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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-01-28, Collections de BAnQ.

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[" F R A N Ç O I S L É V E S Q U E E tait-ce tout ?Après tant de cris, après tant d\u2019ecchymoses, après tant de solidarité aussi, se pouvait-il que s\u2019efface toute trace du conflit ?C\u2019était en 2012, alors qu\u2019un mouvement étudiant sans précédent mettait à mal le gouvernement québécois lors d\u2019un Printemps érable qui a fait le tour du monde.Craignant la stagnation, Mathieu Denis et Simon Lavoie ont tourné un film pour la suite du monde : Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau, désigné meilleur long métrage canadien au Festival du film de Toronto.On devait déjà au tandem le film Laurentie, film fort traitant lui aussi du désarroi identitaire par le biais d\u2019un protagoniste aliéné.«Au cours de l\u2019année 2012, on s\u2019est beaucoup promenés avec Laurentie dans différents ciné-clubs étudiants, explique Mathieu Denis.On était en plein Printemps érable.Le film traitant du désengagement et de l\u2019apathie, on se faisait beaucoup interpeller ; on nous disait que notre film ne reflétait pas le Québec actuel, alors en pleine effervescence.» «Ça nous a ébranlés, enchaîne Simon Lavoie.On s\u2019est demandé si on avait mal lu la situation.Les années ont passé, et on a dû se rendre à l\u2019évidence que l\u2019héritage du Printemps érable était très mitigé.[\u2026] Le paradigme politique initial a été rétabli.Ce désir de se mobiliser, cette intensité, cette découverte par toute une génération de jeunes qu\u2019ils n\u2019étaient pas juste des consommateurs, des numéros, des étudiants, mais des citoyens, est-ce que ça pouvait s\u2019être dissipé aussi soudainement?On ne pouvait pas se résoudre à penser que tous ces jeunes s\u2019étaient résignés.» Mathieu Denis et Simon Lavoie ont donc imaginé un lendemain dif férent aux événements de 2012.Et si, et si\u2026 Plus que du jeu Et si quatre jeunes s\u2019étaient retrouvés pour poursuivre la lutte et avaient entamé une action clandestine radicale?Gommant leurs identités antérieures, ils auraient adopté des noms de guerre.Charlotte Aubin interprète Giutizia, Laurent Bélanger est Tumulto, Emmanuelle Lussier-Mar- tinez défend Ordinne Nuovo, quant à Gabrielle Tremblay, elle incarne Klas Batalo.Ils ont l\u2019âge des personnages.Ils sont de cette génération-là.« À la lecture du scénario, ce qui m\u2019a frappée, Faire rire à sa tête, façon Jay Du Temple Page E 3 Marc Chagall en ?gure emblématique au MBAM Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 La citation de Saint-Just «Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau» chapeaute un film engagé, puissant, et étonnamment nuancé quant aux actions de ses jeunes héros dont l\u2019idéalisme en vient à frôler le fanatisme.Rencontre avec ceux qui ont canalisé cette charge.Les vrais révolutionnaires Les cinéastes Mathieu Denis et Simon Lavoie explorent sans complaisance les aléas de la contestation C H R I S T O P H E H U S S L e gambiste et chef catalan Jordi Savall, pour qui les peuples qui ne connaissent pas leur passé ne peuvent pas construire un avenir, est convaincu d\u2019une nécessité qui prend chez lui des allures de mission : «Nous devons connaître le passé, et connaître le passé à travers la musique reste la meilleure façon» de s\u2019y plonger.La dernière visite à Montréal de ce compositeur et pédagogue, mondialement connu pour son interprétation de la musique du film Tous les matins du monde, remonte à 2010.Il avait proposé Jérusalem, la ville des deux paix, mémorable manifeste musical pour la paix à travers l\u2019histoire musicale du lieu où cohabitent les trois religions monothéistes.Le revoici pour la première nord-américaine du spectacle Venise millénaire \u2014 La porte de l\u2019Orient 770-1797 le mercredi 1er février au Théâtre Maisonneuve.Ce n\u2019est clairement plus un hasard si les projets artistiques de Jordi Savall font de l\u2019Histoire un élément constitutif.Depuis plus de quinze années, les révélations \u2014 Jérusalem, Mare nostrum, Erasme, La dynastie Borgia, Le royaume oublié\u2026 \u2014 s\u2019enchaînent au point que l\u2019on s\u2019étonne du peu d\u2019émules qu\u2019il a inspirés.Ne se sent-il pas seul ?« Je pense que mes collègues sont plus désireux de diriger des opéras ou d\u2019autres choses, dit le gambiste et chef au Devoir.Pour ma part, j\u2019essaie de combiner l\u2019intérêt d\u2019un projet et un recul sur l\u2019histoire.» Le déclic, cet appel missionnaire, date de 2000, «avec le projet sur Charles Quint, grâce aux paroles d\u2019Elias Canetti : «La musique est la vraie histoire vivante de l\u2019humanité.C\u2019est devenu mon inspiration dans tout ce que je fais.» Prise de conscience En déclinant, en 2014, en Espagne, le Prix national de musique, Jordi Savall assortissait son refus d\u2019une lettre ouverte au ministre de l\u2019Éducation, de la Culture et des Sports: «L\u2019ignorance et l\u2019amnésie sont la fin de toute civilisation: sans éducation, il Jordi Savall, se souvenir pour s\u2019humaniser Pour connaître le passé, rien n\u2019arrive à la cheville de la musique, croit le chef catalan SOURCE K-FILMS AMÉRIQUE «On ne prétend pas livrer le testament du mouvement étudiant.Notre film en est un sur l\u2019idéalisme et l\u2019engagement, et sur la dif ficulté d\u2019être idéaliste et engagé », résume Mathieu Denis.VICO CHAMLA « Sans éducation, il n\u2019y a pas d\u2019art et sans mémoire, pas de justice», a écrit Jordi Savall dans une lettre ouverte au ministre espagnol de l\u2019Éducation, de la Culture et des Sports.VOIR PAGE E 6 : SAVALL VOIR PAGE E 4 : VRAIS «E n c o r e d e s protestations de femmes », grommelaient certains devant la marée rose de colère et d\u2019angoisse déferlant sur Washington (ou ailleurs) au lendemain de l\u2019élection de Donald Trump.Mais les femmes, c\u2019est tout le monde, même vous, leur ré- pond-on.Reculer dans ce champ-là, c\u2019est rogner l\u2019ensemble du tissu démocratique.Et si l \u2019opposition hommes-femmes en matière de droits à conquérir était un piège, si avancer signifiait le faire ensemble en soulevant les plus vulnérables, sous peine de régresser de concert.Diviser pour régner est un vieux tr uc qui n\u2019aura ser vi qu\u2019aux p u i s s a n t s d e c e monde en érection de murs.Après tout, les principaux indices pour estimer l\u2019évolution sociale d\u2019un pays pointent vers la condition féminine et le sort réservé aux minorités.Et voir les États-Unis reculer sur des questions d\u2019avortement, bannir du site of ficiel de la Mai- son-Blanche les mentions aux droits des femmes, des handicapés et des LGBT comme aux changements climatiques, en retirant de concert sa version en espagnol, fait trembler beaucoup de monde, les deux genres confondus.Chacun constitue tôt ou tard le versant fragile d\u2019un autre.Tous, femmes, Noirs, LGBT, handicapés et Latinos, à un moment donné, tous les émigrés aussi, et les Mexicains, un coup parti.! Viva la diferencia ! Le regard de Leila Faute d \u2019avo i r a rboré le bonne t r ose aux grandes marches, je me suis ressourcée chez des artistes porteurs d \u2019 an tennes , l \u2019 une de courage, l\u2019autre d\u2019inquiétude.Parfois, le sort donne raison aux pires appréhensions plus vite que prévu.Ainsi la Franco- M a r o c a i n e L e i l a A l a o u i , m o r t e à 33 ans, dont les photos sont exposées au Musée des beaux- ar ts de Montréa l .Vous savez , ce t te pho to - graphe et vidéaste victime des attentats d\u2019al-Qaïda, en janvier 2016, à Tombouctou, avec 29 autres personnes, dont six Québécois.Elle était en reportage au Burkina Faso pour y documenter le sort des femmes à la demande d\u2019Amnistie internationale.Fauchée il y a un an tout juste.Je l\u2019avais rencontrée à Marrakech : une fille allumée, superbe, vibrante, engagée, plus vivante que bien d\u2019autres.Du coup, sa mort paraissait particulièrement inimaginable, quasi incongrue.Je me rappelais aussi sa grande exposition en 2015 à la Maison européenne de la photographie à Paris, sur de magnif iques visages du Maroc.Leila Alaoui, née à Paris, ayant fait ses études à New York, domiciliée entre Beyrouth, Marrakech et Paris, témoignait de l\u2019identité et de l\u2019immigration avec une acuité au service de la beauté.Elle apportait une dignité aux déshérités de ce monde, captant leur individualité, leurs pensées, leurs rêves, leur élégance, sans l\u2019ombre d\u2019une condescendance, en charge éditoriale.Ce sont des êtres humains, voilà ! Au MBAM, son expo No Pa- sera (tiré du slogan No Pase- ran des par tisans espagnols durant la guerre civile) n\u2019est pas énorme : 24 clichés commandés en 2008 par l\u2019Union européenne.Avec une maîtrise technique exceptionnelle, elle montre des enfants face à la mer, parfois sur un rocher, ou à travers un mur à moitié détruit, au milieu des ruines.Ils contemplent le large et ils pensent.Plusieurs portent des t-shirts à la gloire des terres promises : New York, España, France ; ni chez eux, ni là-bas.En s\u2019arrêtant ensuite au magnifique Pavillon pour la paix du MBAM, une toile de Benjamin Constant, Le soir sur les terrasses (1879), déjà présentée à l\u2019expo des Orientalistes, of fre à voir, sur un cadrage analogue à ceux de la photographe, une femme devant la mer à Tanger.Sauf que Leila Alaoui capte l\u2019envers du mirage exotique, loin des poses alanguies des odalisques.Près d\u2019un siècle et demi après Benjamin Constant, sa modernité renverse l\u2019ordre des fantasmes.La photographe n\u2019est plus parmi nous.Sur les cimaises, on la regarde regarder ceux qui regardent la mer, en une mise en abîme sans réponses à la clé.Jeunes-Filles, parfois mûres et poilues Des réponses préfabriquées aux maux du monde, il n\u2019en existe guère.Et des jeunes filles, for t peu non plus.Du moins représentent-elles au- jourd\u2019hui dans l\u2019inconscient collectif un concept qui dépasse leur condition, leur sexe et leur âge, pour embrasser un modèle de beauté et d\u2019insouciance vanté par des publicités à l\u2019adresse de tout un chacun.Tel le est la proposit ion d\u2019Olivier Choinière à l\u2019Espace Go dans sa pièce Manifeste de la Jeune-Fille, qui capture le spectateur dans les replis de sa mauvaise foi afin de lui secouer les puces.Le dramaturge a d\u2019autant mieux saisi la nécessité du décloisonnement des genres pour accrocher des fragments de vérité qu\u2019il fait appel à sept acteurs d\u2019âges et de sexes différents, dont Monique Miller et Gilles Renaud, pour jouer les demoiselles, sur portes coulissantes en variations de décors.Après une amor ce p lus convenue, ce n\u2019est bientôt plus de jeunes filles qu\u2019il est question.La pièce, qui pourrait se resserrer, s\u2019attaque de façon jubilatoire à tous les poncifs déferlant à pleins médias sociaux, dans les pubs, les journaux, les conversations du jour.D\u2019où viennent ces lieux communs souvent douteux, servis comme argent comptant ?Avant tout, d\u2019un monde virtuel nourri de psycho pop, qui dicte des régimes de vie, des recettes pour l\u2019avènement d\u2019un mieux- être, semant l\u2019espoir de conjurer les menaces qui planent sur nos modes de vie.Mangez ceci ! Faites pousser cela ! Ruez dans les brancards ou assoupissez-vous ! Le public a beau rigoler, son rire devient bientôt jaune.Car on les a souvent proférées nous-mêmes, ces phrases en tête à queue.À force de chercher des issues aux fins du monde déjà ressenties, on participe au bal de l\u2019impuissance auquel Choinière nous convie.Sortant de l\u2019Espace Go, on sait qu\u2019on continuera malgré tout à se débattre, même sans por tes de sor tie.Car vivre, c\u2019est se croire libre et protester jusqu\u2019à la mort, moi, eux, elles et lui : toutes cloisons tombées, toutes jeunes filles unies.Cela, cette pièce ébran- lante vous le lance aussi.otremblay@ledevoir.com CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 2 du 24 janvier au 18 février 2017 avec Marc Beaupré Stéphane Crête Maude Guérin Emmanuelle Lussier-Martinez Joanie Martel Monique Miller Gilles Renaud une coproduction ESPACE GO + L\u2019ACTIVITÉ texte et mise en scène Olivier Choinière PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO | BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM | Les billets s\u2019e nvolent rapid ement.Faites vite ! mise en scène flamboyante\u2026lorraine pintal nous en met plein la vue ! \u2014 ICI R-C Première, Gravel le matin, K.Verebely [isabelle blais] est parfaite dans ce mélange de force et de fragilité, elle illumine tout le plateau.\u2014 JEU, revue de théâtre, J.-C.Côté fable musicale extravagante (\u2026) d\u2019une grande beauté\u2026 \u2014 Rouge FM, Rouge café le raviss ement provient en grand e partie de s superb es musiques de philipp e brault.\u2014 Le Dev oir, C.Saint- Pierre une esthétique festive et ludique.les comédiens sont tous excellents (\u2026) \u2014 Bible urbaine, S.Thibault (\u2026) du théâtre grandiose (\u2026) à voir absolument ! \u2014 Journal de Montréal, L.Bourbonnais cette pièce est un incontournable (\u2026) \u2014 24 H, A.Labrèche \u2026 une soir ée réjouiss ante\u2026 c'est parm i l'une des belles sur prises de l a programm ation du tn m.\u2014 ICI R-C Première, Dessine-m oi un dimanc he, K.Lefe bvre Émile Proul x-Cloutier (étincelant dans le rôle de l\u2019amoureux égoïste)\u2026 \u2014 Avenues , C.Deschê nes (\u2026) une production haute en couleur.un plaisir pour les yeux.et pour l\u2019âme.\u2014 La Presse, L.Boulanger supplémentaires ! dim 12 fév, 14 h + mer 15 fév, 19 h 30 tnm.qc.ca musique originale et direction musicale philippe brault avec isabelle blais, france castel, vincent fafard, louise forestier, benoit landry, jean maheux, jean marchand, bruno marcil, pascale montreuil, daniel parent, marie-eve pelletier, émile proulx-cloutier, sylvain scott, linda sorgini, marie tifo Une présentation En collaboration avec La femme comme métaphore de l\u2019humanité ODILE TREMBLAY SOURCE FONDATION LEILA ALAOUI Leila Alaoui (1982-2016), Sans titre, de la série No Pasara, 2008.Au MBAM, on peut voir le travail de celle qui apportait une dignité aux déshérités de ce monde en captant leur individualité.Leila Alaoui capte l\u2019envers du mirage exotique, loin des poses alanguies des odalisques H U M O U R CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 3 PARTENAIRES DE SAISON SUPPLÉMENTAIRES Les samedis 11, 18 et 25 février à 20h + dimanche 12 février à 15h « François Archambault sait créer de super beaux personnages, des répliques aussi cinglantes (\u2026) Très belle distribution.» \u2013 Gravel le matin, ICI Radio-Canada « On retrouve avec plaisir l\u2019humour noir et le cynisme qu\u2019Archambault manie toujours aussi habilement.» \u2013 Montheatre.qc.ca « Définitivement l\u2019une des pièces qu\u2019il faut voir cet hiver.» \u2013 Alternative Rock Press En lançant une première tournée québécoise en toute indépendance, Jay Du Temple incarne un nouvel humour québécois heureux de faire éclater un modèle de mise en marché suranné.Discussion autour d\u2019un phénomène croissant.D O M I N I C T A R D I F A vec sa christique gueule de gendre idéal, son charisme lui permettant de s\u2019adresser à son public comme à des amis de toujours et son sens de l\u2019émerveillement digne du Louis- José Houde des débuts, Jay Du Temple a tout pour devenir un des prochains visages majeurs de l\u2019humour québécois.Il a aussi tout pour alimenter les fantasmes de producteurs rêvant de faire tintinnabuler les tiroirs-caisses (excusez le pléonasme).C\u2019est pourtant Jay Du Temple ainsi que sa gérante de sœur Laurie qui passaient eux- mêmes, il y a quelques mois, un coup de fil à une dizaine de salles québécoises afin d\u2019assembler l\u2019itinéraire du Mini tour.La série de spectacles, promue avec les moyens du bord, rameutait déjà pourtant 350 spectateurs lors de son escale à Sherbrooke, début janvier.Imaginée par Du Temple après un triomphe au Club Soda en septembre lors d\u2019un spectacle soulignant son anniversaire, cette première tournée, mise au monde en toute indépendance, prend le contre-pied de la formule traditionnelle voulant qu\u2019un humoriste étrenne un spectacle pendant un été au Vieux Clocher de Magog (ou dans un endroit du genre) avant d\u2019en présenter la version lustrée à Montréal l\u2019automne venu, et de monter à bord de sa voiture afin d\u2019aller le répéter partout en province, jusqu\u2019à ce que le public ou lui-même s\u2019épuise.Plusieurs autres exemples pointent dans la direction d\u2019une transformation profonde du modèle d\u2019affaires dominant le lucratif monde de l\u2019humour.Adib Alkhalidey, vedette de Like- moi !, choisissait d\u2019inaugurer son deuxième solo, Ingénu, dans la petite Cinquième Salle de la Place des Arts en plein mois de juillet, sans tonitruante campagne de promotion.Simon Leblanc écoulait 45 000 billets de son Tout court en tournant le dos à la pub et lançait récemment le rodage d\u2019un deuxième spectacle avant même d\u2019avoir mis un point final à sa précédente tournée.Avec ses affiches psychédéliques, la deuxième édition du Dr Mobilo Aquafest semble entretenir une plus grande parenté spirituelle avec un événement de musique indépendante comme Pop Montréal qu\u2019avec le festival Juste pour rire.Qu\u2019un humoriste à ce point taillé pour rejoindre un vaste public comme Jay Du Temple préfère pour l\u2019instant en faire à sa tête, en se passant car rément de producteur, permet de croire que ce phénomène jusqu\u2019ici marginal pourrait bientôt déboucher sur un réel changement de paradigme.La scène avant tout « La production de spectacles solo, on se fait beaucoup dire que c\u2019est très, très complexe, mais ça reste relativement simple.Il faut essentiellement savoir faire des additions et des soustractions, explique le diplômé de l\u2019École nationale de l\u2019humour, âgé de 25 ans.On se rend aussi compte que ce n\u2019est pas nécessaire de mettre 100 000$ de publicité partout au Québec.» Surtout quand on sait se servir des réseaux sociaux.Cette atomisation d\u2019un modèle prévalant depuis le bourgeonnement de l\u2019industrie de l\u2019humour à la fin des années 1980 ne serait pas aussi réjouissante si elle ne creusait pas profondément dans un désir de créer davantage.«Des tournées de trois ou quatre ans, il va y en avoir de moins en moins, je crois, parce qu\u2019il y a de plus en plus d\u2019humoristes qui trouvent plus de plaisir à développer du nouveau matériel qu\u2019à répéter le matériel rodé», observe Jay Du Temple.Alors que les têtes d\u2019affiche des années 1990 s\u2019en remettaient souvent à une armée de scripteurs, le nouvel humour québécois redevient pour le mieux le véhicule d\u2019un seul auteur partageant sa vision du monde, dans une perspective revendiquant un rapport plus étroit à une authentique prise de parole (Fred Dubé, Louis T), à un riche travail sur la langue (Virginie Fortin, Katherine Levac, Charles Beauchesne) ou à un storytelling réellement étoffé.Du Temple cite en exemple l\u2019Américain Mike Birbiglia, maître dans l\u2019art de creuser sans scrupule son intimité afin d\u2019y trouver ce qu\u2019il recèle d\u2019universellement drôle et bouleversant, sans que ces deux idées s\u2019opposent, au contraire.«Si je suis invité aux Recettes pompettes ou à Piment fort, tant mieux, mais ce que j\u2019aime le plus faire, c\u2019est parler dans un micro et écrire », insiste celui qui considère ses présences télévisuelles à Code G ou à Like-moi ! comme d\u2019agréables cerises sur le gâteau de sa carrière.Il se réjouit que les trois soirées d\u2019humour qu\u2019il anime chaque semaine à Saint-Lazare, à Gati- neau et à Montréal le contraignent à constamment façonner de nouvelles lignes.La multiplication de ces cabarets nocturnes, l\u2019émergence d\u2019un réseau de salles parallèle ainsi que l\u2019avènement du Zoofest, où Jay Du Temple a présenté deux différents spectacles d\u2019une heure au cours des deux derniers étés, ne sont sans doute pas étrangers aux fécondes ambitions qui traversent déjà son écriture.Les occasions de gagner ses épaulettes, pour la proverbiale relève comique, n\u2019ont jamais été aussi nombreuses qu\u2019en 2017.C\u2019est quoi, les chances?C\u2019est en quelque sorte devenu son cri de ralliement.« C\u2019est quoi, les chances ?» répète souvent Jay Du Temple afin de souligner l\u2019absurdité d\u2019une situation, bien que de plus en plus aussi afin de célébrer l\u2019ébahissement ébloui sous le signe duquel se déroule sa vie, sorte de variation sur le « yolo » sans pulsion autodestructrice à la clé.Ennemi du cynisme-bras-croisés et de la mauvaise humeur stérile, il sait sur scène décortiquer l\u2019étrange ballet d\u2019un déménagement, mais se mesure aussi à des sujets plus costauds, comme la peur de la solitude, dans un numéro sur l\u2019infidélité imposant un instant le silence (avant que le rire ne nous libère).« Je me suis beaucoup demandé à mes débuts : \u201cEst-ce que les gens veulent entendre quelqu\u2019un de bonne humeur?\u201d» se rappelle le fils d\u2019Yvan et Nicole, truculents personnages récurrents de ses anecdotes.« Quand je vois des gens comme Jimmy Fallon ou Ellen DeGeneres, je me dis que oui.Je pense que l\u2019important, c\u2019est d\u2019être ancré dans la vérité.» Collaborateur Le Devoir JAY DU TEMPLE \u2013 MINI TOUR Les 3 février et 28 avril au Lion d\u2019Or.Aussi en tournée au Québec.Faire rire à sa tête Jay Du Temple brasse le modèle d\u2019affaires dominant le lucratif monde de l\u2019humour ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Jay Du Temple considère ses présences télévisuelles comme des cerises sur le gâteau de sa carrière, préférant «parler dans un micro et écrire».Des tournées de trois ou quatre ans, il va y en avoir de moins en moins, je crois, parce qu\u2019il y a de plus en plus d\u2019humoristes qui trouvent plus de plaisir à développer du nouveau matériel qu\u2019à répéter le matériel rodé Jay Du Temple « » c\u2019est à quel point les personnages représentaient quelque chose de plus grand qu\u2019eux, note Charlotte Aubin.En même temps, c\u2019est comme si les rôles étaient très proches de nous, et qu\u2019il fallait les éloigner un peu, les intellectualiser, pour mieux se les réapproprier ensuite et les investir avec des émotions.On est plutôt habitué au processus inverse.» « Ce que j\u2019admire du mouvement étudiant, c\u2019est qu\u2019il s\u2019est mué en mouvement sociétal, confie Gabrielle Tremblay.Ma participation à ce film, c\u2019était ma manière à moi de militer.Le fait que mon personnage est trans m\u2019a en outre permis d\u2019aller piger dans mes expériences passées, dans ma rage et ma frustration.J\u2019ai canalisé ça.Et ç\u2019a été libérateur.» À noter que Gabrielle Tremblay vient de décrocher une nomination aux prix Écrans canadiens en tant que meilleure actrice de soutien.On lui souhaite de gagner : elle est une révélation.« L\u2019intégration complètement naturelle du personnage de Gabrielle est une des raisons qui m\u2019ont donné envie de m\u2019impliquer, précise de son côté Laurent Bélanger.Lors de la première au TIFF, il y a plein de gens qui ont quitté la salle lors de la révélation qu\u2019elle est trans.Ils claquaient les portes : ils voulaient que leur outrage soit entendu.Désolant.Pour ce qui est du tournage, je l\u2019ai vécu de façon très personnelle, comme un fantasme, parce que pendant le Printemps érable, j\u2019enviais ceux qui étaient aux premières lignes : moi, je n\u2019ai pas eu ce courage.» Empathie et lucidité Bien qu\u2019ils posent sur leurs personnages un regard empreint d\u2019empathie, voire d\u2019admiration par fois, Mathieu Denis et Simon Lavoie ne sont jamais aveugles pour autant.Ainsi, ces passages de « confession-expiation » révélant une cer taine complaisance masochiste, un complexe du saint mar tyr.Ainsi ce moment où Giutizia reproche à Ordinne Nuovo, retranchée dans un extrémisme narcissique, de ne plus se battre pour la cause, mais contre elle-même.Ainsi ce flash-back de souper en famille lors duquel Giutizia reproche à son père « boomer » ses valeurs capitalistes et son manque d\u2019ouver ture culturelle, entre autres accusations, tout cela pour ensuite prendre le maquis avec trois autres blancs.Ce dernier paradoxe illustre bien la nature insidieuse du repli identitaire, cette obsession de la « souche » enracinée si profondément qu\u2019elle se manifeste souvent de manière inconsciente.Les cinéastes ne sont pas avares de tels moments de lucidité qui, en plus d\u2019enrichir les relations entre les personnages, invitent à une vraie réflexion.« Souvent dans le cinéma québécois, on va nuancer jusqu\u2019à ne plus rien dire, pour pas déranger, note à cet égard L a u r e n t B é l a n g e r .Av e c Mathieu et Simon, ce n\u2019est pas du tout ça.» Il a raison.Ici, chaque nuance constitue une prise de position.Le passé dans le présent Comme dans Laurentie, les cinéastes recourent à des citations poétiques évocatrices, Anne Héber t côtoyant Rosa Luxemburg.Heureuse : l\u2019intégration de bouts de reportages ouvrant sur le Printemps arabe et sur la crise ukrainienne, de vidéos captées durant les manifestations, et d\u2019extraits d\u2019entrevues d\u2019archives, dont une avec Hubert Aquin.L\u2019auteur de Prochain épisode y relate avoir été certain qu\u2019une révolution secouerait le Québec, puis avoir compris que tel ne serait pas le cas tout en réaffirmant que cette latence ne pourrait durer indéfiniment.On est saisi, car il pourrait alors être en train de commenter notre époque.D\u2019indiquer S imon Lavo ie : « Les choses se répètent.On amène Aquin, le chanoine Groulx, Jack Kerouac\u2026 On tisse des liens entre le Québec d\u2019hier et c e lu i d \u2019au jourd \u2019hui , pour mieux comprendre , pour mieux se comprendre.» « On ne prétend pas livrer le testament du mouvement étudiant.Notre film en est un sur l\u2019idéalisme et l\u2019engagement, et sur la dif ficulté d\u2019être idéaliste et engagé », résume Mathieu Denis.Le prix de la liberté Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau est sans compromis, tant sur les plans dra- maturgiques que stylistiques.Avec peu de moyens, c\u2019était le prix de cette liberté, les coréa- lisateurs ont façonné une œu- vre qui confronte et, surtout, qui refuse la facilité.Le fond autant que la forme bénéficient de cette exigence.C\u2019est dire que Mathieu Denis et Simon Lavoie n\u2019ont pas fait leur film à moitié.Et si, au bout du compte, c\u2019était eux, les vrais révolutionnaires?Le Devoir Le film prend l\u2019affiche le 3 février.D A N S E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 4 Distribution Christophe Baril, Émilie Bibeau, Kim Despatis, Sébastien Dodge, Steve Gagnon, Caroline Lavigne, Olivier Morin et Guillaume Tremblay Peer Gynt BILLETTERIE 514 845-7277 QUATSOUS.COM THÉÂTRE DE QUAT\u2019SOUS 100, AVENUE DES PINS EST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2W 1N7 Texte Henrik Ibsen Adaptation et mise en scène Olivier Morin Direction artistique Luce Pelletier Collaborateurs Julie Breton, Navet Con?t, Nicola Dubois et Marie-Aube Saint-Amant Duplessis Une production du Théâtre de l\u2019Opsis en codiffusion avec le Théâtre de Quat\u2019Sous 30 janvier au 19 février 2017 EXTRAMOYEN, Le NTE présente SPLENDEUR ET MISÈRE DE LA CLASSE MOYENNE Texte ALEXIS MARTIN et PIERRE LEFEBVR E Mise en scène DANIEL BRIÈRE Billetterie 514 521-4191 * 1945, RUE FULLUM * NTE.QC.CA Avec MARIE-THÉRÈSE FORTIN, JACQUES L\u2019HEUREUX, ALEXIS MARTIN , CHRISTOPHE PAYEUR et MOUNIA ZAHZAM Production NOUVEAU THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL Du 4 au 29 avril 2017 SUITE DE LA PAGE E 1 VRAIS C A T H E R I N E L A L O N D E «V oici ce qu\u2019il te r e s t e , écr i t D a v e S t - Pier re , fauteur de trouble de la danse contemporaine, à propos de sa prochaine création.Ton corps devenu brasier./ Tes pores bouchés d\u2019une odeur âpre./ Un vulgaire tas d\u2019os, de fluides visqueux./ Un dessein sibyllin./ Ici, les mots foi, adversité et résilience n\u2019ont plus aucune valeur.» À l\u2019invitation lancée par l\u2019interprète Anne Le Beau de créer un trio, le chorégraphe de la trilogie comprenant La pornographie des âmes (2004), Un peu de tendresse bordel de merde (2006) et Foudres (2012) répond en s\u2019attaquant à Jeanne d\u2019Arc.Elle en a inspiré, des artistes, la Pucelle d\u2019Orléans.Réimmortalisée en œuvres depuis la nuit des temps par la peinture et la sculpture, mais aussi par le cinéma (de Méliès à B.de Mille jusqu\u2019à Rossel- lini, Rivette et Besson) ou par la chanson et la voix souterraine de Leonard Cohen.La revoilà en chair, en os, en transfiguration et en danse contemporaine.«On travaille à transposer le mythe.On ne reste pas du tout dans l\u2019historique ni dans l\u2019histoire », précise tout de suite Anne Le Beau, qu\u2019on a vue danser pour Navas, Desnoyers e t Bédar d , e t j ouer pour Haentjens.« Mais Anne porte une armure quand même dans le show, rétorque le chorégraphe.C\u2019était dur de passer à côté, et je suis ce que je suis ! Il y a certains clichés que je dois prendre à bras-le-corps pour les tordre ensuite.» Ce qui a allumé le créateur, c\u2019est la possibilité d\u2019adapter, de muer Jeanne d\u2019Arc, cette pucelle illuminée de 17 ans, sur le corps d\u2019une interprète cinquantenaire.Cet anachronisme et cette dichotomie l\u2019intéressent, et «la façon dont l\u2019interprète va passer par ce personnage.Je n\u2019aurais pas pensé à Jeanne d\u2019Arc pour une danseuse de 20 ans, indique St-Pierre.Là, il y a un challenge : comment on transforme ce mythe, ce personnage, sur une femme plus vieille, et ce que devient alors la qualité du personnage.Même que ça me fait chier qu\u2019Anne n\u2019ait pas l\u2019air d\u2019une femme de 50 ans», ce qu\u2019elle est, poursuit-il, soulignant à quel point les danseurs, souvent, gardent longtemps une apparence jeune.«Le culte du corps dans la danse est super présent, même si on dit vouloir s\u2019en défaire, poursuit-il.On peut presque avoir l\u2019air ado passé 40 ans si on veut, mais on porte, même si le corps reste jeune, un bagage d\u2019adulte.Et c\u2019est beau aussi, voir un corps en train de défraîchir.Il faut accepter ça.» Le caillou dans l\u2019engrenage de l\u2019harmonie L\u2019acteur Huber t Proulx (Pour réussir un poulet, de Fa- bien Cloutier, Unité 9) et le danseur Bernard Martin (La La La Human Steps, Bédard) représentent des consciences de cette Jeanne d\u2019Arc dépareillée.« Elle est très for te, très vulnérable, cette Jeanne-là, nomme Le Beau.Un peu folle, mais pas vraiment non plus.Il y a beaucoup de contradictions dans le personnage.Et il y a un dépouillement dans ce que Dave me fait faire, une espèce de \u201cqu\u2019est-ce qui reste après, après s\u2019être battu toute ta vie?\u201d.Ça parle beaucoup de la mort.J\u2019ai l\u2019impression que personne ne veut jamais parler de ça, et ça me frustre énormément », précise la danseuse.La gestuelle est entièrement issue de l\u2019imagination et des propositions de St-Pierre.Et change presque constamment.Au point où les interprètes se retrouvent dans l\u2019impossibilité de polir, de per fectionner.« Dès qu\u2019on devient trop bons, Dave change le mouvement.Il transforme constamment la chorégraphie et je pense qu\u2019il va la changer jusqu\u2019à la fin du show », rigole Le Beau, qui n\u2019hésite pas à nommer aussi la frustration qu\u2019une telle manière de faire engendre.Car c\u2019est la bataille des interprètes pour atteindre une impossible fluidité, la charge qui naît de cette concentration, qui intéresse le chorégraphe.«J\u2019ai toujours travaillé un peu dans l\u2019inconfort.Quand je commence à voir que ça ressemble à de la belle danse \u2014 parce que les danseurs sont ainsi, et vont travailler jusqu\u2019à ce que ça devienne beau, fluide, harmonieux \u2014 alors j\u2019arrête, je change des affaires.Au début, on a commencé un trio plein de jolis mouvements et de tours; là, ils se garro- chent carrément à terre.Ça devient de plus en plus brut.Parce que je trouve ce que je fais toujours trop gentil.Ça fait partie de mes bibittes de créateur : un désir d\u2019aller plus loin que ce que j\u2019ai déjà fait.» Au moment de l\u2019entrevue \u2014 puisqu\u2019une telle manière de travailler peut impliquer que tout soit changé la veille de la première \u2014, les créateurs parlaient d\u2019une pièce cousue de longs moments d\u2019immobilité, et d\u2019autres pleins d\u2019entrées, de sorties et de tours.« On joue beaucoup sur de s h yper - contrastes.Ce que j\u2019ai toujours fait, mais là, je tire vraiment l\u2019élastique.Il y a un état que j\u2019aime beaucoup, que je nomme \u201cdéconnexion\u201d : quand l\u2019acteur- danseur ne joue pas sur scène.Ce qui est impossible, puisque la scène fait que tu joues dès que tu t\u2019y retrouves.Une manière pour moi de le faire comprendre aux acteurs, c\u2019est de leur demander de \u201cjouer cinéma\u201d, même s\u2019ils sont sur scène.» Un jeu plus subtil, plus près d\u2019un naturel, puisque la caméra, avec ses possibilités de gros plans, vient cueillir près du visage ce qui en émerge, là où la scène, ne serait-ce que par la distance qu\u2019elle impose entre l\u2019acteur et le spectateur, exige une projection.«Tu peux tomber ainsi dans quelque chose de plus naturel, loin des torses bombés et des respirations projetées.J\u2019aime beaucoup passer par ces deux états, et de l\u2019un à l\u2019autre.» Femme ou fille Jeanne d\u2019Arc ici ; une recherche pour plus de vingt danseuses dans le cadre de la résidence au Centre chorégraphique O Ver tigo.Dave St- Pierre serait-il dans une exploration de la féminité ?Oui, répond-il, et Anne Le Beau confirme que le thème transpire et émane, de manière très consciente, de ce suie.« Je me dis féministe, ajoute St-Pierre, donc je ne peux imposer quoi que ce soit aux filles avec qui je travaille.Il y a des filles qui me disent : \u201cJe ne veux pas être toute nue dans ton show.\u201d You bet que tu ne seras pas toute nue ! Si je fais un show sur des femmes, c\u2019est à elles de me raconter des histoires, de me dire jusqu\u2019où on va.Ce sont les interprètes qui choisissent ce qu\u2019elles ont envie de faire.Moi, je propose, je gar- roche, je pousse.Et je veux trouver un autre mot que \u201cdiriger\u201d pour dire ce que je fais.Guider?C\u2019est pas tout à fait ça non plus\u2026» Un mot encore à dénicher, donc.Le Devoir SUIE Une chorégraphie de Dave St-Pierre, avec Anne Le Beau, Hubert Proulx et Bernard Martin, à la Place des Arts, du 1er au 11 février.La Jeanne d\u2019Arc de St-Pierre Dave St-Pierre tord l\u2019archétype dans un nouveau trio où Anne Le Beau représente la Pucelle ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « Il y a beaucoup de contradictions dans le personnage », explique Anne Lebeau, qui interprète une version muée et anachronique du personnage de Jeanne d\u2019Arc.PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR De gauche à droite, on reconnaît : Simon Lavoie, Charlotte Aubin, Gabrielle Tremblay, Laurent Bélanger et Mathieu Denis.Le cinéaste Mathieu Denis et l\u2019actrice Gabrielle Tremblay T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 5 20e Prix Opus Félicitations aux finalistes de la saison 2015-2016! Découvrez-les en consultant le www.prixOpus.qc.ca Les lauréats seront dévoilés lors du 20e gala des Prix Opus le 5 février 2017 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal SOYEZ DE LA FÊTE! Billets en vente au CQM (85 $ + les taxes applicables) 514 524-1310 M A R I E L A B R E C Q U E H enrik Ibsen le disait lui-même : s o n P e e r G y n t n\u2019éta i t d \u2019abor d pas destiné à la représentation.Et pour cause.Avec ses innombrables lieux et personnages, sa fantaisie débridée, sa faune imaginaire, ce poème épique pose un défi scénique.En contrepartie, Olivier Morin aime l\u2019immense liberté que déploie cette saga éclatée, qu\u2019il monte pour le Cycle scandinave du Théâtre de l\u2019Opsis.« C\u2019est super qu\u2019Ibsen ne l\u2019ait pas écrite pour la scène.Ça permet une très grande folie.Après, on trouve les moyens de mettre ça en scène.» Le fringant créateur ne semble pas démonté par l\u2019ampleur de l\u2019entreprise.La démesure, l\u2019épique, le codirecteur du Théâtre du Futur (Clotaire Rapaille : l \u2019opéra rock, L\u2019assassinat du président, Épopée Nord) aime ça.Les histoires plus grandes que nature le font rêver.Et i l ne considère pas sa relative jeunesse (36 ans) comme un obs tac le .« Au con t ra i r e , pui sque la p ièce por te un grand souffle de jeunesse.» Pour un personnage norvégien créé en 1867, et évoluant dans un univers issu des mythes et du folklore scandinaves, Peer Gynt correspond étonnamment bien à notre époque, à notre obsession pour la liber té associée à la jeunesse, estime Olivier Morin.« L\u2019espèce de YOLO [acronyme anglais signifiant : on ne vit qu\u2019une fois], c\u2019est complètement Peer Gynt.Il décide de faire le tour de la planète pendant toute sa vie plutôt que d\u2019affronter un problème.» Traversant les pays et les âges dans une perpétuelle fuite en avant, sans jamais s\u2019engager vraiment, ce grand fabulateur (incarné par Guillaume Tremblay) vit constamment dans le moment présent, multipliant les amours et les aventures.Un parcours qu\u2019on peut voir comme une quête identi ta ire, même si Peer Gynt, lui, est persuadé d\u2019être toujours lui-même, peu importe les nouvelles situations dans lesquelles ce personnage insaisissable se réinvente.Outre cette prétention d\u2019être soi, l\u2019autre leitmotiv qui imprègne ses pérégrinations, c\u2019est son fantasme avoué de devenir empereur.Peer cultive une image personnelle glorifiée.Un antihéros qui nous ressemble par son narcissisme, son égocentrisme.« Ce que je mets en scène dans Peer Gynt, c\u2019est nous.Une version exacerbée de tout un chacun.» Mais le spectacle n\u2019a rien d\u2019un pamphlet accusateur, insiste Olivier Morin.« Peer est très sympathique, il passe à travers toutes sor tes de doutes , de grandes j o i e s , de g randes peines.C\u2019est un beau voyage à travers tout ce que peut ressentir un être qui vit la pédale au fond.» Au pays des trolls « C\u2019est hallucinant de voir l\u2019acuité du regard d\u2019Ibsen sur les humains, sur la société, sur nos failles, notre orgueil.» Outre le culte de soi, très répandu aujourd\u2019hui, la pièce « traite aussi d\u2019appropriation culturelle, de capitalisme\u2026 » Même les légendaires trolls, ce peuple qui se méfie des autres, fier de sa vision à courte vue, portent un discours qui peut avoir des échos contemporains, « faisant beaucoup penser à une espèce de droite protectionniste»\u2026 Toutefois, le metteur en scène ne veut pas fermer le sens de cette œuvre ouverte à l\u2019interprétation.Une pièce qu\u2019il compare à « un Bugs Bunny philosophique, drôle et profond, avec beaucoup de poésie, d\u2019humanité.» Olivier Morin n\u2019est pas à court de références bé- déesques pour décrire ce drôle d\u2019objet.« Si on regarde en sur face la série d\u2019événe- ments, Peer Gynt a presque l\u2019air d\u2019un synopsis d\u2019Astérix.Mais à l\u2019intérieur, il y a un humour noir, un regard acerbe, une critique.Il y a beaucoup de légèreté, mais c\u2019est la légèreté d\u2019un homme sombre.Avec un côté un peu cruel, qui n\u2019est pas si loin des grands drames» qu\u2019a plus tard écrits l\u2019auteur de Maison de poupée.T r a v a i l l a n t à p a r t i r d e plusieurs traductions, anglophones e t f rancophones , l\u2019adaptateur a privilégié une langue québécoise qui favorise une identification immédiate du spectateur.Suivant en cela l\u2019exemple du dramaturge nor végien, qui a employé un langage vernaculaire afin de créer un texte « parlant directement aux gens, une pièce populaire ».Pour jouer la saga, dont il a préalablement coupé redites et doublons, Olivier Morin ne dispose que de huit interprètes \u2014 lui y compris.Les transformations (de décor, de costumes) doivent s\u2019effectuer très rapidement.Or, selon le metteur en scène, le personnage lui-même fournit la clé pour monter la pièce : son imagination.« C\u2019est un rêveur : il voit une branche et s\u2019imagine voir un ennemi.Donc, on est déjà dans une logique théâtrale.» Celle de l\u2019évocation, qui mise sur la complicité avec le spectateur.Reste que cette mise en scène relève de l\u2019aventure.« Je n\u2019avais aucune réponse en commençant les répétitions.Il faut se fermer les yeux et plonger.» Collaboratrice Le Devoir PEER GYNT Texte : Henrik Ibsen.Adaptation et mise en scène : Olivier Morin.Distribution : Christophe Baril, Émilie Bibeau, Kim Despatis, Sébastien Dodge, Steve Gagnon, Caroline Lavigne, Olivier Morin et Guillaume Tremblay.Au théâtre de Quat\u2019Sous, du 30 janvier au 19 février.Un Bugs Bunny philosophique Olivier Morin s\u2019attaque à l\u2019une des œuvres les plus épiques du répertoire théâtral, Peer Gynt ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour jouer la saga, dont il a préalablement coupé redites et doublons, Olivier Morin ne dispose que de huit interprètes \u2014 lui compris.Si on regarde en surface la série d\u2019événements, Peer Gynt a presque l\u2019air d\u2019un synopsis d\u2019Astérix.Mais à l\u2019intérieur, il y a un humour noir, un regard acerbe, une critique.Olivier Morin « » n\u2019y a pas d\u2019art et sans mémoire, pas de justice.[\u2026] Nous ne pouvons accepter que l\u2019ignorance et le manque de toute conscience de la valeur de la culture, chez nos plus hauts responsables politiques, érodent impunément le difficile travail de tant de musiciens, d\u2019acteurs, de danseurs, de cinéastes, d\u2019écrivains, d\u2019artistes plasticiens [\u2026], véritables protagonistes de l\u2019identité culturelle de ce pays.» On notera, au passage, que le discours est exportable.Avant Venise millénaire \u2014 La porte de l\u2019Orient 770-1797, Jordi Savall a monté un projet intitulé Les routes de l\u2019escla- v a g e ( 1 4 4 4 - 1 8 8 8 ) , q u \u2019 i l compte présenter à Montréal la saison prochaine.« Je rappelle une histoire qui dure quatre siècles durant lesquels les pays les plus riches de l\u2019Europe ont mis en esclavage 30 millions d\u2019Africains avec lesquels ils ont fait leur fortune.Et aujourd\u2019hui, alors que tant de gens qui veulent gagner l\u2019Europe meurent en mer, personne ne se le rappelle.» Jordi Savall ne parvient pas « à comprendre cette amnésie si profonde » : « Je trouve cela scandaleux.Avec la musique, j\u2019essaie humblement de rafraîchir notre mémoire.Chaque fois que je joue un concert, je rappelle à tous les gens la responsabilité qu\u2019ils ont d\u2019avoir plus d\u2019empathie vis-à-vis de ces gens désespérés.» Aider les personnes à être un peu plus ouverts et généreuses est un leitmotiv pour le musicien qui a joué pour les réfugiés à Calais comme à Idomenia, à la frontière de la Grèce et de la Macédoine.Chose curieuse, lors d\u2019une récente résidence à Francfort, en Allemagne, Jordi Savall a présenté trois concerts : L\u2019Europe musicale, pour consort de violes, Follias criollas, un programme coloré de musiques espagnole et mexicaine, et Mare nostrum, dialogue des âmes, son projet multiculturel.« Mare nostrum est le premier concer t à avoir af fiché complet », se réjouit le chef, qui constate : «Voilà qui est contradictoire : nous sommes dans une Europe qui se protège de l\u2019autre, de l\u2019Orient, mais qui est plus que jamais fascinée par ce monde oriental.» Pour l\u2019instant, l \u2019œcumé- nisme musical de Jordi Savall est accueilli à bras ouver ts partout.«La seule réaction négative que j\u2019ai rencontrée, c\u2019était à Budapest.Quelqu\u2019un est parti de la salle.Après, on m\u2019a dit que c\u2019était quelqu\u2019un du ministère.» Venise, carrefour des mondes Le projet Venise millénaire \u2014 La porte de l\u2019Orient 770-1797 a é té l ancé par l e Fes t i va l d \u2019Utrecht et la Quinzaine vénitienne de Carnegie Hall.« Contacté par Carnegie Hall, j\u2019ai vu que le programme ne comprenait rien de fondamental sur l\u2019histoire de Venise.En suivant le canevas de mes grands projets de livres-disques (Borgia, Erasme\u2026), j\u2019ai cherché à retracer 1000 ans d\u2019histoire musicale d \u2019une Répub l ique née au VIIIe siècle», nous dit Jordi Sa- vall, qui avoue avoir mis deux années à monter sa fresque musicale de deux heures.Venise avait tout pour lui plaire : de sa fondation par les Byzantins en 770 jusqu\u2019à la fin de sa République en 1797, la ville fut dès le Moyen Âge le carrefour de l\u2019Orient et de l \u2019Europe grâce à son commerce avec le monde méditerranéen, spécia lement By- zance, et, dès le XVIe siècle, l\u2019Empire ottoman.« Pour les sources les plus anciennes, nous raconte le chef et concepteur du projet, j\u2019ai trouvé un ensemble spécialisé dans le répertoire or thodoxe.» Et les musiciens ont trouvé une chanson du IXe siècle qui évoque le transfert des reliques de saint Marc à Venise en 828.Il y a ensuite « le schisme entre Rome et Constantinople [1054], la Première Croisade [1096], où la flotte des Vénitiens transpor te les croisés ».Pour les sources de l\u2019époque prémédiévale, Jordi Savall nous fait remarquer qu\u2019« à Thessalonique, on continue à chanter les mêmes chants qu\u2019il y a 1000 ans».Le musicien y a aussi trouvé les sources qui parlent des perspectives commerciales de Venise avec Jérusalem.« Ensuite, au début du XIVe siècle, c\u2019est le retour de Marco Polo à Venise, puis, en 1453, la prise de Constantinople par les Turcs, illustrée par une magnifique lamentation.» À partir de la Renaissance les sources se trouvent à Venise.«En 1515, à la Bataille de Ma- rignan, les Français et les Vénitiens défont Charles Quint.Puis, en 1528, on arrive à la fondation de la première synagogue avec un psaume de Salomone Rossi, suivie de la fondation de la cathédrale des Grecs, San Giorgio, en 1573, illustrée par un hymne byzantin.» La suite est plus connue : le XVIIe siècle avec Monteverdi, maître de chapelle, dont le Combattimento di Tancredi e Clorinda est donné en 1624.« Après, il y a Vivaldi et La Senna festeggiante composée pour Louis XV en 1726.Partout, il y a des guerres avec les Turcs et, en 1771, Mozart visite Venise, ce qui nous amènera à entendre sa Marche turque.La fin nous amènera à la Révolution française, avec un chant constitutionnel en trois versions ironiques, puis au Carnaval de 1796, le plus déluré du siècle, juste avant la chute, pour lequel j\u2019ai trouvé des canzonettas vénitiennes compilées par Johann Adolph Hasse.» La chute de la République de Venise sera documentée par une musique postérieure : «Un arrangement du mouvement lent de la 7e symphonie de Beethoven, chanté à quatre voix.» Jordi Savall nous promet que Beethoven chanté, avec violons, hautbois, flûte, basson, saqueboute, contrebasse, viole et violoncelle, «c\u2019est vraiment extraordinaire ».Et si c\u2019est lui qui le dit\u2026 Le Devoir VENISE MILLÉNAIRE \u2014 LA PORTE DE L\u2019ORIENT 770-1797 De Jordi Savall, présenté par Traquen\u2019Art.Avec Hesperion XXI, La Capella Reial de Cata- lunya et le Concert des Nations, accompagnés de l\u2019Ensemble vocal Orthodoxe/Byzantin de Thessalonique, Panagiotis Neohoritis et quatre instrumentistes invités.Mercredi 1er février à 19h30 au Théâtre Maison- neuve de la Place des Arts.SUITE DE LA PAGE E 1 SAVALL M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 6 Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 GIDON KREMER et la Kremerata Baltica Mardi 7 février \u2013 19 h 30 Another Russia Œuvres de MOUSSORGSKI, A.PÄRT, TCHAÏKOVSKI et WEINBERG L\u2019exceptionnel violoniste et son prestigieux orchestre célèbrent vingt ans de complicité par une tournée internationale.De la visite rare ! SUITES POUR VIOLONCELLE SEUL DE BACH MATT HAIMOVITZ, violoncelle Samedi 11 février \u2013 dès 14 h / in situ au MBAM J.S.BACH Suites no 2, 3, 4 Dimanche 12 février \u2013 14 h / Salle Bourgie J.S.BACH Suites no 1, 5, 6 Un événement unique ! NAREH ARGHAMANYAN piano russe Mercredi 15 février \u2013 19 h 30 TCHAÏKOVSKI Doumka, scène rustique russe BALAKIREV Islamey, fantaisie orientale STRAVINSKI Suite de L\u2019Oiseau de feu Nareh Arghamanyan marque les esprits par sa virtuosité et son raffinement.Y V E S B E R N A R D A rtiste à la voix pure et au français migrateur comme son piano, Sylva Balassanian offre son parcours avec le spectacle Lady Sylva ce jeudi au Lion d\u2019Or.Au tournant du millénaire, on a connu d\u2019elle cette délicatesse classique au bout des doigts et ce souffle chansonnier qui rappelle parfois celui de la grande Barbara, mais avec des inflexions orientales et la proximité de ses racines arméniennes et libanaises.Puis, avec Lady Sylva, qui est aussi le titre de son plus récent disque, elle assume la femme qu\u2019elle est devenue.«Ce spectacle est vraiment un voyage qui commence par Beyrouth, ma ville de naissance et qui se poursuit par un détour en Arménie, le pays de mes ancêtres.En gros, la première partie du spectacle nous fait voyager en Orient, avec les pièces de mon premier disque, et la deuxième est composée des titres de Lady Sylva, mais il n\u2019y a pas de frontières entre les deux.Avec toute la folie politique qu\u2019on vit en ce moment, on ne veut pas de frontières», affirme Sylva.En 2002, elle avait fait paraître Souffles d\u2019orient, un disque empreint des sources des musiques savantes, populaires ou traditionnelles ; ponctué de piano et d\u2019instruments orientaux, de climats aériens et d\u2019airs plaintifs.Puis, après une salutaire pause santé, elle est revenue en 2015 avec Lady Sylva, l\u2019album de la femme libre qui chante majoritairement en français.Elle raconte : «C\u2019est beaucoup plus des pièces originales, mais qui sont tournées autour de la femme que je suis et qui devient en fait une femme universelle avec ses peines d\u2019amours, avec ses besoins d\u2019af firmer son identité, avec son trajet de femme.» Et dans cela, il y a aussi la Montréalaise qui s\u2019af firme : « Lady Sylva fut un tournant pour moi.Je me suis dit : \u201cMes racines, j\u2019ai donné ! \u201d Et au- jourd\u2019hui, je suis à Montréal, je vis à Montréal, j\u2019aime à Montréal, je mange à Montréal, je grelotte l\u2019hiver à Montréal, je fais comme tout le monde, je regarde c\u2019est quand la prochaine tempête de neige.Ah non, il faut pelleter ! Je suis pure laine Montréal.Maudit hiver, ça se peut-tu ?» Elle pouffe de rire : on annonçait le cocktail météo pour le lendemain\u2026 Entre Sylva Balassanian et Lady Sylva, l\u2019ar tiste avoue pourtant un dilemme identi- taire, existentiel.Et depuis la parution en 2015 du disque qui annonce le présent concert, le caractère rebelle de cet être chaleureux s\u2019af firme davantage.Elle confirme : « Lady Sylva, c\u2019est quelqu\u2019un qui met les poings sur la table, qui dit : \u201c C\u2019est assez, il faut arrêter ces bombes ! \u201d Je pars à dos de chameau en tapis volant, j\u2019ai brisé mes chaînes\u2026» Elle chante Sa- lam, La paix, dans ses quatre langues : le français, l\u2019arménien, l\u2019arabe et l\u2019anglais.Elle slamme, conserve la mémoire alerte, se rappelle le village mythique détruit de ses ancêtres en faisant le lien entre les mots d\u2019une chanson arménienne et un texte d\u2019Éluard, avec la collaboration de Sophie Faucher qui sera présente en spectacle.Le disque Lady Sylva est dénudé, habité surtout par cette voix que l\u2019on a comparée à celle de Joan Baez et ce piano grave, cristallin, classique ou simplement sensible.Au dé- par t, l\u2019ar tiste voulait ajouter plus d\u2019instruments, mais le décès de sa mère pendant la création lui a fait trouver cette nouvelle incarnation.Depuis la sortie de l\u2019album, Sylva tourne en reprenant la formule du disque, mais au Lion d\u2019Or, elle proposera une version comprenant quelques enrobages sonores électriques et de nouveaux éclairages.Puis, elle se lancera dans la réalisation d\u2019un projet de chansons pour enfants qui s\u2019inspire aussi bien des bombes qui tombent que de la volonté de l\u2019amour.Sylva est une Artiste pour la paix.Collaborateur Le Devoir Au Lion d\u2019Or, jeudi 2 février à 20 h.Première partie : Trio Passion Tango et Piazzolla, puis le duo Samba Jazz.Sylva Balassanian, Montréalaise universelle La chanteuse et pianiste offre le spectacle Lady Sylva, du nom de son plus récent disque PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019album Lady Sylva a marqué un tournant pour Sylva Balassanian, qui s\u2019apprête à s\u2019y frotter maintenant en concert.Avec la musique, j\u2019essaie humblement de rafraîchir notre mémoire.Chaque fois que je joue un concert, je rappelle à tous les gens la responsabilité qu\u2019ils ont d\u2019avoir plus d\u2019empathie vis-à-vis de ces gens désespérés.Jordi Savall à propos des migrants qui meurent en mer « » S Y L V A I N C O R M I E R C\u2019 est à cause de la musique.Ce lit de basse et de batterie, ce groove porteur, ce nid : on a l\u2019impression que les chansons viennent de là, couvées par cette chaleur, qu\u2019elles ont éclos à peu près en même temps, frères et sœurs dans leurs airs de famille.C\u2019est à cause des textes, aussi.Les paroles semblent se répondre, d\u2019une chanson à l\u2019autre de ce troisième album intitulé Almanach : variantes d\u2019histoires de relations où l\u2019on se retrouve un peu tous.Forts désirs et envies folles qui s\u2019accomplissent ou pas (Cherry Blossom, Éloïse), champs de batailles et terrains communs (Le grand écart du cœur, L\u2019anse blanche), la chasse et la trêve des amants dans Les terres de la Couronne, la solitude insupportable dans Kamikaze, la mort imminente dans La saison des pluies, tout se tient, c\u2019est de l\u2019aventure humaine qu\u2019il est question partout.À la manière à la fois singulière, familière et terre à terre de Patrice Michaud.Lequel, de son côté de la table, concède : c\u2019est vrai, ça se tient.« Va falloir que je l\u2019admette ! Ghyslain-Luc Lavigne, qui a fait la prise de son et qui a les meilleures oreilles au Québec, me dit la même chose, que c\u2019est mon album qui se tient le plus.Moi, j\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est mon plus hétérogène.Un ensemble de tounes, où ça pète de tous les bords, sans que les chansons s\u2019accrochent les unes aux autres\u2026 » Pas moyen de s\u2019échapper, constate-t-il.C\u2019est un gars cohérent.« J\u2019ai très peur d\u2019écrire toujours la même toune, ça m\u2019obsède un peu.J\u2019ai beaucoup lu là- dessus.Des bios, surtout.Pour me rendre compte qu\u2019en général, les auteurs de chansons \u2014 en anglais comme en français \u2014 déclinent beaucoup le même propos sous dif férents angles.Les relations entre les gens, c\u2019est un champ suffisamment vaste et généreux pour se décliner à l\u2019infini.» Le «réalisme magique» La vraie difficulté est ailleurs.Toute la différence entre les chansons qui nous atteignent et celles qui passent leur chemin, Patrice Michaud appelle ça du «réalisme magique» : dire franchement ce qu\u2019on ressent, ce que l\u2019on comprend des autres, mais pas n\u2019importe comment.Dans Kamikaze, par exemple, ces deux lignes : «Ton mascara qui coule / Sur tes futures pattes d\u2019oie».C\u2019est tout simplement vrai, et c\u2019est en même temps de la poésie chansonnière, une image saisie par la jugulaire.«C\u2019est ça, le travail de l\u2019artisan.Je me suis vraiment remis au métier.Pour la première fois en trois albums, je n\u2019avais pas de chansons dans le sac: elles ne venaient pas.J\u2019avais des idées d\u2019arrangements, j\u2019entendais des sons\u2026 J\u2019avais des chevaux, mais rien à transporter.Je suis donc retourné aux exercices d\u2019écriture.En faisant le deuil de ne pas être aussi bon que les artistes que j\u2019admire et en cherchant à provoquer les collisions, les accidents qui transformeraient mon plomb en or\u2026 Ç\u2019a fini par débloquer, heureusement!» Si la peur de ressasser a taraudé le parolier, le compositeur trépignait à l\u2019idée de laisser les chansons dans les mains d\u2019une nouvelle équipe de collaborateurs.«Quand t\u2019écris tes chansons, tu tentes de rendre compte de l\u2019aventure humaine.Quand tu les joues avec d\u2019autres musiciens, c\u2019est de l\u2019aventure humaine appliquée\u2026» Et il ajoute avec emphase, le sourire large : «Tu n\u2019es plus tout seul\u2026» Une fois que les chansons existent, tout peut arriver, tous les risques sont bons.À chaque album son réalisateur: David Brunet pour Le triangle des Bermudes, Andre Papanicolaou pour Le feu de chaque jour\u2026 Et pour Almanach?Philippe Brault.« Philippe Brault, toi et moi, qui l\u2019eût cru ?» écrit Patrice dans sa page de remerciements.«Si je voulais brasser les cartes un peu, ça n\u2019allait pas partir de mon écriture et de ma composition.J\u2019ai essayé souvent, c\u2019est pas par là que le changement passe pour moi.J\u2019ai compris que, non seulement je n\u2019avais aucun malaise à laisser mes chansons dans la tête et les mains des autres, mais que j\u2019y trouvais le plus vif plaisir.À eux d\u2019être aux prises avec mes chansons, et souhaitons que ce soit pour le mieux!» De l\u2019espace pour jouer Il y a Patrice Michaud l\u2019artisan et Patrice Mi- chaud l\u2019aventurier, comprend-on.« Philippe Brault, c\u2019est pas n\u2019importe qui, on s\u2019entend.Mais ce n\u2019était surtout pas un prolongement de moi.Il a ses idées, et je voulais ses idées.Pareil pour les musiciens.Je voulais spécifiquement ce qu\u2019un Antoine Gratton allait apporter aux chœurs et aux cuivres.Je voulais le groove de Marc Chartrain et de Mark Héber t à la batterie et à la basse.Mais je voulais surtout qu\u2019ils aient les coudées franches.En studio, ils ne cherchaient pas à me plaire, ils ne marchaient pas sur des œufs.Ils ont joué ! On a joué !» Ça donne un album aux fondations coussi- nées, qui a du rebondi, qui aligne des grooves bien lestes, où il y a de l\u2019espace pour une guitare qui tranche sec dans Cherry Blossom, des cuivres « qui ne sont pas des figurants » dans Apocalypse Wow\u2026 «C\u2019est un disque de band.Je ne suis pas un rat de studio.Je suis un gars de band.Tout le monde shine sur cet album, mais jamais au détriment de la chanson et du chanteur.J\u2019entends les musiciens, et je m\u2019entends.» La résultante du travail avec Brault, c\u2019est le déshabillage d\u2019une certaine québécitude instrumentale.« Je fais de la chanson très québécoise, je compose toujours à la guitare.Là, ce qu\u2019on a fait, c\u2019est enlever les guitares.Ou les cacher dans le mixage.Pour donner de l\u2019espace aux cuivres, aux chœurs, à la voix, au groove.» Tout était permis, toutes les nudités.Les terres de la Couronne a été enregistrée en prise directe avec Ariane Moffatt, piano et deux voix.Tout le monde le saura est un récitatif, «constat du présent qui tend le regard vers l\u2019avenir» : c\u2019est son fils Loïc qui a dit le texte, au son : «Il ne sait pas lire encore.» En finale de l\u2019album, Si près du soleil, adaptation d\u2019une chanson du groupe Monsters of Folk, s\u2019allonge en séquence instrumentale «à la Morri- cone».Pourquoi?«Parce que ça nous tentait de jouer plus longtemps\u2026» Et que l\u2019aventure humaine se poursuive, deux minutes de plus.Le Devoir ALMANACH Patrice Michaud Spectra Musique À partir du 3 février M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 7 S E R G E T R U F F A U T C\u2019est bizarre, la modernité.Parfois, elle est amusante.D\u2019autres fois, elle est désolante.En d\u2019autres termes, celle d\u2019aujourd\u2019hui est à l\u2019image de la modernité d\u2019hier et d\u2019avant-hier.Historiarum bis repetita, comme disait l\u2019ancien.Qui ça?Ben, Queneau, quelle question! Mais encore?Nous allons vous entretenir d\u2019une étiquette qui passe toujours sous le radar alors qu\u2019elle mériterait d\u2019être avec les autres.Voire au milieu.Voici de quoi il s\u2019agit : année après année, ici et là, on brosse le tableau des meilleurs labels de par le monde.Invariablement, on retrouve les gros canons du genre : Blue Note, Verve, ECM et consorts.Jamais le nom de Cellar Live n\u2019est inscrit, alors que cette étiquette fondée par le saxophoniste Cor y Weeds et située à Vancouver \u2014 oui ! au Canada \u2014 devrait recevoir des palmes et des palmes.Car, à l\u2019évidence, l \u2019ADN de Cellar Live combine la constance avec le souci de la qualité.Les dernières parutions ont confirmé cet état des faits, qui ne sont en rien des faits «alternatifs», ainsi que le clament depuis peu les Nosferatu du mensonge installés à la Maison- Blanche.On le répète : chez Cellar, la qualité est une réalité.Parmi ses productions, on a retenu celles-ci : Leaps and Bounds du batteur Craig Wuepper, avec notamment l\u2019ex-Jazz Messenger David Schnitter, saxophoniste ténor digne héritier de John Coltrane, It\u2019s Easy to Remember, par le Cory Weeds Quintet, avec le pianiste David Ha- zeltine et le trompettiste Joe Magnarelli, As of Now de Weeds, avec une rythmique de poids lourds : Harold Mabern au piano, John Webber à la contrebasse et Joe Farnsworth à la batterie.Quoi d\u2019autre ?Louis Hayes and The Cannonball Adderley Legacy Band Live at Cellar Jazz Club ainsi que l\u2019extraordinaire New York Afternoon du saxophoniste ténor Steve Kaldestad, avec Renee Rosnes au piano, Peter Washington à la contrebasse et Lewis Nash à la batterie.De ces albums et de bien d\u2019autres se dégagent deux vérités.D\u2019abord, l\u2019esthétique musicale de la maison Weeds loge à l\u2019enseigne du be-bop et parfois du hard-bop.Bref, du jazz désormais classique.Ensuite ?Lorsqu\u2019on s\u2019attarde aux musiciens présents sur ces disques, on ob- ser ve quelque chose qui annonce peut-être l\u2019avenir du jazz, qui est en tout cas son présent.On s\u2019explique.Plus de la moitié des musiciens invités par les Canadiens de l\u2019Ouest, Weeds, Kaldestad, Bill Coon ou Craig Scott, sont des Américains vivant à New York.Des Américains, il est très important de le préciser, qui se produisent régulièrement dans ces clubs qui, comme Cellar, sont aussi des étiquettes de jazz, soit Small\u2019s et Smoke.En fait, nous assistons depuis peu à une organisation, ou plus exactement à une réorganisation de l\u2019infrastructure du jazz nord-américain, qui risque fort de se traduire par un déplacement du centre de gravité de la production.Qu\u2019on y songe : la canadienne Cellar Live ainsi que les américaines Smoke Sessions Records et Small\u2019s Records sont devenues en moins de cinq ans les Blue Note, Prestige et Riverside d\u2019aujourd\u2019hui.?Chaque année, le magazine Downbeat livre dans son édition de janvier l\u2019inventaire complet des meilleurs disques de l\u2019année écoulée en fonction des étoiles accordées à ces derniers.Parmi les 5 étoiles, on retrouve notamment les noms des pianistes Bill Charlap pour son album Notes from New York et Carla Bley pour Andando El Tiempo, ainsi que David Bowie pour Blackstar, mais pas un jazzman noir ou afro-américain, pas un (!), parmi les 12 productions proposées.On ne savait pas que Bowie était un artiste de jazz.Le premier qui nous parle du zoulou blanc alors qu\u2019il n\u2019a jamais parlé du zoulou\u2026 noir, le premier qui reprend les éléments de langage forgés par les vendeurs du racisme intériorisé, banalisé, on lui déclare la guerre.Pas celle des boutons, mais bien la totale ! Car\u2026 Car dans les autres catégories, les 4 étoiles, etc., le « p\u2019tit Blanc-petit bourgeois- d\u2019ECM et autres labels du fade qui s\u2019appliquent à ne pas déranger la quiétude de l\u2019acheteur » sont archidominants.Rétrospectivement, on comprend mieux pourquoi Dizzy Gillespie, lorsqu\u2019il se produisait au Soleil levant, rappelait qu\u2019il était petit-fils d\u2019esclaves.Amen ! Collaborateur Le Devoir Le jazz West Coast, version canadienne L\u2019ADN de l\u2019étiquette Cellar Live combine la constance avec le souci de la qualité Patrice Michaud, l\u2019artisan et l\u2019aventurier dans la même tête frisée Il y a le travail de l\u2019artisan, le plaisir du musicien.Allier les deux ?Pure magie.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour son nouvel album, Patrice Michaud a laissé ses chansons à une nouvelle équipe de collaborateurs.Quand t\u2019écris tes chansons, tu tentes de rendre compte de l\u2019aventure humaine.Quand tu les joues avec d\u2019autres musiciens, c\u2019est de l\u2019aventure humaine appliquée.Patrice Michaud « » 23 FÉVRIER AU 11 MARS 18 e édit ion PLACE DES ARTS et MAISON SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL 514 842-2112 1 866 842-2112 \u2022 placedesarts.com BILLETTERIE montrealenlumiere.com GESÙ 1 855 790-1245 admission.com \u2022 ticketmaster.ca L\u2019ASTRAL MAISON DU FESTIVAL 1 855 790-1245 admission.com \u2022 ticketmaster.ca ALEXANDRE DA COSTA STRADIVARIUS À L\u2019OPÉRA 23 février, 20 h THÉÂTRE MAISONNEUVE, PdA PREMIÈRE MONTRÉALAISE CONCERT D\u2019OUVERTURE présenté par en collaboration avec BENJAMIN BIOLAY Première partie : SÉBASTIEN LACOMBE 26 février, 20 h THÉÂTRE MAISONNEUVE, PdA présenté par DANIEL LAVOIE MES LONGS VOYAGES 2 mars, 20 h THÉÂTRE MAISONNEUVE, PdA PREMIÈRE MONTRÉALAISE PRÉSIDENT D\u2019HONNEUR ALEX NEVSKY NOS ELDORADOS Première partie : LAURENCE NERBONNE + RIA MAE 11 mars, 19 h MÉTROPOLIS en collaboration avec DIMONÉ URBAIN DESBOIS 25 février, 20 h L\u2019ASTRAL ALAIN LEFÈVRE SAS AGAPO 26 février, 20 h MAISON SYMPHONIQUE en collaboration avec PREMIÈRE MONTRÉALAISE PIAF A 100 ANS.VIVE LA MÔME ! 4 mars, 20 h THÉÂTRE MAISONNEUVE, PdA en collaboration avec PROGRAMME DOUBLE INTAKTO LAZOS 25 février, 20 h GESÙ SOURCE CORY WEEDS Le saxophoniste Cory Weeds CHAGALL : COULEUR ET MUSIQUE Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu\u2019au 11 juin.J É R Ô M E D E L G A D O D epuis le temps que le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) s\u2019est donné une mission musicale, les projets mariant visuel et son ne cessent de se multiplier, rue Sherbrooke.Il y a eu, parmi d\u2019autres, Warhol Live (2008), We Want Miles (2010), Splen- dore a Venezia (2014), ainsi que l\u2019audioguide exclusivement musical pour la rétrospective Van Dongen (2009) et, bien sûr, les concer ts de la salle Bourgie, intégrée au pavillon d\u2019art canadien.On pourrait croire que la nouvelle grande exposition consacrée à Marc Chagall (1887-1985) n\u2019est qu\u2019une nouvelle brique à cet édifice.Or, Chagall : couleur et musique est bien plus que ça.C\u2019est la célébration d\u2019un mélange disciplinaire encore plus vaste, celui auquel aspire le musée dirigé par Nathalie Bondil.Le MBAM a trouvé en Chagall la figure emblématique pour porter sa vocation encyclopédique.Le Chagall peintre n\u2019a plus besoin de présentation \u2014 et il aurait été fastidieux que cette expo soit une pure rétrospective picturale.Faire du thème de la musique un élément central de l\u2019œuvre de l\u2019artiste mort presque centenaire ne déterre rien.Celui que le poète Louis Aragon désignait par « l\u2019homme-violon- celle » a fait de l\u2019objet musical, du violon notamment, un motif récurrent.Ce qui est moins connu, ou oublié, c\u2019est que ce «mélomane averti » \u2014 appellation utilisée devant la presse montréalaise par Mikhaïl Rudy, pianiste responsable de la direction musicale de l\u2019expo \u2014 a souvent travaillé dans le giron du monde la musique (et de la danse).Entre 1942 et 1967, il a conçu les décors de scène et les costumes pour trois ballets et un opéra, mais aussi peint les décors pour des théâtres, dont le plus célèbre est le plafond de l\u2019Opéra de Paris.Et que le MBAM a fait voyager en large et en détail, grâce à une captation Google.Le chemin de la peinture à la musique passe donc par de multiples arrêts : ballet, architecture, design textile, mais aussi sculpture, céramique, vitrail, voire littérature \u2014 une édition des Fables de la Fontaine a été illustrée par Chagall.Le risque de la polyphonie Grande, l\u2019expo ?Avec près de 350 œuvres et un volumineux corpus documentaire, Chagall : couleur et musique a du poids.Lancé en France, le projet a pris de l\u2019ampleur de ce côté de l\u2019Atlantique avec l\u2019octroi exclusif de prêts de la part de prestigieux musées.Il y a donc beaucoup à voir.Et à entendre \u2014 plus qu\u2019à écouter : les musiques enregistrées traversent les salles presque inlassablement.Rares sont celles où le silence prime.Parfois, ça frôle la cacophonie.Dans la pièce consacrée au ballet L\u2019oiseau de feu, les notes de Stravinski se perdent sous les airs d\u2019opéra qui traversent les murs.Seul le visiteur qui en sera à son second parcours saura que c\u2019est la salle consacrée à l\u2019Opéra de Paris qui l\u2019attend plus loin.La polyphonie est aussi perceptible sur les murs.L\u2019artiste franco-russe n\u2019a tissé de liens solides avec aucun courant.On peut naviguer dans une même salle du cubisme au surréalisme, du fauvisme au naturalisme.Autoportrait aux sept doigts (1912-1913), une des exclusivités du MBAM (et du Los Angeles County Museum of Arts, qui accueillera l\u2019expo cet été), matérialise cet éclectisme à lui seul.La musique chez Chagall, selon l\u2019approche de la commissaire invitée Ambre Gauthier, prend de multiples résonances.Souvent littérales, comme dans le personnage du violoniste, à la fois symbole du Juif nomade et de la liberté d\u2019expression.Directes, par la présence régulière du travail de Chagall pour la scène.Ou alors poétiques, à travers le programme chromatique d\u2019une peinture ici à dominance rouge, là bleue, ou encore jaune.« Le but, disait Ambre Gauthier en conférence de presse, c\u2019est de renouveler cette appellation de musique.Avec Chagall, il s\u2019agit d\u2019une musique de couleurs, de matériaux, une musique de l\u2019intérieur aussi.» Le ballet rythme Dans cette expérience sy- nesthésique où le vocabulaire musical sert à décrire la peinture (rythme, mouvement, tonalité\u2026), les salles se suivent et ne se ressemblent que dans leur éclatement.Il y a une certaine progression dans le parcours proposé, entre le projet pour le Théâtre d\u2019art juif de Moscou qui l\u2019ouvre (espace marqué par l\u2019absence du corpus de grandes peintures retenu par le gouvernement russe) et les esquisses pour le décor du Lincoln Center de New York qui le ferment.À la salle teintée de polit ique \u2014 Chaga l l , comme Kandinsky, Malevitch, Rodt- chenko et autres, a bénéficié des premières années post-ré- volution de 1917 \u2014, suivront des regards sur la réalité juive, sur le travail de la matière, sur l\u2019expérience de l\u2019exil.Mais ce sont les projets pour la scène qui rythment et donnent à l\u2019expo sa véritable raison d\u2019être.Les costumes de Chagall, cer tains restaurés pour l\u2019occasion, sont les pièces vedettes.Ils prennent non seulement vie, présentés sur des mannequins, mais ils en imposent, placés sur des estrades centrales aux salles.La section consacrée à L\u2019oiseau de feu, malgré la cacophonie, est une des meilleures, notamment parce qu\u2019on y présente aussi la source d\u2019inspiration, une série de poupées Kat- sina (des statuettes en bois tirées de cultures autochtones du Nouveau-Mexique).Cer tes, la peinture et les personnages courbés et aériens de Chagall ne sont pas en reste.L\u2019expo semble néanmoins décortiquer un travail, davantage que célébrer un chef-d\u2019œuvre, à force de présenter les croquis et les airs ambiants qui l\u2019ont alimenté.Collaborateur Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 DE VISU E 8 C U L T U R E CHAGALL COULEUR ET MUSIQUE Une exposition organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal en collaboration avec le Los Angeles County Museum of Art, et initiée par la Cité de la musique \u2013 Philharmonie de Paris, et La Piscine \u2013 Musée d\u2019art et d\u2019industrie André Diligent, Roubaix, avec le soutien de la Succession Chagall.| Marc Chagall, Maquette définitive de la peinture murale du Metropolitan Opera, Lincoln Center for the Performing Arts, New York : Le Triomphe de la musique (détail), 1966.Collection particulière.© SODRAC & ADAGP 2017, Chagall ®.© Archives Marc et Ida Chagall, Paris.| Le MBAM remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec ainsi que le Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant.DÈS AUJOURD\u2019HUI ! Une présentation de Grand mécène Grand bienfaiteur LES AMBASSADEURS DE CHAGALL À MONTRÉAL « Vibrante, attrayante et accessible.C\u2019est l\u2019exposition hivernale à voir ! » \u2013 Gravel le matin, ICI Radio-Canada Première Emblématique Chagall Le MBAM a trouvé dans l\u2019artiste la figure symbolique pour porter sa vocation encyclopédique AUTOBIOGRAPHIE MON UNIVERS ?1/2 Marc Chagall Traduit du yiddish par Chantal Ringuet et Pierre Anctil Fides Montréal, 2017, 142 pages Ceci explique sans doute cela : en 1887, rue Pisbovatik, à Vitebsk, en Biélorussie, l\u2019artiste Marc Chagall est né\u2026 mort.« Je ne voulais pas être parmi les vivants.Je ressemblais à une vessie blafarde qui ne voulait pas vivre dans le monde.[\u2026] J\u2019aurais tellement voulu que les psychologues n\u2019en tirent pas un jugement défavorable à mon sujet\u2026 Ayez pitié ! » écrit- il dans Mon univers, autobiographie publiée en épisodes et en yiddish dans la revue littéraire new-yorkaise Di Tsukunft (Le Futur).C\u2019était en 1925.En marge de l\u2019exposition Chagall, couleur et musique, qui prend l\u2019affiche aujourd\u2019hui au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), la chose se rappelle au bon souvenir du présent dans une nouvelle traduction en français.Dans la langue gondolée des gens simples ou des identités métissées, l\u2019artiste, figure du chromatisme onirique, s\u2019y dévoile sans compromis, y raconte ses désirs d\u2019art et son ascension dans le domaine de l\u2019art pictural porté par l\u2019effervescence d\u2019une époque « sur le point de vivre une catastrophe ».Les femmes, les couleurs, les doutes, Paris, Berlin, la Russie qui s\u2019enflamme ou Picasso qui met fin au cubisme, en 16 chapitres Chagall dessine ce journal d\u2019« une vie » \u2014 titre donné à la première traduction réalisée par sa femme Bella en 1931 \u2014 dont les rêves et l\u2019imagination ont façonné un étonnant univers.Fabien Deglise Chagall : couleur et musique, c\u2019est aussi la célébration d\u2019un mélange disciplinaire auquel aspire le musée dirigé par Nathalie Bondil.PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Avec près de 350 œuvres et un volumineux corpus documentaire, cette nouvelle expososition du MBAM a du poids. F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L e plus récent opus de Pedro Almodóvar, Ju- lieta, n\u2019a pas électrisé la presse cannoise le printemps dernier.Une fois la poussière et les paillettes retombées toutefois, le film a reçu d\u2019excellentes critiques en sortie régulière, dont cinq étoiles dans The Guardian, aboutissant même dans le palmarès de fin d\u2019année des Cahiers du cinéma.Le film prend enfin l\u2019af fiche au Québec.S\u2019il en séduira plusieurs avec sa plastique superbe et ses qualités dramaturgiques remarquables, Julieta plaira tout par ticulièrement aux cinéphiles qui placent Tout sur ma mère et Volver parmi leurs favoris du cinéaste.En effet, ce dernier n\u2019en a ici de nouveau que pour la mamá.La figure de la mère est apparue très tôt dans la filmographie de Pedro Almodóvar, mais davantage en tant que personnage secondaire (voir par exemple Talons aiguilles et La fleur de mon secret).Puis, vint en 1999 Tout sur ma mère.Manuela (Cecilia Roth), y perd son fils adolescent vers le début du film, dans un accident, à Madrid.Un drame qui la pousse à retourner à Barcelone, ville de son « passé » où elle renoue avec d\u2019anciennes accointances et où elle forge de nouvelles amitiés, notamment avec Rosa, une jeune nonne enceinte et séropositive (Penélope Cruz).C\u2019est également à Barcelone que réside le père de son défunt fils, un être de l\u2019ombre qui constitue le plus important secret de la vie de Manuela.Lorsque Rosa meurt en couches, Manuela adopte son bébé.Chez Almodóvar, la pulsion de vie a toujours le dessus malgré l \u2019omniprésence de la mort.Porteuses de secrets Après le magnifique et grave Parle avec elle et l\u2019inégal, mais fascinant, La mauvaise éducation, sortit Volver, œuvre pétulante, sensuelle, et délicieusement alambiquée.Penélope Cruz est de retour, cette fois dans le premier rôle, celui de Raimunda, mère de Paula et veuve de Paco que la seconde vient de poignarder après qu\u2019il eût tenté de la violer.En parallèle, la sœur de Raimunda, Soledad, compose avec le choc du retour soudain de leur mère Irene, que toutes deux croyaient morte.Une fois de plus, les mères \u2014 Irene autant que Raimunda \u2014 portent chacune leur lot de secrets.Et de nouveau, la figure du père est associée au malheur, à la mort, face à la force vitale qu\u2019incarnent les premières.C\u2019est d\u2019ailleurs un père hanté et fou qui est l\u2019antagoniste dans le brillant La peau j\u2019habite, auquel succéda le déjanté Les amants passagers, plus proche, dans le ton, des œuvres de jeunesse d\u2019Almodóvar.Protagoniste redessinée Après ce détour nostalgique du côté de sa folle jeunesse, Julieta (voir la critique en encadré) marque un retour assumé à la maturité, ainsi qu\u2019à la maternité, pour l\u2019auteur.La femme du titre (Emma Suá- rez) a elle aussi subi la perte de son enfant, sa fille unique (Adriana Ugarte).À la dif fé- rence que celle-ci n\u2019est pas morte, mais a coupé les ponts, sans fournir à sa mère la moindre explication.Évidemment, maman cache un secret qui ouvre sur d\u2019autres secrets.Alors qu\u2019elle se raconte en une longue confession écrite, Julieta, et derrière elle, le cinéaste, déploie une structure gigogne à l\u2019intérieur de laquelle les contours de la protagoniste se redessinent au gré des révélations, une mère en cachant systématiquement une autre.Librement inspiré de nouvelles de l\u2019auteure Alice Munro, le 20e long métrage d\u2019Almodó- var se voulait, de l\u2019aveu du principal intéressé, différent de ses prédécesseurs de par son absence totale d\u2019humour.À chacune sa vérité Pour autant, on retrouve dans le récit plusieurs leviers dramat iques chers au c i - néaste, à commencer par une protagoniste rongée par un vide.Dans Tout sur ma mère, Manuela trouve un second souf fle après la mort de son fils, puis redevient mère.Le vide en question ne sera jamais comblé, mais il sera de moins en moins abyssal.Vo l v e r v o i t q u a n t à l u i Raimunda consumée par une vieille rancœur vis-à-vis de sa propre mère, Irene, qu\u2019elle croit décédée.Là encore, le retour inopiné d\u2019Irene finit par apporter à l\u2019héroïne une plénitude relative.Julieta, pour sa part, y va de cette réflexion au sujet de sa fille : «Ton absence remplit ma vie et la détruit.» Or, ladite absence étant une fois de plus liée à des informations trop longtemps tues, le malentendu délétère se dissipe dès lors que la vérité éclate.Après avoir été prisonnières de leurs secrets, les trois mères se libèrent en les révélant.En se révélant.Le Devoir C I N É M A D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 E 9 ANALYSE Les mères gigognes d\u2019Almodóvar Julieta renoue avec une figure chère au cinéaste : la mère en cachant une autre MÉTROPOLE FILMS Pedro Almodóvar dirigeant l\u2019actrice Adriana Ugarte sur le plateau de Julieta.DRAME JULIETA (V.O.S.-T.F.) ?Mélodrame de Pedro Almodóvar.Avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Rossy de Palma.Espagne, 2016, 96 minutes.Un jour, Antia, 19 ans, a quitté l\u2019appartement de sa mère Julieta et, sans un mot d\u2019explication, a coupé les ponts.C\u2019est dans une ultime tentative pour comprendre ce qui s\u2019est brisé entre elles naguère qu\u2019une douzaine d\u2019années plus tard, Julieta s\u2019installe à son bureau et commence à noircir les pages d\u2019un cahier.Flirtant avec la tragédie, Julieta multiplie les révélations au gré d\u2019un récit foisonnant.À cet égard, rarement le cinéaste madrilène a-t-il joué du procédé de mise en abîme avec autant de virtuosité.Tandis que la protagoniste narre \u2014 et revit \u2014 son passé, d\u2019autres personnages y vont de leurs interventions, jetant un éclairage inédit sur le drame qui ne cesse de se reconfigurer.Transposant (de nouveau) des éléments de suspense hitchcockiens dans un contexte de mélodrame, l\u2019auteur étoffe et humanise le mystère inhérent à la prémisse.Passionnante, l\u2019intrigue se clôt sur une fin ouverte d\u2019autant plus satisfaisante que tout du long, c\u2019est la fermeture inexpliquée de sa fille qui aura consumé l\u2019héroïne, une autre mère mémorable imaginée par Almodóvar.HB NO 6/HORS PAGE Au centre Clark, jusqu\u2019au 18 février.M A R I E - È V E C H A R R O N Q uand la revue HB a vu le jour en 2013, c\u2019était pour of frir une plateforme inédite aux pratiques variées et foisonnantes du dessin actuel.Le format se voulait une vitrine exceptionnelle pour une pléthore d\u2019œuvres parfois sans tribune.Après quatre parutions, la publication qui va toujours bon train incarne son 6e numéro, Hors page, le temps d\u2019une exposition au centre Clark.La sélection regroupe des œuvres particulièrement rétives aux limites spatio-temporelles du papier, duquel le dessin ne saurait se contenter.L\u2019ordinateur a ouvert d\u2019autres frontières à la discipline, favorisant ainsi des créations numériques intégrant les images de synthèse, la modélisation et l\u2019animation 3D.Les écrans et les projections dominent donc dans cette exposition où le dessin, en plus de se mettre en mouvement, se fait sonore, immersif ou interactif.Augmentée par ces autres dimensions, la pratique du dessin présentée par HB sor t des conventions de son support papier et provoque une rencontre inhabituellement concentrée de travaux multimédias.Au lieu d\u2019être physiquement isolées, les œuvres cohabitent audacieusement dans l\u2019espace, se prêtant sans ambages aux contaminations sonores et visuelles.Cette stratégie de mise en exposition souligne la porosité du dessin aux autres disciplines du domaine de l\u2019image tout en affirmant la dimension collaborative du commissariat, ici assuré par neuf personnes.Posthumain L\u2019exposition se distingue aussi en rassemblant les œu- vres d\u2019artistes de générations et de provenances (Los Angeles, Chicago, Glasgow, Montréal, New York, Vancouver) confondues, qu\u2019elle met efficacement en dialogue.L\u2019installation vidéo de Jess Johnson et de Simon Ward trône dans la grande salle, propageant les motifs géomé- t r iques de son an imat ion jusqu\u2019au sol.Sophistiqué, le film en boucle nous fait évoluer dans un environnement futuriste où le bâti rappelle des temples d\u2019inspiration orientale et, avec eux, les traditions cryptées de rites et de croyances inventées.Une recherche de transcendance semble persister dans ce monde aux accents posthu- mains que l\u2019œuvre n\u2019est pas la seule à évoquer dans l\u2019expo.L\u2019idée du prolongement de la vie par le souvenir ou le soutien d\u2019une prothèse technologique fait son chemin dans l\u2019œuvre de Dennis & Debbie Club.Les fragments d\u2019un récit surréaliste s\u2019additionnent par hiatus autour du décès d\u2019une grand-mère.L\u2019œuvre sur ordinateur de Jenny Lin veut quant à elle raconter les suites d\u2019un accident, mais tombe à plat avec son in- teractivité sommaire.Les allusions au jeu vidéo af fleurent dans ces œuvres, mais se font plus évidentes dans l\u2019animation d\u2019Amy Lockhart, dont les préférences visuelles et sonores vont pour les ancêtres du genre qu\u2019elle s\u2019efforce de parodier.Savoir que plusieurs industries du jeu vidéo se trouvent dans le secteur immédiat du centre d\u2019artistes ajoute à la perspective critique qui sous-tend l\u2019œuvre.Elle le fait avec humour, comme la vidéo Jill de Lilli Carré, la plus drolatique.En rupture totale avec la facture du jeu vidéo, lisse et aseptisée, une grossière image de synthèse fait voir un personnage féminin qui, malgré son attitude de soumission, faillit aux ordres donnés par une voix hors champ, sans doute sa créatrice.Pour Barry Doupé, l\u2019animation par ordinateur cultive plutôt des affinités avec la peinture.Des taches colorées biomor- phiques se fondent dans un rythme effréné, laissant parfois deviner les traits d\u2019un visage.C\u2019est sur l\u2019image de soi que joue, entre autres, Sophie La- touche, à travers des GIF.Leur ton truculent rejoint bien l\u2019installation d\u2019Adrian Norvid.Nor- vid dessine à la gouache vinylique sur des assemblages de papier faisant apparaître des objets variés et une bécosse décatie, surface d\u2019inscriptions obscènes.Une esthétique brute de la rue se dégage de cet ensemble décapant dans lequel les commissaires ont inséré la vidéo Scrach de Pierre Hébert, digne hérit ier de Norman McLaren.Sur le mur du corridor, l\u2019hologramme de synthèse de Jacques Desbiens, représentant un livre ouvert, se fait presque oublier, formulant ainsi un astucieux clin d\u2019œil au format premier de HB.Cette publication a été créée par un collectif issu de centres d\u2019artistes (Artprim, Articule, Axenéo7, Clark, galerie Saw) et de la galerie Joyce Yahouda.En clôture, le 18 février, HB lancera son 5e numéro papier, lequel sera pourvu seulement d\u2019images, laissant la réflexion sur le dessin aux bons soins de la table ronde prévue à cette occasion.Au préalable, deux œuvres de réalité virtuelle seront proposées en expérience, grâce à un partenariat avec le voisin Ubisoft.Collaboratrice Le Devoir Dessins débridés La revue HB s\u2019incarne « Hors page » le temps d\u2019une exposition PAUL LITHERLAND Installation : Jess Johnson, 2017.Vidéo centrale : Jess Johnson et Simon Ward, Mnemonic Pulse, 2014.CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS « Une ?ction d\u2019une profondeur inusitée.» \u2013 24 IMAGES À L\u2019AFFICHE! L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 8 E T D I M A N C H E 2 9 J A N V I E R 2 0 1 7 CINEMA E 10 C U L T U R E O D I L E T R E M B L A Y à Paris J ean-François Laguionie est un grand cinéaste d\u2019animation français, qui a fait ses classes dans le théâtre d\u2019ombres avant de découvrir les arcanes de son métier auprès de Paul Grimault (Le roi et l\u2019oiseau).Déjà en 1978, son magnifique La traversée de l\u2019Atlantique à la rame rempor tait la Palme d\u2019or du court métrage à Cannes.Puis, au long des ans, des films phares comme Le tableau, Le château des singes, L\u2019île de Black Mór ont gagné le cœur du public et de la critique.Ses œuvres sont noyées d\u2019embruns, de large et de rivages, de personnages en por te-à-faux avec le monde lancés à l\u2019aventure.Elles se nourrissent de regards sur l\u2019art aussi, avec un attrait pour le mer veilleux.Tout ar tiste trace une autobiographie.«On ne s\u2019en rend pas compte, dit-il, mais on se révèle.» En novembre dernier, Les Sommets de l\u2019animation avaient lancé à Montréal son dernier long métrage Louise en hiver, émouvant, insolite et rempli d\u2019humanité.Le voici dans nos salles dès vendredi prochain.On le rencontre à Paris, humble comme tous les créateurs vraiment inspirés, encore tout étonné du succès récolté en France par cette animation pour adultes dont les enfants raffolent aussi : « Je me disais : les enfants vont s\u2019ennuyer.Une histoire de grand-mère\u2026 Mais ils ont des grands-mères\u2026» S\u2019il s\u2019agit d\u2019un film breton, c\u2019est que Jean-François Laguio- nie vit dans la région.Il s\u2019est inspiré de ses souvenirs et de ceux de sa mère pour livrer ce qu\u2019il qualifie «d\u2019ode à la liberté.» Louise en hiver n\u2019est pas sans parenté avec une autre formidable animation française sur nos écrans : La tortue rouge, de Michael Dudok de Wit, également campée sur un bord de mer déser t ; toutes deux inspirées par les aventures de Robinson Crusoé.Sa Louise (voix rauque de Dominique Frot) est une vieille dame dans une station balnéaire qui manque son train à la fin de l\u2019été.Elle survit seule, puis avec un chien, le reste de l\u2019année, en apprivoisant son environnement, car personne ne s\u2019inquiète de son absence.Souvenirs et apaisement « Au début, Louise est inquiète, puis elle devient une sorte de résistante et prend la situation comme une provocation.Sans doute vit-elle sa solitude depuis longtemps, mais ici, la nature, qui ne l\u2019avait jamais par ticulièrement charmée, lui rapporte les souvenirs de sa vie.Elle s\u2019abandonne et se retrouve.Ça parle à beaucoup de monde.Une vieille dame est venue m\u2019embrasser après une projection.Le film lui présentait une porte de secours.Une autre m\u2019a dit : \u201cLouise a raté son train.J\u2019ai envie de rater moi aussi quelque chose\u201d.» Il avait écrit Louise en hiver en 1980, mais désirait le tourner en prises de vue réelles.Ça ne s\u2019est pas fait\u2026 Jean-François Laguionie ne commence ses films ni par un scénario ni par un story-board.L\u2019animateur écrit d\u2019abord une histoire, bientôt publiée.«J\u2019aime autant dessiner qu\u2019écrire, avoue-t-il.Ça me procure une maquette pour la totalité du film.Puis les croquis s\u2019éloignent un peu du texte.Au départ, le rivage de Louise en hiver devenait comme une décharge, avec toutes sor tes d\u2019objets, une télévision par exemple.Les dessins m\u2019ont mené ailleurs.» Ailleurs dans tous les sens du terme\u2026 « Je n\u2019avais pas touché aux pinceaux depuis les années 1970.En ce moment, on va vers des choses ar tifi- cielles, des outils sophistiqués, des techniques numériques.En réaction contre les ordinateurs, j\u2019ai utilisé un papier à grain.Ces stations balnéaires sont un peu détachées de la vie et du temps.Ainsi le dessin est-il décalé, résilient et désuet, comme l\u2019univers de Louise.J\u2019ai commencé par les décors et utilisé des teintes pastel en me référant aux pe in t r e s du débu t du XXe siècle, avant de trouver des jeunes techniciens qui ont pris comme un pari de donner aux images de synthèse l\u2019apparence du travail à l\u2019ancienne.» La remarquable musique de Pierre Kellner et Pascal Le Pennec est à deux temps : «Du piano jazz pour son quotidien et une musique orchestrale consacrée à ses souvenirs d\u2019enfance et à ses rêves, mais les bruits de bord de mer constituent une partition à eux seuls.Les passages du réalisme aux rêves laissent le spectateur faire son interprétation du film.Ils peuvent y voir une nostalgie ou un espoir.» Jean-François Laguionie a des projets dans ses cartons : les sui tes du Château des singes et du Tableau.« Aussi une histoire plus personnelle, des souvenirs d\u2019enfance avec mon papa, davantage dans l\u2019esprit de Louise en hiver.» Il écrit.Les dessins suivront\u2026 Le Devoir Cette entrevue a été effectuée à Paris, à l\u2019invitation des Rendezvous d\u2019Unifrance.La voix délicate et profonde de Laguionie Le cinéaste raconte la genèse de son émouvant Louise en hiver, un film rempli d\u2019humanité LA TORTUE ROUGE ?1/2 Film d\u2019animation de Michael Dudok de Wit.Belgique, France, Japon, 2016, 80 minutes.M A N O N D U M A I S P our la première fois de leur histoire, les studios d\u2019animation japonais Ghibli, à qui l\u2019on doit les mer veilleux films de Hayao Myazaki (Le voyage de Chihiro, Princesse Mononoké), se sont associés à un réalisateur de l\u2019étranger.Lauréat du César du court-mé- trage en 1994 pour l\u2019amusant Le moine et le poisson, le réalisateur néerlandais Michael Dudok de Wit a ainsi pu compter sur l\u2019expertise du cinéaste Isao Takahata (Le tombeau des lucioles, Le conte de la princesse Kaguya) pour son premier long-métrage.Le résultat est si remarquable \u2014 le film a d\u2019ailleurs récolté le prix spécial « Un cer tain regard » à Cannes et une nomination aux Oscar \u2014 que l\u2019on souhaiterait encore plus de coproductions de ce genre.D\u2019une rare beauté et d\u2019un raffinement exceptionnel, La tortue rouge s\u2019attache au destin d\u2019un homme ayant échoué sur une île.Dès les premières images, on ne peut qu\u2019être séduit par les riches nuances de gris du ciel orageux et le concer t ensorcelant de la pluie.À ces scènes de tempête se succèdent les dorés chatoyants et invitants du sable qui borde l\u2019île, puis les verts luxuriants et chaleureux de la forêt de bambou.Alors que l\u2019homme découvre entre deux longues siestes les charmes qui l\u2019entourent, on comprend que le récit que propose Michael Dudok de Wit sera des plus minimalistes.Tandis que la barbe noircit le visage du personnage aux traits fins, comme ceux de Tintin et de Philémon, et qu\u2019il construit patiemment un radeau, c\u2019est l\u2019image de Tom Hanks dans Seul au monde de Robert Zemeckis qui remonte à la surface.Avant d\u2019avoir pu atteindre le large, le radeau est détruit par une force sous-marine.L\u2019homme en fait un plus solide, mais atteint le même résultat.Après plusieurs vains essais, il découvre qu\u2019une tortue rouge géante est responsable de ses malheurs.Sur la plage, l\u2019homme frappe la bête, la retourne et saute sur sa carapace.Regrettant son geste, il tente alors de la maintenir en vie.Par magie, une ravissante rousse rappelant la Vénus de Botticelli sort de la carapace.Partagés entre la crainte et le désir, l\u2019homme et la femme se livrent à une cour tout en gardant leurs distances.Minutieusement, le réalisateur illustre leur quotidien frugal, souvent en plans larges comme s\u2019il les observait discrètement, de son coup de crayons gracieux et précis.Envoûté par la musique de Laurent Perez Del Mar, hypnotisé par le rythme contemplatif, conquis par la finesse de l\u2019animation, l\u2019intérêt du spectateur demeure tandis que les années passent tout doucement et que les gestes des personnages ralentissent imperceptiblement.Évoquant à la fois le paradis terrestre, l\u2019Odyssée d\u2019Homère et Robinson Crusoé de Dafoe, ce film d\u2019animation sans paroles relate avec une désarmante simplicité, une délicate poésie et un subtil mélange d\u2019humour et d\u2019insolite le cycle de la vie.Un émouvant chef-d\u2019œuvre d\u2019une portée universelle.Collaboratrice Le Devoir Le tour de l\u2019île La tortue rouge allie magnifiquement simplicité, grâce et raffinement AZ FILMS D\u2019une rare beauté, La tortue rouge s\u2019attache au destin d\u2019un homme ayant échoué sur une île.GEBEKA FILMS «Le dessin est décalé, résilient et désuet, comme l\u2019univers de Louise», explique le cinéaste Jean-François Laguionie."]
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