Le devoir, 6 février 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 4 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Société \u203a Urbanisme.Un indice virtuel qui mesure le verdissement des villes.Page A 5 Actualités \u203a Documentaire.Sur la trace des zoos humains du XIXe siècle.Page A 4 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.B 5 Mots croisés.B 5 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Vendredi 10 février de 12 h à 20 h Samedi 11 février et Dimanche 12 février de 10 h à 18 h DÉFILÉS DE MODE CHOCOLATÉS + DÉMONSTRATIONS DE L\u2019ACADÉMIE DU CHOCOLATTM + MARCHÉ DU CHOCOLAT ! @jetaimechocolat jetaimechocolat jetaimechocolat.com @jtmec #JTMEC L\u2019industrie canadienne du transport face à l\u2019instabilité américaine Page B 5 Martine Ouellet se lance dans la course à la chefferie du Bloc québécois Page A 3 SUPER BOWL LI TOM BRADY ET LES PATRIOTS ENCORE CHAMPIONS ! KEVIN C.COX/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont effectué une remontée historique pour remporter dimanche le 51e match du Super Bowl, battant les Falcons d\u2019Atlanta 34-28 en prolongation.Le quart-arrière Tom Brady décroche ainsi un cinquième titre en carrière, un record.Un compte rendu de Jean Dion.Page B 4 A L E X A N D R E S H I E L D S L e ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles a profité de l\u2019élaboration de ses orientations en matière d\u2019acceptabilité sociale pour mettre sur pied une nouvelle structure qui sera responsable de l\u2019analyse économique des projets majeurs.Ce bureau pourrait donc faire concurrence au BAPE, voire supplanter l\u2019organisme indépendant, qui évalue les enjeux économiques depuis près de 40 ans.Un souhait maintes fois exprimé par le lobby patronal.La publication des « cinq orientations en matière d\u2019acceptabilité sociale » est passée totalement inaperçue.Il faut dire que le document d\u2019une douzaine de pages a simplement été mis en ligne sur le site du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles (MERN).Le ministre Pierre Arcand en a aussi fait la présentation, mais seulement dans le cadre d\u2019un « Sommet sur l\u2019énergie » organisé par le journal Les Af faires.Les participants à cette ren- De la concurrence pour le BAPE Québec crée une nouvelle structure responsable de l\u2019analyse économique des projets majeurs A M É L I E D A O U S T - B O I S V E R T L es contrepoids de la démocratie américaine se sont mis en action cette fin de semaine, ouvrant les frontières alors qu\u2019une cour d\u2019appel fédérale a maintenu le blocage du décret migratoire du président Donald Trump qui interdisait l\u2019entrée au pays des ressortissants de sept pays à majorité musulmane.En après-midi, alors qu\u2019était diffusée avant le Super Bowl une entrevue préenregistrée vendredi qu\u2019il a accordée au réseau Fox News, le président américain a déclaré sur Twitter qu\u2019il avait demandé au département de la Sécurité intérieure de contrôler « très attentivement» les arrivants.« Je n\u2019arrive pas à croire qu\u2019un juge puisse nous placer dans un tel péril.Si quelque chose arrive, blâmez-le et le système de justice.Des gens entrent à flot », a aussi écrit Donald Trump sur le réseau social.Dans l\u2019intervalle, des passagers arrivant des pays visés par le décret ont pu rentrer sans encombre dimanche.« À ma connaissance, des personnes provenant des sept pays concernés ont été capables de voyager vers les États-Unis et d\u2019y entrer sans trop de problèmes, a indiqué au Devoir Henrike Dessaules, de l\u2019International Refugee Assistance Project.Nous suivons la situation de près, mais le week-end a été clairement plus calme ».C\u2019est aussi ce qu\u2019a rapporté la New York Immigration Coalition, qui était présente à l\u2019aéroport John F.Kennedy de New York.Par exemple, l\u2019Iranienne d\u2019origine Dariba Tajrostami a Le décret migratoire de Donald Trump face à la justice C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris P eu de gens savent que la seule femme qui est tombée sous les balles des assassins de Charlie Hebdo était juive.Elle se nommait Elsa Cayat.Son service funèbre fut célébré au cimetière Montparnasse par le rabbin Delphine Horvilleur.Lorsque le moment est venu de la présenter aux dessinateurs \u2014 qui n\u2019avaient jamais ménagé ni les prêtres, ni les imams, ni les rabbins \u2014, la sœur d\u2019Elsa a pris sa main et a dit : «Je vous présente le rabbin laïque.» C\u2019est ainsi que l\u2019on surnomme depuis l\u2019une des rares femmes rabbins en France.Il ENTREVUE Delphine Horvilleur, « rabbin laïque » JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Delphine Horvilleur est l\u2019une des trois femmes rabbins de France.Lire aussi \u203a Face au chaos.Une chronique de François Brousseau sur le début du règne de Donald Trump.Page B 1 VOIR PAGE A 8 : BAPE VOIR PAGE A 8 : TRUMP VOIR PAGE A 8 : RABBIN L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 M I C H E L L E M C Q U I G G E à Toronto La ministre chargée d\u2019élaborer des lois pour améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec un handicap affirme que le taux d\u2019emploi sera un élément clé.La ministre des Sports et des Personnes handicapées, Carla Qualtrough, a indiqué que l\u2019élimination des obstacles à l\u2019accessibilité sera cruciale pour réduire la tendance persistante d\u2019un taux de chômage particulièrement élevé chez les personnes handicapées.Mme Qualtrough a af firmé que la plupart des aspects de la loi sur les Canadiens handicapés grandement attendue porteront d\u2019une manière ou d\u2019une autre sur le marché du travail, notamment avec des programmes ciblés et des améliorations des normes de construction qui pourraient rendre plus accessibles les futurs lieux de travail.Les statistiques montrent depuis longtemps que les Canadiens vivant avec un handicap ont un taux d\u2019emploi considérablement moindre que les Canadiens sans handicap, plusieurs études ayant évalué que seulement la moitié des Canadiens handicapés dénichaient un travail.La ministre a indiqué que les détails de la loi n\u2019avaient pas encore été établis, mais que les barrières à l\u2019emploi avaient été un thème récurrent dans les 17 séances de consultation menées un peu par tout au pays.Mm e Qual- trough a dit espérer pouvoir présenter un projet de loi au Parlement d\u2019ici environ un an.La loi, que des militants de défense des droits des handicapés cherchent à obtenir depuis des années, statuerait dans des secteurs de compétence fédérale, notamment du côté des banques et autres services financiers, des télécommunications et du transpor t interprovincial.Mme Qualtrough a affirmé que la loi fédérale devrait être rédigée en complémentarité de lois provinciales existantes.La loi à large por tée, qui pourrait s\u2019attarder à une foule d\u2019éléments allant des normes de construction à celles sur les services à la clientèle, a le potentiel d\u2019améliorer les statistiques démontrant de manière persistante un faible taux d\u2019emploi des personnes handicapées, a-t-elle soutenu.«Tout a un impact sur l\u2019emploi, a dit Mme Qualtrough en entrevue.Si vous n\u2019avez pas un édifice qui compte un environnement accessible, vous ne pouvez pas y travailler.Si le transport n\u2019est pas offert pour s\u2019y rendre, vous ne pouvez pas y travailler.[.] À cet égard, cette loi aura assurément un impact significatif sur l\u2019embauche», a-t- elle poursuivi.Il y a deux ans, les données dévoilées par Statistique Canada révélaient un taux d\u2019emploi pour les Canadiens handicapés de 49%, comparativement à 79% dans la population dans son ensemble.La Presse canadienne Une loi fédérale sur les personnes handicapées s\u2019attardera au taux d\u2019emploi Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa Depuis le temps que ses adversaires l\u2019attendaient, Kevin O\u2019Leary a fait face à un barrage de critiques samedi soir à l\u2019occasion d\u2019un débat des candidats à la chef ferie conser va- trice, le premier auquel participait l\u2019ancien «dragon» de CBC.Le ton a été donné par Kellie Leitch, qui a pris la parole immédiatement après la première inter vention de M.O\u2019Lear y.« Premièrement, j\u2019aimerais souhaiter la bienvenue à Kevin au Parti conservateur, et lui dire bon retour au Canada.» Il s\u2019agit d\u2019un rappel du fait que M.O\u2019Lear y s\u2019est fait reprocher d\u2019avoir, pendant ses années de commentateur économique, pris des positions plutôt libérales, et d\u2019une critique à peine voilée du fait qu\u2019il vit le plus clair de son temps aux États-Unis.M.O\u2019Leary était d\u2019ailleurs à New York lorsque la controverse a éclaté mercredi à propos d\u2019une vidéo (tournée à Miami) le montrant en train de manier des armes automatiques, mise en ligne alors qu\u2019au même moment les funérailles de trois des six victimes de l\u2019attentat à la mosquée de Québec étaient célébrées.Michael Chong n\u2019a pas hésité à critiquer cette vidéo.« Vous avez fait preuve d\u2019un manque flagrant de jugement » en publiant cette vidéo «horrible », a-t-il dit.« Ce n\u2019est pas le jugement digne d\u2019un chef du Parti conservateur ou d\u2019un premier ministre.» M.O\u2019Leary s\u2019est aussi fait reprocher de ne pas avoir participé le mois dernier au seul débat des candidats tenu en français, à Québec.Il a annoncé sa candidature officielle le lendemain matin de ce débat.« Tu nous as manqué à Québec, a raillé Steven Blaney.Pour battre Justin Trudeau, il faut faire preuve de courage.Deepak [Obh- rai] a fait preuve de courage, et il a maintenant plus de fans que toi à Québec.» M.Obhrai a participé à ce débat même s\u2019il ne dit pas un mot de français, ce qui avait donné lieu à des interventions parfois étranges.Andrew Scheer, enfin, a reproché à M.OLeary de ne pas avoir l\u2019intention de se faire élire à la Chambre des communes d\u2019ici l\u2019élection de 2019 s\u2019il devient chef.« Il va conserver son emploi et continuer à voyager un peu partout à travers le monde.Battre Justin Trudeau en 2019 est un emploi à temps plein qui nécessite un engagement à temps plein ! » Questions environnementales Le débat sur l\u2019environnement a donné une autre occasion de s\u2019en prendre à l\u2019ancienne vedette de téléréalité.Sur la question de la taxe sur le carbone proposée par Justin Trudeau, Kevin O\u2019Lear y a promis \u2014 comme 12 des 13 autres candidats \u2014 de l\u2019abolir s\u2019il était au pouvoir.Il est allé plus loin en indiquant qu\u2019à son avis, les émissions de gaz à ef fet de serre (GES) émis par le Canada n\u2019étaient pas un problème.« Aucune taxe sur le carbone n\u2019est nécessaire.Bien des gens ne réalisent pas que le Canada possède 1,2 milliard d\u2019acres de terres humides et de forêts.Ce sont des puits de carbone qui absorbent entre 2,1 et 2,6 tonnes de carbone par année.Le Canada absorbe en fait quatre fois plus de carbone qu\u2019il n\u2019en émet.Le Canada n\u2019est pas le problème.Tout ce qu\u2019on a à faire est de fournir des cibles aux industries et les laisser innover.» Les émissions de GES du Canada représentent un peu moins de 2 % des émissions mondiales, mais le Canada ne compte que pour 0,5% de la population mondiale.Cette sor tie a justement donné des munitions à ses adversaires qui ont rappelé, au premier échange venu, que M.O\u2019Lear y s\u2019était prononcé dans le passé en faveur d\u2019une taxe sur le carbone.«Vous avez déjà dit que vous appuyiez la taxe sur le carbone de Justin Trudeau [\u2026].Je me demande quand vous avez changé d\u2019avis à propos de la taxe sur le carbone», a demandé Erin O\u2019Toole.«Lors d\u2019une récente entrevue, M.O\u2019Leary a indiqué qu\u2019il s\u2019opposerait à une taxe sur le carbone, mais qu\u2019il enverrait en prison tous ceux qui s\u2019opposeraient à sa solution.Alors, j\u2019aimerais dire que non seulement je suis contre une taxe sur le carbone, mais que je m\u2019oppose aussi aux prisons du carbone», a lancé ensuite Andrew Scheer.Le format du débat laissant peu de temps pour les échanges, M.O\u2019Leary n\u2019a pas eu l\u2019occasion de répondre.Chong détonne Le candidat ontarien Michael Chong a plusieurs fois tranché avec le reste du groupe pendant le débat de deux heures.Il a été le seul à se dire en faveur d\u2019une taxe sur le carbone, quoique différente de celle envisagée par Justin Trudeau.Sur la justice criminelle, alors que ses adversaires soutenaient les uns après les autres qu\u2019ils protégeraient le droit des victimes plutôt que celui des criminels, ou qu\u2019ils restaureraient les peines minimales, quitte à invoquer la disposition de dérogation si elles sont invalidées par les tribunaux (Brad Trost), M.Chong a promu l\u2019importance de la réinsertion.« Là où j\u2019étais en désaccord avec le précédent gouvernement de Stephen Harper, c\u2019est qu\u2019il faut qu\u2019on mette un accent équivalent sur la réinsertion.Je suis chrétien, et je crois à la rédemption.[\u2026] Quelque trois millions de Canadiens ont à un moment de leur vie fait une erreur et commis un crime.La vaste majorité d\u2019entre eux réintégreront la société.» Par ailleurs, la promesse faite cette semaine par Maxime Ber- nier de revoir le programme fédéral de péréquation a valu à ce dernier de nombreuses attaques.Cette année, le programme est doté d\u2019une enveloppe de près de 18 milliards de dollars.Les candidats à la succession de Stephen Harper ont tour à tour rappelé les bienfaits de ce programme.Ils avaient d\u2019autant plus intérêt à soulever cette question que le débat de samedi avait lieu à Halifax, en Nouvelle- Écosse.Les trois provinces touchant le plus de péréquation par habitant sont situées dans le Canada atlantique.«Maxime Bernier veut éliminer la péréquation pour les provinces atlantiques », a soutenu Erin O\u2019Tool.En considérant qu\u2019il veut retourner des points d\u2019impôt aux provinces, « cela aurait pour ef fet d\u2019éviscérer les programmes sociaux des Maritimes ».Andrew Saxton a adressé le même reproche.M.Bernier a répliqué que sa promesse toucherait aussi sa province natale.« Oui, je veux revoir la formule de péréquation parce que ce n\u2019est pas bon pour vous et ce n\u2019est pas bon pour les Québécois non plus», a- t-il dit à l\u2019assistance.Le Devoir CHEFFERIE DU PARTI CONSERVATEUR Un premier débat corsé pour O\u2019Leary ANDREW VAUGHAN LA PRESSE CANADIENNE Kevin O\u2019Leary et Kellie Leitch lors du débat de samedi, à Halifax 49 % Le taux d\u2019emploi des personnes handicapées au Canada.Il est de 79 % pour l\u2019ensemble de la population.R O B D R I N K W A T E R S elon l\u2019imam Hassan Guil- let, si son discours prononcé lors des funérailles de trois des six victimes de la tuerie de Québec a fait un tel tabac sur les réseaux sociaux, c\u2019est parce qu\u2019il a parlé avec son cœur.M.Guillet a dit qu\u2019il n\u2019avait même pas préparé son texte, dans lequel i l disait que l\u2019homme accusé des six meurtres était lui-même une victime de la haine et que les gens ne devaient pas tenter de se venger.« Je pense que les gens ont pu constater que l\u2019homme qui parlait devant eux était honnête, sincère et triste, a-t-il dit en parlant de lui à la troisième personne.Il laissait parler sa douleur.C\u2019était évident.» « Quand je parlais, je voyais les larmes sur le visage de notre premier ministre, monsieur Trudeau, sur celui de notre premier ministre Philippe [Couil- lard], sur le visage du maire de Québec [Régis Labeaume].J\u2019étais ému.» Autour du monde Les propos de l\u2019imam ont fait le tour du monde.L\u2019homme s\u2019est attiré les félicitations de nombreuses personnalités.«Voici les extraordinaires paroles humaines de l\u2019imam Has- san Guillet lors des funérailles des victimes de la tuerie de Québec», a écrit l\u2019auteure de la série Harry Potter, J.K.Rowling, sur Twitter.Elle avait ajouté un lien menant vers le verbatim du discours.M.Guillet est arrivé au Canada en provenance du Liban en 1974.Il est aujourd\u2019hui à la retraite après avoir travaillé dans l\u2019industrie aéronautique.Il dit qu\u2019il a été trop occupé pour préparer son discours.Porte- parole du Conseil des imams du Québec, il n\u2019a pas eu beaucoup de temps à lui depuis la tuerie de la semaine dernière.Au moment du drame, M.Guillet était chez lui, célébrant l\u2019anniversaire de son fils.Il a alors appris ce qui se déroulait à Québec.Son téléphone s\u2019est mis à sonner à répétition : c\u2019étaient des membres de la communauté musulmane qui venaient aux renseignements, mais lui-même ne savait pas grand-chose.Selon lui, si ses congénères l\u2019ont choisi pour parler au nom de la communauté, c\u2019est parce qu\u2019ils voulaient quelqu\u2019un qui pouvait exprimer leurs inquiétudes et leur douleur sans être agressif.Les musulmans de Québec le connaissent grâce au verger dont il s\u2019occupe à Saint-Rémi.Il y organise des pique-niques et des événe- ments du ramadan.M.Guillet a exprimé sa reconnaissance envers les louanges de Mme Rowling.Sa fille l\u2019a appelé pour le prévenir.Il croit que cela lui a donné un nouvel auditoire constitué de gens plus jeunes.« Je suis surtout en contact avec les plus vieilles générations, mais Mme Rowling m\u2019a donné un nouvel auditoire au sein de la génération Harry Potter.» La Presse canadienne ATTENTAT DE QUÉBEC Le message d\u2019Hassan Guillet venait du cœur L\u2019imam explique son discours lors des funérailles, dans lequel il a désigné l\u2019accusé comme une septième victime ALICE CHICHE AGENCE FRANCE-PRESSE Les propos de l\u2019imam Hassan Guillet ont fait le tour du monde.Québec \u2014 Quelques centaines de personnes ont participé, dimanche, à une marche à la mémoire des six victimes de la tuerie survenue au Centre culturel islamique de Québec, la semaine dernière.Plusieurs membres de la communauté fréquentant la mosquée située dans le centre ont marché en tête du dé?lé.Celui-ci s\u2019est mis en branle à l\u2019Université Laval, où enseignait une des victimes, pour se rendre à l\u2019Assemblée nationale, une distance d\u2019environ six kilomètres.Bras dessus, bras dessous, les gens scandaient: «Tous des Canadiens, tous des Québécois» ou «Non à la violence, non à la haine».Un des organisateurs de la manifestation, Reda Kada, a dit que celle-ci était un moyen pour permettre à la communauté musulmane de répondre aux multiples messages de solidarité qu\u2019elle a reçus au cours de la dernière semaine.Une minute de silence a été observée à la ?n de la manifestation en l\u2019honneur des victimes.Une deuxième minute de silence a aussi été observée pour la famille de l\u2019homme accusé relativement à la tuerie.La Presse canadienne Une marche à Québec L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 À raison, la Fondation Lionel-Groulx vient de réussir à convaincre la Société de transport de Montréal d\u2019installer sur les quais du métro de petites plaques qui expliquent, à tout le moins sommairement, l\u2019origine des noms donnés aux stations.Une heureuse initiative à laquelle on ne peut qu\u2019applaudir.Ces nouvelles plaques commémoratives, pour utiles qu\u2019elles soient, illustrent tout de même à merveille la conscience mal assurée de notre société pour son histoire.Depuis l\u2019ouverture du métro en 1966, il n\u2019y avait jamais eu d\u2019explications de ce genre fournies systématiquement aux passants.Durant des générations, une Église qui se substituait à l\u2019État s\u2019était employée à magnifier l\u2019histoire selon des vues qui soutenaient avant tout l\u2019idée de sa permanence.Ses constructions historiques étaient projetées sur un grand rideau de scène où se jouait un théâtre d\u2019ombres et de lumières capables de faire croire aux loups autant qu\u2019aux élans de chevaliers de la nation.Cela a donné lieu à des récits gonflés, mais souvent creux ou sans consistance, comme celui de Dollard des Ormeaux.Cette histoire triomphaliste, hyperbolique, élevée à l\u2019autel de la nation au nom d\u2019une épopée missionnaire en Amérique, se justifiait toujours par un attachement obsessionnel à des « valeurs traditionnelles », fondées sur l\u2019image d\u2019une société agricole où règne l\u2019homogénéité des caractères physiques autant que culturels.Au point d\u2019en arriver à faire croire que les sociétés humaines étaient monolithiques, fixées une fois pour toutes dans leurs caractères pour les siècles des siècles.Il suf fisait donc d\u2019alimenter les mythes et de laisser l\u2019histoire véritable de côté, en pâture.Plutôt que de faire face à la réalité, on laissait volontiers son œil chavirer vers ce passé édifiant, comme si le regard appréciait avant tout le fait d\u2019être trompé.Cela a donné lieu pendant trop longtemps chez nous à la présentation d\u2019un passé en trompe-l\u2019œil derrière lequel on dissimulait la véritable perspective.Tandis qu\u2019on s\u2019employait à célébrer ainsi la grandeur nationale en se frappant la poitrine, on s\u2019évitait par exemple de considérer que des centaines de milliers de Canadiens français fuyaient vers les États-Unis.Dans un monde en changement, on répugnait à considérer que tout ne s\u2019explique pas seulement par le récit sublimé de la vie des premiers colons blancs.Plusieurs de nos nationalistes qui se revendiquent aujourd\u2019hui d\u2019un idéal « identitaire » sont en quelque sor te les héritiers de pareilles visées messianistes à peine amendées.Les ardents défenseurs de la perspective identitaire, si à la mode dans le discours public québécois, se posent en héritiers de cet idéal missionnaire auquel les illusions d\u2019une grandeur figée suffisaient.Devant le monde apocalyptique qu\u2019ils ne cessent de nous décrire, ils en appellent à un retour à ces vieux récits gonflés et faussement rassurants sur l\u2019identité commune.Le sens de la nuance n\u2019apparaît pas souvent au rendezvous des tristes panoramas qu\u2019ils peignent.C\u2019est du lourd pour du soufflé.Les nations, ils les envisagent dans une cosmogonie d\u2019oppositions où les différences culturelles et politiques sont réduites à de quasi-in- variants anthropologiques.Il ne leur en faut pas davantage pour se prendre soudain pour de preux chevaliers défendant rien de moins que la civilisation.Tout cela fonde un principe circulaire d\u2019obéissance aveugle et craintive envers tout ce qui s\u2019écarte d\u2019un schéma préfabriqué.«Nous» contre « eux ».« Nous » qui ne sommes bien « nous », après tout, qu\u2019à force de ne pas être «eux»\u2026 Ce discours, charrié notamment en boucle par les péroraisons de quelques Achille Talon de salon, répète des éléments d\u2019un langage emprunté à la droite européenne.Cela conduit par exemple à soutenir contre l\u2019évidence que le racisme n\u2019existe pas au Québec, pas davantage que l\u2019isla- mophobie! À croire ceux qui osent encore le répéter après tant d\u2019évidences contraires, cela ne serait qu\u2019une invention des ennemis du Québec pour plonger les Québécois dans un état de contrition destiné à les paralyser devant l\u2019avenir ! J\u2019ai lu et entendu cela à répétition ces derniers mois, dans la nébuleuse de courants nationalistes quelque peu nauséabonds.Selon ces apôtres du conservatisme, il faut échapper au déclin civilisationnel en se repliant sur un passé soigneusement tracé qu\u2019il importe de savoir caresser sans trop le remettre en cause, par peur d\u2019en voir jaillir un jour des questions qui indisposeraient notre disposition à s\u2019y conformer.Cette hantise du déclin de la civilisation, à les entendre une question brûlante d\u2019actualité, est pourtant tout aussi vieille que l\u2019histoire de l\u2019Occident.C\u2019est sur cette crainte d\u2019ailleurs que s\u2019édifie le règne peu rassurant de ce président qui martèle son « Make America Great Again ».Dans cette inflation verbale du national de nos parangons de la civilisation, le combat pour la nation prend volontiers l\u2019allure d\u2019un combat contre les musulmans.L\u2019anti-humanisme se porte bien.À l\u2019évidence, hélas, l\u2019humanisme n\u2019a jamais été la seule force qui anime le développement historique dans nos sociétés.jfn@ledevoir.com L\u2019anti- humanisme JEAN-FRANÇOIS NADEAU M A R I E V A S T E L L a fin de semaine a été chargée, au Bloc québécois.Le parti a of ficiellement lancé sa course à la chef ferie.Moins de vingt-quatre heures plus tard, la députée péquiste Martine Ouellet confirmait qu\u2019elle serait de la course.Il n\u2019y a plus grand monde qui en doutait.Mais l\u2019élue provinciale de Vachon a finalement annoncé dimanche, à Montréal, qu\u2019elle briguerait la direction du Bloc québécois, qui choisira son ou sa prochain(e) chef le 22 avril.Le temps de la course, Mme Ouellet quittera le caucus du Parti québécois.Si elle a assuré qu\u2019elle demeurerait néanmoins députée péquiste, le Par ti québécois a de son côté précisé qu\u2019elle devenait «députée indépendante».Martine Ouellet compte toujours demeurer élue provinciale jusqu\u2019à la fin de son mandat en 2018, même si elle remporte la course à la direction du Bloc québécois.Elle se qualifierait alors de «députée indépendante indépendantiste et amie du PQ».Le souhait de cumuler ses rôles en politique provinciale et fédérale continue toutefois de faire sourciller plusieurs bloquistes.Notamment l\u2019ancien chef Gilles Duceppe, qui a réitéré dimanche que représenter deux ordres de gouvernement à la fois serait « incompatible».La députée péquiste ne le croit pas.« C\u2019est sûr qu\u2019une chef ferie c\u2019est du travail supplémentaire, mais comme toutes les autres chef feries.Tous les chefs de parti l\u2019ont fait.» Et il y a un précédent de chef au fédéral et député au provincial, a-t-elle argué : Marcel Léger, qui a été chef du Parti nationaliste qu\u2019il venait de fonder à Ottawa pendant huit mois en 1983-1984.Or, le Parti nationaliste ne comptait pas d\u2019élus à Ottawa et récoltait 2,5 % d\u2019appuis, a rétorqué Gilles Duceppe.Mais de l\u2019avis de Martine Ouellet, son double rôle sera bénéfique.«C\u2019est un avantage de pouvoir avoir et un pied à Québec et un pied à Ottawa.Pour justement faire la courroie de transmission entre les décisions canadiennes et les impacts que ces décisions ont non seulement sur le gouvernement du Québec, mais sur toute la population du Québec.» Un « argument loufoque », a de nouveau répliqué Gilles Duceppe, en entretien avec Le Devoir, car Martine Ouellet promet de faire pleinement le saut au fédéral en 2019 en portant les couleurs du Bloc aux élections fédérales.« Il y a un raisonnement qui ne tient pas la route.[\u2026] C\u2019est du domaine de la justification plutôt que de l\u2019argumentation », selon M.Duceppe, puisque cette courroie de transmission que veut représenter Mme Ouellet n\u2019existera plus lorsqu\u2019elle terminera son mandat provincial dans un an.Couronnement dénoncé Plusieurs bloquistes en ont aussi contre le calendrier de leur course à la chefferie.Le député Luc Thériault réclamait encore samedi, au conseil général du parti, que la course soit reportée à 2018 afin de donner plus de temps aux aspirants candidats et d\u2019éviter que l\u2019élection du prochain chef soit éclipsée par les courses à la chef ferie du Par ti conser vateur et du NPD.M.Duceppe est du même avis.Il note que certains lui ont fait savoir qu\u2019ils seraient désireux de lui succéder, mais qu\u2019ils ne pouvaient se permettre de faire le saut en politique à plus de deux ans de la prochaine élection fédérale, car un chef non élu n\u2019aurait droit qu\u2019à un salaire symbolique au Bloc.Daniel Paillé touchait 25 000$.Martine Ouellet « pourrait se présenter en 2018 tout autant », a argué M.Duceppe.« Je pense que c\u2019est parce que ça aurait été une vraie course en 2018, et là ce sera un couronnement.» Une lecture partagée par d\u2019autres bloquistes, au conseil général de la fin de semaine.Le chef du Parti québécois, Jean-François Li- sée, s\u2019est contenté d\u2019une réaction succincte sur Twtitter, en souhaitant « bonne chance à [sa] collègue et aux autres candidats potentiels ».Le député péquiste Claude Cousineau, qui était aux côtés de Martine Ouellet lors de sa conférence de presse dimanche, assure qu\u2019il n\u2019y a «aucune animosité» au Parti québécois, où «la majorité des députés voient d\u2019un bon œil» sa candidature au Bloc.Il y a des «positions différentes» sur son souhait de conserver son siège à Québec, a-t- il admis, mais il n\u2019y voit, lui, pas de problème.Mme Ouellet était également accompagnée des députés bloquistes Marilène Gill et Xavier Barsalou-Duval \u2014 qui promettent de faire activement campagne pour la faire élire \u2014 et de Gilbert Paquette, ancien ministre péquiste sous René Lévesque.Priorité à l\u2019environnement Ancienne ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet a vivement dénoncé l\u2019approbation par le gouvernement de Justin Trudeau de deux oléoducs.Quant à Énergie Est, il s\u2019agit d\u2019un «projet aberrant et destructeur pour le Québec», a-t-elle scandé.Mme Ouellet a en outre cité les dossiers traditionnels du Bloc à Ottawa: bois d\u2019œuvre, protection de la gestion de l\u2019offre dans les accords commerciaux, et financement du projet hydroélectrique Muskrat Falls.Martine Ouellet en est à sa troisième course à la chefferie.Elle avait terminé sa première course à la direction du Parti québécois troisième, avec 13,21 % d\u2019appuis en 2015, et la seconde au même classement, avec 17,6 % en 2016.Elle assure qu\u2019elle a l\u2019énergie de mener une troisième campagne, rappelant qu\u2019elle avait fait des tournées du Québec sur le gaz de schiste, sur les mines, ou encore sur le projet de Belledune.Les aspirants chefs du Bloc québécois ont jusqu\u2019au 14 mars pour se porter candidats, en déposant 1000 signatures d\u2019au moins 25 circonscriptions et un chèque de 15 000 $.Les bloquistes choisiront leur prochain chef par Internet et par téléphone les 20, 21 et 22 avril.Le résultat sera annoncé le 22 avril au soir.L\u2019ancien candidat du Bloc dans Rivière-des-Mille- Îles Félix Pinel a lui aussi promis de se lancer dans l\u2019arène.Le Devoir Martine Ouellet se lance dans la course à la direction du Bloc québécois PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le souhait de Mme Ouellet de cumuler ses rôles en politique provinciale et fédérale fait sourciller plusieurs bloquistes, notamment Gilles Duceppe.J O C E L Y N E R I C H E R à Québec L e prochain gouvernement péquiste devra évaluer la pertinence de reporter la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté à un troisième mandat, selon l\u2019ancien premier ministre Bernard Landry.L\u2019actuel chef du Parti québécois (PQ), Jean- François Lisée, s\u2019est pourtant fait élire en s\u2019engageant à tenir un référendum dans un deuxième mandat, entre 2022 et 2026, après avoir renoncé à consulter la population sur le statut du Québec lors d\u2019un premier mandat.Or, malgré cet engagement, il vaudrait mieux s\u2019abstenir de poser la grande question au peuple lors d\u2019un deuxième mandat, si les circonstances ne sont toujours pas favorables à la victoire du Oui, selon Bernard Landry.Un éventuel gouvernement Lisée ne doit surtout pas courir le risque de perdre un troisième référendum, un scénario qui serait catastrophique pour le Québec, a prévenu l\u2019ex-premier ministre lors d\u2019une entrevue téléphonique récente avec La Presse canadienne.« Personne ne veut qu\u2019on perde un autre référendum», après les défaites amères de 1980 et 1995, si dures à encaisser, a fait valoir l\u2019ancien chef péquiste, qui avait été sollicité pour savoir quel bilan il traçait des 100 premiers jours de Jean-François Lisée à la tête du PQ.«Comme disait [l\u2019ancien chef péquiste] André Boisclair, on n\u2019est pas des kamikazes ! » ajoute M.Landry, pour justifier un éventuel report à un hypothétique troisième mandat d\u2019affilée du PQ, qui irait de 2026 à 2030.Cet éternel militant pour l\u2019indépendance, ardent défenseur de «cette cause nationale essentiel » et toujours actif à près de 80 ans, se dit convaincu qu\u2019une autre défaite des souverai- nistes aurait «des conséquences incalculables » pour le Québec et le moral des troupes.Une option moins populaire Les sondages indiquent que la ferveur souve- rainiste perd constamment du terrain.Le plus récent sondage Léger place l\u2019appui à la souveraineté à 35 % dans la population en général et à seulement 23 % parmi les jeunes de 18 à 24 ans.Avant de tenter de faire la souveraineté, Jean- François Lisée devra d\u2019abord prendre le pouvoir en 2018.Pour ce faire, soutient M.Landry, il devra absolument séduire trois clientèles qui boudent le PQ : les jeunes, les immigrants et les gens de Québec.L\u2019ex-premier ministre, qui a quitté ses fonctions de chef en 2005, estime que, depuis son élection en octobre Jean-François Lisée a connu un parcours sans faute à la tête du PQ.Il lui donne une note parfaite.Il «a bien réagi à toutes les situations» et «visiblement, il a du talent » pour diriger le Parti québécois, une formation politique reconnue pour entretenir une relation tendue, jamais complaisante, avec ses chefs.Assurément, Jean-François Lisée « peut rendre de grands services à la cause» souverainiste, estime celui qui avait pourtant choisi d\u2019appuyer Alexandre Cloutier, lors de la course à la direction l\u2019an passé.À propos de la division du vote francophone nationaliste entre le PQ, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire, il dit que le Parti québécois a toujours été une coalition de gens venant de divers horizons et qu\u2019il fallait consolider cet équilibre entre diverses tendances.Il se montre prudent quand il s\u2019agit d\u2019aborder la question du projet de convergence entre son parti et Québec solidaire, y compris la possibilité que le PQ ne présente pas de candidat dans Gouin, pour favoriser l\u2019élection d\u2019un candidat solidaire.L\u2019important à ses yeux : que les deux partis adoptent «une stratégie qui sert la cause nationale » et que « le résultat soit utile à la nation québécoise».La Presse canadienne Référendum: Landry suggère d\u2019attendre un troisième mandat L\u2019ancien premier ministre s\u2019inquiète des conséquences advenant une autre défaite souverainiste L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 M A R I E - M I C H È L E S I O U I Entre les cages des ours, des éléphants et des tigres, il y avait en 1880 une famille venue d\u2019ici, du Labrador, exposée dans un vaste enclos pour le plaisir des visiteurs européens.Au zoo, les curieux venaient alors voir\u2026 des humains.L\u2019Inuit Abraham Ulrikab avait traversé l\u2019Atlantique avec les siens : ensemble, ces « Esquimaux » remplissaient la mission du Norvégien Johan Adrian Jacobsen, chargé de ramener des autochtones d\u2019Amérique pour les exposer au public, partout en Europe.Ce mardi, l\u2019histoire d\u2019Abraham se transpor tera à Toronto, là où aura lieu le gala des prix Écrans, pour lesquels la Gatinoise France Rivet et son équipe ont obtenu deux nominations.Car c\u2019est par cette Québécoise passionnée du Grand Nord que revit depuis 2009 le passé de ces Inuits, qui ont été exposés dans des zoos humains.C\u2019est aussi grâce à cette femme que les squelettes de ceux qui ont nourri les spectacles ethnographiques du zoologiste allemand Carl Hagen- beck pour ront f inalement faire le voyage inverse au- dessus de l\u2019océan Atlantique.Le déclic « Je savais que je n\u2019étais pas à ma place en informatique, mais je ne savais pas quoi faire d\u2019autre.C\u2019est le Grand Nord qui m\u2019a donné le déclic », raconte aujourd\u2019hui France Rivet, toujours installée en Outaouais.En 2007, l\u2019informaticienne « tournait en rond » .Elle a quitté son emploi, changé la vocation de son entreprise.Désormais, elle se consacrerait à la diffusion de connaissances sur le Grand Nord.L\u2019histoire d\u2019Abraham est venue à elle en 2009, par les mots d\u2019un photographe allemand qui par ticipait à la même croisière qu\u2019elle dans le Grand Nord.Puis, le destin de l\u2019Inuit s\u2019est mêlé au sien, quand elle a appris que son squelette, comme ceux des quatre autres Inuits qui l\u2019accompagnaient à Paris, se trouvait encore dans les réserves du musée de l\u2019Homme.« La mâchoire m\u2019est descendue jusqu\u2019à terre, révèle la documentariste.Il ne s\u2019agissait plus juste de découvrir ce qui s\u2019était passé.Là, on pouvait changer le cours de l\u2019histoire.» L\u2019ensemble de l\u2019exercice de recherche a été filmé, consigné dans le livre Sur les traces d\u2019Abraham Ulrikab (publié en 2015 chez Horizons Polaires) et dans le documentaire Piégés dans un zoo humain.C\u2019est pour ce film que France Rivet et son équipe sont nommées aux prix Écrans, dans la catégorie «Meilleur documentaire scientifique ou de nature » et pour le prix Barbara Sears pour la meilleure recherche éditoriale.Le journal L\u2019histoire d\u2019Abraham Ulri- kab commence en août 1880, quand la goélette de Johan Adrian Jacobsen jette l\u2019ancre sur nos côtes, au Labrador.Le voilier repar tira avec huit Inuits : Tigianniak, sa femme, Paingu, et leur adolescente, Nuggasak, de même qu\u2019Abraham, sa femme, Ulrike, ses filles, Sara et Maria, et un jeune homme célibataire, To- bias.Abraham est instruit : dès qu\u2019il quitte son village de 200 habitants, il note les détails du voyage dans son journal.Il a permis à l\u2019Histoire de se souvenir de lui.« Il était conscient qu\u2019il s\u2019en allait en Europe pour être exposé devant des gens.Mais il ne saisissait pas, selon moi, le concept : qu\u2019est-ce que ça voulait dire, avoir des milliers de personnes devant lui ?» constate aujourd\u2019hui France Rivet.Abraham voit dans ce voyage, qui doit durer un an, un « appel de Dieu » , mais aussi un moyen de payer ses dettes.Il recevra trois marks par jour \u2014 davantage que les autres hommes, qui en auront deux, et que les femmes et les enfants, qui auront un salaire quotidien d\u2019un mark.« C\u2019était comparable au salaire des ouvriers allemands à l\u2019époque.Ils n\u2019étaient pas sous-payés » , atteste France Rivet.Le travail ?Vivre pendant un an dans des zoos, avec les animaux, et exposer le mode de vie des Inuits aux spectateurs, qui sont parfois au nombre de 500 000.Dans un étang, ceux qu\u2019on appelait alors les Esquimaux chassent un phoque placé là pour l\u2019occasion.Quand il n\u2019y a pas de bête, le jeune Tobias se déguise, et la scène est mimée.Les autochtones sont bien traités, dans les conditions.Mais « ils ne faisaient pas que faire leur représentation le jour pour ensuite aller dormir à l\u2019hôtel, rappelle France Rivet.Ils habitaient avec les animaux.» Le voyage Après une première série de représentations dans la ménagerie d\u2019Hagenbeck à Hambourg, la troupe par t pour Berlin.Puis pour Prague, Francfort et Krefeld.Au moment de partir pour Paris, ils ne sont plus que cinq à être encore en vie.C\u2019est en terre française que ceux qui ont recruté Abraham et sa famille se rendent compte de leur erreur.On n\u2019a pas administré à ces exotiques le vaccin contre la variole, pourtant obligatoire en Allemagne à l \u2019époque.Comme leurs proches décimés en Allemagne, Maria, Abraham, Tobias, Tigianniak et Ulrike succombent à la maladie, à Paris, au tournant de l\u2019année 1881.Ils étaient les premiers Inuits à faire le voyage.D\u2019autres, aussi du Labrador, le feront ensuite.Au pays, seul un groupe d\u2019autochtones de Bella Coola, en Colombie-Britannique, traversera aussi l\u2019Atlantique pour faire partie d\u2019un zoo humain.Au total, les historiens estiment que 30 000 à 35 000 personnes y ont été envoyées \u2014 de par tout sur la planète \u2014 entre 1870 et 1930, relate France Rivet.Ils n\u2019ont pas tous retrouvé leur mère patrie.Abraham Ul- rikab, lui, le souhaitait pourtant ardemment.« Un an à passer, c\u2019est bien trop long parce que nous voudrions rentrer vite dans notre pays, parce que nous sommes incapables de rester toujours ici.Oui vraiment, c\u2019est impossible ! », a-t-il écrit dans son journal.Depuis 2013, avec l\u2019accord du Canada et de la France, le gouvernement du Nunatsia- vut, territoire autonome géré par les Inuits de Terre-Neuve- et-Labrador, s\u2019y af faire.Les élus ont fait des consultations publiques, rédigent actuellement un protocole pour le rapatriement de restes humains.« Ils veulent prendre le temps de faire les choses correctement », croit France Rivet.Patience.Le moment venu, Abraham pourra rentrer à la maison.Le Devoir DOCUMENTAIRE France Rivet sur la trace des zoos humains La Gatinoise s\u2019est intéressée au sort d\u2019Inuits devenus attractions, au XIXe siècle FRANCE RIVET Les coulisses du tournage d\u2019une dramatisation du documentaire Piégés dans un zoo humain A M É L I E D A O U S T - B O I S V E R T P romettant de redonner à la Plaza Saint-Huber t ses « lettres de noblesse », le maire de Montréal, Denis Coderre, a confirmé dimanche matin que la Ville investirait 49 millions de dollars pour la revitalisation de cette artère commerciale.La célèbre marquise qui protège les badauds des intempéries des rues Jean-Talon à Bellechasse sera démantelée et remplacée.Des consultations avaient précédemment révélé l\u2019attachement d\u2019une grande majorité de citoyens et de commerçants à cette structure qui, si elle est devenue l\u2019emblème de la Plaza, se faisait toutefois vieillissante.La nouvelle marquise sera moins imposante, libérant les étages des immeubles par sa position plus près de la rue et sa pente moins prononcée.Le fil de la marquise doit également être interrompu au moment de traverser des places publiques, pour donner une impression de grandeur.Le démantèlement doit débuter dès juillet.Les travaux, eux, s\u2019échelonneront entre 2018 et 2021.Des saillies ver tes, où seront installés les arbres ou encore des terrasses, alterneront avec les places de stationnement en bordure de rue, dont le nombre sera réduit.Des travaux majeurs d\u2019égouts et d\u2019aqueducs sont prévus.Une place publique sera également aménagée devant le Bain Saint- Denis.En outre, les intersections seront repensées et les trottoirs élargis pour faire une plus grande place aux piétons.Pour Valérie Plante, ces annonces constituaient de « bonnes nouvelles », dimanche.« Je suis satisfaite qu\u2019on profite de travaux majeurs pour procéder à un réaménagement, ce qui n\u2019a pas toujours été le cas par le passé pour d\u2019autres artères », a dit la chef de l\u2019opposition of ficielle à la Ville de Montréal en entrevue avec Le Devoir.La Ville a promis d\u2019animer la r ue pendant les travaux ainsi que de proposer des mesures de soutien aux commerçants.« Ce qui leur sera vraiment of fert reste nébuleux, explique Valérie Plante.À Projet Montréal, nous demandons un allégement fiscal pendant les travaux pour leur donner un répit.Nous pensons aussi qu\u2019il vaudrait mieux procéder par tronçon, mais du moment que ça se fait en concertation avec les commerçants, c\u2019est un gage de réussite.» Les commerçants d\u2019autres artères commerciales, comme le boulevard Saint-Laurent ou la rue Saint-Denis, ayant souffert lors de travaux majeurs, l\u2019impact potentiel sur ces derniers est une des préoccupations principales entourant ces travaux.Le Devoir MONTRÉAL Cure de jouvence pour la Plaza Saint-Hubert La Ville investit près de 50 millions pour revitaliser l\u2019artère commerciale Les travaux en bref Mise à niveau des égouts et aqueducs.Remplacement de la marquise par une structure plus légère.Élargissement des trottoirs et aménagement de saillies avec verdure et terrasses.Aménagement de places publiques et remplacement du mobilier urbain.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La Plaza Saint-Hubert, un beau jour d\u2019été France Rivet A N D Y B L A T C H F O R D à Ottawa Les conseillers économiques du gouvernement Trudeau dévoileront leurs recommandations, lundi, s\u2019intéressant à divers objectifs, allant d\u2019une meilleure intégration des femmes et des autochtones au marché de l\u2019emploi à l\u2019aide aux travailleurs afin de faire face à l\u2019évolution rapide du monde du travail.La série de recommandations visant à revitaliser l\u2019économie canadienne sur le long terme pourrait très bien influencer les hauts responsables du gouvernement dans l\u2019élaboration du prochain budget fédéral.On s\u2019attend fortement à ce que les libéraux intègrent au moins quelques-unes des suggestions du Conseil consultatif sur la croissance économique dans son plan budgétaire, qui sera présenté dans les semaines à venir.Cinq grandes catégories Le groupe de conseillers \u2014 dont les membres ont été sélectionnés l\u2019an dernier par le ministre des Finances, Bill Morneau \u2014 a classé ses recommandations sous cinq grandes catégories, a appris La Presse canadienne.Parmi celles-ci se trouve l\u2019objectif d\u2019augmenter la participation au marché du travail de groupes démographiques actuellement sous- représentés, de même que celui d\u2019améliorer les apti - tudes des travailleurs dans la foulée d\u2019un monde de l\u2019emploi en pleine évolution.Une catégorie regroupe par ailleurs plusieurs stratégies de croissance ciblant des secteurs clés de l\u2019économie alors que les autres grands thèmes concernent la stimulation de l\u2019innovation et l\u2019élargissement des échanges commerciaux.Sur ce dernier point, le conseil présidé par Dominic Barton devrait appeler Ottawa à diriger davantage d\u2019efforts à tisser des liens avec les importantes économies asiatiques telles que le Japon, l\u2019Inde et la Chine.On souhaite faire valoir que le Canada deviendrait ainsi moins dépendant d\u2019ententes internationales telles que l\u2019Accord de libre-échange nord-américain.Au sujet de l\u2019élargissement des échanges commerciaux, les membres du comité pourraient également suggérer à Ottawa d\u2019en faire plus pour faire du Canada un pôle d\u2019attraction en apportant des améliorations aux infrastructures cruciales en matière de transport, comme les ports.Le conseil, qui réunit en tout 14 personnalités issues du monde des af faires et du milieu de la recherche, proposera aussi des moyens de stimuler la croissance du capital, de privilégier un approvisionnement stratégique et de créer des plaques tournantes au chapitre de la technologie.Remonter la pente Ces recommandations surviendront dans le contexte où l\u2019économie canadienne peine toujours à remonter la pente après une période prolongée marquée par une croissance économique ralentie.Le rappor t attendu lundi constitue la deuxième série de recommandations attendues du Conseil consultatif sur la croissance économique.Si l\u2019histoire peut servir à titre d\u2019indicateur, les Canadiens peuvent s\u2019attendre à ce que les recommandations teintent le prochain budget.Les propositions pourraient même inspirer encore davantage le gouvernement.L\u2019automne dernier, le Conseil avait suggéré à Ottawa d\u2019attirer davantage de nouveaux talents par le biais de l\u2019immigration, en augmentant les investissements en infrastructures et en faisant converger au pays plus d\u2019argent venu de l\u2019étranger.La Presse canadienne ÉCONOMIE Le fédéral reçoit des conseils pour une revitalisation à long terme Ottawa-Vanier : les libéraux ont choisi Ottawa \u2014 Les libéraux fédéraux ont choisi dimanche la candidate qui les représentera dans l\u2019élection partielle d\u2019Ot- tawa-Vanier, une circonscription laissée vacante après le décès du député Mauril Bélanger.Il s\u2019agit de Mona Fortier, femme d\u2019affaires qui milite depuis longtemps au parti.Mme Fortier, qui a coprésidé la campagne de Mauril Bélanger en 2015, bénéficie de l\u2019appui de sa veuve, Catherine.Ottawa-Va- nier est un véritable château fort du Parti libéral, qui a toujours remporté cette circonscription, autrefois appelée Ot- tawa-Est, depuis sa création en 1935.M.Bélanger avait été élu sans interruption depuis 1995 avec chaque fois une majorité écrasante.L\u2019élection partielle dans cette circonscription n\u2019a pas encore été convoquée.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 SOCIETE A 5 I S A B E L L E P A R É T out le monde s\u2019entend pour classer Paris parmi les plus belles villes du monde.Mais sait-on qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une des métropoles touristiques les moins vertes de la planète ?À l\u2019inverse, Singapour, Toronto et Vancouver sont parmi les plus verdoyantes au monde, selon un indice virtuel de « verdure » récemment mis au point par un laboratoire du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT).Grâce à une technologie d\u2019imagerie virtuelle similaire à celle développée par Google Street View, le MIT Senseable City Lab vient de mettre au point une banque de données sur les ca- nopées urbaines de diverses villes du monde qui recense en détail la densité du couvert arboricole de chaque rue et de chaque quartier de diverses villes du monde.Surnommée Treepedia, l\u2019outil immersif permet de savoir que le pourcentage de verdure atteint presque 40 % dans le quartier North York de Toronto et de pénétrer virtuellement dans le dédale de ses rues ombragées.Vue sur la rue Depuis une décennie, on peut visiter virtuellement une ville, parcourir une rue, arpenter un quartier et même visiter musées, parcs nationaux et trésors sous-marins grâce à la technologie immersive développée par Google.Les chercheurs du MIT Senseable Lab ont choisi d\u2019utiliser les caméras 360 degrés pour transposer la perception que le visiteur déambulant dans les rues a des arbres, plutôt que de quantifier la verdure d\u2019une ville à partir de photos aériennes.Inédite, la toute récente démarche permet ainsi de comparer une quinzaine de villes entre elles et de partir à la découverte des îlots de verdure de plusieurs métropoles.À l\u2019inverse, elle permet aussi d\u2019explorer les zones «brunes », bref de lever le voile sur les déserts de bitume que cachent plusieurs agglomérations.Le but avoué de l\u2019exercice : permettre aux citoyens de connaître le vrai visage des quartiers de leurs villes et de montrer où les besoins en verdissement sont les plus criants.En balade sur Treepedia Une brève incursion dans l\u2019outil immersif permet de constater que Paris, avec 8,8 % de couvert végétal dans ses rues, arrive bonne dernière dans le palmarès urbain de l\u2019indice vert.Si la canopée couvre près de 20 % des perspectives autour du Champ-de-Mars et jusqu\u2019à 35 % le long de la Seine, la verdure dégringole à moins de 1 % dans plusieurs rues du 10e arrondissement.Londres se place aussi en piètre position, avec une moyenne de seulement 13 % de rues arborées, devancée par New York (13,2 %) et Los Angeles (15 %).Les villes canadiennes recensées jusqu\u2019ici caracolent en tête des mieux cotées en matière de verdure en bord de rue, l\u2019indice vert affichant 26 % pour Vancouver et 19,5 % pour Toronto.Hormis Boston (20 %), Seattle et Sacramento, sur la côte ouest, se distinguent des autres villes américaines avec des scores dépassant les 20 %.En Europe, c\u2019est à Genève (21 %) et à Francfort que les rues empruntées par les piétons sont les plus vertes.Montréal, une canopée bien fournie Difficile de dire où se situe Montréal dans ce panorama des canopées mondiales puisque la métropole n\u2019a pas encore été visitée par les caméras de Treepedia.Par contre, d\u2019autres outils ont été retenus pour visualiser l\u2019étendue du couvert végétal montréalais.Selon Daniel Bédard, chef d\u2019équipe de Forêt au service des grands parcs et du verdissement de la Ville de Montréal, Treepedia est un «outil intéressant », mais totalement différent de celui utilisé par la Ville de Montréal.« Il s\u2019agit d\u2019une imagerie latérale et horizontale prise en bordure de rue à partir du sol, alors que nos données dépendent de photographies aériennes.Treepedia ne calcule pas les arbres qui se trouvent à l\u2019intérieur des parcs, dans les zones boisées ou même derrière les bâtiments, mais calcule tout ce qui est vert aux abords des rues, y compris les pelouses », explique ce dernier.Les photos aériennes, elles, mesurent le couvert végétal grâce à la projection des arbres au sol et ne recensent que les arbres et arbustes de plus de trois mètres de hauteur.Dans ce contexte, on ne peut comparer les données de la Ville de Montréal à celles de Treepedia.Les derniers relevés aériens ef fectués en 2007 fixent à environ 20 % le couvert végétal à Montréal.Cela comprend les grands espaces boisés de l\u2019île de Montréal, mais exclut les parcs et les arbres en bordure de rue, recensés dans d\u2019autres inventaires.Les traces de l\u2019histoire Selon Daniel Bédard, plusieurs facteurs géographiques et historiques, outre les décisions politiques, influencent la présence des arbres en milieu urbain.« Chaque ville est dif férente par son histoire.Les villes très anciennes et plus densément bâties, comme Paris, comportent souvent moins d\u2019espaces verts.Les arbres y sont peu présents.À Toronto, la géographie fait en sorte qu\u2019il y a beaucoup de canyons qui sont très verts.Montréal, elle, comporte une montagne, et cela la distingue grandement d\u2019autres villes.» Le Devoir URBANISME Un indice virtuel qui mesure le verdissement des villes ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les derniers relevés aériens ef fectués en 2007 fixent à environ 20% le couvert végétal à Montréal.Le Plan d\u2019action canopée de Montréal, adopté en 2012, veut porter à 25% le couvert arboricole, ou «l\u2019indice cano- pée», sur le territoire montréa- lais d\u2019ici 2020.Pour hausser cette canopée de 5%, il faudra augmenter d\u2019ici 2020 de 2388 hectares la superficie couverte par des arbres dans la métropole, soit l\u2019équivalent de 65 fois celle du parc La Fontaine.Bref, l\u2019effort sera colossal.«On sait, en plus, que l\u2019agrile du frêne est venu ralentir ces objectifs», signale M.Bédard.Selon le Plan d\u2019action canopée, les destructions causées par l\u2019insecte ravageur pourraient faire reculer de 2% la canopée dans la métropole au cours des 16 prochaines années.Selon certaines données collectées par la Ville, Montréal compterait 675 000 arbres «publics » sur son territoire, dont 225 000 en bordure de rue.Des registres accessibles dans la base de données ouverte de la Ville compilent le nombre des arbres et des espèces présents dans les rues et dans les parcs de plusieurs des arrondissements montréalais.Pour faire grimper l\u2019indice ca- nopée au seuil voulu, il faudra assurer la saine croissance des arbres actuels et sauvegarder les boisés présents, surtout ceux qui sont dans la mire de promoteurs immobiliers.Le plan prévoit en sus la plantation de 300 000 arbres d\u2019ici 2020, au coût de 158 millions de dollars, dont 60% seront plantés sur des terrains privés ou institutionnels, 33% par la Ville de Montréal et 7% par les autres villes situées sur l\u2019île de Montréal.Réaliste?«L\u2019important n\u2019est pas tant de se comparer avec d\u2019autres villes, estime Daniel Bédard, mais de pouvoir \u201cs\u2019autocompa- rer\u201d dans le temps.Les prochaines photographies aériennes seront prises en 2017, et cela nous donnera une bonne idée de notre progression.» Montréal veut augmenter sa canopée L e gène qui accroît le risque d\u2019Alzheimer est étonnamment répandu chez les humains.Ce qui plonge les généticiens dans une profonde perplexité : se pourrait-il qu\u2019il ait un avantage qu\u2019on ne soupçonnait pas ?Une nouvelle recherche répond par l\u2019affirmative\u2026 si l\u2019infection par des parasites est prise en compte.Selon cette recherche, chez les Chimane, un peuple semi-agricole de l\u2019Amazonie qui vit sans électricité ni eau courante, une variante du gène ApoE (apolipoprotéine E) améliorerait les « performances cognitives » chez les gens qui sont les plus infectés par des vers et autres parasites intestinaux.On connaît trois variantes au gène ApoE \u2014 numérotées E2, E3 et E4.Seule la dernière est associée à un risque trois fois plus élevé d\u2019Alzheimer.Une personne porteuse de deux copies de l\u2019ApoE4 est même estimée être 8 à 12 fois plus à risque.Cette variante serait présente chez environ un quart des Américains \u2014 et jusqu\u2019à un tiers des Afro-Américains.On a observé des taux plus élevés encore ailleurs dans le monde, par exemple au Nigéria \u2014 mais de concert, là- bas, avec des taux plus bas d\u2019Alzheimer.Une présence qui fait sourciller Le plus étrange est que, parmi les 372 villageois amazoniens de 6 à 88 ans que ces chercheurs américains et boliviens ont interviewés, ceux qui étaient por teurs du gène ApoE4 avaient effectivement de moins bonnes notes dans les tests d\u2019attention et de mémoire.C\u2019est uniquement lorsqu\u2019on se concentrait sur ceux qui étaient les plus infectés par des parasites que la donne changeait.Ce n\u2019est pas la première fois que la grande prévalence du gène ApoE4 fait sourciller.Un lien avec le taux de cholestérol avait d\u2019abord été envisagé : un plus bas taux de cholestérol protégerait contre les effets délétères de l\u2019E4, avait suggéré dès 1989 une étude en épidémiologie.Mais la nouvelle recherche émet comme hypothèse que l\u2019environnement parasitaire aurait pu être un facteur négligé par les experts de l\u2019Alzheimer, tout simplement parce qu\u2019ils se sont d\u2019abord concentrés sur des populations urbaines vivant dans des pays riches.Autrement dit, il pourrait s\u2019agir, avance le chercheur principal, Ben Trumble, de l\u2019Université d\u2019État de l\u2019Arizona, d\u2019une mutation bénéfique, qui nous aurait aidés à sur vivre dans d\u2019autres lieux et à d\u2019autres époques.La recherche est parue le 28 décembre dans la revue de la Fédération des associations de biologie expérimentale.Agence Science-Presse RECHERCHE À quoi sert le gène de l\u2019Alzheimer ?Les généticiens sont perplexes Californie : au revoir, la sécheresse ?En Californie, c\u2019est le monde à l\u2019envers.Après une sécheresse de plusieurs années, la région a reçu ces dernières semaines une telle quantité de pluie et de neige qu\u2019elle doit gérer des inondations.Les experts de l\u2019US Drought Monitor ont fait sortir de la catégorie «sécheresse » la quasi-totalité des comtés du nord de l\u2019État, et plusieurs de ceux du sud.Pour la première fois en plus d\u2019une décennie, le printemps s\u2019annonce encourageant : selon le ministère ca- lifornien de l\u2019Eau, la couche de neige dans les montagnes est déjà à 108 % de la moyenne du 1er avril et à 174 % de celle du 1er février.Autrement dit, les rivières alimentées par la fonte des neiges ne seront pas à plaindre.Est-ce vraiment la fin de cette «grande sécheresse » qui a conduit à réfléchir à l\u2019avenir de l\u2019agriculture et de mégalopoles en plein désert ?Les climatologues hésitent à transformer une année en une tendance, mais pour l\u2019instant, les Califor- niens ont gagné un répit.Agence Science-Presse L\u2019Arctique perd aussi sa glace invisible L\u2019Arctique perd ses glaces à un rythme accéléré, mais le total du volume de glace perdu est encore plus impressionnant que le total de la surface perdue : en volume, la perte serait de 72 % depuis 1980.Ce que les cartes montrent traditionnellement \u2014 l\u2019étendue de l\u2019océan Arctique qui était recouverte de glace en 1980 par rapport à l\u2019étendue aujourd\u2019hui \u2014 est en effet l\u2019équivalent de la pointe de l\u2019iceberg.Mais il est difficile de calculer le volume qui était invisible sur les photos satellites.La dernière estimation du National Snow and Ice Data Center n\u2019est donc rien de plus qu\u2019une estimation : 32 000 km3 de glace en avril 1980 \u2014 avril correspond chaque année au sommet \u2014 contre 22 500 km3 en avril 2016.Mais cette estimation arrive en plein milieu d\u2019un hiver au cours duquel la surface recouverte par la glace est restée à son niveau le plus bas depuis des décennies que ces mesures sont prises.Agence Science-Presse Le gouvernement national-religieux de Narendra Modi, élu massivement en 2014 sur une bruyante promesse de création d\u2019emplois, ar rive à mi-mandat.Comme Donald Trump, M.Modi a pris le pouvoir en diabolisant les minorités, les immigrants et les médias.Deux ans et demi plus tard, le bilan est en demi-teinte, pour ne pas dire négatif, d\u2019autant que le pays est sous le choc de mesures improvisées de démonétisation.ujet hors champ, vu la dictature que les États- Unis de Donald Trump et que l\u2019Europe sous menace de Brexit exercent sur l\u2019actualité internationale.N\u2019empêche que l\u2019Inde est un pays de 1,3 milliard d\u2019habitants dont le rôle dans le développement démocratique du monde, et donc pas seulement économique, ira inévitablement croissant.Viendra peut-être le jour où l\u2019on s\u2019en avisera.Il se trouve au demeurant qu\u2019avant que l\u2019élection de M.Trump \u2014 ce dé?à notre santé mentale personnelle et collective \u2014 ne vienne mettre en évidence les maux de la démocratie américaine, l\u2019Inde de M.Modi avait déjà commencé à les exposer, faisait récemment remarquer l\u2019écrivain pamphlétaire Panjak Mishra dans un texte portant sur « l\u2019appel incendiaire de la démagogie ».M.Modi, chef du Parti du peuple indien (BJP), a été élu en 2014 à la faveur des scandales de corruption épouvantables qui ont grevé le gouvernement sortant du Parti du Congrès qui tenait le pouvoir depuis 2004 et de la désorganisation politique qui a marqué la ?n de son règne.Néolibéral dans l\u2019âme et membre d\u2019une organisation hindouiste qu\u2019il convient par association de quali?er d\u2019«alt-right», M.Modi a vendu aux électeurs l\u2019idée que l\u2019excentrique démocratie indienne avait besoin d\u2019une gouvernance fondée sur la fermeté et la logique entrepreneuriale.Il ne cache pas son admiration pour le modèle autoritaire et centralisé d\u2019ef?cacité chinoise.Comme Donald Trump qui a été élu par l\u2019« homme blanc », encore qu\u2019il faille nuancer, M.Modi aura fait campagne sous le couvert de l\u2019«hindutva», idéologie identitaire ultraconser- vatrice voulant que ne sont véritablement Indiens que ceux qui sont hindous.Comme M.Trump, fait encore remarquer M.Mishra, Narendra Modi a compris «la terrible puissance politique du ressentiment» \u2014 à l\u2019égard, d\u2019une part, de l\u2019establishment anglophone de New Delhi et, d\u2019autre part, des 175 millions d\u2019Indiens qui sont musulmans.Au ménage qu\u2019il a promis de faire dans les cercles du pouvoir et de l\u2019appareil d\u2019État se conjugue en sous- main un projet de «nettoyage démographique» et de déni de citoyenneté parmi certaines minorités.Comme M.Trump, M.Modi a libéré la parole intolérante: les violences contre les chrétiens et les musulmans se sont multipliées depuis son élection.Comme M.Trump encore, M.Modi est un populiste de la politique-spectacle, qui fait des one man show et ne consulte à peu près personne.Sa décision, en novembre, de démonétiser l\u2019économie en invalidant les billets de 500 et 1000 roupies (10 et 20 dollars) au prétexte de lutter contre la corruption et l\u2019évasion fiscale en est un exemple.?Le spectacle commence-t-il à lasser ?Sa popularité a permis jusqu\u2019à maintenant à M.Modi de faire avaler la pilule de la démonétisation comme un mal nécessaire.Sauf que le processus de remplacement des billets a été très mal préparé.Au moins 40% des gens n\u2019ont pas de compte bancaire dans un pays où l\u2019économie est largement informelle et où l\u2019immense majorité des transactions, des plus petites aux plus grandes, se fait en argent liquide.En soumettant le pays à cet électrochoc, le gouvernement a instantanément paralysé le commerce, empêché des entreprises de verser leur salaire à leurs employés et nui à la petite économie de centaines de millions d\u2019Indiens.Il est déjà entendu que cette démonétisation va faire reculer le PIB.Le gouvernement veut croire que son geste va porter ses fruits à long terme, mais beaucoup doutent que cela convainque vraiment les Indiens de moderniser leurs habitudes \u2014 et les corrompus de se réformer\u2026 Rattrapé par la réalité (la moitié de la population a moins de 25 ans et les deux tiers des Indiens vivent dans la pauvreté), le ministre des Finances, Arun Jaitley, a donc déposé la semaine dernière un budget qui annonce des augmentations substantielles de crédits en infrastructures et dans la lutte anti-pauvreté.L\u2019ancien gouvernement du Congrès n\u2019aurait pas fait autrement.L\u2019Inde est confrontée à une pénurie de travail qui se mesure en dizaines de millions d\u2019emplois.Le BJP de M.Modi a été élu sur des promesses de développement manufacturier et de relance de l\u2019investissement étranger.Pour l\u2019instant, son cirque laisse à désirer.L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S L I B R E O P I N I O N M A R I E - C L A U D E B I B E A U Ministre du Développement international et de la Francophonie J e suis près de Ziniaré, une ville située à environ deux heures de route de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.Une centaine de personnes s\u2019entassent sous un baobab géant pour m\u2019accueillir avant ma visite d\u2019un projet agricole piloté par L\u2019Œuvre Léger.Au Burkina Faso, l\u2019insécurité alimentaire touche près de la moitié de la population du pays.Après un bref discours, on m\u2019amène vers un petit élevage de chèvres.Debout au bord de l\u2019enclos, Iboudo Assèta me raconte une histoire que je n\u2019oublierai jamais.Iboudo est veuve et mère de six enfants.Elle vit avec le VIH et a été désignée par le projet comme étant une personne qui risque d\u2019avoir à quitter sa collectivité pour aller mendier en ville afin de répondre aux besoins de sa famille.Grâce au travail de nos partenaires, elle a eu accès à de la formation, à une trousse de création d\u2019entreprise et à des traitements contre le sida.Rapidement, Iboudo a décidé de se lancer dans l\u2019élevage avec trois chèvres fournies par le projet.Avec l\u2019appui d\u2019un centre de formation local, elle est parvenue à agrandir son troupeau.Ses revenus couvrent maintenant les besoins de toute sa famille.Ses enfants sont en santé, mangent, vont à l\u2019école.L\u2019une de ses plus grandes fiertés, c\u2019est d\u2019avoir installé des panneaux solaires, grâce auxquels ils peuvent faire leurs devoirs à la maison le soir.Iboudo ne demande pas d\u2019aide.Au contraire, elle me répète à quel point elle est fière de son autonomie.Fière de pouvoir répondre elle-même aux besoins de sa famille.Fière d\u2019avoir échappé au lévirat, une coutume qui impose aux veuves de se remarier avec le frère de leur défunt mari.Devenue un modèle de réussite auprès des femmes de sa collectivité, elle transmet son savoir-faire.Au quotidien, elle explique comment une vie peut changer simplement en ayant accès aux bonnes ressources.Le visage d\u2019une politique L\u2019histoire de cette femme m\u2019a marquée, car elle démontre à quel point les femmes sont des agentes de changement au sein de leur collectivité.Elle met un visage sur la nouvelle politique d\u2019aide internationale canadienne qui sera lancée sous peu.Une politique qui tiendra compte des inégalités entre les sexes.Une politique qui se penchera sur les barrières importantes auxquelles les femmes et les filles font toujours face.Une politique qui reconnaîtra le rôle actif qu\u2019elles peuvent et doivent jouer dans la société et qui profitera à tout le monde.Les consultations que nous avons tenues et les données probantes appuient cette vision du développement.Le rappor t de 2016 sur l\u2019état de la population mondiale qu\u2019a publié le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) précise d\u2019ailleurs que c\u2019est en observant le parcours de vie d\u2019une fille de 10 ans qu\u2019on va vraiment pouvoir af firmer si le Programme à l\u2019horizon 2030 (les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies) est une réussite ou un échec.Et ce parcours est encore parsemé d\u2019embûches.Par exemple, on observe toujours des écarts importants en matière d\u2019accès aux services de santé sexuelle et reproductive.Chaque année, on estime à environ 22 millions le nombre de femmes et de jeunes filles qui, par désespoir, mettent leur vie en danger en subissant un avortement clandestin.Même chose en matière d\u2019accès à l\u2019éducation.Parce qu\u2019elles sont af fectées disproportionnellement par la violence ou les mariages précoces, 62 millions d\u2019adolescentes dans le monde ne vont pas à l\u2019école ou en sont souvent absentes.C\u2019est deux fois plus que les garçons.Pour vraiment faire changer les choses, le Canada se doit d\u2019investir stratégiquement.Nous devons prendre en considération les femmes et les filles au début de tous les processus.Sont- elles consultées?Prennent-elles part aux décisions?Participent-elles à l\u2019implantation de nos programmes?Administrativement, le renforcement socio-économique des femmes n\u2019est pas une case au bas d\u2019un formulaire.C\u2019est une application sérieuse de l\u2019analyse des genres à tous les projets que nous financerons.Tout comme Iboudo, les 400 participantes au projet de L\u2019Œuvre Léger forment la « première brigade des pionnières » de la lutte pour la sécurité alimentaire.Lorsqu\u2019elles ont les ressources pour réaliser leur plein potentiel, ces femmes fortes, autonomes et engagées deviennent les plus puissantes agentes de changement, de développement et de paix.Elles sont les piliers sur lesquels nous nous appuyons pour nous attaquer à la pauvreté et aux inégalités, composer avec les changements climatiques et accroître la paix et la sécurité dans le monde.En cette Semaine du développement international, je tiens à remercier la population canadienne et nos partenaires qui travaillent sans relâche à construire un monde plus juste, plus inclusif et plus durable.Malgré l\u2019ampleur des défis auxquels nous devons faire face, rappelons-nous, à l\u2019image d\u2019Iboudo, que c\u2019est la somme de toutes les petites victoires qui mène à de grands changements.Développement international : toutes ces petites victoires FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Une dérive politique Le fait que Philippe Couillard ait scandé « Allahou Akbar » lors de la cérémonie en l\u2019honneur des victimes de la tuerie de la mosquée de Québec est une dérive politique.Si ce n\u2019est pas de la démagogie, de l\u2019intérêt politique recherché en profitant de cet événement, c\u2019est une faiblesse de la part d\u2019un premier ministre qui devrait encourager solidement la séparation de l\u2019État et de la religion.On ne dit pas « Dieu est grand » par solidarité, même pour des gens croyants qui ont souffert, si nous ne sommes pas convaincus nous-même que le monde est dirigé, la politique comprise, par un être suprême hypothétique.Marc Boucher Le 5 février 2017 INDE Un Donald Trump d\u2019essence hindouiste S GUY TAILLEFER Un texte anti-québécois Étant originaire de la ville de Washington, avec un père qui était journaliste au Washington Post, je me sens obligé de répondre au texte anti-québécois publié dans ce journal et écrit par le Canadien anglais J.J.McCullough.Je suis certain que les lecteurs américains trouvent ridicule sa critique de la violence québécoise.Comparons les deux pays, le Québec et les États-Unis.Le Québec a eu six fusillades au cours des 33 dernières années.En moyenne, il y a une fusillade dans laquelle quatre personnes ou Des balises à définir Nous croyions que la ville de Québec, si provinciale, si paisible, était à l\u2019abri d\u2019attentats de nature terroriste.Hé bien non ! Force est de constater qu\u2019il y a parmi nous des personnes prêtes à croire aux discours haineux et mensongers.Toute la semaine, les médias (presse, radio et télévision) nous ont inondés de nouvelles, analyses et commentaires, à un point tel que j\u2019ai craint une intoxication massive.Contrairement à la population de religion juive, plus discrète, sauf peut-être à Outremont, celle de religion musulmane, plus récente et originaire majoritairement du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), nous rappelle, comme l\u2019ont montré les audiences de la commission Bouchard- Taylor, que la majorité des Québécois francophones considèrent que certaines pratiques et modes vestimentaires, féminines en particulier, signifient le retour du religieux dans l\u2019espace public.Cette majorité qui a expulsé l\u2019Église catholique de cet espace à la suite de la Révolution tranquille ne veut pas en entendre parler.D\u2019autre part, la religion musulmane représente à leurs yeux la négation du «dogme» de l\u2019égalité de l\u2019homme et de la femme.Bien que le déluge d\u2019émotions auquel nous avons assisté cette semaine puisse contribuer à une meilleure connaissance et une compréhension mutuelles, il ne peut suffire à créer le climat de tolérance et d\u2019acceptation auquel nous aspirons tous à l\u2019exception, évidemment, de ceux qui se nourrissent ou dif fusent des discours haineux sur Internet et dans d\u2019autres médias.Le gouvernement du Québec doit rapidement proposer des balises raisonnables en matière de laïcité qui tiendront compte de l\u2019équilibre à maintenir entre les positions antagonistes françaises et anglo-américaines qui ont toutes deux leurs adeptes chez nous et, surtout, n\u2019enfreindront pas, constitution canadienne oblige, les limites imposées par la Charte canadienne des droits.Quant à la population musulmane, elle devra participer à ce processus et, pour que cela se fasse de manière efficace et responsable, elle aura l\u2019obligation de se choisir des porte-parole crédibles.Le gouvernement actuel de Philippe Couillard en est-il capable ?La population musulmane du Québec est-elle prête à saisir l\u2019occasion qui lui est offerte ?C\u2019est ce que nous verrons au cours des mois à venir.Louis Garon Québec, le 4 février 2017 plus sont tuées ou blessées aux États-Unis chaque jour.La Ville de Chicago a connu 750 homicides l\u2019année dernière tandis que le nombre d\u2019homicides à Montréal, une ville de taille semblable, était de 15.Je connais de nombreux Américains qui m\u2019envient parce que je vis au Québec.Ils aimeraient avoir une assurance maladie comme la nôtre et ils aimeraient vivre dans une société où les gens ne se promènent pas en public avec des armes à feu.Ils pensent que c\u2019est fantastique que le premier ministre du Canada ne soit pas un fasciste psychopathe mégalomane misogyne isla- mophobe xénophobe.Robert Dole Chicoutimi, le 5 février 2017 L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Guy Taillefer (éditorialiste, responsable de la page Idées), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).L orsque j\u2019étais jeune locataire à Manhattan dans les années 1970, j\u2019habitais un grand immeuble de style Beaux-Arts \u2014 autrefois élégant, mais à l\u2019époque délabré \u2014, dont le propriétaire, Joseph Heller, était un objet de dérision à cause d\u2019une habitude qu\u2019on trouvait très particulière.Chaque week-end, M.Heller se présentait seul dans le sous-sol pour vider lui-même la monnaie des laveuses et des sécheuses.Il se peut qu\u2019il n\u2019ait pas fait confiance au vieux Noir, le gentil Abraham, qui gérait l\u2019édifice.Je crois plutôt que cela fait partie de l\u2019ADN des barons de l\u2019immobilier à New York \u2014 grippe-sous avant tout \u2014 et c\u2019est à cela que je pense quand je songe au maléfique Donald Trump installé à la Maison-Blanche.En fait, je connais bien le milieu, mon grand-père milliardaire (lui aussi baron de l\u2019immobilier dans Manhattan) ayant joué ce même rôle d\u2019avare durant toute mon enfance et après, lorsqu\u2019il a déshérité mon père.Différent de Trump, mon grand-père était un self-made- man, alors que le 45e président a commencé sa carrière avec un héritage considérable de son grand-père et de son père.Peu importe leurs débuts: la formation pour cette catégorie d\u2019homme d\u2019affaires est pareille, stricte et impitoyable.D\u2019après David Cay Johnston, biographe de Trump, Fred Trump, le père, a éduqué ses enfants à la dure : « Les garçons se voyaient confier la tâche de balayer les pièces de stockage, de vider les pièces de monnaie des laveuses et des sécheuses du sous-sol, de faire des réparations mineures sous la supervision des équipes d\u2019entretien et, quand ils étaient plus âgés, de récupérer les loyers.» Selon un autre biographe, Michael D\u2019Antonio, il y avait un certain « art » dans le métier de collecteur, qui « exigeait un pas de côté quand la por te s \u2019ouvrait au cas où quelqu\u2019un serait armé, par exemple, avec un seau d\u2019eau chaude ».Cette formation brutale explique plus que toute autre chose la méchanceté profonde de Trump et sa campagne de va-t-en-guerre contre tout le monde tout le temps.Fred junior, le frère aîné de Donald, n\u2019a pas survécu à cette guerre : il est mort alcoolique à 43 ans.D\u2019Antonio raconte comment le père, homme « immensément riche qui néanmoins ramassait des clous sur ses chantiers », avait sévèrement critiqué son héritier pour avoir fait installer de nouvelles fenêtres dans un vieil immeuble en cours de rénovation au lieu de réutiliser les anciennes.Donald a mieux appris le catéchisme cruel du métier.Lorsqu\u2019il a démoli le grand magasin Bonwit Teller pour faire construire la Trump Tower sur la 5e Avenue, il avait embauché deux cents et quelques ouvriers polonais illégaux pour faire le travail qu\u2019auraient fait normalement des ouvriers syndiqués et beaucoup mieux rémunérés.Trump a roulé les Polonais \u2014 sans papiers, ils étaient vulnérables et donc sous-payés \u2014 et, après seize ans de procès entamé par les victimes, Trump est parvenu à un règlement.Il est vrai qu\u2019il a fini par payer une somme d\u2019argent, mais dans la psychologie immobilière, on gagne en traînant.Malgré la mauvaise publicité et les frais d\u2019avocats, Trump estime sans doute qu\u2019il a économisé à long terme.Et même s\u2019il n\u2019est pas arrivé à amasser plus d\u2019argent dans le décompte final, il pouvait se réjouir du plaisir aigu qui caractérise son espèce : « Je les ai fait saigner, les salauds ! » Traîner, et ainsi frustrer les adversaires, faisait également par tie des tactiques de mon grand-père.Basé dans son hôtel à Singer Island, en Floride, il invitait le vendeur ou l\u2019acheteur potentiel à lui rendre visite afin de boucler les derniers détails d\u2019un accord quasi abouti.Si l\u2019autre arrivait de loin \u2014 la Californie par exemple \u2014, il était fatigué par le voyage.Le lendemain, mon grand-père faisait savoir son indisponibilité (maladie, erreur de calendrier, urgence ailleurs), donc le visiteur devait faire un choix : partir sans le contrat ou rester sur place à attendre le retour de son homologue.Souvent, le visiteur, agacé, voire humilié, cédait et baissait son prix ou haussait son of fre.Pour mon grand-père, cette victoire à l\u2019usure était une joie.J\u2019imagine que Trump a éprouvé le même sentiment de bonheur lorsqu\u2019il a « négocié » le mois dernier avec le président mexicain, Enrique Peña Nieto.Censé se rendre à Washington pour réviser l\u2019ALENA, Peña Nieto a d\u2019abord dû subir l\u2019humiliation.Tr ump annonce qu\u2019il va construire le mur pour arrêter les immigrants illégaux (en quête de travail mal rémunéré) et que le Mexique, déjà une colonie de main-d\u2019œu- vre bon marché pour les entreprises américaines, le paiera.Outré, mais ignorant la règle du jeu immobilier, le simple politicien Peña Nieto proteste.Trump renchérit : si le Mexique refuse de payer, mieux vaut annuler la réunion.Peña Nieto hésite, mais le lendemain annule officiellement pour sauver la face.La réponse de M.Trump: il va imposer un tarif de 20% sur les exportations mexicaines pour régler la note.Qui va finir par baisser son prix ?Et qui en sera l\u2019heureux bénéficiaire ?John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.Trump, le maléfique JOHN R.MACARTHUR P I E R R E M O U T E R D E Sociologue et essayiste l y a des événements qui font irruption dans nos vies et qui, à la manière de puissants catalyseurs, nous font soudainement mieux voir ce qu\u2019il en est des sociétés dans lesquelles nous vivons, des grandes questions et défis qui les traversent, ou encore des catastrophes qui les hantent.Tel pourrait bien être le cas de l\u2019attentat meurtrier commis à l\u2019encontre du Centre islamique culturel de Québec, le 29 janvier 2017, un attentat perpétré \u2014 une première au Canada \u2014 dans une mosquée et ayant conduit à la mort de 6 personnes.Quoi en effet, au premier coup d\u2019œil, de plus stupéfiant que cette fusillade sauvage menée dans une petite ville comme Québec, plutôt connue pour sa bonhomie et sa convivialité, sa vie pacifiée ?En tout cas, se trouvant à cent lieues du climat social qu\u2019on peut ressentir par exemple aux États-Unis ou encore en France, là où les tensions raciales et cuturelles sont autrement extrêmes et agressives.Après tout, le Québec n\u2019est-il pas souvent vu comme une société tolérante, se méfiant des extrêmes, adepte qu\u2019elle fut dans le passé d\u2019une «Révolution tranquille », ou depuis particulièrement créative et ouverte, lorsqu\u2019il s\u2019est agi de trouver des accommodements raisonnables au vivre-ensemble ?Et que dire de l\u2019auteur de l\u2019attentat, ce terroriste québécois pure laine de 27 ans ?Étudiant en sciences politiques à l\u2019université, d\u2019un milieu plutôt aisé, il était inconnu des services de police et, semble-t-il, sans lien organisationnel avec une quelconque association sociale ou politique d\u2019extrême droite.Et c\u2019est lui qui, après la tuerie, a appelé la police pour qu\u2019elle vienne l\u2019arrêter.A priori, il y a de quoi rester pantois ! Terreau fertile Certes, on aura vite vu que ce geste, pour être compris, doit être replacé dans un contexte social, politique et médiatique, qu\u2019on a bien souvent tendance à passer sous silence : celui au Québec de la montée de la droite et du populisme, et dans son sillage de la banalisation de la xénophobie voire du racisme, notamment par le truchement de certaines radios dites «poubelles» ; le tout renforcé par l\u2019arrivée fracassante aux États-Unis d\u2019un président «narcissique, mythomane et agressif », résolument anti-immigrants et anti-femmes.De quoi rappeler au passage que les immigrants au Québec, et particulièrement ceux et celles de confession musulmane, restent bien souvent victimes de discrimination systémique.Mais peut-on en rester, pour rendre compte de ce qui se joue autour de cet attentat, à ce seul type d\u2019explication?Il faut le dire, c\u2019est ce sur quoi l\u2019on n\u2019insiste pas assez : nos sociétés contemporaines sont depuis quelques années hantées par un sourd malaise collectif ; un malaise provenant bien sûr des dérèglements économiques injustes et inégalitaires du capitalisme néolibéral, mais aussi de la perte de sens et du délitement des liens sociaux et du vivre-ensemble que ce système a aussi fini par installer ; un malaise surtout qui fait naître la peur et alimente « les désirs de clôtures », le besoin de se protéger coûte que coûte de ce qui semble nous agresser.Au Québec, on y est particulièrement sensible.Étant une petite nation en mal de souveraineté et d\u2019affirmation collective, on ressent donc particulièrement cette peur, avec à la clé les sourdes tentations de replis identitaires et com- munautaristes touchant bien sûr nombre de Québécois, mais pas seulement, de larges franges des communautés culturelles du Québec, elles-mêmes.En ce sens, la peur n\u2019est pas seulement le lot d\u2019une majorité blanche, elle est le lot de tous et s\u2019enracine non pas d\u2019abord dans le religieux, mais dans des conditions économiques sociales et culturelles qui n\u2019ont fait que se dégrader ces dernières années.En outre, le problème de fond auquel nous sommes confrontés aujourd\u2019hui est celui de la peur : comment lutter contre cette peur, en faire une peur qui éveille, et non pas une peur qui alimente désirs de « murs » et volontés de replis ; ou encore qui ressasse, au nom de la rectitude politique, culpabilisation maladive et souci obsessionnel des apparences.C\u2019est le célèbre historien français Patrick Boucheron qui nous le rappelle en commentant son livre Con jurer la peur : i l ex iste « une angoisse sourde qu \u2019on doit aérer, en faisant quelque chose ensemble ».Politique de l\u2019égalité Or, comme on le sait, ce qui peut nous permettre de faire quelque chose ensemble, de « rassembler en période de gros temps des énergies et de prendre des décisions», de prendre position, ce ne sont pas les religions, mais bien la politique, pensée au sens noble du terme, comme expression démocratique du pouvoir que se donne une collectivité.Et là, il est impossible de ne pas voir tout ce que n\u2019ont pas fait ou ont mal fait les partis politiques au pouvoir à Québec, depuis par exemple 2007 et les travaux de la commission Bouchard- Taylor.Plutôt que d\u2019utiliser la peur, comme un outil de mobilisation, pour nous mettre en mouvement collectivement et en affronter de manière active les effets pervers, ils l\u2019ont soit minimisée comme le PLQ (au nom d\u2019un multicultu- ralisme éthéré), soit au contraire alimentée de manière malsaine et victimisante comme le PQ (à travers une charte aux penchants ouvertement identitaires), laissant ainsi se développer toutes les conditions ayant permis qu\u2019advienne un attentat comme celui de Québec.Dans ce contexte, et au-delà de tous les vertueux appels à la tolérance qui résonnent dans le sillage des émois collectifs suscités par cet attentat, on comprendra toute l\u2019impor tance d\u2019un projet politique de fond qui chercherait à installer les conditions d\u2019une véritable égalité, économique, sociale et culturelle entre citoyens et citoyennes du Québec.Pour conjurer la catastrophe qui vient, ne serait-ce pas temps de lui donner enfin sa chance?ATTENTAT DE QUÉBEC Pour conjurer la peur qui rôde R A F I K B E N T A B B E L Étudiant en droit, UQAM E M A N U E L G U A Y Étudiant en sociologie, McGill e Québec a été secoué la semaine dernière par le pire attentat sur son territoire depuis vingt-cinq ans.Un jeune étudiant \u2014 islamophobe actif sur les réseaux sociaux et supporteur de Donald Trump \u2014 a fait irruption dans une mosquée à Sainte-Foy avec un fusil, entraînant la mor t de six personnes et des blessures pour dix-neuf autres.Si les réactions des autorités publiques à cette attaque se situaient à mi-chemin entre la stupeur et la désolation dans les premiers jours qui ont suivi, force est d\u2019admettre que le ton habituel sur les questions d\u2019intégration et de vivre-en- semble a rapidement repris le dessus: on apprend ainsi que François Legault a nié la présence d\u2019un courant islamophobe au Québec lors d\u2019un point de presse à l\u2019Assemblée nationale, que Jean-François Lisée soutient que la lutte pour la « neutralité religieuse » demeure une priorité qui devra être remise de l\u2019avant dans les semaines suivant la tuerie et que Bernard Gauthier s\u2019indigne des sommes allouées pour le dédommagement des victimes.Chacun d\u2019entre eux, au demeurant, s\u2019est montré favorable au cours de sa carrière à des projets de loi visant une restriction, ou un « meilleur contrôle » de l\u2019immigration \u2014 ce qui laisse toujours entendre que cette dernière serait actuellement hors de contrôle \u2014 et a plus généralement exprimé sa méfiance à l\u2019endroit d\u2019une population musulmane qui, par sa simple présence, présenterait une menace potentielle pour notre stabilité et notre intégrité nationale.Une telle attitude peut surprendre au premier abord : puisque ces acteurs politiques prétendent tous parler au nom du « peuple québécois», pourquoi rechignent-ils à reconnaître les inégalités et les discours haineux dont une partie de ce peuple est la cible ?Ne de- vraient-ils pas considérer ce même peuple dans toute sa diversité et dans le plein respect de ses droits afin de mieux le représenter ?Répondre à cette question suppose, selon nous, de reconnaître que le peuple fantasmé par ces partisans plus ou moins af fichés du nationalisme identitaire se limite ultimement au groupe majoritaire et à ses caractéristiques les plus sommaires \u2014 soit son appar te- nance à « l\u2019identité québécoise » qui l\u2019opposerait à la population issue de l\u2019immigration.Les références à cette communauté majoritaire prétendument homogène \u2014 qu\u2019on retrouve tant dans les discours du Front national en France que dans ceux de Trump \u2014 nous rappellent que la démocratie peut rapidement devenir un terreau pour les pires discriminations si elle est réduite à une opposition entre une majorité offensée et des minorités « bruyantes », qui réclameraient trop et ne sauraient pas s\u2019en tenir à leur place.Un tel usage de la démocratie se réduit en fait à jouer une partie du peuple contre une autre et ne s\u2019attaque pas, d\u2019une part, aux multiples discriminations qui relèguent la population immigrante et racisée à une citoyenneté de seconde zone et, d\u2019autre par t, aux sources de l\u2019augmentation des inégalités so- cioéconomiques qui frappent la vraie majorité \u2014 entendue au sens économique plutôt qu\u2019ethnique \u2014 et qui renvoient au désengagement de l\u2019État dans les services publics et la redistribution des revenus.Porte ouverte Pour contrer la vision réductrice de la démocratie promue par les Legault, Lisée et compagnie, il nous faut lui conférer une portée à la fois progressiste et inclusive.Notre idée de la démocratie est indissociable d\u2019un programme économique et politique reposant sur une répartition équitable des ressources et une reconnaissance des droits sociaux de chacun et chacune.Cette répartition et cette reconnaissance sont les conditions pour une pleine participation de tous et toutes à la vie commune et pour la formation de solidarités for tes entre les individus et les communautés.Un tel programme peut sembler abstrait, mais il nous permet tout de même de prêter attention aux types de compor tement citoyen promus par nos projets politiques.En effet, si l\u2019attentat de dimanche demeure une exception dans le contexte québécois, il ne faut pas oublier que les débats entourant la charte des valeurs québécoises en 2013-2014 ont ouver t un espace pour l\u2019expression de sentiments racistes, notamment liés à de nombreux épisodes de violence islamo- phobe durant cette période.Si nous désirons un véritable changement en faveur du peuple et une intégration pleine et entière des minorités à la société québécoise, il nous faut réapprendre à nommer les ravages des politiques identitaires, tout en recensant les enjeux qui sont laissés de côté lorsque ces mêmes politiques accaparent l\u2019attention publique.À la mobilisation des affects négatifs \u2014 peur, ressentiment, rejet \u2014 doit succéder un programme de réformes utiles pour l\u2019intégration économique et sociale de toutes les communautés, sans quoi frapper sur les plus faibles restera le mot d\u2019ordre ambiant, un mot d\u2019ordre qui, devons-nous le rappeler, ne constitue toujours qu\u2019un prétexte pour ne pas régler des questions plus importantes.Derrière le peuple imaginé, l\u2019intolérance réelle : réagir aux violences ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le problème de fond auquel nous sommes confrontés aujourd\u2019hui est celui de la peur.I L L E D E V O I R , L E L U N D I 6 F É V R I E R 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Les bureaux du Devoir sont situés au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4 Berri-UQAM Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S contre deva ient débourser quelques centaines de dollars pour y assister.Selon le MERN, ces orientations constituent pour tant « un out i l impor tant », qu i do i t permettre de mieux prendre en compte l\u2019acceptabilité sociale de projets qui ont soulevé de vives controverses au cours des dernières années : exploitation d\u2019hydrocarbures, développement de mines, implantation d\u2019éoliennes, barrages et autres projets industriels.En plus de « clarifier le rôle d\u2019accompagnateur » du ministère, le document confirme la mise en place du « Bureau de coordination des projets majeurs et d\u2019analyse des impacts économiques », selon ce qu\u2019on peut lire dans le texte mis en ligne le 24 janvier.Le MERN, dont le mandat inclut la promotion de l\u2019exploitation des ressources, y précise que « le Bureau a pour mandat d\u2019analyser les retombées et les répercussions des projets majeurs pour bâtir une information fiable et crédible, utile à la compréhension des projets par les populations locales ».Or, le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) a justement pour mission d \u2019analyser les aspects économiques des projets majeurs au Québec, puisque ces questions constituent un des trois piliers du développement durable, avec les questions environnementales et sociales.L\u2019organisme indépendant prend d\u2019ailleurs en compte les enjeux économiques depuis son premier rappor t, publié 1979.MERN c.BAPE Avec la création de son Bureau de coordination, le MERN pourrait donc désormais concurrencer le travail déjà réalisé par le BAPE, voire lui ravir cet aspect des mandats confiés par le gouvernement, selon ce qui se dégage des informations obtenues par Le Devoir auprès du ministère.Le Bureau de coordination sera-t-il mandaté pour « analyser les retombées et les répercussions des projets majeurs» dans le cadre des évaluations menées par le BAPE ?« Le Bureau sera ef fectivement mandaté pour évaluer les retombées économiques des projets majeurs, notamment ceux visés par les évaluations menées par le BAPE», a répondu le porte- parole du ministère, Nicolas Bégin, dans une réponse écrite.Le MERN n\u2019a pas voulu indiquer si cette analyse des impacts économiques sera présentée dans le cadre des audiences du BAPE ou si elle fera l\u2019objet d\u2019un rapport distinct présenté au gouvernement.M.Bégin a simplement mentionné que le Bureau de coordination dif fusera « le résultat de ses analyses » sur le site Web du MERN.Le ministère vient effectivement de mettre en ligne une nouvelle page qui présentera « l\u2019information » sur les « projets majeurs », et ce, « pour répondre aux demandes de la population ».Un premier projet est d\u2019ailleurs déjà présenté, soit la mine d\u2019apatite du Lac à Paul.Ce projet avait fait l\u2019objet, en 2015, d\u2019une évaluation du BAPE qui incluait les aspects économiques.«Puisque le Bureau est en déploiement progressif, les paramètres relatifs aux autres canaux de dif fusion de ses analyses sont en cours d\u2019élaboration, y compris en ce qui concerne l\u2019appariement potentiel aux travaux du BAPE », a par ailleurs précisé le porte-parole du MERN.Inquiétant Professeur au Département de sciences juridiques de l \u2019UQAM, Jean Baril estime que cette nouvelle structure soulève des questions inquiétantes.«Est-ce que ça veut dire qu\u2019à l\u2019avenir, on retirera la question des impacts économiques des discussions menées dans le cadre d\u2019audiences publiques du BAPE ?Si c\u2019est le cas, on ne sait pas du tout comment les citoyens pourraient être consultés.» M.Baril, qui est spécialisé en droit de l\u2019environnement, a aussi rappelé que l \u2019analyse économique fa it par t ie du mandat du BAPE «depuis plusieurs années ».Ce fait, a-t-il ajouté, a même été réaffirmé dans la Loi sur le développement durable, adoptée en 2006 par le gouvernement libéral de Jean Charest.Jean Baril a toutefois entendu à plusieurs reprises le milieu des af fa ires cr it iquer les conclusions de l \u2019organisme sur les enjeux économiques.La création du Bureau de coordination du MERN a justement été saluée par les porte-parole des milieux d\u2019affaires.La Fédération des chambres de commerce du Québec, qui a critiqué par le passé les analyses économiques menées par le BAPE, a ainsi rappelé qu \u2019elle a elle- même mis en avant une telle proposition.«Ce soutien à l\u2019évaluation des projets était nécessaire pour sensibiliser les communautés locales et régionales à leurs retombées économiques, comme le BAPE le fait au chapitre des considérants environnementaux.C\u2019est une demande que nous avions formulée depuis longtemps et nous accueillons cette annonce avec grande satisfaction», a aussi fait valoir Yves- Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec.Critiques En plus des critiques formulées par le lobby des milieux d\u2019affaires au fil des ans à l\u2019endroit du BAPE, l\u2019organisme a essuyé récemment des critiques virulentes à la suite de la publication d\u2019un rapport sur le projet de Réseau électrique métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec.Dans son rapport, le BAPE souligne notamment qu\u2019il persiste des doutes sur la viabilité économique de ce projet de 5,5 milliards de dollars.« Les analyses économiques, ce type d\u2019étude là, je ne suis pas cer tain que c\u2019est dans leur mandat précis de faire ça », a même laissé entendre le premier ministre Philippe Couil- lard, en commentant les conclusions de l\u2019organisme sur le REM.Fait à noter, les rapports du BAPE ne remettent pas toujours en cause la viabilité économique des projets majeurs évalués.Dans le cas de la mine d\u2019apatite du lac Paul, par exemple, l\u2019organisme a jugé que le projet pourrait amener des bénéfices économiques importants.Mais dans le cas de l\u2019autre projet de mine d\u2019apatite, Mine Arnaud, à Sept-Îles, le BAPE a soulevé de sérieux doutes sur sa viabilité économique.Le gouvernement, qui est le principal actionnaire de ce projet de 750 millions de dollars par l\u2019entremise de Ressources Québec, a tout de même donné le feu ver t, en mars 2015.Près de deux ans plus tard, le projet n\u2019a toujours pas démarré, faute de financement.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 BAPE aura fallu les attentats de 2015, dit-elle, pour qu\u2019elle se rende compte à quel point elle était laïque.«Oui, dit-elle, on peut être profondément attaché à une identité religieuse et en même temps aimer et chérir la laïcité.C\u2019est cette laïcité qui nous permet justement d\u2019habiter le même espace mental et émotionnel, même quand nos langages pour dire le sacré sont dif férents.Avec les gens de Charlie, nous avons pris conscience à quel point nous habitions le même monde et à quel point certains essayaient de nous dire qu\u2019on ne pouvait pas partager les mêmes mots.» Depuis, il arrive que les artisans de l\u2019hebdomadaire satirique viennent discrètement l\u2019écouter le samedi dans sa synagogue.Pouvoir dire « je» Delphine Hor villeur puise à toutes les sources du judaïsme européen.Alors que les parents de sa mère ont fui les Carpates et la Shoah, ceux de son père ont de profondes racines dans le judaïsme français.« Mon grand- père était rabbin, mais il n\u2019aurait jamais porté de kippa dans la rue et il aurait été très choqué que quelqu\u2019un le fasse.Il se sentait très redevable à cette formule française selon laquelle quelque chose de la religion devait demeurer privé et qui permettait à chacun d\u2019être ce qu\u2019il voulait tout en garantissant la possibilité de vivre ensemble.» Ayant vécu aux États-Unis, Delphine Horvil- leur sait combien cette laïcité est incomprise à l\u2019étranger.D\u2019ailleurs, dit-elle, il n\u2019y a pas de mot en anglais pour traduire cette idée.«Les Américains sont les héritiers d\u2019une séparation de l\u2019Église et de l\u2019État destinée à protéger les croyances individuelles de la pression étatique.En France, c\u2019est l\u2019inverse.On a voulu protéger l\u2019État et les individus des pressions religieuses.La laïcité à la française est là pour garantir à l\u2019individu, quelle que soit son appartenance, la possibilité de parler à la première personne du singulier sans pression d\u2019une première personne du pluriel.Sans pression du \u201cnous\u201d communautaire.» C\u2019est pourquoi Delphine Horvilleur s\u2019étonne de voir de jeunes Françaises revendiquer sur les plateaux de télévision leur choix individuel de porter le voile islamique.« D\u2019abord, il y a une certaine mauvaise foi dans l\u2019illusion qu\u2019on peut porter le voile aujourd\u2019hui et dire que c\u2019est un choix strictement personnel.Il y a là comme un déni de responsabilité alors que tant de femmes n\u2019ont pas la possibilité de faire ce choix souverain.Le devoir de la République consiste à protéger ceux qui ne peuvent pas dire \u201cje\u201d et qui sont obligés de dire \u201cnous\u201d.Ensuite, comme leader religieux féministe, je m\u2019étonne que ces femmes oublient de dire que c\u2019est grâce à la République laïque qu\u2019elles peuvent porter ce qu\u2019elles veulent dans l\u2019espace public.Et, si un jour elles veulent enlever ce voile, ce sera aussi grâce à la République qu\u2019elles pourront le faire.» «Faire parler le texte» Delphine Horvilleur a compris très tôt qu\u2019un héritage n\u2019a de valeur que si on en fait quelque chose.C\u2019est pourquoi elle a vécu en Israël et aux États-Unis avant de revenir en France.Au centre de sa foi, il y a la conviction que les textes sacrés ont encore des choses à dire.« Nos traditions sont des traditions interprétatives, qui font qu\u2019à telle ou telle époque, les lecteurs y puisent des choses dif férentes », dit-elle.Dans un livre tout en finesses intitulé En tenue d\u2019Ève (Grasset), elle renvoie dos à dos la « théorie du genre » qui cherche à faire fi des sexes et un discours religieux obscène qui réduit la femme à sa simple dimension sexuelle et cherche à la faire disparaître.Elle n\u2019oublie pas au passage de rappeler que, contrairement à la Bible chrétienne, selon la Bible hébraïque, l\u2019humanité a d\u2019abord été créée à la fois masculine et féminine.Même le second épisode, celui de la célèbre « côte d\u2019Adam », ne demanderait qu\u2019à être relu, dit-elle, en soulignant que le mot hébraïque qui signifie « côte » peut aussi vouloir dire «côté».Au lieu de retirer une côte d\u2019Adam, Dieu aurait alors simplement séparé son côté féminin.Simple question de traduction?«De façon troublante, dans un monde où les traducteurs étaient tous des hommes, on a choisi la première interprétation.Mais ce qui m\u2019étonne c\u2019est qu\u2019on s\u2019y accroche.Comme si de nouvelles interprétations ne pouvaient pas encore faire parler ce texte.» L\u2019homme, une femme comme les autres Si Delphine Hor villeur se réclame d\u2019une pensée qui autorise les êtres à être à la fois masculins et féminins, elle est loin de se rallier à cette autre forme d\u2019extrémisme selon lequel les sexes ne seraient que pures inventions de l\u2019esprit.« Dans la mystique juive, la posture de prière est une incarnation du féminin, rappelle- t-elle.Quand vous priez, vous vous placez dans une posture féminine.C\u2019est pourquoi j\u2019écris que \u201cl\u2019homme est une femme comme les autres\u201d.Il doit être capable de vivre ce féminin qui est en lui.D\u2019ailleurs, dans les textes mystiques des premiers siècles, on trouve toute une série de personnages qui ont des caractéristiques trans- genres.Par contre, même si je sais qu\u2019il y a autre chose en moi que du féminin, je refuse de me déconnecter complètement de mon expérience de femme.Je ne sais pas ce que c\u2019est que de penser sans mon corps.» Delphine Horvilleur ne souhaite pas plus gommer les différences entre les sexes que celles entre les religions.Elle s\u2019étonne même d\u2019un certain syncrétisme religieux qui veut estomper les différences entre les grandes spiritualités.«Le véritable intérêt du dialogue interreligieux, c\u2019est de se dire qu\u2019on a de sacrés désaccords! Par exemple, la question de l\u2019incarnation sépare à jamais le christianisme du judaïsme.Le juif ne peut même pas imaginer que Dieu s\u2019est fait homme, alors que c\u2019est le cœur de la pensée chrétienne.» Twitter ou l\u2019enfermement Le vendredi précédant notre rencontre, Delphine Horvilleur avait consacré son sermon à Twitter.Elle y évoquait ce passage de la Bible où Dieu tente de convaincre Moïse de devenir le leader de son peuple.Or, Moïse réagit avec humilité.Il ne sait que bégayer tant il doute de ses capacités.«La pratique des tweets est exactement aux antipodes de ce doute.Moïse n\u2019est jamais dans le monologue, mais toujours dans le dialogue.Ce qui est troublant avec Twitter, c\u2019est qu\u2019en 140 signes vous af firmez quelque chose sans possibilité de contradiction.Un texte peut dialoguer avec lui-même, pas Twitter.Sur Twitter, nous sommes des milliers à monologuer.Et vous avez des milliers d\u2019\u201camis\u201d qui pensent exactement comme vous.Et ce qu\u2019on appelle \u201créseau\u201d ne vous met en réseau qu\u2019avec vous-même.On en revient au communautarisme.Car le propre du communautarisme, c\u2019est que même quand vous dites \u201cje\u201d, il y a des gens qui entendent \u201cnous\u201d.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 RABBIN confié à un journaliste de l\u2019Associated Press, les larmes aux yeux, son soulagement après avoir été bloquée à Istanbul, la semaine dernière.Les médias américains rapportaient dimanche de nombreux cas de ressortissants qui avaient pu rejoindre les États-Unis après des jours d\u2019angoisse.Le gouvernement du président Donald Trump a fait savoir qu\u2019il n\u2019en resterait pas là.« Nous allons prendre tous les moyens légaux » pour rétablir le décret migratoire et « l\u2019empor ter », a fait savoir le vice-président, Mike Pence, dimanche en entrevue sur les ondes de Fox News.Une semaine qui sera décisive Le gouvernement Trump sera soumis au test de la réalité cette semaine alors qu\u2019il affrontera l\u2019important garde-fou de la démocratie américaine qu\u2019est le pouvoir judiciaire.La Cour d\u2019appel doit maintenant se prononcer sur le fond de la demande, et les prochains jours seront décisifs.Lundi, les opposants au décret migratoire ainsi que le département de la Justice américain doivent déposer leurs argumentaires.« Si le gouvernement Trump veut l\u2019emporter, il doit prouver qu\u2019il y a eu faute de la part du juge qui a suspendu le décret, explique le chercheur et spécialiste des questions améri - caines Donald Cuccioletta.Il leur faudra prouver comment le décret améliore la sécurité des Américains.» Que la Cour d\u2019appel décide de renverser le décret présidentiel ou de le maintenir, la partie perdante aura la possibilité de s\u2019adresser au plus haut tribunal américain par la suite.Mais de quel côté pencherait la Cour suprême dans ce dossier qui divise le pays ?Elle qui compte huit juges depuis le décès de Antonin Scalia il y a près d\u2019un an compte un nombre égal de progressistes et de conservateurs.Le juge conservateur Neil Gorsuch, nommé par Trump la semaine dernière, n\u2019entrera en fonction que lorsque le congrès aura approuvé sa nomination : les démocrates au Sénat pourraient faire preuve d\u2019obstruction pour empêcher une entrée en fonction rapide.La Cour suprême pourrait même décider de ne pas se saisir du dossier, explique Élisabeth Valet.«C\u2019est la doctrine de la question politique.La cour peut statuer que c\u2019est au Congrès de décider, pour éviter une hyperpolitisation», explique la profes- seure à l\u2019UQAM et directrice de l\u2019Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand.C\u2019est tôt dimanche matin qu\u2019une cour d\u2019appel fédérale sise à San Francisco a refusé de rétablir l\u2019application du décret migratoire du gouvernement Trump.Les por tes du pays, qui étaient ouvertes depuis samedi matin, le sont donc restées.Vendredi soir, le juge fédéral de Seattle James Robart avait déposé une injonction temporaire qui permettait, dès samedi matin, le passage des ressortissants de l\u2019Iran, de l\u2019Irak, de la Libye, de la Somalie, du Soudan, de la Syrie et du Yémen.Le gouvernement Trump avait rapidement déposé une demande d\u2019appel et demandé que le décret soit réinstauré dans l\u2019attente d\u2019une décision sur le fond, ce qui lui a été refusé par les juges du 9e circuit de la Cour d\u2019appel fédérale.« Parce que l\u2019interdiction [pour les ressortissants des sept pays d\u2019entrer aux États-Unis] a été levée par un juge, beaucoup de personnes mauvaises et dangereuses pourraient af fluer dans notre pays.Une décision terrible », avait tweeté samedi le président américain, critiquant la décision d\u2019un « soi-disant juge».« L\u2019étau se resserre autour de Trump, qui se voit un peu comme en guerre contre les juges », observe le titulaire de la Chaire Raoul-Dandu- rand Frédérick Gagnon, qui remarque le caractère inouï des commentaires désobligeants du président à l\u2019endroit de la magistrature.« Ça peut même le servir, dans le sens où il pourrait af firmer qu\u2019il a tenté de gouverner comme il l\u2019avait promis, mais que les élites ont bloqué son projet de rendre sa grandeur à l\u2019Amérique.» Avec l\u2019Associated Press et l\u2019Agence France Presse Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 TRUMP Le Bureau sera effectivement mandaté pour évaluer les retombées économiques des projets majeurs, notamment ceux visés par les évaluations menées par le BAPE Nicolas Bégin, porte-parole du MERN « » ISAAC LAWRENCE AGENCE FRANCE-PRESSE Le décret migratoire américain a provoqué des manifestations dans plusieurs villes du monde.L\u2019une d\u2019elles s\u2019est déroulée dimanche, à Hong Kong, devant le consulat américain."]
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