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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2017-02-11, Collections de BAnQ.

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[" Quand Twitter peine à pro?ter de l\u2019effet Donald Trump Page E 3 Frédéric Dubois et les ravages d\u2019une identité dérobée Page E 5 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 P H I L I P P E R E N A U D L as d\u2019entendre toujours les mêmes refrains sur nos radios FM?La we- bradio vient à la rescousse : le média presque centenaire renaît au- jourd\u2019hui sur Internet grâce à de jeunes radiodif fuseurs curieux et entrepreneurs qui, avec les moyens du bord et une bande passante adéquate, émettent des émissions musicales rigoureuses et épatantes depuis de petits studios de Londres, d\u2019Amsterdam, de São Paulo\u2026 ou de Montréal.La résistance contre l\u2019homogénéité musicale s\u2019organise et entraîne dans son sillage virtuel de plus en plus d\u2019auditeurs déçus par l\u2019offre hertzienne.L\u2019étiquette indépendante Arbutus Records (Grimes, Mozart\u2019s Sister, TOPS) occupe un grand loft caché dans le quartier Mile-Ex, avenue Durocher, à Montréal.Au troisième étage de l\u2019immeuble industriel, juste devant le bureau du patron, se trouve le « studio » de n10.as, un espace aménagé comme un salon, avec tapis et canapé perpendiculaire au grand mur fenestré.Le long d\u2019un mur mitoyen sont disposés les ordinateurs, les micros et les tourne-disques servant à faire vivre la radio.Lors de notre visite, un DJ, équipé de son portable, dif fusait de la musique électronique d\u2019avant-garde.Une quarantaine d\u2019artisans-producteurs, tous bénévoles, meublent la grille horaire de n10.as, qui a commencé à émettre il y a tout juste un an.D\u2019abord seulement les week-ends, puis sept jours sur sept en programmant des reprises, à la demande générale de cette station qui, en un an, a vu son auditoire croître de manière « inespérée».«Le plus épatant, c\u2019est de voir d\u2019où viennent nos auditeurs, raconte Mason Windels, un des fondateurs de la station.Durant les premières semaines, ils provenaient d\u2019une douzaine de pays ; aujourd\u2019hui, nos auditeurs sont répartis dans une quarantaine de pays différents.» L\u2019idée de démarrer une radio en ligne a trotté longtemps dans la tête de ces amis, tous dans la vingtaine et engagés dans le milieu musical underground montréalais.«Nous nous sommes inspirés de la manière \u201cDo it yourself\u201d de Know- Wave », une webradio new-yorkaise indépendante, explique Tam Vu, l\u2019un des cinq fondateurs et dirigeants de n10.as.«Ils n\u2019annonçaient même pas à l\u2019avance leur programmation ; ce n\u2019est que lorsqu\u2019ils étaient en ondes qu\u2019ils l\u2019annonçaient sur les réseaux sociaux.Ou tu l\u2019écoutes [lorsqu\u2019elle émet] ou tu la manques.Aussi, leurs émissions parlées sonnaient comme si on était avec eux dans un salon.Ce n\u2019est qu\u2019ensuite qu\u2019on s\u2019est intéressés à ce que font Red Light Radio [à Amsterdam] ou encore NTS [à Londres].» Écouter autrement La radio dif fusée sur Internet est pratiquement aussi vieille qu\u2019Internet (public) lui- même : déjà, au début des années 1990, des producteurs radio amateurs diffusaient partout dans le monde leurs émissions spécialisées.Considérée comme une pionnière, la califor- nienne Dublab, qui émet depuis 1999, s\u2019est fait un nom grâce à une programmation consacrée aux musiques électroniques et hip-hop de pointe.Or, depuis la création de l\u2019éclectique et influente webradio NTS à Londres, il y a six ans, on assiste à un phénomène de prolifération de jeunes radiodiffuseurs indépendants sur le Web, propulsés par une démocratisation des moyens technologiques et animés d\u2019un for t sens de la communauté.« On dirait que la courbe de popularité de la radio en ligne a suivi celle des podcasts », soulève Alexis Charpentier, alias DJ Lexis, podcas- teur, fondateur du site Music Is My Sanctuary et de l\u2019événement 24h de vinyle.« Il y a eu l\u2019intérêt initial puis, pendant dix ans, plus personne ne s\u2019en souciait, et là est arrivé le phénomène [de la série de podcasts] Serial », qui a relancé l\u2019intérêt pour ce mode de création et de diffusion radiophonique.O D I L E T R E M B L A Y L\u2019 Allemande Maren Ade est la femme cinéaste de l\u2019heure ; candidate pressentie à l\u2019Oscar du meilleur film en langue étrangère pour son Toni Erdmann (à l\u2019affiche ici le 17 février), son étoile est au zénith depuis que cet extravagant et subtil pas de deux entre une jeune cadre bourreau de travail à côté de ses pompes et son père, vieil ours comique, a été présenté en compétition au dernier Festival de Cannes.Là-bas, même les critiques les plus blasés se tordaient de rire.Une scène où l\u2019héroïne entonne avec son père The Greatest Love of All de Whitney Houston fut applaudie à tout rompre.Maren Ade, qui avait bouclé son film trois jours avant le festival, pouvait respirer en entendant les rumeurs du Palais.C\u2019était gagné.Grand Prix de la FIPRESCI (laurier de la critique) mais boudé lors du palmarès can- nois, au grand dam des festivaliers qui le défendaient bec et ongles, Toni Erdmann avait été si monté aux nues par les médias et figurait sur tant de prédictions de palmes en traversée de continents qu\u2019il en récolta une pub immense.Rencontrée au Festival de Toronto, la cinéaste, toute piquante et sympathique, gardait les pieds sur terre et s\u2019exclamait : «Mon film n\u2019était pas au palmarès cannois, mais quelle visibilité ! » Elle se pinçait encore pour y croire.À l\u2019écran : Ines (Sandra Hül- ler) cadre collet monté dans une multinationale sans état d\u2019âme, flanquée d\u2019un père (Peter Simonischek) qui adore se déguiser, arborer une affreuse perruque, se mettre un dentier et enchaîner les plaisanteries douteuses.Après la mort de son chien, le voilà qui se met en frais de sortir sa fille de son milieu de zombis bureaucratiques en la poursuivant jusqu\u2019à Bucarest, s\u2019inventant un double.Ce père, la cinéaste le reconnaît, ressemble au sien, pareillement excentrique, et à qui elle a offert un faux dentier, source de gags infinis.« Il est un même genre de farceur que mon héros, mais va moins loin que lui.» Ma- ren Ade soupire : «Ce n\u2019est pas facile pour le personnage féminin.Les farces du père sont répétitives, et il y a une forme d\u2019agression cachée derrière l\u2019humour.C\u2019est très courageux de la part d\u2019Ines d\u2019emmener son père dans son milieu de travail.Elle expose son espace personnel.» Bien entendu, l\u2019action va se morpion- ner, sur des revirements aussi délirants qu\u2019inopinés.Prix sur prix Pour tout dire, la jeune femme n\u2019est pas totalement à l\u2019aise avec l\u2019étiquette de comédie apposée à son film, malgré Mon père, cet exorciste Maren Ade raconte l\u2019esprit qui anime sa brillante et délirante comédie Toni Erdmann PHOTOS PEDRO RUIZ LE DEVOIR « Si je fais de la radio en ligne, c\u2019est pour la liberté de jouer ce que je veux », raconte Aïsha Vertus, DJ et productrice webradio.MÉTROPOLE FILMS Sandra Hüller et Peter Simonischek dans Toni Erdmann, de la cinéaste allemande Maren Ade La radio musicale sauvée par le Web De Londres à Amsterdam ou Montréal, la résistance contre l\u2019homogénéité musicale s\u2019organise JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA RADIO VOIR PAGE E 8 : RADIO VOIR PAGE E 11 : ERDMANN CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 2 PARTENAIRES DE SAISON «A rose is a rose is a rose », écrivait Gertrude Stein.« Un film est un film est un film », a-t-on envie de lui répliquer en écho.Mais tout n\u2019est pas si simple, et quand la fiction se colle à la réalité sans grand recul temporel, leurs voiles se superposent.Par ici, les confusions ! Ainsi, certaines voix avouaient éprouver devant Nelly d\u2019Anne Émond le malaise de n\u2019y pas retrouver l\u2019auteure de Putain décryptée à travers ses livres, craignant que le film ne vienne supplanter l\u2019œuvre ardente de l\u2019insoumise dans l\u2019imaginaire collectif.Ce qui est possible, en effet.Nelly Arcan s\u2019est donné la mort en 2009.Hier en somme.Est-il trop tôt pour s\u2019y frotter ?La fiction nourrie du réel n\u2019a pas à endosser sa charge, c\u2019est entendu.Au mieux, elle pousse à se documenter, inspire de nouvelles œuvres.N\u2019empêche qu\u2019un nerf de proximité est parfois touché.Encore à vif.Comment l\u2019ignorer ?Plus un créateur s\u2019éloigne d\u2019une réalité évoquée, moins il risque de heurter des sensibilités écorchées.Le dictateur de Charlie Chaplin, géniale caricature d\u2019Hitler lancée en 1940, fut fraîchement reçu dans une Amérique encore isolationniste, interdit dans la France occupée et ne triompha qu\u2019après la chute du nazisme.On trouve toujours des exemples illustres sur lesquels se greffer, je sais\u2026 Attention, contenu explosif ! En salle depuis une semaine, le brûlot de Mathieu Denis et Simon Lavoie Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau, couronné meilleur long métrage canadien au Festival de Toronto, s\u2019est ancré au Printemps érable de 2012, pour mieux s\u2019en abstraire.L\u2019action principale trouve son souf fle quatre ans plus tard, quand de jeunes révolutionnaires, frustrés, ivres de colère et prêts à tout, refusent d\u2019abandonner la lutte.La critique a défendu dans l\u2019ensemble l\u2019amplitude, les audaces formelles d\u2019une fiction puissante, ouvrant sur des questionnements de société.Ce film refuse au spectateur tout réconfort trois heures durant.Des parallèles entre les attentats de Québec et une œuvre qui démonte les mécanismes de la radicalisation chez des jeunes ont effrayé l\u2019équipe, puis ça s\u2019est tassé, faute de carburant.Mathieu Denis le répète à l\u2019envi : Ceux qui font les révolutions\u2026 ne constitue en rien une apologie de la violence.Il revendique avec Simon Lavoie le droit de mettre en scène des personnages violents sans être d\u2019accord avec leurs actes.À raison.Par surcroît, l\u2019attentat de Québec fait surtout penser à Laurentie, le précédent film du tandem (2011) sur la dérive identitaire d\u2019un Québécois de souche pris de haine pour son voisin immigrant.Leur cinéma ne prétend pas offrir en pâture des héros sympathiques, mais secouer les esprits, dire : «Attention ! Contenu explosif ! » De fait\u2026 Des groupes LGBT trouvent la transsexuelle du film pas crédible, pour des gens de droite ce sujet méritait d\u2019être esquivé.Mathieu Denis constate que la réception de ce film varie selon les centres d\u2019intérêt de chacun, dans notre société atomisée où chacun appréhende l\u2019œuvre par le biais de sa lunette restreinte.Ils voulaient brosser le portrait global d\u2019une époque chargée.L\u2019heure est à la division.À preuve ! Des cris étouffés Tant que les échanges demeurent courtois, ça va\u2026 Les coups les plus durs viennent du camp dont ils soutiennent pourtant la cause.Friendly fire, comme on dit.Car un groupe d\u2019anciens militants du printemps 2012 ne décolère pas, estimant Ceux qui font les révolutions\u2026 décollé de la réalité de leurs luttes.Mathieu Denis a fermé son compte Facebook, où il recevait des injures, retiré son adresse courriel des circuits professionnels.Des affiches du film ont été déchirées ou vandalisées.Le ton monte.Le distributeur du film, Louis Dus- sault, parle de sabotage, de harcèlement.Et de rappeler que La maman et la putain, chef-d\u2019œuvre de Jean Eustache, s\u2019était fait en son temps torpiller faute d\u2019avoir été jugé représentatif de Mai 68.Ce film était sorti en 1973, à peine cinq ans après le grand soulèvement parisien des pavés.Tant d\u2019espoirs refusaient alors d\u2019avorter, tant de rancœurs avaient survécu à un mouvement aux reins brisés.Le film servit d\u2019exutoire à des frustrations soixante-hui- tardes.L\u2019histoire se répète.Une missive collective publiée dans Le Devoir mercredi dernier témoignait de cette colère d\u2019anciens militants.À leurs yeux, Ceux qui font les révolutions\u2026 caricature leur action, passe sous silence la volonté qu\u2019ils ont eue de construire un mouvement démocratique et mérite d\u2019être dénoncé.Tant mieux, remarquez, si un film suscite des réactions aussi enflammées.Preuve que l\u2019art possède un pouvoir explosif, preuve que les tisons couvent encore dans le foyer du Printemps érable.Mais les procédés d\u2019intimidation dépasseraient les bornes.On a envie de répéter « A rose is a rose is a rose.» Tout en décodant que le mouvement des carrés rouges manque de tribunes pour évoquer les combats passés et se sent incompris.\u2014 Remontez aux barricades.\u2014 Facile à dire ! \u2014 Faites vos propres films.\u2014 Oui, mais encore\u2026 \u2014 Respirez par le nez ! «Nos personnages en malaise de société partagent une communauté d\u2019esprit avec nos plus virulents détracteurs, estime Mathieu Denis : la même fougue, la même colère, la même amertume.» Lui et Simon Lavoie n\u2019ont guère voulu brosser un compte rendu des luttes étudiantes de 2012.Vive la création ! Le problème est ailleurs : dans ces plaies toujours vives d\u2019une révolution avortée, dans ce cri collé à la gorge d\u2019une jeunesse qu\u2019on a fait taire, dans ce sentiment d\u2019avoir été floué par une société qui déshumanise.Les cinéastes et leurs opposants partagent un même diagnostic.Le malentendu provient de temporalités heurtées, entre réalité complexe et fiction rentre-dedans, comme des plaques tectoniques s\u2019irritent au frottement.Le film va mûrir au passage du temps.Ça semble évident.Et ne tirez pas sur le pianiste, en attendant.otremblay@ledevoir.com Quand réalité et fiction se frottent et se piquent du 24 janvier au 18 février 2017 avec Marc Beaupré Stéphane Crête Maude Guérin Emmanuelle Lussier-Martinez Joanie Martel Monique Miller Gilles Renaud une coproduction ESPACE GO + L\u2019ACTIVITÉ texte et mise en scène Olivier Choinière PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO | BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM | BIENTÔT COM PLET ! Supplémentai re le dimanch e 12 février à 1 6 h LA CONFÉRENCE petit Outremont ais qui est quoi ?M e est thér autr wn, l\u2019 une est clo \u2019 L .apeute ANTE ORD SÉANCE T 2, 3 et 4 mars THERIN CA EMMA LA CL O T E DOL WN, O 9 - 5 9 4 4 1 5 r t u o e r t a e h t I B T E O F N I 1 # 4 4 9 a c .t n o m e S T E L L ODILE TREMBLAY K FILMS AMÉRIQUE Le fait que le film Ceux qui font les révolutions à moitié n\u2019ont fait que se creuser un tombeau suscite autant de réactions peut représenter une preuve que l\u2019art possède un pouvoir explosif. P H I L I P P E P A P I N E A U L es bonnes vieilles c o n f é r e n c e s d e presse ?Très peu pour le président américain, Donald Trump.Le coloré et impulsif politicien a choisi d\u2019utiliser presque exclusivement un autre canal de communication pour faire passer ses (nombreux) messages : Twitter.Alors que plusieurs analystes annoncent la mort imminente de ce royaume du microblo- gage en 140 caractères, est-ce que cette légitimation par l\u2019homme le plus puissant de la planète peut sauver la marque à l\u2019oiseau bleu ?Les plus récents résultats de Twitter indiquent que la marque peine à profiter de la manne.Le réseau social créé en 2006 n\u2019est pas por té par un vent favorable.Depuis son entrée en Bourse en 2013, le cours de son action s\u2019est révélé volatil, perdant au total plus de la moitié de sa valeur initiale.Les profits ne sont toujours pas au rendez-vous au quatrième trimestre de 2016, pendant l eque l T wi t ter a perdu 167 millions.Au total, pour la dernière année, l\u2019entreprise a perdu 457 millions.« Ces dernières années, la compagnie a connu une baisse de revenus.Elle peut avoir des milliers d\u2019abonnés, mais est-ce que les gens cliquent sur les publicités qui circulent dans leur fil d\u2019actualité ?Là est toute la problématique pour la compagnie » , explique Mar y Jane Kwok Choon, chercheuse au Centre de recherche interuni- versitaire sur la communication, l\u2019information et la société (CRICIS) de l\u2019UQAM.Selon les chiffres de l\u2019entreprise dirigée par Jack Dorsey, la croissance du nombre d\u2019utilisateurs de la plateforme plafonne aussi dangereusement.Au troisième trimestre de 2016, Twitter comptait 317 millions d\u2019utilisateurs actifs, une mince hausse de 3 % par rap- por t à la même période en 2015.Jeudi, l\u2019entreprise annonçait qu\u2019au terme du quatrième trimestre, son nombre d\u2019abonnés était maintenant de 319 millions, une hausse d\u2019un petit pour cent.Utilisateur en chef ?Dans ce contexte, la présence publique presque exclusive de Donald Tr ump sur Twitter semble un cadeau du ciel pour l\u2019entreprise.Trump utilise l\u2019avatar @real- DonaldTrump, avec lequel il partage parfois jusqu\u2019à une dizaine d\u2019entrées par jour, pour un total actuel de plus de 34 000 gazouillis.Il a aussi repris le compte of ficiel de la présidence, @POTUS, qui ne fait pratiquement que relayer les billets du milliardaire.Le président y est très bavard, souvent agressif, parle d\u2019enjeux politiques importants \u2014 immigration, économie, affaires internationales \u2014, et attire beaucoup de gens dans sa traînée.Entre janvier et février 2017 seulement, son nombre d\u2019abonnés a grimpé de 19 à 24 millions.« Le président Trump a su construire son image sur la pla- teforme et susciter des réactions positives et négatives de la part du public, analyse Mary Jane Kwok Choon.Il a mimé les pratiques de microcélébrités.C\u2019est-à-dire qu\u2019il a fait part de ses opinions et a exprimé plusieurs fois des émotions négatives par rappor t aux autres candidats.L\u2019impor tant, c\u2019est d\u2019être visible dans la Twitto- sphère en utilisant les outils que les citoyens ordinaires utilisent au quotidien.» Une occasion ratée Le président a donc propulsé Twitter au centre des discussions politiques et médiatiques.Pas un jour ne passe sans que les journaux, les télés, les radios et les sites Web n\u2019évoquent la plateforme chouchoute du successeur d\u2019Obama.«Que le président choisisse de twitter comme il le fait donne un incroyable avantage compétitif à Twitter, du moins en théorie, explique au Devoir Hersh Shefrin, un pionnier de la finance comportementale qui est professeur à l\u2019Université de Santa Clara, en Californie.La grande question pour Twitter est s\u2019ils vont pouvoir se servir du fait que Trump ait adopté leur produit pour créer de la valeur.Le potentiel est là.» L\u2019enjeu est donc de monétiser, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, les élucubrations présidentielles ?« Cer tains pourraient y voir de l \u2019oppor tu- nisme, mais Twitter n\u2019est pas une agence publique \u2014 c\u2019est u n e b u s i n e s s , e x p l i q u e M.Shefrin.Et d\u2019une certaine façon, cette approche commerciale concorde avec l\u2019idée générale d\u2019avoir un homme d\u2019affaires comme président.» Mais les chif fres dévoilés jeudi montrent que Twitter n\u2019arrive pas à profiter financiè- r ement de l \u2019e f fe t T r ump.« L\u2019utilisation que fait le président de Twitter a permis de mettre davantage en lumière comment peut être utilisée la plateforme, ça montre la puissance de Twitter », a d\u2019abord expliqué aux médias le directeur financier de l\u2019entreprise, Anthony Noto.Toutefois, a-t-il reconnu, « il est très dif ficile pour une seule personne de créer une croissance soutenue».Pour l\u2019heure, Twitter veut miser sur la vidéo pour engranger des revenus.Dans une lettre aux actionnaires publiée en octobre 2016, tout comme dans celle publiée jeudi, l\u2019entreprise soulignait que le site miserait sur la vidéo en direct pour attirer les annonceurs.Dans l\u2019ombre des autres joueurs En Amérique du Nord, Twitter reste dans l\u2019ombre de joueurs autrement plus populaires, comme Facebook et YouTube.À titre indicatif, en 2015 à peine 10 % des Québécois étaient présents sur Twitter, selon des chiffres du CEFRIO.Entre autres parce que ce réseau n\u2019est pas le plus intuitif.« Le plus gros problème de Twitter, c\u2019est qu\u2019on a toujours nos lunettes de lecture de Facebook quand on le regarde, explique Catherine Mathys, journaliste indépendante qui s\u2019intéresse aux transformations médiatiques.Facebook est à ce point hégémonique que ça impose une manière de lire et de voir les réseaux sociaux qui ne s\u2019applique pas à tout, et surtout pas à Twitter.» Le site aux allures de fil de presse demande en ef fet quelques ef forts pour en saisir les codes et les façons de communiquer \u2014 tweet, ret- weet, citation, utilisation des avatars, etc.« Et ce n\u2019est pas un endroit qui est por té au partage des images de son repas, ou à des futilités, ajoute Mathys, qui enseigne aussi l\u2019histoire des technologies numériques à l\u2019UQAM.C\u2019est souvent un endroit d\u2019idées, d\u2019opinions, et donc de clash , de conflits potentiels.» Intimidateur en chef ?Outil de discussion, Twitter est aussi un lieu où prolifèrent les « trolls » et les extrémistes en tout genre.C\u2019est d\u2019ailleurs un autre point faible de la plateforme : plusieurs utilisateurs potentiels et actuels sont découragés par le ton des échanges, par fois acrimonieux.Mardi, Twitter a d\u2019ailleurs annoncé différentes mesures pour lutter contre le harcèlement en ligne.Catherine Mathys tire un lien entre Trump et cet enjeu.« La grosse question en ce qui concerne Twitter et Trump, c\u2019est comment traiter cet utili- sateur-là ?Justement dans un c o n t e x t e o ù Tw i t t e r v e u t contrer les abus et les messages haineux, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait quand c\u2019est le président des États-Unis qui contrevient aux règles ?On intervient ou est-ce qu\u2019on lui donne un passe- droit ?D\u2019une certaine façon, il faut continuer d\u2019avoir accès à lui\u2026 C\u2019est un débat éthique que Twitter devra avoir.» Le Devoir M É D I A S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 3 11 REPRÉSENTATIONS EXCEPTIONNELLES DU 22 FÉVRIER AU 4 MARS 2017 UNE PRÉSENTATION DU THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE EN COLLABORATION AVEC DIDIER MORISSONNEAU « UN HYMNE À L\u2019AMOUR QUE SCHMITT INCARNE SUR SCÈNE AVEC BEAUCOUP DE TENDRESSE.» - JEAN SIAG, LA PRESSE Réservations : tnm.qc.ca 514 866-8668 Twitter peine à profiter de l\u2019effet Trump Le président a plongé le réseau social au cœur des discussions politiques et médiatiques 457 C\u2019est le nombre de millions perdus par Twitter dans la dernière année.Dans un contexte où Twitter veut contrer les abus et les messages haineux, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait quand c\u2019est le président des États-Unis qui contrevient aux règles ?On intervient ou est-ce qu\u2019on lui donne un passe-droit ?Catherine Mathys, journaliste indépendante qui s\u2019intéresse aux transformations médiatiques « » MANDEL NGAN AGENCE FRANCE-PRESSE Donald Trump semble préférer exprimer ses opinions sur des sujets politiques importants sur Twitter plutôt que de donner des conférences de presse. Y V E S B E R N A R D L eyla McCalla est une ar tiste délicieuse avec une âme de la rue et ses mots sont ceux de la condition humaine, de Langston Hughes à Manno Charlemagne.Sa musique est à la fois élégante et sale, empreinte de ses racines américaines et haïtiennes, en jazz, en folk et en chanson créole.À cela, elle ajoute le sentiment cajun et l\u2019esprit de La Nouvelle-Orléans, où elle vit depuis 2010.C\u2019est une future grande, au même titre que sa complice Rhiannon Giddens, avec qui elle a partagé la destinée des magnifiques Carolina Chocolate Drops.La voici pour la première fois en tournée des petits lieux au Québec en trio.« Si je suis contente de venir au Québec ?J\u2019en suis très excitée.Je m\u2019intéresse beaucoup à la musique haïtienne et à la culture francophone.En plus, mon mari, Daniel Tremblay, vient de Chicoutimi.» De cette jeune femme se dégage une simplicité qui n\u2019a rien à voir avec la cassette apprise pour plaire à un nouveau public.C\u2019est une authentique New- Yorkaise qui avait vécu au New Jersey et à Accra, au Ghana, avant d\u2019être formée au violoncelle et à la musique de chambre à l \u2019Université de New York.Dans la Grosse Pomme, elle cherchait à donner un sens à sa musique.Elle dit l \u2019avoir trouvé à La Nouvelle-Orléans : « J\u2019ai commencé dans les rues du quar tier français avec un groupe de femmes et je me suis sentie libre comme jamais.En dépit de ma formation à l\u2019école, j\u2019ai joué à l\u2019oreille pendant des années.J\u2019ai immédiatement senti l\u2019appel de la ville et j\u2019ai redécouvert beaucoup de mes racines haïtiennes à partir de la culture louisianaise.Les deux sont très connectées.Autour de la révolution haïtienne, qui est la plus grande révolte des esclaves qui a mené à la première république noire de l\u2019hémisphère occidental, plusieurs ont quitté le pays pour continuer à développer leurs plantations de canne à sucre en Louisiane.» Leyla McCalla joue de la guitare depuis l\u2019âge de dix ans.À La Nouvelle-Orléans, son violoncelle devient aussi rythmique que mélodique.Elle commence l\u2019apprentissage du banjo ténor, tombe dans la marmite du jazz traditionnel et s\u2019inspire aussi de l\u2019esprit du songwritting américain.Elle fait une découverte majeure : la pluralité de la musique loui- sianaise, de Canray Fontenot au zydeco.« J\u2019ai commencé à écouter les frères Balfa.Puis, j\u2019ai fait plus de recherches sur cette musique, j\u2019ai appris la musique des frères Carrière et la tradition de la La La Music, un style plus bluesy, plus black, qui est arrivé avant le zydeco.J\u2019ai appris à jouer tout cela sur un gros violon comme le mien.» Elle bluese son violoncelle, fait la rencontre des Carolina Chocolate Drops, apprend avec eux la vie de tournée, puis opte pour la carrière solo et lance Vari- Colored Songs : A Tribute to Langston Hughes pour lequel elle compose de la musique sur les mots du poète de la renaissance de Harlem : «C\u2019était un peu comme un processus de divination qui s\u2019est créé en lisant les signes et en me faisant confiance, admet-elle.Pour moi, il est LE black poet et tout ce qu\u2019il a écrit à propos de la société et du racisme demeure vrai.J\u2019ai ressenti l\u2019importance de ne pas cantonner ses poèmes à d e s l i v r e s , m a i s d e l e s chanter.» Son plus récent disque, A Day for the Hunter, A Day for the Pray, un bijou, révèle un irrésistible mélange de spiritualité doucement rythmée, d\u2019intimité engageante et de légèreté communicative avec des mots qui sonnent comme autant d\u2019appels entre les cultures créole et américaine, pour en comprendre l\u2019actualité.Collaborateur Le Devoir En spectacle le 14 février au Verre bouteille à Montréal, le 15 février à la Bourse RIDEAU de Québec, le 16 février au Bal du Lézard à Québec, le 17 février au Beat & Betterave à Frelighsburg, le 18 février à La Chèvre à Saint-Adolphe-d\u2019Howard.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 4 B I L L E T T E R I E 5 1 4 2 5 3 - 8 9 7 4 D E W A J D I M O U A W A D 8 A U 2 5 F É V R I E R 2 0 1 7 M I S E E N S C È N E E T C O L L A B O R A T I O N A U T E X T E B E N O Î T V E R M E U L E N Théâtre Denise-Pelletier 17 16 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E C L A U D E P O I S S A N T Avec Rachel Graton, Francis La Haye et Philippe Thibault-Denis UNE PRODUCTION DU THÉÂTRE LE CLOU Billets disponibles en jo urnée _ COMPLET en soi rée ill t i i l j r - ir DU 31 JANVIER AU 4 MARS 2017 | rideauvert.qc.ca rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel avec SYLVIE DRAPEAU et DOROTHÉE BERRYMAN, CARL BÉCHARD, LUC BOURGEOIS, ROSINE CHOUINARD-CHAUVEAU, RÉMY GIRARD, DANIÈLE LORAIN © J e a n - F r a n ç o i s B é r u b é Pièces d\u2019Eugène Ionesco Mise en scène Normand Chouinard LA CANTATRICE CHAUVE SUIVIE DE LA LEÇON PRÉSENTÉ DANS LE CADRE DE « Un quatuor de virtuose s! » \u2013 LA PRESSE « Une distribution de ha ut vol » \u2013 LE DEVOIR « Du grand art.» \u2013 MATTV « Un chef-d\u2019œuvre que le Théâtre du Rideau Vert a bien raison de mo nter de nouveau.» \u2013 INFO-CULTURE.BIZ EN SUPPLÉMENTAIRES Matinée: 22 février, 12h30 1er mars, 19h30 et 4 mars, 20h30 KATIA GAGNÉ | Traces-Hors-Sentiers « Une œuvre de danse à échelle humaine brute et dynamique, parfois tranchante, parfois évanescente et poétique.» Avec Ève Garnier, Johanne Madore, Lina Malenfant, Annie Roy, Lucie Vigneault + artistes invités 8.9.10.11 + 15.16.17.18 février 2017 \u2013 20H Théâtre La Chapelle | Scènes contemporaines Billetterie 514.843.7738 www.danse-cite.org vous présente ROOTS Leyla McCalla, un bijou multicolore L\u2019artiste américaine aux racines haïtiennes s\u2019amène pour la première fois au Québec SARRAH DANZIGER En dépit de sa formation en musique, Leyla McCalla avoue avoir joué à l\u2019oreille pendant des années.Pour moi, [Langston Hughes] est LE black poet et tout ce qu\u2019il a écrit à propos de la société et du racisme demeure vrai Leyla McCalla « » T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 5 Le festival s\u2019échauffe du 25 mai au 8 juin 2017 Cinq spectacles grandioses Réservez maintenant! 514 844 3822 1 866 984 3822 fta.ca 100% Montréal Rimini Protokoll Berlin 25 au 28 mai PDA Théâtre Jean-Duceppe La fureur de ce que je pense Nelly Arcan + Marie Brassard Montréal 3 au 5 juin Usine C Caída del cielo Rocío Molina Séville 7 + 8 juin Monument-National Wycinka Holzfällen Des arbres à abattre Krystian Lupa Vratislavie 2 + 3 juin PDA Théâtre Jean-Duceppe Some Hope for the Bastards Frédérick Gravel Montréal 1 + 2 juin Monument-National « Un chef d\u2019œuvre » Le Monde « Impossible de ne pas en sortir ébranlé » Jeu Étonnant et jubilatoire « Un spectacle 5 étoiles.Déroutant et hypnotisant » L\u2019Express Une fête sombre et cathartique P R O GRAMMATI O N OFFICIELLE M A R I E L A B R E C Q U E L a réalité historique que la pièce australienne Ne m\u2019oublie pas rappelle \u2014 ou fait connaître \u2014 est p r o p r e m e n t r é v o l t a n t e .Jusqu\u2019aussi tard qu\u2019en 1971, un programme créé par le gouvernement britannique a déporté des milliers d\u2019enfants dans de lointains pays du Commonwealth, comme l\u2019Australie.Ou le Canada.Des enfants parfois retirés de leur milieu familial sous des allégations mensongères.Une manière de peupler les anciennes colonies, et souvent de fournir une main-d\u2019œuvre bon marché.« C\u2019étai t de l \u2019esc lava- g i sme » , résume Frédér ic Dubois , qui s igne ic i une deuxième mise en scène à la Compagnie Jean Duceppe après l\u2019expérience fructueuse d\u2019Ils étaient tous mes fils.Le protagoniste de la pièce écrite par Tom Holloway est l\u2019une des malheureuses victimes de cette « arnaque ».Il fut arraché à quatre ans à une mère célibataire pauvre qui pensait qu\u2019il serait élevé par une bonne famille en Angleterre, et non pas exploité dans une ferme à l\u2019autre bout du monde.À 50 ans, Gerry (François Papineau) découvre qu\u2019il n\u2019est pas orphelin comme il l\u2019avait toujours cru.Et qu\u2019un fonds spécial lui offre la possibilité d\u2019aller rencontrer sa mère (Louise Turcot) à Liverpool.Sa propre fille (Marie- Ève Milot) voit dans ces retrouvailles une ultime tentative de comprendre cet alcoolique empli de colère.Et peut- être de reconstruire les ponts.Ne m\u2019oublie pas expose les ravages provoqués par cette identité dérobée, la difficulté de se fixer quand on ignore d\u2019où l\u2019on vient.Cette coupure entre parents et enfants crée un décalage et provoque des effets pervers sur les générations suivantes, ajoute Frédéric Dubois.Le créateur a surtout été allumé par la réflexion sur le temps que porte ce récit d\u2019un être qui, en une semaine, est rattrapé par 50 années de vie.«C\u2019est un mystère, parce que le temps est quelque chose sur lequel les personnages n\u2019ont aucune prise.Il est intéressant de penser aux ef fets du temps sur les souvenirs et les relations humaines.» Il y a vu de stimulants défis de mise en scène: «Comment illustrer le passage du temps sans devenir trop démonstratif?Comment inscrire ce décalage dans les corps?Le texte permet cette réflexion parce qu\u2019il comporte beaucoup d\u2019ouverture.» Hachurée comme du Mamet, avec des phrases incomplètes qui reflètent la difficulté de Gerry à s\u2019exprimer, la pièce est aussi trouée de nombreux silences.Des pauses que le metteur en scène s\u2019est plu à étirer.«Il y a un piège dans le texte, c\u2019est de tomber dans le sentimentalisme.J\u2019essaie d\u2019éviter ça le plus possible, mais comme Louise Turcot le dit, je ne pourrai pas complètement y échapper: c\u2019est un texte d\u2019émotions, de grandes révélations qui déchirent.On les joue, mais j\u2019essaie d\u2019éviter les gestes illustratifs.» L\u2019autre élément qui permet de contourner la sensiblerie, c\u2019est le caractère rude du protagoniste, un être méfiant qui « s\u2019est fait mentir toute sa vie ».Le spectacle ne recule pas devant sa violence.« Pendant 40 minutes, il est vraiment antipathique.C\u2019est ce qui est beau dans la façon dont le personnage est écrit : il ne se rend pas compte qu\u2019il devient attendrissant, qu\u2019il chemine.François Papineau est la bonne personne pour le jouer : c\u2019est un acteur qui nuance énormément et qui nourrit beaucoup les détails.» Former les esprits Le nouveau directeur de la section française de l\u2019École nationale de théâtre (ENT), un poste qu\u2019il assume seul depuis le départ de Denise Guilbault en décembre dernier, tient à poursuivre sa pratique.« Je pense que c\u2019est très important d\u2019envoyer le signal aux étudiants que je me commets, que moi aussi je continue de réfléchir sur le terrain.Je n\u2019y vois que des avantages.Je fais ce métier depuis 20 ans et ça me permet de ralentir, d\u2019en faire moins et de le faire mieux, probablement.Je suis meilleur ici parce que je répète chez Du- ceppe, et je suis meilleur en répétitions parce que je suis ici.» Notre rencontre a lieu trois jours après l\u2019attentat à la mosquée de Québec.Ce tragique événement a bien sûr ébranlé le natif de Cap-Rouge (il a fréquenté, une décennie plus tôt, la même école que le tueur présumé).Et il confirme la mission que Frédéric Dubois entend imprimer à l\u2019ENT.Celle d\u2019une école d\u2019art, à l\u2019opposé de la vision utilitariste que certains voudraient donner aux institutions du savoir.« Compte tenu de ce qui se passe dans le monde, de ce qu\u2019on entend sur les \u201cfaits alternatifs\u201d et de l\u2019approximation dans la pensée », le directeur juge d\u2019autant plus important de ne pas mettre l\u2019École seulement au service des besoins du milieu ar tistique.« Une école de théâtre apprend à faire du théâtre, une école d\u2019art apprend à réfléchir.Je pense que j\u2019ai la possibilité ici d\u2019être plutôt radical \u2014 je déteste utiliser ce mot cette semaine \u2014 en apprenant aux étudiants à non seulement devenir des artistes, mais aussi des adultes, des citoyens, à élargir leur pensée.» Bref, on veut transmettre une ouverture d\u2019esprit au lieu de juste former des praticiens.« Il s\u2019agit de donner plus de temps, de briser dans les mentalités des réflexes d\u2019ef ficacité, de per formance.C\u2019est important que [les diplômés] soient prêts à répondre au monde dans lequel ils vont vivre.» Collaboratrice Le Devoir NE M\u2019OUBLIE PAS Texte de Tom Holloway.Traduction de Fanny Britt.Mise en scène de Frédéric Dubois.Au théâtre Jean-Duceppe, du 15 février au 25 mars.Le temps retrouvé Frédéric Dubois monte un texte australien évoquant une honteuse déportation d\u2019enfants PEDRO RUIZ LE DEVOIR Frédéric Dubois estime que ses rôles de metteur en scène et de directeur de la section française de l\u2019École nationale de théâtre se nourissent l\u2019un et l\u2019autre, lui permettant de réflechir tout en poursuivant sa pratique.Une école de théâtre apprend à faire du théâtre, une école d\u2019art apprend à réfléchir.Je pense que j\u2019ai la possibilité ici d\u2019être plutôt radical \u2014 je déteste utiliser ce mot cette semaine \u2014 en apprenant aux étudiants à non seulement devenir des artistes, mais aussi des adultes, des citoyens, à élargir leur pensée.Frédéric Dubois, à propos de l\u2019École nationale de théâtre qu\u2019il dirige « » S E R G E T R U F F A U T L a ronde printanière du jazz vient de s\u2019annoncer.Voilà en ef fet que la 17e édition de Jazz en rafale est à l\u2019horizon du court terme.Plus exactement, les 18, 23, 24 et 25 mars, sept spectacles inscrits à l\u2019affiche de cet événement seront présentés comme d\u2019habitude à L\u2019Astral.De cette programmation, on retient tout d\u2019abord la présence de L\u2019Orchestre national de jazz (ONJ), le 18 mars.Autrement dit en ouverture de ce minifesti- val.Pour cette occasion, les architectes de l\u2019ONJ ont remis les clés du chef d\u2019orchestre à François Rousseau qui, malin comme 800 hommes assis, a invité le pianiste\u2026 Aaron Parks! Oui, oui, le pianiste à la vivacité sans pareille, le pianiste du quartet incontournable, soit James Farm, avec notamment le saxophoniste Joshua Redan, sera présent.Mieux, l\u2019ONJ va interpréter cer taines de ses compositions ainsi que celles du Canadien Kenny Wheeler, très admiré de son vivant par ses pairs.Au cas où on ne le saurait pas, l\u2019ONJ est une assemblée de gros calibres, de cadors, non pas montréalais, québécois ou canadiens, car cela reviendrait à les limiter dans un espace précis et donc à réduire le calibrage du gros\u2026 On su i t ?Non .C \u2019es t pas grave .Re tenons tou t de même que l\u2019ONJ, c\u2019est entre autres Frank Lozano.Alexandre Côté et Jean-Pierre Za- nella aux saxophones.Aaron Doyle et Jocelyn Couture aux trompettes, Jean-Nicolas Trot- tier et Taylor Donaldson aux trombones\u2026 Bref, ils seront 16.En clair, ça va décaper les neurones.Le 23 mars, le quartet animé par le fin pianiste François Bourassa, le saxophoniste artisan des ponctuations profondes André Leroux, le batteur Greg Ritchie et le contrebassiste Guy Boisvert sera au programme.Le même soir, le Rafael Zaldivar Afro-Cuban Revival occupera la scène afin d\u2019y décliner les singularités du folklore cubain.Le 24 mars, l\u2019Auguste Quartet, fondé par le contrebassiste Alain Bédard, cheville ouvrière de Jazz en rafale et fondateur également de l\u2019étiquette Ef fendi, amorcera la soirée, suivi par le pianiste Félix Stüssi et les Malcommodes, qui s\u2019appellent en fait Daniel Lessard à la contrebasse et Pierre Tanguay, le batteur des subtilités.Pour mener à bien son aventure, Stüss i a inv i té l \u2019 immense tromboniste Ray Anderson, la chanteuse Sonia Johnson, les saxophonistes Jean Derome et André Leroux, ainsi que le trompettiste Jacques Kuba Séguin.Enfin, le 25 mars, une formation du Luxembourg, le Reis-Demuth-Wiltgen Trio, va précéder un quartet regroupant, entre autres, deux poids lourds : le saxophoniste Yan- nick Rieu et le pianiste français Pierre de Bethmann, qui a accompagné aussi bien Aldo Romano que Philip Catherine, Stéphane Belmondo ou Meredith d\u2019Ambrosio.Collaborateur Le Devoir M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 6 La macédoine des cultures L\u2019ONJ ouvrira le minifestival Jazz en rafale P H I L I P P E R E N A U D S ept ans après s\u2019être fait un prénom sur la scène électronique underground avec deux mini-albums sagaces et séducteurs, et après avoir été la caution néo-soul sophistiquée au service de stars de la pop et du rap telles que Kanye West, Solange ou Drake, l\u2019auteur, compositeur, producteur et interprète londonien Sam- pha Sisay assume enfin d\u2019être au-devant de la scène avec Progress, brillant premier album paru la semaine dernière qui le mène ce samedi soir au théâtre Corona.Entretien dans l\u2019autobus à l\u2019orée de la consécration que nous anticipons.Insistons : ce Process est une mer veille.Le genre d\u2019album qu\u2019on garde déjà de côté en vue des bilans de fin d\u2019année.Au registre « nouvelle soul sauce électro », Sampha par vient à s\u2019élever tant en substance que sur la forme.Un admirable recueil de chansons d\u2019abord, une perle d\u2019ingénierie sonore ensuite, deux forces qui s\u2019équilibrent pour donner un disque parfois émouvant, gorgé de tristesse, de vulnérabilité, de résignation et d\u2019angoisse.On l\u2019avait vu venir.Avec le EP Sundanza (2010), Sampha faisait surtout la démonstration de son talent manifeste p o u r l a c o n s t r u c t i o n d e grooves house/garage, sa présence vocale paraissant plus timide, enfouie sous les synthés et les ponctions de basse.Son second mini-album, Dual , paru en 2013, constituait la promesse des grandes chansons à venir : la mélancolique Beneath the Tree, la pétillante et dansante Without et, plus loin, le piano dominant de la ballade atmosphérique Indecision, tout ça nappé de la voix singulière, soyeuse et claire, de l\u2019interprète.Process nous permet aujourd\u2019hui de mesurer l\u2019évolution du musicien de 28 ans, maintenant prêt à faire face à son public.« Le plus long pour moi fut d\u2019assumer le rôle », dit Sampha qui, mettant sa propre carrière solo en suspens, est devenu le collaborateur attitré du producteur électronique anglais SBTRKT (Aaron Jerome) \u2014 il l\u2019accompagnait d\u2019ailleurs sur scène lors de son concert programmé durant l\u2019édition 2012 du festival Osheaga.« J\u2019ai attendu d\u2019être vraiment confortable avec moi-même, avec l\u2019idée de me présenter sous mon vrai nom, Sampha, et aussi avec le son et le ton de ma voix », dont on peut apprécier la maîtrise aujourd\u2019hui acquise en réécoutant ses premiers enregistrements.« Je crois qu\u2019il m\u2019a fallu me débarrasser d\u2019une certaine naïveté qui transparaissait dans ma manière de chanter.» Un sain recul Au bout du téléphone sur la route près de Washington, première escale de sa tournée nord-américaine, Sampha Si- say convient donc qu\u2019il aura mis du temps pour of frir ce premier album : «C\u2019est vrai, un bon deux ans et demi de travail, entre le printemps 2014 et l\u2019an dernier, raconte-t-il d\u2019une voix réser vée.Tout fai t \u201c from scratch \u201d, ou presque : j\u2019avais déjà commencé à composer deux ou trois chansons, dont Under et Timmy\u2019s Prayer », co- écrite avec Kanye West, qui l\u2019avait invité à travailler sur l\u2019album The Life of Pablo.Le reste s\u2019est écrit en studio : Sampha joue de tous les instruments et signe la production électronique, avec les bons conseils de son réalisateur, Rodaidh McDonald, qui a notamment coréalisé le récent I See You de The XX.Ces deux dernières années ont été assez troublées pour le jeune homme : la convalescence de sa mère de suites d\u2019un cancer, une trop brève rémission avant presque deux ans de combat, perdu en 2015.Sampha Sisay a su transformer l\u2019épreuve en inspiration.Ce sera sans doute étrange de monter sur scène pour chanter ces chansons enregistrées à un moment difficile de sa vie, acquiesce-t-il.« Je ne ressens plus la tristesse de la même manière lorsque je m\u2019apprête à donner un concer t avec ces chansons, dit Sampha.Il y a beaucoup de bonnes choses qui m\u2019arrivent présentement, je me sens dans un autre état d\u2019esprit.Moins de douleur, moins de lourdeur.Avec le recul, par ailleurs, j\u2019arrive à trouver quelque chose de positif dans ces dernières années.J\u2019ai toujours en mémoire les sentiments, les émotions, qui m\u2019ont habité alors, mais je les exprime avec un sain recul aujourd\u2019hui.» Le concer t de ce soir promet ainsi de nous en faire vivre de toutes les couleurs.«Si j\u2019espère que les gens dansent ou é c o u t e n t p a t i e m m e n t l e concert ?Honnêtement, je n\u2019en sais trop rien encore, dit Sam- pha.Les deux en même temps, je crois, puisque les émotions que je tente de porter sur scène sont très variées\u2026» Pardon de devoir le demander, Sampha, mais voici : êtes- vous heureux, aujourd\u2019hui ?Il prend quelques secondes pour réfléchir.« Ouais, je le suis.J\u2019ai fini par comprendre que l\u2019important était de ne pas s\u2019accrocher indéfiniment à sa tristesse.You need to let it go », et sans doute que de la coucher sur disque aide à mieux tourner la page.« Ça va bien, aujourd\u2019hui.» Collaborateur Le Devoir La métamorphose de Sampha Le Londonien délaisse l\u2019ombre des stars de la pop et du rap, propulsé par son brillant Progress Outremont Bureau des festivals et des événements culturels Billetterie : 514 495-9944 festival.casteliers.ca Durant la semaine de relâche, la marionnette prend le devant de la scène ! ŒUVRE ORIGINALE : DANIEL BUTCHER - PHOTO : MARC GIBERT / ADECOM.CA JAMIE JAMES MEDINA Sampha a créé un disque parfois émouvant, gorgé de tristesse, de résignation et d\u2019angoisse.SOURCE JAZZ EN RAFALE Aaron Parks sera de la soirée d\u2019ouverture à l\u2019invitation de François Rousseau. C H R I S T O P H E H U S S L eur projet Venise millénaire, qui a récemment conquis Carnegie Hall quelques jours après sa première nord-américaine à Montréal, Jordi Savall et ses musiciens l\u2019ont déjà immortalisé pour une parution discographique attendue en fin d\u2019année 2017.Il s\u2019agira d\u2019un livre- disque, tout comme Les routes de l\u2019esclavage, un projet que Sa- vall a proposé à Montréal à l\u2019horizon 2018.Jordi Savall fut le premier à anticiper les mutations du marché de la musique enregistrée et à créer, dès 1998, sa propre étiquette de disques, Alia Vox, afin d\u2019en piloter lui-même la politique artistique et d\u2019en maîtriser la qualité éditoriale.Nous n\u2019avions ces dernières années pas été mis au courant de l\u2019activité éditoriale d\u2019Alia Vox, au point de nous imaginer que le label n\u2019était plus disponible au Canada.Impression erronée, puisque, en marge du concert, plusieurs parutions nous sont parvenues de la part du distributeur Pelléas.Rééditions La discographie de Jordi Sa- vall s\u2019enracine dans les années 1970 chez EMI, au sein de la collection « Reflexe », le pendant d\u2019Archiv, le catalogue de musique ancienne de Deut- sche Grammophon.Ces parutions permettent alors aux mélomanes de découvrir la musique espagnole, du Moyen Âge au baroque.L\u2019avant-Alia Vox, et quasiment toute la production parue en CD, est néanmoins associé à Astrée, l \u2019étiquette créée par Michel Bernstein.Jordi Savall a racheté le fonds Astrée, qu\u2019il réédite au compte- goutte, après une remastérisa- tion soignée, dans le cadre d\u2019une collection intitulée «Alia Vox Héritage ».Les dernières reprises commentées dans Le Devo i r avaient été, à l\u2019été 2014, Al- cione de Marais, Recercadas d\u2019Ortiz et Lachrymae de Dow- land, trois piliers du catalogue Savall.Dans le même esprit, le musicien a publié, depuis, une Symphonie héroïque de Beethoven (1994, AVSA 9916) assez agitée et sans lendemain, son Orfeo de Monteverdi, orchestralement suprême mais à la distribution inégale (2202, 2 SACD AVSA 9911), ainsi qu\u2019une compilation dédiée à sa défunte épouse, Montserrat Figueras (La voix de l\u2019émotion II, 1 SACD + 2 DVD, AVDVD 9904).Contrairement à la fournée précédente, ce ne sont donc pas les rééditions qui attirent notre attention.Livres-disques Les livres-disques, projets de prestige de Jordi Savall, documentent la démarche philosophique et humaniste du musicien.La dernière parution commentée ici (octobre 2014) fut Bal-Kan.En attendant Les routes de l\u2019esclavage, deux livres s\u2019ajoutent à la collection.Guerre et paix, 1614-1714 (AVSA 9908) balaie musicalement le siècle précédant la fin de la guerre de succession d\u2019Espagne en 1714 (paix d\u2019Utrecht).Débutant par l\u2019attaque des Ottomans contre les Hongrois en 1613 et le massacre des juifs à Francfort en 1614, cette période, qui comprend la guerre de Trente Ans, est une succession de conflits, d\u2019invasions et de massacres.Le projet musical majeur est très majoritairement occidental et baroque, cœur du répertoire de Savall.Un autre livre-disque, tout aussi fascinant, Ramon Llull, 1232-1316, ressuscite la figure d\u2019un philosophe et théologien.Grand voyageur, Ramon Llull se signale, aux yeux de Savall, par sa « proximité avec le monde musulman, [qui] lui donnera une vision exceptionnelle de cette religion et de cette culture [et] le dif férenciera de tous les intellectuels européens de son temps».Llull est le prétexte de Savall pour explorer la Catalogne médiévale (« une époque de splendeur culturelle, marquée par la coexistence (pas toujours pacifique) des trois cultures religieuses de son temps : la chrétienne, la musulmane et la juive»), la musique étant entrecoupée de récits traduits en français dans l\u2019ouvrage.Nouveautés Ce qui surprend dans les récentes parutions, c\u2019est la vitalité redoublée du musicien, qui enchaîne les projets plus convaincants les uns que les autres.Pour les plus accros, il y a un disque beau et austère, La lira d\u2019Espéria II (AVSA 9907), où Savall, accompagné de percussions, joue de la vièle, du rebec et du rebab.Vingt ans après le volume 1 consacré à la vièle médiévale, Savall se penche sur le réper toire de Galice.Sauf erreur, le volume 1 paru en 1996 n\u2019a pas été réédité sur étiquette Alia Vox.Ceux qui aiment les parcours musicaux œcuméniques de Savall seront fascinés par Granada , 1013 -1502 , u n concer t enregistré en 2013 d\u2019un programme imaginé pour célébrer le millénaire de la fondation du royaume de Grenade en une «évocation historique et musicale de cinq siècles de vie d\u2019une des villes les plus importantes et les plus admirées de l \u2019Andalousie musulmane » .C\u2019est un album dont émane une puissance hypnotique.À ces parutions s\u2019ajoutent quatre superbes disques «classiques», tous recommandables.Le plus spectaculaire est Les éléments (2 SACD AVSA 9914), des musiques de tempêtes et d\u2019orages signées Rebel, Locke, Vivaldi, Marias, Telemann et Rameau.L\u2019album consacré à Heinrich Ignaz Franz von Biber comprend la Missa Salisburgensis, couplée au fameux enregistrement de 2002 de la Battalia à 10 (AVSA 9912) Un programme Dixit Domi- nus (AVSA 9918), enregistré à Barcelone en 2015, associe Vivaldi, Haendel et Mozart, alors que Magnificat couple les œu- vres ainsi nommées de Bach et de Vivaldi, augmentées d\u2019un nouvel enregistrement par Pier re Hantaï du Concer to pour clavecin BWV 1052.L\u2019album (AVSA 9909D) comprend un CD et un DVD.Le Devoir Avec son programme Venise millénaire, Jordi Savall a une nouvelle fois rassemblé, en une véritable communion musicale, un auditoire d\u2019horizons très divers.Le musicien catalan façonne également, avec grand soin, un legs discographique unique en son genre qui touche de la même manière.Survol de ses plus récentes parutions.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 7 Présenté par PARIS XXe Mercredi 8 mars \u2013 19 h 30 PENTAÈDRE quintette à vent Amy Horvey, trompette Maxim Bernard, piano Le bouillonnement artistique de Paris, ville d\u2019adoption de Chagall, par DEBUSSY, POULENC, RAVEL et SATIE.NAREH ARGHAMANYAN piano russe Mercredi 15 février \u2013 19 h 30 TCHAÏKOVSKI Doumka, scène rustique russe BALAKIREV Islamey, fantaisie orientale STRAVINSKI Suite de L\u2019Oiseau de feu Nareh Arghamanyan marque les esprits par sa virtuosité et son raffinement.SHIKSA Jeudi 23 février \u2013 19 h 30 Lara St.John, violon Matt Herskowitz, piano Des musiques folkloriques de la diaspora juive d\u2019Europe de l\u2019Est, des Balkans et du Caucase sont réimaginées par ces deux virtuoses.Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 PHILHARMONIA QUARTETT BERLIN Vendredi 17 mars \u2013 19 h 30 Œuvres de BEETHOVEN, CHOSTAKOVITCH et MOZART L\u2019un des plus grands quatuors à cordes est de retour à Montréal.CONCERTS EN LIEN AVEC L\u2019EXPOSITION CHAGALL DU MBAM La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE DANIEL HOPE Mon hommage à Menuhin Mardi 21 mars \u2013 19 h 30 Daniel Hope, violon Vanessa Perez, piano Œuvres de J.S.BACH, ENESCO, MENDELSSOHN et WALTON Daniel Hope rend hommage à son mentor, le violoniste Yehudi Menuhin.50 ANS Jordi Savall cultive la fierté du disque Le musicien catalan façonne un legs discographique unique en son genre Guerre et paix.Livre-disque, 2 SACD AVSA 9908 Granada, 1013-1502.SACD AVSA 9915 Ramon Llull, 1232-1316.Livre-disque, 2 SACD AVSA 9917 Les éléments.2 SACD 9914 Biber: Baroque Splendor.SACD AVSA 9912 Savall en cinq disques choisis DAVID IGNASZEWSKI Jordi Savall a été le premier musicien à créer, dès 1998, sa propre étiquette de disques, Alia Vox, pour anticiper les mutations du marché de la musique enregistrée. M É D I A S CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 8 Concert de l\u2019année \u2013 Montréal THE TRIALS OF PATRICIA ISASA, Chants Libres, Pauline Vaillancourt, mise en scène, 19, 20 et 21 mai 2016 Le Conseil des arts de Montréal a remis 3000 $ au récipiendaire de ce prix.Concert de l\u2019année \u2013 Québec GARCÍA ALARCÓN DIRIGE WATER MUSIC, Les Violons du Roy, Leonardo García Alarcón, direction, 19 mai 2016 Concert de l\u2019année \u2013 régions VUES D\u2019ESPAGNE, Concerts aux Îles du Bic, 10 août 2016 La Fabrique culturelle a offert au récipiendaire de ce prix l\u2019enregistrement d\u2019une capsule à diffuser sur la plateforme culturelle web de Télé-Québec (une valeur de 5000 $).Concert de l\u2019année \u2013 musiques médiévale, de la renaissance, baroque BACH ET LES BERNARDINI, Arion Orchestre Baroque, Alfredo Bernardini, hautbois et Cecilia Bernardini, violon, co-directeurs, 12, 13 et 14 février 2016 Concert de l\u2019année \u2013 musiques classique, romantique, postromantique, impressionniste DANG THAI SON \u2013 INAUGURATION DU PIANO ÉRARD, Fondation Arte Musica, 10 février 2016 Concert de l\u2019année \u2013 musiques moderne, contemporaine THE TRIALS OF PATRICIA ISASA, Chants Libres, Pauline Vaillancourt, mise en scène, 19, 20 et 21 mai 2016 Concert de l\u2019année \u2013 musiques actuelle, électroacoustique INSTRUMENTS OF HAPPINESS \u2013 100 GUITARES ÉLECTRIQUES, BW Musique (Bradyworks), Tim Brady, Joane Hétu, direction, 9 avril 2016 Concert de l\u2019année \u2013 jazz et musiques du monde « HOME MONTREAL », Beth McKenna Jazz Orchestra, Beth McKenna, direction et composition, 24 mars 2016 Création de l\u2019année ADAGIO, ARIOSO, Denis Gougeon, Le retour de l\u2019enfant prodige et l\u2019univers romantique, Orchestre de chambre I Musici de Montréal, 5 mai 2016 Concert de l\u2019année \u2013 répertoires multiples DES TÉNÈBRES À LA LUMIÈRE\u2026 PUISSANCE ET INTÉRIORITÉ, Orchestre de chambre I Musici de Montréal, Jean-Marie Zeitouni, direction, 25 février 2016 Production de l\u2019année \u2013 jeune public LE BAL DES ENFANTS \u2013 L\u2019AVENTURE ESPAGNOLE DE DON QUICHOTTE, Kent Nagano, direction, Orchestre symphonique de Montréal, 27 février 2016 Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a remis 5000 $ au récipiendaire de ce prix.Disque de l\u2019année \u2013 musiques médiévale, de la renaissance, baroque PARDESSUS DE VIOLE, Mélisande Corriveau, Eric Milnes, ATMA Classique Disque de l\u2019année \u2013 musiques classique, romantique, postromantique, impressionniste INTÉGRALE DES CONCERTOS POUR VIOLON DE SAINT-SAËNS, Orchestre symphonique de Montréal, Andrew Wan, violon, Kent Nagano, chef d\u2019orchestre, ANALEKTA Disque de l\u2019année \u2013 musiques moderne, contemporaine L\u2019AIGLON, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano, chef d\u2019orchestre, A.-C.Gillet, M. Barrard, É. Dupuis, P.Sly, P. Charbonneau, I.Bell, T.Duncan, J.-M. Richer, H.Guilmette, M.-N.Lemieux, J.Boulianne, K.McLaren, Chœur de l\u2019OSM, Andrew McGill, ANALEKTA Disque de l\u2019année \u2013 musiques actuelle, électroacoustique NÉBULEUSES, Beta Lyræ (Terri Hron et Cléo Palacio-Quintin), DAME/Ambiances Magnétiques Disque de l\u2019année \u2013 jazz et musiques du monde ENTRE FÉLIX ET DJANGO, Christine Tassan et Les Imposteures (Lise-Anne Ross, Martine Gaumond, Blanche Baillargeon), Les Productions des Imposteures Article de l\u2019année « MARC-ANTOINE CHARPENTIER AU RISQUE DE LA MISSION ABÉNAQUISE DU CANADA », Paul-André Dubois, Bulletin Charpentier 4 / CMBV, 2014, p.21-37 Prix hommage JACQUES CLÉMENT Compositeur de l\u2019année ANDRÉ HAMEL Le Conseil des arts et des lettres du Québec a remis 10 000 $ au récipiendaire de ce prix.Découverte de l\u2019année BOP / BALLET-OPÉRA-PANTOMIME FORDIA a remis 2500 $ au récipiendaire de ce prix.Diffuseur spécialisé de l\u2019année CLUB MUSICAL DE QUÉBEC \u2013 125 ANS Diffuseur pluridisciplinaire de l\u2019année THÉÂTRE DE LA VILLE Directeur artistique de l\u2019année JOANE HÉTU ET DANIELLE PALARDY ROGER \u2013 PRODUCTIONS SUPERMUSIQUE, 36e SAISON Événement musical de l\u2019année ANNÉE JEAN DEROME \u2013 2015-2016 Interprète de l\u2019année JULIE BOULIANNE Le Conseil des arts du Canada a remis 5000 $ au récipiendaire de ce prix.Rayonnement à l\u2019étranger CHARLES RICHARD-HAMELIN 20e Prix Opus LE CONSEIL QUÉBÉCOIS DE LA MUSIQUE FÉLICITE LES LAURÉATS DES PRIX OPUS 2015-2016 WWW.PRIXOPUS.QC.CA Réécoutez le segment d\u2019émission du lundi 6 février 2017 consacré au 20e gala des prix Opus présenté sur les ondes d\u2019ICI Musique dans le cadre des Soirées classiques.Animation : Mario F.Paquet.Réalisation : Lorraine Chalifoux «En voyage, j\u2019ai visité Berlin Community Radio et Rinse.fr en France.J\u2019y ai rencontré des gens qui me ressemblent, qui ont les mêmes intérêts musicaux que moi», raconte Aïsha Vertus, DJ et productrice webradio.Chez n10.as comme chez leurs consœurs de Londres, de New York, de Berlin ou d\u2019Amsterdam, la programmation, essentiellement musicale, est imprévisible.La musique indépendante locale, du rock, de l\u2019électronique, du rap, du free jazz, il n\u2019y a pas de balises, pas de limites, pas de quotas.Vous pouvez tomber sur une heure de musique classique indienne le dimanche après-midi, sur du métal un autre soir, ou sur des grooves brésiliens des années 1960 et 1970 un vendredi après-midi par mois, gracieuseté d\u2019Aïsha qui produit l\u2019émission Witches Brew, chez n10.as, en plus de collaborer à Brooklyn Radio et à The Lot Radio, deux autres stations en ligne basées à New York.«Si je fais de la radio en ligne, c\u2019est pour la liberté de jouer ce que je veux.» Les artisans de n10.as estiment que ces nouvelles stations sur le Web visent à offrir ce que les radios traditionnelles, hormis quelques fréquences (CISM et CKUT à Montréal, CHYZ et CHOQ à Québec, par exemple) n\u2019offrent plus: une vraie diversité musicale à la mesure des besoins de mélomanes de mieux en mieux informés et exigeants.«On est en 2017 et il n\u2019y a même pas de station de musique urbaine à Montréal ! » déplore DJ Lexis, producteur depuis dix ans d\u2019un podcast musical.Il sera dès cet été à la barre d\u2019une émission radiophonique produite et diffusée sur le Web en direct depuis les studios du Centre Phi, en plus de représenter au Canada Worldwi- defm.net, webradio fondée par l\u2019influent DJ britannique Gilles Peterson.«Ce qui est drôle, c\u2019est que ce genre d\u2019expérience radiophonique est encore plus important ici, à Montréal, qu\u2019à Londres, disons.Là-bas, même la radio commerciale est \u201cécœurante\u201d, mais les Britanniques sont tellement exigeants dans leurs goûts musicaux qu\u2019il y a encore de la place pour des stations comme NTS, Soho Radio London et RadarRadio.» Au Québec, les radios musicales traditionnelles sont frileuses, estime-t-il, et nuisent à la dif fusion du travail des musiciens.« Imagine seulement l\u2019impact sur les goûts du public québécois si nous avions seulement eu une Radio Nova [parisienne]\u2026 Même si leur programmation est aujourd\u2019hui plus diluée», ça demeure encore supérieur à ce qu\u2019on peut trouver sur les ondes québécoises, croit Charpentier.Esprit d\u2019équipe Établi à Brooklyn depuis six ans, le Bruxellois d\u2019origine François Vaxelaire était aussi un auditeur avide des NTS et Red Light Radio.«Or, à New York, il n\u2019y avait aucune radio qui m\u2019excitait autant que ces radios européennes, raconte-t-il.Tous les DJ que j\u2019adore et que je connais ne jouaient pas à la radio ici.Ce n\u2019était pas normal.» Après neuf mois de planification, il lançait en février 2016 The Lot Radio, qui émet depuis un conteneur aménagé et stationné sur un terrain vague à Brooklyn, aux limites des quartiers Greenpoint et Williamsburg.Le lieu est devenu un point de rendez-vous et de rencontres, non seulement pour les DJ et les animateurs impliqués dans la station, mais aussi pour les résidants du quartier qui s\u2019y retrouvent pour prendre un café au kiosque de la station.La vente de pâtisseries, de lattés et, bientôt, de bières finance intégralement le fonctionnement de la station, férocement indépendante.«Nous avons offert à ces DJ, issus de différentes scènes [et de divers styles musicaux] de New York, une plateforme», ce qui constitue déjà un élément constructif de l\u2019initiative, dit Vaxelaire.« De plus, je crois qu\u2019une génération de mélomanes avait déjà décroché de la radio traditionnelle.Personnellement, je ne découvrais plus de musique à la radio.Je la trouvais sur les blogues, sur des forums de discussion.Puis sont arrivés Spotify et les autres, et soudainement des millions de chansons disponibles sans avoir à les dénicher sur les blogues.La musique est désormais accessible à n\u2019importe qui, mais le problème demeure : comment trouver ce qui me branche?Je crois que la radio en ligne est une solution à la nécessité d\u2019avoir ce qu\u2019on appelle des \u201ccurateurs\u201d, des gens qui savent de quoi ils parlent, qui dénichent des perles et les partagent.» L\u2019émergence récente de ces nouvelles radios en ligne pourrait également être perçue comme une réponse à la « playlist », les sélections musicales, parfois déterminées par algorithmes, qui alimentent les programmations des radios FM ou qui sont proposées sur les sites d\u2019écoute en continu lorsqu\u2019on demande de la musique pour faire du ménage ou du jogging, par exemple.Paradoxe : en cette ère numérique, pendant que des ordinateurs programment de plus en plus les chansons à la radio traditionnelle à partir d\u2019une sélection prédéterminée, ce sont des humains qui assurent la sélection musicale dans les radios en ligne.«Ce sens de la communauté qui anime les radios en ligne va à l\u2019encontre de la notion de \u201cplay- list\u201d, explique Mason Windels.Chez nous, derrière chaque émission, il y a des gens, il y a des envies, des goûts musicaux, des intentions, pas un ordinateur qui décide de ce qui joue.Internet peut paraître aliénant: tant de contenu, tant de choses à lire, à écouter.Peut-être que la radio faite par des gens permet, au contraire, de créer un lien avec l\u2019auditeur qui, en retour, a le sentiment d\u2019être impliqué et concerné par le projet.» « Il y a beaucoup de musique à par tager, et beaucoup de gens qui ont dif férents goûts musicaux, ajoute son collègue Tam.La radio implique les gens, les attire dans un lieu et leur permet de se rencontrer, ce qui génère de nouveaux projets, de nouvelles idées.Nous, on of fre une plateforme pour qu\u2019ils expriment ça.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 RADIO SOURCE THE LOT RADIO The Lot Radio, qui émet depuis un conteneur aménagé et stationné sur un terrain vague à Brooklyn, aux limites des quartiers Greenpoint et Williamsburg.Chez nous, derrière chaque émission, il y a des gens, il y a des envies, des goûts musicaux, des intentions, pas un ordinateur qui décide de ce qui joue J É R Ô M E D E L G A D O L a «Jungle» de Calais, ces camps montés \u2014 puis détruits \u2014 dans le nord de la France pour les fugitifs de multiples conflits, fera l\u2019objet d\u2019un documentaire des réputés Nicolas Klotz et Elisabeth Per- ceval.Pas un reportage où défilent les témoignages dramatiques.Davantage un film intimiste.Ses auteurs se sont à ce point mêlés aux migrants qu\u2019ils ont été rebaptisés : Mama Jungle et Baba.Ils affirment se battre pour « un cinéma plus juste » et se considèrent comme des «militants du cinéma» \u2014 et non des militants politiques.Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, couple dans la vie et au travail, occupent une place à par t dans le septième art français, flir tant avec l\u2019essai social, la fiction humaniste et\u2026 les arts visuels.Un programme mutant, entre projection de films et exposition d\u2019installations, leur est consacré à Montréal.Deux ans avant Paris et le centre Pompidou.Les clandestins et les rejetés de la société sont au cœur de leur cinéma.Si leurs films sont enveloppés d\u2019une grande cape sociale, des fortes doses d\u2019onirisme, des fuites dans l\u2019imaginaire, les éloignent cependant des frères Dardenne.Eux-mêmes se réclament de dif férentes lignées, de Chaplin, Bresson, Lynch, comme de Godard ou Herzog.Quand la paire Klotz-Perceval milite, c\u2019est aussi pour une liber té créatrice sans bornes.« On se bat pour un cinéma qui reste innovant, qui tente de décrire le monde contemporain avec les moyens qui lui sont propres», dit le réalisateur, qui travaille de préférence avec une petite caméra.La proximité avec ses sujets permet d\u2019établir, souhaite-t-il, « un autre rapport au spectateur que s\u2019il ne faisait que consommer du cinéma».Actif depuis les années 1980 \u2014 lui à la réalisation, elle au scénario, quand ils ne font pas tout à quatre mains \u2014, le duo a s igné une c inquanta ine d\u2019œuvres, parmi lesquels une t r i l og ie « des temps mo - dernes » consacrée aux sans- logement (Paria, 2000), aux sans-papiers (La blessure, 2004) et aux riches (La question humaine, 2007).La Cinémathèque québécoise présentait une vingtaine de titres, affiche faste dont deux dernières soirées restent à venir (13 et 16 février).Mais leur cinéma ne se vit pas seulement assis sur un fauteuil, comme en témoignent deux expositions, l\u2019une aussi à la Cinémathèque, mais déjà démontée, l \u2019autre en place jusqu\u2019en avril à Dazibao.«Ça reste du cinéma, dit Nicolas Klotz au sujet des trois installations à multiples écrans réunies au centre d\u2019artistes du Mile-End.Depuis Paria, on travaille comme ça.On avait créé un site Internet où on mélangeait plein de choses.C\u2019était comme une installation Web [intitulée Asile de nuit], puis on a fait une suite [Asile de jour].» Pour Elisabeth Perceval, la forme installative permet offre « une jubilation dif férente ».« On est dans l\u2019éclatement de l\u2019image, du son, dit-elle.La narration est libérée.À Dazibao, on retrouve beaucoup de notre monde, nos passions, nos sensibilités.» Un peu de Montréal C\u2019est sur l\u2019invitation de Ma- rie-Claude Loiselle, ex-rédac- trice en chef de 24 Images, que Klotz et Perceval ont fait le voyage à Montréal.Un séjour productif puisqu\u2019il aura abouti à un troisième segment de Lucile, installation exposée à Dazibao.Cette épopée géographique et temporelle, littéraire et musicale, entre la chaleur de Rio et la neige devant le silo à grains du Vieux-Montréal, est une prémisse pour un futur long-métrage sur l\u2019histoire de l\u2019esclavage.Tout comme les images de Je sais courir, mais je ne sais pas m\u2019enfuir, une complexe installation à quatre écrans basée sur la répétition et le recommencement.« Nos films sont réjouissants et scandaleux.On ne fait pas de films de bonne conscience », clame l\u2019homme du couple.« On provoque non pas pour culpabiliser le spectateur, mais pour dégager un regard dif fé- rent sur les autres.On invite à laisser tomber les peurs », précise sa compagne.C\u2019est de ce côté de l\u2019Atlantique qu\u2019ils ont vécu l\u2019attentat à la mosquée de Québec, qu\u2019ils ont suivi les premiers gazouillis du président Trump.En ces temps de haine et de mots violents, leur provocation cinématographique est plus que nécessaire, estiment-ils.Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval tentent d\u2019ouvrir une brèche pleine d\u2019espoir.À l\u2019instar du film exutoire Vendredi 13, réalisé sur fond de rock au lendemain du drame au Bataclan, à l\u2019instar du projet dans la «Jungle», imprégné d\u2019amitié.Aussi complices soient-ils, Mama Jungle et Baba ne sont pas toujours sur la même longueur d\u2019onde.En entrevue, leur sincérité a fait éclater un sympathique dif férend : l\u2019un croit faire des films, l\u2019autre du cinéma.Pour lui, le cinéma est une industrie lourde, alors que « faire un film, c\u2019est être extrêmement libre, dans la manière d\u2019écrire, de tourner».Pour elle, c\u2019est le contraire.« Un film, c\u2019est un objet qui doit rapporter.Le cinéma, c\u2019est ce qu\u2019on a fait à Montréal.Une journée de répétition, une journée de tournage.On a créé un dispositif de narration, on l\u2019a monté, on l\u2019a présenté.C\u2019est très léger, c\u2019est notre cinéma», suggère-t-elle.Collaborateur Le Devoir NICOLAS KLOTZ ET ELISABETH PERCEVAL Dazibao, espace 109, jusqu\u2019au 1er avril, et en rétrospective à la Cinémathèque québécoise, jusqu\u2019au 16 février.ENTREVUE Klotz et Perceval, militants de cinéma Les oubliés et pourchassés sont au cœur de leur travail, qui croise film et exposition L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 9 DE VISU C U L T U R E L\u2019ART DE LA JOIE manifdart.org 18 février \u2013 14 mai 2017 Lieu central Musée national des beaux-arts du Québec Commissaire internationale Alexia Fabre Réalisée en collaboration avec Découvrez la 1re biennale hivernale d\u2019art contemporain avec 50 artistes de 9 pays, dans 30 lieux de la ville de Québec dont au pavillon Pierre Lassonde du MNBAQ.P R É S E N T É P A R ŒUVRES DE TELEMANN, DE LALANDE, REBEL ET RAMEAU Chef et soliste invité : Rodolfo Richter, violon (Brésil, Royaume-Uni) 16 février 2017 19:30 17 février 2017 20:00 18 février 2017 16:00 19 février 2017 14:00 SALLE BOURGIE DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS ARIONBAROQUE.COM \u2014 514 355-1825 MUSIQUES AU PARFUM FRANÇAIS www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Faites-vous la saison belle ! Soyez au rendez-vous le dimanche 26 mars à MONTRÉAL pour les primeurs de l\u2019été et de l\u2019automne.Le voyage de mai à NEW YORK est déjà COMPLET.Mais, pour les circuits thématiques d\u2019avril et de juin, à MONTRÉAL, MONT-SAINT-HILAIRE et INVERNESS, il reste des places, ne tardez pas ! KLOTZ-PERCEVAL Le gai savoir, Klotz-Perceval, 2016 On provoque non pas pour culpabiliser le spectateur, mais pour dégager un regard différent sur les autres.On invite à laisser tomber les peurs.Nicolas Klotz « » M A R I E - È V E C H A R R O N M algré son amorce faite dans le plus grand dépouillement, l\u2019exposition Traçant la ligne de janvier à décembre ébranle déjà.D\u2019abord par cette seule œuvre qui trônait dans la galerie quand Le Devoir est passé, un dessin de la défunte Annie Pootoogook.Puis, par l\u2019originalité de la proposition de Wood Land School (WLS), le collectif derrière cette exposition qui entend s\u2019installer à la galerie SBC durant toute l\u2019année.Le contenu de l\u2019exposition évoluera cer tes jusqu\u2019en décembre, mais ce n\u2019est qu\u2019une dimension du projet de WLS, dont les actions sont plus profondes.L\u2019occupation du groupe s\u2019étend à la structure même de la galerie, d\u2019ailleurs rebaptisée en son nom.La devanture physique de l\u2019espace de diffusion ne porte en effet plus les traces de sa désignation initiale, un terrain volontairement cédé aux visiteurs qui, tout au long de l\u2019expérience, vont négocier les modalités de leur insertion, qu\u2019elles soient matérielles, philosophiques ou intellectuelles.La démarche évoque une réparation symbolique à l\u2019endroit des peuples et des cultures autochtones dont les réalités ont été ignorées et classifiées par des systèmes dominants qui perdurent dans les institutions ou les discours actuels.Depuis 2011, le collectif à géométrie variable, qui a vu le jour sous l\u2019impulsion de l\u2019artiste Duane Linklater, opère donc ainsi.Nomade, il squatte des lieux existants en invoquant la forme significative du traité et de ses principes, « soit la responsabilité mutuelle, la réciprocité, la relation face à la dif férence et la gestion des ressources».Hommage Sans domicile fixe, WLS n\u2019a pas de lieu physique en propre, ce qui rappelle peut-être le nomadisme pratiqué traditionnellement par les autochtones, mais exprime surtout le refus de figer l\u2019identité autochtone ou d\u2019en avoir une conception homogène.De fois en fois, le cadre modifie les échanges et la nature des relations, provoque une redéfinition des termes par lesquels les autochtones, leurs pratiques et leurs histoires, sont intégrés à des str uc- tures.À en croire le personnel de la galerie, l\u2019inter ven- tion du collectif stimule une réflexion déjà amorcée sur ses modes de fonctionnement et sur sa capacité à dif fuser ou à traiter de réalités iniques sous\u2013représentées.Assez radicale, l\u2019occupation de WLS, formé cette fois, en plus Linklater, de Tanya Lukin Linklater, de cheyanne turions ainsi que de Walter Scott, se fait cependant en douceur, dans l\u2019apprivoisement.La progression de l\u2019exposition est présentée comme une série de gestes qui additionneront dans l\u2019espace les œuvres, appelées à dialoguer entre elles, nourrissant au fur et à mesure le propos.Le dispositif impose une durée longue e t un rythme lent à un ensemble se complexifiant, ce qui connote le type de relation espérée dans ce projet.Le geste inaugural a été ré- ser vé, en guise d\u2019hommage, au dessin d\u2019Annie Pootoo- gook, une nature morte témoignant de la modestie d\u2019un mode de vie où, selon les points de vue, il peut être à la fois question de mobilité, de survie, de réconfort ou d\u2019acculturation.Le choix de cette œuvre de l\u2019ar tiste inuit met l\u2019accent sur sa contribution pour avoir dans ses représentations du quotidien « dé-exo- tisé l\u2019Arctique », comme l\u2019écrivait l\u2019historienne de l\u2019art inuit Heather Iglolior te (Concor- dia) dans un article publié par Canadian Art après la mort de l\u2019artiste, survenue l\u2019automne dernier, à l\u2019âge de 46 ans.L\u2019ar ticle, distribué dans la galerie, rappelle comment les médias ont alors plutôt préféré retenir les dessins montrant les affres de l\u2019alcool, du suicide et de la violence domestique de celle qui, à la fin des années 2000, avait été propulsée comme une star dans la sphère internationale du milieu de l\u2019art contemporain, révélant en fait pour la première fois un art inuit loin du folklore.En par ticulier, son ar t a for tement par ticipé au renouveau du dessin en ar t actuel, ce que n\u2019a d\u2019ailleurs pas manqué d\u2019attester la revue montréalaise HB.Depuis une semaine, le dessin de Pootoogook a trouvé la compagnie du film d\u2019Alanis Obomsawin, Christmas at Moose Factory (ONF, 1971).Il évoque le temps des Fêtes vécu par les enfants d\u2019une communauté crie située au sud de la baie James à travers leurs dessins expressivement crayonnés, rendus vivants par leurs commentaires et des s o n s a m b i a n t s .L\u2019 œ u v r e émane de l \u2019 en fance , une époque que Pootoogook évoquait à rebours, encore récemment.Ainsi, les souvenirs de l\u2019une rejoignent le témoignage des autres venus du passé, deux façons différentes de parler du quotidien au Nord.Plus tard viendront la per- formance-lecture de poésie par Layli Long Soldier (18 février) et les œuvres de Napa- chie Pootoogook (mère d\u2019Annie) et de Brian Jungen.L\u2019annonce des autres inter ven- tions est à venir.Collaboratrice Le Devoir WOOD LAND SCHOOL KAHATÈNHSTON TSI NA\u2019TETIÁTERE NE IOTOHRKÓ : WA TÁNON IOTOHRHA.DRAWING A LINE FROM JANUARY TO DECEMBER.TRAÇANT LA LIGNE DE JANVIER À DÉCEMBRE.À la SBC Galerie d\u2019art contemporain, 372, rue Sainte-Cathe- rine Ouest, espace 507, jusqu\u2019en décembre 2017.D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 10 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ?Inuk ?en colère Louise en hiver ?Le ?Cyclotron Gulîstan, terre de roses Maudite poutine de JEAN-FRANÇOIS LAGUIONIE ven.-dim.14 h 30 · DERNIÈRE FIN DE SEMAINE?! de KARL LEMIEUX ven.-dim.21 h 15 · DERNIÈRE FIN DE SEMAINE?! d\u2019OLIVER ASSELIN tous les jours 19 h 30 de ZAYNE AKYOL ven.-dim.16 h lun.-jeu.21 h 15 d\u2019ALETHEA ARNAQUQ-BARIL tous les jours 17 h 45 P h o t o : © Q a j a a q E l l s w o r t h « DU CINÉMA MILITANT DE HAUTE VOLÉE » NOW MAGAZINE INUK EN COLÈRE Réalisé par ALETHEA ARNAQUQ-BARIL PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE CINÉMA DU PARC \u2013 CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE LA VITRINE EXPOSITION ACTES DE SOUVERAINETÉ II Galerie Leonard & Bina Ellen 1400, boul.De Maisonneuve Ouest (LB-165) Jusqu\u2019au 1er avril À gauche: Jeff Thomas, Richard Poafpybitty (Pink Panther), Comanche/Omaha, 1983 La colonisation est souvent comprise comme un phénomène de domination à sens unique.Or l\u2019exposition Actes de souveraineté II apporte une interprétation plus nuancée de la dynamique à l\u2019œuvre dans la rencontre entre les colonisateurs et les colonisés, en particulier chez les peuples autochtones d\u2019Amérique du Nord.Dans la mise en scène d\u2019eux-mêmes, lors de performances, les autochtones se savaient en train de construire une image pour satisfaire les regards coloniaux friands d\u2019exotisme, à la recherche de «l\u2019Indien».De là pouvait s\u2019affirmer une forme de résistance que les artistes d\u2019aujourd\u2019hui reprennent pour en affirmer tout le potentiel d\u2019émancipation.Le font découvrir avec efficacité les œuvres des huit artistes réunis par la commissaire Wanda Nanibush, conservatrice adjointe de l\u2019art canadien et indigène du Musée des beaux-arts de l\u2019Ontario.Ces productions ont en commun d\u2019avoir le corps réel de l\u2019artiste et son image impliqués dans des performances artistiques, une stratégie de prédilection pour réinterroger les actes de performance culturelle auparavant réalisés dans un contexte de colonisation.Vidéos et photographies revisitent ainsi des archives, des récits, des rites et des sites issus d\u2019un passé colonial.Ils se dévoilent ainsi sous un autre jour, leurs mécanismes d\u2019acculturation étant démasqués, décolonisés.Avec Rebecca Belmore, Lori Blondeau, Dayna Danger, Robert Houle, James Lluna, Shelley Niro, An- drain Stimson et Jeff Thomas, il s\u2019agit de se rappeler et d\u2019imaginer des possibilités autres.Marie-Ève Charron Le traité comme forme de relation Pendant un an, le collectif Wood Land School occupera la galerie SBC ALANIS OBOMSAWIN ONF Alanis Obomsawin, Christmas at Moose Factory (1971), extrait du film PAUL LITHERLAND Vue de l\u2019exposition à la galerie SBC, dont le contenu évoluera jusqu\u2019en décembre AVEC L\u2019AIMABLE CONCOURS DE L\u2019ARTISTE Lori Blondeau, Asiniy Iskwew (détail), 2016 INUK EN COLÈRE (V.F.DE ANGRY INUK) HHH 1/2 Documentaire d\u2019Alethea Arnaquq-Baril.Canada, 2016, 85 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E «Q uand j\u2019étais petite, je pensais que la misère dans laquelle on vivait était normale.» Troublante, cette confidence émane de la documentariste Alethea Arnaquq- Baril au cours de la narration de son documentaire Inuk en colère.Projet au long cours, projet nécessaire, son film amorcé en 2008 revient sur l \u2019en jeu contr oversé de la chasse aux phoques et donne la parole aux Inuits (ou Inuk), principaux intéressés et pourtant privés de voix au chapitre.Que l\u2019on approuve ou que l\u2019on réprouve la chasse au phoque, il y a énormément à apprendre de ce documentaire fouillé sur le plan factuel et passionnant sur le plan anthropologique, humain.Car c\u2019est à un véritable voyage que la cinéaste convie le spectateur qui, lancé à sa suite sur les vastes étendues de l\u2019Arctique, découvre les vestiges prégnants d\u2019un mode de vie démonisé.«Enfant, ce que j\u2019entendais à la télévision ne correspondait pas du tout à ce que je voyais autour de moi », évoque encore la cinéaste.Leur Grande Dépression Consciente du préjugé défavorable qui entoure la chasse aux phoques, la documentariste privilégie une approche vivante mais éducative afin de combattre, c\u2019est sa thèse, trois décennies de désinformation.Le film n\u2019est jamais aussi per tinent, et émouvant, que lorsque sont évoqués les contrecoups de l\u2019embargo européen de 1982.Du jour au lendemain, 75 % de la production n\u2019a plus trouvé preneur.Les prix ont dégringolé.Outre le choc financier, les Inuits ont dû composer avec un choc psychologique tout aussi violent, ce mode de vie qu\u2019ils estimaient pratiquer en harmonie avec la nature depuis des siècles renvoyant désormais d\u2019eux une image barbare.« Ç\u2019a été notre Grande Dépression à nous.Sans moyen de subsistance, plusieurs sont partis en ville », relate un vieux chasseur qui s\u2019est donné le mandat de transmettre les savoirs ancestraux aux plus jeunes.Déjà élevé depuis les reloca- lisations des années 1970, le taux de suicide a atteint des sommets, demeurant depuis parmi les plus élevés du monde.« Ce n\u2019était pas un problème auparavant», note Alethea Ar- naquq-Baril, qui rappelle du même souf fle que contrairement à l\u2019idée reçue, les Inuits ne font pas qu\u2019utiliser ou vendre la peau du phoque : ils en consomment la viande, qui est pour eux un aliment de base.D\u2019ailleurs, on voit la transformation du phoque de A à Z, de la chasse à la consommation en passant par le dépeçage et la confection de vêtements.Prendre la parole L\u2019aspect le plus intéressant abordé est le non-sens que représente le titre Inuk en colère.En effet, d\u2019expliquer l\u2019auteure, traditionnellement, les Inuits ont tou jours réso lu leurs conflits dans le calme, la perte de sang-froid étant un signe de faiblesse, voire de culpabilité.Sachant cela, Alethea Arna- quq-Baril explique que par rapport aux activistes «bien organisés » et « très bien financés », et connus pour leurs démonstrations flamboyantes (on en montre plusieurs exemples), les Inuits, pas les êtres les plus extraver tis, par tent avec un sacré désavantage.En cela, Inuk en colère est un documentaire important.De fait, il met en lumière plusieurs données longtemps occultées.À cet égard, s\u2019il n\u2019est jamais revanchard, le ton d\u2019Alethea Arnaquq-Baril laisse par fo is poindre quelques pointes de sarcasme ou d\u2019iron ie .L\u2019ensemble, ce la d i t , demeure très digne, en plus d\u2019être exper tement filmé et monté (le film a reçu le prix du public au Hotdoc et sera présenté sous peu à la Berlinale).Sans dévoiler la tournure que prennent les événements, on dira simplement qu\u2019il sera dorénavant plus dif ficile de compter les Inuits comme quantité négligeable dans un débat qui les concerne au premier chef.À défaut d\u2019être réellement «en colère», ils ont fini de se taire.Le Devoir C I N E M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 11 un film de Fernand Dansereau lerotismeetlevieilage.com L\u2019érotisme et le vieil âge « De la fusion des corps à la communion des âmes » « Un documentaire humain et touchant.» \u2013 Patrice Roy, Téléjournal Grand Montréal L\u2019Atelier de Distribution de Films présente P R É S E N T E M E N T À L \u2019A F F I C H E CINÉMAS BEAUBIEN ET QUARTIER LATIN les moments de folle hilarité.De fait, Toni Erdmann est aussi un drame ; les deux profils du masque du théâtre prenant la parole tour à tour, bon scénario aidant.Maren Ade (également scénariste et productrice) n\u2019était pas inconnue au bataillon.Elle a été primée à Sundance pour son film de fin d\u2019études, puis lauréate du Grand Prix du jury à la Berlinale 2009 pour s a t r a g é d i e a m o u r e u s e Everyone Else.Mais Toni Erd- mann, vendu partout, lui vaut, en plus du succès maison (plus de 800 000 entrées en Allemagne) la gloire internationale.Il a rempor té cinq Prix du cinéma européens pour le cr u 2016.Cer tains Montréalais l\u2019ont vu : à lui, la Louve d\u2019or au dernier Festival du nouveau cinéma.La cinéaste avoue avoir pris son temps pour mettre ce film au monde ; cinq ans et demi, dont deux années entières à écrire le scénario avant d\u2019en faire une œuvre plus burlesque que ses précédentes.Toni Erdmann est long : 162 minutes, et aurait pu se voir écour té.Maren Ade assure avoir essayé, « mais que ça avait l\u2019air encore plus long sans les scènes retranchées, avec une perte dans l\u2019esprit du film».Le film se déroule un peu en Allemagne et beaucoup à Bucarest, en Roumanie, pays pour lequel elle a éprouvé un coup de cœur et dont la forte économie émergente convenait au cadre de sa confrontation.« Et puis, j\u2019adore le cinéma roumain.Quant à l\u2019Allemagne, sa force économique lui fait croire qu\u2019elle est détentrice de la vérité.Deux visions du monde s\u2019af frontent.Ines trouve des naïvetés à son père, mais ses valeurs hédonistes, il les lui a inculquées aussi.Elle les conteste tout en les refoulant pour épouser l\u2019idée d\u2019une Europe sans âme.Je me suis appliquée à opposer des points de vue.» Des scènes d\u2019anthologie Le film repose essentiellement sur la chimie des deux acteurs.Peter Simonischek, un interprète autrichien dans la peau du père, défonce l\u2019écran.« Au théâtre, il avait incarné plusieurs rôles comiques et il est ouvert aux propositions les plus saugrenues, mais c\u2019était chouette pour lui d\u2019hériter du rôle amusant, de la par t sensible d\u2019humanité de Toni Erdmann.» Quant à Sandra Hüller, primée à la Berlinale en 2006 pour son rôle dans Requiem de H a n s - C h r i s t i a n S c h m i d , Maren Ade l\u2019appréciait déjà.« Sandra a ici le rôle ingrat et dif ficile du duo, et j\u2019aime beaucoup la façon dont elle incarne Ines sans jamais la faire tomber dans le cliché.Cette actrice, très drôle et très émotive, devait se maintenir dans la nuance.Son rôle est antipathique aussi.Les gens ne l\u2019aiment pas, même ses collègues la trouvent dure.Elle est brimée comme femme dans un milieu sexiste, avec une carapace.Mais faut-il vraiment aimer les personnages ?Pourquoi ne pas chercher plutôt juste à les connaître?» Un segment de Toni Erd- mann, une fête donnée par la jeune femme dans le plus simple appareil, semble buñue- lien.« C\u2019est presque un cour t métrage à par t dans le film, précise Maren Ade.On prenait un risque de tomber dans les clichés qu\u2019on voulait éviter.Ce qui rend finalement la scène si drôle et soutient sa tension, je crois, c\u2019est l\u2019opposition entre la nudité des personnages, qui n\u2019a rien de sexuelle, et les poils hirsutes du déguisement du père en kukeri, une figure en poils de bouc du folklore bulgare.» Le risque paie par fois.Des moments d\u2019anthologie émergent de ces séquences-là.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 ERDMANN Ça fera ! Le documentaire Inuk en colère remet les pendules à l\u2019heure quant à l\u2019enjeu de la chasse au phoque DRAME SENTIMENTAL SOUS SES LÈVRES (V.F.DE BELOW HER MOUTH) ?Film d\u2019April Mullen.Avec Erika Lin- der, Natalie Krill, Tommie-Amber Pi- rie, Andrea Stefancikova, Elise Bau- man.Canada, 2016, 92 minutes.Avec son scénario prévisible et rachitique ponctué de nombreuses scènes à caractère érotique, dont une interminable séance de masturbation dans la baignoire, Sous ses lèvres se révèle aussi étoffé que les films qui faisaient le bonheur des ados dans les années 1980 sur le réseau Quatre Saisons.Campé à Toronto, ce long métrage d\u2019April Mullen, à qui l\u2019on peut donner le mérite de ne s\u2019être entourée que de femmes derrière la caméra, raconte une banale histoire d\u2019adultère entre une « lipstick lesbian » (Natalie Krill) qui s\u2019ignore et sur le point d\u2019épouser l\u2019homme de sa vie et une « butch » affectionnant en tout temps le port du godemiché (Erika Linder).Pétrie de clichés, d\u2019une sensualité factice et d\u2019une mise en scène racoleuse, cette romance se rapproche davantage d\u2019un catalogue de lingerie érotique \u2014 les deux amantes ne portant que latex ou dentelle \u2014 que d\u2019une étude des mœurs lesbiennes.D\u2019ailleurs, Mullen y effleure tout juste les questions d\u2019orientation et d\u2019identité sexuelles.Dotées d\u2019une plastique plus qu\u2019enviable, les actrices débitent du mieux qu\u2019elles peuvent les rares lignes de scénario, tandis que la réalisatrice s\u2019évertue à les filmer sous une lumière flatteuse dans des pièces aux grandes fenêtres sans rideau.Manon Dumais ONF Militante active, avocate de formation et conceptrice de vêtements en peau de phoque, Aaju Peter a pris part au documentaire.ENTRACT FILMS Erika Linder et Natalie Krill jouent les deux amantes de Sous ses lèvres.KAY NIETFELD AGENCE FRANCE-PRESSE Également scénariste et productrice, Maren Ade a déjà été primée à Sundance et lauréate du Grand Prix du jury à la Berlinale. LE CYCLOTRON ?Québec, 2016, 96 minutes.Drame historique d\u2019Olivier Asse- lin.Avec Lucille Fluet, Mark Antony Krupa, Paul Ahmarani.O D I L E T R E M B L A Y Q ue le Québec puisse enfanter des films comme Le cyclotron d\u2019Olivier Asselin est en soi une preuve de bonne santé.Le cinéaste de La liberté d\u2019une statue et du Siège de l\u2019âme tourne peu et fait le pari que le spectateur pourra le suivre à travers les méandres de ses labyrinthes scénaristiques aux dimensions éclatées.Ce qui n\u2019est pas assuré pour tous.Le cyclotron, tourné en trois langues: anglais, français, allemand, paraîtra rébarbatif à ceux qui cherchent une émotion, ici absente, ou une trame linéaire de confort.Avec des clins d\u2019œil aux films noirs de Jean-Pierre Melville et à quelques chefs- d\u2019œuvre d\u2019Hitchcock, sur lumière magnifiée par un noir et blanc qui baigne la majorité de l\u2019action, ce Cyclotron est une œuvre cérébrale et complexe, à l\u2019adresse des initiés.Encore qu\u2019après tout, le public soit allé voir Inception de Christopher Nolan en épousant l\u2019originalité de ses propositions.On n\u2019est pas ici dans la même catégorie de production, loin de là : un budget de 1,8 million, des plateaux à Oka et Gatineau, des bouts de chandelles et quelques miracles pour ce Cyclotron.Jouant avec l\u2019uchronie (un passé historique réinventé), mêlant, au cours de la Seconde Guerre mondiale, espionnage, romance et physique quantique, avec un secret nucléaire à la clé, le film s\u2019admire pour la caméra de Mathieu Laverdière en des lieux la plupart du temps clos : un train en marche, un bunker.Ajoutez des ef fets spéciaux auxquels le noir et blanc confère un mystère et une poésie qui en font oublier des côtés artisanaux.Tout en distanciation brech- tienne, Le cyclotron se pique peu de vraisemblance dramatique.Lucille Fluet, muse et compagne d\u2019Olivier Asselin, également coscénariste, ici en agente du IIIe Reich, et Mark Antony Krupa en scientifique aux prises avec les affres de sa conscience, traqué par les SS, ne tiennent pas la note juste.Seul Paul Ahmarani, acteur routier, en of ficier allemand sans scrupule, prouve qu\u2019il est quand même possible (et souhaitable) de mettre un peu d\u2019âme dans son interprétation, même à l\u2019heure d\u2019aborder des réalités parallèles.Olivier Asselin s\u2019est amusé, en démonstration de thèse, à diviser l\u2019écran en deux.Il insère au besoin des documents d\u2019archives, saute parfois à la couleur, joue, côté message, sur les possibles, renvoyant dos à dos la liberté et le déterminisme.Tout cela sur un rythme qui s\u2019alanguit parfois, puis reprend de la vigueur.Les images du train dans sa fumée nocturne sont les plus saisissantes et les plus évocatrices de l\u2019époque de l\u2019action, sur musique et bruitages bien dosés.Ce huis clos mobile entre Paris et Berlin se révèle particulièrement propice aux considérations philosophiques et scientifiques abordées.Ovni comme toutes les œu- vres d\u2019Olivier Asselin, sans la magie de sa Liberté d\u2019une statue, inégalée, mais avec une grâce plus fine qu\u2019Un capitalisme sentimental neuf ans plus tôt, Le cyclotron s\u2019adresse à l\u2019intelligence du spectateur, à ses références, à son sens esthétique, à sa capacité de se propulser hors du champ du raisonnable dans un monde d\u2019hier aux enjeux pas si différents de ceux d\u2019aujourd\u2019hui.Il ne repose pas sur des prouesses d\u2019acteurs, mais sur sa réalisation et son montage kaléidoscopiques, sur ses propos brillants, hors des formules préfabriquées.De quoi faire fuir une partie de l\u2019audience, mais fasciner l\u2019autre.Collaboratrice Le Devoir CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 F É V R I E R 2 0 1 7 E 12 theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ UN OURS ET DEUX AMANTS de Kim Nguyen (Québec) Vostf.Le lundi 13 fév.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC DANE DEHAAN, TATIANA MASLANY, KAKKI PETER C U L T U R E « Une œuvre de résistance, complexe et intelligente.» Odile Tremblay, Le Devoir version originale française, allemande et anglaise avec sous-titres français À L\u2019AFFICHE! CONSULTEZ LES GUIDES- HORAIRES DES CINÉMAS Dans le kaléidoscope d\u2019Olivier Asselin Le cyclotron, une œuvre cérébrale et complexe, s\u2019adresse à l\u2019intelligence des initiés POLINA, DANSER SA VIE ?1/2 Drame d\u2019Angelin Preljocaj et Valérie Müller.Avec Anastasia Shevtsova, Juliette Binoche, Niels Schneider, Jérémie Bélingard.France, 2016, 108 minutes.A N D R É L A V O I E A u cinéma en général, et dans Black Swan en particulier, le monde du ballet classique a toujours été décrit comme un gigantesque nid de vipères doublé d\u2019un espace où les névroses valsent allègrement autour des danseurs et des chorégraphes.Cette vision n\u2019est pas totalement battue en brèche dans Po- lina, danser sa vie, une adaptation soignée d\u2019un roman graphique de Bastien Vivès décrivant les premiers pas (de vie et de danse) d\u2019une jeune fille vivant à l\u2019ombre des centrales nucléaires de l\u2019ère soviétique en Géorgie, et dont les parents rêvent de la voir triompher au Bolchoï.Le chorégraphe Ange- lin Preljocaj et la cinéaste Valérie Müller partagent ce rêve de dépassement dans ce premier film puisant aussi beaucoup dans leur propre existence, ainsi que dans le répertoire de Preljocaj, opposant un savant contraste entre ballet classique et danse contemporaine.Polina, d\u2019abord une enfant (Veronika Zhovnytska) aux capacités limitées par son milieu modeste, devient peu à peu une élève disciplinée (gracieuse et vibrante Anastasia Shevtsova), même au contact d\u2019un camarade de classe français (Niels Schneider) qu\u2019elle suit à Aix-en-Provence plutôt que de rester à Moscou.Une décision qui déplaira à ses parents, eux qui ont fait tous les sacrifices (et quelques magouilles que le scénario refuse d\u2019expliquer) pour atteindre ce rêve.Devant une autre réalité artistique, et avec une chorégraphe exigeante mais sans tyrannie (Juliette Bi- noche), Polina va apprendre qu\u2019il faut travailler dur pour persévérer dans ce tourbillon élégant, et beaucoup de courage pour sortir des carcans et des tutus.Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un véritable hommage à la danse et à l\u2019abnégation qu\u2019elle exige pour atteindre les plus hauts sommets, Polina, danser sa vie illustre un combat autant intérieur que physique, et dont la morale s\u2019applique à toutes les disciplines artistiques.Un interprète est-il un créateur ou le ser viteur d\u2019une œuvre qui sans cesse le dépasse ?La réponse à cette question se décline patiemment dans cette trajectoire de vie, celle d\u2019une «bosseuse » qui fait les choses avec une minutie de forcenée.La démonstration n\u2019est pas expurgée du cliché tout aussi tenace accolé au processus créatif : la part de souffrance supposément salutaire pour accomplir l\u2019impossible, comprenant bien sûr privations matérielles et cachets de misère.C\u2019est du côté d\u2019Anvers que cette exilée de la danse frappera ce mur, celui d\u2019un boulot de ser veuse dans un bar, et plus tard l\u2019illumination sous les traits de Jérôme Bé- lingard, danseur étoile au ballet de l\u2019Opéra de Paris, incarnant ici un animateur auprès de jeunes sans boussole.La plus perdue du groupe est bien sûr Polina\u2026 S a n s j a m a i s a t t e i n d r e l\u2019éblouissement, encore inégalé, signé Michael Powell et Emeric Pressburger dans The Red Shoes, ou l\u2019exceptionnel traitement esthétique de l\u2019œu- vre de Pina Bausch par Wim Wenders, le tandem réussit toutefois à célébrer avec grâce un art éminemment cinématographique : plein de mouvements et plein d\u2019écueils.Collaborateur Le Devoir Entrer dans la danse, et en sortir Polina, danser sa vie illustre un combat autant intérieur que physique AZ FILMS Niels Schneider et Anastasia Shevtsova FUNFILMS Le cyclotron mêle espionnage, romance et physique quantique."]
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