivalent au total des membres de la Chambre des représentants (435) et du Sénat (100), plus trois représentants du District de Columbia.Pourraient-ils aller à l\u2019encontre du vote populaire dans un État donné, comme plusieurs personnes horrifiées de la perspective de voir Donald Trump entrer à la Maison-Blanche le souhaitent ?Tricher?Les règles de votation des grands électeurs, de même que les sanctions auxquelles ils s\u2019exposent s\u2019ils ne suivent pas la consigne, varient grandement d\u2019un État à l\u2019autre.Et si on retrouve ici et là des exemples de grands électeurs qui ont « triché », parfois publiquement et par fois sous le couver t de l\u2019anonymat, une seule fois dans l\u2019histoire un tel comportement a-t-il eu une incidence sur le résultat final.C\u2019était en 1836.Le candidat démocrate à la présidence Martin Van Buren a été élu, de même que son colistier Richard Mentor Johnson à la vice-présidence.Les 23 grands électeurs de la Virginie promis au tandem se sont toutefois abstenus de voter pour Johnson, ce qui lui a fait perdre sa majorité au collège électoral.Comme le prévoit le XIIe amendement, il revint au Sénat, contrôlé par les démocrates, de confirmer son élection.La raison de l\u2019abstention ?Les Virginiens voulaient protester contre le fait que, pendant plusieurs années, Johnson avait entretenu une relation amoureuse ouverte avec Julia Chinn, une esclave octavonne qu\u2019il traitait comme sa femme légitime et avec qui il avait eu deux enfants qu\u2019il reconnaissait\u2026 Et maintenant qu\u2019on se retrouvera avec Trump à la présidence même avec une minorité de voix, faudrait-il envisager de mettre fin au système des grands électeurs?Ceux qui seraient tentés de modifier la formule feraient face à de lourds obstacles, fait valoir M.Cloutier-Roy.Le tout requerrait un amendement constitutionnel, qui nécessiterait l\u2019aval des deux tiers des membres dans chaque instance du Congrès et des trois quarts des législatures d\u2019État.Aussi bien dire que la pratique plus que bicentenaire est là pour de bon.Et puis, Trump l\u2019a dit : même si le scrutin avait été direct, il aurait gagné.Au lieu de se concentrer sur certains États-clés, il aurait davantage fait campagne dans des États populeux, comme la Californie et New York, considérés comme perdus d\u2019avance pour les républicains dans la structure actuelle.Ainsi, il aurait engrangé davantage d\u2019appuis.Et si Donald Trump le dit\u2026 Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 ÉLECTEURS C\u2019est malheureusement un bilan mitigé.Il y a des milliers de logements qui ont été construits.C\u2019est autant de victoires.Mais nous avons aussi subi un coup extrêmement dur avec le retrait du gouvernement fédéral du financement de nouveaux logements sociaux, en 1994.François Saillant, coordonnateur du Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain « » MICHEL DAVID La grève générale illimitée des juristes de l\u2019État ne fait pas la manchette.Mais lancée le 24 octobre, elle a de plus en plus d\u2019ef fets sur le fonctionnement de l\u2019État.Si l\u2019Association des avocats et des notaires a fait des erreurs stratégiques au départ, ses membres ne méritent certainement pas de poireauter longtemps sur le trottoir après les Fêtes.Bref, d\u2019être traités avec mépris par le gouvernement.ls sont quelque 1100.Leur salaire moyen ?103 000 $ par année, soit moins que certains associés dans le privé ; mais plus que ceux qui pratiquent seuls.Leurs vacances sont fonctionnarisées.À première vue donc, ils ne forment qu\u2019un petit groupe qui ne fait pas vraiment pitié.Le gouvernement le sait et en profite.À l\u2019excès.De quoi se plaignent les juristes de l\u2019État ?Avec raison, entre autres, que leur droit de grève est bien factice.Depuis le début du siècle, ils ont débrayé à deux reprises et, les deux fois, le gouvernement a ?ni par adopter une loi spéciale.La dernière fois, le gouvernement avait reconnu que le mode de négociation était bancal.Qu\u2019il fallait le repenser.Mais rien n\u2019a été fait en ce sens.Les procureurs de la Couronne ont eu droit à un régime à part : ?ni le droit de grève dont ils ne voulaient pas : un comité de rémunération désormais propose à l\u2019Assemblée nationale des conditions de travail, et celle-ci tranche.Les autres juristes, souvent qualifiés de « discrets », sous une nouvelle appellation \u2014 les avocats et notaires de l\u2019État québécois (LANEQ) \u2014, ont conservé l\u2019ancien régime.Mars 2016 (un an après la fin de leur contrat de travail), exaspérés, craignant de revivre le scénario d\u2019une loi spéciale, \u2014 ils ont décidé de faire la grève pour une dernière fois.Le mandat ?84 %.Après quelques semaines sur le trottoir cet automne, le fonds de grève était à sec.Déterminés, ils ont décidé d\u2019emprunter pour continuer le combat.Leur position de négociation de départ était excessive.Plus exigeante encore que celle accordée aux procureurs de la Couronne ! En cas d\u2019impasse dans les négociations, il y aurait eu un arbitrage « liant ».La décision de l\u2019arbitre, un non-élu, s\u2019imposerait ! On a vécu ça au municipal avec les spirales in?ationnistes connues.Même les juges de la Cour suprême n\u2019ont pas droit à ça, réplique-t-on au gouvernement.Autre excès de rhétorique, qui est au fond à la source du premier : pendant des semaines, la conception de l\u2019indépendance des juristes défendue par LANEQ s\u2019apparentait à celle dont jouissent les juges administratifs.On comprend que cela servait à justi?er l\u2019adoption d\u2019un mode de négociation débouchant sur l\u2019«arbitrage liant ».Mais mercredi, LANEQ dit avoir jeté du lest.L\u2019organisation aurait défendu une formule s\u2019apparentant à celle des procureurs de la Couronne : pour ?xer les conditions de travail des membres LANEQ, un comité de rémunération ferait des suggestions au Bureau de l\u2019Assemblée nationale, laquelle déciderait.Le gouvernement, soutient LANEQ, aurait rejeté la proposition.Depuis le début du con?it de toute façon, il refuse de discuter du régime de négociation.Au gouvernement, on réplique : LANEQ réclamait qu\u2019une fois sur trois négociations, les conclusions du comité soient « liantes».Les deux s\u2019accusent de mentir.C\u2019est l\u2019impasse.Une assemblée générale de LANEQ aura lieu en début de semaine.L\u2019appui à la grève sera-t-il encore à 84 % ?On peut en douter.Les Fêtes arrivent.La perspective de passer les Fêtes sur le trottoir est pleine de désagréments.Petit exemple : un fonds de grève ne paie pas les jours fériés (si on n\u2019a pas été au travail la veille et le lendemain).Pour le gouvernement et l\u2019État, il y a plus que des désagréments.On a beaucoup insisté sur ces projets de loi promis, mais non déposés (pensons à celui des chiens dangereux) ou ?nali- sés par des cadres (sur la métropole).Mais il ne faut pas oublier que les juristes sont les experts qui véri?ent la légalité de l\u2019action gouvernementale, de la sauvegarde de l\u2019intérêt public.En passant, cela comprend les contrats ! Autrement dit, le gouvernement fonctionne presque sans conseil juridique depuis le 24 octobre.Depuis la même date, comment la ministre de la Justice Stéphanie Vallée remplit-elle son rôle de jurisconsulte du gouvernement ?Remarquez, cela explique peut-être certaines confusions publiques.Mais bon.Justement, celle-ci, dans la crise des délais judiciaires, n\u2019arrêtait pas de parler d\u2019un nécessaire « changement de culture ».Québec aurait depuis longtemps négligé le monde juridique : ce serait une des causes de nos délais.Cet aggiornamento devrait comprendre une entente rapide avec LANEQ.Une autre loi spéciale, après des mois de grève, serait un signe de mépris totalement contraire au discours sur le « changement de culture ».L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Décès de Jacques Fournier La voix et la plume de Jacques Fournier (1947-2016) se sont tues abruptement fin novembre.Ce citoyen militant engagé, que j\u2019ai connu comme collègue à la PEN (Presse étudiante nationale) durant mes études, posait des questions, suscitait des débats, menait des batailles sociales et politiques pour le bien commun avec un acharnement courtois.Toujours respectueux de l\u2019autre mais courageux dans ses confrontations d\u2019idées, il m\u2019a appris à être debout derrière un micro avant la fin d\u2019un discours politicien, car un élu s\u2019expose rarement à plus de deux questions du public dans une instance démocratique ! À l\u2019heure où Donald Trump est élu président désigné, le ministre Barrette bouscule et intimide sans débattre, et l\u2019austérité salvatrice fait disparaître tant de forums démocratiques au Québec que je me dis que son cœur a implosé de douleur ! Car son humanisme, mais aussi sa sensibilité, était heurté malgré son sourire omniprésent.À moins que ce ne soit une rare implosion de colère\u2026 Julien Michaud Montréal, le 16 décembre 2016 L I B R E O P I N I O N T E X T E C O L L E C T I F D urant la période des Fêtes, pensons à celles et ceux qui ne peuvent pas visiter leur famille en raison des nouvelles mesures d\u2019aide sociale.Depuis mai 2015, une personne qui quitte le Québec pour plus de sept jours consécutifs \u2014 ou quinze jours cumulatifs \u2014 dans un même mois perd son droit à l\u2019aide sociale.Avec des revenus mensuels de seulement 623 $, les gens sont déjà dans l\u2019impossibilité de subvenir à leurs besoins de base pour le logement, la nourriture, le chauffage et les vêtements.Avec ce nouveau règlement, le gouvernement attaque la capacité des plus vulnérables de notre société à maintenir leurs liens avec famille et amis qui vivent en dehors du Québec.Nous aimerions rappeler à François Blais, ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, que la solidarité commence d\u2019abord et avant tout avec la famille.La famille fait partie intégrante de qui l\u2019on est ; nous avons besoin d\u2019un contact physique avec les gens qui nous sont précieux; les appels téléphoniques et les courriels ne suffisent pas.Si notre mère, notre père ou notre frère décède ou tombe gravement malade, il faut se rendre auprès de notre famille, peu importe la situation.Quand un proche vous quitte, vous avez besoin de réconfort.Ce besoin est encore plus urgent si votre famille habite de l\u2019autre côté de la terre et que cela fait des années que vous n\u2019avez pas été réunis.Il est impossible de prévoir les catastrophes dans nos vies, on ne peut pas synchroniser nos deuils avec les impératifs de l\u2019aide sociale.Dans le système actuel, les prestataires de l\u2019aide sociale sont pénalisés pour avoir assisté à des funérailles ou visité un proche malade.De retour au Québec, ils subissent des coupes sur leurs prestations en plus de devoir faire face au stress de ne pas pouvoir payer le loyer ou l\u2019épicerie.Discrimination Une logique similaire s\u2019applique pour les évé- nements heureux de la vie : les naissances, les mariages et les fêtes telles que Noël et le Nouvel An.Comment expliquer à notre famille que nous ne pouvons pas être présents lors d\u2019événe- ments importants à cause des règles de l\u2019aide sociale ?Des absences répétées peuvent entraîner des ruptures dans nos relations.Si on se déconnecte de nos familles, on devient isolé et déprimé\u2026 ce qui entraîne des problèmes de santé physique et mentale.Le fait qu\u2019une personne qui s\u2019absente du Québec pendant plus de sept jours perde son statut de résidente aux yeux de l\u2019aide sociale est le critère de résidence le plus restrictif de tous nos programmes sociaux.Avec cette mesure draconienne, le gouvernement du Québec crée une discrimination basée sur le statut socioécono- mique et enfreint la Charte canadienne des droits et libertés, ainsi que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.Cela empiète aussi sur le droit à la mobilité des citoyens canadiens et des résidents permanents en les empêchant de se déplacer à l\u2019intérieur du Canada.C\u2019est pour ces raisons que les Services juridiques de Pointe-Saint-Charles et Petite- Bourgogne accompagnent Arié Moyal, prestataire d\u2019aide sociale, dans sa bataille légale pour faire invalider cette mesure injuste.Respect Les personnes qui reçoivent de l\u2019aide sociale sont des êtres humains dignes de respect.Pourtant, le système d\u2019aide sociale les traite comme des criminels.Désormais, même s\u2019ils respectent la nouvelle réglementation, les gens qui voyagent doivent justifier leurs déplacements, présenter des preuves de voyage et fournir une lettre de la personne qui paie pour le voyage.En plus d\u2019être une invasion de la vie privée, ceci est un contrôle injustifié de la part des agents d\u2019aide sociale qui ont énormément de pouvoir discrétionnaire.Malheureusement, il s\u2019agit de la suite des mesures de surveillance et de contrôle imposées par notre gouvernement sur les personnes qui vivent dans la pauvreté.Les prestataires de l\u2019aide sociale sont submergés par les demandes excessives de documents à fournir, doivent faire face à des enquêtes aléatoires et peuvent voir leur chèque retenu à leur centre local d\u2019emploi.Avec le projet de loi 70 qui vient d\u2019être adopté, si les prestataires ne se soumettent pas aux demandes des programmes d\u2019employabi- lité qui leur seront imposés, les agents auront maintenant le pouvoir de réduire les prestations à un montant aussi minuscule que 399 $ par mois, et ce, sans possibilité d\u2019appel.François Blais, pourriez-vous vivre dans ces conditions ?Sinon, pourquoi demandez aux prestataires d\u2019aide sociale de le faire ?Les signataires : Minouse Joseph, Marina Rishke- vitch, Maria Ines Garduno avec l\u2019appui de la Coalition Pauvre + Captif.Aide sociale : la solidarité commence avec la famille FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Le chat à Montréal Pour contrer la solitude, pour aider à la socialisation et à la responsabilisation, pour faire rire, pour réchauffer, réconforter, etc., il me semble que les animaux de compagnie se démarquent.La zoothérapie n\u2019est-elle pas pratiquée à l\u2019aide de chats et de chiens?À Montréal, il suffit d\u2019être aux prises avec un problème de moufettes ou de ratons laveurs pour comprendre que la Ville ne prend pas ses responsabilités et n\u2019est d\u2019aucune aide pour déloger un animal sauvage qui a choisi le dessous de votre balcon pour y élire domicile (à moins que celui-ci présente des signes de rage, tient- on à nous préciser), sans parler des écureuils gris qui pullulent dans les parcs, les jardins et autour de nos sacs à poubelle.Les chats exercent un contrôle sur les populations de rongeurs, et pas qu\u2019à la campagne, comme le dit la chanson Gens de la ville qui ne dormez guère\u2026 On nous annonce une brigade féline ?Voyons donc ! Les organismes chargés d\u2019entrer en contact avec les itinérants pour les inciter à rejoindre un refuge pour la nuit ont peine à vivre faute d\u2019aide financière suffisante.À 54 ans, j\u2019ai adopté trois chats dans ma vie, tous issus des ruelles.Des chats visiblement perdus ou abandonnés par leur propriétaire ou nés dans celles-ci.Il me semble qu\u2019une campagne de sensibilisation accompagnée d\u2019un programme de stérilisation offert ou facilité par la Ville suffirait à contrôler la population des chats errants.Bien sûr, les chats ne s\u2019encombrent pas de territoire ni de circonscription électorale, ils aiment bien venir gratter votre terre fraîchement remuée.Deux options pour éviter qu\u2019ils viennent chez vous : faites-les fuir, pchitt pchitt, ou mettez du paillis, un grillage ou des cure- dents bien dressés, ils iront chez le voisin\u2026 qui fera de même ou qui sera heureux de les voir déambuler avec adresse sur l\u2019arête de sa clôture.J\u2019ai de la peine en pensant ne plus voir le gros chat de ma voisine qui se promène Vie de chat Ce matin, par la fenêtre de derrière, j\u2019ai vu un chat assis sur la chaise de ma galerie.Il m\u2019a regardée tranquillement puis a décidé de partir.Il s\u2019est levé, a traversé la cour enneigée, puis a sauté souplement sur la clôture haute d\u2019au moins cinq pieds.Celui-là, je ne le connaissais pas.D\u2019autres fois, c\u2019est le chat noir et blanc du voisinage qui vient, ou encore le gracile chat moucheté de quelque maison plus loin dans la ruelle.Quant à ma chatte, elle sort, parfois par-derrière pour revenir par en avant, parfois l\u2019inverse.Où va-t-elle ?Je ne le sais pas, elle vit sa vie de chatte.La vie de la ruelle.C\u2019est tout cela que veut interdire le maire Coderre ?Plus de chats dehors, sinon attachés?Micheline Marier Montréal, le 15 décembre 2016 d\u2019un passant à l\u2019autre en quête d\u2019une caresse avec son sourire félin.Et ça marche, son irrésistible sourire\u2026 Puis, personne n\u2019est obligé de le caresser, il suffit de passer son chemin.À quoi bon faire une distinction entre les chats stérilisés et les autres dans le prix des licences puisque, dans le contexte de cette loi, les chats, interdits de sortie, ne pourront pratiquer que l\u2019abstinence\u2026 Je ne veux pas croire que les ruelles et les trottoirs seront libres de chats.Bien des photographes, des écrivains, des poètes ou des peintres seront privés d\u2019inspiration et nous, citadins, on nous aura dérobé un précieux exercice de tolérance.Marie Anne Lemieux Le 16 décembre 2016 GRÈVE DES JURISTES DE L\u2019ÉTAT Assez, le mépris I ANTOINE ROBITAILLE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.J E A N - P A U L G A G N É Éditeur émérite, Les Affaires, administrateur de sociétés certifié.Il a conseillé bénévolement le conseil d\u2019administration de la Fondation de la CSDM sur des changements apportés à sa gouvernance.ar la voix de sa présidente, C a t h e r i n e Renaud, l\u2019All i a n c e d e s professeures et professeurs de Montréal vient de dénoncer l\u2019invitation de la Fondation de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) aux 17 000 employés de cette dernière de participer à une campagne de financement par déduction à la source pour soutenir des projets visant le développement des élèves («Les profs invités à donner pour of frir des services aux élèves », Le Devoir, 12 décembre 2016).Cette invitation de la Fonda- t ion de la CSDM s\u2019 inscr it dans le cadre de sa relance après quelques années de dormance.Avantage indéniable de la campagne en cours, les contr ibut ions des em - ployés de la CSDM seront doublées jusqu\u2019à la hauteur de 50 000 $ par les ca isses Desjardins de Montréal.Par exemple, si chacun des 17 000 employés de la CSDM faisait un don unique de 3 $ (le prix d\u2019un café) à la Fondation, une somme de 51 000 $ serait recueillie et Desjardins ajouterait 50 000 $.Les montants de contribution volontaire suggérés par la Fondation sont insignifiants en regard de la cotisation syndicale obligatoire d\u2019environ 1000 $ par année qui est exigée des membres de l\u2019Alliance.La Fondation n\u2019a pas pour but de remplacer l\u2019État dans le financement des programmes d\u2019enseignement et dans l\u2019entretien des écoles, qui sont nécessairement financés par les taxes scolaires et les subventions du gouvernement.La mission de la Fondation est plutôt de financer des projets particuliers dans cinq champs d\u2019intérêt (arts et culture, environnement, équité et inclus ion soc iale, persévérance scolaire, santé et saines habitudes de vie) dans le but d\u2019optimiser les chances de réussite des enfants et de les aider à développer leur plein potentiel.On peut d\u2019ailleurs penser que les enfants les plus susceptibles de bénéficier de l\u2019appui financier de la Fondation seront ceux qui fréquentent les écoles des secteurs les moins favorisés, où les besoins sont plus grands.Environ 75 % des 112 000 élèves de la CSDM proviennent justement de ces milieux.Aveuglement philanthropique L\u2019aveuglement philanthropique de l\u2019Alliance est injustifiable.On comprend que la mission du syndicat est de revend iquer de me i l leur es conditions de travail pour ses membres, mais le coup de pouce qui a été suggéré à ses quelque 9000 membres ne leur enlève absolument rien.Bien au contraire, la Fondation veut tout simplement pouvoir faire un petit geste de plus pour favoriser la réussite des élèves, ce qui est en parfaite harmonie avec l\u2019engagement personnel des enseignants.Non, il n\u2019y a rien d\u2019odieux et de scandaleux dans cette initiative, comme l\u2019a af firmé madame Renaud dans l\u2019article du Devoir.Ce qui est odieux et scandaleux, c\u2019est plutôt la culture de la dépendance de l\u2019État dans laquelle baigne la direction de l\u2019Alliance des professeurs et son étonnante insensibilité à la cause du mieux-être des enfants.Cette dépendance, qui n\u2019est pas propre à la direction de l\u2019Alliance, explique en par tie pourquoi le Québec est bon dernier pour les dons de bienfaisance parmi les provinces et les territoires du pays.J\u2019invite l\u2019Alliance des professeurs à contribuer à changer cette mentalité de dépendance de l\u2019État-providence.Elle pourrait même faire un don elle-même compte tenu de ses importants revenus annuels (9000 membres à 1000$ = 9 millions non imposables).Les parents et les grands-parents qui, comme moi, se soucient du parcours scolaire de leurs petits-enfants constatent tous les jours l\u2019immense générosité de la grande majorité de nos enseignantes et ensei - gnants.Ils savent que ces derniers n\u2019hésitent jamais à en faire un petit plus que ce qui est demandé pour améliorer la réussite de leurs élèves.Il est décevant que la direction de leur syndicat ne soit pas au diapason de nos enseignants pour la cause d\u2019une meilleure éducation pour nos enfants.La philanthropie est une nécessité dans toutes les sociétés.À l\u2019instar de nombreuses autres fondations d\u2019écoles, de cégeps, d\u2019universités, de centres de santé et de services sociaux et d\u2019organismes communautaires, la Fondation de la CSDM poursuit une mission essentielle au bien-être et au progrès de notre société.Nouvelle gouvernance Il faut d\u2019ailleurs féliciter les administrateurs de la Fondation de l\u2019avoir relancée, d\u2019avoir clarifié sa mission et d\u2019avoir revu sa gouvernance.Le fait que son conseil d\u2019administration soit désormais formé majoritairement de membres indépendants permet à la Fondation de mener sa mission en toute indépendance des impératifs financiers de la CSDM.Je vous invite à consulter le site Internet de la Fondation pour le constater et mieux comprendre sa mission, son plan d\u2019action et sa créativité.D\u2019a i l leurs, qu iconque souhaite maintenant faire un don à une école de la CSDM peut le faire en ligne, ce qui est une première pour les fonda- t ions de commiss ions scolaires .Enfin, il impor te de souligner que tout ce travail a été accompl i en quelques mois avec des moyens extrêmement limités.Voilà pourquoi, la Fondation de la CSDM mérite un appui enthousiaste non seulement de la populat ion de Montréal et des parents qui conf ient leurs enfants aux écoles de la CSDM, ma is aussi de l\u2019ensemble de ses éducatrices et éducateurs.Il en va tout s implement de l\u2019épanouissement et du développement de nos enfants et de l\u2019avenir de notre société.ALLIANCE DES PROFESSEURS DE MONTRÉAL Un boycottage insensé et injustifiable R A F A E L J A C O B Chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand l y a un peu plus d\u2019un mois, Donald Trump était élu pré- s ident des États- Unis.Le temps qui s\u2019est écoulé depuis cette onde de choc permet de prendre un peu de recul et de commencer à comprendre pourquoi les gens qui étaient appelés à voir venir le coup \u2014 l\u2019auteur de ce texte le premier \u2014 ont manqué le bateau de façon si spectaculaire.À défaut d\u2019avoir déjà toutes les réponses, voici quelques leçons pouvant être tirées du 8 novembre et dont les implications touchent sondeurs, analystes et intervenants médiatiques.Attention aux indécis Soyons clairs : il n\u2019était pas raisonnable, sur la base des données disponibles jusqu\u2019au soir même de l\u2019élection, de conclure qu\u2019Hillar y Clinton n\u2019était pas largement favorite.Contrairement aux primaires républicaines ou même au Brexit, où des indicateurs empiriques crédibles donnaient respectivement Trump et le camp du «Leave» gagnants, les résultats du 8 novembre dernier constituent une surprise monumentale.Par exemple, sur une centaine de sondages non partisans menés pendant l\u2019année en Pennsylvanie, au Michigan et au Wisconsin \u2014 les trois États ayant permis à Trump de dépasser le seuil magique des 270 grands électeurs \u2014, pas un seul n\u2019avait mis Trump en avance.Pas un.L\u2019erreur des sondeurs aura été systématique.Ainsi, les appuis prédits à Clinton dans ces États ainsi que dans plusieurs autres des plus impor tants étaient fiables, à un point ou moins du résultat finalement obtenu par l\u2019ex-secrétaire d\u2019État.Le problème résidait dans la sous-estimation du vote de Trump: quatre points en Pennsylvanie, cinq au Minnesota, six au Michigan et en Ohio, sept en Iowa et au Wisconsin.Comme on s\u2019est plu à le répéter pendant la campagne, 2016 n\u2019était pas une année comme les autres : elle mettait en scène les deux candidats présidentiels les plus impopulaires depuis l\u2019arrivée des sondages modernes.Conséquemment, le taux d\u2019électeurs disant ne pas appuyer l\u2019un des deux candidats majeurs était historiquement élevé, et ce, jusqu\u2019à la toute fin de la course.À titre d\u2019exemple, seuls 3 % des électeurs disaient ne pas appuyer Barack Obama ou Mitt Romney dans la moyenne des sondages menés au Wisconsin à la fin de la course présidentielle de 2012.En 2016, ce pourcentage était quatre fois plus élevé, alors que 13 % des électeurs ne se prononçaient ni pour Clinton ni pour Trump.Il est donc imprudent \u2014 comme le font d\u2019ailleurs régulièrement plusieurs sondeurs ce côté-ci de la frontière \u2014 de présumer une allocation proportionnelle des électeurs indécis.Si on a affaire à un nombre anormalement élevé de gens se disant indécis, il est possible que ces derniers se rangent de façon disproportionnée dans le camp d\u2019un candidat en particulier.Cette année, Trump semble en avoir bénéficié.La présidence se gagne dans les États Une partie considérable de la croyance selon laquelle Clinton gagnerait la présidence s\u2019appuyait sur son avance à l\u2019échelle nationale, qui, à la mi- octobre, semblait clairement insurmontable.Et elle l\u2019aura été : Clinton aura au final remporté le vote populaire national par deux points\u2026 tout en perdant le Collège électoral par 74 grands électeurs.Un tel écart \u2014 et donc un vote distribué de manière si déséquilibrée entre les États \u2014 est sans précédent dans l\u2019histoire américaine.La «machine électorale» L\u2019opérat ion de sor t ie de vote démocrate était peut-être plus ef f icace que celle de Tr ump ; son impact réel a peut-être également été amplement surestimé.La coali- t ion é lectorale démocrate, s\u2019appuyant de façon cruciale sur des électeurs marginaux (notamment les jeunes), combinée au manque d\u2019enthousiasme à l\u2019égard de Clinton, a fait de la « machine électorale » une condition nécessaire, mais insuffisante pour l\u2019ex-secrétaire d\u2019État.Pour Tr ump, gonflé depu is les tout premiers débuts de la course par une armée de partisans profondément loyaux et motivés, les efforts de sort ie du vote se sont avérés plus superflus.Des conseillers faillibles Même les campagnes les plus professionnelles et les conseillers les plus aguerris peuvent errer.Présumer que la raison pour laquelle Clinton n\u2019a pas visité le Wisconsin à une seule reprise après avoir décroché l\u2019investiture démocrate était que son équipe savait hors de tout doute que l\u2019État lui était acquis aura été une erreur.Présumer que Steve Schale, l\u2019ex-directeur de la campagne de Barack Obama deux fois victorieux en Floride, avait nécessairement raison lorsqu\u2019il a assuré au président sortant que Clinton remporterait l\u2019État sur la base du vote par anticipation en aura été une autre.Il n\u2019y a pas que sondeurs et analystes qui peuvent se tromper : les candidats et leurs campagnes, même à un niveau aussi élevé, demeurent également faillibles.Un monde probabiliste À force d\u2019intervenir dans les médias, il peut devenir tentant de s\u2019exprimer en « clip » : de la manière la plus directe et la plus tranchée possible.C\u2019est ce genre de tentat ion qu i peut conduire à des garanties à l\u2019emporte-pièce.C\u2019est également ce genre de tentation qui se trouve aux antipodes de ce que la sc ience pol i - tique, rigoureusement pratiquée, recommande.La v ie pol it ique a peu de lois universelles absolues.En ce sens, même si Hillary Clinton avait remporté l\u2019élection, il aurait été inexact de clamer, à un mois du scrutin, qu\u2019elle était assurée à 100 % de la vic- to ire .Malgré les avancées louables de nos outils d\u2019enquête, il ne faut pas surestimer leur pouvoir prédictif .Tant et aussi longtemps que nous n\u2019avons pas tous les résultats d\u2019une é lect ion, nos données, peu importe la taille ou la qualité de nos échantillons, sont susceptibles de nous induire en erreur.Errare humanum est, perse- verare diabolicum, disait Sé- nèque.Si l\u2019erreur commise dans le cadre de l \u2019é lect ion américaine de 2016 est extraordinaire, il en est autant de l\u2019occasion d\u2019apprentissage.Saisissons-la.Quelles leçons tirer de l\u2019élection de Donald Trump ?P DON EMMERT AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019incapacité des analystes et autres observateurs à voir venir l\u2019élection de Donald Trump le 8 novembre dernier est une extraordinaire occasion d\u2019apprentissage qu\u2019il faut saisir.I P A U L I N E G R A V E L L es chercheurs disposent aujourd\u2019hui d\u2019une quantité colossale de données provenant de patients et de personnes saines ayant participé à des projets de recherche.Ces données peuvent être moléculaires, cellulaires, comportementales et psychologiques, génétiques et épigénétiques, voire anatomiques sous forme d\u2019images obtenues par diverses méthodes d\u2019imagerie cérébrale.« Nous disposons d\u2019une immense quantité de données avec lesquelles on ne sait pas trop quoi faire.Ces données seules ne sont pas des connaissances.Il nous faut donc extraire des informations pertinentes de toutes ces données par des analyses et des modélisations informatiques », af firme Alan C.Evans, professeur de neurologie, de neurochirurgie et de génie biomédical au Neuro, l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal.L\u2019établissement s\u2019applique depuis plusieurs années à réunir mathématiciens, informaticiens et neu- roscientifiques afin de donner un sens à toutes ces données.À l\u2019aide de modèles mathématiques, dont certains sont également utilisés en finances ou en génie, par exemple, les chercheurs tentent de découvrir comment un cerveau sain se développe et comment il se transforme quand se développe une maladie neurodégénérative ou une maladie mentale.En septembre dernier, l\u2019Université McGill a obtenu une subvention de 84 millions de dollars sur sept ans du Fonds d\u2019excellence en recherche Apogée Canada (FE- RAC) pour mettre au point de nouveaux outils mathématiques, statistiques et informatiques qui aideront à percer les mystères des grandes pathologies neurologiques et maladies mentales et, conséquemment, permettront de repérer de nouvelles voies thérapeutiques et d\u2019élaborer des méthodes diagnostiques et de prédiction du risque.Recherche collaborative La recherche collaborative étant devenue la norme ces dernières années, les chercheurs du Neuro ont mis au point une plateforme informatique, dénommée CBRAIN, qui permet aux chercheurs du monde entier de partager leurs données, leurs outils d\u2019analyse et leurs ressources informatiques.En d\u2019autres termes, CBRAIN est un logiciel Web qui, en quelques clics, permet à des chercheurs se trouvant n\u2019importe où sur la planète d\u2019accéder à des outils et à une puissance de calcul leur permettant d\u2019analyser des données qui peuvent être entreposées quelque part d\u2019autre dans le monde.CBRAIN est actuellement connecté à des groupes d\u2019ordinateurs de haute per for- mance situés au Canada (dont trois groupes à McGill) et en Allemagne, qui totalisent 80 000 unités de calcul.Les chercheurs du Neuro ont également conçu LORIS (Longitudinal Online Research and Imaging System), un logiciel Web ayant pour fonction le stockage de données cellulaires, génétiques, compor tementales, cliniques et d\u2019imagerie cérébrale.LORIS facilite la gestion de grandes quantités de données acquises au cours du temps lors d\u2019études longitudinales et en différents lieux lors d\u2019études mul- ticentriques.Il s\u2019agit encore une fois d\u2019une structure informatique en libre accès que tous les chercheurs en sciences neurologiques du monde peuvent utiliser sans frais.Big Brain Depuis 2013, les scientifiques disposent également d\u2019un outil exceptionnel pour mener ces recherches : un modèle tridimensionnel du cerveau humain d\u2019une résolution atteignant presque celle des neurones qui le composent, qui a été baptisé Big Brain.Ce modèle a été élaboré par une équipe du Centre de recherche de Jülich, en Allemagne, en collaboration avec l\u2019équipe d\u2019Alan Evans du Neuro, à partir du cerveau d\u2019un homme de 65 ans.Ce cer veau a d\u2019abord été fixé au formol, puis immergé dans la paraf fine, avant d\u2019être découpé en 7404 tranches de 20 micromètres (0,001 millimètre) d\u2019épaisseur.Ces tranches ont ensuite été colorées afin de rendre visibles les corps cellulaires.Chaque tranche a finalement été numérisée, et un cerveau en trois dimensions a pu être reconstitué à partir de toutes ces données.Le défi était de taille en raison des multiples circonvolutions du cortex cérébral et de son imposante taille avec ses 86 milliards de neurones et le même nombre de cellules gliales.Finalement, on a développé un logiciel permettant de survoler le cerveau et de naviguer à l\u2019intérieur.« Il s\u2019agit d\u2019un modèle d\u2019un cerveau normal d\u2019un niveau de précision neuroanatomique en trois dimensions qui n\u2019avait jamais été atteint précédemment, les images obtenues par résonance magnétique [IRM] n\u2019étant que d\u2019une précision d\u2019un millimètre, soit 1000 microns.Big Brain est donc 50 fois plus petit dans chaque dimension.Chaque pixel tridimensionnel est 125 000 (50 x 50 x 50) fois plus petit.L\u2019atlas numérique Big Brain comprend un ensemble de données totalisant un téraoctet », précise le Dr Evans.Lorsque ce travail colossal a été publié dans la revue Science en juin 2013, les auteurs ont du même coup rendu Big Brain accessible à tous les scientifiques du monde.«Toutes les données de Big Brain sont dans le domaine public.C\u2019est un bon exemple de science en libre accès.Jusqu\u2019à maintenant, 25 000 groupes scientifiques dif fé- rents à travers le monde ont téléchargé les données de Big Brain», raconte M.Evans, avant de rappeler qu\u2019en 2014, le magazine MIT Technology Review a classé Big Brain comme une des dix plus grandes découvertes technologiques dans le monde.Pratique en neurochirurgie Big Brain peut être utilisé notamment pour la planification d\u2019une neurochirurgie impliquant une stimulation cérébrale profonde dans le but de traiter la maladie de Parkinson.La résolution des images obtenues par IRM n\u2019étant pas suffisamment grande pour identifier avec précision le site que l\u2019électrode de stimulation doit atteindre, les neurochirurgiens ont recours à cet atlas numérique comme gabarit.On superpose Big Brain sur l\u2019IRM du cerveau du patient, et un logiciel adapte la forme de Big Brain de façon à ce qu\u2019elle corresponde parfaitement à celle du cerveau du patient.Quand l\u2019adéquation est achevée, le chirurgien peut voir très précisément où est situé le noyau subthalamique (STN), qui est un des noyaux visés dans la stimulation cérébrale profonde.Jusqu\u2019à l\u2019avènement de Big Brain, les neurochirurgiens utilisaient des atlas dessinés de Brodmann datant de 1909 et de von Economo et Koskinas datant de 1925.Autisme Le Neuro participe aussi à une grande étude états-unienne sur l\u2019autisme, qui consiste à suivre depuis leur naissance les frères et les sœurs d\u2019enfants autistes, étant donné qu\u2019environ 20 % d\u2019entre eux développeront un trouble du spectre autistique.« Actuellement, nous ne diagnostiquons l\u2019autisme que vers l\u2019âge de trois ans.Si nous suivons ces enfants depuis la naissance, nous aurons une fenêtre sur les tout premiers mécanismes impliqués dans l\u2019émergence de ce trouble, soit avant qu\u2019ils se manifestent de façon évidente», explique le Dr Evans.Les chercheurs collectent donc des données sur le développement du cerveau de ces enfants depuis leur naissance.Ils tirent des images du cerveau de ces enfants par IRM et les superposent à Big Brain afin de bien situer les anomalies.« On peut adapter Big Brain à n\u2019impor te quel cerveau, y compris celui d\u2019un jeune enfant, car tous les cerveaux possèdent les mêmes structures, seule la forme change au cours du temps», précise Alan Evans.Les chercheurs comparent ensuite les images obtenues à mesure que le cerveau se développe.Dans cette étude, le Neuro est le centre de coordination des données.«Toutes les données sont envoyées ici et nous les organisons et les analysons», souligne le neuroscientifique.Les chercheurs avaient publié des résultats préliminaires indiquant que des connexions anormales étaient déjà présentes dans le cerveau de bébés âgés de 24 mois.Grâce à la fantastique force de calcul et d\u2019analyse informatique disponible au Neuro, ils ont récemment pu observer de telles anomalies chez des bébés de six mois.En permettant un diagnostic précoce, cette découverte permettra de procéder à des interventions très tôt dans la vie des enfants autistes.Maladie d\u2019Alzheimer Les chercheurs ont étudié, à l\u2019aide de l\u2019imagerie par résonance magnétique, les faisceaux de matière blanche du cerveau de 700 personnes atteintes de la maladie d\u2019Alzheimer, de sujets contrôles sains, d\u2019individus présentant de légers déficits cognitifs et d\u2019autres atteints de troubles cognitifs plus prononcés.Ils ont ensuite procédé à une grande analyse informatique pour modéliser comment la pathologie progresse dans le cerveau.Ils ont découvert que l\u2019accumulation de la bêta-amyloïde dans le cerveau des personnes souffrant de la maladie d\u2019Alzheimer ne résultait pas d\u2019une surproduction de la protéine, mais plutôt d\u2019une élimination insuf fisante.« On a constaté qu\u2019il n\u2019y a presque aucun changement dans la production de la protéine entre ces dif fé- rentes catégories de personnes.Par contre, l\u2019élimination de la protéine varie beaucoup d\u2019un groupe à l\u2019autre», affirme le Dr Evans.Chez les sujets sains, l\u2019amyloïde est encapsulée dans les neurones et est ensuite rapidement éliminée dans les canaux du système glymphatique (le système lymphatique du cerveau).Chez les patients atteints de la maladie d\u2019Alzheimer, elle est éliminée beaucoup moins efficacement, et elle s\u2019accumule dans les neurones, où elle exerce son effet toxique sur ceux-ci.Le neuroscientifique Judes Poirier de l\u2019Université McGill a découvert il y a plusieurs années que les personnes porteuses de la forme E4 du gène ApoE sont plus à risque de développer la maladie d\u2019Alzheimer.Or, les chercheurs du Neuro ont observé que les personnes porteuses d\u2019une seule copie du gène APoE4 éliminaient moyennement la bêta-amyloïde, alors que celles qui étaient dotées de deux copies (l\u2019une venant de leur mère et l\u2019autre de leur père) l\u2019évacuaient encore beaucoup moins, ce qui provoquait une accumulation de la protéine dans leurs neurones.Par contre, les individus qui en étaient dépourvus l\u2019éliminaient rapidement « Cette découverte a complètement changé notre compréhension de l\u2019accumulation de l\u2019amy- loïde dans le cerveau et, par conséquent, la façon de s\u2019attaquer au problème.Si on désire concevoir un médicament qui viserait à réduire l\u2019accumulation de la bêta-amyloïde, il ne faudrait donc pas s\u2019attaquer à la production de la protéine, car cela n\u2019aura aucun impact.Il faudrait plutôt intervenir dans l\u2019élimination de la protéine », fait remarquer Alan Evans.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 SCIENCES B 6 Alors que les mégadonnées accumulées au cours des dernières années commencent à révéler leurs multiples secrets grâce à l\u2019expertise de mathématiciens et d\u2019informaticiens, ainsi qu\u2019à la puissance de calcul des réseaux de superordinateurs du pays et d\u2019ailleurs, une nouvelle révolution pointe dans la recherche sur le cer veau.Et ce, grâce également à la mise en libre accès de ces mégadonnées et des outils mis au point pour les analyser.Fenêtre sur le cerveau Les mégadonnées sont à l\u2019origine d\u2019une nouvelle révolution en neurosciences PHOTOS INSTITUT ET HÔPITAL NEUROLOGIQUES DE MONTRÉAL Les chercheurs tentent de découvrir comment un cerveau sain se développe et comment il se transforme quand apparaît une maladie.« Montréal est désormais un centre mondial de stockage, de gestion, d\u2019analyse et de coordination des données sur le cerveau », résume Alan Evans, avant de souligner que l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal est aussi devenu un haut lieu de la « science ouverte » (open science ou en libre accès) et de partage des données.Vendredi, l\u2019Université McGill annonçait que la famille Larry et Judy Tanenbaum donnait 20 millions de dollars au Neuro pour créer l\u2019Institut de science ouverte Tanen- baum, qui aura pour mission de « faciliter le partage des données en neurosciences à travers le monde afin d\u2019accélérer les découvertes d\u2019agents thérapeutiques de pointe pour traiter les patients qui souffrent de maladies neurologiques ».« Une partie du don de la famille Tanenbaum servira à encourager d\u2019autres chercheurs et établissements canadiens à adopter un modèle de science ouverte », a précisé le Dr Guy Rouleau, directeur du Neuro.« Le mouvement \u201c science ouverte \u201d prend de l\u2019ampleur avec des initiatives mondiales en cours dans l\u2019Union européenne, au Japon et aux États- Unis.L\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal deviendra le premier institut universitaire au monde à adhérer pleinement à la science ouverte.L\u2019Institut de science ouverte Tanenbaum deviendra la référence mondiale de ce mouvement », a rappelé pour sa part la principale et vice- chancelière de l\u2019Université McGill, Suzanne Fortier.Science ouverte Alan C.Evans est professeur de neurologie, de neurochirurgie et de génie biomédical au Neuro, l\u2019Institut et hôpital neurologiques de Montréal."]
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