Le devoir, 25 mars 2017, Cahier E
[" La basilique Notre-Dame inaugure un nouveau sons et lumières féerique.Le pont Jacques-Cartier change de peau lumineuse au gré de l\u2019humeur de la ville.La Grande Bibliothèque et le mont Royal sont écrans de projection.D\u2019où vient ce mouvement des nouvelles lumières sur la ville?Et quelles seraient les limites pour éviter que Montréal ne vire en Las Vegas?S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L a très belle maquette du pont Jacques-Cartier se déploie sur près de 6 mètres à l\u2019entrée du quartier général montréalais de Moment Factory, réalisée à l\u2019échelle (1 :100) par cinq pros de la miniaturisation après sept semaines de travail, pour entre autres y insérer de mini-projecteurs.On s\u2019y croirait, sans les bouchons de circulation.Les concepteurs utilisent ce minipont depuis des mois afin d\u2019expérimenter la mise en lumière du vrai de vrai grand pont, pour le projet phare des festivités entourant le 150e anniversaire de la Confédération (car les ponts appartiennent au fédéral) et le 375e anniversaire de Montréal.La première illumination officielle est prévue le 17 mai, jour de la fondation de la ville en 1642.«On a testé des dizaines d\u2019idées plus ou moins folles, comme celle de suspendre des chandeliers ou des ballons à la structure, explique Marie Belœil, réalisatrice multimédia du projet, devant ces délires avortés épinglés au mur.On a flyé, puis on est revenu à l\u2019essence : ce chef- d\u2019œuvre d\u2019ingénierie auquel les Montréalais sont très attachés.» Un pont de toutes les humeurs Ces liens affectifs sont au cœur de la proposition.Plus de 400 spots et des centaines de barres-lampes à DEL vont permettre traduire des données numériques sur la météo, la circulation sur le tablier, l\u2019occurrence sémantique dans les plateformes médiatiques parlant sport, culture ou politique ou l\u2019humeur des Montréalais, telle qu\u2019elle se révélera sur les réseaux sociaux.Concrètement ?La maquette reproduit de la neige, puis de la pluie, vire au bleu, au rouge, et c\u2019est franchement magique.«On associe l\u2019analyse sémantique à des couleurs, explique encore Mme Belœil.Pour l\u2019humeur, nous avons créé une échelle de 1 (heureux) à -1 (maussade).On pourra même mettre le pont en berne à l\u2019occasion de grande tristesse.» Bref, le monstre moderne d\u2019acier devient un écran postmoderne branché.La Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain consacre près de 40 millions à cette transfiguration en structure interactive nocturne, pour dix ans de diffusion.Montréal centre Moment Factory a fédéré six autres studios montréalais spécialisés pour réaliser cette Connexions vivantes (c\u2019est le nom de l\u2019œuvre) : Ambiances Design Productions, ATOMIC3, Éclairage Public/Ombrages, Lucion Média, Réalisations et UDO Design.Trois fois plus d\u2019entreprises ont répondu à l\u2019appel initial.Cette profusion seule témoigne de la force montréa- laise dans le domaine.Moment Factory comptait 25 employés en 2009.L\u2019usine à projets oniriques de l\u2019avenue du Parc emploie maintenant 250 personnes.« Il y a huit ans, la majorité de nos projets provenait de notre division des spectacles, explique Amahl Hazelton, lui-même à la tête des communications.Maintenant, 95 à 90 % des contrats proviennent de mon secteur.» La firme vient d\u2019ouvrir un bureau à Tokyo.Les contrats arrivent de partout, la planète se passionnant pour le design lumineux.Londres a choisi une équipe pour accoucher d\u2019un plan directeur d\u2019éclairage de tous ses ponts.New York s\u2019engage aussi sur cette voie lumineuse pour tous les accès à Manhattan.« L\u2019illumination du pont montréalais s\u2019inscrit dans une vague portée par les grandes villes du monde, résume M.Hazelton.La lumière devient une matière noble, comme la pierre, la vitre ou l\u2019acier, que les concepteurs utilisent pour donner de nouvelles signatures urbaines.C\u2019est un langage beaucoup plus léger.En anglais, on dit light, qui a aussi ce sens.» Le QDS pionnier «Le dynamisme montréalais s\u2019explique par l\u2019expertise propre à la ville, avec le Cirque du Soleil, Regard sur le Festival international du ?lm sur l\u2019art Page E 3 De Visu Destruction et (re) création, en deux expos Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com \u2022 Sortie 4 Est, autoroute 15 MERCREDI 29 MARS \u2022 16 H 30 JEUDI 30 MARS \u2022 19 H Lancement Comme un roman Édition anniversaire Daniel PENNAC \u2022 Éditions D'Eux En présence de l'éditeur Yves Nadon Causerie Jean Lemire L'odyssée des illusions 25 ans à parcourir la planète Éditions La Presse Entrée libre Réservez vos places : 514-337-4083 ou evenements@librairiemonet.com © F r a n ç o i s P r é v o s t SOURCE QUARTIER DES SPECTACLES MONTRÉAL C\u2019est la création originale d\u2019Ottoblix, Anaphore, qui a été retenue pour animer la neuvième façade permanente de vidéoprojection du Quartier des spectacles à partir de septembre prochain.Montréal, ville lumières Ou comment la métropole est devenue chef de file mondial de l\u2019éclairage design ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Intitulée Translations, l\u2019œuvre pérenne est une création d\u2019ATOMIC3.On peut aujourd\u2019hui la découvrir sur la place de la Gare-Jean-Talon.VOIR PAGE E 5 : LUMIÈRES L es grands livres de sagesse sor tent des tiroirs en temps de crise, dépoussiérés, consultés en oracles, montés au cirque ou au théâtre.Mieux compris aussi, forcément.Le public a besoin de comparaisons pour saisir les conflits d\u2019antan.Il n\u2019en manque point sur sa planète en folie.Hier ressemble tellement à au- jourd\u2019hui.Ils cherchaient à nous imiter ; c\u2019est sûr.N\u2019empêche ! Le nom sanskrit Mahabharata aurait pu demeurer pour plusieurs d\u2019entre nous insondable et imprononçable.Pourtant, le public de Montréal se l\u2019est mis en bouche cette semaine, écoutant les enseignements issus de ce long poème, qui font du bien, faut dire.Pendant que la Tohu présentait Until the Lion d\u2019Akram Khan, tiré de cette épopée millénaire hindoue liée à une guerre fratricide, on allait voir à la 5e salle de la Place des Arts Battlefield du grand Peter Brook, adaptée d\u2019autres extraits de la saga, au temps où les dieux, les hommes et les animaux se parlaient.Ce jour-là, des écrans de dimensions diverses nous bombardaient d\u2019images de l\u2019attentat terroriste de Londres sur le pont de Westminster face à l\u2019imper turbable Big Ben.La violence semblait éclairer l\u2019œuvre d\u2019un dramaturge issu des brouillards de sa Tamise.Victoire à la Pyrrhus On l\u2019aura compris : la mythologie hindoue, avec ses scènes de désolation et d\u2019errance après de monstrueux combats, offre un miroir à notre monde à feu et à sang.La roue belliqueuse tourne en nous emportant.La forêt où errent les conquérants d\u2019une victoire à la Pyrrhus (au prix de pertes énormes) fait écho dans notre esprit aux images de mor t et d\u2019exil venues de Syrie, d\u2019Afrique, d\u2019Europe.Comme à celle des réfugiés mexicains gelés au pied de nos frontières.Les personnages de Battlefield et nous avançons à tâtons dans une ère post-apocalyptique.« Les fleuves s\u2019écoulent dans la mauvaise direction, précise l\u2019épopée.Les météores tombent sur la terre.» On se croirait, effets spéciaux et action trépidante en moins, dans un des films hollywoodiens catastrophes qui s\u2019éclatent sur les écrans.Des résonances se répondent partout.Brook est une légende vivante.Shakespearien depuis toujours (à cinq ans, il montait Hamlet avec des marionnettes), mais dans une approche de modernité, auteur et cinéaste ; le théâtre constitue pour lui une arme, une lanterne dans la nuit.Le mythique dramaturge est en fin de course.Il a eu 92 ans cette semaine, juché sur ses longues échasses temporelles.Ce texte millénaire l\u2019enfonce dans l\u2019histoire de l\u2019humanité et dans le mythe, avec urgence de transmettre.Si morale au texte il y a, elle renvoie dos à dos vainqueurs et vaincus, qui trouvent le combat trop cher payé.Un appel au cessez-le-feu.Ce Mahabharata, il le connaissait depuis longtemps.Avec Jean-Claude Carrière, Peter Brook avait extrait de l\u2019épopée historico-mystique (274 778 vers) un spectacle de neuf heures lancé en 1985 au Festival d\u2019Avignon, dont les spectateurs témoins parlent encore avec émoi.Un film et une minisérie devaient perpétuer le spectacle.Marie-Hélène Estienne signe avec lui cette mise en scène d\u2019une version courte (1 h 10), tout à l\u2019épure, qui atterrit chez nous.Les luttes de pouvoir et de territoire qui embrasent au- jourd\u2019hui le monde valaient, aux yeux de Peter Brook, de ressusciter l\u2019épopée, en ce seul segment des lendemains d\u2019af frontement.De la Shoah et d\u2019Hiroshima, dont il aura enregistré dans sa jeunesse les ondes de choc, nul n\u2019a tiré de leçons.Reste à enfoncer le clou.Il voit l\u2019ombre de la mor t avancer et la simplicité monacale lui tient lieu de signature.Peter Brook ressemble à ces peintres japonais qui, à force de représenter le mont Fuji, tracent d\u2019un seul trait sa quintessence.Mise en scène délestée Livrera-t-il une autre création nouvelle?Pas sûr.Battlefield a des côtés testamentaires, avec retour au giron originel.Ça m\u2019émouvait de participer peut-être à sa dernière aventure, comme d\u2019entendre des propos de sagesse.D\u2019autres cherchaient sur scène l\u2019action, sans la trouver.Certains spectateurs se sentent déconcertés par la modestie de cette création, l\u2019absence de décors, le rythme de récits insérés parmi d\u2019autres, comme dans Les mille et une nuits.Au fil des ans, Brook s\u2019est délesté des couleurs, des accessoires et du fla-fla.Battlefield est enfanté par sa théorie de l\u2019espace vide : dispositif simplifié, mouvements des comédiens au premier plan, intimité avec le public.Loin du spectacle à grand déploiement, Peter Brook, metteur en scène des profondeurs, choisit le petit castelet pour parler au public à l\u2019oreille : « L\u2019anéantissement ne vient jamais les armes à la main.Il vient doucement nu-pieds.» L\u2019humanité se voit réduite sur ces planches à quatre personnages, plus un musicien qui ponctue les récits ou en crée de nouveaux.On se sent du coup chez les griots africains.Trois des comédiens, Carole Karemera, Jared McNeill et Er y Nzaramba, sont noirs et semblent vouloir nous ramener aux enseignements de la Terre mère.«Que faire quand tout ce que vous aimez s\u2019est envolé ?» demande en substance la pièce.Alors, ils errent, s\u2019adressent au serpent, au ver de terre, au pigeon ; témoins et acteurs de Battlefield comme eux.Le roi aveugle et majestueux (formidable Sean O\u2019Callaghan), appuyé sur sa canne, choisit de s\u2019enfoncer dans la forêt.Les corps se collent, se réchauffent, se séparent.Les yeux disent tout.« Ces hommes fiers comme des tigres sont désormais des feux éteints », entend-on.La pièce s\u2019offre des accents shakespeariens (tantôt Macbeth tantôt Hamlet).On évoque l\u2019Œdipe roi de Sophocle, pour ce personnage de vieux roi aveugle et hanté.L\u2019Ancien Testament n\u2019est pas loin non plus, ni la vieille épopée mésopota- mienne de Gilgamesh, avec la quête initiatique des jumeaux antagonistes.Assez pour constater que dans toutes cultures, les grands textes se rejoignent dans le creuset unique de la sagesse universelle, auquel on a intérêt à puiser encore et encore, sous peine de mourir de soif.otremblay@ledevoir.com Le cessez-le-feu, selon Peter Brook CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 2 Ici, il y a un théâtre.Et le théâtre est ouvert.À ceux qui doutent, qui rêvent, qui se taisent, à celles qui cherchent.Aux révoltés, aux indignées et aux inconsolables.Aux inconnus.Aux cœurs brisés, aux corps marqués, aux familles en dix mille morceaux.Aux fragiles, aux invisibles, aux héroïnes.Aux amoureux.Aux désobéissantes et aux sceptiques.Aux indécises, aux chétifs, aux mystiques, aux mêlées, à tous ceux qui se sont toujours fait écoeurer.Aux maganées, aux épuisés, aux surmenées, aux convalescents, aux fatigués.Aux pas pareils, aux recalées, aux cancres, aux réfractaires.Aux punks, aux activistes, aux manifestantes, aux voyageurs.Aux infirmières, aux actuaires et aux libraires, aux économistes, aux comptables, aux fleuristes de bonne volonté.Aux amateurs et aux surqualifiées.Ici, il y a un théâtre.Vous y êtes les bienvenus.Bienvenue aux ordinaires.Bienvenue aux braves.Bienvenue aux pognés dans le trafic, aux retardataires, aux mal-peignés, aux mal-lunées, bienvenue à ceux qui avaient un billet pour hier ou pour demain.Bienvenue à tous les voisins.Bienvenue aux nombreux déçus.Bienvenue à ceux qui en ont toujours arraché et bienvenue aux actrices de plus de cinquante ans.Bienvenue à la jeunesse ardente et bienvenue à ceux qui ont déjà peur de mourir.Bienvenue à ceux qui sont passés au feu.Bienvenue à celles qu\u2019on n\u2019a pas crues.Bienvenue à ceux qui fuient, à celles qui tremblent, bienvenue aux Premiers et aux derniers arrivés.Bienvenue à toi, qui es là depuis à peine neuf mois, bienvenue à toi en beau fusil parce que ta prof de Cégep t\u2019oblige à venir ici, ici-même, oui, ce soir, au théâtre, alors que tout ce que tu veux c\u2019est que tes compétences soit reconnues pour pouvoir participer à ce pays à la pleine mesure de ce dont tu es capable.Bienvenue à ta colère, à ton vague à l\u2019âme, à ton courage.Tu crois que tu n\u2019auras jamais les mots pour dire tout ce que tu as dû quitter pour arriver jusqu\u2019ici, mais tiens bon : les mots te seront rendus.Si tu veux, un jour, reviens.Reviens nous raconter.Nous qui mettons debout la poésie et les histoires, nous qui travaillons à transformer la parole en action, faisons-donc ce qu\u2019on dit, enfin.Faisons-le devant et pour les autres.Faisons-le contre ce présent implacable qui nous veut faibles, divisés, en furie.Soyons vigilants, vigilantes, soyons-le pour nous et pour les suivants : soyons-le gratuitement.Soyons ces veilleurs qui n\u2019en laissent pas passer une.Soyons ces inquiets qui traquent les mauvais réflexes d\u2019abord dans leur cour.Soyons attentifs.Soyons paritaires - et même mieux : soyons de toutes les parités.On le dit, on le fait.Soyons ces oracles : échappons au prévisible.Ouvrons nos théâtres, pour vrai, ouvrons les portes et les fenêtres et les esprits et les possibles, ouvrons les paysages et le futur, ouvrons grand, mettons-nous les mains dedans.Ouvrons nos scènes.Ouvrons-nous le cœur.Ouvrons-nous donc.Bienvenue aux blessés.Bienvenue aux enfants.Bienvenue aux morts et aux vivants.Vous êtes ici chez vous.JOURNÉE MONDIALE DU THÉÂTRE 27 MARS 2017 Message québécois rédigé par Véronique Côté Pour la Journée Mondiale du Théâtre, le Conseil québécois du théâtre honore l\u2019art théâtral si essentiel à l\u2019identité et la culture d\u2019une nation.Il confie la rédaction du message québécois à une personnalité de théâtre et salue ainsi la contribution du théâtre québécois au rayonnement international du Québec et du Canada.En 2017, Véronique Côté, comédienne, auteure et metteure en scène, signe le message québécois.c q t .c a CAROLINE MOREAU Les personnages de Battlefield et nous avançons à tâtons dans une ère post-apocalyptique.ODILE TREMBLAY CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 3 DU 21 MARS AU 23 AVRIL 2017 | rideauvert.qc.ca rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel avec JULIE LE BRETON et MATHIEU QUESNEL SYLVIO ARCHAMBAULT, ANNE-MARIE BINETTE, CATHERINE CHABOT, PHILIPPE DAVID, STÉPHANE DEMERS, JACQUES GIRARD, JEAN-FRANÇOIS HUPÉ, RENAUD LACELLE-BOURDON, JUSTIN LARAMÉE, BENOIT MAUFFETTE, JACQUES NEWASHISH, FRÉDÉRICK TREMBLAY, GILBERT TURP © Jean-François Bérubé VOL AU-DESSUS D\u2019UN NID DE COUCOU Une pièce de Dale Wasserman D\u2019après le roman de Ken Kesey Traduction et mise en scène Michel Monty F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L e Festival international du film sur l\u2019art (FIFA), qui a débuté jeudi et se poursuit jusqu\u2019au 2 avril, demeure fidèle à ses bonnes habitudes en représentant toutes les pratiques au sein de sa vaste programmation.Le cinéma sur le cinéma n\u2019est pas en reste, avec notamment la présentation de trois documentaires consacrés à autant de figures marquantes du septième art : Buster Keaton, Billy Wilder et Raoul Ruiz.Ce faisant, on revisite des filmographies importantes qui se déploient entre les États-Unis, l\u2019Allemagne, le Chili et la France.Réalisé par Jean-Baptiste Pé- retié, Buster Keaton, un génie brisé par Hollywood est exclusivement constitué d\u2019images d\u2019archives et revient sur la vie et l\u2019œuvre du grand comique (1895-1966), l \u2019une des premières superstars du cinéma dont la carrière fulgurante à l\u2019époque du muet ne survécut pas au passage au parlant.En 1950, dans Sunset Boulevard, satire vitriolique de cet Hollywood qui enfante puis dévore ses propres vedettes, Billy Wilder fit appel à lui pour une apparition fugitive, mais inoubliable.Lors d\u2019une partie de carte entre anciens, l\u2019idole du muet s\u2019incline et ne dit qu\u2019un mot : « pass » .Le 31 mars à 20 h45 à BAnQ.Le même Billy Wilder (1906- 2002) est l\u2019objet du documentaire Billy Wilder \u2014 Nobody\u2019s Perfect, de Julia et Clara Kuper- berg.Né en Allemagne, Wilder alla tenter sa chance aux États- Unis, comme d\u2019autres collègues juifs, afin de fuir le nazisme.Un destin rocambolesque que le sien : gigolo, puis scénariste à Berlin, réalisateur expatrié à Paris, il s\u2019installa finalement à Hollywood où il ne tarda pas à percer, son scénario de Ninotchka, réalisé par Ernst Lubitsch, lui valant de passer derrière la caméra.On lui doit quantité de classiques et de chefs-d\u2019œuvre dans tous les registres du drame et de la comédie, dont Assurance sur la mort, Le gouffre aux chimères, Stalag 17, Sabrina, Certains l\u2019aiment chauds, La garçonnière\u2026 Le 25 mars à 20h45 à la Cinémathèque et le 31 mars à 20h45 à l\u2019UQAM.(Re)découvrir Ruiz Moins connue, mais essentielle néanmoins, l\u2019abondante filmographie de Raoul Ruiz (1941-2011), un cinéaste d\u2019une érudition et d\u2019une originalité folles, est quant à elle au cœur du documentaire Raoul Ruiz contre l\u2019ignorance fiction, d\u2019Alejandra Rojo.On promet des « clés » d\u2019interprétation du cinéma par fois cryptique, mais toujours fascinant, du réalisateur de L\u2019hypothèse du tableau volé, Généalogies d\u2019un crime , Trois vies et une seule mor t, Mystères de Lisbonne, et surtout, sur tout, du magnifique Le temps retrouvé , autant une adaptation de l \u2019œuvre de Proust qu\u2019un hommage à celle-ci.Le 1er avril à 15 h 15 à la Cinémathèque.Avec ces trois cinéastes aux parcours et aux filmographies uniques, on remonte pratiquement toute la ligne du temps du cinéma, de ses débuts noirs et blancs et muets à son présent coloré et parlant, passant des succès grand public des uns à l\u2019exploration narrative et formelle de l\u2019autre.Entendu, on aurait pris quelques documentaires consacrés à des réalisatrices, mais cela, c\u2019est une autre histoire (et une autre histoire du cinéma, aussi\u2026).Le Devoir FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM SUR L\u2019AR T Géants passés du 7e art Des documentaires se penchent sur le cinéma de Buster Keaton, Billy Wilder et Raoul Ruiz MUSIQUE CLASSIQUE MAESTRAS \u2013 THE LONG JOURNEY OF WOMEN TO THE PODIUM Réalisation :Günter Atteln et Maria Stodmeier.Allemagne, 2016, 53 minutes.Admirable séquence d\u2019ouverture : la lecture d\u2019une lettre de recommandation de Herbert von Karajan écrite en 1965 à Sylvia Caduff.Karajan y vantait sa disciple en direction «malgré son seul possible handicap : celui d\u2019être une femme».Ce documentaire allemand qui se nourrit largement du festival Prima Donna, programmé à Lucerne, est, dans la programmation classique du FIFA, le plus branché sur les tendances actuelles du marché.Un alignement des planètes et un puissant engagement de certaines agences d\u2019artistes se conjuguent pour conduire à une féminisation croissante de la profession de chef d\u2019orchestre.La perle du film de Günter Atteln et Maria Stodmeier est d\u2019avoir déniché Sylvia Caduff et la fille de l\u2019une de ses collègues d\u2019il y a 50 ans, Hedy Salquin, dont le témoignage est aussi vertigineux que le chemin parcouru.À une demande de diriger un concert, en 1954, Hedy Salquin avait reçu la réponse : «Cher Monsieur, même si vous êtes une femme on va vous appeler Monsieur.Nous n\u2019avons pas de place pour vous.» Les temps ont changé.Heureusement.Le 24 mars à 20 h45 au Musée des beaux-arts et le 2 avril à 12 h30 à l\u2019UQAM.Christophe Huss PIANO ZHU XIAO-MEI : HOW BACH DEFEATED MAO Réalisation : Peter Smaczny.Allemagne, 2016, 58 minutes.Pourquoi cette femme me bouleverse-t-elle autant?Zhu Xiao- mei est la voix de Bach que personne n\u2019attendait.Une femme née en 1949 à Shanghai, l\u2019année de l\u2019accession de Mao au pouvoir.Une femme qui a forgé sa volonté, son insécurité quasi maladive et sa foi en la musique dans les camps de rééducation que le grand timonier instaura pour dompter l\u2019élite intellectuelle et économique de la Chine.Il y a le livre, incontournable, La rivière et son secret.Il y a eu un premier documentaire, Le retour est le mouvement du Tao, de Michel Mollard (vu au FIFA 2015), sur la rencontre entre Bach et la philosophie de Lao-Tseu.Comment Bach a vaincu Mao prend comme prétexte le retour, après 35 ans, de Zhu Xiao-mei en Chine, mais dévie sur un autre portrait de la pianiste.On aurait aimé en savoir et en voir davantage sur l\u2019alchimie de la rencontre de ces deux mondes; la sagesse de la rescapée et la jeunesse chinoise bouillonnante.Les souvenirs douloureux de Zhu Xiao-mei, tel celui du suicide, à 29 ans, de sa consœur admirée Gu Shengying, montrent que la victoire de Bach est aussi la victoire de cette Grande Dame et de la résilience à tout prix.Le 24 mars à 20h45 au Musée des beaux-arts, et le dimanche 2 avril à 12h30 à l\u2019UQAM.Christophe Huss DANSE DANS LES PAS DE TRISHA BROWN Réalisation : Marie- Hélène Rebois.France, 2016, 79 minutes.Perçant les coulisses du Ballet de l\u2019Opéra de Paris, Marie-Hé- lène Rebois capture le minutieux travail de passation effectuée par Lisa Kraus sur la reprise de Glacial Decoy, œuvre charnière du répertoire de Trisha Brown.Ce film documentaire tombe à pic, alors que samedi dernier, la grande dame de la danse postmoderne s\u2019éteignait à l\u2019âge de 80 ans.Et comment transmettre ses partitions chorégraphiques si complexes, tandis qu\u2019aucun système de notations ni l\u2019usage des captations vidéo ne permettent d\u2019en saisir les fines subtilités ?Jeu sur la pesanteur, chutes et déséquilibres donnant naissance à des séquences de mouvements articulés de manière inédite, la chorégraphie se transmet avec rigueur et précision grâce à la mémoire du corps de la fidèle collaboratrice de Brown.À travers des images d\u2019archives et la pédagogie de Kraus, on remonte succinctement aux sources de cette approche de la danse défiant la gravité sur les toits et les façades d\u2019immeuble du New York des années 70.Plutôt adressé aux spécialistes qu\u2019aux néophytes, le film reste un outil précieux pour appréhender l\u2019esthétique forgée par cette grande pionnière et révolutionnaire de l\u2019art du mouvement.Le 26 mars à 13 h15 à Concordia et le 1er avril à 18 h à Pointe- à-Callière.Mélanie Carpentier ARCHITECTURE PHYLLIS LAMBERT Réalisation : Manuel Fo- glia.Canada, 2015, 48 minutes.Nous ne saurons jamais assez dire combien Montréal, le Québec et le Canada doivent à l\u2019intelligence de Phyllis Lambert.Elle a participé à la sauvegarde du quartier Milton Parc ainsi qu\u2019à celle du Vieux-Montréal.Suite à la destruction de la Maison Van Horne en 1973, elle a créé Sauvons Montréal puis Héritage Montréal en 1975.Elle a aussi fondé en 1989 le mondialement célèbre Centre canadien d\u2019architecture (CCA), lieu de conservation de fabuleuses archives mais aussi lieu d\u2019expositions sublimes et brillantes.En 1996, elle a mis en place le Fonds d\u2019investissement de Montréal (FIM) qui a permis la rénovation de nombreux appartements et immeubles dans notre cité afin d\u2019en faire des logements sociaux.Alors qu\u2019elle vient de fêter ses 90 ans, la remarquable Phyllis Lambert est à l\u2019honneur dans ce documentaire de Manuel Foglia.Le 26 mars à 15 h 45 au CCA.Nicolas Mavrikakis FILMS SMC Alejandro Rojo propose de (re)découvrir la filmographie foisonnante de Raoul Ruiz.TÉLÉ-QUÉBEC Buster Keaton ASSOCIATED PRESS PHOTO Billy Wilder M I C H E L B É L A I R à Reims M ême ici, il est difficile de passer outre à la crise des migrants et des demandeurs d\u2019asile ou d\u2019oublier l\u2019élection présidentielle qui s\u2019annonce.Dans les conversations, partout, les cafés et les brasseries des grandes avenues bourgeoises de la capitale du champagne vibrent aussi au r ythme d\u2019une Europe qui se cherche.V il le fière et orgueilleuse, Reims semble sur ses gardes sous un soleil pâle.Joël Simon lui, l \u2019âme de Méli\u2019môme depuis plus d\u2019un quart de siècle, trouve dans la situation générale une justification supplémentaire à son travail.À l\u2019écouter, on le dirait investi d\u2019une mission d\u2019une importance cruciale pour l\u2019avenir de l\u2019Europe\u2026 Un monde changé D\u2019entrée de jeu, il se rebiffe lorsqu\u2019on suggère que la programmation du festival paraît vouloir mettre en scène la conscience citoyenne plutôt que de stimuler l\u2019imaginaire des tout-petits.« Peut-être comme ça à première vue, mais non, pas vraiment, dit-il en souriant.Mon équipe et moi, nous sommes dans une continuité.Éveiller l\u2019imaginaire des enfants est toujours la base de notre démarche artistique : la rencontre du beau, le plaisir intense de la découverte du théâtre, le bonheur qui en découle, tout cela est toujours là, au cœur de ce que nous faisons.C\u2019est une expérience cruciale, fondatrice.Et nous visons toujours à la rendre accessible au plus grand nombre en multipliant nos activités tout au long de l\u2019année.Une foule de spectacles pour ados comme pour les tout- petits témoignent de tout cela encore dans notre édition 2017.Mais le monde a changé depuis 25 ans\u2026 » Même quand on dirige un festival de théâtre destiné aux jeunes publics, il est impossible de faire abstraction des attentats qui ont secoué la France, des conflits qui déchirent le monde, de la montée du Front national dans les sondages et de l\u2019élection de Donald Tr ump.« La nouvelle réalité du monde influence bien sûr le travail des créateurs\u2026 et notre programmation, poursuit le directeur de Méli\u2019môme.Le garçon à la valise, du Gallois Mike Kenny, par exemple, met en scène deux enfants migrants ; ce n\u2019est qu\u2019un des nombreux spectacles interrogeant la conscience sociale des jeunes spectateurs.Mais vous le savez, nous avons toujours été là pour faire réfléchir et discuter tout autant que pour émouvoir.» Le directeur du festival rappelle que, en plus d\u2019organiser Méli\u2019môme \u2014 23 spectacles, 97 représentations, du 24 mars au 8 avril \u2014, la petite équipe de l\u2019association Nova Villa par ticipe très activement à l\u2019événement pluridisciplinaire Reims scène d\u2019Europe, en février, tout en préparant la semaine « Petite enfance », le week-end « M\u2019Auteurs » et le week-end « Bébés en octobre ».Comme si cela ne suffisait pas, l\u2019influence d\u2019Isabelle Leseur, la présidente de Nova Villa depuis une quinzaine d\u2019années déjà, a mené à toute une série de collaborations diverses avec des écoles et des lycées de Reims : l\u2019engagement social et citoyen de l\u2019association est de plus en plus marqué.Lors de son discours d\u2019inauguration, Isabelle Leseur parlait de la documentaliste césa- risée Alice Diopp, marraine du festival cette année, en soulignant les valeurs partagées par Méli\u2019môme et la cinéaste de choc.« Nous défendons dès le plus jeune âge l\u2019accès à la culture, à des œuvres ar tistiques de qualité alliant beauté et réf lexion.Aujourd\u2019hui, notre rôle doit aussi évoluer, notre parole être sociétale.Elle doit générer une réponse civique, produire de la pensée et ouvrir les regards.» Joël Simon a complété en notant que si la responsabilité civique et sociale du festival est plus grande en cette période trouble que nous traversons, le « fonds de commerce de Méli\u2019môme » est toujours le même.« Notre projet vise d\u2019abord l\u2019artistique et la création.Au cours des dernières années, il est devenu plus dif f icile de l\u2019articuler puisque les sources de financement de la culture ont considérablement diminué ; il nous a fallu persuader à nouveau les politiques d\u2019investir dans la création pour l\u2019enfance.Les jeunes générations carburent aussi à l\u2019intelligence et à l\u2019espoir, et nous sommes là pour distiller de l\u2019humanité à petites doses en continuant à faire ce que nous savons le mieux faire : provoquer des rencontres et des chocs esthétiques.Il faut continuer à avancer avec confiance et croire en eux.» Collaborateur Le Devoir Notre journaliste est à Reims à l\u2019invitation du festival Méli\u2019môme.JEUNES PUBLICS Les enfants, de tout temps Méli\u2019môme vise les ados tout autant que les petits en cette période trouble CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 4 B I L L E T T E R I E 1 5 M A R S A U 8 A V R I L 2 0 1 7 D E M O L I È R E M I S E E N S C È N E C L A U D E P O I S S A N T Avec Simon Beaulé-Bulman, Jean-François Casabonne, Samuel Côté, Sylvie Drapeau, Laetitia Isambert, Jean-Philippe Perras, Bruno Piccolo, François Ruel-Côté, Gabriel Szabo, Cynthia Wu-Maheux.UNE PRODUCTION DU THÉÂTRE DENISE-PELLETIER D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E C L A U D E P O I S S A N T 100 avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com LES MANCHOTS Paul Ahmarani Larissa Corriveau Kevin McCoy Sasha Samar Concepteurs Philippe Brault, Stéphanie Capistran-Lalonde, Éric Champoux, Catherine Comeau, Romain Fabre, Alex Gauvin, Émilie Martel et Cynthia St-Gelais Une production Trois Tristes Tigres en codi?usion avec le Théâtre de Quat\u2019Sous Texte et mise en scène Olivier Kemeid JUSQU\u2019AU 1er AVRIL AU THÉÂTRE DE QUAT\u2019SOUS « La mise en scène et la scénographie sont vraiment intéressantes, le jeu des comédiens ça aussi c\u2019est réussi ! » Katerine Verebely | Gravel le matin - Ici Radio-Canada Première « Un hôtel.Une révolution.Quatre personnages.Voilà un haletant huis clos.» Pierre-Alexandre Buisson | Bible urbaine « Olivier Kemeid marche sur cette ?ne ligne de l\u2019écriture, insu?ant un lyrisme évident, mais pas super?u, parvenant à trouver une langue forte.» Jérémy Laniel | Voir EXTRAMOYEN Le NTE présente SPLENDEUR ET MISÈRE DE LA CLASSE MOYENNE Texte PIERRE LEFEBVRE et ALEXIS MARTIN Mise en scène DANIEL BRIÈRE Billetterie 514 521-4191 * 1945, RUE FULLUM * NTE.QC.CA Avec MARIE-THÉRÈSE FORTIN, JACQUES L\u2019HEUREUX, ALEXIS MARTIN , CHRISTOPHE PAYEUR et MOUNIA ZAHZAM Production NOUVEAU THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL Du 4 au 29 avril 2017 PHOTOS BAPTISTE LOBJOY Le spectacle Le garçon à la valise, de Mike Kenny, retrace le parcours de deux enfants migrants.Impossible pour le festival de faire abstraction des nouvelles réalités.Nous avons toujours été là pour faire réfléchir et discuter tout autant que pour émouvoir Joël Simon, directeur de Méli\u2019môme « » Joël Simon CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 5 du 21 mars au 15 avril 2017 avec Dominique Quesnel Jérôme Minière une coproduction ESPACE GO + UBU texte Marieluise Fleisser mise en scène Denis Marleau PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM | COMPLET! Supplémentaires les dimanches 2 et 9 avril à 16 h les compagnies du jeu vidéo, mais aussi les festivals en demande d\u2019innovations, dit le néo-New-Yorkais Mikaël Char- pin, qui a travaillé pendant six ans à l \u2019 i l lumination du Quar t ier des spectacles (QDS).Il y a une vraie expertise dans le domaine du multimédia, de la vidéo, du spec- tac le .» Les points rouges dist inct i fs devant les quarante et quelques salles de spectacles, c\u2019est lui.Ce secteur utilise la lumière pour se distinguer, mais aussi pour s\u2019animer à volonté, grâce à un réseau de fibre optique et d\u2019autres équipements permanents.Miniaturisation des projecteurs M.Charpin est mainte - nant senior designer de l\u2019Observatoire international, qui réalise les plans d\u2019éclairage des plus grands starchitectes de la p lanète , dont Jean Nouvel , Richard Meier et Frank Gehry.Cette mutation date d\u2019une quinzaine d\u2019années, et de la révolution technique DEL, celle de la diode électrolumi- nescente permettant une riche gamme d\u2019ef fets à peu de coûts et à faible consommation d\u2019énergie.La miniaturisation des projecteurs a aussi stimulé les audaces.Les équipes québécoises ont inventé des moyens de diffuser des images sous toutes les températures.Le QDS dif fuse des œu- vres sur neuf façades \u2014 36 vidéoproductions originales en 2015 et plus d\u2019une centaine d\u2019ar tistes depuis le début de la décennie.L\u2019édifice Wilder deviendra aussi un écran à compter de la semaine prochaine.« Parfois je pense à l\u2019Asie, où les villes proposent des orgies de projections commerciales, explique Simon Robert, directeur des technologies du QDS.À Montréal, nous avons tâché de maintenir une direction artistique.» Les règlements des arrondissements aident à protéger des dérives commerciales.Après tout, New York ne permet le marketing clinquant que sur Times Square.Stop ou encore?La vieille basilique Notre- Dame vient aussi de se mettre à la mode du nouveau siècle grâce à Moment Factory.Le spectacle sons et lumières inauguré cette semaine est assez époustouflant.Quelques œuvres des bas-côtés s\u2019enjolivent, par exemple pour faire passer une toile de Marguerite Bourgeoys du jour à la nuit.Le chœur et la nef bougent comme un vitrail , les projections surabondantes font ressortir la beauté et la complexité de l\u2019autel majeur, malgré la musique par fois criarde.Tout ne se vaut pas pour autant en design lumineux.La Maison olympique au centre- ville de Montréal projette les couleurs des anneaux de manière franchement kitch.Le sommet de la Place Ville-Ma- rie est maintenant nimbé d\u2019un douteux halo bleu.Les tours du Complexe Desjardins, en plein centre du QDS, baignent dans un ver t propre à la marque visible à des kilomètres à la ronde.« La commande du client était d\u2019avoir la couleur de la Caisse et de la rendre visible depuis la Rive-Sud, dit M.Char- pin, tout en restant diplomate.Il y aura toujours quelqu\u2019un pour pousser le branding, pour avoir la couleur de la marque.Il y a souvent des dérives dans mon métier.Mais il y a moyen d\u2019intervenir de manière plus subtile.» Sa règle générale : « La lumière, c\u2019est comme l\u2019architecture, une histoire de plein et de vide : plus on en met, plus c\u2019est bruyant et moins on entend.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 LUMIÈRES Ciel et lieux publics ou personnels ?Dinu Bumbaru, d\u2019Héritage Montréal, se questionne sur les Aurores Montréal projetées sur la montagne pour lancer les fêtes du 375e.Le dôme de l\u2019oratoire, la Biosphère et le mât du Stade olympique, comme d\u2019autres grands emblèmes de Montréal, auront droit à un traitement lumineux semblable pendant l\u2019année.Les images commandées à Marc Séguin célébraient moins la ville que son propre univers, selon le directeur.La montagne a été maculée de taches luni- neuses, et les animaux qui l\u2019habitent doivent encore faire des cauchemars, dit-il à la blague.« Séguin proposait sa vision à lui, et la montagne a donc été utilisée comme lieu d\u2019expérimentation personnelle, ajoute-t-il.Robert Lepage a of fert un contre-exemple avec son Moulin à images à Québec.Le ciel appartient à tout le monde.Quand on occupe l\u2019espace public, il semble qu\u2019on devrait être plus respectueux de la chose publique.» S Y L V A I N C O R M I E R «C\u2019est une 1953, peut-être même une 1952 », précise Patrick Norman, des étoiles dans les yeux.« Une Harmony, qu\u2019un ami m\u2019a donnée : quand il a vidé sa maison, ici, pour aller s\u2019installer en République dominicaine, il a trouvé la guitare dans le grenier.Elle était là depuis une trentaine d\u2019années, quasiment intacte.Il m\u2019a dit : \u201cLa veux-tu?Je te la donne\u2026\u201d» L\u2019Harmony d\u2019un ami : c\u2019est la guitare que l\u2019on entend tout au long du nouvel album, qui ne s\u2019intitule pas Bonheurs par tagés seulement parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une suite de duos.Le bonheur partagé, au départ, c\u2019est la guitare semi- acoustique retrouvée.«Une Harmony, c\u2019est pas la Martin de Hank Williams, mais l\u2019aisance que j\u2019ai à en jouer, c\u2019est incomparable ! » Difficile de croire que c\u2019est un hasard : il se trouve que le manche épouse parfaitement la main du vétéran guitariste-chanteur.«Celle-là, c\u2019est pas juste la générosité de mon ami, c\u2019est le destin qui l\u2019a mise sur mon chemin\u2026» Quand on parle guitares, Patrick Norman oublie tout le reste.On a déjà passé des heures à soupeser les mérites de sa Gretsch White Falcon, par rappor t à la fameuse Gretsch Countr y Gentleman modèle Chet Atkins.« En studio [le fort beau Studio Opus, à L\u2019Assomption], la guitare Harmony, je m\u2019en suis servi comme guitare acoustique.Je la branche pas.Le son, man, le son ! Ça a donné la direction pour tout l\u2019album.» Cela s\u2019entend.Cette résonance naturelle dans la guitare, qui attendrit le picking de la magnifique Plus fort que le vent (chanson de Danny Boudreau, partagée avec Paul Daraîche), qui confère un surcroît d\u2019authenticité au swing léger dans S\u2019aimer pour la vie (chantée avec Guylaine Tanguay), c\u2019est le liant.La cohérence.Ça me fait penser à Jerry Reed quand il jouait Big Boss Man et Guitar Man pour Elvis en 1967: du rock\u2019n\u2019roll acoustique.Patrick Norman sourit : «Jerry Reed, tout un guitariste! Sa façon de faire du picking, c\u2019est unique!» Il me «chante» des bouts de solos, qu\u2019il connaît par cœur.J\u2019en perçois les échos dans le solo de Patrick pour Alors la vie, premier titre de l\u2019album (en duo avec Martin Deschamps, celle-là).Je l\u2019avoue, ça m\u2019arrange qu\u2019on cause guitares et guitaristes.Parce que je suis un peu en deçà de mon désir, en ce qui concerne les duos.Soyons clairs.Il n\u2019y a rien à reprocher aux interprètes invités pour ce Bonheurs partagés, où il s\u2019agissait de raviver des «chansons d\u2019album » un peu négligées du vaste catalogue de Patrick Norman : tout le monde a servi le matériel avec bon goût, sans chercher à manger le micro.Un François Léveillée pour Le temps, une Marie- Ève Janvier pour Comment te dire, un Manuel Tadros pour Les rois de Bourbon Street, Laurence Jalbert, Jean-François Breau, la choriste Virginie Cummins, la conjointe et chanteuse Nathalie Lord, à plus forte raison le très grand vocaliste qu\u2019est Pierre Bertrand sor ti de sa campagne le temps de Chanter pour rien : il y a de la retenue partout, du beau boulot.L\u2019instrumentale Dueling Banjos (fameux thème du film Delivrance) avec l\u2019as Jean-Guy Grenier au banjo, c\u2019est la joie.Impeccable, tout ça.Rencontres rêvées N\u2019empêche, dis-je à Pat que je connais depuis trop longtemps pour ne pas connaître en lui le fan, j\u2019aurais voulu ses duos de rêve.Les rencontres qui l\u2019auraient fait frétiller comme la fois où il joua avec son maître Chet Atkins.Pourquoi pas un duo avec le virtuose Tommy Emmanuel, qu\u2019il vénère?Pourquoi pas Richard Desjardins, Francis Cabrel ?Pourquoi pas Dolly Parton, Brad Paisley, Alison Krauss, Louis-Jean Cormier, Dwight Yoakam, les gars de Blue Rodeo, voire Johnny Hallyday pour J\u2019ai oublié de vivre?«Tu me présenteras Shania Twain », badine-t-il.« C\u2019est sûr que j\u2019aimerais ça, mais ce serait de l\u2019ouvrage en maudit, qu\u2019ils acceptent, négocier, la logistique, les sessions\u2026» Sous-entendu: imagine le budget, de nos jours\u2026 Je l\u2019imagine tellement, Patrick Norman, partageant Poor Side Of Town avec Johnny Rivers : il la joue depuis toujours, cette chanson.Et Rivers est encore très performant.« Il est toujours aussi bon, hein?» Oh que si.Je vois son regard briller comme pour la guitare Harmony.Nous voilà lancés sur le sujet de Johnny Rivers, un grand rockeur un peu oublié aujourd\u2019hui, qui reprenait du Chuck Berry en trio au Whisky a Go-Go sur le Sunset Strip à Los Angeles en 1964 : Maybelline, Memphis, Tennessee.«Le trio de Johnny Rivers, c\u2019était le meilleur band en spectacle», s\u2019extasie Pat, l\u2019ancien guitariste des Fabuleux Élégants, son groupe des années 1960 [ravivé dans les années 1990, avec ses meilleurs copains du métier].Groupe qui jouait aussi du Chuck Berr y.Pensée pour Chuck, mort il y a quelques jours, à 90 ans.« Je suis comme tout le monde, la première chanson que j\u2019ai jouée de lui, c\u2019est Johnny B.Goode\u2026» Et Patrick Norman de me demander comment va la santé, et me vanter les bienfaits du végétalisme.«Ce serait bien, encore vingt ans de musique», dit- il à 70 ans, resplendissant comme une guitare vintage «à peine égratignée».Le Devoir BONHEURS PARTAGÉS Patrick Norman et invités Disques GPN Patrick Norman, une guitare Harmony et des duos BRUNO PETROZZA Quand on parle guitares \u2014 Harmony, Martin, Gretsch White Falcon.\u2014, Patrick Norman oublie tout le reste. C H R I S T O P H E H U S S L e roi des violoncel- l istes du XX e siè - cle, le russe Mstis- lav Rostropovitch, aurait eu 90 ans lundi prochain.Deutsche Grammophon lui rend hommage avec une intégrale de ses enregistrements, tout en publiant au même moment un cof fret équivalent consacré au prince du violoncelle, Pierre Fournier.Fascinante concordance et, sur tout, fascinante plongée dans l\u2019univers des plus grands violoncellistes du XXe siècle.Malgré Starker, Piatigorski, Maréchal, Tortelier, Gendron, Navarra, Schif f, Maisky et d\u2019autres, Fournier et Rostropo- vitch font partie du carré d\u2019as, formé, par ordre chronologique, de Pablo Casals (1876- 1973), Emanuel Feuermann (1902-1942), Pierre Fournier (1906-1986) et Mstislav Ros- tropovitch (1927-2007).Renouveler le répertoire Sur le plan historique, Mstislav Leopoldovitch Ros- tropovitch et Pierre Fournier ont une importance toute particulière, car tous deux ont été des catalyseurs pour inspirer des compositeurs et susciter la création d\u2019œuvres importantes.Dans le cas de Pierre Fournier, on citera, en musique de chambre, la Sonate pour violoncelle de Francis Poulenc, la 1re Sonate de Bohuslav Mar- tinu.Ce dernier a révisé deux fois pour Fournier, en 1939 et 1955, son 1er Concerto pour violoncelle.Le concerto le plus connu écrit pour Fournier est celui d\u2019Ar thur Honegger.Frank Martin, Albert Roussel, Othmar Schoeck et Jean Mar- tinon lui ont aussi composé des œuvres concertantes.Avec Rostropovitch, cette importance est quasiment décuplée.Les œuvres les plus emblématiques sont la Symphonie concertante op.125 de Prokofiev, les deux Concertos de Chostakovitch, Tout un monde lointain de Dutilleux, la Symphonie pour violoncelle et orchestre de Britten, mais la liste des compositeurs ayant écrit une œuvre pour violoncelle et orchestre inspirée et dédiée à Rostropovitch comprend notamment Leonard Bernstein, Aram Khatchatu- rian, Witold Lutoslawski, Ar vo Pärt, Krzysztof Penderecki, Alfred Schnittke et Mieczyslaw Weinberg.Au chapitre des tierces activités, Pierre Fournier fut un pédagogue important, successeur de Casals à l\u2019École normale, puis professeur au Conservatoire de Paris.Il se consacra ardemment à la musique de chambre, notamment avec son fils, qui fit carrière sous le nom de Jean Fonda.Ce dernier l\u2019accompagne dans de nombreux disques de musique de chambre.Là aussi Rostropovitch fut plus flamboyant, puisqu\u2019il se piqua notamment de direction d\u2019orchestre.Après sa fuite d\u2019URSS en 1974, il devint directeur musical du National Symphony Orchestra de Washington de 1977 à 1994.Le coffret DG reflète cette activité de chef, avec notamment les suites de ballets de Tchaï- kovski enregistrées à Berlin et deux intégrales d\u2019opéras : Tosca de Puccini et Dame de Pique de Tchaïkovski avec sa femme, Galina Vishnevskaïa.Russe et Français Tant Rostropovitch que Fournier sont des instrumentistes suprêmes.Même si cela semble caricatural, la dif férence stylistique reflète fidèlement leur héritage culturel.Surnommé « Slava », Rostropovitch est un Slave au geste ample et généreux.Plus il avançait en âge, plus il « beurrait épais », en son et en intentions.Fournier est un Français, cartésien, sensible et rigoureux.Comme chez Ravel, la cérébralité n\u2019empêche pas l\u2019émotion la plus vive, mais elle reste concentrée et pudique.C\u2019est ce qui fait la force du Shelomo de Bloch par Fournier : tout y est, avec pudeur et puissance.Les deux coffrets sont donc éminents.Celui de Fournier est plus simple à cer ner, puisque le legs Universal fait à peu près le tour de ses propositions ar tistiques.Ces 25 CD sont quasiment « le coffret de violoncelle de l\u2019honnête homme », avec les Suites de Bach, deux intégrales des Sonates de Beethoven (une avec Gulda, l\u2019autre avec Kempf f) et trois de celles de Brahms (Backhaus- Decca, Firkusny-DG et Fonda-Philips, son dernier disque).Le Concer to de Dvorák est symbolique de chacun des ar tistes : Fournier l \u2019a gravé à Berlin sous la direction du lapidaire George Szell en 1961; Ros- tropovitch au même endroit, en 1968, avec Kara- jan.Franchise et directivité dans le premier cas ; son moelleux et inflexions subtiles dans le second.L\u2019une comme l\u2019autre des boîtes ratisse au-delà de « Deutsche Grammophon », et c\u2019est ce qui fait leur prix.Dans le cas de Fournier, le cof fret rassemble les enregistrements monos ef fectués pour Decca (par exemple le Don Quichotte de Strauss avec Clemens Krauss en 1953 à Vienne) et les stéréos de DG (le Don Qui- chotte réenregistré avec Kara- jan en 1965 à Berlin).Pour Rostropovitch, le boîtier de 37 CD comprend les albums DG en tant que chef, violoncelliste et même pianiste, accompagnant sa femme dans un sublime disque de mélodies de Rachmaninov et Glinka ; les quatre disques Decca avec Britten ; les Sonates de Beethoven avec Richter et les Chants et danses de la mor t de Moussorgski avec Vischnevskaïa parues chez Philips.L\u2019originalité, ce sont sept CD russes récupérés par des ententes avec la maison Westminster, qui appar tient aujourd\u2019hui à Universal.Des archives soviétiques en bonne et due forme, dont deux disques de trios avec Leonid Kogan et Emil Guilels.Tout cela est évidemment recommandable.Mais comme portrait de «Rostropovitch violoncelliste», le coffret Warner (voir encadré) est plus complet.Le Devoir ROSTROPOVITCH Complete Recordings on Deutsche Grammophon.37CD 479 6789.FOURNIER Complete Recordings on Deutsche Grammophon, Decca & Philips.25CD 479 6909.Des violoncellistes de légende Deutsche Grammophon publie l\u2019intégral des enregistrements de Mstislav Rostropovitch et de Pierre Fournier CULTURE > MUSIQUE CLASSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 6 Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 MAUDE GRATTON clavecin et orgue Mercredi 29 mars \u2013 19 h 30 Œuvres de J.S.BACH, BUXTEHUDE, FROBERGER et WECKMANN Cette ambassadrice de la musique baroque propose un programme allemand qui met en lumière la collection d\u2019instruments à clavier de la salle Bourgie.SOIRÉE RACHMANINOV Mercredi 5 avril \u2013 19 h 30 ABDEL RAHMAN EL BACHA, piano RACHMANINOV Préludes opus 23 et opus 32 Après avoir séduit le public de la salle Bourgie en 2015, Abdel Rahman El Bacha est de retour avec les deux magni?ques cycles de Préludes de Rachmaninov.POUPÉES RUSSES Mercredi 19 avril \u2013 19 h 30 QUATUOR DANEL BORODINE Quatuor no 2 WEINBERG Quatuor no 3, op.14 CHOSTAKOVITCH Quatuor no 3, op.73 Formé en 1991, le Quatuor Danel a su s\u2019imposer partout dans le monde grâce à sa maîtrise du répertoire russe.MESSE EN RÉ avec l\u2019Orchestre symphonique et le Chœur du Conservatoire ainsi que le Chœur de Joseph-François-Perrault 1er avril, 19 h 30 | 2 avril, 14 h 30 Église Saint-Jean-Baptiste | 309, rue Rachel Est, Montréal Billets : 15 $ | 7 $ étudiants Conservatoire : 514 873-4031 Admission : 1 855 790-1245 | À l\u2019entrée P h o t o : A n d r é C h e v r i e r Rostropovitch chez Warner In extremis, à moins d\u2019une semaine de l\u2019anniversaire, Warner nous fait parvenir lui aussi un coffret substantiel : quarante CD, trois DVD et un livre très richement illustré de 200 pages.Ce coffret de grand luxe (façon Callas et Perlman), qui ne contient pas de nouveaux documents, regroupe l\u2019intégrale Rostropovitch telle que réunie en 2008 par EMI en 26 CD, augmentée de l\u2019intégrale des enregistrements Erato et Teldec (9 CD) compilée en 2004.Il est important de noter que ce coffret : ne comprend pas les enregistrements de Rostropo- vitch en tant que chef ; inclut les rares documents d\u2019archives soviétiques qui, en 1997, ont servi à composer le coffret de 13CD «The Russian Years» ; contient donc de nombreux concertos en deux versions (une russe, une occidentale) qui permettent de bien saisir le cheminement artistique du musicien ; est nettement plus riche en concertos que le coffret DG (NB: les archives russes ne se recoupent pas entre les coffrets DG et Warner) ; comprend 40CD plutôt que 37 parce que les couplages originaux ont été préservés et les CD (avec pochettes originales) sont plus courts ; a été entièrement rematricé.ROSTROPOVITCH Cellist of the Century.Warner 40CD et 3DVD 9029589230.PIERRE VERDY AGENCE FRANCE-PRESSE Mstislav Rostropovitch, mort à Moscou en 2007, est souvent cité comme le plus grand violoncelliste du XXe siècle.Ci-dessus, l\u2019artiste jouant à Paris en 1996. M É L A N I E C A R P E N T I E R L\u2019 année 2016 aura été l\u2019année de la c o n s é c r a t i o n pour Daina Ash- bee.Doublement récompensée aux Prix de la danse de Montréal l\u2019automne dernier, à 27 ans, la jeune chorégraphe voit désormais sa carrière décoller.Alors que celle-ci s\u2019apprête à repartir en tournée en Europe avec ses trois premières pièces, L\u2019Agora de la danse donne l\u2019occasion de (re)découvrir When the Ice Melts, Will We Drink the Water?, pièce primée présentée à Montréal lors de la dernière édition de l\u2019OFFTA.Si, par son titre, When the Ice Melts interpelle le spectateur quant aux changements climatiques, l\u2019œuvre s\u2019inscrit surtout dans la foulée de recherches que Daina Ashbee mène depuis sa première création sur les femmes et leur relation à leur corps.Dans Unrelated (2012), la chorégraphe abordait la violence présente dans son propre corps et la tendance à l\u2019autodestruction tout en dépeignant la vulnérabilité et la cruauté auxquelles les femmes autochtones font largement face.Toujours personnelles et teintées de son expérience de jeune femme d\u2019origine crie et métisse, ses créations troublantes ne manquent pas de faire leur marque dans les esprits.Dans ses trois premières pièces, l\u2019ar tiste aborde des thèmes engagés à travers une danse minimaliste, des mouvements intériorisés, par fois brutaux, perçant vivement le silence : « Mon travail est toujours très abstrait.J\u2019aime utiliser des images qui soutiennent l\u2019ensemble de la création.Je joue beaucoup avec les sons pour déclencher des sensations, des sentiments.Au lieu d\u2019avoir une histoire, avec un début et une fin, j\u2019aime aller vers l\u2019essence d\u2019une idée et faire en sor te qu\u2019elle puisse parler au plus grand nombre possible.» Alors que la chorégraphe travaillait avec Paige Culley sur le solo Pour, abordant la douleur relative aux cycles menstruels, When the Ice Melts s\u2019est développée en parallèle avec l\u2019interprète Esther Gau- dette.« On a commencé à travailler sur de petits mouvements ancrés dans le bassin, puis on a créé plusieurs variations en lien avec la recherche menée sur Pour.On s\u2019est finalement concentrées aussi sur l\u2019idée d\u2019endurance de la douleur, mais pour aller dans une autre direction», affirme Daina Ashbee, voyant dans ce premier cycle de création des liens forts entre ses premières œuvres.Corps et environnement Dans cette pièce, l\u2019ar tiste originaire de Nanaimo en Co- lombie-Britannique investit ses préoccupations quant aux changements climatiques et sur la manière dont ceux-ci affectent durement les communautés autochtones.Voit-elle une corrélation entre les violences faites à la nature et celles faites aux femmes ?« Je crois ef fectivement que tout est interrelié, et que la façon dont on traite la Terre est liée à la façon dont on traite les femmes, répond-elle.C\u2019est une vision assez personnelle, mais j\u2019ai remarqué que quand on commence à ne pas prendre soin de soi-même, cela af fecte la façon dont on traite les autres, les étrangers et ses proches, mais aussi les animaux et l\u2019espace autour de soi.» Au cours de la performance, un certain malaise s\u2019inscrit au creux de la chair d\u2019Esther Gaudette qui s\u2019offre au regard des spectateurs, évoquant une mère Nature en état de crise, brusquée par les méfaits commis par l\u2019humain.« J\u2019explore la destruction de la Terre à travers le corps de cette femme et de ce qu\u2019elle endure.Même si je ne peux forcer personne à voir dans ce spectacle la glace qui fond, avec ce titre, j\u2019amène une image qui va soutenir l\u2019ensemble de la per formance » , ex- plique-t-elle.Elle mise sur les mouvements de répétition, d\u2019accumulation et les variations dans la respiration pour créer une intensité à la fois intime et saisissante.Pour accentuer l\u2019ef fet électrochoc, elle a d\u2019ailleurs choisi d\u2019installer les spectateurs en vis-à-vis sur les côtés du socle soutenant la performeuse.« J\u2019aime beaucoup l\u2019idée qu\u2019on puisse observer les personnes derrière Esther et qu\u2019on se sente observé en même temps par les autres.À la fin du spectacle, je veux que les spectateurs puissent sortir en réfléchissant à leurs propres relations à la Terre et au corps féminin», affirme-t-elle.Le fait de recevoir la reconnaissance de ses pairs aux Prix de la danse aura grandement motivé la jeune créatrice.« J\u2019ai été très émue de sentir et de recevoir tout cet encouragement » , confie celle qui au- jourd\u2019hui multiplie les projets et vient d\u2019être nommée artiste associée à l\u2019Agora pour trois ans.« Depuis le début de ma carrière, ça n\u2019a jamais été facile.J\u2019ai dû sacrifier beaucoup pour créer et me concentrer à 100 % sur mes pièces.Cette reconnaissance m\u2019a vraiment poussée à continuer.» Car le métier de chorégraphe ne venant pas sans son lot de tâches administratives énergivores, il n\u2019est pas toujours simple de nourrir sa créativité.Explorant souvent la résilience des figures féminines sur la scène, c\u2019est un caractère que cultive elle-même Daina Ashbee dans sa vie d\u2019artiste, où souvent la frontière entre les sphères personnelle et professionnelle est très perméable.Collaboratrice Le Devoir WHEN THE ICE MELTS, WILL WE DRINK THE WATER ?De Daina Ashbee Avec Esther Gaudette Présentée par l\u2019Agora de la danse À l\u2019espace danse Wilder, du 29 mars au 1er avril Les séismes intimes de Daina Ashbee CULTURE > DANSE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 7 JEAN-FRANÇOIS BOISVENUE D\u2019abord présentée lors de la dernière édition de l\u2019OFFTA, la chorégraphie When the Ice Melts, Will We Drink the Water ?interpelle le spectateur quant aux changements climatiques et parle des femmes et de leur relation au corps.ANNIK MH DE CARUFEL Daina Ashbee puise dans ses origines cries et métisses pour créer. IL FAUT QU\u2019ELLE SACHE Sophie Jodoin Arprim, centre d\u2019essai en art imprimé, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 426 Jusqu\u2019au 22 avril M A R I E - È V E C H A R R O N L es théories de la réception ont depuis longtemps montré que la lecture n\u2019est pas moins productrice de sens que l\u2019écriture.L\u2019artiste Sophie Jo- doin en fait une démonstration radicale dans une exposition chez Arprim où elle s\u2019est emparée d\u2019un livre désuet de didactique médicale pour le transmuter en un objet de poésie saisissant et délicat.Le résultat s\u2019of fre dans un dépouillement monacal indiquant que l\u2019exercice mené par l\u2019ar tiste a sur tout été fait de soustractions.Du livre initial, il ne subsiste que quelques pages effeuillées, délicatement déposées à plat sur une longue table étroite qui épouse parfaitement les proportions de la pièce.La surface se présente telle une grande page blanche tant les mots restants sont épars et les vides, pour qui en fera la lecture, nombreux à combler.La proposition de l\u2019ar tiste ruine de la sorte l\u2019objectif premier de l\u2019ouvrage, qui consistait à dicter clairement quoi faire, à prescrire des gestes particuliers et à orienter des interventions cliniques sur des corps.Le texte devient plus ouvert, mais se recentre autour d\u2019un sujet féminin qui demeure toutefois jusqu\u2019au bout anonyme et insaisissable.Il faut qu\u2019elle sache, annonce le titre, mais l\u2019œuvre ne précisera pas la teneur du «quoi ».Infinies possibilités Sophie Jodoin délaisse ici complètement, ou presque, la représentation du corps qui était le cœur de sa production en dessin depuis plusieurs années, et qui persiste encore sous la forme de fragments découlant souvent d\u2019images appropriées et altérées.L\u2019artiste avait déjà intégré des ouvrages trouvés dans ses œuvres en les accumulant dans une installation, ou en y prélevant du texte, comme dans sa dernière exposition personnelle en 2015 à la galerie Battat, qui la représente.Textes et images dévoilaient entre autres des procédés disciplinaires s\u2019exerçant sur des corps malgré tout insoumis, des sujets résistants.Ces thèmes se répercutent dans le présent projet, qui repose cette fois sur un seul ouvrage, une matière première aux possibilités inépuisables.Pour faire apparaître le récit hachuré de son personnage féminin, l\u2019artiste a poncé ce qui était de trop dans le langage clinique fourni par l\u2019ouvrage \u2014 soit la majorité du texte.À la lecture, chacun des mots et des signes de ponctuation convainc de sa précieuse existence, dans sa capacité à faire dévier le sens premier et à captiver l\u2019attention.C\u2019est dire l\u2019importance du travail de lecture et de repérage préalable à cette réécriture.Le livre devient un corps sur lequel les ablations pratiquées sont en fait génératrices.Le papier jauni de vieillesse se présente d\u2019ailleurs comme une peau ; son fini glacé ne reste que sur les pourtours et sur les rares mots conservés, mis ainsi en surbrillance sur le fond rendu mât par le ponçage.La figure humaine resurgit par contre en transparence au verso des pages, des illustrations de corps avec des prothèses, des malades traités.Les images sur l\u2019endroit ont quant à elles été aussi effacées par l\u2019artiste.Il n\u2019en reste que les traces, des nuées qui oscillent entre l\u2019éclat et la béance.Le corps et ses emprises demeurent donc, mais sous les formes suggérées du souvenir et de la mémoire, du symptôme et de la cicatrice.L\u2019obsession du geste Pour sa façon de transformer un ouvrage didactique en poésie, l\u2019œuvre de Jodoin fait penser aux Pages-miroirs (1980- 1994), ces milliers de pages du Petit Robert que l\u2019artiste Rober Racine a compulsivement annotées et perforées.Avec cette pièce-fleuve, elle semble aussi, dans une moindre mesure, partager l\u2019obsession de la lecture et du geste répété.Le personnage livré par hiatus dans Il faut qu\u2019elle sache semble d\u2019ailleurs lui aussi en proie à des obsessions.Comme dans le titre, celles-ci se manifestent dans le texte par plusieurs phrases formulant des nécessités et des devoirs, « il faut\u2026», «elle doit\u2026».À force de se pencher sur les pages pour fouiller du regard le vide et le texte clairsemé de cette histoire qui n\u2019en est pas une, c\u2019est l\u2019image de l\u2019artiste au travail qui finit par surgir.N\u2019est-il pas question d\u2019« une œuvre à accomplir » ?Ou que « les résultats de tous ces ef forts montreront que tout n\u2019est pas perdu» ?Bien d\u2019autres bribes conduisent à faire des rapprochements avec les aléas et les contraintes d\u2019un processus ardu de création, au cours duquel scintillent aussi les lueurs d\u2019affranchissement.Éliane Excoffier Sophie Jodoin a eu l\u2019heureuse idée d\u2019inviter Éliane Ex- coffier à élaborer un projet sur mesure pour Le Magasin, l\u2019espace de vente qu\u2019Arprim réserve à des productions liées aux ar ts d\u2019impression.Une amitié de longue date unit les deux artistes, dont la création cultive aussi quelques af fini- tés.Par ticulièrement ici, où Excoffier répond au travail de Jodoin en donnant « chair » à son personnage féminin.La photographe aguerrie a puisé dans ses archives, incluant des prises sur le vif éloignées des tirages soignés qui font sa signature.À partir de sources variées (négatif, Polaroïd, photo captée par son téléphone, radiographie, image trouvée), elle a fait des montages qui conservent l\u2019esprit d\u2019une narration fragmentée et incomplète.Plutôt que d\u2019unifier l\u2019image de cette femme, la série Elle en multiplie les figures et lui donne différents contextes d\u2019apparition, des intérieurs domestiques et des paysages.Une intimité affleure subtilement, pour se dérober aussitôt.Dans ce projet, comme dans celui de Jodoin, beaucoup de choses s\u2019expriment avec réserve, une qualité quasi anachronique.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 8 DE VISU C U L T U R E HOSHANO, PENSER L\u2019APRÈS FUKUSHIMA Michel Huneault Visual Voice Gallery, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 421 Jusqu\u2019au 15 avril DE L\u2019AVANT COMME AVANT : LA SUITE Simon Bilodeau Galerie Art mûr, 5826, rue Saint-Hubert Jusqu\u2019au 29 avril J É R Ô M E D E L G A D O L es défaillances de la nature, l\u2019épuisement des ressources naturelles, la dégradation du climat politique mondial, il y a bien des raisons d\u2019être pessimiste et de croire que notre fin est proche.Et s\u2019il y avait un après ?Loin de prêcher au sujet de la vie après la mort, Michel Huneault et Simon Bilodeau proposent de garder espoir.Dans son travail de photographe humaniste, Michel Hu- neault s\u2019intéresse à la vie après la catastrophe.De l\u2019accident ferroviaire qui a troué une ville estrienne, il a tiré le livre La longue nuit de Mégantic (Shilt), publié à la fin de 2016.De la crue printanière qui a inondé Venise-en-Québec, il a réalisé une série de diptyques intitulée la Mémoire de l\u2019eau.Au Japon Les soucis du Montréalais pour les changements climatiques et pour notre recours aux matières dangereuses l\u2019ont poussé au Japon.Son reportage dans la région de To- hoku, ravagée en 2011 par un tsunami et par l\u2019explosion de deux réacteurs d\u2019une centrale nucléaire à Fukushima, fait partie d\u2019une exposition largement post-apocalyptique, à la Visual Voice Gallery du Belgo.Outre Huneault, l\u2019expo Ho- shano, penser l\u2019après Fukus- hima réunit trois autres artistes basés à Montréal, Ai Ikeda, Stephen H.Kawai et Hi- deki Kawashima, dont le travail est plutôt sculptural.Chacun explore les conséquences qui «hantent la mémoire collective et modifient notre façon d\u2019appréhender le monde», selon la commissaire Amandine Davre.Une galerie plus spacieuse aurait sans doute permis de mettre mieux en valeur les œuvres, d\u2019autant plus quand celles-ci, métaphoriques et ambiguës, appellent temps et distance pour les apprécier.Dans ce contexte, Michel Huneault est celui qui tire le mieux son épingle du jeu, notamment parce que sa photographie repose sur la série et sur un contenu plus explicite.Ce n\u2019est quand même qu\u2019un extrait de Post-Tohoku qui est exposé \u2014 huit images imprimées et d\u2019autres fixes et sonores, sur vidéo.Huneault travaille sur le long terme et, comme pour Mégantic, il retourne plusieurs fois vers son sujet.Ses photos montrent la lente et néanmoins perceptible évolution du paysage.Les scènes catastrophes (des autos de travers) côtoient des plus sobres (un abri envahi par les mauvaises herbes).Aux sites abandonnés succèdent d\u2019autres en reconstruction.Recommencer La reconstruction, la reconstitution et le renouvellement font partie des hantises chez Simon Bilodeau.Le peintre et sculpteur montréalais a même fait du thème de l\u2019après-apocalypse, pourrait-on croire, sa principale source d\u2019inspiration.Le cataclysme chez lui peut être économique, politique ou même nucléaire, comme The Story With No Ending (2015), ensemble inspiré par Fukushima.Pour sa nouvelle exposition individuelle, sa seconde en quelques mois à Montréal, mais la première en trois ans à la galerie qui le représente, Art mûr, l\u2019artiste propose un vaste ensemble de pièces récupérées de ses précédents projets.Comme nombreux de ses pairs (BGL, par exemple), il doit trouver une nouvelle vie à des objets désuets, une fois l\u2019expo démontée ou, disons, abattue.À quoi bon créer, s\u2019il faut détruire ?De l\u2019avant comme avant : la suite, un titre déjà recyclé (l\u2019expo de l\u2019automne, à B-312, s\u2019intitulait De l\u2019avant comme avant), c\u2019est du Bilodeau tout craché (le noir et blanc exclusif de ses matériaux, par exemple).On navigue néanmoins dans l\u2019incertitude et l\u2019inconnu.La vidéo Le lac, à découvrir au bout du parcours, est emblématique de cette impression.Le canot sur lequel on est invité à se projeter avance en ef fet droit dans la brume.Sans repères, et pour tant, quelque chose de rassurant semble attendre au bout, l\u2019espoir qu\u2019à l\u2019arrivée il y a nécessairement un autre dépar t.Elle fait contrepoids au début pessimiste de l\u2019expo, à La machine, imprimante 3D-presque- automate hors d\u2019usage, ou aux images d\u2019une bombe nucléaire potentiellement en liberté.Collaborateur Le Devoir Entre destruction et (re)création Des sources d\u2019espoir puisées à même les catastrophes MICHEL HUNEAULT Issu d\u2019un reportage de Michel Huneault dans une région ravagée par un tsunami, un élément de la série Post-Tohoku La vie intime d\u2019un livre didactique Sophie Jodoin fait d\u2019un ouvrage médical de la poésie ÉLIANE EXCOFFIER Le livre médical retravaillé par Sophie Jodoin devient un corps sur lequel les ablations sont génératrices ; le papier jauni devient peau. LIFE (V.F.: VIE) ?1/2 Science-fiction de Daniel Espinosa.Avec Ryan Reynolds, Rebecca Ferguson, Jake Gyllenhaal, Olga Dihovichnaya.États-Unis, 2017, 104 min.A N D R É L A V O I E Quelle est la nécessité intrinsèque d\u2019un film comme Life?En quoi cette promenade dans l\u2019espace contribue-t-elle à enrichir notre vision de l\u2019univers, ou, dans un registre plus prosaïque, celle du cinéma ?À ces deux questions, le cinéaste Daniel Espinosa (Child 44) ne sait que répondre, préférant investir ses énergies dans l\u2019exécution de ce ballet intersidéral, une danse macabre entre des astronautes bien intentionnés et une créature dont la mère se nomme Alien.Non seulement cette filiation relève de l\u2019évidence, mais elle ne semble embarrasser personne, comme si l\u2019enfilade de postures routinières (un lieu clos, des fluides turbulents, l\u2019éternel bestiaire de bi- bittes sanguinaires) suffisait à justifier ce magnifique emballage.Celui-ci présente un impressionnant sextuor, dont deux vedettes incontestées (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds), mais surtout deux formidables actrices (Rebecca Ferguson, Olga Dihovich- naya) qui vont continuer de s\u2019approcher de la planète Hollywood.Et comme s\u2019il regrettait de ne pas avoir travaillé aux côtés d\u2019Alfonso Cuaron, le directeur photo Seamus McGarvey s\u2019inspire sans vergogne des images les plus vertigineuses de Gravity, sans pour autant nous couper le souffle.Or, du souf fle, il en faut pour cette équipe multicultu- relle établie dans la station spatiale internationale, prête à recevoir une parcelle de la planète Mars qui pourrait contenir des traces de vie.Une fois passée l\u2019euphorie de la découverte devant cette cellule qui en contient des milliers (avec des yeux tout le tour de la tête\u2026), la voilà vite menaçante, et gigantesque, peut- être inconfortable d\u2019avoir été baptisée Calvin par un enfant en direct d\u2019un Times Square nullement futuriste, question d\u2019illustrer la proximité du récit avec notre époque.Il y a bien sûr d\u2019autres proximités plus évidentes, dont l\u2019utilisation de ces mêmes vieilles peurs de type psychanalytique, cet intrus pénétrant à l\u2019intérieur du corps de ses victimes pour mieux en ressortir dans un fracas familier.À ce chapitre, le regretté John Hurt avait mis la barre haut dans le célèbre film de Ridley Scott, et dont on attend pour bientôt la nouvelle mouture d\u2019Alien.Raison de plus pour se demander en quoi Life pourrait se démarquer au milieu de cette bousculade de variations sur le même thème.Peur du virus Ce n\u2019est cer tes pas la musique envahissante de Jon Ekstrand qui va y par venir, soucieux de téléguider nos émotions, ne retenant aucune leçon sonore de Stanley Kubrick du temps de 2001.Inutile d\u2019ailleurs de jouer au jeu des comparaisons, car Daniel Espinosa se fait modeste, ne cherchant qu\u2019à diver tir de manière consciencieuse et à prêcher la bonne entente entre les nations, une ambition insuf flée par les scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick, tandem en quête de respectabilité depuis ses succès irrévérencieux (Deadpool, Zombieland).Life n\u2019a franchement rien de déshonorant, n\u2019étant que l\u2019honnête copie d\u2019un sous- genre né à une époque qui commençait à craindre les virus (le sida, pour ne pas le nommer), et de moins en moins les communistes.D\u2019ici peu devraient apparaître les créatures à la peau orange.Collaborateur Le Devoir Le sempiternel passager des vaisseaux spatiaux Une autre virée dans l\u2019espace, une autre plongée dans le vide et le conformisme CULTURE > CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 9 Jim Broadbent Charlotte Rampling « UNE ADAPTATION BRILLANTE DU ROMAN DE JULIAN BARNES » READER\u2019S DIGEST « SÉDUISANT ET TOUCHANT » « JIM BROADBENT À SON MEILLEUR » SIGHT & SOUND THE INDEPENDENT Sense of an The Ending VERSION ORIGINALE ANGLAISE MAINTENANT AU CINÉMA 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ?Ceux qui font ?les ?révolutions.?Combat au ?bout de la nuit ?PS : ?Jérusalem ?Les terres ?lointaines ?Ma vie ?de Courgette de SYLVAIN L\u2019ESPÉRANCE ven.dim.13 h · DERNIÈRES SÉANCES de CLAUDE BARRAS sam.13 h 30 · DERNIÈRE SÉANCE de DANAE ELON tous les jours 20 h 30 de FÉLIX LAMARCHE tous les jours 18 h 30 de SIMON LAVOIE et MATHIEU DENIS sam.15 h mer.jeu.19 h TUKTUQ ?1/2 Film d\u2019essai de Robin Aubert.Avec Robin Aubert et les voix de Robert Morin et Brigitte Pou- part.Québec (Canada), 2016, 93 minutes.M A N O N D U M A I S C er tains réalisateurs se plaisent à dire qu\u2019ils refont toujours le même film.Ce n\u2019est certainement pas le cas de Robin Auber t, qui se réinvente d\u2019une œuvre à l\u2019autre.De l\u2019éclaté Saints-Mar- tyrs-des-Damnés au bouleversant À l \u2019origine d \u2019un cri , l \u2019homme explore avec la même passion le langage cinématographique.Pour le deuxième volet de sa Pentalogie des 5 continents , inaugurée avec l\u2019onirique À quelle heure le train pour nulle par t tourné en Inde, Au- bert a transporté sa caméra au Nunavik afin d\u2019y dévoiler un pan de l\u2019Amérique.Une fois de plus, on retrouve dans ce nouvel opus l\u2019envie qu\u2019a le réalisateur de jouer avec les codes du cinéma.Envoyé par le gouvernement libéral au Nunavik pour capter des images d\u2019un petit village, Martin Brodeur (Au- bert), caméraman d\u2019émissions de cuisine pour la télévision communautaire, découvre au fil de ses conversations téléphoniques avec un sous-minis- tre (voix de Robert Morin) que ledit village devra être déplacé au profit de l\u2019industrie minière.Alors qu\u2019il tente d\u2019oublier son ex (voix de Brigitte Poupart), Brodeur tisse discrètement des liens avec différents membres de la communauté.Aux frontières du documentaire, du pamphlet, du conte absurde et de la comédie noire, Tuktuq (signifiant caribou en inuktitut) dénonce avec humour, ironie et sarcasme les politiques territoriales et environnementalistes.Entre les scènes d\u2019introspection, où Aubert signe des images d\u2019une grande beauté, les échanges entre le caméraman, naïf et idéaliste, et le politicien, arrogant et op- por tuniste, traduisent sans fard la méconnaissance ou l\u2019 indif férence de l \u2019homme blanc quant aux Inuits \u2014 que le sous-ministre appelle encore Esquimaux ! Porté par l\u2019envoûtante trame sonore de Pilou et René Lus- sier, Tuktuq propose aussi une pertinente réflexion sur l\u2019image.Ainsi, tandis que l\u2019homme politique accuse le ca- méraman de lui envoyer de trop belles prises de vue, ce dernier s\u2019évertue alors à lui envoyer du « laid».S\u2019ensuivent alors des images de dépotoir et des scènes de chasse propres à retourner l\u2019estomac des plus sensibles, végétariens ou pas.S\u2019attardant longuement sur ces singuliers paysages, Au- bert échappe à l\u2019envie de créer des images esthétisantes et parvient à signer d\u2019un plan à l\u2019autre des images signifiantes sans pour autant négliger leurs qualités esthétiques.Poursuivant son exploration des thèmes de la fuite et du mouvement, Robin Au- ber t livre ici une œuvre au rythme contemplatif, aux antipodes de l\u2019étourdissant À quelle heure le train pour nulle par t , où transparaît l\u2019humilité des grands créateurs qui ne craignent pas d\u2019innover ni de se remettre en question.Collaboratrice Le Devoir État nordique Dans Tuktuq, Robin Aubert se met en scène en chasseur d\u2019images candide LES FLEURS BLEUES (V.O.POLONAISE, S.-T.F.) ?1/2 Drame biographique d\u2019Andrzej Wajda.Avec Bogus?aw Linda, Aleksandra Justa, Bronis?awa Zamachowska, Zofia Wich?acz, Krzysztof Pieczynski.Pologne, 2016, 98 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E L\u2019existence de W?adys?aw Strzeminski, peintre et théoricien polonais immense, s\u2019est terminée en 1952 à l\u2019âge de 59 ans.À cette époque, Andrzej Wajda, alors jeune cinéaste, entamait à peine une carrière qui le verrait briller au firmament du cinéma mondial.Strzeminski fut maître de conférences à l\u2019École nationale supérieure des arts plastiques de ?ódz.Wajda appris la réalisation dans la célèbre école de cinéma sise dans la même ville.Décédé en 2016 à l\u2019âge vénérable de 90 ans, le second a consacré son ultime film, Les fleurs bleues, à relater la fin de vie du premier.De fait, c\u2019est uniquement sur les deux dernières années de vie de Strzeminski, pourries par le gouvernement polonais, que se penche Wajda.Ce n\u2019est pas innocent.L\u2019un des cinéastes les plus ouvertement politiques de son pays, et ce, dès ses débuts avec Une fille a parlé, sur le sort de résistants communistes polonais durant la Deuxième Guerre mondiale, ou encore Cendres et diamant, sur la guerre intestine entre nationalistes et communistes au lendemain du même conflit, An- drzej Wajda dénonce d\u2019abord l\u2019oppression dont W?adys?aw Strzeminski fut victime.Constructiviste puis néo- plasticien, entre autres courants artistiques, Strzeminski incitait ses étudiants à être, en art comme ailleurs, des libres- penseurs : pas étonnant qu\u2019il fût devenu la bête noire d\u2019un ministère de la Culture ayant promulgué l\u2019obligation pour les ar tistes de s\u2019en tenir au «réalisme-socialiste ».Noble chant du cygne Le message ultime de Wajda, son legs en somme, est clair : l\u2019art ne doit jamais être assujetti au pouvoir; que chaque fois que le contrôle ou la censure s\u2019est exercé dans l\u2019Histoire, le monde y a perdu, et pas seulement en beauté, mais en réflexion, en questionnement.Ne dit-on pas qu\u2019un peuple inculte est plus facile à gouverner?On regarde ce film campé dans la Pologne annexée par Staline, et l\u2019on se surprend à songer aux États-Unis, où le président Trump a pour nouvelle lubie de couper les vivres à la chaîne publique PBS, dévolue notamment à la culture.Cinéaste de tout premier plan \u2014 revoir pour s\u2019en convaincre L\u2019homme de marbre, L\u2019homme de fer, Danton, ou Katyn \u2014, Andrzej Wajda livre ici non pas son meilleur film, mais l\u2019un de ses plus personnels.Sa mise en scène est entièrement au service du récit, jamais trop voyante, mais en parfait contrôle néanmoins.Les fleurs bleues est l\u2019œuvre d\u2019un maître qui n\u2019a plus rien à prouver et qui, même s\u2019il se sait en fin de parcours, s\u2019efface volontiers derrière un sujet qu\u2019il juge plus important que sa propre postérité.C\u2019est là un beau, et noble, chant du cygne.Le Devoir Les fleurs bleues, ou l\u2019art de résister L\u2019ultime film d\u2019Andrzej Wajda conte la vie du peintre Wladyslaw Strzeminski EYE STEEL FILM Le réalisateur polonais Andrzej Wajda livre ici non pas son meilleur film, mais l\u2019un de ses plus personnels.K FILMS AMÉRIQUE Aux frontières du documentaire, du pamphlet et du conte, Tuktuq dénonce les politiques territoriales et environnementalistes.On retrouve dans ce nouvel opus l\u2019envie qu\u2019a le réalisateur de jouer avec les codes du cinéma SONY PICTURES Life reprend les codes de plusieurs films du même genre.Une fois passée l\u2019euphorie de la découverte devant cette cellule qui en contient des milliers (avec des yeux tout le tour de la tête\u2026), la voilà vite menaçante CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 5 E T D I M A N C H E 2 6 M A R S 2 0 1 7 E 10 C U L T U R E « Tuktuq envoûte » François Lévesque, Le Devoir « Un film essentiel » Kevin Laforest, Extra Beurre À l\u2019affiche ! PERSONAL SHOPPER ?Thriller d\u2019Olivier Assayas.Avec Kristen Stewart, Anders Danielsen Lie, Lars Eidinger, Nora von Waldstätten.France, 2016, 105 minutes.A N D R É L A V O I E O livier Assayas possède cet ar t unique du détournement ; il embrasse tous les genres, mais sait déjouer les codes pour nous conduire ailleurs.Qu\u2019il s\u2019agisse des vampires dans Irma Vep, des trafiquants de drogue dans Carlos ou des toxicomanes dans Clean, son approche privilégie les chemins de traverse, capable aussi de masquer la commande d\u2019un grand musée pour livrer une chronique familiale doublée d\u2019un état des lieux de la France (L\u2019heure d\u2019été).L\u2019heure est maintenant aux fantômes dans Personal Shopper, même si l\u2019affirmation apparaît simpliste tant le cinéaste réussit une fois encore à entremêler ses préoccupations du moment dans une toile inextricable de secrets, de sentiments troubles et d\u2019allusions sur nos névroses liées aux moyens de communication.Après Clouds of Sils Maria, il prolonge sa réflexion sur le vedettariat, ne se privant pas du pouvoir d\u2019attraction des stars pour sa démonstration en renouant avec Kristen Stewart, à nouveau dans la peau d\u2019une assistante, non pas d\u2019une actrice, mais d\u2019une top-modèle capricieuse à l\u2019excès (Nora von Waldstätten).Cet enjeu apparaît mineur étant donné les drames qui assaillent Maureen (Stewar t), jeune Américaine en deuil depuis trois mois de son frère jumeau, découvrant qu\u2019elle souffre de maux similaires qui pourraient aussi précipiter sa mort, torturée par ses dons de médium en quête d\u2019un contact avec le disparu dans une maison en ruine qu\u2019il souhaitait habiter avec sa copine.De la même façon qu\u2019elle zigzague dans les rues de Paris avec sa motocyclette, cueillant au passage robes griffées et bijoux de chez Car tier, Maureen s\u2019enroule dans une série d\u2019intrigues, parfois rocambolesques (un aller- retour à Londres en TGV, où elle est rivée à son iPhone et aux textos d\u2019un inconnu, constitue un sommet de virtuosité angoissante), parfois dignes de la confusion des grandes héroïnes hitchcockiennes (l\u2019assistante se glisse, ô sacrilège, dans les robes de sa patronne).Démons d\u2019écran et de tête Mais que veulent les fantômes qui hantent les jours et les nuits de cette femme androgyne et indolente, toujours en mouvement mais constamment confinée à la solitude ?Voilà l\u2019habileté quasi machiavélique d\u2019Olivier Assayas, celle de déployer les artifices d\u2019un genre, reproduisant ici avec modestie des phénomènes paranormaux, pour mieux déjouer nos attentes et égratigner les convictions profondes de son héroïne.Une manière, brillante et retorse, de prendre ses distances, celles d\u2019un auteur qui fait plus que remplir un cahier des charges.En fait, le récit pullule de références (de l\u2019écrivain Victor Hugo incarné par Benjamin Biolay aux audaces picturales de la peintre suédoise Hilma af Klint), explore avec sérieux les méandres du deuil, autant celui des êtres aimés à jamais disparus que celui des quêtes en apparence insensées \u2014 comme celle de communiquer avec l\u2019au-delà.Et qui aurait cru qu\u2019à ce jeu Kristen Stewart serait parfaitement à la hauteur ?Elle s\u2019y connaît en matière d\u2019absurdités cinématographiques (bonjour Twilight), mais celle que plusieurs voient comme une réincarnation de James Dean avec sa dégaine je-m\u2019en-foutiste bouscule tous nos préjugés.Son spleen d\u2019expatriée désœuvrée n\u2019est en rien désincarné, ou fantomatique : ses démons sont à l\u2019écran et, plus effroyable encore, dans sa tête\u2026 Collaborateur Le Devoir L\u2019heure des fantômes O D I L E T R E M B L A Y à Paris S idse Babett Knudsen est cette actrice de Copenhague qui a fait craquer la planète avec son rôle de femme politique dans la série Borgen.La Danoise s\u2019était démarquée aussi à travers le film After the Wedding de sa compatriote Susanne Bier.On la rencontre à Paris, pour son rôle de chercheuse dans La fille de Brest d\u2019Emmanuelle Bercot.En 2015, le cinéaste Christian Vincent l\u2019avait mise en scène aux côtés de Fabrice Luchini dans L\u2019hermine, rôle qui lui avait valu un César.Tous s\u2019arrachent cette actrice polyglotte, douée et séduisante.Elle a joué à Hollywood en 2016 dans Inferno de Ron Howard, avec Tom Hanks, d\u2019après un roman de Dan Brown, et par ticipe là- bas à la série Westworld.« Disons que Borgen a été une belle fenêtre, dit-elle en souriant.J\u2019avais envie de jouer en anglais, une langue le fun pour lancer \u201cOh, my God !\u201d.Hollywood fait plus cour de récréation qu\u2019ailleurs ! » La France, elle connaît mieux.C\u2019est vrai que Sidse Ba- bett Knudsen maîtrise la langue, apprécie son cinéma aussi.«Le septième art y possède une classe, des racines solides.Tu sens que tu fais quelque chose d\u2019important.Aux États-Unis, les acteurs sont préparés.En Europe, on pose des questions.» À 15 ans, elle était venue à Paris comme fille au pair et pour découvrir la culture française.« On avait vu le film Diva de Beineix.Paris, c\u2019est une bonne place pour faire des folies quand tu es jeune et pauvre.Maintenant que je suis acceptée en France, j\u2019aimerais faire toutes sortes de choses ; un film en noir et blanc avec Olivier Assayas, peut-être\u2026» Mais laisser le Danemark pour autant ?Elle hésite.« Au milieu des années 1990, j\u2019ai fait là-bas des films qui réinventaient quelque chose, à travers le mouvement Dogma.Ça vous donne du muscle.» La voici donc vedette du film d\u2019Emmanuelle Bercot (cinéaste de La tête haute) dans cette Fille de Brest, où elle incarne une personne toujours vivante : la pneumologue Irène Frachon, du Centre hospitalier universitaire de Brest.Cette femme s\u2019est battue entre 2007 et 2013 pour faire interdire le médicament Mediator, un anti- diabétique qui causait la mort de plusieurs patients, et avait fini par obtenir gain de cause contre les laboratoires Servier et l\u2019Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé française.«C\u2019est une responsabilité d\u2019incarner une vraie personne, déclare Sidse Babett Knudsen.Son histoire est universelle et rappelle le combat de David contre Goliath.À la première de La fille de Brest, moi et Irène Frachon, on pleurait ensemble.» L\u2019épreuve du réel Emmanuelle Bercot est également une actrice, qui fut primée à Cannes en 2015 pour son rôle dans Mon roi de Maï- wenn.« Ça reste un rêve, dit- elle.Après, j\u2019ai été vite happée par La fille de Brest, un projet qu\u2019on m\u2019avait proposé six ans auparavant.J\u2019avais lu le livre d\u2019Irène Frachon sur ce scandale, trouvant l\u2019af faire choquante et passionnante, mais très technique et dif ficile à adapter au cinéma.La rencontre avec Irène Frachon fut le déclic : elle était drôle et se mettait les pieds dans les plats.Ça m\u2019a plu qu\u2019elle possède ce relief.On a envie d\u2019aller voir du côté des personnages excessifs.Irène Frachon est une Erin Brocko- vich, seule contre tous, une personne ordinaire dans une situation extraordinaire, mère de quatre enfants qui s\u2019est transformée en machine de guerre, en lanceuse d\u2019aler te, par conviction, sans plan de carrière à accrocher à ce train-là.» Elle a changé son nom dans le film, pris des libertés par rapport au personnage, avec une ligne d\u2019ambiguïté sentimentale, mais l\u2019ensemble demeure véridique.«Je suis une fille de médecin, précise Emmanuelle Ber- cot.Mon père, chirurgien cardiaque, était très préoccupé par l\u2019industrie pharmaceutique.Les conflits d\u2019intérêts, ça me parle beaucoup.Mais ne trouvant pas d\u2019actrice pour tenir le rôle, j\u2019allais abandonner.» Catherine Deneuve, qu\u2019elle avait dirigée dans La tête haute, a bondi à sa rescousse, comme Zorro.«Elle m\u2019a parlé de cette actrice danoise vue dans Borgen\u2026 Sidse possédait cette énergie vitale, colossale, et un côté clownesque.Exactement ce que je cherchais.» Emmanuelle Bercot exprime un regret.Elle espérait que La fille de Brest raviverait l\u2019intérêt du public pour les abus des sociétés pharmaceutiques et leur collusion avec des médecins.Surtout qu\u2019il y eut, depuis l\u2019af faire Frachon, d\u2019autres scandales sanitaires.« Mon film donne un corps et un visage aux victimes si peu écoutées, conclut la cinéaste, mais il aurait fallu que La fille de Brest fasse quatre millions d\u2019entrées pour réveiller la police, l\u2019hôpital, la justice\u2026» Le Devoir Notre journaliste était l\u2019invitée des Rendez-vous d\u2019Unifrance ENTREVUE Des femmes de front Sidse Babett Knudsen et Emmanuelle Bercot dressent le portrait de la lanceuse d\u2019alerte Irène Frachon AZ FILMS La vedette de la série Borgen, Sidse Babett Knudsen, incarne une pneumologue qui s\u2019est battue pour faire interdire un antidiabétique ayant causé la mort de plusieurs patients.THE SENSE OF AN ENDING ?1/2 Drame de Ritesh Batra.Avec Jim Broadbent, Harriet Walter, Charlotte Rampling, Michelle Dockery, Emily Mortimer et Joe Alwyn.Grande-Bretagne, 2017, 108 minutes.M A N O N D U M A I S E n 2013, le cinéaste indien Ritesh Batra charmait la galerie avec The Lunch Box, son premier long-métrage, où il racontait la relation épistolaire entre une jeune femme au foyer et un comptable d\u2019âge mûr après que ce dernier eut reçu par erreur la boîte à lunch du mari de la première.Dans sa nouvelle offrande, The Sense of an Ending, une missive se retrouve une fois de plus à changer le cours du destin de quelques individus.Malgré d\u2019indéniables qualités, le résultat se révèle toutefois moins réussi que son précédent film.Vendeur de caméras d\u2019occasion, Tony Webster (Jim Broad- bent) ne se soucie que de sa petite personne jusqu\u2019au jour où il apprend que Sarah (Emily Mortimer), la mère de Vero- nika, son premier amour, lui a laissé en héritage le journal d\u2019Adrian (Joe Alwyn), un ami s\u2019étant suicidé dans les années 1960.Or Veronika (Charlotte Rampling), qui est aussi l\u2019ex d\u2019Adrian, n\u2019a pas l\u2019intention de le lui remettre.Dès lors, l\u2019homme est contraint de remuer le passé.Alors qu\u2019il se rapproche de sa fille Susie sur le point d\u2019accoucher (Michelle Dockery), Tony dévoile à son ex-femme (Harriet Walter) des pans de son passé qu\u2019il aurait préféré avoir définitivement oubliés, dont une lettre envoyée à Adrian où ses propos dépassaient ses pensées.Structure lourde Adaptation d\u2019une sobre élégance du roman éponyme de Julian Barnes, ce drame de Ri- tesh Batra tire principalement sa force de l\u2019interprétation magistrale de sa prestigieuse distribution.De fait, sans les conversations riches en réflexions sur la mémoire, sur la culpabilité et sur le rachat entre Jim Broadbent et Harriet Walter, The Sense of an Ending perdrait beaucoup de relief.Alors que le roman était raconté en deux temps, ce drame en demi-teintes s\u2019embarrasse de nombreux retours en arrière, lesquels alourdissent par endroits la structure du récit ou entretiennent artificiellement le mystère.Certes, la reconstitution d\u2019époque s\u2019avère crédible et les jeunes acteurs sont tout à fait convaincants.Étrangement, le drame de ces jeunes à qui tout semble pourtant sourire n\u2019arrive pas à émouvoir.Alors qu\u2019il insiste sur certains plans et rejoue quelques scènes du passé en y introduisant le personnage de Tony au crépuscule de sa vie, Ritesh Batra paraît avoir perdu le contrôle de son récit et risque de semer la confusion dans l\u2019esprit de cer tains spectateurs.Tandis qu\u2019il illustre le présent, force est de constater que, malgré la complexité de Tony, le réalisateur parvient laborieusement à lui of frir une existence étoffée, notamment en y greffant l\u2019histoire de Susie, dont la fonction se limite à celle de faible faire-valoir.Collaboratrice Le Devoir Lettre à un ami MÉTROPOLE FILMS Le spleen de Kristen Stewart sied parfaitement au film.ENTRACT FILMS Jim Broadbent et Harriet Walter dans The Sense of an Ending "]
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