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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier E
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2017-03-11, Collections de BAnQ.

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[" Olivier Kemeid interroge notre distance quant aux tragédies d\u2019ailleurs Page E 3 Le grand mythe du Mahabharata, dansé par Akram Khan Page E 5 S Y L V A I N C O R M I E R O n croyait qu\u2019il fanfaronnait, le Donald.Un mur ! Tout le long de la frontière avec le Mexique! Et quoi encore, des barbelés électrifiés, des patrouilles au pas de l\u2019oie, des miradors ?L\u2019énormité de la promesse électorale faisait gondoler les humoristes.Mais là, on rit plutôt jaune orange.Donald Tr ump, devenu le 45e président des États-Unis d\u2019Amérique, persiste et signe (et signe, et signe, et signe\u2026): il le veut mordicus, son mur, et le gouvernement mexicain paiera la facture, et puis na ! Il existait déjà de grandes sections clôturées, voire murées, mais nous chipotons : c\u2019est le symbole qui compte.Demandez à Roger Waters: il connaît ! Le mur comme métaphore de l\u2019exclusion, de l\u2019enfer- mement, de la tyrannie, de la paranoïa grimpante, c\u2019est son message depuis les années 1970.L\u2019ancien bassiste du groupe britannique Pink Floyd n\u2019a pas mis longtemps \u2014 dès février, moins d\u2019un mois après l\u2019investiture \u2014 à se porter volontaire pour rejouer, adossé à la frontière, l\u2019intégrale du double album The Wall, avec son mur démontable en bagage.The Wall, après tout, c\u2019est son concept, son bâti, son grand-œuvre, son symbole d\u2019oppression par excellence.Il ne cesse de le reconstruire pour mieux le détruire.À Montréal, on va le donner en opéra.Trente-huit ans que The Wall s\u2019érige et s\u2019écroule, avec et sans Pink Floyd.Surtout sans : Waters s\u2019en occupe.The Wall, c\u2019est d\u2019abord lui.Cracher pour mieux créer Tout a commencé, on le sait, à Montréal.Au Stade olympique, le 6 juillet 1977, dernier spectacle de la tournée de l\u2019album Animals.La fameuse, l\u2019infamante fois du crachat.C\u2019est Nicholas Schaffner, dans son livre Saucer ful of Secrets : The Pink Floyd Odyssey (Delta, 1991), qui raconte le mieux la dégoulinante anecdote.«Pendant la soirée, le regard de Roger se posa sur un fan dont le visage ne lui revenait pas.Trop bêtement extasié.Tout le concert, Waters le tança, lui lança des œillades, l\u2019attirant à lui.Quand il fut à portée\u2026» Eh oui.Ptiouuuu ! Ras-le-bol en concentré.Le groupe, et pas seulement Waters, en avait jusqu\u2019au trognon de ces foules immenses qui attendaient le cochon gonflable comme le Messie et hurlaient leur vénération.En lieu et place du rappel prévu, le Floyd joua un blues triste\u2026 J\u2019étais là, au fin fond de la section 500 : je ne me suis aperçu de rien.Et je n\u2019ai pas entendu grand-chose non plus : mon grand souvenir, c\u2019est le son pourri.L\u2019embrouillamini fut le crachat qui m\u2019atteignit.Waters est revenu souvent sur ce qui s\u2019est passé ce soir-là, à plus for te raison lors de la conférence de presse au bon vieux Stade en mars 2016, où il était de retour pour avaliser officiellement la création d\u2019Another Brick in the Wall \u2014 The Opera.«J\u2019avais besoin d\u2019exprimer que je ne me sentais plus comme un être humain.Oui, j\u2019admets que j\u2019ai été déplaisant, mais le public l\u2019était aussi.Mon autre façon de répondre, ça a été d\u2019écrire cette histoire où un mur immense me séparait des gens avec lesquels j\u2019essayais de communiquer.» The Wall, le double album Paru en 1979 et disséminé à quelque 23 millions d\u2019exemplaires, The Wall narre les C H R I S T O P H E H U S S J ulien Bilodeau a « tout abandonné» pendant plus d\u2019un an pour se consacrer au projet Another Brick in the Wall.Quand, avec Dominic Champagne, il a rencontré Roger Waters pour la première fois en décembre 2014, ce dernier n\u2019était pas intéressé plus que cela par l\u2019idée de Pierre Dufour, ancien directeur général de l\u2019Opéra de Montréal, de transposer The Wall dans l\u2019univers lyrique.D\u2019ailleurs, Julien Bilodeau avait choisi d\u2019emblée de «ne pas s\u2019engager dans un arrangement de l\u2019album rock », mais de créer une œuvre lyrique à part entière sur une histoire qui le captivait.La rencontre initiale s\u2019est très bien passée.Au-delà de toute espérance, même : « Nous avions l\u2019image d\u2019un Roger Waters hypercontrô- lant, mais ce ne fut pas du tout le cas, nous dit Julien Bilodeau.Waters était vraiment prêt à lâcher le bébé.» Dominic Champagne et Julien Bilodeau ont saisi l\u2019occasion d\u2019emblée.«Waters est très fier de ses mots et il a senti que ceux-ci étaient portés par une nouvelle incarnation, réalisée avec finesse et doigté.Il était chaque fois ému d\u2019entendre ses mots dans un nouveau contexte et il a laissé aller l\u2019aspect musical.» Avec Dominic Champagne, Julien Bilodeau a développé « une approche contemporaine de l\u2019œuvre, l\u2019amenant à un réalisme for t et très troublant ».Le compositeur note que l\u2019histoire personnelle de Roger Waters ramène le personnage principal fascisant à l\u2019époque de la Seconde Guerre mondiale et de l\u2019Allemagne nazie, mais que cette histoire « touche au présent ».La transposition valut aux maîtres d\u2019œu- vre du projet de « riches discussions avec un artiste très engagé».Une autre émotion Lorsqu\u2019il dépeint son travail, Julien Bilodeau pense « être arrivé à ce que ceux qui connaissent l\u2019album se retrouvent en de nombreux endroits, même si à première vue beaucoup de choses vont passer sous le radar ».Il s\u2019adresse ainsi aux amateurs d\u2019opéra : « Ceux qui ne connaissent pas l\u2019album, je ne les invite pas du tout à l\u2019écouter avant, car nous proposons une forme lyrique autonome.» Julien Bilodeau a de grands espoirs, car il espère retrouver « quelque chose de l\u2019âge d\u2019or de l\u2019opéra, quand l\u2019opéra était populaire sans être pop ».« Si l\u2019on réussissait à ouvrir à tous les portes de l\u2019opéra \u2014 un art exigeant mais accessible \u2014, ce serait fantastique.C\u2019est mon espoir.» Pour le compositeur, The Wall s\u2019est bien prêté à la transformation car « il y a une profondeur dans l\u2019histoire : on parle d\u2019un homme qui s\u2019isole du monde parce qu\u2019il a subi des blessures dès son jeune âge.Or nous portons en nous ces blessures, et elles conditionnent nos réactions devant les aléas de la vie».Bilodeau estime que, «dans le contexte rock, cela s\u2019incarne par la rythmique, la couleur instrumentale et quelque chose de beaucoup plus physique », alors que « l\u2019art lyrique traverse un corps assis qui vit une émotion plus cérébrale ».«Avec l\u2019orchestre et la voix lyrique, on peut aller profondément dans l\u2019expression des sentiments que cela génère : la solitude, les amours manquées, la peur de l\u2019autre, la perte des êtres chers.» «La présence physique d\u2019une voix qui chante nous amène à une réceptivité totalement dif férente », assure le compositeur.Verdict ce soir ! Le Devoir Refaire de l\u2019opéra un art populaire L\u2019opéra rock qui casse des briques C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 STÉPHANE ROY La clinique, un des décors de l\u2019opéra Another Brick in the Wall Ou comment un album de Pink Floyd est devenu un symbole planétaire et la mission à vie de Roger Waters VOIR PAGE E 5 : WALL TIFFET CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 2 du 21 mars au 15 avril 2017 avec Dominique Quesnel Jérôme Minière une coproduction ESPACE GO + UBU texte Marieluise Fleisser mise en scène Denis Marleau PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM | BIENTÔT COMPLET! Supplémentaires les dimanches 2 et 9 avril à 16 h avec benoît mCginnis macha limonchik éric bruneau benoît drouin-germain étienne pilon chantal baril louise cardinal normand carrière jean-pierre chartrand sébastien dodge milène leclerc jean-philippe lehoux denis roy rebecca vachon En collaboration avec Une présentation dès mardi ! tnm.qc.ca dim 9 avril à 14 h + mar 11 avril à 19 h 30 déjà des supplémentaires ! infos et réservations bellessoirees.umontreal.ca une grande entrevue avec rené richard cyr animée par lorraine pintal lundi 20 mars de 14 h à 16 h sur la scène du tnm les beaux entretiens ! L e 29 octobre 1787, Mo- zar t dirigea à Prague, en s\u2019accompagnant au clavecin, la première de son Don Juan.L\u2019an dernier, au même magnifique opéra d\u2019État jouxtant la place de la Vieille- Ville, fut reconstituée la séance inaugurale avec costumes d\u2019époque et indications de mise en scène retrouvées.Faut dire que les Praguois sont fous de « leur » opéra, sans cesse ici repris depuis le grand soir, sous adaptations diverses, parfois sur marionnettes à fil, art national classé par l\u2019UNESCO.«Mes Praguois me comprennent », ronronnait Mozart, heureux de recevoir dans la capitale tchèque un accueil enthousiaste moins guindé qu\u2019à Vienne.Encore aujourd\u2019hui, l\u2019ADN des deux villes n\u2019a pas changé tant que ça, au fait.Hier déteint partout sur aujourd\u2019hui, en changeant de couleur au fil des saisons.La musique classique, à pleines églises (il n\u2019en manque pas !) et institutions éblouissantes dédiées à sa muse, garde sa force d\u2019attraction, mais la note se joue sur tous les tons.C\u2019est cool, Prague.Des musiciens de jazz ou de hip-hop apportent un rythme aux rues obscures du soir, des deux côtés de la Moldau, à moins que la pluie ne s\u2019en mêle.Cette ville de Bohême est une perle baroque aux splendeurs préservées, et les nouveaux architectes rivalisent d\u2019imagination pour insérer des bâtiments insolites au cachet postmoderne à la symphonie urbaine.J\u2019étais venue ici au cours des années 90, et le contraste entre les deux ères jette à ter re.Les Praguois semblaient désorientés après la chute du communisme ; un pied dans un régime révolu, l\u2019autre dans une modernité encore tremblante.Les visages fermés des passants du temps suintaient la tristesse.Un fils du pays m\u2019explique aujourd\u2019hui que sous le communisme, nul ne pouvait se permettre d\u2019exposer ses émotions sans risquer sa vie.L\u2019air bête posé comme un masque de camouflage survécut un temps aux mutations politiques.On ne fait pas un Italien d\u2019un Tchèque réser vé, mais les gens d\u2019ici ont appris depuis lors à sourire.Les cauchemars d\u2019autrefois semblent émerger des rêves de Kafka.Un temps suspendu Lors de mon premier séjour, l\u2019écrivain Václav Havel était au pouvoir.L\u2019avenir riant paraissait à portée de main, mais allez secouer des décennies de peur et de repli identitaire\u2026 En ces temps suspendus, Prague conservait son opacité mystique de belle au bois dormant, sans l\u2019alignement d\u2019ignobles gargotes au milieu de ses pavés qui la dépare désormais.Le charme y perd, la communication y gagne.Si l\u2019anglais, lingua franca, facilite le contact, le bonjour en tchèque \u2014 dobry den \u2014 casse toujours la glace.À l\u2019époque, le grand écrivain Ivan Klima ne me cachait pas ses désillusions quant aux voies d\u2019entrée dans l\u2019eldorado capitaliste.Romanciers et poètes avaient publié sous le manteau des œuvres dissidentes, que les lecteurs aver tis s\u2019arrachaient.Mais après la levée du rideau de fer, les livres de ces héros de l\u2019ombre n\u2019intéressaient plus personne.« Seule la porno fait désormais recette ici », soupi- rait-il, désenchanté.Prague vivait alors \u2014 force fut de le constater au nombre d\u2019exhibitionnistes croisés dans les parcs, les rues et même les gares \u2014 sa libération du joug rouge par une intense frénésie sexuelle.Cette semaine, des joyeux drilles de l\u2019époque, les yeux brillants, m\u2019ont révélé l\u2019ampleur du phénomène, qui semble avoir aidé en catharsis bien des Tchèques à se remettre en selle.L\u2019industrie du cinéma porno, très forte ici, s\u2019est développée sur ce terreau.Révolu, le temps où l\u2019État rouge défrayait de ses coffres les revenus des artistes pour des productions nationales très encadrées mais nombreuses, parfois fécondes.En amont, les grands films tchèques des années 60, ceux de Jiri Menzel et de Mi- los Forman (Trains étroitement surveillés, Les amours d\u2019une blonde et autres mer- vei l les de cette Nouvelle Vague), avaient été balayés par le pouvoir communiste, qui censura les œuvres et poussa leurs auteurs à l\u2019exil.Le cinéma d\u2019animation, jadis gloire du pays avec des maîtres comme Bretislav Pojar et Jiri Trnka, eux-mêmes greffés à la tradition ancienne de marionnettes et des automates \u2014 comme le célèbre spectacle multimédia Laterna Magika d\u2019Alfred Radok (clou de l\u2019expo 67 de Montréal) \u2014, peine à trouver son financement et son public.« Les enfants préfèrent Disney », me dit-on.Le théâtre, ar t moins onéreux, demeure vivant et radieux.Fuite en avant Dans leur quotidien d\u2019Européens branchés qui voyagent et surfent sur la vague de mondialisation, les jeunes ignorent les gouf fres qu\u2019ont connus leurs aînés.Ils se soucient, \u2014 plusieurs me l\u2019avouent avec candeur \u2014 du passé communiste comme de leur première culotte.Une chape d\u2019amnésie recouvre les années sombres dont leurs parents témoignaient à la maison en dialogues de sourds.« Ils étaient pauvres», résume leur progéniture, en regardant ailleurs.Un traumatisme de société grouille en dessous, qui finira par crever.En attendant, c\u2019est la fuite en avant.Le niveau de vie des Tchèques a encore du rattrapage à faire.Les mirages de la consommation à outrance brouillent la vue collective.Ivan Klima, toujours actif, n\u2019est lu que par une poignée d\u2019intellectuels plus âgés, à l\u2019instar d\u2019autres écrivains tchèques, Milan Kundera inclus, venus proposer un regard oblique sur des temps révolus.Certains aînés nostalgiques de l\u2019époque communiste (le PC recueille encore 12 % des voix) avouent ne rien comprendre aux valeurs des insectes à antennes qu\u2019ils ont enfantés.Bien des jeunes travaillent dans le tourisme ou l\u2019industrie audiovisuelle.Prague of fre des sites et des bâtiments d\u2019une richesse infinie comme lieux de contemplation ou cadres de tournage aux productions étrangères : films, clips de luxe et nombreuses séries télé.La ville et ses mystères s\u2019y voient transformés à l\u2019écran en Munich, en Paris, en Saint-Pétersbourg, rarement servis maison.Un jour viendra où la culture pra- guoise, qui cherche encore son âme ailleurs, brillera de nouveau dans l\u2019éclat de sa fierté.Le fantôme de Mozart y croit, lui.otremblay@ledevoir.com La clé de sol de Prague ODILE TREMBLAY à Prague MICHAL CIZEK AGENCE FRANCE-PRESSE Vue sur la Vieille Ville de Prague, perle baroque aux splendeurs préservées CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 3 Direction artistique Sébastien Harrisson La cantate intérieure Du 14 au 18 mars 2017 Théâtre Aux Écuries (Montréal) Du 28 mars au 1er avril 2017 Théâtre La Bordée (Québec) Texte Sébastien Harrisson Mise en scène Alice Ronfard Avec Dorothée Berryman, Marie Bernier et Roger La Rue © A l e x P a i l l o n Un spectacle des Deux Mondes coproduit avec la Salle Jean-Marc Dion de Sept-Îles Théâtre Aux Écuries _ 7285, rue Chabot, Montréal Billetterie 514-328-7437 _ www.auxecuries.com Théâtre La Bordée _ 315, rue Saint-Joseph Est, Québec Billetterie 418-694-9721 poste 1 _ www.bordee.qc.ca M A R I E L A B R E C Q U E Dans un récent article sur l\u2019installation d\u2019Emanuel Licha au Musée d\u2019art contemporain, le collègue aux arts visuels Nicolas Mavrikakis rappelait combien d\u2019images de conflits ont été filmées à travers des fenêtres d\u2019hôtels.Par coïncidence, c\u2019est dans un de ces lieux étranges, havres de repos transformés en camps pour les reporters de guerre et en infirmerie de for tune, voire en morgue, qu\u2019Olivier Kemeid situe sa nouvelle création.Sa première au Quat\u2019Sous depuis qu\u2019il en a pris les rênes.«On se met toute une pression quand on crée dans son propre théâtre, parce qu\u2019on veut être à la hauteur des exigences qu\u2019on a apposées aux autres projets», note l\u2019auteur et metteur en scène.Dans Les manchots, cet hôtel métaphorique est campé dans une ville sans nom, qui pourrait être Kiev, Le Caire ou Sarajevo.Un journaliste en quête d\u2019une bonne histoire, un tireur embusqué en mal de vengeance et un père de retour d\u2019exil à la recherche de son fils y sont tous planqués dans une chambre différente.Une chambre avec vue sur un soulèvement réprimé dans le sang.Au départ, la pièce est née notamment des angoisses du comédien Sasha Samar pendant la révolution ukrainienne de 2014.L\u2019interprète et inspirateur du marquant Moi, dans les ruines rouges du siècle, signé par Kemeid, craignait de voir son fils adolescent par tir rejoindre les manifestants de la place Maïdan.Pourtant né à Montréal, Vlace a embrassé, un temps, son identité ukrainienne.Ce déchirement secoue souvent les êtres issus de la deuxième génération de l\u2019immigration.On ne coupe pas si facilement les liens avec nos racines.« Il y a une transplantation, donc un arrachement.Et ça nous met en face de nos choix.Soit on décide de faire abstraction de nos origines afin qu\u2019elles ne teintent pas nos enfants, mais ça risque de nous revenir dans le visage.Soit on maintient un contact perpétuel par la langue, les coutumes et le récit, mais vient avec ça une chape de nostalgie, possiblement de regrets.Il y a là une tension fascinante, mais difficile.» L\u2019impuissance Les manchots n\u2019est toutefois pas une pièce sur l\u2019exil, insiste l\u2019auteur de Furieux et désespérés, même si ce thème traverse son œuvre.Tous ses personnages vivent « une forme de deuil ou d\u2019absence ».Mais ce pourrait ne pas être non plus le texte por tant sur l\u2019absence qu\u2019il croyait d\u2019abord écrire.« C\u2019est toujours comme ça : j\u2019ai des pistes de dépar t et finalement, je me rends compte qu\u2019un autre thème surgit malgré moi.C\u2019est peut-être une pièce sur notre impuissance et sur une certaine incommunicabilité entre les êtres.J\u2019y travaille beaucoup sur la solitude.Cette immense solitude qu\u2019on peut subir lorsqu\u2019on est seul dans une chambre d\u2019hôtel d\u2019un pays qui n\u2019est plus le nôtre, qui ne l\u2019a peut-être jamais été.» Avec cette fable parfois satirique, où il s\u2019éloigne de l\u2019actualité et du réalisme pour « jouer avec des archétypes », Olivier Kemeid met en cause notre condition de spectateur impuissant, bien à l\u2019abri derrière nos fenêtres doubles, face à la réalité « insaisissable » de la guerre.Les manchots, c\u2019est nous.« En même temps, au moins regardons-nous ces images.Ce serait peut-être pire de ne même pas les regarder.» Le Québec « s\u2019est souvent considéré comme étant en banlieue de l\u2019Histoire», déplore-t-il.(Lui dont le père né en Égypte a vécu, enfant, une révolution, et reste plutôt marqué par la certitude qu\u2019un pays peut basculer du jour au lendemain).Cette vision aberrante voulant qu\u2019on soit ici hors de la marche du monde est de moins en moins possible, malgré la tentation de se protéger.Le créateur sent à la fois «une volonté de se refermer chez certains » et la reconnaissance, par plusieurs, que l\u2019Histoire nous rattrape.« Je joue de cette tension dans ma pièce.J\u2019ai des personnages qui voudraient être à l\u2019abri.Mais ils ne peuvent plus, à cause de l\u2019arrivée d\u2019une femme, qui représente l\u2019Histoire en marche.» Soit une infirmière (Larissa Corri- veau), blessée en tentant de secourir les manifestants.La première réaction des autres (joués par Paul Ahmarani, Kevin McCoy et Sasha Samar) consiste à vouloir se décharger de leurs responsabilités.Les femmes plus courageuses?Sans condamner (il essaie « de sortir d\u2019une vision romantique » de l\u2019héroïsme), pour l\u2019auteur, ce n\u2019est pas innocent si ceux qui démontrent cette lâcheté sont des hommes.À l\u2019inverse, iI tenait à ce que la figure du courage soit une jeune femme.Inspirée par une vraie infirmière ukrainienne, blessée en direct sur Twitter et « devenue le visage de la révolution », son héroïne est aussi issue d\u2019un constat posé par celui qui a enseigné à l\u2019UQAM : « la politisation très forte des jeunes femmes».Pourquoi les femmes seraient-elles plus courageuses ?Kemeid crédite « une sensibilité plus marquée à des formes d\u2019oppression, une volonté aussi de changer l\u2019ordre, qui est souvent masculin ».Il en profite pour déplorer qu\u2019on n\u2019ait pas suf fisamment parlé des raisons du départ de Françoise David, « au-delà d\u2019une fatigue réelle ».L\u2019auteur juge qu\u2019on n\u2019a pas pris assez acte de ses commentaires sur le « système machiste de l\u2019Assemblée parlementaire.Et c\u2019est par elle que j\u2019ai appris que la palme du meilleur débatteur a été donnée à Gaétan Barrette.Ça dit tout : le bullying, le mépris, la condescendance \u2014 et j\u2019ai évidemment Trump en tête \u2014, c\u2019est ça qui est considéré être un bon politicien\u2026» Collaboratrice Le Devoir LES MANCHOTS Texte et mise en scène d\u2019Olivier Kemeid Une production des Trois Tristes Tigres Au Théâtre de Quat\u2019Sous, du 14 mars au 1er avril À l\u2019abri devant la fenêtre du monde La nouvelle pièce d\u2019Olivier Kemeid interroge notre distance quant aux tragédies à l\u2019étranger ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le Québec « s\u2019est souvent considéré comme étant en banlieue de l\u2019Histoire», déplore le dramaturge.C\u2019est toujours comme ça : j\u2019ai des pistes de départ et finalement, je me rends compte qu\u2019un autre thème surgit malgré moi Olivier Kemeid « » TROIS TRISTES TIGRES Paul Ahmarani en répétition pour Les manchots CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 4 C H L O É G A G N É D I O N René Richard Cyr ne craint pas de s\u2019approcher des monstres.À la suite de sa mise en scène d\u2019Après, qui plaçait face à face la détresse d\u2019un homme infanticide et celle d\u2019une infirmière attitrée à ses soins, il choisit de s\u2019approcher à nouveau de l\u2019humanité qui compose ces êtres aussi cruels qu\u2019insaisissables.Avec Caligula, Cyr apprivoise le monstrueux empereur de Rome tel qu\u2019Albert Camus l\u2019a dépeint, c\u2019est-à- dire avec une déroutante sensibilité.«Ce personnage-là, aussi horrifiant puisse-t-il être, avance Cyr, c\u2019est comme si on avait accès à ses mobiles.On comprend la noblesse de sa quête, même si cette quête est une horreur.» Écrite en 1938, puis retouchée durant la Seconde Guerre mondiale pour être finalement publiée en 1958, la pièce de Camus raconte sa version de la fin du règne de Caligula.Après un bref exil, à la suite de la mort soudaine de sa sœur bien-aimée \u2014 qui était aussi sa maîtresse \u2014 , le jeune empereur choisit de gouverner en tyran.Il fait subir à son entourage ses accès de violence imprévisibles, en apparence illogiques, ce qui le mènera finalement à sa propre perte.Avec une grande importance accordée au lyrisme de Camus, à ses « élévations de l\u2019esprit absolument extraordinaires qu\u2019on retrouve peu dans l\u2019écriture théâtrale», c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019évolution de Caligula et des personnages qui gravitent autour de lui qui intéresse le metteur en scène.«Il y a là un thriller philosophique.» Cyr avance qu\u2019il serait « trop facile de faire de Caligula un fou, de tout expliquer par la folie ».Mieux vaut, « sans nécessairement l\u2019excuser, tout au moins chercher à comprendre la racine de son mal, si mal il y a».Le metteur en scène ajoute : «Bien sûr, je ne fais pas miens la quête et les moyens d\u2019y arriver de Caligula.Mais j\u2019ose essayer de comprendre.» Actuel ou éternel?Afin de rendre la pièce pertinente pour les esprits contemporains, Cyr cherche davantage à mettre en avant le texte et les questions qu\u2019il soulève, plutôt que de tracer des liens trop évidents avec certains dirigeants actuels, ou avec des contemporains de Camus.Fidèle au désir de l\u2019auteur, la production évite de situer l\u2019action dans un décor antique et d\u2019habiller les comédiens d\u2019accoutrements romains.Mais Cyr se garde bien de « trop enrober ou masquer la profondeur » de Caligula.« On est dans une époque très importante, où la notion de relecture dans le travail de mise en scène, souvent, avec justesse ou non, met un chapeau sur l\u2019œu- vre.Moi, je veux davantage être un plancher pour l\u2019œuvre.» Il renchérit : «Ça ne sert à rien de dire que c\u2019est un texte actuel.Ce n\u2019est pas un texte actuel.C\u2019est éternel.» Le metteur en scène, qui signe aussi la dramaturgie, a tout de même choisi de retravailler la partition afin de donner plus de place aux femmes et de « couper des éléments qui avaient un peu vieilli » par rapport aux aspects comiques et provocateurs de la pièce.Aussi, dans le but de «ramener le texte à sa plus simple expression», un travail à même sa génétique s\u2019est imposé.« J\u2019ai fouillé dans toutes les versions parce qu\u2019il y a des éléments qu\u2019il avait laissés tomber, et d\u2019autres qu\u2019il avait ramenés.» Benoît McGinnis, l\u2019acteur avec lequel Cyr affirme avoir le plus travaillé, interprète le rôle-titre.C\u2019est lui qui a proposé Caligula au metteur en scène, dont le « cheval de bataille a toujours plus été la création que la relecture » .Même si Cyr a déjà fréquenté Camus, présentant Le malentendu au TNM en 1993, mettre en scène le récit de l\u2019empereur antique ne faisait pas partie de ses plans.S\u2019il y a des œuvres qu\u2019il garde près de lui depuis longtemps, « Caligula n\u2019en faisait pas par tie.C\u2019est une pièce que je connaissais, que j \u2019appréciais, mais je n\u2019avais jamais rêvé ou désiré la monter ».À la relecture du texte, il dit avoir tout à coup trouvé un réseau de sens qu\u2019il a eu envie de partager.En s\u2019appuyant sur le récit de Camus, Cyr souhaite que la pièce, qu\u2019il qualifie de « politiquement et socialement engagée » , aborde notre tendance à nous adapter.« On dit que l\u2019adaptation est l\u2019une des plus grandes qualités humaines, mais il y a des choses auxquelles il ne faut pas s\u2019adapter.Il faut refuser.» Le metteur en scène évoque les paroles du personnage de Cherea qui, rageur, avance qu\u2019il faut au moins reconnaître que la cruauté de Caligula fait réfléchir.Il ajoute qu\u2019en présentant ce monstre en quête d\u2019absolu, « Camus nous force à penser, aussi ».Collaboratrice Le Devoir ENTREVUE Caligula et les racines du mal René Richard Cyr aborde la cruauté du personnage et son existentialisme Ne plaide pas, la cause est entendue.Ce monde est sans importance et qui le reconnaît conquiert sa liberté.Et justement, je vous hais parce que vous n\u2019êtes pas libres.Dans tout l\u2019Empire romain, me voici seul libre.Réjouissez-vous, il vous est enfin venu un empereur pour vous enseigner la liberté.Extrait de Caligula, de Camus B I L L E T T E R I E 1 5 M A R S A U 8 A V R I L 2 0 1 7 D E M O L I È R E M I S E E N S C È N E C L A U D E P O I S S A N T Avec Simon Beaulé-Bulman, Jean-François Casabonne, Samuel Côté, Sylvie Drapeau, Laetitia Isambert, Jean-Philippe Perras, Bruno Piccolo, François Ruel-Côté, Gabriel Szabo, Cynthia Wu-Maheux.UNE PRODUCTION DU THÉÂTRE DENISE-PELLETIER D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E C L A U D E P O I S S A N T PEDRO RUIZ LE DEVOIR René Richard Cyr, Éric Bruneau, Benoît McGinnis, Macha Limonchik et Benoît Drouin-Germain DON JUAN REVIENT DE LA GUERRE D \u2019 Ö D Ö N V O N H O R V Á T H P H O T O : J E A N - F R A N Ç O I S B R I È R E 514 526-6582 theatreprospero.com 2 8 F É V \u2013 2 5 M A R S 2 0 1 7 PARTENAIRE DE PRODUCTION Une production magistra le menée de main de ma ître [.] Chapeau aux actrices.- L a Presse Une distribution impecca ble.- Huffington Post Toute la pièce est une gra nde fresque [.] La riches se de ses images est surprenan te, impressionnante.- Atuv u.ca B I L L E T T E R I E 5 1 4 2 5 3 - 8 9 7 4 T E X T E G A B R I E L R O B I C H A U D M I S E E N S C È N E L O U I S - D O M I N I Q U E L A V I G N E Éric Butler, Jeanne Gionet-Lavigne et Marc-André Robichaud.UNE COPRODUCTION DU THÉÂTRE DE L\u2019ESCAOUETTE ET DU THÉÂTRE DE QUARTIER Théâtre Denise-Pelletier 17 16 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E C L A U D E P O I S S A N T 2 1 A U 2 5 M A R S 2 0 1 7 - S A L L E F R E D - B A R R Y « » CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 5 INTÉGRALE DES CANTATES DE BACH Dimanche 26 mars \u2013 14 h LE BANQUET CÉLESTE (France) Damien Guillon, contreténor Maude Gratton, orgue Cantates pour alto solo et orgue concertant BWV 35, 54 et 170 Découvrez trois magni?ques cantates écrites par J.S.Bach pour la voix d\u2019alto solo avec orgue concertant par l\u2019excellent ensemble français Le Banquet Céleste.Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 HOMMAGE À YEHUDI MENUHIN Mardi 21 mars \u2013 19 h 30 Daniel Hope, violon Vanessa Perez, piano Œuvres de J.S.BACH, BARTÓK, ENESCO et MENDELSSOHN Yehudi Menuhin est le plus grand violoniste du XXe siècle selon la BBC.Son ami et protégé, le violoniste anglais Daniel Hope, célèbre avec émotion le 100e anniversaire de naissance du grand maître qui a marqué le monde de la musique.\u2014\u2014 Un concert à ne pas manquer.25 $ EN PRÉVENTE JUSQU\u2019AU 14 MARS 100 avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com LES MANCHOTS Paul Ahmarani Larissa Corriveau Kevin McCoy Sasha Samar Concepteurs Philippe Brault, Stéphanie Capistran-Lalonde, Éric Champoux, Catherine Comeau, Romain Fabre, Alex Gauvin, Émilie Martel et Cynthia St-Gelais Une production Trois Tristes Tigres en codi?usion avec le Théâtre de Quat\u2019Sous Texte et mise en scène Olivier Kemeid DU 14 MARS AU 1er AVRIL AU THÉÂTRE DE QUAT\u2019SOUS frustrations de la génération de l\u2019après-guerre (le même thème que Tommy, l\u2019opéra rock du groupe The Who), en épisodes déclinés de la vie de Waters, réinventé en Pink le mal-aimé : histoire d\u2019aliénation, de rejet, d\u2019humiliation, de peurs fondamentales («Mother do you think they\u2019ll drop the bomb»).Les méchants sont partout : à la maison, à l\u2019école : «Teachers leave the kids alone», scande-t-on, tel un hymne à la dissension pour les ados de toutes générations, dans la chanson Another Brick in the Wall, Part 2.À chaque pas de l\u2019existence, une brique de plus dans le mur.Existe-t-il une vie «outside the wall»?Waters répond oui : le mur tombe, et le disque s\u2019achève dans l\u2019espoir pour chacun d\u2019échapper à sa prison.L\u2019enregistrement fut également une épreuve, la fiction n\u2019étant jamais loin de la réalité : Waters menait l\u2019affaire, à la fois victime et bourreau, et le claviériste Rick Wright fut congédié en cours de route (et devint\u2026 salarié !).Pink Floyd allait, c\u2019est le cas de le dire, frapper un mur.Waters quitta finalement le groupe en 1985.Mais pas avant la brève et spectaculaire tournée de 1980 (où, pour la première fois sur scène, un mur fut littéralement construit brique par brique entre le groupe et le public).Et surtout, pas avant la transposition au cinéma.The Wall, le film Le réalisateur Alan Parker et le dessinateur Gerald Scarfe (qui avait créé les caricatures monstrueuses pour les séquences d\u2019animation) élevèrent l\u2019œuvre de Waters et Pink Floyd à son statut culte.Je me souviens encore à quel point, en 1982, nous sor tions per turbés du ci - néma, à quel point les animations nous faisaient comprendre comment une société peut déraper dans le fascisme, à quel point les images d\u2019enfants tombant dans le hachoir à viande étaient marquantes.Autant les versions du double album demeuraient définitives (The Wall, c\u2019est AUSSI le solo de guitare de David Gilmour dans Comfortably Numb), autant le film se gravait à vie dans les mémoires.The Wall, après Pink Floyd Dif ficile d\u2019aller plus loin dans la métaphore, dans l\u2019allégorie.C\u2019est dans le vrai monde que The Wall devint une sorte de symbole universel de la quête de liber té.En juillet 1990, peu après le démantèlement du mur de Berlin, Waters et tout un tas d\u2019invités prestigieux \u2014 Joni Mitchell, Van Morrison, Marianne Faithfull, Sinead O\u2019Connor, bien d\u2019autres \u2014 jouèrent The Wall pour 350 000 personnes amassées près de la por te de Brandebourg.C\u2019est ce que Waters se propose de refaire près de la frontière américano-mexi- caine.Avec d\u2019autres invités.S\u2019étant approprié l\u2019œuvre pour de bon, Roger Waters a ravivé The Wall à maintes occasions, intégrant les pièces de résistance à chaque tournée, et présentant The Wall \u2014 Live depuis 2010.Trois soirées au Centre Bell en témoignent, où des projections à grandeur d\u2019amphi évoquaient les guerres de toutes époques, jusqu\u2019aux attentats terroristes du nouveau millénaire, allant jusqu\u2019à lier Hitler et George W.Bush dans le même por trai t .Récemment, c \u2019est « Fuck Trump and his wall » que l \u2019on put lire sur le cochon gonflable que l\u2019on fait voler depuis la tournée de l\u2019album Animals, celle qui s\u2019ar rêta au Stade olympique.La per tinence du propos, comprend-on, n\u2019a jamais été aussi grande.Et la nécessité de faire résonner The Wall, partout où l\u2019on veut ériger des murs, de plus en plus impérative.Comment ne pas entendre ces mots dans toute leur impensable actualité ?« Mother should I build a wall / Mother should I run for president / Mother should I trust the go- verment »\u2026 Le Devoir ANOTHER BRICK IN THE WALL L\u2019OPÉRA Paroles et musique de Roger Waters Version lyrique composée par Julien Bilodeau Conception et mise en scène de Dominic Champagne Par l\u2019Opéra de Montréal À la Salle Wilfrid-Pelletier, du 11 au 27 mars SUITE DE LA PAGE E 1 WALL M É L A N I E C A R P E N T I E R «T ant que les lions n\u2019auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur », écrit Kar- thika Naïr en exergue d\u2019Until the Lions : Echoes of the Mahabharata (Harper Collins India).Dans cet ouvrage, la poète indienne propose une relecture de la grande épopée en se centrant sur ses personnages féminins, « lionnes » laissées-pour-compte, dont les conteurs chantent rarement les louanges.Dans sa dernière création, Akram Khan s\u2019inspire directement de cette relecture féministe du Mahabharata, récit mythique ayant bercé son enfance.Né à Londres de parents bangladais, très jeune, le danseur a été exposé à ce texte millénaire dont l\u2019action remonte à une ère préchré- tienne où cohabiteraient les hommes et les divinités de l \u2019hindouisme.À l \u2019âge de 13 ans, Akram Khan prendra d\u2019ailleurs par t à la célèbre mise en scène de Peter Brook.Depuis, les motifs et la philosophie du Mahabharata ont continuellement habité les créations du chorégraphe (Ronin, Vertical Road, DESH) aujourd\u2019hui interna- tionalement consacré.«L\u2019Histoire est souvent écrite par les vainqueurs, rarement par les vaincus », af firme le chorégraphe à l\u2019autre bout du fil.Les vaincues du Mahabharata, ce sont ces femmes restées dans l\u2019ombre des héros masculins glorifiés à travers les temps.Père d\u2019une petite fille, le danseur de 41 ans a été interpellé par les rôles assignés aux femmes dans ce récit fondateur de la culture indienne : « Ma mère a toujours été une fervente féministe et j\u2019ai grandi proche de ses valeurs.Mais c\u2019est surtout après la naissance de ma fille que j\u2019ai ressenti le besoin d\u2019entrevoir ce monde selon une perspective féminine.» Un point de vue qui lui paraît essentiel, surtout à l\u2019heure où il désire transmettre les légendes du Mahabharata à sa fille.Until the Lions est donc né du besoin de réhabiliter l\u2019histoire d\u2019Amba, jeune princesse enlevée le jour de ses noces et offerte en mariage à un autre homme.Celle dont le destin a été volé défiera la condition assignée à son sexe pour mieux se venger de son ravisseur, Bheeshma (incarné par le chorégraphe sur scène).L\u2019artiste resserre l\u2019histoire autour de cette héroïne dépeinte de manière négative dans les narrations traditionnelles : « J\u2019ai toujours été fascinée par Amba.C\u2019est un personnage traité très injustement et souvent montré sous un jour négatif parce qu\u2019elle se confronte au mâle alpha et remet en question son pouvoir.Pour tant, si on y regarde de plus près, elle ne fait que se battre pour ses droits et pour que justice lui soit rendue», explique le chorégraphe.Brouillage des frontières Dans cette relecture moderne de la légende d\u2019Amba, il partage la scène avec deux interprètes, Ching-Ying Chien et Christine Joy Ritter, ainsi qu\u2019un groupe de musicien.À travers le kathak, danse traditionnelle de l\u2019Inde \u2014 présente depuis toujours dans son bagage chorégraphique et son esthétique \u2014, il souhaite explorer la notion et l\u2019expression physique des genres, et mieux brouiller les frontières entre le féminin et le masculin.A-t-il l\u2019impression d\u2019avoir touché à un tabou culturel en plaçant cette femme au centre de la narration et en transgressant les normes assignées aux genres ?« Encore aujourd\u2019hui, autant en Orient qu\u2019en Occident, nous vivons dans un monde où le mâle alpha prédomine, répond-il.Les poèmes de Kar thika Naïr reflètent comment les femmes ont longtemps été, et sont toujours perçues, dans les sociétés orientales.Je pense que nous devons mesurer et examiner les dangers qui découlent des sociétés inégalitaires [imbalanced].Mais on ne peut pas non plus prétendre que l\u2019Occident soit complètement neutre.Bien sûr, il y a toujours pire ailleurs, mais je pense qu\u2019Until the Lions présente une réflexion qui s\u2019adresse à toutes les cultures.Partout, les inégalités entre les sexes sont profondément présentes et ancrées.» Réputé pour ses talents de conteurs, Akram Khan conçoit la danse avant tout comme une manière de partager et de transmettre des histoires: «Mon travail n\u2019est jamais littéral, parfois assez abstrait.Il y a surtout une profondeur d\u2019intention dans les gestes.J\u2019essaie d\u2019aller à l\u2019essentiel, de capturer l\u2019essence de cette histoire qui se résume à l\u2019enlèvement, à la trahison et à la revanche de cette femme.» Composée à l\u2019origine pour la scène circulaire du théâtre londonien Roundhouse, il lui a fallu aborder cette pièce à 360 degrés et sans coulisses : « C\u2019était un grand défi, mais aussi une façon idéale d\u2019approcher la matière du Mahabharata en revenant aux sources d\u2019une tradition ancienne, celle des théâtres antiques.Cela m\u2019évoque aussi l\u2019image d\u2019individus regroupés en cercle autour du feu, endroit où se transmettaient les histoires.» À Montréal, Until the Lions prendra place sur la scène de la Tohu, membre du Réseau 360°.Le Devoir UNTIL THE LIONS Chorégraphie : Akram Khan.Avec Khan, Ching-Ying Chien et Christine Joy Ritter.Présentée par Danse Danse à la Tohu, du 17 au 25 mars.DANSE Akram Khan et les figures de l\u2019ombre du Mahabharata JEAN LOUIS FERNANDEZ À travers le kathak, danse traditionnelle de l\u2019Inde, Akram Khan explore l\u2019expression physique des genres.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Roger Waters a ravivé The Wall à maintes occasions, intégrant les pièces de résistance à chaque tournée. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 6 DE VISU C U L T U R E ÊTRE LA PORTE QUI S\u2019OUVRE Marie-Claire Blais Galerie René Blouin, jusqu\u2019au 18 mars POUSSIÈRE DE CRÉPUSCULE, OU DEVENIR JOUR Andréanne Godin Galerie Nicolas Robert, jusqu\u2019au 1er avril 10, rue King, Montréal M A R I E - È V E C H A R R O N D ans les expositions de Marie-Claire Blais et d\u2019Andréanne Godin se jouent, à di f férents égards, plusieurs traversées de frontières qui ravissent les sens et stimulent l \u2019esprit.Alors que la première s \u2019achève dans une semaine et que l\u2019autre vient de s\u2019amorcer, la concomitance, non préméditée, des deux exposit ions voisines vaut le détour.Blais poursuit depuis quelques années un travail d\u2019abstraction qui prend forme cette fois dans une série de toiles déclinant des motifs de trames aux couleurs contrastées et géométriquement découpées.Audacieuse, la palette se résume aux teintes de rouge et de bleu révélées dans une variété de tons subtils.Seuls ou réunis en diptyque, les tableaux ont été secrétés par un processus similaire à qui profite la répétition.Les compositions découlent peut-être de patrons esquissés à l\u2019ordinateur, mais elles reposent sur des manipulations ar tisanales maîtrisées, qui combinent des pochoirs en jute et des pigments vaporisés.Sur la trame blanche et serrée de la toile, s\u2019organise le motif de cette autre trame bicolore, ajourée et floue par endroits, traçant des l ignes de perspective.Des fibres ont été soustraites du tissu, défaisant le programme initial de la trame de jute, pour faire émerger des constructions nouvelles, produites par des couches superposées de pigment.Dessiner, peindre et construire ainsi avec le tissu donne aux œuvres de grand format une parenté avec les vêtements et l\u2019architecture, ou plus fondamentalement avec la façon dont le corps occupe l\u2019espace, tissé avec ce qui l\u2019entoure.Impossible de rester à distance devant ces sur faces aux propriétés immersives qui multiplient les ef fets de transparence, d\u2019ouverture et de mouvement.Le recours au textile dans leur genèse refuse en ef fet aux tableaux leur confinement au regard seul.Les sens tactile et haptique s\u2019adjoignent vir tuellement dans l \u2019expérience, phénomène aussi obser vé dans la série présentée en 2015, Tracé d\u2019un clair-obscur, où le jute se faisait sculpture et le plâtre, tableau.Ici et là, dans les troués suggérés, s\u2019installent d\u2019heureuses ambiguïtés et tensions dont les aspects ne sont pas que formels.Aboutie, la proposition évoque des espaces oscillant entre l\u2019intimité et le public, le lointain et le proche, comme autant d\u2019états transitoires of fer ts à la matière et à l\u2019esprit.Andréanne Godin Pour son association avec le voyage qu\u2019elle rend possible dans la mémoire et les souvenirs, la promenade dans la nature est un motif récurrent dans la pratique d\u2019An- dréanne Godin.Elle le fait par ailleurs au moyen du dessin, qu\u2019elle cherche aussi à déplacer, en le faisant sortir de ses frontières habituelles.L\u2019exposition en cours confirme cette voie, et peut-être même, à la limite de l\u2019abus, une stratégie assumée.Aucun dessin, en ef fet, n\u2019est pour ainsi dire à sa place.Pour l\u2019un d\u2019eux, le sup- por t papier s\u2019avachit depuis un mât ; pour un autre, i l s \u2019étend de guingois sur le squelette d\u2019une table alors que celui qui est proprement encadré se tient en équilibre dans le coin d\u2019un mur.Ce qu\u2019ils font voir réserve d\u2019autres incongr uités, qu\u2019i ls soient morceaux de nature ou fragments d\u2019architecture : une roche flotte, un pan de mur refuse la ver ticalité ou l\u2019illusion des reflets de la lumière s\u2019évanouit contre l\u2019opacité du support.Même le graphite, que l\u2019artiste emploie en poudre pour dessiner, s\u2019incar ne par endroits en sculptures miniatures.Leur titre en latin désigne le détail d\u2019un peuplier ou d\u2019un thuya, des figures incomplètes qui, i l s \u2019en faut peu, pour raient four nir la poussière devant représenter un jour en dessin d\u2019autres de leurs congénères.L\u2019incomplétude des f igures tout comme les traces laissées par le ruban adhésif sur les surfaces rappellent que le sujet de ces dessins est presque avant tout le processus de leur exécution.Cette logique sous-tend un autre ensemble de dessins dont les qualités sont époustouflantes.Le pigment violet, qui unit la série par une monochromie riche en nuances, en est principalement responsable.Les images font voir Une promenade avec Pierre tel un moment magique pendant lequel le regard s\u2019est posé sur une nature rendue singulière par la lumière et les points de vue adoptés.Godin transmet avec sensibilité une expérience qu\u2019elle dit avoir vécue lors de sa résidence à la Josef and Anni Albers Foundation.Dans une forêt du Connecticut, le contexte qui a vu naître les œuvres de l \u2019expo alimente cer tes des réminiscences personnelles, mais ne s\u2019y limite pas, tant les dessins sont informés de références ar tistiques judicieusement décantées.Collaboratrice Le Devoir États transitoires Traversées de frontières avec les expos de Marie-Claire Blais et d\u2019Andréanne Godin L\u2019ART DE LA JOIE mnbaq.org Jusqu\u2019au 14 mai 2017 Découvrez l\u2019exposition centrale présentée au pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec.Des artistes d\u2019ici et d\u2019ailleurs vous en mettront plein la vue ! Cet hiver\u2026 venez célébrer l\u2019Art de la joie au MNBAQ ! Réalisée en collaboration avec Réalisée avec le soutien du Service de Coopération et d\u2019Action Culturelle du Consulat Général de France à Québec GUY L\u2019HEUREUX Cariatide : «My Ovaries Told Me That I\u2019m Ugly», bois, 2014 L\u2019UTILITÉ DE L\u2019INUTILITÉ Steffie Bélanger Maison des arts de Laval, jusqu\u2019au 23 avril 1395, boulevard de la Concorde J É R Ô M E D E L G A D O Absurdes, totalement absurdes.Un brin ludiques, aussi, et peut-être audacieusement dangereuses, au point d\u2019émettre des avertissements du genre « risque de chute ».Les sculptures réunies à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval appellent à mettre de côté bien des principes.Elles sont l\u2019œuvre de Steffie Bélanger, une jeune artiste avec du front tout le tour de la tête, diplômée en 2013 de l\u2019Université Concordia et au- jourd\u2019hui étudiante à la maîtrise à l\u2019UQAM.Rationnels et sérieux, ou obsédés de sécurité, cette exposition n\u2019est pas pour vous.L\u2019expo s\u2019intitule L\u2019utilité de l\u2019inutilité et respire le même air que bien de mouvements contestataires, artistiques ou non.Moins exubérant, le cynisme de Steffie Bélanger peut paraître plutôt lisse aux côtés de Dada, des pataphysiques et autres foulosophes.Or, c\u2019est justement le côté soigné et propret de ce travail qui lui donne sa fraîcheur, sa déconcertante fraîcheur.Les dix sculptures, toutes en bois, sauf une, se présentent comme des modules à expérimenter, ou comme des « prêts-à-por ter ou des prêts à per former », selon la commissaire Manon Tourigny.L\u2019ar t par ticipatif de Stef fie Bélan- ger n\u2019a rien à voir toutefois avec la culture multimédia qui fait la norme aujourd\u2019hui dans le monde des expositions dites interactives.Ses machines reposent sur un mécanisme tout simple, qu\u2019elles prennent racine dans le mouvement, dans l\u2019équilibre ou dans les deux à la fois.Si le visiteur est appelé à l\u2019occasion à se ser vir seulement de ses mains, dans la plupart des cas, c\u2019est tout le corps qui doit s\u2019engager.Ce n\u2019est pas pour rien si la salle Alfred-Pellan a des airs de gymnase.Composé d\u2019un haut tabouret, l\u2019œuvre Toi & moi, ça va nulle part exige que l\u2019on se plie en deux pour laisser les pieds et bras suspendus.« Essayez de rester au moins deux minutes », dit le manuel d\u2019instructions au sujet de cette «position très inconfor table qui coupe le souffle ».Prêt à dérailler?L\u2019utilité de l\u2019inutilité puise son titre chez le philosophe italien Nuccio Ordine (L\u2019utilité de l\u2019inutile, Les Belles Lettres), un ouvrage critique de la productivité et de la rentabilité.Steffie Bélanger place l\u2019expérimentation réelle et physique au cœur de sa résistance à la production de capital.Ça ne vient pas sans dangers.Une machine peut dérailler, si on la fait aller trop vite.Une autre grincera, mais c\u2019est voulu.Celle qui s\u2019intitule Ma- thémagie et Odeur de cèdre, sur laquelle il faut coller le nez, est « déconseillé[e] aux personnes qui détestent l\u2019odeur de cèdre».Pleine d\u2019humour, faussement moralisatrice, l\u2019expo livre plus d\u2019un constat sur une époque qui veut toujours aller trop vite, qui accepte mal les imperfections, qui est excessivement aseptisée.Celle qui ne tolère pas les excentricités\u2026 y compris les émanations, même de cèdre! Sculptures pour un individu à la fois, excepté deux d\u2019entre elles qui exigent de «se trouver un partenaire», les œuvres proposent une série d\u2019actions, toutes aussi loufoques les unes que les autres.Si elles ne s\u2019adressent pas à tout le monde \u2014 ceux qui mesurent au-delà de 1,70 mètres et les claustrophobes ne sont pas invités à entrer dans la boîte de Cariatide\u2026 \u2014, le modus operandi est d\u2019une grande simplicité.Il suffit d\u2019être prêt à jouer le jeu.Se laisser glisser à plat ventre sur un tapis roulant ou se déplacer couché sur une table à la solidité douteuse demande une grande volonté.C\u2019est de l\u2019art extrême, comme il existe du sport extrême.Si les deux sont d\u2019une égale inutilité, pourquoi l\u2019un serait-il moins acceptable que l\u2019autre?Des dessins instructifs, une vidéo démonstrative et la suggestion d\u2019un parcours sont aussi présents sur les murs de la salle.Mais c\u2019est le petit carnet rouge (clin d\u2019œil aux «Plus hautes instructions» de Mao?) qui est l\u2019outil indispensable à l\u2019exposition.À noter, aussi, qu\u2019il est fortement conseillé de se déchausser.Collaborateur Le Devoir À hauts risques De l\u2019art extrême, comme il existe du sport extrême www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Faites-vous la saison belle ! Soyez au rendez-vous le dimanche 26 mars à MONTRÉAL pour les primeurs de l\u2019été et de l\u2019automne : festivals de musique, expositions, circuits thématiques.ANDRÉANNE GODIN À l\u2019aurore, Andréanne Godin CULTURE > CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 7 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ?Combat ?au bout de la nuit ?En cavale ?Ma vie de ?Courgette Ven.Sam.Lun.-Jeu.18 h Dim.16h de SYLVAIN L\u2019ESPÉRANCE Ven.-Dim.14 h 30 de CLAUDE BARRAS Sam.16 h de MATHIEU ARSENAULT RÉPARER LES VIVANTS ?Drame de Katell Quillévéré.Avec Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Tahar Rahim, Bouli Lanners, Monia Chokri, Alice Taglioni, Dominique Blanc.France, 2016, 100 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E «J e suis profondément désolé, mais je ne peux pas vous dire autre chose : votre fils est mor t.C\u2019est la réalité, et il faut l\u2019entendre.» Ces paroles terribles, tous les parents redoutent de les entendre un jour.Ceux qui les reçoivent dans le film Réparer les vivants sont à juste titre dévastés, mais le récit n\u2019en est en l \u2019occur rence qu\u2019au commencement.De fai t , cette mort tragique pourrait se muer en renaissance pour une malade en attente d\u2019une gref fe cardiaque.Adapté du roman à succès de Maylis de Kerangal, le troisième film de la cinéaste Katell Quillé- véré s\u2019intéresse cer tes aux destins croisés d\u2019un groupe de vivants, mais i l relate d\u2019abord le parcours de ce cœur qui bat toujours.Que de force, que de maturité dans ce film douloureux mais lumineux néanmoins.Inhérente à la prémisse, la charge émotionnelle considérable aurait pu engendrer une approche larmoyante, appuyée en ef fets dramatiques et en musique.Katell Quillévéré va aux antipodes.Passé un prologue aux allures de fugue poétique avec Simon, un tout jeune sur feur qui sera fauché sur la route au petit matin, la mise en scène maintient une facture quasi documentaire à l\u2019hôpital et en dehors.Cela étant, la cinéaste insuffle une grâce dans cette grisaille, entre autres par le recours à des fulgurances mémorielles dont la vitalité évoque ledit prologue.Le mouvement d\u2019ensemble impressionne par sa vir tuo- sité, tant sur la page (adaptation de Gilles Taurand, Les roseaux sauvages, Le temps retrouvé) qu\u2019à l\u2019image.Por tée par une caméra d\u2019une infinie souplesse, la mécanique de la réalisation ne trahit jamais ses rouages.Situation paradoxale Tandis que le cœur de Simon quitte sa poitrine afin d\u2019aller continuer de battre dans une autre, Quillévéré s\u2019attarde sur les visages, longuement.Ceci, afin de donner le temps à ses interprètes \u2014 tous fabuleux d\u2019authenticité \u2014 de vivre chaque moment.En retour, le spectateur ressent tout avec eux : l\u2019incompréhension, le désarroi, la peine immense, l\u2019espoir aussi.Par ticulièrement riche, la galerie de rôles de soutien bénéficie de choix de distribution inspirés : Monia Chokri (Je suis à toi) une infirmière en éveil amoureux, Tahar Ra- him (Un prophète) un médecin coordonnateur, Bouli Lan- ners (Louise-Michel) son mentor, Dominique Blanc (La reine Margot) une cardiochi- rurgienne, Alice Taglioni (La doublure) une ex-amoureuse qui revient\u2026 À l\u2019avant-scène, Emma- nuelle Seigner (La Vénus à la fourrure), la mère éplorée, et Anne Dorval (Mommy), la patiente en attente, sont toutes deux extraordinaires.À travers leurs regards et leurs silences, on suit l \u2019évolution d\u2019une situation paradoxale.En cela que la continuation d\u2019une vie dépend de la mort d\u2019autrui : une autre « réalité » entendue dans un film qu\u2019il faut avoir vu.Le Devoir Ce cœur qui bat Katell Quillévéré relate de manière poignante et vraie l\u2019histoire d\u2019une greffe cardiaque AXIA FILMS Que de force, que de maturité dans ce film douloureux mais lumineux néanmoins.O D I L E T R E M B L A Y I l fut un veuf inconsolable dans Ne le dis à personne de Guillaume Canet, un riche handicapé dans le populaire Intouchables d\u2019Olivier Nakache et Éric Toledano.Présent au cinéma français depuis le début des années 80, de Round Midnight de Bertrand Tavernier au Domaine perdu de Raoul Ruiz, en passant par Trop belle pour toi de Bertrand Blier et À l\u2019origine de Xavier Giannoli, François Cluzet aime se renouveler.Il apprécie aussi le travail d\u2019équipe où chacun se renvoie la balle sans chercher à l\u2019accaparer.L\u2019acteur français précise avoir connu une carrière en montagnes russes avec creux précédant sa remontée en cote.Ne le dis à personne en 2006 lui valut un César d\u2019interprétation, puis Intouchables fut le tremplin pour les lendemains qui chantent.L\u2019acteur engagé s\u2019offre des sor ties publiques contre le racisme, comme aux derniers César.Le voici désormais partout.Jamais il n\u2019avait joué dans un polar politique auparavant.Perspective à ses yeux stimulante.Dans La Mécanique de l\u2019ombre de Thomas Kruithof, le voici transformé en figure kafkaïenne, dont des forces mystérieuses tirent les ficelles.Employé de bureau en chômage au sortir d\u2019un burn out, une mystérieuse organisation l\u2019embauche pour retranscrire à la machine des écoutes électroniques de puissants personnages, jusqu\u2019à ce que tout se morpionne.Dans l\u2019air du temps « Ce type d\u2018intrigue est dans l\u2019air depuis longtemps, faisait-il remarquer en janvier à Paris.Il y a eu l\u2019affaire Snowden, Wi- kileaks, maintenant les problèmes de Trump avec la Russie, les écoutes électroniques.Comme dans le film, les services secrets russes ont acheté des machines à écrire pour remplacer les documents numériques qui ont trop de fuites.» Source d\u2019inspiration également : la crise des otages français au Liban et autres complots d\u2019espionnage propices à alimenter un film de ce genre.Thomas Kruithof, qui réalise ici un premier long métrage, voyait l\u2019occasion d\u2019aborder les troubles coulisses du pouvoir, et trouvait chez Cluzet l\u2019acteur susceptible d\u2019épouser les par ts d\u2019ombre d\u2019un rouage souterrain.« Le cinéaste avait déjà fait un court métrage, après avoir travaillé dans le numérique, précise François Cluzet.C\u2019est un cinéphile qui a appris le métier en écrivant.Il s\u2019est inspiré aussi du roman de Patrick Süs- kind Le pigeon sur la vie soudain bouleversée d\u2019un employé de banque.Kruithof a mis sept ans à écrire ce scénario très documenté.Ça m\u2019intéressait d\u2019entrer dans ce monde secret à la John le Carré.Mon personnage de monsieur Duval est un type mal pris, donc fragilisé, mutique, pion instrumen- talisé qui encaisse, maillon d\u2019une chaîne qui va l\u2019étrangler.Mais c\u2019est en relevant la tête, quand sa vie est en jeu, qu\u2019il va devenir un homme.J\u2019aime le puzzle du film et la psychologie de l\u2019homme écrasé forcé à évoluer.» Le scénario lui plaisait donc, comme la perspective de donner la réplique aux excellents acteurs que sont Denis Poda- lydès, Sami Bouajila et Simon Abkarian.« Sur le plateau, Thomas Kruithof était tellement préparé, que toutes ses directives devenaient précises, acérées.Du coup, on jouait sur une fine partition.» On a vu dernièrement François Cluzet dans Médecin de campagne de Thomas Lilti, aux côtés de Marianne Deni- court.Il vient de terminer le tournage de L\u2019École buissonnière de Nicolas Vanier en Sologne, ode à l\u2019enfance des années 30, se prépare à plonger dans Normandie nue de Philippe Le Guay, pour entrer dans la peau d\u2019un agriculteur.Réaliser lui-même un film?«Il faudrait que j\u2019aie une très bonne histoire», répond-il dubitatif.Le Devoir Cette entrevue a été réalisée à Paris dans le cadre des Rendez-vous d\u2019Unifrance.François Cluzet en pion d\u2019une machine infernale Il est le héros de La mécanique de l\u2019ombre de Thomas Kruithof TVA FILMS Thomas Kruithof a trouvé en François Cluzet (photo) l\u2019acteur susceptible d\u2019épouser les parts d\u2019ombre d\u2019un rouage souterrain. CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 1 E T D I M A N C H E 1 2 M A R S 2 0 1 7 E 8 C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ LES INNOCENTES d\u2019Anne Fontaine (FR-PL) V.O.F.S.-T.F.Le lundi 13 mars | 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC LOU DE LAÂGE, AGATA BUZEK ET AGATA KULESZA IQALUIT ?1/2 Drame de Benoît Pilon.Avec Marie-Josée Croze, Natar Unga- laaq, François Papineau, Christine Tootoo.Québec, 2017, 102 minutes.A N D R É L A V O I E I l faut parfois perdre le nord pour mieux se retrouver.C\u2019est, en substance, la démonstration établie par Benoît Pilon dans Iqaluit, plantant sa caméra au cœur d\u2019un territoire qu\u2019il connaît depuis longtemps et dont la fascination a inspiré quelques-uns de ses meilleurs films (Ce qu\u2019il faut pour vivre, Des nouvelles du Nord).Ce retour aux sources, après une échappée urbaine aux accents désespérés (Décharge), s\u2019effectue au milieu d\u2019un paysage plus lunaire que polaire, à une époque de l\u2019année qui ressemble ni à l\u2019été ni à l\u2019hiver \u2014 du moins d\u2019un point de vue de gens du Sud.Cet entre-deux en demi-teintes, accentué par l\u2019architecture fonctionnelle de la capitale du Nunavut, décrit avec justesse l\u2019état d\u2019esprit de personnages empêtrés dans leurs contradictions, leurs démons intérieurs (ceux créés par les pensionnats autochtones et l\u2019alcoolisme) et leur deuil (dont celui, le plus cruel, des illusions amoureuses).Une sculpture représentant un chasseur inuit devient le fil d\u2019Ariane de l\u2019héroïne éplorée, une femme élégante dont la présence en ces contrées constitue une anomalie.En fait, l\u2019arrivée de Carmen (Marie-Josée Croze, émouvante sans jamais forcer la note) s\u2019effectue au lendemain d\u2019un accident impliquant son conjoint Gilles (François Papineau), un travailleur saisonnier dont le cœur semblait partagé entre son épouse et une jeune femme des environs, Ani (Christine Tootoo).À son arrivée, Carmen comprend que cette tragédie camoufle des trahisons, et sa détermination à remuer les pierres va secouer cette communauté tissée serré.Même Noah (Natar Ungalaaq), le meilleur ami de Gilles et véritable figure de sagesse, sera un allié aux silences pesants.Présence de l\u2019absence Point d\u2019exotisme de pacotille pendant cette escapade, si ce n\u2019est un perpétuel sentiment d\u2019étrangeté, la caméra se rangeant résolument du côté des « Blancs », observant à distance cer tains rituels, dont un festin autour d\u2019un phoque éviscéré ou une pêche fr uctueuse devant laquelle Carmen n\u2019éprouve qu\u2019ennui.Le caractère si peu familier de cet environnement est accentué par d\u2019éloquentes transitions sonores entre musique pop et chants traditionnels, bruits assourdissants de machinerie et douces plages de tranquillité, celles d\u2019un espace à l\u2019horizon infini baigné aussi par la musique mélancolique de Robert M.Lepage.Cette quête aux allures d\u2019enquête apparaît vite comme une recherche plus délicate, le récit égrenant avec parcimonie des éléments troubles du passé du défunt.Ainsi, pas de révélations fracassantes, mais la construction subtile et patiente de la vie d\u2019un absent dont la présence se fait partout sentir, et dont les choix, ou les égarements, ne seront pas sans conséquence pour ce petit monde situé loin du nôtre.C\u2019est de cela que parle Iqaluit, mais aussi de ces voyages forcés au fond de nous-mêmes, là où les découvertes sont parfois plus étranges que certaines coutumes, et plus désta- bilisantes que les journées perpétuellement ensoleillées.Même si, comme l\u2019illustre avec sensibilité Benoît Pilon, il est là aussi difficile d\u2019y voir clair.Collaborateur Le Devoir Perdre le nord, et se retrouver Dans Iqaluit, une femme éplorée fait la lumière sur une cruelle vérité F R A N Ç O I S L É V E S Q U E Sortie en 2011, la comédie Goon: dur à cuire, qui relate les péripéties de Doug Glatt, un bagarreur professionnel de ligue mineure de hockey, a connu un beau succès.Aussi simplet qu\u2019attachant, Doug est de retour dans Goon: le dernier des durs à cuire.On l\u2019y suit dans sa nouvelle situation matrimoniale à l\u2019heure où son corps meurtri le force à contempler un avenir incertain.À la fois satire et assaut, le film ne fait pas dans la dentelle: tant sa violence que son humour, tous deux volontairement outrés, sont «rentre-dedans».L\u2019acteur Jay Baruchel, qui reprend son rôle de meilleur ami de Doug (Seann William Scott), a une fois de plus coécrit le scénario avec Jesse Chabot, signant en outre sa première réalisation.Ardent partisan des Canadiens de Montréal, il suit de près le débat au long cours sur la violence au hockey sans laquelle son film n\u2019existerait pas.«La bagarre: est-ce bien ou est-ce mal?Poser la question en ces termes, c\u2019est trop simpliste.Ce débat ne peut pas être binaire.La réalité est plus complexe.Jesse et moi serions hypocrites de déclarer que nous trouvons que la violence au hockey, c\u2019est mal, tout en proposant un film comme celui-ci.Mais par contre, ce serait complètement irresponsable de notre part de ne pas montrer les conséquences de cette violence.Nous nous sommes donc évertués à placer cet enjeu dans une zone grise.Vous êtes contre la violence?Vous allez trouver matière à vous conforter dans votre position.Même chose si, à l\u2019inverse, vous estimez que la bagarre est incontournable.» Comme le dit le personnage du coéquipier incarné par Marc-André Grondin: «Pour éviter l\u2019extinction, une espèce doit évoluer.» La remarque pourrait s\u2019appliquer aux bagarreurs professionnels.S\u2019agit-il d\u2019une espèce devant évoluer dans l\u2019écosystème qu\u2019est le hockey?Rentre-dedans Faut-il le préciser, ces considérations ne sauraient distraire du fait qu\u2019on est en présence d\u2019une franche comédie.Entre vulgarité et absurdité, le film, qui fait fi de la rectitude politique, va très loin.«C\u2019est un fait méconnu, mais les Anglo-Cana- diens sont ceux qui jurent le plus de tous les peuples anglophones.Je porte ça et j\u2019assume ça, mais j\u2019ai aussi comme influence la tradition comique britannique.Je me revois, à 8 ans, écouter Monty Python and the Holy Grail avec mes parents, et eux qui appuient sur pause toutes les cinq minutes pour m\u2019expliquer à quoi tel gag fait allusion, pourquoi c\u2019est drôle, etc.» Déjà à cette époque, Jay Baruchel voulait réaliser des films, un rêve que ses parents, là encore, l\u2019ont encouragé à poursuivre.«Lorsque j\u2019ai commencé à jouer à 12 ans, ma mère m\u2019a expliqué qu\u2019un plateau de tournage constituait la meilleure école de cinéma au monde.C\u2019est dire que j\u2019apprends ce métier depuis 23 ans.» Un million de petites morts La carrière d\u2019acteur de Jay Baruchel va en l\u2019occurrence très bien, notamment du côté d\u2019Hollywood, avec célébrité assortie.Dès lors, on peut se demander pourquoi il a mis si longtemps avant de passer derrière la caméra.« J\u2019attendais le bon projet.Michael Dowse, qui a réalisé le premier Goon, devait réaliser le second.Jesse et moi avons écrit la suite dès 2012, pour lui.Mais le temps qu\u2019on réunisse les capitaux et que la production se mette en branle, ça n\u2019a plus été possible.C\u2019est toujours comme ça : chaque film est un miracle, et la plupar t des films meurent un million de petites morts avant de finalement voir le jour.Ç\u2019a été le cas ici, et c\u2019est parce que Seann et Marc-André m\u2019ont encouragé et ont insisté que j\u2019ai décidé de faire le saut.Je suis content d\u2019avoir attendu, parce que, oui, c\u2019était le bon projet.» Le Devoir Goon : le dernier des durs à cuire prend l\u2019affiche le 17 mars.ENTREVUE Gladiateurs sur glace La suite de Goon, entre satire et assaut, remet en question la violence au hockey KONG: SKULL ISLAND ?1/2 Aventures de Jordan Vogt-Roberts.Avec Tom Hidles- ton, Brie Larson, Samuel L.Jackson, John C.Reilly, John Goodman, Corey Hawkins, Toby Kebbell et Terry Notary.États-Unis, 2017, 118 minutes.M A N O N D U M A I S La technologie s\u2019est prodigieusement améliorée depuis l\u2019apparition de ce bon vieux King Kong en 1933.Hélas! On ne saurait en dire autant de l\u2019imagination des bonzes de Hollywood.Bien qu\u2019il ne soit pas un remake, comme l\u2019imposant King Kong de Peter Jackson en 2005, mais plutôt un «reboot», ce film d\u2019aventures campé en 1973 de Jordan Vogt-Roberts (Les rois de l\u2019été) ne pèche pas par originalité.Et vous savez quoi?Trois ans après le Godzilla de Gareth Edwards, dont l\u2019action se déroulait en 1999, Kong: Skull Island met la table pour Godzilla: King of Monsters (2019) et Godzilla vs.Kong (2020).Prière de ne pas quitter la salle avant le générique si vous voulez un avant- goût des prochains volets \u2014 où l\u2019on rencontrera notamment Rodan, Mothra et King Ghidorah.Plutôt que de suivre une équipe de cinéma sur une île inexplorée du Pacifique, Kong : Skull Island nous entraîne dans ce même endroit en compagnie cette fois d\u2019une bande d\u2019aventuriers formée de scientifiques (John Goodman, Corey Hawkins, etc.), de militaires (Samuel.L.Jackson, Toby Kebbell, etc.), d\u2019un explorateur (Tom Hiddleston) et d\u2019une photographe (Brie Larson).À peine arrivés sur l\u2019île, ils y découvriront que celle-ci est habitée par un gorille d\u2019une trentaine de mètres appelé Kong par la population locale (Terry Notary).Ils y croiseront également un soldat ayant échoué en 1944 dans cet univers rappelant celui de Parc jurassique à la rencontre de Platoon (John C.Reilly).Tandis que Goodman et Jackson font la gueule, que Reilly fait le clown, que Hiddleston fait le beau, que Larson fait semblant de prendre des photos et trouve toujours l\u2019accessoire parfait pour se sortir du pétrin, Kong: Skull Island illustre sans finesse que l\u2019Homme est un indécrottable colonisateur.Entre les spectaculaires attaques de méchantes bêtes géantes \u2014 eh non, Kong ne vit pas seul sur cette île! \u2014, les scénaristes en profitent pour truffer les dialogues, sommaires au demeurant, de quelques considérations écologiques.Afin de rappeler à tout moment qu\u2019on est bien dans les années 1970, on nous sert en vrac des succès de Jefferson Airplane, de CCR et de David Bowie.Évidemment, s\u2019installe très tôt une tension sexuelle entre le séduisant explorateur et la photographe bien moulée dans sa camisole.Enfin, à défaut de pouvoir s\u2019extasier sur la complexité du récit, lequel est mené tambour battant, et la psychologie des personnages \u2014 ça vous étonne ?\u2014, on pourra se rabattre sur les effets spéciaux remarquables.Collaboratrice Le Devoir Au pays des géants En attendant Godzilla et Mothra, King Kong se fait éclater la gueule sur son île FILMS SÉVILLE Liev Schreiber et Sean William Scott dans Goon : le dernier des durs à cuire FILMS SÉVILLE Pas d\u2019exotisme de pacotille pendant l\u2019escapade qui se trouve au cœur du film de Benoît Pilon.WARNER BROS À peine arrivés sur l\u2019île, les aventuriers apprennent qu\u2019elle est habitée par un gorille haut d\u2019une trentaine de mètres."]
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