Le devoir, 31 janvier 2017, Cahier A
[" ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR À Montréal (notre photo) comme à Québec et dans plusieurs villes de la province, les gens ont tenu des veillées en hommage aux victimes de l\u2019attentat meurtrier.V O L .C V I I I N o 1 9 L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S ?w w w .l e d e v o i r .c o m S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L e brouillard commence à se dissiper autour de l\u2019attentat de la grande mosquée de Québec.Il ne reste qu\u2019un seul suspect, Alexandre Bis- sonnette, 27 ans, originaire de Cap-Rouge, qui doit faire face à six accusations de meurtre prémédité et cinq pour tentatives d\u2019assassinat avec une arme à autorisation restreinte.Des accusations liées au terrorisme pourraient s\u2019ajouter.Une autre personne arrêtée dimanche soir a été relâchée lundi midi.Elle est maintenant considérée comme un simple témoin du drame.L\u2019identité des six victimes du Centre culturel islamique de Sainte-Foy est maintenant connue elle aussi.Elles avaient entre 39 et 60 ans.Azzedine Soufiane, propriétaire de la boucherie Assalam, était une figure bien connue de la communauté musulmane de Québec, de même que Kha- led Belkacemi, deux fois docteur, professeur titulaire de l\u2019Université Laval en sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation.Il y a aussi Aboubaker Thabti, pharmacien ; Abdel- krim Hassane, informaticien ; Mamadou Tanou Barr y ; comptable ; et Ibrahima Barry, agent de la RAMQ.Ces deux derniers étaient originaires de Guinée.Les autres Québécois assassinés avaient émigré du Maghreb.L\u2019attaque a aussi fait 19 blessés.Cinq d\u2019entre eux étaient encore dans un état considéré comme critique lundi soir.Seulement 39 autres personnes se trouvaient dans la grande mosquée au moment de la tragédie.Ce qui veut dire que plus du tiers des personnes présentes (25 au total sur 64) ont été atteintes par balle pendant le carnage.« La GRC continue son enquête, il y a des perquisitions qui sont en cours.On espère obtenir la preuve pour en arriver, plus tard, à des accusations par rapport aux articles de la section 83 [du Code criminel] sur le terrorisme et la sécurité nationale », a annoncé le service de police lors d\u2019un point de presse commun de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada tenu en début de soirée lundi.Au même moment, au palais de justice de Québec, les procureurs aux poursuites criminelles et pénales fonçaient vers la salle d\u2019audience 4.14, où Alexandre Bissonnette a comparu.Plusieurs curieux patientaient déjà depuis un bon moment dans le couloir, croisant les doigts afin d\u2019avoir Solidaires dans le drame Alexandre Bissonnette, 27 ans, fait face à six accusations de meurtre prémédité À L\u2019INTÉRIEUR \u203a Politiciens et citoyens unis dans le deuil.Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, celui du Québec, Philippe Couillard, et le maire de la ville de Québec, Régis Labeaume, tout comme les simples citoyens, ont tenu à rendre hommage aux victimes de l\u2019attentat.Page A 2 \u203a «Je ne me sens pas en sécurité.» La mosquée de l\u2019imam Mehmet Deger, à Dorval, a essuyé plusieurs attaques au ?l des ans, la dernière datant de septembre.Page A 3 \u203aPour qu\u2019ils ne soient pas morts en vain.L\u2019éditorial de Brian Myles.Page A 6 Avis légaux.B 4 Décès.B 6 Météo.B 2 Mots croisés.B 8 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 8 J E S S I C A N A D E A U I S A B E L L E P O R T E R à Québec D anielle Thivierge a poussé un cri de peine quand elle a vu des journalistes et des gens en larmes devant la boucherie Assalam sur le chemin Sainte-Foy.«Pas lui, je ne peux pas y croire ! » Avec les années, Azzedine Soufiane et sa famille avaient fait de leur épicerie un lieu qui nourrissait au sens propre comme au sens figuré.« Je n\u2019oublierai jamais la fois que je suis arrivée ici avec rien dans les poches.Il m\u2019a dit que personne ne sortait de son épicerie sans nourriture.Qu\u2019il me connaissait, que j\u2019allais aller faire mon souper et que je le paierais la prochaine fois.C\u2019était ça, la mentalité de ces Québécois-là.» M.Soufiane a même montré à Mme Thivierge quelques «petits mots » en arabe, et son épouse, des trucs pour réussir son couscous.«Je me trouvais privilégiée de faire partie de leur réseau.Parce que je me sentais accueillie comme si j\u2019étais l\u2019une des leurs.Ils ne faisaient pas de dif férence parce que j\u2019étais une \u201cvraie Québécoise\u201d.Ils m\u2019accueillaient, ils s\u2019informaient de moi.Je m\u2019informais d\u2019eux.Ce n\u2019était pas juste une boucherie halal ici, c\u2019était l\u2019humain.» Azzedine, Khaled, Mamadou et les autres JACQUES NADEAU LE DEVOIR Devant la boucherie Assalam, que tenait l\u2019une des victimes, Azzedine Soufiane, des clients pleurent la perte du marchand.Ce que l\u2019on sait Le suspect, Alexandre Bissonnette, 27 ans, fait face à 11 chefs d\u2019accusation, dont 6 de meurtre prémédité.Étudiant à l\u2019Université Laval, il vivait chez ses parents à Cap- Rouge et on ne lui connaissait pas d\u2019antécédents judiciaires.Six personnes ont perdu la vie et 19 autres ont été blessées.Lundi, cinq d\u2019entre elles se trouvaient toujours dans un état grave.Environ 65 personnes étaient présentes dans la mosquée au moment du drame.Le gouvernement du Québec considère la tuerie comme un acte terroriste.Des accusations formelles pourraient être déposées en ce sens par la Couronne.Encore sous le choc après l\u2019attentat de samedi soir dans la grande mosquée de Québec qui a fait 6 morts et 19 blessés, des citoyens du Québec de toutes origines et de toutes confessions se sont réunis dans plusieurs villes afin de manifester leur solidarité avec la communauté musulmane, cible d\u2019un tireur qui s\u2019est rendu à la police après avoir commis son horrible crime.VOIR PAGE A 8 : VICTIMES VOIR PAGE A 8 : DRAME Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 ATTENTAT A 2 I l n\u2019est jamais facile de comprendre les motivations profondes d\u2019un individu qui décide d\u2019assassiner ses semblables, mais on doit cer tainement s\u2019interroger sur les condit ions qui peuvent l\u2019encourager à commettre un acte aussi barbare que le massacre de la mosquée de Québec.François Legault, que le premier ministre Couillard avait accusé de « souf fler sur les braises de l\u2019intolérance », a raison de dire que de telles tragédies ne doivent pas nous faire renoncer à débattre des moyens de combattre l\u2019extrémisme, mais le discours politique qu\u2019on entend au Québec depuis dix ans a pour le moins manqué de nuance.Certes, l\u2019exemple xénophobe de Donald Tr ump risque d\u2019être contagieux, mais le « code de vie » d\u2019Hérouxville date de janvier 2007 et la boîte de Pandore ne s\u2019est jamais refermée depuis.Le débat sur la laïcité est tout à fait légitime, mais la crainte de l\u2019extrémisme islamique a eu pour ef fet de créer une confusion dont l \u2019ensemble de la communauté musulmane est devenue la victime.Une confusion qui a été trop souvent entretenue et exploitée à des fins politiques.Une triste coïncidence a voulu que le drame de Québec sur vienne à quelques jours du dixième anniversaire de la créat ion de la commission Bouchard-Tay- lor, qui visait précisément à empêcher pareils dérapages.Force est de reconnaître que nous avons collectivement échoué.La « vigoureuse prise de conscience » que la commission voulait provoquer au sein de la société n\u2019a pas eu lieu.La réponse polit ique n\u2019est pas venue non plus.Depuis la crise des accommodements raisonnables de 2006-2007, aucun gouvernement n\u2019a réussi à légiférer pour donner suite aux recommandations pourtant très modérées de son rapport.?On a sévèrement reproché au gouver nement Marois d\u2019avoir semé la division avec son projet de char te des valeurs.Après la défaite du PQ, ceux qui siégeaient à la table du Consei l des ministres s\u2019en sont désolidarisés les uns après les autres, mais quelqu\u2019un croit-il sérieusement que quelqu\u2019un aurait démissionné si elle avait été adoptée, comme l\u2019a prétendu Jean-François Lisée ?Il est vrai que le projet de Bernard Drainville ratissait beaucoup trop large, mais la plupar t des gens ne prêtent pas une grande attention aux détai ls d \u2019un projet de loi .C\u2019est surtout le ton du débat et les malheureux amal - games auxquels il peut donner lieu qu\u2019on retient.Durant les audiences en commission parlementaire, le président du Conseil musulman de Montréal, Salam El Menyawi, avait été moins choqué qu\u2019attristé par le témoignage de la famille Pi- neault-Caron, de retour d\u2019un voyage au Maroc, où elle avait été horrifiée de voir des hommes « prier à quatre pattes, à terre sur un petit tapis » et qui ne comprenait pas que le maire Coderre laisse « des al-Qaïda, des n\u2019impor te quoi » s\u2019installer à Montréal.« On a besoin d\u2019éduquer la population.C\u2019est triste parce que les gens qui ne connaissent rien à notre religion vont se fier à ces commentaires », avait dit le président.Alors que la commission Bouchard-Taylor proposait la création de programmes qui favoriseraient un rapprochement, le discours politique contribue trop souvent à un éloignement qu\u2019on déplore seulement quand il tourne à la tragédie.Jean-François Lisée n\u2019est pas un islamophobe, mais il a clairement voulu profiter de l\u2019islamophobie ambiante quand il a associé Alexandre Cloutier à Adil Charkaoui durant la course à la chef ferie du PQ.Il n\u2019a pas davantage contribué à alléger le climat en déclarant qu\u2019une burka pouvait cacher un AK-47.?Malgré l\u2019ampleur du drame de dimanche, le Québec a une remarquable tradition de tolérance.En raison de leur histoire et de leur environnement géopolitique, les Québécois sont néanmoins habités par une insécurité culturelle permanente.« Tant que plusieurs d\u2019entre eux éprouveront un vif sentiment d\u2019insécurité pour la survie de leur culture, ils seront moins sensibles aux problèmes des immigrants et des minorités ethniques », soulignait la commission Bouchard-Taylor, y voyant l\u2019origine de la crise qui avait entraîné sa création.Le premier ministre Couil- lard avait raison d\u2019insister sur l\u2019attention qu\u2019il faut porter au choix des mots, notamment dans le discours politique, mais le devoir de ceux qui gouvernent est aussi de conjurer dans toute la mesure du possible cette insécurité qui tenaille les Québécois.M.Couillard accuse ses adversaires d\u2019attiser l\u2019intolérance, mais que fait-il lui-même pour les rassurer.Qu\u2019il s\u2019agisse de langue, de laïcité ou d\u2019intégration des immigrants, son gouvernement donne toujours l\u2019impression de chercher à en faire le minimum.Même dans le projet de loi sur la neutralité religieuse de l\u2019État, on a trouvé le moyen de faire en sorte que la règle voulant que les ser vices publics soient livrés et reçus à visage découvert puisse être contournée.Ce laisser-faire est aussi une façon de souffler sur les braises.mdavid@ledevoir.com Les braises de l\u2019intolérance MICHEL DAVID En raison de leur histoire et de leur environnement géopolitique, les Québécois sont habités par une insécurité culturelle permanente JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le maire de Québec, Régis Labeaume, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ainsi que leurs conjointes respectives, Suzanne Pilote, Louise Vien et Sophie Grégoire, ont déposé des gerbes de fleurs près de la mosquée en hommage aux victimes.M A R C O B É L A I R - C I R I N O à Québec A près avoir été accablée de haine, la communauté musulmane de la ville de Québec a été inondée lundi soir de témoignages d\u2019af fection.En ef fet, des milliers de personnes ont pris part à la veillée aux chandelles tenue lundi soir à proximité du Centre culturel islamique de Québec, où six personnes sont mor tes « debout, en train de prier » sous les balles d\u2019un homme 24 heures plus tôt.Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, faisait partie du lot.D\u2019ailleurs, toute la classe politique canadienne faisait bloc der rière lui .« Nous n\u2019acceptons pas cette haine », a-t-il déclaré avant de réciter le nom des six victimes devant une foule nombreuse, mais parfaitement silencieuse.Seules des af - fiches, qui émergeaient à différents endroits de cette marée humaine, brisaient le silence.« Nous sommes toutes québécoises », pouvait-on lire sur l\u2019une d\u2019elles.Un froid mordant En dépit du « choc » causé par l\u2019attentat terroriste duquel elle ne s\u2019est pas encore relevée, Farida se disait lundi soir « très contente » de faire partie du « peuple québécois ».« On n\u2019est pas surpris que tout le Québec soit avec nous », a-t- elle affirmé au Devoir, tout en balayant du regard les mill iers de personnes ayant déambulé malgré un froid mordant dans les r ues du quar tier de Sainte-Foy pour témoigner de leur affection.La fusillade de dimanche soir a arraché la vie à six de ses « amis ».« Il y a des enfants qui ne savent pas encore qu\u2019ils ont perdu leur père », a-t-elle souligné dans un entretien impromptu avec Le Devoir.« [Cela dit], ça ne se reproduira plus », a conclu la Québécoise, qui avait « fui » son pays d\u2019origine, l\u2019Algérie, qui était gangrené par le terrorisme, pour gagner une terre paisible, le Québec.Réponse forte La ville de Québec a réussi à opposer une « réponse solidaire forte » à la haine, constatait avec satisfaction Marie Noël, accompagnée de ses deux enfants, Marguerite, cinq ans, et Cécile, quatre ans.« Une grande violence s\u2019est abattue sur la ville.Il faut dire \u201cnon\u201d à la violence » , leur avait-elle expliqué avant de les emmitoufler dans des vêtements chauds.La résidante du centre-ville de la capitale québécoise ose croire que l\u2019attaque de la mosquée « réveillera des gens » et les convaincra d\u2019« arrêter [de créer des] divisions dans la communauté ».Des coups polit iques comme l \u2019adoption d\u2019une charte des valeurs québécoises ou encore l\u2019assujettissement du burkini à un test des valeurs : « Il faut que ça cesse », a-t-elle lancé dans un échange avec Le Devoir.Non loin, trois étudiantes de l\u2019Université Laval brandissent des pancar tes \u2014 « L\u2019Islam déteste le terrorisme » , « Tous unis contre l\u2019islamo- phobie » \u2014 en bordure de la rue.Parmi elles, Stéphanie se disait choquée par la violence qui s\u2019est abattue sans avertissement dimanche soir sur la communauté musulmane.« Ça m\u2019a profondément touchée.Il faut crier haut et for t ce [lundi] soir notre amour à l\u2019égard de la communauté », a fait valoir l \u2019étudiante en études inter nationales et langues modernes.La ville de Québec a certes perdu « une par tie de son innocence » dimanche soir en étant la cible d\u2019un acte ter roriste.Grâce aux milliers de personnes de tous âges qui ont af flué vers la « grande mosquée de Québec », elle a retrouvé l\u2019« espoir en l\u2019humanité », est persuadée Stéphanie.Des personnes ont planté dans la neige des dizaines de bougies et de gerbes de fleurs entre l\u2019église Notre-Dame-de- Foy et la « grande mosquée de Québec », entourant un fleurdelisé au centre duquel « ouvert » avait été écrit au feutre rouge.Des cartes posées ici et là passaient du rouge ou bleu au gré des gyrophares des véhicules de police.Une passante a lu les inscriptions \u2014 « amour » , « solidarité » , « entraide » , « tolérance » , « empathie » \u2014 avant de regagner la foule les yeux embués de larmes.Le Devoir Un plein d\u2019affection après la haine Des milliers de personnes se sont réunies à Sainte-Foy en soutien à la communauté musulmane de la ville Grand rassemblement à Montréal Des milliers de personnes, dont une importante proportion était de confession musulmane, ont pris part lundi soir à Montréal à une cérémonie publique à la mémoire des victimes de l\u2019attaque meurtrière contre une mosquée de Québec.La foule rassemblée près de la station de métro Parc, dans le quartier Parc-Extension \u2014 l\u2019un des plus multiethniques de Montréal \u2014 a salué « l\u2019ouverture et le respect » du Québec en tant que terre d\u2019accueil pour des gens de toutes les origines.«Notre nation est forte, unie, indivisible », a lancé Haroun Bouazzi, du groupe Amal-Québec (Association des musulmans et Arabes pour la laïcité).Il a rappelé que des veillées aux chandelles ont eu lieu à Québec, Montréal, Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières.L\u2019événement a permis à des citoyens musulmans, dont des femmes portant le hidjab, de dénoncer le racisme qui frappe les minorités.Marco Fortier GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 DE QUEBEC A 3 L I S A - M A R I E G E R V A I S M A R C O F O R T I E R À genoux sur le douillet tapis de sa mosquée à Dor val, Mehmet Deger tient dans ses mains un bouquet de roses à moitié gelé qui gisait à la porte.À voix haute, il lit, touché, la petite carte qui l\u2019accompagne.«Nous sommes dévastés par un tel acte de brutalité, lit-il.Prenez ces roses comme un geste tout simple mais sincère exprimant notre compassion.C\u2019est signé : vos voisins de porte.» Entre deux appels \u2014 son téléphone cellulaire n\u2019arrête pas de sonner pour qu\u2019il commente les attentats de la mosquée à Québec \u2014, Mehmet Deger se dit triste et inquiet.Inquiet, car sa mosquée a été victime de nombreux crimes haineux depuis 2008, et diverses attaques \u2014 vandalisme, tirs de balles de plomb qui ont détruit sa voiture \u2014 ont été perpétrées et signalées à la police.Et elle est loin d\u2019être la seule.Selon un rapport du ministère québécois de la Sécurité publique réalisé en 2015, les crimes haineux figurent parmi les principales tendances de la criminalité.Ils étaient d\u2019ailleurs déjà en hausse depuis 2009 et de façon plus marquée au cours des trois dernières années.Entre 2009 et 2014, le nombre de crimes haineux a bondi de 176 à 257 au Québec.Les gestes motivés par la haine de la religion, notamment la religion musulmane, sont montrés du doigt pour la hausse des crimes haineux entre 2013 et 2014.Leur nombre a presque doublé durant cette seule année, en passant de 48 à 93.Les crimes contre l\u2019islam (dont le nombre est passé de 20 à 35) représentent la plus grande partie de cette hausse, suivis par les crimes contre la religion juive (de 12 à 23).Craintes ravivées À la mosquée Dorval, le dernier geste haineux date du 2 septembre dernier.Mehmet De- ger s\u2019en venait célébrer un mariage à sa mosquée\u2026 qui venait d\u2019être couverte d\u2019autocollants à l\u2019effigie de Forza Nuova, un parti politique italien d\u2019extrême droite.La police a révélé que ce geste hostile \u2014 les autocollants portaient une mention anti-islam \u2014 a été l\u2019œuvre de quatre jeunes cagoulés, et une enquête a été ouverte.« On pense qu\u2019il y a des organisations derrière ça», dit-il.Au moment de la visite du Devoir, deux policiers dans une autopatrouille assuraient d\u2019ailleurs une présence dans le stationnement.Mehmet Deger se dit qu\u2019il est peut-être le prochain visé.« Je ne me sens pas en sécurité.Pas du tout», laisse-t-il tomber.Hussein Nehme, qui s\u2019occupe des activités culturelles du Centre communautaire musulman de Montréal, s\u2019est dit sous le choc.« On est venus ici chercher la paix et la sécurité pour nos familles, et jamais quelque chose comme ça n\u2019était arrivé dans notre communauté.On n\u2019est pas habitués.C\u2019est très étrange pour nous, c\u2019est un choc.» Même sentiment de stupeur pour Haroun Bouazzi, coprésident de l\u2019Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec.«La violence est absolument effroyable, ahurissante », lance-t-il.Les saccages et l\u2019incendie d\u2019une mosquée à Sept-Îles, les balles de plomb sur une boucherie halal de Sherbrooke, les femmes qui se font invectiver et littéralement cracher dessus\u2026 «L\u2019extrême majorité des gens à qui j\u2019ai parlé [à Québec] n\u2019était pas étonnée.» L\u2019imam du Centre Al-Madinah, au centre-ville de Montréal, a aussi perçu que la tension a monté ces derniers temps.« Il y a eu Héroux- ville et [\u2026] depuis les dernières élections, on a commencé à observer de plus en plus d\u2019incidents [à l\u2019égard de la communauté] qui n\u2019étaient pas habituels au Québec», souligne Bilal Abdul Ka- der.Inquiet, il songe à profiter d\u2019un programme fédéral qui vient d\u2019être reconduit par le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, qui donne des subventions pour que les communautés à risque, susceptibles d\u2019être victimes de crimes haineux, se dotent d\u2019infrastructures de sécurité, comme des caméras vidéo.Acte non isolé Mohamed Ourya, enseignant à l\u2019École de politique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke, croit que cet acte n\u2019est pas isolé, qu\u2019il «n\u2019est pas tombé du ciel ».« Il s\u2019inscrit dans la montée du discours populiste et d\u2019extrême droite qui prend place et se développe lentement, notamment dans les réseaux sociaux», soutient le professeur qui est membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.«La banalisation des discours racistes peut légitimer le passage à l\u2019acte chez cer taines personnes », précise Maryse Potvin, sociologue et professeure au Département d\u2019éducation et formation spécialisées de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Le débat sur la charte des valeurs, lancé par le gouvernement Marois en 2013, a aussi été instru- mentalisé par des groupes racistes qui ont lancé leurs idées dans l\u2019espace public, rappelle Maryse Potvin.La montée des crimes haineux contre la religion est justement survenue au moment du débat sur la charte, précise la professeure.Pour contrer toute escalade de ces crimes, l\u2019imam Deger croit plus que jamais que des ponts doivent être établis.Sa communauté a déjà donné des conférences à la bibliothèque de Dorval et invité des écoles.D\u2019ailleurs, peste- t-il gentiment, les fleurs n\u2019auraient pas dû geler dehors, devant l\u2019entrée.« Nos portes sont toujours ouvertes.» Le Devoir La crainte ressurgit dans les mosquées Le nombre de crimes haineux a bondi ces dernières années au Québec J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U D es groupes d\u2019extrême droite se sont empressés de se distancier de l\u2019attentat de Québec dimanche soir.Pourquoi les regards se tournaient-ils vers eux, se sont-ils demandé ?Pour le moment, rien ne lie le suspect principal de l\u2019attentat à ces groupes.Pour Herman Okomba-Deparice, le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, il ne suffit pas que ces groupes se dissocient d\u2019actes violents pour masquer le fait que la violence germe aussi à partir de leurs discours.«La violence de l\u2019extrême droite s\u2019est située jusqu\u2019ici dans l\u2019espace du discours.Mais ces groupes ne contrôlent pas leurs membres.Le fait qu\u2019ils se dissocient d\u2019une action particulière ne change rien au fait qu\u2019ils charrient des messages de haine, des théories complotistes, un discours de rejet de l\u2019autre qui en appelle à la violence.» Sitôt connu l\u2019attentat contre une mosquée, le groupe Atalante Québec s\u2019est empressé de s\u2019en dissocier.Il a pour ce faire repris à son compte un message publié plus tôt par la Fédération des Québécois de souche, une autre organisation d\u2019extrême droite: «Alors qu\u2019ils hésitent si longuement avant de relier terrorisme et islamisme même lorsque les faits sont flagrants, les médias n\u2019hésitent pas, déjà, à faire des amalgames en associant ces actes à des organisations nationalistes.» Au lendemain de l\u2019attentat, Atalante Québec ajoutait sur sa page Facebook que le fait que le gouvernement et des institutions « placent au même niveau de dangerosité des organisations identitaires avec des groupes terroristes prônant le Jihad » avait conduit « certains membres de nos familles à croire que nos militants auraient pu être impliqués».Le directeur du Centre de prévention de la radicalisation soutient pourtant qu\u2019«il y a bien des raisons de se questionner» au sujet de ces militants.Fascisme Atalante Québec af fiche pour symbole un éclair stylisé semblable à celui des Schutzstaf- fel, les troupes du régime nazi vouées à ses plus basses œuvres.La British Union of Fascists l\u2019utilisait aussi à l\u2019époque où elle était une inspiration pour le leader fasciste canadien Adrien Arcand.Dans l\u2019histoire des groupes fascistes, ce symbole est un des plus connus, rappelle pour sa part la Gendarmerie royale du Canada dans son Guide de sensibilisation au terrorisme et à l\u2019extrémisme violent.Une vidéo en ligne du groupe Atalante Québec montre une trentaine de ses membres vêtus de noir défiler dans les rues de Québec en portant à bout de bras des drapeaux fleurdelisés.La fin de semaine du 21 janvier, Atalante Québec a tapissé de tracts les campus de Québec pour enjoindre aux étudiants de rejoindre « l\u2019alternative identitaire» au nom de leur devise: «Exister, c\u2019est combattre ce qui me nie».Le jour de l\u2019attentat, la Fédération des Québécois de souche saluait les récentes décisions du président américain, Donald Trump, en matière d\u2019immigration, au nom «des valeurs» et «des traditions » de l\u2019Occident.Pour sa part, le groupe de punk hardcore de Québec Légitime Violence a mis en ligne le soir de l\u2019attentat une chanson qui, sur la tonalité de la lutte identitaire aux accents fascistes, invite à s\u2019insurger contre ceux qui veulent «effacer tes racines».Pour Herman Okomba-Deparice, observer les dangers réels d\u2019une radicalisation islamiste ne doit pas conduire à éviter de considérer aussi le caractère corrosif et dangereux de gens situés dans la nébuleuse formée par des groupes comme Atalante Québec, Pegida Québec, La Meute, Table Rase ou encore la Fédération des Québécois de souche.« Tenir des conférences pour dire que l\u2019identité québécoise est en danger, que cela justifie une rupture du vivre ensemble et que le chômage s\u2019explique par l\u2019immigration, on s\u2019entend qu\u2019il ne faut pas être la tête à Papineau pour réaliser que c\u2019est un problème.» Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) évalue les risques pesant contre le Canada dans ses rapports annuels.Le plus récent, publié en mai 2015, affirme que «le terrorisme demeure la principale menace qui pèse sur la sécurité du Canada».Dans ce rapport, le terrorisme apparaît essentiellement lié à des groupes comme al- Qaïda, El Chabaab, Boko Haram ou encore le groupe armé État islamique.Un seul paragraphe du rapport fait mention des autres extrémismes présents au Canada.On y lit néanmoins que, « même s\u2019ils sont peu nombreux, les extrémistes motivés par une idéologie ou une cause politique au Canada sont capables d\u2019orchestrer des actes de violence graves.» Pour le SCRS, les milieux extrémistes de droite « semblent morcelés » et « constituent principalement une menace pour l\u2019ordre public plutôt que pour la sécurité nationale».Avec Hélène Buzzetti Le Devoir L\u2019extrême droite au centre de l\u2019attention Cette attaque terroriste frappe en plein cœur l\u2019une des libertés que nous chérissons le plus en tant que Canadiens : le droit de pratiquer sa religion et son culte sans crainte Rona Ambrose, chef intérimaire du Parti conservateur « » Les auteurs de tels actes cherchent à mettre à l\u2019épreuve notre détermination et à ébranler nos valeurs.Ils cherchent à nous diviser, à semer la discorde et la haine.Nous n\u2019allons pas fermer nos esprits.Nous allons ouvrir nos cœurs.Justin Trudeau, premier ministre du Canada « » ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019imam Mehmet Deger de la mosquée de Dorval.Au moment de la visite du Devoir, deux policiers dans une autopatrouille assuraient d\u2019ailleurs une présence dans le stationnement.Ces personnes ont été abattues pour une raison : elles exerçaient un droit fondamental, celui de se réunir dans un lieu de culte.Nous sommes tous touchés dans notre liberté.Jean-François Lisée, chef du Parti québécois « » Il est peut-être temps qu\u2019on se dise : au lieu de bâtir des murs, il faut bâtir des ponts.Le poids des mots est important.C\u2019est ça, aussi, qui met de l\u2019huile sur le feu.Denis Coderre, maire de Montréal « » La violence, cette violence meurtrière, est absolument injustifiable.Ce qui est important aujourd\u2019hui, c\u2019est la solidarité et l\u2019unité de tous les Québécois.François Legault, chef de la Coalition avenir Québec « » L I S A - M A R I E G E R V A I S « L es Arabes et les musulmans semblent plutôt être devenus les \u201cnouveaux Noirs\u201d du Canada.» Dans son récent ouvrage Se dire arabe au Canada, l\u2019historienne Houda Asal a eu cette for- mule-choc pour décrire le déclin de cette communauté d\u2019immigrants qui, à leur arrivée, n\u2019avaient pourtant pas vécu autant de discrimination que les Asiatiques ou les Noirs.« Cette formule me met un peu mal à l\u2019aise, ad- met-elle.L\u2019idée n\u2019est pas du tout de dire que tout le monde doit être blanchi, mais de dire qu\u2019il ne faut plus qu\u2019il y ait de minorités discriminées et racisées.» Les Italiens, eux, ont été discriminés, mais ont fini par acquérir le statut de Blancs.« Ce n\u2019est pas anodin qu\u2019ils soient rentrés dans la catégorie majoritaire.Mais pourquoi eux et pas les autres ?Pourquoi les Arabes, et sur tout les Noirs, encore aujourd\u2019hui, sont-ils dans une situation assez dif ficile ?», dit-elle, citant l\u2019ouvrage de David Austin Nègres noirs, nègres blancs, qui l\u2019a beaucoup inspirée.Pour répondre à ces questions, la chercheuse, qui a ef fectué son doctorat à l\u2019École des hautes études en sciences sociales en France, s\u2019est plongée dans les archives pour remonter aux origines de la présence arabe au Canada.« J\u2019ai découvert qu\u2019il avait très peu de données historiques sur les origines », dit-elle.Les recherches étaient d\u2019autant plus difficiles que bon nombre d\u2019Arabes changeaient leur prénom et leur patronyme pour des noms bien « canadiens ».C\u2019est ainsi que certains pionniers se renomment Alexander Hamilton James Peters ou Peter Baker, sur nommé l\u2019« Arctic Arab » par ses amis autochtones.Le premier Arabe Mais qui fut le tout premier Arabe au Canada ?Les Syriens qui arrivent ces mois-ci comme réfugiés seraient surpris d\u2019apprendre qu\u2019il était, comme eux, un Syrien.Il a débarqué à Montréal même, en 1882 (des sources parlent d\u2019un Arabe au Nouveau-Brunswick trois ans auparavant, mais l\u2019information n\u2019est pas officielle).Originaire de la Grande Syrie \u2014 plus précisément du Liban qui, à l\u2019époque, faisait partie de l\u2019Empire ottoman avec la Palestine et le sud de la Turquie \u2014, Ibrahim Bouna- dère était venu trouver du travail à Montréal après un court séjour à New York, ayant su qu\u2019on y parlait français.Ces pionniers avaient tous le même profil, rappelle Houda Asal.Analphabètes, arabophones, parlant rarement l\u2019anglais et le français et majoritairement chrétiens, de dif férents rites.Ils sont des colporteurs, soit des marchands allant de porte en porte.Le métier leur collait à ce point à la peau qu\u2019au tournant du XXe siècle, le mot pour désigner un colporteur était justement « syrien ».Et déjà à l\u2019époque, note Mme Asal, « l\u2019image du Syrien colporteur n\u2019est pas toujours positive».On pouvait les traiter de «black jews» et de «maudits Syriens».Qu\u2019à cela ne tienne.Ils continuent d\u2019exercer ce dif ficile métier nomade, où ils parcourent un territoire hostile, af frontent les hivers glaciaux.Certains d\u2019entre eux, parmi lesquels beaucoup d\u2019Arabes de confession musulmane, font une percée dans les prairies, jusqu\u2019aux Rocheuses.Au début du XXe siècle, Alexander Hamilton (Ali Abouchadi) s\u2019installe à Lac La Biche (Alber ta), apprend la langue crie et fait le commerce de fourrures.Des mariages mixtes, entre Arabes syriens et femmes autochtones, y sont célébrés et c\u2019est dans cette petite localité de 3000 âmes qu\u2019on trouve aujourd\u2019hui la plus grande proportion d\u2019Arabes de confession musulmane en Amérique du Nord.Une discrimination qui évolue Considérés comme plus « assimilables » que certains autres immigrants (et même que les autochtones), ils subissent néanmoins les mêmes discriminations que les Chinois, sur le plan légal.Des lois migratoires restrictives en vigueur au début du siècle obligent en ef fet les « Asiatiques » à payer 200 $ pour pouvoir entrer au pays et empêchent tout voyageur ayant transité par un autre pays d\u2019être admis au Canada.À Montréal, les immigrants d\u2019origine arabe ont également du mal à établir leurs églises chrétiennes or thodoxes, alors que leurs rites sont reconnus à Rome.Même si, dans la seconde moitié du XXe siècle, ils finissent par être exemptés des lois migratoires visant les Asiatiques, la situation des Arabes décline, ce qui fait dire à Houda Asal que « c\u2019est une des populations dont la situation s\u2019est le plus détériorée».Pourquoi ?L\u2019historienne émet des hypothèses.L\u2019étude approfondie des politiques migratoires montre que le Canada, y compris le Québec, a toujours tenté de sélectionner les immigrants.« L\u2019autre dimension impor tante est qu\u2019il y avait autrefois une vision orientaliste, héritée de l\u2019Europe.C\u2019est la vision Aladin, le voleur et le fourbe », explique-t-elle.Malgré le fait qu\u2019ils réussissaient bien économiquement, les Arabes étaient accusés d\u2019apporter des maladies contagieuses.Dans les années 1970, en plein conflit israélo- palestinien, se dire « arabe » est de plus hasardeux.Comme le Canada soutenait Israël, les Arabes se trouvaient en contradiction avec la terre d\u2019accueil qui était devenue la leur.Des tensions reportées Aujourd\u2019hui, les relations du Canada avec le Moyen-Orient, sa position dans le conflit syrien et l\u2019accueil qu\u2019il prodigue aux réfugiés viennent brouiller les cartes.Cela reporte sur les Arabes d\u2019origine vivant au pays des tensions qui existent à des kilomètres d\u2019eux.«Alors qu\u2019au début du siècle ils passaient plutôt inaperçus, ils sont devenus la menace intérieure première » , constate Mme Asal.Sans compter le triste amalgame qui est désormais fait entre «Arabe et musulman », et qui fait d\u2019eux l\u2019un des groupes les plus stigmatisés au pays.« Pour tant, au Canada, c\u2019est moitié-moitié.Moitié chrétiens, moitiés musulmans», souligne-t-elle.Le terme « musulman », qui selon elle devrait d\u2019ailleurs toujours être mis entre guillemets, ne fait que désigner une personne qui croit à une religion, l\u2019islam.« Le religieux devrait être un critère très personnel », suggère-t- elle.« Mais au bout d\u2019un moment, une religion devient presque comme une race, quelque chose qui vous colle à la peau, comme l\u2019identité juive.» Les médias y sont aussi pour beaucoup dans cette connotation négative du mot.Refusant elle-même de s\u2019autodéfinir \u2014 « identitairement, ça serait trop compliqué » \u2014, Mme Asal comprend maintenant mieux le long chemin qui a mené à l \u2019amalgame entre « Arabe » et « terroriste » et qui a conduit à l\u2019is- lamophobie.Et elle s\u2019inquiète.Car elle a constaté au fil de ses recherches que les Arabes eux-mêmes ne connaissaient pas bien leur histoire.« J\u2019ai peur qu\u2019il y ait une tendance à l\u2019autodénigrement, comme leur situation ne s\u2019améliore pas, voire s\u2019aggrave.» Il est donc plus facile de les amalgamer à des événements historiques qui les dépassent et auxquels ils sont associés, en partie les conflits sanglants et les attentats terroristes.« J\u2019insisterai beaucoup sur l\u2019importance de lire et de s\u2019informer, de discuter avec les gens et les communautés, soutient Houda Asal.Je me dis que ce n\u2019est pas très compliqué de demander à une personne ou un groupe comment il se définit.» Le Devoir INSCRIVEZ-VOUS \u2022 WWW.CORIM.QC.CA \u2022 514 340-9622 Thèmes abordés : Investissement Québec Mercredi 8 février 2017 de midi à 14 h Centre Mont-Royal 2200 rue Mans?eld, Montréal Avec l\u2019appui de : La prospection d\u2019investissements étrangers : le rôle catalyseur d\u2019Investissement Québec Aff aires L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 ATTENTAT A 4 Se dire arabe est, de nos jours, lourd de sens.Dans son dernier livre qui raconte 130 ans de présence arabe au Canada, l\u2019historienne Houda Asal constate que l\u2019image de cette communauté s\u2019est détériorée.Voici les «nouveaux Noirs» du Canada.Les Arabes, « nouveaux Noirs » du Canada PEDRO RUIZ LE DEVOIR Manifestation de la communauté libanaise à Montréal contre les bombardements israéliens à l\u2019endroit de leur pays d\u2019origine, en juillet 2006 1882 : Le premier Arabe à immigrer au Canada est originaire de Zahlé, dans la Grande Syrie (aujourd\u2019hui le Liban).1919 : La Syrian National Society of Canada, organisation non confessionnelle, voit le jour rue Saint-Denis au sud de l\u2019avenue du Mont-Royal.1938 : La mosquée Al Rashid est construite à Edmonton (Alberta), la première au Canada.1969 : Marie-Claude Tadros Giguère fonde le Comité Québec Palestine à l\u2019Université Laval.2011 : Pour parler des contributions des Canadiens d\u2019origine arabe, l\u2019Institut canado- arabe est mis sur pied.Avec un arbre, on peut faire des milliers, voire des millions d\u2019allumettes.Mais ça prend une seule allumette pour incendier toute une forêt.Et les mots sont aussi forts qu\u2019un arbre et aussi destructeurs qu\u2019un incendie.Il faut qu\u2019on fasse attention à ce qu\u2019on dit, parce que ça mène loin.Hassan Guillet, imam montréalais « » Je suis ici depuis 31 ans et j\u2019ai découvert il y a trois, quatre ans un discours que je n\u2019entendais pas dans les 27 années précédentes.[\u2026] On voit des gens qui, à tout bout de champ, s\u2019improvisent représentants de la communauté et qui disent des bêtises.On est horrifiés, parce qu\u2019ils ne nous représentent pas.Fathia Chandad, présidente de l\u2019Association marocaine de Québec « » Les mots nous manquent pour vous exprimer la douleur dans laquelle nous sommes.On a perdu des hommes, des gens qui ont commencé leur vie dans ce beau pays, dans cette belle ville.Boufedja Benhabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec « » I S A B E L L E P A R É M algré la recrudescence des crimes à caractère religieux commis à travers le monde, l\u2019attentat commis à Québec se distingue comme l\u2019un des plus meurtriers commis ces dernières années en Occident dans un lieu de culte, et l\u2019un des rares à avoir fait des victimes de confession musulmane.« Même si on rapporte des incidents de vandalisme, sur tout des incendies criminels visant des mosquées au Canada et aux États- Unis, il s\u2019agit de la seule fusillade de ce genre rapportée dans un lieu de culte musulman », a indiqué lundi au Devoir Erin Miller, directrice de programme du Global Terrorism Database (GTD) de l\u2019Université du Maryland.Selon cette base de données mondiales, seulement trois autres attaques terroristes mor telles ont visé des groupes religieux dans des lieux de culte en Amérique du Nord entre 2010 et 2015.La plus meur trière demeure la tristement célèbre perpétrée en 2015 par le suprémaciste blanc Dylann Roof, condamné à mort le 10 janvier dernier pour le meurtre de 9 personnes de race noire, à l\u2019église Emanuel African Methodist Episcopal de Charleston en Caroline du Nord.Le deuxième attentat, aussi le fait d\u2019un groupe suprémaciste, a coûté la v ie en juin 2012 à six fidèles du temple sikh de Oak Creek au Wisconsin.Enfin, en avril 2014, un assaillant a ouver t le feu dans un Centre communautaire Juif à Kansas City, faisant quatre morts et tuant une cinquième victime dans une résidence pour personnes âgées.Actes à caractère raciste plus que reli - gieux, ces attentats sauvages, comme celui perpétré à la mosquée de Québec, sont considérés comme des actes terroristes à part entière.Ils ne sont pas commis au nom d\u2019une religion, comme c\u2019est le cas des attentats djihadistes, mais au nom d\u2019une idéologie, af firme Erin Miller.« Dans les lieux de culte, divers motifs s\u2019entremêlent au racisme.À Oak Creek, les suprémacistes ne visaient même pas la religion sikhe, ils ne savaient même pas qu\u2019ils n\u2019étaient pas musulmans.Ils visaient des gens d\u2019une autre race.» Cela dit, Erin Miller rappelle que ces actes haineux, dirigés plus souvent contre des biens que des personnes, demeurent rares, tant au Canada qu\u2019aux États-Unis.Entre 2010 et 2015, la banque de GTD rap- por te 29 incidents ter roristes ciblant diverses religions \u2014 surtout des églises chrétiennes \u2014, et une seule au Canada, visant la mosquée Al-Salaam à Peterborough.En septembre 2016, une mosquée de Toronto a également été la cible d\u2019un incendie, et aux lendemains des attentats du 11-Septembre, un temple hindou avait été incendié à Hamilton.L\u2019Europe plus touchée En Europe, 64 attentats à caractère religieux ont été recensés entre 2010 et 2015, dont six ayant causé des blessés ou des morts (incluant des refuges pour immigrants incendiés).Le plus récent a frappé en juillet 2016 l\u2019église de Saint-Étienne-du-Rouvray et tué le père Jacques Hamel, égorgé par deux islamistes.L\u2019un des plus cruels reste celui mené en 2012 par Mohammed Merah, qui a tué à bout portant un rabbin et trois enfants à l\u2019école juive Ozar Hatorah de Toulouse, ainsi que trois militaires.En mai 2014, un autre attentat faisait quatre morts au Musée juif de Bruxelles.Dans la foulée de ces attentats djihadistes commis en France, puis en Belgique en 2016, plusieurs mosquées ont été frappées par des bombes incendiaires, des voitures-béliers ou des tirs.Depuis, 1000 mosquées sur 2500 ont été placées sous haute surveillance, ainsi que 700 synagogues et écoles juives.Malgré toutes ces attaques, Erin Miller souligne que les attentats à caractère religieux sont autrement plus meur triers au Moyen-Orient et en Afrique, où l\u2019on a dénombré respectivement 649 et 318 attentats suicide ou explosions à la voiture piégée contre des temples ayant causé des morts et des blessés.Ailleurs dans le monde Le dernier rapport de la United States Commission on International Religious Freedom (USCIRF) conclut d\u2019ailleurs en 2015 à une recrudescence des crimes à l\u2019égard de minorités religieuses dans le monde.Des violences qui sont de plus en plus le fait de groupes indépendants, de «vigiles», comme Boko Haram et Al-Shabaab en Afrique.Des 65 millions de personnes déplacées ces dernières années en raison de persécution et de génocides, «plusieurs l\u2019ont été en raison de leur religion», conclut la USCIRF.Crimes haineux au Canada Au Canada, les crimes haineux commis contre des minorités religieuses (326) ont chuté de 17 % entre 2012 et 2013, selon les plus récentes données de Statistique Canada.On note toutefois une hausse de ceux visant les personnes de confession musulmane.Passés de 45 à 65, les incidents visant des musulmans se sont faits plus violents (voies de fait, menaces de mort, harcèlement), note l\u2019agence fédérale.Les crimes de nature religieuse perpétrés contre des femmes visent aussi des musulmanes dans 47 % des cas.Même si les crimes à caractère religieux (rapportés à la police) semblent en baisse, ils seraient en légère augmentation au Québec.Le taux de crimes haineux (2,2 par 100 000 habitants) y demeure malgré tout deux fois moins élevé qu\u2019en Ontario (4,5).Somme toute, les personnes de confession juive sont le plus souvent victimes de crimes haineux, avec 181 incidents en 2013, soit plus de la moitié de ce type de crimes.Pour replacer tous ces chiffres en perspective, il faut rappeler que la moitié des crimes haineux (585) sont perpétrés d\u2019abord pour des raisons raciales et visent, dans 44 % des cas, des personnes de race noire.Le Devoir L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 DE QUEBEC A 5 JIM WATSON AGENCE FRANCE-PRESSE Le suprémaciste blanc Dylann Roof a été condamné à mort le 10 janvier dernier pour le meurtre de neuf personnes de race noire à l\u2019église Emanuel African Methodist Episcopal de Charleston, en Caroline du Nord.Une rare attaque dans un lieu de culte Les crimes haineux demeurent rares au Canada et en Amérique P H I L I P P E P A P I N E A U «L es mots prononcés, les mots écrits aussi, ne sont pas anodins, à nous de les formuler, de les choisir», a déclaré lundi après-midi le premier ministre Philippe Couillard au lendemain du drame qui a frappé la ville de Québec.Des paroles qui auront eu un écho dans le travail des journalistes, des politiciens et des commentateurs.La recherche d\u2019explications \u2014 ou parfois, en filigrane, de coupables \u2014 aura été au cœur des discussions et des analyses dans les médias.Qu\u2019est-ce qui a pu pousser le suspect principal à agir, arme à la main?Dans un point de presse tenu en matinée avec M.Couillard et le maire Régis Labeaume, M.Mohamed Ali Saïdane, un membre de la communauté musulmane de Québec, a parlé d\u2019une «ambiance sournoise » portée par les débats identitaires, par « cer taines forces politiques » ainsi que par des médias privés, dont « les radios-poubelles », où des propos xénophobes seraient selon lui banalisés.Au fil de la journée, les animateurs des radios de la capitale ont joué de prudence.À CHOI Ra- dio-X, Dominic Maurais en appelait au calme, espérant que «les gens de bonne volonté s\u2019assoient et se parlent».«On garde le calme, il va y avoir une enquête, a-t-il dit aux aurores.Cela dit, l\u2019enquête, ce n\u2019est pas nous qui allons la faire.Pis je veux que les personnes ciblées fassent face à la musique de la manière la plus féroce qu\u2019il puisse être.» Dans la journée, au même poste, Richard Mar- tineau et son coanimateur Jonathan Trudeau ont discuté de la complexité de débattre de ce qui entoure l\u2019islamisme radical.«On va continuer de critiquer d\u2019un bord comme de l\u2019autre, mais c\u2019est sûr que ça va être difficile», a exprimé M.Martineau.L\u2019animateur Jeff Fillion était exceptionnellement absent lundi.Au FM 93, Éric Duhaime et Bernard Drainville avançaient à tâtons avec les informations qui évoluaient.«On essaie de vous informer, a dit M.Du- haime, mais on ne veut pas vous donner de la mauvaise information, ça tombe au compte-gouttes.» Quant à André Ar thur sur les ondes de BLVD 102,1, il a insisté : «Y a rien à dire, on ne sait rien.» Arthur s\u2019est aussi demandé «qui serait le premier à mettre ça sur le dos de la radio », critiquant du même souffle le travail de François Bourque, du Soleil, qui citait des commentaires en ce sens dans un texte publié en fin de soirée dimanche.Plusieurs animateurs de différentes stations ont aussi réagi aux propos de l\u2019ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, qui a affirmé sur RDI que certains animateurs de radio de la région de Québec auront «du sang sur les mains».M.Ju- neau-Katsuya ne s\u2019est pas défilé, acceptant d\u2019en discuter en ondes avec les principaux intéressés.Quelques erreurs Sur les réseaux sociaux, des téléspectateurs ont par ailleurs critiqué le travail de Radio-Ca- nada, qui n\u2019a pas indiqué aux auditeurs d\u2019ICI Télé qu\u2019un événement majeur se déroulait dimanche en soirée.Marc Pichette, directeur des relations publiques du diffuseur public, a reconnu «qu\u2019une bande défilante pendant Tout le monde en parle aurait été appropriée», même si les autres plate- formes couvraient les événements.D\u2019autres voix, dont celle de John Doyle du Globe and Mail, ont aussi souligné la lenteur avec laquelle CBC et CTV ont réagi dans leurs bulletins télévisés.Du côté du diffuseur public anglophone, Chuck Thompson, des relations publiques, a expliqué que CBC «s\u2019est déployé le plus rapidement possible étant donné les ressources disponibles».Selon M.Thompson, le bulletin The National a parlé de la tuerie à 21h48, puis des mises à jour ont été faites dans les éditions suivantes.À TVA, cette fois, des propos tenus par le chef d\u2019antenne Pierre Bruneau ont aussi choqué.M.Bruneau a affirmé : «On aurait pu imaginer [\u2026] qu\u2019une communauté musulmane ou qu\u2019un groupe extrémiste musulman commette un geste, mais que nous, que quelqu\u2019un d\u2019une autre communauté attaque les musulmans, c\u2019est un terrorisme à l\u2019envers si vous me permettez l\u2019expression.» En soirée lundi, il s\u2019excusait de la « formulation malhabile », précisant qu\u2019il n\u2019était « aucunement dans [son] intention de faire quelque amalgame que ce soit entre le terrorisme et la communauté musulmane».Facebook, le diffuseur Par ailleurs, le premier ministre Couillard a annoncé lundi qu\u2019il désirait parler aux Québécois en direct en utilisant la plateforme vidéo de Facebook.Prévue à 14 h, la vidéo se sera fait attendre plusieurs minutes, et le politicien a plutôt mis en ligne une capsule précédemment filmée.Du côté d\u2019ICI Québec, toutefois, on a pour une première fois diffusé via l\u2019outil Facebook Live le signal de RDI, permettant à tout le monde de s\u2019informer, abonnés au câble ou pas.Le Devoir MÉDIAS Le choix des mots De suspect à témoin De nombreux médias, locaux comme internationaux, ont rapidement dévoilé le nom de ceux qu\u2019on pensait être les deux coupables de la tuerie.Plusieurs heures plus tard, vers 12h30, la Sûreté du Québec a toutefois précisé qu\u2019un seul de ces hommes, Alexandre Bisson- nette, était impliqué dans l\u2019événement.Le nom de Mohamed Belkhadir a donc circulé à tort.L\u2019étudiant d\u2019origine marocaine a aussi été interpellé par la police.«Je respecte qu\u2019ils m\u2019ont attrapé.Ils m\u2019ont vu fuir, ils ont pensé que j\u2019étais suspect, c\u2019est normal.Pour eux, quelqu\u2019un qui fuit, c\u2019est un suspect», a-t-il expliqué à La Presse.Qu\u2019est-ce que le terrorisme ?Selon la Global Terrorism Database (GTD), un «acte terroriste» inclut tout geste violent intentionnel, perpétré par un individu ou un groupe, à l\u2019encontre de personnes ou de biens, pour des raisons politiques, religieuses ou sociales.L\u2019acte doit viser à intimider un groupe plus large que les seules victimes, et exclut les gestes relevant de la «guerre traditionnelle».Décembre 2016 Incendie criminel au Centre culturel musulman de Sept-Îles.Le bâtiment a aussi été vandalisé en octobre 2016 et en 2014.Novembre 2016 Incendie criminel à la mosquée Noor Al Islam de Montréal-Nord.Juin 2016 Une tête de porc, emballée dans un sac de plastique, est abandonnée devant la porte du bâtiment abritant le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) et la Grande Mosquée de Québec (où a eu lieu l\u2019attentat de dimanche soir).Novembre 2014 Des slogans anti-islam sont inscrits sur les murs du CCIQ.Avril 2014 Les pare-brise de trois voitures appartenant à des fidèles de la mosquée Madani, dans le nord de Montréal, sont fracassés pendant la prière.Août 2013 Du sang de porc est répandu sur la façade de la mosquée de Saguenay.Septembre 2011 Des graffitis, dont un proclamant « Fuck les Arabes », sont trouvés sur des murs de la Grande Mosquée de Québec.2008 Fenêtres brisées, taches de peinture : la mosquée Makkah al-Mukarramah, située à Pierrefonds, subit trois actes de vandalisme.Des mosquées du Québec victimes de la criminalité CHARLY TRIBALLEAU AGENCE FRANCE-PRESSE Le père Jacques Hamel a été égorgé dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray en juillet 2016. one is too many [Aucun, c\u2019est encore trop].» Cette phrase lancée par un agent d\u2019immigration au début de 1939 en réponse à une question sur le nombre de Juifs que le Canada accueillerait après la guerre re?était l\u2019état d\u2019esprit qui prévalait au pays et qui a mené à l\u2019un des plus tristes épisodes de cette période de notre histoire.En mai 1939, environ 900 Juifs tentaient de fuir l\u2019Allemagne nazie à bord du navire MS St.Louis.En vain.Ils se sont vu refuser l\u2019entrée à Cuba, aux États- Unis, puis au Canada.Plusieurs sont ensuite morts dans les camps.Vendredi dernier, jour de commémoration de l\u2019Holocauste, le président américain Donald Trump a pour sa part émis sa fameuse directive qui fait davantage qu\u2019interdire pour 90 jours ou plus l\u2019entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays majoritairement musulmans.(D\u2019autres pourraient s\u2019ajouter à la liste.) M.Trump a aussi suspendu l\u2019accueil de tous les réfugiés, toutes origines confondues, pour une période de quatre mois.Dans le cas des Syriens, cette suspension est de durée indéterminée.Les Syriens traversent la pire crise humanitaire « de notre temps », déclarait le Haut-commissariat des Nations pour les réfugiés en mars dernier.Face à elle, le président américain adopte une attitude que n\u2019aurait pas dédaignée cet agent d\u2019immigration.Ce n\u2019est pas pour rien que cette directive a été condamnée à travers le monde.Le Canada, soucieux de ne pas braquer le bouillant président, a réagi en évitant d\u2019attaquer directement la directive.Le gouvernement a préféré lui opposer un message positif, que les ministres ont repris l\u2019un après l\u2019autre lundi.Pour sa part, le premier ministre Justin Trudeau a rapidement réagi en souhaitant la bienvenue au Canada.« À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi », a-t-il écrit dans un tweet très remarqué.Ce message, bien que clair, ne suf?t pas.Il faut agir et le faire avec fermeté.Si les Américains invoquent leur souveraineté pour refuser l\u2019entrée de certaines personnes sur leur territoire, le Canada peut en faire autant pour ouvrir ses portes.Actuellement, l\u2019Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs oblige un réfugié à faire une demande d\u2019asile dans le premier des deux pays dont il foule le sol.Dimanche, le ministre de l\u2019Immigration, Ahmed Hussen, a dit que l\u2019entente restait en place « pour le moment », mais la directive présidentielle contredit toute notion de pays sûr pour les demandeurs d\u2019asile actuellement aux États-Unis.Par conséquent, le Canada doit, comme le lui demande Amnistie internationale, suspendre cette entente tant et aussi longtemps que la situation perdurera au sud de la frontière.L\u2019attentat terroriste commis contre une mosquée de Sainte-Foy ne doit pas faire dévier le Québec de sa trajectoire inclusive.ués parce qu\u2019ils étaient musulmans.Peu de doutes planent sur les motivations d\u2019Alexandre Bissonnette, 27 ans, auteur présumé du carnage au Centre culturel islamique de Québec, situé dans l\u2019arrondissement paisible et sans histoire de Sainte-Foy.La cible : une mosquée.Les victimes : six musulmans sans défense fauchés de dos.Les paroles prêtées au tireur : une farce monstrueuse sur la grandeur d\u2019Allah.Le Québec tout entier s\u2019est réveillé lundi avec une claque en plein visage.Un attentat terroriste, un crime haineux, lâche et islamophobe vient d\u2019être commis en son sein.Notre société paci?que et inclusive comporte sa frange d\u2019écervelés comme n\u2019importe où ailleurs.On les croyait naïvement relégués à la périphérie du débat public, et surtout non armés.Tel un Dylan Roof, ce suprémaciste blanc qui a tué neuf noirs dans une église de Charleston, en Caroline du Sud, Alexandre Bissonnette aurait visé un groupe pour sa singularité, transformant un sanctuaire en un tombeau.Son geste est aussi islamophobe que celui de Marc Lépine était misogyne.Il faut commencer par se l\u2019avouer, collectivement, a?n de tirer des leçons de la tragédie.?Les informations qui émergent au sujet d\u2019Alexandre Bissonnette sont encore parcellaires.Une juxtaposition de mots nous fournissent une vague impression de son pro?l psychologique.Victime d\u2019intimidation.Antisocial.Troll.Arrogant.Antiféministe.Timide.Il n\u2019y en a pas assez pour esquisser le portrait-robot d\u2019un tueur.Seul le procès à venir permettra de discerner ce qui relève de la folie passagère et de la haine viscérale à l\u2019égard de la différence.Son action s\u2019inscrit-elle dans la mouvance des groupes supréma- cistes blancs?A-t-il été entraîné par un «agent de radicalisation»?S\u2019est-il radicalisé de lui-même?A-t-il pris au pied de la lettre le programme politique des partis d\u2019extrême droite?La vélocité caractéristique des modes de production de l\u2019information à l\u2019ère du numérique entraîne son lot de réponses tronquées à des questions posées à la hâte.À preuve, un dénommé Mohamed Belkhadir a été identi?é comme un complice et un suspect dans de nombreux médias, y compris Le Devoir, alors qu\u2019il n\u2019a ?nalement rien à voir avec cette sordide histoire.Il portait secours aux victimes.Il faudra des semaines et des mois de débats a?n de cerner la pensée de Bissonnette, la toile de ses in?uences et ce qu\u2019elles nous révèlent sur l\u2019état de santé de notre «vivre-ensemble ».Cet attentat ne prouve pas l\u2019existence d\u2019un racisme et d\u2019une isla- mophobie systémiques au Québec, une société qui véhicule un message global d\u2019entraide, de solidarité, d\u2019accueil et d\u2019ouverture comme l\u2019ont prouvé lundi les leaders politiques.Cette société a aussi ses parts d\u2019ombre qu\u2019il faut avoir le courage de confronter dans les épisodes déchirants de notre histoire collective.Les craintes ressenties par les musulmans sur leur sécurité, l\u2019intolérance et la discrimination dont ils se disent parfois victimes ne disparaîtront pas d\u2019elles- mêmes parce qu\u2019elles sont banalisées ou ignorées.Ils s\u2019appelaient Azzedine Sou?ane, Khaled Belkacemi, Karim Hassan, Aboubaker Thabti, Mamadou Tanou Barry, Ibrahim Barry.Pour qu\u2019ils ne soient pas morts en vain, il est de notre responsabilité d\u2019ouvrir des dialogues et de renforcer l\u2019inaliénable caractère inclusif du Québec.L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Les responsables Horreur en ce 29 janvier 2017 dans une mosquée de Sainte-Foy.Nous sommes tous des humains et nous devons notre solidarité aux victimes.Après l\u2019indignation et la tristesse, nous cherchons les causes et les responsables.Qui sont- i ls ?Cer tains parleront de Trump, des radios d\u2019opinion, des partisans de la laïcité, etc.Nous sommes des millions de personnes au Québec (et ailleurs) « exposées » à différentes opinions, mais la vaste majorité d\u2019entre nous (peu importe l\u2019origine) ne pensent même pas à commettre de tels gestes.Les responsables de ces gestes sont les individus qui les ont commis.Personne d\u2019autre.Aucun individu ni aucune idéologie ne les ont forcés à agir ainsi.Insister pour trouver des raisons extérieures à de telles actions équivaut à trouver des « excuses » à ces criminels, et cela nous fait tomber dans le piège des amalgames.Évitons les amalgames et les généralisations, que ce soit d\u2019un côté ou de l\u2019autre, sinon, nous ne nous en sortirons pas.Demeurons humains et solidaires.David Doyon Québec, le 29 janvier 2017 L I B R E O P I N I O N M O H A M M E D Z A A R I J A B I R I Médecin résident en psychiatrie, à l\u2019Université Laval Q uelques secondes ont suffi pour enlever la vie à des êtres humains et semer la peur au sein de notre Québec.Quelques secondes ont provoqué la panique non seulement chez la communauté musulmane, mais chez les Québécois en général, non habitués à ce genre d\u2019événe- ments, un événement étranger à nos valeurs de tolérance et de démocratie.Je ne peux imaginer le choc psychologique que peuvent avoir vécu ces gens dans cette mosquée ou leur famille après ce drame, moi le médecin résident en psychiatrie de confession musulmane.J\u2019ai fréquenté cette mosquée, je connais ses administrateurs et les personnes qui y travaillent.Je peux témoigner du message de paix et d\u2019amour que ce lieu et ces personnes dégageaient.Leur seul tort est de s\u2019être sentis assez en sécurité au Québec pour sortir en plein soir faire leur prière.Depuis quelque temps, on assiste tristement à une succession d\u2019événements à travers le monde qui ciblent les musulmans.Malheureusement, le fanatisme se nourrit de nos politiques erronées, de politiciens qui nourrissent et alimentent la terreur et les terroristes des deux côtés.La haine, sans gêne On a été témoin du fanatisme idéologique qui mène à de la violence.On assiste passivement à des mouvements d\u2019extrême droite en pleine montée dans notre Québec.Des mouvements qui affichent clairement et sans gêne leur haine face à cette communauté québécoise.Côté médias, on a senti l\u2019hésitation à nommer cet événement comme un attentat terroriste.Cette hésitation à nommer les choses par leur nom me fait aussi peur que cet attentat.Car les médias ont tous un rôle à jouer pour maintenir la paix sociale, ce qui n\u2019a pas été le cas pour ce drame.Le Québec a toujours été une terre d\u2019accueil et de tolérance.Après cet événement, permettez-moi de remettre en question cette notion.Je suis triste, mais aussi en colère.Je pleure des larmes de sang qui coulent à l\u2019intérieur de moi, mais je ne laisserai pas la peur me dicter mes actions ni guider mes réactions.Tous, en tant que Québécois, nous devons nous ranger en un seul front contre la montée de n\u2019importe quel fanatisme idéologique.Nous nous le devons à nous- mêmes.Ce qui réconforte mon cœur c\u2019est de voir le nombre de messages reçus d\u2019amis québécois exprimant leur soutien et leur solidarité.Notre Québec ne peut céder à des personnes guidées par l\u2019ignorance et la haine de l\u2019autre.Paix Les musulmans du Québec, comme les autres minorités, ne cherchent qu\u2019à vivre en paix, en acceptation de l\u2019autre, quelle que soit leur appartenance, mais surtout participer à l\u2019épanouissement de notre société pour que nos enfants puissent grandir en sécurité.Je crie un message de paix, d\u2019amour et de tolérance, car c\u2019est la seule façon à mon av is de contrer la ha ine et l\u2019ignorance.Mon cœur est avec les familles de ceux qui sont tombés sous les balles dans cette mosquée.Paix à leurs âmes\u2026 ATTENTAT DE QUÉBEC Silence, on tue FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Je pleure avec vous Cette nuit, je pleure avec vous sur les victimes d\u2019un terrible attentat contre de pacifiques citoyens musulmans de votre ville, notre capitale nationale, des familles qui s\u2019étaient réunies pour prier le ciel dans leur mosquée de Sainte-Foy.Tout cela en pleine fête des neiges, au moment où la cité de Champlain s\u2019apprête à accueillir ses admirateurs pour son célèbre Carnaval d\u2019hiver.Une grande tristesse m\u2019envahit devant autant d\u2019intolérance et de mépris de nos libertés fondamentales, nous un peuple si généreux et toujours prêt donner sa chemise.Je pleure avec les familles meurtries par tant de méchanceté, une méchanceté qui puise sans doute dans le creuset de violence chauf fé par un président états-unien malvenu et inconscient.Cette nuit, je suis musulman et citoyen de Québec, ville éternelle.Michel Lessard, historien Lévis, le 30 janvier 2017 New York ou Québec?Jean-Benoît Nadeau fait ressortir l\u2019intérêt d\u2019ouvrir un «cégep à New York».Ce serait à terme intéressant d\u2019assurer une présence cégépienne dans la Grosse Pomme.Je trouverais cependant, et pour l\u2019immédiat, plus important que les étudiantes et étudiants québécois fréquentent massivement, ici au Québec, un cégep francophone.Notre « ouverture » légendaire et notre curieux respect inconditionnel de la diversité permettent toujours à nombre de jeunes, francophones et allophones, de fréquenter un cégep anglophone.Comme si, à 17 ou 18 ans, c\u2019était mieux d\u2019aller se frotter aux monuments de la culture anglo-saxonne plutôt que de s\u2019immerger dans les romans, les drames, et dans toutes les autres formes d\u2019art, de la culture québécoise ou franco-européenne.Je crois que M.Nadeau a déjà rappelé l\u2019importance de la formation cégépienne en français au Québec.Son texte d\u2019au- jourd\u2019hui pourrait lui fournir une belle occasion de revenir sur ce point.Et, s\u2019il est vrai qu\u2019un rayonnement international favoriserait le respect de la francophonie all over the world, il faudrait peut-être commencer par assurer la vitalité du français chez les jeunes de notre propre pays du Québec.Normand Breault Le 30 janvier 2017 Que le vrai Trump se lève Le président américain, Donald Trump, a dit tout récemment en conférence de presse qu\u2019il aimait le Mexique et les Mexicains.Pourtant, son discours était tout autre avant.En effet, pour lui, les Mexicains étaient des violeurs, des criminels et des trafiquants de drogue.Le vrai Trump devrait se lever et l\u2019autre se rasseoir ! Sylvio Le Blanc Montréal, le 28 janvier 2017 ATTENTAT DE QUÉBEC Pour qu\u2019ils ne soient pas morts en vain L\u2019IMMIGRATION SOUS TRUMP Une réponse s\u2019impose T MANON CORNELLIER BRIAN MYLES N « L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Guy Taillefer (éditorialiste, responsable de la page Idées), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).L es médias sont le miroir d\u2019une société.Les mutations numériques le font éclater.C\u2019est le constat du rappor t Le miroir éclaté réalisé par un groupe d\u2019experts réunis par le Forum des politiques publiques.On y dresse un état de l\u2019industrie des médias d\u2019information en tant que rouage de notre démocratie.On y trouve des pistes afin d\u2019inverser les tendances mettant à mal la démocratie.On y rappelle que les médias tels qu\u2019ils se sont constitués au XXe siècle sont de moins en moins visibles.Évacués de pans entiers de l\u2019activité publicitaire, ils ont perdu ce qui était à la base de leur viabilité financière.Le schéma classique selon lequel les médias proposent au marché publicitaire les auditoires qu\u2019ils constituent en offrant jour après jour des reportages fouillés, des analyses originales et des nouvelles mises en contexte est de moins en moins viable.Par exemple, le marché des petites annonces, jadis l\u2019un des poumons des journaux canadiens, a déserté les médias pour migrer vers des sites en ligne.L\u2019attention génère la valeur Dès 2014, rappelle le rapport, Donald Trump qualifiait ainsi la possession d\u2019un compte Twitter: «C\u2019est comme si on possède le New York Times, sans les pertes».L\u2019environnement numérique a fait éclater le modèle économique des médias.Ceux-ci ne sont plus les seuls capables de proposer des auditoires aux annonceurs.Il est dorénavant possible de constituer des auditoires sans leur proposer des contenus fouillés.Les médias demeurent pratiquement seuls à proposer de l\u2019information validée, coûteuse à produire.Ce n\u2019est plus tant la capacité d\u2019intéresser des auditoires qui est génératrice de valeur, mais plutôt la capacité d\u2019attirer l\u2019attention.Dans une telle dynamique, la vérité du propos ou la qualité des démarches dont il émane sont secondaires.L\u2019univers médiatique issu de ces mutations met à risque la démocratie elle-même.Cela engendre un environnement «dans lequel les sources d\u2019opinions se multiplient mais les sources de faits sur lesquelles ces opinions sont basées se raréfient».Or, produire de l\u2019information validée, fondée sur les faits, coûte cher, plus cher que de simplement lancer une boutade à partir de ce qu\u2019on ressent ou qui émoustille.L\u2019univers numérique a certes changé les conditions dans lesquelles se produit et se consomme l\u2019information, mais le rapport rappelle que «l\u2019information est aussi vitale pour la démocratie que l\u2019air pur, les rues sécuritaires, les bonnes écoles et la santé publique».Il ne suffit pas de constater les mutations que le numérique fait subir à la production d\u2019information essentielle au processus démocratique.Il faut agir pour rétablir les équilibres.Si on s\u2019en tient à une attitude de laisser-faire, accordant libre cours aux seules logiques du marché connecté, c\u2019est la démocratie elle-même qui va y passer.Les régulations par défaut qui prévalent dans l\u2019environnement en réseau ne sont pas toutes compatibles avec les exigences démocratiques.Si la santé démocratique requiert des médias solides, capables de produire des informations à partir de démarches rigoureuses de recherche et d\u2019analyse, il faut appuyer l\u2019industrie des médias afin qu\u2019elle se repositionne dans un univers où les ressources proviennent avant tout de la valorisation de l\u2019attention plutôt que de la valorisation des auditoires.Rétablir les équilibres Le rapport insiste sur l\u2019urgence d\u2019épauler les médias qui ont entrepris de se redéployer afin de proposer une offre pertinente d\u2019information de qualité dans un espace informationnel global au sein duquel les intermédiaires comme Google et Facebook sont devenus les points de passage obligés.Les mesures proposées visent à renforcer la base économique des médias.Il s\u2019agit de revoir les mécanismes régulateurs afin de renouveler la capacité de nos médias à procurer des informations validées.Il faut se démarquer de l\u2019approche qui a prévalu depuis plusieurs années, notamment au CR TC, qui considérait les médias comme de simples objets de consommation.Plusieurs de ces mesures seraient déjà en vigueur si on avait eu à cœur de préparer les mutations que nous vivons désormais.Par exemple, les dispositions des lois fiscales qui favorisent les achats publicitaires dans les médias canadiens devraient depuis longtemps avoir été mises à jour pour refléter le contexte numérique.Actuellement, les médias «traditionnels» supportent un fardeau fiscal qui n\u2019est pas imposé à la plupart des grands intermédiaires d\u2019Internet qui captent la part du lion des revenus publicitaires.Au minimum, il faut une fiscalité équitable à l\u2019égard des médias canadiens.Les médias contribuent aux processus délibératifs inhérents aux sociétés démocratiques.Après des années de déni quant aux effets du numérique sur les équilibres de nos médias, cet appel à se mettre au travail a quelque chose d\u2019emballant.Il faut rétablir des processus de régulation capables de protéger la viabilité de nos médias d\u2019information.Le rapport Le miroir éclaté propose des pistes concrètes qui devraient inspirer tous ceux qui sont soucieux de la qualité de la vie démocratique.Le numérique fait éclater le miroir PIERRE TRUDEL P A U L S T - P I E R R E P L A M O N D O N Avocat, auteur et conseiller spécial du chef de l\u2019opposition es événements tragiques qui ont coûté la vie à six Québécois de confession musulmane ont surpris l\u2019ensemble du Québec et soulèveront assurément plusieurs débats de société au cours des prochains mois.À titre de néo- politicien, tout comme plusieurs autres politiciens et journalistes, j\u2019ai assisté au cours des derniers mois à une radicalisation du discours ambiant.Parmi les hypothèses sur lesquelles nous devons nous pencher pour expliquer ce phénomène, il y a la possibilité que l\u2019omniprésence des médias sociaux dans nos vies sabote nos démocraties occidentales et accélère le processus de radicalisation des individus.Cette hypothèse repose sur le constat de trois phénomènes engendrés par les médias sociaux, qui font largement consensus dans la communauté scientifique.Le premier est que les médias sociaux véhiculent un confondant mélange d\u2019informations véridiques et d\u2019informations fausses.Cette réalité est particulièrement troublante lorsqu\u2019elle est associée à une autre tendance lourde : de plus en plus de gens ne s\u2019informent plus par les journaux, la radio et la télévision, mais se fient uniquement à leurs fils d\u2019actualité Facebook ou Twitter.Environnements unidirectionnels Le deuxième phénomène est que l\u2019algorithme de Facebook génère pour un utilisateur donné une concentration anormale d\u2019articles et de publications qui vont dans le sens de ses positions politiques, tout en supprimant de son environnement les publications qui véhiculent des points de vue divergents.Les individus les plus vulnérables à la radicalisation se trouvent donc plongés dans des environnements unidirectionnels et corrosifs ou les gens s\u2019encouragent dans la poursuite d\u2019un seul point de vue.Le troisième constat est que les échanges politiques sur les médias sociaux sont rarement constructifs et finissent le plus souvent par des propos agressifs qui exacerbent la haine.La nuance et l\u2019humanisme se traduisent mal en moins de 140 caractères, et les propos venimeux et percutants ont de plus en plus la cote.Facteur Trump Plusieurs personnes citent spontanément l\u2019élection de Donald Trump comme un facteur qui aurait potentiellement pu avoir de l\u2019influence sur des gestes barbares tels que ceux commis à Québec dimanche soir.Mais il ne faudrait pas oublier qu\u2019à la base, l\u2019élection de Trump est elle-même fort probablement liée à la dynamique en ligne évoquée plus haut.La notion même d\u2019«alternative facts » découle de la création d\u2019univers parallèles sur les médias sociaux, qui créent des environnements factuels complètement déconnectés les uns des autres, et surtout de la réalité.Or, dans la perspective de contrer et de prévenir la radicalisation, le constat de la construction de microcosmes où des informations, tant vraies que fausses, visent à conforter l\u2019utilisateur dans ses préjugés et à le jumeler à d\u2019autres utilisateurs aux opinions similaires, constitue un péril face auquel nos sociétés ne peuvent rester immobiles.Sur le plan démocratique, ce phénomène nuit à la tenue de débats politiques respectueux fondés sur les faits et le mérite des arguments, car désormais les opinions et les perceptions ont autant de valeur, et les faits sont secondaires.Perte de confiance L\u2019absence de contrôle de la plupart des plate- formes ouvre la por te à toutes les dérives, transformant souvent les débats de fond en attaques personnelles, et menant au final à davantage de frustration que de compréhension mutuelle des arguments.Cette nouvelle dynamique soulève également de sérieuses questions sur la déontologie journalistique et l\u2019indépendance des médias, car l\u2019utilisation de sources d\u2019information dites « alternatives » sur les médias sociaux témoigne également d\u2019une perte de confiance envers la véracité de ce qui est rapporté dans les médias traditionnels.J\u2019ai notamment fait ce constat lorsque j\u2019ai participé la semaine dernière à la manifestation pour dénoncer les propos sexistes et intolérants de Donald Trump, pour ensuite réaliser que certains internautes m\u2019accusaient de soutenir l\u2019islamisme radical en participant à cet événement.Mon constat est que la création de microcosmes fondés sur des « alternative facts » où chaque membre encourage l\u2019autre dans son indignation gêne également le travail du politicien, qui peine désormais à exprimer son point de vue sans faire l\u2019objet de commentaires intimidants ou déplacés.Une telle dynamique pourrait nous conduire à un mutisme politique et à une incapacité chronique à conduire nos débats démocratiques fondamentaux.Indépendamment des motifs spécifiques au tueur de Québec, que nous découvrions dans les prochains jours, il faudra fort probablement nous pencher sur l\u2019environnement créé par les médias sociaux et étudier comment ce nouvel environnement semble avoir un rôle déterminant dans une majorité d\u2019attentats terroristes et de crimes haineux.Il en va de nos libertés d\u2019expression et de la viabilité de notre démocratie.ATTENTAT DE QUÉBEC De l\u2019urgence de se pencher sur l\u2019impact des médias sociaux sur nos démocraties J U L I E N M A U D U I T Université du Québec à Montréal n 1837, en pleine campagne d\u2019agitation contre le régime britannique, les patriotes prônent une révolution économique, notamment par une concurrence équitable.Parallèlement, le Parti patriote défend le régime seigneurial, privilège aristocratique qui alimente notre perception d\u2019un idéal agraire et conservateur.Mettre en lumière leur tendance égalitariste et anti-aristocratique nous permet d\u2019expliquer certains paradoxes de leur économie politique, caractérisée par un esprit libéral mais aussi par une vision morale des rapports économiques.Les monopoles visés La critique patriote vise en premier lieu les « monopoles », soit les droits accordés par les chartes royales, en particulier la responsabilité limitée des corporations commerciales.Les bénéficiaires sont perçus comme des privilégiés.La propriété terrienne illustre ces privilèges.Des membres du «Family Compact» et de la «Clique du Château», hommes d\u2019affaires et administrateurs publics, obtiennent le droit de fonder la Canada Company au Haut-Canada (l\u2019Ontario) et la British American Land Company au Bas-Canada (le Québec).Ces compagnies négocient l\u2019achat d\u2019une vaste quantité de terres à des conditions très favorables, revendues en petites parcelles avec d\u2019importantes marges.Ce « monopole » contraint les colons à s\u2019endetter lourdement, au seul profit des corporations, un «danger pire que toutes les banques ensemble».La dimension démocratique de l\u2019économie politique des patriotes ressort également de leur critique des bouleversements financiers avec la multiplication des billets de banque, « l\u2019argent de papier ».Pour les patriotes, l\u2019harmonie sociale est menacée par ce mécanisme.Puisqu\u2019il n\u2019existe pas de banque d\u2019État, la création monétaire provient de banques privées, une « aristocratie de l\u2019argent ».Leurs billets ne sont cependant qu\u2019une reconnaissance de dette en numéraire envers le détenteur du morceau de papier.Mais contrairement aux colons, les banquiers endettés sont protégés par la responsabilité limitée.Ce mécanisme profite avant tout au « Family Compact », législateurs, créanciers, magistrats et bénéficiaires des ventes forcées des biens des colons surendettés.Tout est légal, ou presque ; « Réveillez-vous, citoyens.Il est temps de mettre fin à tant d\u2019abus.» Esprit d\u2019entreprise Dans le discours patriote, « capitaliste » est péjoratif.Ils n\u2019en expriment pas moins une volonté de développer la production et les échanges.Les patriotes louent la propriété privée qui permet de devenir éclairé et indépendant.La propriété revêt néanmoins une dimension morale : le travail, et non le privilège, doit en être à l\u2019origine.Ils encouragent aussi la diffusion de « l\u2019esprit d\u2019entreprise », le commerce étant présenté comme un agent de leur émancipation, et défendent le libre échange avec les États-Unis.Ainsi, les patriotes, plutôt que les loyalistes, encouragent la liberté du commerce.Les formes de pensée nommées «socialistes» qui les influencent ne doivent pas tromper notre perception.La dimension démocratique de leur réflexion est ici déterminante.Elle nous permet de comprendre pourquoi l\u2019ambition de révolutionner les pratiques vers un rapport de pouvoir plus égalitaire n\u2019est pas incompatible avec celle de développer l\u2019esprit d\u2019entreprise.Le village de Hope au Haut-Canada est fondé sur l\u2019idéal de coopération de Robert Owen.La Farmers\u2019Storehouse Company de ces patriotes, entreprise marchande et bancaire, est en même temps la première coopérative canadienne et une solution de remplacement économique dont la prospérité est indéniable.Soulignons également l\u2019influence du prêtre Félicité de Lamennais, un ami de Louis-Joseph Papineau.Sa philosophie tourne autour d\u2019une chrétienté renouvelée, moteur de la démocratie.Tout en glorifiant le travail et la propriété privée, il exhorte les «prolétaires» à se libérer de leur nouvelle servitude, le travail salarié.Globalement, cette morale chrétienne radicale infuse la vision économique des patriotes.Préservation des intérêts du public L\u2019«aristocrate» décrié est donc l\u2019individu oisif qui possède une immorale supériorité des richesses, celui qui s\u2019impose comme un obstacle au développement général de l\u2019économie et au bien- être des travailleurs.Les patriotes encouragent les projets utiles et responsables envers le corps social.Leurs conceptions reposent sur la préservation des intérêts du public face aux capitalistes, en particulier les banquiers.Leur économie politique comporte un caractère moral, parfois ouvertement chrétien.Ils aspirent à prévenir la prolétarisation et souhaitent empêcher la soumission des élus du peuple face aux capitalistes, ce qu\u2019ils observent aux États-Unis.Ainsi, l\u2019enjeu n\u2019est pas le progrès de l\u2019industrie et du commerce, mais son encadrement légal et éthique.Ils ont l\u2019espoir d\u2019émanciper le «pauvre peuple» par le commerce, et s\u2019opposent à l\u2019« irresponsabilité» sociale des corporations privées.C\u2019est l\u2019égoïsme de quelques privilégiés qui est directement visé en 1837.Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues?Écrivez à dnoel@ledevoir.com ÉCONOMIE POLITIQUE DES PATRIOTES Entre capitalisme et socialisme DES IDÉES EN REVUES Chaque mardi, Le Devoir ffre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons un extrait du dernier numéro du Bulletin d\u2019histoire politique (Hiver 2017, vol.25, no 2) E PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Une femme a déposé un bouquet de fleurs près de la mosquée de Québec, théâtre d\u2019un attentat.L L E D E V O I R , L E M A R D I 3 1 J A N V I E R 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 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appeler.Après avoir répondu à nos questions, Mme Thivierge et M.Bouimaghene se sont présentés, ont échangé des condoléances et se sont étreints.Même décédé, l\u2019épicier continue de créer des liens entre les gens.Pendant ce temps, chez lui, des amis de partout s\u2019étaient rassemblés autour de son épouse.Au bout du fil, on entendait un mélange de pleurs, de musiques et de conversations.«L\u2019appartement est plein à craquer.C\u2019est le choc », a confié une amie de la famille.Un prof respecté, le rêve d\u2019une maison\u2026 Ailleurs en ville, Selma Yahiaoui se remettait péniblement du traumatisme de la veille.Lors de l\u2019attaque, elle était dans la mosquée.« Mon conjoint était en bas et j\u2019étais avec les autres femmes en haut.[\u2026] J\u2019ai entendu des coups de feu, alors je me suis dépêchée à me cacher dans une petite chambre en dessous de la table, puis j\u2019appelais la police en même temps.J\u2019ai demandé aux policiers de faire vite.J\u2019avais vraiment peur.» Quand les policiers sont arrivés et l\u2019ont es- cor tée vers la sor tie, elle a vu la scène du crime.« Il y avait les morts, les blessés », a-t-elle raconté au Devoir avec une voix tremblante.L\u2019une des victimes est une connaissance, Ab- delkrim Hassane.« Il a une femme et trois petites filles.La dernière a 15 mois\u2026 Il travaille en informatique.» Au bout du téléphone, la jeune femme se faisait interrompre par ses larmes.«C\u2019est quelqu\u2019un qui aime travailler, qui aime bien s\u2019occuper de sa famille.Son souci, c\u2019est juste travailler, puis ses filles.» Le tireur a aussi abattu deux hommes d\u2019origine guinéenne, Mamadou Tanou Barry et son frère Ibrahim Barry.Le Devoir n\u2019a pas été capable de joindre leurs proches lundi, mais plusieurs sites de nouvelles guinéens leur consacraient leurs manchettes.L\u2019un d\u2019eux était informaticien ; l\u2019autre travaillait à la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec.L\u2019Université Laval aussi était en deuil lundi.Au deuxième étage du Dépar tement des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation, la massive porte de bois du professeur Khaled Belkacemi restait fermée.Étudiants et professeurs baissaient la tête en passant, osant un bref coup d\u2019œil.« Il y avait des rumeurs, ce matin, qu\u2019il faisait partie des victimes, alors je suis venue aux nouvelles.Il y avait un petit groupe d\u2019étudiants qui pleuraient devant sa porte, ils étaient tous consternés, raconte Isabelle Gali- bois, une voisine de bureau croisée dans le corridor.C\u2019était quelqu\u2019un de tellement gentil, très doux et très poli, on ne pouvait pas avoir un monsieur plus aimable.» À quelques portes de là, Anne-Sophie Morissette venait d\u2019apprendre la nouvelle.«Depuis ce matin, je me sens toute croche, mais là, de savoir qu\u2019il y a une victime juste ici, sur l\u2019étage, c\u2019est encore pire.Je ne sais pas quoi dire, c\u2019est désastreux.» Ses collèges ont parlé d\u2019un homme discret, mais toujours enjoué, un professeur très apprécié par ses élèves.« J\u2019ai vu beaucoup de gens pleurer aujourd\u2019hui, raconte Heba, étudiante de Khaled Belkacemi en retenant elle-même ses larmes.C\u2019était un très bon professeur.» La direction de l\u2019Université Laval, qui a mis plusieurs heures avant de confirmer le décès d\u2019un de ses professeurs, parlait pour sa part d\u2019un «professeur dévoué et aimé de ses collègues et de ses étudiants ».Le recteur, Denis Brière, s\u2019est dit «extrêmement attristé devant cette horrible nouvelle » et a envoyé ses condoléances à sa femme, qui enseigne au même département, de même qu\u2019à sa famille et ses proches.« Je tiens à saluer les qualités humaines et le professionnalisme de mon collègue, a ajouté le doyen de la faculté, Jean-Claude Dufour, par voix de communiqué.Il était un homme très cultivé, passionné et engagé au sein de la Faculté.Son œuvre remarquable survivra à son départ subit.» Parmi les victimes de la tuerie, il y a aussi Aboubaker Thabti, un jeune père de famille d\u2019origine tunisienne.«Son décès m\u2019a particulièrement bouleversé parce que c\u2019est celui avec qui j\u2019avais parlé le plus récemment, racontait, les larmes aux yeux, le président de la mosquée Mohamed Yangui.Il me parlait du fait qu\u2019il voulait acheter une maison.Il était vraiment très enthousiaste.Il voulait faire ceci et faire cela.Mais le destin n\u2019a pas fait comme ça.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 VICTIMES Abdelkrim Hassane, 41 ans Originaire de l\u2019Algérie Informaticien Khaled Belkacemi 60 ans Originaire de l\u2019Algérie Professeur à l \u2019Université au Dépar te- ment des sols et de génie alimentaire Aboubaker Thabti, 44 ans Originaire de la Tunisie Pharmacien Mamadou Tanou Barry 42 ans Originaire de la Guinée Informaticien Ibrahim Barry 39 ans Originaire de la Guinée Employé de la Régie de l\u2019assurance maladie Azzedine Soufiane 57 ans Originaire du Maroc Propriétaire de la boucherie Assalam Les victimes de la grande mosquée de Québec une place assise dans la salle d\u2019audience.Chacun d\u2019eux a passé au détecteur de métal, pendant que les avocats parlaient à voix basse et les constables spéciaux donnaient leurs consignes.À 17 h 58, Alexandre Bissonnette a été es- cor té à l \u2019 intérieur de la salle d \u2019audience .L\u2019homme était vêtu d\u2019une combinaison blanche.Il est demeuré impassible, braquant les yeux au sol.La divulgation de la preuve a été fixée au 21 février prochain.Le suspect demeurera détenu d\u2019ici là.Portrait du suspect Étudiant à la Faculté des sciences sociales à l\u2019Université Laval, il n\u2019avait aucun casier judiciaire jusqu\u2019à son arrestation.Il semblait attiré par des idées conservatrices, voire réactionnaires, mais aussi par le Parti québécois.Il a été décrit comme un introverti, très près de son jumeau.La maison de ses parents, à Cap-Rouge, a été perquisitionnée, de même que son appar te- ment, situé tout près de la mosquée.M.Bissonnette aurait contacté dimanche à 20 h 10 la centrale 9-1-1, et ce, après avoir vraisemblablement pris la fuite du Centre culturel islamique de Québec, laissant derrière lui du sang et des larmes.À l\u2019approche du pont de l\u2019île d\u2019Orléans, « il mentionne alors être armé et nous parle de son geste.Il semble vouloir collaborer », a relaté l\u2019inspecteur Denis Turcotte (SPVQ) à la presse lundi avant-midi.L\u2019arrestation a été effectuée par une unité du Groupe tactique d\u2019intervention.François Deschamps, membre du comité Bienvenue aux réfugiés, a reconnu le jeune homme en voyant sa photo dans les médias.Il a expliqué qu\u2019Alexandre Bissonnette intervenait souvent sur la page Facebook de son groupe d\u2019entraide, formé l\u2019an dernier pour accompagner l\u2019arrivée de Syriens au pays.« Il agissait comme un troll, a dit M.Des- champs en utilisant le terme décrivant les inter- nautes polémiques.Il s\u2019attaquait aussi aux droits des femmes.» Il aurait qualifié des groupes féministes de « féminazis ».Dans des débats sur Facebook, Alexandre Bissonnette était « un peu troll », a aussi décrit Olivier Banville, ancien président du Parti québécois de l\u2019Université Laval.Il dit qu\u2019il avait tendance à publier des commentaires un peu provocants, mais pas trop.« Je l\u2019aurais vu comme centriste un peu plus, mais jamais à jouer dans les extrêmes», s\u2019est-il désolé.Alexandre Bissonnette pensait s\u2019impliquer au sein du parti souverainiste et les deux jeunes hommes avaient été mis en contact par un ami commun.« On s\u2019était rencontrés deux, trois fois pendant la campagne électorale de 2014, a dit au Devoir Olivier Banville.Je suis du genre à remarquer le racisme et les commentaires haineux et, dans mon souvenir, il en avait peu.Il n\u2019aurait pas été dans mes amis Facebook si ça avait été le cas.» En fait, les deux étudiants n\u2019ont jamais abordé la question de l\u2019immigration ensemble.Onde de choc La terrifiante onde de choc créée par l\u2019attentat terroriste de Québec dimanche soir a secoué profondément la capitale, ébranlé tout le Québec, traversé le Canada et dépassé les frontières.«Trente-six millions de Canadiens ont aussi le cœur brisé.Je veux que ces gens sachent que nous tenons à eux », a dit le premier ministre Justin Trudeau dans un discours livré en Chambre.Il a reçu les condoléances du nouveau président américain, Donald Trump.« Je veux répéter aujourd\u2019hui que la cause que nous portons, que celle qui m\u2019anime, c\u2019est celle d\u2019une société ouverte, confiante, une terre d\u2019accueil dans laquelle il n\u2019y a qu\u2019un seul niveau de citoyenneté, qui est le même pour tous et toutes », a affirmé Philippe Couillard dans une déclaration solennelle qu\u2019il a faite en début d\u2019après- midi lundi.«Ma maison est votre maison», a-t-il dit, citant Gilles Vigneault.Le premier ministre était entouré de nombreux élus, dont le maire Régis Labaume.La petite communauté musulmane de la région de Québec a été à la fois horrifiée par les attentats et réconfortée par leurs innombrables dénonciations.« Nous sommes très touchés par cette solidarité, ça fait chaud au cœur et ça diminue notre chagrin», a dit en larmes, Mohamed Labidi, vice-président de la grande mosquée, théâtre macabre de la tuerie.Il a raconté avoir reçu un appel dans la nuit, quelques heures après l \u2019attentat d \u2019un inconnu qui lui a dit : «Nous, les Québécois, on vous aime.» Avec Marie-Michèle Sioui, Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 DRAME La force cachée des migrants L\u2019actualité nous oblige à reporter la publication du dernier volet de notre grand reportage.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Vêtu d\u2019une combinaison blanche, Alexandre Bissonnette a comparu au palais de justice de Québec."]
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