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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-02-04, Collections de BAnQ.

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[" RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR « Pour écrire ce livre, je me suis plongé volontairement dans le drame du père qui a perdu son enfant en m\u2019imaginant comment je réagirais si ça m\u2019arrivait», explique Charles Quimper.C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 Bortnikov et son «murmure dans le cul de l\u2019éternité» Page F 5 L\u2019ode de Lauren Groff à l\u2019amour conjugal Page F 5 D A N I E L L E L A U R I N A 16 ans, il rêvait déjà de devenir écrivain.À 39 ans, Charles Quimper publie son premier roman, Marée montante, un court opus sur le deuil insurmontable d\u2019un père dont la petite fille est morte noyée.«On a beaucoup parlé de la mort des vedettes dernièrement, fait remarquer l\u2019auteur, mais la mort ordinaire, qui frappe tous les jours, on en parle peu, alors qu\u2019on a tous connu quelqu\u2019un qui est décédé.» Pour autant, précise au bout du fil cet ex-ins- tallateur de piscine qui officie comme libraire à Québec, sa ville natale, «mon roman n\u2019est basé sur rien que j\u2019ai vécu personnellement».Père d\u2019un garçon de 16 ans et d\u2019une fille de 10 ans, il confie cependant : « Pour écrire ce livre, je me suis plongé volontairement dans le drame du père qui a perdu son enfant en m\u2019imaginant comment je réagirais si ça m\u2019arrivait.» L\u2019idée de Marée montante a germé en lui il y a une dizaine d\u2019années.Elle ne l\u2019a plus lâché.Mais est-ce par manque de confiance en son talent, par peur d\u2019essuyer des refus de la part des éditeurs, ou par perfectionnisme, parce qu\u2019il tenait à ce que chaque mot pèse dans son récit\u2026 La gestation du projet n\u2019en finissait plus.Collectionneur de machines à écrire, il a d\u2019abord dactylographié ses premiers jets, avant de passer à l\u2019ordinateur.Ce n\u2019est que l\u2019an dernier qu\u2019il s\u2019est enfin décidé à coucher tout du long son histoire.Mais en prenant soin de faire court : une soixantaine de pages, d\u2019une remarquable densité.« C\u2019est un récit que je voulais bref, insiste-t-il, parce que 300 pages de ce drame-là, ça aurait été insupportable et pour moi et pour n\u2019importe quel lecteur\u2026» La froideur de l\u2019entrefilet Au départ, il y a une dizaine d\u2019années, il y a eu un entrefilet aperçu dans un journal.Charles Quimper dit avoir été frappé par l\u2019économie de mots employée.« J\u2019avais trouvé ça très froid comme façon de parler de la mort d\u2019un enfant, d\u2019un drame épouvantable.» Il ajoute qu\u2019on retrouve, à peu de choses près, le même genre d\u2019entrefilet chaque été.« Je l\u2019ai surveillé pendant 10 ans, cet entrefilet, dans les journaux locaux, et on parle toujours de négligence fatale.On utilise toujours les mêmes mots, c\u2019est presque calqué d\u2019année en année, ce qui a renforcé mon désir d\u2019écrire cette histoire.» Dans Marée montante, le père de la petite Béatrice est d\u2019autant plus dévasté qu\u2019elle s\u2019est noyée alors qu\u2019il a eu un moment d\u2019inattention.Un sentiment de culpabilité terrible l\u2019af flige.Mais Charles Quimper refuse de parler de négligence.« Je crois que c\u2019est un accident, comme il y en a tout plein dans la vie.Un accident c\u2019est un accident, le mot le dit.Employer le mot \u201cnégligence \u201d, c\u2019est une façon de présumer que c\u2019est toujours la faute du parent si l\u2019enfant échappe à son attention pendant quelques secondes.» Un deuil difficile Dans le cas de Marée montante, le corps de l\u2019enfant n\u2019a pas été retrouvé.Ce qui rend le deuil encore plus difficile.Cette façon de prolonger les souffrances du narrateur, l\u2019auteur l\u2019assume complètement.«Je voulais l\u2019amener vers quelque chose de vague et de confus, pour laisser la place au lecteur de s\u2019imaginer ce qu\u2019il veut.» Au final, on ne saura pas vraiment ce qui s\u2019est M A R I E F R A D E T T E «À peine descendus de nos vélos, on se ruait devant la console.La cartouche était abîmée, un écran noir : tu as souf flé dans la cassette.Tu as ressuscité le jeu.» Ressusciter le jeu, comme ressusciter ces instants d\u2019éternité, particulièrement ces moments d\u2019enfance vécus entre deux petits garçons.Le narrateur relate ainsi quelques épisodes croqués sur le vif d\u2019un été inoubliable.Des jeux dans le sable, à la cachette, en passant par les minutes passées devant la console de jeu, tout lui revient pour mieux exprimer l\u2019émotion qu\u2019il ressentait à ce mo- ment-là envers cet «amireux», cet ami qui doucement se transforme en amoureux : « Quand on réussissait le jeu, Tu passais un bras autour de moi, on soupirait en se craquant les doigts, Tu me souriais et je pensais Je t\u2019\u2026 » C\u2019est en revisitant ses vieilles boîtes de souvenirs contenant cahiers d\u2019école, dictées, bouts d\u2019histoires écrites avec sa petite plume d\u2019enfant de 8-10 ans \u2014 des tentatives d\u2019écriture de débuts de romans dira-t-il \u2014 que Jonathan Bécotte a l\u2019idée d\u2019écrire Souffler dans la cassette (Leméac), un premier roman poétique sur le thème de l\u2019amitié fusion- nelle entre deux petits garçons.« Même dans mes journaux intimes, je voyais qu\u2019il y avait quelque chose de fort, un sentiment intense sur lequel je n\u2019arrivais pas à mettre le doigt quand j\u2019étais enfant.En relisant les textes, avec le recul de l\u2019adulte que je deviens [l\u2019auteur a 30 ans aujourd\u2019hui], je me suis rendu compte que la première amitié représente peut-être le premier vrai amour.Je suis parti de ça et de fil en aiguille, je suis arrivé à plusieurs textes.» Si l\u2019auteur met en scène la découverte graduelle de l\u2019amour entre deux petits garçons, le but était avant tout de souligner la pureté du sentiment amoureux.«Je ne voulais pas que les gens grincent des dents ou grimacent, je voulais que les gens entrent dans l\u2019intimité des personnages, qui est pure.Je voulais rester dans le doré et le magique de l\u2019enfance et pas rentrer dans ce qui vient après.» Le regard de l\u2019autre « On a mélangé notre sang dans une petite forêt, avec une branche pointue.On faisait des potions, nos amis trouvaient ça con.Nous on y croyait.» Bien qu\u2019il ne soit souligné qu\u2019à de rares endroits, le regard de l\u2019autre, perceptible dans cet extrait, teinte le récit, souligne la dif férence et renforce cette ode à l\u2019amour.« Ça montre aussi cette intimité qu\u2019il y avait entre eux.Je ne parle pas de sexualité, mais de l\u2019univers qui leur appartenait à eux deux.Il y a un regard externe (amis, parents) qui vient à quelques moments percer leur bulle, mais le narrateur ne veut que personne s\u2019immisce.Il y a ce désir de protéger cette bulle d\u2019intimité.» Oui, le narrateur protège cet univers du monde extérieur, de celui qui « trouve ça con», des adultes qui ne comprendraient pas, mais il est bien conscient du trouble que son sentiment peut générer : « Quand les adultes nous surprenaient en train de jouer aux grandes personnes \u2014 toi tu ne remarquais jamais.Je feignais de ne pas les avoir vus.Mais j\u2019enlevais mes boucles d\u2019oreilles à clips», peut- on lire dans son roman.Pour l\u2019auteur qui étudie en enseignement primaire, la différence peut faire peur, notamment aux parents.«Surtout à ceux qui ont des trajectoires déjà tracées pour leurs enfants.De voir qu\u2019ils bifurquent, ça amène des défis, mais je crois que les jeunes de nos jours sont chanceux de vivre à une époque où la lumière est faite sur les préjugés.Dans le temps, c\u2019était plus radical, c\u2019était comme ça et c\u2019est tout.Ce n\u2019est peut-être pas la meilleure des choses que d\u2019avoir des ENTREVUE Deux petits garçons et le sentiment amoureux Par la poésie du roman, Jonathan Bécotte plonge dans le souvenir et la beauté des premiers émois VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Jonathan Bécotte Quelques perles puisées dans Marée montante « Je t\u2019ai laissée derrière moi et depuis, chaque jour mon amour, c\u2019est moi qui me noie.» «Tu es le souffle dans mon cou, la brise qui me pousse sans cesse vers le large, tu es une ondée qui se déverse en moi.Je tisse ton souvenir en longues nattes dans lesquelles je m\u2019enroule, je m\u2019enveloppe, je me love.» «Si j\u2019avais su que ton passage parmi nous serait aussi bref, je crois que j\u2019aurais refusé que tu dormes, j\u2019aurais repoussé le sommeil de toutes mes forces, ou alors nous nous serions endormis ensemble dans ton petit lit.» La solitude d\u2019un père Avec Marée montante, Charles Quimper révèle une nouvelle voix littéraire à la densité remarquable VOIR PAGE F 4 : PÈRE VOIR PAGE F 4 : AMOUR Michel Leclerc Les Éditions du Noroît 26 $ Aussi en numérique Michel Thériault Illustrations de Magali Ben Bouton d\u2019or Acadie 9,95 $ / 14,95 $ Aussi en numérique Caroline Auger Soulières éditeur 15,95 $ IRIS Éditions Écosociété 17 $ Aussi en numérique Corinne Chevarier  Les Herbes rouges 14,95 $ Aussi en numérique Caroline Vu Pleine Lune 21,95 $ Aussi en numérique Juan Joseph Ollu Annika Parance Éditeur 26,95 $ Aussi en numérique Sophie Bouchard  la courte échelle 29,95 $  Aussi en numérique Christian Guay-Poliquin Bibliothèque québécoise 11,95 $ Blaise Ndala Mémoire d\u2019encrier 29,95 $ Aussi en numérique Profitez de l\u2019hiver, lisez des livres d\u2019ici.chez vous! Lew Yung-Chien Éditions du passage 14,95 $ Vous les trouverez chez votre libraire favori ! L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 LITTERATURE F 3 C H R I S T I A N D E S M E U L E S Q u\u2019est-ce que l\u2019amour ?Kundera écrit quelque part dans Le livre du rire et de l\u2019oubli que c\u2019est avant tout une « interrogation continuelle ».Dans son troisième roman, Mylène Bouchard soulève plus de questions qu\u2019elle ne se risque à of frir des réponses.La relation amoureuse est-elle une « amitié impar faite » ?« Quel est le plus grand courage : celui de vivre ensemble, à deux, ou celui de rompre pour regagner la solitude?» De l \u2019 î l e aux Coudr es à Prague, d\u2019hier à aujourd\u2019hui, L\u2019imparfaite amitié recompose à coups d\u2019allers-retours le parcours en zigzags d\u2019Amanda Pedneault, une journaliste culturelle québécoise de 48 ans.Installée à Prague en couple avec un journaliste tchèque qu\u2019elle n\u2019aime plus, Milan, avec qui elle a eu deux enfants, elle se trouve à la croisée des chemins.Vingt ans après avoir jeté l \u2019 a n c r e d a n s l a c a p i t a l e tchèque, elle s\u2019adresse ici à sa fille adolescente, Sabina (clin d\u2019œil au personnage de L\u2019insoutenable légèreté de l\u2019être, de Kundera), à qui elle entend léguer ce qu\u2019elle appelle « une boîte de compréhension » qui contient des récits, des lettres, des fragments de récits de voyage, des grif fonnages ou des conseils : « 1.Aimer très fort.2.Résister.3.Choisir.» Lors de l\u2019ouverture d\u2019une galerie d\u2019art à Prague, elle découvre avec surprise qu\u2019Hubert Bouchard en est le propriétaire, un écrivain québécois dont Le répertoire des interdits est l\u2019un de ses romans préférés.Amanda élabore dès lors une sor te de « pacte » flou : y choisir une œuvre qu\u2019elle aime par-dessus tout \u2014 sans jamais la posséder \u2014 et puis changer cette vie qui ne lui convient plus, sans regarder derrière, le jour où l\u2019œuvre sera vendue.«Je veux me guérir de trop vouloir tout, de tout vouloir posséder, de tout vouloir consommer.» Un roman sentencieux À travers l\u2019inventaire rapide de ses amants et des lieux, Amanda prend la mesure de sa soif de la vie qu\u2019elle cherche aujourd\u2019hui à brider.« Je ne peux pas m\u2019accoutumer à la perte que laisse la fin du sentiment amoureux.Je ne m\u2019habituerai jamais à la perte de l\u2019amitié.Avoir aimé pour perdre de vue?C\u2019est insoutenable.» C\u2019est une autre forme de l\u2019exil, pour celle qui s\u2019est arrachée à l\u2019île aux Coudres, au Québec, qui s\u2019est arrachée des bras des hommes.Née au Lac-Saint-Jean en 1978, coéditrice de La Peuplade, Mylène Bouchard « se consacre à l\u2019échafaudage d\u2019une réflexion morale sur les amours bonnes».On retrouve sans surprise dans L\u2019amitié imparfaite des thèmes, des ambiances (Prague, Kundera) et des personnages (Hubert) déjà ap- par us dans La garçonnière (2009), son précédent roman.Récit éclaté d\u2019une crise existentielle jamais résolue, le roman se fait souvent sentencieux : «On désire davantage ce qu\u2019on ne possède pas et ce qu\u2019on a perdu.Posséder tue le désir, à moins d\u2019aimer extrêmement fort.» Ou bien : «L\u2019amitié, c\u2019est un amour qui résiste.» Avec ses bonds chronologiques en arrière, ses pas de côtés, le roman de Mylène Bouchard est une tentative à la fois ambitieuse et maladroite de reconstituer la complexité d\u2019une existence.Quelquefois touchant ou pénétrant, L\u2019imparfaite amitié, en forçant la répétition du même, finit par tourner en rond et par nous étourdir.Qui plus est, les déchirements amoureux de la narratrice semblent bien peu incarnés.Un côté abstrait, cérébral qui s\u2019accompagne d\u2019un colossal angle mort : pas le moindre corps ici, pas d\u2019odeurs, pas de cicatrices, de baisers ou de larmes.Mais une ribambelle de personnages \u2014 amis, enfants, amants \u2014, autant de silhouettes à la substance rare.Et même Prague, figée encore une fois dans l\u2019image recuite de ses vieux pavés et de ses cafés, figure à travers le roman tel un simple décor sans climat et sans habitants.Qui trop embrasse mal étreint.Collaborateur Le Devoir L\u2019IMPARFAITE AMITIÉ ?1/2 Mylène Bouchard La Peuplade Chicoutimi, 2017, 400 pages FICTION QUÉBÉCOISE Reconstituer la complexité d\u2019une existence Les questionnements amoureux hantent l\u2019imparfait troisième roman de Mylène Bouchard C A R O L I N E J A R R Y B oxer la nuit est un roman d\u2019espoir contre le désespoir : l\u2019histoire d\u2019un homme blessé par la vie mais qui, après être tombé, se relève.Il s\u2019agit du premier roman de Patrice Godin, connu du public québécois comme comédien et ultramarathonien.Il a déjà publié un récit biographique sur la course, une expérience qui l\u2019a marqué.Dans ce premier roman, son héros pratique lui aussi un sport qui le transforme \u2014 cette fois la boxe \u2014 et l\u2019aide à surmonter les coups durs que lui inflige la vie.Nick Adam, une ancienne gloire déchue de la boxe professionnelle, est venu chercher la paix et le silence dans un petit v i l l age ( f i c t i f ) du Maine, Port Savage, après une longue et dure errance.Son his to i r e se révè le dans des allers-re- tours entre passé et présent.Séparation de ses parents quand il était tout jeune, a b a n d o n p a r s o n père, douleur, colère et bagarres à l\u2019école.La boxe professionnelle, l\u2019entraînement et la discipline le détourneront juste à temps de la délinquance, et il entreprendra une carrière qui le mènera aux por tes du titre mondial des poids super-moyens.Il tombe amoureux de Laura, ils ont une fille, Lou, et c\u2019est le bonheur.Mais femme et fille seront tuées dans un accident de voiture quelques années plus tard, et c\u2019est alors la chute, l\u2019alcoolisme et l\u2019errance de ville en ville, pendant\u2026 14 ans.Au bout de cette route douloureuse, il rencontre Isabelle dans le village de Port Savage.Elle aussi est là pour tenter d\u2019y guérir une blessure, celle de son couple à la dérive en raison de l\u2019infidélité de son mari.Leur rencontre les aidera à reprendre pied et à retrouver un certain bonheur.Patrice Godin illustre dans ce roman sa croyance en la rédemption après la chute.On sent cette histoire très proche de lui par ses thèmes \u2014 la perte, la discipline personnelle (ou son absence), la responsabilité (ou non) envers soi-même et ses proches \u2014 qu\u2019il a déjà abordés dans son récit précédent.La dimension morale est ici très présente.Isabel le décidera d e d o n n e r u n e deuxième chance à son mari infidèle, pour tenter de sauver sa famille.Le roman est dédié à la mémoire de l\u2019écrivain américain Jim Harrison, dont les romans sont aussi peuplés de personnages marginaux qui fuient leurs démons dans les bois et la nature.Est-ce un bon roman ?Il compor te des l acunes : cer - taines longueurs, surtout à la fin, où on a l\u2019impression que l\u2019auteur a du mal à bouc ler son h is to i r e ; les personnages de Laura et Lou sont trop peu développés par rappor t à l\u2019impor tance qu\u2019ils sont censés avoir pour Nick et pour l\u2019intrigue du roman ; la rencontre entre Nick et Isabelle, enfin, a plus de poids, mais elle verse parfois dans le sentimentalisme.Malgré ces lacunes, cependant, on est séduit par la quête de sens sincère et sentie proposée par l\u2019auteur.Et on ferme le livre avec un certain attachement pour ce roman moral et son personnage paumé, qui se retrouve après s\u2019être perdu.Collaboratrice Le Devoir BOXER LA NUIT ?Patrice Godin Libre Expression Montréal, 2016, 224 pages PREMIER ROMAN Se relever après la chute Dans Boxer la nuit, le comédien Patrice Godin raconte l\u2019errance et la rédemption D O M I N I C T A R D I F Méfie-toi de ce que tu souhaites, ça pourrait t\u2019arriver, répétait un grand sage dont le temps a égaré le nom.Selon toute vraisemblance, personne n\u2019est allé colporter cette clairvoyante mise en garde jusqu\u2019au chevet de Lucien Minor.«Si tu devais survivre, qu\u2019espérerais-tu qu\u2019il t\u2019arrive?» lui demandera un drôle d\u2019étranger, après s\u2019être insinué dans sa chambre, alors qu\u2019il se sent au bord du trépas (grosse pneumonie).«Qu\u2019il se passe quelque chose», répondra celui que l\u2019on surnomme Lucy, pusillanime personnage principal de ce troisième roman attendu de Patrick deWitt.Quelque chose, il se passera, et pas qu\u2019à peu près.Après avoir trituré avec Les frères Sisters (lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général 2011) la tradition du western en confiant la narration à un homme de main d\u2019une toute singulière sensibilité, Le sous-major- dome poursuit ce travail de relecture des codes d\u2019un genre empoussiéré, en se mesurant cette fois-ci au roman d\u2019aventures.Il était donc une fois le miraculé Lucy, qui quitte sa mère et son Bury natal afin de seconder Monsieur Olderglough, le majordome du baron d\u2019Aux, logeant dans un château quasi abandonné.«La propriété en général tombait en décrépitude: meubles couverts de housses, lourds rideaux de velours bien tirés, amas de poussière accumulés dans les coins et les embrasures», apprend- on au sujet de cet édifice dans les dédales duquel le fantomatique baron ne se montre que très rarement le visage.Le prédécesseur de Lucy, Monsieur Broom, se serait lancé par désespoir dans les bras du « Trou for t profond», canyon symbolisant les précipices dans lesquels l\u2019amour projette parfois ceux qui embrassent son intensité.Parce qu\u2019il n\u2019y a traditionnellement pas plus efficace moyen de transformer un simple roman en roman d\u2019aventures que d\u2019y dresser une femme déjà promise, Lucy rencontrera au village bordant le château Klara, jeune fille simple qui le rend euphorique.Adolphus, archétypal gros dur sans cesse parti au loin combattre des ennemis inconnus, ne laissera évidemment pas le garçon lui subtiliser sa belle.Un roman populaire Bien que Patrick deWitt ne semble pas toujours savoir quelle histoire il souhaite réellement raconter, et bien qu\u2019il multiplie les digressions, son ar t demeure ici celui d\u2019un grand écrivain populaire, si l\u2019on exclut ce désir digne de Tarantino de nouer une connivence avec son lecteur en lui signalant constamment qu\u2019il est conscient de ses effets.En posant un regard oblique sur les ressor ts d\u2019un roman aux nombreuses péripéties, deWitt dédouane de sa culpabilité celui qui ne saurait tolérer qu\u2019un livre ne fasse que diver tir.Ce sens par ticulière- ment fin du dialogue absurde, parce que totalement superfé- ta to ire , demeure une des armes de choix du Canadien installé à Portland, en Oregon.Descriptions colorées, intrigue amusante, scènes éhon- tément étranges et répliques piquantes dessinent les contours d\u2019une vision ludique, bien que parfois stérile, d\u2019une littérature qui captiverait essentiellement grâce à sa capacité à suivre un canevas, tout en s\u2019en affranchissant parfois.Obstiné, Lucy survivra à sa passionnelle plongée avec une foi renouvelée envers son propre désir de goûter ce que la vie a à of frir de plus grisant.« L\u2019amour nous tourne le dos comme le fait la chance », regrettait le baron.Voilà une bien stupide raison d\u2019en désespérer.Collaborateur Le Devoir LE SOUS-MAJORDOME ?Patrick deWitt Traduit de l\u2019anglais par Sophie Voillot Alto Québec, 2017, 448 pages FICTION CANADO-AMÉRICAINE Les visions ludiques de Patrick deWitt Le sous-majordome explore les codes du roman d\u2019aventures P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 1/18 L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 2/13 Le club des joyeuses divorcées Evelyne Gauthier/Guy Saint-Jean 7/2 L\u2019année sans été \u2022 Tome 1 Les fiançailles au.Julie Lemieux/Hurtubise \u2013/1 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac 3/12 Quand l\u2019amour change d\u2019adresse Johanne Pronovost/Mortagne 4/2 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 5/13 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 10/5 Autour d\u2019elle Sophie Bienvenu/Cheval d\u2019août \u2013/1 La saison des mensonges Carmen Robertson/Guy Saint-Jean 9/2 Romans étrangers Le saut de l\u2019ange Lisa Gardner/Albin Michel 1/3 Le cas Malaussène \u2022 Tome 1 Ils m\u2019ont menti Daniel Pennac/Gallimard 2/2 Le Women\u2019s murder club \u2022 Tome 14 14e péché.James Patterson|Maxine Paetro/Lattès 3/3 Intimidation Harlan Coben/Belfond 5/13 Landon \u2022 Tome 2 Le choix Anna Todd/Homme \u2013/1 L\u2019immeuble Christodora Tim Murphy/Plon \u2013/1 Assassin\u2019s creed Christie Golden/Milady 6/2 Jeux de miroirs Eugen-Ovidiu Chirovici/Les escales \u2013/1 Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 8/16 Chanson douce Leïla Slimani/Gallimard \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/15 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 2/3 Le nouveau régime.Essais sur les enjeux.Mathieu Bock-Côté/Boréal 5/2 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 4/13 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 3/18 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 7/10 Lettres à une jeune journaliste Josée Boileau/VLB \u2013/1 Le témoin Lino Zambito/Homme 6/12 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 8/15 Le guide des bars et pubs de Saguenay Mathieu Arsenault/Quartanier \u2013/1 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/50 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 3/8 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 2/12 Après le capitalisme.Essai d\u2019écologie politique Pierre Madelin/Écosociété 5/2 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil \u2013/1 7 façons d\u2019être heureux ou les paradoxes du.Luc Ferry/XO 9/6 Sous le drapeau noir.Enquête sur Daesh Joby Warrick/Cherche Midi 6/8 De l\u2019âme François Cheng/Albin Michel 8/9 La plénitude du vide Xuan Thuan Trinh/Albin Michel \u2013/1 Les revenants.Ils étaient partis faire le jihad, ils.David Thomson/Seuil \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 23 au 29 janvier 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Mylène Bouchard fait le récit éclaté d\u2019une crise existentielle jamais résolue.DANNY PALMERLEE Bien qu\u2019il multiplie les digressions, l\u2019art de Patrick deWitt demeure dans son dernier roman celui d\u2019un grand écrivain populaire.On sent cette histoire très proche de l\u2019auteur par ses thèmes qu\u2019il a déjà abordés dans son récit précédent L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 L I T T É R A T U R E F 4 LA VITRINE RÉCIT SAINT-LAURENT MON AMOUR ?1/2 Monique Durand Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2017, 156 pages Voilà une jolie déclaration d\u2019amour par les mots faite à un territoire par Monique Durand.En quatre temps et plusieurs escales \u2014 dont quelques-unes ont été publiées entre 2011 et 2016 dans les pages du Devoir \u2014, la journaliste laisse le raffinement de sa plume voguer le long de ce fleuve, colonne vertébrale d\u2019une nation, qui finit par se faire mer.La tonalité y est délicate, entre reportage, rencontre, impression et contemplation.«On y arrive les yeux écarquillés, dit-elle de Sept-Îles.De surprise sinon de stupeur.Une baie immense face à un archipel composé de sept îles, une côte en forme de fer à cheval, dont chaque extrémité se termine par un ouvrage pha- raonique représentant un des deux pôles de l\u2019économie de la ville : le fer et l\u2019aluminium.» De la rive sud à la rive nord, de la voie maritime au grand large, il y est question de lumière, de froid, d\u2019histoire, de transport, mais aussi de ces gens ordinaires qui regardent le temps passer au bord de l\u2019eau assis sur des chaises en bois, et surtout d\u2019une identité façonnée dans « l\u2019amour, l\u2019humanité et l\u2019affect » qui se dégagent des «vies contemporaines et des vies anciennes» donnant toute cette vie à un fleuve.Fabien Deglise FICTION ESPAGNOLE LES FLEURS NE SAIGNENT PAS ?1/2 Alexis Ravelo Traduit de l\u2019espagnol par Amandine Py Mirobole éditions Bordeaux, 2016, 416 pages Invitation au voyage sur l\u2019archipel des Canaries, Les fleurs ne saignent pas, première traduction en français pour le prolifique auteur espagnol Alexis Ravelo, nous plonge dans le duel improbable entre une bande d\u2019habitués aux petits larcins et des mafieux à cols blancs abonnés à la corruption.À l\u2019intérieur : Lola, Diego, Felo et Paco usent d\u2019ingéniosité pour escroquer les touristes et délester les machines à sous de leur contenu dans les bars.Leur vie bascule lorsqu\u2019Eusebio le Gaucher, ancien mentor et complice, leur soumet une proposition : kidnapper la fille d\u2019un des plus grands magnats financiers de l\u2019archipel et exiger une rançon de centaines de milliers d\u2019euros en argent sonnant.L\u2019intrigue du récit est habilement menée.Elle multiplie les retournements de situation et amuse jusqu\u2019à son dénouement, même si Ravelo conduit son histoire avec une rigueur maniaque et des descriptions minutieuses qui dérangent : une bonne centaine de pages auraient pu être élaguées.Quant à l\u2019abus d\u2019images, il brime l\u2019imagination du lecteur.Heureusement, l\u2019humour noir qui teinte le roman atteint sa cible et installe une empathie pour des personnages pris eux aussi avec la corruption et l\u2019insoutenable tolérance qui s\u2019installe autour.Yannick Marcoux POLAR TELS DES LOUPS AFFAMÉS ?Ian Rankin Traduit de l\u2019anglais par Freddy Michalski Éditions du Masque Paris, 2016, 444 pages Il y a déjà quelque temps que John Rebus, le héros de Ian Rankin, a pris sa retraite.Il agit maintenant comme «conseiller » auprès de Siobhan Clarke de la police d\u2019Édimbourg.Surtout lorsqu\u2019un vieux caïd \u2014 comme son «ami » Big Ger Caf- ferty \u2014 est menacé de mort sur le même mode qu\u2019un lord, juge à la retraite, assassiné dans des circonstances étranges.L\u2019affaire n\u2019est pas simple ; elle est même double.Elle entremêle une histoire de gangsters lancés en expédition punitive sur le « territoire » de Cafferty et une série de meurtres commis de la même façon par un tueur qui annonce ses couleurs en envoyant un message à ses futures victimes.Sauf qu\u2019en fouillant, Rebus \u2014 qui est décidément tout aussi actif et lucide que d\u2019habitude \u2014 se rend compte que les deux enquêtes n\u2019ont pas vraiment de lien entre elles et que quelqu\u2019un profite du tueur en série pour régler ses comptes.On se retrouve finalement avec deux histoires de vengeance se recoupant l\u2019une l\u2019autre.Rébus découvrira qu\u2019au cœur de ce nid de serpents se love un scandale sexuel mettant en scène des «enfants problèmes» confiés, plusieurs années auparavant, aux bons soins des services dits compétents\u2026 Un classique.Qui laisse un mauvais goût de déjà vu au fond de la gorge.Michel Bélair idées préconçues, des projets pour nos enfants.» Loin de croire que tout est parfait \u2014 Jonathan Bécotte est bien conscient du travail qu\u2019il reste à faire pour arriver à une véritable ouverture à l\u2019autre \u2014, l\u2019auteur propose ici, et avant tout, un roman sur la découver te de l\u2019amour en donnant une persistance au souvenir du premier sentiment amoureux.« On dirait que, des fois, les gens ont peur de dire \u201camour \u201d quand c\u2019est deux garçons.Un petit garçon qui joue avec une fille, ça inspire la douceur, ça fait sourire, mais quand ce sont deux garçons, oups, il ne faut pas trop parler d\u2019amour pour ne pas teinter leur évolution.C\u2019est la pureté d\u2019un sentiment que j\u2019ai voulu évoquer dans ce livre.Il n\u2019y a pas raison d\u2019avoir peur de l\u2019amour, c\u2019est le plus beau sentiment du monde.» Collaboratrice Le Devoir SOUFFLER DANS LA CASSETTE Jonathan Bécotte Leméac Montréal, 2017, 136 pages passé.Pour la bonne raison que le narrateur lui-même est dans le flou.Ses souvenirs du drame en viennent à se confondre.Plus les jours passent, plus il est dans le vague, dans le délire, la folie.Tandis qu\u2019entre lui et la mère de la petite un mur de silence s\u2019est installé, jusqu\u2019à la déchirure irréparable du couple, une idée fixe l\u2019occupe tout entier: aller rejoindre sa fille là où elle se trouve.Il entreprend alors une traversée en mer, en solitaire, sur un bateau de fortune.Mais cette expédition a-t-elle bel et bien lieu dans la réalité où est-il en train de l\u2019imaginer?S\u2019agit-il d\u2019un procédé métaphorique de la part de l\u2019auteur?Au lecteur de voir.Charles Quimper refuse de trancher.Ce qui est certain, c\u2019est que lui-même n\u2019oserait jamais naviguer en solitaire.«À 18 ans, je voulais tout plaquer, pour aller vivre à Gaspé et devenir pê- cheur de homard, mais j\u2019ai le mal de mer, ce qui a rendu la chose impossible.Honnêtement, j\u2019ai mal au cœur sur le traversier de Québec ! » La solitude du héros Un livre l\u2019a accompagné dans la gestation de son roman : Le vieil homme et la mer, d\u2019Ernest Hemingway.Il l \u2019a même recopié tout entier sur une machine à écrire.Question de s\u2019imprégner du rythme de l\u2019écrivain américain.Mais il voyait aussi entre son propre projet d\u2019écriture et ce livre phare des points communs.À commencer par la solitude des deux héros.« Leur solitude face à quelque chose de plus grand qu\u2019eux, une chose qui les dépasse largement et contre laquelle ils doivent se buter, se battre.» Charles Quimper note aussi que les deux se ressemblent dans leur incapacité à se montrer adéquats dans leurs rôles respectifs : père dans un cas, pêcheur dans l\u2019autre.Pour lui : « Les deux hommes sont également des êtres incomplets désormais.Il leur manque à tous deux ce pour quoi ils vivaient auparavant, ce qui était leur fonction première dans la vie.Et de même les deux protagonistes sont condamnés à perdre, à échouer, du moins c\u2019est ce que leur réserve leur destin.» Entre tragique et ludique Dans Marée montante, le père, refusant d\u2019admettre l\u2019inévitable, ne cesse de s\u2019adresser à sa fille, au présent.Une façon pour lui de garder sa petite Béatrice vivante, près de lui.Il revisite les moments partagés avec elle, refait avec elle les jeux qu\u2019elle aimait tant.Ces instants de grâce dans le roman au milieu de la noirceur, Charles Quimper y tient.« Je voulais fouiller le deuil pas seulement comme un drame lourd et dif ficile, mais d\u2019une façon, j\u2019oserais dire, ludique.Ou en tout cas poétique, lumineuse.» Une histoire tragique de deuil impossible, Marée montante.Mais aussi, le chant d\u2019amour d\u2019un père à sa fille.Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 AMOUR SUITE DE LA PAGE F 1 PÈRE FICTION QUÉBÉCOISE MARÉE MONTANTE ?1/2 Charles Quimper Alto Québec, 2017, 72 pages Comment les forces mêmes soutenant la vie peuvent-elles tout à la fois être les forces mêmes du désastre ?se demande le père abîmé auquel Charles Quimper donne la parole dans ce bref premier roman, entièrement traversé par une fascination à la fois morbide et salvatrice pour l\u2019eau.Bien qu\u2019articulé autour de la noyade d\u2019un enfant par négligence criminelle, Marée montante s\u2019élève au-dessus de son anecdotique tragédie de départ en multipliant les métaphores navales et astronomiques, dérivant sans cesse entre le réalisme d\u2019un quotidien ténébreux et la fable chimérique dans laquelle se réfugie le narrateur.Mais qu\u2019est-ce qui, à la fin, appartient au délire fiévreux ou à la douloureuse réalité ?La force de cet entêtant lamento tient beaucoup à ce mystère.Il rappelle aussi à quel point la littérature sait mieux que quiconque décrire ce lourd brouillard que jette la mort sur la frontière séparant la vie intérieure de ceux qui survivent du reste du monde.Échapper à la tempête n\u2019est jamais aussi difficile que lorsque son ventre en est l\u2019épicentre.Dominic Tardif H U G U E S C O R R I V E A U L\u2019 intérêt de la poésie minima- liste de Louise Warren tient à l\u2019effet qu\u2019elle crée en nous et à son rythme d\u2019une rare délicatesse.Ainsi, les petits riens qui font battre le temps qui passe, le tremblement dans l\u2019œil observateur ou les insidieuses références émotives qui s\u2019y déploient ouvrent à la méditation.Ultime mot, sans doute, de ce travail d\u2019écoute et de repliement zen.Ces poèmes, si souvent près du haïku, tiennent de la peinture impressionniste.Par traits délicats, la poète situe son univers en des évocations presque ritualisées.Ainsi appréhende-t-elle son lieu intime avec une discrétion tout allusive : « chambre / doublure liquide / obscurcissement // lustre éteint / paupières closes / personne ».Cette lenteur à dire le monde qui l\u2019entoure et la résonance qu\u2019il produit en elle sont typiques de son travail poétique.On y accède en abandonnant sa propre nervosité, en se donnant à ce temps suspendu pour écouter le battement tranquille d\u2019une vie qui ne cherche rien d\u2019autre qu\u2019à ressentir l\u2019instantané du moment.Il y a là, certainement, une spiritualité fouissant le dessous des apparences, ouvrant les sens à l\u2019imperceptible immédiat.Comme elle le précise, il s\u2019agit d\u2019« atteindre / le plus petit ».Être à l\u2019affût, donc, car « les reflets détournent / chaque apparition // marbre liquide / danse des signes / langue étrangère ».On est devant une traduction de la face cachée de l\u2019heure, des sens secrètement enfouis dans la fébrilité à laquelle il faut résister, et c\u2019est à partir de cela que cette entreprise de dire s\u2019éclaire.En somme, « une ligne à la fois / ne pas renoncer / à la diminution / pencher la tête / ouvrir l\u2019éclair» et, en toute simplicité, « recopier / les choses du monde ».La pluie, les larmes, le passage du fleuve illuminent le sens, pour la poète, de ce qui passe et qu\u2019il lui faut retenir de l\u2019effritement de la pensée, car on doit contrer « l\u2019immense faiblesse / du poème» quand nous n\u2019avons que « les parois de l\u2019eau / pour le retenir».Ce très beau recueil écrit au fil de la douceur des heures, troublé par des angoisses qui tiennent du tellurique, du murmure dans les choses parlantes, du souffle du vent et de la pensée, atteint son but qui n \u2019es t r ien d \u2019au t r e que de confier sa propre fragilité à celle de l\u2019indécidable de la matière.Ainsi, cet aveu final : « le poème / soutient le jour / de l\u2019eau / sur les ombres / des écailles / aux voix // je n\u2019en sais pas plus».Collaborateur Le Devoir LE PLUS PETIT ESPACE ?1/2 Louise Warren Le Noroît Montréal, 2017, 115 pages POÉSIE Les petits riens de Louise Warren La poète ébauche un univers familier qui tient de la peinture impressionniste M I C H E L B É L A I R P asser des Îles-de-la-Made- leine à la place Versailles et de la Sûreté du Québec (SQ) au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne va pas de soi\u2026 Mais le lieutenant- détective André Surprenant, de l\u2019escouade des crimes majeurs, y parvient plutôt bien.On retrouve ici ce policier efficace et sans prétention \u2014 qui en est à sa cinquième enquête déjà \u2014 alors qu\u2019il se penche sur un meur tre barbare commis dans une clinique annexe du CHUM.Détail important : nous sommes en 2009 et des r umeurs de corr uption planent sur le chantier du superhôpital.Qui l\u2019eût cru\u2026 L\u2019intrigue complexe tissée par Lemieux s\u2019appuie en fait sur le climat paranoïde qui sévissait à l\u2019automne 1970.Tout ne se dénouera bien sûr qu\u2019à la toute fin du livre mais, en prime presque, l\u2019enquête permettra de mettre en lumière des passages occultés et rappellera des façons de faire, disons, discutables employées durant la fameuse Crise d\u2019octobre.Au fil de l\u2019investigation, on aura tout au long l\u2019impression de voir des couches de silence s\u2019entasser les unes sur les autres.La cellule Chénier C\u2019est que, pour mêler les pistes en aler tant les « veilleurs » de la GRC et du SCRS, le meurtrier laisse sur les lieux du crime trois petits blocs de bois marqués des lettres F, L et Q.Voilà de quoi attirer l\u2019attention et faire oublier ce qui se passe tout près de la scène de crime.Surtout quand la victime est un ancien agent infiltré dans la cellule Chénier, qui enleva le ministre Pierre Laporte, mort dans les circonstances nébuleuses que l\u2019on sait\u2026 Les choses ne s\u2019arrangent pas lorsqu\u2019un politicien retraité, ministre dans le gouvernement Trudeau de l\u2019époque, est assassiné à son tour.Pire : son bureau est « nettoyé » et son jeune neveu disparaît lui aussi sans laisser de trace.Dans les journaux, on commence déjà à faire des liens entre les éléments du puzzle, mais Surprenant continue à suspecter qu\u2019on veut l\u2019attirer sur une fausse piste.Encore une fois, Jean Le- mieux manœuvre de main de maître tout au long de cette histoire touffue, riche de vrais personnages.Son équipe d\u2019enquêteurs du SPVM est particulièrement crédible et les relents de corr uption \u2014 tout comme les allusions à peine voilées à certains politiciens \u2014 qui remontent de ce qu\u2019ils découvrent en feront réfléchir plusieurs.Surprenant, surtout, et ses proches deviennent de plus en plus complexes avec leurs failles à hauteur du quotidien ; personne ne joue au sur - homme ici.Au contraire, plus les enquêtes du lieutenant-dé- tective se multiplient, plus on s\u2019éloigne des personnages unidimensionnels qu\u2019on voit dans les séries télé.Tout cela bien ficelé dans une écriture vive, campée au cœur de la ville comme de la vie.On ne peut qu\u2019espérer que l\u2019initiative un peu tordue de Surprenant, à la fin du livre, ne mettra pas fin trop rapidement à sa carrière\u2026 Collaborateur Le Devoir LES CLÉS DU SILENCE ?1/2 Jean Lemieux Québec Amérique Montréal, 2017, 368 pages POLAR Un crime sordide peut en cacher un autre Entre SPVM, CHUM et corruption, Jean Lemieux tisse un récit habile JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019intrigue du roman s\u2019ébauche à partir d\u2019un meurtre commis dans une clinique annexe du CHUM, alors que des rumeurs de corruption planent sur le chantier du superhôpital. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 L I V R E S F 5 C H R I S T I A N D E S M E U L E S D ialogue incantatoire avec les mor ts, cascade de mots, le troisième roman écrit en français de Dimitri Bortni- kov, Face au Styx, happe le lecteur, l \u2019avale et le recrache, sonné, un peu ébahi.Dimitri, le narrateur de ce gros roman, «mi-Russe mi-ma- boul » qui de son propre aveu ment comme il respire, est lancé dans une sorte d\u2019errance perpétuelle.Son monologue s\u2019écoule dans un flux célinien au souf fle cour t, marqué de points de suspension, d\u2019exclamations, d\u2019interjections et de harangues célestes.Souvent « plus seul qu\u2019une souche dans la steppe», il a depuis longtemps l\u2019habitude de se parler tout seul, Dimitrius.Ou alors il parle aux premières mouches du printemps, aux chats.Lorsqu\u2019il est plus seul encore, il arrive même à ce «Russkof» halluciné de s\u2019adresser à son « vingt et unième doigt», ce bout de chair qui lui pend entre les jambes.Inventaire des morts Avec sa tête « à faire peur aux poux », échoué à Paris où quelque par t il a un fils de h u i t a n s , D i m i t r i s u r v i t comme il peut.Gardien de maison (et de chats), aide ménager auprès de personnes âgées, veilleur de nuit dans le petit hôtel pourri d\u2019un quartier chic, c\u2019est une sor te de sans domicile fixe.Sa troïka pour arriver à survivre ?« La ruse, la joie, la femme.» Hanté par les morts de sa v ie e t par quelques vivants laissés derrière, il trempe sa plume dans les e a u x g l a c é e s d u fleuve qui entoure l\u2019Enfer.Il se souvient de sa lointaine Russie, de sa grand-mère et de son grand- père lubrique, droit sorti d\u2019une toile de Brueghel.D\u2019autres spectres de l\u2019enfance, comme ce jeune ami bossu qui a fini par se pendre après avoir été faussement soupçonné d\u2019un meurtre sans cadavre \u2014 celui d\u2019une fille revenue une semaine plus tard de Sébastopol, toute bronzée.Depuis, rien n\u2019a été pareil.«Depuis l\u2019herbe a poussé sur sa tombe.L\u2019herbe grasse que j\u2019aurais pu manger\u2026 L\u2019herbe du deuil qui nous donne le dégoût de vivre et qui n\u2019est que la faim éternelle de la vie et à ce mo- ment-là précis on sent le fil rompu par la mor t que l\u2019être disparu nous met tout doucement entre les doigts\u2026» Il ravive le souvenir pénible de son service militaire dans l\u2019Arctique (« deux ans d\u2019horreur boréale ») dont il est revenu « fou jusqu\u2019au cou ».La douleur, c\u2019est aussi tous ces vieux qu\u2019il a vus mourir, ou cette jeune beauté paraplégique qu\u2019il a retrouvée pendue.C\u2019est sa pass ion ma lsa ine pour une journaliste française qui joue avec lui comme avec un yo-yo.Face au Styx raconte cette histoire d\u2019amour désespérante, qui n\u2019en finit plus de finir \u2014 une mort qui ne tue pas.«L\u2019agonie est lourde, mais la mort est légère» Dans ses temps libres, remis de ses «dimitreries », il traduit en français les lettres d\u2019Ivan le Terrible (le diamant noir de la littérature russe du XVIe siècle).Faut s\u2019intégrer, dit-il : « Quand on pète parmi les nains, faut s\u2019accroupir\u2026» Averti in extremis de l\u2019état de santé de son père, il déboule dans un hospice de Samara pour assister à sa mort, empêtré dans sa révolte et son impuissance.«L\u2019agonie est lourde, mais la mort est légère.» Né en 1968 à Samara, sur les bords de la Volga, Dimitri Bortnikov vit en France depuis près de 20 ans.Il a mis huit années pour pondre ce livre torrentiel, piqué de pages puissantes \u2014 et d\u2019un peu de gras, il est vrai.Derrière l\u2019horreur, le souffle et l\u2019errance, l\u2019écrivain nous inocule sa passion contagieuse pour l\u2019existence.Abreuvé très tôt de classiques dans sa Russie natale, il a découver t Rabelais à huit ans.Peut-être est-ce pour se rapprocher de Villon, qui sait, qu\u2019il a abandonné ses lecteurs russes depuis Furioso et Repas des morts (2008 et 2011) et fait le choix de la France et de la langue française.Roman de rédemption d\u2019un exilé, traité exorcisme dense et broussailleux, au final, Face au Styx est une longue méditation sur l\u2019injustice de la mort et la fugacité de l\u2019existence.Rien de plus qu\u2019un « murmure dans le cul de l\u2019éternité», dirait- il.Accrochez-vous.Collaborateur Le Devoir FACE AU STYX ?Dimitri Bortnikov Rivages Paris, 2017, 752 pages ROMAN-FLEUVE Comme « un murmure dans le cul de l\u2019éternité » Le Russe Dimitri Bortnikov signe Face au Styx, écrit en français, roman incantatoire et torrentiel hanté par la mort M A N O N D U M A I S C omment ne pas se délecter à l\u2019avance lorsqu\u2019on nous promet un roman-événement ?D\u2019autant plus quand l\u2019auteur dudit livre est un romancier célébré dans son pays grâce à sa quinzaine d\u2019ouvrages à succès.En cours de publication dans près de 40 pays, Jeux de miroirs, premier roman écrit en anglais et traduit en français par l\u2019auteur roumain Eugen Ovidiu Chirovici, ne remplit pourtant pas la commande.Polar à tiroirs mené par quatre narrateurs, que l\u2019on devine narcissiques par leur fâcheuse manie de multiplier les détails superflus sur leur petite personne, Jeux de miroirs nous transporte au New Jersey, plus précisément à Princeton, où le professeur Joseph Wieder a été assassiné en 1987 alors qu\u2019il préparait un livre important sur la mémoire.Quelle n\u2019est pas la surprise de l\u2019agent littéraire Peter Katz en recevant le manuscrit inachevé de Richard Flynn, ex- étudiant de Princeton ayant toujours rêvé d\u2019une carrière littéraire et qui, 30 ans plus tard, prétend connaître les mobiles du crime tout comme le véri table assassin : «Lorsque j\u2019avais décidé de devenir écrivain, à la f in du lycée, je m\u2019étais peu à peu forgé une concep t i on du monde lugubre et empreinte de scepticisme, a v e c l \u2019 a i d e p r é c i e u s e d e MM.Cor mac , McCar thy, Philip Roth et Don DeLillo.» Hélas ! Le dénommé Flynn n\u2019a pas le talent des ci-dessus nommés.Le récit qu\u2019il fait de son passage à Princeton et de sa prétendue liaison avec Laura Baines, l\u2019ambitieuse blonde hitchcockienne qui lui présentera Wieder, pullule de digressions qui alourdissent le récit plutôt que d\u2019envoyer le lecteur sur de fausses pistes.Par ailleurs, ce dernier aura deviné l\u2019auteur du crime bien avant que Katz engage le journaliste John Keller afin qu\u2019il retrouve les dernières pages du récit de Flynn, décédé depuis l\u2019envoi du manuscrit.En dépit de cela, on poursuit la lecture avec avidité dans l\u2019espoir que Chirovici nous entraîne dans une histoire tordue à souhait où la mémoire joue de bien vilains tours.Au f i l des pages, l\u2019auteur s\u2019amuse à semer de nombreuses références cinématographiques : « On dirait une menace tirée d\u2019un vieux film policier ! Et moi, je suis censé vous répondre \u201c Je fais que mon boulot, ma p\u2019tite dame \u201d, vous décrocher un sourire plein d\u2019amertume, rabattre mon feutre sur mes yeux et relever le col de mon pardessus?» Si ces clins d\u2019œil apportent un soupçon d\u2019humour noir, on regrette que l\u2019auteur n\u2019ait pas plus approfondi ses personnages \u2014 ce qui est plutôt ironique puisque certains d\u2019entre eux sont d\u2019éminents psychologues \u2014 ni su concevoir une atmosphère tendue ou donner du pittoresque à l\u2019ensemble.Keller ayant échoué à la tâche, c\u2019est l\u2019ex-inspecteur alcoolique Roy Freeman qui, se sentant coupable d\u2019avoir bâclé l\u2019affaire à l\u2019époque, reprend l\u2019enquête.D\u2019un caractère redondant, la dernière par tie du récit réserve trop peu de surprises et confirme que Jeux de miroirs n\u2019est qu\u2019un pâlot polar à l\u2019américaine qu\u2019on oubliera sitôt le livre rangé.Collaboratrice Le Devoir JEUX DE MIROIRS ?1/2 Eugen Ovidiu Chirovici Traduit de l\u2019anglais par Isabelle Maillet Les Escales Paris, 2017, 315 pages FICTION AMÉRICAINE Le pâlot polar Livre-événement?Jeux de miroirs offre surtout une intrigue redondante et sans surprise.C H R I S T I A N D E S M E U L E S «L e couple, c\u2019était mathématique.Pas additionnel, comme on aurait pu s\u2019y attendre.Mais exponentiel.» Une équation à l\u2019équilibre fragile et mystérieux dans tous les cas.C\u2019est le terrain de prédilection de l\u2019Américaine Lauren Groff, 38 ans, qui tente de distiller dans Les furies, son troisième roman, la volatile alchimie de la vie à deux.Tous les deux étudiants au Vassar College, dans l\u2019État de New York, Lotto et Mathilde vivent le coup de foudre, suivi d\u2019un mariage rapide.La foi amoureuse de Lotto sera toujours sans appel : « Ma femme est le meilleur être humain de cette planète.» Même si aux yeux de la mère du jeune homme, ancienne sirène dans un parc aquatique de Floride, agora- phobe cloîtrée depuis la mort de son mari multimillionnaire, Mathilde est une usurpatrice.Elle va leur couper les vivres et attendre.« Comme un personnage de Beckett.Une femme semblable à un poisson rouge qui aurait grossi jusqu\u2019à occuper tout l\u2019espace de son bocal ; seule issue possible, un bond dans l\u2019éternité.» Un homme et une femme Très grand, bel homme, pourvu d\u2019un réel magnétisme dont il sait jouer, Lotto est un acteur sans grand talent aux tendances narcissiques, qui alterne les séances d\u2019audition et les épisodes de catatonie dans leur demi-sous-sol de Greenwich Village.Discrète, effacée, dévouée, Mathilde veille au grain du haut de sa beauté froide.«Elle travaillait seize heures par jour, six jours sur sept, il lui devait le gîte et le couvert.Il n\u2019avait rien apporté dans leur couple.Seulement de la déception et du linge sale.» Et puis les années filent de façon imperceptible.Un an de mariage, sept ans, dix ans.Des amis disparaissent de l\u2019écran radar, les rêves deviennent un peu rassis, la trentaine fait son œuvre.La vie.Des enfants ?Mathilde n\u2019en veut pas, fin de la discussion.Le sexe, heureusement, depuis le début, était le véritable « centre de gravité » de leur couple.Puis un jour, à trente ans, en une seule une nuit illuminée par le souvenir et le désespoir, Lotto écrit sa première pièce.Mathilde l\u2019encourage : «Et tout ce temps, il était là, bien caché sous nos yeux.Ton véritable talent.» D\u2019un coup de baguette magique, Lotto devient Lancelot Sat- terwhite, dramaturge inconnu, puis célèbre, dont l\u2019œuvre est un mélange contemporain de Shakespeare et de Sophocle.Les fissures de l\u2019âme Plus on avance dans le roman de Lauren Groff, et plus les fissures dans le miroir lisse de « leur grand amour avarié» deviennent apparentes.Des drames secrets à la source de la personnalité de chacun se font jour.Que sait-on de l\u2019autre ?Que peut-on seulement savoir?«De grands pans de sa vie restaient inconnus de son mari.Ce qu\u2019elle taisait était contrebalancé avec justesse par ce qu\u2019elle lui racontait.Toutefois, il y a des non- vérités fondées sur des mots et d\u2019autres sur des silences, et si Mathilde avait menti à Lotto, c\u2019était toujours par omission.» En combinant trajectoires et rebondissements, Lauren Groff déterre avec brio, dans une prose organique, riche, scintillante, les secrets de ses deux protagonistes.Des années plus tard, apaisée, tel un « poing fermé » qui ne s\u2019était ouver t qu\u2019au contact de son mari, elle saura reconnaître qu\u2019apporter son aide aux autres, être une épouse, déployer un ef for t constant et souterrain pour faire jaillir l\u2019œuvre de Lotto, a été ce qu\u2019elle savait faire de mieux.C\u2019était son génie à elle.Ode à l\u2019amour conjugal, roman féministe aux allures de tragédie grecque, Les furies est rempli de questions profondes et lancinantes \u2014 qu\u2019est-ce qu\u2019une vie réussie ?Qu\u2019est-ce que la fidélité ?Plébiscité notamment par l\u2019ex-président américain Barack Obama, livre de l \u2019année sur Amazon en 2015, le roman de Lauren Grof f explore sans merci le malentendu qui est à la source de toute histoire d\u2019amour.«Tragédie, comédie.Tout est question de point de vue.» Collaborateur Le Devoir LES FURIES ?Lauren Groff Traduit de l\u2019anglais par Carine Chichereau L\u2019Olivier Paris, 2017, 432 pages FICTION AMÉRICAINE Ode à l\u2019amour conjugal Une prose organique pour sonder les mystères d\u2019une vie réussie A N D R É J O S E PH M A I L L É LA LOI DES CONTRAIRES N O U V E L L E É D I T I O N Les deux tomes sont vendus dans un coffret : 89,95 $ \u2022 1232 pages En librairie \u2022 CARTE BLANCHE CORPUS ÉNANTIOLOGIQUE DE LA CONCEPTION DU MONDE ET DE LA RÉFLEXION HUMAINE I - LA BÊTE NOIRE DE LA PHILOSOPHIE (HISTORIQUE) II - LES INÉDITS (MANIFESTE DE LA NATURE) PANYD / CREATIVE COMMONS Le narrateur est hanté par les morts de sa vie et par quelques vivants laissés derrière : « Depuis l\u2019herbe a poussé sur sa tombe.L\u2019herbe grasse que j\u2019aurais pu manger\u2026 L\u2019herbe du deuil qui nous donne le dégoût de vivre et qui n\u2019est que la faim éternelle de la vie [.] ». L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 F É V R I E R 2 0 1 7 ESSAIS F 6 E n 2001, dans Le sourire d\u2019Anton (Boréal compact), André Major annonçait son «adieu au roman».L\u2019auteur n\u2019entendait pas pour autant cesser d\u2019écrire.Il pratique, depuis, assidûment, l\u2019art du carnet, avec une élégance et une profondeur remarquables.Son journal est devenu son œuvre.«Je ne prétends à rien d\u2019autre désormais: m\u2019entretenir à bâtons rompus avec un lecteur aussi disponible que je le suis, assez libre pour ne pas me suivre quand cela l\u2019ennuie, quitte à me retrouver l\u2019instant d\u2019après», note-t-il dans L\u2019œil du hibou, qui contient ses carnets de 2001 à 2003.Partisan du réalisme pour qui la beauté « réside moins dans l\u2019embellissement des choses de la vie que dans la révélation de leur vérité brute», Major, dans ce livre, parle beaucoup des «petits riens » de l\u2019existence : ses marches en forêt à son chalet des Laurentides, les menus travaux manuels auxquels il aime se livrer, les moments passés avec son petit-fils adoré.Ça pourrait être insignifiant.Ça ne l\u2019est pas puisque, chez Major, le quotidien est transcendé par un esprit littéraire qui lui insuf fle une saisissante vibration existentielle.La l ittérature, non pas comme divertissement mais comme compagne de vie essentielle, comme nourriture vitale, constitue d\u2019ailleurs le cœur de L\u2019œil du hibou.«Ne plus lire, écrit Major, ce serait vivre à l\u2019étroit, dans une chambre close, en ruminant des pensées complaisantes et, par conséquent, stériles.» L\u2019écrivain confie être devenu, comme plusieurs des personnages de son œuvre romanesque, un déserteur.Il évoque, non sans une certaine mauvaise conscience, sa relative indifférence politique, son «scepticisme radical», mais c\u2019est pour préciser aussitôt que «déserter n\u2019est pas fuir, mais se retrancher pour voir plus loin, du haut de l\u2019observatoire que constitue l\u2019écriture», comme un hibou qui serait lecteur.Identité et morale L\u2019univers littéraire de Major n\u2019est pas nécessairement le mien.Si, comme lui, j\u2019aime Tchek- hov, Maupassant et Simenon, je ne partage pas, par ignorance ou par tempérament, son attachement aux Flaubert, Handke, Hamsum, Pavese, Naipaul et Bernhard.Cela, au fond, importe peu puisque nous nous retrouvons dans l\u2019idée capitale selon laquelle seule une vie passée dans la fréquentation de la grande littérature vaut la peine d\u2019être vécue.«S\u2019il me fallait décliner mon identité profonde, note Major, je devrais citer non seulement le lieu de ma naissance ou mes convictions, mais les écrivains qui m\u2019ont aidé à vivre, à penser et à sentir comme je le fais.C\u2019est par leur entremise que je suis devenu, si peu que ce soit, celui que j\u2019aspirais obscurément à être.» Même s\u2019il s\u2019en défendrait probablement, Major a quelque chose du moraliste.Quand il avoue croire appartenir «à la race des vaincus», mais désormais assumer pleinement cette situation étant donné que « la vie ordinaire lui suf fit », le carnettiste plaide pour une morale du désenchantement et de ce que Bernard Émond appelle, à la suite de Vassili Grossman, «la petite bonté».Major, qui fut jadis un militant indépendantiste et socialiste, n\u2019a pas renié ses anciens combats et continue, notamment, de déplorer la négligence linguistique des Québécois, mais il est passé des partis pris à une prise de distance.Il ne croit plus, explique-t-il, qu\u2019écrire peut le rendre meilleur ; il se contente aujourd\u2019hui de « l\u2019espoir que cela pourra [l\u2019]amener à considérer avec plus de lucidité le fait d\u2019exister», tout en demeurant «sensible au malheur de [ses] semblables».Cette morale de la lucidité et de la compassion ordinaires s\u2019exprime ici dans un style qui est à l\u2019avenant.Allergique à l\u2019«originalité forcée qui gâche le style de tant d\u2019écrivains», Major refuse justement de «faire du style ou [de] ciseler des pensées éternelles».Sa prose classique, limpide et sans apprêt ne cherche, explique-t-il, qu\u2019à «faire danser la petite lueur d\u2019une vérité commune, car ce qu\u2019il y a de vrai pour soi peut l\u2019être pour son semblable».Nul besoin, pour entrer dans la conversation amicale à laquelle nous convie ce journal, de partager toutes les humeurs et pensées de l\u2019écrivain.Il suffit de croire que la lumière de la littérature de qualité est indispensable pour vivre.louisco@sympatico.ca L\u2019ŒIL DU HIBOU CARNETS 2001-2003 ?André Major Boréal Montréal, 2017, 234 pages En librairie le 7 février À bâtons rompus LOUIS CORNELLIER M I C H E L L A P I E R R E «N ous sommes constitués de part en part par la nature», soutient Pierre Madelin, né à Paris en 1986 et adepte d\u2019un écologisme politique libertaire, qui vit au Chiapas, État mexicain marqué en 1994 par l\u2019insurrection des paysans amérindiens.Il croit que la nature est «plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes».Son essai Après le capitalisme, réquisitoire contre l\u2019anthropocentrisme de la modernité occidentale, a une résonance apocalyptique prenante.Rompu à l\u2019histoire de la philosophie, Madelin estime que la vocation attribuée à l\u2019humanité par Descartes, dans son Discours de la méthode (1637), et atteignable grâce au progrès scientifique, celle de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature », est désormais caduque.Depuis quelques décennies, la crise écologique mondiale, caractérisée en particulier par le réchauffement climatique, est venue bouleverser cette raison d\u2019être du capitalisme.L\u2019insistance philosophique sur la nécessité de ce que l\u2019essayiste appelle « une révolution paradigmatique» de notre vision du monde fait l\u2019originalité de son livre, indispensable présentation critique des idées sur le sujet, convergentes mais parfois différentes, de nombreux penseurs contemporains.Parmi eux, Günther Anders (1902-1992) en Allemagne et en Autriche, André Gorz (1923-2007) en France, Murray Bookchin (1921-2006) aux États-Unis occupent une place de choix.Terre vivante Ils ont ébauché, explique si bien Madelin, le concept d\u2019«une Terre vivante, où l\u2019être humain n\u2019est plus une créature autosuf fisante surplombant une planète objet, mais un être en relation avec une communauté socioécologique qui le constitue et le dépasse ».Cela contrecarre l\u2019essence même du capitalisme fondé sur la production illimitée de biens au bénéfice de l\u2019humain.Même des solutions, comme celle de modifier l\u2019orbite de la Terre par l\u2019énergie nucléaire pour éloigner notre planète du Soleil en atténuant le réchauffement climatique, apparaissent aussi fantaisistes que dangereuses.Quant aux énergies éolienne et solaire, dites propres, elles ne trouvent pas nécessairement grâce aux yeux de Madelin.Peut-être trop prudent, il croit que l\u2019effet écologique à long terme de la technologie qu\u2019elles supposent n\u2019est pas inoffensif et qu\u2019elles favoriseraient les riches au détriment des pauvres.Sa sévère conclusion fait terriblement réfléchir : « Sans décroissance énergétique, aucune transition énergétique ne saurait être durable, et encore moins juste.Un mot d\u2019ordre s\u2019impose donc : décroissance énergétique ou barbarie ! » Mais il reste conscient que ce programme doit éviter le ton moralisateur et se fonder sur un humanisme libertaire rationnel.Convaincu que l\u2019humanité est à un tournant, Madelin espère qu\u2019elle n\u2019aura pas à exécuter la danse des esprits, comme les Amérindiens des États-Unis à la fin du XIXe siècle pour assumer la destruction de leur monde.Collaborateur Le Devoir APRÈS LE CAPITALISME ESSAI D\u2019ÉCOLOGIE POLITIQUE ?1/2 Pierre Madelin Écosociété Montréal, 2017, 152 pages ENVIRONNEMENT Un capitalisme aux prises avec sa crise écologique Pierre Madelin appelle à la décroissance énergétique dans un réquisitoire à la résonance apocalyptique M I C H E L L A P I E R R E E n 1840, peu après les insurrections de 1837-1838, dans une fête populaire à Sainte-Mélanie, près de Joliette, on crie « Vive la reine ! ».La seigneuresse de l \u2019endroit, Louise-Amélie Panet, en principe loyaliste, écrira : « En moi-même, je disais : \u201cVive le peuple pour la mutabilité !\u201d » Le goût du changement, audacieux ou non, plaît à l\u2019artiste perplexe qui sauve de la potence son neveu patriote et chante : « Faites qu\u2019on espère, / mais n\u2019aimez jamais ! » Il s\u2019agit ici d\u2019un extrait d\u2019un poème de Louise- Amélie Panet (1789-1862) datant de 1812, selon le chercheur méticuleux Marcel Ducharme, auteur du premier ouvrage substantiel consacré à la pionnière si méconnue de la littérature québécoise.À la suite de quelques autres chercheurs, Ducharme nous révèle des pages de celle dont le classicisme tardif n\u2019af fecte pas l\u2019expression étonnante d\u2019une sensibilité hors normes.C\u2019est du moins ce que suggèrent certains poèmes qui, beaucoup mieux que les œuvres picturales de la seigneuresse, miniatures ternes et d\u2019ailleurs souvent perdues, tranchent sur les désolantes conventions des lettrés isolés du Canada français peu alphabétisé de l\u2019époque.Des vers démarquent l\u2019artiste des fadeurs du pâle romantisme ambiant aussi bien par leur sonorité que par leur cynisme.« De la plus sincère / On vante les droits, / Mais la plus légère / Fixe tous les choix », philo- sophe-t-elle dans un bal imaginaire.Qu\u2019importe le jugement facile de ces messieurs ! Elle recommande de les prendre à leur propre jeu : «Aux hommes pour plaire, / Tendez vos filets.» De son père, Pierre-Louis Panet, juge né à Montréal, qui s\u2019était opposé à la reconnaissance légale du français, Louise-Amélie hérite d\u2019un loyalisme britannique aveugle, mais de son grand-père maternel, le riche négociant Jean-Gabriel Cerré, aussi d\u2019origine montréa- laise, d\u2019une fascination pour une alliance économique avec le continent amérindien dans le sillage de la traite des fourrures.Propre à l\u2019esprit du Nouveau Monde, ce dernier héritage la pousse, comme devant le pouvoir séducteur masculin, à s\u2019af firmer devant l\u2019Europe.Se disant «accablée d\u2019une tristesse sans égale», elle demande aux autorités britanniques de gracier son neveu et fils spirituel Guillaume Lévesque, qui s\u2019est révolté contre le pouvoir colonial.Même la France, l\u2019ancienne métropole où elle regrette de ne pas avoir vu le jour, ne surclasse pas, à ses yeux, l\u2019« âpre climat du Nord» sous lequel elle est née.Elle dit au Canada : « Je t\u2019appartiens pour la vie et la mort ! » Voilà la seule certitude qui se dégage des poèmes en donnant une valeur rare au doute secret et diffus qui les habite.Louise- Amélie Panet le devine : «Si par un jour chaud l\u2019ombre est belle, / Semblable est la félicité / Qu\u2019on goûte dans l\u2019obscurité.» Annonciateur de notre modernité littéraire, le doute ne pouvait être que bénéfique.Collaborateur Le Devoir LOUISE-AMÉLIE PANET SEIGNEURESSE ARTISTE-PEINTRE POÉTESSE ?Marcel Ducharme Point du jour L\u2019Assomption, 2016, 242 pages HISTOIRE La poésie du doute par ses racines Marcel Ducharme va à la rencontre de Louise-Amélie Panet, pionnière méconnue de la littérature québécoise Ne plus lire, ce serait vivre à l\u2019étroit [.] en ruminant des pensées complaisantes et, par conséquent, stériles Extrait de L\u2019œil du hibou « » ÉCOSOCIÉTÉ Depuis le Chiapas où il vit, le philosophe Pierre Madelin se demande comment s\u2019émanciper de nos servitudes volontaires qui af fectent notre environnement.Pierre Madelin en trois citations : «Aucun des scénarios politiques que nous avons envisagés n\u2019est pleinement satisfaisant dans la perspective d\u2019une transition écologique.La voie réformiste, \u201cpar le haut\u201d, n\u2019est pas convaincante parce que les institutions \u201cdémocratiques\u201d et les processus sur lesquels elle repose sont à bout de souffle, parce que l\u2019État qu\u2019elle se propose de réorienter en tenant compte des limites de la Terre a partie liée avec les processus historiques qui ont mené à la crise environnementale.» «Nous sommes confrontés à un système fondamentalement parasitaire [\u2026] Ce système s\u2019attaque de façon indifférenciée à la nature, aux rapports sociaux précapitalistes et à la psyché individuelle.Il dilapide avec insouciance les ressources naturelles et les ressources de sens dont il a hérité du passé.» «Nous savons déjà parfaitement quelles pratiques sociales et économiques pourraient nous permettre d\u2019assurer la transition écologique.Redéfinir nos besoins conformément à des nécessités réelle, socialement définies, et non pas déterminées par la publicité, par l\u2019injonction à consommer dicté par l\u2019idéologie de la croissance et la logique de la consommation ostentatoire».BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA (NO MIKAN 3675771) Au croisement des influences et des tensions idéologiques, Louise-Amélie Panet a développé une poésie propre à l\u2019esprit du Nouveau Monde.Les carnets d\u2019André Major racontent un quotidien transcendé par cet esprit littéraire essentiel pour vivre "]
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