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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-05-20, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019univers de Twin Peaks revient hanter la télévision Page E 3 Franchir le quatrième mur jusqu\u2019à la peau au FTA Page E 5 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 100 % Montréal Rimini Protokoll 27 spectacles Réservez maintenant 514 844 3822 fta.ca Some Hope for the Bastards Frédérick Gravel 1+2 juin Monument-National 25 au 28 mai Place des Arts Théâtre Jean-Duceppe Un spectacle 100 % vibrant Une ode incroyable aux Montréalais Dès jeudi PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Ce qui est particulier à Montréal, c\u2019est que l\u2019origine des personnes nées à l\u2019étranger est extrêmement diversifiée.Les immigrants y viennent de tous les pays du monde», explique Florence Béland.M A R I E L A B R E C Q U E L a scène montréalaise, dont on dénonce souvent l\u2019homogénéité, n\u2019aura peut-être jamais accueilli une distribution aussi éclectique.La réunion de certains des participants de 100% Montréal, le spectacle berlinois qui ouvrira le Festival TransAmé- riques jeudi, pour une séance croquée sur une terrasse typique de la métropole, le jour même où elle se fêtait, en faisait foi.Depuis 2008, le collectif de théâtre documentaire Rimini Protokoll a tracé ainsi le portrait de près de 30 villes, dont Vancouver, en mettant sur scène 100 citoyens représentatifs de leur profil démographique.«Le spectacle capture le visage, la personnalité de la cité, son atmosphère actuelle, explique la metteure en scène Helgard Kim Haug.C\u2019est intéressant d\u2019observer les particularités, les tabous, la situation politique de chaque ville.» À travers cette échelle où une personne représente 19 000 citoyens, la pièce permet au spectateur de voir où il se positionne, «et de nouer ainsi un dialogue très émotionnel avec sa ville», croit la metteure en scène allemande.Comme tous les spectacles de la série 100 % Stadt, la création est basée sur les statistiques locales.La gestion du recr utement a été confiée à la Montréalaise Florence Béland.Formée en anthropologie, parlant arabe, sociable, la jeune consultante en immigration était bien placée pour composer un échantillon fidèle des Montréalais, à partir du census de 2011.Les sans-abri, frange importante de Montréal, ne sont pas représentés, car ils ne sont pas recensés dans les statistiques.La sélection de la distribution reposait sur cinq critères : le sexe (la métropole est féminine à 52%), les tranches d\u2019âge, le quartier (le spectacle affiche une sous-représentation des extrémités est et ouest de l\u2019île), la structure familiale et le lieu de naissance.Plus du tiers des résidants de Montréal ont vu le jour ailleurs qu\u2019au Canada.« Ce qui est particulier à Montréal, c\u2019est que l\u2019origine des personnes nées à l\u2019étranger est extrêmement diversifiée.Les immigrants y viennent de tous les pays du monde.» La « recru- teuse » et son assistant, Pascal Motard, ont aussi fait attention à certains critères secondaires, comme la religion, l \u2019orientation sexuelle.Et la langue, respectant les 36 % de Montréalais parlant anglais.La pièce repose sur le principe de la chaîne : le premier participant, toujours un employé du Bureau des statistiques de la Ville, choisit le suivant, et ainsi de suite.Cette méthode expose l\u2019étendue du réseau social des gens, mais aussi ses limites.Sont-ils connectés à des personnes à l\u2019extérieur de leur bulle ?« Techniquement, tout le monde sur scène est censé être lié, note Florence Béland.La plupart le sont.» Elle aidait les candidats « à sortir de leur cercle social quotidien et à trouver une plus grande diversité », dans leurs loisirs, par exemple.Mais, à partir du 65e participant, sa tâche a commencé à se corser, alors qu\u2019elle devait remplir certains critères sous-représentés (comme les hommes).Pour ces derniers, la recruteuse a dû être proactive dans ses recherches.La ligne directe s\u2019est plutôt transformée en arbre généalogique, se ramifiant en branches.Mouvements d\u2019opinion Miroir démographique d\u2019une ville, l\u2019exercice sociologique du trio berlinois tente aussi d\u2019en exposer les états d\u2019âme.Les créateurs sondent leur échantillon à travers différentes questions, certaines universelles, d\u2019autres adaptées aux réalités locales.«En Allemagne, par exemple, on aimait demander qui était pour l\u2019interdiction du port du voile [islamique], mais évidemment, personne en Indonésie n\u2019accepterait cette question», raconte Stefan Kaegi \u2014 déjà venu au FTA en 2007 avec Mnemopark.En répétitions, jaillissent parfois, sous l\u2019impulsion des participants, des sujets imprévus qui révèlent les par ticularités des sociétés.Comme le grand nombre de Coréens du Sud, « où le divorce est un tabou, qui aimeraient un conjoint différent dans une autre vie»\u2026 Et à Montréal ?Les concepteurs vont tâter le pouls de leur distribution afin de déterminer les questions pertinentes.Mais ils ont déjà compris, lors d\u2019une première réunion ce matin-là avec les dramaturges, qu\u2019il fallait aborder la loi 101.« Et je pense qu\u2019on devrait demander : qui croit qu\u2019il y a trop de construction dans la ville?» ironise Kaegi.Ils aiment explorer des enjeux délicats.Et leur statut d\u2019étrangers est un atout, pense Hel- gard Kim Haug.« On peut poser des questions naïves.Personne ne va le prendre mal.Si on vivait ici, on saurait qu\u2019il vaut mieux ne pas demander telle chose, ou reformuler une question d\u2019une manière qui amenuise les tensions.On ne veut vexer personne, mais on veut frapper ces régions plus dérangeantes.» Le spectacle comprend une période de micro ouvert pour la distribution ainsi qu\u2019une possibilité pour les spectateurs d\u2019interroger celle-ci.Sinon, le spectacle illustre les opinions de son échantillon à travers diverses méthodes ludiques, très visuelles.Une incarnation mouvante Montréal,ville ouverte Le trio berlinois Rimini Protokoll expose les états d\u2019âme de la métropole VOIR PAGE E 4 : PROTOKOLL CULTURE > CIRQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 2 SAISON 2017-2018- ENVOLEZ-VOUS AU THÉÂTRE ! 15 SPECTACLES POUR LES 18 MOIS À 17 ANS FORFAIT 3 SPECTACLES POUR 39 $* En vente dès maintenant ! *Taxes en sus.Certaines conditions s\u2019appliquent.MAISON THEATRE .COM C A R O L I N E M O N T P E T I T D ans la salle de répétition de l\u2019École nationale de cirque, deux jeunes hommes jonglent ensemble avec des quilles.Pratiquent-ils leur prochain numéro?Non, ils sont simplement en pause, ce sont des acrobates.Lorsqu\u2019ils ne pratiquent pas, les artistes de cirque se lancent souvent dans d\u2019autres activités circassiennes, a constaté Didier Lucien, qui met en scène cette année l\u2019un des deux spectacles présentés par les finissants de l\u2019école.C\u2019est comme une seconde nature\u2026 Lui-même diplômé de l\u2019École nationale de théâtre, Didier Lucien a d\u2019abord rêvé de faire du cirque.« Je faisais du mime », dit-il.Lorsque s\u2019est présentée la possibilité de mettre en scène les finissants de l\u2019école, Didier Lucien y a vu l\u2019occasion de réaliser son vieux rêve.« En cirque, on peut exprimer davantage parce qu\u2019on n\u2019a pas à expliquer » , dit-il .Le spectacle qu\u2019il met en scène avec les finissants, intitulé L\u2019amour et les extraterrestres, laisse le champ libre à toutes les voltiges, sentimentales ou corporelles.Une dizaine de numéros s\u2019y succèdent, chacun d\u2019entre eux étant le fruit des trois années d\u2019études des finissants de l\u2019École.« Ils ont travaillé très for t pour innover dans leur discipline», poursuit Didier Lucien.On y verra donc du main à main, des sangles aériennes, des tissus, façon 2017.Cette année, il y aura un duo de cadre r usse dans chacun des spectacles, mais aucun numéro de clown.Louis Joyal, qui fait du cadre russe, a d\u2019abord été gymnaste.C\u2019est au moment des auditions de l\u2019École, en 2014, qu\u2019il a rencontré Samuel Renaud, avec qui il a monté son numéro.« Il y a un porteur et un voltigeur », dit-il.En sortant de l \u2019cole, il y a de for tes chances que le duo voyage de par le monde, pour présenter son numéro.Une atmosphère C\u2019est Yves Dagenais qui signe la mise en scène du second spectacle présenté par les finissants, Hangar des possibles.« C\u2019est un peu mon chant du cygne », dit celui qui a enseigné l\u2019art clownesque à l\u2019École durant 18 ans, après avoir présenté son personnage d\u2019Omer Veilleux un peu partout dans le monde.« La trame dramatique, c\u2019est le lieu, le hangar.Les possibles, c\u2019est tout ce qui peut s\u2019y passer.Il y a des personnages qui habitent concrètement le lieu, qui squattent, et d\u2019autres qui l\u2019habitent de façon plus spirituelle .» Les ar t istes modif ient donc le lieu à leur guise, en cabaret burlesque par exemple.Trapèze ballant, corde lisse, cerceaux, cadre russe, équilibre sur cannes, main à main se succéderont dans cet espace.« Pour moi, ce qui est important, comme point de départ, c\u2019est de ne pas partir avec un concept trop envahissant pour les élèves.Ce sont eux qui m\u2019ont inspiré.Je suis parti de leur numéro, de leur atmosphère », dit-il.Si chacun des étudiants de l\u2019École nationale de cirque doit développer une spécialité, chacun doit aussi se frotter aux diverses disciplines circassiennes du curriculum.Une fois formés, les artistes tenteront d\u2019intégrer le numéro qu\u2019ils ont créé dans dif férents spectacles, auprès de compagnies de cirque.Célia Milesi, qui est venue de France pour développer une spécialité en sangles aériennes, ne sait pas encore ce que lui réser ve l\u2019avenir.« Je n\u2019ai pas fait d\u2019école en France, je suis venue tout de suite ici », dit-elle.Elle dit s \u2019être inscrite à l\u2019École pour avoir son propre numéro solo, alors qu\u2019elle avait entre autres une carrière de gymnaste derrière elle.« J\u2019étais dans un groupe.J\u2019avais envie d\u2019avoir mon propre numéro, me connaître mieux en tant qu\u2019artiste .» Le Devoir L\u2019AMOUR ET LES EXTRATERRESTRES ET HANGAR DES POSSIBLES Présentés en alternance à la Tohu, du 23 mai au 4 juin.Champ libre à toutes les voltiges Les finissants de l\u2019École nationale de cirque mettent toute la gomme PHOTOS ROLAND LORENTE L\u2019amour et les extraterrestres et Hangar des possibles sont mis en scène respectivement par Didier Lucien et Yves Dagenais. F R A N Ç O I S L É V E S Q U E C haque nouveau film de David Lynch, du temps qu\u2019il en tournait encore, était attendu avec jubilation par les cinéphiles.Cryptiques, étranges et beaux, ils avaient, et ont toujours, l\u2019heur de fasciner, grands cr us comme petits crus.Après un hiatus de plus de dix ans, le voici de retour, non pas avec un film, mais avec une série, et pas n\u2019importe laquelle : la troisième saison de Twin Peaks, lancée dimanche 25 ans après la fin de la seconde.Retour sur un phénomène.Pour mémoire, Twin Peaks est le nom d\u2019une petite ville des Rocheuses où le cadavre d\u2019une étudiante, Laura Palmer (Sheryl Lee), est découvert au bord d\u2019une rivière.Dépêché sur place, l\u2019agent du FBI Dale Cooper (Kyle MacLachlan) tentera d\u2019identifier le coupable, mais ne parviendra qu\u2019à s\u2019enfoncer dans un mystère de plus en plus opaque.Dans un essai publié dans The Atlantic en janvier 2016, Mike Mariani écrivait : « Il serait dif ficile de passer en revue la liste des séries télévisées lors de n\u2019importe quelle saison sans en trouver plusieurs qui ont une dette créative envers Twin Peaks [\u2026] Les manipulations de l\u2019étrange de Lynch, ses ruptures surréalistes dans la continuité narrative [\u201csurreal non- sequiturs\u201d], son humour noir et ses plans-séquences inquiétants caractéristiques peuvent être ressentis dans une variété de séries à succès, des Sopranos à Lost, même si peu réussissent à combiner tous ces éléments pour un tel effet hypnotique.» Selon Mariani, Twin Peaks constitue une influence majeure de notre ère de visionne- ments-marathons de séries, ajoutant que Lynch, au fond, revient dans un paysage télévisuel qui a largement évolué à son image.La filière Blue Velvet D\u2019abord proposé sous la forme d\u2019un téléfilm en 1990, un «pilot » visant à tester l\u2019intérêt du public et, par conséquent, du télédif fuseur ABC, Twin Peaks misa d\u2019of fice sur un ton et une manière jusque- là inconnus en télévision.Co- créé par David Lynch et Mark Frost, l\u2019univers de Twin Peaks s\u2019inscrivait dans la continuité de celui de Blue Velvet (1986), triomphe critique et personnel pour Lynch après la débâcle de la superproduction Dune, son premier et dernier film «de studio».Revenant à une échelle plus petite, plus personnelle, et proche à cer tains égards de son tout premier film, l\u2019ouvertement expérimental Earaser- head, L ynch imposa sa voix singulière avec Blue Velvet, sans lequel son autre chef- d\u2019œuvre, Mulholland Drive, n\u2019aurait pu être.Dans Blue Velvet, Kyle Ma- cLachlan, oui, le futur agent Cooper de Twin Peaks, joue un collégien curieux qui, avec l\u2019aide d\u2019une amie (Laura Dern), se met à enquêter (tiens, tiens) dans son hameau après avoir découvert une oreille coupée dans un terrain vague.Inspirés en par tie du roman et de la série à succès Peyton Place, dont Lynch détourne et pervertit les poncifs de mélodrame sur fond de secrets de banlieue, tant Blue Velvet que Twin Peaks se plaisent à démontrer qu\u2019il n\u2019est point de « petite ville sans histoire » et que, derrière les façades tranquilles et impeccablement entretenues, l\u2019ignominie fait volontiers son nid.La démonstrat ion a ceci d\u2019original que, dans ce décor banal et donc rassurant , L ynch introduit des moments d\u2019inquiétante étrangeté, voire des fulgurances oniriques, qui donnent graduellement aux récits des allures de cauchemar éveillé.Peuplée de personnages excentriques, l\u2019intrigue, aux accents tantôt criminels, tantôt surnaturels, de Twin Peaks est tout par ticulièrement cr yp- tique.Ici, le concept d\u2019horreur sans nom se voit coiffé à tout le moins d\u2019un surnom : Killer Bob \u2014 les téléphages qui l\u2019ont connu ne manqueront pas de s\u2019en souvenir.Casser le moule Pourquoi Twin Peaks a tant marqué, s\u2019est tant démarqué ?Justement parce qu\u2019en cette occasion, Lynch transposa son cinéma à la télévision, ce qui était en soi inédit.Depuis une dizaine d\u2019années, avec l\u2019âge d\u2019or de HBO, on ne cesse de dire combien la télé est à présent « cinématographique » (il faut se souvenir que les productions télévisuelles étaient jadis toujours identifiables comme telles).Hormis les techniques et procédés issus du 7e art, désormais courants en télé, on note aussi que celle-ci est devenue plus audacieuse que le cinéma (hollywoodien, s\u2019entend).Et tout cela, faire en somme du cinéma d\u2019auteur à la télé, remonte, non pas exclusivement, mais en bonne partie à Twin Peaks.Lynch et Frost firent alors fi des dogmes en vigueur et cassèrent le moule.Comme le rappellent Emma A.Jane et Chris Barker dans une analyse publiée dans Cultural Studies : Theory and Practice : « Twin Peaks était \u201cdoublement codé\u201d selon la manière communément acceptée des textes postmodernes.Cela implique une combinaison de codes qui lui permet d\u2019interagir avec une \u201cminorité concernée\u201d familiarisée avec un langage \u201cexper t\u201d ainsi qu\u2019avec une audience populaire plus vaste.Twin Peaks était postmoderne dans sa forme multigenre, en vertu de laquelle des conventions de la série policière, de la science- f iction ou du roman-savon étaient mélangées d\u2019une manière qui devait par fois être prise au sérieux et à d\u2019autres moments être considérée comme une parodie humoristique ambivalente.» Et les auteurs de poursuivre que Twin Peaks fut le précurseur de toutes les séries aux accents insolites qui pullulent depuis (de Bates Motel à True Detective en passant, chez nous, par Grande Ourse).Dernière question En toute justice, la première saison de Twin Peaks, qui est celle qui fit passer la série à la postérité, est supérieure à la seconde, celle-là, de l\u2019aveu même des cocréateurs, bancale.Ce qui poussa L ynch à réaliser en 1992, après le retrait de la série, le film Twin Peaks : feu marche avec moi, un antépisode contant les derniers jours de Laura Palmer.Mal reçu, le film vaut d\u2019être redécouvert, d\u2019autant que Lynch a indiqué que la troisième saison s\u2019y réfère abondamment.Il faut en outre savoir que Lynch et Frost ont coécrit l\u2019ensemble des huit épisodes et que le premier les a tous réalisés, contrairement aux deux saisons initiales.Ah, et, parmi les visages familiers de Twin Peaks, il s\u2019en trouvera un nouveau: celui de Laura Dern, venue tenir un « rôle surprise » aux côtés de Kyle MacLachlan, son ancien partenaire de\u2026 Blue Velvet.Après avoir combiné télévision et cinéma, David Lynch fusionnera-t-il ses propres créations?Au Québec, la 3e saison de Twin Peaks débutera le 21 mai sur la chaî ne The Movie Network.Super Écran lancera la version française le 19 septembre.Le Devoir CULTURE > ÉCRANS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 3 DÉDIÉ À LA DRAMATURGIE D\u2019ICI DIRECTION ARTISTIQUE SYLVAIN BÉLANGER JOIGNEZ-VOUS AU CENTRE DU THÉÂTRE D\u2019AUJOURD\u2019HUI ABONNEMENTS À PARTIR DE 68$ LES AUTEURS DE LA SAISON 17/18 SARAH BERTHIAUME ALEXIA BÜRGER ÉVELYNE DE LA CHENELIÈRE OLIVIER CHOINIÈRE JEAN MARC DALPÉ MARIANNE DANSEREAU FANIE DEMEULE DAVID GRANGER RACHEL GRATON GABRIELLE LESSARD LAURA LUSSIER ALEXIS MARTIN ANDREA MENARD MARIE-ÈVE MILOT YVETTE NOLAN DAVID PAQUET GILLES POULIN-DENIS PAULA-JEAN PRUDAT MARIE-CLAUDE ST-LAURENT MANSEL ROBINSON KENNETH T.WILLIAMS DESIGN GAUTHIER PHOTOGRAPHIE CHRISTIANBLAIS.COM RELATIONS DE PRESSE KARINE COUSINEAU COMMUNICATIONS PARTENAIRES DE SAISON PHOTOS CRAVETV Kyle MacLachlan reprend les habits de l\u2019agent du FBI Dale Cooper, personnage devenu iconique que l\u2019on a aussi vu collégien dans Blue Velvet du même Lynch.Les actrices Madchen Amick (Shelly Johnson) et Peggy Lipton (Norma Jennings) sont de retour, et toujours au Double R Diner.L\u2019af fiche de la nouvelle saison évoque la série originelle.Les manipulations de l\u2019étrange de Lynch, ses ruptures surréalistes dans la continuité narrative, son humour noir, et ses plans séquences inquiétants peuvent être ressentis dans une variété de séries à succès, des Sopranos à Lost, même si peu réussissent à combiner tous ces éléments pour un tel effet hypnotique.Mike Mariani à propos du travail du réalisateur dans The Atlantic « » Après avoir combiné petit et grand écrans, Lynch fusionnera-t-il ses propres créations ?Twin Peaks revient hanter la télévision des statistiques.Avec «la possibilité de réagir dif féremment tous les soirs, car un participant peut changer d\u2019opinion après avoir discuté avec les autres ».Ou alors, la réponse à certaines questions personnelles peut varier avec la présence d\u2019un conjoint dans la salle\u2026 Rimini Protokoll tient à aller au-delà des bulles et à refléter un éventail diversifié de points de vue.« On va ensuite créer le spectacle à Marseille, alors que la Provence vient de voter majoritairement pour [Marine] Le Pen, raconte Stefan Kaegi.C\u2019était très important pour nous de représenter ces gens, mais c\u2019était dif ficile.Cer tains d\u2019entre eux ne désiraient pas participer à un projet qui expose une diversité dont ils ne veulent pas.Mais nous avons insisté.» C\u2019est là que 100 % Montréal se montre moins pluriel, selon Florence Béland.« J\u2019ai trouvé dif ficile de trouver des gens aux opinions politiques dif férentes.Ce sont sur tout des gens soutenant l\u2019immigration qui participent.Montréal est une vil le assez ouver te d\u2019esprit.» Après avoir passé des heu - res à en sillonner tous les recoins, elle est fascinée par les dif férents mondes qui y coexistent.Et par la richesse des histoires de vie des Mont- réalais.La radiographie humaine de la métropole est un peu déformée par le profil de la personne « qui accepte de donner son temps pour le spectacle, admet-elle.Au dépar t, ce sont des gens qui aiment Montréal ».Pour plusieurs, la participation à la pièce exprimait leur attachement à la ville, et pour « beaucoup d\u2019immigrants, tellement bien accueillis », un acte de gratitude.« Il y a une fierté montréalaise dans ce projet.» Collaboratrice Le Devoir 100% MONTRÉAL Un spectacle de Rimini Proto- koll.Conception et mise en scène : Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel.Du 25 au 28 mai, au théâtre Jean-Du- ceppe dans le cadre du Festival TransAmériques.CULTURE > MUSIQUE ET SCÈNE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 4 SAISON 2017/2018 HABITER LA MAISON À PLUSIEURS THÉÂTRE DE QUAT\u2019SOUS D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E ?O L I V I E R K E M E I D 100, avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 ?QUATSOUS.COM D\u2019après le ?lm de Philippe de Chauveron Écrit par Philippe de Chauveron et Guy Laurent Adaptation Emmanuel Reichenbach Mise en scène DENISE FILIATRAULT QU\u2019EST-CE QU\u2019ON A FAIT AU BON DIEU ?rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel avec RÉMY GIRARD et MICHELINE BERNARD MARIE-EVELYNE BARIBEAU, ARIEL IFERGAN, VINCENT FAFARD, ALBERT KWAN, JONATHAN MICHAUD, MARILOU MORIN, IANNICKO N\u2019DOUA, WIDEMIR NORMIL, MYRIAM POIRIER, MARIE-EVE SOULARD LA FERRIÈRE © J e a n - F r a n ç o i s B é r u b é une coproduction de 9207-7569 QUÉBEC INC.THÉÂTRE DU RIDEAU VERT DU 9 MAI AU 10 JUIN 514 844-1793 | rideauvert.qc.ca L\u2019ÉTOILE BANQUE NATIONALE LES 7, 8, 14 ET 15 JUILLET 450 676-1030 | letoilebanquenationale.ca SALLE ANDRÉ-MATHIEU DU 8 AU 19 AOÛT 450 667-2040 | salleandremathieu.com EN TOURNÉE AU QUÉBEC DÈS L\u2019AUTOMNE 2017.POUR TOUTES LES DATES : BONDIEU.CA une coproduction et 9207-7569 QUÉBEC INC.« Une réussite sur toute la ligne.La meilleure pièce de la saison.À voir absolument! » \u2013 LOUISE BOURBO NNAIS, LE JOURNAL DE MONTRÉ AL « Un moment plein de lé gèreté et d\u2019humour.Un magni?que exercice d\u2019autodérision.» \u2013 SOPHIE JAMA , INFO-CULTURE « On rit d\u2019un bout à l\u2019aut re.» \u2013 MICHEL COULOMBE, IC I RADIO-CANADA PREMIÈ RE SUITE DE LA PAGE E 1 PROTOKOLL PEDRO RUIZ LE DEVOIR À Montréal, le groupe recruté reflète la démographie variée d\u2019une métropole qui se démarque par son ouverture d\u2019esprit.S E R G E T R U F F A U T L\u2019 an dernier, Sherbrooke a été pendant quelques jours la capitale mondiale du blues acoustique et surtout engagé.On ne sait pas exactement quand l\u2019album intitulé Migration Blues a été enregistré dans cette ville, les dates n\u2019ayant pas été précisées.Chose certaine, ces jours-là, Eric Bibb, maître sans conteste du blues non électrifié, a présidé à une réunion au sommet avec le Montréalais d\u2019ascendance américaine Michael Jerome Browne, ex-bras droit de Stephen Barry, et le Français de France Jean-Jacques Milteau.Ainsi donc, pour mener à bien cette aventure musicale et politique publiée par l\u2019excellente étiquette alber taine Stony Plain, Bibb s\u2019est associé ceux qui sont devenus au cours des dernières années ses complices.Ce n\u2019était pas la première fois qu\u2019à Sherbrooke ces trois- là jouaient ensemble.Comme d\u2019habitude, Bibb chante et joue de la guitare ainsi que du banjo, Browne de dif férentes guitares dont des exotiques, du banjo, de la mandoline, du violon, et Milteau de divers harmonicas, dont des chromatiques.Bien.S\u2019il y a une chose que l\u2019on a toujours admirée chez Bibb comme d\u2019ailleurs chez Guy Davis et la sublime Rhiannon Giddens, c\u2019est leur engagement politique.Ils n\u2019ont jamais été et ne seront probablement jamais des préposés à l\u2019ambiance.Chez eux, la mise en relief musicale du poids des mots est une constante.Voire une obligation philosophique.À la différence de leurs aînés, qu\u2019ils s\u2019appellent Taj Mahal ou Mississippi John Hurt, ces artistes osent.Quoi ?Décliner clairement les formes modernes de l\u2019esclavage, du lynchage et autres horreurs.Aujourd\u2019hui, Bibb et ses complices proposent donc une réflexion sur ce que vivent des millions de migrants en Afrique, sur le pourtour de la Méditerranée, à la frontière mexicaine et ailleurs.La plupart des pièces jouées ont été écrites par Bibb, avec Browne sur cer taines, avec Milteau sur d\u2019autres, ou par les trois.Entre elles, notre trio a introduit un morceau emblématique signé Bob Dylan : Masters of War.Yes ! Pour donner une idée de la profonde valeur de cette production, voici quelques mots de Bibb : « If there\u2019s a road to a peaceful country / Where the people have pity on a homeless man / Lord, make that highway my way / Make it my road to the Promised Land / Send a prayer to provide protection / For all the people in the world just like me.» Lorsqu\u2019il n\u2019en appelle pas à Dieu, Bibb nous conte les ébranlements divers du migrant mexicain ou encore raconte, sans l\u2019apport des mots, l\u2019expulsion des Acadiens vers la Louisiane dans La vie c\u2019est comme un oignon, l\u2019exil des pauvres du Sud vers les villes industrielles du Nord.Bref, Bibb et ses complices s\u2019attachent à exposer avec une sensibilité aussi rare que fine l\u2019histoire millénaire du déplacement forcé.Quand on y songe, ce Migration Blues est la traduction musicale de cet extraordinaire constat que fit en son temps ce cher Montesquieu et que les nationalistes de tout bord devraient méditer : « Nous sommes tous des accidents géographiques.» Ave ! ?C\u2019est fait.Nous avons déniché la solde des soldes du premier semestre de l\u2019exercice financier en cours.Elle est le fruit du travail effectué par la société française au nom très français Jazzconnoisseur.Voici de quoi il s\u2019agit : cette dernière a fouillé dans le catalogue jazz du conglomérat culturel Sony/CBS qui rassemble pas mal de labels des années 50 et 60 : des américains comme Epic ou des français comme Vogue.Toujours est-il que les animateurs de cette société ont ressor ti des boules à mites des petits bijoux comme The War Sound de Johnny Coles, Chet Is Back de Chet Baker ou des chefs-d\u2019œuvre comme Yeah ! de l\u2019immense Charlie Rouse et autres.Tout ça pour dire que le réseau Archam- bault les met en vente à raison de trois albums pour 15 $.?Avis aux collectionneurs : Monk et Coltrane sont de retour.Il y a peu, Concord Music Group a créé une nouvelle filiale baptisée Craft Recordings à qui a été commandé le mandat de mettre en marché des produits de grande qualité.Le premier d\u2019entre eux est le regroupement en trois 33- tours des enregistrements en studio que Monk et Coltrane avaient réalisés dans les années 50.Le tout accompagné d\u2019un livret évidemment.Date de sor tie : 9 juin.Pour plus d\u2019infos et si on souhaite les acheter, il faut aller sur le site d\u2019Amazon.?Le 7 avril dernier, un hommage de première a été rendu à Oscar Peterson au Symphony Center de Chicago.Les pianistes Kenny Barron, Bill Charlap, Renee Rosnes, Ramsey Lewis, Robi Botos de Toronto, Benny Green et Audrey Morris ont joué « à la Peterson » toute la soirée, accompagnés la plupart du temps par un gentleman : Dave Young à la contrebasse.Il se dit que cet hommage fera l\u2019objet d\u2019un CD.Collaborateur Le Devoir Eric Bibb, ou le blues des migrants L\u2019album Migration Blues expose finement l\u2019histoire millénaire du déplacement forcé OLIVIER LABAN-MATTEI AGENCE FRANCE-PRESSE Eric Bibb chante et joue de la guitare ainsi que du banjo sur l\u2019album Migration Blues enregistré à Sherbooke. CULTURE > FESTIVAL TRANSAMÉRIQUES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 5 VIOLONSDUROY.COM © Marco Borggreve 418 641-6040 | 1 877 641-6040 PARTENAIRE DE SAISON À QUÉBEC SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 PARTENAIRE DE SAISON À MONTRÉAL JEUDI 1er JUIN, 20 H PALAIS MONTCALM - MAISON DE LA MUSIQUE THARAUD INÉDIT Mathieu Lussier Alexandre Tharaud VENDREDI 2 JUIN, 19 H 30 BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL C A T H E R I N E L A L O N D E L a danse est l\u2019ar t du corps par excellence; art du mouvement et de la sensation physique, et surtout art de leur transmission.Au point où il faut parfois recourir à des néologismes, tels que kinesthésie ou sensorialité, pour mieux parler de cette contagion sensorielle qu\u2019elle peut provoquer.Pourtant le toucher, ce sens qui parle le plus directement du physique au physique, est peu utilisé en spectacle.Toucher le spectateur est-il encore un tabou, une barrière?Discussion avec deux chorégraphes qui, différemment, exploreront ce tactile sens au Festival Trans- Amériques (FTA).Certes, on se touche entre danseurs.Que ce soit pour les portés, pour donner un support ou pour la beauté de l\u2019image.Les profs touchent les étudiants pour induire la sensation recherchée, proposer un alignement postural.Des touchers inspirés des techniques somatiques sont du coffre à outils de la création, afin d\u2019atteindre des états de corps particuliers.On a vu au Québec des tou- chers entre danseurs et spectateurs \u2014 Felix Ruckert (d\u2019Allemagne), certaines des Danse à 10 en isoloir de La 2e Porte à gauche, Aurélie Pedron, Mandoline Hybride, David Pres- sault, Pieter Ampe (Flandre), Martial Chazallon et Martin Chaput (France), Katie Ward\u2026 Même si cette liste peut encore s\u2019allonger, franchir le quatrième mur jusqu\u2019à la peau de l\u2019autre demeure somme toute rare.Est-ce parce que ce geste impose souvent qu\u2019on repense le cadre traditionnel de la représentation ?Car toucher le spectateur à la salle Maison- neuve n\u2019est pas la même chose que dans un studio où le public est assis par terre, au même plan que les interprètes.L\u2019intimité et la proximité entre danseurs et spectateurs sont-elles nécessaires ?Pourrait-on toucher un grand nombre?Et s\u2019immisce aussi dans cette réflexion la question du consentement : le spectateur peut-il, doit-il pouvoir choisir de rester dans sa posture de «regardant », même lors d\u2019une expérience qui se veut participative ou immersive ?Des intimités impersonnelles « Je pense que c\u2019est important de se rappeler que le corps est lien, estime le chercheur-cho- régraphe Benoît Lachambre.Trop souvent, on se retrouve dans des systèmes qui créent plutôt des frontières, de la distance entre les gens, et qui cloisonnent les uns des autres.Je crois que recréer du lien, du lien social, est un besoin qui devient de plus en plus urgent.Pour moi, c\u2019est la fonction de la danse maintenant.» Pour son solo Lifeguard, présenté dans un cadre intime, Lachambre invite les spectateurs à le toucher pour générer sa gestuelle.Pas de toucher ?Alors pas de mouvement.« Le spectateur est dans l\u2019expérience et en fait partie.Ce n\u2019est pas per formatif ; pour vraiment expérimenter la pièce dans tous ses angles, le spectateur doit être prêt à toucher, à changer de point de vue, à lire les choses autrement ; c\u2019est ce que je lui demande, qu\u2019il s\u2019engage de façon mobile.» Benoît Lachambre est fasciné par toutes les petites chorégraphies, intuitives, sociales, de navigation, qu\u2019il décèle au quotidien ; il est « fasciné par le fait qu\u2019en tant qu\u2019être humain, on est constamment chorégra- phié : par les autres, par leur présence et par ce qui nous entoure».Il demande donc, pour cette création, au spectateur de circuler et d\u2019observer la proximité ou le passage des autres, leurs architectures, poses et danses, et de constamment changer de position.« Je demande aussi un toucher doux, qui est juste à l\u2019écoute, qui n\u2019a pas à être autoritaire.Si les gens ne me touchent pas, il n\u2019y aura pas nécessairement de danse intéressante.J\u2019attends.» Et il laisse venir.« Quand on me touche \u2014 pas plus de trois personnes à la fois \u2014, je dialogue avec le toucher, pour of frir une danse qu\u2019on peut lire avec la main, en quelque sorte.» Une danse tactile, en braille et en sensations.« Les gens s\u2019aperçoivent que je reçois leur toucher une comme source d\u2019information.Ça me donne un certain support, une trame chorégraphique.» Le créateur cherche ainsi une «intimité impersonnelle».«Les gens me semblent de plus en plus intéressés à percevoir le \u201ccorps empathique\u201d, ce corps qui crée du lien, avec les autres et son environnement, croit Benoît La- chambre.Je pense que c\u2019est une question de priorités, désormais.On est face à un monde qui est en danger, et très instable \u2014 du côté de l\u2019environnement, de la politique, par exemple.Ça devient nécessaire de recréer les liens qu\u2019on a brisés.De revoir les manières de s\u2019adresser aux autres et de tisser ce lien \u2014 le lien invisible, mais qui peut devenir hyper- tactile une fois les sens éveillés.» Les yeux comme une main Dans 7 Pleasures, la Danoise Mette Ingvartsen travaille sur le plaisir.Elle a déjà exploré la nudité, l\u2019a posée dans l\u2019espace public plutôt qu\u2019intime, tout comme la sexualité.Dans cette par tition, les 12 danseurs se touchent entre eux, par fois nus; et touchent sensuellement des objets.« La danse est d\u2019abord et avant tout visuelle, observe la chorégraphe en entrevue, même si en travaillant la proximité ou le type de représentation, on peut activer les autres sens.» Mme Ingvartsen s\u2019intéresse par ticulièrement à créer une synesthésie \u2014 un transfert d\u2019un sens à un autre \u2014, comme une vision haptique, « où les yeux du spectateur se compor teraient comme des mains et ressentiraient de même, avec cette idée de sentir, physiquement, réellement, à partir des idées qu\u2019on voit».Il n\u2019est pas possible, rappelle la créatrice, de partager avec le public une sensation intime.Ce que le danseur sent n\u2019est pas ce que le spectateur ressentira, et « la kinesthésie n\u2019est jamais vraiment par tagée ».Mais l\u2019expérience du toucher, par exemple, est universelle, et peut-être reconnue, jusqu\u2019à émerger, comme un souvenir.« J\u2019aime faire une danse issue des sens et sensations, et qui montre les changements dans le corps qu\u2019ils provoquent.Je travaille beaucoup les af fects \u2014 pas les émotions, comme la peur ou la tristesse, qu\u2019on peut nommer clairement, mais ces feelings encore inarticulés, sentis mais toujours inconscients.C\u2019est impor tant pour moi de rappeler que les af fects sont aussi des lieux politiques.Nos corps n\u2019échappent pas aux superstructures sociales ; le toucher non plus, d\u2019ailleurs.» Et comme spectateur, avez- vous envie d\u2019être touché ?Et de vous faire toucher?LIFEGUARD Chorégraphiée et dansée par Benoît Lachambre.À l\u2019Espace danse Wilder, du 29 mai au 1er juin.7 PLEASURES Chorégraphie de Mette Ingvart- sen.Interprétée par Johanna Chemnitz, Katja Dreyer, Bruno Freire, Elias Girod, Gemma Hig- ginbotham, Dolores Hulan, Ligia Lewis, Danny Neyman, Norbert Pape, Pontus Pettersson, Anon Santkin, Hagar Tenebaum.À l\u2019Usine C, les 26 et 27 mai.Franchir le quatrième mur jusqu\u2019à la peau Toucher le spectateur est-il un ultime tabou, la dernière barrière ?J\u2019aime faire une danse issue des sens et sensations, et qui montre les changements dans le corps qu\u2019ils provoquent Mette Ingvartsen « » MARC COUDRAIS Dans 7 Pleasures de Mette Ingvartsen, les 12 danseurs se touchent entre eux, parfois nus ; et touchent sensuellement des objets. C H R I S T O P H E H U S S L\u2019 Opéra de Montréal met un point final à sa 37e saison avec le poids lourd des superproductions : La bohème de Puccini, présenté pour la sept ième fois depuis 1980.Pour l\u2019occasion, l\u2019institution reconduit telle quelle la production de 2011, signée Alain Gauthier et Olivier Landreville.Il y a six ans, c\u2019était déjà en mai, Marianne Fi- set et Philippe Bélanger tenaient les deux rôles principaux de Mimi et Rodolfo, confiés cette fois à France Bellemare et Luc Robert.La bohème est évidemment le plus typique, le plus connu et le plus représenté des opéras de Puccini.Une mansarde, le Paris des petites gens (Mimi, qui confectionne des fleurs en papier, et Rodolfo, un poète qui attend le succès) au XIXe siècle.Un amour fou, la maladie, le dés- œuvrement et, au bout, la mort.Puccini à son plus pathétique et lacrymal, à son plus efficace aussi.Puccini lui-même a avoué avoir pleuré en composant la mort de Mimi ! La première de La bohème eut lieu à Turin en 1896 sous la direction du jeune Arturo Toscanini, chef prometteur.La critique prédit à l\u2019ouvrage une brève carrière.On sait ce qu\u2019il en est advenu\u2026 Car le succès des aventures de ce petit peuple de Paris ne se dément pas : à Montréal, en salle, les quatre représentations sont déjà pleines.Il reste la possibilité de se replier sur la projection du 27 mai au stade Molson.Attention : cela a beau être gratuit, il faut se procurer un laissez-passer sur le site de l\u2019Opéra de Montréal.Tradition et mauvaises habitudes Pour poser un regard neuf sur La bohème, nous avons sollicité le témoignage du metteur en scène Renaud Doucet.Avec André Barbe, Renaud Doucet forme le tandem de créateurs lyriques québécois le plus demandé sur la planète.Désormais établis à Venise, Barbe et Doucet, qui viennent de concevoir leur première Bohème pour l\u2019Opéra royal d\u2019Écosse, ont baigné dans ce chef-d\u2019œuvre depuis un an.Ils n\u2019en sont pas sortis indemnes.« On ne nous of fre jamais ce répertoire, car on pense que cela va nous ennuyer », déplore Renaud Doucet, qui relève que « les grands opéras, tels que La bohème, La traviata, Madame Butter fly ou Aïda, vaches à lait des maisons d\u2019opéra, justifient au contraire qu\u2019on y accorde encore plus d\u2019attention ».Pour Renaud Doucet, qui note que « tout le monde a une idée préconçue de ce que ça devrait être», « il ne faut pas mettre en scène l\u2019idée de La bohème, mais la par tition de La bohème ».Pour « ne pas confondre tradition et mauvaises habitudes », « la clé se trouve dans la partition d\u2019orchestre ».Il faut y traquer « les motivations qui créent un tempo, un rythme».« Nous avons tous entendu La bohème.Nous avons tous vu La bohème.Or, il faut se poser des questions.Pourquoi cette virgule ?Pourquoi ce changement de tonalité ?Pourquoi le hautbois plutôt que la flûte?Quand on va au plus proche de la musique, on retrouve l\u2019émotion.En Écosse, nous avons décor tiqué la par tition note par note ; nous avons remis en question la moindre double croche.En Europe, en six semaines, on a le temps de le faire.À la fin du processus, l\u2019action crée le chant et cela devient normal, organique.» Premier maître Chose étonnante : au fil de toutes ses études et écoutes pendant une année, Renaud Doucet n\u2019a jamais trouvé un enregistrement approchant celui d\u2019Ar turo Toscanini, le créateur.«C\u2019est un choc, une référence, car c\u2019est la source.Il a travaillé avec Puccini, il aime le théâtre en musique.Tous les mots ont une émotion et toutes les émotions sont retranscrites en musique.Tout vient de l\u2019idée derrière les mots : il ne s\u2019agit pas de faire un portamento ici ou un point d\u2019orgue là, juste pour faire joli, alors qu\u2019ils n\u2019existent pas.» Dans le même ordre d\u2019idées, «quand on a un rallentando chez Puccini, il faut le commencer là où il est écrit, pas six mesures avant».De ce point de vue là, c\u2019est vrai, la tonicité de Toscanini a été largement perdue et l\u2019interprétation de La bohème appelle «des contrastes plus grands au niveau des tempos».Sur le fond, selon notre témoin, « il n\u2019y a rien à dépoussiérer, car il n\u2019y a pas de poussière : la partition est tellement touchante ; il suffit d\u2019enlever le pathos surajouté ».C\u2019est la simplicité, le chemin qui mène à « Ia sincérité des émotions et des personnages » qu\u2019il s\u2019agit de retrouver : « Il n\u2019y a que de l\u2019amour, que de la tendresse, que de l\u2019humour qui donne une rythmique.Quand on étire tout, La bohème n\u2019a plus aucun sens.Cela parle de gens jeunes et il faut retrouver cette jeunesse.» D\u2019ailleurs, à ce titre, Renaud Doucet pense qu\u2019en dépit de certains codes, « si la transposition est faite intelligemment, l\u2019action peut se passer aujourd\u2019hui ».« La bohème est une fenêtre sur notre vie : on rit, on pleure, on suf foque.Si on ne pleure pas en regardant La bohème, en montant La bohème ou en dirigeant La bohème, c\u2019est qu\u2019on ne fait pas La bohème, car il y a un moment où ça nous prend aux tripes.Après, notre boulot à nous, c\u2019est de faire pleurer les gens, pas de pleurer nous-mêmes ! » Le Devoir LA BOHÈME Opéra de Giacomo Puccini.Avec France Belle- mare (Mimi), Luc Robert (Rodolfo), Lucia Cesa- roni (Musetta), Justin Welsh (Marcello), Christopher Dunham (Schaunard), Alexandre Sylvestre (Colline), Claude Grenier (Benoit et Alcindoro), Orchestre Métropolitain, James Meena.Mise en scène : Alain Gauthier.Salle Wilfrid-Pelletier, samedi 20 mai 2017 à 19h30.Reprises les 23, 25 et 27 mai.CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 6 VENDREDI 26 MAI - 19 h 30 DIMANCHE 28 MAI - 15 h VENDREDI 2 JUIN - 19 h 30 DIMANCHE 4 JUIN - 15 h VENDREDI 9 JUIN - 19 h 30 DIMANCHE 11 JUIN - 15 h BEETHOVEN INTÉGRALE DES QUATUORS 3 WEEKENDS INOUBLIABLES EN COMPAGNIE DU DOVER QUARTET* WWW.FESTIVALMONTREAL.ORG \u2022 Offre spéciale : appelez au 514 489-7444 *Causeries pré-concert gratuites 45 minutes avant chaque performance Salle Pollack, Université McGill 555, rue Sherbrooke O.Billets à partir de 28,50 $ (taxes et frais inclus) en vente sur le réseau Admission* 1 855 790-1245 *tarifs spéciaux pour étudiants, aînés et enfants (12 ans et moins) ÇA N\u2019ARRIVE QU\u2019UNE FOIS DANS UNE VIE ! C o n c e p t i o n : O b l i k .c a ARIONBAROQUE.COM \u2014 514 355-1825 ŒUVRES DE VIVALDI Chef et soliste invité : Enrico Onofri, violon baroque (Italie) 19 mai 2017 20:00 20 mai 2017 16:00 21 mai 2017 14:00 SALLE BOURGIE DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS L\u2019ESTRO ARMONICO Présenté par Retrouver la simplicité de La bohème Vache à lait des maisons d\u2019opéra, l\u2019œuvre de Puccini clôt la saison de l\u2019Opéra de Montréal Puccini au stade Molson Il y aura une projection gratuite de La bohème pour 15 000 spectateurs le 27 mai sur écrans géants au stade Molson.Il faut toutefois se procurer un laissez-passer obligatoire via le site de l\u2019Opéra de Montréal : labo- heme.operademontreal.com.La projection, qui aura lieu beau temps, mauvais temps, sera précédée d\u2019activités de démocratisation de l\u2019opéra.Un service de navette sera offert par la STM au départ de la station McGill.YVES RENAUD LE DEVOIR Dans la nouvelle mouture de la superproduction, les rôles de Mimi et de Rodolfo ont été confiés à France Bellemare et Luc Robert. CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 7 Y V E S B E R N A R D C\u2019 est l\u2019un des plus grands chanteurs du Québec.Ses montées aériennes rappellent celles de Lokua Kanza, ses phrasés respirent comme ceux d\u2019un Ismaël Lô et sa brillante façon de rythmer les atmosphères ramène parfois au monde de Marie Daulne et des regrettés Zap Mama.S\u2019il vient de la soul, de sa Yaoundé natale, et de la culture bafia du village de sa mère, Just Wôan s\u2019applique maintenant à intégrer davantage le rock et la pop nord- américaine à son univers.Et depuis l\u2019attentat du 22 mars 2016 à l\u2019aéroport de Bruxelles, i l chante pour un monde équitable.En résulte A Second Chance , un troisième disque qu\u2019il offre ce mardi au Lion d\u2019Or.Just Wôan raconte : «Sort du destin : je suis arrivé à l\u2019aéroport de Bruxelles, où je devais simplement faire une escale, et je me suis retrouvé piégé pendant les événements.Les bombes détonnaient à quelques mètres de moi et, pour la première fois de ma vie, je n\u2019ai plus regardé le terrorisme avec les yeux de quelqu\u2019un qui zappe à la télé.Je me suis demandé ce qui se passait dans le cerveau du gars qui s\u2019est fait exploser.Un jeune qui a fait des études à l\u2019université, qui a une vie, une femme et des enfants.Qu\u2019est-ce qui se passe dans sa tête pour qu\u2019il accepte de mourir pour une cause aussi stupide.» Quelles furent ses réponses ?« Je n\u2019ai pas la prétention d\u2019avoir obtenu des réponses, mais j\u2019en suis sorti en me disant qu\u2019il fallait que les ar tistes s\u2019engagent plus que jamais pour que les humains se tendent la main.» Just revenait du village de sa mère au Cameroun.Là-bas, rappelle-t-il, les gens se lèvent à 6 h, vont au champ, marchent trois heures, travaillent dans les plantations, reviennent à 20 h, ne sont vraiment pas fainéants.« Mais ils ne mangent pas à leur faim et ils cultivent le café dont ils n\u2019ont pas besoin.J\u2019ai connu ce village pour la première fois à l\u2019âge de 15 ans.J\u2019y avais rencontré des jeunes de mon âge qui n\u2019avaient jamais lu un livre, qui n\u2019avaient ni télé, ni radio, pas même d\u2019électricité, mais ils avaient les mêmes notes que moi à l\u2019école et parlaient aussi bien français que moi.Depuis ce temps, je me dis que cette culture africaine est compatible avec la culture universelle et que mes origines ne sont pas un handicap.» Un trésor immense Enfant des années 1980, Justin Itoko, dit Just Wôan, est le jeune citadin africain du XXIe siècle.Trempé à la fois dans les chorales et dans la soul d\u2019Erika Badu, il s\u2019intéresse ensuite au hip-hop, avant de découvrir les artistes africains majeurs qui, comme Youssou N\u2019Dour, Manu Di- bango et Lokua Kanza, vont l\u2019inspirer.Il finit par découvrir l\u2019essence de son combat : celui de pousser cette culture bafia pour qu\u2019elle se pérennise.«C\u2019est une langue percussive et aussi très musicale, comme la plupart des langues bantoues d\u2019Afrique centrale, une langue aux accents toniques avec des mots qui ont déjà des notes très précises que tu dois respecter quand tu les chantes, sinon tu en changes le sens.Quelques artistes ont chanté en bafia la musique traditionnelle, mais il n\u2019y en a pas vraiment qui ont essayé de faire des sons contemporains avec cette langue.J\u2019essaie de tremper le bafia dans tout : dans la soul, dans la pop, dans le jazz et dans le blues.» Il le fait admirablement.En 2011, un premier disque carte de visite permet de découvrir la richesse de cette voix de tête ou de poitrine au registre impressionnant et qui se fond dans de déli - cieuses harmonies vocales.Puis, c\u2019est l\u2019arrivée à Montréal et la préparation d\u2019Ikomo, un disque double avec d\u2019un côté le bafia qui se mêle au jazz-soul et de l\u2019autre, des chansons en français avec un fond bafia.Voici maintenant A Second Chance, qu\u2019il transpose en quatuor.En concer t, il y joue la basse pour garder intact le groove africain.Cet ar tiste est un trésor au potentiel immense.Collaborateur Le Devoir Au Lion d\u2019Or, mardi 23 mai à 20 h.Just Wôan, chanter pour un monde équitable Le chanteur et multi-instrumentiste offre un troisième disque engagé aux accents pop ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le chanteur montréalais d\u2019origine camerounaise Just Wôan garde intact le groove africain.J\u2019essaie de tremper le ba?a dans tout : dans la soul, dans la pop, dans le jazz et dans le blues Just Wôan « » MODERN PIANO MUSIC D\u2019Ed Atkins à la DHC/ART Fondation pour l\u2019art contemporain, 451 et 465, rue Saint- Jean.Jusqu\u2019au 3 septembre.M A R I E - È V E C H A R R O N S e promener dans l\u2019exposition d\u2019Ed Atkins, c\u2019est un peu comme traverser un cauchemar récurrent dont les motifs reviennent en boucle.Non pas que les œuvres soient ratées.Au contraire, elles sont des plus abouties dans leur capacité à rendre compte, par l\u2019animation 3D et les images de synthèse, des impacts des technologies dans nos vies.Toutes récentes, les œuvres de l\u2019artiste britannique n\u2019engagent pas pour autant un propos technophobe.Elles se veulent plutôt de puissantes évocations des enjeux affectant la subjectivité et le pouvoir d\u2019agir dans un monde peuplé d\u2019interfaces numériques, d\u2019applications et d\u2019algorithmes.La teneur des œuvres est en elle- même spectaculaire, exploitant les moyens de la haute définition et de la modélisation sous la forme d\u2019une installation immersive amplifiée par des bandes sonores hautement étudiées.Les six projections présentées se déploient en effet dans l\u2019espace grâce à des écrans affirmés en volumétrie, parfois décuplés, et devant être appréciés dans un périmètre délimité par un tapis au sol qui, cependant, ne procure à l\u2019expérience que l\u2019apparence du confort.Captivants, les films de courte durée n\u2019en demeurent pas moins déstabilisants, créant plusieurs malaises, malgré les soulagements procurés par cer tains moments d\u2019humour grotesque.Chacune des œuvres met en scène un personnage masculin plutôt pathétique, des avatars que l\u2019artiste se plaît à animer dans des situations aussi troublantes qu\u2019absurdes.Posthumanisme Rien ne semble donc moins approprié que le titre de l\u2019exposition pour définir son contenu, un volontaire décalage d\u2019ailleurs observé dans le montage des films et dans la rhétorique épousée par l\u2019artiste de réputation internationale.Ce qu\u2019un « Modern Piano Music » annonce, c\u2019est un paradigme autre que celui fondant la démarche d\u2019Atkins, plus foncièrement ancrée dans le postmo- dernisme et le posthumanisme.Les univers campés par l\u2019artiste se font intertextuels, les codes de dif férents langages s\u2019y croisent, ceux du cinéma, de la littérature, de la musique et du jeu vidéo.Les œuvres en sont truffées, comme dans Hisser qui suit l\u2019avatar, un homme blanc, dans sa chambre, en proie à la tristesse ou se masturbant devant les images du test de Rorschach.Le décor est bâti avec cer tains motifs commercialisés exploités ici à outrance comme des ready- mades par l\u2019ar tiste soucieux d\u2019en interroger l\u2019usage même.Des détails de la chambre révèlent du prêt-à-penser, livre de croissance personnelle, affiches ornées de citations, etc.Un environnement étouffant à l\u2019image du lit d\u2019enfance trop petit qui accueille le corps du personnage avant que tout se fasse engloutir par un trou.La répétition est un moteur récurrent des vidéos de l\u2019artiste qui ne racontent pas d\u2019histoire.Par collage, boucle et réitération, elles suggèrent plutôt des états émotifs, préfèrent les hiatus à la continuité.Elles refusent de prêter aux personnages une intégrité et une intériorité ; ce sont des coquilles vides.Dans cet esprit, plusieurs œuvres font apparaître un même personnage en multiple, cloné.La bande de Hisser joue d\u2019ailleurs sur deux étages distincts, à des échelles différentes, faisant de chaque visionnement l\u2019occasion de réévaluer sa perception devant ce qui va recommencer et est reproductible à l\u2019infini.L\u2019accrochage de l\u2019œuvre, au 451 de la rue Saint-Jean, reprend ainsi en partie la logique qui présidait à sa présentation initiale dans un bâtiment de plusieurs étages dans le cadre de la Biennale d\u2019Istanbul en 2015.L\u2019étroitesse des salles sert bien également l\u2019état de réclusion dans lequel se trouvent les personnages.Les deux œu- vres maîtresses occupent toutefois l\u2019adresse voisine que comporte aussi la DHC/ART.Ribbons (2014) s\u2019affirme en effet avec majesté sur trois volumes de projection au cœur d\u2019une pièce.Un skinhead s\u2019abîme dans l\u2019alcool, soliloquant un discours qui ne semble pas le sien, à la manière des mots grossiers inscrits sur son corps, des tatouages tracés à la va-vite.Lorsqu\u2019il entonne un chant de Bach, une émotion grave éclipse la dureté de l\u2019automate, qui ne sera finalement que traversé par cette musique.Scène loufoque La musique joue aussi un rôle prédominant dans Safe Conduct (2016) sous les airs du Boléro de Ravel imprégnant son crescendo légendaire au déroulement de l\u2019action qui se passe dans un aéroport.Au tapis déroulant du contrôle de sécurité et au carrousel de récupération des bagages, l \u2019avatar n\u2019en finit plus d\u2019exposer ses biens et sa personne, déposant dans les bacs de plastique, entre autres, ananas et armes à feu, puis les membres arrachés de son corps.Comme ailleurs dans les œuvres d\u2019Atkins, la caméra scrute le visage, ici tuméfié par une cause inconnue.Le cadrage serré dévoile dans l\u2019image au rendu hyperréa- liste la facticité dans ce qui est tenu pour le plus « humain », à savoir le visage avec son regard et ses expressions.Le personnage l\u2019enlève d\u2019ailleurs comme le reste, un masque, mais qui revient sans cesse.Cette scène d\u2019aéroport, loufoque et dérangeante, pourrait être une métaphore de l\u2019individu exposant déjà, de son plein gré, les moindres aspects de sa vie par les nombreuses activités sur la Toile que sont ses gestes de consommation, de socialisation et de divertissement rendus possibles par les dispositifs du numérique et des réseaux virtuels.Ce phénomène n\u2019a toutefois rien d\u2019un rêve.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 8 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 28-31 juillet SÉJOUR DANS LES BERKSHIRE le Festival Tanglewood, celui de Marlboro, les musées, le jardin botanique 6 août et Tours de l\u2019île à MONTRÉAL 24 septembre vers l\u2019est (6 août), vers l\u2019ouest (24 septembre) 9 septembre GATINEAU et OTTAWA L\u2019art d\u2019ici, les fleurs de partout! DE VISU C U L T U R E Ces avatars qui nous ressemblent Les œuvres du Britannique Ed Atkins font plonger dans un cauchemar bien réel RICHARD-MAX TREMBLAY Vue sur l\u2019œuvre Even Pricks d\u2019Ed Atkins, 2017 RICHARD-MAX TREMBLAY Vue sur l\u2019œuvre Ribbons d\u2019Ed Atkins, 2014, telle qu\u2019exposée à la DHC/ART ces jours-ci L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 9 Une exposition organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal en collaboration avec le Los Angeles County Museum of Art, et initiée par la Cité de la musique \u2013 Philharmonie de Paris, et La Piscine \u2013 Musée d\u2019art et d\u2019industrie André Diligent, Roubaix, avec le soutien de la Succession Chagall.| Marc Chagall, Le Cirque bleu (détail), 1950-1952.Nice, Musée national Marc Chagall, dépôt du Musée national d\u2019art moderne \u2013 Centre Pompidou, Paris.© SODRAC & ADAGP 2017, Chagall ®.© CNAC / MNAM / Dist.RMN-Grand Palais / Art Resource, NY.Photo Gérard Blot CHAGAL L COULEUR ET MUSIQUE Une présentation de Grand mécène Grand bienfaiteur LES AMBASSADEURS DE CHAGALL À MONTRÉAL JOURNÉES SUPPLÉMENTAIRES 22 ET 29 MAI \u2014 5, 12 ET 13 JUIN PLUS QUE 3 SEMAINES ! I l l u s t r a t i o n : w w w .a n n i e c a r b o .c o m en Vieux-Montr éal - #rnf2017 #375mtl ACTIVITÉ GRATUITE TOUTES CES CHOSES D\u2019Ève Cadieux.Au Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal, pavillon de la Faculté de l\u2019aménagement (2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, salle 0056), jusqu\u2019au 9 septembre.J É R Ô M E D E L G A D O L es objets et toute notre histoire matérielle s\u2019inscrivent dans une incessante série de coups de vent.À chaque rafale, ou presque, la moindre chose fabriquée par la main humaine est repoussée et remplacée par une autre, meilleure, plus belle, plus solide, plus utile.Dans son travail photographique, l\u2019artiste Ève Cadieux se pose en contre-pied de cette coutume à enterrer chaque objet, une fois sa vie consumée.L\u2019exposition Toutes ces choses, rétrospective de vingt ans de pratique, rend compte d\u2019une nature humaine incapable, finalement, de se débarrasser de son passé matériel.Il y a autant de la nostalgie bien assumée que du souci scientifique, ou anthropologique, dans l\u2019approche adoptée par l\u2019artiste.Réalisés entre 2002 et 2017, les huit projets qu\u2019elle a rassemblés au Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal sont à la fois teintés d\u2019affect et présentés avec le recul nécessaire de la documentariste.Avis aux amateurs de modes vintage : les vedettes, ici, se nomment ViewMaster ou Floppy Disk, ce sont des boîtes Kodak ou des téléphones à cadran.Deux séries voisines, Des restes (2002) et Des restes II (2015), montrent des objets chéris, isolés en plan général et choisis après échange et discussion avec les proches de l\u2019artiste.On est dans la sphère privée et intime.À l\u2019opposé, les séries Alfama (2009) et Aux puces\u2026 (2015-\u2026), réalisées dans des marchés publics, relèvent davantage de l\u2019offrande, de la mise en vitrine des plus beaux produits.Les images ne s\u2019attardent pas à un objet, mais à des ensembles : autels urbains, bancals et pourtant presque sacrés.Si le fétichisme est la colonne vertébrale de ces deux séries, c\u2019est l\u2019échange humain, réel, qui en est le cœur.Ce sera moins vrai avec les projets plus récents exposés, symptôme de la dématérialisation galopante.Faire avec la numérisation Ève Cadieux ne fait pas que photographier les objets des autres.Elle qui a longtemps assumé la direction artistique de VU, centre de Québec dédié à la photo, pose à travers ses différents corpus un regard sur l\u2019évolution de son art.Dans la série Avant l\u2019heure : les ateliers (2002- 2004), comme dans Des restes, identifiée aussi par l\u2019énoncé «à propos d\u2019une forme de relief qui ne correspond plus aux conditions de la vie actuelle », l\u2019artiste a fait appel à la solarisation, procédé de surexposition des images amenant l\u2019inversion entre le positif et le négatif.Au-delà du clin d\u2019œil à l\u2019histoire de la photographie (et à Man Ray, un des plus illustres utilisateurs de la solarisation), la signature Cadieux a une portée encyclopédique.La série sur les ateliers (des chambres noires?), bien qu\u2019elle détonne du reste de l\u2019expo \u2014 la figure humaine prend ici la place de l\u2019objet \u2014, s\u2019inscrit dans ce discours sur l\u2019imminente mort matérielle.Avec l\u2019arrivée du numérique, et l\u2019abandon de la chambre noire, la photographie est sans doute la discipline qui a le plus changé sous le coup de vent technologique qui a frappé au tournant du siècle.La nostalgie, chez Cadieux, s\u2019exprime aussi dans sa manière de s\u2019adapter à la nouvelle réalité.L\u2019 image qui ouvre l \u2019expo est peut-être seule en son genre, mais elle est emblématique du propos de Toutes ces choses.Avec son ordinateur abandonné sur le sable, Sur la plage (2015) parle du rejet des vieux outils.Comme un objet lourd et encombrant, la photo repose au sol, sans y toucher : deux cuvettes de développement de pellicule ont été recyclées et lui servent de socle.Avec les œuvres de 2017 \u2014 L\u2019entreposoir (une vitrine contenant des centaines d\u2019images) et Mor ts annoncés (une vidéo rassemblant les mêmes documents) \u2014, ce ne sont plus les objets eux-mêmes que cherche et photographie Ève Cadieux.Mais les photos de ceux- ci, qu\u2019elle télécharge.Dématérialisées, mises ainsi en vente sur le Web, les « choses » n\u2019existent que comme fantômes.L\u2019échange humain n\u2019est plus indispensable, l\u2019image a perdu en qualité, l\u2019obsolescence se faufile partout.Désormais virtuel, le souk rend inaccessibles les objets.Dans la vidéo, ils défilent l\u2019un après l\u2019autre, sans qu\u2019on puisse s\u2019y attarder vraiment.Dans la vitrine, seules les photos du dessus sont visibles \u2014 et encore.C\u2019est un mausolée de choses, et i l ne nous reste qu\u2019un vague souvenir d\u2019elles.Collaborateur Le Devoir Ève Cadieux, de l\u2019échange intime au souk virtuel L\u2019artiste est passée de photographe d\u2019objets à collectionneuse d\u2019images d\u2019objets CULTURE > DE VISU ÈVE CADIEUX Les huit projets d\u2019Ève Cadieux rassemblés au Centre d\u2019exposition de l\u2019Université de Montréal ont une portée encyclopédique. LA MORT DE LOUIS XIV ?Drame historique d\u2019Albert Serra.Avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d\u2019Assumçao, Marc Su- sini, Irène Silvagni, Jacques Henric et Vicenç Altaio i Mor- ral.France, Espagne, 2016, 116 minutes.M A N O N D U M A I S Au retour d\u2019une promenade dans les jardins de Versailles, Louis XIV (Jean-Pierre Léaud, impérial) ressent une douleur à la jambe.S\u2019ensuit une lente agonie de trois semaines pour le souverain qu\u2019Albert Serra relate en une somptueuse suite de tableaux rappelant les œuvres de Rembrandt et de Vélasquez.Désirant être fidèle à la réalité, Serra, qui s\u2019est aussi intéressé à la mor t de Casanova dans Histoire de ma mort, s\u2019est inspiré des mémoires de deux courtisans ayant assisté aux dernières heures du Roi-So- leil, Saint-Simon et le marquis de Dangeau.La parole se fait rare dans la chambre du roi, presque autant que la musique, Serra lui préférant le chant des oiseaux, mais les propos qu\u2019on y entend sur la médecine et sur la science sont révélateurs.On sent dans chaque cadrage, composé avec une minutie exemplaire, une volonté presque documentaire et infiniment respectueuse, malgré quelques détails sordides, d\u2019illustrer une page d\u2019histoire.À 76 ans, atteint de la gangrène sénile, le plus grand roi de France n\u2019a plus la force de se rendre à la messe ni au conseil des ministres.Alité, entouré de ses valets et de ses médecins, recevant de rares visites de Madame de Mainte- non (Irène Silvagni, austère), celui qui aimait autrefois faire bombance n\u2019a plus d\u2019appétit.Chaque fois qu\u2019il croque du bout des dents dans une biscotte, les dames de la cour, s\u2019entassant dans le cadre de la porte, l\u2019applaudissent comme s\u2019il était un enfant.Homme de devoir, il reçoit son arrière-petit-fils, le futur Louis XV, pour s\u2019assurer qu\u2019il fera un bon roi.Dans de rares moments, le cinéaste laisse poindre un peu d\u2019humour et de tendresse.La voix presque éteinte, le roi sait encore imposer son autorité sur tous.À voix basse, le premier valet Blouin (Marc Susini), le docteur Fagon (Patrick d\u2019Assumçao), le père Le Tellier (Jacques Henric) et la cour rapprochée discutent de l\u2019état du roi.Sachant que l\u2019heure est grave, ils acceptent que le docteur Le Brun (Vi- cenç Altaio i Morral) lui administre un élixir dont ils doutent de l\u2019efficacité.En ayant choisi de reproduire ces propos entendus dans les appartements du roi, Serra semble vouloir souligner, à l\u2019instar de Molière dans Le malade imaginaire, la vanité du corps des médecins et, surtout, leur incapacité à prendre une décision éclairée.Tandis que le visage du grand Jean-Pierre Léaud se transforme peu à peu en masque mortuaire, qu\u2019il fixe longuement la caméra en silence, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019avoir l\u2019impression que le mythique acteur fait ses adieux au cinéma.Alors que les acteurs déclament leur texte de façon plus rigide que solennelle, Léaud s\u2019avère le seul à être littéralement habité par son personnage.Certes, l\u2019atmosphère lugubre pourrait en rebuter plus d\u2019un.Toutefois, l\u2019éclatante beauté des éclairages à la chandelle, lesquels mettent richement en valeur le rouge des tentures et l\u2019or des boiseries, donne à chaque scène l\u2019agréable sensation de pénétrer dans une antichambre secrète du palais où seraient exposées des toiles encore jamais vues.D\u2019un rythme contemplatif, cette œuvre exigeant une certaine patience de la part des spectateurs offre un rendez-vous émouvant et intimiste avec la grande faucheuse devant laquelle monarques et vulgaires mor tels sont tous égaux.Collaboratrice Le Devoir CULTURE > CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 10 Schafer / Zorn o 4 o 5 Rosalind Vendredi 26 mai 2017, 19h30 Conservatoire de Montréal 20e saison Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 CARTE BLANCHE À VALÉRIE MILOT Mercredi 31 mai \u2013 19 h 30 Valérie Milot, harpe Musiciens de l\u2019Orchestre Métropolitain Œuvres de DEBUSSY, RAVEL, SATIE, TAILLEFERRE et TOURNIER Évadez-vous à Paris le temps d\u2019un magni?que programme de musique française avec des premières chaises de l\u2019Orchestre Métropolitain ! TRIO KARÉNINE (France) Mercredi 24 mai \u2013 19 h 30 CHOSTAKOVITCH Trio pour piano et cordes no 1, op.8 WEINBERG Trio, op.24 RACHMANINOV Trio élégiaque no 1 ARENSKI Trio avec piano, op.32 L\u2019excellent trio français brosse un tableau de 50 ans de musique russe.VARIATIONS GOLDBERG Jeudi 1er juin \u2013 19 h 30 Benjamin Alard, clavecin Un monument de la musique de clavier par le gagnant du prestigieux Concours international de clavecin de Bruges en 2004.Une programmation à la hauteur du 15e Festival Montréal Baroque?! POUR ACHETER VOS BILLETS montrealbaroque.com 514 845-7171 Le roi Léaud Le grand Jean-Pierre Léaud incarne le Roi-Soleil au crépuscule de sa vie THE WALL ?Drame de guerre de Doug Liman.Avec Aaron Taylor-John- son, John Cena, Laith Nakli.États-Unis, 2017, 81 minutes.A N D R É L A V O I E C e fut longtemps un trait distinctif du cinéma américain évoquant la guerre du Vietnam : un ennemi le plus souvent tapi dans l\u2019ombre, quasi invisible, sans trait particulier.Il représentait une menace sanguinaire et devait par le fait même être éliminé par tous les moyens.Doug Liman (The Bourne Identity, Edge of Tomorrow) n\u2019a pas l\u2019âge de Michael Cimino (The Deer Hunter) ou d\u2019Oliver Stone (Platoon), mais il semble avoir retenu cette leçon dans The Wall, un exercice de style tourné dans un désert de Californie maquillé en no man\u2019s land irakien, ce pays envahi par George W.Bush.Or, en 2007, le président américain avait annoncé la fin de cette guerre que tous s\u2019accordent pour dire aujourd\u2019hui qu\u2019elle fut aussi ruineuse qu\u2019inutile.À l\u2019époque, les armes étaient loin d\u2019être rangées, et il fallait protéger les infrastructures, tout particulièrement les raffineries et les pipelines\u2026 Deux soldats américains, Shane (John Cena, en passant) et Isaac (Aaron Taylor-Johnson, que la caméra ne quitte jamais), surnommé « Ize », surveillent une scène de désolation jonchée de cadavres: un tireur d\u2019élite irakien en est sûrement l\u2019auteur.Shane, n\u2019écoutant que son impatience, décide de s\u2019y aventurer, pour son plus grand malheur, révélant la présence invisible et inquiétante de Juba (la voix suave de Laith Nakli), une sombre légende pour l\u2019armée américaine, qui compte plusieurs victimes de ses tirs précis.Isaac réussit à se cacher derrière les vestiges de ce qui fut une école et, dans son oreillette, Juba, habile également à trafiquer les communications, amorce avec lui une étrange conversation sur les motifs de cette guerre, les motivations personnelles du soldat, le tout parsemé de digressions littéraires sur Shakespeare et Edgar Allen Poe \u2014 oui, vous avez bien lu.L\u2019affrontement ne relève pas uniquement de la joute oratoire, même si les ambitions visuelles du scénariste Dwain Worrell, un nouveau venu, sont minima- listes.Là se situait sans doute l\u2019intérêt premier de Doug Liman, celui de dynamiser un duel armé reposant en partie sur des dialogues murmurés à l\u2019oreille bien plus que celui d\u2019éveiller les consciences aux horreurs d\u2019un conflit dont les répercussions se font encore sentir à l\u2019échelle internationale.Dans ce style vir tuose (et agité) qui est le sien, Liman scrute sous tous les angles les souffrances du soldat Isaac, lui que personne ne semble vouloir sauver, jamais avare de détails visuels pour décrire l\u2019étendue de ses blessures, de sa soif, et surtout son désespoir devant un ennemi autrement plus érudit, éloquent et retors.Le caractère fantomatique de ce tireur d\u2019élite ajoute au climat d\u2019oppression que The Wall cherche à instaurer, relevant aussi d\u2019un cran notre propre obsession sécuritaire devant la menace terroriste.En ce sens, la conclusion de ce huis clos à ciel ouvert se révèle par faitement cohérente avec le discours ambiant teinté de paranoïa et de xénophobie, arrimée aussi aux diktats de ce cinéma militariste où la fin justifie les moyens.Les sémiologues s\u2019en donneront aussi à cœur joie avec la symbolique du titre ; dans The Wall, le mur ne donne que l\u2019illusion d\u2019une protection\u2026 Collaborateur Le Devoir Un sniper à l\u2019oreille Doug Liman signe un huis clos à ciel ouvert dans un Irak à feu et à sang Tandis que le visage du grand Léaud se transforme en masque mortuaire, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019avoir l\u2019impression que le mythique acteur fait ses adieux au cinéma AXIA FILMS Dans La mort de Louis XIV, le cinéaste Albert Serra laisse poindre un peu d\u2019humour et de tendresse.ENTRACT FILMS The Wall se déroule en huis clos dans un no man\u2019s land irakien. CHUCK (V.O.ET V.F.) ?1/2 Drame biographique de Philippe Falardeau.Avec Liev Schreiber, Elisabeth Moss, Naomi Watts, Ron Perlman.États-Unis, 2016, 98 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E A tteindre la célébrité con - stitue le but ultime de bien du monde.S\u2019il est exacerbé en cette ère de réseaux sociaux et de réalité-spectacle, ce fantasme ne date pas d\u2019hier.On pense au cinéma et à ses aspirantes stars n\u2019ayant jamais pu assouvir leur désir d\u2019être magnifiées par la caméra, voire au théâtre, bien avant, avec ses projecteurs tout-puissants.Le boxeur Chuck Wepner rêvait de gloire, et pas que des quinze minutes promises à tous par Andy Warhol.Philippe Falar- deau relate son histoire sous cet angle dans Chuck , un choix éclairé, puisque voilà un homme qui aurait plus que tout voulu vivre sa vie comme dans un film.La gloire, la vraie, Chuck faillit la connaître deux fois plutôt qu\u2019une, devenant célèbre brièvement, puis retournant à l\u2019anonymat.Sa première chance se manifesta sous la forme d\u2019un combat inespéré contre Mohammed Ali, en 1975, qu\u2019il perdit, non sans avoir gagné le respect de la foule.Vint ensuite le film Rocky, dont la prémisse s\u2019inspirait dudit combat.Surnommé «le vrai Rocky», Chuck se croyait mûr pour Hollywood avec un coup de pouce de Sylvester Stallone.Hélas, de frasques en dépendance, il s\u2019au- tosabota, une habitude, hélas.Il en alla en effet de même dans sa vie personnelle, d\u2019abord avec sa première épouse, Phyllis, qu\u2019il adorait mais trompait à répétition, puis avec leur fille Kimberley une fois celle-ci devenue grande, et dont il voulait être aimé sans lui accorder d\u2019attention en retour.Le film explore à fond le narcissisme de Chuck, qui jaillit à la sur face puis contamine toutes les sphères de son existence dès lors qu\u2019une certaine renommée lui est acquise.Numéros d\u2019acteurs Or, ce qui est formidable avec le film de Philippe Falardeau, c\u2019est que malgré le sentiment de réprobation qu\u2019inspire Chuck, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019éprouver un attachement immédiat et profond envers lui.L\u2019absence totale de condescendance dans le regard que le cinéaste pose sur le protagoniste, qu\u2019il ne ménage pas pour autant, contribue certainement à faciliter ce rapport d\u2019empathie.Il y a cela, et aussi l\u2019interprétation conquérante de Liev Schreiber, comédien doué qui, bien que très intense, parvient sans peine à laisser entrevoir les dif férentes facettes de Chuck, être tour à tour irrésistible et insupportable.La vedette est entourée d\u2019une excellente distribution au sein de laquelle se démarquent Elisabeth Moss et Naomi Watts, première et seconde conjointes de Chuck.La première y va d\u2019une interprétation très étof fée, toute en nuances subtiles, tandis que la seconde, qui canalise une énergie similaire à celle de son personnage de St-Vincent, évolue à l\u2019autre extrémité du spectre avec une « grosse » per for- mance qui, dans le contexte, fonctionne parfaitement.Cet humour-là Le scénario de Jerry Stahl et Jeff Feuerzeig perd un peu de son tonus au troisième acte, sur tout si on le compare au premier, vraiment habile dans sa présentation de Chuck et de son entourage.Puissant ancrage émotionnel aux beaux comme aux mauvais jours, la relation entre Phyllis et Chuck fait ombrage au reste tant elle génère tension dramatique et émotions.La chimie manifeste que partagent Moss et Schrei- ber y est pour beaucoup.À la mise en scène, Philippe Falardeau règle le mouvement d\u2019ensemble en fonction de l\u2019état d\u2019esprit de son antihéros, le r ythme s\u2019accélérant et la technique devenant plus exubérante alors que Chuck chemine, puis s\u2019enfarge, sur la route du succès, avec au bout une jolie rédemption qu\u2019on évoque sans l\u2019appuyer.Juste, la reconstitution d\u2019époque se déploie avec l\u2019inclusion d\u2019images d\u2019archives intégrées de manière habile (beau travail de Nicolas Bolduc à la direction photo), parfois pince-sans-rire.À cet égard, Falardeau ne perd jamais ce sens de l\u2019humour si par ticulier, souvent basé sur des observations de mœurs inusitées ou étonnantes, qui caractérise son travail.Il en résulte, comme auparavant dans La moitié gauche du frigo, Monsieur Laz- har ou encore C\u2019est pas moi, je le jure, un autre por trait humain et amusé tout à la fois.Le Devoir CULTURE > CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 11 Le plus grand génie que le monde ait connu Présente GAGNANT DE 8 OSCARS® (1984) INCLUANT MEILLEUR FILM ! UNE PREMIÈRE MONTRÉALAISE MOZART Chuck, une vie comme un film dans un film Philippe Falardeau revient sur le destin méconnu du boxeur qui inspira le film Rocky ENTRACT FILMS La relation entre Phyllis et Chuck génère tension dramatique et émotions.La chimie manifeste que partagent Moss et Schreiber y est pour beaucoup. CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 0 E T D I M A N C H E 2 1 M A I 2 0 1 7 E 12 C U L T U R E F R A N Ç O I S L É V E S Q U E U ne histoire peut prendre forme de bien des manières.Par fois, elle découle d\u2019un simple flash de prémisse.Parfois aussi, ce sont dif férentes idées de scènes qui finissent par s\u2019emboîter les unes dans les autres.Parfois, encore, ce sont les personnages qui se manifestent d\u2019abord, et qui souf flent ensuite au créateur les aventures qu\u2019ils entendent vivre.C\u2019est à ce dernier cas de figure que Sophie Reine a eu affaire pour son premier long métrage, Cigarettes et chocolat chaud.À la dif férence, notable, que les personnages en question sont inspirés de sa propre famille.Cigarettes et chocolat chaud (oui le titre est un clin d\u2019œil à la chanson de Rufus Wainwright, on y reviendra) conte les hauts et les bas de Denis, un veuf quadragénaire qui s\u2019occupe seul de ses deux filles : Janis, 13 ans, qui dissimule son syndrome de la Tourette, et Mercredi, 9 ans, qui connaît tous les policiers du quartier par leurs prénoms.Entre en scène Séverine, une assistante sociale dont les tendances psychorigides sont aux antipodes de la désinvolture \u2014 apparente \u2014 de Denis.«Une productrice avec qui je collabore souvent [Isabelle Grellat Doublet] a entendu parler de mon histoire personnelle et elle m\u2019a poussée à l\u2019écrire dans le but que je la réalise ensuite moi-même », explique Sophie Reine.« J\u2019ai mis trois ans à dire oui.Donc cette famille barrée, ce papa, ces deux filles\u2026 voilà, c\u2019est ma famille.Durant le processus d\u2019écriture, j\u2019ai mis la vraie vie de côté, avec par exemple l\u2019inclusion de cette travailleuse sociale fictive.Il n\u2019empêche, plus j\u2019avais l\u2019impression de m\u2019éloigner de mon histoire, et plus j\u2019ajoutais de détails tirés de ma vie, mais sans m\u2019en rendre réellement compte.Ce n\u2019est qu\u2019une fois le scénario terminé que j \u2019ai constaté à quel point il était proche de moi.» Pour l\u2019anecdote, le film fut entièrement tourné dans la ville de Clamart, où réside Sophie Reine.Sortir de sa case Monteuse de profession, Sophie Reine s\u2019est souvent distinguée, remportant notamment le César du meilleur montage pour le film de Rémi Bezançon Le premier jour du reste de ta vie pour lequel, on s\u2019en souviendra, Marc-André Grondin avait été désigné Meilleur espoir masculin lors de la même cérémonie.Or, loin de jouer en faveur de la réalisatrice néophyte, cette crédibilité professionnelle constituait un handicap, hiérarchie des métiers du cinéma oblige.« J\u2019ignore comment ça fonctionne au Québec, mais en France, lorsque vous êtes monteur, technicien du ci - néma, vous n\u2019êtes pas réalisateur, point barre.Sachant cela, je craignais de me brû- ler, professionnellement, en réalisant un film.» Là encore, sa productrice l\u2019encouragea.Puis, il y eut la caution de Gustave Kervern, acteur mais surtout coréalisa- teur, avec Benoît Delépine, des perles subversives Louise- Michel et Mammuth.« C\u2019est Gustave que je voyais dans le rôle de Denis, ce père aimant mais un peu dépassé.On lui a envoyé le scénario sans s\u2019attendre à une réponse, mais il a appelé dès le lendemain pour qu\u2019on se rencontre.Il était un peu bourru, comme le personnage, et il m\u2019a demandé pourquoi j\u2019avais pensé à lui, que mon scénario lui avait plu, mais qu\u2019il ne jouait pas vraiment dans des comédies\u2026 Et moi j\u2019ai répliqué que je n\u2019étais pas vraiment réalisatrice, alors.» Ce qui acheva de le convaincre.«Sur le plateau, Gustave a été complètement disponible et ouvert.Je n\u2019ai jamais senti son ego de réalisateur qui aurait une meilleure idée de mise en scène.Comme je connaissais bien le reste de l\u2019équipe à cause de projets précédents comme monteuse, l\u2019ambiance était très, eh bien, oui, familiale.» Une chanson, un titre Restait à dénicher les deux filles de Denis.Le rôle de la cadette Mercredi alla très tôt à Fanie Zanini, toute jeune actrice déjà très expérimentée.« Pour le rôle de Janis, on a procédé à un cast ing sauvage.C\u2019est comme ça qu\u2019on a rencontré Héloïse [Dugas].Héloïse est une enfant précoce, mais avant que ce soit diagnostiqué et qu\u2019on lui fasse sauter deux classes, elle en a bavé à l \u2019école.Elle pouvait donc facilement comprendre le sentiment d\u2019isolement que vit Janis, sa fragilité.Elle m\u2019a épatée.» Et la chanson de Rufus Wainwright, Cigarettes and Chocolate Milk ?« Je l\u2019écoutais en boucle pendant l\u2019écriture du scénario.Je trouvais que les paroles collaient parfaitement au personnage du père, de Denis.Ça parle de toutes ces petites manies qui nous gênent, mais qu\u2019on finit par accepter parce qu\u2019elles contribuent à ce que nous sommes.C\u2019est pile le parcours de Denis dans le film.Je n\u2019étais pas cer taine que les gens noteraient les parallèles, mais ça me plaisait trop pour y renoncer.» Des clopes pour le papa, du chocolat chaud pour les petites : le titre fonctionne à plusieurs niveaux.À l\u2019af fiche le 26 mai, Cigarettes et chocolat chaud fut sélectionné dans la catégorie Meil leur premier f i lm à la Soirée des César.Sophie Reine compte-t-elle en réaliser d\u2019autres ?«Faudra voir.Mais pourquoi pas, avec une bonne histoire?» Ou avec de bons personnages.Le Devoir Sophie Reine, partir de soi La monteuse devenue cinéaste a puisé dans son vécu pour son premier film, Cigarettes et chocolat chaud Merci Bowie Hormis la chanson de Rufus Wainwright qui a inspiré à Sophie Reine le titre de son film, quatre chansons de David Bowie sont entendues dans Cigarettes et chocolat chaud, dont Life on Mars ?et Let\u2019s Dance.Elles étaient inscrites au scénario dès la première version sans que la cinéaste croie un seul instant pouvoir les utiliser.« Quand est venu le moment de trouver d\u2019autres options, j\u2019ai dit à ma productrice que j\u2019enverrais une lettre à l\u2019agent français de Bowie, à tout hasard.À trois jours du début du tournage, son agent anglais a répondu que \u201c David\u201d aimait le projet et qu\u2019on pouvait utiliser les quatre chansons dans notre cadre budgétaire.Sans cette permission, on n\u2019aurait pas eu les moyens de se payer 10 secondes de Bowie ! Il est décédé pendant le montage.J\u2019aurais aimé qu\u2019il voie le film.Quand même\u2026 Ç\u2019a été un vrai miracle », conclut Sophie Reine.335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ® B i b l i o t h e q u e e t A r c h i v e s C a n a d a ?Autre part Ven.sam.21 h 30 de OUANANICHE ?Expo 67 ?Mission Impossible de GUYLAINE MAROIST, MICHEL BARBEAU, ERIC RUEL Ven.-lun.17 h Mar.-jeu.20 h (VF) Ven.-lun.20 h Mar.-jeu.17 h (VOSTA) ?Les 3 Magaly Tous les jours 18 h 30 de FRÉDÉRIC JULIEN MK-21 MILE-END Fanie Zanini, Héloïse Dugas et Gustave Kervern incarnent la famille qui est en vedette dans Cigarettes et chocolat chaud.ALIEN : COVENANT (V.O.ET V.F.) ?1/2 Science-fiction de Ridley Scott.Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Cru- dup, Danny McBride, Carmen Ejogo, Demián Bichir.États- Unis, 123 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E Réveillés de leur hypersom- meil avant d\u2019être arrivés à destination, les membres de l\u2019équipage d\u2019un vaisseau spatial reçoivent un signal mystérieux en provenance d\u2019une planète inconnue.Partis l\u2019inspecter, ils sont décimés par une forme de vie hostile.Tel était, grosso modo, le résumé d\u2019Alien, chef-d\u2019œuvre de Rid- ley Scott sorti en 1979.Et tel est aussi, peu ou prou, celui du récent Alien : Covenant, sixième opus de la série réalisé, lui aussi, par Ridley Scott.Si l\u2019on écrit qu\u2019il s\u2019agit du sixième opus, c\u2019est évidemment parce qu\u2019on ne compte pas les deux abominables Alien contre Prédateur, qui ne sont pas reliés au canon officiel.Plus précisément, Alien : Covenant est la suite de Prometheus, un antépisode, réalisé là encore par Ridley Scott, qui remonte aux origines de la mythologie d\u2019Alien et tente d\u2019expliquer la provenance des fameuses créatures à tête phallique et au sang acide.Promettant une saga spatiale ambitieuse aux accents métaphysiques, Prometheus en déçut plusieurs avec ses scènes d\u2019action souvent plaquées, voire ridicules à la toute fin, comme si Scott craignait d\u2019ennuyer le public.Personnage le plus intéressant du lot, David, l\u2019androïde joué par Michael Fassbender, s\u2019y adonnait à de dangereuses expérimentations avec un sér um noir glané dans l\u2019épave d\u2019un vaisseau abandonné par les « bâtisseurs », peuple ancien ayant créé, entre autres espèces, la race humaine.Or, plutôt que de déboucher sur une réflexion sur les implications et les conséquences de telles manœuvres, les agissements de David ne servaient qu\u2019à justifier le genre de séquences d\u2019action bancales déjà évoquées.Avec un titre comme Prometheus, ou Prométhée, du nom du Titan grec ayant sculpté l\u2019humanité dans la boue, on mettait pourtant la table pour davantage de substance.Recyclage narratif À cet égard, Alien : Convenant fait amende honorable en ramenant David, exilé sur la planète inconnue où s\u2019aventure le nouvel équipage, au cœur de l\u2019intrigue.Véritable apprenti sorcier, David a continué de faire joujou avec la matière noire.Les hybrides qui en ont résulté ressemblent de plus en plus à ce qui deviendra le xé- nomorphe que l\u2019on connaît tous \u2014 rappel chronologique : les événements qui sur viennent dans Alien : Covenant se déroule dix ans après ceux de Prometheus, et dix-huit avant ceux d\u2019Alien.On l\u2019a suggéré d\u2019office, l\u2019intrigue d\u2019Alien : Covenant ressemble beaucoup trop à celle d\u2019Alien.Pis, elle recycle des éléments de la suite immédiate, Aliens, de James Cameron, avec un déploiement plus militaire et une emphase sur les fusils dès lors que l\u2019environnement se révèle hostile.Remarquez, après six films, la redite ne devient-elle pas inévitable ?Fassbender au carré Peut-être pour pimenter la sauce, le scénario coécrit par John Logan (Gladiateur, 007 Skyfall) a la bonne idée d\u2019inclure un second androïde, Walter, une version 2.0 de David, également interprété par Michael Fassbender, brillant au carré.Lors de deux scènes clés, David et Walter échangent sur leurs origines, celles des humains, et David remarque qu\u2019eux deux connaissent tout des « secrets de leurs origines », contrairement aux humains, et que contrairement à ces derniers encore, eux sont éternels.L\u2019hubris de David, insidieuse, est merveilleusement modulée par l\u2019acteur.En ces deux occasions, on ne manque pas de penser à Blade Runner , autre chef- d\u2019œuvre de Ridley Scott.Batty (Rutger Hauer), un réplicant créé par la science pour servir, s\u2019y révolte et s\u2019interroge sur la notion d\u2019humanité, à l\u2019instar de David.C\u2019est selon Rapiécé, donc, mais en toute justice fonctionnel pour ce qu\u2019il est, le scénario d\u2019Alien : Covenant est rehaussé, hormis par la double composition de Fassbender, par le sens esthétique toujours aiguisé de Rid- ley Scott.Son film, à défaut de renouveler un genre auquel il a donné quelques fleurons, est magnifique d\u2019un point de vue strictement visuel, conjuguant élégance spatiale dans le vaisseau et ses environs, et âpreté moyenâgeuse dans la forteresse où s\u2019est retranché David.Les inconditionnels de la série sensibles aux compositions du cinéaste voudront voir le film au cinéma.Les autres seront en revanche mieux avisés d\u2019attendre de le voir chez eux.Le Devoir Copier-coller scénaristique Ridley Scott repique des éléments de son Alien original, mais aussi de son Blade Runner 20TH CENTURY FOX L\u2019hubris de l\u2019androïde David, insidieuse, est merveilleusement modulée par Michael Fassbender."]
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