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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-02-04, Collections de BAnQ.

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[" Manon Cornellier sur la course à la chefferie au Bloc québécois Page B 4 Michel David sur le faux dilemme de l\u2019élection dans Gouin Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 Le Devoir de philo Peut-on défendre Heidegger, lui qui aurait été antisémite ?Page B 6 J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U C omment en vient-on à vouloir éliminer les autres ?« Je me sentais une victime.J\u2019avais été expulsé de l\u2019école.J\u2019habitais un logement de merde, avec des champignons dans la salle de bain.Le divan sentait le sperme de mes colocs qui s\u2019étaient poussés avant d\u2019avoir à payer le loyer\u2026 J\u2019étais très seul dans ma tête.» Fondateur de la Fédération des Québécois de souche, un groupe d\u2019extrême droite, puis animateur de réseaux sociaux radicaux dans cette mouvance, Maxime Fiset s\u2019installe un jour à la table de son appartement misérable pour dessiner le détonateur d\u2019une bombe.« J\u2019étais dans mes idées noires.J\u2019avais décidé de dessiner un détonateur, un \u201cplasting cap\u201d.J\u2019ai fait le plan.Quelques jours plus tard, j\u2019ai réalisé que j\u2019en étais à faire des plans pour tuer du monde, selon la logique d\u2019une guerre civile sainte, selon la croyance qu\u2019il faut un coup d\u2019éclat pour la déclencher.» Parmi ses lectures de l\u2019époque, les romans d\u2019anticipation de William Pierce, un idéologue d\u2019extrême droite américain qui en appelle à la suprématie des Blancs.« C\u2019étaient mes livres préférés.» Un T imothy McVeigh trouvera dans ces livres l\u2019inspiration pour faire sauter un édifice fédéral à Oklahoma City : 168 mor ts.Dylann Roof, le jeune suprémaciste blanc qui est entré dans une église pour y tuer des Noirs, en reprenait l\u2019idée : combattre v iolemment « le sys - tème », au nom de la suprématie d\u2019un monde blanc, afin de créer une onde de choc.Son bilan : neuf morts.Dans ses livres, Pierce soutient qu\u2019un attentat peut entraîner un basculement général, à la manière d\u2019un jeu de dominos.Martin Fiset est passé à autre chose.Presque par hasard.Il trouve du travail.Son temps est soudain occupé à autre chose qu\u2019à ruminer ses idées noires.Plus d\u2019argent lui permet d\u2019obtenir de meilleures conditions de vie, de moduler sa perspective sur le monde, de renouer avec sa famille.Sans chef Où en sommes-nous après une semaine à pleurer les morts de Sainte-Foy ?«On a atteint un point de rupture», affirme de sa voix posée Pierre Anctil, historien à l\u2019Université d\u2019Ottawa et spécialiste des communautés culturelles.«Les gens sont naïfs de croire qu\u2019il s\u2019agit de quelque chose de contextuel.Il y a là quelque chose de plus profond.» Bien sûr, la haine que distillent les courants de la droite extrême n\u2019est pas nouvelle, plaide l\u2019historien Francis Langlois.« Aux États-Unis, dans un phénomène de rejet de l\u2019État, on a vu fleurir depuis un moment, au nom de l\u2019individu qui se veut souverain, une multitude de groupes haineux.On trouve là-dedans une composante identitaire qui s\u2019attache à la promotion d\u2019un idéal de pureté raciale, de suprématie.» On assiste aujourd\u2019hui à la montée de courants radicaux en apparence sans chef, explique Francis Langlois, historien attaché à la Chaire Raoul-Dan- durand.La tendance est à l\u2019individualisme dans le terrorisme de droite en Amérique.«C\u2019est la montée des loups.Des individus prennent en main une idéologie, sans relever, comme par le passé, d\u2019une organisation centrale.» En quelque sorte, le centre de ces mouvements idéologiques se trouve désormais partout.«C\u2019est ce que les Américains radicalisés appellent la résistance sans chef.» «Longtemps, ils ont utilisé les bombes.Les incendies aussi.» Mais la tendance est à l\u2019action individuelle armée, dit Langlois.« Les armes sont beaucoup plus accessibles et plus per for- mantes aujourd\u2019hui, ce qui se combine parfaitement à l\u2019action en solitaire.La donne a changé.» Des courants, un fleuve « Il existe bien sûr des courants haineux dif fé- rents.Mais jusqu\u2019à un certain point, les formes de haine en arrivent à communiquer entre elles », explique Pierre Anctil.Plusieurs courants augmentent la force d\u2019un fleuve de haines.Sans compter que « la haine mute rapidement».Selon les époques, la haine frappe un groupe, puis l\u2019autre.RADICALISATION La haine, cette bombe VOIR PAGE B 3 : HAINE Bien sûr, la haine que distillent les courants de la droite extrême n\u2019est pas nouvelle H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa J eudi matin, le comédien Vincent Graton a résumé sur les ondes de Radio-Canada ce que bien des citoyens \u2014 et des lecteurs du Devoir, comme en fait foi le nombre élevé de lettres reçues portant sur le sujet \u2014 ont ressenti au lendemain de l\u2019annonce par Ottawa que la promesse de réforme électorale était morte et enterrée.Comme d\u2019autres électeurs progressistes, M.Graton avait voté pour le Parti libéral du Canada de Justin Trudeau en 2015 et il se sentait trahi.«Des gens comme moi l\u2019ont cru et sont allés cocher à côté de son nom en se disant : \u201cJe fais un gros sacrifice, je vais au-delà de mes convictions parce que, dans le prochain mandat, les petits partis seront respectés.\u201d Alors il vient nous chercher en joual vert.» La veille, Karina Gould avait fait sa première sortie publique à titre de nouvelle ministre des Institutions démocratiques.Et c\u2019était pour un enterrement de première.«Changer le système électoral ne fait pas partie de mon mandat, a déclaré Mme Gould.Il est devenu évident que nous n\u2019avons pas pu dégager le vaste consensus nécessaire pour effectuer un changement de cette ampleur.» Le gouvernement Trudeau modifiera donc les règles sur le financement électoral pour interdire les cocktails privés et affiner les déclarations de collectes de fonds, il évaluera l\u2019imposition de nouveaux plafonds de dépenses aux par tis politiques pendant et entre les campagnes électorales, et il mènera une étude sur la vulnérabilité du système électoral canadien aux cybermenaces.Mais il n\u2019instaurera pas de nouveau mode de scrutin.Le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert sont immédiatement montés aux barricades.La chef Elizabeth May a été particulièrement affectée.Les larmes aux yeux, elle a prédit que des milliers d\u2019électeurs comme Vincent Graton puniront les libéraux en 2019.«Les jeunes qui sont venus au micro [lors des assemblées publiques] nous ont raconté la même histoire les uns après les autres : \u201c J\u2019ai fait du porte-à-porte et j\u2019ai demandé aux gens de voter libéral.Je leur ai dit que nous devions nous débarrasser de Stephen Harper, que nous devions pour cela voter libéral et voter stratégiquement et que si on le faisait, ce serait la dernière fois qu\u2019on aurait à voter stratégiquement parce que Justin Trudeau a promis que 2015 serait la dernière élection tenue en vertu du système uninominal à un tour.\u201d Ce sont ces gens qui doivent, j\u2019en suis certaine, pleurer aujourd\u2019hui, a relaté Mme May.[\u2026] Ils seront si profondément désillusionnés que j\u2019ai bien peur qu\u2019ils n\u2019iront pas voter la prochaine fois.» La mesure du problème Dans quelle mesure les électeurs progressistes se sont-ils rangés derrière la bannière libérale en 2015 spécifiquement à cause de la promesse de Justin Trudeau de faire en sorte que ce soit la dernière élection tenue en vertu du système actuel?Difficile à évaluer.Les libéraux ont obtenu 39,5% du vote, contre 18,9% en 2011 (leur pire score électoral des dernières décennies).Le NPD s\u2019est ef fondré à 19,7 %, contre 30,6 % en 2011, tandis que le Parti vert a obtenu 3,4%, une baisse d\u2019un demi-point de pourcentage.Même au groupe Leadnow, qui fait campagne en permanence pour modifier le mode de scrutin au Canada, on avoue ne pas pouvoir mesurer le phénomène.« Cela faisait par tie d\u2019un discours plus large, estime Katelynn Nor- tham, la directrice de la campagne.Ils promettaient le changement et de faire de la politique dif féremment, et une partie de cela consistait à changer le système électoral.» Selon elle, les promesses rompues des libéraux « envers les autochtones, sur la question de l\u2019exploitation des ressources naturelles » et la réforme électorale feront en sorte «que les électeurs dont le vote est décisif pour l\u2019issue d\u2019une élection [swing voters] seront beaucoup moins susceptibles de voter pour eux en 2019».Mme Northam contredit cependant Elizabeth May.Son groupe n\u2019a pas fait campagne pour les libéraux en 2015.Il a plutôt mené une campagne anti-Stephen Harper invitant les électeurs à voter pour le candidat le plus susceptible de défaire le conservateur : libéral dans certaines circonscriptions, néodémocrate dans d\u2019autres.Elle enrage de ce bris de promesse.« Nous sommes fâchés et nous nous sentons trahis.» Elle continuera de militer pour la réforme parce qu\u2019elle estime que le moment n\u2019a jamais été aussi propice à une réforme démocratique dans un contexte de politiques extrêmes dans le monde.Ironiquement, c\u2019est justement en faisant référence à cet extrémisme que Justin Trudeau a justifié sa décision cette semaine.« Tenir un référendum qui divise ou augmenter le nombre de voix extrémistes à la Chambre des communes n\u2019est pas dans l\u2019intérêt [supérieur] du Canada.» Appui populaire, vraiment?La question demeure : le rejet de cette promesse électorale \u2014 qui était limpide et sans ambiguïté \u2014 coûtera-t-il des votes au Parti libéral lors de l\u2019élection de 2019?Si les sondages sont indicatifs de quoi que ce soit, on doit conclure que la réforme électorale reste un enjeu très marginal qui intéresse seulement une frange très politisée et non représentative de l\u2019électorat.Au cours de l\u2019été dernier, le Secrétariat des communications et des consultations du Bureau du Conseil privé a mené un vaste sondage auprès des Canadiens pour connaître leur satisfaction envers le gouvernement fédéral.Quelque 6016 personnes ont été interrogées (dont 1200 Québécois), pour une marge d\u2019erreur de 1,3 % 19 fois sur 20.Les questions ont porté sur une multitude d\u2019enjeux, du traitement des vétérans à l\u2019aide médicale à mourir en passant par l\u2019économie, l\u2019environnement et les prestations fiscales aux enfants.À la question « quel enjeu devrait recevoir le plus d\u2019attention», la représentation politique est arrivée en queue de peloton, avec 2 % des voix.RÉFORME DU MODE DE SCRUTIN La « trahison » coûtera-t-elle des votes aux libéraux ?PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Justin Trudeau avait promis de réformer le système électoral et que l\u2019élection du 19 octobre 2015 (notre photo) serait la dernière tenue sous le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour.VOIR PAGE B 2 : RÉFORME Ils promettaient le changement et de faire de la politique différemment, et une partie de cela consistait à changer le système électoral Katelynn Northam du groupe Leadnow, à propos des libéraux « » Lire aussi \u203a Le texte de L\u2019Agenda sur le documentaire T\u2019es où, Youssef ?portant sur le recrutement des jeunes djihadistes Page G 1 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 C hantre de « l\u2019Amérique en premier», redoutable négociateur autoproclamé, le président Trump affirme que les États- Unis ne se feront plus avoir par des interlocuteurs étrangers plus habiles.L\u2019OTAN, l\u2019ALENA, l\u2019entente sur le nucléaire iranien, le PTP ou encore l\u2019aide consentie à l\u2019Australie pour accueillir des réfugiés sont ainsi dénoncés comme autant d\u2019accords calamiteux noués par une série remarquable de présidents incompétents.Si les qualités individuelles et les relations interpersonnelles sont des atouts non négligeables, l\u2019élément clé dans toute négociation internationale demeure la puissance relative des dif fé- rentes parties prenantes.En la matière, les États- Unis mirent à profit une position exceptionnellement avantageuse pour établir, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l\u2019architecture du système international contemporain.L\u2019impossible meilleur «deal» L\u2019Europe et l\u2019Asie étaient en effet économiquement et militairement dévastées.Les pays en développement, tout particulièrement en Afrique, étaient encore sous domination coloniale.L\u2019URSS représenta rapidement une menace qui poussa les États n\u2019adhérant pas à son idéologie à se tourner vers la puissance américaine.Dans ce contexte, Washington fut en mesure, au cours des années 1940 et 1950, de créer l\u2019ONU, de nouer des alliances (l\u2019OTAN avec l\u2019Europe de l\u2019Ouest et l\u2019ANZUS avec l\u2019Australie et la Nouvelle-Zélande), lui permettant d\u2019avoir une influence certaine sur les politiques de défense des alliés et d\u2019établir les règles de la finance, des relations monétaires et du commerce à l\u2019échelle internationale.Trump n\u2019est pas le premier président américain à estimer que les institutions liant les États- Unis au reste du monde nécessitent quelques ajustements ou soient tout simplement ignorées.Nixon ébranla le système de Bretton Woods en suspendant la convertibilité or du dollar en 1971.Bill Clinton et George W.Bush contournèrent l\u2019autorité du Conseil de sécurité de l\u2019ONU pour intervenir militairement au Ko- sovo et en Irak.W.Bush rejeta le protocole de Kyoto et retira les États-Unis du traité de Rome instituant la Cour pénale internationale.Altérer profondément l\u2019ordre international comme semble vouloir le faire Donald Trump est une lubie dangereuse qui repose sur des présupposés foncièrement erronés.Certes, le fonctionnement des organisations internationales, en premier lieu de l\u2019ONU, peut être amélioré.Les effets négatifs de la mondialisation, notamment sur l\u2019emploi, doivent être mieux appréhendés.Les alliés européens comme asiatiques ont les moyens de contribuer davantage à la défense commune.Il n\u2019en demeure pas moins que les États-Unis bénéficient depuis plus de 70 ans d\u2019une situation incontestablement avantageuse et bénéfique.L\u2019administration Trump pourrait-elle tirer profit d\u2019une position dominante pour négocier de meilleures ententes qu\u2019au milieu des années 1940 ?Une telle idée est ridicule tant la puissance relative des États-Unis sur la scène internationale est aujourd\u2019hui moins grande.Les États-Unis disposaient en 1945 de près de 40 % des capacités globales (militaires, économiques, démographiques).Depuis le début des années 1990, leur part oscille autour des 15 %.L\u2019aliénation des alliés Par ailleurs, s\u2019il est vrai qu\u2019aucune grande puissance ne rivalise avec les États-Unis, les ressources économiques et militaires apparaissent plus diffuses qu\u2019elles ne l\u2019étaient en 1945.Les enjeux de sécurité sont plus complexes.La Chine n\u2019est certes pas encore l\u2019égal militaire des États-Unis.Elle déploie néanmoins une stratégie résolue d\u2019influence, alliant coercition (notamment en mer de Chine du Sud) et séduction avec une politique d\u2019aide au développement et d\u2019échanges commerciaux en Afrique, en Asie, et en Amérique latine.La Russie dispose toujours d\u2019une capacité de nuisance, comme en témoigne la situation en Ukraine.Alors que la scène internationale est chaotique, le président Trump semble s\u2019attacher, depuis les deux semaines qu\u2019il est à la Maison- Blanche, à s\u2019aliéner les alliés traditionnels des États-Unis.L\u2019Union européenne est minée par le Brexit et est en proie à l\u2019incertitude dans l\u2019attente des élections de cette année en France et en Allemagne.Or, Trump n\u2019a rien trouvé de mieux que de fragiliser encore plus l\u2019allié le plus solide des États-Unis en accueillant à bras ouverts la première ministre britannique et en dénonçant les performances allemandes en matière d\u2019exportation.Sa volonté d\u2019ériger un mur à la frontière mexicaine ouvre la porte à une inutile querelle de voisinage dans une Amérique du Nord traditionnellement paisible.L\u2019Australie est un des partenaires les plus fidèles des aventures militaires américaines, depuis la Corée jusqu\u2019à l\u2019Irak, en passant par le Vietnam et l\u2019Afghanistan.Son premier ministre a pourtant eu droit aux vociférations et élucubrations de l\u2019hôte de la Maison-Blanche.Rex Tillerson et John Mattis, respectivement secrétaires d\u2019État et à la Défense, ont démontré au cours de leurs auditions devant le Sénat qu\u2019ils comprennent plutôt bien les subtilités de l\u2019environnement international contemporain.Il n\u2019est pourtant pas acquis qu\u2019ils auront l\u2019attention nécessaire pour éviter que Trump ne précipite la fin d\u2019un monde ancien qui a si bien servi les États-Unis.La fin précipitée du monde ancien JULIEN TOURREILLE C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris A ura-t-il renoncé au moment où vous lirez ces lignes ?Telle est l\u2019angoisse des journalistes qui écrivent sur la tempête politique qui secoue le candidat de la droite aux élections présidentielles.Celui qui en était jusque-là le favori, François Fillon, a demandé à son camp de lui accorder deux semaines.Deux petites semaines pour tenter de faire face à la tempête en espérant un classement rapide de l\u2019af faire.Mais à Paris, personne ne doute que ses jours sont comptés.À 11 semaines du premier tour de l\u2019élection présidentielle, l\u2019affaire Fillon pourrait bientôt entrer dans l\u2019histoire comme un des plus grands carambolages politiques de la Ve République.Et elle pourrait radicalement changer la donne du scrutin.Ce que l\u2019on surnomme le « Penelope- gate» fait peser sur le candidat une pression de plus en plus intenable.Depuis une semaine, François Fillon est accusé d\u2019avoir rémunéré son épouse pendant une dizaine d\u2019années pour un emploi fictif d\u2019assistante parlementaire qui lui aurait assuré un revenu de 900 000 euros.Il a aussi embauché ses enfants pendant de courtes périodes.Réagissant au quart de tour à ces révélations du Canard enchaîné, le nouveau parquet financier, créé par les socialistes après l\u2019affaire Cahuzac, a aussitôt ouvert une enquête.Après avoir entendu les époux lundi, des perquisitions ont eu lieu à l\u2019Assemblée nationale et au Sénat pas plus tard que vendredi.Une défense de plus en plus mince Même s\u2019il affirme n\u2019avoir rien fait d\u2019illégal, plus le temps passe, plus le candidat est affaibli par une ligne de défense de plus en plus mince.En effet, les témoignages s\u2019accumulent qui affirment que Penelope Fillon n\u2019a jamais travaillé à l\u2019Assemblée nationale.Même dans la circonscription du député, dans la Sarthe, rares sont les témoignages permettant de justifier un tel emploi.Jeudi, France 2 diffusait une entrevue ancienne de Penelope Fillon dans laquelle elle affirmait à un journaliste du Telegraph : «Je n\u2019ai jamais été son assistante, ou quoi que ce soit de ce genre.» Si l\u2019affaire est si exceptionnelle, ce n\u2019est pas tant par l\u2019ampleur de la corruption qu\u2019elle pourrait révéler qu\u2019à cause du moment où elle intervient dans la campagne.En effet, les sommes impliquées dans cette affaire ne sont rien à côté de celles de l\u2019af faire de l\u2019ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, qui avait dissimulé dans un compte en Suisse 15 millions d\u2019euros.Rien à voir non plus avec les montants mettant en cause Nicolas Sarkozy dans le financement de ses activités politiques.Même Jacques Chi- rac et Alain Juppé, accusés d\u2019avoir créé des dizaines d\u2019emplois fictifs à la mairie de Paris, sont dans une autre catégorie.Rappelons qu\u2019en France, un parlementaire a le droit d\u2019employer un membre de sa famille et de le payer avec l\u2019allocation qu\u2019on lui verse pour rémunérer ses collaborateurs, comme le font 20 % des députés.Jusqu\u2019en 2012, un député pouvait même reverser la moitié de cette allocation dans une autre enveloppe, celle des « indemnités représentatives de frais de mandat », qui n\u2019était soumise à aucun contrôle et pouvait en toute légalité servir de « complément de revenu», comme l\u2019écrit Le Monde dans un article daté du 23 juillet 2012.Bref, au lieu de salarier sa femme, François Fillon aurait pu se verser directement ces montants, sans intermédiaire.Du strict point de vue légal, il se pourrait d\u2019ailleurs que le caractère fictif de l\u2019emploi de Penelope Fillon soit dif ficile à prouver, tant les règles en la matière sont vagues.Mais, là n\u2019est plus la question.À 80 jours du premier tour de la présidentielle, peu importe que l\u2019af faire soit classée sans suite dans quelques mois.Surtout lorsqu\u2019elle touche un homme comme François Fillon, qui, dans la primaire, a fait campagne sur l\u2019intégrité.Une affaire exceptionnelle Jamais sous la Ve République une affaire de corruption n\u2019avait éclaté si près de la présidentielle, prenant ainsi la classe politique au dépourvu.En 2011, la disqualification de Dominique Strauss-Kahn, accusé d\u2019agression sexuelle au Sofitel de New York, était intervenue un an avant l\u2019élection de 2012, laissant ainsi tout le loisir aux socialistes de tenir leur primaire.Lorsque, le 19 janvier 1972, Le Canard enchaîné révélait que le premier ministre de Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, candidat pressenti de la droite à la présidentielle, n\u2019avait pas payé d\u2019impôts de 1966 à 1969, l\u2019affaire aura l\u2019ef fet d\u2019une bombe.Mais elle inter venait presque deux ans avant les élections de 1974.«Le sort de la prochaine élection présidentielle est suspendu à la décision des juges.On est au bord de la crise institutionnelle », n\u2019hésite pas à affirmer le spécialiste de la communication politique Philippe Moreau-Chevrolet dans le quotidien Le Sud-Ouest.François Fillon lui-même n\u2019a pas craint d\u2019évoquer un «coup d\u2019État institutionnel ».Plusieurs médias ont laissé entendre que ces révélations pourraient venir de l\u2019ancienne ministre de la Justice Rachida Dati, récemment écartée par François Fillon à Paris.En juillet 2014, elle avait en effet taclé l\u2019ancien premier ministre sur sa « transparence» concernant « ses frais » et « ses collaborateurs».Mais d\u2019autres n\u2019hésitent pas à accuser la gauche.« L\u2019Élysée et tous ceux qui, avides de la conservation de leurs privilèges, espèrent désormais ouvertement une victoire d\u2019Emmanuel Macron, sont probablement à la manœuvre.Ils disposent d\u2019un outil précieux, celui du parquet financier, qu\u2019il serait risible de prétendre impartial », écrit l\u2019avocat Régis de Castelnau sur le site du magazine Causeur.Un duel Macron-Le Pen?Alors que les sondages lui promettent pour la première fois une qualification au second tour contre Marine Le Pen et devant François Fillon, le candidat qui ne se dit «ni de gauche ni de droite », Emmanuel Macron, n\u2019hésite plus à lancer des messages à la droite.La « flexibilité » du droit du travail et l \u2019impor tance des « marges » des entreprises ont fait irruption dans ses discours.Selon Le Figaro, dans le camp Macron, les ralliements se multiplient à droite, comme ceux de l\u2019ancienne secrétaire d\u2019État Anne-Marie Idrac et de l\u2019ex-directeur de campagne de Bruno Le Maire, Jérôme Grand d\u2019Esnon.Depuis quelques jours, François Fillon est lâché par un nombre grandissant de ses députés, au premier rang desquels on trouve des sarko- zystes comme Georges Fenech, qui a même lancé une pétition.Selon le député européen Renaud Muselier, « François Fillon a sûrement respecté les lois et je suis certain qu\u2019il ne sera pas condamné.Mais il a abusé du système et d\u2019un point de vue moral, les Français ne pourront pas l\u2019accepter.[\u2026] L\u2019urgence est de trouver une solution pour sortir de là très vite.» Cette présidentielle qui, il y a un an à peine, devait opposer François Hollande à Nicolas Sarkozy, pourrait donc se terminer en duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.Si le premier jouit d\u2019une popularité surprenante, il traîne aussi l\u2019image d\u2019un banquier de la banque Rotchild.Sans compter qu\u2019il a été le maître à penser de la politique économique de François Hollande, le président le plus discrédité de la Ve République.Face à lui, Marine Le Pen s\u2019engage dans le combat forte de son expérience politique avec les meilleurs sondages dont ait bénéficié le Front national.Elle ne manquera pas d\u2019ailleurs de se revendiquer du programme patriotique et de lutte contre l\u2019islamisme que François Fillon a mis de l\u2019avant.Comme par hasard, les deux nouveaux favoris lancent simultanément leur campagne ce week-end à Lyon.La bataille ne fait que commencer.Le Devoir DROITE FRANÇAISE François Fillon fait durer le suspense Partira-t-il ?L\u2019affaire s\u2019annonce comme un des plus grands carambolages politiques de la Ve République.ERIC FEFERBERG AGENCE FRANCE-PRESSE François Fillon est sur la sellette depuis qu\u2019il est accusé d\u2019avoir rémunéré son épouse, Penelope, pendant une dizaine d\u2019années pour un emploi fictif d\u2019assistante parlementaire.L\u2019économie trônait au sommet (25 %) avec la santé (12 %) et l\u2019environnement (6 %).À la question «dans quelle mesure êtes-vous au courant de la réforme électorale», 50 % ont répondu «pas du tout » (54 % au Québec, la plus forte proportion au pays) et 23 % ont répondu qu\u2019ils en avaient entendu « un peu parler ».À ce moment, le comité parlementaire avait commencé ses audiences (57 réunions au total), tenait des assemblées publiques (18), et les députés organisaient des forums dans leur circonscription (172).Seulement 26 % des répondants ont dit y porter attention.Un sondage IPSOS ef fectué à la même période confirme les résultats du gouvernement.Quelque 1000 personnes y ont répondu (marge d\u2019erreur de 3,5 % 19 fois sur 20).Seulement 19 % des répondants savaient que des consultations avaient lieu.De ces gens informés, seulement 16 % disaient y porter attention\u2026 Et qu\u2019en est-il des jeunes, qui ont voté en masse pour les libéraux de Justin Trudeau et qu\u2019on présente souvent comme étant plus intéressés que la moyenne à la réforme électorale ?Encore là, un autre coup de sonde semble contredire cette notion.Abacus Data a mené une enquête au printemps 2016 qui a conclu que seulement 13% des jeunes âgés de 18 à 25 ans plaçaient la réforme électorale parmi leurs cinq priorités les plus importantes.Seulement 3% la désignaient comme leur enjeu numéro un.«Je n\u2019ai vu aucune preuve que les jeunes se préoccupent davantage de cette question que les autres Canadiens», a conclu le président de la firme, David Coletto, en entrevue avec La Presse canadienne cette semaine.Des prisonniers afghans, bis En coulisse, les libéraux abondent dans le même sens.Ils constatent qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un enjeu qui interpelle les Canadiens moyens.Ceux qui se préoccupent de réforme électorale sont des «démocrageek» peu représentatifs.Ce sont eux qui se sont déplacés lors des assemblées.On fait remarquer que 360 000 personnes ont répondu au sondage MaDémocra- tie.ca mis en ligne par Ottawa cet hiver.Si ce nombre de réponses semble élevé, on fait remarquer que 11 millions de foyers canadiens avaient reçu une invitation écrite, soit un taux de réponse d\u2019à peine 3 %\u2026 On fait le parallèle avec le débat sur le traitement réservé aux détenus afghans transférés par les troupes canadiennes, qui a mobilisé la presse parlementaire en 2007 et fait les manchettes pendant des semaines.En dehors d\u2019un rayon de cinq kilomètres d\u2019Ottawa, se rap- pelle-t-on, cet enjeu n\u2019intéressait à peu près personne.On se garde bien d\u2019être cyniques.C\u2019est plutôt qu\u2019on regimbait à consacrer autant de ressources gouvernementales et de temps à bâtir un consensus autour d\u2019un enjeu qui allume si peu d\u2019électeurs.On sent aussi que le référendum faisait réellement peur aux libéraux.Comme le comité parlementaire n\u2019a pas proposé un système électoral précis au gouvernement, ce sont les libéraux qui auraient dû en soumettre un.Il aurait été inconcevable que le choix unilatéral du gouvernement puisse être imposé, plaide-t-on en coulisse.Le référendum aurait été inévitable.Mais quel aurait été le niveau d\u2019appuis nécessaires pour une victoire ?Des majorités auraient-elles été requises dans chaque province ?On comprend entre les lignes que Justin Trudeau ne voulait pas se lancer dans un débat sur le niveau de «Oui » nécessaire à la victoire, sensibilité québécoise oblige\u2026 Le débat sur le référendum aurait créé des divisions avant même que la campagne référendaire ne débute, fait- on valoir.Aux oreilles de Réal Lavergne, le président de Fair Vote Canada, tous ces arguments ne sont que des excuses.«On abandonnerait beaucoup de dossiers politiques si c\u2019était ça le critère [de ne pas trop consommer de ressources gouvernementales].Il faut parfois du leadership en politique pour faire avancer un dossier, et le leadership a été extrêmement faible dans ce cas-ci.» M.Lavergne rejette l\u2019inéluctabilité du référendum.Si le gouvernement avait obtenu l\u2019appui du NPD, du Parti vert et du Bloc québécois au système de son choix, il aurait eu la légitimité de l\u2019instaurer sans passer par un référendum, croit-il.Le dénouement de ce dossier l\u2019oblige à conclure que les libéraux n\u2019ont jamais eu l\u2019intention de réformer le système.«Dès le départ, c\u2019était de la manipulation politique.Ils ont utilisé le lexique de la réforme électorale et de la représentation proportionnelle pour aller chercher des votes au NPD.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 RÉFORME L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 À entendre Jean-François Lisée, le PQ pourrait très bien reprendre la circonscription de Gouin s\u2019il décidait de présenter un candidat à l\u2019élection par tielle que le premier ministre Couillard devra nécessairement déclencher au cours des six prochains mois.Toute élection peut réserver des surprises, et Gouin a longtemps été un château fort péquiste, mais l\u2019af firmation de M.Lisée paraît un brin présomptueuse compte tenu des résultats obtenus par Québec solidaire lors des deux dernières élections générales : 46% en 2012, 50% en 2014, par rapport à 32% et 20% pour le PQ.Bien entendu, la popularité personnelle de Françoise David y était pour quelque chose, mais les orientations de l\u2019électorat de Gouin en font une circonscription presque idéale pour QS.Malgré la vague libérale, le néodémocrate Alexandre Boulerice a obtenu 49 % des voix dans Rosement\u2013La Petite-Patrie à l\u2019élection fédérale d\u2019octobre 2015.Au niveau municipal, Projet Montréal est solidement implanté dans l\u2019arrondissement du même nom.C\u2019est du tout cuit pour Gabriel Nadeau-Dubois.On peut facilement comprendre que Paul St-Pierre Plamondon, qui a été la révélation de la dernière course à la chefferie du PQ, ait hâte de faire son entrée à l\u2019Assemblée nationale.Il serait sans doute un excellent député, mais il serait dommage qu\u2019une recrue aussi prometteuse commence sa carrière politique par une défaite.Après tout, il ne reste qu\u2019un an et demi avant la prochaine élection générale.M.Lisée a parlé d\u2019un «beau dilemme», que ni le caucus ni l\u2019exécutif du parti n\u2019auraient réussi à trancher, mais il s\u2019agit plutôt d\u2019un faux dilemme.Il est vrai que le PLQ n\u2019aurait aucune chance de se faufiler, même si le PQ présentait un candidat, mais la balance des inconvénients penche très nettement du côté de l\u2019abstention.?Le chef péquiste est bien placé pour apprécier la délicatesse des négociations sur une éventuelle alliance des partis souverainistes.Pauline Marois en avait jadis fait son émissaire auprès de QS, mais les discussions n\u2019avaient jamais abouti.De part et d\u2019autre, la méfiance demeure grande et certains ne demanderaient pas mieux que de les faire dérailler à nouveau.Le président de QS, Andrés Fontecilla, qui a invité le PQ à présenter un candidat, n\u2019a jamais été un ardent par tisan de la « convergence ».Même dans une lutte qu\u2019on voudrait amicale, la politique a ses exigences.Une campagne électorale est moins l\u2019occasion de faire valoir les ressemblances entre les divers partis que celle de souligner leurs divergences, même si la « proposition principale » qui est appelée à devenir le nouveau programme du PQ a repris de nombreuses propositions chères aux solidaires.Plusieurs comprennent mal que les partis n\u2019arrivent pas à mettre leurs divergences de côté, malgré le risque évident que la division du vote souverainiste permette la réélection des libéraux.Individuellement, les électeurs du PQ et de QS seraient nettement plus enclins à reporter leur vote sur un candidat issu de l\u2019autre parti.Paul St-Pierre Plamondon avait lui-même posé le problème sur son blogue durant la course à la chefferie.«Si la convergence est souhaitable pour bâtir un pays, elle n\u2019est peut-être pas réalisable dans l\u2019objectif de gagner les élections de 2018.Les partis politiques sont des organisations qui ont leurs intérêts propres et qui travaillent naturellement en fonction de leur propre survie.Il est par conséquent beaucoup plus difficile de faire converger des organisations que de faire converger des individus.» ?Laisser le champ libre à QS ne garantirait pas pour autant le succès des négociations à venir, mais cela mettrait certainement les militants solidaires dans de meilleures dispositions quand ils se pencheront sur la question au congrès de mai prochain.Comme l\u2019expliquait M.St-Pierre Plamondon, les partis politiques sont des organisations qui défendent des principes, mais aussi leur existence et leur capacité de fonctionner en tant qu\u2019entité propre, ce qui comporte nécessairement un aspect financier.La subvention que l\u2019État verse annuellement aux partis est établie en fonction des voix qu\u2019ils ont obtenues à la dernière élection générale.Une éventuelle alliance électorale devrait non seulement tenir compte des probabilités d\u2019arracher des sièges aux libéraux ou à la CAQ, mais faire en sor te que chacun des par tenaires conserve une part équitable du financement public.L\u2019élection partielle dans Gouin échappe toutefois à ces considérations, puisque les résultats d\u2019avril 2014 demeureront la base de calcul des subventions jusqu\u2019à l\u2019élection d\u2019octobre 2018.Même si le PQ a officiellement renoncé à rétablir le monopole qu\u2019il a longtemps exercé sur le mouvement souverainiste, il lui reste à en donner une preuve tangible.Il a là une belle occasion de le faire à peu de frais.mdavid@ledevoir.com Un faux dilemme MICHEL DAVID Même dans une lutte qu\u2019on voudrait amicale, la politique a ses exigences F A B I E N D E G L I S E Dimanche soir dernier, dans une mosquée ordinaire de Québec, à l\u2019heure de la prière, il y a eu un drame.Et il y a désormais le souvenir que l\u2019horreur de ces assassinats de masse, probablement mus par la peur de l\u2019autre et l\u2019intolérance, va devoir laisser dans la mémoire collective.«Les traces dans l\u2019imaginaire social de l\u2019attentat [perpétré par Alexandre Bissonnette contre des membres de la communauté musulmane] vont être durables.C\u2019est important d\u2019ailleurs que cela se passe ainsi.Le caractère inattendu de l\u2019événement, le discours haineux qui l\u2019a fait naître lui confère cette exemplarité qui ne peut que le placer au fondement d\u2019une nouvelle cohésion sociale », lance à l\u2019autre bout du fil le chercheur Alex Gagnon, spécialiste du discours, auteur de La communauté du dehors (PUM), essai sur l\u2019imaginaire social et les crimes célèbres au Québec, mais également de Nouvelles obscurités : lectures du contemporain (Del Busso Éditeur), un ensemble de réflexions sur toutes ces choses qui assombrissent le présent.La mécanique d\u2019absorption sociale d\u2019un drame n\u2019est pas nouvelle.La tuerie de Polytechnique, celle du collège Dawson, Denis Lortie à l\u2019Assemblée nationale, l\u2019attentat du Métropolis, mais aussi les crimes légendaires du passé \u2014 Aurore, l\u2019enfant martyr ou les brigands de Cap- Rouge, dont il a étudié la persistance et la transmission dans la mémoire d\u2019un peuple, en font partie \u2014 sont passés par là.Ils ont démontré qu\u2019ils étaient plus que des actes de folie ou des comportements faisant basculer l\u2019humanité dans la tragédie.« Ces événements deviennent porteurs d\u2019un ensemble de combats, de principes, de valeurs à défendre et à transmettre, dit M.Gagnon.Ils nourrissent le futur.Le rappel de leur existence, leur souvenir fabrique cette mémoire dans laquelle un groupe puise pour savoir ce qu\u2019il veut en tirer, pour comprendre ce que le geste dit sur lui et ce qu\u2019il veut en faire pour ne pas que cela se reproduise.» Forcer la porte de l\u2019histoire Il y a de ces homicides, de ces violences, donc qui forcent « la porte de l\u2019histoire », écrit Alex Gagnon dans La communauté du dehors, et ce, en quittant le domaine du fait divers «pour s\u2019inscrire dans celui des faits et événements dont une société conserve le souvenir et que ses membres perçoivent et considèrent comme constitutifs de son histoire ».Les six meurtres commis au Centre culturel islamique de Québec entrent désormais dans cette logique, le sombre architecte du drame, Alexandre Bissonnette, s\u2019imposant désormais, au lendemain de cette tuerie raciste et xénophobe, comme la figure du mal contre laquelle, à quelques exceptions, le groupe social s\u2019est rapidement ligué.«Un groupe se resserre autour d\u2019une mémoire commune, face à des figures héroïques comme d\u2019autres qui ne le sont pas, résume l\u2019universitaire.Une société fabrique du lien social ou de la cohésion aussi à partir des figures de l\u2019ennemi, des figures antagonistes » que l\u2019on diabolise, que l\u2019on envoie dans un « dehors total » pour mieux les laisser exprimer ce nous ne sommes pas.Paradoxalement, l\u2019islamophobie se nourrit de cet ennemi invisible dans la quête politiquement ou économiquement intéressée d\u2019une certaine unité.En faisant apparaître un ennemi bien visible, avec un visage, une arme et des intentions, cette peur de l\u2019autre est sans doute en train de se retourner contre elle-même.Au début de la semaine, le processus s\u2019est amorcé d\u2019ailleurs, constate Alex Gagnon, qui a perçu un changement de ton quant à ces discours divisifs, à ces propos tenus au nom d\u2019un nationalisme identitaire et qui au final attisent la peur et la négation de l\u2019autre dans le processus de construction d\u2019une identité nationale forcément composite.«On prend conscience désormais du laisser-faire qui a conduit à ce drame, dit-il.Les politiciens expriment une prise de conscience sur ces discours de haine qui ont un effet sur le monde et que l\u2019on ne peut plus laisser sévir en toute impunité.» La fin du silence?Mercredi, le député libéral de Louis-Hébert, cette circonscription de Québec où l\u2019intolérance s\u2019est exprimée par les armes dimanche soir, Joël Lightbound, a d\u2019ailleurs donné le la en s\u2019excusant of ficiellement à la Chambre des communes pour avoir obser vé silencieusement dans les dernières années l\u2019ostracisme et la stigmatisation de la communauté musulmane du Québec en général et de sa circonscription en particulier.« Pardon d\u2019avoir vu prendre racine dans le cœur de mes semblables la peur, la méfiance et la haine», a-t-il dit en avouant «ne pas en avoir fait assez» pour enrayer cette dérive.Pour Alex Gagnon, il est clair que le crime haineux de dimanche dernier «ne peut pas être distingué de l\u2019ensemble des discours haineux qui sévissent dans la société », dit-il.Discours porté par certains idéologues nationalistes, certains penseurs du présent dont les propos sont amplifiés par des antennes de radio polémistes, des réseaux sociaux, des groupes d\u2019extrême droite\u2026 «La première leçon à en tirer, c\u2019est en se demandant ce qui rend possible des gestes comme celui-là.Et une partie de la réponse tient dans la polarisation qui s\u2019est installée dans l\u2019espace public depuis quelques années.» À l\u2019image de la tuerie de Polytechnique, qui, tous les 6 décembre, force la réflexion collective sur la misogynie et le contrôle des armes à feu, ce 29 janvier vient odieusement de poser le cadre pour que les 29 janvier prochains deviennent ce terrain de réflexion collective sur les effets sociaux de la polarisation, sur le populisme et la haine, les replis, la violence qu\u2019il nourrit à dessein \u2014 pour des questions d\u2019argent, de politique ou de pouvoir \u2014, dit le chercheur.Et si n\u2019est pas le cas, c\u2019est que l\u2019intolérance et le racisme auront finalement gagné.Le Devoir LA COMMUNAUTÉ DU DEHORS IMAGINAIRE SOCIAL ET CRIMES CÉLÈBRES AU QUÉBEC Alex Gagnon Presses de l\u2019Université de Montréal Montréal, 2016, 494 pages NOUVELLES OBSCURITÉS LECTURES DU CONTEMPORAIN Alex Gagnon Del Busso éditeur Montréal, 2017, 230 pages L\u2019horreur et son souvenir nécessaire La tuerie de Québec a tous les ingrédients pour forger une nouvelle cohésion sociale FRANCIS VACHON LE DEVOIR Des drames comme la fusillade à la mosquée de Québec « deviennent porteurs d\u2019un ensemble de combats, de principes, de valeurs à défendre et à transmettre ».Les discours entendus au Québec à l\u2019endroit des musulmans inquiètent beaucoup ce spécialiste des communautés culturelles.« On voit mieux aujourd\u2019hui ce que la haine peut susciter comme actions radicales.On voit jusqu\u2019où elle peut conduire.» Cela prend une telle ampleur, dit-il, qu\u2019«à Québec, où pourtant les musulmans sont extrêmement minoritaires, où ils ne risquent en rien de menacer quoi que ce soit, on en vient à leur sauter dessus, à les tuer».«On a pour ainsi dire cessé de détester les juifs dans nos sociétés », plaide Pierre Anctil, grand spécialiste de cette communauté dont il a traduit nombre d\u2019œuvres du yiddish au français.«Cette haine s\u2019est transférée.On pourrait presque réécrire aujourd\u2019hui certains textes nauséabonds d\u2019hier en permutant le mot \u201cjuif\u201d par \u201cmusulman\u201d.On disait que les juifs ne pouvaient pas s\u2019assimiler, qu\u2019ils n\u2019appartenaient pas au projet national.Il s\u2019écrit aujourd\u2019hui exactement la même chose à propos des musulmans!» ajoute-t-il.Un carburant «Il ne faut pas croire que ces courants de haine existent depuis peu.Ils ont des racines profondes.» Les inquiétudes se transmettent à travers le temps par des chemins souterrains.La cible demeure toujours facile, grossière.L\u2019ignorance et la crainte en sont souvent les principaux moteurs.« La haine des minorités a quelque chose de profond, d\u2019ancré dans le temps, mais cela rejaillit sur des cibles qui se modifient elles aussi au fil du temps.» Pierre Anctil estime que les débats récents sur la laïcité en ont été un formidable carburant.« Tous ces débats sur la place publique alimentent des courants de haine.Les gens s\u2019imaginent qu\u2019on peut facilement réfléchir à cela en public, à l\u2019Assemblée nationale ou entre intellectuels, comme si de rien n\u2019était, comme si cela n\u2019avait pas de conséquences.Ce n\u2019est pas vrai.On le voit : cela a des conséquences néfastes.Dans la bouche de certaines personnes, ces discussions alimentent tout simplement la haine, même si ce n\u2019est pas ce que ces gens veulent faire.» Le discours public peut vite déraper.«Un débat sur le port du tchador à l\u2019Assemblée nationale, viser les femmes\u2026 ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019il faut se parler, poursuit Pierre Anctil.C\u2019est irresponsable.Ça ouvre la voie à des abus et avalise la haine.» L\u2019enchaînement des discours autour de sujets aussi délicats, croit Anctil, peut conduire à un véritable point de rupture.«Cela peut motiver des gens fragiles, à qui l\u2019on suggère des choses à demi-mot.Je n\u2019aime pas utiliser l\u2019expression \u201cradio-poubelles\u201d.Il y a là des gens sans doute bien intentionnés.Et d\u2019ailleurs, cela ne se limite pas à ces radios.» Maxime Fiset a fini par se dissocier des lieux où pulse le plus fortement la violence à l\u2019égard des immigrants.Cet ancien radical croit lui aussi désormais qu\u2019il n\u2019est pas raisonnable de parler de sujets aussi sensibles sur la place publique, que cela peut entraîner des conséquences dommageables.« Il y a des gens qui prennent les réponses à leur questionnement pour un absolu, qui sont prêts ensuite à déshumaniser les autres.Au fond, la radicalisation est comprise par ceux qui l\u2019ont vécue ou qui l\u2019ont étudiée longtemps.» Plusieurs Bissonnette Abreuvée par la prose conservatrice et réactionnaire, l\u2019extrême droite apparaît aujourd\u2019hui très éclatée.Selon Maxime Fiset, qui agit désormais comme consultant tout en poursuivant des études à l\u2019université, il existe cinq catégories dans lesquelles se situent les individus qui naviguent dans la mouvance de l\u2019extrême droite au Québec.1.Les skinheads néonazis.«Ce sont souvent des jeunes désœuvrés, venant des classes populaires.Ils ont de la dif ficulté à l\u2019école et entrent dans une forme de crise et de révolte.» Ils carburent à la haine qu\u2019attise l\u2019extrême droite.2.Les solitaires.«Ce sont les plus intelligents.Des Machiavel, celui du Prince.Des types qui essaient de faire réaliser leurs projets par d\u2019autres.Ce sont ceux notamment qui manipulent les skinheads.» 3.Les Vikings.Ce sont des amateurs d\u2019univers fantastiques associés à la culture celte, nordique, ou au Moyen Âge.«Des poilus», dit Martin Fiset pour faire image.4.Les rednecks.«Ce sont les mononcles très racistes de la campagne.» 5.Les intellectuels.«Ce sont les plus dangereux.Ils n\u2019ont jamais réussi grand-chose, sont solitaires et intellectuels.Ils cultivent leurs ressentiments, comme Alexandre Bissonnette.J\u2019en connais plusieurs qui sont comme lui.» D\u2019un drame comme celui de Québec, Pierre Anctil estime que nous sommes «collectivement responsables ».Il en appelle à la prudence, à la tolérance.« Il suffit de peu pour que les gens perdent la tête.Après tout, Bissonnette, ce jeune homme de Québec, n\u2019avait pas le profil d\u2019un terroriste international.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 HAINE Le Conseil général du Bloc québécois se réunit aujourd\u2019hui, samedi, pour décider de la marche à suivre pour choisir le nouveau chef.Les partisans d\u2019une course rapide mènent la charge, mais ils devraient y penser à deux fois.l y a environ un an, la voie à suivre semblait claire.Le Bloc, dirigé par un chef intérimaire, voulait se donner un an pour réfléchir, remettre le parti sur les rails et préparer le terrain à l\u2019inévitable course à la direction.Les militants avaient 2017 dans leur mire, une cible qu\u2019ils ont alors adoptée au Conseil général.Un an plus tard, le portrait est moins clair.Il faut toujours trouver un successeur à Gilles Du- ceppe, mais quand?Ce printemps ou dans un an?Le débat divise maintenant le parti, ce qui ne le sert pas du tout.En fait, ces tiraillements laissent supposer des manœuvres destinées à favoriser la seule candidate-vedette à s\u2019être manifestée, la députée péquiste et ancienne candidate à la direction du Parti québécois Martine Ouellet.Parmi les pressés, on retrouve le bureau de direction, mené par le président et ancien chef Mario Beaulieu, et le directeur général du parti et ancien organisateur de Mme Ouellet, Stevens Héroux.S\u2019y rallie la moitié du caucus, dont les supporteurs de la députée de Vachon lors de la course au PQ et partisans avoués de sa candidature au Bloc.Martine Ouellet a aussi déjà indiqué qu\u2019elle souhaitait que le vote ait lieu rapidement.Le bureau de direction proposera aujourd\u2019hui un calendrier très serré avec déclenchement de la course dès aujourd\u2019hui, et élection du chef le 22 avril prochain.Cela voudrait dire une course de moins de trois mois.Dans une missive envoyée aux membres il y a un peu plus de deux semaines, M.Beaulieu disait que le parti devait agir vite a?n de devancer une actualité politique chargée en 2017.Il citait les congrès à la direction du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique, le congrès du Parti québécois et les élections municipales.Le trésorier du parti, Louis Demers, le leader parlementaire et député de Montcalm, Luc Thériault, l\u2019ancien chef Gilles Duceppe, le chef intérimaire Rhéal Fortin et le doyen du parti Louis Plamondon pensent au contraire que cette effervescence politique devrait inciter le Conseil général à revoir sa décision et à tenir le vote en juin 2018.Le Bloc occuperait seul l\u2019avant-scène en plus d\u2019économiser de l\u2019argent puisque l\u2019élection du chef coïnciderait avec la tenue du congrès d\u2019orientation du parti.Plus important encore, ils ne veulent pas \u2014 et avec raison \u2014 d\u2019un couronnement.Le Bloc a besoin d\u2019une vraie course avec des débats sérieux, plusieurs candidats, une campagne de recrutement de nouveaux membres, une mobilisation de toutes les forces souverainistes qui, à l\u2019échelle provinciale, sont divisées.?L\u2019élection du prochain chef bloquiste doit être retardée pour une autre raison.Le Bloc n\u2019a pas les moyens d\u2019indemniser ?nan- cièrement le futur chef pendant plus d\u2019un an.Si le vote a lieu ce printemps, il s\u2019écoulera encore deux ans et demi avant l\u2019élection générale d\u2019octobre 2019.Un candidat potentiel incapable de conserver son emploi tout en étant chef ne pourrait donc pas se lancer dans la course cette année.À moins d\u2019être indépendant de fortune ou\u2026 député à Québec.Un vote le 22 avril risquerait donc de priver le Bloc de candidatures intéressantes.Ceci nous ramène à Mme Ouellet qui, elle, compte continuer de siéger à l\u2019Assemblée nationale comme députée indépendante, advenant son élection à la tête du Bloc ce printemps.Ce serait inacceptable ! Comment pense-t-elle pouvoir servir ses électeurs à Québec et diriger un parti sur la scène fédérale sans manquer de respect aux électeurs de sa circonscription ou aux membres de son parti ?Ce ne serait pas illégal \u2014 elle en a eu l\u2019assurance \u2014 mais, sur le plan moral, ce serait fortement discutable et cela reviendrait périodiquement faire de l\u2019ombre à son travail de chef vouée à la reconstruction du Bloc.En revanche, si le vote avait lieu l\u2019an prochain, Mme Ouellet pourrait continuer à siéger à Québec et, si elle était élue chef en juin 2018, annoncer qu\u2019elle ne se représente pas aux élections de l\u2019automne suivant.Son dévouement à une tâche ou à l\u2019autre ne serait alors pas mis en doute.Mais voilà, cela l\u2019obligerait à prendre le risque de faire face à une concurrence sérieuse et à mener une campagne exigeante.Veut-elle l\u2019éviter ?Le Bloc, lui, ne peut pas s\u2019en passer.En fait, c\u2019est exactement ce dont il a besoin.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S L I B R E O P I N I O N S U Z A N N E Z A C C O U R Étudiante à la maîtrise en droit à l\u2019Université de Toronto J eudi matin, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé qu\u2019il ne por terait pas d\u2019accusations contre Gerr y Sklavounos, député libéral dénoncé pour avoir agressé sexuellement Alice Paquet.Sachant que moins de 20 % des plaintes à la police pour agression sexuelle mènent à des poursuites criminelles, la nouvelle n\u2019a rien de surprenant.Ce qui l\u2019est davantage, c\u2019est la déclaration par le DPCP « qu\u2019aucun acte criminel n\u2019a été commis ».Lorsqu\u2019une plainte est transmise au DPCP, le procureur responsable du dossier doit décider si des accusations seront déposées.Cette décision dépend de son degré de certitude qu\u2019une condamnation pourra être obtenue.Bien que les standards et procédures varient quelque peu selon les provinces, l\u2019idée de base est la même : alors que l\u2019État détient des ressources limitées, vaut-il la peine d\u2019intenter une poursuite contre un individu donné, considérant la preuve à la disposition de la Couronne ?Si les preuves sont suffisantes et que le crime est assez grave, le dossier criminel suivra son cours.En l\u2019absence de preuves suffisantes, le DPCP décidera de ne pas porter d\u2019accusations.Or, lorsque des accusations ne sont pas portées, on ne peut pas en déduire que l\u2019individu est innocent, pour deux raisons.D\u2019abord, l\u2019absence de preuve ne signifie jamais qu\u2019un événement ne s\u2019est pas produit.Ensuite, les fausses dénonciations d\u2019agression sexuelle sont, comme pour les autres crimes violents, assez rares.On estime généralement entre 2 et 8% le taux de plaintes infondées, ce qui inclut les plaintes retirées (même si l\u2019agression a eu lieu) ainsi que les erreurs sur l\u2019identité de l\u2019agresseur.Statistiquement parlant, une femme qui dénonce son agresseur dit la vérité.En affirmant que M.Sklavou- nos n\u2019a commis aucun crime, le DPCP participe à la confusion de la population sur le processus judiciaire, ainsi qu\u2019au maintien du mythe selon lequel les fausses dénonciations d\u2019agression sexuelle seraient fréquentes.Monopole de la vérité Il est par ailleurs important de comprendre que le droit ne détient pas le monopole de la vérité, et que la vérité juridique n\u2019est pas la vérité absolue.Faisons un bond de 30 ans dans le temps, à l\u2019époque où les maris pouvaient violer leur femme en toute légalité.Légalement, le viol conjugal n\u2019existait pas : est-ce dire que, dans les faits, les femmes n\u2019étaient jamais violées par leur mari ?Bien sûr que non.La non- culpabilité en droit ne garantit pas que le crime n\u2019a pas été commis.Par ailleurs, déterminer en droit si une agression a été commise est dans une certaine mesure subjectif.On sait que différents juges arriveront à des conclusions différentes relativement à une accusation d\u2019agression sexuelle, comme l\u2019affaire Robin Camp l\u2019a bien illustré.Lorsqu\u2019une décision en matière criminelle est infirmée par une cour d\u2019appel ou corrigée grâce à de nouvelles preuves, est-ce dire que la réalité de ce qui s\u2019est passé a changé également?Finalement, le choix de porter des accusations dépend de la preuve disponible et de la crédibilité de la victime.On accusera plus facilement l\u2019agresseur qui a commis son crime devant 35 témoins, mais cela ne signifie pas que l\u2019agresseur qui viole en secret est innocent.On reconnnaîtra plus facilement la culpabilité de l\u2019agresseur d\u2019une femme crédible, mais cela ne signifie pas que les hommes n\u2019agressent que les femmes crédibles.Les femmes autochtones, jeunes, intoxiquées, handicapées, pauvres, prostituées et qui ne se conforment pas au stéréotype de la femme violée ont plus de difficulté à obtenir justice.Cela ne signifie pas que ceux qu\u2019elles accusent sont toujours innocents \u2014 au contraire, certains criminels ciblent spécifiquement les femmes « non crédibles » afin de demeurer impunis.C\u2019est notamment la raison d\u2019être des «drogues du viol».Et la présomption d\u2019innocence?Une question demeure : peut-on continuer à penser que Sklavounos est coupable?Beaucoup avanceront que c\u2019est contraire à la présomption d\u2019innocence.Or, c\u2019est mal comprendre ce concept juridique certes fondamental, mais également limité dans son application.Si la présomption d\u2019innocence est essentielle pour contrebalancer l\u2019immense pouvoir de l\u2019État dans un processus judiciaire qui peut mener à l\u2019emprisonnement de l\u2019accusé, elle ne s\u2019applique pas à l\u2019opinion publique.Lorsqu\u2019Alice Paquet dénonce son agresseur, elle fait preuve d\u2019un courage exceptionnel et n\u2019enfreint en rien la présomption d\u2019innocence puisqu\u2019elle agit en dehors d\u2019un procès criminel impliquant l\u2019État.La présomption d\u2019innocence, intimement liée au standard de la preuve hors de tout doute raisonnable, vise la recherche de la vérité et témoigne du refus des emprisonnements arbitraires.Lorsque des femmes osent dénoncer des personnalités publiques, elles participent positivement au processus de recherche de la vérité, puisque ce sont souvent les dénonciations publiques qui déclenchent des enquêtes.Indépendamment de la décision du DPCP, les féministes et proféministes continueront à apporter leur soutien aux victimes d\u2019agression sexuelle et à professer #OnVousCroit.Gerry Sklavounos est-il juridiquement innocent ?FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L\u2019hypocrisie libérale On assiste depuis quelques jours à de grands discours et une multitude de bonnes intentions dans la foulée de l\u2019événement tragique de dimanche soir à Québec.La communauté de la capitale nationale a montré au monde qu\u2019elle était solidaire et qu\u2019elle pouvait répondre de façon digne à un tel acte des plus barbares, le point n\u2019est pas là.Le problème actuellement est l\u2019hypocrisie libérale à son paroxysme, qui se drape dans la ver tu du vivre-ensemble pour étouffer tout débat sur des sujets hautement sensibles au Québec et ailleurs dans le monde.On se souvient que le rappor t Bou- chard-Taylor a été déposé en 2008, ça fait neuf ans et rien n\u2019a bougé ! Les libéraux n\u2019ont jamais voulu régler l\u2019épineuse question de l\u2019identité, et tout ce qui traîne se salit.Malheureusement, un événement comme dimanche est encore une fois teinté de débats sur nos débats plutôt que ne se concentrer sur l\u2019amélioration de nos rapports avec les différentes communautés.Le jour où le Parti libéral voudra vraiment régler les problèmes d\u2019accommodements raisonnables au Québec, on pourra enfin passer à autre chose et axer la suite BLOC QUÉBÉCOIS Où est l\u2019urgence ?I MANON CORNELLIER Il est par ailleurs important de comprendre que le droit ne détient pas le monopole de la vérité, et que la vérité juridique n\u2019est pas la vérité absolue sur ce qui nous unit et non sur ce qui nous divise.SVP, Monsieur le Premier Ministre, ne soyez pas chef d\u2019État seulement lors d\u2019événement malheureux, soyez-le aussi lorsqu\u2019il faut prendre des décisions importantes pour notre avenir.Je crois que le Québec mérite mieux que d\u2019éternelles chicanes sur l\u2019identité, nous serons jugés par ce que nous ferons dans les prochains mois.Catherine Dumais Rimouski, le 2 février 2017 Charte des valeurs contre les communautés culturelles, vraiment?Pendant qu\u2019on cherche à déterminer les causes de l\u2019attentat terroriste perpétré contre les musulmans à Québec, voici que, dans Le Devoir du 1er février, Marco For tier et Rober t Dutrisac rappor tent que, « depuis l\u2019attaque armée contre la mosquée de Québec [\u2026] des musulmans de tous les horizons de la société ont dénoncé le climat explosif provoqué par le projet de charte des valeurs».Comme si cette charte s\u2019attaquait aux musulmans.À cette époque, j\u2019étais étonné de voir comment cer tains opposants à cette char te trompaient délibérément la population en faisant croire que l\u2019on s\u2019attaquait aux communautés culturelles.Or la char te traitait de la laïcité de l\u2019État québécois en interdisant le por t des signes religieux ostentatoires dans l\u2019espace public et non de la présence des communautés culturelles.Comme la majorité du Québec est composée de catholiques, faudrait-il dire que la charte des valeurs les rejetait, les considérait comme une tare, en leur interdisant de porter des signes religieux ostentatoires, tels que crucifix, scapulaires, photos de saints, pour servir l\u2019État québécois ?Le succès des opposants à la char te est le résultat de cette association fallacieuse et délibérée où l\u2019on a fait dévier le débat de l\u2019interdiction du por t des signes religieux dans l\u2019espace public vers celui du rejet des communautés culturelles, comme si seules les communautés culturelles étaient croyantes et pratiquantes.Gaston Ducasse Laval, le 2 février 2017 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Guy Taillefer (éditorialiste, responsable de la page Idées), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).G U Y L A C H A P E L L E Professeur de science politique, Université Concordia S T É P H A N E P A Q U I N Professeur, École nationale d\u2019administration publique arrivée de Donald J.Trump comme 45e président des États-Unis oblige le Québec à repenser ses relations avec les États-Unis.Depuis de nom - breuses années, nous défendons nos intérêts aux États-Unis, pour le meilleur et pour le pire.Aujourd\u2019hui, le pire est à nos portes et risque de bouleverser autant nos acquis que nos relations avec notre principal partenaire économique.Alors qu\u2019on attend encore la nouvelle politique internationale du gouvernement Couillard, Donald Trump nous oblige à nous poser une question fondamentale: quelle stratégie faut-il adopter devant le nouvel homme fort de Washington?Notre gouvernement sait-il vraiment comment faire face à la tempête?S\u2019est-il développé une expertise et des réseaux aux États-Unis?Ou laissera-t-il le gouvernement fédéral décider de l\u2019avenir du Québec et des emplois des travailleurs d\u2019ici?L\u2019interdépendance La ministre des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) du Québec, Christine St- Pierre, a bien raison de vouloir augmenter nos effectifs aux États-Unis.Il faut expliquer que l\u2019accord de libre-échange est bénéfique des deux côtés de la frontière et que de nombreux emplois risquent d\u2019être perdus si le président Trump adopte ses politiques protectionnistes.Pour bien répondre au défi Trump, il faudra plus que jamais des ressources financières supplémentaires au MRIF, une réorganisation de notre politique américaine (comme Justin Trudeau l\u2019a fait en remplaçant Stéphane Dion par Chrystia Freeland), le déploiement de ressources humaines sur le territoire américain, notamment à Washington, et surtout la présence du Québec à toutes les tables de négociations sectorielles et autres dans l\u2019éventualité d\u2019une réouverture complète ou partielle de l\u2019Accord nord-américain de libre-échange (ALENA).Le gouvernement fédéral a d\u2019ailleurs annoncé qu\u2019il pourrait inclure le bois d\u2019œuvre dans la négociation et les discussions sur le traité de libre-échange.La realpolitik du gouvernement du Québec sonne à l\u2019heure américaine.Il y a 30 ans, alors que l\u2019arrivée de Brian Mulroney à la tête de l\u2019État canadien était imminente, le Québec était déjà très actif aux États-Unis.La première politique internationale du gouverneme nt du Québec de 1984 s\u2019intitulait d\u2019ailleurs Le Québec dans le monde : le défi de l\u2019interdépendance.Le chapitre sur les États-Unis soulignait l\u2019importance économique et politique de notre voisin du Sud et surtout cherchait des outils afin que le Québec puisse profiter de notre proximité avec la plus grande puissance économique mondiale.Au fil des ans, et surtout à la suite de la mise en œuvre de l\u2019ALE puis de l\u2019ALENA, nos élites politiques et économiques ont compris que l\u2019acceptation de notre identité continentale était un élément essentiel à la croissance de notre économie, et ce, sans négliger nos partenaires européens, et en particulier nos liens historiques avec la France et la Grande-Bretagne.Cette reconnaissance signifiait de manière pratique qu\u2019il fallait avoir des ressources sur le territoire américain afin de débattre de l\u2019importance de développer des politiques communes, en matière énergétique, environnementale ou simplement en ce qui concerne notre sécurité.Les chiffres sont à ce chapitre éloquents.La valeur de nos exportations vers le pays de l\u2019oncle Sam a atteint plus de 57milliards $CAN en 2016 pour un surplus commercial de 20 milliards.Plus encore, les États-Unis sont le seul pays avec lequel nous avons un surplus commercial, alors que nous accumulons des déficits commerciaux avec toutes les autres zones géographiques de la planète.Finalement, 20 % du PIB québécois repose sur nos liens commerciaux avec les États-Unis.C\u2019est énorme.Le Québec ne peut rester silencieux ou ignorant devant ce qui se passe au sud.Il faut être présent sur toutes les tribunes pour faire valoir nos points de vue et défendre nos intérêts.Le gouvernement du Québec a aujourd\u2019hui une belle occasion de démontrer qu\u2019il est prêt à défendre les intérêts du Québec sur tous les fronts.Quelle stratégie?Au fil des ans, et surtout depuis l\u2019ALENA, tous les gouvernements du Québec et tous les partis à l\u2019Assemblée nationale se sont entendus sur le fait qu\u2019on ne peut ignorer notre partenaire du Sud.Mais le patriotisme économique de Donald Trump nous oblige, comme ce fut le cas au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, à revoir nos priorités.Le MRIF doit avoir le plus rapidement possible, en concertation avec le Commerce international, une direction États-Unis à Montréal.Il faudrait également que le MRIF finance une chaire de recherche sur nos relations extérieures et sur le commerce international entre le Québec et les États-Unis, à laquelle seraient associés des spécialistes québécois et américains.Les milieux d\u2019affaires ont besoin d\u2019un lieu d\u2019analyse, de réflexion et de coordination afin de développer une stratégie de communication efficace et rejoindre tous les groupes aux États-Unis, et également en Europe.Il doit aussi multiplier les offensives au niveau des États américains pour que ces derniers fassent pression sur Washington.Sur ce dernier front, le ministre britannique du Commerce international, Liam Fox, a rappelé cette semaine à Montréal que le Royaume-Uni entrevoyait également de signer, après la fin des négociations sur le Brexit, un nouvel accord avec le Canada qui s\u2019inspirerait de l\u2019accord Canada\u2013É.-U.On peut faire semblant d\u2019avoir une politique internationale et commerciale pendant un certain temps, mais aujourd\u2019hui la réalité politique rattrape le gouvernement du Québec.Le Québec devrait donc profiter du moment pour financer davantage la délégation du Québec à Washington afin de faire un véritable lobby pour nos entreprises.C\u2019est le Québec qui risque de perdre le plus, de toutes les provinces.Il faut plus qu\u2019engager des firmes de lobby américaines pour faire ce travail auprès des décideurs américains ; il faut du personnel politique et économique capable d\u2019ouvrir des portes.Nous n\u2019avons pas eu ce genre de personnes par le passé; il faut aujourd\u2019hui les multiplier.On entrevoit une baisse du budget du MRIF pour 2017-2018, qui est déjà sous la barre des 95 millions.C\u2019est au premier ministre du Québec d\u2019assumer son leadership entre deux voyages de pêche aux portes de l\u2019Enfer ! Il faut une vision à long terme car, si l\u2019orage devient tempête, il faudra être tous là si nous ne voulons pas que le bateau sombre.Le gouvernement du Québec ne peut laisser le gouvernement Trudeau négocier à notre place, tant avec les États-Unis qu\u2019avec le Royaume-Uni ou l\u2019Europe.Nous risquons dans le cas américain de perdre nos acquis au profit des intérêts électoralistes du Parti libéral du Canada, ou devant les pressions de l\u2019industrie automobile de l\u2019Ontario et des pétrolières de l\u2019Ouest.L\u2019Alberta est la province la plus heureuse de l\u2019arrivée de Trump.L\u2019ancien gouvernement Harper a entretenu des liens étroits avec les ultra- conservateurs du Parti républicain et ils sont déjà à pied d\u2019œuvre avec leurs amis au Congrès américain.Ils attendent avec impatience les premiers coups de pelle pour le projet Keystone! Manifestement, les liens Alberta-Texas s\u2019intensifieront.Philippe Couillard doit défendre nos intérêts avec vigueur.Il a affirmé qu\u2019il ferait davantage de voyages aux États-Unis \u2014 11 depuis son élection.Mais cela n\u2019est pas suffisant.Il faut une présence là où ça compte : à Washington, afin d\u2019établir des contacts avec tous les groupes influents, et pas seulement des élus démocrates.LE QUÉBEC FACE À DONALD TRUMP Le nouveau triangle Québec\u2013Canada\u2013États-Unis M A N O N M A S S É Porte-parole parlementaire par intérim de Québec solidaire ous sommes quatre.Quatre à avoir des moyens considérables, des tribunes privilégiées, des leviers qui peuvent faire évoluer bien des choses.Nous sommes quatre partis à l\u2019Assemblée nationale et nous devons tous les quatre assumer nos responsabilités dans l\u2019attentat terroriste qui a visé la communauté musulmane de chez nous.Nous nous devons d\u2019être humbles et d\u2019accepter l\u2019évidence: non, nous n\u2019avons pas jusqu\u2019à maintenant emprunté la bonne voie pour améliorer le vivre- ensemble et, non, nous ne pouvons pas décider de ce qui est bon pour tout le monde uniquement entre personnes blanches et privilégiées.Après ce terrible drame et l\u2019onde de choc qui lui fait encore écho, l\u2019heure est à l\u2019écoute.Peut- on se rassembler, se rallier, se réunir et chercher ensemble des solutions ?Pas chacun et chacune dans son coin du Québec.Pas en discutant avec nos « proches », qui ont toutes les chances du monde de penser comme nous.Mais plutôt avec nos « loin».Avec ceux et celles qu\u2019on connaît moins bien, mais qui sont pourtant nos semblables.Est-ce qu\u2019on pourrait donner une chance à ces échanges d\u2019avoir lieu?Est-ce qu\u2019on peut se parler dans le blanc\u2026 des yeux?Racisme systémique et plus encore À l\u2019Assemblée nationale, notre pouvoir législatif, est-ce qu\u2019on pourrait entendre les personnes de confession musulmane, les personnes raci- sées, écouter ce qu\u2019elles ont à dire, leurs pistes de solutions?Réfléchissons ensemble pour panser leurs blessures.Il faut leur faire une place, une place assez grande pour pallier (au moins un peu) leur sous- représentation démocratique.Comment peut-on les consulter plus souvent pour faire reculer le racisme ordinaire et systémique?Pas seulement sur les questions liées à l\u2019immigration.Le racisme, il faut le combattre partout.C\u2019est un enjeu d\u2019éducation, de santé, de logement, de sécurité publique, de justice, d\u2019emploi et, bien sûr, de laïcité de l\u2019État\u2026 On ne peut pas simplement attendre patiemment que de nouveaux députés racisés soient élus pour défendre leurs droits individuels et collectifs.On doit ajouter leurs voix au chapitre.En plus de déclencher au plus vite une Commiss ion sur le rac isme, comme les groupes le réclament depuis trop longtemps, comment ferons-nous pour créer cet espace d\u2019écoute, de dialogue et d\u2019échanges ?Il faut aussi répondre à cette question avec eux.Est- ce qu\u2019on veut un Conseil du statut des minorités racisées et des personnes immigrantes ?L\u2019attentat terroriste que nous avons connu constitue un réveil brutal pour la société québécoise.Notre Parlement doit en prendre acte, être créatif et surtout inclusif.Il faut que ça bouge et il faut que ça bouge maintenant.Les blessures et les craintes Il y a tous ces gens qui o nt de vraies craintes.Ces craintes-là, nous les connaissons bien.La peur de l\u2019inconnu, des guerres, de la violence, du rejet, de l\u2019impuissance.Ces peurs s\u2019expriment, elles résonnent dans les médias.Et pourtant, bien qu\u2019on nous les ait confiées, nous avons été négligents\u2026 Pire, certains en ont profité et les ont alimentées.Est-ce qu\u2019on pourrait travailler ensemble et trouver les bons mots pour informer, décons- truire les préjugés et comprendre les insécurités légitimes des citoyens et citoyennes ?La peur s\u2019est frayé une place de choix à l\u2019Assemblée nationale et dans les discours sur l\u2019islam, l\u2019immigration, l\u2019inclusion.Pour apaiser les inquiétudes, c\u2019est pourtant de discours politiques sincères, rassembleurs et basés sur les faits que nous avons besoin.Voici mes réflexions sur ce rôle de député.Je souhaite ardemment que mes collègues fassent eux aussi l\u2019exercice pour qu\u2019ensemble on contribue à changer les choses.J\u2019espère qu\u2019on pour ra, comme Parlement et comme é lus, prendre le taureau par les cornes et nous attaquer sérieusement à la question du racisme, dans le dialogue, dans l\u2019ouver ture d\u2019esprit, dans l\u2019action, loin des préjugés.Et peut-être que, si on montrait l\u2019exemple, le reste de la société, les médias, les tribunaux, le gouvernement, s\u2019en inspireraient pour que s\u2019opère ce changement de culture nécessaire.ATTENTAT DE QUÉBEC Est-ce qu\u2019on pourrait montrer l\u2019exemple ?ALEX BRANDON ASSOCIATED PRESS Le protectionnisme de Donald Trump obligera le gouvernement Couillard à multiplier les of fensives auprès des États américains pour faire pression sur Washington, selon les auteurs.N PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Faire une place aux néo-Québécois dans nos institutions démocratiques est nécessaire pour améliorer les relations avec ceux qu\u2019on connaît moins bien, estime la députée Manon Massé.«Le gouvernement du Québec ne peut laisser le gouvernement Trudeau négocier à notre place, tant avec les États-Unis qu\u2019avec le Royaume-Uni ou l\u2019Europe» L\u2019 J E A N G R O N D I N Professeur de philosophie à l\u2019Université de Montréal U ne nouvelle affaire Heidegger accapare l\u2019opinion.La publication de ses Cahiers noirs dans les tomes 94 à 97 de ses œu- vres révélerait pour la première fois l\u2019antisémitisme du philosophe dont on sait qu\u2019il fut un partisan du national-socialisme en 1933.Pour ses détracteurs et bien de ses lecteurs, c\u2019est un scandale.C\u2019est que l\u2019on a longtemps cru au mythe selon lequel Heidegger aurait été nazi sans avoir été antisémite.Il y avait des raisons de le penser : i l a eu d\u2019éminents maîtres juifs, dont Husserl, à qui il a dédié Être et temps, et Rickert, qui a dirigé ses deux thèses, de brillants élèves juifs, dont Strauss, Löwith, Marcuse, Anders, Jonas et Levinas, et au moins une maîtresse juive qui deviendrait aussi célèbre, Hannah Arendt, laquelle a mis un point d\u2019honneur à défendre son maître après la guerre.De plus, Heidegger ne reprenait jamais les attaques antisémites des nazis dans ses textes politiques quand il fut recteur en 1933- 1934.Il n\u2019y avait aucun texte antisémite de lui, comme on en trouve chez de Man, Blanchot, Céline ou Frege.D\u2019où le mythe d\u2019un nazi fervent qui n\u2019aurait pas été antisémite.Il était naïf de le penser et les Cahiers nous le confirment.Donc oui, Heidegger a été nazi et antisémite, du moins jusqu\u2019à un certain point qu\u2019il nous faudra préciser.La surprise eût été qu\u2019il ait pu être nazi sans être (au moins un peu) antisémite.Qui est Heidegger?Pourquoi se soucier d\u2019un obscur philosophe allemand qui aurait été nazi et antisémite?C\u2019est que Heidegger est par ailleurs l\u2019un des grands et des plus influents philosophes d u X X e s i è c l e .S a n s l u i , p l u s i e u r s a v a n c é e s philosophiques sont impensables, dont l\u2019existentialisme de Sartre et Camus, l\u2019herméneutique de Bultmann, Gadamer et Ricœur, la déconstruction de Derrida et la généalogie de Foucault.D\u2019autres penseurs des horizons les plus divers se sont inspirés de sa pensée : outre ses élèves juifs déjà nommés, dont aucun n \u2019a jamais renié sa dette philosophique envers lui-même si tous ont eu à le cr i t iquer, c \u2019es t l e cas de Steiner, Finkielkraut, Ror ty, Vattimo, Marion et Taylor.Sans le savoir, le citoyen moyen reste marqué par sa pensée : sa propre existence est d\u2019abord animée par une éthique de l\u2019authenticité, où Taylor a reconnu l\u2019une des aspirations majeures du dernier siècle et dont on sait l\u2019ascendant sur les jeunes, mais que Heidegger fut l\u2019un des premiers à développer dans Être et temps ; la critique devenue usuelle de l\u2019hégémonie de la pensée technoscientifique doit pour sa part beaucoup à sa seconde pensée, qui cherche à explorer un rappor t moins agressif par rappor t à l\u2019être (tout l\u2019écologisme en découle) afin d\u2019éviter une dévastation de notre bonne vieille terre (Heidegger est attaché à cette idée de terre, qu\u2019il entend à partir de Hölderlin, mais où les inquisiteurs soupçonnent trop vite un écho à l\u2019idéologie du terroir et du sang des nazis).Sur ces questions comme tant d\u2019autres, dont la prise de conscience de l\u2019ampleur du nihilisme auquel semble aboutir notre culture, Heidegger reste un maître exceptionnel qui influence jusqu\u2019à ses dénigreurs, nombreux, et d\u2019autant que le succès d\u2019un penseur dont on sait qu\u2019il fut nazi en irrite avec raison plus d\u2019un.Que sont ces Cahiers noirs?Si les polémiques autour de Heidegger sont récurrentes, c\u2019est qu\u2019elles posent une question de fond : comment un philosophe de sa stature a-t-il pu prendre par ti pour Hitler ?Peut-on dissocier l\u2019œuvre de la personne ?Ces questions sont fondamentales.L\u2019intérêt des Cahiers noirs est de nous aider à y répondre.Que sont d\u2019abord ces Cahiers, non traduits et que n\u2019ont pas toujours lus ceux qui en parlent ?C\u2019est un ensemble de carnets (dits noirs à cause de leur reliure de cuir noir) dans lesquels Heidegger consignait les réflexions qui lui venaient spontanément à l\u2019esprit.Il y a en tout 34 de ces carnets qui promettent de remplir huit tomes de l\u2019œuvre complète (GA).Les tomes parus couvrent les années 1931 à 1948, cruciales parce que l\u2019on peut maintenant mieux savoir ce que Heidegger a pensé avant l\u2019arrivée des nazis, pendant leur règne et après la fin de la guerre, et d\u2019autant que c\u2019est une période au cours laquelle il n\u2019a presque pas publié, bien qu\u2019il ait beaucoup écrit.Ce sont des textes d\u2019un réel intérêt historique, biographique et philosophique, dont la lecture peut toutefois être pénible.Heidegger y râle beaucoup: il se plaint de l\u2019incurie de son époque, de celle des nazis eux-mêmes, qu\u2019il critique plus souvent qu\u2019il ne défend, des historiens qui n\u2019entendent rien au cours des choses, etc.Il se lâche en quelque sorte et dit tout haut ce qu\u2019il pense de la médiocrité ambiante.Heidegger n\u2019est pas le seul de son époque à croire vivre une période de déclin.On pensera au best-seller de Spengler sur Le déclin de l\u2019Occident (1918), dont Heidegger parle un peu et dont il partage généralement le verdict, tout en estimant mieux saisir les raisons de ce déclin avec sa pensée de «l\u2019histoire de l\u2019être» qui trouve dans ces Cahiers ses premières ébauches.La propagande de guerre nazie Évidemment, le commun des lecteurs est moins intéressé par les subtilités de cette nouvelle philosophie que par ce que ces Cahiers pourraient révéler au sujet de l\u2019engagement nazi du penseur (la fascination de la culture populaire pour tout ce qui a trait au nazisme y contribue aussi).On peut pardonner à celui qui n\u2019a pas lu ces Cahiers de croire qu\u2019ils regorgent de salves antisémites, car c\u2019est sur elles que l\u2019attention médiatique s\u2019est précipitée.La vérité est que les textes où af fleure un certain antisémitisme, dont on ne saurait atténuer la réalité, sont assez rares dans les Cahiers.On n\u2019en trouve qu\u2019une douzaine dans les 1800 pages des Cahiers, occupant en tout moins de trois pages.Ces textes d\u2019un autre âge, où l\u2019antisémitisme était répandu et pas seulement en Allemagne, sont abjects et fourmillent de stéréotypes stigmatisant la pensée «calculatrice» et le caractère «magouilleur» des Juifs (Heidegger fustige non moins durement et plus souvent encore les «manigances » des églises chrétiennes).Ce que l\u2019on ne souligne jamais, c\u2019est que l\u2019on ne trouve aucun texte antisémite dans le premier tome,qui correspond aux années 1931-1938.Si cela est révélateur, c\u2019est que c\u2019est dans ce tome que Heidegger justifie en long et en large son engagement.Il est persuadé que l\u2019heure d\u2019un « réveil » a sonné pour les Allemands, mais il n\u2019y parle à aucun moment de l\u2019antisémitisme des nazis.Y a-t-il vu, comme l\u2019a aussi pensé Aron quand il était à Berlin en 1933, une simple arme de propagande électorale sans conséquences politiques (Mémoires, p.76) ?Dans ce qui est incontestablement un autoaveuglement, Heidegger ne semble pas y avoir vu un aspect essentiel du «sursaut» allemand auquel il se rallie avec fracas quand il devient recteur en 1933.Il démissionne toutefois de son poste en avril 1934, donc avant la Nuit des longs couteaux du 30 juin 1934, quand Hitler fait assassiner ses rivaux, révélant par là la nature criminelle de son régime qui pouvait jusqu\u2019alors s\u2019autoriser d\u2019une relative légitimité démocratique.Dès 1938, Heidegger décrit son engagement comme une illusion : «Au cours des années 1930-1934, j\u2019ai vu dans le national-socialisme la possibilité du passage vers un nouveau commencement dans la lecture que j\u2019en ai proposée» et «par-là, j\u2019ai méconnu et sous-estimé ce \u201cmouvement\u201d dans sa réalité véritable» (GA 95, 408).Seulement, le cas de Heidegger n\u2019est pas simple, la «pleine reconnaissance de cette première illusion » ne l\u2019empêche pas de continuer « à af firmer philosophiquement la nécessité de ce mouvement», car celui-ci serait « indépendant de ses figures actuelles et visibles ».C\u2019est qu\u2019il continue d\u2019espérer une révolution de notre rapport à l\u2019être, même si, désillusionné, il juge qu\u2019elle est devenue invraisemblable pour des siècles encore (son grand souci durant cette période sera d\u2019ailleurs de sauvegarder ses manuscrits pour qu\u2019ils puissent être entendus dans 300 ans).Ce que l\u2019on peut reprocher à Heidegger, c\u2019est sa naïveté et son absence de sens politique (lequel ne courait pas les rues dans la détresse des années 1930) : le tournant spirituel dont il rêvait n\u2019était pas du tout celui que les nazis mettaient en œuvre.Il s\u2019en est rendu compte au plus tard en 1938, et peut-être dès 1934 quand il a démissionné du rectorat.Or, c\u2019est aussi à par tir de 1938-1939 que l\u2019on commence à trouver des textes à teneur antisémite dans les Cahiers.Comment expliquer cette apparition tardive ?Il faut savoir que ces années furent celles où les nazis ont intensifié leur propagande antisémite : comme l\u2019a rappelé l\u2019historien anglais N.Stargardt (The German War, 2015, p.197), les nazis ont alors voulu convaincre les Allemands que c\u2019était la « juiverie mondiale» (terme que reprend à ce moment Heidegger), avec ses «manigances», qui avait incité les Alliés à faire la guerre à l\u2019Allemagne.Cette croisade antisémite infeste plusieurs textes de Goebbels, dont son brûlot infâme du 16 novembre 1941, «C\u2019est la faute des Juifs !», où la « juiverie » est tenue responsable du « déclenchement et de l\u2019extension de la guerre» (sic).Les Cahiers de cette période démontrent que Heidegger fut hélas dupe de cette démente propagande de guerre qui présentait Hitler comme un leader qui cherchait la paix, mais dont les propositions de paix étaient toujours rejetées par les Alliés à cause de l\u2019influence qu\u2019exerçaient sur eux les Juifs.Pour cette propagande per verse, c \u2019 é t a i t a u s s i l e « judéo-bolchévisme » qui était responsable de l\u2019ouverture du front Est et de la guerre a v e c l a R u s s i e .À l\u2019époque, comme le souligne Stargardt, les évêques catholiques allemands ont publiquement appuyé cette «guerre défensive» contre la Russie.En dépit de ses critiques désabusées de la réalité du régime et notamment de son biologisme racial, Heidegger a été influencé par cette propagande, et d\u2019autant qu\u2019il était naturel pour un « patriote » comme lui de se solidariser avec la cause de son pays en temps de guer re.Il faut se souvenir que ses deux fils étaient alors au front.Pourquoi devaient-ils se battre ?Réponse : à cause de la « juiverie mondiale » dont Heidegger dit dans un des passages incri- minants des Cahiers qu\u2019elle est « toujours insaisissable et que malgré tout son pouvoir, elle ne doit pas du tout participer aux actions guerrières alors que nous n\u2019avons d\u2019autre choix que de sacrifier le meilleur sang de notre peuple» (GA 96, 262).On peut dire que c\u2019est un texte antisémite, mais on peut aussi l\u2019entendre sur un plan plus personnel: les Juifs étaient quotidiennement dépeints comme les responsables des maux dont souffrait alors l\u2019Allemagne, au premier rang desquels il y avait le bombardement des populations civiles dont la propagande nazie faisait son miel.Cette propagande déformait évidemment les faits du tout au tout (quant à l\u2019information qui circulait sur les camps, elle était décriée comme de la propagande alliée et «juive»).C\u2019était cependant la seule version des faits à laquelle Heidegger avait accès.Il vivait dans une société extrêmement totalitaire contrôlant tous les moyens de communication.Cela ne l\u2019honore pas, mais Heidegger a été victime de sa puissante propagande et de son propre aveuglement au sujet de la révolution dont l\u2019Occident aurait besoin.Il faut tenir compte de cette situation de détresse quand on condamne aujourd\u2019hui Heidegger depuis le confort de nos écrans d\u2019ordinateur grâce auxquels nous avons commodément accès à plusieurs sources d\u2019information.Heidegger n\u2019avait pas ce privilège.Que celui qui n\u2019a jamais été victime de la propagande dans un régime totalitaire et meurtrier lui lance la première pierre.?Des commentaires?Écrivez à Dave Noël : dnoel@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/societe/le- devoir-de-philo L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 B 6 PHILOSOPHIE Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.Peut-on défendre Heidegger ?TIFFET Ce que l\u2019on peut reprocher à Heidegger, c\u2019est sa naïveté et son absence de sens politique : le tournant spirituel dont il rêvait n\u2019était pas du tout celui que les nazis mettaient en œuvre.Il s\u2019en est rendu compte au plus tard en 1938.CLAUDE LACASSE UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Jean Grondin est professeur de philosophie à l\u2019Université de Montréal.Pourquoi se soucier d\u2019un obscur philosophe allemand qui aurait été nazi et antisémite ?C\u2019est que Heidegger est par ailleurs l\u2019un des grands et des plus influents philosophes du XXe siècle."]
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