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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-01-14, Collections de BAnQ.

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[" Démocratie Solidarité C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 J A N V I E R 2 0 1 7 LIRE AUTREMENT MONIQUE DURAND COLLABORATRICE AU DEVOIR REND HOMMAGE AU FLEUVE SAINT-LAURENT PARAÎT DANS LE CADRE DU 375e ANNIVERSAIRE DE MONTRÉAL D A N I E L L E L A U R I N A ller voir ailleurs si j\u2019y suis, qui je suis.Ce pourrait être le leitmotiv du narrateur des six nouvelles qui composent Le palais de la fatigue (Boréal, février).S\u2019il en vient à arpenter Londres et Paris, celui que l\u2019on découvre adolescent n\u2019a pas besoin d\u2019aller bien loin pour vivre le dépaysement dans un premier temps.Il n\u2019a qu\u2019à quitter sa banlieue pour Montréal.Traversé par une quête existentielle, ce recueil est aussi une façon pour l\u2019auteur du Feu de mon père, Grand Prix du livre de Montréal en 2014, de poursuivre sa réflexion sur l\u2019écriture, sur le processus de création et ses liens avec la vie.« J\u2019écris pour voir à quoi la vie ressemble, une fois écrite », note Michael Delisle.Quoi de mieux qu\u2019un aéro- por t pour rêver d\u2019ailleurs\u2026 Quand il ferme définitivement ses portes, comme à Mirabel, c\u2019est toute une série de souvenirs de voyage qui remontent à la surface pour la narratrice de Montréal-Mirabel, Lignes de séparation (Leméac, février).S\u2019impose aussi pour elle une réflexion sur son parcours de vie, et une méditation sur les frontières de sa vie, puisque cela coïncide avec une rupture amoureuse.« Pendant des mois, le fantôme de l\u2019aérogare lisse et close m\u2019a permis d\u2019arpenter la perte, de soupeser le célibat », confie dans ce récit autobiographique Marie-Pascale Huglo, dont on a tant apprécié la grâce d\u2019écriture dans La respiration du monde, notamment.Dans son 3e roman, L\u2019imparfaite amitié (La Peuplade, 20 janvier), Mylène Bouchard, née en 1978 au Lac-Saint-Jean, met en scène une aventurière originaire de L\u2019Isle-aux-Cou- dres qui, après un long périple, aboutit à Prague.Mariée et devenue mère, elle n\u2019a pas perdu le goût de la bougeotte pour autant.La voilà justement qui largue les amarres à nouveau\u2026 emportant avec elle le récit de sa vie mouvementée, qu\u2019elle compte léguer à sa fille.De la transmission à la douleur de la mémoire: Marée montante (Alto, fin janvier), de Charles Quimper, s\u2019annonce comme un premier roman déchirant.Un homme prend la mer, seul, après la mort de sa fille par noyade.Tandis qu\u2019il arpente les flots, affronte les tempêtes dans l\u2019espoir vain de se rapprocher de la petite, il revit les meilleurs moments passés avec elle lors de sa courte vie.Dans l\u2019horreur des autres Ça peut arriver n\u2019impor te quand, n\u2019importe où et à n\u2019im- por te qui.Dans Des chants pour Angel (Boréal, février), 9e et avant-dernier volet de la série Soifs signée Marie-Claire Blais, ça se passe surtout aux États-Unis.Un jeune supréma- ciste blanc décide d\u2019attaquer une église noire et d\u2019assassiner toutes les personnes réunies.Quel peu bien être l\u2019état d\u2019esprit de ce tueur fou ?Si on se glissait dans sa conscience\u2026 Autre voyage, celui dans le temps auquel nous convie Micheline Lachance avec Rue des remparts (Québec Amérique, février).L\u2019auteure du Roman de Julie Papineau nous plonge dans le contexte de la défaite de la bataille des plaines d\u2019Abraham\u2026 à travers le regard de trois personnages féminins.Éric Plamondon, lui, ne remonte pas aussi loin dans le passé.Mais va dans un autre ailleurs, en s\u2019inspirant d\u2019événe- ments historiques dans Taqa- wan (Le Quartanier, avril), son quatrième roman après Hongrie- Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S.Nous sommes en FICTION QUÉBÉCOISE L\u2019ailleurs Partir, fuir, changer de décor, changer de vie, aller voir sous d\u2019autres cieux si l\u2019on y est ou qui l\u2019on est.Plusieurs récits font de la bougeotte le carburant de leur narration.F A B I E N D E G L I S E L\u2019 année 2016 s\u2019est terminée sur un air de « post-vérité », mot qui, selon Oxford Dictionnaries, a réussi à saisir parfaitement l\u2019esprit du temps en résumant sans doute l\u2019actualité politique et sociale des douze derniers mois.Quel mot va habiter 2017 ?Intolérance ?Totalitarisme ?Noirceur ?Lourdeur ?Avec quel mot l\u2019humanité va-t-elle réussir à appréhender la suite des choses ?Indignation ?Ferveur ?Résistance ?Ténacité ?Conciliation ?Ouver ture ?Ou\u2026 « solidarité », comme le pense \u2014 ou le souhaite \u2014 le poète et romancier Serge Lamothe, auteur de Mektoub (Alto), «parce que nous en manquons déjà cruellement et qu\u2019en 2017, avec ce qu\u2019on nous prépare en catimini, il nous en faudra plus que jamais».Des mots à opposer aux maux du présent, Perrine Leblanc, femme derrière Malabourg, Kolia (Gallimard) et L\u2019homme blanc (Le Quartanier), choisit spontanément « président » et « présidente » en réponse à l\u2019appel du Devoir lancé dans les derniers jours auprès de plusieurs romanciers et créatrices de fictions pour qualifier l\u2019année qui s\u2019amorce en un mot.« La France en choisit un(e) au printemps et le monde va devoir apprendre à vivre en 2017 avec celui que les États-Uniens viennent d\u2019élire », ex- pose-t-elle en guise d\u2019explication.David Homel, le plus québécois des romanciers américains, reste dans cette tonalité avec son «démocratie ».«C\u2019est l\u2019année où nous allons comprendre que ce système politique tant vanté en Occident n\u2019est pas une valeur sûre, qu\u2019il livre le meilleur comme le pire et qu\u2019il peut être manipulé, comme tout système », dit l\u2019auteur de La fille qui parlait à la lune (Leméac).Nadine Bismuth, auteure de Scrapbook (Boréal), assène, elle, un « con », comme dans « dîner de cons», pour anticiper 2017.«Avec l\u2019arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, c\u2019est ce qui nous attend en 2017, dit-elle.Je pense que nous allons rire, même si ce ne sera pas drôle.» Peut-être drôle, mais sur tout fer tile à la « consolation », cette année, croit le jeune auteur Simon Boulerice \u2014 il vient de publier L\u2019enfant mascara (Leméac), un roman jeunesse.Le mot va résumer notre rapport au présent.« Je pressens que, plus que jamais, en 2017, les gens vont chercher le divertissement, le réconfort et ultimement la consolation pour surmonter nos peines collectives, explique-t-il.Comme on se plonge le nez dans un immense bol de crème glacée quand on est en peine d\u2019amour.» L\u2019espoir et la découverte Retrouver le sens des «corps», c\u2019est ce qui va se passer cette année, croit Chloé Savoie-Ber- nard, jeune auteure derrière Des femmes savantes (Triptyque).« Les corps des femmes, les jeunes, les vieilles, les minces, les grosses, les corps des transgenres, les corps des réfugiés, les corps des malades dans les CHSLD, les corps des enfants de la guerre, dit-elle.2017 sera une année où on ne pourra plus nier l\u2019aspect politique du corps.» Ou peut-être l\u2019année de la découverte, de la «Terra incognita», propose Maya Ombasic, qui a signé Mostarghia (VLB) l\u2019an dernier.« Terra incognita sur tous les plans, surtout géopolitique et environnemental, dit-elle.Jadis, faire reculer des terres inconnues était un plaisir lié à la conquête et à la connaissance.Aujourd\u2019hui, l\u2019action est éventrée de son sens », immobilisée par l\u2019angoisse de l\u2019incertitude, dont il faudrait désormais se défaire.Comment ?Par l\u2019« élitisme », propose Alain Farah \u2014 il vient de cosigner La ligne la plus sombre (La Pastèque) avec Mélanie Baillargé.Une année en neuf mots et autant d\u2019auteurs Quand l\u2019insécurité traverse aussi la ?ction française Page F 3 Convergence de ré?exions sur l\u2019art d\u2019exister Page F 6 RENTRÉE LITTÉRAIRE Espoir Intimité Voyage Consolation Guerre Mensonge m ts Les de 2017 VOIR PAGE F 4 : NEUF VOIR PAGE F 2 : L\u2019AILLEURS ILLUSTRATION TIFFET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 J A N V I E R 2 0 1 7 R E N T R É E L I T T É R A I R E F 2 juin 1981, dans la baie des Chaleurs, en Gaspésie, pendant ce qu\u2019on a appelé la guerre du saumon : des centaines de policiers de la SQ débarquent dans la réserve mic- maque de Restigouche\u2026 Après Toutes celles que j\u2019étais, inspiré de son histoire familiale, Abla Farhoud poursuit son épopée avec Au grand soleil cachez vos filles (VLB, avril).On y suit le parcours d\u2019une famille libanaise qui, après deux années passées au Québec, retourne vivre dans son pays d\u2019origine, avec le décalage que ça suppose.Le chez-soi qui devient l\u2019ailleurs, surtout quand on est de sexe féminin, éprise de liber té, et qu\u2019on rêve de devenir artiste\u2026 Ailleurs au Canada D\u2019ici au printemps, la maison d\u2019édition québécoise Marchand de feuilles met à l\u2019honneur trois jeunes auteurs de l\u2019Atlantique, à commencer par Sara Tilley.Dans son premier roman, Écorchée (en librairie ces jours-ci), cette écrivaine de Saint-Jean de Terre-Neuve nous conduit jusque dans le Nunavut, sur les traces d\u2019une adolescente terre- neuvienne qui sera victime d\u2019un grave malentendu culturel causant la perte de son innocence.Collaboratrice Le Devoir L\u2019autobiographie de Marc Chagall En librairie le 18 janvier GUY e ancienne e oir Hist t P aël e Isr tuelles es ac tur ac t fr alestine .tuelle la situation ac e endr pour compr e indispensable Un livr DURAND .airies t dans les libr e com .wilsonla?eur eur : édit z l\u2019 che $ 4 e au prix de 2 t en En v .thique est spécialisé en é éal, tr é de Mon sit er de l\u2019Univ e esseur émérit f o pr , eur aut \u2019 L SUITE DE LA PAGE F 1 L\u2019AILLEURS s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Marie-Alain Couturier au Canada et ses lettres à Louise Gadbois Monique Brunet-Weinmann Septentr ion Nicole Hannequart Montréal en ?cases Mots croisés L\u2019oiseau rare de la rentrée L\u2019embaumeur (Héliotrope, février), premier livre d\u2019Anne- Renée Caillé, est issu de conversations qu\u2019a eues l\u2019auteure avec son père, intriguée qu\u2019elle était par le métier qu\u2019il avait pratiqué pendant des années par vocation.Il préparait les corps pour l\u2019exposition funéraire.Avec le temps, vu son talent, des cas particulièrement dif fi- ciles lui avaient été confiés.Des suicidés du métro, des enfants morts asphyxiés dans un vieux frigo, des adolescents morts dans l\u2019explosion d\u2019une grenade, un corps resté longtemps sous l\u2019eau\u2026 ces cas forment le cœur de ce bref récit inclassable, empreint de poésie.D\u2019ici au printemps, la maison d\u2019édition québécoise Marchand de feuilles met à l\u2019honneur trois jeunes auteurs de l\u2019Atlantique M A R I E F R A D E T T E L es jeunes lecteurs n\u2019auront jamais été autant informés des conflits que depuis une dizaine d\u2019années.Entre le devoir de mémoire, illustré dans les œuvres traitant des grandes guerres, et le ter ror isme, les conséquences engendrées par les conflits traversent désormais la production littéraire qui leur est destinée.Les cendres de l\u2019attentat du 11 septembre 2001 à New York ont fait naître le Nine Eleven de Jean-Jacques Greif (2003) qui suit le quotidien de plusieurs personnages en marge de la tragédie.La tuerie de Charlie Hebdo a donné corps à Je suis CharLiberté ! d\u2019Arthur Ténor (2016), récit d\u2019un jeune lycéen qui prend conscience de la liberté d\u2019expression.Dans cette continuité, Gwladys Constant va mettre en scène en ce début d\u2019année une jeune étudiante en philosophie qui se retrouve du côté des radicaux pour prendre part à un attentat au nom de ses principes écologiques.Le bouquin s\u2019intitule Je suis la terreur (Alice).Loin de l\u2019actualité, mais plus proche du devoir de mémoire, voilà le projet de quelques auteurs dont Roland Godel qui, en 2015, est revenu sur le génocide arménien avec Dans les yeux d\u2019Anouch ou Didier Dae- ninckx qui, l\u2019an dernier, avec Pef, posait un regard sans complaisance sur la montée du nazisme dans Papa, pourquoi t\u2019as voté Hitler?Fin février, aux éditions D\u2019eux, Ruth Vander Zee nous raconte L\u2019histoire d\u2019Érika, épargnée par l\u2019holocauste grâce à sa mère qui, prisonnière du train qui la menait vers la mort, a pris la décision de jeter son enfant par-dessus bord, espérant qu\u2019une âme sensible en prenne soin.Le destin chanceux de cette jeune fille permet de raconter en filigrane le triste sort réservé à six millions de personnes disparues pendant cette folie génocidaire.Pour sa par t inspirée d\u2019un séjour de travail au Rwanda, Caroline Auger signe avec Les hyènes rodent toujours (Soulières) un premier roman dans lequel elle explore la guerre sanglante qui a opposé les Tut- sis et les Hutus.Le livre est attendu en février.Il y a aussi tous ces bouquins dans lesquels les conséquences des guerres sont racontées : Andrée Poulin qui a abordé la dif ficile réalité des réfugiés dans Y\u2019a pas de place chez nous (Québec Amérique) ou encore Le grand incendie de Gilles Baum, album sur le thème de l\u2019autodafé, tous deux par us l\u2019an passé.Inspirée d\u2019une phrase lancée par Louise Arbour, Andrée-Anne Gratton signe pour sa part L\u2019enfant qui n\u2019avait jamais vu une fleur.L\u2019histoire est celle de Samia, née dans un camp entre deux pays en guerre, là où ses parents ont dû trouver refuge.Dans ce contexte sombre, le vieux Mayi lui raconte la beauté du monde à travers une fleur de bougainvillier.Aux éditions La Bagnole en mars.Puis, entre tout ça, il y a une volonté de mettre en lumière dif férentes perspectives.Dans Pow Pow, t\u2019es mort ! (400 coups), Marie-Francine Hé- bert va aborder cet angle en mettant d\u2019un côté Manu qui s\u2019amuse à jouer à la guerre sur sa console vidéo et de l\u2019autre, Unam, prisonnier de sa maison d\u2019où il rêve de pouvoir sortir pour retourner à l\u2019école.Enfin, on attendra aussi en février De la terre à la pluie (Seuil) de Christian Lagrange qui met en scène le destin de trois femmes arrachées à leur ol en raison des guerres et des conditions difficiles.La guerre, la guerre\u2026 en littérature jeunesse, cela devient encore une fois une raison de ne pas se faire du mal.Collaboratrice Le Devoir FICTION JEUNESSE La guerre Des racines du mal aux conséquences des conflits sur les destins individuels et collectifs, la littérature pour la jeunesse cherche aussi à débusquer le sens dans ces histoires de grands qui font basculer le monde.H U G U E S C O R R I V E A U E n ce début d\u2019année, les liens avec l\u2019étranger sous toutes ses formes propulsent la poésie vers les méandres les plus surprenants de l\u2019âme humaine.Si Renaud Long- champs associe Mexico à l\u2019amour dans son prochain recueil, Jean-Marc Desgents approfondira, quant à lui, son travail de fouilles à partir des événements tragiques de novembre 2015 à Paris.Il déploiera dans ses Strange Fruits (Poètes de brousse) les forces spectaculaires mises en jeu alors que le monde chavire.Le voyage se réduit chez Louise Warren dans Le plus petit espace (Le Noroît), mais n\u2019en trace pas moins une itiné- rance à travers la fracture ou le minuscule, là où la page fait office de pays habité.Ce lieu n\u2019en est pas moins irradiant entre l\u2019effacement des choses et leur charge af fective : « Le point / démarre l\u2019espace, écrit- elle, monte / descend // soulève le mot / le porte ailleurs // allées et venues // d\u2019autres mondes / en bas.» Les car tes géographiques fascinent, les photographies aériennes de même.Serge Patrice Thibodeau a cet œil chercheur, et le mélange des genres le séduit.Alors, pourquoi ne pas le suivre jusqu\u2019à L\u2019île haute en marge de Grand- Pré (Perce-Neige), le dépaysement nous permettra de retrouver à la fois des documents d\u2019archives, des mythes et à faire des découver tes archéologiques.Il y aura certainement des t races d \u2019un t r emblement amoureux dans les méditations autour d\u2019une af fliction annoncée chez René Lapierre et Julie Stanton.Le premier nous proposera Les adieux (Les Herbes rouges) et y cherchera son chemin dans le labyrinthe improbable de ce sentiment imprévisible.Le poète y décèle une faille ter rible : «L\u2019amour n\u2019est pas une af faire personnelle.C\u2019est une contradiction, une impudicité, un chaos, une détresse, une bonté.Aimer est ef frayant, mais c\u2019est notre seule chance.» Quant à Julie Stanton, elle s\u2019aventure dans Le bonheur (Écrits des Forges), et il faut bien se douter que le cœur n\u2019y sera pas à l\u2019abri.Cette poète nous a donné depuis quelques années des textes remarquables autour de la mort, et cette méditation exploratoire qu\u2019elle nous annonce traversera l\u2019intimité comme des substrats historiques.En dernier lieu, on s\u2019en voudrait de ne pas signaler que Mathieu Croisetière voyage Peut-être en Chine (Le Sabord), qu\u2019Alexandre Des- chênes s\u2019aventure jusqu\u2019à Buckingham Palace (L\u2019Écrou) et que Katherena Vermette nous convie aux Ballades d\u2019amour du Nor th End (Mémoire d\u2019encrier).Nous voici bien avertis : il ne saurait être question de rester immobiles en cette saison.Collaborateur Le Devoir POÉSIE Voyage Par leurs chemins de ronde depuis plusieurs points du globe ou leurs dérives autour des sentiments qui transportent dans le temps, plusieurs recueils invitent à pourfendre l\u2019immobilisme en cette rentrée.Le grognon de la rentrée Renaud Longchamps, grand poète grognon et indispensable, ce vivant tragique qui perçoit le moindre soubresaut de ce qui sous-tend les aléas de la vie, nous convie, dans Amour/Mexio, Amores/México (Écrits des Forges), à une rencontre entre un être issu des ténèbres froides, celles qui discutent avec la mort, et une femme aimée, lumineuse incarnation du désir.On voit déjà ce livre tracer la voie vers les ultimes voyages à travers des routes lointaines et des sentiments d\u2019une rare fragilité.Pour ce poète qui nous a habitués à une grande rigueur, ce recueil s\u2019annonce comme un moment de réflexions et d\u2019ouvertures.ILLUSTRATION TIFFET Jonathan Bécotte fait paraître son premier roman chez Leméac.Souffler dans la cassette est l\u2019histoire d\u2019amitié- amour entre deux petits garçons du primaire.La forme poétique du récit laisse deviner une plume riche qui saura en émouvoir plus d\u2019un, du moins si on se fie à ces quelques lignes troublantes de simplicité et de beauté : « Je suis allé porter ma copie avant toi.Quand je suis revenu à mon bureau [\u2026] Tu as pointé mon poing sali de plomb.Je suis gaucher, ça tache être gaucher.Tu as ri.Tu devrais te concentrer pour finir ton texte ».Parution en janvier.La nouvelle tête de la rentrée L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 J A N V I E R 2 0 1 7 R E N T R É E L I T T É R A I R E F 3 G U Y L A I N E M A S S O U T R E U n roman, tant qu\u2019il n\u2019est pas lu, n\u2019existe pas.Il n\u2019est pas de plus pure fiction qu\u2019une jaquette opaque sur un texte obscur.Mais ce qu\u2019un lecteur aime, quand il s\u2019en saisit, c\u2019est que le lointain rejoigne d\u2019un coup l\u2019intime.Ce pouvoir de la fiction efface-t-il pour autant la crainte de l\u2019avenir?La fiction cherche plus souvent à repousser nos limites qu\u2019à simplifier l\u2019humain.Devant les peurs ambiantes, elle invente Le temps imaginaire.Le mur de Planck II (P.O.L.), triple histoire de Christophe Carpentier, l\u2018une de science-fiction, l\u2019autre, d\u2019heroic fantasy et la troisième, conte philosophique, en 688 pages.Peut-on écrire, se demande l\u2019auteur, le mythe des mythes qui permettrait de traverser le mur de Planck, de songer en deçà de la naissance de l\u2019Univers?S\u2019extirpant de nos peurs, de tels démiurges s\u2019adonnent à l\u2019utopie.Quant aux 336 autres romans français de cette rentrée, nombreux sont ceux à jeter des passerelles sur le vide.Tel Le roman impossible (L\u2019Olivier) de Thierry Hesse, symptôme de l\u2019esprit présent : « La mort de Malik Oussekine [victime de la violence policière lors des manifestations étudiantes en France en 1986], dont je voulais faire un roman, me plongeait à présent dans la peur.J\u2019y voyais une noirceur et une violence prémonitoire que je n\u2019avais encore jamais éprouvées dans l\u2019écriture d\u2019un livre.Une noirceur bien réelle, menaçante, embrasée par les tragédies d\u2019aujourd\u2019hui.» Que l\u2019inspiration du personnage écrivain tarisse, cela est lié aux traumas causés par l\u2019actualité.Le roman de Hesse se propose de remonter la pente de l\u2019anéantissement qui guette ceux que la terreur endeuille.Vengeance occidentale En tuer « au moins un » ! C\u2019est ce que hurle Bernard Florestan dans Sans Véronique (Gallimard) d\u2019Albert Dreyfus.La femme de cet ouvrier parisien a été victime de l\u2019attentat terroriste à Sousse, en Tunisie, en juin 2015.Quelle stupide semaine de vacances ! Bernard, exaspéré, jure de se venger ; il part en Syrie pour «se faire justice».Cet acte insensé va-t-il le libérer de sa colère?Le grand lecteur qu\u2019était Borges conseillait de s\u2019adonner à la lecture selon « les sentiers qui bifurquent ».Continuons donc de tirer un fil de l\u2019écheveau des possibles.Ainsi, ceux que l\u2019insécurité étreint comprendront Yann Moix, qui en a fait son sujet dans Terreur (Grasset).Du journal qu\u2019il a tenu durant les événements terroristes sur venus à Paris en janvier 2015, il a d\u2019emblée cherché les causes: «Ce livre est un cheminement, une progression, une interrogation, un questionnement sur la radicalité, la radicalisation, la jeunesse, l\u2019islamisation, la violence, le nihilisme.» Tandis que certaines sociétés érigent des murs protecteurs, d\u2019autres favorisent la chaîne humaine.Prenons l\u2019Inde de Shumona Sinha (Apatride, L\u2018Olivier) : cette dernière n\u2019estelle pas enragée de constater la violence à Paris, quand son héroïne a émigré, si difficilement, pour fuir une Inde insupportable?L\u2019Occident n\u2019est plus un refuge pour tous.Quant à Haïti, dans son premier roman (Rapatriés, Seuil), Néhémy Pierre-Da- homey éclaire un autre drame de l\u2019émigration, quand celle-ci échoue au lieudit maudit de « Rapatriés ».L\u2019épreuve lancinante de l\u2019accueil ou du refus d\u2019une aimable société humaine rend alors si désirables les bienfaits de la paix.Lutte et résistance Le féminisme offre une autre voie stimulante de dénonciation et de résistance.Viol, sexisme, mutilation, oppression, mouvement Femen , mater n i té , amantes sortant de l\u2019ombre, les consciences luttent dans un vivier de fictions et récits où piger \u2014 presque la moitié des signatures au total.À choisir, Gaëlle Obiégly qui, avec N\u2019être personne (Ver ticales), laisse penser une femme enfermée dans les toilettes de son entreprise : cela ne manque pas, en fait de ressaisissement de soi, ni d\u2019esprit ni d\u2019à-propos.Les romanciers trouveront-ils la sécurité pour leurs personnages, si elle existe?Réponse positive dans le plaidoyer à la première personne de la romancière et essayiste Belinda Cannone.Celle-ci préconise l\u2019attitude du retour au quotidien pour contrer l\u2019anxiété dans S\u2019émerveiller (Stock) : « Le risque de l\u2019enténèbrement a frappé notre époque mais il faut d\u2019autant plus persister à évoquer l \u2019 é m e r v e i l l e m e n t .C a r l a construction du bonheur, le respect de chaque vie précaire, précieuse et susceptible d\u2019accueillir les plaisirs en même temps que le labeur, sont la marque de notre conception de l\u2019existence.Ici est notre séjour, y porter un regard attentif est le plus sûr remède contre le nihilisme.» Collaboratrice Le Devoir FICTION FRANÇAISE Insécurité La peur de disparaître, la peur de se radicaliser, la peur de sombrer dans sa folie ou dans celle des autres.Plusieurs romans de la rentrée auscultent une angoisse très contemporaine.C H R I S T I A N D E S M E U L E S Àcoup sûr, les fictions étrangères promettent de nous plonger cet hiver en plein cœur des choses.Celles du couple, de l\u2019amitié, des familles, de la mémoire ou de la création.À commencer par Zeruya Shalev (Ce qui reste de nos vies, prix Fe- mina étranger en 2014), qui entend poursuivre son implacable dissection des misères du couple dans Douleur (Gallimard), récit qui nous fait sentir de l\u2019intérieur les tensions et les névroses de la société israélienne.Autre intimité, celle détaillée dans La chair (Métailié), por trait sensible d\u2019une écri- vaine vieillissante, signé par l\u2019Espagnole Rosa Montero qui va nous donner l\u2019un de ses romans les plus personnels, en explorant le passage du temps et la peur de la mort.Toujours de l\u2019Espagne, Javier Marías, monument des lettres de la péninsule Ibérique, nous revient dans Si rude soit le début (Gal- limard), avec une éducation sentimentale campée dans le Madrid des années 1980.L\u2019intimité dans ses contradictions fonde sans doute le premier volet d\u2019une trilogie à surveiller : Le séducteur (Monsieur Toussaint Louverture), du Norvégien Jan Kjaerstad, qui suit le destin d\u2019une personnalité forte et fictive de la télé nor vé- gienne, alors que l\u2019Islandais Ei- ríkur Orn Norddahl (Illska, le Mal) nous revient avec Heimska, la stupidité (Liana Levi), dans lequel un couple va se déchirer à pleines dents.C\u2019est dans l\u2019intimité de l\u2019imagination que nous invite à entrer l\u2019Argentin Rodrigo Fresán (La vitesse des choses) dans La part inventée (Seuil), «un livre vertigineux sur le mystère de la création littéraire » qui s\u2019annonce aussi comme son roman le plus personnel.De son côté, l\u2019Italienne Michela Murgia (Ac- cabadora) replonge, elle, dans le sombre avec Leçons pour un jeune fauve (Seuil), où s\u2019incarne une histoire d\u2019amour tendre et féroce entre deux artistes.Avec son intrigue difficile à résumer, Glow (Joëlle Losfeld), deuxième roman du jeune Anglais Ned Beauman, promet pour sa part de décoiffer les lecteurs.L\u2019intimité du groupe, le deuxième roman de l\u2019auteur de L\u2019homme qui savait la langue des serpents, Le papillon (Le Tripode), de l\u2019Estonien Andrus Kivirähk, va la dévoiler en passant par le quotidien d\u2019une troupe de théâtre dans l\u2019Estonie du début du XXe siècle, une famille choisie et tissée serré.La Peuplade fera paraître le deuxième titre de sa collection « Fictions du Nord » avec Les excursions de l\u2019écureuil , de l\u2019Islandais Gyrðir Elíasson, qui explore avec sensibilité et invention les pouvoirs de l\u2019imagination.Suite du best-seller Shanta- ram, dans lequel l\u2019Australien Gregory David Roberts racontait de manière romancée comment il avait vécu dans les bas- fonds de Bombay après s\u2019être évadé de prison en Australie, L\u2019ombre de la montagne (Flam- marion Québec) devrait aussi attirer l\u2019attention en replaçant Lin dans l\u2019intimité des guerres de gangs et des chefs de mafia.Enfin, l\u2019intimité de Friedrich Nietzsche va se retrouver au centre de Le cœur de la terre (Noir sur blanc), du Serbe Svetislav Basara, qui s\u2019amène avec un roman absurde et phi- losophico-picaresque où il imagine trois mois de la vie philosophe, loin de l\u2019intimité de la mémoire que devrait por ter La nostalgie (P.O.L.), du Roumain Mircea Cartarescu, qui nous réser ve un recueil de nouvelles semblant particulièrement prometteur.Collaborateur Le Devoir FICTIONS ÉTRANGÈRES Intimité Celle des petits groupes, celle de la mémoire, celle des trajectoires singulières et même celle de l\u2019imagination façonnent la diversité et la profondeur d\u2019un ensemble de récits venant de loin en ce début d\u2019année.P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 1/15 L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 2/10 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac 3/9 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 4/10 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 2 La faute.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 6/10 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 4 Chimères Anne Robillard/Wellan 5/8 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 8/2 Danger! Femmes en SPM Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis 7/2 La marche des nuages \u2022 Tome 2 L\u2019infidèle Josée Ouimet/Hurtubise \u2013/1 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La tentation.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 9/6 Romans étrangers La chimiste Stephenie Meyer/Lattès 1/6 Le piège de la belle au bois dormant Alafair Burke | Mary Higgins Clark/Albin Michel 2/7 Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 4/13 Intimidation Harlan Coben/Belfond 3/10 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 5/19 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 7/17 La fille dans le brouillard Donato Carrisi/Calmann-Lévy 9/2 Les nouveaux amants Alexandre Jardin/Grasset 8/9 Chanson douce Leïla Slimani/Gallimard 6/8 L\u2019amie prodigieuse Elena Ferrante/Gallimard 10/3 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/12 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 2/15 Le témoin Lino Zambito/Homme 3/9 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 4/10 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 5/12 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand.Josée Blanchette/Flammarion Québec 6/15 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 7/7 Les superbes Collectif/VLB 8/5 Fuck le monde Simon-Pierre Beaudet/Moult \u2013/1 Politiques de l\u2019extrême centre Alain Deneault/Lux 9/5 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/47 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 3/9 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 2/5 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil 7/10 De l\u2019âme François Cheng/Albin Michel 10/6 Sous le drapeau noir.Enquête sur Daesh Joby Warrick/Cherche Midi 9/5 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 5/15 7 façons d\u2019être heureux ou les paradoxes du.Luc Ferry/XO 4/3 Sans consentement.Enquête sur le viol Jon Krakauer/Presses de la Cité \u2013/1 Le pouvoir au féminin.Marie-Thérèse d\u2019Autriche Élisabeth Badinter/Flammarion 6/4 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 2 au 8 janvier 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.LÉVESQUE ÉDITEUR Courriel : info@levesqueediteur.com Site Internet : www.levesqueediteur.com DISTRIBUTION : DIMEDIA INC.Courriel : general@dimedia.qc.ca Site Internet : www.dimedia.qc.ca Joanie Lemieux, lauréate du Prix littéraire de l\u2019Association québécoise des professeurs de français et de l\u2019Association nationale des éditeurs de livres (AQPF- ANEL), pour son recueil de nouvelles Les trains sous l\u2019eau prennent- ils encore des passagers ?Louis-Philippe Hébert, lauréat du Prix du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) \u2013 « Créateur de l\u2019année » 2016 dans les Laurentides P h o t o : D i a n e P a q u i n P h o t o : J a c q u e s G r a t t o n félicite ILLUSTRATION TIFFET La douceur de la rentrée Sensuel et érudit, Didier Decoin a choisi le lointain dans Le Bureau des Jardins et des Étangs (Stock) : l\u2019empire du Japon au XIIe siècle.Douze années de travail ont mûri ce roman.Une jeune veuve, Miyuki, remplace son mari dans la pêche aux carpes destinées à l\u2019empereur.La rivière Kusagawa regorge de dangers.Dans son périple, Miyuki affronte les intempéries, les traîtres, les brigands, les maquerelles et les monstres.Mais la voyageuse se donne le pouvoir de battre l\u2019insécurité et de rejoindre le maître de sagesse au paisible Bureau des Jardins et des Étangs.Leïla Slimani, Le diable est dans les détails, L\u2019Aube Tanguy Viel, Article 353 du Code pénal, Minuit Laura Alcoba, La danse de l\u2019araignée, Gallimard Geneviève Brisac, Vie de ma voisine, Grasset Valérie Mréjen, Troisième personne, P.O.L.Les cinq visages de 2017 L\u2019année 2016 a en partie levé le voile sur l\u2019un des mystères littéraires les plus opaques des dernières années : l\u2019identité de l\u2019écrivaine italienne Elena Ferrante.Mais peu nous importe, à vrai dire, puisque c\u2019est avec autant d\u2019intérêt que l\u2019on renoue avec Naples et avec les deux amies d\u2019enfance aux destins à la fois soudés et opposés, Elena et Raffaella, dans Celle qui fuit et celle qui reste.Le troisième volet d\u2019une saga napolitaine haletante sur fond d\u2019émancipation féministe, entre l\u2019intime et le politique, dans l\u2019Italie du début des années 1970.La continuité de la rentrée ILLUSTRATIONS TIFFET F A B I E N D E G L I S E L\u2019 appel à la résistance par le dessin semble de mise en ce début d\u2019année avec l\u2019apparition annoncée aux États-Unis le 20 janvier prochain, juste à temps pour l\u2019intronisation de Donald Trump à la Maison- Blanche, du fanzine Resist ! piloté en partie par Nadja Spie- gelman, fille du bédéiste Art Spiegelman.Il s\u2019agit d\u2019un assemblage de planches et d\u2019illustrations appelant à résister à la bêtise du nouveau président américain.Résister.Le territoire du 9e art donne l\u2019impression d\u2019être habité par cette envie de ne pas céder, de ne pas s\u2019affaiblir, de ne surtout pas se laisser emporter par des forces extérieures, en ce début d\u2019année 2017, comme celles de l\u2019intimidation et de l\u2019asservissement, habilement mises sur le grill dans Automne rouge (La Pastèque) d\u2019An- dré-Philippe Côté et Richard Vallerand.Le Québec y vit son année 1970, entre affirmation nationale, violence, syndicalisme, drogue et ce vent de résistance qu\u2019un enseignant va canaliser dans un projet éducatif : il demande à ses élèves d\u2019imaginer un superhéros québécois.Une idée qui va conduire Laurent, 13 ans, sur le chemin de la torpeur et des sentiments mitigés, à l\u2019image du monde en mutation autour de lui.Résister à l\u2019inhumanité, et à l\u2019exclusion aussi.Voilà sans doute le projet qui se trame dans Les nouvelles de la jungle de Calais (Casterman), rencontre de la sociologie et de la bande dessinée sur le thème des flux migratoires et des enjeux qui viennent avec.Lisa Mandel au dessin et Yas- mine Bouagga au scénario pilotent ce documentaire qui concentre son regard autant sur Sangatte, cette ville du nord de la France où se massent des migrants en quête d\u2019un aller simple vers l\u2019Angleterre, que sur les contradictions que la crise des migrants, comme on l\u2019appelle, fait régulièrement émerger.Dans le 7e ver t (La Pastèque), Paul Bordeleau va proposer, lui, en mars prochain, une autre forme de résistance, celle au poids de son passé, en passant par le récit délicat d\u2019une par tie de golf entre un père et son fils.Tout est en finesse dans ce récit coloré qui laisse la précision d\u2019un sport atteindre celle des souvenirs d\u2019une vie qui hantent et qui parfois empêchent d\u2019avancer assez vite au trou suivant.Humain, Un Norvégien vers Compostelle (Shampooing), de Jason, l\u2019est tout autant, en amenant un questionnement existentiel le long des 800 km du célèbre chemin de Saint-Jacques, terrain propice au pèlerinage, mais aussi à la résistance face à l\u2019accélération du temps.Et, à 50 ans, ce jeune Norvégien le fait dans la force d\u2019un roman graphique et le subtil décalage de l\u2019humour scandinave.Resistance toujours, mais à la norme et aux conventions, cette fois, por tée en ce début d\u2019année par deux objets intrigants : Soyeux cheveux (Pow Pow) de Meags Fitzgerald, traduction en français de son Long Red Hair, récit intimiste qui relate la jeunesse de cette bédéiste et surtout la découverte de sa bisexualité, et le Mort ou vif (Futuropolis) de Jean-François Hautot et David Prudhomme, récit d\u2019une résistance à la fatalité d\u2019un licenciement placé dans une trame narrative qui elle, cherche à résister aux codes de la bande dessinée.Pas de doute, l\u2019esprit des lieux est marqué par une envie de ne pas plier.Le Devoir BANDE DESSINÉE Résistance Par le dessin et le phylactère, plusieurs bédéistes invitent à se tenir debout, à ne pas céder, à ne pas se laisser emporter par toutes ces forces étranges et obscures qui cherchent à faire plier l\u2019humanité.« Tout est gluant.On est pris dans la glu.Pour penser la politique, l\u2019émancipation.J\u2019ai peur, explique-t-il.Je réfléchis beaucoup au sens du mot \u201cÉLITE\u201d.C\u2019est un mot gluant, ça, quand on l\u2019écrit en majuscules, fièrement.Une fois, à la radio, j\u2019ai entendu une écri- vaine revendiquer \u201cl\u2019élitisme pour tous\u201d.C\u2019est beau.Que l\u2019exigence contamine tout.» Pas de doute, les mots donnent de l\u2019« espoir », terme choisi par Kim Thúy, dont le dernier roman, Vi (Libre Expression), a fait sensation l\u2019an dernier.«À lui seul, il donne le souf fle de la vie, il pousse au dépassement de soi, il offre tous les possibles.Au pluriel, il plonge dans un aspect le plus sombre, des-espoir(s).Il ne faut pas compter sur lui, il faut l\u2019habiter, l\u2019adopter et l\u2019incarner comme s\u2019il était un état d\u2019âme, une force nécessaire pour regarder 2017 droit dans les yeux» et être fiers dans ses mots.Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 NEUF L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 J A N V I E R 2 0 1 7 R E N T R É E L I T T É R A I R E F 4 BERNARD ANTON \u201cLa lecture de ce brillant essai est enrichissante.Pas à pas, vous vous sentirez plus léger, plus libre, plus en santé.\u201d \u201cC\u2019est un baume sans pareil.\u201d Dre Sylvie Morin Culture Hebdo (nov.2016) ILLUSTRATION TIFFET Terra incognita sur tous les plans, surtout géopolitique et environnemental.Jadis, faire reculer des terres inconnues était un plaisir lié à la conquête et à la connaissance.Aujourd\u2019hui, l\u2019action est éventrée de son sens.Maya Ombasic « » L\u2019ovni de la rentrée Elle a raconté dans les années 1990 ses passions amoureuses et charnelles, tout comme celles de plusieurs de ses amies, dans les pages du magazine italien Blue.Des aventures coquines, torrides, secrètes, vécues dans des parcs publics, des cinémas, sur la plage et même, hérésie, dans des églises, qui vont se retrouver assemblées en ce début d\u2019année dans Sous les étoiles (Delcourt) de Laura Scorpa, rare incursion de la bande dessinée d\u2019auteur dans l\u2019érotisme, qui invite sans doute à résister à ce trop de morale qui cherche à s\u2019emparer du présent.Les corps des femmes, les jeunes, les vieilles, les minces, les grosses, les corps des transgenres, les corps des réfugiés, les corps des malades dans les CHSLD, les corps des enfants de la guerre.2017 sera une année où on ne pourra plus nier l\u2019aspect politique du corps.Chloé Savoie-Bernard « » Le territoire du 9e art donne l\u2019impression d\u2019être habité par cette envie de ne pas céder, de ne pas s\u2019affaiblir, de ne surtout pas se laisser emporter par des forces extérieures ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR PEDRO RUIZ LE DEVOIR LA PASTÈQUE C H R I S T I A N D E S M E U L E S S i la dernière année a été celle de la consécration de la «post-vérité » en politique, la littérature, quant à elle, n\u2019a jamais été en reste en matière d\u2019accommodements déraisonnables avec les faits et la réalité.Derrière les apparences du couple, sous les promesses des nouvelles technologies, au-delà du mensonge et des illusions, les fictions américaine et canadienne en traduction vont faire leur place cet hiver.Derrière les façades urbaines, Tim Murphy aborde les années sida à travers les destins de plusieurs personnages de la bohème new-yor- kaise dans L\u2019immeuble Christo- dora (Plon).«Un roman social épique dans la tradition de Tom Wolfe », estimait le New York Times.Avec l\u2019ambitieux Rêves de machines (Gallimard), Louisa Hall nous entraîne à travers les siècles et les continents au moyen de cinq voix qui s\u2019entremêlent et retracent la création de l\u2019intelligence artificielle et les dangers qui l\u2019accompagnent.L\u2019invention, elle, devient un moyen de rédemption dans le premier roman du Torontois Jason Hrivnak, La maison des épreuves (éd.de L\u2019Ogre), où, après la mort de son amie d\u2019enfance, un homme entreprend de poursuivre le carnet dans lequel ils avaient ensemble construit un monde imaginaire.Shoshanna.Mère et fille dans les ténèbres de l\u2019histoire (Triptyque), de la Montréa- laise Elaine Kalman Naves, retrace une histoire familiale où se révèlent, sur fond d\u2019amour perdu et de diaspora juive, les grandes tensions sociales qui ont traversé le XXe siècle.Les réalités y sont forcément parallèles, tout comme dans le récit de la Canadienne Natalee Ca- ple, qui fait revivre une figure mythique de l\u2019Ouest américain à travers le regard de sa fille dans Il était une fois Calamity Jane (Boréal).Peter Berhens, lui, est attendu pour sa par t avec Les insouciants (XYZ), histoire d\u2019amour dans le Berlin des années folles, épopée historique et réflexion lucide sur la violence de l\u2019Europe du XXe siècle.Toujours du côté canadien, dans Le musée des espèces disparues (XYZ), Nina Berkhout mélange de manière délicate livres anciens, cryptozoologie et histoire familiale compliquée, alors qu\u2019avec sa plume délicate, la Britannique Melanie Wallace entrecroise les destins de personnages cabossés, en deuil ou porteurs de secrets dans Passer l\u2019hiver (Grasset).Dix ans après la mort de Lucia Berlin, les 43 nouvelles de son Manuel à l\u2019usage des femmes de ménage (Grasset) devraient nous révéler l\u2019un des secrets les mieux gardés de la littérature américaine et, s\u2019il faut en croire L ydia Davis, lauréate du Man Booker 2013, une nouvelliste du calibre d\u2019Alice Munro.Et dans un monde sur le point de s\u2019écrouler, Dans la forêt (Gallmeister), premier roman de l \u2019Américaine Jean Hegland par u en 1996, met en scène deux sœurs adolescentes laissées à elles-mêmes au milieu des bois après la mort de leurs parents \u2014 un roman qui a été adapté au cinéma par Patricia Rozema en 2015.Collaborateur Le Devoir FICTIONS AMÉRICAINE ET CANADIENNE Mensonges La frontière entre les faits, la vérité, et les croyances s\u2019étiole dans un présent où la création littéraire américaine et canadienne puise pour amener ses lecteurs au-delà de toutes ces illusions.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 J A N V I E R 2 0 1 7 R E N T R É E L I T T É R A I R E F 5 JE M\u2019ABONNE À RELATIONS : NOM ______________________________________________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL _____________________ TÉLÉPHONE ( ________ )________________________________ COURRIEL ___________________________________________________________________________ COCHEZ SVP SI VOUS ACCEPTEZ DE RECEVOIR NOS INFOLETTRES TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 JE PAIE PAR CHÈQUE À : LA SODEP (RELATIONS) OU PAR CARTE DE CRÉDIT NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE __________________________________________ L\u2019ABONNEMENT DONNE ACCÈS AUX ARCHIVES DES 3 DERNIÈRES ANNÉES SUR LE SITE COCHEZ : VERSION IMPRIMÉE ET VERSION NUMÉRIQUE (PDF) 1 an (6 numéros) 40 $ 2 ans (12 numéros) 70 $ 1 an, étudiant* 25 $ 1 an, à l'étranger 55 $ 1 an, de soutien 100 $ VERSION NUMÉRIQUE (PDF) SEULEMENT 1 an 30 $ 1 an, étudiant* 20 $ Taxes incluses, sauf abonnement à l\u2019étranger * Sur justificatif (OBLIGATOIRE) ARTISTE INVITÉ Richard-Max Tremblay NOUVEAU NUMÉRO 788 FÉVRIER 2017 POUR VOUS ABONNER, RETOURNEZ CE COUPON AVEC VOTRE PAIEMENT À : SODEP (revue Relations) C.P.160, succ.Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3E9 SOMMAIRE ET ABONNEMENT : revuerelations.qc.ca Ce dossier explore les visages d'un athéisme ouvert à un dialogue essentiel entre athées et croyants, au-delà de l\u2019affrontement stérile et permettant d\u2019approfondir le sens de l\u2019existence, de la laïcité et de la démocratie.LES AUTEURS : Samia Amor, Gilles Bibeau, Catherine Foisy, Raymond Lemieux, Georges Leroux, Jean-Claude Ravet, Louis Rousseau, Jean-Claude Simard, Pierre Zaoui.Aussi dans ce numéro : Jean Bédard, Catherine Mavrikakis, Rodney Saint-Éloi En 2017, ouvrez la porte du poème ! Découvrez nos nouveautés en visitant le www.lenoroit.com Le poème est une maison de bord de mer Normand de Bellefeuille Prix du Gouverneur général 2016 « Je vous ai parlé avec toute affection du poème de la mer de la maison de bord de mer maintenant : osez ! osez y entrer » M I C H E L B É L A I R T out ne va pas vraiment pour le mieux dans le meilleur des mondes\u2026 et le polar en témoigne largement.Le regard multiple que cette littérature des marges jette sur le monde souligne, sous tous les visages qu\u2019il peut emprunter, l\u2019inéluctable lourdeur de l\u2019être.Ainsi, à l\u2019aube d\u2019une sorte de nouveau paradigme global dont personne ne peut prédire l\u2019ampleur ni l\u2019impact, et alors que des pans entiers de mondes semblent s\u2019ef friter sous nos yeux, les éditeurs de polars publient des œu- vres souvent visionnaires.Dans la Série noire chez Gallimard, par exemple, DOA (un pseudonyme, bien sûr) livre dans Pukhtu le deuxième tome d\u2019une étude politique et géostratégique sur l\u2019insatiable appétit de l\u2019Occident.Mettant en scène des agences et des mercenaires clandestins intervenant tout aussi secrètement en Afghanistan qu\u2019en Afrique à partir de l\u2019Europe ou de l\u2019Amérique, cette œuvre monumentale tourne le projecteur sur un monde occulte dont les ramifications font frémir.Quand, en prime, tout cela est raconté dans une écriture d\u2019une efficacité fulgurante, on ne devrait pas se gêner pour en profiter.Les exemples ne manquent pas dans la mise en relief des aspects cachés de la corruption, aussi bien économique que politique ou militaire, qui grugent et façonnent le monde.À un niveau beaucoup plus individuel, pourrait-on dire, l\u2019œuvre de Jo Nesbø est très révélatrice de ce cancer qui nous ronge.Dès ce printemps, Gallimard publie en format poche dans sa collection Folio une bonne dizaine d\u2019enquêtes de l\u2019inspecteur Harr y Hole.Du Bonhomme de neige à Police, on pourra se faire une idée assez juste des méthodes peu orthodoxes du policier norvégien, mais surtout des déviances inimaginables par lesquelles certains criminels décident de s\u2019affirmer.En collection poche aussi \u2014 Babel noir chez Actes Sud \u2014, on pourra lire le premier d\u2019une série de quatre romans d\u2019Arne Dahl, Message personnel, qui permettra à plusieurs de comprendre le pont d\u2019or que les nouvelles technologies basées sur Internet ont apporté aux organisations criminelles de grande envergure.Ici, c\u2019est le très secret bureau Op Cop de l\u2019Europol qui est visé et la plume exceptionnelle d\u2019Arne Dahl souligne l\u2019urgence des enjeux en cause.Le Québec n\u2019y échappe pas non plus, on le verra dans le prochain livre de Mario Bolduc, Le tsar de Peshawar, publié en février chez Expression noire.Le livre nous renvoie aux horreurs de la Tchétchénie et au poids de la vengeance.Le récit s\u2019appuie sur une des écritures les plus alertes et les plus « internationales» de ce côté-ci de l\u2019Atlantique.Brèfle, comme dirait Ubu, ce n\u2019est pas encore l\u2019Apocalypse\u2026 même si les paramètres politiques, sociaux, culturels, économiques bouleversent de plus en plus nos compréhensions collectives du réel.Le monde semble inéluctablement tiré vers le bas.Mais les lecteurs de polars le savaient déjà.Collaborateur Le Devoir POLARS Lourdeur Le poids des dominations, le poids de la corruption, le poids de la vengeance, le poids des aveuglements collectifs tirent le monde vers le bas et donnent du carburant aux auteurs de romans noirs.ILLUSTRATION TIFFET L\u2019étrange cassure de la rentrée Arnaldur Indridason avait déjà annoncé la couleur lors de l\u2019entrevue qu\u2019il accordait au Devoir à Lyon, en avril dernier : il veut en arriver à cerner la « cassure ».Illustrer ce qui a brutalement fait passer l\u2019Islande du Moyen Âge à la modernité en à peine plus de 50 ans.Avec Dans l\u2019ombre, publié chez Métailié en mars, Indridason amorce ce qui sera une trilogie au moment où les troupes américaines prennent la place des forces britanniques stationnées en Islande depuis la Deuxième Guerre mondiale.Parce que chaque cassure a son début.ILLUSTRATION TIFFET L\u2019incontournable de la rentrée Très attendu, Les Furies (L\u2019Olivier), de Lauren Groff, nous rappelle que les histoires d\u2019amour parfaites cachent souvent une part de secrets peu reluisants.L\u2019Américaine de 38 ans s\u2019était révélée en 2008 avec Les monstres de Tem- pleton (Plon), saga romanesque dans laquelle une jeune femme partait à la recherche de son père.Dans ce troisième roman, un homme et une femme exposent tour à tour leur point de vue sur leurs vingt-quatre années de mariage.Derrière les apparences du couple, sous les promesses des nouvelles technologies, au-delà du mensonge et des illusions, les fictions américaine et canadienne en traduction vont faire leur place cet hiver L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 J A N V I E R 2 0 1 7 R E N T R É E L I T T É R A I R E F 6 Également disponible en version numérique www.editionsxyz.com U N R É C I T D E J E A N D É S Y E T I S A B E L L E D U V A L En librairie le 9 février I l y a cinquante ans, en 1967 donc, l\u2019année de sa mor t, Lionel Groulx publiait, dans Constantes de vie (Fides), un texte sur « notre mystique nationale » datant de 1939.« J\u2019ai constaté, écrivait-il, que rien n\u2019émeut si fort les Canadiens français ni ne leur est plus nécessaire que la démonstration de leur existence.» La remarque demeure à moitié per tinente pour les Québécois que nous sommes devenus.Le rappel des raisons de notre existence demeure en effet plus nécessaire que jamais en ces années de malaise et d\u2019errance identitaires, mais il n\u2019est plus aussi évident qu\u2019il y a un demi-siècle que cet exercice de raf fermissement national suscite notre émotion.Groulx, s\u2019il revenait parmi nous, serait forcé de constater avec dépit qu\u2019il y a bien des dé- crocheurs en la matière.Il se réjouirait cependant du fait que, dans les mois à venir, nos essayistes exploreront, sous divers angles, les grandeurs et misères du désir d\u2019exister.La liberté, pour quoi faire?Le Québec n\u2019existe pas, clamera Maxime Blanchard, en février, dans un « essai explosif » portant ce titre, à paraître aux éditions Varia.Son éditeur, le psychanalyste et essayiste Nicolas Lévesque, évoque « une célébration du Québec, un grand cri d\u2019amour, et en même temps un grand cri d\u2019alarme, le cri de rage de celui qui voit son pays couler en flammes dans l\u2019insignifiance».Indépendantiste québécois exilé à New York pour y enseigner, Blanchard passera par son avatar littéraire, Éric Langevin, pour « donner une bonne gifle au visage» du Québec afin de le réveiller.Ça s\u2019annonce très décapant.« Habituons-nous à ce mot, \u201cprovince\u201d.Nous n\u2019avons pas fini de l\u2019entendre, et par notre faute.Librement, nous avons choisi par deux fois de demeurer une minorité dans un pays qui n\u2019est pas le nôtre », constatera le cinéaste Ber nard Émond dans Camarade, ferme ton poste, un recueil d\u2019essais publié ces jours-ci chez Lux éditeur.Dans le style classique et tranchant qui le caractérise, Émond, résume son éditeur Mark Fortier, « défend l\u2019espérance sans optimisme », en plaidant pour la justice sociale, l \u2019attachement à la beauté du monde et la nécessité de l \u2019 indépendance du Québec.Avec toute la brillante fougue qu\u2019on lui connaît, Mathieu Bock-Côté creusera un semblable sillon dans Le nouveau régime, qui paraît cette semaine aux éditions Boréal.Plus à droite qu\u2019Émond sur le plan socioéconomique, Bock- Côté s\u2019en rapproche beaucoup par ailleurs.Le « nouveau régime» qu\u2019il pourfend, celui du règne d\u2019un individualisme déraciné et consommateur, privé de repères moraux politiques et culturels, est aussi celui qui répugne au cinéaste.Si le Québec veut exister pour quelque chose, et non dans un vide qui le nie, il doit renouer avec un certain conservatisme, disent les deux essayistes de haut vol.L\u2019histoire aujourd\u2019hui Avoir le sens du passé, retrouver des racines, s\u2019inscrire dans une tradition, cela ne signifie pas s\u2019enfermer dans une identité obsolète.Comme le montrera l\u2019historien Jacques Mathieu, avec la collaboration d\u2019Alain Asselin, dans La vie méconnue de Louis Héber t et Marie Rollet, à paraître aux éditions du Septentrion en mars prochain, la première famille de souche française à vraiment s\u2019établir ici peut encore nous inspirer, en ce qu\u2019« elle a incarné un modèle de colonisation opposé aux objectifs commerciaux des compagnies ».Apothicaire et botaniste autodidacte, Hébert a contribué à la connaissance scientifique pendant que Rol- let éduquait des Amérindiennes.Les fondateurs populaires du Québec ont donc «été des modèles d\u2019ouverture à l\u2019altérité » en prenant racine.Pour s\u2019en inspirer, il faut, évidemment, les connaître.L\u2019enseignement de l\u2019histoire, cependant, continue de faire débat, comme en témoignera, chez M éditeur, en mars, Quel sens pour l\u2019histoire ?, un essai dans lequel les didacticiens Marc-André Éthier, Vincent Boutonnet, Stéphanie Demers et David Lefrançois défendront un enseignement basé sur l\u2019approche scientifique de l\u2019histoire plutôt que sur son rôle patrimonial.Grosse discussion en perspective.Dans Le bal des absentes, qui paraîtra en mars aux éditions La Mèche, Julie Boulanger et Amélie Paquet vont se pencher sur la surreprésentation masculine dans les corpus littéraires retenus pour l\u2019enseignement et proposeront de faire connaître des œuvres d\u2019au- teures d\u2019ici et d\u2019ailleurs qui méritent leur place dans cet univers.Leur ouvrage, annonce-t- on, acclamera « le pouvoir infini de la littérature ».Cette conviction est aussi la nôtre.Le Devoir ESSAIS QUÉBÉCOIS Exister Continuer à être et à se reconnaître dans la marche de l\u2019histoire, dans la mémoire d\u2019un passé et dans les errances identitaires.L\u2019af firmation de nos singularités est au cœur de plusieurs titres attendus.M I C H E L L A P I E R R E En novembre dernier, Noam Chomsky, l\u2019intellectuel américain à qui l\u2019on demandait si Donald Trump, président désigné des États-Unis, incarnait un «fascisme au visage amical», a répondu qu\u2019une telle aberration «exigerait un honnête idéologue» et non «quelqu\u2019un dont la seule idéologie détectable reste son ego ».Sous la direction d\u2019Éric Fottorino, l\u2019ouvrage collectif Pourquoi Trump (Philippe Rey) vise à faire «comprendre les fractures de l\u2019Amérique» pour discerner la portée mondiale d\u2019une obscure révolte populiste.Parmi les collaborateurs de diverses tendances, des Américains, comme l\u2019écrivain progressiste Darryl Pinckney et le politologue néoconser va- teur Robert Kagan, y côtoient des intellectuels français.Le livre aborde la colère, aux États-Unis, des Blancs peu scolarisés de sexe masculin qui, exclus de la nouvelle croissance économique, ont fait de Trump, ce nostalgique de la prospérité d\u2019antan, leur spectaculaire sauveur.Le phénomène évoque l\u2019épuisement de la modernité occidentale, malheur qui ébranle les cer titudes de la masse et dont traite l\u2019essai Décadence, du philosophe anticonformiste Michel Onfray (Flammarion).De leur côté, les sociologues Luc Boltanski et Ar naud Esquer re analysent, dans Enrichissement : Une critique de la marchandise (Gallimard), la cause économique du déclassement des ouvriers : la désindustria- lisation du capitalisme en Occident et son remplacement par la marchandisation de la culture, du luxe, du tourisme.La peur de l\u2019autre Si, en plus de la peur du déclin industriel, il y en a une autre qu\u2019exploite Trump, c\u2019est bien la peur des étrangers, en par ticulier des musulmans.Pour nombre d\u2019observateurs, son attitude trouve un écho en Europe dans l\u2019islamophobie, sujet brûlant dont la nature même suscite la controverse.Dans Un racisme imaginaire (Grasset), Pascal Bruckner témoigne du débat, en distinguant le mépris des musulmans qu\u2019il réprouve du droit qu\u2019il défend de critiquer leur religion.Dans l\u2019esprit ingénu de Trump, cette distinction ne semblerait pas toujours évidente.D\u2019autre part, beaucoup veulent la dépasser en en déplorant l\u2019étroitesse.Spécialiste du monde arabomusulman, Jean-Pierre Filiu est de ceux-là.Son livre Le miroir de Damas : Syrie, notre histoire (La Découverte) restitue au pays, meurtri par la guerre entre les partisans du dictateur Bachar al-As- sad et les djihadistes, ce qu\u2019il représente : l\u2019héritage commun de l\u2019humanité.Civilisations et religions se mêlent en Syrie au cours des millénaires : parmi les personnages qui la marquent, Alexandre le Grand, saint Paul, Saladin, Abd el-Kader, nombreux sont liés à l\u2019histoire de l\u2019Occident.D\u2019ailleurs, Jean-Pierre Perrin, dans Le djihad contre le rêve d\u2019Alexandrie (Seuil), voit, dans tout l\u2019Orient déchiré, les débris du rêve de fusion entre l\u2019Europe, l\u2019Asie et l\u2019Afrique qui avait germé dans l\u2019esprit d\u2019Alexandre le Grand et que symbolisait la ville por tant son nom qu\u2019il avait fondée en Égypte.Le corps et le machisme La misogynie de Tr ump n\u2019échappe pas à l\u2019attention de ses adversaires.Inna Shev- chenko qui, en France, dirige le mouvement Femen, et sa compagne de combat Pauline Hillier n\u2019en disconviendraient pas.Leur manifeste Anatomie de l\u2019oppression (Seuil) exhorte les femmes « à reprendre possession» de leur « corps spolié » par le machisme.Leurs revendications s\u2019inscrivent dans le Dictionnaire des féministes, de Christine Bard et Sylvie Chaperon (PUF), qui réper torie les militantes en France du XVIIIe siècle au XXIe.Plusieurs se demandent si Trump comprend à quel point la réorganisation de l\u2019économie mondiale ira jusqu\u2019à impliquer un changement de civilisation.En tout cas, l\u2019industriel français Jean-Louis Bef fa (Seuil) préconise, lui, dans Se transformer ou mourir : Les grands groupes face aux start- up, une saine concurrence et même une convergence entre les entreprises bien établies et les nouvelles technologies.La société écologique et ses ennemis : Une histoire alternative de l\u2019émancipation, du philosophe Serge Audier (La Découverte), n\u2019est pas sans rapport avec le climatosceptique qui s\u2019apprête à devenir président des États-Unis.Le livre montre qu\u2019au XIXe siècle, même les progressistes, à l\u2019exception notoire d\u2019écrivains, comme l\u2019Américain Henry David Thoreau et l\u2019Anglais William Morris, succombèrent, à l\u2019instar des capitalistes, à l\u2019attrait du productivisme au détriment du respect de la nature.Comme quoi, l\u2019engouement pour Trump a des racines aussi profondes que troublantes.Collaborateur Le Devoir ESSAIS ÉTRANGERS Pourquoi?Face aux fractures sociales, à l\u2019intolérance ou au capitalisme en crise, l\u2019interrogation résonne dans une série d\u2019ouvrages cherchant à appréhender les idées de l\u2019ère Trump.ILLUSTRATION TIFFET Le point de vue dérangeant de la rentrée Depuis des années, l\u2019essayiste Jacques Beaudry commente des œuvres littéraires sombres qui explorent le mal qui ronge l\u2019humanité.Dans Le fantôme du monde, une plaquette ténébreuse qui paraît ces jours-ci aux éditions Liber, Beaudry prophétise, en s\u2019inspirant de l\u2019écrivain juif hongrois nobélisé Imre Kertesz, que l\u2019humanité ne survivra qu\u2019à la condition de « tirer la leçon d\u2019Auschwitz », c\u2019est-à-dire de conjurer l\u2019instinct de meute, le mensonge et l\u2019obéissance zombiesque.En sommes-nous capables?LOUIS CORNELLIER Avoir le sens du passé, retrouver des racines, cela ne signifie pas s\u2019enfermer dans une identité obsolète La contradiction décodée de la rentrée Le protectionnisme américain instinctif que promet Trump s\u2019éclaire grâce à un livre singulier de Jean- François Bayart, L\u2019impasse national-libéral.Globalisation et repli identi- taire (La Découverte).Ces deux processus, en apparence contradictoires, nous explique le politologue, procèdent, dans les États occidentaux, du même national-li- béralisme \u2014 « libéral pour les riches, national pour les pauvres » \u2014 et mènent à un cul-de-sac.ILLUSTRATION TIFFET "]
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