Le devoir, 10 juin 2017, Cahier E
[" La belle imparfaite symphonie de Nicole Lizée Page E 3 Patrick Bruel et la mémoire d\u2019un rôle Page E 8 J É R Ô M E D E L G A D O L\u2019 autoroute 20, une balade à mourir d\u2019ennui ou un secret bien gardé entre Montréal et Québec?Les centres d\u2019artistes L\u2019œil de poisson (de Québec) et Clark (de Montréal) mettent fin à la discussion : cet été, grâce à leur intervention, la 20 deviendra une des aires d\u2019exposition les plus vastes jamais connues.Avec Truck Stop, exposition en quinze œu- vres, certaines monumentales, d\u2019autres éphémères, des invisibles même (mais audibles), le trajet vers Québec (ou vers Montréal) ne sera pas monotone ni semblable à aucun autre.Dispersés sur une distance de 250 km, les projets interpelleront à distance les voyageurs quand ils ne les inciteront pas à s\u2019arrêter.Les artistes de ce «projet d\u2019envergure dans un tronçon emblématique du Québec», comme le résume Manon Tourigny, codirectrice de Clark, n\u2019ont pas tous la même vision de la 20, ni le même rapport au roadtrip.Gisele Amantea, Montréalaise venue de Calgary, roule chaque année jusque dans les Prairies.Montréal-Québec, elle le fait «aussi vite qu\u2019elle le peut».Mathilde Forest vient de la Gaspésie, Mathieu Gagnon du Bas-du-Fleuve, et c\u2019est au bout de l\u2019autoroute Jean-Lesage, à Montréal, qu\u2019ils ont fusionné en Gagnon-Forest.Mathieu Latulippe, lui, vient de Saint-Apollinaire, village coupé en deux par la 20.Ado, l\u2019autoroute était son terrain de jeu.Un ovni architectural Pour le collectif Gagnon-Forest, la 20 est un grand vide à occuper.L\u2019endroit manque de folie, peut-être, mais c\u2019est un « champ des possibles » qui a permis le développement du Québec.Truck Stop rappellera, selon Mathilde Forest, que la 20 est «une utopie réalisée».Lieu de fabulation ?D\u2019aucuns citeront le Madrid et ses dinosaures, transformés en Saint- Hubert express et autres Couche-Tard.Mais qui se souvient de l\u2019Extra-terrasse, un « resto- robot », et de son voisin, l\u2019Aérodium, bâtiment pour pratiquer le parachutisme ?Mathieu Gagnon et Mathilde Forest non seulement s\u2019en souviennent, ils ont photographié l\u2019Extra-terrasse avant sa démolition.Pour Truck Stop , ils le ressusciteront à coups d\u2019images, près du lieu où il se trouvait.Le projet intitulé Avant la fin : les ruines du parc d\u2019attractions de l\u2019inventeur québécois Jean Saint- Germain sera à découvrir à la halte Saint-Na- zaire-d\u2019Acton, au kilomètre 157.«Dans notre travail en dessin et en photo, explique Mathilde Forest, on rêve à de nouveaux usages pour des lieux vacants.On imagine de nouvelles esthétiques pour un patrimoine fané.» Gagnon-Forest explore l\u2019attachement des individus, ou l\u2019absence d\u2019attachement, à l\u2019architecture.Après le Japon et le Népal, les voilà dans la MRC d\u2019Acton.«Tout le complexe de l\u2019Ex- tra-terrasse était complètement éclaté, avec des formes inhabituelles.Pourtant, il n\u2019y a pas eu de levée de boucliers pour le sauver.Il a disparu dans le silence.Ce qui mérite d\u2019être conservé, est- ce uniquement ce qui est en pierres grises ?» demande la voix féminine du duo.Rêve urbain Ne dites pas à Mathieu Latulipe que l\u2019autoroute 20 est ennuyante.Elle manque de relief, oui, comme toutes les autoroutes du Québec, alors qu\u2019«aux États-Unis, les haltes routières et ponts sont beaux», estime-t-il.Mais elle a le charme des horizons à perte de vue.«Un champ, c\u2019est une bouffée VOIR PAGE E 4 : ROADTRIP Montréal-Québec, Quand la 20 devient une des plus vastes aires d\u2019exposition jamais connues en quinze arrêts fabulés un roadtrip C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 L\u2019Orchestre d\u2019hommes- orchestres, Convoi, Limoilou, 2015 Patrick Bérubé, Se jouer du réel, 2017 Camille Bernard-Gravel, Zénith (San Rafael), 2016 Mathieu Latuli ppe, Interzone 3, 2 017 RENAUD PHILIPPE CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 E 2 28 juin au 8 juillet 2017 38e Ça commence dans 3 semaines ! Billetterie Place des Arts et Maison symphonique de Montréal 514 842-2112 \u2022 1 866 842-2112 \u2022 placedesarts.com montrealjazzfest.com 30 juin 1er juillet 1er juillet 6 juillet 6 juillet 8 juillet Harlem Gospel Choir Thievery Corporation Battle of the Bands IX: Cab Calloway Orchestra vs Xavier Cugat Orchestra Programme double Tigran Hamasyan An Ancient Observer Colin Stetson Programme double The O\u2019Jays The Four Tops Programme double Lisa Simone Michael Kaeshammer Salle Wilfrid-Pelletier, PdA \u2022 19 h 30 LES ÉVÉNEMENTS SPÉCIAUX TD Maison symphonique de Montréal, PdA \u2022 19 h LE FESTIVAL À LA MAISON SYMPHONIQUE Théâtre Maisonneuve, PdA \u2022 20 h LES GRANDS CONCERTS C\u2019est fascinant de parcourir un pays en train de bouger.Je suis rentrée de France après Cannes, Paris et une pause en Bourgogne, où l\u2019élection d\u2019Emmanuel Macron faisait souffler un vent d\u2019espoir.Tant de Français peinaient à supporter la présidence, dite normale, de François Hollande.Et comment pouvait-il se prétendre normal au milieu des dorures de l\u2019Élysée?Hérésie ! On le lui fit bien voir\u2026 Persistante, cette impression qu\u2019ils veulent un monarque capable de redorer le blason de la France dans l\u2019arène internationale, pour mieux apaiser l\u2019ego collectif meurtri par un affaissement d\u2019influence.Alors, quand le jeune président français a détourné la devise de Trump : «Make America great again » en « Make our planet great again », slogan repris dans plusieurs pays, on sentait l\u2019échine de son peuple frémir de fierté.«Make France great again!» semblent lui réclamer ses nouveaux « sujets ».J\u2019ignore combien de temps durera cette lune de miel, mais Emmanuel Macron comprend ce que les Français lui réclament comme charge symbolique et respecte jusqu\u2019à maintenant ses engagements.Quand il s\u2019est imposé face à Trump comme à Pou- tine, les mentons de l\u2019Hexagone semblaient se relever en cadence.Pour la gestion de ses politiques, ça reste à voir, mais côté image, bingo! Sans compter qu\u2019Emmanuel Macron impressionne son monde par sa maîtrise de l\u2019anglais, plutôt mal parlé en France mais perçu comme branché, colonisant à plein les domaines de la pub et l\u2019af fichage.Ça leur prendrait une loi 101\u2026 Son discours dans la langue de Shakespeare, après le retrait américain de l\u2019accord sur le climat, coup fumant médiatique, constituait quand même une première dans la bouche d\u2019un président de l\u2019Hexagone.En ce sens, ses mots relevaient de l\u2019abdication de sa langue au profit de l\u2019idiome international dominant.Non, ce n\u2019est pas sous son règne que le français retrouvera chez lui ses lettres de noblesse.L\u2019Amérique les fascine trop pour ça.À Cannes aussi, dans les communications, l\u2019anglais gagne du terrain.Les générations montantes devraient tôt ou tard ébranler le socle linguistique.Quand on leur dit ça, bien des Français nous trouvent d\u2019arrière-garde.Ils haussent les épaules, maîtrisent leur langue sans sentir de menace planer.Et pourtant\u2026 Mystique des paysages À Paris, déambulant jusqu\u2019au Musée d\u2019Orsay, je me suis arrêtée dans un resto, non loin du ministère des Af faires étrangères, dit le Quai d\u2019Orsay, parce qu\u2019il crèche au 37 de cette enseigne, dans l\u2019ancien quartier aristocratique du faubourg Saint-Germain.Le midi, les conversations des offices reprennent dans la rue puis au resto, en anglais évidemment, entre Chinois, Britanniques, Français et Argentins de tables voisines, qui refont le monde, tout en reluquant les femmes et en s\u2019enfilant les bons crus de la maison.Paris, ville éternelle\u2026 J\u2019aime le Musée d\u2019Orsay pour ses collections et son élégance d\u2019ex-gare de la Belle Époque, qui servit de décor au Procès de Kafka, version Orson Welles.Et puis, l\u2019exposition (sur ses cimaises jusqu\u2019au 25 juin) Au- delà des étoiles, sous-titrée Le paysage mystique de Monet à Kandinsky, m\u2019attirait.Par son thème reliant les œuvres à portée spirituelle, avec ou sans dieu, d\u2019ar tistes de la fin du XIXe et du début de XXe, elle ouvrait la porte à tous les mystères.Le président du Musée d\u2019Orsay, Guy Cogeval, qui dirigea le Musée des beaux-ar ts de Montréal, doit bien être pour quelque chose dans cette envie d\u2019ériger des ponts entre les continents artistiques.Cette expo est orchestrée en partenariat avec l\u2019Art Gallery of Ontario de Toronto.Plusieurs œuvres en provenance d\u2019Amérique du Nord, surtout canadiennes, des membres du Groupe des Sept, entre autres, voisinent les toiles de Van Gogh, Chagall, Gauguin, Monet, Klimt, Odilon Redon et autres grands maîtres européens.Bien des Parisiens, moins familiers de la sauvagerie des paysages nordiques de Lawren Harris ou de Tom Thomson, que de la cathédrale de Rouen et des nymphéas captés par Monet à la barre du jour ou en plein midi, découvrent les œuvres canadiennes avec grand intérêt.Une aura magique enveloppe toute cette expo.L\u2019interprétation symbolique ou impressionniste de la lumière colore les forêts, les meules, les montagnes, la neige ou l\u2019eau.Rarement a-t-on vu des tableaux regroupés sous un chapeau aussi métaphorique.Sur un mur, le sonnet de Baudelaire Correspondances, qui dépeint la nature comme un temple aux vivants piliers où tous sens humains communiquent à travers des forêts de symboles, donne le la.Vue par Gauguin et les Nabis, l\u2019approche contemplative de la nature, comme théâtre de changement perpétuel, débouche sur cette vision cosmique du monde.Le soleil d\u2019Edvard Munch, appel mystique en lignes concentriques, se veut inspiré d\u2019Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche et de L\u2019évolution créatrice de Bergson.Peinture, philosophie et littérature se répondent.Avec nombreux échos au texte Du spirituel dans l\u2019art, et dans la peinture en par ticulier de Wassily Kandinsky parmi ses œuvres.Merveilles de l\u2019expo : Le semeur de Van Gogh et La vision après le sermon de Gauguin, aux compositions harmoniques et chromatiques idéales.Dans Arbres sur un fond jaune d\u2019Odilon Redon, l\u2019ocre du soleil et des fleurs se marie dans un monde enchanté.Une pièce est consacrée à Emily Carr, fille de la Colom- bie-Britannique, et à l\u2019Américaine Georgia O\u2019Keefe ; voix féminines d\u2019exception dans ce monde d\u2019ar tistes masculins.Arbres dans le ciel d\u2019Emily Carr, sur paysage mi-dévasté, mi-sublimé, s\u2019impose comme une œuvre d\u2019élévation pure, où la forêt s\u2019invite au ciel.À la sor tie de l\u2019expo, on n\u2019est plus à Paris, ni chez l\u2019artiste de la côte de Vancouver ni à Arles avec Van Gogh.Flottant quelque part entre les dimensions, avec l\u2019impression de déboucher dans la vraie gare d\u2019Orsay, en émergeant d\u2019un train venu d\u2019ailleurs.otremblay@ledevoir.com «Make France great again!» SOURCE MUSÉE D\u2019ORSAY Dans Arbres sur un fond jaune (détail) du Français Odilon Redon (1901), exposé au Musée d\u2019Orsay, à Paris, l\u2019ocre du soleil et des fleurs se marie dans un monde enchanté.ODILE TREMBLAY P H I L I P P E R E N A U D L a Montréalaise Nicole Lizée vient de livrer au San Francisco Symphony l\u2019œuvre originale qui lui a été commandée pour un concert spécial marquant le 50e anniversaire du mythique Summer of Love et se prépare à présenter le 13 juin au festival Suoni per il Popolo la première mondiale de Sasktro- nica, œuvre audiovisuelle à propos d\u2019une scène rave saskatche- wanaise fantasmée par la compositrice d\u2019origine fransaskoise, qui s\u2019abreuve de la contre-cul- ture et de la culture populaire pour fer tiliser la musique contemporaine.« Je suis fascinée par les erreurs, les glitchs », ces défaillances des outils et instr u- ments électroniques, s\u2019emballe Nicole Lizée, qui doit cet amour pour la bébelle et l\u2019imperfection à son papa, collectionneur et réparateur d\u2019objets électroniques de toutes sortes.Il adorait s\u2019en entourer dans la maison familiale de Gravel- bourg, village situé à mi-chemin entre Moose Jaw et la frontière américaine.« Mon père me refilait ces objets qui, souvent, fonctionnaient très mal\u2026 » C\u2019est grâce à un de ces appareils qu\u2019elle a vu pour la première fois le film The Sound of Music, «avec plein de défauts dans le son et l\u2019image.Mais c\u2019est la plus belle version que j\u2019aie jamais vue ! » «Ces glitchs, je veux les harnacher, les capturer », poursuit la compositrice, qui nous a accordé un long entretien dans un café du centre-ville.« Je les trouve belles, ces erreurs provoquées par des machines, mais aussi par ceux qui en jouent.Et pour pouvoir les harnacher et les incorporer à mes œuvres, j\u2019ai dû inventer une notation, une manière de les mettre sur une partition.» C\u2019est l\u2019objet de sa thèse de maîtrise en composition musicale déposée à l\u2019Université McGill à l\u2019automne 2000.Intitulée RPM : pour large ensemble et tur tnablist solo, elle aborde spécifiquement l\u2019usage du tourne-disque comme instrument en musique contemporaine et la manière de rédiger une graphologie propre au DJ/scratcheur.«Ma thèse avait divisé la faculté à l\u2019époque, ré- vèle-t-elle, parce que certains jugeaient que le tourne-disque n\u2019avait pas sa place dans un orchestre.Quelques années plus tard, c\u2019est mon utilisation de sons de jeux vidéo [de la console Atari 2600] qui rencontrait de la résistance ; pendant une demande de bourse, un prof dans le jury ne comprenait rien à rien.Ça ne pouvait pas être de l\u2019art ! » Cette notation qu\u2019elle a inventée pour le tourne-disque est aujourd\u2019hui utilisée dans des facultés de musique en Europe et en Amérique du Nord.«Ça m\u2019a pris des années à la développer, explique Lizée.Et ça prend des interprètes spéciaux [pour jouer ces par ti- tions], parce que, par exemple, il est dif ficile de quantifier la valeur d\u2019une erreur \u2014 celles-ci provoquent souvent des changements dans la structure, dans le tempo d\u2019une pièce.Ça prend des interprètes allumés pour jouer ça.» Reconnaissance Comme ceux du légendaire Kronos Quartet, qui, depuis plus de quarante ans, œuvrent à la dif fusion de la musique contemporaine et d\u2019avant- garde.Après Terry Reilly, Astor Piazzolla, Ar vö Par t et nombre d\u2019autres illustres compositeurs modernes, le quartet californien a invité Nicole Lizée à lui composer une œu- vre originale, Death to Kosmi- sche, en référence à la musique rock « spatiale » allemande des années 1960 et 1970.« Je leur ai expliqué que s\u2019ils voulaient une par tition avec des glitchs, ils devaient eux-mêmes jouer de ces objets électroniques, l\u2019omnichord, le stylophone, etc.On a tout noté sur partition, jusqu\u2019au moment précis où ils devaient déposer leur violon pour prendre l\u2019objet ! » Depuis, le Kronos Quartet lui a commandé six autres œuvres ; un album des enregistrements de celles-ci devrait paraître bientôt.Nicole Lizée a commencé à voir son travail récompensé le jour où, en 2004, Yannick Né- zet-Séguin lui a commandé une œuvre pour orchestre et turntablist solo (King Kong and Fay Wray).En 2013, elle remportait le prestigieux prix Jules-Léger pour la musique de chambre du Conseil des arts du Canada «avec une composition que j\u2019appelle un rave, avec des glitchs et tout.It was for me a big deal, comme si ça validait toute ma démarche.» Le génie de la jeune Mont- réalaise, aujourd\u2019hui reconnu à travers le monde, est d\u2019abord de savoir absorber des éléments de la contre-culture et de la culture populaire, les jeux vidéo et le cinéma en particulier (elle a composé des œuvres inspirées du cinéma de David L ynch, de Stanley Kubrick, d\u2019Alfred Hitchcock), pour enrichir le réper toire contemporain.Elle a également le mérite d\u2019avoir introduit dans l\u2019orchestre classique une nouvelle panoplie d\u2019instruments inhabituels aux sonorités singulières en inventant une manière de les fixer sur une partition, donc de permettre à d\u2019autres compositeurs d\u2019utiliser à leur tour ces instruments, d\u2019élargir la palette sonore de l\u2019orchestre.« Ce qui m\u2019attire dans tout ça, c\u2019est moins d\u2019inventer de nouveaux genres musicaux que de découvrir de nouvelles manières de percevoir la musique, de permettre d\u2019avoir une perspective dif férente sur l\u2019expérience musicale » , une démarche au cœur de Sasktro- nica, l\u2019œuvre qu\u2019elle présentera mardi.« Il y a vraiment une dimension \u201clynchienne\u201d à Sasktronica : cette œuvre audiovisuelle n\u2019est pas ancrée dans une réalité.J\u2019imagine comment ça aurait sonné si la Saskatchewan avait inventé le concept du rave.Et encore, tout ça souligne mon intérêt pour ce qui relève de la contre-culture.» Sur le plan conceptuel, Sask- tronica paraît dans le sillage d\u2019une œuvre récente écrite pour le Kronos Quar tet, qui elle s\u2019inspire d\u2019un microgenre musical assez récent, le «black MIDI ».Lizée explique : «C\u2019est le travail de gens devant leur ordinateur qui entrent des millions de notes sur un logiciel de partitions, ou un séquenceur.Sur l\u2019écran, on voit le clavier en bas, et on inscrit les notes au- dessus ; l\u2019idée est d\u2019en mettre le plus possible » pour repousser les limites de ce que le logiciel, qui utilise le protocole MIDI permettant de contrôler et de synchroniser plusieurs instruments électroniques à la fois.Une chanson black MIDI de trois minutes peut compter plusieurs mill ions de notes, « et le look, la projection graphique de ça, est incroyable.J\u2019ai donc voulu essayer d\u2019étendre cette idée, mais en utilisant aussi un orchestre.Le résultat est surréaliste, comme un univers inventé, spontané.Ça fait très David Lynch, ça aussi ».Collaborateur Le Devoir La belle imparfaite symphonie de Nicole Lizée La Montréalaise fertilise la musique contemporaine avec la contre-culture et la culture populaire CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 E 3 Une programmation à la hauteur du 15e Festival Montréal Baroque?! Monteverdi, les Vêpres de la Vierge Ensemble Caprice Cirque Musical Circus NovAntica Soieries aériennes Suzie LeBlanc et Constantinople Althea, un nouvel opéra de Bach?! La Bande Montréal Baroque direction Éric Milnes des concerts intimes et la foire Montréal Baroque?! POUR ACHETER VOS BILLETS montrealbaroque.com 514 845-7171 Philippe Bolduc Baryton-basse accompagné au piano par Annie Lemay Programme \u2022 Dichterliebe opus 48 / Robert Schuman Le Manoir de Rosemonde Chanson triste L'invitation au voyage La vie antérieure / Henri Duparc \u2022 Let us Garlands bring opus 18 / Gerald Finzi Récital de mélodies Vendredi 16 juin, 19h30 Salle Joseph Rouleau Jeunesses musicale du Canada 305 Mont-Royal Est, Montréal Billets en vente à la porte - 30$ adulte - 15$ - étudiant J\u2019ai voulu essayer d\u2019étendre cette idée du black MIDI, mais en utilisant aussi un orchestre.Le résultat est surréaliste, comme un univers inventé, spontané.Ça fait très David Lynch.Nicole Lizée à propos de la démarche qui a nourri Sasktronica Ci-dessus, un extrait de This Will Not Be Televised.« » ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Nicole Lizée a commencé à voir son travail récompensé le jour où, en 2004, Yannick Nézet-Séguin lui a commandé une œuvre pour orchestre et turntablist solo (King Kong and Fay Wray). CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 E 4 Vers en bord de route, Gisele Amantea, 2017 Blanc, Nelly-Ève Rajotte, 2017 d\u2019air.À Montréal, j\u2019ai toujours un mur devant moi », dit celui qui, depuis quinze ans, exploite les rapports parfois tordus entre milieux urbains et ruraux.Pour Truck Stop, il propose une image riche en détails d\u2019un projet immobilier aussi utopique que réaliste.Intitulée Interzone 3, l\u2019œuvre pousse à l\u2019excès l\u2019idée d\u2019un quartier Dix30.« Le projet n\u2019est ni noir ni blanc, les gens pourront dire : \u201cwow, j\u2019ai hâte que ce soit construit\u201d, dit-il.Je m\u2019inspire des publicités de condos, qui ont l\u2019air réelles et vraiment fakes.» Mathieu Latulippe adore la ville, là n\u2019est pas la question.Mais il en a contre cette surexploitation de la vie urbaine qui fait de la ville un objet de désir et de luxe, quasi inaccessible.Le titre de son projet s\u2019inspire d\u2019une véritable publicité promouvant un site à Chomedey, « Urbania 2, le village urbain ».« À Québec, a-t-il noté, tout est urbain.Un spa urbain, une taverne urbaine.On est en ville ! Un condo style urbain.C\u2019est quoi, un style campagnard ?» Interzone 3 sera installée dans la halte routière la plus proche de Montréal, la halte des Hurons, au kilomètre 117.Devant un espace vide potentiellement à remplir, Mathieu Latulippe se pose en éveilleur de consciences.C\u2019est une pensée du philosophe E.M.Cioran qui l\u2019a accompagné : « Rien ne stimule autant que de grossir des riens, d\u2019entretenir de fausses oppositions et de démêler des conflits là où il n\u2019y en a pas.Si on s\u2019y refusait, une stérilité universelle s\u2019ensuivrait.» Sur la piste abénaquise Les espaces vides, Gisele Amantea les exploitera autrement.En mots surtout.Et avec une autre perspective : tirer de l\u2019oubli le passé abénaquis du ter ritoire couver t par la 20.Vers en bord de route consiste en une série de cour ts énoncés à l ire sur six dif férents sites entre les kilomètres 117 et 255.Ils seront inscrits sur des panneaux faussement publicitaires en anglais, en français et en abénaquis.« On a l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un espace vide.Mais je n\u2019ai pas voulu le percevoir comme ça.J\u2019ai cherché son histoire, je me suis promenée, j \u2019ai pris chaque sortie.J\u2019ai peut-être fait une quinzaine de voyages avant de trouver mon projet », dit l\u2019artiste, connue pour ses œuvres murales et politisées.Ces phrases s\u2019inspirent d\u2019une campagne publicitaire basée sur des poèmes humoristiques que l\u2019entreprise de Minneapolis Burma-Shave a développée dès les années 1920.Et qui se lisait sur des panneaux routiers.Gi- sele Amantea reprend l\u2019idée de la séquence, ainsi que leur design, lettres blanches sur fond rouge.Les propositions auront cette diversité, entre la relecture du patrimoine \u2014 un ancien ciné- parc par Nelly-Ève Rajotte, une grange par Patrick Bérubé \u2014 et l\u2019occupation sur toute la longueur du territoire, comme la baladodiffusion d\u2019Ariane Plante ou le Montréal-Québec que se propose de faire à pied Doug Scholes quelque part cet été.Le Devoir TRUCK STOP Du 17 juin au 19 août, en divers lieux entre Québec et Montréal.SUITE DE LA PAGE E 1 ROADTRIP Truck Stop, les dessous Une route monotone, un arrêt nécessaire, un projet inspirant?Certains des artistes de Truck Stop ont accepté de se confier.La «20», c\u2019est\u2026 «Un moment pour flatter la nuque du conducteur, mais aussi l\u2019occasion de réfléchir à de nombreux projets.» \u2014 Chloé, de L\u2019Orchestre d\u2019hommes-orchestres.«Un lien entre mes vies de Montréalaise et de Québécoise.C\u2019est un passage au sens très large.» \u2014 Ariane Plante.«Un passage obligé, où ce n\u2019est pas le chemin parcouru qui importe, mais la destination.C\u2019est un ruban de pollution concentrée.» \u2014 Alain- Martin Richard «Un passé agricole mis aux oubliettes.» \u2014 Patrick Bérubé.«Un tronçon ennuyant et pas bucolique du tout, un espace liminal que je traverse sur le pilote automatique.» \u2014 Rosalie D.Gagné.Un truck-stop sert à\u2026 «Se dégourdir.» \u2014 Ariane Plante.«Un arrêt bouffe-pipi rapide, sujet de tergiversations, d\u2019insatisfactions et de manque de légumes et de fruits.» \u2014 Le collectif Organ Mood.«Passer le plus vite possible.Cela dit, je pourrais changer d\u2019avis s\u2019il y avait de bonnes bouffes et des endroits sympathiques à découvrir.» \u2014 Julie, de L\u2019Orchestre d\u2019hommes-orchestres.La «20» + Truck Stop, une occasion pour\u2026 «Profiter de l\u2019étrangeté d\u2019un lieu pour regarder défiler lentement les motifs graphiques, hypnotiques, très simplifiés de notre projection.» \u2014 Le collectif Organ Mood.«Faire un clin d\u2019œil aux \u201cexcentricités géantes\u201d, situées le long de l\u2019autoroute» \u2014 Rosalie D.Gagné.«Transformer ce lieu de passage anonyme en un bref espace de rencontre, mais aussi regarder les marmottes passer et\u2026 se faire écraser.» \u2014 Alain- Martin Richard.«Enregistrer des paysages sonores tout le long de l\u2019axe routier à partir de lieux qui me sont emblématiques.» \u2014 Ariane Plante.«Prendre conscience de ce qui nous entoure au- delà de notre réalité repliée à l\u2019intérieur de petits périmètres carrés.» \u2014 Patrick Bérubé.C H R I S T O P H E H U S S L e chef d\u2019orchestre français Louis Fré- maux est mor t le 20 mars dernier dans un anonymat quasi complet à l\u2019âge de 95 ans.Frémaux, excellent défenseur du style français, ne méritait pas cet oubli.Un coffret publié par Warner Classics vient opportunément nous le rappeler.Il est très possible que Louis Frémaux ait eu connaissance avant sa disparition, à Blois, au printemps dernier, de l\u2019hommage qui se préparait du côté de Warner, qui exploite le fonds EMI, label pour lequel le chef enregistra 16 disques vinyles, dans les années 1970, à Birmingham.Avant de faire carrière au Royaume-Uni, Frémaux avait commencé par être un héros de guerre.Né dans le nord de la France en 1921, le jeune Louis vit ses études musicales interrompues pour être interné par les nazis dans un camp de travail, dont il s\u2019échappa pour gagner la Résistance.Après la guerre, il s\u2019enrôla dans la Légion pour aller combattre au Vietnam de 1945 à 1947.Frémaux fut décoré de la Croix de guerre, puis de la Légion d\u2019honneur.Élève en direction de la classe de Louis Fourestier au Conservatoire de Paris, premier prix en 1952, il fut repéré par les fondateurs de la maison de disques Erato, Philippe Lour y et Michel Garcin.Le baroqueux des années 1950 Nous sommes en 1953.Michel Garcin propose à un ami du conservatoire, Jean-François Paillard, d\u2019enregistrer le Te Deum de Charpentier, qui deviendra le premier disque Erato.Ce sera un triomphe.Garcin ajoute alors une seconde roue à son carrosse artistique avec Louis Frémaux, labourant le même répertoire baroque français oublié.Frémaux entame donc sa carrière discographique en enregistrant Delalande, Rameau, Mouret, Campra, Monteclair.Surtout, il révèle au monde le Requiem de Jean Gilles.Cet enregistrement se verra attribuer le Grand Prix du disque en 1956.C\u2019est cette année-là que Fré- maux prend la tête de l\u2019Orchestre national de l\u2019Opéra de Monte-Carlo, poste qu\u2019il occupera pendant 10 ans.À Monte-Carlo, le chef français enregistre des disques pour Deutsche Grammophon, dont un merveilleux programme d\u2019ouvertures françaises, qu\u2019il conviendrait de rééditer.C\u2019est aussi à Monte-Carlo qu\u2019il entame un partenariat avec EMI et grave son disque sans doute le plus vendu : celui où il accompagne Samson François dans les deux concertos de Chopin.C\u2019est fort de cette notoriété, acquise à Monaco, mais aussi comme chef invité, que Fré- maux arrive en 1968 à Birmingham.Cet orchestre en déconfiture lui offre immédiatement de devenir son directeur musical.La même proposition lui arrive simultanément de Lyon.De fait, Frémaux mettra aussi sur les rails (entre 1969 et 1971) l\u2019Orchestre philharmonique Rhône-Alpes qui deviendra par la suite l\u2019Orchestre national de Lyon.La saga Birmingham Au Royaume-Uni, Frémaux restera dans l\u2019histoire, notamment à travers les disques qui font l\u2019objet de la présente réédition, comme le prédécesseur de Simon Rattle à Birmingham.Frémaux dirigea le City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO) de 1969 à 1978, et c\u2019est lui qui, vraiment, remonta et façonna, permettant au jeune chef britannique Simon Rattle de prendre la suite (1980-1998), et de faire de son mandat un piédestal vers le trône du Philharmonique de Berlin.Le petit essai de la notice, écrit par Richard Bartby, s\u2019intitule non sans ironie « Louis Fré- maux et le \u201cmeilleur orchestre français du monde\u201d ».Le raccourci ne manque pas de faire sourire puisque c\u2019est le même défi que se lancèrent Decca, Dutoit et Montréal quelques années plus tard.Le grand accomplissement de Frémaux à Birmingham, qui, comme le rappelle The Guardian, fit passer en un an le remplissage de la salle de 67 % à 83 %, fut la création d\u2019un chœur, aujourd\u2019hui aussi reconnu que l\u2019orchestre.C\u2019est pour cela que l\u2019on trouve dans ce cof fret de 12 CD un Requiem de Fauré, bien connu, un Gloria de Poulenc, mais aussi un Requiem de Berlioz très remarquable (il y en a peu d\u2019aussi justes, musicalement) disparu depuis longtemps du catalogue.Notons que tous les documents ont été rematri- cés à partir des bandes originales.Les deux CD Berlioz (des pièces orchestrales s\u2019ajoutent au Requiem) sont d\u2019une somptueuse élégance.À noter la qualité du chœur (intonation) trois ans après sa création.Le 3e CD, bijou absolu du cof fret, était connu par sa publication dans la collection de CD à prix moyen « Studio ».Il s\u2019agit de l\u2019irrésistible suite Le Cid de Massenet.Son nouveau couplage est Roma de Bizet (1974).La Symphonie de Bizet est désormais associée à la 3e Symphonie de Saint-Saëns.Le volet français comprend également des ouver tures d\u2019Of fenbach, des œuvres concer tantes de Lalo et Saint-Saëns avec Paul (violoncelle) et Yan Pascal (violon) Tortelier, un CD Jacques Ibert, complété par Pacific 231 de Honegger et un CD Poulenc avec le Gloria, la suite des Biches et le Concerto pour piano.Notez que Frémaux a travaillé avec Ibert et Poulenc eux-mêmes, tout comme il a collaboré avec Walton, pour les deux suites de Façade et son ballet The Wise Virgins sur des œuvres de Bach.La dernière galette comprend des airs pour ténors chantés en anglais par un ténor du nom de David Hughes.Le divorce avec le CBSO sur fond de conflit très frontal avec le syndicat des musiciens (qui visaient surtout la direction générale, dont Fré- maux était solidaire) fut douloureux et l\u2019affecta beaucoup.Après son départ de Birmingham, Frémaux prit en charge le Symphonique de Sydney et revint diriger en Angleterre, enregistrant quelques disques à Londres \u2014 un peu à la va-vite \u2014 pour la défunte maison Collins.Hélas !, contrairement à Georges Prêtre ou à Jean Fournet, Louis Frémaux fut privé, par exemple dans les pays asiatiques, de la carrière de grand « vieux sage ».Le coffret Warner Classic vient donc à point pour nous rappeler que ce chef méritait mieux que l\u2019oubli.Le Devoir LOUIS FRÉMAUX THE COMPLETE CBSO RECORDINGS Warner, 12 CD, 0190295886738 Louis Frémaux, le courage et le style Warner Classics rend un juste hommage au plus méconnu des chefs français de l\u2019après-guerre WARNER CLASSICS Photo tirée du coffret que Warner Classics vient tout juste de publier.The Wanderer, Douglas, Scholes, 2017 CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 E 5 FESTIVALOPERAQUEBEC.COM LOUIS RIEL / HARRY SOMERS DON GIOVANNI / MOZART / STUDIO D\u2019OPÉRA GALA D\u2019OPÉRA SOUS LES ÉTOILES ANTHONY ROTH COSTANZO ET LES VIOLONS DU ROY SHAKESPEARE À L\u2019OPÉRA LA BRIGADE LYRIQUE MASCARADE À VENISE / OPÉRA JEUNESSE QUARTOM / ACTE III VIENNOISERIES MUSICALES DIANA SOVIERO / CLASSE DE MAÎTRE BILLETECH.COM 1 877 643-8131 A L E X A N D R E C A D I E U X C\u2019 était un petit cabaret, un sou- per-spectacle pondu par Michel Tremblay et François Dompierre pour animer le jardin des Étoiles de Terre des hommes durant l\u2019été 1970.Devant le succès rencontré, Demain matin Montréal m\u2019attend est remonté deux ans plus tard, en version augmentée, avec notamment Louise Forestier, Denise Filiatrault, De- nyse Proulx et André Montmorency.Imparable, la ritour- nelle-titre tourne en boucle depuis dans l\u2019imaginaire collectif : bien des générations de Québécois savent qu\u2019il est désormais inutile de chercher Louise Tétrault à Saint-Martin, puisqu\u2019elle a sacré son camp en ville.Dans les années 1990, Denise Filiatrault avait appliqué le traitement music-hall grand luxe à cette fable qui traite de la cruauté d\u2019un tout petit show- business, un milieu qui reproduit à son échelle la désillusion des aspirantes vedettes d\u2019Hollywood et de Broadway.Pour sa part, le metteur en scène René Richard Cyr préfère parler de théâtre musical : «Je cherche la même vérité dans le jeu que ce que le théâtre exige, avec le souci de dépeindre un milieu avec justesse.Les chansons ne sont pas que des prétextes pour des \u201cnumbers\u201d qui en mettent plein la vue, elles doivent permettre de dire ce qui ne peut être dit, révéler des secrets, faire avancer l\u2019action.» Faire chanter du Michel Tremblay n\u2019est plus nouveau pour l\u2019adaptateur-metteur en scène derrière l\u2019immense succès de Belles-sœurs et la résurrection de Sainte Carmen de la Main, chaque fois sur des musiques de Daniel Bélanger.Point besoin cette fois-ci d\u2019avoir recours à un compositeur, les airs de Dompierre ne demandant qu\u2019à être revigorés.« J\u2019ai voulu conserver la simplicité des arrangements musicaux originaux, qui ont quelque chose d\u2019assez naïf, d\u2019assez candide », dit Cyr, qui a confié la direction musicale du spectacle à Chris Barillaro.Cette même candeur imprègne aussi les numéros dansés, comme un rappel du fait que le milieu dépeint ne brille pas particulièrement par sa rigueur et son degré de sophistication : « Dans le texte, Lola Lee dit : \u201cCrisse, vous faites pas les chorégraphies comme du monde !\u201d Il faut se servir de cette indication-là et assumer qu\u2019il y a des moments particulièrement mauvais ! » En enfilant les tenues de scène de Lola Lee, Hélène Bourgeois Leclerc entre dans son premier Tremblay, dont elle fut de tout temps une lectrice vorace.Quand son metteur en scène avance que l\u2019œu- vre et ses références sont tant empreintes des années 1970 qu\u2019une actualisation esthétique et dramatique pèserait lourd, elle opine, avant de préciser : «Ce qui est encore d\u2019actualité, c\u2019est ce désir-là de devenir quelqu\u2019un, principalement dans le regard des autres ; de quitter un monde pour en découvrir un autre, de vouloir en jeter plein la vue.La petite Louise, qui arrive en ville pour devenir une grande vedette comme sa sœur, va découvrir que Lola n\u2019est que la grande vedette d\u2019un bien petit monde\u2026 et pour combien de temps encore?On est vraiment dans l\u2019illusion, la désillusion, les rêves, la quête de soi\u2026 En ce sens-là, ça ne se démode pas.» Monde cruel que celui du spectacle, avec ses mécanismes capricieux, les envies toujours volatiles de son public et les mesquineries inhérentes découlant de l\u2019état perpétuel de compétition entre les prétendants de tous âges.Cette ingratitude ne frappe-t-elle pas particulièrement les femmes?Tout à fait, pensent les deux artistes.« C\u2019est un métier où on est sans cesse scrutée, vue, évaluée.Le show parle du passé, du présent et du futur de ça, avec au centre l\u2019artiste accomplie qui veut durer, et qui voit les petites jeunes qui poussent, qui arrivent en étant tellement plus belles, plus fines, multitalentueuses.Tu as aussi celle qu\u2019elle a elle-même tassée jadis, l\u2019actrice qui vieillit et qui en est consciente », explique l\u2019interprète de Lola, soulevant du même souffle la générosité de l\u2019écriture trem- blayenne à l\u2019égard des rôles féminins, tous pour vus d\u2019une grande intériorité.Être une autre René Richard Cyr se souvient qu\u2019à l\u2019École nationale de théâtre, André Brassard l\u2019avait dirigé dans un montage dramatique de son cru où l\u2019on raboutait des extraits de pièces de Tremblay, de Jean Genet et de Paul Claudel.Circonspects devant cet amalgame étrange, les étudiants avaient été trouver le maître, grand complice de l\u2019auteur des Belles-sœurs, afin d\u2019avoir des explications.«Son fil, c\u2019était ce désir des personnages d\u2019être quelqu\u2019un d\u2019autre.Louise Tétrault, elle ne se cherche pas une voix, elle veut imiter celle qui la précède.Qui elle-même est encore prise dans une espèce de Brésil à la Alys Robi, dans une culture fantas- mée très loin de la nôtre.» Il rappelle aussi qu\u2019avec Demain matin., Tremblay quittait son Plateau Mont-Royal pour aboutir coin Sainte-Cathe- rine et Saint-Laurent, plusieurs années avant Hosanna ou Sainte Carmen.« Lui aussi, il arrivait en ville ! » souligne en souriant Bourgeois Leclerc, faisant ainsi référence à la faune nocturne des boîtes de nuit ici mise en scène pour la première fois, avec ses prostituées, ses travestis, ses chanteuses à la petite semaine.L\u2019adaptation qui prend l\u2019affiche cette semaine au Théâtre du Nouveau Monde est complétée par quelques emprunts discrets à d\u2019autres œuvres de Michel Tremblay, dont Les belles- sœurs, et les scénarios des films Françoise Durocher, waitress et Il était une fois dans l\u2019Est.Ce que permet notamment la grande intertextualité de ses œuvres, immense toile sur plus d\u2019un siècle, avec ses lignées, ses tragédies, ses échos par- delà le temps.«Tremblay, c\u2019est inimaginable.En ce moment, il est là avec nous.Pour moi, c\u2019est comme pouvoir manger avec Molière.Je m\u2019imagine dans 50 ans, le ou la jeune artiste qui va relire et relier tout ça en ordre chronologique, les romans et les pièces.C\u2019est Les Rougon-Macquart, c\u2019est Zola, c\u2019est Balzac! C\u2019est un immense portraitiste», déclare Cyr à propos de l\u2019écrivain né il y a 75 ans, en plein tricentenaire de Montréal.Collaborateur Le Devoir DEMAIN MATIN MONTRÉAL M\u2019ATTEND De: Michel Tremblay.Musique : François Dompierre.Adaptation et mise en scène : René Richard Cyr.Une production de Spectra Musique, en collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde.Présentée au TNM du 13 au 25 juin, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal.En reprise au TNM du 19 septembre au 14 octobre.Du désir d\u2019en jeter plein la vue René Richard Cyr revigore un Demain matin Montréal m\u2019attend toujours d\u2019actualité PEDRO RUIZ LE DEVOIR En enfilant les tenues de scène de Lola Lee, Hélène Bourgeois Leclerc entre dans son premier Tremblay, adapté par René Richard Cyr.Tremblay, c\u2019est inimaginable.En ce moment, il est là avec nous.Pour moi, c\u2019est comme pouvoir manger avec Molière.[\u2026] C\u2019est Les Rougon-Macquart, c\u2019est Zola, c\u2019est Balzac ! C\u2019est un immense portraitiste.René Richard Cyr à propos de Michel Tremblay « » J É R Ô M E D E L G A D O D epuis le temps qu\u2019il existe \u2014 137 ans, pour être précis \u2014, le Musée des beaux- ar ts du Canada (MBAC) aurait déjà dû corriger le tir.Il aura fallu attendre 2017 pour que la « galerie nationale » expose enfin la véritable histoire artistique du pays.Mieux vaut tard que jamais\u2026 C\u2019est la mission que s\u2019est donnée Marc Mayer pour sa neuvième année à la tête du MBAC.Reformuler quatre siècles d\u2019ar t, et plus, en incluant ce qui en était jusque-là exclu : les pratiques autochtones et féminines.« On change le branding, on fait un commitment», clame le Franco-Ontarien, jadis directeur du Musée d\u2019art contemporain de Montréal.«La façon dont on racontera l\u2019histoire de l\u2019ar t au Canada inclura l\u2019ar t autochtone.Ça n\u2019a aucun sens de les séparer.» L\u2019intitulé de la principale exposition permanente est explicite : Art canadien et autochtone : des temps immémoriaux jusqu\u2019en 1967.Celle qui sera inaugurée en grande pompe le 15 juin \u2014 heures d\u2019ouverture prolongées, entrée libre, concerts, chants de gorge\u2026 \u2014 complète un tiercé qui modifie le contenu de l\u2019enceinte en verre de Moshe Safdie.Le panorama Nos chefs- d\u2019œuvre, nos histoires a démarré avec les expos inaugurées depuis avril, La photographie au Canada, 1960-2000 et Ar t canadien et autochtone : de 1968 à nos jours.Le troisième volet est cependant le plus ambitieux, par le nombre d\u2019œuvres concernées (800) et par la correction historique.Inclusif, le retour jusqu\u2019aux « temps immémoriaux » ?Des objets millénaires, ainsi que des broderies et autres créations sous-classées souvent parce qu\u2019associées à des métiers d\u2019art, font partie du parcours proposé par une équipe de cinq conservateurs.«C\u2019est ridicule de dire qu\u2019un ar t est du matériel ethnographique et un autre, de l\u2019art, s\u2019insurge Marc Mayer.Comme c\u2019est ridicule de dire que les pratiques féminines sont de l\u2019artisanat.» Le MBAC cherche-t-il à s\u2019inscrire, à par tir de sa sphère muséologique, aux ef- for ts de réconciliation et de réparation ?Non, dit son directeur.Aucune politique l\u2019a guidé, aucune aide financière de Canada 150 ne l\u2019a soutenu.« Il faut raconter cette histoire [d\u2019art autochtone], parce qu\u2019elle a eu son impact sur l\u2019histoire de l\u2019ar t au Canada.On ne peut pas la passer sous silence », répète-t-il, en rappelant que le bannissement au XIXe siècle du potlatch, pratique basée sur le don, a forcé les autochtones à repenser la fabrication des objets.Deux cultures Le titre de l\u2019expo, comme celui du volet contemporain, insiste cependant pour séparer « autochtone » et « canadien ».Marc Mayer a ses arguments : « On fait la distinction, parce qu\u2019il s\u2019agit toujours de deux cultures.Les ar tistes autochtones, même lorsqu\u2019ils fréquentent les écoles d\u2019ar t, leurs références, leur histoire, leurs expériences sont dif fé- rentes de celles des colons.» Le respect sacré que les Premières Nations ont de la nature est une de ces différences, mais celle qui paraît fondamentale à Marc Mayer, c\u2019est le rapport au passé.«Les artistes autochtones, défend-il, n\u2019ont pas eu à affronter l\u2019époque moderne, celle qui pousse les colons européens à se brouiller avec le passé.» « La continuation d\u2019une ancienne tradition plastique , poursuit-il, c\u2019est du développement durable, ce sont la durabilité de la culture, la stabilité des formes.Nous, les colons, c\u2019est l\u2019inverse, chaque génération doit se démarquer de la génération précédente.» En salle d\u2019exposition, la manière sera simple : les genres cohabiteront, entremêlés ou côte à côte, selon une suite chronologique ponctuée de ses moments clés.La Conquête par ici \u2014 avec le peintre « chouchou » du directeur, soit Joseph Légaré, « le premier peintre paysagiste né au Canada [dont] les tableaux sont peuplés d\u2019autochtones, ses voisins » \u2014, Alex Colville et Norval Morrisseau réunis par là \u2014 « ça grince, ça jure, mais c\u2019est intéressant ; ce sont deux approches figuratives à une époque où le mainstream, c\u2019est l\u2019art abstrait», signale M.Mayer.Et au-delà de cette ouverture vers l \u2019ar t autochtone, l\u2019exposition bousculera la hiérarchie des genres.« On nomme la première artiste européenne digne de ce nom à pratiquer en Amérique du Nord, et c\u2019est une femme, une brodeuse de génie, Marie Le- maire des Anges [1641- 1717] », clame Marc Mayer, plutôt heureux de reléguer aux oubliettes les prêtres qui se prétendaient peintres.« Notre perspective change, dit- il, il faudra se pencher sur la question des ar ts décoratifs ».Une histoire à suivre\u2026 Le Devoir ART CANADIEN ET AUTOCHTONE \u2013 DES TEMPS IMMÉMORIAUX JUSQU\u2019EN 1967 Au MBAC à compter du 15 juin 2017.Pour cette journée inaugurale, le musée sera ouvert pendant 12 heures, soit de 9h30 à 21h30.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 E 6 DE VISU C U L T U R E ENTRÉE LIBRE info : 514 630-1254 www.pointe-claire.ca Parc Stewart et Galerie d\u2019art Stewart Hall 176, ch.du Bord-du-Lac \u2013 Lakeshore Rd.GÉOPOÉTIQUE 11 juin au 15 octobre 2017 Programme d\u2019activités culturelles pour le 150e anniversaire du Canada 3 expositions d\u2019art contemporain 25 artistes 8 grands événements 8 concerts Rencontres d\u2019artistes, visites guidées, ateliers d\u2019art et autres activités participatives pour tous Vernissage : Dimanche 11 juin, 13 h www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec COMPLET 8 juillet JOLIETTE \u2013 lutherie \u2013 jardins \u2013 concert 6 août MONTRÉAL \u2013 tour de l\u2019île vers l\u2019est 23-24 août QUÉBEC \u2013 art religieux et histoire 9 septembre OTTAWA \u2013 GATINEAU musées - Mosaïculture L\u2019histoire du pays par le timbre-poste ART CANADIEN ET AUTOCHTONE NOUVELLES SALLES au Musée des beaux-arts N I C O L A S M A V R I K A K I S Vous avez sans doute vu \u2014 ou entendu parler \u2014 du film Blow Up réalisé en 1968 par le cinéaste Michelangelo Antonioni.Il raconte l\u2019histoire d\u2019un reporter, Thomas \u2014 l\u2019incrédule ?\u2014, qui en agrandissant de nombreuses fois des photographies prises dans un parc découvre qu\u2019il a, sans le savoir, été témoin d\u2019un meurtre que ses photos, elles, ont très bien saisi.Cette idée que la photo peut mieux « voir » le monde qui nous entoure que notre œil et nos sens réunis fut aussi reprise dans le film Blade Runner (1982), dans une célèbre scène de « zoom in » qui permet à un détective de trouver des renseignements supplémentaires sur des «replicants», des copies d\u2019humains, qu\u2019il traque.Là encore, la photo qui copie le monde semble révéler une vérité supplémentaire sur ce monde.Ces jours-ci, dans Trauma, expo au centre Occurrence, l\u2019ar tiste et théoricien de la photo Joan Fontcuberta s\u2019inter roge sur cet usage \u2014 et cette idée \u2014 de la photo, mais aussi sur ses limites matérielles et historiques.Invité en 2003 à Cambridge, à l\u2019Université de Harvard, au Dépar tement des études visuelles et environnementales, Fontcuberta projette dans son cours le film Blow Up.En le revoyant, il a une idée.Et s\u2019il poursuivait la démarche de Thomas, s\u2019il agrandissait encore plus les images prises par le photographe, que trouve- rait-il ?Cela donna naissance à l\u2019installation Blow Up Blow Up (2009).Là, cependant, pas d\u2019explications ou de preuves supplémentaires sur le meurtre d\u2019un individu dans un jardin anglais.Plutôt des signes de l\u2019assassinat de la photo comme outil de vérité.Dans les grandes photos exhibées par Fontcuberta en galerie trônent des zones illisibles, des taches noires et blanches totalement abstraites qui nous montrent le grain de la photo.L\u2019artiste nous donne là les preuves des limites de la photo comme instrument de témoignage neutre par rapport au réel.Le texte de présentation parle même \u2014 étrangement \u2014 de l\u2019assassinat de la représentation\u2026 Depuis quelques années, Fontcuberta, qui fut entre autres le commissaire général du Mois de la photo à Montréal en 2015, travaille sur cette idée que, dans le monde actuel \u2014 postmoderne, diraient certains \u2014, dans notre ère post-photo- graphique \u2014 dirait l\u2019artiste \u2014, la photo aurait perdu sa fonction de mémoire, d\u2019immortalité et de vérité.Nous serions soumis à un déluge d\u2019images qui prendraient possession de nos vies dans l\u2019instantané et dans l\u2019éphémérité.Le traumatisme de la mort de la photo?Dans une deuxièmesalle attenante, Fontcuberta présente deux autres corpus d\u2019œuvres, dont un qui expose le cadavre de la photo-vé- rité d\u2019une manière plus joyeuse.Dans Gastro- poda, il met en scène avec humour la nature fragile des images photos.Vivant à la campagne, Fontcuberta a pu s\u2019apercevoir comment les escargots arrivent à dévorer les différents prospectus et cartons d\u2019invitation de musées ou de galeries qui avaient été déposés dans sa boîte aux lettres.L\u2019artiste nous montre le résultat de cet amour «gastéropodique» de la photo et du papier.Un amour dévorant! Un amour créateur, d\u2019escargots anonymes qui, comme bien des artistes contemporains, se sont approprié des images trouvées.Marcel Duchamp avait raison, l\u2019artiste du futur sera invisible, presque anonyme et à la limite de l\u2019underground! Sur un autre mur, dans un troisième corpus appelé Trauma \u2014 comme l\u2019ensemble de l\u2019exposition \u2014, Fontcuberta nous montre des images effacées par le temps, fantômes d\u2019images, évanescences\u2026 Autre façon de montrer comment la photo meurt parfois de sa belle mort à cause des limites de sa longévité matérielle.Bien que Fontcuberta fasse, malgré tout, une lecture très moderne, très ontologique, très matérielle de la photo, son œu- vre amène néanmoins une réflexion intéressante sur l\u2019imaginaire associé à la photo.Croyons-nous de nos jours plus ou moins qu\u2019auparavant à la vérité de l\u2019image photo ?Les images et la photo occupent- elles différemment nos vies au- jourd\u2019hui?Le nombre d\u2019images disséminées change-t-il le rôle de l\u2019image, son pouvoir, sa puissance rêvée?Tout cela est loin d\u2019être sûr, et ce, même si beaucoup de gens le répètent.Pourtant, la preuve par l\u2019image ou par le document (visuel ou écrit) n\u2019est certainement pas encore morte\u2026 Collaborateur Le Devoir TRAUMA De Joan Fontcuberta.À l\u2019espace d\u2019art et d\u2019essai Occurrence, jusqu\u2019au 4 juillet.L\u2019exposition sera aussi présentée au centre VU à Québec cet automne.Le deuil savoureux de la photographie Joan Fontcuberta nous convie à contempler le cadavre d\u2019une certaine idée de la photo Les artistes autochtones inclus dans l\u2019histoire Le MBAC procède à un réaménagement de ses salles très ambitieux JOAN FONTCUBERTA L\u2019artiste travaille sur l\u2019idée que la photo aurait perdu sa fonction de mémoire, d\u2019immortalité et de vérité.Marcel Duchamp avait raison, l\u2019artiste du futur sera invisible, presque anonyme et à la limite de l\u2019underground SOURCE MBAC Conflit du bien et du mal de Daphne Odjig, 1966 SOURCE MBAC Le martyre des pères Brébeuf et Lalemant de Joseph Légaré, vers 1843 E 7 Passeport quatuor 4 pièces au choix excluant celle par la Comédie-Française 110 $ *taxes et frais de service inclus Passeport trio Lucrèce Borgia par la Comédie- Française + 2 pièces au choix 165 $ *taxes et frais de service inclus Molière, Shakespeare et moi Théâtre du Rideau Vert 4 au 22 juillet Vice & Vertu par les 7 Doigts SAT 10 juillet au 6 août Maligne par Noémie Caillault Studio Hydro-Québec du Monument-National 7 au 29 juillet Baby-sitter Théâtre La Licorne 25 juillet au 5 août La vague parfaite Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui 20, 21 juin et du 6 au 10 juillet Muliats Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui 4 au 15 juillet What\u2019s in a Name Centre Segal 9 au 30 juillet Rêveurs définitifs Théâtre St-Denis 2 29 juin au 29 juillet Lucrèce Borgia par la Comédie- Française TNM 25 juillet au 4 août Dernier coup de ciseaux ?comédie interactive Gesù 11 au 22 juillet Imagine-toi par Julien Cottereau ?mime bruiteur Gesù 11 au 22 juillet de Paul Pörtner de Victor Hugo Choisissez votre passeport à 375mtl.com/anouslascene Programmation officielle 20 juin au 6 août - 11 spectacles en salle pour tous les goûts CULTURE > CINÉMA ET JAZZ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 THE BEEKEEPER AND HIS SON ?Documentaire de Diedie Weng.Suisse-Canada, 2016, 85 minutes.A N D R É L A V O I E L e sort des abeilles et celui de l\u2019humanité sont-ils à ce point liés ?Posez la question à n\u2019importe quel scientifique sérieux et il vous répondra par l\u2019affirmative.Vieil homme de peu de mots, Lao Yu pense exactement la même chose, l\u2019exprimant surtout à travers sa mine sombre et les rituels de son travail d\u2019apiculteur dans un petit village du nord de la Chine.En compagnie de sa famille, il a accepté de bonne grâce d\u2019être obser vé pendant près d\u2019une année par la cinéaste Diedie Weng.Elle voulait saisir toutes les nuances d\u2019une longue tradition, sur tout au moment d\u2019une importante passation des pouvoirs entre Lao Yu et son fils Maofu, dans la jeune vingtaine, de retour après un séjour de travail et d\u2019études en ville.The Beekeeper and His Son : le titre illustre déjà le clivage profond qui existe entre ces deux êtres qui, on le découvre rapidement, partagent peu de choses, et surtout pas la passion de l\u2019apiculture.Il suffit de voir Maofu rivé à son téléphone ou plongé dans ses livres de marketing pour comprendre à quel point il regrette sa vie urbaine, là où il lui était facile de voir ses amis, et de trouver une copine sur Internet\u2026 Cet environnement austère, fragile devant les caprices et les dérèglements de la nature, est agrémenté d\u2019un charmant bestiaire : deux oies, deux chiens, des poules et des cochons traversent constamment le décor, mais font bien plus que cela.À la fois éponges et caisses de résonance, ces animaux semblent en phase avec les humeurs et les rivalités d\u2019un père et de son fils ; ils se font parfois réconfortants, parfois agités, tout cela sous le regard un peu triste de Niang, la mère, médiatrice patentée.Peu intéressé par les rudiments d\u2019un métier humble et exigeant, Maofu essaie plutôt de rendre cette tradition plus lucrative, cherchant à convertir aux bienfaits du libre marché un homme au soir de sa vie.Une affiche à l\u2019effigie de Mao Tsé-Toung dans la modeste demeure de l\u2019apiculteur en dit pour tant beaucoup sur ses convictions, nullement impressionné qu\u2019il est par celles de son fils, oscillant entre les réprimandes violentes et un lourd silence accusateur.Cet immense fossé représente pour la cinéaste une métaphore éloquente sur la Chine d\u2019aujourd\u2019hui, écartelée entre son histoire plusieurs fois millénaire et un présent voué au développement économique \u2014 certains diront jusqu\u2019à l\u2019autodestruction.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui inquiète Lao Yu, sans bien sûr le dire avec éloquence, qui voit ses ruches devenir des mausolées, retirant patiemment les lar ves parasites installées ef frontément dans les alvéoles.Cinéaste ayant grandi dans le sud de la Chine, partageant son temps entre le Canada, les États-Unis et la Suisse, Diedie Weng ne pouvait qu\u2019être fascinée par ces tiraillements posant la question fondamentale, et universelle, de la transmission des traditions, mais aussi, et surtout, celle des valeurs.En nos contrées ou en pleine campagne chinoise, ces enjeux sont cruciaux et se résument parfois en de tristes dialogues de sourds où même les animaux domestiques en ressentent les violentes vibrations.Collaborateur Le Devoir Des abeilles et des hommes Diedie Weng livre une métaphore éloquente sur la Chine d\u2019aujourd\u2019hui S E R G E T R U F F A U T à Boston L es personnages hauts en couleur et forts en gammes qui ont rythmé les débuts du jazz à Boston s\u2019appelaient Johnny Hodges et Harry Carney.Ces deux-là, ces deux géants, ont été membres de la phalange fondée par Duke Ellington pendant plus de 40 ans.À ces noms, on greffera ceux qui, dans ces mêmes environs, ont fait leurs premiers pas : les batteurs Alan Dawson et Tony Williams, les pianistes Jaki Byard et Chick Corea, les trompettistes Ruby Braf f et Joe Gordon, le tromboniste Bob Brookmeyer et les saxophonistes Paul Gonsalves et Bill Pierce, pour parler des principaux.À cette liste on ajoutera les noms de deux musiciens réputés être aussi de très grands professeurs, soit le saxophoniste Jerry Bergonzi, qui a écrit toute une série de livres pédagogiques et que connaît bien Rémi Bolduc, et surtout Ran Blake.Pianiste immense qui enseigne au fameux New England Conservatory.Il a notamment formé Don Byron, John Medeski, John Scofield et autres fines lames du jazz contemporain.Il y a peu, Blake a publié un album qui est au fond l\u2019aboutissement d\u2019une fascination unique dans les annales du jazz.Cette dernière a pour nom propre: Claude Chabrol.Blake est en effet si obsédé par l\u2019œuvre du cinéaste, par tous ses films, qu\u2019il lui a consacré un disque intitulé Chabrol \u2014 Noir et publié sur Impulse.Sur la grande majorité des morceaux, Blake joue en solitaire.Les autres fois, il est accompagné par le seul saxophone de Ricky Ford.Le résultat?C\u2019est du Erik Satie au royaume de Duke Ellington.Les clubs ?À l\u2019instar de ce qui a été constaté dans d\u2019autres villes du continent, la géographie des clubs a été passablement bouleversée au cours des 15 dernières années.Premier bouleversement constaté, le célèbre Storyville où Gerr y Mulligan, Chet Baker et consor ts avaient été enregistrés est devenu une discothèque.Le Jazz Café ?Mettons qu\u2019il est à ranger à la rubrique du cahin-caha.En fait, sur ce flanc, on a retenu d\u2019abord et avant tout le Beehive, situé sur la rue Tremont en plein centre-ville.Le lieu est chaleureux comme sympathique.On l\u2019a retenu sur tout parce qu\u2019il est emblématique d\u2019un phénomène propre à toute la Nouvelle-Angleterre et dont Duke Robillard et le Roomfull of Blues sont les visages.C\u2019est bien simple, lorsque les membres de ces formations ne sont pas en tour née aux quatre coins de la planète, lorsqu\u2019ils sont de retour dans leur chère région, ils animent bien des clubs de Boston à Portland dans le Maine.Lors de périples antérieurs, on avait constaté que le pianiste Matt McCabe, les saxophonistes Mark Eardley, Rich Lataille et Doug James, le contrebassiste Brad Hallen, le guitariste Chris Vachon et compagnie se produisaient régulièrement à Por tland, et sur tout au Press Room Café de Portsmouth.Le Beehive ?Bruce Bears, pianiste régulier de la formation dirigée par Duke Robillard, petit-fils de Québécois qui s\u2019étaient exilés dans le Rhode Island durant la crise des années 1930, organise régulièrement des jam-sessions toujours convaincants.Le dimanche à l\u2019heure du brunch \u2014 eh oui, du brunch \u2014, on peut y entendre parfois Jerry Bergonzi.De ce dernier, on suggérera l\u2019album Three for All paru sur étiquette Savant.C\u2019est du sérieux, très sérieux.C\u2019est par fois austère, mais bon\u2026 C\u2019est à l\u2019image du lieu emblématique entre tous du jazz à Boston : le New England Conservatory.Collaborateur Le Devoir Le jazz haut en gamme de Boston La géographie des clubs a été passablement bouleversée au cours des 15 dernières années SOURCE NEW ENGLAND CONSERVATORY Vue sur le lieu emblématique entre tous du jazz à Boston: le New England Conservatory MIRA FILMS Peu intéressé par les rudiments du métier, Maofu essaie plutôt de rendre l\u2019apiculture plus lucrative. F R A N Ç O I S L É V E S Q U E U n sac de billes fait partie de ces histoires vraies qui, tout en étant campées durant les heures sombres de la Deuxième Guerre mondiale, ont l\u2019heur de mettre en lumière le meilleur de l\u2019humain, à savoir le courage, la solidarité, l\u2019amour, la résilience aussi.On y suit les péripéties tragicomiques de Joseph, Jo, 10 ans, et de son frère Maurice, à peine plus âgé, deux petits Juifs qui tentent d\u2019esquiver les nazis dans la France occupée.Dans ce film à l\u2019af fiche le 23 juin, Patrick Br uel incarne le patriarche témoin de l\u2019horreur qui se répète, lui qui connut autrefois les mêmes persécutions en Russie.Profitant de son passage à Montréal dans le cadre de son spectacle hommage à Barbara en avril dernier, on l\u2019a rencontré.Il faut d\u2019abord savoir que le film Un sac de billes, réalisé par le Québécois Christian Du- guay, est basé sur le roman du même nom écrit par Joseph Joffo, le narrateur, qui fut publié en 1973.Dire de Patrick Bruel que le roman lui était familier relève de l\u2019euphémisme.« J\u2019ai lu le roman à 13 ans.C\u2019est un best-seller colossal.» De fait, le roman s\u2019est écoulé à plus de vingt millions d\u2019exemplaires et a été traduit dans près de vingt langues.«Tous les enfants, jusqu\u2019à une certaine génération, l\u2019ont lu, précise encore Patrick Bruel.Puis, à un moment, il y a eu moins de gens, puis plus de gens du tout\u2026 Et donc, forcément, étant de ceux qui l\u2019ont découver t tôt, je me suis tout de suite montré très intéressé quand on m\u2019a dit qu\u2019on adaptait de nouveau Un sac de billes.» Doutes initiaux De nouveau, car une première adaptat ion, s ignée Jacques Doillon, prit l\u2019af fiche en 1975.Un peu oublié, le film ne s\u2019est pas imposé dans la filmographie de l\u2019auteur de Ponette, en dépit de la notoriété de la source.« À cause de cette adaptation existante, et malgré mon intérêt initial, j\u2019ai douté.Je me suis demandé si c\u2019était nécessaire d\u2019adapter le roman une deuxième fois, si c\u2019était nécessaire de faire un énième film sur la Deuxième Guerre mondiale\u2026 Les producteurs ont beaucoup insisté, en me disant que le rôle du père était pivot, qu\u2019il représentait la mémoire et la transmission\u2026 Et puis j\u2019ai rencontré Christian Duguay, et j\u2019avoue que j\u2019ai été très, très séduit par le bonhomme.Il m\u2019a touché tout de suite et, ce faisant, m\u2019a convaincu.» Grand film populaire, au sens positif de l\u2019expression, le film de Christian Duguay préserve le regard enfantin tout en conférant un souffle et une esthétique de fresque à l\u2019histoire, qui commandait exactement cela pour sa transposition au grand écran.C\u2019est après tout la première fois de sa vie que Joseph sor t du 18e arrondissement de Paris et découvre le vaste monde ; por trait intime sur canevas immense.Des enfants d\u2019exception « Convaincu », donc, Patrick Bruel n\u2019était pas pour autant prêt à dire oui tout de suite.Il restait à clarif ier un enjeu fondamental.« J\u2019ai dit à Christian : \u201cIl va vous falloir deux gamins exceptionnels pour jouer Joseph et Maurice, sinon ça ne servira à rien de faire ce film.\u201d Christian m\u2019a répondu qu\u2019on était d\u2019accord là-dessus, puis il a sor ti son iPad \u2014 on était au restaurant et on se connaissait depuis quinze minutes \u2014 et m\u2019a montré un bout d\u2019essai qu\u2019il avait filmé avec les deux jeunes acteurs, Dorian Le Clech et Ba- tyste Fleurial Palmieri.C\u2019était la scène où le père, mon personnage, administre des claques à Jo pour lui faire dire qu\u2019il n\u2019est pas Juif, afin de le préparer aux interrogatoires nazis.J\u2019ai vu ça, et j\u2019ai été scié.» Un autre aspect qui plut à Patrick Bruel : le fait que, en dépit d\u2019une abondance de films vrais et fictifs se déroulant durant la Deuxième Guerre mondiale, relativement peu ont été filmés à travers le prisme de l\u2019enfance.Il y avait là une occasion de faire œuvre utile.« Je me suis dit que les enfants aujourd\u2019hui ne sont pas forcément au courant de ce qui s\u2019est passé.Ou de comment ça s\u2019est passé.Ou de pourquoi ça s\u2019est passé.Je pense qu\u2019on est entré dans la période de l\u2019oubli.[\u2026] On a eu raison de faire le film, parce qu\u2019à la sor tie en France, on s\u2019est promené dans les écoles, dans les lycées, et 80% des gosses ne savaient pas ce qu\u2019ils allaient voir.Je n\u2019exagère pas.Ils n\u2019étaient pas au courant, et ils avaient les larmes aux yeux à la fin.Ils posaient plein de questions, des questions incroyables.» Échos contemporains Ces visites firent réfléchir Patrick Bruel sur les notions de passation, de transmission.«L\u2019enseignement de la Deuxième Guerre mondiale est obligatoire.Mais tout est dans la manière, et tous les professeurs ne privilégient pas la même.On peut survoler l\u2019histoire, certains aspects, et parvenir, par exemple, à faire l\u2019économie des explications des fondements de la Shoah.On ne peut pas expliquer la guerre de 1939-1945 sans expliquer la Crise de 1929.Et si on n\u2019explique pas la Crise de 1929, on n\u2019explique pas la Crise de 2008, et on n\u2019explique pas tout ce qui est en train de se passer.Les parallèles sont ef frayants.La montée des nationalismes dans toute l\u2019Europe qui rejaillit sur l\u2019Amérique, et l\u2019Amérique qui rejaillira sur l\u2019Europe\u2026 On est exactement au même point, avec ce repli sur soi et les discours populistes qui prennent le dessus.» On écoute Patrick Bruel, enflammé, sincère, inquiet, et on ne peut s\u2019empêcher de voir le personnage qu\u2019il joue dans le film.Ce père qui, en transmettant à ses enfants la mémoire des horreurs passées, les outille pour survivre à celles du présent.Le Devoir CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 J U I N 2 0 1 7 E 8 C U L T U R E 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise Œil pour œil The Beekeeper and his Son (VOSTF) ?Expo 67 ?Mission ?Impossible BGL de fantaisie de GUYLAINE MAROIST, MICHEL BARBEAU, ERIC RUEL ven.-dim.17h30 lun.-mer.19h15 de BENJAMIN HOGUE ven.-mer.20h45 d\u2019ILAN ZIV jeu.19h15 de DIEDIE WENG ven.-dim.19h lun.-jeu.17h30 theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ (US) VOSTF Le lundi 12 juin | 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC EMMA STONE ET RYAN GOSLING.de Damien Chazelle LA LA LAND COMÉDIE DRAMATIQUE MONSIEUR & MADAME ADELMAN ?1/2 Comédie dramatique de Nicolas Bedos.Avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Denis Podalydès, Antoine Gouy, Christine Millet et Pierre Arditi.Brillante étudiante en lettres, Sarah (Doria Tellier) est prête à tout pour séduire Victor (Nicolas Bedos), aspirant romancier.Ensemble, ils vivront un roman d\u2019amour tumultueux de 45 ans que racontera la première à un jeune biographe (Antoine Gouy) peu après le décès du second.Alliant la désinvolture de Rohmer, le mordant des Jaoui-Bacri, les névroses obsessionnelles de Woody Allen, ce premier film de Nicolas Bedos séduit par la vivacité de ses dialogues, émaillés de mots crus et de réparties cinglantes, sa critique grinçante de la gauche caviar et ses coups de théâtre aussi cruels que surprenants.Enfilade fluide de tableaux d\u2019époque, tour à tour follement romantiques, tendres et doux-amer, Monsieur & Madame Adelman dissèque au scalpel ce couple irrésistiblement imparfait sans craindre d\u2019aborder avec un humour corrosif les thèmes les plus délicats.Avec une grâce évoquant la Diane Keaton de Manhattan et un aplomb rappelant celui d\u2019Annie Girardot en héroïne populaire, la lumineuse Doria Tillier s\u2019avère une partenaire de haut niveau pour Nicolas Bedos, très à l\u2019aise en grand amoureux pas toujours aimable.À la direction photo, le Québécois Nicolas Bolduc apporte à l\u2019ensemble élégance et chaleur.Manon Dumais MY COUSIN RACHEL ?Drame de Roger Michell.Avec Rachel Weisz, Sam Claflin, Hol- liday Grainger, Iain Glen.Grande-Bretagne, 2017, 106 minutes.A N D R É L A V O I E L e cinéaste britannique Roger Michell veut souvent nous conduire là où l\u2019on ne l\u2019imagine pas, car le succès de Notting Hill aurait pu le confiner longtemps à la comédie romantique.Depuis, il vagabonde entre les genres, du thriller psychologique (Enduring Love) à la romance illicite (The Mother), poussant cette fois l\u2019audace jusqu\u2019à signer lui- même le scénario de cette nouvelle adaptation du roman My Cousin Rachel, de Daphne du Maurier, plus connue, grâce à Alfred Hitchcock, pour Rebecca et The Birds.Après Olivia de Havilland en 1952 et Geraldine Chaplin en 1983, c\u2019est au tour de Rachel Weisz de porter la robe noire et la voilette de cette veuve que l\u2019on considère surtout comme une vipère.C\u2019est du moins la conviction profonde de Philip (Sam Claflin), encore sous le choc après la mor t de son bienveillant protecteur en Italie aux côtés de cette femme que le défunt décrivait dans ses lettres comme une tendre compagne, et plus tard comme un tourment.Philip, jeune châtelain naïf, rigide et idéaliste de la bonne société anglaise du XIXe siècle, cherche sa revanche, et pourrait l\u2019obtenir lorsque Rachel annonce sa visite.Dès son arrivée, rien ne se déroule comme prévu, surpris par son éblouissement amoureux pour cette femme qui ne correspond à rien de ce qu\u2019il avait imaginé.Rachel réussit vite à conquérir l\u2019entourage de son cousin par alliance, et à charmer jusqu\u2019à l\u2019aveuglement ce puceau prêt à briser toutes les règles pour la satisfaire.Or, des comportements étranges, équivoques, de la veuve et une santé tout à coup chancelante chez Philip réveillent les pires soupçons, dont ceux de son tuteur et de sa fille Louise (Holly- day Grainger), éprise de lui depuis toujours.Roger Michell recrée avec soin cet univers de lourdes draperies et de chandelles digne des meilleurs romans gothiques, avec quelques belles échappées dans la campagne anglaise, de même qu\u2019en Italie, prenant aussi grand soin de retarder l\u2019arrivée de celle qui semble semer la mort sur son passage.L\u2019apparition en est que plus spectaculaire, rehaussée par la présence incandescente de Rachel Weisz, capable de jouer aussi bien l\u2019amante transie que la froide manipulatrice.L\u2019intérêt dramatique autour de My Cousin Rachel réside dans cette ambiguïté perpétuelle autour des réels motifs qui animent cette femme assoiffée d\u2019indépendance.Pour y parvenir, Roger Michell épouse totalement le point de vue de son héros tourmenté qui construit sa perception sur ce que cette femme raconte, se nourrissant aussi, et malgré lui, des ragots de ceux et celles qui l\u2019observent ; lorsque Rachel disparaît du champ de vision de Philip, elle disparaît aussi de celui du spectateur.Ces choix de mise en scène ne font pas de My Cousin Rachel une œuvre d\u2019une grande puissance, tout au plus un drame à l\u2019élégance victorienne, plombé par la présence moins vibrante de Sam Claflin (The Hunger Games, Me Before You), choix racoleur pour appâter un jeune public qui n\u2019est pas celui des spectacles à costumes qui font le bonheur des fidèles de PBS.Collaborateur Le Devoir Les mystères d\u2019une jeune veuve My Cousin Rachel est une adaptation sage et soignée d\u2019un roman de Daphne du Maurier Patrick Bruel, la mémoire d\u2019un rôle L\u2019acteur et chanteur incarne un patriarche juif dans la France occupée pour Christian Duguay SONY PICTURES Rachel Weisz incarne la protagoniste de My Cousin Rachel.On ne peut pas expliquer la guerre de 1939-1945 sans expliquer la Crise de 1929.Et si on n\u2019explique pas 1929, on n\u2019explique pas la Crise de 2008, et on n\u2019explique pas tout ce qui est en train de se passer.Les parallèles sont effrayants.Patrick Bruel « » PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le fait que le film Un sac de billes raconte la Deuxième Guerre mondiale à travers le prisme de l\u2019enfance a plu à Patrick Bruel."]
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