Le devoir, 29 avril 2017, Cahier E
[" Rain, le rose nombre d\u2019or signé De Keersmaeker Page E 3 Jodorowsky poursuit sa ?amboyante autobiographie Page E 12 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 P H I L I P P E P A P I N E A U «J\u2019 essaie d\u2019être drette, mais l\u2019équilibre c\u2019est plate », chante Daphné Brissette sur le tout nouveau disque de Canailles.Si le groupe folk-bluegrass a plus tendance à lever le coude qu\u2019à se coucher avant que commencent les nouvelles du soir, son nouvel album Backflips laisse émaner la quête d\u2019un meilleur entre-deux.Les huit membres de Canailles \u2014 dont deux nouveaux venus \u2014 mènent une vie musicale sur les chapeaux de roues depuis les débuts de la formation.Backflips est déjà leur troisième disque à être lancé, après un EP qui leur a servi de carte de visite en début de parcours en 2010.Et surtout, les musiciens ont énormément tourné, traversant le Québec de long en large, dévorant les kilomètres entassés dans un camion, martelant les scènes des salles et des bars de la province à grands coups de contrebasse, de mandoline, de caisse claire et de chant en chœur.Nécessairement, cette réalité affecte de plus en plus la vie de la bande \u2014 et indirectement le parcours personnel de chacun.Et il ne faut pas gratter beaucoup dans les textes pour trouver des questionnements ou des constats à ce sujet.Il y a l\u2019envie d\u2019aller encore plus loin, de peser sur l\u2019accélérateur, doublée d\u2019un désir paradoxal et visiblement incompatible de repos, de tranquillité.Comme dans Tête en lieu sûr : «Plonger dans les bras / du chaud, salé pis gras / ça me met la tête en lieu sûr / mais je m\u2019efface à l\u2019usure».Devant une bière et un bol de bretzels-mou- tarde forte, le mandoliniste Erik Evans et le contrebassiste Antoine Tardif ne cachent pas les difficultés de la vie un peu maniaco-dépres- sive de musicien.Tout en soulignant le plus grand optimisme qui règne sur Backflips en comparaison du précédent album, Ronds-points.« On a peut-être trouvé l\u2019équilibre entre être une gang de cabochons et être professionnels.Il y en a un qui peut aller plus loin, et l\u2019autre qui stagne», dit Evans.Quand Canailles joue les équilibristes La bande folk-bluegrass lance un troisième disque, Backflips M A R I E L A B R E C Q U E A vec ses mâles engagés dans d\u2019impitoyables rapports de force, Glen- garry Glen Ross apparaît a priori comme un univers terriblement masculin.Pourtant, Brigitte Poupart n\u2019a pas eu à modifier la partition féroce de David Mamet pour la modeler à une distribution toute féminine.Ce serait une première pour une production de cette fameuse pièce.Mais cette démarche consistant à changer de sexe un répertoire théâtral chiche en personnages féminins n\u2019est pas rare.Juste ici, c\u2019est le troisième cas en un an, après le Jules César présenté par la tournée estivale de Shakespeare-in-the Park et la production française du Dans la solitude des champs de coton de Koltès.C\u2019est une manière d\u2019of frir aux actrices des rôles qui «sortent du cliché», pense Brigitte Poupart.La metteure en scène est agacée par l\u2019étiquette péjorative souvent associée aux « shows de femmes », qu\u2019on tend à réduire au registre de l\u2019intime.«Est-ce qu\u2019on peut aller dans les personnages mythiques, plus grands que nature?Est-ce qu\u2019on peut aussi juste raconter une histoire ?Pourquoi sou- ligne-t-on systématiquement que c\u2019est un show de femmes ?Quand il y a juste des hommes sur scène, on ne dit pas : c\u2019est un show masculin.Non, c\u2019est un spectacle de théâtre, c\u2019est tout.» Glengarry Glen Ross se prêtait bien à cette féminisation parce que le monde des agents immobiliers est désormais majoritairement investi par les femmes.Mais la conversion de genres illustre surtout qu\u2019au- delà des individus, c\u2019est le système qui est en cause.«Ce que je dénonce, c\u2019est le système capitaliste dans lequel on vit.La lutte pour le pouvoir, l\u2019appât du gain : ces personnages sont coincés dans une espèce de piège à rats.Que ce soit des femmes ou des hommes, ils sont pris dans un système où ils n\u2019auront d\u2019autre choix que de tasser l\u2019autre, de mentir, d\u2019être croches.» Pour Brigitte Poupart, il ne suffit pas que les femmes reproduisent les mêmes schémas pour faire avancer les choses.« Il faut offrir une autre façon de faire, peut-être».Faute de réforme structurelle, elles se retrouvent aussi « esclaves du travail, d\u2019un système qui ne nous convient pas.Donc on finit par agir comme des hommes.Aussi longtemps qu\u2019on va être dans un système néolibéral, la place des femmes va encore être sous la domination d\u2019un pouvoir masculin.Alors est-ce qu\u2019on joue sur la séduction ou on décide d\u2019être à égalité avec les hommes, en les imitant ?Selon moi, les femmes sont emprisonnées dans ces deux rôles-là».Mais si la joute verbale de la pièce est asexuée, il en va autrement du sous-texte, croit la créatrice.«Il y a beaucoup de points de suspension, de choses qu\u2019on ne dit pas chez Mamet.Une femme, forcément, ne transporte pas le même sous-texte, et c\u2019est là que ça devient intéressant à explorer.» Ainsi, la trahison sous-entendue dans un dialogue entre collègues prendrait une autre dimension.« Chez les femmes, j\u2019ai l\u2019impression que ça ouvre des blessures importantes, parce que c\u2019est dif ficile de parvenir à obtenir ce genre de statut ou d\u2019emploi-là.La route est plus longue et on sacrifie beaucoup pour en arriver là.» PEDRO RUIZ LE DEVOIR Femmes ou hommes, «ils sont pris dans un système où ils n\u2019auront d\u2019autre choix que de tasser l\u2019autre, de mentir, d\u2019être croches», pense Brigitte Poupart.PEDRO RUIZ LE DEVOIR « On a peut-être trouvé l\u2019équilibre entre être une gang de cabochons et être professionnels», explique Evans, le mandoliniste de Canailles.VOIR PAGE E 4 : CAPITALISME VOIR PAGE E 8 : CANAILLES capitalisme n\u2019a pas de Le sexe La metteure en scène Brigitte Poupart féminise l\u2019une des pièces les plus dures du répertoire L\u2019 autre soir, je marchais en frissonnant, rue des Pins, vers le Quat\u2019Sous \u2014 c\u2019était avant l\u2019avènement inopiné de l\u2019été \u2014 pour voir la pièce déambulatoire Parfois, la nuit, je ris tout seul de Michel- Maxime Legault et Marcel Po- merlo.Le tandem de metteurs en scène et d\u2019acteurs jouait avec les mots de l \u2019écrivain français Jean-Paul Dubois, tirés de trois ou quatre de ses récits.Ce spectacle-là, produit par le Théâtre de la Marée Haute, né à Québec, venait, au sens propre, cogner à la porte du Quat\u2019Sous.Du hall d\u2019entrée, on voyait les deux gars avec bagages, perr uques et manteaux de fourrure élimés s\u2019agiter dehors avant de s\u2019engouf frer parmi nous, en s\u2019effeuillant de plusieurs pelures.Ces baladins tombés là apparemment comme des cheveux sur la soupe n\u2019attendaient pas Godot mais rigolaient, déchiffrant le programme pour se mettre en train.Il n\u2019y a pas d\u2019histoire, nous a-t-on prévenus.Plutôt une invitation au voyage.À cause du blues de fin de saison flottant sur l \u2019assistance, ce texte-là semblait faire écho à la mélancolie du public, qui s\u2019appropriait le spleen des textes de Dubois, ses questionnements existentiels, ses embardées tragiques ou angoissées.Souvent les gens vont au théâtre pour rire (d\u2019ailleurs, ils rient hors propos à tout bout de champ), mais pas au Quat \u2019Sous et pas pour ce spectacle-là, encore en selle jusqu\u2019au 4 mai.Ça ne le rendait pas moins séduisant.Les deux interprètes, déguisés ou pas, venaient livrer les confidences d\u2019un personnage ou d\u2019un autre, croqués en quelques scènes.On suivait un guide au long des étages du théâtre en grimpant les escaliers, croisant des lampes insolites posées sur les paliers, pour atterrir devant des plateaux successifs où d\u2019autres textes, d\u2019autres fragments d\u2019existence s\u2019animaient.C\u2019était mystérieux et touchant, avec des réflexions semées sur la mort, la solitude, l\u2019absurdité de la vie, les désirs fous, la marginalité.Tout ça entre deux pas de tango, trois doigts de poésie, la chanson de Cohen Dance Me to the End of Love, l\u2019ombre invisible d\u2019une corde de pendu et des avions à prendre avec une vague envie d\u2019y rester.Le spectateur n\u2019était même pas invité à tout comprendre, mais à changer de lieu en mêlant ses méditations à celles des clowns philosophes, pour enfourcher les détresses de notre époque où quelque chose d\u2019essentiel s\u2019est perdu.Un vrai moment de théâtre, de jeu et de réflexions collectives nous était offert par ces deux ar tistes, maîtres d\u2019une cérémonie intimiste où le spectateur se sentait privilégié d\u2019avoir été convié.Avec des bouts de tissu Souvent, quand je me promène hors des grandes institutions, et sans enlever leur mérite aux temples culturels consacrés, je sens mieux vibrer l\u2019esprit créatif du Québec avec sa faculté de créer la magie en saltimbanque à l\u2019aide de quelques bouts de tissu, de trois perruques, de beaucoup d\u2019imagination et de savoir-faire, comme le Cirque du Soleil à ses débuts.La culture du divertissement a pris tellement de place dans nos sociétés que le public voit les artistes en privilégiés sur tapis rouge, sans déceler à quel point leurs œuvres touchent d\u2019abord les esprits au coin d\u2019une rue, sur des scènes en accordéon, dans une galerie de quartier, ou devant quelques planches sur lesquelles des musiciens de la frange trouvent leur harmonie.La plupar t des ar tistes ne moissonnent pas la large audience ni ne roulent sur l\u2019or.Mais c\u2019est par eux que l\u2019éveil culturel se joue souvent, aussi l\u2019expérimentation, les audaces, ce quelque chose de précieux et de fragile qui passe la rampe et donne le frisson, comme devant Parfois la nuit, je ris tout seul en cette soirée frisquette.Dans le bas de laine Au Quat\u2019Sous traînait une affiche de la manifestation de lundi à Montréal, avec sur son carton les deux têtes rouges qui font la baboune sous le slogan « État d\u2019urgence ».Quelques centaines de personnes issues du milieu des ar ts s\u2019étaient rassemblées lundi à la place d\u2019Armes pour demander de réinjecter des sous dans le bas de laine du CALQ (le Conseil des arts et des lettres du Québec), qui subventionne les projets d\u2019ar tistes et d\u2019écrivains.La vie et la mor t des œuvres en gestation passe beaucoup par cet organisme, au budget gelé dur depuis cinq ans.Alors mercredi, quand l\u2019Assemblée nationale, tous part is confondus, s \u2019est levée pour réclamer en écho au ministre de la Culture Luc Fortin d\u2019octroyer à ce CALQ-là des sommes supplémentaires cette année, on a trouvé que c\u2019était bon signe.Signe que des considérations supérieures prennent de temps en temps le relais des querelles par tisanes et des crocs en jambes politiques pour le bien commun.Loin du fantasme qui fait rimer glamour des vedettes et création, une œuvre (d\u2019envergure ou pas) naît dans l\u2019ombre, à travers des essais et erreurs.Elle tâtonne avant de se trouver, gâche du plâtre.Non, les subventions aux créateurs et aux organismes qui les abritent ne sont pas de trop.La télé, en invitant souvent les mêmes têtes d\u2019affiche bien cotées, égare les esprits.Ceux qui traitent ensuite les artistes d\u2019assistés sociaux de luxe ne comprennent ni la précarité de leur condition \u2014 entre 24 000 $ et 27 000 $ de revenu annuel en moyenne ici \u2014 ni l\u2019importance de leur rôle, en particulier dans ce monde en quête de repères.Quand il ne jongle pas avec les nouvelles technologies, l\u2019ar t invite à débrancher ses écouteurs, à éteindre son ordi pour participer à une réalité collective.Expérience désormais quasi révolutionnaire, survolant l\u2019air du temps, donc sans prix.Bien sûr, on souhaite qu\u2019au- delà des considérations financières, les artistes prennent la rue pour inviter les gouvernements et la population à accorder plus d\u2019importance à une culture qui menace de réduire ses disciplines sous le vent de la mondialisation.Des combats plus vastes sont à mener.Reste qu\u2019en af famant les artistes, on endigue vraiment la sève d\u2019une société.CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 2 avec marc beaupré henri chassé bénédicte décary david savard philippe thibault-denis catherine trudeau forfait famille disponible ! à l\u2019affiche ! tnm.qc.ca Fournir de l\u2019ombre aux œuvres ODILE TREMBLAY PHOTOS CATH LANGLOIS ET PEDRO RUIZ Une scène de Parfois, la nuit, je ris tout seul de Michel-Maxime Legault et Marcel Pomerlo.À droite : ils étaient quelques centaines lundi à manifester à la place d\u2019Armes.Reste qu\u2019en affamant les artistes, on endigue vraiment la sève d\u2019une société CULTURE > ARTS VIVANTS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 3 Le festival s\u2019échauffe du 25 mai au 8 juin 2017 Forfaits et billets en vente Réservez maintenant! 514 844 3822 1 866 984 3822 fta.ca 100 % Montréal Rimini Protokoll Berlin Exhibition - L\u2019exhibition Benoît Gob + Francis La Haye + Emmanuel Schwartz Bruxelles + Montréal Un vernissage où les toiles en cachent peut-être d\u2019autres.Qui sont vraiment les Montréalais ?La réponse sur scène avec 100 citoyens P R O GRAMMATI O N OFFICIELLE La posibilidad que desaparece frente al paisaje (La possibilité qui disparaît face au paysage) El Conde de Torre?el Barcelone Une visite théâtrale comme une expo d\u2019art contemporain Some Hope for the Bastards Frédérick Gravel bang bang Manuel Roque Lifeguard Benoît Lachambre « Lachambre ne cesse d\u2019interroger et de surprendre.» Les Inrocks Conférence de choses François Gremaud + Pierre Mifsud Lausanne « Cinquante-trois minutes trente-trois de bonheur » Le Monde Un concert chorégraphique à l\u2019énergie franchement corrosive « Roque, tout simplement exceptionnel » La Presse Création 2017 Création 2017 Création 2017 Création 2017 C A T H E R I N E L A L O N D E L a critique danse du Devoir s\u2019insurgeait déjà, en 1994, du fait que Montréal ne recevait pas « l\u2019une des plus virtuoses figures de la nouvelle danse : Anne Teresa De Keersmaeker».C\u2019était bien, bien avant que la chorégraphe passe au Festival TransAmé- riques avec Cesena et En attendant (2012), bien, bien avant qu\u2019on lui attribue le Grand Prix de la danse de Montréal pour ces œuvres.Et même fort avant Rain (2001), à travers laquelle la chorégraphe affinera, en un bond spectaculaire, ses outils de composition sur une pièce qui lui gagnera la considération critique et publique.Quinze ans plus tard, cette pièce, dansée à nouveau par dix jeunes in terprè tes , passe pour la première fois par Montréal.Rain est la petite sœur cho - ré gra phique de D r u m m i n g (1998), composée aussi sur une musique de Steve Reich, un musicien qui a grandement accompagné tout le premier pan du parcours de la chorégraphe.Une chorégraphe d\u2019une musicalité extrême, qui ancre ses danses à même les partitions, qu\u2019elles soient de Beethoven, Bartok, Bach ou des musiciens de l\u2019ars subtilior du XIVe siècle.Qu\u2019est- ce qui fait que son cœur de chorégraphe s \u2019ar rête sur une œuvre musicale ?« Mon cœur ?Il n\u2019y a pas vraiment \u201cmon cœur\u201d qui s\u2019arrête sur une musique, répond au téléphone Mme De Keersmaeker, avec son exigence, sa froideur contagieuse, sa rigueur et son intel l igence habi - tuelles.Il y a cer taines musiques qui invitent à la danse.Vous savez que je suis une formaliste.Donc j\u2019aime bien les grandes constructions, je suis obsédée par le contrepoint, et c\u2019est là que j\u2019apprends comment organiser les mouvements dans le temps et dans l\u2019espace.Je suis plus intéressée par la forme que par les notions directes qui s\u2019en dégagent.Disons plutôt que je suis plus intéressée par l\u2019émotion qui se dégage par la forme.Et par la forme de l\u2019émotion.» Rain se déploie sur Music for 18 Musicians, où le souffle des clarinettistes, leur cycle de respiration, est le point de départ de la composition des par titions de cordes.Ef fets de vague, de respiration, de flux.« Dans le XXe siècle, rappelle Mme De Keersmaeker, le rappor t entre la danse et la musique qui existait depuis toujours a été profondément chamboulé par cet ef fort de la musique contemporaine à abolir la pulsation \u2014 pulsation qui est dans toutes les cultures l\u2019élément récurrent du rapport danse-musique, qui pose ce cadre et organise le temps d\u2019une façon que je dirais naturelle, presque même instinctive.» Dans la musique contemporaine, après la Seconde Guerre mondiale, cette pulsation régulière a été un moment violemment rejeté, ce qui fut un problème pour la danse, poursuit- elle.«Après le sérialisme hérité de Schönberg et développé par Boulez, il y a eu dif férentes réactions dans les années 1960.Jusqu\u2019à l\u2019arrivée du minima- lisme, dont Steve Reich a été un des principaux compositeurs, de ceux qui ont été voir non seulement dans la musique populaire et jazz, mais aussi dans la musique orientale \u2014 africaine ou balinaise \u2014, où la pulsation est extrêmement présente.Steve Reich est retourné à cette base : cette pulsation de la répétition extrême qui crée un flux sonore où le temps devient pour ainsi dire palpable, avec un raf finement dans l\u2019invention intellectuelle.Pour moi, c\u2019est une musique qui se dévoile en même temps comme une mécanique et comme une invitation directe à la danse, grâce à cette attention portée au flux.» Dansantes géométries Cette marée de sons et de gestes, « cette folie du mouvement », provoquée par un engrenage chorégraphique qui ne se repose jamais \u2014 avec passage forcé par l\u2019épuisement \u2014, émerge de simples et longues phrases dansées, et répétées, répétées.« Contrairement à Dr um- ming, où il y a une phrase de base qui s\u2019ancre dans une spirale et où tous les mouvements sont principalement sur la verticale de la colonne ver tébrale, dans Rain il y a deux phrases \u2014 une phrase plutôt féminine et une phrase masculine, analyse la créatrice.Cette phrase féminine est sur tout ver t icale.La phrase masculine, qui a été construite par un des danseurs, Jakub Truszkowski, et implique tout un travail de rising and failling, un matériel au sol avec des chutes, des relevés, tout ça, très opposée à la phrase féminine, qui elle est majoritairement debout, en complémentarité.» Déploiement, juxtaposition, superposition, contrepoint (bien sûr !), reprises en miroir, dif fractions des axes \u2014 dont les principaux sont marqués au sol \u2014 et des symétries sont des géométries mises en jeu.Et un coup d\u2019œil aux notes de travail de De Keersmaeker, commentées par la théoricienne Bojana Cvejic (Fonds Mercator Éditeur), montre, dessins à l\u2019appui, la pensée de mathématicienne dansante de la chorégraphe.Une chorégraphe qui a poussé le jeu jusqu\u2019à traduire le nombre d\u2019or, cette proportion mathématique souvent utilisée en arts visuels et en architecture (Dali, Le Corbusier), à sa chorégraphie: dans «l\u2019organisation du temps», suivant la structure musicale, additionnant du début jusqu\u2019à sa «section d\u2019or», d\u2019où la chorégraphie s\u2019inverse alors et rétrograde.« C\u2019est une construction en miroir, précise la chorégraphe.Il y a ce mouvement de basculement autour de la section d\u2019or.» Les variations de couleurs, qui évoluent du chair au magenta avant de s\u2019estomper vers des automnaux argent, beige ou blanc, contribuent aussi à l\u2019effet de spirale qui se retourne sur elle-même.Perdurer Ils sont rares, les chorégraphes contemporains qui peuvent voir leur réper toire vivre et revivre, leurs anciennes chorégraphies se réactualiser.À l\u2019occasion de cette reprise de Rain, qu\u2019apprend Anne Teresa De Keers- maeker ?« Je crois que ça pose surtout une question par rap- por t à l\u2019écriture.Dans quelle mesure une écriture est-elle souveraine ?Malgré les changements de cadre, malgré le temps qui passe sur cet art qui ne laisse ni d\u2019objets ni de traces, y a-t-il une écriture qui subsiste malgré les dif férentes générations de danseurs, malgré les dif férentes générations de public qui la découvrent ou la redécouvrent ?» Le spectacle vivant est défini par sa nature même, rappelle l\u2019ar tiste, qui exige que l\u2019on partage un espace et un temps, « et à l\u2019intérieur de ça, dans un minimalisme extrême, c\u2019est exclusivement le corps qui donne chair [embodied] à l\u2019écriture, poursuit Mm e De Keersmaeker.C\u2019est un peu ce champ de questionnement, de tensions qui dit combien une écriture en danse existe en soi.Est-ce qu\u2019elle perdurera ?Est- ce que les danseurs qui étaient là à la création sont essentiels ?Est-ce que la danse peut être transmise à de nouvelles générations ?» Au public, ici, maintenant et aujourd\u2019hui, de répondre.Le Devoir Rain, le rose nombre d\u2019or signé De Keersmaeker La pièce phare de la chorégraphe belge arrive à Montréal, quinze ans après sa création ANNE TERESA DE KEERSMAEKER «Dans Rain, il y a deux phrases \u2014 une phrase plutôt féminine et une phrase masculine», analyse sa créatrice.«Les manifestations du plaisir de danser n\u2019ont rien à faire ici avec l\u2019ordinaire clin d\u2019œil narcissique du virtuose ; il s\u2019agit plutôt de stimuler l\u2019esprit d\u2019un certain régime du collectif, comme le font du reste les musiciens de Steve Reich, se connectant les uns aux autres pour gérer les processus, en varier le flux et les durées \u2014 et ce régime est désigné par De Keersmaeker comme un \u201cdéconditionnement\u201d.Debout ou assis sur la bordure externe du territoire de jeu, les danseurs sont susceptibles d\u2019y replonger à tout moment, ce qui encourage le public à ne jamais relâcher son attention : tous sont témoins, tous sont responsables de la production désirante de cette machine à danser.» La théoricienne, musicologue et philosophe Bojana Cvejic, sur Rain dans D\u2019un doux et ardent désir de danser Du désir de danser Anne Teresa De Keersmaeker CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 4 M A R I E L A B R E C Q U E «C\u2019 est un ovni », reconnaît Jean-Philippe Baril Guérard.Sa nouvelle création, une fable d\u2019anticipation, ne nous transporte pas seulement 150 ans dans le futur, elle paraît aussi bien éloignée, par son style, des prises de parole rentre-dedans qu\u2019avait signées précédemment l\u2019auteur de Tranche-cul.Son thème n\u2019a toutefois rien de neuf pour celui-ci, fasciné par le transhu- manisme depuis qu\u2019il a lu, à 11 ans (!), La singularité est proche du futuriste américain Ray Kurzweil.Le transhumanisme?«L\u2019amélioration de la condition ou de l\u2019espérance de vie des humains grâce à la technologie, définit le dramaturge de 28 ans.En ce moment, à Silicon Valley, plusieurs réfléchissent à ça.Ce sont des gens qui viennent du milieu de la technologie, donc qui voient le corps comme du hardware.Ce qui crée parfois un manque de considérations pour les questions éthiques.» Narcissique ou pas, ce fantasme d\u2019immortalité caressé par cer tains bonzes de ce riche monde, s\u2019il devenait possible, ne serait vraisemblablement pas accessible à tous.Ray Kurzwei l , lu i , croi t qu\u2019un jour un ordinateur deviendra suf fisamment puissant pour qu\u2019on puisse y transférer une conscience humaine \u2014 ce qui préluderait à une profonde transformation de l\u2019homme.« Selon lui, ça devrait pouvoir arriver autour de 2045.Cela m\u2019apparaît demain matin ! Actuellement, les avancées sont surtout du côté médical : il y a des gens qui réussissent à allonger leur espérance de vie en ingérant moins de calories.Mais on est vraiment loin de la coupe aux lèvres en matière de reproduction de l\u2019intelligence humaine.» À par tir des règles contenues dans son essai, Jean- Philippe Baril Guérard a imaginé un monde où les individus ont la possibilité de vivre pour toujours, simplement en car tographiant leurs souvenirs et en les copiant dans un corps nouveau \u2014 et amélioré.Ils deviennent ainsi « synthétiques » et stériles.Le créateur s\u2019intéresse sur tout aux questions philosophiques engendrées par cette situation.« Envisager de passer du corps à un autre suppor t implique un grand questionnement sur comment on se définit comme être humain.» Vivre sans la mort?L\u2019immortalité bousculerait aussi notre rappor t au temps.Et peut-être à la vie même.Ne dit -on pas que c\u2019est la finitude qui donne du sens à l\u2019existence ?« Est-ce que la mor t fait de nous des êtres humains ?se demande l\u2019auteur.Kurzweil dit que la majorité des actions qu\u2019on pose dans une journée sont reliées à nos réflexes de survie.Alors, sans cet enjeu, est-ce qu\u2019on va avoir encore le goût de vivre ?J \u2019ai l \u2019 impression que l\u2019être humain existe intrinsèquement dans l\u2019adversité.La condition humaine dépend d\u2019un combat contre la nature, contre le peu de temps dont on dispose.» Notre identité est également constituée par la somme de nos souvenirs.« Et ceux-ci sont en constant mouvement.On évolue comme individu notamment parce qu\u2019on accumule des souvenirs, mais aussi parce qu\u2019on en perd.Mais dans un transfer t informatique d\u2019une car te mémoire à une autre, on obtient une copie identique.Est-ce que ça permet de bien traduire l\u2019expérience humaine ?L\u2019imprécision du souvenir, pour moi, en fait partie.» Tout comme la nature douloureuse de cer taines réminiscences.La construction de la pièce, qui se déroule entièrement dans la tête de la protagoniste durant la duplication de mémoire, s\u2019inspire d\u2019Eternal Sunshine of the Spotless Mind .Comme dans le film de Michel Gondry, la tentation d\u2019ef facer les épisodes malheureux est forte.« Est-ce qu\u2019on peut conserver notre humanité en nettoyant entièrement notre mémoire ?Ça nous ramène à l\u2019eugénisme.» Une facture organique Il est rare que le théâtre québécois s\u2019aventure dans l\u2019univers, trop souvent considéré comme un sous-genre, de la science-fiction (bien que les récents 1984 et Far Away relevaient de l\u2019anticipation).Le dramaturge a découver t combien il était difficile, dans une pièce, de donner les clés d\u2019un monde imaginaire au spectateur, d\u2019en exposer les règles sans tomber dans la surexplication.Sur le plan esthétique, La singularité est proche ne ressemblera en rien à ce qu\u2019on s\u2019attend de la science-fiction.Pas de voix de synthèse, pas de machine.D\u2019un ton « un peu contemplatif », son récit se concentre sur les conséquences profondément humaines et émotionnelles qu\u2019entraîne l\u2019immortalité.Jean-Philippe Baril Guérard n\u2019en a pas fini avec la science et les univers parallèles.Il œuvre aussi à une uchronie sur Charles Darwin.Un « présent alternatif » où celui-ci publierait son texte révolutionnaire sur l \u2019origine des espèces.« La pièce pose une question : est-on aussi réceptif aux nouvelles idées qu\u2019on le croit aujourd\u2019hui ?Ma réponse est non, clairement\u2026 » Collaboratrice Le Devoir LA SINGULARITÉ EST PROCHE Texte et mise en scène de Jean- Philippe Baril Guérard.Une production du Théâtre En Petites Coupures.À l\u2019Espace libre, du 5 au 20 mai.Quand la machine permet de vivre éternellement Jean-Philippe Baril Guérard crée un futur où l\u2019immortalité soulève des questions philosophiques PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean-Philippe Baril Guérard a imaginé un monde où les gens ont la possibilité de vivre pour toujours en cartographiant leurs souvenirs.On évolue comme individu parce qu\u2019on accumule des souvenirs, mais aussi parce qu\u2019on en perd Jean-Philippe Baril Guérard « » Si le spectacle ne comporte pas de victimisation, il peut être « très émouvant ».La metteure en scène veut mettre en lumière le courage de ces personnages qui se débattent pour conserver leur job.Et donc pour leur survie.«En fait, c\u2019est une tragédie.La pièce est d\u2019une cruauté pas possible.J\u2019aime aussi son aspect intergénération- nel.Ça ne veut pas dire la même chose de perdre son emploi à 60 ans.» Heureux délais Brigitte Poupart a dû se battre pour produire ce projet, qu\u2019elle porte depuis quatre ans, avec sa compagnie Transthéâtre.Elle a eu du mal à trouver un lieu de diffusion.« Les théâtres sont très frileux à Montréal, il ne faut pas avoir peur de le dire.» Elle était sur le point d\u2019abandonner quand l\u2019Usine C lui a offert dix soirs.Un mal pour un bien, au bout du compte.« C\u2019est fascinant, le timing.On croit passer à côté parce qu\u2019un projet prend trop de temps à aboutir.Mais finalement, avec tout ce qui se passe, l\u2019élection de Trump, la montée de la droite, la pièce a encore plus de résonances maintenant.» La metteure en scène pose cette œuvre créée en 1984 dans un environnement « intemporel, symbolique », avec un minimum d\u2019accessoires.« Le texte est tellement fort qu\u2019on n\u2019a besoin de rien.» Avec cette production en format panoramique, elle lance aussi de nombreux clins d\u2019œil à l\u2019adaptation cinématographique.« Il y a une conception sonore impor tante, comme dans un film.Tout ce qu\u2019on ne voit pas, on le suggère par le son.» Elle a choisi ses comédiennes, « si bonnes », en fonction d\u2019af finités avec leur personnage : Louise Bombardier, Isabelle Miquelon, Guiller- mina Kerwin, Marilyn Castonguay, Léa Simard, Geneviève Laroche\u2026 et Micheline Lanctôt, pas vue sur scène depuis 24 ans.«C\u2019est un très beau cadeau qu\u2019elle m\u2019of fre.On se ressemble sur certains points.On est des fonceuses, avec des carrières polymorphes.» Celle, multidisciplinaire, de Brigitte Poupart suit pourtant un fil conducteur.Depuis sa co- création W.C.en 1999, jusqu\u2019au percutant Table rase qu\u2019elle dirigeait récemment, son parcours théâtral est peuplé d\u2019univers féminins.« C\u2019est une préoccupation constante parce que lorsque je suis sortie du Conservatoire, je trouvais qu\u2019il n\u2019y avait pas de rôles pour les actrices.Et il n\u2019y avait presque pas de metteures en scène.Alors il fallait faire notre place.» Pour tant, des idées, pour des rôles de femmes, la créatrice dit en avoir beaucoup.«Elles m\u2019inspirent parce que les femmes sont des êtres complexes, qu\u2019on a peu fouillés.En médecine, ça a pris des siècles avant qu\u2019on étudie le corps féminin.Et, d\u2019après moi, c\u2019est la même chose, pour ce qui est de la psyché, au théâtre.On n\u2019a pas exploré les personnages féminins.» Collaboratrice Le Devoir GLENGARRY GLEN ROSS Texte de David Mamet.Mise en scène de Brigitte Poupart.Traduction d\u2019Enrica Boucher.Une production de Transthéâtre du 3 au 13 mai, à l\u2019Usine C.SUITE DE LA PAGE E 1 CAPITALISME NOUVEAU MONDE VOL.LXVI NO 1 MONTRÉAL SAISON 17-18 THÉÂTRE DU abonnez-vous à la saison 17-18 tnm.qc.ca C\u2019est fascinant, le timing.On croit passer à côté parce qu\u2019un projet prend trop de temps à aboutir.Mais finalement, avec tout ce qui se passe, l\u2019élection de Trump, la montée de la droite, la pièce a encore plus de résonances maintenant.Brigitte Poupart « » CULTURE > ARTS VIVANTS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 5 C A T H E R I N E L A L O N D E V oilà une bonne nouvelle en cette Journée internationale de la danse.Selon la « répartition des lésions professionnelles inscrites et acceptées de 2010 à 2015» par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), obtenue par Le Devoir, les danseurs québécois se blesseraient beaucoup, beaucoup moins aujourd\u2019hui qu\u2019il y a sept ans.Le nombre de réclamations annuelles, qui était de 135 en 2010, est en décroissance constante depuis, pour atteindre 40 en 2015 \u2014 plus de trois fois moins.Un symptôme d\u2019une meilleure santé?Il faut aborder ces chif fres avec pr udence, rappelle la professeure et chercheuse à l \u2019UQAM Sylvie For tin, car tous les danseurs ne peuvent réclamer en cas de blessures : seulement ceux qui travaillent pour des produc- teurs-chorégraphes qui cotisent auprès de la CNESST, et seulement si les blessures sur viennent en période de travail.Mais un tour de terrain laisse entendre que ces chiffres sont représentatifs.Aux Grands Ballets canadiens de Montréal, le nombre de danseurs en arrêt de travail complet pour cause de blessures a diminué de moitié en trois ans, avec des ar rêts jusqu\u2019à moitié moins longs, selon le responsable des ressources humaines Vincent Mazrou.Au Regroupement québécois de la danse, on note que les demandes pour le Programme de soutien à l\u2019entraînement des interprètes en danse, qui permet depuis 2006 aux membres d\u2019être protégés en cas de blessures lors d\u2019un entraînement supervisé même si le danseur n\u2019a pas signé de contrat, ont également subi une baisse dramatique.« Ça me fait profondément plaisir d\u2019entendre cette nouvelle, s\u2019émouvait Sylvie Fortin, qui a dirigé l\u2019essai Danse et santé.Du corps intime au corps social (PUL, 2008).Je trouvais tellement que la situation en danse ne changeait pas vite que j\u2019ai un peu délaissé la santé des professionnelles.» Parmi ses hypothèses pour expliquer cette baisse des blessures, Mme Fortin nomme l\u2019accès à l\u2019information, la valorisation de la prévention, la multiplication de thérapeutes issus de la danse, et une meilleure formation.«Les Grands Chantiers de la danse [commencés en 2007] ont conscientisé plusieurs jeunes danseurs.Plusieurs projets alors ont misé sur la communication entre danseurs et chorégraphes : la syndicalisation par l\u2019Union des artistes des danseurs, l\u2019ex-blogue Le danseur ne pèse pas lourd dans la balance de Catherine Viau, mon livre\u2026 J\u2019ose espérer que ce qu\u2019on voit là en est les fruits.» Toutes médecines unies De meilleurs thérapeutes œuvrent maintenant en prévention, estime la spécialiste \u2014 de nombreux danseurs sont devenus ostéopathes au fil des dernières décennies.Et la formation s\u2019est ouver te, même dans des institutions très traditionnelles, aux pratiques somatiques, alternatives et complémentaires, qui, selon Mme Fortin, contribuent indéniablement à la santé du danseur, peu importe que le Collège des médecins leur apporte ou non son aval.« Une de mes conclusions de recherche en 2008, rappelle Sylvie Fortin, c\u2019est qu\u2019un déterminant négatif de la santé du danseur, c\u2019est le silence.Je vois de plus en plus une prise de parole chez les danseurs, à plusieurs niveaux, et pas juste en santé.Je suis convaincue qu\u2019elle touche la pratique » pour le mieux, estime la chercheuse.Savoir s\u2019arrêter Pour Hélène Leclair, directrice des ser vices aux étudiants et aux diplômés à l\u2019École de danse contemporaine, les apprentis danseurs d\u2019aujourd\u2019hui seraient effectivement mieux préparés à gérer leur santé.« Ça fait 15 ans qu\u2019on travaille là-dessus ! » s\u2019exclame-t-elle.L\u2019École a ajouté au fil du temps des cours d\u2019anatomie, des conférences sur la gestion du stress, sur la nutrition et la gestion de blessures.Et un service de référence- ment médical.Et un accompagnement des blessures, des consultations de spécialistes sur place à prix modiques.Et de l\u2019entraînement connexe \u2014 yoga, Pilates, cardio-vasculaire, Body-Mind Centering, Feldenkrais, Continuum, etc.« Notre objectif, c\u2019est que le jeune soit capable de reconnaître la gravité de son état, de détecter une blessure qui a le potentiel de devenir chronique, et d\u2019entreprendre des actions en conséquence ; qu\u2019il sache communiquer clairement sa situation, à l\u2019école ou au chorégraphe.On agit beaucoup plus en prévention qu\u2019en réaction à une blessure.Ça fait une dif fé- rence», poursuit Mme Leclair.À l\u2019École, le nombre de blessures reste pour tant stable ; une situation logique si on sait qu\u2019en formation, un corps, par les changements multiples qu\u2019il subit, est plus fragile.L\u2019impunité des chorégraphes Reste qu\u2019il existe encore des chorégraphes « serial bles- seurs ».Le travail d\u2019un tel est un terreau pour faire éclater les genoux, et le mot peut même courir de bouche à oreille.L\u2019œuvre d\u2019une autre est propice à créer des «coups du lapin ».Et on peut encore entendre un créateur chercher un danseur « avec de très bons genoux », par exemple, ce qui n\u2019est pas loin, dans la formulation même, d\u2019être un avertissement de dangerosité.«Dans une de mes recherches, j\u2019ai interviewé une quinzaine de chorégraphes, rappelle Sylvie Fortin.Tous me parlaient de chorégraphes assez dangereux pour les corps des danseurs pour qu\u2019on les mette sur une liste noire\u2026 sans jamais qu\u2019aucun ne s\u2019y mette lui-même.» Les chorégraphes ont-ils un examen de conscience à faire ?« C\u2019est vrai que certains chorégraphes apprennent à travailler tout en créant, rappelle Hélène Leclair, et que d\u2019autres sont extrêmement exigeants.Mais les jeunes danseurs doivent apprendre à se demander si ça vaut la peine de mettre toute une carrière en danger pour un seul spectacle.» Mais est-ce qu\u2019un danseur pigiste peut les reconnaître, et avec ses revenus moyens tirés de la danse de 13 900$ (2009), se permettre de ne pas danser pour eux s\u2019il en a la possibilité ?Le Devoir JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA DANSE Le corps dansant se porte mieux Plus en contrôle, mieux entouré, le danseur se blesse beaucoup moins que par le passé La préparation physique, précise et propre au travail chorégraphique à venir, peut être une clé contre les blessures, croit la directrice des services aux étudiants de l\u2019École de danse contemporaine, Hélène Leclair.« Il faut bien connaître son corps pour approcher le travail avec une intelligence physique.La virtuosité est variée dans le monde contemporain.Les exigences le sont aussi, comme le pourcentage de dangerosité.Reconnaître les particularités d\u2019un travail aide grandement.Si je veux travailler pour Marie Chouinard, bien je me prépare à lever les pattes, à faire de grandes ondulations de la colonne et à intégrer mon souffle et ma respiration.Et je vais m\u2019informer sur sa manière de travailler \u2014 deux ou huit heures par jour?\u2014 et m\u2019entraîner en conséquence.» Travailler consciencieusement, pense Hélène Leclair, conserver une qualité d\u2019attention et de concentration tout au long de la répétition \u2014 ce qui veut dire aussi savoir demander des pauses \u2014 sont d\u2019autres facteurs anti-blessures.« Et s\u2019entraîner, s\u2019entraîner ! Pas juste en entraînements connexes, mais en danse ! Tu veux être un bon danseur, il faut danser ! Le connexe \u2014 yoga, gymnase, Pilates, Gyroto- nic, etc.\u2014 c\u2019est fantastique, mais comme danseur, il faut garder les connexions fines, et ce n\u2019est pas facile en arrivant sur le marché du travail.La première chose qu\u2019on laisse aller dans un horaire chargé avec une job alimentaire, c\u2019est la classe de danse.Et la finesse, la belle sophistication se perdent.Je parle d\u2019interprétation aussi, la sensibilité n\u2019est pas seulement physique.» Bien sûr.Mais cette immersion constante dans la danse et la préparation spécifique en amont d\u2019un travail, idéales, accessibles aux membres d\u2019une compagnie (il n\u2019en reste cinq ou six au Québec qui embauchent des salariés) et aux étudiants, sont-elles envisageables pour le danseur pigiste (59 % des danseurs en 2012) ?Silence au bout du fil.«Non.C\u2019est vrai.C\u2019est impossible à soutenir.Il faudrait une volonté politique.Des subventions et des rémunérations plus élevées.Si on veut avoir des danseurs flamboyants, peu importe l\u2019esthétique, qui brillent par tout sur la planète, il faut sortir de l\u2019argent », estime Hélène Leclair.Et penser à les payer pour qu\u2019ils s\u2019entraînent, afin qu\u2019ils restent à la fine pointe de leur sensibilité et de leurs possibilités physiques.Du politique pour contrer les blessures ?Selon la CNESST, voici la fluctuation du nombre total de lésions professionnelles acceptées pour les danseurs et chorégraphes, par année, de 2010 à 2015.2010 135 2011 110 2012 105 2013 93 2014 77 2015 40 La grande majorité des blessures se retrouve dans la catégorie «Blessures traumatiques muscles, tendons, etc.».Les blessures chez les danseurs et chorégraphes québécois ARCHIVES PEDRO RUIZ LE DEVOIR Répétition pour La jeune fille et la Mort aux Grands Ballets canadiens, où le nombre de danseurs en arrêt de travail pour cause de blessures a diminué de moitié en trois ans.PEDRO RUIZ LE DEVOIR C H R I S T O P H E H U S S C\u2019est dans la semaine qui vient que démarrera Piano 2017, l\u2019édition annuelle du Concours musical international de Montréal.Ayant suscité un nombre record de plus de 300 candidatures, elle se tiendra du 2 au 12 mai à la salle Bourgie et à la Maison symphonique.Il y a quelques jours, les organisateurs du Concours musical international de Montréal (CMIM) ont eu la reconnaissance de leur travail de la part des élus du comité exécutif de la Ville de Montréal.Ces derniers ont autorisé, le 13 avril, lors de leur séance hebdomadaire, un soutien financier de 350 000 $ jusqu\u2019en 2020.Le montant couvre une somme dédiée à l\u2019accueil du congrès de la Fédération mondiale des concours internationaux de musique, qui se déroulera en parallèle des finales de Piano 2017 et, surtout, une dotation de 100 000 $ consolidant la tenue des éditions futures.C\u2019est justice pour une manifestation ambassadrice de la ville de Montréal et du Québec.Measha Bruegergosman, Joseph Kaiser, David Fray, Yossif Ivanov, Beatrice Rana, Benjamin Beilman, Nareh Arghama- nyan, Charles Richard-Hame- lin, la soprano Hyesang Park ou le ténor Keon-woo Kim : tous ont été révélés à Montréal et en sont conscients, tous sont au début d\u2019une très belle carrière, tous sont les porte-parole indéfiniment reconnaissants de l\u2019accueil québécois.Un positionnement intéressant C\u2019est presque par hasard, lors des premières éditions du CMIM, que s\u2019est dessinée, notamment avec le violoniste Yossif Ivanov \u2014 lauréat ici à 16 ans en 2003, avant de glaner la 2e place au concours Reine Élisabeth de Bruxelles en 2005 \u2014, une sor te de positionnement du CMIM sur l\u2019échiquier des concours internationaux comme l\u2019endroit où de jeunes surdoués viendraient éclore avant de confirmer leur place dans un des « Top 5 » des concours du monde.Le schéma a été reconduit avec Charles Richard-Hame- lin, bien sûr, 2e de Piano 2014 et 2e du Concours Chopin en 2015, avec Beatrice Rana, lauréate de Piano 2011 et 2e au Concours Van Cliburn 2013, et enfin avec le ténor Keon-woo Kim, qui a remporté Operalia 2015 (le fameux concours organisé par Plácido Domingo) deux mois après le CMIM.L\u2019administration municipale a eu bien raison d\u2019écrire dans son communiqué : «La réputation du Concours musical international de Montréal dépasse largement nos frontières et contribue à la réputation enviable de Montréal, métropole culturelle.» À entendre l\u2019émouvant témoignage de la Coréenne Hyesang Park lors de son récent récital à la salle Bourgie, ce ne sont pas de vains mots.L\u2019édition 2017 du CMIM réunira 24 jeunes pianistes : 6 femmes et 18 hommes issus de 15 pays et d\u2019une moyenne d\u2019âge de 26 ans.Le contingent le plus important vient (c\u2019est désormais monnaie courante) de la Corée du Sud, avec sept candidats.On trouve aussi trois Français et trois Italiens.Le seul Canadien de Piano 2017 est Teo Gheorghiu.Totalement inconnu ici, fils d\u2019un Roumain et d\u2019une Canadienne, il est surtout très Suisse, pays où il est né, a grandi et où il est reconnu depuis dix ans comme le héros du film Vitus, sur un jeune pianiste surdoué.Ce film sera d\u2019ailleurs projeté cet été au festival Orford Musique.Un calendrier serré 304 candidatures: c\u2019est la première fois que le CMIM part d\u2019un choix aussi vaste.Charles Richard-Hamelin n\u2019est peut-être pas étranger à la chose, car les prestations du pianiste québécois au Concours Chopin ont été fort remarquées.La probabilité de trouver une perle rare a donc augmenté en conséquence.Car il ne faut pas se leurrer: malgré le très haut niveau, la vraie carrière internationale est réservée à un cercle très réduit d\u2019élus.C\u2019est pour cela que le CMIM peut faire la fierté de Montréal: les concours alignant, autant que le CMIM, des noms de jeunes artistes qui ont vraiment percé, tels David Fray, Nareh Arghamanyan, Beatrice Rana et Charles Richard-Hamelin en piano, se comptent sur les doigts d\u2019une main.Le principe du CMIM est de retenir 24 candidats, de passer à 12 après une première épreuve (du 2 au 4 mai, avec des séances à 14 h et 19 h 30 à la salle Bourgie).Ces 12 demi- finalistes joueront des récitals les 6 et 7 mai (séances à 14 h et 19 h 30) à la salle Bourgie.Notons que la Laurentienne no 2 d\u2019André Mathieu y sera l\u2019œuvre canadienne imposée.Les six finalistes se produiront les 9 et 10 mai, à 19 h 30 en concerto à la Maison symphonique avec l\u2019Orchestre symphonique de Montréal, placé sous la direction du chef allemand Claus Peter Flor.Le concer t de gala aura lieu le 12 mai à 19 h 30.Il permettra d\u2019entendre le vainqueur de Piano 2017, ainsi que trois anciens Premiers Prix : la soprano Measha Brueggergos- man (2002), le pianiste Serhiy Salov (2004) et le violoniste Benjamin Beilman (2010).Le jur y présidé par André Bourbeau, cofondateur du CMIM (avec la basse Joseph Rouleau), sera composé des pianistes Idil Biret, Dang Thai Son, Alain Lefèvre, Hélène Mercier, Pedja Muzijevic, David Owen Norris, Cristina Ortiz et Gabriel Tacchino et de l\u2019imprésario R.Douglas Sheldon.Il distribuera plus de 125 000 $ en prix et bourses.Parmi les singularités de Piano 2017, on notera le choix du réper toire des candidats puisque de mémoire d\u2019observateur, c\u2019est bien le premier concours dont je témoigne pour lequel aucun candidat n\u2019a prévu de jouer le 3e Concerto de Rach- maninov ou le 2e Concerto de Prokofiev en finale.Par contre, le 1er Concerto de Tchaïkovski a toujours la cote, ralliant les faveurs de 7 des 24 élus.Le Devoir PIANO 2017 Du 2 au 12 mai 2017.Quarts de finale et demi-finales à la salle Bourgie.Finale et gala à la Maison symphonique de Montréal.Toutes les épreuves du CMIM et le concert gala seront diffusés en direct sur le site du concours.La finale et le gala seront diffusés en direct et disponibles pendant trois mois à medici.tv.CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 6 rideauvert.qc.ca | Billetterie 514 845-0267 La mort d\u2019un commis voyageur 2017 revue et corrigée L\u2019Homme éléphant Impromptu Trahison © J u l i e n F a u g è r e | D e s i g n M a r c O u e l l e t t e SAISON 17_18 INFO ET BILLETS theatreoutremont.ca 514 495-9944 #1 Albert Millaire MES AMOURS DE PERSONNAGES Monologues, improvisations, anecdotes, tragédie, comédie, libertinage.25 et 26 avril, 20 h petit Outremont SUPPLÉMENTAIRES 3 ET 9 MAI, 20 H Éclosion de jeunes surdoués à l\u2019horizon Le concours musical Piano 2017 prend son envol cette semaine à Montréal ANTOINE SAITO Parmi les surdoués qui ont émergé ici, on compte Charles Richard-Hamelin, bien sûr, 2e de Piano 2014 et 2e du Concours Chopin en 2015. CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 7 Série montréalaise SOUFFLER SUR LE FEU PRÉSENTÉ AU 1200, RUE DE BLEURY AMPHITHÉÂTRE DU GESÙ 3 MAI 2017 À 20 H Précédé de la troisième édition des RENCONTRES INCENDIAIRES À 19 H VISITEZ LEVIVIER.CA ET QUASAR4.COM VivierMix Vendre di 5 ma i à 19h3 0 Le Vivie r au Ge sù Quartie r des sp ectacle s levivier .ca Mozart rien d'autre ! et Samedi 6 mai I 17 h et 20 h Présenté en collaboration avec le QUATUOR ARTHUR-LEBLANC Pentaèdre est en résidence au Conservatoire de musique de Montréal et membre du Conseil québécois de la musique.Photo Pentaedre © Nina Konjini Typo Kirvy © Youssef Habchi Conception graphique © www.amtheberge.com Conservatoire de musique de Montréal 4750, avenue Henri-Julien Renseignements (514) 873-4031 poste 313 www.pentaedre.com/billetterie/ Tout le génie, les couleurs et les textures des musiques de Mozart en deux concerts et un goûter, en compagnie des musiciens.2 concerts + goûter 55 $ I 45 $ I 18 $ 1 concert 30 $ I 25 $ I 10 $ BILLETS / INFOS FIMAV.QC.CA FESTIVAL INTERNATIONAL MUSIQUE ACTUELLE VICTORIAVILLE FORFAIT FESTIVAL \u2013 HÔTEL LE VICTORIN UNE NUIT ET UN PETIT DÉJEUNER + DEUX CONCERTS : 20 H & 22 H GUNDA GOTTSCHALK / UTE VÖLKER « SKY AND GRASSLAND » ALLEMAGNE, MONGOLIE - PREMIÈRE NORD-AMÉRICAINE TERRY RILEY / GYAN RILEY ÉTATS-UNIS - PREMIÈRE CANADIENNE OFFREZ-VOUS UNE SOIRÉE INOUBLIABLE! 20 mai 2017 22 H 20 H Y V E S B E R N A R D M aja Kjær Jacobsen vient du Jutland central, au Danemark, et David Boulanger est né dans la région de Montréal.Tous deux violoneux, ils ont formé Maja et David, le duo qui s\u2019inspire de leurs sources.Ils composent à partir de l\u2019une ou de l\u2019autre et interprètent des pièces traditionnelles, mais les arrangent toujours ensemble, ce qui confère à leur musique un caractère à la fois territorial et sans frontières, simple et pourtant majestueux.Le duo s\u2019arrête ce jeudi à la Casa del Popolo.Les deux se connaissent depuis environ huit ans.À force d\u2019écouter leur musique respective, ils ont ressenti le point commun entre les deux univers, d\u2019où la formation de leur groupe.Et le plus étonnant est que cette filière entre le Québec et le Danemark n\u2019est pas nouvelle.Avant eux, les Jes Kroman, American Cafe Orchestra, Morten Alfred Hoi- rup, Raynald Ouellet et le groupe danois La Bastringue avaient fait un pas vers l\u2019autre.Sans compter l\u2019influence exercée par La Bottine souriante sur une formation comme Habadekuk.«Le lien entre les deux cultures est indirect, explique David Boulanger au Devoir.Ce n\u2019est pas comme dire que nos chansons viennent de la France et que nos danses viennent des îles britanniques.Mais quelque chose unit le Danemark et le Québec.Maja et moi sommes arrivés à la conclusion qu\u2019à une certaine époque, il y a des danses qui ont traversé l\u2019Atlantique et des morceaux qui sont venus avec elles, même si ça paraît bien exotique de parler de l\u2019Europe du Nord quand on n\u2019a pas vraiment de contacts avec eux par la colonisation.» Il y a quand même quelque chose qui se rejoint : par la valse, la danse de quadrille, des espèces de contredanses, des grandes lignes, poursuit-il.« Il y a même des morceaux que j\u2019ai entendus là-bas qui sont pratiquement les mêmes que les nôtres, des mélodies presque semblables notes pour notes.» Maja Kjær Jacobsen raconte même que les Danois ont parfois des noms différents pour décrire des types de danse que l\u2019on retrouve ici : « On a des reels.On les appelle parfois « reels », parfois « tretur» ou « totur».On a aussi la polka et la galope, en plus de la valse qui est plus rapide que la vôtre.Quant à notre hopsa, elle n\u2019existe pas ailleurs, mais elle renferme des similarités avec la polka irlandaise par son côté nerveux [jumpy].» Maja joue de tous ces styles.Avec son excellent groupe Fru Skagerak, elle mélange très habilement les rythmes danois, suédois et norvégiens.Elle joue d\u2019ailleurs le violon hardan- ger, qui vient des montagnes de la Norvège et dont la particularité est d\u2019avoir quatre cordes sympathiques qui résonnent d\u2019elles-mêmes, ce qui confère plus d\u2019espace à la musique.Sinon, Maja (prononcer Maya) et David maîtrisent le violon habituel.Comment leurs instruments sont-ils mis en valeur dans leurs deux mondes ?« Ici, au Québec, on parle du violon comme d\u2019une espèce de locomotive, comme d\u2019un train qui part et qui arrache tout.C\u2019est bien découpé dans le temps, tandis qu\u2019au Danemark, dans le style que Maja aime jouer, on a les temps forts, les downbeats qu\u2019on fait avec le pied.Entre ça, les notes peuvent être étirées ou un peu accélérées pour arriver sur les temps for ts.C\u2019est comme si on faisait des vagues au niveau de la longueur des notes, mais les temps forts arrivent toujours au même endroit.» David bat les mesures avec sa podorythmie, Maja répond avec une autre forme de tapement de pieds.Grâce à leurs arrangements, leurs deux univers se marient de plus en plus.Par exemple, sur CPH-Café-YUL, le deuxième et plus récent disque du duo, un violon s\u2019introduit en bourdon aérien sur une turlutte doucement scandinave.Les atmosphères sont plus personnelles et les créations font parfois apparaître des climats proches du folk de chambre, sans les frontières géographiques ou les barrières du temps qui semblent aléatoires.C\u2019est à la fois délicat ou plus rythmé, relaxant et bienfaisant.Une autre ligne de force du duo: l\u2019influence de la région du Jutland central où Maja fut élevée: «Ce qui est intéressant, c\u2019est que les pièces de ma région ne sont pas nécessairement connues ailleurs au Danemark, dit Maja.Et il y a notre langue : plusieurs mots sont différents du danois, alors que d\u2019autres sont les mêmes, mais prononcés différemment.» Cette langue, elle la parle et la promeut.Collaborateur Le Devoir À la Casa del Popolo, le jeudi 4 mai à 20 h.Maja & David, le mariage dano-québécois Le duo fusionne les traditions avec une musique au caractère à la fois territorial et sans frontières YANN FALQUET Sur CPH-Café-YUL, le deuxième et plus récent disque du duo, un violon s\u2019introduit en bourdon aérien sur une turlutte doucement scandinave.«Ici, au Québec, on parle du violon comme d\u2019une espèce de locomotive, comme d\u2019un train qui part et qui arrache tout» Cerf-volant Plein de petits détails le démontrent.Ne serait-ce que le sursis que s\u2019est donné Canailles avant de retourner à la création.« Pour un deuxième album, si tu veux continuer sur ta lancée, il faut que tu sortes de quoi assez vite, explique Antoine.Et pour ce troisième disque, disons qu\u2019on s\u2019est permis un petit lousse pour être confortable dans le travail.» Aussi depuis deux ans, les membres n\u2019ont plus de gérant et ont choisi de s\u2019occuper eux-mêmes de leur destinée.« L\u2019autogérance, ça fait qu\u2019on se doit d\u2019être plus \u201cgroundé\u201d.Quand t\u2019as un gérant, toi t\u2019es un cer f-volant et il y a quelqu\u2019un qui te tient au sol.La journée où tu es lâché, il faut que tu trouves tes appuis un peu.» \u2014 C\u2019est une belle métaphore ça, Erik.\u2014 Merci.C\u2019est moi qui l\u2019ai inventée.Comme quoi même professionnel, le musicien peut rester un peu cabochon.Bander mou Pour Backflips, Canailles a aussi ouvert pour la première fois sa bulle créatrice à un réalisateur.C\u2019est Tonio Morin- Vargas, entre autres entendu sur le dernier disque de Bernard Adamus, qui a œuvré avec le groupe.« On était mûrs pour ça aussi, croit Antoine.Avant, on ne voulait peut-être pas laisser du terrain par orgueil.Et l\u2019orgueil, c\u2019est par fois un manque de confiance.» Pour Erik, la présence de Morin-Vargas a permis à Canailles de se décoller le nez de sur ses chansons.« Il a été capable de prendre le ramassis de tout ce qu\u2019on est, comme flaques molles, et il nous a resser rés un peti t peu », explique-t-il.Et à entendre les deux hommes, le réalisateur a aussi su sor tir (gentiment) les crocs.« Tonio a aidé à débroussailler tout ça, à nous donner des claques aussi, parce que ça bandait mou par bouttes.Mais, il nous a fouettés », explique Antoine, visiblement aussi calé en métaphores que son collègue.Éviter la caricature C\u2019est dans cette rigueur encore plus grande que Canailles a eu l\u2019impression de se réinventer.Comme le travail pré- cédent du groupe, Backflips reste un album écrit à plusieurs mains et porté par plusieurs voix, fait d\u2019une musique à boire qui fait taper du pied, qui donne envie de faire des mauvais coups.Les dif férences ?« On ressent plus des influences hawaïennes, des années 1960, très blues aussi », dit Evans, ajoutant du même souffle qu\u2019il ne sent pas la nécessité pour le groupe de se réinventer sans cesse.« J\u2019ai toujours voulu que l\u2019on continue dans la même vibe, mais sans s\u2019autoplagier, sans se caricaturer.Ça serait facile de faire toujours la même toune sur le même sujet, avec des variantes.Je trouve ça l\u2019fun qu\u2019on ait autant de têtes créatives dans le groupe avec des backgrounds dif férents, tout le monde apporte un peu du sien.» Les deux musiciens estiment aussi que Daphné Bris- sette a pris du galon avec les années.Elle a d\u2019ailleurs suivi des cours de chant avec la colorée Anna Frances Meyer, du groupe rockabilly Les Deu- luxes et également formée pour chanter l\u2019opéra.«Tu vois que c\u2019est plus naturel, qu\u2019elle se permet d\u2019atteindre des notes qu\u2019elle n\u2019osait pas [atteindre] avant, estime Erik.Elle n\u2019a pas besoin de forcer, c\u2019est sa voix naturelle.Et, bon, elle contrôle aussi mieux son niveau de party ! » Parce qu\u2019être «drette », c\u2019est peut-être « plate », mais c\u2019est parfois payant.Le Devoir BACKFLIPS Canailles Grosse Boîte CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 8 36e saison piano Dorothy Fieldman Fraiberg clarinette Simon Aldrich violon Alexander Lozowski Amélie Benoit Bastien alto Pierre Tourville violoncelle Sheila Hannigan Œuvres de Brahms, Mozart, Herrmann et Schumann le jeudi 4 mai, 20 heures Salle Redpath, Université McGill Entrée libre www.allegrachambermusic.com Billetterie Place des Arts et Maison symphonique de Montréal 514 842-2112 \u2022 1 866 842-2112 placedesarts.com montrealjazzfest.com 28 juin au 8 juillet 2017 38e Plus de 150 concerts en salle Billets en vente maintenant 2 juillet 29 juin 30 juin \u2022 20 h 5 juillet 4 juillet 3 juillet 3 juillet 2 juillet 7 juillet 7 juillet 4 juillet 5 juillet 4 juillet 8 juillet \u2022 15 h et 20 h 8 juillet 5 juillet 7 juillet 8 juillet \u2022 15 h et 20 h LA LA LAND IN CONCERT Robert Glasper Experiment ArtScience première partie : Kendrick Scott Oracle Progamme double HUDSON: Jack DeJohnette, Larry Grenadier, John Charles Lloyd & The Marvels Jean-Willy Kunz première partie : Buika première partie : An evening with King Crimson The Stanley Clarke Band première partie : The Jeremy Pelt Quintet Progamme double Arturo Sandoval \u2022 Jane Bunnett & Maqueque Montreal Jubilation Gospel Choir Glory Train Battle of the Bands IX: Cab Calloway Orchestra vs Xavier Cugat Orchestra The Barr Brothers, Bassekou Kouyaté & Amy Sacko première partie : Feist première partie : Progamme double Still Dreaming Joshua Redman, and Brian Blade Danilo Pérez trio and Ben Street Jesse Cook Matt Holubowski première partie : Helena Deland Progamme double Melissa Etheridge \u2022 Joss Stone Bobby Bazini Pink Martini Salle Wilfrid-Pelletier, PdA \u2022 19 h 30 ÉVÉNEMENTS SPÉCIAUX TD Maison symphonique de Montréal, PdA \u2022 19 h LE FESTIVAL À LA MAISON SYMPHONIQUE Théâtre Maisonneuve, PdA \u2022 20 h LES GRANDS CONCERTS Concert de clôture en collaboration avec SUITE DE LA PAGE E 1 CANAILLES PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les membres de Canailles ont choisi de s\u2019occuper eux-mêmes de leur destinée: ils n\u2019ont pas de gérant. CULTURE > MÉDIAS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 9 Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 PALLADE MUSICA Jeudi 25 mai \u2013 19 h 30 TELEMANN Quatuor parisien en mi mineur Quatuor parisien en ré majeur Fantaisie no 12 en la mineur FORQUERAY Suite no 5 en do mineur GUIGNON Sonate pour violon L\u2019ensemble québécois reproduit le contexte de la première audition des Quatuors parisiens de Telemann à Paris en 1737.ENSEMBLE LA RÊVEUSE (France) Mercredi 10 mai \u2013 19 h 30 TELEMANN Quadro en sol mineur Sonate en trio en la mineur Sonate en trio en sol mineur Quatuor parisien en mi mineur HANDEL Concerto à 4 en ré mineur L\u2019extraordinaire ensemble La Rêveuse propose un ?orilège d\u2019œuvres de musique de chambre de Telemann qui séduira les amoureux du baroque.J O U R N É E S T E L E M A N N Concerts soulignant le 250e anniversaire de la mort de Georg Philipp Telemann (1681-1767) V i s u e l © A n i t a P a n t i n OPÉRA PERFORMANCE Inspiré du journal intime de Frida Kahlo Jean Piché et Yan Muckle Pauline Vaillancourt Anita Pantin interprété par Stéphanie Lessard 5, 6, 7 mai 2017 Cinquième Salle, Place des Arts Quartier des spectacles LA DESINTEGRACIÓN A VEN : P O H T EE B UE SIQ U T M S E E L O R pré-festival ts Concer a at N / o n a i p , n i e t s d l o G on l A o l o i , v n a w W e r d n A r a \u2019 n d e i d a n a e c r t n e C P re t â é Th i 6 m d e m a S E A \u2013 V ANO AS C on i at r r na , n e s e i r F c i r E , e t t ue q o h C e i l e l l e c n o l o i , v t t o r s B i n e n / D e l i a e B u , r 0 2 9 , 1 e r u t c e t i h c , is ra a m s e D - l u a 0 9 h 3 , 1 7 1 0 i 2 a E C APRI E C L B NSEM op s , i l e i r z A on r ha S on i at r r na , e t u a M s a i h t at M s u l l i \u2019 e l e d i a v e l e d é r i p s n i , V t r za o e M s d a r é p o \u2019 s d r i A é M t i s r e v i n , U k c a l l o e P l l a S i 1 d e r c r e M / o n a r c e r i d t e è o e p tr i e d l a v i i G c a 0 m 4) 489-7 1 (5 enseignements : R n a i d u t r é u o x p u a i c é p s s f i r a t * u A a e s é e r r l u e s t n e n v e 8 e 2 r d i t r a s à p t e l l i B 4 é n î , a s t m d $ 0 5 , P H I L I P P E P A P I N E A U I l existe des manières et des règles pour l\u2019archivage et la numérisation de toutes sor tes d\u2019œu- vres culturelles couchées sur toutes sortes de supports.Mais pour les documentaires Web, la plupart du temps des œuvres interactives ou participatives, les règles de préservation ne tiennent plus la route, croit William Uricchio, chercheur principal à l\u2019Open Documentary Lab du MIT.Il y a erreur 404 en la demeure.Le professeur Uricchio sera vendredi à Montréal pour une conférence d\u2019une journée que son laboratoire organise avec le Centre Phi, et qui rassemblera une trentaine des grosses têtes orbitant autour de la création interactive et de l \u2019 a r c h i v a g e .L\u2019objectif est simple mais complexe : « Il faut réinventer la conservation», résume M.Uricchio.En français, le titre de la conférence est « Mémoire numérique », plus informatif.En anglais, l\u2019urgence de la situation ressort : « Update or die ».Mettre à jour ou mourir.Les documentaires Web sont une forme de création qui existe depuis environ une dizaine d\u2019années et qui réinvente la façon de raconter une histoire.Là où le film classique suit une ligne narrative figée, le webdoc, ancré en ligne, peut utiliser toutes sortes d\u2019outils pour faire participer le spectateur.Terme, d\u2019ailleurs, qui ne lui sied alors plus très bien, puisque plusieurs œuvres demandent que le participant fasse des choix, naviguent dans le film.Au Québec, l\u2019Of fice national du film (ONF) est un des acteurs phares de ce type de création.Historien des médias, le professeur William Uricchio est spécialisé «dans les débuts» ; les premiers temps du cinéma, de la photographie, du téléphone, du télégraphe, etc.«Ce qu\u2019on voit, c\u2019est que l\u2019histoire se répète», et que l\u2019archivage des balbutiements des dif férents arts fait toujours cruellement défaut.Et il estime que, si rien n\u2019est fait, le documentaire Web vivra le même scénario.«Ce serait perdre son histoire, et perdre son histoire à un moment particulièrement important.» Important, dit-il, parce que c\u2019est pendant la genèse d\u2019une forme d\u2019art que sa courbe d\u2019évolution est à son plus for t.«Quand on regarde les débuts du cinéma, on constate qu\u2019on a perdu tellement de choses pile là où ça comptait, pile là où les genres, les formes, les techniques que l\u2019on tient aujourd\u2019hui pour acquises ont pris forme.On a perdu ce matériel.On peut laisser l\u2019histoire se répéter, mais on peut aussi dire \u201cça suf fit\u201d.Ne laissons pas ça aller cette fois.» La nature de la bête Les documentaires Web ne peuvent s\u2019archiver comme on archive une photo argentique, en la classant ou en la numérisant.Le webdoc est déjà une bête numérique, mais elle est une bête tentaculaire.«Le problème avec beaucoup de documentaires interactifs, c\u2019est qu\u2019ils sont des écosystèmes très complexes, qui ont beaucoup de morceaux et qui sont interdépendants.Si tu en brises une, ça ne marche plus.» Les œuvres sont donc condamnées à devenir obsolètes tellement la technologie bouge rapidement, exige des mises à jour.Google Maps modifie sa structure ?Kaput, le webdoc.Un système d\u2019exploitation est désuet?Terminé le film interactif.Déjà que la technologie Flash n\u2019est plus compatible sur plusieurs interfaces.Alors, comment archiver une œuvre du genre?«C\u2019est incompatible avec la conservation telle qu\u2019on la connaît maintenant.Il faut réinventer la conservation», statue M.Uricchio.Certains, comme l\u2019ONF, font une vidéo linéaire d\u2019une des façons de vivre le documentaire.C\u2019est mieux que rien, mais l\u2019aspect interactif est aplani.« On peut les mettre dans la pierre, dans l\u2019ambre, illustre M.Uric- chio.On peut voir la mouche congelée dedans.O.K., c\u2019est mieux que rien.Mais comment peut-on pousser les limites de l\u2019archivage un peu?» Au Centre Phi, vendredi, des représentants du monde du jeu vidéo et des beaux-arts seront présents, précise M.Uricchio, car ils ont développé des approches intéressantes d\u2019archivage.Sauver quoi, et avec quel argent?Il y a encore beaucoup de questions et peu de réponses dans cette réflexion.Par exemple : que doit-on archiver, dans le flot incessant de produits numériques téléversés en ligne.Le professeur au MIT rappelle que, chaque minute, 400 heures de contenu sont déposées sur YouTube.« Alors, trouver ce qui est représentatif, ce qui a de la valeur, quels sont les meilleurs exemples à garder, c\u2019est très difficile.» L\u2019Open Documentary Lab a apporté sa contribution avec un projet appelé Docubase, sur lequel quelques centaines de webdocs sont listés.L\u2019équipe de recherche a choisi des œu- vres qui ont fait des festivals, par exemple, qui ont gagné des prix, qui ont été remarquées par la communauté.Ce qui a toutefois pour conséquence de privilégier les plus gros joueurs, convient M.Uric- chio.« Et on ne conserve pas vraiment le matériel, on publie des liens.Et on commence à voir du plus vieux matériel ne plus fonctionner, des liens brisés.» Le chercheur espère que les décideurs mettront bientôt cet enjeu dans leurs priorités, et, évidemment, que des sommes pourront être dégagées pour encourager cet archivage.Mais est-ce nécessairement le rôle de l\u2019État ?«Bonne question.Est-ce que c\u2019est le travail de l\u2019UNESCO, des gouvernements, des producteurs ?lance le professeur.Aujourd\u2019hui, quand on achète une télé, ou une laveuse, on paye un montant supplémentaire pour la récupération du produit quand il sera hors fonction.Peut-être que, dans le financement [des documentaires Web], il devrait y avoir un montant mis de côté pour la conservation.» Chose certaine, croit M.Uric- chio, les créateurs ne regardent pas assez vers l\u2019arrière, trop occupés qu\u2019ils sont à scruter l\u2019horizon, à essayer de voir poindre la nouvelle façon de faire.« Pour les futurs historiens, ça sera un âge noir, parce que les choses disparaissent à vue d\u2019œil», conclut-il.Le Devoir MÉMOIRE NUMÉRIQUE ASSURER LA PÉRENNITÉ DES NOUVELLES FORMES DE DOCUMENTAIRES Conférence (en anglais) au Centre Phi, co-organisée par le MIT Open Documentary Lab.Vendredi 5 mai.Ouvert au public.Erreur 404 dans la préservation du documentaire Web Il va falloir réinventer les règles pour conserver les œuvres interactives ou participatives SOURCE ONF Photo tirée du projet interactif Visages de la foi porté par l\u2019ONF, un des acteurs phares de ce type de création en pleine explosion.Il existe quelques raisons pour expliquer pourquoi, dans les dernières années, la forme documentaire a muté en ligne, adoptant ensuite toutes sortes de formes plus adaptées à cette nouvelle interface.Pour le professeur William Uricchio, de l\u2019Open Documentary Lab du MIT, « les vieux modèles de distribution ne fonctionnent pas très bien, les cinémas accordent un espace assez minimal au documentaire».Et à la télévision?Il y a bien foisonnement de téléréalité, lance le chercheur en rigolant.« Il y en a, du docu à la télé, mais c\u2019est un ghetto, c\u2019est regardé par des personnes plus vieilles.L\u2019âge moyen, c\u2019est 58 ans.» Et comme le public plus jeune est bien accroché à son ordinateur et à son cellulaire, le documentaire est allé à sa rencontre.Pourquoi le documentaire Web foisonne William Uricchio AFIN D\u2019ÉVITER TOUS CES NŒUDS De Lévis Ludovic Boney, au centre Oboro (4001, rue Berri), jusqu\u2019au 20 mai.J É R Ô M E D E L G A D O C\u2019 est une expérience totale, à la fois visuelle, sonore et physique, aussi méditative qu\u2019interactive, que propose de vivre l\u2019artiste de Lévis Ludovic Boney avec son installation Afin d\u2019éviter tous ces nœuds.L\u2019œuvre, une affaire en apparence toute simple en planches de bois, tiges de métal et sacs de plastique, résonne aussi, de belle manière, comme un commentaire sur notre occupation du territoire.Un champ, littéralement, se présente devant les visiteurs du centre Oboro.Et au milieu de ce champ de « 50 planches placées comme autant de rangées en culture sur lesquelles sont \u201censemencées\u201d 2000 tiges de métal », selon la description de l\u2019artiste, un sentier invite à traverser la structure.Marcher sur ces planches, c\u2019est un peu comme se promener dans un de ces aménagements qui permettent de franchir des marécages ou des lieux autrement fragiles.Chaque pas nous rappelle un sol instable.Chaque pas aussi est sonore, très sonore, comme si on déambulait sur le clavier d\u2019un piano.À Oboro, la visite d\u2019une exposition est toujours accompagnée du craquement du plancher.Si le bruit peut parfois déranger \u2014 il fait aussi le charme du lieu, sa signature \u2014, cette fois, il est à la source de l \u2019œuvre exposée.Afin d\u2019éviter tous ces nœuds fait non seulement écho à cette inévitable réalité sonore, l\u2019ar tiste l\u2019incorpore, l\u2019assume et s\u2019en est enrichi.Tout est dosé dans cette proposition.Si la présence des sacs en plastique, arrimés au bout des tiges en guise de fanions, voire de feuilles, traduit à l\u2019évidence un propos écologiste, la charge de Ludovic Boney n\u2019a pas le ton alarmiste de l\u2019ATSA (Action terroriste socialement acceptable).Chez Boney, plutôt que de servir d\u2019emblème nocif de la surconsommation, le sac d\u2019épicerie (ou de Jean Coutu, de Dollarama, etc.) évoque d\u2019autres réalités.Comme il est aussi sonore, il participe de plein gré à son nouvel environnement.Sa manifestation contribue à la transformation du lieu, sans qu\u2019on y voie, ou y entende, un mauvais présage.Harmonie sonore L\u2019installation, aussi imposante soit-elle, est loin d\u2019occuper l\u2019ensemble de la salle d\u2019exposition.On peut circuler tout autour de l\u2019œuvre et même prendre la pause à une certaine distance, assis sur un des bancs laissés à notre disposition.Les apparences sont trompeuses.En dépit des espaces vides, la salle est totalement investie par l\u2019ar tiste.Les bruits du plancher d\u2019Oboro et de l\u2019installation, une fois dissipés, sont relayés par un enregistrement sonore, créé à partir des mêmes sources par deux collaborateurs de Boney, les compositeurs Yannick Pla- mondon et Benoît Fortier.Malgré son apparente monumentalité et son étendue sonore, Afin d\u2019éviter tous ces nœuds est une installation harmonieuse, raffinée, qui invite à prendre soin de ce qui nous entoure.Commentaire écolo, certes, ou critique d\u2019une colonisation toujours en cours des territoires ancestraux \u2014 l\u2019artiste est d\u2019origine autochtone \u2014, l\u2019œuvre apaise plutôt qu\u2019elle dénonce.Ludovic Boney n\u2019avait jusqu\u2019ici jamais exposé à Montréal, bien qu\u2019il ait commencé sa carrière au début du siècle.Il n\u2019a cependant eu que peu d\u2019expos individuelles, celle à Oboro n\u2019étant que sa cinquième.Son parcours est peu conventionnel.Formé à la Maison des métiers d\u2019art de Québec, il est surtout connu pour ses œuvres d\u2019art public, dont une des plus récentes occupe la cour intérieure du nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts du Québec.Fait à noter, Ludovic Boney vient d\u2019être nommé parmi les demi-finalistes du prix Sobey.Il est un des cinq Québécois à figurer sur la longue liste de cette récompense pancana- dienne, en compagnie d\u2019Annie Baillargeon, de Dan Brault, de Jacinthe Carrier, tous de Québec, et de la Montréalaise Kim Waldron.Collaborateur Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 10 DE VISU C U L T U R E www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 28-31 juillet MUSIQUE ET ART DANS LES BERKSHIRE Charles Dutoit au Festival Tanglewood Clark Art Institute, Williams College of Art Prix spécial jusqu\u2019au 10 mai 23-24 août ART RELIGIEUX À QUÉBEC Le fabuleux destin d\u2019une collection Séjour au Monastère des Augustines Prix spécial jusqu\u2019au 15 mai (514) 728-4474 JEAN GAREAU Paysages imaginaires Vernissage jeudi 4 mai de 18 à 20 h Exposition du 2 au 7 mai 2017 GALERIE L'ESPACE CONTEMPORAIN 5175 AVENUE PAPINEAU, MONTRÉAL SERGE TOUSIGNANT \u2013 EXPOSÉS DE RECHERCHE Commissaires: Marie J.Jean et Claudine Roger.Jusqu\u2019au 23 mai au Centre de l\u2019image Vox.N I C O L A S M A V R I K A K I S Nous avons une histoire de l\u2019art riche et digne d\u2019intérêt.Dans nos musées, il fut une époque \u2014 pas si lointaine \u2014 où l\u2019art canadien était avant tout résumé par de grandes expositions de peintures du Groupe des Sept ou d\u2019Emily Carr\u2026 Quant à l\u2019art québécois, il était la plupart du temps exhibé dans de grands événements présentant les tableaux des automa- tistes et des plasticiens (de la deuxièmevague).Cela constitue certes des jalons historiques significatifs, mais qui peuvent devenir réducteurs.Les choses semblent changer.Lentement.Par exemple, ces jours-ci au Musée des beaux-arts à Ottawa a lieu une intelligente expo \u2014 malgré tout un peu petite \u2014 sur la photographie au Canada entre 1960 et 2000\u2026 À Montréal, au Centre de l\u2019image Vox, les co-commis- saires Marie J.Jean et Claudine Roger ont quant à elles organisé une rétrospective qui permettra de revenir sur la carrière d\u2019un de nos grands artistes, qui ne s\u2019est pas avant tout fait connaître par la peinture.Depuis plus de 50 ans, Serge Tousignant a su élaborer une œuvre multiforme \u2014 il a déclaré qu\u2019il n\u2019était à proprement parler ni photographe ni sculpteur, même s\u2019il incorpore ces pratiques dans sa démarche\u2026 Sa carrière part des années 1960, moment où l\u2019œuvre d\u2019art vit justement une transformation majeure de sa nature, où les moyens d\u2019expression sont éclatés et poreux.Une œuvre qui a pour thème la métamorphose, qui joue à mettre en scène des effets de trompe-l\u2019œil, qui d\u2019un certain point de vue montrent comment des objets et des formes peuvent apparaître autres que ce qu\u2019ils sont\u2026 Une œuvre souvent décrite comme étant hantée par la question de la lumière.En fait, dans ses jeux sur la perspective, Tousignant nous dit qu\u2019il faut avoir conscience du point de vue que nous avons sur le monde et sur l\u2019art, que ce point de vue vient teinter notre compréhension de la réalité.Une histoire de l\u2019art par ses expositions Les commissaires ont eu une idée brillante : suivre la démarche de l\u2019artiste à travers ses expositions principales.Cela permet de voir comment l\u2019artiste a su élaborer son œu- vre en dialoguant avec les espaces et le contexte des lieux où il exposait.Dans le texte de présentation, à propos de son travail, les commissaires parlent même de scénographie.Mais cette approche permet aussi de faire un panorama de quelques expositions importantes pour l\u2019histoire de l\u2019art au Québec et au Canada.On y retrouve entre autres Perspective 67 à l\u2019Art Gallery of Ontario à Toronto, mais aussi Québec 75 au Musée d\u2019ar t contemporain, exposition commissariée par l\u2019innovateur Normand Thériault.L\u2019intervention de Tousignant lors de Québec 75 est ici présentée grâce à la recréation de son installation intitulée Laissez faire les sphères.Certes, nous aurions aimé un peu plus de textes explicatifs dans la dernière salle\u2026 Mais cela est un détail dans cette expo qui se révèle d\u2019une grande richesse.D\u2019autant plus que, l\u2019automne prochain, la publication d\u2019une monographie viendra compléter cet important travail de recherche.L\u2019art de la périphérie?Le Centre Vox a orchestré cette rétrospective sur Tousi- gnant en même temps qu\u2019une deuxième et plus petite présentation sur l\u2019exposition Périphéries qui a eu lieu au Musée d\u2019ar t contemporain en 1974.Celle-ci regroupait des créateurs du centre d\u2019artistes autogérés Véhicule Ar t, centre dont Tousignant fut un des membres fondateurs.Ces artistes voulaient sortir de l\u2019orthodoxie de la peinture et de la sculpture\u2026 C\u2019est grâce à des expositions comme celles-ci que nous pourrons un jour trouver plus facilement certaines œu- vres québécoises et canadiennes absentes des salles dans nos musées à Montréal.Notons qu\u2019il est encore très difficile pour un amateur d\u2019art \u2014 ou simplement pour un professeur d\u2019histoire de l\u2019art qui voudrait montrer des œuvres à ses étudiants \u2014 de voir dans nos musées montréalais un panorama, digne de ce nom, de l\u2019ar t canadien ou québécois des années 1960, 1970 ou 1980\u2026 Imagine-t-on pareille chose à propos de l\u2019art américain à New York ou de l\u2019ar t français à Paris ?Signalons que le samedi 6 mai à 13h30 aura lieu une visite guidée de cette rétrospective Tousi- gnant en compagnie de l\u2019artiste et des co-commissaires.Collaborateur Le Devoir Perspectives sur notre histoire de l\u2019art Chez Vox, Serge Tousignant fait l\u2019objet d\u2019une rétrospective digne d\u2019un musée Un champ à plusieurs dimensions Le sculpteur Lévis Ludovic Boney est un des cinq Québécois cités pour le prix Sobey MICHEL BRUNELLE Vue de l\u2019exposition Serge Tousignant.Exposés de recherche à Vox Afin d\u2019éviter tous ces nœuds est une installation harmonieuse, raffinée, qui invite à prendre soin de ce qui nous entoure PAUL LITHERLAND L\u2019installation Afin d\u2019éviter tous ces nœuds est faite de planches de bois, de tiges de métal et de sacs de plastique. C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 11 BACCALAURÉAT (V.F.DE GRADUATION) ?1/2 Drame de Cristian Mungiu.Avec Adrian Titieni, Maria- Victoria Dragus, Lia Bugnar, Malina Manovici.Roumanie- France-Belgique, 2016, 127 minutes.A N D R É L A V O I E D epuis Occident (2002), son premier long métrage, Cristian Mungiu n\u2019a perdu qu\u2019une seule chose : son sens de l\u2019humour.Quant au reste, le cinéaste roumain fait preuve d\u2019une maîtrise exemplaire pour établir des diagnostics impitoyables de la décrépitude morale de son pays, s\u2019inspirant de réalités sordides (les avortements clandestins) ou de faits divers troublants (un exorcisme funeste) qu\u2019il transforme en grands moments de cinéma (4 mois, 3 semaines et 2 jours, Au-delà des collines).Il obtient beaucoup plus que la note de passage avec Baccalauréat, un autre constat à la fois subtil et virulent d\u2019une société dont le délabrement ne se reflète pas seulement sur les façades des édifices de cette ville de province qui suinte l\u2019ennui.Au milieu de ce sinistre environnement, Romeo (Adrian Titieni, présent d\u2019un bout à l\u2019autre, avec la même dévotion), un médecin respecté, rêve de voir sa fille Eliza (Maria-Victoria Dragus) obtenir une bourse pour étudier dans une prestigieuse université britannique, espérant aussi s\u2019éloigner d\u2019une épouse neurasthénique.Ses ambitions pour sa progéniture volent en éclats lorsqu\u2019Eliza est agressée sur le chemin de l\u2019école, fragilisant sa confiance d\u2019étudiante modèle.Recours à la magouille Cet incident malheureux égratigne le vernis moral de Romeo, se voyant contraint à la magouille, une posture qu\u2019il considérait jusque-là comme indigne de lui.Ce qui ne signifie pas qu\u2019il n\u2019a rien à cacher, comme à peu près tous les personnages qui gravitent autour de lui, eux qui trichent sans vergogne ou taisent sciemment la vérité.Ce climat délétère se reflète aussi dans une suite d\u2019incidents jamais vraiment éclaircis ; qui a fracassé la fenêtre de son salon et le pare-brise de sa voiture ?Tout cela distille une menace sourde et sournoise, donnant à Baccalauréat des allures de thriller psychologique, bien que les ambitions de Cristian Mungiu soient ailleurs.Livré dans un style dépouillé, légèrement moins glauque que celui de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, le récit ne s\u2019étend que sur quelques jours (propice au sentiment d\u2019urgence) et avec une enfilade d\u2019incidents banals (chicanes d\u2019enfants, rencontres impromptues, échanges d\u2019enveloppes\u2026) pour mieux illustrer une gangrène qui semblait souterraine.Personne n\u2019en sort totalement indemne dans ce spectacle exécuté avec une foudroyante précision, donnant une illusion de réalisme.Mun- giu la fabrique sans fioriture, avec une caméra à l\u2019épaule souvent fouineuse et agitée, et quelques morceaux musicaux signés Vivaldi et Purcell, surgissant uniquement de la radio, signe distinctif de la classe sociale à laquelle le médecin appartient.De Baccalauréat com me de tous les autres f i lms de Crist ian Mungiu émane un d é s e n c h a n t e m e n t qui témoigne avec cruauté des espoirs déçus d\u2019une société encore hantée par son passé communiste, elle qui cherchait son salut à l\u2019Ouest.On aurait toutefois tor t de ne pas se sentir concerné tant ce film admirable, énigma- t ique et déroutant décri t aussi nos lâchetés et nos trahisons dans des sociétés que Romeo qualifie naïvement de « civilisées ».Si seulement il s\u2019était branché sur la commission Charbonneau\u2026 Collaborateur Le Devoir Examen de conscience Radiographie de la Roumanie par son critique le plus sévère, et le plus inspiré, Cristian Mungiu DALIDA ?1/2 Drame biographique de Lisa Azuelos.Avec Sveva Alviti, Ric- cardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve, Alessandro Borghi, Patrick Timsit, Vincent Perez, Nicolas Duvauchelle, Niels Schneider.France, 2017, 124 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E I l y a trente ans cette année, la chanteuse Dalida s\u2019enlevait la vie, laissant derrière elle une courte note, une kyrielle de succès, et sur tout une légende.Ar rive au ci - néma, juste à temps pour ce funeste anniversaire, un drame biographique consacré à l\u2019idole tragique.On le dit tout de go, il se dégage plus d\u2019oppor tunisme que de cinéma de ce mélo emphatique.Bambino, Paroles, paroles, Pour ne pas vivre seul, Laissez-moi danser , Je suis malade, Besame mucho, Gigi l\u2019amoroso et, bien sûr, Il venait d\u2019avoir 18 ans : nommez la chanson et il y a fort à parier qu\u2019elle est entendue presque intégralement dans le film Dalida.Ainsi se succède, entre deux amours malheureuses, une suite de montages musicaux \u2014 des vidéoclips, en somme \u2014 où l\u2019image illustre, voire explicite, chaque chanson.Systématique, le procédé a tôt fait de lasser, en plus de mettre en évi - dence un manque flagrant d\u2019imagination.Les décennies 1960 et 1970 sont évoquées avec une authenticité appréciable, et plusieurs costumes de scène célèbres sont reproduits avec une précision qui plaira aux fétichistes.Hélas, Lisa Azue- los, réalisatrice de la comédie de mœurs LOL (et d\u2019un remake américain dont on ignorait l\u2019existence), filme de manière esthétisante les décors dûment kitsch que le très doué directeur ar tistique Émile Ghigo (L\u2019enfer de Chabrol, Laissez-passer de Tavernier) a créés pour elle.À la base, le scénario qu\u2019Azue- los a écrit avec la participation d\u2019Orlando, frère cadet et ancien gérant de la défunte, n\u2019aide en rien le film.Appuyé, larmoyant, le récit a autant de profondeur qu\u2019un article de Paris Match.Psychologie à trois sous On peine à imaginer qu\u2019Io- landa Gigliotti, alias Dalida, n\u2019a pas travaillé comme une damnée pour se hisser au sommet.Il lui a tout de même fallu, forcément, ne serait-ce qu\u2019une once d\u2019ambition.Une qualité qu\u2019on cherche en vain dans un film qui la dépeint comme un être passif modelé par les hommes de son entourage, ou encore comme une victime du sort, avec tous ces amants suicidés dans son sillage.N\u2019y avait-il pas justement là un « pattern » intéressant à explorer ?Trop compliqué, sans doute, le film préférant s\u2019en tenir à de la psychologie à trois sous.Et ces dialogues ! « Je veux cuisiner pour mon mari, être mère, être une femme normale», de plaider Dalida à son premier époux et Pygmalion, Lucien Mo- risse, qui lui répond: «Toutes les femmes normales rêvent d\u2019être comme toi.» Ce à quoi elle rétorque : « Moi, je rêve d\u2019être comme elles.» On veut bien mais, est-ce la mièvrerie des répliques, est-ce le jeu af fecté des acteurs, on n\u2019y croit pas une seule seconde.Le reste est à l\u2019avenant : super ficiel et démonstratif.Comme s\u2019il suf fisait de faire étalage de sanglots pour expliquer le mal de vivre\u2026 Hagiographique, le film est paradoxalement, à terme, dénué d\u2019un réel désir de comprendre la femme qu\u2019il prétend célébrer.Le Devoir Dalida, pour quelques albums de plus Le malheur n\u2019a jamais été aussi glamour que dans ce portrait superficiel FILMS SÉVILLE Sveva Alviti incarne Dalida dans le film du même nom.Appuyé, larmoyant, le récit a autant de profondeur qu\u2019un article de Paris Match PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE ! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS version originale espagnole avec sous-titres français version originale espagnole avec sous-titres anglais UN FILM DE ALEJANDRO JODOROWSKY AVEC ADAN JODOROWSKY PAMELA FLORES BRONTIS JODOROWSKY LEANDRO TAUB ET JEREMIAS HERSKOVITS MISE EN SCÈNE ET ADAPTATION ALEJANDRO JODOROWSKY CHEF MONTEUSE MARYLINE MONTHIEUX CHEF OPERATEUR CHRISTOPHER DOYLE (HKSC) CRÉATRICE DES COSTUMES PASCALE MONTANDON-JODOROWSKY ETALONNEUR DIDIER LE FOUEST CONCEPTION COULEUR PASCALEJANDRO MUSIQUES ORIGINALES ADAN JODOROWSKY MIXAGE JEAN-PAUL HURIER ET BENJAMIN VIAU MUSIQUES ADDITIONNELLES ET ARRANGEMENTS JONATHAN HANDELSMAN PRODUCTEUR EXECUTIF (ET DIRECTEUR DE PRODUCTION) XAVIER GUERRERO YAMAMOTO PRODUIT PAR ALEJANDRO JODOROWSKY MOISES COSIO ABBAS NOKASTEH ET TAKASHI ASAI UNE COPRODUCTION FRANCO-CHILIENNE SATORI FILMS LE SOLEIL FILMS ET LE PACTE ?« Un chef d\u2019œuvre.» \u2013 Écran Large ?« Un bonheur! » \u2013 Le Journal du Dimanche Ce film admirable, énigmatique et déroutant décrit aussi nos lâchetés et nos trahisons dans des sociétés que Romeo qualifie naïvement de « civilisées » AZ FILMS Aucun personnage ne sort totalement indemne de Baccalauréat, spectacle exécuté avec une foudroyante précision. LA POÉSIE SANS FIN (V.F.DE POESIA SIN FIN) ?Drame biographique d\u2019Alejandro Jodorowsky.Avec Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jodo- rowsky, Jeremias Herskovits, Leandro Taub, Felipe Rios et Julia Avendano.France, 2016, 128 minutes.M A N O N D U M A I S T rois ans après avoir raconté son enfance à Tocopilla dans La danza de la realidad, Alejandro Jodorowsky (El topo, Santa Sangre) relate cette fois son adolescence et sa vie de jeune poète, de son arrivée à Santiago jusqu\u2019à son départ pour Paris.D\u2019emblée, on renoue avec le trio familial du précédent volet : Alejan- drito (Jeremias Herskovits), sa mère Sara (Pamela Flores), qui s\u2019exprime en chantant l\u2019opéra, et son père Jaime (Brontis Jodorowsky, fils d\u2019Alejandro), petit commerçant spécialisé dans la lingerie féminine.Faute de budget pour la reconstitution d\u2019époque, l\u2019artiste chilien installe de grandes photographies noir et blanc devant les édifices de son quartier d\u2019enfance, poussant l\u2019audace jusqu\u2019à y faire défiler un train de carton.Du coup, la facture artisanale renvoie au théâtre jeunesse.Peu après défilent des clowns aux masques macabres, des nains vêtus de couleurs vives et des policiers montés sur des échasses qui forment une sarabande digne des plus folles fêtes foraines.Chez les Jodorowsky, le cœur n\u2019est toutefois pas à la fête : le fils rêve d\u2019être poète, le père rêve que son fils devienne médecin.Devenu jeune homme, Alejandro (Adan Jodo- rowsky, fils d\u2019Alejandro et compositeur du film) rompt brutalement avec sa famille en coupant symboliquement l\u2019arbre généalogique.Peu après, l\u2019aspirant poète est hébergé par deux sœurs dans une grande demeure où logent différents artistes.Un soir, il rencontre la poétesse Stella Diaz Varin, qui devient sa muse, bien qu\u2019elle soit la maîtresse du poète Nicanar Parra (Felipe Rios).Sous la perruque rouge et le lourd maquillage de Stella se cache l\u2019actrice qui incarne la mère du poète.Eh oui, Jodorowsky n\u2019hésite pas à nous emmener sur son divan en donnant à cette passion tumultueuse une connotation œdipienne qui se joue dans un bar au décor mi- nimaliste où se meuvent lentement des garçons de table très âgés.Plus tard, Alejandro trouvera en la personne du poète Enrique Lihn (Leandro Taub) un frère.À l\u2019instar de ses histoires d\u2019amour, les amitiés du poète seront mouvementées, marquées par la trahison et la rivalité.Des clichés?Autoportrait du cinéaste en jeune poète, La poésie sans fin n\u2019of fre cer tes pas une image mièvre de la vie d\u2019artiste.Bien au contraire.Par endroits, on pourrait même reprocher à Jodo- rowsky de se complaire dans les clichés de l\u2019artiste écorché vif, du poète maudit crève-la-faim crachant avec emphase sa haine d\u2019une société insensible à son œuvre.Par ailleurs, le jeu déclamatoire des acteurs n\u2019est pas sans renforcer cette impression.Et pourtant, alors que l\u2019odyssée d\u2019un kitsch totalement assumé tire vers sa fin, l\u2019émotion se pointe enfin au rendez-vous tandis que Jo- dorowsky rend un hommage senti à ses parents.D\u2019un baroque fellinien, d\u2019une imagerie surréaliste et d\u2019une ambiance circassienne, La poésie sans fin s\u2019avère une fastueuse et flamboyante célébration de la vie où plane la mort, doublée d\u2019une ode virulente et sans concession à la création.Bref, voilà un ovni cinématographique où poésie, théâtre, danse et peinture se fondent dans un univers aux excès aussi fascinants que déroutants.Collaboratrice Le Devoir Le sang d\u2019un poète Le vénérable Alejandro Jodorowsky poursuit sa flamboyante autobiographie filmique CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 A V R I L 2 0 1 7 E 12 C U L T U R E NORMAN THE MODERATE RISE AND TRAGIC FALL OF A NEW YORK FIXER ?1/2 Drame de Joseph Cedar.Avec Richard Gere, Lior Ashkenazi, Michael Sheen, Steve Bus- cemi, Dan Stevens, Harris Yu- lin, Charlotte Gainsbourg et Hank Azaria.États-Unis, 2017, 117 minutes.M A N O N D U M A I S P eu après la guerre de Trente Ans, les têtes couronnées d\u2019Allemagne s\u2019offraient les services de financiers juifs afin que leur domaine redevienne prospère.L\u2019un d\u2019eux, Joseph Süss Oppenheimer, condamné pour escroquerie et plusieurs autres délits, fut pendu.Ce n\u2019est littéralement pas ce qui attend Norman Oppenheimer dans Norman : The Moderate Rise and Tragic Fall of a New York Fixer de Joseph Cedar (Footnote, Beaufor t), mais disons qu\u2019à force de mensonges, de promesses en l\u2019air et de ma- nœuvres douteuses, celui-ci se pendra avec sa propre corde.Opiniâtre et beau parleur, Norman Oppenheimer (Richard Gere, magistral) arpente les rues de New York, où il traque les hommes d\u2019af faires afin de les embarquer dans ses magouilles.Un jour, il prend dans ses filets un ambitieux politicien israélien, Misha Eshel (Lior Ashkenazi, impeccable).Pour l\u2019amadouer, Norman va jusqu\u2019à lui acheter une paire de chaussures griffées.Trois ans plus tard, Eshel est élu premier ministre d\u2019Israël.Lors d\u2019un passage à New York du politicien, qui n\u2019a pas oublié cet homme si généreux, prêt à rendre service et semblant connaître tout le monde à New York, Norman compte bien profiter de cette amitié intéressée.Ainsi, le riche homme d\u2019affaires (Harris Yulin) et son assistant (Dan Stevens) qu\u2019il courtise depuis des années ne le regardent plus de la même façon.Son neveu avocat (Michael Sheen) croit que Norman a enfin misé sur le bon cheval, et son rabbin (Steve Buscemi), qu\u2019il pourra sauver la synagogue de son quartier.Contre toute attente, et peu de temps après avoir croisé une mystérieuse femme (Charlotte Gainsbourg), Norman se retrouve au cœur d\u2019une crise géopolitique.Comble de l\u2019ironie, le voici aussi harcelé par un homme qui souhaite suivre ses traces (Hank Azaria).Conte savoureux Réactualisant le destin tragique du juif de cour Oppenheimer, Joseph Cedar signe un savoureux et judicieux conte urbain sur l\u2019ambition et la corruption que n\u2019aurait pas renié Woody Allen.De fait, ce ne sont pas les dialogues denses et spirituels qui manquent dans cet étourdissant drame teinté d\u2019humour, de même que les réflexions sur l\u2019héritage juif.Tirant profit des dif férents décors que lui offre la Grosse Pomme, Cedar tisse un récit complexe avec la même habileté que Norman emberlificote son monde.S\u2019il fait montre de moins d\u2019inventivité que pour Footnote, duel père-fils campé dans le milieu universitaire, le réalisateur israélien parvient à créer subtilement un climat de tension suffocant, lequel illustre à la fois le sentiment d\u2019oppression des victimes de Norman et l\u2019étau se resserrant avec une logique implacable autour de lui.Porté par une trame sonore mélancolique aux chaleureux accents jazz et klezmer, ce drame demeure captivant et tendu jusqu\u2019au dernier plan, alors que Cedar dénoue en peu de mots les dif férentes intrigues du récit et que Richard Gere, qui trouve ici le plus grand rôle de sa carrière, lance un dernier regard où se lit toute l\u2019humanité de ce personnage pourtant amoral.Collaboratrice Le Devoir Norman, le vieux renard L\u2019Américain Richard Gere trouve le rôle de sa vie chez l\u2019Israélien Joseph Cedar FUNFILM La poésie sans fin s\u2019avère une fastueuse et flamboyante célébration de la vie où plane la mort, doublée d\u2019une ode virulente et sans concession à la création.MÉTROPOLE FILMS Richard Gere incarne magistralement le magouilleur Norman Oppenheimer."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.