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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-04-08, Collections de BAnQ.

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[" I S A B E L L E P O R T E R à Québec D epuis 2013, Marie-Claude Lemieux forme des enseignants pour qu\u2019ils fassent bouger les écoliers dans le cadre du programme Actifs au quotidien dans la région de Québec.« On va faire des mathématiques ou du français en utilisant une règle géante au sol, une marelle, des cerceaux.» Plutôt que de se déplacer sagement en file, les enfants sont encouragés à marcher en pingouins par exemple.Malgré le succès du projet, Mme Lemieux a été surprise par les réticences de certains professeurs, plus soucieux de l\u2019ordre et de la sécurité.Dans la cour de récréation, par exemple, elle constate qu\u2019il faut éviter de « confier la surveillance à quelqu\u2019un qui, d\u2019entrée de jeu, va interdire [certaines choses] parce que ça le stresse».Or, la file en pingouins n\u2019est pas pour autant chaotique, plaide Mme Lemieux.«En le vivant, [les enseignants et éducateurs] se rendent compte que c\u2019est beaucoup moins de gestion s\u2019ils leur proposent de faire le pingouin que s\u2019ils attendent que les enfants arrêtent de parler et de se pousser.» Le milieu enseignant et l\u2019école elle-même sont campés dans un moule difficile à concilier avec le mouvement et l \u2019activité physique, constate Bertrand Nolin, kinésiologue à l\u2019Institut national de la santé publique (INSPQ).«L\u2019école est un environnement où tu es, la majorité du temps, assis en train d\u2019écouter ce que ton professeur dit.Du point de vue de la santé des jeunes, c\u2019est, à mon avis, le principal problème.» La Société canadienne de physiologie de l\u2019exercice, dit-il, recommande que les jeunes ne passent pas plus de trois heures par jour devant des écrans et un minimum de temps assis en continu.« Comment est-ce que c\u2019est compatible avec notre système d\u2019enseignement et même l\u2019organisation du travail ?se demande-t-il sans pouvoir fournir de réponses.C\u2019est une question qui commence à être au centre de nos préoccupations en santé publique.» À l\u2019heure actuelle, seulement 59 % des jeunes (6 à 11 ans) font de l\u2019activité physique pendant leur temps libre.Une proportion qui descend à 44 % chez les ados et qui est particulièrement basse chez les filles.C\u2019est pour renverser cela que le ministre de l\u2019Éducation lançait lundi la Politique de l\u2019activité physique, du sport et du loisir, qui vise à augmenter cette proportion de 20 % dans toutes les catégories.Guy Taillefer: les frappes en Syrie constituent une punition risquée Page B 4 Michel David: consultation sur le racisme systémique, l\u2019huile sur le feu Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 A V R I L 2 0 1 7 Justice: l\u2019horreur du procès Munyaneza, vue par le juge André Denis Page B 3 C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris M ardi soir, sur le plateau de télévision où avaient pris place les 11 candidats à l\u2019élection présidentielle française, Marine Le Pen semblait souvent étonnée des extravagances des petits candidats qui participaient à ce débat.Sur l\u2019Europe, elle n\u2019a pas été la plus virulente.L\u2019un d\u2019eux, François Asselineau, lui a même reproché de vouloir négocier avec Bruxelles avant de déclencher un référendum sur le « frexit ».De l\u2019immigration, elle n\u2019a pratiquement pas parlé.Face à une demi-douzaine de candidats qui disaient vouloir combattre les élites, la présidente du Front national avait soudain l\u2019allure d\u2019un candidat presque normal.Autrement dit, d\u2019un candidat du «système».«En une soirée, la présidente du Front national a perdu sa spécificité : elle n\u2019a plus le monopole de la radicalité et du peuple, qu\u2019elle prétendait imposer », écrit Le Monde.Serait-ce la rançon de la gloire et le résultat de la stratégie de dédiabolisation conduite par Marine Le Pen depuis son accession à la présidence du FN en janvier 2011 ?Jamais, dans une élection présidentielle, le FN n\u2019a occupé une place aussi centrale.Depuis des mois, les sondages le mettent en tête du premier tour et lui prédisent même des scores d\u2019au moins 40 % au second.Bien loin des 17,79 % qu\u2019avait obtenus son père en 2002.La normalisation semble telle que, dans le journal La Croix, l\u2019écrivain de droite Denis Tilli- nac se demandait « vers quel horizon politique Marine pilote-t-elle son destroyer?Serait-elle tout simplement \u201clibertaire\u201d à l\u2019instar des bobos de sa génération?» Et l\u2019écrivain de se demander : «Le marinisme est-il un surgeon du boulangisme ?Une bouture du bonapartisme?Mystère.En tout cas, les médias ne qualifient plus son parti de \u201cfasciste\u201d, à l\u2019exception de quelques archéos inconsolables du Libé de la haute époque.» Évolution réelle ou simple mystification ?Parmi ceux qui croient qu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une stratégie de camouflage, on trouve le philosophe Michel Eltchaninoff, qui vient de publier Dans la tête de Marine Le Pen (Actes Sud).Cette analyse largement psychologique estime que le nouveau discours du Front national est d\u2019abord une façade destinée à convaincre que «nous ne sommes pas la peste brune».Il y a quelques mois, on a même vu la présidente du FN critiquer Nicolas Sarkozy qui voulait assigner à résidence toutes les personnes fichées S par les services de renseignement.Évoluer Pour Eltchaninoff, qui ne nie pas que Marine Le Pen a profondément transformé son parti, il s\u2019agit essentiellement d\u2019une «stratégie de séduction» destinée à dissimuler qu\u2019elle est l\u2019héritière d\u2019un parti xénophobe et antisémite.La présidente utiliserait même «un langage codé», dit-il, pour dissimuler son racisme.Il lui suffirait de PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE La vraie nature de Marine Le Pen La gauche se serait-elle trompée dans son analyse du FN ?C A T H E R I N E L A L O N D E A lors que le ministre de la Culture, Luc Fortin, se réjouit de l\u2019enveloppe accordée à la culture lors du dernier budget Leitão, le milieu des arts s\u2019insurge de voir qu\u2019on n\u2019y donne pas la possibilité au Conseil des arts et des lettres (CALQ) de rattraper le manque à gagner financier, qui lui permettrait à la hauteur de l\u2019inflation de financer entre autres la recherche, la création, le temps passé à tenter de trouver ce que seront les prochaines écritures artistiques.Une tendance se dessine, là comme ailleurs au pays : celle de délaisser de plus en plus ce financement de la création, cœur même de toute la production culturelle.En lieu et place : des crédits d\u2019impôt \u2014 qui, par définition, encouragent la production plus que la recherche \u2014, ou un soutien culturel associé à une célébration, un festival ou un événement ponctuel \u2014 375e de Montréal, 150e de la Confédération, et tutti quanti.La création est-elle en train d\u2019être abandonnée par le politique ?Et le CALQ serait-il trop indépendant pour que les partis gagnent à y investir ?Sharon Jeannotte, professionnelle en résidence à l\u2019Université d\u2019Ottawa, a analysé et comparé depuis 2012-2013 les budgets culturels provinciaux de tout le Canada.L\u2019exercice fait en 2015-2016, cosigné avec Alain Pineau, sera le dernier, faute\u2026 de financement pour poursuivre l\u2019analyse.Dans In Search of the Creative Economy, la spécialiste en politiques culturelles notait une propension nationale à vouloir miser sur le tourisme culturel.Mais aussi une tendance marquée, au Québec également, à utiliser de plus en plus les crédits d\u2019impôt comme mesure de financement aux arts, ainsi que de lier le soutien à une célébration spéciale.Autrement, l\u2019argent se dirige davantage vers la production.Et semble favoriser également les œuvres et produits culturels grand public, les esthétiques poreuses, le déploiement, le spectaculaire.Ce qui ne serait pas problématique si la recherche, la question artistique pointue, la tentative d\u2019avant-garde gardaient les moyens minimaux pour poursuivre un parcours parallèle.«Le gouvernement n\u2019aime pas le système d\u2019attribution du financement du CALQ, croit le codirecteur du Festival TransAmériques, David Lavoie, car ce système ne permet pas au parti au pouvoir de profiter des tribunes d\u2019annonce du financement aux artistes.Les seules occasions dont dispose encore le ministère de la Culture pour briller politiquement sont liées aux programmes qu\u2019il gère : investissements dans les infrastructures, Mécénat Placements culture et mesures ciblées (le numérique, le numérique et encore le numérique\u2026).» Garder son indépendance Le CALQ, institué en 1994, permet au milieu artistique de conserver une certaine indépendance puisque tout y est accordé à la suite des évaluations par les pairs, par des collègues artistes en d\u2019autres mots, qui connaissent les réalités du milieu et préfèrent en général les impératifs artistiques aux politiques.«C\u2019est un système remarquable qui permet de poser une réflexion INDUSTRIE CULTURELLE La création abandonnée par le politique ?PATRICK KOVARIK AGENCE FRANCE-PRESSE Mme Le Pen a visité la Foire du Trône de Paris dans le cadre de sa campagne présidentielle, vendredi.VOIR PAGE B 2 : LE PEN En une soirée, la présidente du Front national a perdu sa spécificité : elle n\u2019a plus le monopole de la radicalité et du peuple, qu\u2019elle prétendait imposer Le Monde « » Tout le monde est pour la vertu\u2026 en principe.Or, comment s\u2019y prendra-t-on pour ajouter une heure d\u2019activité physique par jour à l\u2019école comme le préconise le gouvernement ?En encadrant les récréations ou en faisant des additions sur le chemin des toilettes ?Tour d\u2019horizon d\u2019un enjeu plus problématique qu\u2019il n\u2019y paraît.ÉDUCATION Trouver le temps de faire bouger les enfants Les écoles se creusent la tête pour inclure davantage de sport dans leur programme VOIR PAGE B 2 : CRÉATION JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les récréations pourraient être consacrées aux activités sportives.VOIR PAGE B 3 : BOUGER L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 A V R I L 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 prononcer les noms de Dominique Strauss-Kahn, Goldman Sachs ou Jacques Attali (tous juifs) pour faire un clin d\u2019œil à l\u2019antisémitisme.C\u2019est ce que le philosophe appelle des « signaux sémantiques».Pour une grande partie de la gauche, l\u2019arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN en 2011 n\u2019aurait été qu\u2019une simple ma- nœuvre de diversion modifiant certes le discours du FN, mais pas son programme fondamental.Voilà ce que remet radicalement en question la socialiste Sarah Proust, auteure d\u2019Apprendre de ses erreurs, la gauche face au Front national (Fondation Jean Jaurès).Cette élue socialiste adjointe au maire du XVIIIe arrondissement de Paris a créé un petit émoi à gauche en osant affirmer que depuis trente ans, la gauche s\u2019était trompée.« Je regrette d\u2019avoir dit que le FN n\u2019avait pas changé, a-t-elle déclaré dans un colloque tenu la semaine dernière à l\u2019Institut Jean Jaurès, lié au Par ti socialiste.Marine Le Pen a fermé la parenthèse des années trente et de la guerre d\u2019Algérie.Il ne faut plus parler de fascisme.C\u2019est faux.La filiation des années trente est fausse.D\u2019ailleurs, ses militants ne s\u2019y reconnaissent pas.» Pour Sarah Proust, associer le FN au fascisme et à un parti néonazi comme cela est encore courant à gauche relève de l\u2019aveuglement pur et simple.Cette ancienne militante antiraciste fait remonter l\u2019évolution du FN à la scission avec Br uno Mégret en 1998.Ce dernier voulait alors rapprocher le FN de la droite française.La quali f ication du parti au second tour de l\u2019élection de 2002 prouvera que cette évolution était possible et même souhaitable.Et c\u2019est Marine Le Pen qui la matérialisera.Selon Sarah Proust, le FN s\u2019inscrit plutôt dans le sillon de mouvements nationalistes, comme le boulangisme qui a marqué la fin du XIXe siècle.En s\u2019enfermant dans un discours erroné, la gauche n\u2019a fait que favoriser la progression du FN, dit - elle.Une erreur qu\u2019elle a aggravée en lui abandonnant les thèmes de l\u2019identité, de la souveraineté et de la laïcité, ajoute-t-elle.Cette analyse rejoint celle d\u2019un chercheur comme Sylvain Crépon, de la Fondation Jean Jaurès, qui dénonce depuis longtemps la «mythologie antifasciste développée dans les années 1980» à l\u2019égard du FN.Selon lui, « la gauche a oublié que sa vocation première était de défendre les classes populaires ».Elle a même fait de la lutte contre le FN et l\u2019extrême droite «une ressource de mobilisation pour la gauche » en « abandonnant l\u2019universalisme républicain » au profit d\u2019une «apologie de la différence».Dans le débat à l\u2019Institut Jean Jaurès, un participant a d\u2019ailleurs affirmé que, si cette analyse fut d\u2019abord une erreur, « trente ans plus tard, elle était devenue une faute ».Une faute dont la gauche n\u2019a visiblement pas encore tiré toutes les leçons.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 LE PEN structurante sur les écologies artistiques, poursuit M.Lavoie, aussi coprésident du Conseil québécois du théâtre (CQT).Aucun système n\u2019est par fait, mais c\u2019est à mon avis le \u201cmoins pire de tous\u201d que nous avons réussi à instaurer.» Certaines générations d\u2019artistes ont réussi à aller chercher là le soutien adéquat à la création d\u2019œuvres importantes et pour se positionner à l\u2019échelle nationale et internationale, indique David Lavoie, nommant par exemple les Lepage, Marleau ou Chouinard.« Le problème, c\u2019est que depuis ce temps-là, on n\u2019a pas réussi à positionner de la même manière de nouveaux créateurs.Et depuis plus d\u2019une décennie, nous sommes incapables de relever les défis du changement qui se posent à nous» par manque d\u2019investissements financiers, pense l\u2019administrateur culturel.Karl Fillion, attaché de presse du ministre de la Culture Luc Fortin, souligne que ce dernier a reçu le dernier budget avec beaucoup d\u2019enthousiasme.«En plus de maintenir le soutien à la mission de la SODEC et du CALQ, le budget prévoit une augmentation des crédits de 19 millions cette année (703 millions au total) pour favoriser la création et le rayonnement international de la culture québécoise.» «Mais l\u2019international, c\u2019est le troisième degré de développement pour un organisme artistique ! rétorque M.Lavoie.En premier, il faut pouvoir faire de la recherche; puis créer et diffuser sur son propre territoire; ensuite seulement on peut s\u2019imaginer aller à l\u2019étranger.Mais tout part et doit toujours partir de la création même.La rumeur veut par ailleurs que dans les mémoires qui ont été déposés lors de la consultation [publique sur la prochaine politique culturelle provinciale], très peu parlaient de l\u2019enjeu du développement international.» De là à penser que c\u2019est parce que les organismes n\u2019en imaginent même plus la possibilité, par manque d\u2019investissement dans le germe créatif même, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Quand on se compare Pour tant, dans le por trait pancanadien, « Québec est un leader en financement de la culture, par le montant qui été traditionnellement investit là, estime Mme Jeannotte.Il y a quelques problèmes, bien sûr, comme les fluctuations sur les crédits d\u2019impôt, entre autres pour le cinéma.Québec n\u2019est pas constant.Mais le résultat général, comparé aux autres provinces, est des plus positifs.» Il est certain, ajoute pourtant Mme Jeannotte, que «dans une période d\u2019austérité radicale imposée, les ar tistes ont raison d\u2019être inquiets, anxieux même».Avant cette période, la culture avait pour tant contribué, en 2010, selon les chiffres collectés alors par Statistique Canada, à 3 % du PIB du pays (3,5 % du PIB du Québec) et 3,7 % des emplois (3,9 % au Québec).Encore une comparaison ?L\u2019agriculture, la pêche et la chasse ont contribué à moins de 2 % ; les ser vices d\u2019hébergement de restauration, juste un peu plus de 2 %.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CRÉATION M A R C O B É L A I R - C I R I N O D A V E N O Ë L à Québec T out en se défendant de jouer les rabat-joie, Jean- Marc Fournier invite le Rest of Canada (ROC) à profiter du 150e anniversaire de la fédération canadienne pour « reprendre le dialogue ».« Let\u2019s talk about us ! » répétait-il dans le Salon bleu de l\u2019Hôtel du Parlement cette semaine.Le ministre des Relations canadiennes mènera tout au long de l\u2019année une tournée \u2014 une sor te de « Faut qu\u2019on se parle » \u2014 durant laquelle il espère notamment percer les mystères du « psychique » du ROC, à commencer par ceux qui ont réalisé le docudrame Canada : The Story of Us.« Il y a un os dans Stor y of Us », a-t-il lancé en chambre jeudi matin après avoir « remercié » l\u2019animateur de L\u2019autre 150e, Stéphane Bergeron, de lui offrir l\u2019occasion de s\u2019exprimer sur la «polémique» entourant le feuilleton historique diffusé sur les ondes de la chaîne anglaise du réseau CBC/Ra- dio-Canada.Les auteurs de The Story of Us (L\u2019histoire de Nous) ont notamment réduit en miettes 12 000 ans d\u2019histoire amérindienne, fait passer à la trappe le Grand Dérangement et tourné en ridicule les figures historiques françaises.En revanche, ils ont déniché pour interpréter le héros britannique James Wolfe un acteur avenant à la longue chevelure brune \u2014 loin des traits du général rouquin maigrelet esquissé par le brigadier George Townshend à l\u2019été 1759.Son opposant français, Louis-Jo- seph de Montcalm, n\u2019a pas bénéficié d\u2019une distribution aussi avantageuse, à l\u2019instar de Samuel de Champlain et de ses compagnons, qui ont été présentés sous des habits crasseux.Diversité collective M.Fournier a demandé des excuses à société d\u2019État \u2014 ce à quoi celle-ci s\u2019est refusée.Canada : The Story of Us montre qu\u2019«il est temps que nous reprenions un dialogue \u201cabout us\u201d», a insisté l\u2019élu québécois, tout en disant candidement ne pas avoir visionné les deux premiers épisodes de l\u2019émission controversée du diffuseur public.Il a beau reprocher à l\u2019un et l\u2019autre de fantasmer sur une éventuelle réouverture du débat constitutionnel près de 30 ans après la tentative de Meech (1987), l\u2019homme politique prend plaisir à bavarder du statut du Québec au sein du Canada.À l\u2019occasion d\u2019un colloque sur le fédéralisme canadien tenu récemment sur le campus de l\u2019Université McGill, il avait plaidé pour un fédéralisme canadien reconnaissant la diversité non seulement individuelle, mais aussi collective.« La reconnaissance des identités nationales québécoise et aussi autochtone apparaît comme l\u2019aboutissement naturel du projet canadien», avait-il fait valoir, réitérant son «allégeance québécoise » et son « appar te- nance canadienne».«Nous devons chercher à nous comprendre et à nous connaître, et cela doit être réciproque.Faire connaître ce que nous sommes, ce qui est fondamental pour nous permettre de faire comprendre nos choix, nos priorités, nos visions, nos ambitions.Pour éviter à nos partenaires de se surprendre encore à se demander \u201cWhat does Québec want?\u201d», avait-il conclu.Dans cet esprit, l\u2019élu québécois ne manquera pas cette année une occasion de rencontrer des «décideurs politiques » à la fois à Ottawa et dans le ROC pour les sensibiliser aux priorités québécoises.Il a cassé la glace avec les membres du Conseil des ministres de Justin Trudeau à la fin février.Ça n\u2019a pas empêché les honorables Jane Philpott et Mélanie Joly de se donner quelques jours plus tard un franc «high five» après que le Québec, l\u2019Ontario et l\u2019Alberta se sont résignés à signer une entente sur les transferts canadiens en matière de santé.M.Fournier s\u2019est aventuré une nouvelle fois cette semaine dans la capitale fédérale afin de présenter « la position du Québec sur un ensemble d\u2019enjeux » aux élus québécois du groupe parlementaire du Parti libéral du Canada (PLC).Il promet de refaire l\u2019exercice prochainement avec leurs homologues des autres formations politiques, sauf le Bloc québécois.M.Fournier veut aussi voir le gouvernement du Québec, qui dispose actuellement d\u2019« un réseau de représentation au Canada, composé de deux bureaux situés respectivement à Toronto et Moncton », être « plus présent dans les capitales provinciales » dans la foulée des célébrations entourant le 150e anniversaire de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (AANB).Grand recueil À quoi servira tout cela ?À rédiger un livre semblable à l\u2019ouvrage Ne renonçons à rien, des membres de la tournée « Faut qu\u2019on se parle » ou encore une ébauche d\u2019accord constitutionnel ?« Je ne veux pas parler de la Constitution», martèle M.Fournier.«Je ne fais pas de Constitution.Je fais de la compréhension, je fais du dialogue, je fais de l\u2019ouverture, de la réciprocité\u2026 Je ne peux pas aller à une table constitutionnelle si on ne se comprend pas, si les gens pensent que \u201cUS\u201d, ce n\u2019est pas nous autres.Il faut que les gens se comprennent avant de faire des textes juridiques», poursuit-il.Dif ficile de savoir si, aux yeux M.Fournier, le fruit est vert, mûr ou pourri.Cela dit, l \u2019avocat soutenait déjà en 1991 que « les dif ficultés que nous attribuons à la Constitution ne résident pas tant dans le libellé de celle-ci que dans l\u2019esprit de ceux qui ont pour mandat de voir à son application et à son adaptation » .«N\u2019est-il pas vrai qu\u2019une constitution ne saurait être immuable et que d\u2019empêcher son adaptabilité pourrait entraîner une répudiation de l\u2019ordre établi par les gouvernés ?» avait - i l écrit dans son mémoire de maîtrise de l\u2019Université de Montréal.Le gouvernement québécois soumettra sa « vision » de la «place du Québec au Canada» en marge des activités du 150e de l\u2019AANB, a expliqué le premier ministre Philippe Couillard.La naissance de la fédération canadienne constitue un «événement historique majeur» à ses yeux.« C\u2019est un progrès, la fédération, le fédéralisme.C\u2019est une forme avancée de gouvernement humain parce que ça amène des gens à coexister », a-t-il souligné dans un bref entretien avec Le Devoir.L\u2019Assemblée nationale a choisi de reléguer l\u2019AANB de 1867 derrière l\u2019Acte constitutionnel de 1791.Les élus de toutes les formations poli - tiques ont donné le coup d\u2019envoi, dans une certaine indifférence, aux commémorations du 225e anniversaire des Institutions parlementaires du Québec, dont la tenue des premières élections générales au Bas-Canada.Pour l\u2019historien de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale Christian Blais, le système parlementaire mis en place en 1791 est fondamental, en dépit de ses limites.« À partir de 1792, ce sont les élus du peuple qui font les lois.Ça, c\u2019est une victoire.» Le Devoir 150E DE LA FÉDÉRATION Faut qu\u2019on se parle de « Us », dit Jean-Marc Fournier L\u2019Assemblée nationale laisse les commémorations de 1867 à Ottawa, pour marquer le 225e anniversaire de la naissance des institutions démocratiques SOURCE CBC Samuel de Champlain et les autres personnages français ont été af fublés d\u2019habits crasseux dans Canada : The Story of Us.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le ministre de la Culture, Luc Fortin, a accueilli les investissements en culture du dernier budget Leitão avec beaucoup d\u2019enthousiasme.Le gouvernement n\u2019aime pas le système d\u2019attribution du financement du CALQ , car ce système ne permet pas au parti au pouvoir de profiter des tribunes d\u2019annonce du financement aux artistes David Lavoie, codirecteur du Festival TransAmériques « » SOURCE MUSÉE MCCORD George Townshend, Portrait du général James Wolfe, 1759.Les traits physiques du général Wolfe se sont trouvés bien changés dans la docusérie, ce dernier étant incarné par un acteur séduisant à la longue chevelure foncée. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 A V R I L 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 L e premier ministre Couillard accuse continuellement le PQ d\u2019avoir divisé le Québec à des fins électorales avec sa Charte de la laïcité, et voilà qu\u2019il s\u2019apprête à faire exactement la même chose avec sa consultation sur le «racisme systémique».C\u2019est probablement moins le procès de la société québécoise que celui du PQ et de la CAQ que veut intenter M.Couillard, qui a donné le ton cette semaine en taxant Jean-François Lisée de « négationnisme ».Une consultation qui va s\u2019étendre sur des mois et dégénérer en débat partisan à la veille d\u2019une élection constitue la recette idéale d\u2019un dérapage incontrôlé.Jeter de l\u2019huile sur le feu vaut-il mieux que « souffler sur les braises de l\u2019intolérance» ?Dans une lettre ouverte publiée mardi dans La Presse+, un groupe de personnalités de toutes origines disait craindre que l\u2019initiative gouvernementale contribue davantage à «nourrir les conflits » qu\u2019à «bâtir des ponts ».Les signataires s\u2019inquiétaient de la présence, au sein du comité chargé de définir le cadre de la consultation, de représentants d\u2019associations qui véhiculent une « vision binaire du monde » se résumant à une division entre oppresseurs et oppressés, entre racistes et racisés.Parler de racisme « systémique » est sans doute une nuance importante, mais s\u2019il y a une chose que le débat sur la laïcité a démontrée, c\u2019est que les nuances sont rapidement évacuées quand le débat devient émotif et favorise plutôt les raccourcis.Les systèmes ne sont pas des structures désincarnées obéissant à des règles venues d\u2019on ne sait où.Ils sont composés d\u2019individus, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019employeurs, de propriétaires ou encore de policiers, qui n\u2019accepteront pas de se retrouver au banc des accusés.Le phénomène est suf fi- samment documenté pour que des mesures concrètes soient mises en œuvre sans prendre le risque d\u2019un nouveau psychodrame.Aux yeux du gouvernement, les solutions pourtant très sensées proposées par le PQ sont malheureusement irrecevables, puisque l\u2019objectif est précisément de démontrer qu\u2019il fait partie du problème.?On ne sait pas encore quel sera le format de la consultation ni le champ qu\u2019elle couvrira, mais le gouvernement semble vouloir s\u2019inspirer de l\u2019Ontario, où la première ministre Kathleen Wynne a inclus dans son cabinet un ministre délégué à l\u2019Action contre le racisme, Michael Coteau, qui a présenté la semaine dernière à Queen\u2019s Park un projet de loi-cadre visant à « identifier et combattre le racisme systémique dans les politiques, les programmes et les services et de travailler ef fectivement à promouvoir l\u2019équité raciale pour tous».Ce projet de loi est le fruit d\u2019une vaste consultation qui a été menée dans une dizaine de villes ontariennes, dans un climat parfois tendu, sur une vaste gamme de sujets : emploi, logement, éducation, santé, police, système judiciaire, etc.La consultation ontarienne avait d\u2019ailleurs été donnée en exemple par une coalition regroupant une soixantaine d\u2019organismes qui avait réclamé, à l\u2019occasion du dixième anniversaire de la commission Bouchard-Taylor, qu\u2019un exercice semblable soit mené au Québec.Ce qui est bon pour l\u2019Ontario l\u2019est-il nécessairement pour le Québec?Si besoin était, le débat sur la laïcité a révélé à quel point l\u2019insécurité identitaire des Québécois demeure vive.Élargir le débat au racisme et à la discrimination sous toutes ses formes risque d\u2019avoir pour effet d\u2019accentuer cette insécurité et l\u2019intolérance qu\u2019elle peut engendrer, plutôt que de l\u2019atténuer.?Le premier ministre Couillard était trop heureux de mettre du sable dans l\u2019engrenage de la «convergence», en prenant à témoin Gabriel Na- deau-Dubois, selon lequel une société mature doit «être capable de se poser les questions dif fi- ciles, notamment celle de la discrimination, celle du racisme».À l\u2019instar de son nouveau parti, l\u2019ancien leader étudiant appuie fortement la tenue d\u2019une consultation sur le racisme systémique, et il n\u2019a pas caché le déplaisir que lui causent les objections du PQ.«Quand Jean-François Lisée parle comme il fait, c\u2019est sûr qu\u2019il est en train de mettre l\u2019accent sur les différences [avec QS].Ça, tout le monde le constate», a-t-il déclaré.Les militants solidaires, qui doivent se prononcer une éventuelle alliance avec le PQ lors du congrès du mois prochain, en ont certainement pris bonne note.Durant la dernière course à la chef ferie, Alexandre Cloutier avait aussi appuyé l\u2019idée d\u2019une consultation, quand elle avait été lancée par les jeunes libéraux.Un autre candidat à la succession de Pierre Karl Péladeau, Paul St- Pierre Plamondon, y était également favorable, tout comme l\u2019ancien député péquiste et leader étudiant Léo Bureau-Blouin.Ceux qui n\u2019approuvaient pas les positions iden- titaires de M.Lisée à l\u2019époque n\u2019ont pas changé d\u2019idée parce qu\u2019il est devenu chef.Il n\u2019y aura pas de fronde, mais un malaise risque de s\u2019installer au sein du PQ si le débat tourne au vinaigre.Et le gouvernement ne fera rien pour l\u2019éviter.mdavid@ledevoir.com L\u2019huile sur le feu MICHEL DAVID La décision du ministre de s\u2019allier dans cette cause au triathlète Pierre Lavoie a beaucoup fait jaser cette semaine.Lavoie, faut-il le rappeler, a eu un grand impact dans le milieu scolaire avec ses courses et ses fameux « cubes énergie » (formule par laquelle les enfants \u2014 et leur famille \u2014 accumulent des cubes chaque fois qu\u2019ils pratiquent du sport dans l\u2019espoir d\u2019obtenir des récompenses).Les projets que le GDPL a soumis au ministre ciblent les plus jeunes (CPE et niveau primaire).Pour les faire bouger, on table sur la technologie (des capsules vidéo), l \u2019achat d\u2019équipement et l\u2019éducation des saines habitudes de vie.À la recherche de l\u2019heure perdue Reste à savoir où on pigera dans l\u2019horaire des écoliers pour libérer une heure de temps par jour.M.Lavoie disait cette semaine qu\u2019il entendait commencer par utiliser les deux périodes de récréation (15 minutes chacune).Or, cer tains trouvent que c\u2019est aborder le problème à l\u2019envers.Les enfants manquent au contraire de temps où on les laisse bouger comme ils l\u2019entendent, selon le professeur Mathieu Point de l\u2019Université du Québec à Trois- Rivières.« C\u2019est par les jeux libres à l\u2019extérieur que les enfants atteignent les niveaux recommandés au niveau de l\u2019activité physique.[\u2026] Ce qui est paradoxal, c\u2019est qu\u2019on vient encore structurer leurs activités », dit-il.Les enfants bougent moins parce qu\u2019ils souffrent d\u2019un « déficit nature », ajoute-t-il.« C\u2019est à l\u2019extérieur qu\u2019ils sont amenés à bouger par eux- mêmes », mais pas dans le cadre « d\u2019activités », prévient-il.« Prévoir des activités extérieures pour les enfants, c\u2019est encore les encadrer.Il faut leur offrir plutôt des occasions, du temps», dit-il.Au Québec, certaines écoles ont déjà entrepris de s\u2019en prendre à ce déficit nature ; ce sont les écoles «Santé globale » instaurées en Estrie.«Le plein air, c\u2019est notre cheval de bataille », explique l\u2019un des responsables, Ghislain Demers.Lancé au tournant de l\u2019an 2000, le programme est déployé dans une trentaine d\u2019écoles primaires et secondaires.Cette semaine, l\u2019une d\u2019elles envoyait des groupes du secondaire en excursion en montagne dans l\u2019Ouest canadien.Pour trouver du temps, d\u2019autres misent plus simplement sur le contenu des cours.C\u2019est le cas de la bien nommée école primaire Pierre-De-Coubertin à Montréal-Nord, où on a ajouté des périodes d\u2019éducation physique.« Tous nos élèves font au moins une heure par jour d\u2019éducation physique » , explique son directeur, Stéfano Sabetti.Le régime pédagogique inclus laisse à l\u2019école sept heures d\u2019enseignement, qu\u2019elle peut allouer aux matières de son choix, et l\u2019École Pierre-De-Coubertin a tout simplement décidé de les allouer toutes au sport.Mais attention, dit M.Sabetti, «on ne peut pas reproduire notre modèle n\u2019importe où.Ça dépend de la qualité du milieu, des infrastructures, des partenariats possibles avec la communauté».Gruger où on peut Ailleurs, on va grignoter du temps par petits morceaux un peu partout dans l\u2019horaire, selon les besoins.À la Commission scolaire des portages de l\u2019Outaouais, par exemple, on table notamment sur les déplacements entre la maison et l\u2019école, explique la directrice Nadine Peterson.« Malheureusement, plusieurs parents viennent reconduire leur enfant à l\u2019école même s\u2019ils sont à distance de marche.» On leur a donc proposé la formule des « pédi- bus », ou trotibus, par laquelle un petit groupe d\u2019enfants est accompagné à pied par un adulte jusqu\u2019à l\u2019école.« On a aussi fait installer des supports à vélo pour favoriser le transport actif », ajoute-t-elle.L\u2019école a enfin développé des « midis actifs », où les récréations sont « animées » notamment par des élèves plus âgés.Là comme ailleurs, les professeurs d\u2019éducation physique travaillent étroitement avec les professeurs réguliers et souvent avec les responsables des services de garde.On le voit : des projets émanent déjà d\u2019un peu partout au Québec pour faire bouger les jeunes et, de l\u2019aveu même de l\u2019équipe du Grand Défi Pier re Lavoie (GDPL), ce sont de bonnes sources d\u2019inspiration.Pourquoi donc recourir au GDPL si les écoles se mobilisent déjà ?« Oui, il y a des écoles qui font déjà des choses, mais il y a 2000 écoles au Québec, et notre objectif est d\u2019en rejoindre 450 sur une base volontaire », nous ré- pond-on au cabinet du ministre de l\u2019Éducation, Sébastien Proulx.Le programme avec le GDPL cible en outre les écoles qui autrement n\u2019auraient ni l\u2019expertise pour se lancer dans ce genre de projet ni l\u2019initiative de le faire, poursuit-on.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 BOUGER À l\u2019occasion du 23e anniversaire du génocide rwandais, où 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés, Le Devoir revient sur le procès Munyaneza \u2014 le tout premier à être réalisé en vertu de la loi canadienne sur les crimes de guerre \u2014 grâce au témoignage du juge à la retraite André Denis.Récit.L I S A - M A R I E G E R V A I S T out au long du procès du génoci- daire Désiré Munyaneza, André Denis se posait inlassablement la même question : « Pourquoi ?J\u2019ai toujours cherché à comprendre pourquoi toutes ces morts.Il n\u2019y avait souvent pas de réponse.Mais je me rappelle d\u2019une dame qui m\u2019a un jour dit : \u201cPeut-être bien qu\u2019on a arrêté de s\u2019aimer.\u201d » Le juge Denis, aujourd\u2019hui à la retraite, n\u2019était pas au Rwanda au moment du génocide en 1994.Mais il ne l\u2019a pas moins vécu par procuration des années plus tard, à force d\u2019écouter les récits des quelque 70 témoins qu\u2019il a entendus ici, à Paris, et jusqu\u2019en Tanzanie et au Rwanda.« C\u2019est épouvantable », laisse-t-il tomber, sans aucune autre expression pour décrire les histoires d\u2019horreur qu\u2019il a entendues.Parmi les histoires, il y a celle de cette jeune fille qui s\u2019était réfugiée dans l\u2019église, parce qu\u2019on lui avait dit que là, rien ne pouvait lui arriver.« Ils étaient 500 à s\u2019y être réfugiés, et tout le monde a été tué.Sauf elle et quelques personnes, parce qu\u2019ils avaient été ensevelis sous des corps », raconte M.Denis.Courage du Canada Malgré tout, il ne regrette rien.Lorsqu\u2019on l\u2019a approché en 2006 pour le procès de Désiré Munyaneza, il a laissé le mégaprocès Cinar sur lequel il travaillait pour s\u2019y consacrer.Le présumé criminel rwandais issu d\u2019une riche famille bourgeoise de Butare venait d\u2019être arrêté en 2005 à Toronto.Grâce au travail de la GRC et ses collaborateurs, la preuve s\u2019était accumulée sur cet homme dans la fin trentaine, qu\u2019on soupçonnait d\u2019avoir participé au génocide, aux commandes d\u2019une milice hutue, et d\u2019avoir lui-même violé et assassiné des gens.Il était arrivé au Canada en 1997 avec un faux passeport camerounais, en demandant l\u2019asile politique, sous prétexte qu\u2019il serait tué s\u2019il retournait au Rwanda.Demande refusée.Mu- nyaneza allait être jugé.« Ça prenait un certain courage à l\u2019époque.Vouloir tenir un tel procès, sortir les fonds, résister aux critiques, croit M.Denis.Mais c\u2019est une question de principe.C\u2019est comme pour l\u2019ONU ou l\u2019aide internationale : on y croit ou pas.» De l\u2019avis d\u2019André Denis, les Français qu\u2019il a rencontrés étaient beaucoup plus frileux.«C\u2019est clair que de très nombreux dossiers sont en attente, mais personne ne veut s\u2019en occuper.Ils sont enfermés dans une armoire que personne ne veut ouvrir.C\u2019est tabou», explique-t-il.D\u2019ailleurs, ces jours-ci, une lettre signée par plusieurs personnalités publiques, dont Bernard Kouchner, ex- ministre des Affaires étrangères et fondateur de Médecins sans frontières, circule pour que soient enfin jugés les criminels rwandais qui résident en France et ailleurs en Europe, en toute impunité.Selon le procureur général de Kigali, la France compte le nombre le plus élevé de «hauts génocidaires » en liberté, soit 39.Début du procès Au terme d\u2019une longue enquête préliminaire, le juge Denis a d\u2019abord entendu à Montréal les témoins qui pouvaient se déplacer.Par petits groupes, ceux-ci étaient emmenés depuis le Rwanda dans des vols nolisés, logés dans des endroits secrets, transportés par des convois spéciaux de la GRC sous haute surveillance.Au palais de justice, les témoins étaient derrière des vitres sans teint qui les rendaient invisibles aux yeux des gens présents, mais leur permettant de voir l\u2019accusé.« La première femme qui est venue témoigner, quand on lui a demandé si elle reconnaissait l\u2019accusé, elle a perdu connaissance», raconte André Denis.Ne pouvant se déplacer, les gens trop vieux, malades ou emprisonnés ont été interrogés sur place, au Rwanda, lors de commissions rogatoires.L\u2019accusé n\u2019est pas présent, mais tout ce qui se dit est filmé et retranscrit pour qu\u2019il puisse y avoir accès de sa cellule.Séjour rwandais Le juge Denis est donc allé par deux fois dans ce petit pays d\u2019Afrique australe, pour entendre les témoins de la Couronne et ceux de la défense par la suite.« En 2008, le génocide était encore omniprésent.On le sentait, il y avait comme une chape de plomb qui couvrait tout le pays », dit-il.Il se souvient néanmoins de la chaleur humaine des Rwandais, et des rires curieux qui fusaient sur son passage lorsqu\u2019il se baladait, toujours escorté par des gardes du corps.L\u2019une des raisons était qu\u2019il avait les cheveux blancs.« Là-bas, ça ne se voyait pas.Trop de gens n\u2019avaient pas pu vieillir, ils avaient été tués.» Tous les jours, pendant des semaines et des semaines, il se rendait à la Cour suprême à Kigali pour entendre des témoins.Il a même siégé alors qu\u2019il était très malade et affaibli \u2014 22 des 23 personnes de son équipe sont « tombées au combat», se souvient-il.« Je savais qu\u2019on ne pouvait pas remettre ça, ça aurait coûté trop cher.J\u2019ai siégé pendant quelques jours avec un bol de riz et un jus de pomme dans le corps.» L\u2019importance de la présence En 2013, dans le procès de Jacques Mungwa- rere devant la Cour supérieure de l\u2019Ontario, le seul autre à avoir été mené en vertu de la loi canadienne sur les crimes de guerre, la juge n\u2019a pas cru bon d\u2019aller sur place et a entendu les témoins par visioconférence.Même s\u2019il n\u2019a pas été trouvé crédible, Mungwarere a été acquitté, la Couronne n\u2019ayant pas pu prouver sa culpabilité hors de tout doute.Pour sa part, André Denis voit difficilement comment il aurait pu ne pas être en présence des témoins.«Certains disent que ça coûte trop cher, c\u2019est un point de vue et je le respecte.Mais, pour moi, me déplacer pour aller entendre les gens, c\u2019était nécessaire, soutient-il.Quand on a la personne devant nous, on peut mieux voir sa crédibilité.Même si c\u2019était dans une autre langue, une personne humaine reste une personne humaine.C\u2019est pas parce que c\u2019était des Rwandais qu\u2019ils étaient différents.» Exercice douloureux s\u2019il en est un \u2014 « ça a été dif ficile de condamner Munyaneza à perpétuité sans possibilité de libération avant 25 ans, il avait deux jeunes enfants » \u2014, mais qui en a valu la peine.«À la fin de chaque témoignage, je demandais aux témoins s\u2019ils avaient quelque chose à ajouter.Plusieurs me disaient : \u201cMerci de m\u2019avoir écouté.C\u2019est la première fois que je pouvais raconter mon histoire jusqu\u2019au bout\u201d, raconte M.Denis.Ça me touchait.J\u2019ai compris qu\u2019on leur redonnait foi en la justice.» Le Devoir JUSTICE Crimes de guerre : un procès nécessaire Le juge André Denis se rappelle de la douloureuse démarche pour condamner le génocidaire rwandais Désiré Munyaneza GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR « Ça prenait un certain courage à l\u2019époque, se rappelle le juge à la retraite.Vouloir tenir un tel procès, sortir les fonds, résister aux critiques.Mais c\u2019est une question de principe.» Le premier ministre Couillard était trop heureux de mettre du sable dans l\u2019engrenage de la convergence 2 C\u2019est le nombre de poursuites pour crime contre l\u2019humanité au Canada.La France en a eu 3, alors qu\u2019elles ont été 5 à survenir en Suède (26 sont en cours d\u2019investigation).La Belgique a mené 10 de ces poursuites (103 en cours d\u2019investigation). epuis le début de la guerre en Syrie, le régime du président Bachar al-Assad a utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques contre son propre peuple, et chaque fois, en toute impunité, la Russie usant de son veto pour bloquer toute réponse des Nations unies.Dans ce contexte, la décision du président américain, Donald Trump, de répliquer militairement à l\u2019attaque à l\u2019arme chimique menée mardi contre les hommes, femmes et enfants de Khan Chei- khoun représente un avertissement musclé mais nécessaire.À part Moscou, les grandes capitales occidentales ont appuyé ces frappes aériennes, témoignant ainsi d\u2019un ras-le-bol collectif tout en s\u2019assurant de parler d\u2019une seule voix.Le Canada a fait de même, mais comme plusieurs de ses homologues, le premier ministre Justin Trudeau a pesé ses mots.Le Canada a appuyé une « intervention limitée et ciblée » des États-Unis pour réduire la capacité du régime syrien de « perpétrer des attaques aux armes chimiques contre des civils innocents, dont de nombreux enfants ».« Nous ne pouvons pas permettre que ces horribles attaques puissent continuer de se produire en toute impunité », a-t-il ajouté.La prudence s\u2019imposait et s\u2019impose toujours, car personne ne peut encore mesurer les retombées de cette riposte militaire ou son possible effet domino dans la région.On ignore si elle aura l\u2019effet désiré, et surtout ce qu\u2019entendent maintenant faire les Américains.Pour l\u2019instant, Washington parle d\u2019une réplique pour punir un acte précis.Il n\u2019est pas question d\u2019une intervention militaire continue et à grande échelle en sol syrien.Mais Donald Trump est un homme imprévisible dont la position par rapport à la Syrie a radicalement changé en moins d\u2019une semaine.Le gouvernement canadien doit rester vigilant et user de tout son pouvoir de persuasion, de concert avec ses alliés, pour éviter toute dérive unilatérale américaine.Si cela devait se produire, non seulement le monde et la région en subiraient les lourdes conséquences, mais le Canada aussi, car il a des troupes au sein de la coalition luttant contre le groupe armé État islamique et il vient tout juste de prolonger cette mission.Sans l\u2019ombre d\u2019un débat, soit dit en passant.Ottawa a toujours privilégié une approche multilatérale, idéalement sous l\u2019égide des Nations unies, pour résoudre les con?its internationaux.Le gouvernement Trudeau n\u2019en déroge pas.Il répète qu\u2019il continue de soutenir les efforts diplomatiques pour mettre ?n à cette guerre qui s\u2019éternise.Il doit maintenir le cap, car la solution à ce tragique con?it n\u2019est pas militaire, mais politique, diplomatique et multilatérale.Et elle concerne tous les Canadiens, d\u2019où l\u2019importance d\u2019associer le Parlement à sa ré?exion.On pense bien du mal de Donald Trump, mais on en pense encore davantage de Bachar al-Assad.Aussi, la décision du président américain de punir le régime de Damas pour son attaque à l\u2019arme chimique à Khan Cheikhoun était fondée.Assad ne pouvait pas s\u2019en tirer impunément.Cela dit, l\u2019usage de la force n\u2019est pas une fin en soi.L\u2019opinion internationale attend maintenant de M.Trump qu\u2019il rende ces frappes utiles à la diplomatie.onald Trump marque sans doute des points avec cette attaque ciblée sur une base aérienne du centre de la Syrie, crée l\u2019unité autour de lui dans la plus pure tradition américaine.Ce sont indéniablement des frappes qui donnent un peu de sens à une présidence caractérisée jusqu\u2019à maintenant par l\u2019incompétence et les cafouillages.Entendu que les controverses ne lâcheront pas pour autant la présidence de M.Trump au cours des quatre prochaines années.Mais entendu aussi que, pour un certain nombre d\u2019Américains, y compris parmi ceux qui le détestent, la punition militaire qu\u2019il vient de donner à Assad à des ?ns humanitaires a peut-être rendu sa présidence un peu moins illégitime.Dans un monde plus sain, on n\u2019en serait évidemment pas là.Les institutions internationales, à commencer par l\u2019ONU, qui donne trop souvent l\u2019impression de n\u2019y pouvoir rien, seraient moins le terrain de luttes de pouvoir que celui de la recherche de chemins utiles à la résolution des con?its.Il est notable, en l\u2019occurrence, que le président chinois Xi Jinping se soit trouvé par coïncidence en sommet à Mar-a-Lago avec M.Trump.Un sommet qui devait être d\u2019une importance majeure, mais que l\u2019actualité syrienne a largement éclipsé.La Maison-Blanche aura certainement mesuré l\u2019avantage politique qu\u2019il y avait pour M.Trump à autoriser des frappes contre le régime de Damas tout en pro?- tant de l\u2019occasion d\u2019af?rmer la puissance américaine en présence du président chinois\u2026 et d\u2019envoyer par la bande un avertissement à la Corée du Nord.M.Trump marque encore des points de politique étrangère et intérieure dans la rupture que son geste représente d\u2019avec l\u2019inaction dont a fait preuve l\u2019ex-président Obama dans le con?it syrien.Dif?cile de ne pas se dire que M.Obama aurait peut-être pu changer le cours des choses s\u2019il avait lui aussi réagi militairement à l\u2019attaque au gaz sarin menée à l\u2019été 2013 par le régime d\u2019Assad en banlieue de Damas (et qui avait fait près de 1500 morts).L\u2019enfer qu\u2019est devenue la vie pour le peuple syrien n\u2019a cessé de se creuser depuis quatre ans ; et la situation de se compliquer.Géopolitiquement, il n\u2019est pas inimaginable que ces frappes punitives servent à rétablir un certain rapport de force face à Moscou et ramène Damas à une position de négociation plus humble.Se tenant en retrait sous Obama, les États-Unis ont laissé le champ libre à la Russie et autorisé Bachar al-Assad à conserver le pouvoir en recourant à une violence indicible.Auquel cas, pour avoir déclenché la colère militaire de M.Trump, Al-Assad aura commis une erreur en menant mardi cette attaque au gaz toxique.Une attaque immorale sans conteste, mais d\u2019aucune utilité militaire au demeurant, vu l\u2019état de faiblesse dans lequel se trouvaient déjà les organisations rebelles.Les Russes ne peuvent pas ne pas savoir que l\u2019attaque syrienne sur Khan Cheikhoun risque de leur nuire.Que ces frappes punitives déclenchent une escalade demeure parfaitement possible.Dans l\u2019immédiat, Vladimir Poutine va se faire plus vociférant.Voyons voir ce que donnera la visite du secrétaire d\u2019État Rex Tillerson mardi prochain, à Moscou.Et souhaitons seulement que la ?bre humanitaire que vient de se découvrir l\u2019impulsif et isolationniste Donald Trump à l\u2019égard du peuple syrien ait de salutaires résonances diplomatiques.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 A V R I L 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S La Ville de Québec fait trop souvent fi du sort des piétons Depuis 2011, et plusieurs fois par la suite, appuyée notamment par le Conseil du quar tier de Montcalm, j\u2019ai fait part aux responsables de la division du Transport de mon indignation quant au laisser-aller de la Ville dans le dossier des feux de signalisation sur Grande Allée, face aux plaines d\u2019Abraham et au Musée inter national des beaux-arts du Québec, dont le temps de traversée aurait IMPÉRATIVEMENT besoin d\u2019être augmenté.Comme le soulignait l \u2019ar ticle par u alors dans Le Devoir du 24 octobre 2016 «Combien de temps pour traverser la rue», « placez-vous, ai-je écrit, dans la peau d\u2019une personne à mobilité réduite, L I B R E O P I N I O N B E N J A M I N A B T A N Président du Mouvement antiraciste européen \u2014 EGAM, et coordinateur du Réseau Elie Wiesel de parlementaires d\u2019Europe contre les génocides P lusieurs dizaines de « hauts génoci- daires » rwandais vivent en Europe, en par ticulier en France, trop souvent en toute impunité, sans être inquiétés par la justice [1].Au cours du génocide contre les Tut- sis au Rwanda en 1994, ils ont non seulement pillé, tor turé, violé et massacré, mais également planifié, recruté, formé et organisé.Ce ne sont pas les « petites mains » du génocide, ils comptent parmi ses principaux responsables.Ils sont nombreux à faire l\u2019objet de mandats d\u2019arrêt internationaux ou à avoir déjà été lourdement condamnés par contumace par la justice rwandaise pour génocide ou complicité dans le génocide.Depuis plus de vingt ans, l\u2019Église catholique en protège certains, dont elle participa à l\u2019exfiltration.Parfois elle les cache, parfois elle fait de ces tueurs non repentis des prêtres titulaires, notamment dans des paroisses de villes et de villages français.Depuis plus de vingt ans, la plupar t des hauts génocidaires vivent en France sans être inquiétés par la justice [2].Ils n\u2019y sont pas par hasard : c\u2019est l\u2019armée française qui exfiltra du Rwanda et couvrit la fuite de ceux qui venaient d\u2019organiser et de perpétrer l\u2019extermination de plus d\u2019un million de Tutsis en 1994.Ce fut un des temps forts de la politique de collaboration avec le régime génocidaire au Rwanda commencée avant, poursuivie pendant et après le génocide par quelques personnes, de gauche comme de droite, alors placées au plus haut niveau de l\u2019appareil d\u2019État français.Entrave à la justice L\u2019impunité dont bénéficient les hauts génocidaires rwandais et ceux qui ont collaboré avec eux est aujourd\u2019hui la dernière entrave à la pleine réalisation du travail de justice concernant ce génocide.En ef fet, à la suite d\u2019un engagement inédit et exceptionnel des institutions et de la population rwandaises depuis 1994, plusieurs centaines de milliers de tueurs ont été jugés dans les gaçaças, les juridictions de village, et dans les tribunaux du pays.Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a quant à lui jugé certains des plus hauts génocidaires.Cette impunité qui perdure constitue pour les rescapés une souffrance supplémentaire, pour les jeunes du Rwanda et d\u2019Europe un obstacle dans leur projection vers un avenir partagé, pour tous une impardonnable injustice et une scandaleuse atteinte à l\u2019état de droit.Notre demande est simple : la fin de l\u2019impunité pour les génocidaires et leurs complices.Dans le scrupuleux respect de la séparation des pouvoirs, fondamentale à la démocratie que nous chérissons, tous les gouvernements se doivent d\u2019élaborer et de faire appliquer une politique pénale.Il est grand temps que tous les pays concernés, au premier rang desquels la France, inscrivent la poursuite, l\u2019extradition au Rwanda ou le jugement sur leur lieu de résidence actuel des génocidaires et de leurs complices au cœur des priorités de leurs politiques pénales, afin que la justice passe enfin.Il est impératif de considérer la fin de l\u2019impunité pour les génocidaires et leurs complices pour ce qu\u2019elle est : une urgence morale, humaine, sociale, politique, historique, donc une urgence judiciaire.C\u2019est de la responsabilité de notre génération, afin d\u2019offrir aux générations suivantes la possibilité de construire ensemble un imbere heza, un «bon avenir ».[1] D\u2019après le procureur général de Kigali, la France en compte 39, la Belgique 37, les Pays-Bas 18, le Royaume- Uni, la Nor vège, la Suède et l \u2019Al le- magne 5, l\u2019Italie 4, le Danemark 3, la Suisse 2 et la Finlande 1.[2] Il n\u2019y a eu que trois personnes jugées en 23 ans.Si les procès qui ont été organisés l\u2019ont été dans de très bonnes conditions, les procédures judiciaires sont tellement lentes que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l\u2019Homme pour cela (affaire Mutimura c.France, juin 2004).Cet appel est signé par des centaines de personnalités, maires de France, députés européens, anciens ministres, universitaires, personnalités du monde des médias et de la culture, représentants de dif fé- rentes associations.RWANDA Pour la fin de l\u2019impunité pour les génocidaires et leurs complices ! FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET jeune ou vieille, avec béquilles ou mar- chet tes , ou encore dans cel le d \u2019une femme avec poussette ou enfants agrippés à ses basques, et tentez de traverser l\u2019intersection en 20 secondes ! en tenant compte de celles que vous mettrez soit à laisser passer une bicyclette folle ignorant le feu rouge, soit à vérifier si une autre s\u2019en vient ! En mettant le pied dans la rue, il vous restera environ 12 secondes\u2026 en vous croisant les doigts pour qu\u2019un bolide pressé ne pose pas immédiatement le pied sur le gaz ! À Trois-Ri- vières, où les rues sont deux fois moins larges que celle ici mentionnée, les piétons ont 60 secondes pour traverser.60 secondes ! »\u2026 Mais rien n\u2019a bougé.On a prétexté que les feux de circulation étaient synchronisés en fonction du débit de la circulation automobile (!).Julie Stanton Québec, le 5 avril 2017 SYRIE Punition à risque SYRIE Solidarité nécessaire D D GUY TAILLEFER MANON CORNELLIER Amours interdits On ne peut empêcher un cœur d\u2019aimer?Ben voyons donc! Ce qui me surprend le plus là-dedans, c\u2019est que l\u2019on doive rappeler aux enseignants que cela NE SE FAIT TOUT SIMPLEMENT PAS ! J\u2019ai reçu (parmi mes cinq diplômes) un diplôme en pédagogie de l\u2019Université d\u2019État de San Diego en Californie en 1980 pour enseigner dans cet État.Il était formellement stipulé qu\u2019une relation enseignant-élève entraînait une radiation de notre permis.En 1980.C\u2019était clair, avant-gardiste, il paraît, logique! Pourquoi cette logique n\u2019existe-t-elle pas ici?Tu peux avoir une relation avec une ex-élève, mais non avec une élève.Même chose entre médecin et patient.Je m\u2019excuse sincèrement : trop d\u2019enseignants et de « professionnels » « dorment au gaz » pour employer une expression récente ! Jean Rioux Le 5 avril 2017 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 A V R I L 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).L U C G O D B O U T Titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l\u2019École de gestion à l\u2019Université de Sherbrooke e 12 avril 1977, Jacques Pari- zeau présentait son premier de huit budgets consécutifs.En écrivant lui-même chacun de ses discours budgétaires, il a marqué la manière de présenter les budgets du Québec, sa plume claire et puissante lui a même valu une critique littéraire dans Le Devoir ! Pour l\u2019histoire, il devient intéressant de relire ses discours budgétaires et d\u2019analyser les constats qu\u2019il y faisait sur l\u2019état des finances publiques, l\u2019épargne et l\u2019incitation au travail.Ceux- ci témoignent qu\u2019il avait à cœur la bonne santé économique du Québec.Certains d\u2019entre eux restent encore aujourd\u2019hui d\u2019une grande acuité, comme s\u2019ils avaient été écrits récemment ; d\u2019autres révèlent les avancées du Québec depuis.D\u2019entrée de jeu, on ne peut cacher qu\u2019ayant eu à produire ses budgets dans la foulée de crises pétrolières et de récessions, les déficits réalisés sous sa gouverne, mesurés en proportion du PIB, s\u2019avèrent les plus importants que le Québec ait connus.Dans son premier discours (1977), Jacques Parizeau allait jusqu\u2019à dire : « Il faut sif fler la fin de la récréation.La remise en ordre est non pas seulement importante pour assurer et maintenir le crédit du Québec et de ses institutions.» Il soulignait même : « Il n\u2019y a vraiment qu\u2019une seule façon de dégager une marge de manœuvre : c\u2019est de sabrer les programmes existants et de réformer la tarification de certains services publics de façon à ce qu\u2019elle reflète mieux le coût encouru par la collectivité.» Difficile d\u2019utiliser une formulation plus claire ! Au terme de son dernier discours (1984), il reconnaissait que «maintenant, nous avons ramené le coût des services publics à un niveau plus comparable à ce qui se fait ailleurs en Amérique du Nord.[\u2026] Le contrôle de l\u2019expansion des dépenses devra impliquer que l\u2019on procède chaque année à l\u2019examen sélectif d\u2019un certain nombre de programmes ».Procéder à un examen annuel des programmes, tiens donc ! Recourir davantage à la tarification En matière de fiscalité, le constat de son premier discours (1977) était manifestement très limpide : « Les écarts sont tellement élevés qu\u2019il n\u2019est nul besoin de faire la preuve que, dans aucune autre province, le fardeau fiscal combiné provincial et municipal n\u2019est aussi lourd qu\u2019au Québec.» Il soulignait même que « [la tarification] avait été largement sous-utilisée et qu\u2019on avait laissé croire indûment aux contribuables que les services publics étaient gratuits ».Recourir davantage à la tarification, un débat qui dure depuis des décennies ! Jacques Parizeau n\u2019était pas silencieux au sujet des pressions sur la dette.Dans son discours (1977), il souligne : « [O]n voit maintenant venir le jour où les prestations [des régimes de retraite des enseignants et des fonctionnaires] pèseront lourd sur les budgets et il arrivera qu \u2019elles représenteront un fardeau insupportable.Les projections pour les années à venir du montant total des engagements sont franchement ef frayantes.Il est donc plus que temps de s\u2019attaquer à contrôler cette sorte d\u2019explosion de l\u2019endettement à venir de l\u2019État.» S\u2019il croyait au déficit pour stimuler l\u2019économie à court terme et à l\u2019endettement comme outil de développement économique, le regard d\u2019aujourd\u2019hui sur ses budgets révèle un homme qui a dû naviguer dans une mer économique trouble et qui a posé plusieurs gestes contre la dérive budgétaire.L\u2019épargne et le capital de risque Jacques Parizeau a innové en matière de fiscalité en créant le Régime épargne-actions (REA) et le crédit d\u2019impôt pour le Fonds de solidarité de la FTQ.Dans son discours (1979), il crée le REA qui poursuivait trois objectifs : la hausse de la participation des Québécois au marché boursier ; une meilleure capitalisation des entreprises québécoises et la réduction du fardeau fiscal des contribuables à hauts revenus, mais seulement pour ceux qui acceptent d\u2019investir dans les entreprises québécoises.Manifestement, ce programme a accéléré la croissance d\u2019entreprise y ayant eu accès, que l\u2019on pense à Cascades ou à Couche-Tard.Les émissions de capital-actions des moyennes entreprises grâce au REA constituaient, à ses yeux, l\u2019une des choses les plus importantes qu\u2019il ait faites sur le plan économique.Un autre élément de fierté pour Jacques Pari- zeau était la création des fonds fiscalisés de travailleurs.Cette initiative a eu un bon effet pour développer du capital de risque pour les entreprises québécoises de moyenne dimension.De plus, il intégrait dans son analyse d\u2019autres éléments bénéfiques, comme la sensibilisation des syndiquées aux réalités financières des entreprises.Trop souvent, ces considérations échappent au calcul économique.L\u2019incitation au travail Jacques Parizeau a été sensibilisé aux interactions entre la politique fiscale et l\u2019incitation au travail.En 1983, il soulignait qu\u2019« [\u2026] il n\u2019est guère intéressant pour les chômeurs ou les assistés sociaux de se remettre au travail, même quand le travail est disponible ; on souligne aussi souvent que d\u2019obtenir une promotion n\u2019est pas particulièrement incitatif sur le plan financier, même si le revenu initial est assez faible.De telles réactions sont très sérieuses et doivent être examinées.Après tout, une société doit être en mesure de reconnaître et de promouvoir l\u2019intérêt financier au travail ».En effet, dans certains cas, la combinaison de la hausse des impôts et des cotisations à payer ainsi que la baisse des crédits d\u2019impôt et des prestations sociales pour chaque dollar de revenu additionnel est énorme.J\u2019aurais aimé discuter avec lui du « bouclier fiscal » proposé au terme des travaux de la Commission d\u2019examen sur la fiscalité québécoise.Un regard sur les budgets Parizeau témoigne de son sens hors du commun de la vulgarisation, de son esprit vif et de sa capacité à cerner les enjeux importants.Une version plus longue de ce texte est publiée sur le site de l\u2019Association des économistes québécois http://blogue.economistesquebecois.com 40E ANNIVERSAIRE DU PREMIER BUDGET PARIZEAU Jacques Parizeau savait cerner les enjeux importants P A T R I C K M O R E A U Rédacteur en chef de la revue Argument ans Le Devoir de jeudi dernier, Thomas Davignon justifie la censure dont font les fra is certains intellectuels dans les universités au motif que celles-ci ne sont pas un « espace de débat idéologique », ma is des l ieux de savo ir consacrés au « progrès de la connaissance objective ».Il en conclut qu\u2019il est donc parfaitement just if ié que n\u2019y a ient « droit de cité » ni « la rhétorique populiste » ni « le pseudo- intellectualisme pamphlé - taire », pas plus que « les idéologues prosélytes ».Saute malheureusement aux yeux, à la lecture de ce texte, la suf f isance remarquable de son auteur, qui sépare doctement le bon grain de l\u2019ivraie, mais sans jamais prendre la peine de définir les termes au nom desquels i l opère cette sér ie de d is- t inct ions, termes qu i sont pour tant hautement problématiques : qu\u2019est-ce en ef fet que ce « pseudo-intellectua- lisme » qu\u2019il condamne et en quoi se distingue-t-il du vrai ?Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019un débat est « idéologique » ( j \u2019aura is pour ma part plutôt tendance à croire que le « débat » lui- même ne saura i t l \u2019être, contrairement aux positions adoptées par les uns et les autres dans un tel débat) ?Qu\u2019est-ce que la « connaissance objective » et les « faits » d a n s l e d o m a i n e d e s sciences humaines, de la réflexion politique, des choix de soc ié té , etc .(pu isqu\u2019 i l s\u2019agissait à la base d\u2019exclure un indésirable d\u2019un débat sur le cours Éthique et culture religieuse) ?Je me permettrai donc de reprendre ici succinctement ces trois points à nouveaux frais.Parole frappée d\u2019illégitimité Tout d\u2019abord, le sociologue M a t h i e u B o c k - C ô t é \u2014 pu isque c\u2019est bien lui qu\u2019 i l s\u2019agissait de censurer et que Davignon vise sans le nommer \u2014 est-il ce que ce dernier appelle un « idéologue » dont la parole serait frappée d\u2019illégitimité dans l\u2019enceinte de l\u2019université ?Il suf fit de s \u2019 a p p u y e r s u r q u e l q u e s « faits » pour répondre à cette question et calmer ainsi de telles inquiétudes.Docteur en sociologie, chargé de cours dans dif férentes universités, auteur ou coauteur de sept ou huit livres publiés au Québec et en France chez des éd i - teurs reconnus, ainsi que de nombreux articles de revues, il a non seulement le statut, mais indéniablement aussi la stature d\u2019un véritable intellectuel.Dans ces circonstances, l \u2019accuser de n\u2019être qu\u2019un pseudo-intellectuel relève à l\u2019évidence de la mauvaise foi.Sauf à considérer, bien sûr, que n\u2019est qu\u2019un « idéologue » tout penseur avec les thèses duquel on n\u2019est pas d\u2019accord ! Ce point est important, car à travers ces accusations de populisme et de pseudo-intellec- tualisme, c\u2019est bien une volonté de faire taire tous les points de vue divergents qui est mise en avant, et aussi \u2014 et c\u2019est encore plus grave à mes yeux \u2014 une velléité manifeste de jeter l\u2019interdit sur certains débats, sur certaines questions, qu\u2019il serait malséant de seulement soulever.Des questions et des concepts discutables En effet, il appert de plus en plus clairement ces derniers temps que certaines questions n\u2019ont, en certains milieux (dont l\u2019université), même plus le droit, apparemment, d\u2019être débattues.La question nationale, l\u2019identité nationale, la laïcité suscitent des anathèmes, mais à peu près plus de discussions argumentées.Parallèlement, il devient suspect de simplement soulever quelques doutes à l\u2019égard de concepts tels que la «culture du viol», la notion de «genre», l\u2019« islamophobie» ou le « racisme systémique », comme si la réflexion sur ces sujets devait être enserrée dans toute une série de nouveaux tabous.Or, ces questions et ces concepts sont, par définition, éminemment discutables, car précisément, ils ne relèvent pas d\u2019une «connaissance objective» qu\u2019il suffirait de montrer de façon à ce que seuls les fous ou les aveugles ne soient pas aussitôt convaincus.Rappelons-le, même si cela relève de l\u2019évidence, la vérité dans le domaine des sciences humaines n\u2019est jamais absolument objective, même si elle s\u2019appuie partiellement sur des faits.Il n\u2019y a pas de vérité «scientifique» dans le domaine de l\u2019économie, de la sociologie, de la psychologie, ni bien sûr dans celui de la politique.Il n\u2019y a et il ne peut y avoir que des théories qui s\u2019y affrontent et qui vont apparaître plus ou moins fondées, plus ou moins productives, etc.Penser autrement, ce serait revenir au beau temps de l\u2019URSS, où le diamat (la doctrine marxiste du matérialisme dialectique) se vit érigé au sein de l\u2019Empire soviétique en orthodox ie pol it ico-ph i loso- phique, et cela reviendrait, justement, à céder de nouveau aux sirènes de l\u2019idéologie.Si l\u2019on veut réellement servir la vérité (ce qui me semble ef fectivement être le rôle de l\u2019université), mieux vaut y laisser s\u2019exprimer toutes les théories, toutes les opinions informées, tous les arguments.Après tout, ainsi que l\u2019écrivait Friedrich Dürrenmatt : « Il n\u2019existe de vérité que dans la mesure où nous la laissons tranquille.» Donnons-lui libre cours, et parions que le bon grain se séparera de lui-même de l\u2019ivraie\u2026 Censure, idéologie et vérité ISTOCK Il appert de plus en plus clairement ces derniers temps que certaines questions n\u2019ont, en certains milieux (dont l\u2019université), même plus le droit, apparemment, d\u2019être débattues.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jacques Parizeau, alors ministre des Finances, lors de la présentation de son premier budget en 1977 L D Les écarts sont tellement élevés qu\u2019il n\u2019est nul besoin de faire la preuve que, dans aucune autre province, le fardeau fiscal combiné provincial et municipal n\u2019est aussi lourd qu\u2019au Québec Jacques Parizeau, en 1977 « » R O B E R T C O M E A U Historien P our comprendre la crise d\u2019Octobre, qui a eu lieu en 1970, il ne faut pas sous-estimer le rôle des procès politi ques de la décennie 1960 et de la guérilla judiciaire menée pour obtenir la reconnaissance du statut de «prisonnier politique ».L\u2019impact de la senten ce démesurée imposée à Pierre-Paul Geof froy aura été un élément déclencheur de l\u2019of fensive de l\u2019automne 1970 pour libérer 23 prisonniers felquis tes, alors que les prises d\u2019ota ges en Amérique du Sud font l\u2019actualité.La mobilisation pour la libération des prisonniers politiques québécois commence dès l\u2019arrestation, en juin 1963, des personnes soupçonnées de participation au premier réseau du Front de libération du Québec (FLQ).André Laurendeau, dans son éditorial du 12 juin 1963, écrit qu\u2019« aux yeux d\u2019une grande partie de l\u2019opinion, ce qui se passe au palais de justice, c\u2019est une parodie de la justice».La condamnation à la pendaison de François Schirm et d\u2019Edmond Guénette, le 21 mai 1965, après un raid qui coûte la vie à deux personnes, suscite, en raison de sa sévérité, la colère d\u2019indépendantistes qui voyaient dans cette sentence un traitement réservé aux criminels de droit commun.Un groupe important de personnalités québécoises et françaises dénonce l\u2019imposition de ce traitement pour les délits politiques.En France, le code de procédure pénale accorde à l\u2019époque un régime spécial aux prisonniers accusés de délits de nature politique.Procès-spectacle Les polémiques québécoi - ses autour du statut des prisonniers politiques atteignent un degré sans précédent avec l\u2019ar restation de Pier re Val- lières et de Charles Gagnon.À la suite de l\u2019attentat, en mai 1966, à la fabrique de chaussures La Grenade, alors en grève, causant le décès de la secrétaire du patron, et après la mort du jeune militant du FLQ, Jean Corbo, en juin, la police, croyant à la complicité de Vallières et Gagnon, se met à leur recherche.Ils s\u2019étaient rendus aux États- Unis pour nouer des liens avec les Black Panthers.En septembre 1966, apprenant l\u2019arrestation à Montréal de membres de leur réseau, Vallières et Gagnon vont manifester devant le bâtiment de l\u2019ONU à New York, où ils sont arrêtés.Pendant un mois, ils font la grève de la faim afin de faire connaître la lutte révolutionnaire pour l\u2019indépendance du peuple québécois.Ils sont ensuite déportés à Montréal pour y subir leur procès.Ils sont incarcérés à la prison de Bordeaux pendant plus de trois ans, leur procès étant continuellement reporté.Celui de Vallières est repoussé sept fois.Il est accusé d\u2019avoir incité par ses écrits à la perpétration d\u2019attentats à la bombe.Gagnon subit quatre procès, qui se terminent par deux acquittements, un désaccord des jurés et une condamnation pour conspiration.Il est finalement libéré en février 1970, avant d\u2019être arrêté de nouveau au début de la crise d\u2019Octobre.L\u2019impact de ces procès des deux intellectuels révolutionnaires les plus en vue au Québec est énorme chez la jeunesse contestataire.Ceux qui assistent à ces procès sont souvent révoltés par les propos méprisants de certains juges à l\u2019endroit des idées politiques des accusés.Le spectacle auquel donnaient lieu ces procès devient une réelle école de politisation.Pour une grande partie de l\u2019opinion publique, il était difficile de croire aux accusations criminelles portées contre ces intellectuels.Le comité d\u2019aide au groupe Vallières-Gagnon, fondé en novembre 1966, dénonce l\u2019arbitraire du système judiciaire et mène une vigoureuse contestation politique avec l\u2019appui de militants syndicaux et de progressistes mobilisés face aux gestes de répression qui se multiplient sous le gouvernement Bertrand et son ministre de la Justice, Rémi Paul.Sentence démesurée Le 1er avril 1969, au procès de Pierre-Paul Geof froy, la sentence du juge André Fabien frappe comme un coup de canon au palais de justice de Montréal : 124 fois l\u2019emprisonnement à vie.Ce jugement est un record dans l\u2019histoire du Commonwealth.En plus des 124 chefs se rapportant aux bom - bes, il faut ajouter 5 ans pour chacun des 5 autres se rapportant à la dynamite.Le jeune de 24 ans accepte de plaider coupable à tous afin de protéger ses camarades, dont il refuse de révéler l\u2019identité.Au prononcé de sa sentence, il ne bronche pas et fait le signe de la victoire à l\u2019intention de quelques rares témoins du procès expédié en moins de trois semaines.Nombreux sont-ils à trouver la sentence démesurée, car comment pouvait-on accuser un individu à 124 fois la prison à vie sans qu\u2019il y ait eu mort d\u2019homme ?Le procès suit quelque 31 attentats à la bombe commis dans la métropole au cours des six mois précédents.Cette escalade de la violence atteint un sommet avec la bombe qui explose à la Bourse de Montréal, causant des dégâts évalués à près d\u2019un million de dollars.Ce procès se tient après les incidents violents de Saint-Léo- nard et la grande manifestation de « McGill français » du 29 mars 1969.À l\u2019automne, le mouvement d\u2019opposition à l\u2019Union nationale s\u2019accentue avec la grande manifestation devant le parlement pour dénoncer le bill 63.Le 7 novembre 1969, plus de 3000 manifestants descendent dans la rue pour réclamer la remise en liberté des prisonniers politiques.Sur les pan- car tes figure le por trait de Geof froy, et cer tains crient «SOS-FLQ».Le comité organisateur jouit de l\u2019appui du Conseil central de Montréal de la CSN, de la Ligue d\u2019intégration scolaire, du Front de libération populaire et du Mouvement de libération du taxi.Quelques jours plus tard, la Ville de Montréal adopte un règlement interdisant les manifestations.En décembre 1969, à la demande de Trudeau, un enquêteur de la GRC, John K.Starnes, identifie 21 organisations au Québec susceptibles de provoquer des affrontements violents.Sur le plan international, les luttes de libération nationale prennent de l\u2019ampleur en Amérique du Sud, et des mouvements radicaux contre la guerre du Vietnam et la ségrégation raciale voient le jour aux États- Unis.La guérilla urbaine se développe.Les prises d\u2019otages se répandent en Amérique latine.Le coup du siècle Le juge André Fabien croit accomplir le coup du siècle en assénant cette sentence totalement disproportionnée.Il explique : « Il faut que les compagnons de Geof froy et ceux qui auraient des velléités de suivre son triste exemple soient, par la sévérité de la sentence, craintifs à la pensée d\u2019un châtiment identique.Il faut que cette peur puisse les détourner pour toujours de ces opérations de terrorisme.» Cette approche, qui s\u2019avérera catastrophique, reçoit beaucoup d\u2019appuis chez les libéraux favorables au ministre de la Justice, Jérôme Choquette.Le Par ti québécois, par la voix de son exécutif, y va d\u2019une condamnation sans appel de la violence politique, qualifiant de « meurtriers » ces jeunes idéalistes dévoyés.« Le plus triste, c\u2019est qu\u2019ils se prennent sans doute pour des précurseurs et des héros, alors qu\u2019ils ne sont que de pauvres types.» Geoffroy de répondre : « Ce n\u2019est pourtant pas dif ficile de comprendre pourquoi on pose une bombe à la Bourse ou dans une compagnie dont les employés sont en grève depuis des mois, [\u2026] mais on n\u2019ose pas s\u2019aventurer dans l\u2019analyse de mes motivations politiques.Je ne suis pas un anarchiste, mais on m\u2019a traité comme tel.» Pour lui, seules des actions of fen- sives violentes peuvent à cette étape amorcer le mouvement qui viendrait à bout du système, selon son interprétation du processus révolutionnaire, une conception encore peu critiquée par la gauche post-Mai 68.Parmi les réactions, mentionnons celle du président du Conseil central de Montréal, Michel Chartrand, qui affirme: «Les dynamiteurs et terroristes n\u2019ont pas engendré la violence.C\u2019est elle qui les a engendrés.» Pour bien des gens, cette sentence du juge Fabien renforce l\u2019impression que ce qu\u2019on appelle justice n\u2019est que l\u2019instrument servile de l\u2019élite politique et financière.Le député libéral Bona Arse- nault a ce commentaire surprenant : «Pour supprimer les bom - bes, supprimons les problèmes qui les provoquent.» Puis, dans l\u2019ombre, une poignée de militants déterminés, isolés mais solidaires, formule l\u2019idée de forcer la libération des prisonniers politiques québécois grâce aux prises d\u2019otages.Entre septembre 1969 et août 1970, on compte 13 cas d\u2019enlèvements de dirigeants politiques dans six pays d\u2019Amérique latine.Aux États-Unis, des banques sont la cible de plusieurs attaques à la bombe signées par l\u2019organisation Weather Underground.Au Québec, un communiqué d\u2019un nouveau réseau FLQ annonce : « Nous vengerons l\u2019emprisonnement du patriote Pierre-Paul Geoffroy.» Au cours des six premiers mois de 1970, deux complots en vue de l\u2019enlèvement de personnalités politiques échouent, le premier visant le consul d\u2019Israël à Montréal, le deuxième, le con sul des États-Unis.Six militants sont arrêtés, dont François Lanctôt.Son frère Jacques, qui est arrêté, puis libéré sous cautionnement, entre dans la clandestinité.Avec d\u2019autres membres des futures cellules Libération et Chénier, ils préparent l\u2019offensive d\u2019octobre 1970 pour libérer les 23 prisonniers politiques, ce qui constitue leur premier objectif.Après Octobre Après la crise, le terrorisme québécois est jugé inefficace ; il est condamné tant par Gagnon, qui travaille à la mise sur pied d\u2019un parti ouvrier révolutionnaire, que par Val- lières, qui rallie le PQ.On assiste à la chute honteuse du juge André Fabien.Lors de sa nomination en 1969 comme juge en chef, celui qui est connu comme «l\u2019avocat de la pègre », Me Raymond Daoust, lui rend hommage, le qualifiant de « juriste intègre et d\u2019une rare compétence».Or, en 1977, à la suite d\u2019u - ne enquête policière, ce « juriste intègre » et moralisateur est accusé d\u2019avoir reçu d\u2019im- por tants pots-de-vin et d\u2019a - voir caché des sommes appréciables sous un faux nom, ce qui l\u2019a con traint à démissionner.Le fisc lui réclame des som - mes considérables pour des revenus cachés.En 1981, il s\u2019en tire avec une simple amende de 57 000$.Quant à Pierre-Paul Geoffroy, il obtient sa libération conditionnelle en 1982, après 13 ans d\u2019incarcération, et sa vie publique prend fin.?Les textes soumis ne doivent pas dépasser les 1600 mots, ou 9000 caractères, incluant les espaces.Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël : dnoel@ledevoir.com.L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 A V R I L 2 0 1 7 B 6 LE DEVOIR D \u2019HISTOIRE Nous lançons une invitation à des collaborateurs pour cette rubrique Le Devoir d\u2019histoire, qui sera publiée une fois par mois.L\u2019exercice consiste à décr ypter un thème d\u2019actualité grâce à une comparaison avec un événement ou un personnage historique.IL Y A 50 ANS Des jugements iniques ont préparé la crise d\u2019Octobre L\u2019impact des procès de Pierre Vallières et de Charles Gagnon fut énorme chez la jeunesse contestataire ARCHIVES LE DEVOIR La tête des membres des cellules Libération et Chénier est mise à prix dans la foulée des événements d\u2019octobre 1970.Comment pouvait-on accuser un individu à 124 fois la prison à vie sans qu\u2019il y ait eu mort d\u2019homme?ARCHIVES ROBERT COMEAU À la barre d\u2019accusation, Pierre-Paul Geoffroy, lors de la comparution devant le com - missaire aux incendies, Me Cyrille Delage, en mars 1969.À l\u2019extrême droite, Me Michel Côté, directeur du contentieux de la Ville de Montréal, à l\u2019origine de l\u2019intervention énergique d\u2019Ottawa pour combattre la sédition.Un communiqué du nouveau réseau FLQ annonce: «Nous vengerons l\u2019emprisonnement du patriote Pierre-Paul Geoffroy.» ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Robert Comeau : «Pour comprendre la crise d\u2019Oc - tobre, il ne faut pas sous-estimer le rôle des pro - cès politiques des années 1960 et de la guéril la judiciaire menée pour obtenir la reconnaissance du statut de prisonnier politique.» "]
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