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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2016-12-24, Collections de BAnQ.

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[" Élisabeth Vallet Trump assainira-t-il Washington de ses lobbys?Page B 2 Guy Taillefer Les propos de Trump sur le nucléaire sont irresponsables Page B 4 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 D É C E M B R E 2 0 1 6 Idées Sous ses airs joyeux, la fête de Noël ne tait pas les tragédies de ce monde Page B 5 Chaque année, au moins une douzaine de Québécoises enceintes de plus de 24 semaines partent, avec leur ventre et leur passeport, se faire avorter dans une clinique américaine, car leur propre système de santé est incapable de leur fournir ce soin.AVOR TEMENTS TARDIFS Un accès parsemé d\u2019obstacles A M É L I E D A O U S T - B O I S V E R T I l est arrivé à quelques reprises au Dr Jean Gui- mond, qui coordonne les interruptions volontaires de grossesse (IVG) de troisième trimestre au CIUSSS du Centre-Sud, à Montréal, de devoir trouver un plan B pour une patiente qui ne pouvait pas voyager.Les circonstances sont toujours exceptionnelles, raconte- t-il.Nous en avons eu un exemple éloquent, cette semaine, alors qu\u2019une femme a confié au Devoir qu\u2019elle a dû recourir à un avocat, après que le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) eut refusé de pratiquer l\u2019avortement à la suite de l\u2019émission d\u2019un avis éthique.Les médecins avaient décelé dans son fœtus des anomalies probablement non létales.L\u2019établissement n\u2019a donc pas voulu procéder à l\u2019IVG, malgré les demandes répétées de la femme.Elle était dans l\u2019impossibilité de se rendre aux États- Unis.Elle a pu interrompre sa grossesse dans un autre hôpital grâce au soutien d\u2019un avocat et de médecins qui ont accepté de l\u2019aider.Un «blocage à tous les niveaux» Le Devoir a rencontré le Dr Jean Guimond dans son bureau du centre-ville de Montréal, plus tôt cette semaine.Il se scandalise du « blocage à tous les niveaux» qui empêche les femmes enceintes de plus de 24 semaines de recourir à une IVG au Québec.Et ce, malgré le fait qu\u2019au Canada, peu importe le stade ou la viabilité du fœtus, l\u2019avortement est un droit.« On pourrait absolument traiter ces cas au Québec», soutient le médecin, car l\u2019expertise existe bel et bien.Mais les pressions exercées pour ne pas que ces procédures se déroulent entre les murs des hôpitaux qui pourraient l\u2019of frir sont énormes.À son avis, il peut arriver que des hôpitaux acceptent « pour des raisons humanitaires ».« Mais ils ne vont pas le dire», ajoute-t-il.À quelques reprises au fil de sa carrière, il a donc dû venir en aide à des femmes qui voulaient interrompre leur grossesse à un stade avancé, alors qu\u2019un hôpital refusait de procéder et qu\u2019elles ne pouvaient pas voyager aux États-Unis.Complètement désespérée, une patiente s\u2019est même déjà présentée à son bureau après l\u2019avoir « googlé ».Heureusement, ces cas sont très rares, mais il raconte avoir chaque fois remué ciel et terre pour les aider, non sans s\u2019être attiré certaines foudres.De multiples raisons peuvent empêcher une femme de traverser la frontière américaine.Même si l \u2019âge pour consentir à des soins au Québec est de 14 ans, les mineures ont besoin de la signature de leurs deux parents aux douanes.Les femmes qui consomment de la drogue, qui ont des problèmes de santé mentale ou qui ont un casier judiciaire, celles dont le statut au Canada est complexe \u2014 illégales, réfugiées, immigrantes \u2014 font aussi face à une impossibilité de voyager ou risquent de subir des délais impor tants pour obtenir un visa.Il arrive aussi que des raisons médicales entrent en ligne de compte, comme un risque jugé élevé qu\u2019une césarienne soit nécessaire.Sans compter le stress auquel sont soumises les femmes dans les cliniques américaines, « où il y a toujours des manifestants », rappelle le Dr Guimond.En 2009, un médecin de la clinique du Kansas, le Dr George Tiller, a même été assassiné.«Ce n\u2019est pas parce que les femmes sont TOBIAS SCHWARZ AGENCE FRANCE-PRESSE Le maire de Berlin, Michael Müeller, la chancelière, Angela Merkel, le ministre de l\u2019Intérieur, Thomas de Maizière, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et le sénateur berlinois de l\u2019Intérieur, Andreas Geisel, déposent des fleurs à un mémorial dressé à la suite de l\u2019attentat commis à Berlin, le 19 décembre, alors qu\u2019une pancarte indique «Berlin frappée en son cœur».Une procédure rare 25 000 interruptions volontaires de grossesse ont eu lieu au Québec en 2014, selon les plus récentes données rendues publiques par l\u2019Institut de la statistique du Québec (ISQ).Le taux d\u2019IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 44 ans est en baisse : il est passé de 19 en 2004 à 16 en 2014.Environ 92% des IVG surviennent au premier trimestre de grossesse.Cette procédure est accessible dans toutes les régions du Québec.Quelque 2000 IVG pratiquées à plus de 14 semaines de grossesse surviennent chaque année au Québec, soit environ 8 %, selon le plus récent portrait dressé par le Conseil du statut de la femme, lequel remonte tout de même à 2007.Trois régions offrent ce soin : Québec, Montréal et Sherbrooke, et ce, jusqu\u2019à 21 à 23 semaines de gestation, selon l\u2019établissement.Le CLSC des Faubourgs, à Montréal, a pour mandat les IVG entre 20 et 24 semaines.Très peu d\u2019avortements ont lieu au troisième trimestre.Le CIUSSS du Centre-Sud de l\u2019île de Montréal, où les patientes doivent être dirigées, envoie chaque année entre 12 et 24 femmes dans des cliniques américaines, aux frais du gouvernement du Québec.C\u2019est moins d\u2019une IVG sur 1000.VOIR PAGE B 2 : ACCÈS ATTENTAT À BERLIN Prudence et conséquences L\u2019Allemagne et l\u2019Europe après l\u2019attentat au marché de Noël P R O P O S R E C U E I L L I S P A R S T É P H A N E B A I L L A R G E O N Avez-vous été surpris en apprenant l\u2019attaque du marché de Noël, lundi soir?J\u2019étais à la maison au moment de l\u2019attaque.J\u2019ai bien sûr été surpris.En même temps, ça ne pouvait pas être si étonnant, puisqu\u2019il est évident depuis des années que l \u2019Allemagne est une cible pour le groupe État islamique.L\u2019Allemagne fait partie de la coalition des pays engagés contre ce groupe et a soutenu les interventions militaires en Afghanistan et en Irak.C\u2019était donc clair pour nous que l \u2019État islamique cherchait à recruter des combattants pouvant frapper sur notre territoire.C\u2019était aussi clair que ce recrutement semblait plus dif ficile que dans certains autres pays de l\u2019Europe.Le groupe a plus facilement trouvé des membres en France et en Belgique.Pourquoi?On ne le sait pas précisément.On sait, par contre, qu\u2019il y a relativement plus de djihadistes en France et en Belgique.On croit que les personnes allemandes qui sympathisent avec l\u2019idéologie djihadiste semblent moins enclines à par ticiper à des at- taques-suicides.Après l\u2019attaque à Berlin perpétrée par Anis Amri, des raids de police ont été organisés dans plusieurs villes du pays.Il y aurait donc un réseau djihadiste en Allemagne?C\u2019est un peu dif ficile de juger cette situation.Bien sûr, les djihadistes tentent de recruter leurs partisans parmi les adeptes du salaf isme [une mouvance intégriste dont une branche prône la lutte armée et les attentats- suicides].Mais ce n\u2019est pas vrai que tous les salafistes deviennent des djihadistes.En Allemagne, il semble établi que nous avons environ 9000 personnes supposées appartenir au mouvement sa- lafiste.La police et d\u2019autres exper ts pensent que seulement environ 500 ou 600 d\u2019entre elles seraient prêtes à utiliser la violence.En allemand, on les appelle les Ge- fährder [perturbateurs].Les services secrets et la police les surveillent.Anis Amri était fiché.Il a été épié pendant des mois.Des critiques parlent d\u2019une faute du système qui l\u2019a laissé filer.Qu\u2019en pensez-vous?Les services américains et la police allemande le connaissaient.Ils l \u2019ont en quelque sor te échappé dans les dernières semaines.Ça ressemble bien sûr à un échec.Mais c\u2019est très difficile de toujours savoir où sont ces personnes.La police allemande a-t-elle les outils juridiques pour faire ce travail de surveillance et de prévention?Il faut un mandat délivré par un juge pour pouvoir espionner une personne soupçonnée.Il y a eu un important débat en Allemagne autour de la question des mandats de sur veil- lance et de la définition de ce qui constitue un soupçon clair.Les partis conservateurs veulent assouplir les règles de surveillance, ce que refusent les autres partis.La Bundesverfas- sungsgericht [la cour constitutionnelle fédérale] joue un rôle important dans ce débat.Elle n\u2019autorise pas la surveillance sans de sérieux soupçons.On apprend aussi que le suspect, abattu en Italie, un jeune délinquant immigré de la Tunisie, a peut-être été radicalisé dans les prisons italiennes où il a passé quatre années.N\u2019est- ce pas un pattern courant, les prisons servant d\u2019écoles du dji- hadisme, et comment pourrait- on couper ce lien néfaste?En fait, les recherches sur le terrorisme ne disent pas clairement qu\u2019il existe un tel pattern.En général, les terroristes et les djihadistes semblent être des gens ordinaires sans parcours particulier.Mais certains chercheurs pensent en effet qu\u2019il y a des liens entre les jeunes hommes recrutés en Europe et la criminalité délinquante.Anis Amri était originaire de la Tunisie et ne provenait donc pas de la Syrie comme des centaines de milliers de migrants récents en Allemagne.Cette origine va-t-elle en partie teinter l\u2019analyse et les conséquences politiques de l\u2019attentat à Berlin?L\u2019attaque date de lundi.C\u2019est dif ficile de prévoir ses conséquences.Personnellement, j\u2019ai été un peu surpris par la réaction, disons, assez pr udente de la société allemande, mais aussi de la classe politique.Évidemment, les Le professeur Sebastian Lange enseigne en sciences politiques à l\u2019Université Humboldt à Berlin.Il est un spécialiste du terrorisme international et du djihadisme en particulier.Le Devoir l\u2019a rejoint dans la capitale allemande.VOIR PAGE B 3 : BERLIN L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 D É C E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 I l est temps, clamait le candidat Trump il y a seulement quelques semaines, de «drainer le marécage [drain the swamp] ».Il reprenait ainsi une métaphore toute washingto- nienne, pourtant fausse, voulant que la capitale ait été construite sur un marécage.Mais voilà, Trump n\u2019est pas encore au milieu du gué que même son camp commence à douter que le marais soit un jour expurgé de la malaria.Comme Newt Gingrich l\u2019a laissé entendre il y a trois jours (pour se rétracter le lendemain, il est vrai), on est loin, au vu des nominations en cours, de purger le marais des lobbys et des intérêts particuliers.Il est difficile, disait le président Reagan en 1983, « lorsqu\u2019on est pris au milieu des alligators, de se souvenir que l\u2019objectif premier était d\u2019assécher l\u2019étang boueux ».Barack Obama a tenté de le faire en limitant par décret l\u2019existence de portes tournantes entre le gouvernement et les lobbys \u2014 il a partiellement échoué.La faute en partie au spoils system, selon lequel « les dépouilles appar tiennent au vainqueur ».Ainsi, 4100 personnes doivent être nommées par le nouveau gouvernement en place pour mener les agences, bureaucraties et ministères.Parmi elles, 1212 \u2014 secrétaires ministériels et leurs adjoints, dirigeants de la plupart des agences gouvernementales, ambassadeurs, etc.\u2014 doivent être auditionnées au Sénat et soumises à une vérification des potentiels conflits d\u2019intérêts et antécédents à des fins de sécurité nationale.Et ces nominations sont un indicateur des orientations du nouveau gouvernement, qui a donc plus de 70 jours pour mettre en place une structure opérationnelle, à laquelle cela prendra au moins six mois avant de pourvoir tous les postes.D\u2019ores et déjà, le président, qui va entrer en fonction dans un mois, a nommé au sein de son cabinet trois personnes sans expérience (parmi lesquelles Ben Carson), une poignée de politiciens (dont les deux tiers viennent du Dixieland), quatre militaires.Outre deux anciens lobbyistes, il a nommé huit présidents de grandes entreprises : deux ont des liens avec Goldman Sachs, trois ont fait leur fortune avec la crise \u2014 des fonds d\u2019investissement spéculatifs à la restructuration d\u2019entreprises en faillite, ou encore aux saisies de maison à cadence quasi industrielle.Tous sont des conservateurs fiscaux, certains opposés à la hausse du salaire minimum, partisans de la réduction des services sociaux de base et de la fin de l\u2019assurance maladie telle que mise en place par Obama- care, parfois préférant les robots aux travailleurs, niant l\u2019existence de changements climatiques, ou proches \u2014 très proches \u2014 de l\u2019industrie pétrolière.Force d\u2019inertie Or, pendant ce temps, la vie continue à Washington.Et c\u2019est peut-être là où le nouveau gouvernement va trouver le temps long.En effet, les agences et la bureaucratie fédérales jouent un rôle déterminant dans la production de normes qui encadrent et définissent la structure de la gouvernance.Elles représentent 4 millions de personnes dont le cœur ne va pas à Trump, comme en témoignent les résultats électoraux dans la capitale et sa couronne.Cela ne veut pas dire que les bureaucraties ne travailleront pas avec le nouveau gouvernement, mais cela peut induire une force d\u2019inertie plus grande, notamment si la transition est mal gérée.Et des transitions chaotiques peuvent mener à des désastres.La FEMA, menée par un administrateur inexpérimenté comme Michael Brown, avait encore, à la veille de l\u2019ouragan Katrina, qu\u2019elle a géré de manière catastrophique, 17 postes politiques non pourvus.Sous le gouvernement transitoire de Trump, le questionnaire envoyé aux administrateurs du département de l\u2019Énergie demandait la liste des employés et sous-traitants ayant participé à des programmes liés aux changements climatiques ou à la réduction de l\u2019empreinte carbone et leurs contributions à des sites Web liés à ces questions.Le département a répondu qu\u2019il ne disposait pas de ce type d\u2019information, mais le dommage est déjà fait : le sentiment qu\u2019il y a désormais une chasse aux sorcières est là.Les médias ne s\u2019y trompent d\u2019ailleurs pas : le Washington Post et le New York Times mettent déjà des lignes à l\u2019eau, comme au temps de Nixon, car la fuite est un mode de communication classique à Washington, par ticulièrement lorsque les dissidences ne peuvent trouver de voie bureaucratique.Alors que ce sont souvent les outsiders qui affirment la nécessité d\u2019affranchir le gouvernement des lobbys et des conflits d\u2019intérêts, ils finissent toujours en alligators eux-mêmes une fois au sommet de la chaîne alimentaire.On peine donc à voir en quoi l\u2019électeur de cette fameuse classe moyenne blanche du Midwest va y trouver son compte.Les 17 membres du cabinet de Trump pèsent 9,5 milliards de dollars, soit l\u2019équivalent des 43 millions de foyers américains les plus pauvres.Ils appartiennent à une élite économique dont les ramifications s\u2019étendent dans des think tanks conservateurs et li- bertariens bien établis, comme l\u2019American Enterprise Institute ou la Heritage Foundation, et dont les membres commencent déjà à infiltrer le gouvernement en place.Le marais n\u2019est pas moins boueux en cette veillée de Noël.L\u2019apprentissage du nouveau président ne fait que commencer.ÉTATS-UNIS La malaria de Washington ÉLISABETH VALLET N I C O L A S M I L E T I T C H à Moscou V ingt-cinq ans après la fin de l\u2019URSS, une grande partie de la population russe regrette la chute de l\u2019empire, un sentiment entretenu par le Kremlin, qui s\u2019emploie depuis des années à réhabiliter le passé soviétique.À la question « Regrettez-vous la chute de l\u2019URSS ?», 56 % des personnes interrogées répondent oui, 28 % disent non et 16 % ne se prononcent pas, selon un sondage réalisé en novembre par l\u2019institut indépendant Levada.«Le souvenir des pénuries et de la pauvreté a disparu chez les personnes âgées.Et l\u2019image idéalisée de l\u2019époque soviétique sert de comparaison pour critiquer la situation actuelle », relève le directeur du centre Levada, Lev Goudkov.La jeune génération, elle, a du mal à se faire une idée de ce qu\u2019était l\u2019Union des républiques socialistes soviétiques, dirigée pendant plus de 70 ans par un parti unique (le Parti communiste) à l\u2019idéologie marxiste-léniniste, sans liberté politique ou religieuse, avec une répression qui a fait des millions de morts, fusillés, envoyés au Goulag ou exterminés par la faim.« Les jeunes disposent d\u2019une image très empreinte de nostalgie, transmise par l\u2019ancienne génération ou des clichés idéologiques véhiculés par la télévision», regrette Lev Goudkov.Une expérimentation sociale Que penser de l\u2019URSS 25 ans après sa fin?Dmitri Kisselev, le patron du groupe de presse d\u2019État Rossia Segodnia, a donné le ton, à la mi-décembre, sur TV Rossia 24: «Le but était de réaliser le paradis sur Terre.On a réussi à faire beaucoup.» Il s\u2019agissait d\u2019une « expérimentation sociale grandiose », a-t-il ajouté dans un reportage intitulé L\u2019expérience bénéfique de l\u2019URSS.À la télévision comme au cinéma, de nombreux films donnent une image positive de l\u2019Union soviétique, que ce soient des documentaires consacrés aux anciens dirigeants Leonid Brejnev et Iouri Andropov ou une série qui passe actuellement sur la première chaîne, Une passion secrète, où les agents du KGB chargés de traquer les dissidents sont présentés sous un jour favorable.À l\u2019opposé, ceux qui s\u2019occupent aujourd\u2019hui des pages sombres de ce « passé lointain », comme l\u2019ONG Memorial, qui étudie les répressions sous le régime soviétique, de 1917 à 1991, sont régulièrement accusés de se livrer à des activités «non patriotiques».Mais pourquoi le Kremlin s\u2019appuie-t-il sur le passé soviétique ?D\u2019une part, le sentiment que la Russie a, par essence, vocation à être un empire est toujours vivace dans la population.D\u2019autre part, en entretenant le « mythe soviétique », les autorités espèrent «opposer la Russie au reste du monde» pour mieux justifier sa politique de « citadelle assiégée », estime l\u2019historien Nikita Petrov, de l\u2019ONG Memorial.Les relations délétères entre Moscou et Occidentaux, notamment dans les dossiers syrien et ukrainien, ravivent aussi le souvenir des années de confrontation entre l\u2019URSS et les pays de l\u2019OTAN, ce qui renforce l\u2019idée d\u2019une opposition naturelle entre les deux camps.Jamais depuis la dislocation de l\u2019Union soviétique Russes, Américains et Européens n\u2019ont-ils autant parlé d\u2019une nouvelle guerre froide.L\u2019URSS a cessé d\u2019exister et le communisme n\u2019est plus l\u2019idéologie officielle, mais des milliers de rues et de monuments honorent toujours en Russie la mémoire des bolcheviks, à commencer par Lénine.Le corps embaumé du chef de la révolution de 1917 et fondateur de l\u2019État soviétique repose encore aujourd\u2019hui dans son mausolée sur la place Rouge, devant les murailles du Kremlin, à quelques mètres de la tombe de Staline.« En gardant la symbolique de l\u2019époque soviétique et en laissant Staline et Lénine sur la place Rouge, les autorités veulent créer un lien allant des princes russes jusqu\u2019au secrétaire général du Par ti communiste de l\u2019URSS pour dire qu\u2019il s\u2019agit toujours de la même Russie sous des incarnations différentes », estime Nikita Petrov.Le politologue pro-Kremlin Dmitri Orlov rejette cette vision des choses : «Les autorités ne cherchent pas à réhabiliter l\u2019URSS.Lénine et Staline sur la place Rouge, c\u2019est un fait sans importance.Pour la jeune génération, le mausolée, c\u2019est comme les pyramides égyptiennes, un passé lointain.» En 2005, Vladimir Poutine avait résumé son credo : «La chute de l\u2019URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle.» Peu après, il avait ajouté : «Celui qui ne regrette pas la chute de l\u2019Union soviétique n\u2019a pas de cœur.Et celui qui veut la reconstituer n\u2019a pas de cerveau.» Agence France-Presse RUSSIE La nostalgie de l\u2019URSS se porte bien prêtes à aller aux États-Unis qu\u2019il est moral de les y envoyer», déplore-t-il.Critères américains Mais comment les hôpitaux arrivent-ils à un refus, malgré l\u2019état du droit ?« Ils appliquent le critère de viabilité du fœtus, qui n\u2019a aucun fondement juridique au Canada », reproche justement le Dr Guimond aux hôpitaux.Certains établissements associent des comités et des intervenants en éthique à la décision.Cela rappelle les défunts Comités d\u2019avortement thérapeutique, invalidés par l\u2019arrêt Morgenta- ler, rappelle le secrétaire du Collège des médecins du Québec, le Dr Yves Robert, interrogé plus tôt cette semaine.« Ces comités se permettent de juger au nom des femmes ce qui est bien ou mal, comme s\u2019ils avaient remplacé la religion catholique », déplore Louise Langevin, professeure de droit à l\u2019Université Laval.Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit des patients, estime que de nombreux médecins et hôpitaux « s\u2019inspirent fautivement du droit américain».L\u2019arrêt Roe c.Wade, rendu par la Cour suprême américaine en 1973, stipule que, après 20 semaines de grossesse, l\u2019avortement est acceptable seulement si la vie et la santé de la mère sont en danger, si le fœtus por te de graves anomalies ou si la grossesse résulte d\u2019une agression sexuelle.«Les médecins ont le droit de refuser de procéder personnellement à l\u2019intervention, mais l\u2019établissement de santé est tenu de respecter la loi canadienne», soutient Me Ménard.Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lui a donné raison cette semaine, mais il maintient que c\u2019est faute de médecins prêts à faire des avortements tardifs que les femmes doivent être envoyées aux États-Unis.Le dépistage de la trisomie 21 est un programme gouvernemental et il mène, en cas de diagnostic positif, à une IVG dans 90 % des cas.La plupart du temps, il ne s\u2019agit pas non plus d\u2019une condition létale, mais des parents ont déploré dans les médias s\u2019être sentis poussés à l\u2019IVG après un diagnostic de trisomie 21.L\u2019intervention a toutefois le plus souvent lieu lors du deuxième trimestre de grossesse, avant que le fœtus ne soit viable.Pratiques différentes selon l\u2019hôpital Tous les hôpitaux n\u2019associent pas éthiciens ou comité d\u2019éthique à la décision de procéder ou non à un avortement.Au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), où on pratique des IVG jusqu\u2019à 20 semaines de grossesse, la rencontre préparatoire réunit un médecin, une infirmière et une travailleuse sociale.«Ce n\u2019est pas du tout un comité éthique, explique la responsable des communications, Pascale Saint-Pierre.On rencontre la femme pour une évaluation médicale et psychosociale, on s\u2019assure de lui donner le plus d\u2019informations possible.» Lorsque le Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) est confronté à une demande d\u2019avortement tardif, « toutes les considérations, cliniques, éthiques et même juridiques, sont prises en compte », précise Joëlle Lachapelle, conseillère en communications.Elle assure que, «ultimement, c\u2019est une décision qui se prend entre la femme, le couple et leur médecin».Au CHU Sainte-Justine, l\u2019unité d\u2019éthique participe à l\u2019évaluation des demandes, indique celui qui la préside, le Dr Antoine Payot, mais la décision appartient à la dyade médecin-patiente, as- sure-t-il.En 2007, le comité de bioéthique de l\u2019hôpital a publié un avis qui recommande que l\u2019établissement ne procède à des avortements de troisième trimestre que lorsqu\u2019« il existe une forte probabilité que l\u2019enfant à naître soit atteint d\u2019une anomalie fœtale grave, reconnue comme incurable au moment du diagnostic».Le Dr Payot, qui a participé à la rédaction de cet avis, estime que l\u2019avor tement tardif est bien dif férent de celui qui sur vient plus tôt dans la grossesse.« Il y a mise à mort du fœ- tus », dit-il en référence à l\u2019injection faite à ce dernier afin d\u2019éviter une naissance vivante.« C\u2019est un geste qui n\u2019est pas banal », ajoute-t-il.« C\u2019est très paradoxal pour un obstétricien de faire un fœticide pour un fœtus Y et, pour une même pathologie, de donner des soins à un fœ- tus X » une fois né, soutient-il.«Une dynamique morale différente» Sous le gouvernement Harper, plusieurs projets de loi d\u2019intérêt privé ont tenté de limiter l\u2019accès à l\u2019avortement après 20 semaines de grossesse ou de donner une personnalité juridique au fœtus, mais chaque fois sans succès.Le Dr Antoine Payot estime que certaines balises devraient être établies.« Je pense que ce serait intéressant de [se demander] si on veut traiter ces IVG de façon différente», affirme-t-il, sans s\u2019avancer à dire si cela doit passer par une loi ou des lignes directrices cliniques.«C\u2019est dommage de [réduire la question] à des dimensions de droit ou d\u2019absence de droit, dit-il, alors que, dans l\u2019interruption tardive, on est dans une dynamique morale totalement dif fé- rente.[Nous avons] une femme qui veut un enfant et qui, lorsqu\u2019il y a annonce du diagnostic, ne veut plus cet enfant-là.Ça, d\u2019un point de vue moral, ça se réfléchit d\u2019une manière totalement dif férente », soutient-il, de l\u2019avortement au premier trimestre d\u2019une grossesse non désirée.Il croit que, dans certains cas, quand le fœtus n\u2019est pas viable, offrir des soins palliatifs à la naissance est une solution de rechange à l\u2019avortement qui doit être proposée aux parents.L\u2019éthique comme espace de réflexion Les éthiciens à qui Le Devoir a parlé soutiennent aussi que l\u2019éthique ne s\u2019arrête pas là où la justice a tranché et revendiquent le droit de réfléchir à la question des avortements tardifs.«Dire qu\u2019il n\u2019y a rien au-dessus de la loi, c\u2019est faux », s\u2019exclame Ravitsky Vardit.Professeure de bioéthique à l\u2019Université de Montréal, dont les projets de recherche abordent la périnata- lité, elle rappelle que «des lois autorisent parfois des actes non éthiques.Les lois, comme les normes éthiques, sont en évolution et il arrive qu\u2019il y ait un écart.» Elle se dit la plus « féministe » et « pro-choix qu\u2019on puisse imaginer ».Pourtant, le débat sur l\u2019avortement après le seuil de viabilité du fœtus doit se poursuivre, croit-elle.«D\u2019un point de vue éthique, c\u2019est complexe, explique-t-elle.Pour les médecins, ça crée une détresse morale profonde.La médecine se bat pour sauver la vie de grands prématurés dont l\u2019âge gestationnel est le même que celui de ces fœtus.Donc, cet acte de fœticide peut être horrifiant pour un médecin.» Alors qu\u2019on peut difficilement justifier de forcer «une femme à avoir un enfant qu\u2019elle ne souhaite pas», il y a un conflit de valeurs.«Même si le Collège des médecins arrivait avec des balises claires, une femme pourrait toujours les contester en cour», soutient-elle.Pour Emmanuelle Marceau, qui, entre autres, donne un cours sur la bioéthique et le droit à l\u2019Université de Montréal, « un bon éthicien ne dicte pas la morale, il soulève des questionnements, éclaire des pistes de solution pour trouver des avenues qui valorisent la dignité de la personne», explique-t-elle.Alors qu\u2019ouvrir la «boîte de Pandore de la législation de l\u2019avortement » n\u2019est peut-être pas une avenue souhaitable, laisser de l\u2019espace à l\u2019éthique est une avenue intéressante, croit-elle.«Le droit n\u2019est pas incompatible avec des lignes directrices qui tiendraient compte de l\u2019éthique.C\u2019est un mode de régulation qui est plus souple.» Louise Desmarais, militante féministe, au- teure d\u2019un livre sur l\u2019histoire de l\u2019avortement au Québec et membre du conseil d\u2019administration de la Fédération québécoise pour le planning des naissances, demande que le respect de la « liberté des femmes » prime en toutes choses.«Une femme prend ses décisions pour des raisons qui lui sont propres.Personne ne doit s\u2019imposer comme les tenants de la morale au détriment de sa liberté.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 ACCÈS Les trois grandes phases de la chute de l\u2019URSS (1985-1991) Mikhaïl Gorbatchev devient, en mars 1985, le numéro un soviétique.Cet apparatchik engage un vaste plan de réformes, la perestroïka, pour sauver une économie secouée par la chute des prix pétroliers, la pénurie chronique de biens de consommation et une dette d\u2019État croissante.En mai 1989, la Hongrie ouvre sa frontière avec l\u2019Autriche, première brèche dans le rideau de fer.En juin, en Pologne, le syndicat anticommuniste Solidarnosc met fin à l\u2019hégémonie du PC.Gor- batchev laisse faire.À l\u2019automne, les régimes communistes de l\u2019Europe orientale tombent un à un et Moscou n\u2019intervient toujours pas.Le 9 novembre, le mur de Berlin s\u2019effondre, puis en décembre la Tchécoslovaquie fait sa Révolution de velours et la Roumanie exécute son dirigeant stalinien, Nicolae Ceausescu.Le bloc socialiste n\u2019est plus.En 1990, des républiques de l\u2019URSS manifestent leurs velléités d\u2019autonomie.En juin, la Russie, la plus grande d\u2019entre elles, proclame sa souveraineté sous l\u2019impulsion de Boris Eltsine, grand adversaire politique de Gorbatchev.En mars 1990, la Lituanie proclame son indépendance.En janvier 1991, les troupes soviétiques interviennent, mais finissent par se retirer.Moscou a perdu.Gorbatchev négocie un nouveau traité pour sauver l\u2019URSS, mais, le 19 août, des conservateurs communistes fomentent un putsch.Le coup d\u2019État échoue.Neuf républiques soviétiques proclament leur indépendance en août et septembre.Le 8 décembre, les dirigeants russe, ukrainien et bélarusse signent un traité mettant fin à l\u2019URSS.Le 25 décembre, le président de l\u2019Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, démissionne.ALEXANDER NEMENOV AGENCE FRANCE-PRESSE Des journaux communistes sont encore vendus dans les rues de Moscou. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 D É C E M B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 politique.Évidemment, les ailes de la droite radicale c o m m e l \u2019 A l t e r n a t i v e f ü r Deutschland (AfD) ou encore la CSU (l\u2019Union sociale-chré- tienne, en Bavière), membre de la coalition gouvernementale, vont tenter d\u2019instrumenta- liser l\u2019attaque.Mais, en général, la chancelière et le ministre de l\u2019Intérieur, comme les médias et la société, réagissent de manière prudente.Pourquoi dites-vous que cette réaction est prudente?Je crois que les gens ont conscience que la solution de rechange insensée serait de réagir trop for tement, avec des déclarations stupides.Il y a déjà eu de plus petites attaques en Allemagne de la part de loups solitaires.Nous avons vu les attentats en Europe, en Belgique, en France, en Espagne ou en Grande-Bre- tagne.Les voisins ont été touchés et nous savions que nous pourrions l\u2019être à notre tour.Il est important de comprendre la stratégie djihadiste et particulièrement celle du groupe État islamique, pour y faire face.C\u2019est écrit explicitement dans les documents produits par cette organisation : elle veut forcer nos sociétés à discriminer les minorités musulmanes ou réfugiées.Je suis donc positivement surpris de voir que la chancelière et la société allemande en général ne jouent pas ce jeu, avec leurs déclarations posées.Vous les opposez à quelles autres rhétoriques politiques?Je critiquerais le président François Hollande pour ses choix de mots, ses métaphores guerrières.Il répète constamment que la France est en guerre.Il me semblerait plus juste de parler de criminalité politique, par exemple.Si vous parlez de guerre, vous adoptez le point de vue de l\u2019État islamique, ce qui devient une bonne nouvelle pour ce groupe terroriste de se savoir en guerre contre un grand État comme la France, par exemple pour recruter de nouveaux combattants.La chancelière Merkel a parlé d\u2019attaque terroriste.Forger un autre terme n\u2019aurait pas vraiment de sens.Maintenant, il faut contextualiser cette attaque terroriste, la comprendre, expliquer pourquoi l\u2019Allemagne est prise pour cible.Quelle sera la conséquence pour la chancelière et la coalition au pouvoir?Nous avons déjà connu un long débat controversé autour de l\u2019immigration.Je ne pense donc pas que l\u2019attaque à Berlin va imposer un tournant majeur dans la sphère politique.Ce qui n\u2019empêche pas les conflits, au sein même de la coalition, entre les conservateurs de la CDU (Union démocrate-chrétienne) et de la CSU.Ces conflits vont perdurer jusqu\u2019aux élections prévues l\u2019an prochain.Il semble tout aussi clair que l\u2019AfD, crédité de 20 % des voix, va tenter de tirer profit de la situation.Je pense que les 80 % restant aux autres partis, relativement stables sur leurs bases, vont faire front commun d\u2019une manière ou d\u2019une autre.En fait, nous devrions avoir la même coalition au pouvoir après les élections fédérales allemandes en août et en octobre 2017.L\u2019attentat aura-t-il des répercussions politiques en Europe, par exemple sur la prochaine élection présidentielle française en avril et en mai?L\u2019élection en France sera beaucoup plus impor tante l\u2019an prochain.Nous n\u2019avions pas envisagé la sor tie du Royaume-Uni de l \u2019Europe.Nous n\u2019avions pas vu venir la victoire de Trump aux États- Unis.Il devient donc réellement possible que Marine Le Pen et le Front national remportent l\u2019élection en France.La situation serait alors fondamentalement transformée en Europe.Tout le projet d \u2019une un ion eur opéenne pourrait s\u2019effondrer.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 BERLIN C\u2019est devenu une sorte de rituel.Après chaque attentat, les gens de partout dans le monde se tournent vers Facebook, Twitter et d\u2019autres réseaux sociaux pour évacuer leur peur, leur dégoût ou même leur haine.Pour vivre leur deuil, en fait.Le rituel s\u2019est répété après l\u2019attaque au camion survenue cette semaine à Berlin.Les mots-clics #prayforberlin ou encore #ichbineinberliner (je suis un Berlinois), lancé par John F.Kennedy en 1963, ont servi de point de ralliement aux commentaires sur l\u2019attentat.Des internautes ont remplacé leur photo par un drapeau de l\u2019Allemagne.La vigile aux chandelles, la cérémonie religieuse et les visites de dirigeants politiques sur les lieux du drame complètent le rituel du deuil mondial après tout attentat, notamment après celui qui a visé Charlie Hebdo, à Paris, en janvier 2015.Un nouveau rituel pour le XXIe siècle ?Pas nécessairement, estime Martine Roberge, pro- fesseure d\u2019ethnologie au Département des sciences historiques de l\u2019Université Laval.Les soi-disant «nouveaux rites» sont souvent de vieux rites recyclés, souligne-t-elle.«Les gens vivent leur deuil en communiquant par les réseaux sociaux, explique la spécialiste.Par définition, le rite est collectif et public.Les gens se disent : \u201cÇa aurait pu être nous.\u201d Le rite permet un temps d\u2019arrêt pour aider à comprendre l\u2019incompréhensible.Il apporte une forme d\u2019apaisement.On voit que ce rite se multiplie, parce que les attentats se multiplient.» Marco Fortier Rituels post-attentats GEORGE OURFALIAN AGENCE FRANCE-PRESSE Un homme marche dans Salaheddin, à Alep, zone anciennement détenue par les rebelles syriens, le 23 décembre, quelques jours après la reprise de la ville par les forces gouvernementales.B E N J A M I N B A R T H E D éluge de critiques, bagarres sur les réseaux sociaux, claquements de portes : au lendemain de la chute d\u2019Alep \u2014 l\u2019armée syrienne a annoncé jeudi avoir repris le contrôle total de la ville \u2014 l\u2019opposition syrienne semble plus que jamais en proie aux doutes et aux divisions.«On est totalement dépassé par les événe- ments.Tout le monde est frustré, démoralisé, révolté », confie Abdel Ahad Steifo, le vice-président de la Coalition nationale syrienne (CNS), le principal rassemblement anti-Assad, basé à Istanbul, qui fut longtemps l\u2019interlocuteur privilégié des capitales arabes et occidentales.Spectateurs impuissants de la déroute des rebelles, les dissidents s\u2019écharpent sur les causes de ce qui est, à ce jour, leur plus grand revers, politique et militaire.Dans une « lettre d\u2019excuses au peuple syrien», publiée par le site d\u2019information Al-Arabi Al-Jedid, Samar Massalmeh, une dirigeante de la CNS, stigmatise une organisation « statique, sans âme, manquant d\u2019initiative », qui a été « incapable de s\u2019implanter dans les territoires libérés ».«La réalité de la Coalition est qu\u2019elle est faible, que sa représentativité est limitée [\u2026] et qu\u2019une partie de ses membres se sont transformés en employés de tel ou tel État », écrit l\u2019opposante, en référence au poids de certains États arabes, comme le Qatar et l\u2019Arabie saoudite, dans son fonctionnement.Inventaire « On a beaucoup trop laissé de champ sur le terrain aux salafistes et aux djihadistes, alors que, on le voit, ces gens qui ont kidnappé la révolution sont aussi incapables de mener une guerre, renchérit M.Steifo, dans une allusion aux groupes armés radicaux, dominants au sein de l\u2019insurrection.On s\u2019est trop reposé aussi sur nos alliés, qui n\u2019ont rien fait au moment où l\u2019on avait le plus besoin d\u2019eux, ajoute l\u2019opposant, incriminant à mots couverts les États-Unis et les puissances européennes, qui ont multiplié les déclarations outragées mais vaines, et les monarchies du Golfe, notoirement silencieuses durant l\u2019écrasement final des quar tiers rebelles.On essaie de dresser un inventaire, pour présenter une nouvelle stratégie.» Le fiasco d\u2019Alep affecte aussi le Haut Comité des négociations (HCN), le bras diplomatique de l\u2019opposition, associé aux négociations qui se sont tenues en début d\u2019année à Genève, sous l\u2019égide des Nations unies, et dont la CNS est l\u2019une des composantes, aux côtés d\u2019autres courants de l\u2019opposition et de représentants des groupes armés.«Tous ces corps ont perdu beaucoup de crédit, l\u2019impression se répand qu\u2019ils ne servent à rien, avance Samir Aita, un indépendant.Il y a beaucoup d\u2019expectative, d\u2019appels à former quelque chose de nouveau.» Le besoin d\u2019introspection et de restructuration se fait d\u2019autant plus sentir que la montée en puissance de la Russie, le grand vainqueur de la bataille d\u2019Alep, et la volonté affichée de Donald Trump, le futur locataire de la Maison-Blanche, de se rapprocher du président russe, Vladimir Poutine, font peser sur le HCN et la CNS un risque croissant de marginalisation.Décidé à transformer sa victoire militaire en percée politique, le Kremlin s\u2019est mis en tête d\u2019organiser des négociations intersyriennes à Astana, la capitale du Kazakhstan.Sans en référer ni au HCN, ni à Staffan de Mistura, l\u2019envoyé spécial de l\u2019ONU pour la Syrie, maître de cérémonie des précédents pourparlers.Selon l\u2019opposant Qadri Jamil, un ancien vice- premier ministre en exil à Moscou, qui incarne un courant beaucoup moins critique du régime syrien que la CNS, ces discussions pourraient se tenir durant la seconde moitié du mois de janvier.À Moscou, mardi 20 décembre, sous le regard de ses homologues turc et iranien, avec lesquels il entend former une troïka, le ministre r usse des Af faires étrangères, Sergueï Lavrov, s\u2019était efforcé de dresser l\u2019acte de décès du processus de Genève et de se poser en nouveau faiseur de paix.Sans un mot pour les textes de référence des précédentes négociations, comme la résolution 2254, qui élabore les contours d\u2019une transition politique.Multiplication des interlocuteurs En vue des discussions à Astana, les émissaires de Moscou multiplient les contacts au sein de tous les courants anti-Assad.«Les Russes ne sont pas comme les Iraniens, ils ne croient pas que Bachar al-Assad puisse redevenir un jour le président de tous les Syriens, expose Sinan Hata- het, un analyste proche de l\u2019opposition, régulièrement consulté par des envoyés du Kremlin.Aux opposants, ils disent la chose suivante : \u201cSi vous reconnaissez la souveraineté de l\u2019État et la légitimité de Bachar, alors nous vous aiderons à vous constituer en solution de rechange et à gagner les élections.\u201d Ils cherchent des gens susceptibles de cautionner un tel processus, un profil à la Qadri Jamil, mais avec plus de légitimité.» Inquiet de perdre son monopole sur les négociations et persuadé que le président Assad n\u2019acceptera jamais de céder le pouvoir de lui- même, le HCN tente de faire barrage aux ma- nœuvres de Moscou.«La Russie et l\u2019Iran s\u2019efforcent de minimiser le rôle des Nations unies et de prolonger la souf france du peuple syrien », a accusé Salem al-Meslet, un porte-parole du HCN.Ses membres ont été rassurés par la rapide réaction de Staffan de Mistura, qui, en fixant la reprise des négociations de Genève au 8 février, s\u2019est ef forcé de préempter le résultat d\u2019une éventuelle réunion à Astana.« Il y a beaucoup de bluf f dans la position russe, estime l\u2019opposante Bassma Kodmani, qui a participé aux pourparlers tenus au mois de mars.La déclaration du sommet tripartite de Moscou est très vague.Cela atteste des désaccords entre les trois pays.Sans référence à la résolution 2254, ils ne pourront pas faire venir l\u2019opposition à Astana.» Le succès de l\u2019initiative russe dépendra en grande partie de l\u2019attitude de la Turquie, qui entretient des relations étroites avec l\u2019opposition, tant politique que militaire.«On a vu, pendant l\u2019évacuation d\u2019Alep, qu\u2019Ankara a fait pression sur les rebelles, notamment le groupe Ahrar al-Cham \u2014 salafiste \u2014 pour éviter que ça déborde trop, dit Samir Aita.Les Turcs pourraient recommencer avec les responsables politiques en leur disant : soit vous jouez le jeu, soit vous êtes out.» Le Monde Après Alep, le désarroi de l\u2019opposition syrienne O D D A N D E R S E N A G E N C E F R A N C E - P R E S S E Le Kremlin s\u2019est mis en tête d\u2019organiser des négociations intersyriennes à Astana, la capitale du Kazakhstan.Sans en référer ni au HCN, ni à Staffan de Mistura, l\u2019envoyé spécial de l\u2019ONU pour la Syrie, maître de cérémonie des précédents pourparlers. Trump contre Poutine sur la question de l\u2019armement nucléaire.Fidèle à lui-même, le président désigné des États- Unis y va de déclarations d\u2019une grande irresponsabilité («Une course aux armements, s\u2019il le faut »).Une irresponsabilité qui, au reste, sert bien les intérêts de Vladimir Poutine.histoire of?cielle américaine a tendance à encenser l\u2019ex-président Ronald Reagan pour son rôle dans l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique.Qui pourtant avait 20 ans au début des années 1980 se souvient du climat de psychose collective dans lequel se trouvait le monde à l\u2019époque.Les relations Est-Ouest étaient à ce point tendues que l\u2019escalade verbale entre Washington et Moscou faisait redouter le déclenchement d\u2019un affrontement qui risquait de déboucher sur une con?agration nucléaire.Encenser M.Reagan, c\u2019est au demeurant oublier un peu vite les réformes démocratiques entamées en 1985 par le président d\u2019alors, Mikhaïl Gorbatchev, dont c\u2019est d\u2019ailleurs ce dimanche le 25e anniversaire de la démission, survenue le 25 décembre 1991.Donald Trump est-il en train de reconvoquer ces liaisons dangereuses avec la Russie \u2014 pendant que les tensions montent par ailleurs avec la Chine?Il jette en tout cas de l\u2019huile sur le feu en twittant d\u2019abord que les États-Unis avaient besoin « de renforcer et de développer » leurs armes nucléaires, puis en af?rmant vendredi matin à un animateur de la chaîne d\u2019information MSNBC depuis sa résidence en Floride, avant d\u2019aller jouer au golf avec Tiger Woods.: «Nous aurons une course aux armements, s\u2019il le faut.Nous les dépasserons à chaque étape et nous leur survivrons.» Son entourage est vite intervenu pour tenter d\u2019édulcorer ses propos, comme il l\u2019avait fait mercredi quand M.Trump a semblé dire, puisque ses propos sont souvent aussi vociférants qu\u2019imprécis, que le récent attentat terroriste commis à Berlin justi?ait sa promesse de campagne de fermer aux musulmans les portes des États-Unis.N\u2019empêche que ce qui est dit est dit.?Évidemment, la nouvelle guerre froide qui se dessine est une dynamique apparue avant l\u2019élection de Trump et autour de laquelle on s\u2019interroge en Europe depuis un certain temps.C\u2019est une « guerre froide 2.0 », ainsi que l\u2019appelait The Guardian dans un récent papier, qui marque en fait la fin de 20 ans d\u2019autosatisfaction occidentale.En visite à Berlin en 2014 à l\u2019occasion du 25e anniversaire de la chute du mur, M.Gorbatchev avait d\u2019ailleurs annoncé la résurgence du vieux con?it historique, pour cause immédiate de crise ukrainienne.Plus fondamentalement : si l\u2019Ouest avait traité la Russie avec moins d\u2019arrogance dans la foulée de la chute du régime communiste, avait fait valoir le père de la perestroïka, les relations russo-occidentales n\u2019en seraient sans doute pas là au- jourd\u2019hui \u2014 et le nationalisme agressif de M.Poutine ne se serait pas disséminé avec autant de facilité.Pendant presque toute sa présidence, Barack Obama aura af?- ché cette même superbe, considérant Moscou comme un rival qui n\u2019était pas de taille et qui cherchait à compenser sa faiblesse avec des élans de bravade militaire.Plus récemment, la Maison- Blanche a commencé à ajuster son discours à la réalité en af?r- mant que Moscou, surutilisant ses ressources, allait s\u2019enfoncer dans le «bourbier » syrien.Le fait est que, l\u2019année 2016 s\u2019achevant, Vladimir Poutine est en fort bonne posture, malgré l\u2019état dé?cient de l\u2019économie russe.À l\u2019intérieur, faisant le vide de l\u2019opposition autour de lui, il applique son projet autoritaire en surfant sur une opinion publique qui vit dans une certaine nostalgie de la grandeur de l\u2019URSS \u2014 puisque la nostalgie est une faculté capable de trier les souvenirs.À l\u2019extérieur, la Russie est devenue au Proche- Orient un rival stratégique incontournable.M.Poutine a fait maintes fois des déclarations sur la nécessité de renforcer le potentiel militaire russe.Celle à laquelle M.Trump a réagi n\u2019était pas la première.Il se trouve que la Russie comme les États-Unis, qui possèdent quelque 7000 têtes nucléaires chacun, sont présentement lancés dans des dépenses de modernisation de leur arsenal.Le contexte fait qu\u2019on peut facilement imaginer que M.Pou- tine se fera un plaisir, au cours des prochaines années, de rivaliser de virilité avec M.Trump.On ne demande qu\u2019à se tromper, sachant que l\u2019utilisation d\u2019un seul engin nucléaire suffirait à provoquer une catastrophe économique, environnementale et pour l\u2019humanité.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 D É C E M B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Adieu solidarité La solidarité entre les ministres de la Santé provinciaux, tant clamée avec conviction par le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette, sur les transferts fédéraux en santé aux provinces n\u2019aura duré que l\u2019espace de quelques heures, le temps que le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, s\u2019entende avec Ottawa sur un accord bilatéral.Nonobstant les arguments « favorables» à une telle entente qu\u2019a invoqués M.Gallant, force est de constater que les négociations bilatérales avec Ottawa priment sur les ententes globales, dont la force de frappe relève de la pure utopie.Quant aux velléités de Justin Trudeau de travailler à l\u2019unité canadienne, il m\u2019apparaît que la réalité rejoint davantage le vieil adage qui prône la division pour mieux régner.Quoi qu\u2019il en soit, dans le dossier des transferts en santé comme dans bien d\u2019autres où les provinces doivent quémander le fédéral pour «joindre les deux bouts», et ce, même dans des domaines de compétence provin- L I B R E O P I N I O N T O L G A B I L E N E R Enseignant-chercheur à l\u2019Université Galatasaray, à Istanbul L a ville d\u2019Ankara, capitale de la Turquie, aura très prochainement un nouveau nom de rue : celui d\u2019Andreï Karlov.C\u2019est ce que le gouvernement turc a décidé, la nuit même de l\u2019assassinat de M.Karlov, l\u2019ambassadeur de la Russie à Ankara, dans une galerie d\u2019art, où il assistait à un banal événement culturel.Premier ambassadeur russe tué depuis Piotr Voïkov \u2014 tué alors qu\u2019il était en poste à Varsovie, en 1927 \u2014 Andreï Karlov est déjà entré dans l\u2019histoire diplomatique russo-turque.Perpétré dans la soirée du 19 décembre, ce meurtre aura sans doute des conséquences importantes sur les relations entre la Turquie et la Russie, même si les commentaires alarmistes qui ont tiré des parallèles exagérés avec Sarajevo en 1914 restent exagérés.En tout cas, le fait même qu\u2019un diplomate étranger a ainsi perdu la vie en plein cœur de la capitale turque ne manquera pas de raviver les inquiétudes quant à la situation dans le pays d\u2019Erdogan.Les autorités turques, y compris le président Erdogan, qui a aussitôt appelé Vladimir Poutine pour lui présenter ses condoléances, ont déployé tous les moyens afin de démontrer leur consternation à la suite de cet horrible événement.Celui-ci, mis à part ses conséquences sur les relations turco-russes, nuit gravement à l\u2019image de la Turquie.Selon la coutume diplomatique, la protection de la vie d\u2019un diplomate incombe au pays qui le reçoit ; et la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques précise que « l\u2019État accréditaire prend toutes mesures appropriées pour empêcher toute atteinte à la personne, à la liber té et à la dignité » d\u2019un diplomate en poste chez lui.Il est clair que cet engagement n\u2019a pu être tenu à l\u2019égard de l\u2019ambassadeur russe.Métier à risque Cependant, la Turquie n\u2019est pas réputée être particulièrement dangereuse pour les diplomates étrangers.Karlov est le premier ambassadeur en poste tué en Turquie.Certes, deux diplomates ont connu ce triste sort dans l\u2019histoire récente.L\u2019Israélien Ephraïm Elrom, en 1971, et le Britannique Roger Short, en 2003, consuls généraux à Istanbul, furent aussi tués par des terroristes.Quant à l\u2019atteinte à l\u2019inviolabilité des représentations diplomatiques, on ne peut citer qu\u2019un seul exemple : la prise d\u2019otages en 1979, par un groupe palestinien, dans l\u2019ambassade de l\u2019Égypte à Ankara.L\u2019incident avait été réglé dans deux jours, sans effusion de sang.La Turquie, dont une trentaine de diplomates ont été assassinés dans les années 1970 et 1980 à travers le monde par les militants de l\u2019ASALA (organisation arménienne), a payé pour savoir que le métier de diplomate implique de grands risques.C\u2019est ce qui conduit à nous interroger : pourquoi les autorités turques n\u2019ont pas su mieux protéger la vie d\u2019une personnalité diplomatique à ce point sensible ?En tout cas, les premières déclarations of ficielles des deux pays laissent entendre que la Turquie et la Russie ne permettront pas à cet événement d\u2019avoir un impact négatif sur leurs relations bilatérales.L\u2019ambassadeur Karlov, à propos duquel Pou- tine a tenu à affirmer qu\u2019il le connaissait personnellement et l\u2019appréciait, était en poste à Ankara depuis 2013, donc pendant une période difficile pour les relations russo-turques.Rappelons que les deux pays ont adopté des positions diamétralement opposées à propos du dossier syrien, ce qui a suscité une crise de confiance entre Ankara et Moscou.Par ailleurs, en novembre 2015, l\u2019aviation turque a abattu un avion de guerre russe à la frontière turco-sy- rienne, ce qui a amorcé une crise diplomatique, politique et commerciale sans précédent entre les deux pays.À la suite de mois de tension extrême entre les deux pays, Ankara a officiellement présenté ses excuses.Un rapprochement timide a été tenté à l\u2019été 2016.Le ministre des Af faires étrangères turc, Mevlüt Çavusoglu, a été mis au courant du meurtre de M.Karlov à bord de son avion qui l\u2019emmenait, justement, à Moscou, pour un sommet tripartite avec ses homologues iranien et russe.L\u2019objectif était de discuter de la crise syrienne et d\u2019œuvrer à la mise en place d\u2019un cessez-le-feu dans l\u2019ensemble du pays.Le ministre turc, visiblement épouvanté, a profité de l\u2019occasion pour répéter que l\u2019amélioration progressive des relations entre la Russie et la Turquie ne sera pas affectée par cet attentat.De plus, les trois pays continueront de se coordonner à propos de la crise syrienne.Par ailleurs, la Turquie a accepté que 18 exper ts russes participent à l\u2019enquête sur l\u2019assassinat.Celle-ci doit éclaircir les motifs de l\u2019assassin, qui, après tout, était un agent de police.Il faudra déterminer s\u2019il a agi seul ou s\u2019il faisait partie d\u2019un réseau plus large.Donne changée L\u2019assassinat d\u2019Andreï Karlov représente un coup dur \u2014 encore un \u2014 pour la Turquie.Des interrogations sur la situation sécuritaire dans le pays se feront entendre un peu plus.Malgré les déclarations des deux capitales selon lesquelles les relations continueront de s\u2019améliorer, il sera impossible de faire comme si rien n\u2019était arrivé.Il y a fort à parier que Vladimir Poutine ne manquera désormais aucune occasion de le rappeler à ses homologues turcs.Ambassadeur russe assassiné : pas Sarajevo en 1914, mais\u2026 FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET conseil d\u2019administration de l\u2019UQAM pour défendre le réseau public et réagir à cette largesse libérale suspecte ?Ne serait-il pas temps d\u2019arrêter cette « multiplication débridée des campus universitaires » ?Que recherchent le gouvernement libéral et l\u2019Institut économique de Montréal avec ce choix?Robert Comeau, historien Le 22 décembre 2016 Question santé : Québec manque de crédibilité ! Lorsque le gouvernement Couillard se plaint qu\u2019Ottawa refuse de lui remettre toutes les sommes d\u2019argent auxquelles il s\u2019attendait en matière de financement de son système de santé, on serait tenté de lui dire d\u2019aller d\u2019abord mettre de l\u2019ordre dans ses affaires.Lorsqu\u2019un gouvernement octroie par erreur 500 millions de dollars de trop en rémunérations à ses médecins et qu\u2019il leur dit ensuite «de garder la monnaie», il y a certainement lieu de se demander s\u2019il vaut la peine de lui confier des montants additionnels.Le problème, c\u2019est que Québec n\u2019a pas de vrai plan de match en matière de soins de santé et ne peut tout simplement pas dire où ira l\u2019argent nouveau.Le problème tient à la mauvaise administration du système de santé au Québec.Il faudrait faire davantage qu\u2019augmenter les salaires, il faudrait avoir une stratégie pour améliorer les services.Le gouvernement Couillard manque totalement de crédibilité en ce qui a trait à la gestion du système de santé, d\u2019où l\u2019hésitation de Justin Trudeau à lui confier des montants additionnels.Gilles Marleau Orléans (Ontario), le 23 décembre 2016 Une quatrième école de gestion au centre-ville : une décision éclairée?Le Devoir a peu discuté du financement accordé à HEC pour créer une quatrièmeécole de gestion au centre-ville de Montréal.Ses lecteurs ont peu débattu de l\u2019appui des ministres libéraux David et Coiteux à ce projet de construction d\u2019un pavillon des HEC, au coût de 94 millions de dollars, à côté de l\u2019École de gestion de l\u2019UQAM.Est-il justifié, alors qu\u2019il y a déjà trois écoles universitaires des sciences de la gestion au centre- ville ?Le conseil d\u2019administration d\u2019HEC Montréal, présidé par Hélène Desmarais, qui préside aussi l\u2019Institut économique de Montréal, prétend que c\u2019est justifié.Le dossier n\u2019est pas convaincant.Le Devoir pourrait-il nous expliquer les dessous de cette décision, qui apparaît pour le moins étonnante devant la rareté des ressources, alors que le gouvernement vient de couper presque 100 millions dans les universités ?Le ministre Coiteux, qui a été professeur à HEC et qui fait appel aux idéologues de l\u2019Institut économique de Montréal, aurait-il voulu accorder quelques faveurs aux think tanks libéraux, comme le laisse entendre Réjean Parent dans un commentaire au titre évocateur : « Parfum de corruption » ?Comment expliquer un tel silence chez nos dirigeants universitaires de Concor- dia et de McGill ?N\u2019y aurait-il que le L\u2019 ARMEMENT NUCLÉAIRE La guerre froide 2.0 a-t-elle commencé ?GUY TAILLEFER ciale, Ottawa aura toujours le «gros bout du bâton» et pourra continuellement utiliser son pouvoir de dépenser comme bon lui semble\u2026 Quant à la solidarité, on repassera! Henri Marineau Québec, le 23 décembre 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 D É C E M B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.F É L I X R O B E R G E Prêtre catholique depuis 2011, l\u2019auteur a 31 ans.Il célébrera une messe-concert de minuit à l\u2019église Saint-Stanislas-de-Kostka, boulevard Saint-Joseph à Montréal, le 24 décembre à 23h55 omme chaque année, à l\u2019approche de Noël, on croit avoir tout le temps devant soi pour se préparer à célébrer.On veut que le temps des Fêtes qui s\u2019en vient soit mémorable et qu\u2019il ne ressemble à aucun autre auparavant.On se rappelle comment les préparatifs avaient été l\u2019an dernier et on veut faire mieux cette année.Et, sur tout, se prendre à temps cette fois-ci.En fait, je crois que c\u2019est d\u2019ailleurs pour nous y aider que l\u2019Avent existe, cette période qui couvre les quatre semaines qui précèdent Noël.C\u2019est ainsi que les croyants se voient offrir un temps pour préparer leur cœur à la naissance de l\u2019Enfant-Jésus, célébrée le 25 décembre.Tandis qu\u2019on va de l\u2019avant, on veut faire le bien autour de soi et être généreux.Certains vont pouvoir se permettre d\u2019of frir des cadeaux, d\u2019autres enverront des cartes de Noël et certains donneront de leur temps à une œuvre de charité.On est plein de bonnes intentions.Mais, trop souvent, on est vite dépassé par son train-train quotidien et on perd le contrôle.On n\u2019a plus le temps pour rien, on court d\u2019un bord et de l\u2019autre, on est épuisé.Au lieu de prendre le temps et de trouver un cadeau tout à fait unique pour la personne qu\u2019on aime, on se met à regarder sur Internet pour trouver celui qui pourrait être livré à temps.On se rend compte qu\u2019on n\u2019a pas encore commencé les cartes de Noël.Le facteur peut bien faire son possible, mais elles n\u2019arriveront pas à temps.On panique.Et nous voilà rendus à Noël.Oublier l\u2019essentiel Je ne sais pas comment a été votre période de l\u2019Avent cette année.J\u2019ai moi-même failli m\u2019y perdre.J\u2019ai passé tellement de temps à trop vouloir en faire que j\u2019étais en train d\u2019oublier l\u2019essentiel.D\u2019ailleurs, je crois que c\u2019est un de nos drames, à nous les humains: avoir souvent peur d\u2019un bonheur trop simple.Alors, on se complique et on le perd.Noël est tout simple: il suffit d\u2019un seul chemin à emprunter pour en trouver la signification profonde.Suivre l\u2019étoile brillante et prendre la route qui conduit à Beth- léem, pour y voir naître un petit enfant qui se présente comme le prince de l\u2019amour, l\u2019inventeur du bonheur et l\u2019unique sauveur du monde.Mais si toutes mes activités m\u2019avaient empêché de m\u2019arrêter à ce qui était vraiment important?Me reste-t-il du temps pour faire le bien, après l\u2019avoir passé à me fatiguer avec ce qui m\u2019apparaissait prioritaire?Le temps me manque.On est rendu le 24.C\u2019est alors que je me rappelle.Si l\u2019homme Dieu a visité notre temps, c\u2019est justement pour nous permettre de prendre le temps pour nous reprendre, renaître à une vie nouvelle, aimer, dire « je t\u2019aime» et se laisser aimer, partager, espérer parfois contre toute espérance, reconnaître la beauté qui nous entoure, pardonner sans trop attendre et accepter d\u2019être pardonné, briser l\u2019isolement, nous rappeler que rien ne peut nous enlever notre dignité, nous réunir en famille, laisser une place à l\u2019étranger, accueillir l\u2019autre tel qu\u2019il est, dire bonjour à ceux qu\u2019on croise dans la rue, qu\u2019ils soient riches ou pauvres, et sourire à la vie.Dans quelques heures, on entendra le Minuit, chrétiens.Ne soyons pas surpris, ce sera comme si le temps s\u2019arrête pour un moment.J\u2019en profiterai.Joyeux Noël et faisons en sorte que chaque instant compte.Que Dieu vous bénisse.Et si Noël arrêtait le temps L O U I S - A N D R É R I C H A R D Ph.D., professeur de philosophie au cégep de Sainte-Foy e temps de Noël est un temps pré - cieux.Dans la tradition q u i n o u s concerne, la contempla - t i o n d e l a c r è c h e e x - plique l\u2019origine et la prépondérance toujours vive des fêtes inscrites dans ce temps de l\u2019année.Or, si on prend la peine de s\u2019arrêter, la symbolique véhiculée par la Nativité suggère une réflexion sur la fragilité et les façons de l\u2019entourer.Elle in- suf fle le besoin de penser la vulnérabilité, la prudence et le bien commun.Il y a pléthore de moyens de le faire, mais, si on observe l\u2019actualité entourant les législations (québécoise et canadienne) encadrant la fin de vie, comment ne pas y voir une reconfiguration emblématique des enjeux allégoriques de la crèche?Vulnérabilité Les soins palliatifs sont nés d\u2019une démarche de marque chrétienne, dans un contexte très marginal, en réaction à une médecine technicienne envahissante.En effet, Cicely Saunders a fondé ce mouvement dans la foulée d\u2019une conversion personnelle, autour de la trentaine.Pour elle, l\u2019essentiel était de créer un lieu d\u2019accueil, d\u2019inspiration religieuse, pour les patients en phase terminale.L\u2019inspiration est chrétienne et elle incarne un projet d\u2019adapter les soins à la vulnérabilité de la fin de vie, mise à mal par une médecine moderne par trop suffisante.Telles étaient les conditions revisitées de la crèche.Un patient vulnérable comme un nouveau-né, un environnement hostile à la protection de la fragilité, mais une qualité d\u2019amour propice à garantir une présence sécurisante et rassurante.Ma is le regard penché , l\u2019oreille ouverte et la main tendue ne suffisent pas à tout expliquer.L\u2019espace-temps palliatif révèle et interroge la fragilité humaine en tant que telle.Ce memento mori atteint les soignants comme les membres des familles.Le fait est, à l\u2019instar du mystère enveloppant la symbolique de la crèche, que couvent dans ces milieux des trésors d\u2019actes humains aux richesses insoupçonnées.Comme Noël est la saison des cadeaux, je vous suggère le beau petit livre de la profes- seure Gaëlle Fiasse, de l\u2019Université McGill.Son petit essai intitulé Amour et fragilité, publié aux Presses de l\u2019Université Laval, distingue les dif fé- rentes déclinaisons de la fragilité comme de la vulnérabilité.Son propos, attentif aux mots et aux choses, dispose à méditer sur nos fragilités incontournables, sur le lien entre vulnérabilité et amour, sur les conditions favorisant l\u2019émergence du meilleur de soi au service d\u2019autrui.Prudence La fragilité des personnes n\u2019a d\u2019égale que la fragilité de l\u2019environnement lui -même.Naître dans une mangeoire (c\u2019est le sens étymologique du mot) suggère la précarité des lieux et commande une attention et un abandon aux êtres comme aux circonstances.À bien des égards, l\u2019accompagnement palliatif se résume à pratiquer l\u2019ar t du lâcher- prise .Cela vaut pour tous.L\u2019environnement où cet art se pratique doit préser ver les conditions optimales de sa réalisation.La prudence, qualité de prévoyance à l\u2019égard des biens à poursuivre et des maux à fuir, trouve tout son sens dans le paradigme de la crèche.Marie et Joseph sont des réfugiés en fuite devant la menace mettant en péril le futur de leur famille.La prudence est de mise pour comprendre la sagesse des praticiens du palliatif.Leur réticence s\u2019est exprimée lors des consultations publiques sur la question de « mourir dans la dignité» ou par la résistance des maisons de soins, ou encore par la voie d\u2019une quantité importante de médecins refusant de pratiquer l\u2019euthanasie.N\u2019y a-t-il pas là des indicateurs probants d\u2019opposition à un choix politique menaçant l\u2019intégrité de l\u2019héritage d\u2019une bonne pratique médicale?À voir la vitesse à laquelle l\u2019idéologie du « tout à l\u2019autonomie » réclame l\u2019étendue des lois favorisant le suicide assisté et l\u2019euthanasie (lois 2 et C-14), je me demande si on ne retrouve pas les circonstances semblables à celles évoquées par le récit fondateur des fêtes de Noël ?En octobre dernier, Le Devoir rapportait les propos d\u2019un membre de la commission des soins de fin de vie : «L\u2019arrivée de l\u2019aide à mourir expose le milieu des soins palliatifs au Québec à un risque de « fracture et d\u2019implosion», en raison des pressions croissantes exercées pour « faire pénétrer l\u2019aide à mourir» dans ses milieux de soins.» Il s\u2019agit d\u2019un inquiétant constat.Fuir l\u2019idéologie pour préserver la qualité des soins est un vrai défi à relever pour ceux qui sont au fait du plus intime de l\u2019expérience palliative.Bien commun La postérité et la pérennité de l\u2019exemplarité de la crèche, malgré notre ignorance désolante à son égard, ne minimise en rien son rôle structurant notre vie sociale et politique.Toutes les tentatives idiotes de remplacer cela par les fêtes du «bonhomme de neige entre le renard et le grizzly» ne changeront rien à l\u2019af faire.Nous sommes le produit de la culture judéo-chrétienne.Mais, comme le soulignait avec éloquence Chesterto, « le monde moderne est plein d\u2019anciennes vertus chrétiennes devenues folles.Elles sont devenues folles, parce qu\u2019isolées l\u2019une de l\u2019autre et parce qu\u2019elles vagabondent toutes seules.» Les milieux de soins palliatifs, dans leur spécificité, représentent peut-être une métamorphose de la Nativité ; une occasion de préserver la trame de liens humains signifiants contre l\u2019isolement ?Dans les conditions de leur fragilité endossée, leur avenir demeure vulnérable.Je pense qu\u2019ils contribuent au bien commun, ils représentent un espoir, voire une espérance.Vulnérabilité, prudence et bien commun Les milieux de soins palliatifs représentent peut-être une métamorphose de la Nativité J E A N - C L A U D E R A V E T Rédacteur en chef de Relations et auteur de Le désert et l\u2019oasis.Essais de résistance (Nota Bene, 2016) oël traverse les âges parce qu\u2019il y a dans cette histoire millénaire quelque chose de v ital qu i nous concer ne tous en tant qu\u2019huma ins .Quelque chose d\u2019 inou ï qu i nous arrache à l\u2019évidence de la réalité et résonne comme un souffle immense de liberté et d\u2019espérance pour ceux et celles qui se sentent écrasés par l\u2019injustice ou la souf france, par les pouvoirs ou la dureté de la vie.C\u2019est le récit d\u2019une rencontre fulgurante et bouleversante de la fécondité et de la fragilité.Laissez-moi vous le conter rapidement Sous l\u2019arrière-fond d\u2019un empire qui compte ses conquis pour mieux les assujettir, un homme et une femme enceinte, la grossesse presque à terme, entreprennent, comme des milliers d\u2019autres, une longue marche dans le désert jusqu\u2019à la ville désignée où se faire recenser, qui a pour nom la Maison du pain.Au bout de la route, épuisés, ils frappent à la porte close d\u2019une auberge.Pas de place pour eux où loger, qu\u2019une grotte où se réfugient des bergers de retour du pâturage.C\u2019est là que l\u2019enfant naît.Langé dans une mangeoire tenant lieu de berceau, il luit comme une lueur tremblotante dans le noir.Joie dans la détresse.Grâce au cœur de l\u2019absurde.Or, l\u2019enfant jeté ainsi dans le monde est divin, souligne le récit.Il est l\u2019enfant chéri de Dieu, le sens indicible du monde.Comme s\u2019il avait voulu, en crevant l\u2019abîme qui sépare l\u2019infini du fini, partager leur sort, celui des humiliés, des exclus, des abandonnés\u2026 Le voilà évidé de Dieu, pour que l\u2019humain grandisse en dignité, ne gardant qu\u2019une faille comme trace, enfouie comme en nous tous, ouver te à la transcendance.Ce sont des voix immémoriales de la terre et du ciel qui le chantent, surgissant des m o n t a g n e s e t d u d é s e r t comme des hymnes à la nuit.Mais qui peut entendre une telle nouvelle qui ébranle le sol ferme de la normalité : Dieu n\u2019est-il pas du côté des pouvoirs et de leurs armées?Les bergers sont les seuls témoins de cette nouvelle insensée.C\u2019est qu\u2019ils l\u2019entendent comme si elle sor tait du tréfonds d\u2019eux-mêmes.Mémoire collective d\u2019une souf france sans voix.Espoir des désespérés.L\u2019enfant, après tout, n\u2019est-il pas né dans le repère de ces par ias des contrées montagneuses, condamnés à être impurs parce que souillés par le contact des bêtes dont ils prennent quotidiennement soin \u2014 pour tan t nour r i t u r e d e s hommes et offrandes à Dieu ?Étrange sort, mais si commun.Les riches ne s\u2019enrichissent-ils pas de l\u2019appauvrissement de la multitude ; et les empires, du butin des vaincus, hier comme aujourd\u2019hui ?Histoire banale, répétitive, que le discours sur Dieu sert très souvent à justifier, à encenser.Dieu utile.Mais voilà que Dieu même s\u2019insurge.Qui peut entendre cela?Noël est avant tout une voix du silence et de la nuit.Un murmure de Dieu capté dans les entrailles de la souffrance.Captée dans la faille où loge notre fragilité depuis notre naissance par où s\u2019engouffrent quotidiennement le sens et le désir de vivre, et le désir de naître.Sans pouvoir aucun, sauf d\u2019évoquer la tragédie humaine en y mêlant sa voix silencieuse et caressante.Sauf d\u2019éveiller ainsi, comme un désir inextinguible, plus vrai que la faim du pain, la faim de la justice et de la paix.Noël est joie.Espérance.Mais sur fond de tragédie.Il nous conduit au lieu maudit de l\u2019exclusion, de l\u2019indif férence, de la rapacité.Il ne tait pas le bruit sanglant des bombes, la vue des exilés sur les routes, des villes dévastées par la guerre, des vies dévastées par la haine.La crèche ne masque pas l\u2019indécence des palais.Noël explore le sens obscur du monde à travers la naissance, faisant mémoire, au milieu de la cruauté et de l\u2019indifférence, de la beauté infinie de l\u2019existence et du merveilleux de la vie.Et éveille le désir d\u2019en être le berger, le témoin et le protecteur.De prendre parti pour la naissance contre la mort.Que rien, pas même le règne d\u2019un tyran, pas même le mal ni la souffrance, ni la cupidité, ni le silence complice, ni les dieux de la fatalité, ne peut taire le miracle d\u2019une naissance, la venue d\u2019un enfant qui témoigne de ce que l\u2019amour est plus fort que la haine.La fragilité plus vivante que la force.La naissance plus signifiante que la mort.D\u2019elle jaillit, comme une eau vive dans le désert, un véritable chemin d\u2019humanité ouvrant à la responsabilité d\u2019être, après avoir été accueillis dans le monde, accueillants à notre tour.Naître signifie renaître dans le dévouement.Noël est en attente d\u2019avènement.Les cloches sonnent comme une sirène dans la nuit étoilée.Le récit millénaire de la naissance d\u2019un Dieu, impuissant et fragile, comme un enfant \u2014 ou d\u2019un enfant comme Dieu \u2014, résonne, à qui veut l\u2019entendre, comme un appel urgent à éveiller autour de nous la vie, la beauté, la bonté, le partage, et à persévérer, contre vents et marées, dans ce combat.Noël, c\u2019est la mémoire de l\u2019avenir! Féconde fragilité Noël est joie.Espérance.Mais sur fond de tragédie.L N C YOUSSEF KARWASHAN AGENCE FRANCE-PRESSE Des Syriens chrétiens fouillent les décombres d\u2019une église détruite par les bombes dans Alep-Est. P A T R I C I A N O U R R Y Professeure de philosophie au cégep de Trois-Rivières I l était une fois un conte en trois temps, ponctué par « Puis vint un jour », « Quand tout à coup » et se concluant par «Ils eurent beaucoup d\u2019enfants».Une histoire rude, semblable aux récits fondateurs de jadis dans lesquels des Cronos dévorent vraiment leur progéniture et des David ont maille à partir avec des Goliath.Elle raconte la lutte qu\u2019il nous a fallu mener en mobilisant toute l\u2019énergie dont nous disposons, pour faire face à ce que Simone Weil (1909- 1943) appelle «la nécessité».L\u2019an de grâce 1610\u2026 Les habitants de l\u2019Île-de-France se plaignent «de la cherté et de la nécessité de la bûche».Le bois est alors la source première d\u2019énergie : il sert au chauffage, à la cuisson, aux chantiers navals, aux combustions diverses que requièrent les arts et métiers\u2026 Utilisée dès l\u2019aube de l\u2019humanité, cette ressource connaît, aux XVe et XVIe siècles, une crise sans précédent, provoquée par la surutilisation et la mauvaise gestion des forêts, qui sont saccagées.«Puis vint un jour» où une autre substance, connue depuis le XIe siècle, inaugura une nouvelle ère énergétique : le charbon de bois (et sa cousine, la houille).Sorti des entrailles de la terre, noir comme l\u2019enfer et dégageant des fumées pestilentielles, ce «combustible du diable» s\u2019imposera au XVIIIe avec l\u2019avènement de la révolution industrielle en Angleterre, puis par tout dans les villes européennes où, comme le dit le poète, « sans fin, vomissant le charbon, l\u2019usine en feu dévore un peuple moribond ».Deuxième en impor tance à travers le monde (elle fournit 28 % de l\u2019énergie utilisée mondialement, tout en étant responsable de 46 % des émissions en CO2), cette ressource cède désormais le pas à un nouveau maître : «l\u2019or noir»\u2026 «Quand tout à coup» gicla le pétrole ! Dernier viatique de l\u2019humanité, cet hydrocarbure couvre 32 % des besoins énergétiques de la planète, impose ses diktats aux grands marchés et oriente les enjeux géopolitiques mondiaux.Au Canada, depuis 1853, gazoducs et oléoducs étendent leurs réseaux souterrains sur plus de 840 000 km.Une panacée dangereuse, comme d\u2019aucuns le savent, puisque c\u2019est une énergie sale, coupable de grands désastres écologiques, en plus d\u2019être non renouvelable.Qu\u2019à cela ne tienne, « nous avons besoin de pétrole dans cette société », déclarait, en janvier der nier, le por te-parole de TransCanada.La rhétorique est péremptoire ; brute comme la ressource dont elle fait la promotion.«Rien ne peut arrêter ce projet », disait encore Alexandre Gagnon, ex-direc- teur de Pétrolia, au sujet des forages par fracturation hydraulique sur l\u2019île d\u2019Anticosti.Les géants grondent, la terre tremble (littéralement, en Oklahoma !), les gouvernements châtrés par la partisan- nerie tardent à agir ; et David se sent bien petit dans toute cette histoire\u2026 Que répondrait Simone Weil aux Goliath de notre temps ?S\u2019inclinerait-elle devant les puissants ?Que penserait-elle de ce conte ?On peut lire, dans L\u2019enracinement : « Quiconque, pour simplifier les problèmes, nie cer taines obligations, a conclu en son cœur une alliance avec le crime.» Ainsi rétablirait-elle d\u2019emblée une juste perspective historique : nous avons besoin d\u2019énergie, pas de pétrole.La lutte pour la survie est essentielle, dirait-elle encore, mais elle ne doit pas oblitérer les besoins spirituels de l\u2019humanité.En effet, l\u2019homme n\u2019est pas une bête et l\u2019âme a autant besoin de nourriture que le corps.Sans cette nourriture, la vie humaine n\u2019a aucun sens, l\u2019histoire vire au cauchemar.Simone Weil peut se permettre une telle intransigeance puisque, avec une intégrité rigoureuse, elle se soumettra, sa vie durant, aux exigences de sa propre pensée.Philosophe humaniste, grande helléniste, mystique, Weil refusera pourtant d\u2019être enfermée dans un système, un parti, une doctrine ou une Église.Politiquement à gauche, elle critiquera le mar xisme de son temps ; issue de la bourgeoisie, elle travaillera comme ouvrière et partagera son maigre salaire avec ses compagnons de misère ; juive de naissance, elle sera touchée par une expérience mystique mais refusera le baptême chrétien ; pacifiste, elle s\u2019engagera comme volontaire contre les franquistes en Espagne.« Un criterium du réel c\u2019est que c\u2019est dur et rugueux.On y trouve des joies, non de l\u2019agrément.» Weil n\u2019est pas de ces intellectuels qui regardent le spectacle du monde à la fenêtre.Elle croit que, pour comprendre les enjeux de son temps, il faut faire l\u2019expérience de la réalité dans sa chair et s\u2019engager dans l\u2019histoire afin de conquérir en soi-même la dignité que l\u2019oppression bafoue.Un monde de pesanteur David se tient là, fronde à la main, devant Goliath, ce poids lourd de « six coudées et un empan» armé d\u2019une lance pesant « 600 sicles de fer » et portant une cote de mailles de « 5000 sicles d\u2019airain ».La disproportion semble aussi évidente que l\u2019issue du combat et, pourtant, l\u2019enfant ne bronche pas\u2026 Afin de garder notre aplomb et de ne pas ployer devant les forces qui nous oppressent, si nous tentions aussi d\u2019en prendre la juste mesure ?La nécessité, pour Simone Weil, n\u2019est pas en elle-même oppressante.C\u2019est une réalité, un donné qui détermine nos conditions d\u2019existence et qui appelle la médiation du travail.Chaque jour, nous avons besoin d\u2019énergie afin d\u2019accomplir nos tâches et d\u2019assurer notre subsistance.Cette énergie est matérielle, bien sûr : nourriture pour le corps (aliments, vêtements, logement, etc.), « nourriture » pour réaliser les médiations techniques du travail (bois, pétrole, eau, vent).Mais elle est aussi spirituelle : nourriture pour la vie morale (ordre, liberté, obéissance, responsabilité, égalité, etc.).« Ce sont, comme les besoins physiques, des nécessités de la vie d\u2019ici-bas.[\u2026] S\u2019ils ne sont pas satisfaits, l\u2019homme tombe peu à peu dans un état plus ou moins analogue à la mor t, plus ou moins proche d\u2019une vie purement végétative.» J\u2019aurai beau avoir du pain sur ma table et de l\u2019essence dans ma Yaris, si le prix à payer pour ce confort m\u2019impose de m\u2019amputer chaque jour davantage de mon humanité, où trouverai-je l\u2019appétit pour manger ce pain et le désir d\u2019aller le gagner?Épuisement, dépression, dépendance, tous ces maux de l\u2019âme, qui sont les maux du siècle, parlent d\u2019une détresse sourde dans nos sociétés industrialisées ?nos sociétés- industries ?qui scrutent avec inquiétude leur PIB et leur PNB à la façon de grands malades interrogeant leur thermomètre ! Quelque chose qui a à voir avec la vie morale manque cruellement : qu\u2019avons-nous reçu de ceux qui nous ont précédés qui vaut la peine d\u2019être transmis à ceux qui suivront ?Si nos modes de vie, si cette même énergie dont nous nous nourrissons matériellement (pétrole, gaz de schiste, OGM, etc.) et spirituellement (plaisir à court terme, enrichissement individuel, confor t, etc.) sont ceux qui nous détruisent et empêcheront la vie elle-même de se perpétuer, quel sens cela a-t-il encore?Ce qui nous pèse et nous oppresse, ce n\u2019est donc pas la nécessité, ni le travail, d\u2019ailleurs, qui est au contraire un lieu d\u2019accomplissement, en cela qu\u2019il nous rend responsable d\u2019une « part de monde ».Non, pour Simone Weil, l\u2019oppression, c\u2019est lorsque les collectivités et les instances qui les représentent ne satisfont pas, bafouent ou nient ces besoins de l \u2019âme et du corps.Un exemple ?Allons, disent les géants, pas le temps pour les scrupules, les contrats sont déjà signés par vos gouvernements qui sont aussi nos actionnaires.Pourquoi choisir ?Oléoducs, trains ou pétroliers ?Bitumineux albertain ou pétrole d\u2019Anticosti ?Prenons tout et recourons au bâillon : il faut emplir les barils de brut pour faire tourner l\u2019économie dont vous êtes les rouages ! Comment irez-vous, sinon, travailler demain matin ?Ainsi, dira Weil, lorsque les collectivités mourantes, malades ou léthargiques peinent à nourrir les âmes, il faut impérativement les améliorer.Retrouver la capacité d\u2019attention\u2026 Par où commencer ?Revoir l\u2019organisation du travail qui détruit notre capacité d\u2019attention et nous change en objets, en rouages vivants de systèmes qui confondent les moyens ?développement économique ?et les fins ?bien commun.En s\u2019insérant ainsi dans l\u2019histoire de façon mécanique, nous en accélérons dramatiquement le cours.Nous « brûlons» notre énergie à être des forçats du travai l et de la consommation, libres d\u2019une liber té vide, et nous n\u2019éprouvons plus notre présence au monde et à la réalité.Nous perdons, dira Weil, notre capacité d\u2019attention, c\u2019est-à-dire la capacité de nous rendre présent à la présence d\u2019autre chose.Déracinés du seul terreau qui puisse véritablement nous nourrir, nous perdons également de vue les finalités plus hautes qui pourraient nous accomplir : « Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l\u2019existence d\u2019une collectivité qui conserve vivants cer tains trésors du passé et cer tains pressentiments de l\u2019avenir.» Des trésors spirituels susceptibles d\u2019éclairer et d\u2019inspirer nos médiations avec le monde, les autres et nous-mêmes.Un tel déracinement n\u2019est pour tant pas une fatalité ; et des projets de société peuvent naître de révolutions techniques.D\u2019ailleurs, les solutions de rechange existent (énergie solaire, éolienne, géothermique, etc.) et certaines collectivités osent entrer dans un quatrième temps de l \u2019histoire.Songeons à l \u2019 Islande, dont près de 90 % de la consommation d\u2019énergie provient de ressources renouvelables, au Danemark, qui réinvente un contrat social plus respectueux de l\u2019environnement, à la France, qui interdit maintenant la fracturation hydraulique sur son territoire\u2026 Cette transition énergétique permet d\u2019établir, au sein des collectivités, un meilleur équilibre entre nécessité et liberté.Le Québec ?Si le projet de loi 106 a pu nourrir quelques espérances en ce sens, une lecture attentive des articles sur les hydrocarbures aura tôt fait de nous faire saisir l\u2019ampleur du désastre.C\u2019est au développement d\u2019une pétro- économie confiée à l\u2019autorégulation d\u2019une industrie vorace que le gouver nement Couillard semble ouvrir la voie (bien goudronnée), et ce, en offrant aux principaux joueurs un cadre juridique les préservant de l\u2019imputabilité.Dans un monde de pesanteur\u2026 la grâce?La grâce, croit Simone Weil, c\u2019est de renoncer à certains privilèges pour favoriser les autres ou simplement les laisser être ; c\u2019est Goliath qui renonce à écraser David\u2026 Rarissime.Voilà pourquoi elle travaillera à rédiger L\u2019enracinement, sous-titré Prélude à une déclaration des devoirs envers l\u2019être humain.Elle croit en effet que la notion de droit devrait être subordonnée à celle de devoir, puisqu\u2019« un droit n\u2019est pas ef fi- cace en lui-même mais seulement par l\u2019obligation à laquelle il correspond ; l\u2019accomplissement effectif d\u2019un droit provient non pas de celui qui le possède, mais des autres hommes qui se reconnaissent obligés à quelque chose envers lui».Selon Simone Weil, nous devons travailler activement à satisfaire les besoins humains.Des besoins pressants, puisque, à carburer au bois, à la houille et au pétrole, le cours de l\u2019histoire s\u2019est radicalement accéléré ! L\u2019humanité ayant franchi le cap des sept milliards, on peut dire qu\u2019elle eut beaucoup d\u2019enfants\u2026 Quel avenir pour eux ?Cela dépendra de l\u2019intelligence que nous déploierons.Mais aussi du courage et de l\u2019amour \u2014 osons le mot \u2014 dont nous serons capables : «L\u2019avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c\u2019est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner.» ?Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 4 E T D I M A N C H E 2 5 D É C E M B R E 2 0 1 6 B 6 PHILOSOPHIE Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.LE DEVOIR DE PHILO David contre Goliath, Simone contre TransCanada Que répondrait Weil aux géants de notre temps ?S\u2019inclinerait-elle face aux puissants ?MARIANE GÉLINAS L\u2019auteure, Patricia Nourry, est professeure de philosophie au cégep de Trois-Rivières.TIFFET Pour Simone Weil, l\u2019oppression, c\u2019est lorsque les collectivités et les instances qui les représentent ne satisfont pas, bafouent ou nient ces besoins de l\u2019âme et du corps.Simone Weil croit que, pour comprendre les enjeux de son temps, il faut faire l\u2019expérience de la réalité dans sa chair et s\u2019engager dans l\u2019histoire afin de conquérir en soi-même la dignité que l\u2019oppression bafoue "]
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