Le devoir, 12 janvier 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 3 L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Culture \u203a Une pluie d\u2019éloges.Michel Bissonnette, le nouveau vice-président des services français de Radio-Canada, suscite l\u2019admiration de ses anciens collègues.Page B 8 Avis légaux.B 4 Décès.B 6 Météo.B 3 Mots croisés.B 3 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 8 ?w w w .l e d e v o i r .c o m R O B E R T D U T R I S A C A fin de ne pas diviser la population québécoise, le Parti québécois de Jean-François Lisée larguera une bonne partie des éléments du projet de loi 14 du gouvernement Marois visant à renforcer la loi 101, ne retenant que l\u2019essentiel aux yeux du chef péquiste : soumettre les entreprises de 25 à 49 employés à la Charte de la langue française.« Je veux des victoires.Je ne veux pas avoir raison sur tout.Il faut choisir ce qui est le plus productif, ce qui va donner plus de résultats pour le français », a af firmé Jean-François Lisée au cours d\u2019une entrevue éditoriale au Devoir où il a présenté les mesures pour renforcer la langue française contenues dans la nouvelle « proposition principale » du par t i .Ce nouveau pro - gramme, qui remplace la proposition principale adoptée en 2011 sous Pauline Marois, sera présenté au Conseil national du PQ samedi à Québec.« Il y a des mesures qui peuvent avoir du sens, qui peuvent se démontrer mais qui donnent très peu de rendement, de résultats, mais beaucoup de division », a souligné le chef péquiste.Il en veut pour exemple une disposition du projet de loi 14 qui aurait enlevé le statut de municipalités bilingues à celles qui ne comptaient plus un nombre suffisant de citoyens anglophones.Ce droit institutionnel, octroyé au moment de l\u2019introduction de la Charte de la langue française en 1977, est «un symbole», estime Jean-François Lisée, puisqu\u2019une municipalité qui n\u2019a pas de statut bilingue peut tout de même choisir de s\u2019adresser en anglais à ses habitants, comme c\u2019est le cas de Montréal.« Le coût politique d\u2019enlever ce symbole n\u2019est absolument pas compensé par un gain net dans la francisation au Québec.» L\u2019autre mesure coercitive que Jean-François Lisée veut abandonner, c\u2019est de retirer aux militaires francophones basés au Québec le privilège d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise.« Est-ce qu\u2019il faut dépenser du capital politique PAR TI QUÉBÉCOIS Franciser sans diviser Jean-François Lisée abandonne des pans du projet de loi 14 pour mener les combats les plus productifs, dit-il SEITH WENIG ASSOCIATED PRESS Donald Trump a rencontré, mercredi à New York, les représentants de la presse pour la première fois depuis des mois.Mais certains journalistes, comme celui de CNN, étaient interdits de questions lors de la première conférence de presse du président désigné.L I S A - M A R I E G E R V A I S C hassez le naturel, il revient au galop.Fidèle à lui-même, c\u2019est un Donald Trump sur la défensive, et menant une contre-attaque, qui a répondu aux questions des journalistes lors de la conférence de presse tenue mercredi midi, la première depuis plusieurs mois.Une conférence de presse à l\u2019image de la campagne qu\u2019il a menée : remplie de déclarations à l\u2019emporte- pièce, de coq-à-l\u2019âne et d\u2019une attitude méprisante l\u2019égard de plusieurs médias.Il faut dire que depuis que la presse américaine a révélé que la Russie pourrait détenir des informations « compromettantes » contre lui \u2014 notamment sur des rencontres avec des prostituées à Moscou \u2014, le futur président des États-Unis était attendu de pied ferme par les journalistes.« Je pense que c\u2019est scandaleux, scandaleux que les agences de renseignement aient permis [la publication] d\u2019une information qui s\u2019est révélée être erronée et fausse», s\u2019est défendu sur un ton menaçant l\u2019homme d\u2019affaires de 70 ans, visiblement très en colère.Bombardé de questions sur ce nouveau sujet chaud, qui n\u2019est étayé (rappelons-le) d\u2019aucune preuve solide, il s\u2019est contenté de nier les faits allégués, en fustigeant des médias comme Buzzfeed \u2014 ce « tas d\u2019ordures » \u2014 qu\u2019il accuse d\u2019avoir manqué de professionnalisme.Donald Trump s\u2019en est aussi pris à CNN \u2014 la querelle ne date pas d\u2019hier \u2014, refusant de donner la parole à son correspondant.« Non, pas vous ! Votre organisation est horrible.Taisez-vous ! Non, je ne vous donnerai pas de question», a-t-il dit en colère.Il faut être très prudent avec ces allégations, a insisté Rafaël Jacob, chercheur associé à la Un président en colère Donald Trump réfute les allégations concernant ses relations avec le Kremlin, s\u2019attaque à la presse et sème le doute sur le renseignement américain Lire aussi \u203a Trump devant les caméras.Autres textes en pages A 4 et A 5 Un (très) mauvais moment à passer.L\u2019éditorial de Guy Taillefer.Page A 6 Je pense que c\u2019est une honte que des agences de renseignement permettent la diffusion d\u2019informations fausses, comme si on était dans l\u2019Allemagne nazie « » D O M I N I C T A R D I F à New York «N ous avions 25, 30, 35 ans et nous étions constamment au salon funéraire.Pense un peu à ça : chaque mois, un autre de tes amis, de tes connaissances, qui meurt et que tu dois contempler dans son cercueil.Ce n\u2019est pas étonnant que plusieurs d\u2019entre nous aient vécu leur propre version du stress post-traumatique au tournant des années 2000 », raconte Tim Murphy, 47 ans, au sujet des ravages du VIH/sida.« C\u2019était impossible de complètement y échapper ! Ce n\u2019est pas comme maintenant, avec toutes ces pilules pour éviter de transmettre l\u2019infection ou pour rester en santé.La maladie était omniprésente, elle me faisait peur, mais je n\u2019en savais rien », pour- suit-il en alternant entre l\u2019anglais et un La douleur de survivre Comment vit-on après avoir si intimement côtoyé la mort, demande Tim Murphy dans L\u2019immeuble Christodora, roman choral à la mémoire de ceux que le sida a emportés Lire aussi \u203a Le souvenir de Sandra La chronique de Michel David.Page A 3 Également, une entrevue vidéo de notre chroniqueur avec le chef péquiste sur nos plate- formes numériques CHRIS GABELLO On peut entendre l\u2019auteur de L\u2019immeuble Christodora, Tim Murphy, lire un extrait de son œuvre sur nos plateformes numériques.VOIR PAGE A 8 : SIDA VOIR PAGE A 8 : COLÈRE «Je veux des victoires.Je ne veux pas avoir raison sur tout.» J.-F.Lisée Travail Cinq des six syndicats chez Couche-Tard ont été démantelés Page B 1 Santé Le 26 janvier marque la ?n des frais accessoires pour les soins assurés Page A 3 VOIR PAGE A 8 : FRANCISER L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 Robbie Murray, maintenant âgé de 14 ans, se souvient très bien de sa première année du primaire, une année marquée par la douleur.« C\u2019était il y a très longtemps, dit-il, mais je me souviens de la fatigue et du manque d\u2019énergie.J\u2019avais presque toujours mal au ventre et je n\u2019avais pas faim du tout, alors je perdais du poids. » « Il maigrissait à vue d\u2019œil, dit sa mère, Kate Murray.Entre les courses folles jusqu\u2019aux toilettes, la seule chose qui lui permettait de se sentir mieux était de s\u2019allonger sur le divan dans la classe. » Très vite, Robbie était trop malade pour aller à l\u2019école.Paniquée parce qu\u2019elle ne pouvait rien faire pour son ?ls, Kate a demandé à leur médecin de famille de les orienter vers un pédiatre spécialisé dans les maladies de l\u2019intestin.« C\u2019est à partir de ce moment-là que tout a changé, dit-elle.Les symptômes de Robbie ont ?nalement été pris au sérieux. » Robbie a reçu un diagnostic de maladie de Crohn après avoir été admis à l\u2019hôpital Sick Kids de Toronto et subi une batterie de tests médicaux.« Nous savions en?n ce qui ravageait le corps de mon ?ls », dit Kate.Les médecins l\u2019ont assurée qu\u2019avec un traitement qui convenait à son ?ls, la maladie pourrait être prise en charge.« Après avoir fait l\u2019essai de bon nombre de médicaments, Robbie a eu une autre poussée. » Pendant des mois, Robbie était alité et ne participait plus aux activités sociales.« Il refusait même de se joindre à nous à table pour les repas.Manger lui faisait trop mal. » Éventuellement, l\u2019équipe de soins de santé de Robbie a trouvé un traitement auquel sa maladie de Crohn répondait.« Ce traitement a fait toute la différence, dit Kate.Après cinq ou six traitements, nous avons retrouvé notre Robbie.Il se joignait à nouveau à nous pour les repas et il a recommencé à interagir avec ses amis. » « J\u2019ai l\u2019impression que ç\u2019a pris beaucoup de temps avant de trouver le bon traitement pour moi, mais quand ils l\u2019ont ?nalement trouvé, ç\u2019a été tout un soulagement », dit Robbie.Tout comme Robbie, Ryan Nesbitt, âgé de 22 ans, est atteint de la maladie de Crohn depuis qu\u2019il est tout jeune.Il aura fallu 13 ans pour trouver le médicament qui fonctionne pour lui, et qui lui permet de rester stable à ce jour.Ryan, un cinéaste nouvellement diplômé de l\u2019Université Ryerson à Toronto, a travaillé en collaboration avec Crohn et Colite Canada dans le but de créer un documentaire sur la maladie intestinale in?ammatoire.« C\u2019est un ?lm au ton léger, présenté en langage simple, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une conversation, explique-t-il.Il y a aussi de l\u2019animation pour rendre le tout plus amusant.L\u2019idée est de sensibiliser les gens à cette maladie et de faire en sorte que plus de gens comprennent ce dont il s\u2019agit.Plus il y aura de personnes qui connaîtront la maladie, mieux ce sera. » « Après toutes ces épreuves, ce serait horrible d\u2019avoir à changer de médicament, puisque celui-ci fonctionne », dit Ryan lorsqu\u2019on lui demande ce qu\u2019il pense d\u2019un changement de thérapie.Trouver un soulagement constant plus tôt pour les jeunes patients est un des principaux objectifs de Children with Intestinal and Liver Disorders (CH.I.L.D.), selon sa présidente et directrice générale, Mary Parsons.En partenariat avec les Instituts de recherche en santé du Canada, CH.I.L.D.a établi un réseau qui a « changé le paysage de la recherche au Canada », dit-elle.« Les enfants atteints de la maladie de Crohn commencent généralement par un protocole de traitement et, si ça ne fonctionne pas, ils passent à un autre protocole, et ainsi de suite, dit-elle.Cependant, grâce au Réseau canadien sur les maladies inflammatoires de l\u2019intestin chez l\u2019enfant : partenariat entre les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et la Fondation CH.I.L.D., une biopsie peut être faite chez un enfant et une \u201cboule d\u2019intestin\u201d est créée en laboratoire.On peut tester des médicaments sur cette \u201cboule\u201d.En gros, il est désormais possible de faire ces essais en laboratoire plutôt que sur l\u2019enfant. » Crohn et Colite Canada souligne l\u2019importance de la recherche dans le but d\u2019aider les quelque 250 000 personnes qui sont atteintes de maladies intestinales in?ammatoires au Canada.Angie Specic, vice-présidente du marketing et des communications, dit : « Notre mission est de trouver un traitement curatif et d\u2019améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de ces maladies, ainsi que toutes les personnes, familles et amis, qui sont touchées. » « Un patient peut mettre très longtemps à atteindre la stabilité, ajoute- t-elle.Avoir accès au bon traitement est donc d\u2019autant plus important.Voilà pourquoi nous demandons une meilleure couverture. » Robbie se bat maintenant pour les autres enfants qui souffrent de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse, tout en se préparant à entrer à l\u2019école secondaire.Dans le but d\u2019aider toutes les familles touchées par ces maladies à obtenir le soutien dont elles ont besoin, la famille Murray a mis sur pied Robbie\u2019s Rainbow.Grâce à cette œuvre caritative, Robbie a commencé à aider les autres tout en cherchant la stabilité et la normalité que tous les enfants devraient pouvoir savourer.Il y a beaucoup d\u2019options de traitement pour les maladies auto-immunes.Tous les traitements offrent des avantages thérapeutiques, mais comportent aussi des risques qui peuvent être graves.Les risques et les avantages peuvent être différents pour chacun.Si vous êtes atteint de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse, parlez à votre médecin des traitements qui pourraient vous convenir.Tout comme pour Robbie, il est important que tous les patients prennent leur situation en main et aient le contrôle de leur thérapie.DES TRAITEMENTS NOVATEURS DONNENT DE L\u2019ESPOIR AUX PATIENTS ATTEINTS DE LA MALADIE DE CROHN CONTENU COMANDITÉ PAR UNE COMPAGNIE DE RECHERCHE PHARMACEUTIQUE Cet article a été rédigé par Content Works, une division de création de contenu commercial de Postmedia, au nom d\u2019une compagnie de recherche pharmaceutique.Kate Murray et son ?ls ont créé leur fondation Robbie\u2019s Rainbow a?n d\u2019apporter un soutien aux enfants et leur famille atteints par la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse.Montréal pourrait renoncer aux luminaires controversés L\u2019administration Coderre rendra sa décision la semaine prochaine au sujet des lumières DEL (diodes électroluminescentes) dont elle veut doter ses 132 000 lampadaires.Mais le maire a admis mercredi qu\u2019il pourrait renoncer aux luminaires à 4000 kelvins (K) qui suscitent la controverse.Bien que la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal ait récemment statué que les DEL ne présentaient pas de risques pour la santé de la population, les doutes subsistent.Plusieurs villes, dont Toronto, Sherbrooke et Chicago ont écarté les DEL de 4000 K afin d\u2019opter pour des luminaires de 3000 K ou moins.« Il y a une question de sécurité, d\u2019environnement et de santé, a dit le maire Denis Coderre.Le dossier n\u2019est pas bouclé.La semaine prochaine, on va prendre une décision finale.» Le Devoir Vote de confiance chez les cols bleus de Montréal La tension est vive au sein du syndicat des cols bleus de Montréal.Les 6500 syndiqués seront appelés à se prononcer, jeudi, sur la confiance qu\u2019ils accordent à leur présidente, Chantal Racette, et aux membres de son exécutif.Le vote de confiance se déroulera de 6 h à 20 h au sous-sol de l\u2019église Saint-Arsène, située au 1025 de la rue Bélanger.Ce vote survient deux jours après que quatre dirigeants du syndicat ont été condamnés à payer 103 000$ pour un outrage au tribunal à la suite d\u2019un débrayage illégal.Le 10 décembre dernier, les membres avaient désavoué leur présidente dans une proportion de 50,5% lors d\u2019une assemblée.Selon ce qu\u2019a rapporté Le Journal de Montréal le mois dernier, Mme Racette est soupçonnée d\u2019avoir fait installer des GPS sur les véhicules de deux directeurs syndicaux en novembre dernier afin de vérifier leurs déplacements.Le Devoir La Colombie-Britannique dit oui à Trans Mountain Victoria \u2014 La Colombie-Britannique a donné son feu vert, mercredi, au projet d\u2019expansion de l\u2019oléoduc Trans Mountain.Le gouvernement fédéral avait déjà approuvé le projet de Kinder Morgan \u2014 d\u2019une valeur estimée à 6,5 milliards de dollars \u2014 à la fin de 2016, après que l\u2019Office national de l\u2019énergie eut donné son accord conditionnel au respect de 157 conditions.Le mois dernier, la première ministre Christy Clark avait déclaré que les cinq conditions fixées par son gouvernement pour qu\u2019il donne son aval au projet étaient presque remplies.Peu après avoir annoncé l\u2019approbation de Trans Mountain par son gouvernement, mercredi, Mme Clark a indiqué que ces cinq critères étaient respectés.L\u2019expansion de Trans Mountain vise à tripler la capacité de l\u2019oléoduc actuel, qui relie une localité située près d\u2019Edmonton, à Burnaby, en Colombie-Britannique.La Presse canadienne Les sanctions russes contre Freeland n\u2019impressionnent pas Ottawa \u2014 Pas question de retirer les sanctions canadiennes contre la Russie en échange de la levée de l\u2019interdiction de voyage dont fait l\u2019objet la ministre des Affaires étrangères, a tranché son bureau.« Aucune levée de sanctions contre la Russie n\u2019est prévue », a signalé mercredi dans un courriel une porte-parole de la nouvelle diplomate en chef du Canada.La ministre figure parmi les 13 Canadiens qui ont été inscrits en mars 2014 sur la liste noire du Kremlin en guise de représailles aux sanctions que le Canada a imposées après l\u2019annexion de la Crimée par la Russie.Dans un article publié un peu plus tôt, mercredi, l\u2019agence de presse gouvernementale russe Sputnik rapportait que le régime Poutine pourrait retirer Mme Freeland de cette liste en échange d\u2019un retrait de ces sanctions.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 E n 2013, la CAQ avait fait tout un cirque à propos de la petite Sandra, fille d\u2019un militaire blessé en Afghanistan, qui faisait partie de ces enfants de soldats francophones auxquels le gouvernement Marois voulait retirer le privilège de fréquenter l\u2019école anglaise.Au cours du débat sur le projet de loi 14, qui se voulait une «nouvelle loi 101», le député de La Peltrie, Éric Caire, lui-même un ancien membre des Forces armées, soutenait que les sacrifices consentis sur les champs de bataille justifiaient une exception à la règle que devaient respecter tous les autres francophones du Québec.Il faut aussi dire que sa circonscription abrite la base de Valcartier.Le plus étonnant avait été de voir le rédacteur en chef de la Revue juridique des étudiants en droit de l\u2019Université Laval dénoncer la « cruauté » du PQ, invoquant la considération due « aux fils et aux filles des héros de guerre ».La ministre responsable de la Char te de la langue française, Diane de Courcy, voyait plutôt dans ce privilège l\u2019équivalent des « écoles passerelles », qui permettaient aux mieux nantis d\u2019acheter le droit d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise moyennant un coûteux séjour dans un établissement non subventionné.L\u2019exemption prévue dans la loi 101 visait à l\u2019origine les enfants de soldats anglophones affectés temporairement à une base en territoire québécois et avait été indûment étendue aux francophones, mais M.Caire accusait plutôt le PQ de chercher à créer « un conflit autour du drapeau canadien » pour promouvoir la souveraineté.Il est vrai que des militaires francophones peuvent être mutés dans des provinces anglophones, mais l\u2019armée canadienne a précisément fait en sorte que leurs enfants puissent fréquenter une école française.Il y en a une à proximité de 24 des 25 bases canadiennes, l\u2019exception étant celle de Gander à Terre-Neuve.Il est pour le moins paradoxal que le gouvernement du Québec sabote ces efforts en les incitant plutôt à choisir l\u2019école anglaise.?Jean-François Lisée, qui faisait par tie du gouvernement Marois, convient volontiers qu\u2019il y a là une incongruité, mais il a néanmoins décidé de ne pas inclure cette disposition du projet de loi 14 dans la « proposition principale » qui sera soumise au conseil national en fin de semaine prochaine.Inévitablement, la CAQ referait le même débat qu\u2019à l\u2019époque et le chef du PQ estime que le coût politique serait trop élevé, compte tenu du faible rendement en matière de francisation.« Il faut choisir ses combats », a-t-il fait valoir mercredi au cours d\u2019une entrevue au Devoir.Il fait le même calcul dans le cas des municipalités auxquelles la loi 101 avait reconnu un statut bilingue.Le gouvernement Marois projetait de leur retirer ce statut si la proportion de résidants anglophones tombait sous la barre des 50 %, mais M.Lisée y a renoncé.Selon lui, ce serait «beaucoup de divisions pour peu de résultats ».Il aurait pu ajouter qu\u2019une telle mesure, qui avait déclenché l\u2019ire de la communauté anglophone il y a cinq ans, compromettrait d\u2019entrée de jeu la reprise du dialogue qu\u2019il dit souhaiter.Il reconnaît aussi qu\u2019il n\u2019est pas normal que la moitié des allophones choisissent de s\u2019inscrire au cégep anglais après avoir fait leurs études primaires et secondaires en français, mais étendre les dispositions de la loi 101 au niveau collégial, comme l\u2019avait résolu le congrès d\u2019avril 2011, lui apparaît trop périlleux sur le plan politique.?Il est vrai que des mesures comme l\u2019obli- gat ion pour les immigrants d \u2019avoir une connaissance suf fisante du français avant d\u2019être admis au Québec, l\u2019extension des programmes de francisation aux entreprises de 25 à 49 employés ou encore l\u2019enseignement obligatoire du français dans les cégeps et universités de langue anglaise semblent nettement plus por teuses.Les délégués au conseil national devraient leur faire bon accueil, mais l\u2019« ouver ture » de M.Lisée à la communauté anglophone l\u2019a toujours rendu suspect aux yeux de certains.En 1996, on avait vu en lui le mauvais génie qui avait inspiré à Lucien Bouchard son fameux discours au théâtre Centaur, alors qu\u2019au lendemain du référendum de 1995 les militants péquistes étaient plutôt d\u2019humeur à revenir aux dispositions originelles de la loi 101.En février 2013, Jacques Parizeau avait dénoncé son « bon-ententisme » quand il avait dit trouver souhaitable que les proposés aux stations de métro particulièrement fréquentées par des anglophones, qu\u2019il s\u2019agisse de résidants ou de touristes, soient en mesure de leur répondre dans leur langue.M.Lisée se dit toujours du même avis.Ceux qui rêvent d\u2019un retour à une Charte de la langue française « pure et dure » devront s\u2019adresser ailleurs.Mais où ?Le Mouvement pour un Québec français a eu beau encenser les projets de la CAQ en matière de francisation, son adhésion au Canada en limiterait inévitablement la portée.mdavid@ledevoir.com Le souvenir de Sandra MICHEL DAVID JACQUES NADEAU LE DEVOIR Des juristes de l\u2019État en grève ont profité du point de presse du ministre Arcand pour faire entendre leurs revendications.A L E X A N D R E S H I E L D S Le gouvernement Couillard fixe finalement les règles qui permettront aux municipalités régionales de comté (MRC) de déterminer les portions de territoire qui seront « incompatibles » avec le développement minier.Celles-ci devront toutefois vivre avec les titres miniers déjà accordés et les projets déjà entamés.Selon ce qu\u2019a fait valoir mercredi le ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Ar- cand, les MRC «pourront favoriser la cohabitation harmonieuse de l\u2019activité minière avec les autres utilisations du territoire», grâce à leurs nouveaux pouvoirs en matière d\u2019aménagement.Québec prévoit ainsi que dans les limites des territoires dits «urbanisés », les MRC pourront désigner sans contraintes les secteurs où seront interdits les projets d\u2019exploration et d\u2019exploitation minière.Dans le cas de territoires situés en dehors des secteurs urbanisés, les MRC pourront déterminer des zones « incompatibles », mais en répondant à une série de critères fixés par le gouvernement et en justifiant leur décision.À titre d\u2019exemple, les territoires agricoles exploités pourraient être exclus des secteurs accessibles à l\u2019industrie minière.«La soustraction à l\u2019activité minière du territoire complet d\u2019une MRC à l\u2019extérieur des périmètres d\u2019urbanisation n\u2019est pas acceptable pour le gouvernement compte tenu notamment du potentiel minéral du territoire québécois», précise par ailleurs le «document d\u2019orientation» rendu public mercredi par le gouvernement.Titres miniers Le ministre Arcand a aussi reconnu que les MRC devront vivre avec les titres miniers déjà accordés au fil des ans.Ceux-ci représentent plus de 65 410km2 au Québec.Une majorité de ces titres sont toutefois répartis dans le nord du Québec.Il en existe toutefois plusieurs dans le sud de la province, notamment dans les régions de Gatineau, des Cantons-de-l\u2019Est, de Charlevoix et du Saguenay.Cette annonce ne change rien non plus pour les projets déjà entamés, comme celui de la mine d\u2019or à ciel ouvert de Malartic, ou alors le projet Mine Arnaud, à Sept-Îles.Le ministre n\u2019a d\u2019ailleurs pas voulu dire si les nouveaux pouvoirs des MRC sonneraient le glas de ce type de projets, développés tout près de secteurs résidentiels.En évoquant le cas de la mine Canadian Malartic, il a cependant dit que les nouvelles règles devraient, «pour l\u2019avenir, éviter les problématiques vécues dans le passé».Réagissant à l\u2019annonce du ministre, l\u2019Union des municipalités du Québec a dit au Devoir qu\u2019elle était satisfaite de l\u2019octroi de ces nouveaux pouvoirs pour les MRC.Elle espère maintenant que le ministre Arcand pourra s\u2019inspirer de ces mesures pour la nouvelle Loi sur les hydrocarbures.Du côté de l\u2019Association minière du Québec, on a invité les MRC à exercer leurs nouveaux pouvoirs « en collaboration » avec les minières, en affirmant notamment que le développement des projets peut se faire «dans le respect des populations locales ».Le Devoir Les MRC obtiennent un pouvoir accru sur les mines A M É L I E D A O U S T - B O I S V E R T Québec tient tête à Ottawa et refuse de fournir une estimation des frais accessoires facturés aux patients en clinique depuis 2014-2015.Ottawa a déjà averti Québec que des «déductions équivalentes» aux frais payés par les patients en clinique s\u2019appliqueraient «obligatoirement» au transfert canadien en matière de santé, et ce, même si ces frais seront désormais en majorité interdits à compter du 26 janvier prochain, comme l\u2019a confirmé mercredi le ministre de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Gaétan Barrette.Dans une lettre envoyée le 11 octobre dernier, ce dernier refuse de fournir les chiffres que son homologue Jane Philpott lui avait demandés par lettre le 6 septembre précédent.«Au sujet des dispositions de la Loi canadienne sur la santé sur la déclaration de toute surfactura- tion ou de tous frais modérateurs, j\u2019aimerais vous rappeler que c\u2019est envers l\u2019Assemblée nationale et la population du Québec que notre gouvernement est imputable du fonctionnement du système de santé québécois», lui répond M.Barrette.C\u2019est le MSSS qui a envoyé une copie de la réponse du ministre Barrette au Devoir en réponse à une question.Quelles conséquences?Comment réagira Ottawa, dont les relations avec Québec sont déjà tendues au sujet des transferts en santé ?Le cabinet de la ministre Philpott reste vague.«Nous avons été satisfaits de la décision du Québec de mettre fin aux frais d\u2019utilisation.Nous avons reçu la réponse du Québec à notre demande antérieure et nous continuerons notre conversation avec eux sur cette question», a répondu son attaché de presse, Andrew MacKendrick, aux questions du Devoir.Du côté de Québec, on dit « [continuer] nos démarches afin d\u2019obtenir des transferts appropriés », indique l\u2019attachée de presse de Gaétan Barrette, Julie White.L\u2019avocat Jean-Pierre Ménard estime que Québec s\u2019expose à des coupes de l\u2019ordre de 150 millions de dollars.«Le ministre se défile de ses responsabilités » en refusant de répondre aux questions du fédéral, juge-t-il.Selon lui, Gaétan Barrette « ne respecte pas la parole du Québec au détriment des patients et au profit d\u2019un petit groupe de médecins».L\u2019avocat croit que Québec aurait dû entamer des démarches pour recouvrir les sommes perçues auprès des patients par les médecins et les cliniques fautives.Gaétan Barrette a déjà évoqué publiquement que les frais accessoires pouvaient s\u2019élever à 83 millions par an, mais il n\u2019existe pas d\u2019évaluation indépendante officielle de ces frais.Me Ménard a retiré sa poursuite judiciaire contre le gouvernement fédéral, qui visait à obliger Ottawa à faire respecter la Loi canadienne sur la santé par le Québec, après qu\u2019Ottawa eut agi dans ce dossier.Interdiction en vigueur le 26 janvier Annoncée le 14 septembre, c\u2019est finalement le 26 janvier que l\u2019interdiction de facturer des frais aux patients pour des soins de santé assurés en clinique entrera en vigueur.Les frais seront abolis, mais les ser vices, eux, seront-ils toujours disponibles pour les patients ?Aucune entente n\u2019est signée avec les médecins.«Qui va payer les équipements?Il n\u2019y a rien de prévu», a affirmé la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francœur, lors d\u2019une conférence téléphonique avec les journalistes.«Le ministre nous met au pied du mur et espère qu\u2019on va plier les genoux.Ça n\u2019arrivera pas», a-t-elle averti.Les spécialistes se disent prêts à absorber les coûts des petites interventions, mais pas des « équipements lourds », comme ceux utilisés en physiatrie ou en gastro-entérologie.Ces services disparaîtront-ils des cliniques ?« Aucun médecin n\u2019est obligé d\u2019avoir un cabinet, répond la Dre Francœur.Qu\u2019on ouvre des plateaux techniques au public et nous allons travailler.» Craintes pour l\u2019accès Bien qu\u2019il se réjouisse de l\u2019abolition des frais accessoires, Paul Brunet craint les effets collatéraux pour les patients.« Le ministre autant que les médecins font partie du problème et de la solution.Ils sont condamnés à réussir, affirme le p.-d.g.du Conseil pour la protection des malades.Ce sera une faillite monumentale si les patients se retrouvent à l\u2019urgence parce que cette guerre-là n\u2019est pas réglée.» L\u2019avocat Cory Verbauwhede, qui pilote une action collective contre les cliniques et le gouvernement dans le dossier des frais accessoires abusifs, déplore que plutôt que d\u2019abolir ces frais, Québec en autorise deux, soit le transport d\u2019échantillons biologiques et de sang.La loi est « fragile », selon lui : « un règlement peut venir ajouter d\u2019autres frais », rappelle-t-il.La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) affirme qu\u2019elle financera la vasectomie en cabinet à même son enveloppe globale, et qu\u2019il ne reste à Québec qu\u2019à entériner le tout.Divers médicaments utilisés par les omnipraticiens en cabinet, comme l\u2019azote liquide ou des anti-inflammatoires injectables, seront fournis aux cliniques par le réseau de la santé.« Il reste de petits points à régler », indique le directeur des communications de la FMOQ, Jean-Pierre Dion, qui croit que, majoritairement, les patients auront encore accès aux services en cabinet offerts par les médecins de famille.Le Devoir SANTÉ Québec s\u2019expose aux sanctions d\u2019Ottawa Les frais accessoires seront abolis le 26 janvier prochain dans la province Vers une expansion de Canadian Malartic?Le ministre Arcand n\u2019a pas voulu dire mercredi si le gouvernement autorisera le projet d\u2019expansion de Canadian Malartic, qui souhaite poursuivre l\u2019exploitation de sa mine d\u2019or à ciel ouvert en Abitibi.Selon ce qu\u2019il a fait valoir, le dossier serait toujours en cours d\u2019analyse à Québec, après le dépôt du rapport du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement l\u2019automne dernier.Le rapport du BAPE conclut notamment que les lois environnementales de la province sont inadéquates pour encadrer l\u2019exploitation d\u2019une telle mine à ciel ouvert, mais aussi que le gouvernement n\u2019utilise pas les moyens coercitifs dont il dispose pour faire respecter la réglementation en vigueur. S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L I S A - M A R I E G E R V A I S I l a suf fi de quelques petites heures pour mesurer encore une fois la grande mutation médiaticopolitique en cours.Mardi soir, alors que l\u2019exceptionnel tribun Barack Obama livrait son adresse d\u2019adieu à la république sur les ondes de toutes les vieilles chaînes de télé américaines, le média de diver tissement et d\u2019information en ligne Buzz- Feed faisait éclater une bombe sociopolitique.Une de plus visant le président désigné.Le site américain, plus habitué aux listes insignifiantes \u2014 du genre : les dix plus belles joueuses de ping-pong \u2014, dévoilait un rapport de 35 pages d\u2019un ancien espion britannique sur de supposées liaisons, depuis des années, entre Donald Trump et la Russie de Pou- tine.Le document ultra-secret évoque aussi une vidéo compromettante avec des prostituées qui pourrait faire chanter le milliardaire à la houppe.Dès 3 h dans la nuit de mercredi, M.Trump twittait pour accuser « les agences de renseignement » d\u2019avoir coulé l\u2019info déjà portée à sa connaissance lors de breffages.«Un dernier coup sur moi.Vivons-nous dans l\u2019Allemagne nazie?» Quelques heures plus tard, il organisait sa première conférence de presse depuis une demi-année.Là encore, rien ne ressemblait à rien.Donald Trump a commencé son inter- locution devant une salle bondée de repor ters les deux mains posées de chaque côté du podium, en leur lançant : « J\u2019ai un grand respect pour la liberté de la presse et tout ça.» Il a ensuite dénoncé Buzz- Feed comme «un tas d\u2019ordures sur le déclin » tout en rejetant les « fausses informations » du rapport.Il a aussi visé CNN et ses reporters.Informations non vérifiées Plusieurs médias ont aussi dénoncé la publication du document qu\u2019eux-mêmes s\u2019étaient refusés à publier, même s\u2019ils l\u2019avaient en main.Son contenu demeure non vérifié, voire non vérifiable.Tous les médias ne se sont tout de même pas privés pour relayer l\u2019information éventée.« C\u2019était incroyablement irresponsable », a estimé Dan Kennedy, professeur de journalisme à l\u2019Université Northeastern, en entrevue à l\u2019AFP, en parlant de la dif fusion initiale qui a fait boule de neige.Pour lui, ce choix pourrait saper encore davantage la confiance du public dans les médias, attaqués très régulièrement durant la campagne.« Ça ne date pas d\u2019hier le conflit avec certains médias et avec CNN.Ça ne date pas du rapport de BuzzFeed, rappelle Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandu- rand, spécialiste de la politique américaine.L\u2019animosité, qui est là dans les deux camps, date des primaires, mais on s\u2019en souvient peu.» Le chercheur évoque un épisode « que Trump n\u2019a pas digéré», au printemps dernier.Il avait déjà l\u2019investiture républicaine en main.Une des dernières primaires se préparait.«CNN avait fait un panel, et il n\u2019y avait qu\u2019un pro-Trump sur environ huit panélistes, dit M.Jacob.Il y avait par contre quatre anti-Trump farouches.Ça, il ne l\u2019a pas digéré, il a ret- witté et a dénoncé ce geste de CNN.[\u2026] C\u2019est ce qu\u2019on voit éclater.Ce n\u2019est pas quelque chose qui a commencé hier, il y a beaucoup des ressentiments de part et d\u2019autre.» Le clan Trump a systématiquement dénigré la presse, accusée de colporter de fausses infos.Durant les rassemblements interminables des partisans, les reporters étaient cantonnés à des espaces délimités et systématiquement insultés pendant les discours.« Il répétait ad nauseam le mot \u201c scum \u201d [pourriture] en parlant des journalistes, ce que ceux-ci n\u2019appréciaient pas particulièrement, ajoute M.Jacob.Tout ça pour dire que ça ne date pas d\u2019hier, leur mauvaise relation, et que ça ira en s\u2019empirant.Ça risque de donner une dynamique explosive, mais, admettons-le, diver tissante somme toute.» Le Devoir C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris «U ne chose m\u2019inquiète en Amérique, c\u2019est que les gens [\u2026] se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme.» Non, ce jugement ne concerne pas Donald Trump.Il a plutôt été proféré en 1980 par le grand romancier Norman Mailer, qui qualifiait ainsi l\u2019élection de Ronald Reagan.Un président aujourd\u2019hui unanimement encensé par les républicains autant que par les démocrates.En sera-t-il de même avec Donald Trump, qui entrera à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain sous une avalanche de critiques et d\u2019insultes comme rarement un président en a connu?Rares sont les journalistes qui ne se contentent pas d\u2019ajouter leur voix à ce défoulement médiatique.Ce qui distingue la correspondante du Figaro à Washington Laure Mandeville («Qui est vraiment Donald Trump?», Le Fi- garo-Équateurs), c\u2019est qu\u2019elle a très tôt pris Donald Trump au sérieux.«J\u2019ai vu assez vite que ce personnage totalement hors-norme n\u2019était pas une étoile filante, dit- elle.Alors que les médias américains passaient leur temps à annoncer sa disparition, il renaissait chaque fois.J\u2019ai vite compris que, derrière cette capacité à rebondir, se cachait quelque chose de profond.» Une colère sourde C\u2019est en sillonnant les États- Unis que Laure Mandeville découvrira que Trump était l\u2019étincelle qui allait mettre le feu à une plaine qui ne demandait qu\u2019à s\u2019embraser.Il lui aura suffi de quelques mots, dit-elle, pour rejoindre la colère sourde qui, malgré la bonne santé apparente de l\u2019Amérique, couvait dans le pays.«Trump a instinctivement perçu cette colère et il a décidé de la mettre à profit.Il lui aura suffi de quelques mots- clés prononcés dans l\u2019escalier mécanique de la Trump Tower.Le premier fut le mot \u201c frontière \u201d.Un pays sans frontière n\u2019est pas un pays, dit-il.L\u2019autre mot-clé, c\u2019est la \u201c protection \u201d, qui va se révéler essentielle.On ne peut pas, dit-il, continuer à accepter des accords commerciaux qui sont défavorables aux États-Unis.Je vous protégerai contre ceux qui ont désindus- trialisé ce pays !» C\u2019est à partir de ce moment que l\u2019électorat américain lui prêtera une oreille de plus en plus attentive, peu importent ses excès, dit Laure Mande- ville.Mais le dernier ingrédient de la recette Trump, dit-elle, fut son côté antipolitiquement correct.«Ceux qui ont vécu aux États-Unis savent combien la dictature du politiquement correct est omniprésente et à quel point l\u2019ultragauche a pris le contrôle des idées dans les universités.Je pense qu\u2019au fond, même si Trump exagère et en dit toujours trop, même s\u2019il est parfois très inquiétant, le peuple américain se dit que seul un personnage aussi indomptable pourra renverser la vapeur.» Il y a huit ans, Barack Obama n\u2019avait-il pas lui aussi promis de «réparer Washington» et de gouverner « au-delà des par tis » ?Mais les Américains en sont rendus à un point tel d\u2019exaspération, dit Mandeville, qu\u2019ils veulent «quelqu\u2019un qui va renverser la table et casser le système.Trump est un perturbateur.C\u2019est l\u2019homme qui vient tout remettre en cause sans tabous, sans limites, avec une audace et même une grossièreté qui trouvent un écho parce que les gens ne croient plus à la manière de faire traditionnelle.Au fond, les Américains ne veulent plus d\u2019un héros, mais d\u2019un antihéros.Quelqu\u2019un qui donne un coup de pied dans la fourmilière.» D\u2019abord américain Selon la correspondante du Figaro, Trump a saisi le désarroi de ces gens dont on ne parle jamais, la classe blanche paupérisée abandonnée par les démocrates.«Depuis des années, les libéraux étaient convaincus que les minorités leur assureraient la victoire électorale.Ils avaient complètement oublié la question de classe.» Or, les inégalités se sont creusées de manière spectaculaire sous Obama.Selon Laure Mandeville, cette colère de la classe moyenne n\u2019est pas nouvelle.Elle remonte au moins au Tea Party, qui a été perçu de manière trop caricaturale, comme un simple mouvement raciste et antimoderme par la gauche libérale, dit-elle.Ce dégoût de l\u2019alliance entre l\u2019argent et l\u2019État a aussi traversé la gauche avec le mouvement Occupy et le phénomène Bernie Sanders.D\u2019ailleurs, un certain nombre de ces électeurs se sont abstenus ou ont voté Trump.La journaliste est convaincue que les Américains ont aussi été sensibles à l\u2019appel de Tr ump selon qui on est d\u2019abord Américain avant d\u2019être Noir, latino ou femme.« Cela rappelle paradoxalement l\u2019approche française de la citoyenneté républicaine, dit-elle.Alors que les libéraux américains n\u2019ont cessé de traiter la France de raciste et de critiquer son attitude quant aux religions, au- jourd\u2019hui, il pourrait y avoir plus de points communs que l\u2019on croit entre la France et les États-Unis sur la façon de combattre le terrorisme et l\u2019islamisme.En passant, ces débats sont beaucoup plus avancés en France qu\u2019aux États-Unis.» L\u2019ère de l\u2019incertitude Si l\u2019élection de Donald Trump ferme la page des années Clinton, Bush et Obama, elle ouvre une ère beaucoup plus imprévisible, estime la journaliste du Figaro.Bien malin qui pourrait prévoir ce qu\u2019il adviendra de cette révolte contre les élites.Les institutions américaines seront-elles suffisamment fortes pour la digérer ?Trump créera-t-il de «divines surprises » comme Ronald Reagan en son temps?Sa volonté de tout remettre en cause déstabilisera-t-elle le système national et international au point de mettre l\u2019Occident en position de faiblesse par rapport à la Russie ?Heureusement, ce n\u2019est pas un homme d\u2019idéologie, soupire Laure Mandeville.C\u2019est un pragmatique, comme l\u2019ont noté le politologue Walter Russel Mead et l\u2019ancien secrétaire d\u2019État Henry Kissinger.« Il dit que son fil conducteur sera l\u2019intérêt des États-Unis, qu\u2019il gardera ce qui marche et abandonnera ce qui ne marche pas sans compas idéologique.Fort bien, mais aura-t-il un compas moral ?Après tout, les États-Unis restent le défenseur d\u2019une certaine idée des libertés.Le penchant de Trump en faveur de la Russie donnera-t-il lieu à un nouvel Yalta qui se fera sur le dos de l\u2019Europe de l\u2019Est ?» La correspondante n\u2019a pas de réponse à ces questions.Mais elle s\u2019inquiète de l\u2019opposition systématique des grands médias qui ont largement dépassé leur mission d\u2019informer, dit- elle, en faisant tout pour abattre Trump.«Les grands médias l\u2019ont d\u2019abord pris pour un clown, dit-elle.Il était tellement à l\u2019opposé de leur doxa idéologique sur la globalisation heureuse.À par tir du moment où ils ont compris qu\u2019il allait gagner, ils ont basculé dans un parti pris absolu qui les aveugle toujours sur ses capacités et sur le mouvement de colère qu\u2019il représente.» Cet épisode laisse un goût amer à la journaliste, qui s\u2019inquiète du discrédit radical dont jouissent aujourd\u2019hui les médias américains dans la population.« J\u2019ai le sentiment que les Américains ne croient plus dans leurs médias.C\u2019est très dangereux, car ils se précipitent vers des médias alternatifs par fois complètement dingues ou qui donnent carrément dans la propagande.On a d\u2019un côté des médias qui refusent obstinément la légitimité du président.Et de l\u2019autre, de nouveaux médias qui lui permettent de passer outre.Cette rupture totale entre les élites, les médias et Trump est inquiétante.Surtout dans un contexte international qui demeure terriblement fragile.» Le Devoir L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 A 4 A 5 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 SETH WENIG ASSOCIATED PRESS Des centaines de journalistes et de partisans ont assisté à la conférence de presse de Donald Trump mercredi.N I C O L A S R E V I S E à Washington Le chef de la diplomatie américaine choisi par Donald Trump, Rex Tillerson, s\u2019est démarqué mercredi du président désigné des États-Unis, en particulier sur la Russie, un «danger», mais aussi sur la prolifération nucléaire et le changement climatique.Le patron du géant pétrolier ExxonMobil entre 2006 et 2016, auditionné pendant plus de neuf heures par la Commission des affaires étrangères du Sénat pour être confirmé comme secrétaire d\u2019État, est un proche du président russe, Vladimir Poutine, avec lequel Donald Tr ump prône justement un rapprochement.« La Russie représente au- jourd\u2019hui un danger», a jugé Rex Tillerson, assurant que Washington et Moscou ne seront « probablement jamais amis », car leurs « systèmes de valeurs sont clairement dif férents».Il a condamné le fait que Moscou avait «envahi l\u2019Ukraine en s\u2019emparant de la Crimée et apporté son soutien aux forces syriennes», réclamant une «réponse vigoureuse» des États-Unis.M.Tillerson, un Texan de 64 ans à l\u2019imposante carrure et qui s\u2019exprimait pour la première fois depuis sa nomination le 13 décembre, a toutefois refusé de suivre le sénateur républicain Marco Rubio, qui a traité Vladimir Poutine de «criminel de guerre».Celui qui a fait toute sa carrière chez ExxonMobil avait tissé dès 1999 une relation qu\u2019il avait lui-même qualifiée de «très proche» avec le chef du Kremlin.Ce dernier l\u2019avait d\u2019ailleurs décoré en 2012 de l\u2019ordre de l\u2019Amitié, notamment pour les investissements d\u2019Exxon dans l\u2019industrie pétrolière russe.Durant la campagne présidentielle, le candidat Trump avait vanté au contraire une détente Washington-Moscou et critiqué l\u2019Alliance atlantique et son principe de solidarité entre États membres en cas d\u2019agression extérieure.Cela avait inquiété les alliés européens de l\u2019Amérique.Rex Tillerson, qui brigue la tête de la diplomatie américaine, a également reconnu que les « activités récentes » de la Russie allaient «à l\u2019encontre des intérêts américains».M.Tillerson a aussi été interrogé sur le piratage informatique durant la présidentielle américaine pour lequel Washington accuse Moscou.Il a admis du bout des lèvres qu\u2019on « pouvait raisonnablement penser » que le président russe était derrière.Mais pour l\u2019industriel, novice en politique, la riposte américaine, sous forme de sanctions imposées par le président sortant Barack Obama, « fait du mal aux milieux d\u2019affaires américains» désireux d\u2019investir en Russie.Il ne s\u2019est d\u2019ailleurs pas engagé sur la poursuite de ces représailles juridiques et financières antirusses.Autres dossiers M.Tillerson a aussi fait entendre sa différence par rapport à Donald Trump dans d\u2019autres dossiers stratégiques: il a assuré que les États-Unis continueraient d\u2019œuvrer à la non-prolifération nucléaire dans le monde et qu\u2019ils resteraient impliqués contre le réchauffement climatique.Les ministres nommés par M.Trump ont besoin de 51 sénateurs sur 100 pour être confirmés.Les républicains sont 52.Si tous les démocrates et trois républicains votent contre Rex Tillerson, il ne sera pas chef de la diplomatie.Marco Rubio semblait particulièrement remonté, rappelant à M.Tiller- son que « l\u2019Amérique avait à cœur la démocratie et la liberté » et qu\u2019elle avait « besoin d\u2019un secrétaire d\u2019État qui se batte pour ces principes».Agence France-Presse Tillerson dénonce le « danger » russe Le secrétaire d\u2019État désigné a été questionné par le Sénat mercredi Un électron libre à la Maison-Blanche Rencontre avec celle qui a vu venir « président Trump », la journaliste Laure Mandeville Je pense qu\u2019au fond, même si Trump exagère et en dit toujours trop, [.] le peuple américain se dit que seul un personnage aussi indomptable pourra renverser la vapeur Laure Mandeville « » Des tensions à leur paroxysme Regard sur les rapports troubles entre le président désigné et les médias américains ALEX WONG GETTY/AFP Rex Tillerson A N A Ï S L L O B E T M A R I N A L A P E N K O V A à Moscou D es vidéos à caractère sexuel filmées secrètement par les Russes pour faire pression sur le futur président américain : ces informations américaines non confirmées ressemblent à un film d\u2019espionnage, mais renvoient à des pratiques utilisées par tous les services secrets, élevées au rang d\u2019art par les Russes.Plusieurs médias américains ont rapporté des informations selon lesquelles les chefs du renseignement américain ont informé Donald Trump de l\u2019existence de dossiers compromettants pour lui qui auraient été recueillis pendant des années par la Russie afin d\u2019éventuellement le faire chanter.La presse américaine cite, entre autres, une vidéo à caractère sexuel présumée impliquant des prostituées, filmée clandestinement lors d\u2019une visite du milliardaire à Moscou en 2013 par les services russes.Si rien ne permet pour l\u2019heure de confirmer ces informations, le renseignement américain les juge crédibles.Le Kremlin en revanche rejette catégoriquement ces accusations.Cet épisode rappelle le kompromat, ou « dossier compromettant » en russe, une tactique utilisée par tous les services secrets, notamment le KGB, à l\u2019époque soviétique.La compromission d\u2019un responsable occidental, grâce au charme d\u2019une belle Russe, en est même devenue un cliché, un stéréotype, un passage obligé du roman ou du cinéma d\u2019espionnage.Après la chute de l\u2019Union soviétique, dans le chaos des années 1990, le kompromat est devenu un instrument de choix pour mener des campagnes visant à discréditer hommes politiques, hommes d\u2019af faires ou hauts fonctionnaires.«Tous les services secrets du monde le font, et nous ne sommes pas une exception», admet l\u2019expert Mikhaïl Lioubimov, qui a longtemps dirigé les opérations du KGB contre le Royaume-Uni et les pays scandinaves.Guerre froide Photographié avec un partenaire du même sexe alors que l\u2019homosexualité était interdite au Royaume-Uni, John Vassall, attaché naval britannique à Moscou de 1954 à 1956, est ainsi forcé à devenir l\u2019un des plus célèbres espions du KGB en Grande-Bretagne.Son compatriote John Profumo, ministre de la Guerre, tombe en 1963 dans un piège similaire : il fréquente de près une jeune fille de 19 ans, également l\u2019amante d\u2019un haut gradé soviétique en poste à Londres.En 1964, c\u2019est au tour d\u2019un ambassadeur français, Maurice Dejean, d\u2019en faire les frais : des agents du KGB filment l\u2019homme marié en pleins ébats avec une jeune actrice russe, provoquant aussitôt son rappel à Paris par le général de Gaulle, qui le congédie.Plus récemment, en 2009, un diplomate britannique en poste en Russie démissionne après la diffusion sur Internet d\u2019une vidéo le montrant avec deux prostituées.«Le chantage par les relations sentimentales est aussi ancien que l\u2019amour lui-même», remarque M.Lioubimov.Entre oligarques Mais les principales victimes de cette tactique sont, depuis la fin de la guerre froide, les Russes eux-mêmes.La «guerre des kompromat» a notamment fait rage au début des années 1990, quand les oligarques russes luttaient entre eux pour le contrôle des grandes entreprises et utilisaient leurs empires médiatiques pour se lancer les pires accusations.Au printemps 1999, le procureur général Iouri Skouratov tombe à son tour : la télévision diffuse une vidéo, dont l\u2019authenticité n\u2019a jamais été prouvée, présentée comme le montrant avec des prostituées, qu\u2019un prévenu aurait payées.Et en 2010, une certaine Katia séduit plusieurs opposants au Kremlin et filme en secret leurs ébats, qu\u2019elle diffuse ensuite en ligne.De leur côté, des chaînes de télévision pro-Kremlin telles que NTV ou Li- feNews n\u2019hésitent pas à recueillir par leurs propres moyens des kompromat contre les opposants, en utilisant écoutes téléphoniques et caméras cachées.Mais, prévient Mikhaïl Lioubimov, «le kompro- mat est une sorte de boomerang.» «Personne ne peut vivre longtemps sous la menace du kompro- mat : à un moment, on ne le supporte plus et on devient progressivement un ennemi, explique l\u2019ancien maître-espion.C\u2019est un outil dangereux.» Agence France-Presse HISTOIRE Le «kompromat», version russe du chantage par compromission FREDERIC J.BROWN AGENCE FRANCE-PRESSE Les partisans de Donald Trump s\u2019en sont pris au réseau CNN eux aussi, le qualifiant de « chaîne de nouvelles des Clinton».Les principales victimes de cette tactique sont les Russes eux-mêmes TRUMP DEVANT LES CAMERAS Si l\u2019élection de Donald Trump ferme la page des années Clinton, Bush et Obama, elle ouvre une ère beaucoup plus imprévisible Entre le discours d\u2019adieu de Barack Obama mardi soir à Chicago et la conférence de presse donnée mercredi matin par Donald Trump à New York, le décalage épouvante.Le président désigné, qui entre en fonction dans neuf jours, est un bouffon qui nous sera tout sauf amusant.ans un fulgurant moment d\u2019honnêteté, Donald Trump a reconnu pour la première fois mercredi que la Russie était sans doute derrière le piratage informatique du Parti démocrate pendant la campagne présidentielle de l\u2019automne dernier.Ce qui est largement admis depuis plusieurs semaines, y compris par beaucoup de républicains.La conférence de presse, sa première en six mois, lui aura d\u2019abord été l\u2019occasion de casser à nouveau du sucre sur le dos des médias et des services de renseignement américains, à la lumière d\u2019allégations diffusées la veille, compromettantes pour lui sur le plan personnel (sous la forme de frasques sexuelles commises avec des prostituées lors d\u2019un voyage en Russie en 2013), mais surtout politique (comme les fuites font état de communications suivies pendant la campagne entre Moscou et l\u2019équipe de Trump).Des informations à l\u2019authenticité au demeurant incertaine, faut-il le souligner, que M.Trump ne s\u2019est évidemment pas gêné pour présenter comme une énième manœuvre du «système» pour lui nuire.Nouvel épisode, donc, dans l\u2019incroyable feuilleton de l\u2019espionnage russe et de l\u2019intervention de Moscou dans le processus électoral américain.Les informations ont été collectées par un ancien agent du contre-espionnage britannique engagé par une organisation anti-Trump et étaient au moins en partie connues des autorités américaines et des salles de rédaction depuis l\u2019automne dernier.Au-delà des soi-disant vidéos sexuelles éventuellement destinées à servir de matériau de chantage, les mémos qui sont potentiellement les plus inquiétants concernent des rencontres qui auraient eu lieu entre des membres de l\u2019entourage de M.Trump et des représentants russes pour discuter du piratage de la machine démocrate.Les informations veulent que M.Trump ait été personnellement au courant de l\u2019opération et qu\u2019il l\u2019ait même encouragée contre la promesse de ne pas critiquer le président Vladimir Poutine pour l\u2019intervention militaire russe en Ukraine.Que les médias soient tenus de traiter avec la plus grande prudence ces allégations non véri?ées est indéniable.M.Trump a eu beau jeu de le leur rappeler.Mais il n\u2019était pas sans ironie de voir mercredi ce ?effé menteur déchirer sa chemise autour de cette « fausse information » et dénoncer l\u2019absence de « boussole morale» de la part de certains médias.Pour ne pas avoir hésité en campagne électorale à manipuler les faits et à laisser courir un certain nombre de « fausses nouvelles», le voici dans la position de l\u2019arroseur arrosé.M.Trump aura tenu en conférence de presse des propos d\u2019une vacuité monumentale.Comment s\u2019y prendra-t-il pour démanteler l\u2019Obamacare, dans un contexte où son engagement risque de faire perdre leur assurance maladie à 20 millions d\u2019Américains?On n\u2019en a rien su, sinon qu\u2019il agira « très bientôt ».De la même manière qu\u2019au chapitre des risques de con?its d\u2019intérêts auquel s\u2019exposera ce président milliardaire aux intérêts commerciaux multiples et internationaux, M.Trump continue de faire preuve d\u2019aveuglement volontaire.Qu\u2019il place ses deux ?ls à la tête de ses af faires sauvera peut-être les apparences aux yeux de certains.Cela ne l\u2019empêchera pas nécessairement de prendre des décisions qui, sur le plan ?scal par exemple, favoriseront le développement de son «empire ».Qui le président désigné pense-t-il duper en promettant de se doter d\u2019un conseiller à l\u2019éthique\u2026 qu\u2019il aura personnellement choisi ?Donald Trump est-il une menace pour la démocratie ?Il en présente des symptômes.En campagne, il a incité ses partisans à la violence ; menacé de jeter Hillary Clinton en prison et de poursuivre les organisations de presse qui le critiquent ; af?rmé qu\u2019il n\u2019accepterait pas d\u2019of?ce les résultats de la présidentielle\u2026 En conférence de presse, il a recon?rmé sa dangerosité.C\u2019est le constat lucide que M.Obama a fait à mots couverts mardi soir à Chicago en af?rmant que «notre démocratie est menacée chaque fois que nous la considérons comme acquise».Manière de dire que la présidence Trump sera un mauvais moment à passer.Et que l\u2019Amérique citoyenne aura intérêt à se mobiliser.L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Le «moment Régis » a assez duré Dans une section de l\u2019étude d\u2019impact environnemental fournie par le Port de Québec pour son projet Beauport 2020, des ingénieurs affirment que l\u2019essence et le mé- thanol sont des matières volatiles très dangereuses et que leur transbordement implique des risques d\u2019explosion et de formation d\u2019un nuage toxique dans un rayon de 1,25km.Or, ces produits sont actuellement transbordés et stockés dans le secteur Beauport du port ; des maisons de Limoilou et le bassin Louise sont à l\u2019intérieur de 1,25 km par rapport aux terminaux, tout comme la plage de la baie de Beaupor t.Les auteurs recommandent «par prudence d\u2019appliquer un film de poly- mère sur les fenêtres des bâtiments situés à l\u2019intérieur du périmètre pour éviter les bris de vitres à la suite du souffle de l\u2019explosion».Ça, c\u2019est la situation actuelle pour les gens de Limoilou, de la plage et du Vieux-Port.Si l\u2019agrandissement portuaire Beauport 2020 se réalisait, de telles matières liquides se trouveraient à un jet de pierre des villégiateurs de la plage de Beauport.Les auteurs du rapport disent qu\u2019« il est impératif de ne pas faire de déchargement de navires lorsque le parc de la baie de Beauport est occupé».L I B R E O P I N I O N M A R C - A N T O I N E G E R V A I S Étudiant à la Faculté de droit de l\u2019Université McGill L es vestiges de sexisme dans la langue montrent l\u2019héritage d\u2019une société autrefois centrée sur l\u2019homme.Les notions de bon père de famille et de droits de l\u2019homme sont chargées d\u2019une signification, la prééminence masculine, qui ne convient plus au présent siècle.Honnies par les féministes, ces expressions sont en voie d\u2019être remplacées \u2014 voilà une évolution souhaitable du français.La féminisation du lexique a lieu d\u2019être, mais pas celle de la syntaxe.Le français, hoir du latin, n\u2019a pas hérité explicitement du genre neutre.Pourtant, le neutre existe bel et bien de façon implicite, étant intégré au genre masculin.Ainsi, si une personne aperçoit for tuite- ment un canidé menaçant en forêt, elle s\u2019écriera sans doute : «C\u2019est un loup !» (et non «C\u2019est une louve ! »), sans égard au sexe , p réc i sément par ce qu\u2019elle l\u2019ignore.Le masculin, plus justement appelé genre non marqué, fait référence à l\u2019animal, sans discrimination de genre naturel, comme il transcende les sexes.En fait, paradoxalement, le « masculin » ne réfère aux mâles que lorsqu\u2019il est opposé à la forme féminine : « Une meute compte trois loups et quatre louves.» En contraste, le genre marqué porte la marque féminine, qui établit la distinction entre les genres naturels.Donc, les genres non marqué et marqué signifient que les mots font partie d\u2019une ou l\u2019autre de ces catégories : le non-féminin et le féminin.Le lexique, particulièrement en ce qui concerne les noms de métier, devrait contenir la forme féminine au côté de la forme générique.Si « auteur » et « chercheur » existent, alors « autrice » et « chercheuse » doivent être intégrées à notre vocabulaire courant.À mon avis, la marque féminine doit se distinguer tant à l\u2019écrit qu\u2019à l\u2019oral de la forme générique.« Auteure » n\u2019institue pas une distinction audible, et ne s\u2019acquitte dès lors pas de son rôle de marque féminine.Même les mots d\u2019apparence neutre \u2014 docteur, philosophe, architecte \u2014 devraient avoir leur correspondance féminine.Le vrai antiféminisme, c\u2019est de proscrire l\u2019évolution de l\u2019orthographe au nom d\u2019un traditionalisme fétide \u2014 par le passé, l\u2019Académie française a empuanti la discussion avec son miasme sexiste.Conserver la syntaxe Cela dit, la syntaxe traditionnelle doit demeurer intacte.Sa réforme souvent convoitée, tel que les dédoublements du genre grammatical le témoignent, m\u2019apparaît inopportune.L\u2019« Association provinciale des enseignantes et des enseignants du Québec » et l\u2019« Ordre des infirmières et infirmiers du Québec » constituent des exemples de ce mouvement à condamner.Même l\u2019Office québécois de la langue française (OQLF) « souhaite et encourage » la féminisation de la syntaxe ! Pourtant, ce désir provient de l\u2019incompréhension du genre non marqué, qui transcende les sexes.Iconoclaste, la révolution suggérée obvie à un problème inventé, comme le genre non marqué représente déjà aussi bien les dames que les messieurs.L\u2019OQLF recommande l\u2019emploi d\u2019épicènes (mots dont la forme ne varie pas selon le genre) plutôt que de doubler les formes, la clarté d\u2019expression oblige.Voici un exemple : «Le responsable (au lieu de \u201c le chargé ou la chargée\u201d) de projet est tenu d\u2019inviter tout le monde à la conférence, sans discrimination.» Bref, on admet le caractère générique du genre non marqué, mais seulement pour les épicènes! Les plus radicaux présentent systématiquement le masculin et le féminin de pair, et l\u2019intelligibilité de leur discours en fait les frais.Par ailleurs, la ségrégation ne va-t-elle pas à contre-courant de la cause féministe ?Ce n\u2019est pas en conviant à une conférence les personnes « de tout âge » ou « de toute ethnie » que l \u2019on combat l\u2019âgisme et le sexisme ! En parlant d\u2019un groupe, seul le genre non marqué \u2014 générique, donc inclusif et non discriminatoire \u2014 convient.Par surcroît, la répudiation de la syntaxe traditionnelle s\u2019appuie sur l\u2019ambition naturaliste d\u2019aligner le genre naturel sur le genre grammatical.Pourtant, on se rend compte bien vite de l\u2019inadéquation d\u2019un tel désir.Quant aux noms inanimés, les arbres sont généralement de genre masculin en français, et de genre féminin en allemand.Quant aux noms animés, la femme comme l\u2019homme est une personne, un individu, une recrue, un témoin, une vedette, un membre et une idole, et j\u2019en passe.Bref, les genres grammaticaux ne servent que subsidiairement à l\u2019identification des sexes.Un «masculin» inapproprié Le «masculin», de toute évidence, messied à l\u2019illustration des subtilités de la grammaire française.Sa dénomination porte à croire que le féminin doit ployer sous son joug viril.C\u2019est ce qu\u2019ont édicté les linguistes aux XVIIe et XVIIIe siècles en énonçant la règle selon laquelle « le masculin l\u2019emporte sur le féminin».La justification historique, évidemment, reposait sur la hiérarchie des sexes \u2014 le masculin étant plus « noble ».Or, on enseigne toujours cette règle dans nos écoles.La dénomination actuelle des genres grammaticaux, impropre, force les enseignants à affirmer la primauté du masculin sur le féminin.Si on présentait plutôt le « genre non marqué » et le « genre marqué », il n\u2019y aurait plus lieu d\u2019exposer quelque prépondérance de genre.Par le fait même, le système scolaire cesserait de perpétuer cet héritage sexiste.Conspuer les académiciens pour leurs propos ignominieux ne suffit pas pour mettre en exergue le sexisme inhérent de la langue française.Si les modifications lexicales doivent être apportées pour accorder aux dames la place qu\u2019elles méritent, les changements structuraux ne contribuent pas à la réalisation de cet objectif.La syntaxe doit demeurer inaltérée.Confusion entre genre grammatical et sexe FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Malgré tout, tel un porte-parole du petit Vatican qu\u2019est le Port de Québec, le maire Régis Labeaume réitérait aujourd\u2019hui son appui sans réserve au projet d\u2019agrandissement Beauport 2020, disant qu\u2019il s\u2019agissait là « d\u2019un beau legs qu\u2019il pouvait laisser ».Des réser voirs de carburant et de produits inflammables sur les rives de la ville patrimoniale constituent un beau legs ?Scrapper encore davantage la façade maritime de Québec pour une quarantaine de jobs ?On croit rêver.Notre long «moment Régis» a vraiment assez duré.Jean Lacoursière Québec, le 11 janvier 2017 mille ! Mais oui, il y a un problème: Justin Trudeau est un homme public, qui se veut près des gens, transparent, au-dessus de tout soupçon.Mais prend-il les Canadiens pour des imbéciles, lui qui fait aussi fortement monnayer des hommes d\u2019af faires chinois pour le rencontrer?Ça me semble plutôt clair : le premier ministre canadien dit une chose et fait son contraire.Tout à fait navrant, pour ne pas dire plus.Michel Lebel Entrelacs, le 10 janvier 2017 Un second article premier\u2026 Le Parti québécois va toucher à l\u2019article premier, c\u2019est-à-dire à sa raison d\u2019être fondamentale, soit « de faire du Québec un pays ».Par ce fait, il prend enfin note qu\u2019après deux défaites référendaires, il va rejoindre l\u2019état d\u2019esprit de ses troupes actuelles qui pensent qu\u2019à défaut d\u2019un pays, il y a encore un peuple.Dans cet ordre d\u2019idées, un nouvel article premier pourrait facilement gagner une majorité de voix chez les électeurs : « Que le Parti québécois a pour mission de défendre partout la souveraineté du peuple québécois et l\u2019épanouissement de sa langue officielle, le français ! » Gérard Vincent, un militant Chertsey, le 10 janvier 2017 DONALD TRUMP Un (très) mauvais moment à passer D GUY TAILLEFER Des amis de la famille\u2026 Il réfléchit bizarrement, voire légèrement, le premier ministre Justin Trudeau.Il semble oublier qu\u2019il est un homme politique.Après avoir louangé Castro, ami de la famille, à l\u2019occasion du décès du Lider maximo, il en remet avec un séjour dans le Sud sur l\u2019île privée d\u2019un autre ami de la famille, le philanthrope et richissime Aga Khan.Le gouvernement canadien contribue généreusement à la fondation de l\u2019Aga Khan, inscrit comme lobbyiste à Ottawa.Mais pour Justin Trudeau, il n\u2019y a pas de problème ici : M.Khan est un ami de la fa- L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.M I C H E L N A D E A U Journaliste au Devoir de 1973 à 1984, Directeur général de l\u2019Institut sur la gouvernance d\u2019organisations privées et publiques (IGOPP) e 12 janvier, au 11e étage d\u2019un grand immeuble de Bloor Street à Toronto, les actionnaires de Postmedia Network vont, résignés, écouter une fois de plus les doléances de la direction.Les détenteurs d\u2019actions ont perdu 98 % de leur avoir dans la plus grande chaîne de quotidiens au Canada, dont 65 % des actions sont entre les mains d\u2019un hedge fund du New Jersey, Chatham Asset Management.Malgré ces piètres résultats, le conseil demandera à l\u2019assemblée de bonifier le régime d\u2019options pour les cadres de l\u2019équipe de Paul V.Godfrey, un ancien patron de Sun Media ; Qué- becor a brillamment vendu ses 170 tabloïds anglophones à Postmedia pour 305 millions de dollars à l\u2019automne 2015.Héritière des chaînes Southam et Canwest, la situation de Postmedia reflète bien la crise de la presse écrite ; le groupe au plus fort tirage au Canada anglais a été relancé en Bourse en juin 2011 après avoir frôlé la faillite.Six ans d\u2019efforts ont donné peu de signes d\u2019une reprise.Restructurations Les pertes d\u2019exploitation et la radiation d\u2019actifs immatériels dans les quotidiens de Vancouver, Calgar y, Edmonton, Ottawa, Toronto, Montréal (The Gazette), de même que le National Post ont plombé l\u2019avoir des actionnaires avec un déficit cumulé depuis six ans de 1 milliard de dollars, ce qui laisse une valeur négative au bilan de 478 millions.On a cherché à donner du tonus à l\u2019action : rien à faire, le titre ne vaut toujours que 60 ¢, ce qui se traduit en une valeur boursière globale de la compagnie de 58 millions de dollars seulement.Les revenus publicitaires (50 % des recettes totales) ont fondu de moitié, avec des reculs de 20 % au cours de chacune des deux dernières années.Les publicités d\u2019automobiles maintiennent en vie encore plusieurs journaux.La chute a été de moitié moins brutale du côté des revenus d\u2019abonnements.Mais ce qui est étonnant : les revenus publicitaires des nombreuses plateformes numériques stagnent à entre 90 et 100 millions depuis six ans.Les annonceurs dans la version écrite ne suivent pas sur Internet ! La rémunération versée a baissé de plus de 100 millions ; le nombre de collaborateurs de Postmedia a diminué de moitié, à 2100, en excluant les nouveaux venus de Sun.Le processus de rapprochement des deux quotidiens publiés dans les marchés de Calgary, Edmonton, Ottawa est en cours ! Le prix du papier journal a légèrement grimpé, mais la baisse du nombre de pages et d\u2019exemplaires imprimés a stabilisé cette dépense.Pour arrondir ses fins d\u2019exercice, Post- media vend une bonne partie de ses actifs matériels (presses, immeubles, terrains).Ainsi, 12 millions de dollars furent obtenus en 2014 pour les actifs immobiliers de The Gazette.Il ne reste que 150 millions d\u2019immobilier à vendre.L\u2019automne dernier, la compagnie a restructuré le passif de l\u2019entreprise : une dette de plus de 650 millions de dollars, dont la moitié en dollars américains.On a repoussé l\u2019échéance des remboursements à 2021.En enlevant la contrainte du remboursement de la dette, on arrive à un équilibre entre les entrées et les sor ties de fonds, pourvu que s\u2019arrête l\u2019hémorragie des revenus publicitaires et des abonnements, ce qui est loin d\u2019être acquis.La compagnie devra faire face aussi aux obligations de 188 millions de dollars envers les régimes des employés.Outil promotionnel Et l\u2019avenir ?Le 20 octobre dernier, devant les investisseurs, la direction a dévoilé les deux volets de son plan d\u2019action.De véhicule d\u2019information, le journal devient un outil promotionnel.Donc, Postmedia va utiliser son dernier actif : ses marques de commerce que sont The Gazette à Montréal, The Citizen à Ottawa, The Herald à Calgary, le Post dans les milieux financiers\u2026 La compagnie se définit non plus comme éditeurs de publications, mais comme gestionnaires de 200 marques («brands»).Donc, on va proposer aux annonceurs des solutions commerciales en tirant profit de la crédibilité des journaux.Le Globe and Mail publie régulièrement dans le Report on Business des pages entières d\u2019information qui ont été rédigées et payées par des annonceurs.La valeur de « la marque de commerce » d\u2019un journal se trouve dans la salle de rédaction : les journalistes, les chroniqueurs et autres artisans, dont les responsables de la présentation informatique, peuvent aujourd\u2019hui créer sur Internet un modèle moins complexe qu\u2019autrefois où linotypistes, pressiers, distributeurs, détaillants et camelots alourdissaient le cycle nocturne de production du journal.Combien de temps encore les dirigeants de Postmedia réussiront-ils à vendre la marque et la crédibilité de la rédaction?Les journalistes devront décider s\u2019ils deviennent le support de crédibilité pour ces activités promotionnelles ou s\u2019ils continuent de n\u2019avoir comme préoccupation que la publication d\u2019information indépendante et rigoureuse.Innovation Les journalistes ne doivent pas se résigner à fermer la lumière de la rédaction ; ils doivent développer de nouveaux foyers d\u2019information qui intéresseront un certain public et éventuellement des annonceurs?Un nouveau modèle financier de la production de l\u2019information est à bâtir ; aucun journal papier sur la planète n\u2019a encore trouvé la recette de survie dans l\u2019environnement numérique.Même les grands journaux américains doivent innover pour aller chercher d\u2019autres sources de revenus.Il est possible que certaines éditions papier survivent pour occuper les amateurs de beignes au T im Hor ton ou ceux qui attendent le Wi-Fi dans les transports en commun.Aussi, les lecteurs de grands quotidiens seront sans doute prêts à payer 4 ou 5 dollars pour un exemplaire papier.Les journalistes et autres professionnels de l\u2019information, comme ceux de la comptabilité ou du droit, devraient envisager de se regrouper dans une entité corporative dont ils seront les principaux animateurs.L\u2019expérience de Rue89 en France montre que la logique financière doit demeurer légère, car le public et les annonceurs ne veulent pas absorber des masses salariales importantes.Mais libérés de la lourdeur matérielle des médias traditionnels, les journalistes ne doivent pas demeurer passifs devant l\u2019agonie inexorable des médias d\u2019hier.En saisissant les nouvelles opportunités offertes par les médias du texte, du son et de l\u2019image et avec l\u2019aide de l\u2019État au début du moins, comme pour les autres star t-ups, les journalistes devraient s\u2019organiser, sans attendre la permission des patrons, et commencer à rêver de vivre un jour avec le produit de ce qui les choquait, étonnait ou émerveillait.Postmedia : la filière numérique ne sauvera pas l\u2019entreprise Les journalistes devront prendre en main les salles de rédaction D A N I E L B A R I L Codirecteur et auteur de La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Leméac) ans son texte du 5 j a n v i e r , J e a n - Pierre Proulx en appelle au gouvernement pour trancher le débat entourant le cours Éthique et culture religieuse (ECR).En tant qu\u2019ex-président du Groupe de travail sur la place de la religion à l\u2019école, d\u2019où provient ce cours, M.Proulx en est l\u2019un des principaux artisans.On ne peut que se réjouir que les critiques qu\u2019il adresse aujourd\u2019hui rejoignent une partie des objections formulées notamment par le Mouvement laïque québécois dès la fin des années 90 pendant la réflexion entourant ce projet : trop de temps accordé à ce cours, occultation de l\u2019incroyance, musellement de la pensée critique.Les problèmes rencontrés aujourd\u2019hui auraient pu être évités si le rappor t présenté par M.Proulx avait été à la fois plus précis et plus ferme sur ce qu\u2019il fallait faire et ne pas faire.On constate toutefois que M.Proulx ne remet aucunement en question les fondements du cours, et c\u2019est là que réside l\u2019essentiel du problème : ECR est, par son essence même, un cours de promotion et de formation de la pensée religieuse croyante qui n\u2019a pas sa place à l\u2019école publique.Il constitue une véritable dérive de l\u2019école québécoise prétendument laïque.À son avis, la Cour suprême (CS) aurait cautionné ce cours, du moins dans son caractère obligatoire.Si le premier jugement de la CS, faisant suite à une plainte de parents chrétiens déposée en 2008, concluait en ce sens, il n\u2019en constituait pas pour autant le dernier mot : « Il se peut que la situation juridique évolue au cours de la vie du programme ECR», écrivait le juge LeBel.Le deuxième jugement de la CS, à la suite de la plainte du collège Loyola, a invalidé une grande part des fondements et objectifs du programme en permettant aux écoles confessionnelles de maintenir un enseignement religieux confessionnel.Ces deux jugements offrent de nombreuses pistes pour une nouvelle contestation juridique du cours.Instrumentalisation Toujours selon M.Proulx, le fait qu\u2019une majorité de répondants à un sondage ait exprimé une opinion favorable au cours milite pour son maintien.Comment peut-on s\u2019en remettre à un sondage non ci- blé sur une telle quest ion quand on sait que la population ignore tout des contenus du programme et que les parents n\u2019en reçoivent aucune information ?Ce cours est vendu au public sous la fausse représentation d\u2019un cours d\u2019histoire des religions, alors qu\u2019il n\u2019en est rien.C\u2019est justement pour informer adéquatement la population des véritables contenus du cours que nous avons publié l\u2019automne dernier l\u2019ouvrage collectif La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Baril et Baillargeon, Leméac, 2016).De plus, le sondage en question demandait si le cours devait être aboli, alors que la polémique ne por te que sur le volet religieux et non sur le volet éthique.Fidèle aux orientations injustifiables du programme, M.Proulx souhaite par ailleurs que l\u2019incroyance demeure exclue des thèmes abordés au primaire.Pourquoi donc?Les enfants du primaire seraient-ils trop jeunes pour savoir que leurs voisins sont comme eux sans religion mais assez matures pour absorber la somme des mythologies religieuses de l\u2019ensemble de l\u2019humanité ?Jean-Pierre Proulx semble finalement faire sienne la critique de l\u2019association des enseignants d\u2019ECR reprochant au Parti québécois « l\u2019instru- mentalisation politique du programme ECR » .Or, ce programme est lui-même une ins- trumentalisation politique de la religion au profit du multi- culturalisme et de la « laïcité ouverte ».Lorsque l\u2019on met ensemble les critiques formulées tant par les croyants que les incroyants, ainsi que le jugement de la Cour suprême enjoignant au ministère de l\u2019Éducation de revoir le programme, on ne peut que conclure que le cours ECR est irréformable et qu\u2019il n\u2019aurait jamais dû voir le jour.Loin d\u2019être une instrumentalisation politique, la proposition de remplacer ce cours par un véritable cours d\u2019éducation civique assorti d\u2019une formation de la pensée critique est la seule solution viable.LA RÉPLIQUE > ÉDUCATION Éthique et culture religieuse : une dérive qui aurait pu être évitée LE DÉCLENCHEUR «L\u2019Association québécoise [des enseignants] en éthique et culture religieuse interpellait Sébastien Proulx, le ministre de l\u2019Éducation, sur ses intentions touchant la révision du programme et réclamait d\u2019y participer.» On y regrettait aussi « l\u2019instrumentalisation politique récente du programme ECR par le Parti québécois depuis l\u2019arrivée de Jean-François Lisée à sa tête ».\u2014 Jean-Pierre Proulx, «Le débat doit se clore sur le terrain politique», Le Devoir, 10 décembre 2016 D JONATHAN HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE Aucun journal papier sur la planète n\u2019a encore trouvé la recette de survie dans l\u2019environnement numérique.L L E D E V O I R , L E J E U D I 1 2 J A N V I E R 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par 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carrière de n\u2019importe quel candidat présidentiel.«Non seulement il a survécu à ça, mais il a été élu président des États-Unis trois mois plus tard.» Un registre connu Depuis la Trump Tower au cœur de Manhattan, ce premier face à face officiel avec les journalistes est donc apparu à l\u2019image de la campagne du milliardaire républicain, confirme Pierre Martin, professeur au Département de sciences politiques de l\u2019Université de Montréal et directeur de la Chaire d\u2019études politiques et économiques américaines.« Il n\u2019y a plus rien qui me surprend ou qui m\u2019étonne de la part du personnage, qui nous a habitués à l\u2019inhabituel.La conférence de presse était pas mal dans le ton de sa campagne, il n\u2019a pas vraiment changé de mode de communication.» Lâchant plusieurs salves à l\u2019endroit d\u2019Hillary Clinton, Donald Trump semblait encore être en campagne électorale.« Pourtant, c\u2019est fini tout ça.Mais il semble être encore dans cette espèce d\u2019inconfor t d\u2019avoir gagné mais d\u2019avoir gagné d\u2019une façon qui n\u2019est pas convaincante.Il essaie toujours d\u2019en mettre plus que le client en demande, comme pour se justifier », constate M.Martin.Pas de conflits d\u2019intérêts Le riche homme d\u2019affaires, qui prêtera serment dans environ une semaine, a profité de la conférence de presse pour ressasser ses marottes, à savoir qu\u2019il construira un mur et qu\u2019il refilera bel et bien la facture au Mexique, qu\u2019il sera « le plus grand créateur d\u2019emploi que Dieu ait jamais créé » et qu\u2019il s\u2019occupera en priorité du sort des vétérans de l\u2019armée.Nouveauté au menu : le milliardaire a pour la première fois expliqué comment il se mettrait à l\u2019abri de potentiels conflits d\u2019intérêts, notamment en confiant la gestion de son entreprise à ses deux fils, Donald fils et Eric, et en nommant une sorte de gardien de l\u2019éthique.Dans une petite mise en scène où étaient disposés de gros livres de comptes appartenant à son entreprise, il a demandé à son avocate de détailler les mesures qu\u2019allait prendre le futur président américain pour s\u2019isoler de son empire afin de s\u2019assurer que les décisions qu\u2019il prendra ne seront pas pour son bénéfice personnel, mais bien en faveur de la nation.Une opération d\u2019« habillage de fenêtre » [window dressing], note Pierre Martin.La liquidation pure et simple des actifs, la constitution d\u2019une fiducie sans droit de regard, «rien de tout cela n\u2019est fait », ajoute-t-il.« On a l\u2019impression que dans le camp Trump, les normes et les règles du jeu non écrites, c\u2019est pour les autres.[\u2026] Comme si lui et les gens de son cabinet étaient au-dessus de toute tentation de corruption étant donné qu\u2019ils sont si riches.» Qui plus est, le milliardaire ne s\u2019aide pas en ne rendant jamais publiques les preuves qui pourraient faire taire les soupçons.«Il nie toute forme d\u2019association avec quelque entité russe que ce soit, mais il refuse de publier sa déclaration de revenus», rappelle le chercheur.Et qu\u2019a répondu Donald Trump, visiblement agacé, à une reporter qui lui a demandé de le faire?«Les seuls qui s\u2019intéressent à cela sont les journalistes\u2026» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 COLÈRE pour quelques centaines de personnes ?» s\u2019est-il demandé en répondant par la négative.« Il faut choisir ses combats.» Remettre en question le droit des étudiants francophones ou allophones, issus de l\u2019école française, de fréquenter le cégep anglais est du même ordre.Là encore, « le rendement n\u2019est pas assez grand par rapport à la division que ça provoque ».Cette mesure figurait dans la proposition principale de 2011, mais elle avait été écartée par le gouvernement Marois.Pour renforcer la présence du français au Québec, la clé, selon Jean-François Lisée, c\u2019est d\u2019augmenter le nombre de Québécois qui parlent le français par la sélection des immigrants et en exigeant que les étudiants qui fréquentent le cégep anglais ou les universités McGill, Concordia ou Bishop aient une bonne connaissance du français.Le facteur le plus important pour l\u2019avenir du français au Québec, c\u2019est la composition linguistique de l\u2019immigration, estime Jean-François Lisée.Ainsi, tous les immigrants que sélectionne le Québec, qui sont issus de l\u2019immigration dite économique, y compris leurs conjoints ou conjointes, devront posséder une connaissance intermédiaire ou avancée du français avant même de débarquer au Québec.C\u2019est une condition « éliminatoire », a-t-il dit.Quant aux réfugiés, ils devront s\u2019inscrire à un cours pour apprendre le français tout en étant rémunérés pour ce faire.Un échec n\u2019entraînera toutefois pas leur expulsion, comme le propose la Coalition avenir Québec.Enfin, le droit à la francisation pour tous sera inscrit dans la loi.En matière d\u2019enseignement, Jean-François Lisée a signalé que de 25 % à 30 % des Québécois anglophones âgés de 18 à 40 ans se disent unilingues anglais.« Il faut que tous nos diplômés au cégep, y compris les anglophones, démontrent une capacité linguistique en français pour avoir du succès dans le monde du travail », a-t-il fait valoir.Le PQ propose d \u2019 instaurer une épreuve uniforme de français dans tous les cé- geps, français ou anglais.Les cégépiens anglophones seraient incités à suivre une session dans un cégep francophone.De même, pour contrer l\u2019attrait du cégep anglais chez les étudiants provenant des écoles francophones, les cégeps français seraient appelés à leur fournir un «parcours» d\u2019anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un cégep anglais.Les universités anglophones seraient invitées à faire de la connaissance du français une condition d\u2019obtention du diplôme pour leurs étudiants québécois.En outre, elles pourraient offrir une initiation au français aux étudiants de l\u2019extérieur du Québec.La proposition principale veut faire du français la langue de l\u2019État, des municipalités et des organismes publics et parapublics.Le droit de vivre et de travailler en français serait inscrit dans la Charte des droits et libertés.«Il faut tourner le dos au bilinguisme institutionnel», juge le chef péquiste.Mais il veut tout de même éviter « le rationnement de l\u2019exception » qui permet aux citoyens de recevoir des services en anglais.L\u2019article 1 L\u2019article 1 de la nouvelle proposition principale est rigoureusement fidèle à la position défendue par Jean-François Lisée lors de la course à la chefferie : un engagement à ne pas tenir de référendum sur l\u2019indépendance dans un premier mandat et à ne pas consacrer de fonds de l\u2019État pour faire la promotion du projet.« Je ne veux donner aucune prise à l\u2019adversaire, a-t-il dit.Je veux être d\u2019une clarté absolue.Pendant quatre ans, on va être dans le Canada.» Mais son gouvernement défendrait les intérêts du Québec bec et ongles.«On ne fera pas la promotion de l\u2019indépendance comme gouvernement.On va le faire comme mouvement.Mais comme gouvernement, on va redonner de l\u2019adrénaline à la nation.» Ces éléments de la proposition principale vont faire l\u2019objet de débats parmi les militants péquistes.« C\u2019est une certitude », a prédit Jean- François Lisée.Les membres du parti disposeront du nouveau programme cet automne à leur congrès.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 FRANCISER Je n\u2019ai rien à voir avec la Russie \u2014 aucun contrat, aucun prêt, rien.Si Poutine aime Donald Trump, c\u2019est un atout, pas une nuisance.« » français appris auprès d\u2019un ancien boyfriend from France.Né dans une petite ville du Massachusetts, l\u2019écrivain et journaliste se mêle dans le New York du début des années 1990 à une communauté gaie aspirée par la noirceur d\u2019une maladie dont on ne faisait que commencer à mesurer la violente intensité.Comme bénévole auprès de l\u2019organisme de prévention GMHC, puis comme employé au magazine POZ, Murphy confronte sa fascination de jeune homme à la pénible réalité et interviewe partout au pays des centaines d\u2019Américains séropositifs guettés par la plus accablante des fins.En entrelaçant les vies minées par la drogue et la maladie de New-Yorkais tous pourchassés par le spectre du VIH, L\u2019immeuble Christodora (PLON), traduction en français de son roman remarqué l\u2019été dernier par la critique littéraire américaine, se dresse ainsi comme un monument de papier à la mémoire de ceux et de celles que des gouvernements volontairement aveuglés ont préféré laisser agoniser dans l\u2019obscurité.Le livre sort cette semaine au Québec.Mateo, fils adoptif de deux artistes, né d\u2019une mère emportée par le sida, y croise par exemple la route d\u2019Hector, féroce militant qui cédera au subreptice appel de l\u2019abdication et de la seringue après le décès de son chum.Il existe une douleur à survivre, répète Tim Murphy dans ce roman choral, posant un regard inquiet sur l\u2019embourgeoisement urbain.D\u2019abord érigé pour les démunis, le mythique édifice d\u2019East Village prêtant son nom au livre sera transformé en tour à condos dans les années 1980, symbole parfait de ce qui attendait le reste de la ville.Les cafés que nous buvons en ce lundi de décembre dans un restaurant typiquement bobo du quartier Clinton Hill de Brooklyn, lui aussi très gentrifié, cachent mal leur arrière-goût d\u2019ironie.« Les homosexuels n\u2019ont longtemps été qu\u2019un punchline », rappelle Tim Murphy, en tentant d\u2019expliquer l\u2019immobilisme longtemps préconisé par les pouvoirs américains devant la menace du VIH.«Tout le monde savait que le maire Ed Koch était gai [ce qu\u2019il a lui-même toujours nié] et qu\u2019il ne voulait pas être associé à une maladie d\u2019homos.On ne se souvient pas que, pendant la cérémonie du centenaire de la statue de la Liberté, en 1986, donc au cœur de l\u2019épidémie, l\u2019humoriste Bob Hope a fait cette blague horrible [\u201cI just heard that the Statue of Liberty has AIDS, but she doesn\u2019t know if she got it from the mouth of the Hudson or the Staten Island Fairy.\u201d].Mitterrand était mortifié, mais Reagan riait à gorge déployée.Le plus merveilleux dans la lutte des activistes du VIH, c\u2019est qu\u2019ils ne disaient pas simplement : \u201cPrêtez attention à la maladie.\u201d Ils disaient : \u201cPrêtez-nous attention.Cessez de nous traiter comme des citoyens de seconde zone parce que nous sommes gais.\u201d » La pugnacité des femmes Minorité parmi un groupe lui-même ostracisé, les femmes séropositives auront dû crier encore plus fort pour se faire entendre, souligne Tim Murphy dans L\u2019immeuble Christo- dora, son premier livre traduit en français.« Je suis ici, parce que le Centre de contrôle des maladies refuse de me considérer comme une malade.[\u2026] Même si j\u2019ai souffert, ces dernières années, de plus de petites infections que vous ne pourrez jamais en compter, et \u2014 désolée si ça dégoûte les hommes ici présents \u2014 de plus d\u2019infections vaginales en un an que la plupart des femmes n\u2019en auront jamais dans leur vie tout entière», hurle pendant une manifestation le pugnace personnage d\u2019Ysabel.« La maladie s\u2019est d\u2019abord présentée si lourdement chez les hommes gais qu\u2019aux yeux des corps médicaux, c\u2019est rapidement devenu une maladie d\u2019hommes, expl ique l \u2019auteur.Le sexisme et la misogynie ont aussi joué un rôle important.La majorité des gens dans les organismes de santé et parmi les activistes étaient des hommes et étaient moins enclins à voir les ef fets spécifiques de la maladie chez les femmes.Que les femmes soient parvenues à faire bouger le gouvernement afin d\u2019étendre la définition de la maladie aux symptômes strictement féminins est un exploit spectaculaire.» Depuis novembre, Tim Murphy répertorie pour Daily Resist (plateforme appuyée par le webzine lgbt Towleroad) les moyens les plus efficaces de lutter contre les reculs qu\u2019un certain Donald pourrait imposer aux droits des minorités.« Il faut agir pour éviter que le pire se produise, surtout en matière d\u2019accès aux soins de santé, insiste-t-il.Nous entrons dans une période noire pour la planète et il pourrait être facile d\u2019oublier que le combat pour le VIH a été long.Quand les gens s\u2019organisent et s\u2019en tiennent à leurs convictions, ils ont un réel pouvoir.On peut se contenter de penser que Poutine, Trump, les banques et les pétrolières contrôlent tout, mais Standing Rock nous a récemment prouvé qu\u2019il y a des raisons de se battre.» Collaborateur Le Devoir L\u2019IMMEUBLE CHRISTODORA Tim Murphy Traduit par Jérôme Schmidt Plon Paris, 2017, 570 pages Notre journaliste a séjourné à New York à l\u2019invitation du distributeur Interforum et de la maison d\u2019édition Plon.SUITE DE LA PAGE 1 SIDA % JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée Rectificatif Contrairement à ce que le court texte paru dans Le Guide des écrans de samedi dernier pouvait laisser entendre, le label Grosse Boîte/Dare To Care et son patron Éli Bisson- nette ne sont pas partie prenante de la production de l\u2019émission La boîte à musique, et ce, même si les caméras ne suivent que les artistes de cette maison de disques.L\u2019idée originale est de Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, et tant la productrice Marie Brissette que les réalisateurs Christian Lalumière et Sarah Fortin ont eu plein accès et les coudées franches.Bisson- nette précise : «Moi et DTC n\u2019y sommes pour rien, à part de nous être rendus disponibles pour nous faire filmer pendant qu\u2019on travaillait.» Le premier épisode de la série documentaire est diffusé ce jeudi à 20 h30, sur les ondes d\u2019Artv."]
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