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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2017-02-18, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 C H R I S T I A N D E S M E U L E S I l est toujours fascinant de voir un écrivain nous dévoiler ses «sources».Fascinant mais aussi terriblement impudique.C\u2019est un peu ce que fait Daniel Grenier dans La solitude de l\u2019écrivain de fond, un court essai autobiographique où l\u2019auteur, né à Brossard en 1980, revient sur ses traces tout en payant ses dettes d\u2019admirateur.Car derrière une trajectoire qui pourrait sembler fulgurante \u2014 un recueil de nouvelles, un premier roman qui lui a valu le Prix littéraire des collégiens en 2016, quelques traductions \u2014, il y a en réalité toutes ces années d\u2019apprenti écrivain passées à « faire des gammes».Lire des pages par milliers, fantasmer une vie d\u2019écrivain à partir de quelques modèles qui se sont lentement imposés, écrire et réécrire.Et puis, un jour de 2011, dans une petite librairie de Burlington au Vermont, tomber par hasard sur deux des romans les plus connus d\u2019un certain Wright Morris (1910-1998) réunis sous le titre de The Loneliness of the Long Distance Writer.Quelques années plus tard, l\u2019auteur de Malgré tout on rit à Saint-Henri et de L\u2019année la plus longue (Le Quartanier, 2012 et 2015) emprunte ce titre pour rendre hommage au «romancier oublié le plus important du vingtième siècle ».C\u2019est dire le choc de la rencontre.Écrivain prolifique à peu près inconnu, originaire du Nebraska, Wright Morris a pourtant eu une longue carrière, publiant une trentaine de livres et ayant remporté deux fois le prestigieux National Book Award aux États-Unis.Pour Daniel Grenier, qui est aussi spécialiste de littérature américaine, Wright Morris, c\u2019est « l\u2019écrivain américain intrinsèque : sorte de mutant, qui serait le rejeton d\u2019un rat de bibliothèque ayant tout lu et d\u2019un rat des champs ayant bourlingué le long des chemins de fer.À la fois fier, arrogant comme Ernest Hemingway, et modeste, avenant comme Langston Hughes».« Ce n\u2019est pas la vie qui engendre les livres, mais bien les livres qui engendrent les livres.Une fois qu\u2019on a compris cela, on peut arrêter d\u2019y penser et commencer à écrire pour de bon», souligne Daniel Grenier, qui avait commencé à écrire bien longtemps avant de rencontrer l\u2019œuvre de RÉCIT L\u2019enchanteur enchanté Daniel Grenier paie ses dettes à Wright Morris, « romancier oublié le plus important du vingtième siècle » CHARLY TRIBALLEAU AGENCE FRANCE-PRESSE «Je ne peux pas concevoir la peur de l\u2019autre.Je ne vois que ce que ma grand-mère est devenue», dit Pascal Manoukian.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR L\u2019auteur Daniel Grenier exprime dans ces pages toute son admiration envers l\u2019écrivain américain Wright Morris, tout en nous offrant quelques clés de son propre parcours.De colère et d\u2019Apatride des corps avec Shumona Sinha Page F 5 Plein feux sur Little Miss Beaudet restée dans l\u2019ombre de l\u2019histoire Page F 6 RENCONTRE Dans l\u2019antre du terrorisme Entre Paris et Alep, Pascal Manoukian raconte ces destins trahis par la contagion du mal D A N I E L L E L A U R I N à Paris «L a stratégie de Daech consiste à monter les F r a n ç a i s contre les musulmans, à attiser l\u2019islamophobie.» C\u2019est le romancier français Pascal Ma- noukian, ex-reporter d\u2019image en zone de conflit et directeur de l\u2019agence de presse télévisuelle Capa jusqu\u2019en 2015, qui s\u2019exprime ainsi.Dans son premier roman, Les échoués, paru l\u2019an dernier, il s\u2019est penché sur le sort des migrants.Un sujet qui tient à cœur à ce petit-fils d\u2019une survivante du génocide arménien.« Je ne peux pas concevoir la peur de l\u2019autre.Je ne vois que ce que ma grand-mère est devenue », dit Pascal Ma- noukian, rencontré dans un café parisien.Il explique que sa grand-mère, sans doute, faisait peur quand elle a débarqué dans un camp de réfugiés à Marseille, après avoir été esclave puis placée dans un orphelinat en Syrie.À ses yeux, c\u2019est une question de perception : « Si les gens ne regardaient pas les migrants pour ce qu\u2019ils sont, mais qu\u2019ils tentaient plutôt d\u2019imaginer ce qu\u2019ils vont devenir : les professeurs de nos enfants, les gardes-malades de nos parents\u2026» Les échoués nous plongeait dans l\u2019enfer quotidien des migrants tentant d\u2019échapper à leur sort.« Je pense que j\u2019étais en dessous de la réalité malgré la violence du récit, lance Pascal Manoukian.Dans mon deuxième roman, pareil.» Avec Ce que tient ta main droite t\u2019appartient, il nous fait entrer dans l\u2019antre du terrorisme.«C\u2019est une histoire d\u2019au- jourd\u2019hui, constate l\u2019auteur de 61 ans.Pour les trentenaires, aujourd\u2019hui, s\u2019amener à la terrasse des cafés est dangereux.» Un trentenaire perd la femme qu\u2019il aimait lors d\u2019un attentat meurtrier, à la terrasse d\u2019un café.C\u2019est le point de dé- par t de cette histoire qui va nous conduire jusqu\u2019en Syrie, sur les traces de Daech.La mémoire d\u2019un drame On pense tout de suite aux attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan et sur les terrasses environnantes du quartier République à Paris.Père de deux trentenaires habitués de ce quartier, Pascale Manoukian raconte qu\u2019une jeune fille qui avait fréquenté la même école que son fils a perdu son amoureux ce jour-là.« Il y avait un anniversaire à la terrasse, elle n\u2019a pas voulu y aller parce qu\u2019elle devait se rendre voir sa mère\u2026 et son fiancé s\u2019est retrouvé parmi les victimes.» Dans Ce que tient ta main droite t\u2019appartient, c\u2019est Karim qui est occupé ailleurs tandis que sa femme, Charlotte, enceinte, fait la fête avec des copines sur une terrasse.Quand il décide d\u2019aller la rejoindre, l\u2019attentat a eu lieu : Charlotte est morte déchiquetée.Parmi les autres victimes se trouve un vendeur de fleurs ambulant.Un migrant, musulman, déjà présent dans Les échoués : il avait quitté le Bangladesh, espérant trouver en France une vie meilleure.« On parle beaucoup de la présence possible de terroristes chez les migrants, fait remarquer Pascal Manoukian.Sans doute, pourquoi pas\u2026 Mais on ne parle jamais de l\u2019inverse : des victimes parmi les clandestins.» Il est lui-même en contact avec plusieurs clandestins à Paris.«Certains étaient terrorisés en novembre 2015: ils ont quitté la guerre, l\u2019islamisme radical, ils ont fait tout ce chemin pour se retrouver en situation de guerre.» Il rapporte que l\u2019un d\u2019entre eux, qui habite le quartier République, lui a dit : « Je ne veux pas mourir ici, j\u2019ai fait 6000 kilomètres enfermé dans des conteneurs, j\u2019ai été frappé, violé parfois, et là, ils me retrouvent.» Une vision à 360 degrés.C\u2019est ce que privilégie l\u2019homme d\u2019images dans ses romans.Pour lui : «Le terrorisme s\u2019imagine de tous les côtés de la scène.Même si les gens qui le pratiquent sont monstrueux\u2026» L\u2019appropriation de l\u2019horreur Le kamikaze de Ce que tient ta main droite t\u2019appartient est un chrétien converti à l\u2019islam.Au départ, Pascale Manoukian s\u2019est posé cette question : que doivent penser les 99% de musulmans qui vivent leur islam en accord avec les lois de la République en France quand un conver ti, au nom de l\u2019islam, commet un attentat?« Imaginons, dit-il, que des musulmans se convertissent au catholicisme et qu\u2019ils fassent sauter un centre commercial parce que c\u2019est écrit dans la Bible que les riches ont moins de chances d\u2019entrer au paradis qu\u2019un chameau par le trou d\u2019une aiguille\u2026 On serait tous terrorisés.C\u2019est ça qui se passe pour les musulmans, alors qu\u2019une minorité d\u2019entre eux, y compris des conver tis, tout à coup se radicalisent et se réclament de Daech.» Après la mort de Charlotte, Karim, un musulman non pratiquant d\u2019origine algérienne, est effondré.Il cherche à comprendre comment on a pu interpréter si mal la religion de son père, comment les paroles de paix qu\u2019il lui a apprises ont pu se transformer en paroles de guerre.Il décide alors de se rendre en Syrie, pour se venger du recruteur du kamikaze qui a tué son amoureuse.Dans le groupe de Français qui l\u2019accompagnent : un jeune couple et son petit enfant, de même qu\u2019une adolescente qui s\u2019impatiente de commencer une nouvelle vie avec son futur mari.On va suivre leurs parcours, tandis qu\u2019ils vont se retrouver dans un enfer sans nom.Population af famée, bombardements, actes de barbarie répétés, villages entiers décimés sous l\u2019œil d\u2019une caméra, esclavage sexuel\u2026 Une façon pour le romancier de décourager ceux et celles qui voudraient partir en Syrie.« C\u2019est très facile de par tir, mais très compliqué de revenir, fait-il remarquer.Il y a tout un système qui fait en sor te de compromettre assez vite le type qui arrive en lui faisant violer des femmes, exécuter des prisonniers, de façon qu\u2019il ne puisse plus rentrer en disant : je suis parti et je regrette, je reviens.Il y a cette compromission et cette violence\u2026 Il suf fit d\u2019aller sur Internet.» L\u2019ubérisation du terrorisme S\u2019il s\u2019est nourri des images rapportées par les journalistes de Capa qu\u2019il avait envoyés en Syrie et s\u2019est inspiré des scènes de guerre qu\u2019il avait lui-même vécues au Moyen-Orient et ailleurs, Pascal Manoukian a aussi épluché Internet à fond, pendant six mois, sur les traces de Daech.Facebook et autres: outils de recrutement par excellence du groupe État islamique.Afin non seulement d\u2019emmener des jeunes en Syrie, mais aussi de semer la terreur partout.L\u2019auteur parle d\u2019une ubérisa- tion du terrorisme.«Daech favorise maintenant l\u2019auto-entre- preneuriat.On dit aux jeunes : c\u2019est plus la peine de venir en Syrie, il y a trop de risques, en plus le califat est menacé physiquement.Restez chez vous, retrouvez des copains d\u2019école, faites un petit groupe, et fran- chisez-vous ! » «On nous demande d\u2019expliquer le monde de plus en plus simplement alors qu\u2019il se complexifie» VOIR PAGE F 2 : MANOUKIAN VOIR PAGE F 2 : ENCHANTEUR L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 L I V R E S F 2 Tous les jeudis de 12 h à 15 h Du 2 février au 30 mars Hall de la Grande Bibliothèque 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 EMPRUNTEZ UNE VIE ! Venez « emprunter » une personne issue d\u2019une communauté culturelle le temps d\u2019un tête-à-tête.EN COLLABORATION AVEC PARTENAIRE MÉDIA H U G U E S C O R R I V E A U O n croirait suivre les pas d\u2019un Jack London poète quand on aborde Le sentier blanc d\u2019Olivier Bourque, tellement les saisons y prennent corps et âme, s\u2019imposent au moindre souffle.Rien de neuf sous ce soleil pâle des saisons envolées ; rien d\u2019autre que le style tranquille d\u2019un auteur amoureux de ses réminiscences, extraordinairement respectueux de ce qui sur vit en lui.Son approche calme des choses humaines passe par la nature la plus simple, rattrape les sensations qu\u2019elle a laissées sur sa peau et dans son cœur.Cela est un peu beaucoup désuet, mais tout de même vibrant dans sa vérité ! Ainsi, presque avec piété, lance-t-il ses poèmes, comme sa grand-mère fermait ses yeux, «bien avant que les nids, pour des poignées de vent, ne se découvrent entre les vols » , quand les notes du piano ou du violoncelle accompagnent chaque texte ainsi qu\u2019une âme sonore aidant à la réapparition des souvenirs.Car il y a cet écho musical, toujours sous- jacent dans chaque image ressurgie soit de la maison ancienne, soit des paysages s\u2019ef fritant parfois sous une glace féroce, qui por te ces poèmes bien au-delà de l\u2019anecdotique.On peut en cer ner l \u2019 intense proximité lorsqu\u2019 i l avoue ceci : « En novembre, une feuille d\u2019un jaune éclatant tenait encore dans un arbre ; le mouvement de celle-ci beau comme un accompagnement musical.Je ne changerais rien de tout cela, le cœur du pianiste et de la violoncelliste m\u2019ont accueilli.» Fleur bleue, évidemment, toute cette fragile insistance sentimentale qui liquéfie la révolte devant la mort du paysage, « la mort, les oiseaux tombés durant les grandes migrations, la force que les blessés, que les faibles ont perdue ».Il est cer tain qu\u2019Olivier Bourque essaie de mener ailleurs une entreprise déjà assez éculée d\u2019accompagner son écriture de musique d\u2019ambiance.Il cherche en fait à traduire la fluidité des compositions musicales auxquelles il se réfère.Mais rares sont les moments où l\u2019adéquation joue vraiment.Je retiens ainsi ce court passage : « Le soleil descend comme un crabe s\u2019ensable.Les mains du pianiste et de la violoncelliste traversent la pauvreté glaciale.» Il eût fallu sans doute chercher dans ce sens-là, c\u2019eût été moins suranné.Collaborateur Le Devoir LE SENTIER BLANC ?Olivier Bourque Triptyque, coll.«Poésie» Montréal, 2017, 64 pages POÉSIE Musique d\u2019hiver un peu surannée Le sentier blanc d\u2019Olivier Bourque nous conduit sous le soleil pâle des saisons envolées Ce qui fait qu\u2019au final, constate- t-il, ça englobe les vrais terroristes et les faux\u2026 C\u2019est-à-dire : «Tous ces gens dépressifs qui à la fin veulent donner un dernier sens à leur suicide, avant leur quart d\u2019heure de gloire.On peut comprendre que ça tremble aux terrasses des cafés\u2026» Pendant ce temps, déplore l\u2019ex-journaliste, les médias traditionnels, délaissés par les jeunes, ne font plus leur travail : «On nous demande d\u2019expliquer le monde de plus en plus simplement alors qu\u2019il se complexifie.On préfère les enquêtes sur l\u2019huile d\u2019argan plutôt que sur les sujets importants.» Une guerre de valeurs, c\u2019est ce devant quoi nous met Daech.«Ils sont en guerre contre tout ce qu\u2019on représente.Et ils cherchent à provoquer un clash.» Alors, comment lutter contre les valeurs de Daech sans renoncer aux nôtres ?« C\u2019est bien notre défi, parce que c\u2019est tout ce qu\u2019ils cherchent.Nous, en France, on a liberté, égalité, fraternité.Et avec ça, il faut résister.» Il confie que sa fille lui a annoncé, alors qu\u2019il terminait son roman, qu\u2019elle avait retrouvé un ancien ami à elle, avec qui elle vivait, un Franco-Syrien.«Il n\u2019est pas pratiquant, elle n\u2019est pas pratiquante, et ils vont à la terrasse des cafés», s\u2019enthousiasme Pascal Manoukian.Collaborateur Le Devoir CE QUE TIENT TA MAIN DROITE T\u2019APPARTIENT Pascal Manoukian Don Quichotte Paris, 2017, 288 pages SUITE DE LA PAGE F 1 MANOUKIAN Morris, mais sous d\u2019autres influences.Car c\u2019est bel et bien « la lecture qui fait de nous des écrivains, depuis longtemps, et non nos voyages inoubliables ou nos rencontres improbables».En pèlerinage rue de Vaugi- rard à Paris sur les traces de Morris ou dans son costume de collectionneur de ses livres (qui ont supplanté dans sa bibliothèque ceux de Nabokov, son «grand amour de jeunesse»), Daniel Grenier exprime dans ces courtes pages toute son admiration envers l\u2019écrivain américain, tout en nous offrant quelques clés de son propre parcours.Le grand écrivain, croit-il, est d\u2019abord un enchanteur, un formidable manipulateur : «Dans chaque romancier, il existe un conteur qui parle devant un groupe d\u2019enfants captivés, incapables de détourner les yeux de sa bouche, comme si les secrets du monde s\u2019y dissimulaient et n\u2019en sortaient qu\u2019une fois par lustre.» Antithèse du grand écrivain comme plusieurs se l\u2019imaginent, Morris a suivi sa propre étoile, beau temps mauvais temps.Et dans ces «Notes sur Wright Morris et l\u2019art de la fiction», Grenier s\u2019interroge sur le dur désir de durer.«En définitive, écrit Grenier, l\u2019entièreté de la contribution littéraire de Morris se lit comme une leçon en mode mineur sur le rêve de la reconnaissance comme combustible et la désillusion comme ignifuge.» Sous l\u2019exercice d\u2019admiration, Daniel Grenier signe aussi une profession de foi dont nous, les lecteurs, pouvons nous réjouir : il entend être là pour longtemps, quoi qu\u2019il arrive.Un enthousiasme peut-être un peu précipité, mais vite pardonné tant on y trouve de passion littéraire brûlante et contagieuse.Et gageons que bientôt il ne pourra plus jamais dire : « Je ne connais personne qui connaît Wright Morris.» Collaborateur Le Devoir LA SOLITUDE DE L\u2019ÉCRIVAIN DE FOND NOTES SUR WRIGHT MORRIS ET L\u2019ART DE LA FICTION ?1/2 Daniel Grenier Le Quartanier Montréal, 2017, 96 pages SUITE DE LA PAGE F 1 ENCHANTEUR JACQUES NADEAU LE DEVOIR «En novembre, une feuille d\u2019un jaune éclatant tenait encore dans un arbre ; le mouvement de celle- ci beau comme un accompagnement musical », écrit Olivier Bourque.ESSAI LE ZEN DANS L\u2019ART DE L\u2019ÉCRITURE ?1/2 Ray Bradbury Traduit de l\u2019anglais par Bertrand Augier Antigone 14 Éditions Paris, 2016, 206 pages C\u2019est Ray Bradbury lui-même, esprit génial derrière Chroniques martiennes et Fahrenheit 451, qui le dit : «Chaque matin je saute hors du lit et je marche sur une mine.La mine, c\u2019est moi.Après l\u2019explosion, je passe le reste de la journée à rassembler les morceaux.» Mystère de son originalité ?Essence de son inspiration?Voilà sans doute une des composantes de son génie révélées dans l\u2019anecdote, une parmi toutes celles qui composent cet essai sur l\u2019art de l\u2019écriture portée par cette plume singulière qui fait partie du patrimoine mondial.En 12 essais, pour fanatiques de l\u2019œuvre et aficionados des coulisses de la création, l\u2019écrivain y parle du concept de la muse, de ses lectures, de son programme de travail cohabitant avec des périodes de relaxation et d\u2019autres « sans réflexion» et de son «roman à 10 sous», Soldat de feu devenu Fahrenheit 451, posé sur papier dans le garage de sa résidence familiale à Venice, Californie.Inédite en français, cette réflexion à voix haute, sans retenue dans le détail, d\u2019une figure marquante du XXe siècle littéraire, répond aussi à cette question fondamentale que l\u2019homme aujourd\u2019hui âgé de 91 ans pose : «Comment suis-je passé de Waukegan, Illinois, à la Planète rouge, Mars?» Fabien Deglise POÉSIE FURIES ?1/2 Chloé LaDuchesse Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2017, 78 pages Il ne fait aucun doute que la parole féministe revendicatrice est d\u2019une importance capitale, il ne fait aucun doute que l\u2019entreprise de Chloé LaDuchesse impose le respect.Mais subsiste souvent une ambiguïté dans son propos : « J\u2019écris femme : nous sommes des monstres.Je dois dire cette fureur, cet amour abject.» Il s\u2019en dégage alors un certain défaitisme larvé qui étonne, tant la revendication devrait ouvrir sur un avenir probable : « leurs espoirs ne poussent plus / de ce côté-ci du mythe // je suis appelée à disparaître ».Passant ainsi d\u2019« une autre forme de distance / [à] un autre requiem », la poète, tantôt démunie, tantôt rageuse, confronte sa condition avec une lucidité franche.Comme elle avoue avoir « autant de gorges / que de paroles », elle nous tend ces Furies comme un cri, ne cachant pas ce qu\u2019elle doit à la parole des aînées, donnant ainsi à lire un livre qui, faute d\u2019apporter une vision vraiment neuve de la condition des femmes, n\u2019en reste pas moins nécessaire tant le féminisme affirmé doit encore aujourd\u2019hui trouver une voix.Hugues Corriveau En sortant, je me suis dit que je n\u2019étais pas seul.On était plusieurs.On était peut-être une confrérie, une armée secrète d\u2019amoureux de Morris.Malgré les cartes de bibliothèques vierges.[.] Malgré les notices biographiques d\u2019à peine trois lignes dans les anthologies.On était plusieurs.Cette femme et moi, il s\u2019en était fallu de peu pour qu\u2019on échange une poignée de main maçonnique.Extrait de La solitude de l\u2019écrivain de fond « » AGENCE FRANCE-PRESSE Des soldats combattant le groupe armé État islamique en Syrie.Pascal Manoukian raconte l\u2019histoire de Karim, qui se rend en Syrie afin de se venger du recruteur du kamikaze qui a tué son amoureuse. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 LITTERATURE F 3 Y A N N I C K M A R C O U X Comprendre le monde par- delà ses frontières, voilà le projet que s\u2019est donné Blaise Ndala.Après un premier roman dans lequel il abordait les dessous du «combat du siècle» entre Foreman et Ali dans son Congo natal, celui qui habite désormais Ottawa signe au- jourd\u2019hui Sans capote ni kalach- nikov, où les violences d\u2019un pays fictif, la République de Coca- gnie, troublent l\u2019ennui plat de nos téléviseurs.Le roman, construit en deux trames, repose d\u2019abord sur l\u2019histoire de deux enfants-sol- dats.Fourmi rouge et Petit Che, deux cousins, cherchent à venger la mort injuste de leur père respectif en s'enrôlant dans une milice censée rétablir l\u2019ordre au pays.Une mutinerie renverse le général et le remplace par Rastadamus, archétype du dictateur sanguinaire qui a introduit un régime de terreur et laissé sur son passage nombre de victimes, parmi lesquelles plusieurs femmes violées : «Il aura fallu, à coup sûr, que mijote sur le feu de la sottise humaine le chaos dans sa plénitude, avant que cette contrée n\u2019entre par ef fraction au cœur de votre quotidien, comme avant elle Hiroshima, Sarajevo et tout le bazar.» L\u2019outrage de cette situation amène la réalisatrice québécoise Véronique Quesnel au pays.Son idole, c\u2019est Lucille Teasdale.Tout comme elle, elle rêve de montrer l\u2019injustice et de changer le monde.Investiguant d\u2019abord sur la cruauté des compagnies minières qui ne carburent qu\u2019aux profits, ses recherches la mènent sur la piste de Sona, jeune fille de 14 ans et esclave sexuelle de Rastada- mus, qui va devenir la tragique vedette du documentaire valant à la réalisatrice une consécration aux Oscar.En ef fectuant quelques retours dans le passé, les deux trames génèrent un habile suspense où les destins improbables des cousins et de la réalisatrice vont se rencontrer.Se révèle alors l\u2019instrumentalisation de l\u2019horreur et le sacre des projecteurs : «On croyait l\u2019homme un loup pour l\u2019homme.N\u2019était-ce pas vendre au rabais la peau de la bête avant de la connaître?» Une approche méthodique L\u2019horreur du sujet force peut-être l\u2019auteur à adopter une cer taine pudeur, ce qui empêche le lecteur de vraiment la ressentir.Il est possible que ce soit à dessein, puisque l\u2019enjeu n\u2019est pas tant de nous sensibiliser aux crimes horribles que d\u2019interpeller tous les témoins distants de ce drame.Le public lointain et passif devant sa télévision en fait partie.Sans jamais le condamner, le roman montre l\u2019appareil qui transforme la violence en spectacle, en usant d\u2019une rhétorique agile pour ausculter les rapports de pouvoir qui tissent nos sociétés.Blaise Ndala écrit d\u2019une plume libre qui parfois gagnerait à plus de concision.De même, ses personnages auraient pu profiter d\u2019une langue distincte de la narration, mais la prose du romancier reste subtile et amuse, se jouant de la langue avec un plaisir contagieux.L\u2019enfer est pavé de bonnes intentions et Blaise Ndala prend un malin plaisir à le démontrer par ses pas de côtés sur les chemins qu\u2019emprunte notre société pour venir en aide aux populations en souffrance loin de chez nous.Il fait grincer le mécanisme pourtant bien huilé du monde du spectacle, en se demandant à qui, des opprimés ou des entreprises charitables, elles profitent le plus.Brillant et incisif, Sans capote ni kalachni- kov nous of fre, contre les réponses de la guerre, les questions de la paix: «Ceux qui leur voulaient du bien pouvaient-ils ignorer tout le mal que leur générosité engendrait?» Collaborateur Le Devoir SANS CAPOTE NI KALACHNIKOV ?1/2 Blaise Ndala Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2017, 276 pages FICTION QUÉBÉCOISE Dans l\u2019instrumentalisation de l\u2019horreur Blaise Ndala porte un regard lucide sur cette générosité qui parfois induit le mal C H R I S T I A N D E S M E U L E S M irabel était un beau rêve.Inauguré en 1975 juste à temps pour les Jeux olympiques, à quarante kilomètres de Montréal, l\u2019aéroport était une promesse de lendemains qui chantent.Mais longtemps avant sa fermeture puis son démantèlement, trente ans plus tard, il avait rejoint la catégorie peu enviable des « éléphants blancs » \u2014 des réalisations publiques qui allient audace, manque de sens pratique et gouffre financier.C\u2019est cette démesure à l\u2019arrière-goût un peu amer qu\u2019explore, sur un fond intime, Marie- Pascale Huglo dans Montréal- Mirabel.À sa manière posée, l\u2019auteure de La respiration du monde (Leméac, 2010) prend la mesure des faillites collectives, petites ou grandes.« Les architectes de Mirabel, écrit-elle, ont soigneusement pensé au mariage du ciel et de la matière, de l\u2019ouverture et de la compartimentation.Comme dans les cathédrales et les demeures somptuaires, ils ont taillé à même l\u2019espace.L\u2019Amérique, c\u2019est l\u2019industrie des grands espaces.À Mirabel, par beau temps, l\u2019Amérique rêvée était au rendez-vous.Elle vous tombait dessus en flots lumineux à travers les panneaux de verre, vous barbotiez là-dedans sans avoir eu le temps de dire ouf.» Le couple, l\u2019idée du couple, prend parfois lui aussi la forme d\u2019une chimère.Marie-Pascale Huglo, née en France en 1961, a choisi une écriture fragmentaire pour revisiter ici son propre parcours de femme et de migrante à la lumière de la disparition de l\u2019aéroport et du couple qu\u2019elle a longtemps formé avec le père de ses enfants.À ses yeux, Mirabel « s\u2019est métamorphosé en tombeau d\u2019une histoire interrompue».« Pendant plus de vingt ans j\u2019ai fréquenté l\u2019aéroport international par où j\u2019ai immigré, par où nous avons transité, l\u2019été, pour retrouver la famille outre-Atlantique, migrations saisonnières avec les enfants jusqu\u2019à ce qu\u2019ils accomplissent sans nous le trajet.» Des rêves brisés Trente ans après y avoir franchi pour la première fois la porte des arrivées, l\u2019aéroport semble être devenu une sorte de monument érigé aux rêves brisés.Il y a eu une époque où l\u2019on a cr u au progrès, tout comme il y a un temps dans la vie de chacun où l\u2019amour occupe la première place.« Pour moi, Mirabel a été le lieu des migrations.Sur le tard, j\u2019en ai fait le théâtre de ma vie rompue.» Il s\u2019est plus tard chargé, ajoute-t-elle, du poids du gâchis et de l\u2019abandon.Car une fois la famille éclatée, il n\u2019existe plus d\u2019espace commun : « Je garde une inguérissable nostalgie de cette tablée quotidienne devenue impossible.» Alors qu\u2019il ne lui semble plus possible de « rentrer à la maison », c\u2019est un peu comme si le divorce devenait une autre forme d\u2019exil.Méditation sur l \u2019 idée de frontière, sur l\u2019exil, lamento lancinant sur la dif ficile pérennité du couple, récit pudique d\u2019une r upture amoureuse, Montréal-Mirabel nous rappelle combien l \u2019amour peut être parfois lui aussi une sorte de rêve coûteux.Collaborateur Le Devoir MONTRÉAL-MIRABEL ?1/2 Marie-Pascale Huglo Leméac Montréal, 2017, 160 pages FICTION QUÉBÉCOISE Une mémoire d\u2019éléphants blancs Marie-Pascale Huglo mêle le récit pudique d\u2019une rupture amoureuse à la fermeture de l\u2019aéroport Montréal-Mirabel P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La mort d\u2019une princesse India Desjardins/Homme \u2013/1 Plus folles que ça, tu meurs Denise Bombardier/Édito \u2013/1 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 1/20 Rue des Remparts Micheline Lachance/Québec Amérique 2/2 L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 3/15 Je est une autre Suzanne Aubry/Libre Expression \u2013/1 L\u2019année sans été \u2022 Tome 1 Les fiançailles au.Julie Lemieux/Hurtubise 5/3 Le club des joyeuses divorcées Evelyne Gauthier/Guy Saint-Jean 4/4 La famille du lac \u2022 Tome 1 Fabi Gilles Côtes/Guy Saint-Jean \u2013/1 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier \u2013/1 Romans étrangers Le saut de l\u2019ange Lisa Gardner/Albin Michel 1/5 L\u2019amie prodigieuse \u2022 Tome 3 Celle qui fuit et.Elena Ferrante/Gallimard \u2013/1 Le cas Malaussène \u2022 Tome 1 Ils m\u2019ont menti Daniel Pennac/Gallimard 2/4 Jeux de miroirs Eugen-Ovidiu Chirovici/Les escales 5/3 Haute tension Richard Castle/City 3/2 La chimiste Stephenie Meyer/Lattès 6/2 Les chroniques de Nicci \u2022 Tome 1 La maîtresse.Terry Goodkind/Bragelonne \u2013/1 Le Women\u2019s murder club \u2022 Tome 14 14e péché.James Patterson|Maxine Paetro/Lattès 4/5 Tu verras, les âmes se retrouvent toujours.Sabrina Philippe/Édito 10/2 Landon \u2022 Tome 2 Le choix Anna Todd/Homme 7/3 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/17 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 2/5 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 4/15 Le nouveau régime.Essais sur les enjeux.Mathieu Bock-Côté/Boréal 3/4 Dans l\u2019œil du pigeon Luc-Alain Giraldeau/Boréal \u2013/1 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 5/20 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 8/17 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 7/12 L\u2019œil du hibou André Major/Boréal \u2013/1 Le témoin Lino Zambito/Homme 6/14 Essais étrangers Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2.Michel Onfray/Flammarion \u2013/1 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/52 Après le capitalisme.Essai d\u2019écologie politique Pierre Madelin/Écosociété 1/4 Une colère noire.Lettre à mon fils Ta-Nehisi Coates/J\u2019ai lu \u2013/1 La pensée féministe noire Patricia Hill Collins/Remue-ménage 5/2 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 2/14 Vivement après-demain! Jacques Attali/Fayard \u2013/1 L\u2019aube des signes.Préhistoire et naissance de.Alain Médam/Liber \u2013/1 Petit cours d\u2019autodéfense en économie.L\u2019abc.Jim Stanford/Lux \u2013/1 Sous le drapeau noir.Enquête sur Daesh Joby Warrick/Cherche Midi \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 6 au 12 février 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Marie-Pascale Huglo FICTION QUÉBÉCOISE SOUS COUVERTURE ?Claude Brisebois Éditions Druide Montréal, 2017, 512 pages Ceux qui cherchent un livre amusant pour se distraire d\u2019une actualité peu réjouissante aimeront peut-être ce deuxième roman de Claude Brisebois, Sous couverture.On y suit l\u2019histoire un peu rocambolesque d\u2019un antiquaire et de son assistante, qui découvrent dans un vieux secrétaire les lettres patentes d\u2019une maison d\u2019édition interdite et fermée en 1949 sous le gouvernement Du- plessis.Intrigués, les voilà qui partent à la recherche des 13livres publiés par cette maison, dont le contenu audacieux (positions anticléricales, sexualité) leur avait valu l\u2019opprobre des autorités.Des personnages mystérieux viennent toutefois leur mettre des bâtons dans les roues.Le ton est léger, il y a une histoire d\u2019amour, et même deux, pour agrémenter le tout.On se dit que c\u2019est bien mince, que l\u2019auteure aurait dû faire ressortir davantage la dimension historique de son sujet, ici accessoire.Puis on se laisse prendre au jeu.Le plaisir d\u2019écrire de l\u2019auteure est évident et communicatif.Les personnages sont bien définis, les lieux \u2014 Montréal, les Basses-Laurentides, Paris, Vence \u2014, aussi.Un roman pétillant et sans prétention.Caroline Jarry JEUNESSE L\u2019ABRI ?Céline Claire Comme des géants Montréal, 2017, 44 pages La tempête arrive, une vraie, de celles qui invitent les habitants à rester au chaud dans leur repère confortable.Mais qu\u2019arrive-t-il à ceux qui n\u2019ont nulle part où aller?«Le vent est froid\u2026 En échange d\u2019un peu de thé, pouvons-nous réchauffer nos mains à la flamme de votre feu?» Grand Frère et Petit Frère cognent ainsi à la porte des maisons, mais on les repousse.Ce sont des étrangers, des différents, qui veulent sans doute prendre notre maison, nos provisions, nos vêtements.Sujet chaud s\u2019il en est un que celui de cet autre qui fuit pour mieux vivre, puis de l\u2019accueil qu\u2019on lui réserve.En ces temps de misère humaine, d\u2019intolérance, d\u2019incompréhension, L\u2019abri frappe là où il faut, avec classe et beaucoup d\u2019espérance.Les dialogues brefs témoignent de la froideur des habitants et alternent avec une narration tout aussi courte qui laisse place à l\u2019essentiel.La peur de l\u2019autre est palpable tout comme la résilience et la force des exclus.Les peintures chaleureuses de Qin Leng installent une aura enveloppante autour de cette petite bande d\u2019habitants qui a grand besoin de douceur.Marie Fradette NOUVELLES ET SI ON AVAIT UN AUTRE CHIEN?1/2 Jean-Paul Beaumier Druide Montréal, 2017, 160 pages Il y a une profonde quiétude dans les nouvelles de Jean-Paul Beaumier, quelque chose comme le calme paisible d\u2019une journée ordinaire passée sous un soleil moyen à contempler la simplicité du moment et surtout à s\u2019en satisfaire.Ces 19 histoires courtes, partant toutes d\u2019une référence littéraire (John Milton, Milan Kundera, Patrick Modiano et même Le Petit Robert), entrent parfaitement dans cette tonalité en se laissant traverser par la banalité des petites questions existentielles et par l\u2019angoisse des petits riens qui parfois dérangent : une journée trop chaude, le souvenir d\u2019une relation passée, la biologie de la laine, la peur de la nuit, un texte à écrire qui vous échappe et cette idée transversale qu\u2019un chien, pris dans la métaphore de l\u2019objet transitionnel, pourrait venir apaiser nos craintes et calmer nos incertitudes.Fin observateur du sens commun et de la langueur de certains environnements, Jean-Paul Beaumier, qui signe ici son cinquième recueil de nouvelles, donne par moments l\u2019impression de saisir aussi une certaine fadeur qui n\u2019est sans doute rien d\u2019autre que profondément humaine.Fabien Deglise PEDRO RUIZ LE DEVOIR Blaise Ndala écrit d\u2019une plume libre qui parfois gagnerait à plus de concision.ALBUM JEUNESSE PETITE HISTOIRE POUR EFFRAYER LES OGRES ?Pierrette Dubé 400 coups Montréal, 2017, 32 pages «Un ogre et une ogresse vivaient heureux et mangeaient beaucoup d\u2019enfants.C\u2019était un couple qui se complétait merveilleusement.L\u2019ogre chassait les enfants et sa femme [\u2026] lui apprêtait de mille et une manières.» C\u2019est ainsi que débute ce conte aux allures anciennes, ceux dans lesquels les archétypes ne sont pas dénaturés.Mais bien vite, la vie de ses croqueurs de chairs est complètement chamboulée par l\u2019achat d\u2019un sac à main en peau de crocodile.Un sac qui grandit, regarde, se déplace et\u2026 a faim.Si la fantaisie et l\u2019humour présents dans le texte de Dubé permettent de divertir le lecteur, les illustrations signées Guillaume Perreault jouent pour beaucoup dans l\u2019attrait qu\u2019il peut susciter.Ses personnages au corps disproportionné crèvent l\u2019écran grâce à l\u2019ajout de détails en apparence tout simples, mais qui contribuent à définir leur personnalité.Le graphisme de l\u2019album, alternant entre cases rappelant la bande dessinée, pages pleines et encadrés, ajoute par ailleurs au dynamisme de l\u2019ensemble.Un album divertissant, et assurément bien construit, mais dont la finale incongrue nous laisse un peu sur notre faim.Marie Fradette L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 L I T T É R A T U R E F 4 C A R O L I N E J A R R Y Q ui donc est digne d\u2019être aimé ?Abdellah Taïa, écrivain marocain vivant à Paris, livre avec Celui qui est digne d\u2019être aimé un roman coup-de-poing sur la lourde identité à porter de l\u2019Arabe, homosexuel, en France, triplement marqué par le regard de l\u2019autre.Véritable règlement de comptes avec l\u2019ex-puis- sance coloniale, appel à un Maroc qu\u2019il aimerait voir libéré de ses préjugés, l\u2019auteur renouvelle le discours contre le néocolonialisme en s\u2019y investissant corps et âme, littéralement, et bouleverse le lecteur du même coup.Le livre est constitué de quatre lettres, de la plus récente à la plus ancienne.La première est écrite en 2015 par le narrateur, Ahmed, qui s\u2019adresse à sa mère morte au Maroc cinq ans plus tôt.Le fils de 40 ans y dit sa douleur de ne pas avoir été jugé « digne d\u2019être aimé » : « Je suis homosexuel.Tu m\u2019as mis au monde homosexuel et tu as renoncé à moi.[\u2026 ] Chaque matin je me renie.J\u2019ouvre les yeux, je me rappelle que je suis homosexuel.» Cette lettre est largement autobiographique, Ab- dellah Taïa ayant déjà écrit en 2009 une lettre ouver te à sa famille dans un hebdomadaire marocain, où il revendiquait son homosexualité et appelait sa famille à l\u2019accepter.La lettre dépasse donc ici la seule dimension littéraire pour s\u2019adresser directement à son pays d\u2019origine.Sautons à la troisième lettre, la plus forte du l ivre.Écrite en 2005, c \u2019est une lettre d\u2019adieu d\u2019Ahmed à son amant français Emmanuel, qu\u2019il avait rencontré au Maroc à 17 ans et qui l\u2019avait fait venir à Paris.Ahmed y reproche à Emmanuel de l\u2019avoir dépossédé de sa culture et transformé en « petit pédé parisien bien comme il faut ».Il se reconnaît coupable d\u2019avoir par ticipé à son acculturation, « colonisé » qu\u2019il était, et d\u2019avoir même délibérément cherché, à 17 ans, à profiter de cet amant français riche, cultivé, qui allait le sortir de la misère : « J\u2019ai approché ma tête de ton cou et j \u2019ai respiré for t .L\u2019odeur de la France ! J\u2019ai de la chance ! » Mais 13 ans plus tard, ayant maîtrisé le français et appris tous les codes de conduite du nouveau pays, il rejette cette « construction » qui l\u2019a privé de son identité profonde et répudie le nom de Mi- dou que lui a donné son amant : « Midou, c\u2019est qui ?Et Ahmed, il est où ?» Son dégoût de cette France néocoloniale est si violent qu\u2019il se retourne vers sa famille, qui le rejette pourtant, et choisit de composer avec la vision qu\u2019elle a de lui : « Jamais je n\u2019ai essayé de me mettre dans la peau de mes sœurs.[\u2026] Un peu tard, je leur donne enfin le droit de ne pas être tout à fait d\u2019accord avec moi et j\u2019accepte qu\u2019elles me disent des mots durs.» Les deux autres lettres sont écrites par un amant éconduit d\u2019Ahmed, Vincent, et par son seul véritable ami lorsqu\u2019il était jeune au Maroc, Lahbib.Celle de l\u2019amant éconduit montre combien Ahmed s\u2019est endurci en vieillissant (on est en 2010) et rejette l\u2019amour, peut- être parce qu\u2019il est incapable de s\u2019aimer lui- même.La lettre du jeune Lahbib (1990) raconte à Ahmed sa relation sexuelle de trois ans avec un diplomate français de 45 ans à Rabat, qui l\u2019a ensuite rejeté à 17 ans parce que « trop vieux ».C\u2019est le tourisme sexuel dans toute sa dimension néocoloniale qui est abordé ici, ainsi que la pédophilie, jamais nommée toutefois.La structure du livre sous forme de lettres écrites par trois personnes dif férentes, sur une période de 25 ans, permet de saisir l\u2019évolution et la personnalité d\u2019Ahmed aux moments clés de sa vie.Il s\u2019agit aussi d\u2019un clin d\u2019œil au roman épistolaire français du XVIIe siècle Lettres por tugaises, mentionné dans le roman.Mais au-delà de la forme, ce sont surtout les thèmes du livre qui sont forts, en cherchant à briser les prisons que constituent toujours l\u2019homosexualité et le colonialisme aujourd\u2019hui.L\u2019appel d\u2019Abdellah Taïa à un nouveau Maroc est aussi porteur, bien qu\u2019on se demande s\u2019il n\u2019aurait pas dû recourir à sa langue maternelle arabe pour le lancer.Collaboratrice Le Devoir CELUI QUI EST DIGNE D\u2019ÊTRE AIMÉ ?Abdellah Taïa Seuil Paris, 2017, 144 pages FICTION FRANÇAISE L\u2019insoutenable dignité de l\u2019amour Dans un roman épistolaire, Abdellah Taïa explore la tragédie d\u2019un Marocain homosexuel à Paris DOMENICO STINELLIS ASSOCIATED PRESS Abdellah Taïa renouvelle le discours contre le néocolonialisme.M I C H E L B É L A I R C orrespondant du Point et du jour nal Le Monde à Stockholm depuis une vingtaine d\u2019années, Olivier Truc s\u2019est mis au roman avec Le dernier lapon publié chez Métai l ié en 2012.Tout de suite récompensée par plus d\u2019une vingtaine de prix, cette première enquête des agents de la Police des rennes a suscité par tout des commentaires élogieux.Encore plus fouillée qu\u2019à l \u2019habitude et magnif ique- ment écrite, cette nouvelle histoire \u2014 plantée en Lapo- nie-Sápmi, à la frontière de la Suède et de la Nor vège \u2014 convaincra les lecteurs les plus dif ficiles.Dès les toutes premières pages, on est tout de suite plongé dans une scène qui aurait pu être tournée par un Fellini nordique.Imaginez, au beau milieu de nulle part, un jour gris où même l\u2019air qu\u2019on respire est mouillé.Il pleut des cordes et les bêtes sont affolées ; on n\u2019y voit rien dans cette espèce de corral où les éleveurs assemblent les rennes avant de les abattre en série avec leurs couteaux courbés puis d\u2019entasser les carcasses dans des camions réfrigérés.La boue se mêle au sang et à l\u2019eau qui ruisselle, et partout l\u2019odeur est suffocante.Soudain, tout s\u2019arrête : on vient de trouver des ossements humains dégagés par la pluie qui ne cesse de tout délaver.Ces bouts d\u2019os vont changer la vie de tous ceux qui sont là\u2026 Un territoire convoité C\u2019est que ce bout de terre perdu tout au centre de la péninsule scandinave est une région très convoitée.Située à quelque 600 km au nord de Stockholm, la ville de Funäsda- len est encerclée par un vaste territoire qui sert de pâturage aux troupeaux de rennes du sud du Sápmi.C\u2019est aussi une zone forestière dif ficilement accessible mais revendiquée par les producteurs forestiers.Avec la découverte de ce vieux squelette sur un lieu d\u2019abattage, le difficile équilibre entre les Samis jadis nomades et les «Suédois de souche » est radicalement compromis.Entre les deux camps, la Police des rennes enquête.Ce qui est en jeu, c\u2019est la présence ancestrale ou non des Samis sur ces terres : sont- ils venus avant ou après les colons suédois ?Les traces sont dif ficiles à trouver\u2026 surtout quand les forestiers se mettent à exploiter la forêt environnante tout en éliminant les rares vestiges laissés sur place.L\u2019affaire se traite aussi en Cour suprême, où les deux clans s\u2019af frontent en produisant chacun leur exper t.On découvrira rapidement que les forestiers, les éleveurs et les universitaires carriéristes ne sont pas les seuls à s\u2019intéresser au conflit.Comme dans ses l ivres précédents, Olivier Truc séduit autant par sa profonde connaissance du sujet que par son écriture aussi ef fi- cace et méticuleuse que poétique.Sa façon de décrire ce territoire si proche du nôtre et marqué par une civilisa- t ion ancestrale va directement à l\u2019essentiel et transcrit le lien profond unissant ces hommes rugueux à leur territoire.Encore une fois, l\u2019intrigue est tissée serrée et les personnages touf fus sont éminemment crédibles dans la grandeur discrète de certains comme dans la fourberie qui en caractérise d\u2019autres.Un véritable bonheur\u2026 Collaborateur Le Devoir LA MONTAGNE ROUGE ?Olivier Truc Éditions Métailié Paris, 2016, 499 pages POLAR Intrigue tissée serré chez les Suédois de souche Olivier Truc livre un récit méticuleux et poétique sur fond de choc des cultures ARILD VÅGEN / CC Située à quelque 600km au nord de Stockholm, la ville de Funäsdalen est encerclée par un vaste territoire qui sert de pâturage aux troupeaux de rennes du sud du Sápmi.G U Y L A I N E M A S S O U T R E N ée en Argentine sous la dictature militaire (1976- 1983) aux nombreuses séquelles, Laura Alcoba s\u2019est réfugiée en France, où elle a réussi des études brillantes en littérature hispanique.Écri- vaine, elle enseigne à l\u2019université et signe une autobiographie en plusieurs volumes, au ton d\u2019un journal d\u2019adolescente, tant ils sont factuels et pleins d\u2019incompréhension.Elle ne maîtrise rien de sa vie rompue, mais les mots de la mémoire s\u2019enfilent en images arrachées au silence et à l\u2019oubli.Dans Manèges, petite histoire argentine (2007) plane un grave silence imposé à l\u2019enfant avant ses sept ans.Le trauma en demeure, l ié au danger planant sur sa famille, qui lui a tôt fait abhorrer la délation, les arrestations brutales et les disparitions.Voilà de quoi résumer « l\u2019Argentine des Montoneros, de la dictature et de la terreur à hauteur d\u2019enfant ».Son père n\u2019échappe pas à la prison ; réfugiée en France, sa mère la fera venir un an plus tard.En 2003, Alcoba retourne sur les lieux, et même en par tie détruits, elle peut expliquer l\u2019histoire à sa propre fille.For ts et précis, les fragments du passé remontent \u2014 sensations, angoisses, lieux, silhouettes, déménagements, visites, activités illicites, réalités locales.Que d\u2019effroi causera l\u2019imprimerie dissimulée derrière un mur ! Elle décrit la clandestinité, la trahison, mais aussi l\u2019affection des grands-parents et un cer tain charme des jours.Fillette astucieuse, elle esquivait les questions, cachait sa propre identité et rêvait d\u2019explications qui amadoueraient ce mauvais monde.Une mémoire en morceaux Dans Le bleu des abeilles (2013) et dans La danse de l\u2019araignée, elle dit son arrivée en banlieue parisienne.Sa mémoire se morcelle davantage.Le ton d\u2019égarement dominant fait sentir l\u2019angoisse persistante.Est-il plus dif fi- cile de s\u2019intégrer ou de grandir ?Le résultat est la solitude, malgré les amitiés et la lecture.Cette nouvelle vie est vraiment difficile.La censure Sa mère est distante.Avec son père, prisonnier politique à La Plata, elle entretient une correspondance hebdomadaire, toujours seule, entre le 21 janvier 1979 et le 21 septembre 1981.Relisant ces lettres, elle revoit son immersion dans un univers illogique et laid, peu relié, sinon par le courrier, à celui d\u2019avant.Mais que vaut une langue exempte d\u2019allusions et d\u2019ambiguïtés pour passer la censure ?Impossible de dire l\u2019imprévisible, sauf peut-être « la danse de l \u2019araignée » , curieux animal qui se met sur le dos pour être caressé.Alcoba fait sentir ces interdits de pensée, les signes sociaux restés muets, tous ces obstacles entre le monde et elle.Mais elle vit que cer taines métaphores échappaient à la loi : le « bleu » des abeilles ou la « danse » de l\u2019araignée cristallisaient une tendresse naturelle.L\u2019espérance d\u2019un père et d\u2019une fille tenait à ce fil, malgré la discordance hallucinée entre vivre au quotidien et en parler comme sien.La poésie consola Alcoba.Ses livres disent les moments angoissants vécus à fleur de peau, en images irrégulières comme une toile d\u2019araignée.Levée d\u2019interdits, sa douleur explosera à l\u2019annonce que son père est libéré.Si c\u2019est presque un inconnu qu\u2019elle accueille en France, les mots partagés ont été les ambassadeurs de leur force et de leur constance.Collaboratrice Le Devoir LA DANSE DE L\u2019ARAIGNÉE ?Laura Alcoba Gallimard Paris, 2017, 147 pages FICTION FRANÇAISE L\u2019émancipation par l\u2019exil La danse de l\u2019araignée de Laura Alcoba apporte une pièce éclatante à sa trilogie d\u2019un enracinement Les livres d\u2019Alcoba disent les moments angoissants vécus à fleur de peau L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 L I V R E S F 5 F A B I E N D E G L I S E I l y a des prénoms sans doute plus lourds à por ter que d\u2019autres.Ta-Nehisi est de ceux-là.«Ta-Nehisi était une nation, un ancien terme égyptien désignant le grand peuple nubien du Sud [\u2026], explique l\u2019écrivain et activiste américain Ta-Nehisi Coates dans son nouveau récit intitulé Le grand combat (Autrement).Mon nom était une nation, pas une cible, pas un mot que les profs écorchaient ; il était les antiques Nubiens et les illustres Égyptiens du XXVe siècle avant Jésus-Christ.Je sentais une lumière se répandre dans mon corps.Je me réveillais enfin, avide de comprendre ce qui se passait autour de moi, de comprendre comment nous en étions arrivés là.» Lumière sur un prénom ?Lumière aussi par un prénom sur une identité et sur cette condition, celle de l\u2019Afro-Amé- ricain, dont il faut un jour avoir conscience pour mieux réussir à s\u2019en extirper : voilà la route que propose de sillonner cette voix forte de l\u2019Amérique contemporaine, une de celles qui a inspiré le mouvement Black Lives Matter né dans la foulée de crimes racistes impunis, dans ce récit rétrospectif d\u2019une vie chargée, forcée par l\u2019histoire, l\u2019environnement social et politique des États-Unis à avoir trop conscience d\u2019elle-même.La chose fait suite à Une colère noire, son essai percutant publié en 2015 qui autopsiait avec une plume for te et une lucidité troublante la fracture raciale américaine dans toutes ses violences, ses hypocrisies, ses abus, ses injustices, ses paradoxes délétères\u2026 Elle ajoute de la densité à cette sociologie de la discrimination.Rythmé par le rap ou le hip- hop de Slick Rick, Jungle Bor- thers, Public Enemy, par le reggae de Burning Spear ou par la poésie de Bob Dylan, dont les tonalités sonores imprègnent chaque page de ce récit, Le grand combat va au fondement de la colère de Ta-Nehisi Co- ates, dans un souffle soutenu qui évite les idées convenues sans bouder le plaisir d\u2019une certaine autodérision.Le penseur d\u2019un présent af fligé par ses dogmes y relate la dureté de son enfance et son adolescence dans un quartier de Baltimore où la violence, la peur constante de la mort et l\u2019exclusion ont forgé un destin auquel il ne pouvait qu\u2019aspirer à échapper.La chute «Lorsque le crack débarqua à Baltimore, la civilisation s\u2019effondra», écrit-il pour raconter cet « autre pays » qu\u2019il a habité à l\u2019intérieur même des États-Unis pendant ces années.«Je sentais la chute, elle était partout.Le déferlement d\u2019armes à feu bouleversait l\u2019ordre naturel.Des gamins qui avaient l\u2019âge de regarder Les aventures de Teddy Ruxpin tenaient entre leurs mains le pouvoir d\u2019effacer une vie.» Il y a de l\u2019autodestruction dans l\u2019air, mais surtout cet esprit de résistance apportée par un père, ancien membre du Black Panther Party, mouvement révolutionnaire afro-amé- ricain fondé en Californie en 1966, qui a induit cette conscience de l\u2019être chez son fils, à la dure.«Mon père avait déclaré la guerre au destin.Il élevait des soldats tout terrain, écrit Ta-Nehisi Coates sur sa famille.Il prêchait la lucidité, la discipline et la confiance en soi», en maniant un peu trop la ceinture de cuir pour corriger ses enfants, mais aussi en faisant l\u2019éloge de la connaissance, de la mémoire d\u2019un peuple et de l\u2019éducation comme facteurs d\u2019élévation sociale et d\u2019insurrection contre les déterminismes.La traduction en français apporte dans le récit des composantes culturelles aussi impossibles que discutables, mais de ces fragments d\u2019un passé marqué par une couleur et son aliénation, de ces anecdotes qui relatent une bagarre à un arrêt de bus, la naissance d\u2019un sentiment amoureux ou la prise de conscience d\u2019une singularité par un commentaire odieux ou une parole déplacée, Ta-Nehisi Co- ates dresse habilement le portrait d\u2019un drame sans fin nourri autant par l\u2019indolence que par l\u2019hypocrisie.«Nous sommes tout au bas de l\u2019échelle, et tout ce qui nous sépare de la bête sauvage, tout ce qui nous sépare du zoo, c\u2019est le respect», écrit-il.Respect que ce Grand combat, au final, ne peut que convoquer pour son auteur et sa mission.Le Devoir LE GRAND COMBAT ?1/2 Ta-Nehisi Coates Traduit de l\u2019anglais par Karine Lalechère Autrement Paris, 2017, 264 pages RÉCIT La guerre contre le destin Ta-Nehisi Coates laisse une jeunesse dans le ghetto éclairer l\u2019hypocrisie d\u2019une fracture raciale ANNA WEBER GETTY IMAGES / AGENCE FRANCE-PRESSE Dans Le grand combat, Ta-Nehisi Coates dresse habilement le portrait d\u2019un drame sans fin.FICTION FRANÇAISE APATRIDE ?1/2 Shumona Sinha Éditions de l\u2019Olivier Paris, 2017, 192 pages Apatride, quatrième roman de Shumona Sinha, lie le destin de trois femmes, nées dans la région de Calcutta et affrontant trois réalités différentes.Marie, fille adoptive d\u2019un couple français, militante active, multiplie les va-et-vient entre la France et l\u2019Inde, à la recherche de ses origines.C\u2019est elle qui fait le trait d\u2019union entre Mina, jeune paysanne encore au pays, coincée dans le carcan social, et Esha, femme instruite qui a émigré à Paris, mais dont le quotidien, soumis au sexisme et au racisme ordinaires, la confronte.En lutte pour l\u2019appropriation de leur identité et de leur dignité, ces femmes sont forcées au dur constat que leur corps, premier territoire, ne leur appartient pas: «Esha comprit qu\u2019elle ne pourrait jamais s\u2019éloigner des zones troubles, car elle portait en elle, sur sa peau, son visage, tout au long de son corps, comme la carte moisie d\u2019un pays lointain.C\u2019était elle, la zone.» Portrait bouleversant de la condition féminine, le récit n\u2019est ni fataliste ni larmoyant, en équilibre sur la mince ligne où tout est encore possible.Sans faire l\u2019épargne de la beauté, Apatride bouscule et émeut, faisant entendre un cri, entre révolte et espoir.Yannick Marcoux Y A N N I C K M A R C O U X «L a fiction est une forme perver tie de la réalité.J\u2019écris des romans parce que je ne sais pas écrire une phrase normale.» Plus que de l\u2019humilité, c\u2019est le désir de la fiction, qu\u2019elle préfère à l\u2019essai ou au journalisme, qu\u2019affirme à l\u2019autre bout du téléphone Shu- mona Sinha, depuis sa résidence parisienne où Le Devoir l \u2019a jointe dans les derniers jours.Un sourire dans la voix, elle évoque sa rencontre avec la langue française, alors qu\u2019elle avait 22 ans et parlait déjà le bengali, l\u2019hindi et l\u2019anglais, comme «un coup de foudre ».Aujourd\u2019hui, à 43 ans, elle ne sait plus penser dans une autre langue que le français : «Le goût de la vie change selon la langue dans laquelle vous vivez.La langue n\u2019est pas seulement l\u2019expression, elle est la matière.» En plus de quelques anthologies de poésie, Shumona Sinha a signé quatre romans en moins de dix ans.Elle publie dans cet hiver littéraire Apatride, qui raconte le destin de trois femmes, toutes trois nées dans la région de Calcutta, évoluant dans des univers bien différents et luttant pour gagner leur liberté et leur dignité.Le roman reprend plusieurs thèmes de son second roman, Assommons les pauvres !, qu\u2019elle a écrit « comme on crache ».Le sexisme, le racisme, l\u2019intimidation, et cette violence qui déchire les classes au bas de l\u2019échelle, qui luttent entre elles pour leur survie, étaient au cœur du propos.Apatride n\u2019est pas un roman d\u2019évasion, confesse l\u2019auteure, « c\u2019est un roman au vitriol, dur et noir » : « Je veux creuser la plaie davantage, aller au centre du tourbillon.» Même si la fiction est « très près de la réalité », il faut prendre garde à ne pas l\u2019entendre comme un cri désespéré : «Un roman, ce n\u2019est pas un point final.Il y a le texte et il y a le pa- ratexte, ce moment où le débat s\u2019ouvre », dit-elle en nuançant de manière caractéristique ses affirmations : « Il faut laisser la vie romanesque à sa place et ne pas chercher ni espoir ni désespoir dans un roman.» Des femmes qui revendiquent un corps Pour l\u2019auteure, les exemples ne manquent pas, hélas, pour rappeler que les femmes n\u2019ont pas encore la propriété de leur corps.Elle évoque le traitement qu\u2019on réser ve au mouvement des Femen, parle de la marchandisation du corps de la femme et de la précarité de l\u2019avortement : « C\u2019est un fardeau d\u2019être femme.S\u2019exposer au monde de l\u2019homme est un péché.» Que la réalité soit cruelle ou non, Shumona Sinha ne la place jamais bien loin des héroïnes de son roman.L\u2019une d\u2019elles, Mina, est inspirée d\u2019une femme qui, en Inde, s\u2019est fait violer et assassiner, une tragédie qui a profondément bouleversé la romancière.La violence de la réalité était telle qu\u2019elle a choisi, sans pour autant la soustraire à son destin, de lui inventer une vie : « Il a fallu que je m\u2019éloigne de l\u2019incident vrai, parce que c\u2019était insoutenable pour moi.» Une autre de ses protagonistes, Esha, vit au cœur de Paris, mais n\u2019échappe pas pour autant à une inhumanité qu\u2019il impor tait à Sinha de dénoncer : « Je me suis concentrée sur ce qui est dramatiquement désagréable, mais tous les incidents, les bagarres, les insultes, le racisme, tout ça c\u2019est vrai.Il fallait absolument que j\u2019en parle.» La condition féminine est une revendication universelle et c\u2019est elle qui est cœur d\u2019Apatride : « Que ce soit en Inde, en France ou ailleurs, le corps de la femme, c\u2019est notre premier espace, notre premier territoire, c\u2019est le pays.Trop souvent, en tant que femme, on n\u2019a pas le droit de décider de notre corps.» Et elle ajoute, comme une sanction à corriger : « À partir du moment où l\u2019on nous déloge de nos propres corps, on est toutes apatrides.» Un combat universel Shumona Sinha a par fois l\u2019impression d\u2019être « subalterne des subalternes.D\u2019abord femme, ensuite femme de couleur».« Je n\u2019aime pas ce terme, \u201cgens de couleur \u201d, dit-elle.Tout le monde a une couleur.Après tout, les autres ne sont pas transparents.» Même si el le s \u2019estime choyée par la reconnaissance de son œuvre et la façon dont elle a été accueil l ie en France, les écueils guettent son quotidien : « Entre tous ces gens qui vivent en France, il y a une hiérarchie et je suis toujours ramenée à mon ethni- cité, qui installe un rapport de force pyramidal.» Contre les murs de verre qui s\u2019érigent parfois entre les êtres, l\u2019auteur s\u2019appuie sur la fiction, force mobilisatrice capable de sublimer la violence et de préparer la voie au changement social : « On peut décrire un destin fatal, complètement dévastateur, mais dans la vie, cette noirceur peut donner une forme de force.» Ainsi, armée des mots, forte de ses convictions, Shumona Sinha s\u2019inscrit au registre des engagées.L\u2019abdication ne semble pas être une option, même si, par fois, l\u2019aventure humaine est bien mystérieuse, dans son acharnement à vouloir désunir : « Quelle chance d\u2019avoir ce grain de poussière dans le cosmos, cette petite planète bleue.Pour tant, nous voilà à construire des frontières et à s\u2019entre-tuer.Et je me dis parfois que les extraterrestres, peut-être, se moquent de nous.» Collaborateur Le Devoir ENTREVUE Dans la violence ordinaire des inégalités sociales Déloger les femmes de leur corps, c\u2019est en faire des apatrides, dit Shumona Sinha MONEY SHARMA AGENCE FRANCE-PRESSE Pour l\u2019auteure, les exemples ne manquent pas, hélas, pour rappeler que les femmes n\u2019ont pas encore la propriété de leur corps.Que ce soit en Inde, en France ou ailleurs, le corps de la femme, c\u2019est notre premier espace, notre premier territoire, c\u2019est le pays Shumona Sinha « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 8 E T D I M A N C H E 1 9 F É V R I E R 2 0 1 7 ESSAIS F 6 D ans notre édition du 26 janvier, Christian Rioux nous apprenait que trois chanteurs québécois \u2014 Michèle Lo- sier, Philippe Sly et Frédéric Antoun \u2014 faisaient partie des têtes d\u2019affiche de la distribution de Cosi fan tutte, le chef-d\u2019œuvre de Mozart présenté jusqu\u2019à demain à l\u2019Opéra de Paris.Belle démonstration, s\u2019il en fallait une, du fait qu\u2019il n\u2019y a pas que la diva pop Céline Dion et les saltimbanques du Cirque du Soleil pour faire rayonner le talent québécois sur la scène internationale.Le phénomène, d\u2019ailleurs, ne date pas d\u2019hier.La biographe Marjolaine Saint-Pierre a déniché une fabuleuse histoire remontant à un siècle, qui met en vedette une petite fille de chez nous, née en 1859 et devenue une étoile internationale de la scène, à la manière des Emma Albany et Èva Tanguay, qui ont brillé à la même époque.Dans Louise Beaudet.De Lotbinière à Broadway, Marjolaine Saint-Pierre raconte le parcours épatant et méconnu de celle que ses admirateurs appelaient «Little Miss Beaudet ».Louise Beaudet est la neuvième d\u2019une famille de douze enfants.Son père meurt en 1863 alors qu\u2019elle n\u2019a que quatre ans.La famille quitte la campagne pour s\u2019installer dans le Faubourg à m\u2019lasse, à Montréal.En 1870, la mère épouse un Bostonnais et déménage aux États-Unis avec ses plus jeunes enfants.La vie ne leur fait pas de cadeau, semble-t-il, puisque, trois ans plus tard, à la suite des démêlés conjugaux de la mère, la famille se retrouve à New York, où vivent déjà quelques-uns de ses membres.C\u2019est là que Louise, probablement initiée à la musique par les religieuses enseignantes de Boston, se joint à une chorale de jeunes active dans des productions musicales commerciales.En 1879, un célèbre comédien remarque son talent exceptionnel et lui offre des rôles principaux dans des opérettes à succès.La spectaculaire carrière de Little Miss Beaudet, qui ravit le public américain en chantant et en jouant aussi bien en français qu\u2019en anglais, vient de naître.La divette chez Shakespeare Son succès est d\u2019une telle ampleur qu\u2019il est presque difficile à croire.La biographe, pourtant, a fait ses devoirs et a retrouvé, dans la presse internationale de l\u2019époque, la trace des exploits de la comédienne.Beaudet brille d\u2019abord dans les opéras comiques avant de rencontrer, en 1880, le grand tragédien américain Daniel E.Bandmann, un juif d\u2019origine allemande, qui met en scène et joue principalement du Shakespeare.Séduit par Louise, le comédien de 43 ans lui offre de jouer lady Macbeth.« C\u2019est comme si vous me demandiez d\u2019étendre la main pour toucher les étoiles, lui répond la divette de 20 ans.C\u2019est bien trop dif ficile ! » Pendant les huit années suivantes, Beaudet \u2014 qui jouera même en allemand \u2014 sera pourtant une tragédienne acclamée en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Inde, en Chine, en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis ! Sa relation avec Bandmann n\u2019est pas de tout repos.Le comédien, une sorte d\u2019ancêtre de De- pardieu, a un ego démesuré, multiplie les sautes d\u2019humeur et est déjà marié à une actrice anglaise.Les journaux de l\u2019époque ne manquent pas, d\u2019ailleurs, d\u2019alimenter les ragots au sujet du couple Beaudet-Bandmann, qui éclate en 1889.À ce stade, toutefois, la comédienne peut voler de ses propres ailes.Elle renouera avec l\u2019opérette avant de devenir une vedette du cinéma muet de 1913 à 1926.Elle fera ses adieux à la scène en 1934 et mourra en 1947, à New York, à 88 ans.Le parcours, on l\u2019a dit, est impressionnant.Qui, en effet, aurait pu prédire une telle destinée à la petite orpheline de Lotbinière ?Comment expliquer, alors, que cette histoire soit si méconnue au Québec?Ce sont les artifices biographiques concoctés par Beaudet elle-même qui en sont la cause, suggère Marjolaine Saint- Pierre.Pour satisfaire le goût d\u2019exotisme des Américains, explique la biographe, la comédienne s\u2019est inventé un passé, en affirmant être née à Tours, en France, d\u2019une mère espagnole, journaliste au Figaro, et d\u2019un père français, ami de Victor Hugo.Louise Beaudet était née au Québec et avait vécu dans le Faubourg à m\u2019lasse, mais elle en avait un peu honte et préférait s\u2019imaginer en Européenne naturalisée Américaine.Nos prestigieux chanteurs d\u2019opéra, aujourd\u2019hui, semblent immunisés contre un tel reniement et se greyent plutôt du panache québécois, à la manière de la cantatrice Marie-Nicole Lemieux.On peut s\u2019en réjouir.LOUISE BEAUDET DE LOTBINIÈRE À BROADWAY ?1/2 Marjolaine Saint-Pierre Septentrion Québec, 2017, 180 pages Little Miss Beaudet Marjolaine Saint-Pierre met en lumière le destin d\u2019une étoile internationale restée dans l\u2019ombre de l\u2019histoire M I C H E L L A P I E R R E Parmi les nombreuses illustrations judicieusement choisies, la plupart en couleurs, que renferme l\u2019album commenté Traces de l\u2019histoire de Montréal, de Paul-André Linteau, Serge Joyal et Mario Robert, brille le tableau abstrait Hochelaga (1947), de Jean-Paul Riopelle.Née sur les vestiges de la bourgade iro- quoienne abandonnée d\u2019Hochelaga, dont un quartier populaire a gardé le nom, la ville s\u2019y résume par la seule force de l\u2019inconscient.Pour souligner le 375e anniversaire (1642-2017) de la fondation de Montréal, l\u2019historien Paul-André Linteau, de l\u2019UQAM, le collectionneur d\u2019art et sénateur Serge Joyal et Mario Robert, directeur des Archives municipales, tous trois nés dans la métropole, ont voulu mettre le texte au service de l\u2019image au lieu du contraire, auquel nous ont habitués tant d\u2019ouvrages.Il s\u2019agissait de montrer à quel point la ville est une réalité physique qui dépasse ethnies, langues et idéologies, comme le peintre Riopelle l\u2019avait exprimé avec éloquence.Pour rappeler que Montréal fut d\u2019abord à la fois «petit centre provincial», du point de vue des colonisateurs français, «et ville de la frontière», au sens nord-américain, les trois auteurs, qui écrivent d\u2019une seule main, retracent des pièces d\u2019orfèvrerie offertes aux Amérindiens contre des fourrures.Même après la Conquête britannique, les « voyageurs» canadiens, adonnés à la traite et partis de Lachine, continuent à rendre le français familier aux oreilles autochtones dans le Midwest américain.Œuvre de l\u2019orfèvre montréalais Pierre Huguet, dit Latour, au début du XIXe siècle, une grande croix d\u2019argent ornée d\u2019un Amérindien assis buvant à même la bouteille, un calumet à la main, témoigne de cette pénétration à l\u2019intérieur du continent.La relation socioéconomique profonde, qui faisait de Montréal la capitale commerciale d\u2019un immense réseau informel, découle du traité de la Grande Paix, que la Nouvelle-France avait conclu en 1701, dans la ville, avec près de 40 nations autochtones d\u2019Amérique.On peut d\u2019ailleurs voir, dans l\u2019album, un détail du traité manuscrit où apparaissent, en guise de signatures, les symboles animaliers tracés par les représentants de chaque nation.Cela s\u2019harmonise avec le plan des rues du Montréal naissant, document dressé un peu plus tôt, en 1685, par François Dol- lier de Casson, l\u2019un des prêtres de Saint-Sulpice qui, seigneurs spirituels et temporels de l\u2019île du même nom, s\u2019étaient donné la délicate mission d\u2019évangéliser justement les Amérindiens en en rassemblant au pied du mont Royal.À l\u2019époque, la ville ne compte guère plus de 700 habitants.Linteau, Joyal et Robert ont publié un beau plan de Montréal au siècle suivant, plus précisément en 1758, à la veille de la Conquête.Il est l\u2019œuvre d\u2019un espion britannique.La ville s\u2019est beaucoup développée, mais elle ne compte encore que 4000 habitants.Deux édifices, qui existent encore aujourd\u2019hui rue Notre-Dame, ont fière allure : le séminaire de Saint-Sulpice, manoir seigneurial dont la partie centrale remonte à 1687, et le château Ramezay (1705-1757), d\u2019abord résidence du gouverneur de la région.Mais ces précieuses traces, mises en évidence dans le livre, ne sont rien lorsqu\u2019on les compare au vaste réseau commercial et interculturel audacieusement établi par les coureurs des bois, qui placèrent Montréal au cœur d\u2019une Amérique encore vierge.Après la Conquête britannique, l\u2019Écossais Simon McTavish, dont les auteurs nous montrent une vieille photo de la grande maison qu\u2019il habita dans le Vieux-Montréal de 1786 à sa mor t, en 1804, fut, soulignent-ils avec raison, «un baron de la fourrure », dont l\u2019entreprise s\u2019étendit « des Grands Lacs jusqu\u2019au Pacifique».Il ne faut toutefois pas perdre de vue qu\u2019il marchait sur les traces de ses devanciers canadiens, comme en témoigne son mariage avec Marie- Marguerite Chaboillez, fille d\u2019un prospère marchand montréalais.La vocation économique de Montréal déborde sur la vie socioculturelle.Le port de la ville, peint en 1928 par Adrien Hébert dans une vision futuriste, reste important, même si Toronto a éclipsé Montréal à cause du pouvoir de l\u2019argent.Linteau, Joyal et Robert ont su deviner que ce tableau et la photo du hall du Centre du commerce mondial, inauguré en 1992, aux confins du Vieux-Mont- réal, rendent le patrimoine vivant.L\u2019expression « économie du savoir» acquiert à Montréal une résonance unique grâce à l\u2019histoire.Collaborateur Le Devoir TRACES DE L\u2019HISTOIRE DE MONTRÉAL ?Paul-André Linteau, Serge Joyal, Mario Robert Boréal Montréal, 2017, 184 pages PATRIMOINE Une métropole dans tous ses fragments Entre art et mémoire, trois historiens donnent la parole aux traces qui racontent le destin de Montréal LOUIS CORNELLIER ROCH NADEAU / COLLECTION PCC Une vision futuriste de Montréal par Fritz Brandtner : The Montreal Harbour, huile sur toile, 1938 F A B I E N D E G L I S E À l\u2019heure des replis, de la montée des extrêmes et des appels au respect de la diversité qui accompagnent le tout, s\u2019il est un visage qui incarne la symbiose de l\u2019ailleurs dans la culture québécoise, c\u2019est bien celui de l\u2019homme de lettres Naïm Kattan.Né à Bagdad il y a 88 ans, juif d\u2019Irak qui a fondé des revues littéraires là-bas avec des musulmans avant de s\u2019installer au Québec en 1954, l\u2019écrivain est devenu un auteur québécois prolifique tout comme une figure importante du monde de la littérature en passant par le Conseil des arts du Canada où, pendant 25 ans, il a façonné des programmes d\u2019aide à la création, à l\u2019édition, à la traduction\u2026 La culture du Québec, loin de la faire régresser, de la per ver tir, de la menacer, l\u2019homme venu de loin n\u2019a de cesse, encore au- jourd\u2019hui, de la faire progresser, en assumant totalement l\u2019ailleurs en lui, explique-t-il dans un livre rassemblant plusieurs entretiens menés dans les dernières années par son fils, Emmanuel Kattan, écrivain lui aussi.« C\u2019est une erreur de jugement, c\u2019est une maladie de penser que l\u2019autre est une menace parce qu\u2019il est d\u2019ailleurs », résume à l\u2019autre bout du fil le romancier et essayiste qui, aujourd\u2019hui, peu importe l\u2019endroit où il se trouve sur terre, se dit haut et for t Québécois.« L\u2019ailleurs, c\u2019est un agrandissement de soi, c\u2019est une ouverture sur le monde qui ne vient que lorsque l\u2019on sait que l\u2019on est chez soi et que l\u2019on y est bien.» Chez les Kattan, l\u2019identité et la par t de la culture dans sa construction ne sont pas des sujets de discorde ou une source de violence gratuite.Elles se retrouvent au cœur des discussions calmes, raisonnées, comme en témoigne cette série d\u2019entretiens entre un fils et son père sur la mémoire collective, la langue française au Québec, la tolérance, la diversité culturelle ou encore la place de la culture québécoise dans le monde.L\u2019immigration, loin d\u2019être abordée comme une « nuisance », un « mal nécessaire », comme aiment la dépeindre, à dessein, certains courants populistes, y est surtout placée sur le chemin de l\u2019enrichissement, de l\u2019innovation, pour mieux tracer les contours d\u2019un « nous » formé par la somme de toutes ses différences.En constante évolution « L\u2019histoire de mon père est intéressante, résume au téléphone Emmanuel Kattan, joint par Le Devoir à New York où il travaille et vit.Son parcours démontre qu\u2019une culture n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une construction.C\u2019est un lieu d\u2019échange, en constante évolution, qui est alimenté par dif férentes langues, dif férentes influences, dif férentes références culturelles et historiques\u2026 Ce n\u2019est pas quelque chose de f igé, mais de f luide, e t c \u2019es t en prenant conscience de ce caractère construit et en évolution que l\u2019on arrive à être réellement libre à l\u2019intérieur.» La culture est en mouvement, la culture est un mouvement, dans lequel on monte parfois en marche pour s\u2019y retrouver dans sa diversité et celle des autres, estime Naïm Kattan, qui aime rappeler les racines diverses qui fondent la culture et l\u2019identité québécoise.« Le Québec, c\u2019est une histoire d\u2019immigrants », dit-il, immigrants de France, de Suisse, d\u2019Irlande, mais aussi d\u2019Allemagne, des Pays-Bas, de Syrie, de Chine, d\u2019Irak, d\u2019Iran et surtout d\u2019origines ethniques et de confessions multiples.« Dans la notion de diversité culturelle [qui anime les débats politiques du moment], il y a aussi un enjeu personnel que l\u2019on semble perdre de vue et que les élites intellectuelles n\u2019arrivent pas à expliquer, ajoute Emmanuel Kattan.Il faut reconnaître la diversité que l\u2019on a tous en soi.» Et il ajoute : « Être Québécois, c\u2019est être habité par une diversité qui n\u2019est pas toujours visible », mais qui, en apparaissant, assure le duo familial, est certainement, bien avant des projets de loi ou des codes de vie, la meilleure façon de renouer avec la fierté et de combattre la peur.Le Devoir NAÏM KATTAN \u2013 ENTRETIENS Emmanuel Kattan Boréal Montréal, 2017, 170 pages ENTREVUE Un «nous » comme la somme de toutes nos différences Naïm et Emmanuel Kattan font l\u2019éloge d\u2019une culture québécoise diversifiée et en mouvement comme riposte au repli identitaire JACQUES NADEAU LE DEVOIR « Le Québec, c\u2019est une histoire d\u2019immigrants », af firme Naïm Kattan."]
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