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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2017-03-25, Collections de BAnQ.

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[" Entrevue avec Patrick Poivre d\u2019Arvor sur les médias français Page B 3 Des relents de maccarthysme aux États-Unis ?Page B 2 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 Sciences Montréal, berceau de la physique nucléaire Page B 6 ANDREW MEDICHINI / POOL / AGENCE FRANCE-PRESSE Les 27 chefs d\u2019État de l\u2019Union européenne (dont la chancelière allemande Angela Merkel) ont rencontré le pape au Vatican à la veille de la rencontre soulignant le 60e anniversaire du Traité de Rome.C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris «L\u2019Europe est notre avenir commun.» Voilà ce que l\u2019on pourra lire en tête de la déclaration commune des 27 pays membres de l\u2019Union européenne qui sera signée ce samedi à Rome.Derrière les sourires figés des chefs d\u2019État et de gouvernement, on évitera évidemment de rappeler que pour parvenir à coucher cette déclaration sur le papier, il aura fallu des semaines de tractations.On aura évité de peu les veto grec et polonais.La Pologne étant opposée à l\u2019idée d\u2019une Europe à plusieurs vitesses évoquée à la fin de la déclaration.En réalité, la célébration des 60 ans du Traité de Rome intervient dans une situation de chaos qu\u2019aucun des pères fondateurs de l\u2019Europe n\u2019aurait pu imaginer.À quelques jours du lancement du processus de sortie du Royaume-Uni, le président néerlandais de l\u2019Euro- groupe, Jeroen Dijsselbloem, a d\u2019ailleurs ouvertement accusé les pays du Sud de dépenser l\u2019argent de l\u2019Europe «en alcool et en femmes».Symbole du véritable chaos institutionnel que vit l\u2019Union européenne depuis des mois, ce samedi, au moins six cortèges de manifestants défileront dans les rues de Rome.Soixante ans après la signature du Traité de Rome par les six pays membres fondateurs de la Communauté économique européenne (CEE), l\u2019Europe n\u2019a jamais été si mal en point.Ni la crise de l\u2019euro, ni la crise des migrants, ni celle du Brexit ne semblent derrière elle.Pas plus sur la Crimée que sur la Syrie, l\u2019Union européenne n\u2019a représenté une partie de la solution.Sans oublier la liberté de circulation, qui a été une véritable aubaine pour les terroristes islamistes qui ont frappé Londres, Paris et Bruxelles.La stratégie de Monnet «Le projet européen n\u2019a jamais paru aussi éloigné du peuple qu\u2019aujourd\u2019hui», admettait récemment le président du Parlement européen, Antonio Tajani.Longtemps dans le déni, les dirigeants européens ne cachent plus leur désarroi.«Jamais encore, je n\u2019avais vu une telle fragmentation et aussi peu de convergence dans notre Union», a admis Jean-Claude Juncker, qui parle d\u2019une «crise existentielle».D\u2019ailleurs, le président de la Commission européenne ne se représentera pas en 2019.Plus personne ne croit à l\u2019adage du père fondateur Jean Monnet qui croyait que « l\u2019Europe se ferait dans les crises, et qu\u2019elle serait la somme des solutions qu\u2019on appor terait à ces crises».En France, un sondage du journal La Croix nous apprenait cette semaine que, si 66% des Français se disaient toujours attachés à l\u2019Union européenne, une majorité (52%) en avait une opinion négative, 67% pensaient qu\u2019elle fonctionnait mal et 28% voulaient carrément en sortir.On n\u2019hésite plus aujourd\u2019hui à incriminer directement la stratégie de Jean Monnet qui souhaitait ouvertement la dissolution des peuples européens dans le creuset des États-Unis d\u2019Europe.Conscient que les nations européennes ne voulaient pas disparaître, Monnet voulait en effet créer une mécanique économique qui les tirerait malgré eux dans cette direction en créant des interdépendances économiques de plus en plus importantes sans jamais leur demander leur opinion.Les rares fois où on l\u2019a fait, comme lors des référendums sur le traité de Maastricht (1992) et sur la Constitution européenne (2005), ils ont dit non ou exprimé une profonde division.Toujours plus d\u2019Europe?Le ph i losophe Mar ce l Gauchet compare même la construction européenne à une LES 60 ANS DU TRAITÉ DE ROME Triste anniversaire Le 25 mars 1957, personne n\u2019imaginait l\u2019Europe dans son état actuel H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa L e second budget de Bill Morneau n\u2019est pas seulement passé au second plan mercredi à cause de l\u2019attentat terroriste survenu à Londres.Il s\u2019est valu les qualificatifs peu enviables de frugal, attentiste, rigide et verbeux.De fait, le budget fédéral de 2017 ne saupoudrera, au net, qu\u2019un maigre 5,1 milliards de dollars sur six ans.Quand on pense que les revenus d\u2019Ottawa totaliseront 1936 milliards sur cette même période, on mesure mieux la petitesse des réinvestissements.Mais faut-il s\u2019étonner qu\u2019un gouvernement ayant dévoilé ses intentions pluriannuelles en 2016 se présente les mains vides?Un budget annuel est-il même, dans le contexte, nécessaire?Survol historique des budgets au Canada.Plusieurs penseront que Jennifer Robson a l\u2019emploi le plus barbant qui soit.Cette aide-professeure à l\u2019Université Carleton a, dans le cadre de son doctorat, lu tous les budgets, minibudgets et énoncés économiques du gouvernement canadien depuis la Seconde Guerre mondiale ! Elle a calculé le nombre moyen de jours s\u2019étant écoulés entre chacun (287), elle peut réciter les années où le budget a été appelé «intérimaire» (1970) ou «supplémentaire» (1966) et elle se souvient du lieu de présentation des mises à jour économiques quand Stephen Harper a pris l\u2019habitude de ne plus les faire à Ottawa (Victoria, Mississauga, Calgary, Fredericton, Edmonton, Toronto).« Il n\u2019y a pas d\u2019obligation pour un gouvernement de déposer un budget à chaque année fiscale, rappelle Mme Robson en entrevue avec Le Devoir.Ce qu\u2019ils doivent déposer, c\u2019est un document séparé qu\u2019on appelle le budget principal des dépenses [en anglais, le terme consacré \u201c estimates \u201d marque mieux la différence] qui confère au gouvernement l\u2019autorité de dépenser de l\u2019argent provenant du fonds consolidé.[\u2026] Ils pourraient ne faire que cela.» En fait, au début du siècle dernier, la présentation d\u2019un budget était un exercice assez ennuyeux, rappelle la professeure.« Le budget était tellement court, tellement monotone, tellement bref, qu\u2019il était lu dans son entièreté et il était imprimé comme faisant partie de la transcription régulière des débats de la Chambre des communes.Il n\u2019y avait pas de document séparé.» De nos jours, seul le discours du ministre des Finances vantant son bébé est lu à la Chambre.Les choses changent au sortir de la Seconde Guerre mondiale, relate-t-elle.Le pays, comme d\u2019autres, développe une capacité d\u2019analyse économique qui faisait défaut, ce qui amène le gouvernement à présenter plus de documents en appui à son programme budgétaire.Mais c\u2019est en février 1984, à l\u2019occasion du dernier opus du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, que le premier budget moderne est déposé.«C\u2019est le premier budget qui a été conçu comme un outil de marketing politique», dit Mme Robson.La page couverture neutre fait place à un couple heureux, arborant d\u2019exubérantes coif fures de l\u2019époque, marchant avec un enfant.C\u2019est le «budget de la reprise» alors que le pays s\u2019extirpe peu à peu d\u2019une douloureuse récession.Depuis 2008, les pages couvertures des budgets arborent systématiquement des photos donnant le ton (des hommes de la construction sur le budget de relance de 2009, une mère et sa fille s\u2019engageant sur une « voie ensoleillée » en 2016) et portent un titre.Le budget de Bill Morneau cette semaine a été critiqué parce que reportant des décisions sur la défense nationale, la refonte de la fiscalité ou encore la taxe sur le carbone.Pourtant, une telle attente ne repose que sur la tradition, rappelle Mme Robson.Rien n\u2019oblige le gouvernement à utiliser son budget comme une déclaration de toutes ses intentions.On pourrait revenir à l\u2019ancienne façon de faire, estime la pro- fesseure, même si elle reconnaît qu\u2019il serait difficile de «remettre le génie dans la bouteille ».« Avec le temps, le système de gouvernance à Ottawa a été orienté de manière à voir le budget comme un moyen d\u2019établir des priorités, de prendre des décisions politiques, ce qui inclut de faire des compromis.Le budget a donc un effet structurant sur le processus d\u2019élaboration des politiques, et ce n\u2019est pas en soi une mauvaise chose.» Obligation ou pas, l\u2019ancien premier ministre et ministre libéral des Finances Paul Martin croit qu\u2019il serait catastrophique de ne pas déposer de budget annuel comme cela est la tradition.«Sinon, ça va créer toutes sortes d\u2019incertitudes et de questionnements dont on n\u2019a pas besoin », dit-il en citant les marchés financiers.Il donne l\u2019exemple des États-Unis, où le budget fait l\u2019objet de tractations et de négociations, et donne lieu à bien des spéculations déstabili- santes pour l\u2019économie, selon lui.« Ils ne sont pas capables de faire comme chez nous dans les régimes parlementaires.» Plaidoyer pour un retour au «beige» L\u2019ancien directeur parlementaire du budget (DPB) Kevin Page se désole de la tournure Nécessaire, le budget annuel ?Le dernier budget fédéral a été critiqué parce qu\u2019il reporte plusieurs décisions, alors qu\u2019une telle attente ne repose que sur la tradition, rappelle une spécialiste CHUCK MITCHELL LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau (à droite) félicitait son ministre des Finances, Marc Lalonde, pour le dépôt de son budget en 1983.L\u2019année suivante, son gouvernement déposait le premier budget considéré comme moderne, le premier à être « conçu comme un outil de marketing politique ».VOIR PAGE B 2 : UNION Lire aussi \u203a L\u2019éditorial de Guy Taillefer, Revisiter l\u2019Europe.Page B 4 VOIR PAGE B 3 : BUDGET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 A près neuf semaines de présidence Trump, les contours de « l\u2019Amérique d\u2019abord» chère à la tête dirigeante des États-Unis en matière de politique étrangère restent encore largement à définir.Il est néanmoins possible de dresser un premier constat : telles des baudruches, ses vociférations et ses prétentions se dégonflent largement au contact de la réalité des affaires internationales.Depuis qu\u2019il est à la Maison-Blanche, Trump a intensifié les opérations militaires américaines en Syrie, en Irak et au Yémen.Il a imposé de nouvelles sanctions contre l\u2019Iran et souhaitait faire pression sur la Chine en remettant en question, avant de se rétracter, le principe de la Chine unique.Son secrétaire d\u2019État, Rex Tiller- son, a clairement laissé entendre, lors de son premier déplacement à l\u2019étranger, que, face à l\u2019impasse diplomatique dans le dossier nucléaire nord-coréen, l\u2019option d\u2019une attaque préemptive contre Pyongyang était sur la table.L\u2019esthète de l\u2019art de la négociation ferait-il sienne la « madman theory » chère à Nixon ?L\u2019imprévisibilité sera-t-elle le principe cardinal de la doctrine de politique étrangère du 45e président des États-Unis ?Postuler qu\u2019une telle doctrine existe déjà au sein de la Maison- Blanche présuppose que les actions entreprises depuis le 20 janvier soient délibérées.Le caractère impulsif de Trump et sa connaissance au mieux parcellaire des enjeux internationaux obligent à en douter.La guerre des clans C\u2019est également, voire surtout, oublier que la Maison-Blanche est le théâtre d\u2019une épique lutte d\u2019influence pour définir l\u2019orientation de la politique étrangère.Deux clans s\u2019affrontent.Le premier s\u2019articule autour du conseiller à la sécurité nationale H.R.McMaster.Celui-ci s\u2019est adjoint il y a une dizaine de jours les services de Nadia Schadlow, auteure de l\u2019ouvrage War and the Art of Governance.Les positions de celle-ci sur l\u2019usage de la force, sur l\u2019importance de la dimension politique des interventions militaires et sur la nécessité de l\u2019engagement international des États-Unis sont diamétralement opposées à celles du président.Elle sera responsable de la rédaction de la nouvelle stratégie de sécurité nationale.Ce document expose la vision du monde de toute nouvelle administration et sert de cadre directeur à la politique étrangère.Schadlow, McMaster et le secrétaire à la Défense Mattis occupent des postes clés.Attachés au soft power et à un rôle actif des États-Unis dans le monde, ils apparaissent en mesure d\u2019inscrire le président Trump dans la tradition de politique étrangère qui prévaut depuis 1945.Ils devront toutefois composer avec des rivaux qui chercheront à les marginaliser.Ce clan rival est mené par Stephen Bannon.Sa vision du monde a été clairement exposée lors d\u2019un discours au Vatican en 2014.Selon lui, « l\u2019Occident judéo-chrétien » est sous la menace de trois forces : le capitalisme de marché, le sécula- risme et le « fascisme islamiste».Si Trump n\u2019accorde pas la même importance à la religion que Bannon, ils partagent le même nationalisme économique et la même hostilité face à l\u2019islam.Bannon a de toute évidence l\u2019attention du président Trump.L\u2019euroscepticisme assez récent de ce dernier et ses décrets migratoires ci- blant des pays à majorité musulmane en attestent.Pour autant, le clan Bannon (dont font partie Jared Kushner et Sebastian Gorka) ne devrait pas être en mesure, hors contexte de crise majeure de type 11-septembre, de rivaliser avec les tenants d\u2019une politique étrangère plus traditionnelle organisés autour de McMaster.Il est en effet en infériorité numérique et ses membres ne maîtrisent pas suf fisamment les rouages bureaucratiques pour significativement réorienter la politique étrangère des États-Unis.Bannon murmure peut-être à l\u2019oreille du président, mais il n\u2019a ni l\u2019expérience ni l\u2019habileté d\u2019un Dick Cheney.N\u2019est pas Nixon qui veut Depuis son investiture, Trump a piétiné les normes diplomatiques, utilisé l\u2019invective dès qu\u2019il s\u2019est senti attaqué, froissé de fidèles alliés tels l\u2019Allemagne, en manquant d\u2019élégance avec la chancelière Merkel, et le Royaume-Uni, en en accusant les services de renseignement britanniques de l\u2019avoir espionné pour le compte du président Obama.Passer pour imprévisible et incontrôlable peut donner l\u2019illusion de faire peur aux adversaires et de contraindre les partenaires à modifier leurs comportements.C\u2019est oublier un peu vite que cette approche élaborée par Nixon pour faire flancher les Nord-Vietnamiens fut un échec.Au demeurant, la baudruche Trump est d\u2019ores et déjà largement dégonflée.Il a certainement déjà raté l\u2019opportunité de nouer un partenariat solide avec Moscou.Son mépris des alliances a été contourné.Son vice- président et son secrétaire à la Défense ont réitéré l\u2019attachement des États-Unis à l\u2019OTAN.En Asie-Pacifique, la menace nord-coréenne force son administration à rappeler l\u2019importance des ententes avec le Japon et la Corée du Sud, deux pays auxquels le candidat Trump avait enjoint de faire plus d\u2019efforts pour assurer leur sécurité.ÉTATS-UNIS Le syndrome de la baudruche ÉTATS-UNIS « Russiagate » : des relents de maccarthysme ?JULIEN TOURREILLE J.SCOTT APPLEWHITE ASSOCIATED PRESS Les directeurs du FBI, James Comey, et de la NSA, Michael Rogers, ont témoigné lundi devant la commission des renseignements au Capitole.M A R I E - C H R I S T I N E B O N Z O M De la déposition sans précédent de James Co- mey et de Michael Rogers, directeur de la NSA, devant la commission des renseignements de la Chambre, il ressort que, durant la campagne, le FBI enquêtait sur les candidats officiels des deux partis dominant la vie politique américaine.La police fédérale a conclu son enquête sur Hillary Clinton avant le scrutin, mais l\u2019enquête sur Donald Trump, désormais président, continue.Si le FBI établissait l\u2019existence d\u2019une collusion entre le gouvernement Trump et le gouvernement russe, les conséquences pourraient être historiques, la constitution tenant tout acte de trahison comme motif de destitution.Que retenez-vous des propos du patron du FBI devant la Chambre?Comme il l\u2019a dit, il n\u2019y a, pour le moment, pas de preuve à l\u2019appui des soupçons d\u2019une collusion entre le gouvernement russe et la campagne ou la présidence Trump qui aurait visé à saper la candidature de Clinton ou à orienter la politique américaine en faveur de Moscou.Il n\u2019y a pas non plus de preuve qu\u2019Obama ait ordonné des écoutes sur la Trump Tower.Au cours de ma carrière, j\u2019ai mené des enquêtes sur les liens secrets entre un candidat à la Mai- son-Blanche et des intérêts étrangers et entre un président et des gouvernements étrangers (Nixon et les Vietnamiens en 1968, Reagan et l\u2019Iran en 1980).Dans ce genre d\u2019enquêtes, il y a d\u2019habitude un grand nombre, parfois des dizaines, de sources qui permettent de corroborer l\u2019information.Dans le cas présent, le FBI et la NSA enquêtent depuis juillet et malgré leurs immenses moyens, ces agences n\u2019ont aucune preuve.Les médias tels que le New York Times et le Washington Post n\u2019ont pas prouvé de collusion non plus.À ce stade, il n\u2019y a donc que des suppositions.Pourquoi cette affaire accapare-t-elle Washington aux dépens de tout autre sujet?De nombreux acteurs veulent exploiter tout ce qui peut nuire à Trump.Beaucoup d\u2019allégations sur la Russie émanent des services secrets américains.Par ailleurs, la défaite de Clinton face à Trump a sidéré et exaspéré les démocrates.Le parti fait tout pour bloquer Trump et le délégitimiser.Les élus démocrates accusent Trump d\u2019être mou face à la Russie, voire d\u2019être de mèche avec Poutine.De leur côté, les républicains fervents d\u2019une politique étrangère inter ventionniste, comme John McCain, attaquent Trump.À cela s\u2019ajoutent les médias grand public qui ont une animosité envers Trump et relaient des soupçons sans preuve.Trump s\u2019y met aussi et porte des accusations contre Obama qui, là aussi, ne semblent fondées que sur des soupçons.Êtes-vous taxé de trumpisme aux États-Unis?Je ne sais pas, mais en tout cas, je ne soutiens pas Trump.Je suis journaliste et je crois que, nous, journalistes, avons la responsabilité d\u2019évaluer les preuves et de décrire la situation le mieux possible.Avec d\u2019autres à gauche, comme le professeur Stephen Cohen qui est aussi chroniqueur dans The Nation, vous estimez que toute cette affaire a des relents de maccarthysme.Que voulez- vous dire?Le néomaccarthysme, c\u2019est que l\u2019idée même de parler avec des Russes est devenue une preuve de trahison.Le climat à Washington est étrange et le microcosme est devenu un peu dingue.Tout comportement sérieux semble s\u2019être effondré, au Congrès, dans les médias grand public et à l\u2019exécutif, tant du gouvernement Trump que de la fin du gouvernement Obama.L\u2019exacerbation de l\u2019esprit partisan et la confusion qui règnent ici sont dangereuses car elles ont trait à un dossier très délicat, celui des rapports avec la Russie, pays doté de l\u2019arme atomique.Des relents de guerre froide aussi?Nous assistons à la fin d\u2019une époque durant laquelle, depuis la fin de la guerre froide jusqu\u2019à la fin de la présidence Obama, les États- Unis étaient considérés comme le leader d\u2019un monde unipolaire qui peut intervenir quand et où il veut.Cette idée a été étirée à l\u2019excès plusieurs fois, notamment avec l\u2019invasion de l\u2019Irak en 2003, l\u2019intervention en Libye de 2011 et la longue guerre en Afghanistan.Cela nous a coûté très cher, en argent, en vies humaines et en capital politique.Puis, Trump se présente et prône que les États-Unis doivent abandonner ce rôle de gendarme du monde.Dans une certaine mesure, il a raison.Il essaie d\u2019ajuster les États-Unis à l\u2019émergence d\u2019un monde multipo- laire.Mais il y a des politiciens à gauche comme à droite qui rejettent cet ajustement ou ne veulent pas d\u2019un monde multipolaire.Chez les républicains, McCain est de ceux-là.Chez les démocrates, c\u2019est un vrai revirement : ils deviennent davantage des « faucons » et suivent en cela la voie d\u2019Hillary Clinton et de l\u2019Obama du second mandat.Nous sommes entrés dans une nouvelle guerre froide.Collaboratrice Le Devoir Lundi, après avoir révélé que le FBI enquêtait sur les liens éventuels entre Moscou et la planète Trump, le directeur de l\u2019agence, James Comey, a mis en garde contre toute spéculation quant aux résultats de l\u2019enquête.Cela n\u2019empêche pas les conjectures d\u2019aller bon train, tandis que des voix, surtout à gauche, déplorent l\u2019émergence d\u2019un «néomaccarthysme».Parmi ces voix, celle de Robert Parry, vétéran du journalisme américain d\u2019investigation.Entrevue.Qui est Robert Parry?Robert Parry est un auteur et vétéran du journalisme d\u2019investigation.Il a enquêté sur des dossiers épineux pour Associated Press, Newsweek et le magazine Frontline de PBS.C\u2019est lui qui a dévoilé l\u2019affaire Iran/Contra sur les agissements de la CIA et du président Reagan en Iran et au Nicaragua.En 1995, il fonde le Consortium pour le journalisme indépendant et lance un site Web consacré au journalisme d\u2019enquête.Robert Parry a reçu deux des récompenses les plus prestigieuses du journalisme américain : la Médaille du journalisme indépendant de l\u2019Université Harvard et le Prix George Polk.structure «faite pour la clandestinité» et destinée à «favoriser un style de gouvernement paternaliste où les gens éclairés prennent entre eux, à bonne distance des passions et des pressions populaires, les décisions qui s\u2019imposent» (Comprendre le malheur français, Stock).L\u2019universitaire Marc Joly, affilié au Centre Marc Bloch de Berlin, décrit lui aussi le projet de Jean Monnet comme «celui d\u2019un despotisme éclairé évitant la lumière» (Le mythe Jean Monnet, CNRS éditions).Quant à Coralie De- laume et David Cayla, ils évoquent un « fédéralisme cachottier» et une « fédéralisation furtive» (La fin de l\u2019Union européenne, Michalon).L\u2019autre tabou qui a sauté depuis peu, c\u2019est celui du «toujours plus d\u2019Europe».Cette idée a d\u2019abord été formulée dans le préambule du Traité de Rome, qui affirmait que les signataires s\u2019engageaient à «établir les fondements d\u2019une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens».Le plus surprenant est que ce texte a été écrit par le gaulliste Jean-François Deniau.Le quotidien Le Monde nous rappelait récemment que ce texte se voulait plus littéraire que juridique et ne devait surtout pas avoir force de loi.Or, il a servi à fonder de nombreuses décisions de la Cour européenne.Les scénarios de Juncker La conviction que les choses ne peuvent plus continuer comme par le passé est telle qu\u2019au sommet de Rome ce samedi, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, présentera un livre blanc proposant cinq scénarios d\u2019avenir pour l\u2019Union européenne.Parmi ces scénarios, Jean-Claude Juncker envisage la poursuite de l\u2019intégration actuelle, la réduction de l\u2019Union européenne à une simple zone de libre- échange, une intégration plus poussée à marche forcée et enfin une Europe à plusieurs vitesses où certains pays pourraient avancer plus vite dans l\u2019intégration sans attendre les autres.Fait significatif, aucun des scénarios ne prévoit de révision des traités européens.Bref, il s\u2019agit toujours de transformer l\u2019Union en évitant le plus possible de consulter les peuples et les parlements.C\u2019est évidemment le dernier scénario qui a eu les faveurs du président de la Commission.C\u2019est aussi le choix de François Hollande, qui quittera l\u2019Élysée dans près d\u2019un mois.Ce scénario est aussi repris par le favori de la campagne présidentielle française, Emmanuel Macron.Angela Merkel, qui s\u2019y était pourtant toujours opposée, s\u2019est aussi ralliée.«Nous avons appris de l\u2019histoire des dernières années qu\u2019il y aura une Union européenne avec différentes vitesses et que chacun ne prendra pas part aux mêmes degrés d\u2019intégration», a-t-elle déclaré le 14 février dernier.L\u2019idée n\u2019est pas nouvelle.Elle a déjà une bonne vingtaine d\u2019années.Reste à savoir ce que signifient ces « divers degrés d\u2019intégration ».L\u2019idée a déjà braqué contre elle les pays de l\u2019Est.La Pologne en particulier y est férocement opposée, comme elle l\u2019est à la vieille domination franco-allemande.Et le noyau franco-allemand\u2026 De nombreux analystes se demandent néanmoins comment le scénario d\u2019un « noyau dur » de l\u2019Union européenne pourrait se réaliser alors que, depuis des années, on assiste à un éclatement du traditionnel couple franco-allemand.Beaucoup doutent qu\u2019il soit plus facile de s\u2019entendre à 6 qu\u2019à 27.Certes, Angela Merkel et François Hollande soulignent depuis quelques semaines l\u2019urgence de faire l\u2019Europe de la Défense.Mais, ils font mine d\u2019oublier leurs profonds désaccords sur le Mali, le Liban et les nombreuses interventions françaises en Afrique.L\u2019an dernier, le chercheur Jakub J.Grygiel de l\u2019Université John Hopkins envisageait un scénario complètement différent qui n\u2019a pas été repris par Jean-Claude Juncker.Il af firmait dans la prestigieuse revue Foreign Af fairs qu\u2019« une renationalisation de l\u2019Europe pourrait être la meilleure perspective pour assurer la sécurité ».Selon lui, en matière de sécurité, qu\u2019il s\u2019agisse de sécurité monétaire ou de lutte contre le terrorisme, la construction actuelle sera toujours bancale.Un retour aux frontières nationales serait préférable, écrivait-il, et «ce ne serait pas nécessairement une tragédie ».Ce qui n\u2019empêcherait pas les pays européens de s\u2019engager dans de nouvelles alliances sur la base de leurs propres intérêts.Le dernier scénario que personne n\u2019a sem- ble-t-il envisagé est celui d\u2019un lent et douloureux pourrissement de la situation actuelle.C\u2019est peut-être pour éloigner cette malédiction que les 27 chefs d\u2019État et de gouvernement ont rencontré le pape François vendredi soir à la veille de l\u2019ouverture du sommet de Rome.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 UNION Qu\u2019est-ce que le maccarthysme ?Au début des années 1950, le gouvernement américain, sous l\u2019impulsion du sénateur Joseph McCarthy, lance une vaste chasse aux sorcières contre la menace soviétique et tous ceux qui semblent, aux yeux de Washington, la personni?er.Des milliers d\u2019Américains \u2014 fonctionnaires, enseignants, syndicalistes, vedettes du cinéma, de la radio ou de la musique \u2014 ont ainsi été accusés d\u2019allégeance communiste, souvent sans aucune preuve, et soumis à des interrogatoires sur leurs prétendues connexions russes.Avec le temps, ce terme en est venu à décrire toute chasse aux sorcières du genre, et les accusations non fondées et attaques démagogiques sur le caractère ou le patriotisme d\u2019adversaires politiques qui en découlent.Philippe Orfali L\u2019esthète de l\u2019art de la négociation ferait-il sienne la « madman theory » chère à Nixon ? L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 L e gouvernement Trudeau s\u2019est dit surpris par les hauts cris que le budget Morneau a fait pousser à Québec, où on espérait plus de précision sur le financement des infrastructures de transport en commun.Le premier ministre canadien a accusé son homologue québécois de jouer un « jeu» politique.Comme si cela était anormal pour un politicien ! Depuis son élection, M.Trudeau a lui-même démontré de grandes aptitudes à ce jeu.Le gouvernement Couillard a appris à ses dépens qu\u2019une saine méfiance est de mise.Il avait apparemment été averti 24 heures à l\u2019avance que le budget ne contiendrait pas d\u2019engagement formel, mais qu\u2019Ottawa serait disposé à investir plus d\u2019un milliard, via la future Banque d\u2019infrastructures, dans le projet de Réseau électrique métropolitain (REM) piloté par la Caisse de dépôt.On peut néanmoins comprendre M.Couil- lard d\u2019avoir tiqué, jeudi, en entendant son vis-à- vis canadien déclarer que « ce n\u2019est pas à Ottawa de déterminer quel sera le projet final, le projet prioritaire ».Pourquoi M.Trudeau par- lait-il d\u2019un projet au singulier, alors que Québec a toujours été très clair sur son désir de voir le gouvernement fédéral contribuer non seulement au financement du REM, mais aussi à celui du prolongement de la ligne bleue du métro et au SRB à Québec.Le français de M.Trudeau a beau être très approximatif, il est quand même capable de compter jusqu\u2019à trois.?Vendredi, M.Trudeau semblait animé d\u2019un nouvel enthousiasme pour ces projets et M.Couillard ne demandait pas mieux que de paraître rassuré, mais il serait prématuré de vendre la peau de l\u2019ours tant qu\u2019on ne connaîtra pas les coûts définitifs et le niveau de la participation fédérale.Comme chacun le sait, le diable se cache dans les détails.Durant la campagne électorale de 2015, M.Trudeau avait très clairement laissé entendre que son gouvernement serait plus généreux que celui de Stephen Harper dans le financement des soins de santé, mais les conditions qui ont été imposées aux provinces prévoient exactement la même augmentation de 3 % du Transfert canadien en santé (TCS) que celle décrétée par le gouvernement conservateur.Le dossier de la Série C a constitué une autre déception amère pour le gouvernement Couil- lard.L\u2019aide qu\u2019Ottawa a apportée in extremis à Bombardier était si modeste qu\u2019elle en était presque insultante, quand on la compare aux milliards qui ont été engloutis dans l\u2019industrie automobile ontarienne et le pétrole de l\u2019Ouest.Les propos de Pierre Moreau, qui a déploré la passivité des élus québécois à la Chambre des communes, traduisaient bien la déconvenue du gouvernement Couillard, qui s\u2019était imaginé que les choses changeraient à Ottawa avec le retour des grands frères fédéraux.La plupart sont des novices qui ne pèsent pas lourd au conseil des ministres et il n\u2019y a pas l\u2019équivalent d\u2019un Jean Pelletier dans l\u2019entourage de M.Trudeau.L\u2019absence d\u2019un lieutenant québécois ayant l\u2019oreille du premier ministre ne facilite pas non plus la communication entre les deux capitales.Finalement, la voix de Québec inc.semble complètement enterrée par celle de Bay Street.?Jean-François Lisée reproche à M.Couillard d\u2019être lui-même responsable du faible rapport de force dont le Québec bénéficie face à Ottawa.Il est vrai qu\u2019à entendre le premier ministre québécois répéter que l\u2019indépendance serait une véritable catastrophe, le gouvernement Trudeau ne ressent aucune obligation de démontrer les avantages du fédéralisme.Jean Charest avait beau être un ardent Canadien, il reconnaissait au moins qu\u2019un Québec indépendant serait économiquement viable.M.Couillard répugne à recourir à la stratégie que le politologue Léon Dion qualifiait un peu crûment de «couteau sous la gorge», mais il demeure que les plus importantes concessions faites au Québec au cours des dernières décennies ont été motivées par le souci de préserver l\u2019unité canadienne.Encore faut-il que la menace soit minimale- ment crédible.Un gouvernement péquiste pourrait-il réellement faire mieux alors que la souveraineté recueille l\u2019appui d\u2019à peine un Québécois sur trois ?Si M.Lisée a décidé de reporter la tenue d\u2019un nouveau référendum, c\u2019est évidemment parce qu\u2019il sait très bien que les Québécois n\u2019en veulent pas.À Ottawa, on le sait aussi.Il y a seize ans, Lucien Bouchard a décidé de jeter l\u2019éponge quand il s\u2019est rendu compte que les Québécois ne réagissaient plus aux vexations d\u2019Ottawa.Depuis ce temps, le rapport de force du Québec est allé en s\u2019affaiblissant et la baisse de son poids démographique dans l\u2019ensemble canadien ne peut qu\u2019accentuer cette tendance.À l\u2019élection du 19 octobre 2015, le PLC a remporté deux fois plus de sièges en Ontario qu\u2019au Québec.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être un grand stratège pour comprendre où le gouvernement Trudeau a intérêt à distribuer ses largesses.C\u2019est ce qu\u2019on lui fera valoir quand viendra le temps de décider où installer la Banque d\u2019infrastructures, si ce n\u2019est déjà fait.mdavid@ledevoir.com La peau de l\u2019ours MICHEL DAVID M A R C O B É L A I R - C I R I N O Correspondant parlementaire à Québec La chronique d\u2019Andrew Potter dans le magazine Maclean\u2019s a suscité un élan de solidarité insoupçonné au Québec, à tout le moins pour l\u2019auteur de l\u2019article controversé vite qualifié de «Québecophobe».«Presque mentalement aliénée», la société québécoise manque cruellement de solidarité.Ce «malaise social» exacerbé par un déficit en capital social explique le cafouillage dans les opérations visant à sortir du pétrin les centaines d\u2019automobilistes immobilisés sur l\u2019autoroute 13 après une sérieuse bordée de neige il y a près de deux semaines, concluait-il dans un article qui s\u2019est vite retrouvé dans la rubrique «Editor\u2019s Picks» du Maclean\u2019s.Les élus de l\u2019Assemblée nationale ont serré les coudes devant la dernière salve du Maclean\u2019s.Le directeur de l\u2019Institut d\u2019études canadiennes, Andrew Potter, a « étalé ses préjugés» envers la société québécoise, a lancé le premier ministre Philippe Couillard, mettant dans l \u2019embar ras l \u2019Univers i té McGill.Ni une ni deux, M.Potter s\u2019est rétracté.Puis, 48 heures plus tard, il a annoncé sur les réseaux sociaux qu\u2019il avait renoncé à son « job de rêve » à l\u2019Institut d\u2019études canadiennes en raison de « la réaction négative [qui persistait] au sein de la communauté universitaire et du grand public » à son texte.Plusieurs personnes « from coast to coast, to coast » se sont toutefois dites attristées de voir M.Potter plier l\u2019échine, y voyant une attaque contre la liberté d\u2019expression et la liberté intellectuelle.« Le véritable crime de Potter n\u2019est pas ce qu\u2019il a écrit.C\u2019est celui qui l\u2019a écrit, la langue dans laquelle il l\u2019a écrit et pour qui il l\u2019a écrit », soutenait le chroniqueur politique Don Macpherson dans The Gazette.Sinon, comment expliquer que les élites politiques aient dénoncé avec « véhémence » l\u2019article de Potter, mais aient traité avec « indif férence » une chronique sur la « déliquescence » du Québec signée par Richard Martineau dans Le Journal de Montréal ?« Nos vieux macèrent dans leur merde, des gens crèvent asphyxiés dans leur auto, nous ne sommes même plus capables de gérer une tempête de neige, des fonctionnaires sont payés à ne rien faire\u2026 » a-t-il écrit.Mais aucun cri d\u2019indignation dans l\u2019Hôtel du Parlement.Un stratège politique souligne qu\u2019«entre frères et sœurs, on se permet tous les coups ».« Mais, quand le voisin s\u2019en prend à nous, la famille fait bloc et contre-attaque.» Intolérance à l\u2019endroit du Québec « inesthétique» Le magazine Maclean\u2019s n\u2019en est pas à sa première controverse.Le fleuron de Rogers Communications s\u2019était attiré les foudres pour avoir qualifié Montréal de ville « corrompue, chaotique et dirigée par la mafia », puis le Québec de « province la plus corrompue au Canada », respectivement à l\u2019automne 2009 et à l\u2019automne 2010.La une où on voyait le Bonhomme Carnaval marcher tout sourire avec une mallette débordant de billets de banque avait marqué les esprits.Les patrons de presse du ROC ont toujours eu un faible pour les textes au sujet de la prétendue corruption gangrenant le Québec, fait remarquer l\u2019ex-journaliste du Toronto Star Robert McKenzie, qui a parcouru les couloirs de l\u2019Assemblée nationale pendant quatre décennies.«Quand j\u2019ai commencé en 1964, la une nous était garantie si on pouvait tomber dans une de ces deux catégories, \u201cMontreal, crime capital of Canada\u201d et puis \u201cPriest Ridden Province\u201d», relate-t-il au Devoir.Le grand quotidien torontois The Globe and Mail \u2014 qui est d\u2019ailleurs venu à la rescousse de M.Potter cette semaine \u2014 n\u2019est pas en reste.En 2006, il avait publié dans ses pages une chronique incendiaire dans laquelle la journaliste Jane Wong tissait un lien entre les fusillades meurtrières de l\u2019école Polytechnique, de l\u2019Université Concordia et du Collège Dawson et « le sentiment d\u2019aliénation au Québec» renforcé par « l\u2019infâme loi 101».Près de 10 ans plus tôt, le sociologue Guy Rocher avait identifié la dif férence comme l\u2019une des principales racines du « Quebec bashing » .I l soutenait que « le Québec francophone apparaît comme étant inesthétique dans l\u2019idéologie unitariste, égalitariste et assimilationniste » dominante dans la fédération canadienne.« C\u2019est ainsi qu\u2019au nom de l\u2019égalité, de la justice et de la beauté canadiennes, on assiste au déclin de la diversité canadienne et que s\u2019est élevé un vent d\u2019intolérance à l\u2019endroit du Québec francophone comme on n\u2019en avait encore jamais connu », avait-il déclaré lors d\u2019un colloque organisé en 1997, soit deux ans après le référendum sur l\u2019indépendance du Québec de 1995.Le coût du «Quebec bashing» Le «Quebec bashing» a un prix, a fait valoir le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, cette semaine à l\u2019Assemblée nationale.«La distinction du Québec dérange.Les Canadiens aimeraient qu\u2019on soit une province comme les autres, et petit à petit s\u2019est développé le fait que nous sommes des enfants gâtés», a-t- il affirmé lors d\u2019un point de presse.Le gouvernement fédéral est sensible, selon lui, à cette profonde antipathie du « Rest of Canada » à l\u2019égard du Québec.Il en veut pour preuve le 2e budget du ministre Bill Morneau \u2014 que le PQ tenait cette semaine à désigner par son nom complet, soit William Francis Mor- neau.« On ne peut pas avoir notre juste part politiquement à Ottawa.C\u2019est toxique d\u2019avoir l\u2019air de s\u2019intéresser au Québec et c\u2019est une situation qui s\u2019aggrave à chaque article de Maclean\u2019s, à chaque \u201cQuebec bashing\u201d.C\u2019est malheureux, mais c\u2019est comme ça », a dit le chef de l\u2019opposition officielle.À ses yeux, le 2e budget Morneau perpétue cette situation d\u2019« injustice systémique fédérale envers le Québec » grâce à la complicité des 40 élus libéraux fédéraux, y compris le premier ministre, Justin Trudeau.Force est de constater selon M.Lisée que « le Québec n\u2019est ni aimé ni respecté dans le Canada ».« Il lui reste la possibilité d\u2019être craint avant d\u2019en sortir », a conclu le chef péquiste.Avec Dave Noël Le Devoir Les élus québécois serrent les coudes devant la dernière salve du Maclean\u2019s politique prise par les budgets fédéraux.Lui qui les lit depuis 1981 (i l était fonctionnaire fédéral avant de devenir DPB) constate que l\u2019enrobage politique des budgets complique la vie à qui - conque tente de retracer la provenance des fonds annoncés : les sommes dévoilées sont amalgamées avec des fonds promis antérieurement ou proviennent de réaf fectations passées plus ou moins sous silence.L\u2019artifice permet de marquer des points politiques, certes, mais il brouille les car tes pour quiconque tente de comprendre les opérations financières du gouvernement.« La pression pour recycler les trucs est tellement grande quand il n\u2019y a pas de ressources, note-t-il.Nous avons fait du budget cet événement annuel qui doit tout régler pour l\u2019année.Quand vous êtes au gouvernement et militez pour quelque chose, si vous n\u2019êtes pas dans le budget, ça ira à l\u2019année prochaine.Mais ça n\u2019a pas besoin d\u2019être comme ça.» M.Page déplore de plus que cette enflure politique se fasse au détriment de ce qu\u2019un budget devrait véritablement être : une analyse de la situation économique et une prédiction des revenus et des dépenses.Il se montre très dur envers le dernier budget Morneau.« Sa section réservée à l\u2019analyse économique est probablement la plus faible que j\u2019ai vue au cours des dernières années.» Selon lui, le budget devrait revenir aux sources et les annonces plus politiques devraient en être extraites et étalées au courant de l\u2019année.« Il y a de moins en moins d\u2019annonces au courant de l\u2019année.Ce n\u2019est pas une bonne chose.» Le Devoir P H I L I P P E P A P I N E A U À voir les médias français se faire chahuter par les politiciens de tous horizons et leurs partisans depuis le début de la présente campagne présidentielle, il est dif ficile de ne pas faire de liens avec ce qu\u2019ont vécu les journalistes américains dans les derniers mois.«Pour les candidats, ce sont des proies faciles », croit le journaliste, animateur et écrivain français Patrick Poivre d\u2019Arvor, rencontré lors d\u2019un passage à Montréal.Une récente analyse du journal Le Monde multipliait les exemples des candidats sortant les crocs contre le quatrième pouvoir : des journalistes hués dans un meeting de François Fillon; d\u2019autres bannis des réunions de Marine Le Pen; Jean-Luc Mélenchon qui présente certaines publications comme «des canons à ordure».Patrick Poivre d\u2019Arvor, qui a été présentateur vedette à la télé française pendant de longues années, voit quelques parallèles avec la politique américaine.« Pourquoi ils ont ces réactions ?Parce qu\u2019ils ont remarqué que ça marche bien.Ça marche vis-à-vis de leur électorat.On s\u2019en prend soit aux juges soit aux journalistes, et en ce moment on récolte des tonnerres d\u2019applaudissements dans les salles de meeting, raconte celui qui a aussi écrit plusieurs romans et essais.Or, dans la vie, la plupart de ces politiciens-là sont adorables avec les journalistes, mais publiquement, ils en profitent parce que ce sont des proies faciles.» Hors système Celui que l\u2019on surnomme PPDA, et qui a longtemps été parodié en France dans les Guignols de l\u2019info, était de passage au Québec en marge du spectacle musical Edgar et ses fantômes, qui se déplacera à Paris en 2018 et dans lequel il tiendra le rôle d\u2019Edgar Fruitier.Poivre d\u2019Arvor travaille en ce moment au poste d\u2019informations CNews, \u2014 anciennement i-Télé \u2014, où il anime une émission littéraire en plus de participer à une émission d\u2019analyse politique et sociale.«Je vois deux liens fondamentaux qui sont rompus en France, explique-t-il.D\u2019abord entre les citoyens et leurs hommes politiques, et ensuite entre les citoyens et leurs médias.Et donc les gens se méfient de tout le monde, et on met tout le monde dans le même sac.C\u2019est un problème grave.» Dans cet écosystème, il lit donc cette tendance à se positionner comme «hors système ».« Il y a des gens qui font leur feuille de route avec le fait d\u2019être hors système, et il y en a un qui a été élu juste à côté de chez vous, il y a à peine trois mois \u2014 alors qu\u2019en fait c\u2019était le candidat d\u2019un autre système.» Selon lui, la politique française n\u2019y échappe pas, affirmant que deux des candidats qui pourraient vraisemblablement franchir le second tour usent de cette carte.« Il y a Marine Le Pen, qui rejette le système depuis très longtemps, et l\u2019autre, Emmanuel Macron, qui dit n\u2019être ni de droite, ni de gauche, qui dit inventer son truc, sans parti.C\u2019est une boîte de pandore, on verra ce qui ressortira de ça.» Sale temps pour les journalistes L\u2019homme de 69 ans, qui a commencé à travailler dans les médias en 1971, estime que les temps sont durs pour la presse en France.Il évoque les enjeux financiers, les ventes en baisse, et l\u2019adaptation aux nouveaux modes de consommation de l\u2019information.Sans oublier la vitesse de production, plus rapide que jamais.«Les choses vont beaucoup plus vite qu\u2019avant, et soyons honnêtes, elles vont beaucoup trop vite.Il y a moins de temps pour la réflexion, pour le vrai débat, et on est toujours sur l\u2019instantanéité, la réaction, presque immédiate.C\u2019est un problème.» Il estime toutefois qu\u2019il existe un «vrai avenir» pour la profession de journaliste, et que si Internet a un rôle à jouer dans la perte de confiance du public envers le métier, c\u2019est peut-être aussi par là que les médias pourront redorer leur blason.«Il faudra qu\u2019il y en ait qui puisse encadrer davantage tous ceux qui distillent des informations, il faut qu\u2019il y ait des gens qui recoupent les informations avant de les donner toutes crues.» Quant à ce qu\u2019on appelle le cinquième pouvoir, celui du citoyen qui peut désormais prendre la parole en public, il n\u2019y croit pas.«Le public, il est là, c\u2019est très intéressant, c\u2019est lui qui nous lit, nous écoute et nous regarde, et c\u2019est lui qui vote, ça, c\u2019est normal.Mais quand il pense prendre la place des politiques ou des journalistes, là il est moins dans son rôle.Et c\u2019est aux journalistes à continuer à exister, à imposer leurs vues.» Le Devoir FRANCE Des liens rompus à réparer Le lien entre citoyens, médias et politiciens est mis à mal, croit Patrick Poivre d\u2019Arvor SUITE DE LA PAGE B 1 BUDGET JACQUES NADEAU LE DEVOIR Patrick Poivre d\u2019Arvor, qui a commencé à travailler dans les médias en 1971, estime que les temps sont durs pour la presse en France. l est rare de voir Philippe Couillard monter sur ses grands chevaux pour vertement critiquer le gouvernement fédéral.D\u2019habitude, il s\u2019accommode très bien des contraintes propres au fédéralisme canadien et ne se formalise guère des désaccords, le plus souvent mineurs à ses yeux, qui peuvent surgir à l\u2019occasion entre Québec et Ottawa.Il y a deux semaines, Philippe Couillard n\u2019a pas déchiré sa chemise quand il a commenté l\u2019entente sur les transferts fédéraux en santé que son gouvernement s\u2019était résigné à signer.Après avoir laissé son ministre Gaétan Barrette s\u2019égosiller pendant des mois, le premier ministre a plutôt insisté sur les bons côtés de l\u2019entente, notamment le respect du principe d\u2019asymétrie.Il en fut tout autrement pour le dernier budget Morneau.Philippe Couillard a exprimé sa «grande déception» devant l\u2019absence d\u2019engagement dans le budget fédéral relativement au ?- nancement des trois projets de transport en commun jugés prioritaires par Québec : le Réseau électrique métropolitain (REM), le prolongement de la ligne bleue du métro et le Service rapide par bus (SRB), à Québec.Piloté par la Caisse de dépôt et placement du Québec, le projet de REM, d\u2019une valeur de 6 milliards, est celui des trois dont le ?- nancement doit être ?celé rapidement ; les premiers travaux doivent s\u2019amorcer cet automne.Le gouvernement fédéral est disposé à apporter sa contribution \u2014 il a fait circuler les chiffres de 1,2 milliard et de 1,5 milliard \u2014 par le truchement de la Banque de l\u2019infrastructure du Canada.Or cette banque ne pourra être créée avant la ?n de 2017, l\u2019adoption d\u2019un projet de loi étant nécessaire.Et on ne sait trop quand elle sera opérationnelle.Philippe Couillard ne veut pas attendre.Le ministre des Finances, Carlos Leitão, décrira dans son budget, la semaine prochaine, le montage ?nancier du projet, incluant la contribution estimée d\u2019Ottawa.Vendredi, Justin Trudeau répondait au souhait de son homologue en af?rmant la volonté de son gouvernement de participer aux trois projets.Dans un point de presse, Philippe Couillard a paru satisfait.Cet épisode montre que le niveau de con?ance de Philippe Couillard envers son homologue canadien n\u2019est guère élevé et que la désinvolture et les approximations de Justin Trudeau l\u2019exaspèrent.Le dossier de Bombardier \u2014 après plus d\u2019un an de tergiversations, Ottawa a refusé d\u2019investir dans le capital de la CSeries comme l\u2019avait fait Québec \u2014 a laissé des traces.Stéphane Dion parti, le gouvernement Couillard n\u2019a plus à Ottawa d\u2019interlocuteur de poids pour intercéder en sa faveur.Et ce n\u2019est certainement pas Mélanie Joly, trop heureuse de féliciter la ministre Jane Philpott pour l\u2019entente sur la santé, qui pourra jouer ce rôle.L\u2019Union européenne (UE) n\u2019en est pas à une crise près, mais son existence n\u2019a peut-être jamais été plus troublée qu\u2019elle ne l\u2019est en ce 60e anniversaire de sa fondation.Que l\u2019UE économique et mondialisante retombe sur ses pieds est plutôt plausible.C\u2019est l\u2019Europe politique qui souf fre.Preuve qu\u2019elle est en panne d\u2019allant réformiste et que cet allant passe par plus de démocratie.En est-elle capable ?est l\u2019ancien premier ministre britannique Winston Churchill qui en 1946, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, rêvait tout haut, dans un discours à l\u2019Université de Zurich, d\u2019«un genre d\u2019États-Unis d\u2019Europe» au sein duquel «il n\u2019y aurait pas de limite au bonheur et à la prospérité».L\u2019histoire a décidé que, si ce rêve prend aujourd\u2019hui dangereusement l\u2019eau, la faute en incombe en bonne partie à ses compatriotes qui, pour avoir depuis toujours été pétris d\u2019ambivalence face à l\u2019intégration européenne, ont ?ni par dire oui au Brexit lors du référendum de l\u2019année dernière.La «célébration» ce samedi dans la capitale italienne du 60e anniversaire du Traité de Rome qui a jeté à six les bases de l\u2019UE, le 25 mars 1957, se déroule sur fond de grande déprime.« Jamais encore, je n\u2019avais vu une telle fragmentation et aussi peu de convergence dans notre Union», a déclaré cette semaine le président de la Commission européenne, Jean- Claude Juncker, en décrivant une Europe en pleine «crise existentielle».Soit, mais plus parlant est le constat qu\u2019a fait de son côté Antonio Tajani, président du Parlement européen : «Le projet européen n\u2019a jamais paru aussi éloigné du peuple qu\u2019aujourd\u2019hui.» D\u2019où la question : en a-t-il jamais été près?C\u2019est là où le bât blesse.En fait, le projet européen a toujours été foncièrement économique.Ses pères fondateurs ne l\u2019ont jamais conçu autrement.Il faudrait que les citoyens de cette Europe pourtant diverse se soumettent à une logique d\u2019intégration économique sans dire un mot.Cela donne la réaction que l\u2019on connaît maintenant, précipitée par la Grande récession, aiguisée par la crise migratoire.Si, du reste, l\u2019UE est aujourd\u2019hui une institution supranationale honnie par une large part d\u2019Européens pour cause d\u2019indifférence sociale, cette crise démocratique est aussi une crise de con?ance des électeurs envers leur gouvernement national.L\u2019Europe a 60 ans.Est-ce si vieux ?Dans le temps long de l\u2019histoire, il s\u2019agit d\u2019une expérience relativement nouvelle.Pour faire face à la crise, qui en est donc une aussi de croissance, M.Juncker présentait samedi à Rome un livre blanc proposant cinq pistes de solution.Mais cinq pistes qui ne prennent absolument pas en compte le grave dé?cit de consultation démocratique dans la construction européenne.Le Brexit, l\u2019in?uence de l\u2019extrême droite sur le discours électoral partout en Europe, la situation explosive en France à un mois du premier tour de la présidentielle: les signaux ne sont-ils pas assez alarmants?Pour sortir l\u2019UE de l\u2019impasse, M.Juncker et le couple franco-allemand font mousser l\u2019idée, courte, de faire progresser l\u2019Europe «à plusieurs vitesses», question de tenir compte des différents niveaux de développement des pays membres.«L\u2019unité n\u2019est pas l\u2019uniformité», plaide le président français François Hollande.Mais cette approche comporte manifestement le risque de creuser les inégalités, sinon aussi les tensions interétatiques, en particulier dans les rapports aux pays de l\u2019Est.L\u2019UE a besoin d\u2019être revisitée, sans attendre que l\u2019extrême droite ne fasse plus de grabuge ; d\u2019entendre en?n les peuples qui la composent ; de sortir de sa logique bancaire ; d\u2019être autrement plus sensible aux droits sociaux et aux droits des travailleurs, ainsi que le réclame Alexis Tsipras, premier ministre et acteur de la crise grecque oubliée ; de cesser de laisser le débat sur son avenir être pris en otage par les europhobes.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Dangereux raccourcis Le tollé soulevé par les raccourcis adoptés par Andrew Potter ne devrait pas devenir lui-même l\u2019occasion de raccourcis.Les propos d\u2019André Denis présentent une vision bien simpliste de la participation dans le cadre du génocide rwandais.De nombreuses études menées auprès d\u2019un nombre important de génocidaires ont démontré que l\u2019idéologie identitaire n\u2019était très souvent pas le motif principal de leur participation aux massacres.Je pense entre autres aux excellents travaux de Scott Straus et Lee Ann Fujii.Il ne faudrait pas profiter de la tribune ouverte par la tempête Potter pour continuer à véhiculer des idées qui n\u2019aident pas à comprendre les motifs complexes de l\u2019action individuelle dans le cadre d\u2019événements comme un génocide.Marie-Eve Desrosiers, Ph.D.Montréal, le 23 mars 2017 L I B R E O P I N I O N M A X I M B O N I N Étudiant à la maîtrise en communication, études médiatiques, UQAM J\u2019 espère que tu vas bien ?T\u2019as réussi à avoir beaucoup de visibilité pour la vente de ton livre.Tu dois être content.C\u2019était bien planifié.Bravo.Je t\u2019écris Éric, parce que les nouvelles qui circulent au sujet de ton essai brassent des souvenirs.Des bons et de mauvais.T\u2019inquiètes je n\u2019ai aucune envie de jouer à la « victime ».Ma vie va bien et j\u2019ai été chanceux.Mon homosexualité ne m\u2019a pas amené dans l \u2019enfer de la drogue ou de l\u2019alcool.Quoiqu\u2019à 17 ans, je buvais un peu trop, mais j\u2019avais un band de musique rock et je voulais être le prochain Liam Gallagher, donc ça allait de soi.En fait, je me suis un peu reconnu dans ton discours.Je me suis reconnu, moi Maxim, jeune homosexuel dans la vingtaine au début des années 2000 qui était plus ou moins à l\u2019aise avec l\u2019étiquette qu\u2019on lui attribuait.J\u2019ai vécu mon adolescence dans les années 1990, dans un Québec encore un peu homophobe.J\u2019ai traité des gars de « tapette ».J\u2019ai associé « le sida aux fifs ».Je m\u2019excuse.C\u2019était alors ma réalité.Finalement, je suis sor ti du placard à l\u2019aube du XXIe siècle après avoir lu un article sur un chanteur d\u2019un band britannique qui avouait son homosexualité (malheureusement pas Liam G.).À cette époque, je ne comprenais pas la culture LGBT.Il n\u2019y avait pas plus de lettres qui composaient l\u2019acronyme en 1997, du moins, je pense.Je la méprisais donc, cette culture trop intense pour la personne que j\u2019étais à cette époque.À la mi- vingtaine, j\u2019ai cheminé un peu, mais je restais un gai un peu homophobe qui snobait le Village à Montréal.Mon propre inconfort Puis un jour, j\u2019ai réalisé que ce mépris était un peu le reflet de mon propre inconfort par rapport à qui j\u2019étais.Cela dit, Éric, je ne suis surtout pas en train de te faire la leçon.Je ne suis pas en train d\u2019essayer de te dire que tu ne vas pas bien ou que « tu n\u2019es pas gai ».Tout ça, c\u2019est un peu le reflet de la société beaucoup trop polarisée à l\u2019intérieur de laquelle d\u2019autres jeunes vivent les mêmes choses que toi et moi avons surmonté il y a quelques années.Le problème, Éric, il est là.Ton discours alimente une polarisation du débat à l \u2019 intérieur duquel, des jeunes gais, queers, trans, bisexuels, qui en arrachent plus que toi et moi, doivent cheminer et même pour cer tain tout simplement garder le goût de vivre.C\u2019est dans l\u2019air\u2026 Moi, j\u2019embrasse mon chum à la croisée des lignes ver te et orange dans le Métro de Montréal quand on se quitte pour aller au travail, mais je ne frenche pas mon chum en pleine rue à Batiscan.Aujourd\u2019hui, je trouve le Village gai de Montréal vraiment « trash », mais si c\u2019est la porte d\u2019entrée vers « un monde meilleur » pour un jeune qui se fait tabasser à Chicoutimi, et bien le Village, il a encore une raison d\u2019être.Ça vaut aussi pour les organismes que tu trouves beaucoup trop riches et qui viennent en aide aux gens qui l\u2019ont peut- être moins facile que nous deux.Tu vois, Éric, tant et aussi longtemps qu\u2019on aura du mépris pour un genre, tu ne peux juste pas proclamer sa « mor t » sans penser à l\u2019impact que ton discours peut avoir, et ce, au-delà de te permettre de vendre des copies de ton livre.Je ne suis pas le plus grand des activistes.Loin de là.Je n\u2019ai jamais milité pour une cause en particulier.Il y a des gens beaucoup plus investis qui le font mieux que moi, mais il y a des choses que je ne peux pas laisser aller.Tu sais, Éric, ton coming out médiatique était super bien plani f ié .T\u2019as la chance d\u2019avoir un micro et une tribune dans la sphère publ ique qui font de toi quelqu\u2019un de plus influent, d\u2019une cer- ta ine façon, qu\u2019un pol i t ic ien.Au- jourd\u2019hui, tu parles de « lobby gai » et de « la fin de l\u2019homosexualité ».Quelque part au Québec, il y a un jeune qui ne te comprend pas et qui a encore plus de misère à se comprendre.Ce soir, mon cher Éric, quand tu te coucheras à côté de l\u2019homme que t\u2019aimes, j\u2019espère que tu dormiras sur tes deux oreilles.Ça t\u2019évitera d\u2019entendre l\u2019appel à l\u2019aide de ceux que tu penses que l\u2019on «victimise» trop dans une société québécoise « trop tolérante».Lettre à Éric Duhaime FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Perte de crédit Au Québec, on ne paie pas le même taux d\u2019impôt fédéral qu\u2019ailleurs au Canada.Même les gens les plus éduqués en matières économiques parlent souvent d\u2019un taux de 15% sur les crédits d\u2019impôt du fédéral.Or, avec l\u2019abattement, on baisse à 12,5%.La perte pour le crédit pour transport en commun représente donc pour la région de Québec environ 120 $ par année.Est-ce suffisant pour vouloir abandonner son auto au profit du transport en commun ?Le montant est encore plus faible pour les aînés et les étudiants.Et encore, il faut que ces gens paient de l\u2019impôt pour en profiter et qu\u2019ils aient eu la discipline de conserver tous leurs reçus.Et puis, où donc est le contrôle pour s\u2019assurer que le contribuable a vraiment payé ce montant ?Avec le téléchargement de plus en plus répandu des déclarations d\u2019impôt, combien de fonctionnaires devrait-on payer pour vérifier si chacun parmi les millions de contribuables qui réclament ce crédit a en main ses reçus valides?Ça en fait donc un crédit inutile et difficile à contrôler, la situation idéale pour y passer le couperet.Le budget fédéral 2017 est vraiment terne pour que la perte minime liée à ce crédit soit la mesure dont on entend parler le plus.Jeannot Vachon Québec, le 23 mars 2017 C\u2019 TRAITÉ DE ROME Revisiter l\u2019Europe Le poing sur la table I GUY TAILLEFER ROBERT DUTRISAC La liberté intellectuelle universitaire implique la rigueur Je suis surprise que tant de commentateurs chevronnés associent la liberté intellectuelle universitaire au droit de dire n\u2019importe quoi sur n\u2019importe qui, et condamnent en conséquence l\u2019Université McGill d\u2019avoir sévi contre M.Andrew Potter.Bien sûr, nous sommes à l\u2019ère du trumpisme, mais s\u2019il est un lieu où les analyses malveillantes à l\u2019emporte-pièce ne doivent pas sévir, c\u2019est bien à l\u2019université, qui se doit d\u2019enseigner la rigueur intellectuelle et, à plus forte raison, condamner les libelles, surtout lorsqu\u2019ils dénigrent en bloc une communauté particulière.On reproche à l\u2019Université McGill d\u2019avoir sans doute fait pression sur M.Potter pour qu\u2019il démissionne de son poste à l\u2019Institut d\u2019études canadiennes.Si c\u2019est un fait, c\u2019est tout à son honneur.L\u2019université devrait être le dernier rempart contre de telles dérives.Anne Laperrière, professeure retraitée de l\u2019UQAM Le 24 mars 2017 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).P I E R R E L A T R A V E R S E Président bénévole de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs a Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs porte le plus grand respect aux chercheurs québécois dont les travaux améliorent la gestion de la faune de notre province.Mais encore faut-il qu\u2019ils comprennent bien les dossiers sur lesquels ils prennent position.Les chercheurs Céline Audet, Louis Bernat- chez et Pascal Sirois plaident, dans un article publié dans Le Devoir le 23 mars, en faveur de l\u2019interdiction des poissons-appâts vivants comme moyen de contrôle de la propagation de la carpe de roseau.Mais, dans les faits, l\u2019arrivée de cette carpe n\u2019est qu\u2019un prétexte pour alarmer le public au sujet des poissons-appâts.Pour notre fédération, l\u2019interdiction de pois- sons-appâts vivants n\u2019entraînera pas que la perte d\u2019une petite fraction des adeptes de pêche qui pratiquent la pêche blanche.On craint la perte d\u2019un créneau de pêche très important qui soutient toute une économie, particulièrement au lac Saint-Pierre, au cœur de la région la plus populeuse de la province.Il y a deux ans, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) tenait un discours similaire à la veille de l\u2019augmentation inconsidérée des tarifs des permis de pêche.Résultat : 55 000 permis de pêche de moins vendus par année ! Il est à parier que cette baisse va se poursuivre et même qu\u2019elle accélérera avec cette interdiction.Déjà interdit La réclamation du statu quo ne concerne pas le fait que l\u2019on considère que le mal est déjà fait.Elle concerne le fait qu\u2019il est déjà interdit d\u2019utiliser les poissons-appâts vivants dans la plupart des eaux intérieures, particulièrement là où il y a de l\u2019omble de fontaine.Le triste épisode de la dispersion du meunier noir date d\u2019une autre époque, où les règles étaient toutes autres.Aucune autre invasion de ce genre n\u2019est survenue depuis et ne pourrait survenir, étant donné qu\u2019il est interdit de posséder, de transporter ou d\u2019utiliser des poissons-appâts dans de tels lieux.Si cela survenait, ce serait dû à des contrevenants pour qui l\u2019ajout de nouvelles réglementations ne changera rien.Pour le corridor fluvial, on utilise les poissons-appâts là où ils vivent ! Par ailleurs, les poissons-appâts vivants utilisés pour la pêche blanche sont capturés tard à l\u2019automne, alors qu\u2019ils mesurent généralement moins de sept centimètres.À ce moment, les jeunes carpes en mesurent presque le double.Il est impossible pour les pêcheurs commerciaux de pois- sons-appâts accrédités de confondre les poissons- appâts et les carpes de roseau.Jamais une carpe ne pourrait se retrouver chez un détaillant.Concernant les études sur le sujet, nous avons maintes fois demandé au MFFP de nous présenter les siennes, ainsi que ses analyses de risque concernant la vente et le transport des poissons-appâts.Nous les attendons toujours.En terminant, nous poserons cette question : pourquoi les gestionnaires de l\u2019Ontario et des États américains limitrophes du Québec, déjà aux prises avec des carpes de roseau, jugent-ils qu\u2019il est possible d\u2019utiliser plus libéralement les poissons-appâts qu\u2019au Québec?Inutile d\u2019interdire les poissons- appâts M A R I E - F R A N C E L A N O U E Enseignante en philosophie au Cégep de Sherbrooke Doctorante en philosophie à l\u2019Université Laval est un bien long communiqué de presse qu\u2019a mis en ligne l\u2019organisme lavallois [co] motion, pour essayer de justifier la censure dont a fait l\u2019objet l\u2019exposition de l\u2019artiste Christian Messier.Ayant visiblement voulu contenter, maladroitement, une mince fraction d\u2019un public outré par le travail de l\u2019artiste, la directrice responsable de la salle An- dré-Mathieu, Julie Perron, avait décidé de retirer six œuvres de l\u2019exposition, provoquant du même coup une vague d\u2019indignation.Pourtant, quiconque possède un minimum de connaissances en histoire de l\u2019art \u2014 pour ne pas dire de sens commun \u2014 conviendra que rien ne justifiait, raisonnablement, le retrait de ces œu- vres.Si au départ on peut penser qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019un incident isolé, résultant simplement d\u2019un choix mal avisé, le contenu du communiqué semble révéler un problème latent plus sérieux.On peut y lire que, cherchant à créer un espace de discussion suite à l\u2019incident, «[co] motion organisera dans les prochaines semaines une activité de médiation visant à échanger sur l\u2019art actuel, notamment: espace public versus lieux spécialisés en arts actuels, enjeux et choix des expositions en tenant compte des différents publics».Or, ce que ces thèmes reflètent, c\u2019est une orientation de la discussion très claire qui semble confirmer ce phénomène de marginalisation des arts et des artistes dans la société que dénonçait Christian Messier, en entrevue à Radio-Canada.Que faut-il conclure effectivement de cette initiative de médiation culturelle : doit-on comprendre que l\u2019art actuel, et ses lieux de diffusion, sont distincts de l\u2019espace public?Cette idée, bien que tout à fait absurde, est pourtant celle qui prédomine.Derrière tout ceci se trouve très certainement une méconnaissance du fait culturel contemporain et surtout de son incroyable diversité.Il est vrai que l\u2019art actuel ou contemporain est plus exigeant pour le spectateur : les démarches sont éclatées, le fond (démarche) tend à remplacer la forme (matière) et le caractère transgressif ou provocateur de certaines propositions esthétiques peut en rebuter plus d\u2019un.Ce sont essentiellement ces caractéristiques qui sont responsables des nombreux préjugés qui gravitent autour de ce qu\u2019on appelle l\u2019art actuel ou contemporain.Particularité de l\u2019art contemporain Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les artistes utilisent sans restriction ni gêne toute la technique et le savoir moderne au profit de l\u2019expression créatrice : installations visuelles ou sonores, modification du territoire, happenings\u2026 ont remplacé les médiums traditionnels qu\u2019étaient la peinture et la sculpture.Mais encore là, notre description du fait culturel contemporain n\u2019est pas tout à fait juste.Plusieurs artistes n\u2019hésiteront pas \u2014 et c\u2019est le cas de Christian Messier \u2014 à utiliser les médiums traditionnels.Nous commençons à cerner ici ce qui constitue plus exactement la particularité de l\u2019art contemporain : son insaisissabilité.Sitôt essaie-t-on de le définir qu\u2019il nous échappe.Le bon art ou le mauvais art, voilà quelque chose de dépassé.Désormais, les œu- vres d\u2019art font appel aussi à notre sens critique et constituent des invitations au dialogue.Dans ce contexte, les jugements de valeur purement subjectifs n\u2019ont plus leur place et ne sont surtout d\u2019aucune aide.« Je trouve ces œuvres vulgaires » ne dit rien ni à propos des qualités formelles de l\u2019œuvre ni à propos de la démarche de l\u2019artiste \u2014 ces choses objectives qui peuvent être partageables par d\u2019autres que moi et moi seul.Et c\u2019est justement ce à quoi sert l\u2019espace public : un lieu de rencontre entre dif fé- rentes subjectivités qui sont justement capables de se rencontrer parce qu\u2019elles savent faire abstraction de leurs préférences purement personnelles.On peut ne pas aimer une œuvre tout en étant en mesure de reconnaître objectivement son intérêt du point de vue esthétique.C\u2019est ce qui s\u2019appelle être raisonnable.Ne pas comprendre ce que l\u2019on voit peut être très décevant et parfois même carrément frustrant.Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset disait à propos de l\u2019art contemporain que celui-ci « divise le public en deux classes d\u2019hommes : ceux qui le comprennent et ceux qui ne le comprennent pas ».Or, il serait temps de mettre un terme à cette croyance selon laquelle le public est incapable de comprendre.Cette division des publics et des arts est justement la cause de ce phénomène de marginalisation de l\u2019art et des artistes.De toute évidence, notre société ne valorise ni les arts ni la culture.Elle fait plutôt la promotion d\u2019un certain type d\u2019art et d\u2019un certain type de culture.Veiller à ce que le public puisse demeurer à l\u2019abri de l\u2019art actuel, en lui réser vant des espaces distincts, c\u2019est non seulement faire du nivellement vers le bas, mais c\u2019est aussi saboter l\u2019essence même de ce qu\u2019est l\u2019espace public qui est le lieu où s\u2019exprime librement la diversité \u2014 des croyances, des idées, des sensibilités, des opinions.Nous devrions plutôt multiplier les occasions pour permettre aux gens, tous milieux confondus, de côtoyer cette diversité artistique et culturelle.Il faudrait enfin qu\u2019il y ait une volonté politique qui puisse soutenir une véritable éducation aux arts et à la culture : donnons des outils au public pour qu\u2019il puisse comprendre (et développer un jugement critique qui ait une certaine valeur) au lieu de participer à cette marginalisation des arts et des classes.SALLE ANDRÉ-MATHIEU À LAVAL Plaidoyer en faveur des arts et de la raison H A R O U N B O U A Z Z I * n cette année 2017, la Semaine d\u2019actions contre le racisme (qui se termine le 31 mars) revêt une importance particulière.Ayant lieu à peine deux mois après la tuerie de Québec, cette semaine d\u2019action et de sensibilisation est une occasion unique pour le Québec de montrer qu\u2019il sait passer des paroles aux actes quand il s\u2019agit de montrer l\u2019exemple en matière de lutte contre le racisme.Il va sans dire que sur ce ter- rain-là, le rôle et la responsabilité du gouvernement sont de première importance.C\u2019est au gouvernement de donner le ton et d\u2019imposer la cadence devant l\u2019urgence d\u2019agir.Cela fait maintenant plusieurs années qu\u2019une diversité de groupes tire la sonnette d\u2019alarme concernant le racisme dans notre société.Aux problèmes de discrimination à l\u2019embauche, de profilage racial, de barrières institutionnelles à la reconnaissance des diplômes, de discrimination au logement, de sous-représentation dans les médias ou à l\u2019Assemblée nationale, viennent s\u2019ajouter les délits et les crimes haineux, les lieux de culte vandalisés, l\u2019intimidation, les menaces de mort contre les militants antiracistes, et maintenant la tuerie atroce à la mosquée de Sainte-Foy.S\u2019il n\u2019existe pas de races au sens biologique du terme, on conviendra qu\u2019il existe une construction sociale qui racialise les citoyens.Il existe un système social qui fait en sorte qu\u2019une personne est défavorisée dans la société par sa couleur de peau, sa religion ou ses origines.Ce système, qui produit et reproduit des inégalités entre citoyens sur la base de leur racialisation, est appelé racisme systémique.Pour comprendre le racisme systémique, l\u2019analyser, le déconstruire et lui apporter des réponses globales et cohérentes, il faut d\u2019urgence mettre sur pied une commission de consultation publique sur le racisme systémique.Cet exercice démocratique important doit être le point de dépar t d\u2019un ensemble de politiques publiques qui viseraient à répondre de manière efficace et innovante aux défis établis.Mais déjà, il est possible de proposer quelques pistes pour la mise en œuvre d\u2019initiatives très concrètes inspirées de politiques publiques existantes au Québec ou ailleurs.Conseil de la lutte contre le racisme: À l\u2019instar de la Direction générale de l\u2019action contre le racisme en Ontario, il faut créer un Conseil de la lutte contre le racisme.Ce conseil serait au racisme ce que le Conseil du statut de la femme est au sexisme.Droit au travail : Établir des politiques claires d\u2019actions positives avec des objectifs chif frés afin que toutes les institutions publiques atteignent leurs buts en matière d\u2019embauche de personnes issues des minorités racisées.Éducation: Introduire un cours obligatoire dans l\u2019enseignement secondaire qui porterait sur le racisme contre les autochtones ou les Noirs, l\u2019is- lamophobie, l\u2019antisémitisme, le sexisme, l\u2019homo- phobie, etc.En effet, chaque citoyen québécois doit être éduqué afin d\u2019être en mesure de comprendre ces systèmes d\u2019oppression, leurs particularités, leurs origines et leurs manifestations.Au-delà de la notion de «diversité», il est temps d\u2019enseigner des concepts comme ceux d\u2019essen- tialisation, de privilèges, de colonisation, de ra- cialisation, de discrimination systémique, de patriarcat, etc.Ces concepts sont essentiels à la participation active des citoyens québécois à un véritable vivre-ensemble égalitaire.Justice et sécurité : Former les employés des dif férents corps de police et le Directeur des poursuites criminelles et pénales à reconnaître et à traiter sérieusement les actes haineux.Diffuser l\u2019information sur les cas traités par la police dans le but de rassurer les populations et de dissuader les éventuels criminels.Prévoir des sanctions sévères contre les employés des corps policiers qui se livrent à du profilage racial.Mettre sur pied un programme de compensation financière permettant de dédommager adéquatement et facilement toute personne victime de profilage racial.Sensibilisation: Organiser une campagne de sensibilisation nationale pour lutter ouvertement contre toute forme de racisme, y compris contre les autochtones et les musulmans, et mieux valoriser la diversité qui enrichit le Québec.Représentativité médiatique et culturelle: Assurer une juste représentation de la diversité culturelle et sociale du Québec dans les médias et dans les projets culturels subventionnés en mettant en place des incitatifs forts pour transformer les mécanismes systémiques de reconduction des pouvoirs en place.Politique municipale et lieux de culte : Établir une politique globale pour garantir aux minorités religieuses leur droit de jouir de lieux de culte accessibles et sécuritaires.Formation des fonctionnaires : Mettre en place une formation pour sensibiliser les fonctionnaires de l\u2019État aux questions de racisme et de discrimination.Un Québec plus juste Le racisme a des impacts directs sur la vie de près d\u2019un million de Québécois.Des personnes noires, autochtones, musulmanes, d\u2019origine latino-américaine, asiatique, arabe ou berbère sont bafouées quotidiennement dans leur droit à l\u2019égalité et à la dignité.Plusieurs sont menacées dans leur intégrité physique.Certaines en sont mortes.L\u2019attentat du 29 janvier dernier a suscité chez la majorité de nos concitoyens beaucoup d\u2019émotion, une prise de conscience et un élan de solidarité sans précédent.Cette cause n\u2019est pas seulement celle des racisés, c\u2019est celle de nous toutes et nous tous, Québécoises et Québécois, qui rejetons les inégalités systémiques et rêvons d\u2019un Québec plus juste, plus harmonieux et plus fort.Alors que nos voisins du Sud ont élu Trump et que le parti de Marine Le Pen s\u2019apprête à réaliser le meilleur score de son histoire en France, il est temps que le Québec montre la voie à suivre.Il est temps de passer des paroles aux actes.*Déclaration signée par plusieurs organismes et personnalités, dont on trouvera la liste sur nos plateformes numériques.Lutte contre le racisme : des paroles aux actes OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR L\u2019interdiction menace un créneau de pêche très important qui soutient toute une économie.Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 5500 caractères (y compris les espaces), ou environ 850 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.CHRISTIAN MESSIER Paradise Liebe, Christian Messier, 2016 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une mosquée vandalisée à Montréal L E C\u2019 P A U L I N E G R A V E L L e Néo-Zélandais Ernest Rutherford faisait des recherches au laboratoire Cavendish de l\u2019Université Cambridge, en Grande-Bretagne, quand l\u2019Université McGill lui offrit un poste de professeur de physique expérimentale.La proposition d\u2019un salaire annuel de 2500 $ dans un bâtiment nouvellement construit et équipé grâce au riche propriétaire de la Macdonald Tobacco cie, William Macdonald, s\u2019avérait séduisante pour le jeune physicien de 26 ans qui venait de se fiancer.D\u2019autant plus que le laboratoire Macdonald est, à l\u2019époque, l\u2019un des mieux équipés du monde.Rutherford arrive donc à l\u2019Université McGill durant l\u2019automne 1898, alors que la radioactivité que vient de découvrir Henri Becquerel en 1896 sur l\u2019uranium et qu\u2019a confirmé dans la foulée Marie Curie pour le radium et le polonium, suscite le plus grand intérêt chez les physiciens.À McGill, il utilise le phénomène d\u2019ionisation pour étudier la nature et les propriétés de la radioactivité.Pour ce faire, il introduit une source de radium entre deux feuilles d\u2019or chargées électriquement, ce qui lui permet de découvrir que l\u2019uranium émet deux rayonnements dif férents ayant des pouvoirs de pénétration dif férents : des rayons alpha et des rayons bêta.Qui plus est, il comprend que les rayons alpha sont en fait des particules porteuses d\u2019une charge positive.Et il mesure leur vitesse, qui atteint environ 30 000 km/sec, précise Jean Barrette, professeur à la retraite de l\u2019Université McGill et gardien du Musée Ru- ther ford du Dépar tement de physique de l\u2019Université McGill, qui est aujourd\u2019hui situé dans un bâtiment construit au début des années 1970, et qui porte le nom du célèbre physicien nobélisé.Le musée renferme certains instruments conçus par Rutherford et qu\u2019il a utilisés dans ses expériences.Le bâtiment Macdonald, où Rutherford a mené ces expérimentations, a toutefois été rénové et abrite maintenant la bibliothèque Schulich de science et de génie.Thorium et radium Rutherford démontre ensuite que le thorium émet un gaz radioactif, tout comme Pierre et Marie Curie l\u2019avaient remarqué avec le radium.Il dénomme cette « émanation » du thorium, le thoron, qui est en fait un isotope du radon, soit du radon 220.En 1901, Frederick Soddy, un jeune chimiste anglais, se joint à Rutherford à titre d\u2019appariteur.Les deux scientifiques utilisent une chambre d\u2019ionisation, qui consiste en un cylindre au centre duquel se trouve une électrode.Lorsqu\u2019ils y introduisent un élément radioactif, comme le thorium, le gaz qui est émis lors de la désintégration du thorium est ionisé.Lorsqu\u2019ils appliquent un voltage entre l\u2019électrode et le tube, un courant se crée.En mesurant ce courant, ils estiment alors le taux de désintégration de l\u2019élément.Or, ils observent aussi que ce gaz se désintègre à son tour.Pendant 18 mois, Rutherford et Soddy font de nombreuses expériences qui les conduiront à découvrir que les atomes radioactifs se désintègrent et se transforment en atomes d\u2019un tout autre type.I l s\u2019agit d\u2019un concept complètement révolutionnaire pour l\u2019époque, car les physiciens croient alors que l\u2019atome est indestructible et que seules les molécules peuvent changer de nature par des processus chimiques.Or, Rutherford et Soddy, qui obtient le prix Nobel de chimie en 1921, démontrent que le thorium se désintègre en une série d\u2019autres éléments par un processus physique.Ils dénomment ce phénomène « transmutation ».Les deux scientifiques remarquent qu\u2019un atome radioactif est un atome instable, qui au bout d\u2019un certain temps va se désintégrer.Le moment de sa désintégration est toutefois un phénomène statistique qu\u2019on ne peut influencer d\u2019aucune manière.Ils constatent que chaque élément a une demi-vie, ou période radioactive, dif férente.Durant cette période, la moitié des atomes de l\u2019élément initialement présents se désintègrent naturellement, et cette réduction du nombre d\u2019atomes suit une décroissance exponentielle.Commotion internationale Ces observations les mènent à définir la loi de la désintégration radioactive, qui fait l\u2019objet d\u2019une importante publication en 1902 intitulée «Les causes et la nature de la radioactivité ».Le physicien allemand Otto Hahn qui plus tard découvrira la fission nucléaire, pour laquelle il obtiendra le prix Nobel de chimie en 1944, vient travailler à l\u2019Université McGill en 1905.Il aide Rutherford à déterminer la chaîne de désintégration du thorium.Il découvre ainsi le thorium C, qui sera dénommé plus tard le bismuth 212, ainsi que le radioactinium, qui n\u2019est rien d\u2019autre que du thorium 227.Durant les neuf années que Rutherford a passées à McGill, Rutherford a publié 69 articles.Dans 45 d\u2019entre eux, il figure comme seul auteur.Il cosigne les autres avec un collègue, dont notamment Soddy.«Aujourd\u2019hui, des articles de cette envergure sont signés par des équipes composées de nombreux chercheurs.L\u2019ar ticle confirmant l\u2019existence de la particule de Higgs, par exemple, compte presque 3000 auteurs», fait remarquer M.Barrette.Rutherford quitte finalement McGill en 1907 pour devenir professeur à l\u2019Université de Manchester, en Angleterre, où il confirme avec Thomas Royds que les particules alpha sont bel et bien des noyaux d\u2019hélium (des atomes d\u2019hélium auxquels il manque deux électrons).L\u2019année suivante, en 1908, il reçoit le prix Nobel de chimie pour toutes les découvertes qu\u2019il a ef fectuées à Montréal, et principalement pour celle montrant que la radioactivité est un phénomène de transmutation.En 1911, il met en évidence l\u2019existence du noyau atomique qui est situé au centre de l\u2019atome et qui renferme toute la charge positive de l\u2019atome et presque toute sa masse.En 1919, il induit la première transmutation artificielle de l\u2019histoire en bombardant de l\u2019azote qui se transforme alors en oxygène.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 SCIENCES B 6 C\u2019est à Montréal, à l\u2019Université McGill, que le physicien Ernest Rutherford fit ses principales découvertes qui lui valurent le prix Nobel en 1908 et jetèrent les bases de la physique nucléaire.Puis, durant la Seconde Guerre mondiale, c\u2019est dans un laboratoire secret de l\u2019Université de Montréal que des physiciens britanniques, français et canadiens commencèrent à mettre au point un premier réacteur nucléaire à l\u2019aide d\u2019uranium naturel et d\u2019eau lourde dans le cadre du projet Manhattan piloté par les Américains.Grâce à ces recherches d\u2019avant-garde, le Canada possédait, au sortir de la guerre, la seconde infrastructure nucléaire mondiale après les États-Unis.Montréal, berceau de la physique nucléaire E n août 1942, en pleine guerre mondiale, le gouvernement britannique cherche à relocaliser dans un lieu plus sûr les chercheurs qui œu- vrent dans son laboratoire de physique nucléaire, à Cambridge.Il désire également faciliter la collaboration entre ces chercheurs européens et ceux travaillant au projet Manhattan lancé par le président Roosevelt aux États-Unis.Il amorce des négociations avec le Canada qui accepte de mettre sur pied le Laboratoire de Montréal.Le 19 août 1943, dans le cadre de la conférence de Québec, Winston Churchill et Franklin Roosevelt signent secrètement l\u2019Accord de Québec qui permet d\u2019intégrer le programme nucléaire britannique Tube Alloys au projet Manhattan.Du coup, cette entente intègre indirectement dans un premier temps le Canada dans le programme nucléaire des Alliés.Le physicien québécois Pier re Demers, décédé le 29 janvier dernier à l\u2019âge de 102 ans, a travaillé au Laboratoire de Montréal durant la guerre, mais à cette époque, il ne connaissait absolument pas le but des recherches qu\u2019il menait.Il ne l\u2019apprendra que lorsqu\u2019explose la première bombe atomique sur Hiroshima, le 6 août 1945.Pierre Demers est recruté par Hans von Halban, un physicien français d\u2019origine autrichienne avec lequel il a étudié au laboratoire de Frédéric Jo- liot-Curie à Paris.Lorsque les Allemands occupent Paris, Hal- ban et certains de ses collègues quittent la France pour l\u2019Université de Cambridge.Il est ensuite envoyé à Montréal pour diriger le Laboratoire de Montréal dont la mission est de servir le projet Manhattan qui vise à mettre au point une arme nucléaire.Le Conseil national de recherches du Canada réquisitionne une surface de 200 mètres carrés à l\u2019Université de Montréal, qui accueille finalement ce laboratoire secret dans l\u2019aile ouest du pavillon principal (pavillon Roger-Gau- dry).Plus de 340 chercheurs britanniques, français, américains et canadiens travailleront dans ces installations qui étaient surveillées en permanence par un agent de la Gendarmerie royale du Canada.Le but principal des recherches de Montréal visait à montrer qu\u2019il était possible de créer et de soutenir la fission nucléaire avec de l\u2019uranium naturel et de l\u2019eau lourde, et que cette technologie pouvait ser vir à produire du plutonium, un matériau hautement fissile mais presque inexistant à l\u2019état naturel.Le problème de l\u2019uranium naturel est qu\u2019il contient très peu (0,7 %) d\u2019uranium 235, l\u2019élément radioactif le plus propice pour produire de l\u2019énergie nucléaire, mais principalement (99 %) de l\u2019uranium 238 qui n\u2019est pas fissile et qui, par conséquent, n\u2019est pas utile pour fabriquer une bombe ou un réacteur nucléaire.Les scientifiques s\u2019appliquaient donc à accroître la proportion d\u2019uranium 235 dans le combustible qu\u2019ils utilisaient.Pour produire de l\u2019uranium enrichi, on fait réagir l\u2019uranium naturel avec du fluor et on obtient de l\u2019hexafluorure d\u2019uranium qui est un gaz.« Durant la Deuxième Guerre mondiale, on poussait le gaz à travers des filtres qui laissaient passer les molécules d\u2019uranium 235 qui sont plus petites et qui retenaient les molécules d\u2019uranium 238.La méthode utilisée au- jourd\u2019hui consiste à faire appel à d\u2019énormes centrifugeuses.Le gaz qui se retrouve le plus près des parois est un peu plus dense en uranium 235 parce que ses molécules sont plus légères.En répétant plusieurs fois cette manipulation, on arrive à un composé enrichi en uranium 235.Il s\u2019agit toutefois d\u2019un processus dif ficile et assez coûteux », explique Richard Leonelli, directeur du département de physique de l\u2019Université de Montréal.C\u2019est pourquoi on a tenté au Canada de concevoir un réacteur nucléaire utilisant de l\u2019uranium naturel.À par tir de 1944, pour des raisons de sécurité, l\u2019équipe œuvrant au Laboratoire de Montréal déménagea dans les laboratoires de Chalk River, en Ontario, où elle compléta la conception d\u2019un petit réacteur ZEEP (Zero Energy Experimental Pile).Fission nucléaire Pour induire la fission nucléaire, on bombarde une masse d\u2019uranium à l\u2019aide de neutrons.Lorsqu\u2019un noyau d\u2019uranium 235 capture un neutron, il devient un atome d\u2019uranium 236 qui est instable et qui par conséquent se brise en deux fragments moins lourds tout en libérant quelques neutrons.Ces derniers peuvent à leur tour être absorbés par d\u2019autres atomes d\u2019uranium 235 qui se fragmenteront et produiront d\u2019autres neutrons, lesquels en se multipliant entraînent une réaction en chaîne qui, si elle n\u2019est pas ralentie, aboutira à une explosion.Or, les neutrons qui sont émis lors de la fission sont tellement rapides que les atomes d\u2019uranium 235 toujours présents ne parviennent pas à les retenir.On utilise donc un modérateur pour les ralentir.Le modérateur se compose généralement de noyaux légers, comme le carbone, contre lesquels les neutrons entrent en collision.Les noyaux de deutérium constituent aussi un très bon modérateur contre lequel «les neutrons rebondissent et sont ralentis comme quand une boule de billard frappe une autre boule de billard», explique M.Leonelli.« Contrairement à l\u2019atome d\u2019hydrogène qui se compose d\u2019un proton et d\u2019un électron, le noyau de deutérium est constitué d\u2019un proton et d\u2019un neutron.Dans l\u2019eau lourde, les deux atomes d\u2019hydrogène sont remplacés par deux atomes de deutérium », précise Richard MacKenzie, professeur au dé- par tement de physique de l\u2019Université de Montréal.«On s\u2019est rendu compte que, quand on utilise du carbone comme modérateur, on ne ralentit pas suffisamment les neutrons pour avoir une réaction soutenue, c\u2019est pourquoi on doit utiliser de l\u2019uranium enrichi.Tous les réacteurs nucléaires dans le monde qui utilisent les filières américaines ou européennes sont des réacteurs à l\u2019uranium enrichi, fait remarquer M.Leo- nelli.L\u2019eau lourde rend possible l\u2019utilisation de l\u2019uranium naturel parce qu\u2019elle ralentit suf fi- samment les neutrons pour que, même s\u2019il y a beaucoup moins d\u2019atomes d\u2019uranium 235, les neutrons arrivent à les trouver.Aujourd\u2019hui seul le Canada fabrique des réacteurs à uranium naturel qui utilisent de l\u2019eau lourde comme modérateur, ce sont les réacteurs CANDU (Canada deutérium Uranium).» Les recherches sur l\u2019eau lourde menées au Laboratoire de Montréal, puis à Chalk River, ne visaient pas « directement à fabriquer des bombes, mais plus à comprendre tous les paramètres de la réaction pour déterminer les masses critiques [nécessaires pour que la réaction se multiplie de façon exponentielle] pour fabriquer une bombe.Une partie des recherches avec l\u2019eau lourde visait aussi à trouver une façon ef fi- cace de fabriquer du plutonium 239, un élément qui n\u2019existe plus à l\u2019état naturel mais qui est très fissile et donc propice pour la fabrication des bombes.Le réacteur CANDU permet d\u2019en fabriquer très ef ficacement en bombardant de l\u2019uranium 238 avec des neutrons.On obtient alors de l\u2019uranium 239 qui est instable et émet un électron, ce qui le transforme en plutonium 239.Grâce à tous ces travaux effectués durant la guerre, le Canada s\u2019est retrouvé avec la seconde infrastr ucture nucléaire du monde après celles des États-Unis.Avec la collaboration de Léo Mariage Le Devoir Dans un labo secret de l\u2019UdeM, on participe au projet Manhattan UNIVERSITÉ MCGILL Le Macdonald Physics Building a été construit en 1893.Le bâtiment a été rénové dans les années 1970 pour accueillir la bibliothèque Schulich, mais il conserve le charme de l\u2019époque.UNIVERSITÉ MCGILL Le laboratoire Macdonald est, à la fin des années 1800, l\u2019un des mieux équipés du monde.C\u2019est là où Ernest Rutherford, sur la photo, a fait sa recherche de 1898 à 1907.UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL En 1943, l\u2019Université de Montréal accueille un laboratoire secret de physique nucléaire dans l\u2019aile ouest du pavillon principal.Le projet Manhattan, de son nom de code, est un projet lancé en 1939 par le gouvernement américain dans le but de créer une bombe nucléaire pour battre l\u2019Allemagne.Le projet impliqua des scientifiques venus d\u2019Europe, du Canada et des États- Unis.Il évolua jusqu\u2019à employer à son apogée plus de 130 000 personnes avec un budget équivalent à plus de 26 milliards en dollards actuels.Le projet grossissant de plus en plus, il absorba son équivalent britannique nommé Tube Alloys.Canadiens, Français, Américains, Anglais, et même quelques Allemands défiant l\u2019autorité de leur patrie, travaillaient main dans la main pour le développement d\u2019une arme meurtrière.Dans le cadre du projet, trois bombes furent construites.Une première bombe expérimentale, nommée Gadget, fut testée au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945.Une deuxième bombe à uranium enrichi, Little Boy, fut larguée sur Hiroshima, le 6 août 1945, pour persuader le Japon de stopper la guerre.Une troisième bombe à plutonium, Fat Man, pour les mêmes raisons, explosa sur Nagasaki le 9 août 1945.Cette hécatombe marqua la fin de la Seconde Guerre mondiale.Le projet Manhattan "]
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