Le devoir, 1 juillet 2017, Cahier B
[" Brian Myles sur les 150 ans de la fondation du Canada Page B 4 Libre opinion sur la solitude constitutionnelle du Québec Page B 4 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 J U I L L E T 2 0 1 7 Idées L\u2019anniversaire de la Confédération et les Autochtones Page B 5 M A R C O B É L A I R - C I R I N O D A V E N O Ë L à l\u2019Assemblée nationale I l y a 150 ans naissaient le « Dominion du Canada » et la « Province de Québec ».Les libéraux n\u2019ont pas pour autant le cœur à la fête.D\u2019ailleurs, les premières élections générales organisées au lendemain de l\u2019entrée en vigueur de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (AANB) prennent l\u2019allure d\u2019une bataille rangée entre les partisans du nouveau régime fédératif, les bleus, et eux, les rouges.À l\u2019été 1867, tous les coups sont permis afin de remporter le pouvoir.«À cette époque, les batailles électorales étaient si violentes que plus d\u2019un candidat n\u2019allait pas aux assemblées sans un revolver dans sa poche », mentionne l\u2019historien Robert Rumilly (1897-1983).Dans le camp des rouges, « les plus jeunes et les plus avancés parmi les libéraux» dénoncent avec virulence l\u2019ordre instauré par l\u2019AANB le 1er juillet 1867.Ils distribuent à tout va le pamphlet La confédération, couronnement de dix années de mauvaise administration, dans lequel ils accusent les conservateurs dirigés par John A.MacDonald d\u2019avoir eu recours à l\u2019AANB pour à la fois « garder le pouvoir » et « réaliser le programme de lord Durham», qui avait plaidé 30 ans plus tôt pour l\u2019assimilation d\u2019un « peuple sans histoire et sans littérature » : les Canadiens français.Les auteurs de la diatribe d\u2019une quarantaine de pages « appuyé[e] de preuves complètes » appellent les électeurs à «débarrasser le Canada français des sangsues qui boivent le meilleur de son sang».«Le peuple a en main une arme irrésistible : le vote.Qu\u2019il s\u2019en serve avec intelligence ; qu\u2019il soit sans miséricorde pour ceux qui ont attiré sur sa tête une avalanche de maux de tout genre », lancent des militants du Parti libéral de l\u2019époque \u2014 dont se revendique aujourd\u2019hui l\u2019équi - pe de Philippe Couillard.«Eux voudraient un genre de confédération, mais de deux provinces, un peu comme en Belgique, par exemple », souligne le professeur à la TELUQ Éric Bédard dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.En guise de « contrepoison», les conservateurs publient fin juillet 1867 La confédération, c\u2019est le salut du Bas-Canada.Ils invitent la nation canadienne- française à « élever dans son cœur un monument d\u2019éternelle gratitude» pour les pères de la Confédération, au premier chef George-Étienne Cartier.« Il faut être renégat, ou, ce qui revient au même, annexionniste, pour ne pas se trouver ému jusqu\u2019aux larmes [de voir] confié le dépôt sacré de nos traditions nationales à un gouvernement choisi par nous et composé des nôtres », écrit l\u2019auteur de la préface, Alphonse B., à quelques semaines du scrutin.Le clergé se range derrière les bleus, ce qui n\u2019est pas sans conséquence sur l\u2019issue du vote, dans la mesure où celui- ci est ouver t (non secret).Dans un mandement diffusé à l\u2019été de 1867, l\u2019évêque de Ri- mouski, Mgr Jean Langevin, prévient ses ouailles que la nouvelle Constitution est « l\u2019expression de la volonté suprême du législateur, de l\u2019autorité légitime, et par conséquent de celle de Dieu».À l\u2019instar de l\u2019Église et de l\u2019entreprise, « les vieilles familles influentes étaient conservatrices », sauf les Papineau, Dorion et Cherrier, ainsi que « deux ou trois autres », rappelle l\u2019auteur de la fresque Histoire de la Province de Québec, Robert Rumilly.Une succursale d\u2019Ottawa Les élections générales fédérales et provinciales, qui se tiennent simultanément à l\u2019été 1867, sont « plus confuses que passionnées ».En effet, « le système du double mandat, permettant d\u2019être à la fois député à Ottawa et à Québec, embrouilla les candidats et les électeurs ».Il embrouillera la vie politique canadienne et québécoise jusqu\u2019à son abolition en 1874.Ainsi, George-Étienne Cartier réussit à l\u2019été 1867 à se faire élire à la Chambre des communes à Ottawa et à l\u2019Assemblée législative à Québec.Au Québec, le Parti conservateur de Chauveau remporte 51 sièges, y compris le sien (53% des voix), contre 13 pour le Par ti libéral.Des ministres d\u2019Ottawa étaient députés à Québec, et vice-versa.«La politique provinciale fut, à ses débuts, le reflet de la politique fédérale», indique Rumilly, minimisant le rôle du premier premier ministre québécois, Pierre-Oli- vier Chauveau.« En réalité, à Québec comme à Ottawa, Cartier était le véritable chef.» Les députés prêtent serment le 27 décembre à midi, dans le parlement de la côte de la Montagne.Un élu con - servateur constate la disparition du mobilier de l\u2019édifice qui abritait le Parlement du Canada-Uni.Une scène semblable l\u2019attend dans la bibliothèque, où il ne subsiste plus que quelques ouvrages.« Les quelques centaines de volumes égarés sur les rayons sont loin de suf fire aux besoins des hom mes avides d\u2019apprendre », lâche le bibliothécaire Pamphile Lemay.Le lendemain, le premier ministre Chauveau profite de son premier discours du Trône pour délimiter les contours du champ de compétences du Québec.« La Constitution vous a confié de grands intérêts et imposé de graves devoirs», affirme- t-il, tout en mar telant que le Québec «ne peut que jouir d\u2019un avenir de bonheur, si ses habitants continuent de développer en paix et en harmonie les germes de prospérité qui leur sont échus.Nous sommes au berceau d\u2019une Constitution nouvelle ; autour d\u2019un berceau, les passions se taisent, les divisions disparaissent pour faire place à des sentiments d\u2019amour, à des projets de gloire et d\u2019avenir», poursuit-il, s\u2019attirant les applaudissements nourris de toute l\u2019assemblée.Les libéraux mettent fin à leur croisade contre la Confédération canadienne.« Ils ont accepté les règles du jeu.Mais ce sont eux qui vont les premiers développer tout ce discours sur l\u2019autonomie des provinces, avec [Honoré] Mercier, souligne l\u2019historien Éric Bé- dard.[Les libéraux] vont proposer une lecture, une interprétation du régime qui sera très dif férente de celle des conservateurs qui, eux, en gros \u2014 surtout avec MacDonald \u2014, voulaient vraiment créer une nationalité britannique.On a quelqu\u2019un comme Mercier qui très rapidement dit \u201cnon\u201d.Il dit : \u201cLe Canada de 1867, c\u2019est un pacte entre provinces qui ont délégué un pouvoir à un État central.\u201d Autrement dit, tout ce qui n\u2019a pas été délégué, ça relève des provinces.» La renaissance du Québec dans l\u2019angle mort du 150e de la fédération J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U L e feu gronde.Les draperies et les couvertures d\u2019une chambre du Westminster Palace Hotel sont en flammes.Nous sommes à Londres, en 1866.John A.Macdonald, un des Pères de la Confédération, futur premier ministre de ce nouvel ensemble colonial, est réveillé en pleine nuit par les flammes qui le lèchent.Il est brûlé vif.Heureusement, son ancien adversaire politique, George-Étienne Cartier, arrive en trombe pour l\u2019aider.Hospitalisé, Macdonald va s\u2019en tirer de justesse.Il a eu de la chance.Qu\u2019est-il arrivé?Officiellement, Macdonald s\u2019est assoupi.Une chandelle est tombée.Le feu l\u2019a surpris.Et l\u2019on devine le reste.Mais ceux qui connaissent Macdonald \u2014 et ils sont nombreux à Londres \u2014 savent que son habitude de s\u2019enivrer a pu le conduire jusqu\u2019à son malheur.Un de ses biographes, Richard Gwyn, explique d\u2019ailleurs qu\u2019en cette année où se tient la conférence de Londres qui doit conduire à l\u2019adoption d\u2019une loi constitutionnelle, l\u2019alcoolisme de Macdonald s\u2019aggrave.À l\u2019époque, déjà, ce trait marquant de sa personnalité n\u2019est plus un secret pour personne.Pour cause d\u2019ivresse, Macdonald doit même quitter à l\u2019occasion les scènes où il doit prendre la parole.Mais Londres ne lui en tient pas rigueur.Au contraire.Entre Londres et lui, c\u2019est une histoire d\u2019amour.Macdonald est admis dans les clubs les plus distingués de la capitale.Il est même un des membres du prestigieux Athenaeum Club.On le connaît partout dans « la belle société».Dans la crypte de la cathédrale Saint Paul, en plein cœur de la capitale anglaise, on trouve encore un imposant buste de marbre de Macdonald où il est montré décoré des plus hautes distinctions de l\u2019Empire.Sur le socle gravé, ces mots du «Premier of the Dominion of Canada» : «A British subject I was born a British subject I will die.» Britannique un jour, britannique toujours pourrait être la devise de cet homme de l\u2019Empire.Après l\u2019écrasement des Patriotes de 1837-1838, le Bas-Canada (le Québec) et le Haut-Canada (l\u2019Ontario) ont été rassemblés dans ce qui est appelé la Province du Canada, ou le Canada-Uni.La situation est loin d\u2019être stable.Depuis que le parlement du Canada-Uni, installé à Montréal, a été incendié en 1849 par une foule outrée qu\u2019on puisse verser des indemnités à la suite de la répression des Patriotes, le Parlement canadien est devenu en quelque sorte itinérant.Il siège à Toronto en 1850-1851, puis à Québec de 1852 à 1856.Le revoici à Toronto pour les trois années suivantes.Puis de nouveau à Québec, de 1860 à 1866, tandis qu\u2019on s\u2019affaire à construire à By- town, désormais connue sous le nom d\u2019Ottawa, un nouvel édifice imposant, selon les souhaits de Sa Majesté la reine Victoria.En 1864, un projet d\u2019union plus large se met concrètement en place.Londres souhaite que ses autres colonies d\u2019Amérique du Nord se regroupent elles aussi.Les intérêts d\u2019hommes comme John A.Macdonald, Alexander Galt, Thomas d\u2019Arcy McGee, Charles Tupper ou George-Étienne Cartier sont étroitement liés à ceux du développement de l\u2019Empire britannique en général et à l\u2019élaboration d\u2019un chemin de fer en particulier.Dans leurs discours, le chemin de fer revient sans cesse comme un leitmotiv.Deux conférences préparatoires ont lieu avant qu\u2019on ne se rende à Londres.À Charlottetown en septembre 1864, puis à Québec le mois suivant.À Québec, on adopte 72 résolutions qui servent de base au British North America Act de 1867.Durant ces deux conférences, on boit et on mange beaucoup, jusqu\u2019à tard dans la nuit.Pour la seule conférence de Charlottetown, les délégués du Canada ont appor té en bateau pour 13 000 $ de champagne.C\u2019est dire que le feu commun que l\u2019on tente d\u2019allumer lors de ces rencontres est passablement arrosé.On se rend ensuite à Londres pour faire adopter officiellement le projet.C\u2019est à cette occasion que John A.Macdonald est brûlé.Le projet constitutionnel d\u2019union de trois colonies britanniques (le Canada-Uni, le Nouveau- Brunswick et la Nouvelle-Écosse), sous une forme fédérative de gouvernement, est définitivement adopté par le Parlement de Londres et signé par la reine Victoria le 29 mars 1867.Il entre en vigueur le 1er juillet suivant.Ce jour-là, Macdonald est sacré par la reine chevalier commandeur de l\u2019Ordre du Bain, et plusieurs de ses compagnons, dont Cartier, sont élevés par la même occasion dans la haute hiérarchie britannique.À son retour au Québec, on fait un triomphe à Cartier.ANALYSE Les feux de la Confédération D\u2019où vient cette Constitution de 1867?VOIR PAGE B 2 : FEUX MARCO BÉLAIR-CIRINO LE DEVOIR À Québec, la statue de l\u2019un des pères de la Confédération, George-Étienne Cartier, surplombe le parc Montmorency où ont siégé les premiers députés de la Province de Québec en 1867.Chronologie 1er juillet 1867.L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique entre en vigueur.Narcisse-Fortunat Belleau est nommé lieute- nant-gouverneur du Québec.4 juillet 1867.Belleau demande au maire de Québec, Joseph- Édouard Cauchon, de former le premier gouvernement québécois.Celui-ci se désiste toutefois une semaine plus tard devant l\u2019hostilité des anglophones, qui lui reprochent son opposition passée à un projet de loi assurant aux protestants le contrôle de leurs écoles.15 juillet 1867.Belleau se tourne vers le conservateur Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, qu\u2019il assermente comme premier ministre du Québec.Août-septembre 1867.Élections générales fédérales et provinciales.Au Québec, le Parti conservateur de Chauveau remporte 51 sièges (53,4 % des voix) contre 13 pour le Parti libéral (35,4 % des voix).Sur la scène fédérale, le conservateur John A.MacDonald prend le pouvoir avec 34,5 % des voix, contre 22,6 % pour les libéraux.27 décembre 1867.La 1re session de la 1re législature s\u2019ouvre à Québec.14 février 1868.Le trésorier Christopher Dunkin prononce le premier discours du budget.VOIR PAGE B 3 : RENAISSANCE R O S A B O S T R A à Hong Kong D es barricades de fortune barrent l\u2019entrée du village de Wang Chau, voué à la destruction.Un siège s\u2019est organisé pour repousser les expulsions décidées par le gouvernement hongkongais.Un QG sous un perron, des boîtes de gâteaux, des car tes topographiques et beaucoup de moustiques.Et Lin On- Kai et ses camarades, qui préparent les pancartes pour la manifestation de samedi.À l\u2019image d\u2019une jeune génération prête à en découdre avec «un gouvernement maintenu sous pression par la Chine et sourd au dialogue», Lin On-Kai, 28 ans, fraîchement diplômée en psychologie, défilera le 1er juillet, non pour célébrer les 20 ans de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, mais pour dénoncer « l\u2019injustice d\u2019un système» concentré sur les intérêts de Pékin.L\u2019anniversaire de la rétrocession est un rendez-vous annuel tant des soutiens de Pékin que des militants pour la démocratie, qui rassemble des dizaines de milliers de participants.Lin On- Kai en est une habituée.Cette année, elle ne plaidera pas seulement pour les libertés politiques, mais aussi pour le sort des habitants de Wang Chau, un des villages de la région qui sont condamnés à disparaître.Lin On-Kai n\u2019est guère réceptive au refrain nationaliste ressassé depuis des mois par les autorités, qui veulent célébrer 20 ans de prospérité partagée.Même Xi Jinping est de la partie, arrivé jeudi dans la région semi-autonome pour une visite de trois jours, sa première en tant que président chinois.« Hong Kong a toujours eu une place dans mon cœur», a-t-il déclaré sur le tarmac, à peine descendu de l\u2019avion.À marche forcée vers l\u2019intégration La Chine, elle, n\u2019est pas encore dans le cœur des Hongkongais.Poussés à marche forcée vers l\u2019intégration avec la mère patrie, tous n\u2019ont pas le cœur à la fête, ni ne sont prêts à faire le deuil de leurs liber tés.Lin On-Kai la première.À quelques jours des festivités, elle raconte n\u2019avoir jamais habité à Wang Chau, petit écrin de verdure à quelques kilomètres de la frontière avec la Chine.Elle n\u2019était même pas née quand ces maisonnettes de bric et de broc ont été construites.Mais elle défend ces villageois « traités comme des moins que rien» et sommés de quitter leurs habitations qui feront bientôt place à des tours résidentielles.Ce projet est, pour elle, symptomatique de la collusion entre élites politiques et économiques et de l\u2019érosion de l\u2019autonomie de Hong Kong.Selon elle, le Parti communiste s\u2019entend avec les promoteurs et les magnats locaux, ce qui lui permet de maintenir l\u2019équilibre politique sans avoir à faire des concessions à la démocratie.En 1997, Lin On-Kai avait huit ans.Elle se souvient à peine du changement de souveraineté négocié dès 1984 sans que la population ait été consultée.«Il y avait de l\u2019inquiétude, mais pas dans mon entourage, où c\u2019était plutôt un rêve qui devenait réalité» : Hong Kong redevenait chinoise après des décennies de domination britannique.« Il y avait une sorte d\u2019espoir d\u2019une vie meilleure», se souvient la brunette, dont les parents, originaires de la province chinoise de Guang- dong, ont immigré à Hong Kong dans les années 1960.«Et on a déchanté, petit à petit », notamment du fait de la «pression des promoteurs et de la devise de Pékin: construire des tours et des tours et des infrastructures, sans aucun égard pour la population», raconte la jeune femme, caressant du regard les petits potagers de Wang Chau et ses ruelles arborées, «un mode de vie inestimable que rien ne pourra remplacer, surtout pas des apparte- ments-cages dans des tours».La préservation du patrimoine a d\u2019ailleurs contribué à déclencher une prise de conscience politique.« Hong Kong n\u2019a pas beaucoup d\u2019histoire et de monuments anciens à cause du développement.Après 1997, le gouvernement a fait beaucoup pour effacer l\u2019histoire, notamment coloniale.Or, sans histoire, c\u2019est difficile de connaître notre identité », conclut Lin On-Kai.Se faire manger à petit feu L\u2019immobilier n\u2019est qu\u2019un des exemples de la pénétration des Chinois dans le tissu économique, financier et politique hongkongais.Télécommunications, commerce, banques, édition, médias, cinéma, rien n\u2019a échappé à leur appétit.Après les parcelles de l\u2019ancien aéroport (implanté en plein cœur de la ville), les villas luxueuses du sud de l\u2019île de Hong Kong et les terrains publics mis aux enchères par le gouvernement, les Chinois jettent désormais leur dévolu sur les bureaux.Une partie des 88 étages de l\u2019emblématique gratte-ciel de l\u2019IFC, 416 mètres de prestige et deuxième tour de la ville pour ce qui est de la hauteur, est ainsi rachetée par des entreprises chinoises prêtes à payer le prix fort pour dominer la ville.Les commerces subissent aussi la pression, comme en témoigne Mandy Mak, vendeuse dans une minuscule boulangerie du quartier branché de Soho.«Les prix sont exorbitants.C\u2019est de plus en plus difficile de faire vivre un commerce et de se loger», raconte-t-elle en regardant passer la police dans un hurlement de sirènes.Les forces de l\u2019ordre, pourtant si discrètes d\u2019habitude, sont nerveuses ces jours-ci en raison de la visite du président Xi.Mandy Mak ne reconnaît plus sa ville, engorgée par 7,3 millions d\u2019habitants, par les «très hauts immeubles modernes » et « ces franchises qui ont chassé les petites boutiques ou petits commerces».Cette modernisation débridée lui déplaît: «On était heureux avant, on ne l\u2019est plus, trop de pression.» Sur le papier, Hong Kong conserve son haut degré d\u2019autonomie, ses libertés, sa monnaie, son système judiciaire.C\u2019est le principe «un pays, deux systèmes», inscrit dans l\u2019accord de 1984 ayant présidé à la rétrocession.Il est censé garantir le maintien jusqu\u2019en 2047 du mode de vie d\u2019avant 1997.Mais dans les faits, se désole la commerçante, «on se fait manger à petit feu.Regardez la presse, il ne nous reste plus qu\u2019un journal libre, Apple Daily, ce qui confirme nos inquiétudes de 1997: les libertés sont attaquées».«Sécessionnistes» Même dans les milieux d\u2019affaires, certains redoutent que l\u2019autonomie de Hong Kong ne soit avalée par l\u2019intégration, organisée par Pékin à grands coups de projets d\u2019infrastructures pharao- niques ou de mégacités-régions, dont Hong Kong ne serait qu\u2019une composante.Benny Chung, croisé non loin de Soho dans une rue remplie d\u2019effluves de poissons séchés, témoigne aussi de ce blues sous-jacent.Parti en 2000 pour parachever sa formation de danseur aux États-Unis, il retrouve en 2012 une ville postindustrielle marquée par «l\u2019angoisse, le stress, la colère».«Ce qui avait changé, c\u2019étaient les gens, repliés sur eux-mêmes, comme s\u2019il n\u2019y avait nulle part où ils se sentaient protégés», regrette-t-il.Il évoque les manifestations monstres de 2012 contre un projet de manuel scolaire destiné à construire « l\u2019harmonie, l\u2019identité et l\u2019unité nationale ».À l\u2019époque, les manifestants «ont gagné et ont cru alors qu\u2019ils pouvaient faire bouger le gouvernement chinois», note-t-il en secouant la tête.Pour Mandy Mak, 2014 est l\u2019année où la démocratie hongkongaise a été enter rée, le 31 août.«C\u2019est une date traumatisante à partir de laquelle Hong Kong a radicalement changé.La colère a éclaté», témoigne-t-elle.Ce jour-là, les arcanes du pouvoir communiste ont décidé de désigner les candidats pouvant concourir pour le poste de chef de l\u2019exécutif.Cette décision avait alors entraîné Mandy Mak et des milliers d\u2019autres Hongkongais dans la rue des semaines durant pour exiger une pleine démocratie.« J\u2019ai même campé une nuit là-bas», dit la quinquagénaire.Mais Pékin n\u2019a rien cédé.Encore aujourd\u2019hui, seulement une partie des députés sont élus au suffrage universel, le chef de l\u2019exécutif étant désigné par un collège de grands électeurs largement acquis à Pékin.Carrie Lam, la nouvelle chef choisie fin mars, sera officiellement investie samedi, en présence de Xi Jinping.L\u2019affrontement de 2014 a marqué un point de non-retour, laissant la société hongkongaise fracturée et irritant le gouvernement central chinois, qui désormais se restreint moins et multiplie les interférences dans les affaires locales.Si Mandy Mak n\u2019ose plus trop manifester, la jeune génération continue de descendre dans la rue pour réclamer le suffrage universel et l\u2019émancipation du joug chinois, signe que le creuset culturel s\u2019est intensifié et que l\u2019intégration n\u2019est toujours pas acceptée, même 20 ans plus tard.Une poignée de ces militants ont ainsi multiplié les coups d\u2019éclat ces derniers jours.Une vingtaine ont été arrêtés mercredi pour nuisance publique et placés en détention.Parmi eux figurent des députés et de jeunes militants emblématiques, dangereux agitateurs « sécessionnistes » selon Pékin, qui aimerait les museler.Le gouvernement central a déjà fait disqualifier deux députés.Au moins cinq autres sont sur la sellette.La Chine va-t-elle durcir encore le ton ou bien modérer ses ripostes pour préserver la robustesse financière de Hong Kong et maintenir ainsi l\u2019équilibre politique ?Lin On-Kai est sceptique : «L\u2019influence du gouvernement central ne va cesser de croître.À nous de rendre plus forte la société civile pour que Pékin ne puisse pas la détruire, même en 2047.» Libération L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 J U I L L E T 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 Depuis la fin de la souveraineté britannique en 1997, la reprise en main chinoise se fait plus pressante sur l\u2019économie du territoire.Alors que l\u2019étau de Pékin se resserre sur la démocratie depuis l\u2019échec des manifestations de 2014, la jeune génération tente de résister.Hong Kong: vingt ans après la rétrocession, le désenchantement Le retrait britannique a engendré des problèmes socioéconomiques attribués au pouvoir sous pression de la Chine Interprétations Pour plusieurs historiens et politologues, la Constitution de 1867 est à envisager selon les termes d\u2019une définition économique, au sens où il s\u2019agit d\u2019abord et avant tout de mettre en avant des opérations de finances publiques et d\u2019appuyer, ce faisant, un projet majeur dans la foulée d\u2019une perspective coloniale : l\u2019ouverture de nouvelles régions et l\u2019exploitation de ressources grâce au développement d\u2019un lien physique, le chemin de fer.C\u2019est en ef fet beaucoup le feu des chaudières des locomotives qui conditionne l\u2019édification du Dominion du Canada.George-Étienne Cartier, par exemple, ne se soucie guère de questions de conflit d\u2019intérêts en la matière.Il est ouver tement au ser vice de compagnies ferroviaires à titre d\u2019avocat, tout en soumettant volontiers en chambre leurs requêtes par la suite.En 1872, lors de la campagne électorale, le public découvrira ce dont il se doute déjà: les magnats du chemin de fer financent grassement l\u2019activité politique de plusieurs de ces personnes.Mais les interprétations données à l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique varient.Et, en un sens, cet af frontement des visions finit par compter presque autant que le document lui-même.Dans la perspective cana- dienne-française traditionnelle, la Confédération est un pacte entre deux nations.Cette vision, idéalisée très longtemps dans l\u2019univers cana- dien-français, constitue pendant longtemps la ligne de défense pour soutenir l\u2019idée d\u2019un Canada binational.C\u2019est sur cette vision, sans cesse écorchée lorsqu\u2019elle se frotte à la perception contraire, qui fait dire à un groupe d\u2019intellectuels réunis en 1922 dans une enquête baptisée Notre avenir politique que la Confédération va vite mourir.Cette vision binationale du Canada sera longtemps à la base des points de vue d\u2019un grand nombre de penseurs, de Lionel Groulx à Claude Ryan en passant par Léon Dion, André Laurendeau et Richard Arès.Mais pour des esprits pétris par une conception strictement juridique du contrat, il s\u2019agit plutôt d\u2019une alliance entre différentes composantes coloniales.Dans ce cadre, la notion d\u2019un pacte binational au bénéfice du Canada français n\u2019a pas de place.Ce sera la thèse défendue par un acteur majeur du droit, le juriste Frank R.Scott de l\u2019Université McGill.Scott inspirera fortement la vision d\u2019un Pierre Elliott Trudeau en la matière, laquelle trouve par ailleurs nombre d\u2019appuis, notamment du côté d\u2019un Eugène Forsey.Dans cette perspective juridique, le pacte ne trouve pas place.Le Canada de 1867 est au contraire un cadre légal, une union entre dif férentes composantes qui ne tient pas compte de données sociologiques particulières.Après la fin en queue de poisson des travaux de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, c\u2019est cette vision qui va triompher avec l\u2019élection de Pierre Elliott Trudeau, puis l\u2019adoption d\u2019une nouvelle Constitution en 1982.Comme l\u2019observe très tôt le jésuite Richard Arès, la thèse d\u2019un Canada de 1867 fondé sur une dualité nationale reçoit sans cesse, au moins à partir de 1931, de nombreux coups durs «de la part des intellectuels anglo-canadiens [\u2026] et du gouvernement fédéral ».Après la mort de l\u2019accord du lac Meech en 1990, on ne trouvera plus guère de ténors pour chanter bien fort la vie de cette idée.L\u2019affrontement continu de ces visions pendant des décennies conduira à une sorte d\u2019impasse.Plusieurs éprouveront cette situation comme un argument de plus pour sortir par la porte d\u2019en arrière de ce contrat fédéral.C\u2019est le cas de René Lévesque, fondateur en novembre 1967 du Mouvement souveraineté-asso- ciation (MSA), et de plusieurs partis ou groupes politiques ouvertement souverainistes à partir du début des années 1960.Depuis des décennies, en somme, les flammes qui brûlent autour des différentes interprétations de la Constitution du Canada ne parviennent jamais tout à fait à disparaître derrière les nuages de fumée des feux d\u2019ar tifice lancés au soir du 1er juillet.Le Devoir ANTHONY WALLACE AGENCE FRANCE-PRESSE Des manifestants pro-démocratie ont investi la statue Golden Bauhinia, drapés d\u2019une bannière sur laquelle il est écrit : «Libérez Liu Xiabo ! Libérez tous les prisonniers politiques ! Le suffrage universel maintenant !», devant le Centre des congrès de Hong Kong cette semaine.SUITE DE LA PAGE B 1 FEUX À l\u2019image d\u2019une jeune génération prête à en découdre avec «un gouvernement sourd au dialogue», Lin On-Kai, 28 ans, défilera le 1er juillet pour dénoncer « l\u2019injustice d\u2019un système» concentré sur les intérêts de Pékin F R A N Ç O I S D E S J A R D I N S L\u2019 amende record de 2,4 milliards d\u2019euros infligée à Google par les autorités européennes cette semaine est une somme bien petite dans le grand tout de ses finances, mais elle pourrait avoir des conséquences plus larges : forcer l\u2019ensemble des joueurs dominants à réfléchir à leurs pratiques, histoire de s\u2019éviter des problèmes.«Souvent, un des principaux plaignants contre le comportement de Google en Europe, c\u2019est Microsoft.Dans le domaine des engins de recherche, c\u2019est son concurrent », dit Avi Goldfarb, qui enseigne à l\u2019école Rot- man de l\u2019Université de Toronto, où il s\u2019intéresse entre autres à l\u2019impact des technologies de l\u2019information sur le marketing.«Les sociétés américaines se servent du système juridique comme outil stratégique pour s\u2019en prendre à leurs adversaires.» Dans ce contexte, estime-t- il, les grands joueurs vont revoir l\u2019ensemble de leurs façons de faire « pour déterminer si elles sont exposées à des inquiétudes de la part des autorités réglementaires ».Outre Google, « il y a Facebook, Microsoft, et dans une moindre mesure Amazon », dit M.Goldfarb.Au cœur du modèle L\u2019amende imposée par la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vesta- ger, dépasse de loin le précédent record : en 2009, les autorités avaient demandé 1,06 milliard d\u2019euros au fabricant de semi- conducteurs Intel, accusé d\u2019abus de puissance commerciale.À l\u2019époque, la commission reprochait à l\u2019entreprise d\u2019offrir des ristournes aux manufacturiers d\u2019ordinateurs si ceux-ci s\u2019engageaient, en contrepar tie, à ne s\u2019approvisionner que chez Intel, con - current d\u2019AMD.La Cour de justice de l\u2019Union européenne tranchera la cause en septembre 2017.Même si la somme de 2,4 milliards d\u2019euros n\u2019est rien en comparaison des 86 milliards $US que Google détient dans ses cof fres, la décision s\u2019attaque à une par tie névralgique de son modèle d\u2019af faires, c\u2019est-à- dire la façon de présenter les résultats de recherche en fonction d\u2019algorith - mes sophistiqués.En clair, la commissaire européenne à la concurrence accuse Google d\u2019avoir privilégié son propre outil de comparaison de prix, Google Shopping (autrefois appelé Froogle), au détriment de ceux des autres.« Google est à l\u2019origine d\u2019un grand nombre de produits et de services innovants qui ont changé notre vie, ce qui est positif, a écrit Mme Vestager.Mais sa stratégie relative à son service de comparaison de prix ne s\u2019est pas limitée à attirer des clients en rendant son produit meilleur que celui de ses con - currents.En ef fet, Google a abusé de sa position dominante sur le marché des moteurs de recherche en favorisant son propre service de comparaison de prix dans ses résultats de recherche et en rétrogradant ceux de ses concurrents.» Aussi, a-t- elle dit, Google «a empêché les consommateurs européens de bénéficier d\u2019un réel choix de services et de tirer pleinement profit de l\u2019innovation».Google a maintenant 90 jours pour arrêter cette pratique, à défaut de quoi la Commission européenne exigera 5 % des revenus mondiaux de sa société mère, Alphabet.Les réactions n\u2019ont pas tardé.Le vice-président des politiques publiques de l\u2019application Yelp, axée sur la recherche de restaurants locaux, a estimé que la décision met la table pour d\u2019autres actions.«La cause entourant le magasinage établit la diligence raisonnable qui donnera à la Commission un tremplin facile vers d\u2019autres [aspects de la compagnie]», a écrit Luther Lowe sur Twitter le jour de la décision.La veille, il avait déclaré que le jugement serait le plus important depuis près de 20 ans.La dernière grande cause, a- t-il af firmé, est celle rendue par la justice américaine en 2000, quand le gouvernement a accusé Microsoft d\u2019être en voie de devenir un monopole.Cette cause s\u2019est réglée un an plus tard, quand Microsoft a accepté de faire cer taines concessions.Le rôle de l\u2019Europe Sur la quinzaine de fois où Google s\u2019est retrouvée devant les autorités réglementaires, la moitié a eu lieu en Europe.Elle a aussi attiré l\u2019attention des autorités américaines, brésiliennes, sud-coréennes et canadiennes.L\u2019enquête canadienne, qui portait notamment sur le placement publicitaire, a été fermée en 2016 parce que l\u2019entreprise a modifié certaines pratiques.«Google a déjà été influencée par la manière dont elle a été approchée par les autorités réglementaires européennes.Est-ce que la cause actuelle va changer quelque chose ?Je ne sais pas, mais je suis d\u2019avis que la compagnie est consciente de ce que les gens pensent au sujet de sa taille et de sa position potentielle dans le marché européen, dit Avi Goldfarb.Au fil des ans, Google a non seulement modifié certaines façons de faire pour répondre aux préoccupations de l\u2019Europe, jusqu\u2019à un cer tain point, mais elle a aussi élargi son équipe d\u2019avocats et de lob- byistes, à la fois aux États-Unis et en Europe.» Google s\u2019inscrit dans une longue série d\u2019entreprises in- novantes dont le statut et la taille donnent l\u2019impression d\u2019un quasi-monopole.Mais, contrairement aux autres, sa taille se combine à un secteur qui évolue rapidement, et le besoin d\u2019innover pour garder la longueur d\u2019a - vance sur les concurrents se heurte inévitablement aux différences juridiques qui distinguent les pays où elle mène ses activités.Ce qui est interdit dans un pays ne l\u2019est peut- être pas complètement dans un autre\u2026 Cour suprême du Canada L\u2019enjeu des juridictions a été soulevé cette semaine dans une autre cause que Google a perdue, cette fois en Cour suprême du Canada.Les juges, à sept contre deux, ont estimé qu\u2019une injonction obligeant Google à retirer un site Web de sa version canadienne doit également s\u2019appliquer à sa version internationale.Ce que l\u2019entreprise, qui jouit d\u2019une part de marché d\u2019environ 70 % dans la recherche sur Internet, voit comme une application trop large.Cela dit, les futures batailles risquent souvent de se dérouler en sol européen.Dans le secteur des technologies de l\u2019information, les Américains comptent plus de grands joueurs que les autres.« Il y a une poignée de compagnies américaines qui ont connu du succès en Europe, et les autorités européennes pourchassent des grandes compagnies américaines depuis longtemps, dit M.Goldfarb.Ça ne va pas changer bientôt.» Le Devoir Google a encaissé cette semaine deux défaites coup sur coup, aux mains de la commissaire européenne à la Concurrence et de la Cour suprême du Canada.Survol d\u2019une entreprise dont les pratiques attirent de plus en plus le regard des autorités.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 J U I L L E T 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 Devant l\u2019attention des autorités, que fera Google?L\u2019amende infligée cette semaine est bien petite pour l\u2019entreprise, mais elle pourrait avoir des conséquences plus larges C H R I S T O P H E H U S S «M aestro Nagano a décidé de ne pas accepter l\u2019offre de l\u2019OSM en vue de la prolongation de son contrat à titre de directeur musical au-delà de l\u2019échéance prévue en 2020.» Un chef qui dit non à une demande dûment formulée, c\u2019est clair, ça fait mal.Après 14 mois de réflexion, la surprise est grande pour certains.La déception aussi, notamment dans le public.Kent Nagano a décidé de ne pas s\u2019exprimer sur ses raisons.À la lumière de sa situation à Montréal, on peut légitimement s\u2019interroger: comment un directeur musical auquel ont été consentis des pouvoirs exceptionnels à un point qu\u2019on ne retrouve guère ailleurs, notamment un droit de regard sur les artistes classiques invités et leurs programmes à la Maison symphonique, peut-il abandonner volontairement une telle place?Raisons personnelles \u2014 préparer un tournant Nous ignorons si des raisons personnelles ou familiales auraient pu influer sur sa décision, pas plus que nous n\u2019aurions la prescience de discussions contractuelles en cours sur un possible autre mandat ailleurs.Ceci posé, Kent Nagano a 65 ans.C\u2019est au même âge que Claudio Abbado avait décidé d\u2019abandonner le Philharmonique de Berlin pour se consacrer à une carrière de chef invité que la maladie a finalement entravée.Se délester de la charge et de la responsabilité d\u2019une saison symphonique \u2014 et, en Amérique du Nord, des charges protocolaires afférentes aux commandites \u2014 pour diriger ce qu\u2019il veut où il veut peut être très tentant pour Kent Nagano\u2026 d\u2019autant que Montréal se promet de toujours lui ouvrir les bras.Ramer plus, pour obtenir moins Lorsqu\u2019il est arrivé en 2006, Kent Nagano claquait des doigts et les choses se faisaient, le miracle en la matière étant la construction de la Maison symphonique grâce au soutien déterminant de Monique Jérôme-Forget.Le chef a toujours la même énergie, la même créativité pour Montréal, mais il est évident que les choses sont plus laborieuses.Il y a eu le projet annoncé et avorté de l\u2019Académie d\u2019orchestre, et l\u2019initiative vis-à-vis des enfants défavorisés est moins ambitieuse que prévu.Beaucoup de volontés se battent en coulisse pour financer des projets, notamment à travers la Fondation de l\u2019OSM, mais Kent Nagano a assurément saisi, désormais, les limites des capacités de la place de Montréal en la matière.Un chef américain intensément européen Kent Nagano a un principe: quand une idée est bonne, les moyens doivent suivre.La balance des rêves possibles penchait-elle encore du bon bord à Montréal?En pratique, l\u2019esprit créatif bouillonnant de Kent Nagano s\u2019adapte mieux à la structure économique nettement plus subventionnée des institutions européennes, qui permettent plus facilement les éruptions artistiques.Dernier projet en date: un Ring de Wagner monté comme au XIXe siècle.C\u2019est pour 2020-2021, justement, avec le concerto Köln en Allemagne : Nagano vient de se libérer du temps.Une administration instable et contestée En 18 à 24 mois, à l\u2019exception du département artistique, l\u2019institution a vécu une véritable et continue fuite de cerveaux et de talents à tous les étages et à tous les postes de responsabilités de l\u2019administration.Au point de déclencher en 2016 un audit organisationnel d\u2019un cabinet spécialisé qui devait, par exemple, évaluer la «capacité des supérieurs de faire travailler les gens en harmonie».Selon les informations obtenues par Le Devoir, l\u2019étude a abouti a une mise en cause nominative et massive des nos 1 et 2 de l\u2019organisation: Madeleine Careau et Marie-Josée Desro- chers.Aucun signe n\u2019indique, à notre connaissance, que Kent Nagano ait pu avoir les mêmes griefs que la base à l\u2019égard de la direction.Essoufflement et sagesse Kent Nagano est peut-être, voire probablement arrivé au bout d\u2019un cycle.Il considère qu\u2019il nous aura donné en 14 saisons « ce qu\u2019il avait dans le ventre ».La prochaine débute par la 8e Symphonie de Mahler, qui avait déjà ouvert la saison 2008-2009 et comprendra à nouveau un cycle Beethoven.Les solistes invités tournent en rond.Le second souffle de la Virée classique, avec son projet d\u2019opéra en version concert, attendra un an de plus, s\u2019il voit le jour\u2026 Au fond, la décision de Kent Nagano est d\u2019une très grande finesse d\u2019analyse, d\u2019une rare sagesse et intelligence.Du pur Nagano à son meilleur.Il va partir en pleine gloire, avant un possible mandat de trop, avant un désamour avec les musiciens, vraisemblablement en même temps que Lucien Bouchard et Madeleine Careau, après une probable seconde tournée en Chine en 2019, alors qu\u2019il a mis en place la quasi-totalité de ses idées maîtresses.Il sort grand de ce chapitre majeur de sa vie d\u2019artiste et met l\u2019institution au pied du mur.Le Devoir MUSIQUE CLASSIQUE Kent Nagano : le cocktail d\u2019une inévitable décision EMMANUEL DUNAND AGENCE FRANCE-PRESSE La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, en conférence de presse cette semaine.L\u2019UE a imposé à Google une amende record de 2,4 milliards d\u2019euros qui pourrait forcer l\u2019ensemble des joueurs dominants à réfléchir à leurs pratiques, histoire de s\u2019éviter des problèmes.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le directeur musical de l\u2019OSM Kent Nagano est peut-être, voire probablement arrivé au bout d\u2019un cycle.Il considère qu\u2019il nous aura donné en 14 saisons « ce qu\u2019il avait dans le ventre».Un gouvernement «municipal» C\u2019est dans la langue des af faires que le premier discours du budget (1,6 million de dollars) est prononcé par le trésorier Christopher Dunkin.Le Québec n\u2019investit alors que 10 % de ses revenus en santé, contre près de la moitié aujourd\u2019hui.Le système de justice se voit pour sa par t alloué plus du quart des revenus.Pour démar rer, la Province de Québec touche un «subside fédéral» de 915 309 $.«Donc, autant au niveau du double mandat que de la fiscalité, [la province] est un petit peu une excroissance [du gouvernement fédéral], fait valoir le professeur Bé- dard.On peut quasiment considérer le gouvernement provincial de cette première période comme un gouvernement municipal.» D\u2019ailleurs, la fonction publique québécoise compte 92 employés, soit presque autant qu\u2019un siècle plus tôt, à l\u2019époque de la Nouvelle-France.Le passage des années a fait mentir les rouges de 1867, qui étaient réfractaires à la fédération canadienne, selon l\u2019ex-ministre libéral Benoit Pelletier.«La loi de 1867 a permis au Québec de préserver et de développer ses par ticularités en matière de langue, de culture, de religion et même de droit privé», écrit le professeur de droit.Sans les Canadiens français, il y a fort à parier que le Canada serait «un état unitaire comme en France, selon Éric Bédard.Si le Canada est une fédération, c\u2019est en bonne partie à cause ou grâce à eux, qui souhaitent avoir une certaine mainmise notamment sur tout ce qui était éducation et social», ce qui est vu aujourd\u2019hui comme les principales missions de l\u2019État.Néanmoins, la naissance de l\u2019État fédéré québécois \u2014 ou plus précisément la «Province de Québec» \u2014 figure dans l\u2019angle mort des célébrations du 150e anniversaire de la fédération.Pour preuve, l\u2019Assemblée nationale célèbre plutôt cette année le 225e anniversaire des institutions parlementaires au Québec.Le Devoir La décision s\u2019attaque à la façon de présenter les résultats de recherche en fonction d\u2019algorithmes sophistiqués SUITE DE LA PAGE B 1 RENAISSANCE C\u2019est dans la langue des affaires que le premier discours du budget (1,6 million) est prononcé par le trésorier Christopher Dunkin C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019il faut lancer un «bonne fête» bien senti au Canada, un pays jeune de ses 150 ans\u2026 ue de couleuvres faut-il avaler pour célébrer dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme le 150e anniversaire de fondation du Canada.En 1867, les Pères de la Confédération n\u2019ont pas accouché d\u2019un pays, mais d\u2019un projet politique de compromis faisant du Canada un État binational.Aussi vrai que Rome a précédé l\u2019Italie, le Canada est né bien avant, sur les berges du Saint- Laurent, en 1608, avec l\u2019établissement de la première colonie permanente par Samuel de Champlain, à Québec.Ce « Canada 150 » est un bel anachronisme, une occasion de réécrire l\u2019histoire pour un gouvernement libéral épris de nation building sur le socle du multiculturalisme.Il est assez ironique de fêter le 150e anniversaire du Canada en même temps que le 409e anniversaire de Québec, ou encore le 225e anniversaire du Parlement du Bas-Canada, souligné à l\u2019Assemblée nationale, mais passons.?L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867 reconnaissait la nationalité canadienne- française, « distincte et séparée », pour citer George-Étienne Cartier, un des pères de la Confédération.Il voyait dans cette entente l\u2019émergence « d\u2019un État dans l\u2019État, avec la pleine jouissance de nos droits, la reconnaissance formelle de notre indépendance nationale».Cette pièce maîtresse est cruellement absente de l\u2019ensemble canadien contemporain, comme en témoigne l\u2019enterrement de première classe réservé par le premier ministre Justin Trudeau à la politique d\u2019af?rmation du Québec et de relations canadiennes (Québécois.Notre façon d\u2019être Canadiens), rendue publique par le gouvernement Couillard à quelques semaines des célébrations du 150e.«Au Québec, on adhère toujours à l\u2019idée que le Canada est le fruit d\u2019un compromis fédératif visant à préserver la spécificité de la Nation québécoise, alors que le reste du Canada s\u2019éloigne graduellement de cette perspective», constate avec lucidité cette politique.Ce document, un cours d\u2019histoire en accéléré, rappelle la nation québécoise au souvenir de sa ténacité dans l\u2019af?rmation de son identité propre et dans la poursuite d\u2019une trajectoire singulière, en français, dans l\u2019ensemble nord-américain.Soyons honnêtes.C\u2019est l\u2019esprit du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982 sans l\u2019accord du Québec, par Trudeau père, que nous célébrons aujourd\u2019hui.Ce 150e anniversaire aurait pu servir de prétexte pour relancer les discussions sur la modernisation de la Confédération.Il mène au contraire à la sacralisation de la politique du verrou constitutionnel qui brime non seulement les aspirations de la nation québécoise, mais aussi celles des Premières Nations et des francophones hors Québec, complètement évacués de l\u2019Acte de 1867.?Le Canada n\u2019est pas le goulag, pour paraphraser René Lé- vesque.Dans la longue marche de l\u2019histoire, en alternant entre un pas de côté, un pas en avant, le Québec a amélioré son sort dans la Confédération.Des revendications traditionnelles af?rmées dans l\u2019accord du lac Meech ont trouvé leur application en tout ou en partie : reconnaissance du Québec comme une société distincte par la Cour suprême, reconnaissance de la nation québécoise par la Chambre des communes, présence de trois juges du Québec à la Cour suprême (quoiqu\u2019il n\u2019y ait pas de mécanisme de participation of?cielle du gouvernement du Québec dans la nomination), entente bilatérale sur l\u2019immigration et retrait avec compensation ?nancière de programmes fédéraux (formation de la main-d\u2019œuvre et congés parentaux).Ces gains ne changent rien au sentiment d\u2019exil intérieur de ceux et celles qui auraient souhaité que la Constitution re?ète les préoccupations et les aspirations du Québec en matière de langue, de culture et d\u2019institutions distinctes.Puisqu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019appétit pour le débat constitutionnel, même au sein de la population québécoise, et puisque la menace de la souveraineté ne trouble plus la quiétude du reste du Canada, les perspectives de réforme sont hélas très minces.Le Canada n\u2019est ni le goulag ni le meilleur pays au monde.Il s\u2019agit d\u2019un compromis politique inachevé, de moins en moins réformable avec le passage du temps, au sein duquel les batailles au cas pas cas se substituent à une vision d\u2019avenir.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 J U I L L E T 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Connaître l\u2019histoire, c\u2019est éviter de répéter les mêmes erreurs C\u2019est en lisant les propos de la lettre de M.Christopher Neal au Devoir (« Le sor t des Anglo-Québécois », Le Devoir, 29 juin 2017, page A 6) que de profonds souvenirs d\u2019une période de for tes tensions sociales au Québec sont remontés à la surface.C\u2019était l\u2019époque du projet de loi 63 (bill 63).En 1969, une loi déposée alors par le gouvernement de Jean-Jacques Bertrand voulait permettre à quiconque en faisait la demande de choisir la langue dans laquelle son enfant recevrait son apprentissage à l\u2019école.Déjà, à l\u2019époque, 70 % des nouveaux arrivants au Québec choisissaient l\u2019anglais pour l\u2019école de leurs enfants.Devant cette réalité qui menait incontestablement à l\u2019assimilation, les Québécois de toutes al- L I B R E O P I N I O N D A N I E L T U R P Professeur à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal L e Canada souligne aujourd\u2019hui le 150e anniversaire de la création du Dominion du Canada et de l\u2019entrée en vigueur, le 1er juillet 1867, d\u2019un British Nor th America Act donnant suite au désir gouver nement du Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau- Brunswick de contracter une « Union fédérale » et de doter celle-ci d\u2019une « Constitution reposant sur les mêmes principes que celle du Royaume-Uni ».N\u2019ayant pas à ce jour \u2014 à l\u2019exception de son titre \u2014 de version française of ficielle, la Loi constitutionnelle de 1867 demeure une pièce maîtresse de l\u2019architecture constitutionnelle du Canada et régit principalement la vie des institutions fédérales ainsi que le partage des compétences législatives entre le Parlement du Canada et les législatures provinciales, y compris l\u2019Assemblée nationale du Québec.L\u2019édifice constitutionnel canadien a été complété par de multiples lois parmi lesquelles on compte, à titre principal, la Loi constitutionnelle de 1982.Résultat d\u2019une procédure de rapatriement mise en œuvre par un gouvernement issu du Parti libéral du Canada dirigé par Pierre Elliott Trudeau et menée à terme sans le consentement du gouvernement, du Parlement ou du peuple du Québec, ni celui des peuples et nations autochtones au Canada et au Québec, cette loi est sans doute celle qui sera célébrée aujourd\u2019hui bien davantage que la Loi constitutionnelle qui a donné naissance au Canada il y a 150 ans.Elle est, sans nul doute, le fondement du patriotisme constitutionnel au Canada.Proclamant la primauté du droit et enchâssant des droits fondamentaux, la Loi constitutionnelle de 1982 semble vouloir construire le Canada autour d\u2019individus ayant d\u2019abord et avant tout une citoyenneté commune et une identité collective postnationale.Mais l\u2019idée de faire reposer son patriotisme sur la seule Constitution, plutôt que sur la langue, la culture et l\u2019histoire, ne résiste pas à une analyse du texte de Loi constitutionnelle de 1982 lui-même.Ainsi, en faisant la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, celle-ci a engagé le Canada dans la voie d\u2019un projet politique linguistique et culturel et fait émerger une nouvelle histoire nationale \u2014 celle d\u2019un nouveau Canada \u2014 refusant de reconnaître son caractère plurinational.Aliénation Par opposition à un patriotisme constitutionnel derrière lequel se dissimule mal une volonté affirmée de doter le Canada d\u2019une véritable identité nationale, le Québec vit depuis 1982 dans la plus grande solitude constitutionnelle.Si les initiatives cherchant à sortir le Québec de cette solitude se sont soldées par les rejets consécutifs de l\u2019accord du lac Meech en 1990 et de l\u2019entente de Charlottetown en 1992, aucune nouvelle tentative de réintégrer le Québec dans la famille constitutionnelle canadienne « dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme » n\u2019a été effectuée depuis lors.Excepté le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance entrepris par le Parti québécois de Jacques Parizeau, les gouvernements successifs du Québec ont choisi la solitude constitutionnelle comme antidote à l\u2019isolement et à l\u2019aliénation du peuple québécois et lui ont imposé en quelque sorte un repli sur lui-même.En dépit d\u2019une volonté qu\u2019il avait exprimée à plusieurs reprises, le premier ministre Philippe Couillard n\u2019a pas eu le courage de s\u2019engager dans une démarche visant à réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien en 2017.Dans sa Politique d\u2019affirmation du Québec et de relations canadiennes, il s\u2019est contenté de proposer en la qualifiant de « nécessaire » une «conversation» ayant comme objectif de parvenir à « une compréhension commune des éléments fondamentaux que le Québec souhaite voir un jour formellement intégrés dans la Constitution».Était également évoquée une «reprise du dialogue constitutionnel » à laquelle le premier ministre du Canada Justin Trudeau a fermé la porte le 1er juin \u2014, et ce, avant même que la politique ne soit rendue publique par son homologue québécois \u2014 par un désormais célèbre «on ne rouvre pas la Constitution».Assemblée constituante Devant ce nouveau refus et pour sortir de sa solitude constitutionnelle, le Québec devrait s\u2019engager dans une conversation et un dialogue avec ses propres citoyens et citoyennes, dans toute leur diversité, en vue de se doter de sa propre loi fondamentale.Il devrait y associer la communauté anglophone et y réserver une place de choix aux nations autochtones dont il a reconnu le caractère distinct et qui, comme le Québec, vivent aussi une solitude constitutionnelle au sein du Canada.Le Québec dispose d\u2019ailleurs d\u2019un pouvoir constituant qu\u2019il a trop tardé à exercer et qui pourrait l \u2019être par une Assemblée constituante dont la création est promue par plusieurs.Ou, qui sait, par un Parlement constituant dont la tâche serait, au lendemain de l\u2019élection du 1er octobre 2018 \u2014 et 15 mois après un certain 1er juillet 2017 \u2014 d\u2019élaborer une Constitution québécoise susceptible de donner enfin au Québec sa propre identité constitutionnelle.La solitude constitutionnelle du Québec FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET légeances politiques (une foule évaluée entre 15 000 et 30 000 personnes) se sont alors soulevés pour aller manifester devant le parlement de Québec et dénoncer cette politique qui aurait consacré la mort de la langue française au Québec.Je conseillerais à M.Neal de relire ses traités d\u2019histoire, car l\u2019idée d\u2019ouvrir la porte à l\u2019enseignement en anglais à demande a réveillé un fort sentiment nationaliste chez tous les Québécois francophones, qui ont senti leur existence menacée comme groupe linguistique.Aujourd\u2019hui, la réalité a tellement changé.Les enfants francophones parlent très bien anglais (beaucoup mieux que leurs parents très souvent !) et, comme le mentionnait lui-même M.Neal, ils vont parfaire leurs connaissances de l\u2019anglais au cégep.En effet, nous le savons tous, les cégeps anglophones ne suffisent plus à la demande, autant auprès des francophones qu\u2019auprès des nouveaux arrivants.Sommes-nous prêts à rouvrir cette boîte de Pandore, M.Neal ?Peut-être que M.Jean-Marc Fournier a la même opinion que vous là-dessus, lui qui sent les droits des anglophones menacés au Québec, mais pour la majorité des Québécois, ce serait confiner la langue française dans un rôle de folklore et, dans ces circonstances, je retournerais à Québec pour manifester comme j\u2019y étais en 1969.Richard Leduc Le 29 juin 2017 Le coup d\u2019éclat de l\u2019Institut de cardiologie Montréal a célébré son 375e anniversaire le 17 mai dernier.Le 3 juillet prochain, c\u2019est une institution phare de Montréal qui célébrera un anniversaire important : l\u2019Institut de cardiologie célébrera le 60e anniversaire d\u2019un événement qui l\u2019a propulsé à l\u2019avant- scène de la chirurgie cardiaque dans le monde, soit une intervention chirurgicale à cœur ouvert en utilisant un instrument révolutionnaire pour l\u2019époque: un cœur-pou- mon artificiel fabriqué par le personnel même de l\u2019Institut.Le fondateur de l\u2019Institut, alors situé à l\u2019hôpital Maisonneuve, le Dr Paul David, avec l\u2019aide de son fidèle lieutenant, le Dr Osman Gialloreto, a recruté une équipe de médecins dynamique et téméraire qui a procédé à cette intervention.Cet appareil a été conçu par le physicien Léo Katz, assisté de M.André Grenier.L\u2019intervention chirurgicale a été réalisée par une équipe de treize médecins dirigée par le chirurgien-chef, le Dr Édouard Gagnon, assisté du Dr Léo Laflèche.Cette intervention chirurgicale, une première canadienne, a duré quatorze heures, mais le cœur-poumon artificiel, lui, a été utilisé vingt-quatre minutes.Montréal peut être fière de son Institut de cardiologie, qui est maintenant, et depuis longtemps, une institution de réputation internationale en matières de re- 150 ANS PLUS TARD\u2026 Le Canada reste un compromis inachevé Q BRIAN MYLES cherche et de soins cliniques.Le Dr Gagnon, pionnier de la chirurgie cardiaque à Montréal, est décédé depuis longtemps, mais qu\u2019il sache, dans l\u2019au-delà, que je lui suis très reconnaissant pour tout ce qu\u2019il a fait pour moi le 3 juillet 1957.Pierre Whissel Boucherville, le 29 juin 2017 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 J U I L L E T 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).J E A N - M A R C F O U R N I E R Leader parlementaire du gouvernement du Québec et ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne es grands moments de l\u2019histoire d\u2019un pays constituent souvent des occasions de réflexion, d\u2019interrogation et d\u2019action.Nous croyons qu\u2019il devrait en être de même pour le 150e anniversaire de la fédération canadienne, anniversaire d\u2019un pacte politique dont le Québec était partie prenante en 1867.Le 1er juin dernier, notre gouvernement a présenté la Politique d\u2019affirmation du Québec et de relations canadiennes, afin qu\u2019un dialogue s\u2019engage à nouveau entre les partenaires fédératifs et au sein de la société civile, sur le Canada de demain.L\u2019objectif de ce nouveau dialogue est d\u2019établir de plus nombreuses solidarités économiques, sociales et culturelles entre les citoyennes et citoyens du Québec et ceux de partout ailleurs au Canada et de mieux se connaître pour mieux se reconnaître.Nous croyons que nos appartenances particulières n\u2019ont pas à s\u2019opposer.Au contraire, en choisissant de les valoriser, nous of frons à chaque personne de se voir reconnue dans toutes les dimensions de son identité.Cet accueil et cette ouverture à la diversité collective permettent de générer et de renforcer une appartenance commune au Canada.Notre proposition de rapprochement doit aussi s\u2019incarner dans nos relations avec la diversité collective du Québec.Alliés autochtones Le mois dernier, l\u2019Assemblée nationale a appuyé à l\u2019unanimité un important projet de loi qui reconnaît, pour la première fois, les règles de l\u2019adoption coutumière pratiquée par les autochtones du Québec.Au cours des derniers jours, notre gouvernement a annoncé un plan d\u2019action gouvernemental pour le développement social et culturel, l\u2019engageant comme partenaire auprès des Premières Nations et des Inuits.Les médias ont aussi souligné les éléments de la politique d\u2019af firmation concernant la communauté d\u2019expression anglaise du Québec.Le quotidien The Gazette, paraphrasant le titre de notre politique, « Quebecers, our way of being Canadian », titrait un éditorial favorable dans le même esprit : « Anglo, our way of being Quebecers ».Ce qui est vrai pour le Canada est vrai pour le Québec.La meilleure façon de renforcer l\u2019appartenance commune au Québec, c\u2019est de savoir reconnaître les ap- por ts par ticuliers de chacune des communautés.Celles-ci ont des besoins dif férents, et chaque individu a le droit de se sentir inclus pour ce qu\u2019il est essentiellement.Au cours des dernières semaines, de nombreux commentateurs ont souligné l\u2019effritement de la vitalité des collectivités d\u2019expression anglaise éloignées de la région de Montréal.Certains ont cherché à le nier et à opposer les communautés linguistiques ; d\u2019autres, plus nombreux \u2014 et c\u2019est tant mieux \u2014, ont choisi de reconnaître une réalité qui ne diminue en rien l\u2019importance de la promotion du français.Ainsi, le premier ministre du Québec a annoncé récemment qu\u2019il instituait un Secrétariat du Québec consacré à la communauté d\u2019expression anglaise.Enfin, dans la suite de sa politique de rapprochement, notre gouvernement a l\u2019intention de produire une politique sur l\u2019intercultura- lisme, destinée à favoriser l\u2019intégration des nouveaux arrivants en multipliant les interactions entre la diversité accueillie et la trame commune de la société d\u2019accueil.Le vivre-ensemble que servent tous deux le fédéralisme et l\u2019interculturalisme a comme valeurs centrales l\u2019ouverture à la diversité individuelle et collective et le maintien d\u2019une trame commune.Questions D\u2019où venons-nous ?Qui sommes-nous ?Où en sommes-nous dans notre évolution?Où vou- lons-nous aller ?Autant de questions auxquelles nous devrions répondre à compter de ce 1er juillet 2017.Nous pouvons choisir, comme citoyens et comme acteurs engagés dans leur communauté, d\u2019entretenir le dialogue pour nous rapprocher et pour renforcer notre appartenance commune au Canada.Nous pouvons suivre l\u2019exemple du spectacle Constellation francophone, tenu dans six villes du Canada le 24 juin dernier, une manifestation du désir de plusieurs, francophones et anglophones, d\u2019être « ensemble pour le français », et ce, du Nouveau- Brunswick au Yukon.Nous pouvons nous inspirer du mouvement engagé pour favoriser l\u2019immigration francophone partout au Canada.Nous pouvons favoriser le rapprochement en donnant suite au signal envoyé par les ministres de la Francophonie du Canada, qui est de chercher à répondre à la grande demande de professeurs pour les classes francophones et les classes d\u2019immersion en français.Les défis sont immenses pour les communautés francophones du Canada.En même temps, l\u2019ouverture à la francophonie est palpable ; une nouvelle légitimité apparaît, et c\u2019est bien normal.La dualité linguistique du Canada lui offre un avantage incomparable.D\u2019ici 2050, le monde francophone progressera de 250 millions à 700 millions de locuteurs.Nous avons un avantage économique, social, culturel et diplomatique qui fait l\u2019envie du monde entier.Un Québec pour tous, et un Canada pour tous.Une contribution canadienne pour un monde meilleur.C\u2019est l\u2019essentiel de notre politique de rapprochement.Auparavant, nous avions souvent le réflexe d\u2019opposer nos particularités ; c\u2019était sans doute nécessaire à une époque.Aujourd\u2019hui, le Québec et le Canada ont changé.À l\u2019occasion du 150e anniversaire de la fédération, offrons-nous le cadeau de nous rapprocher en reconnaissant les avantages de nos différentes appartenances.Tabous Cette occasion, nous pouvons l\u2019of frir au monde entier.Alors que la croissance des migrations, les délocalisations économiques et les inégalités inquiètent et réclament des solutions au lieu du repli identitaire et de l\u2019isolement, nous pouvons inspirer un avenir plus prometteur à l\u2019humanité en choisissant le dialogue, la compréhension et le respect réciproque.Les jeunes du Québec et de tout le Canada, qui vivent dans ce monde traversé par de grands bouleversements, sont particulièrement interpellés par cet appel.Leur réponse aura une incidence qui dépassera leur génération et leur milieu immédiat.Le monde a soif de reconnaissance, de just ice et d\u2019équ ité.Le Canada des 150 prochaines années peut of frir une partie de réponse à ces aspirations.Bousculons nos tabous et sortons de nos a priori, car le Canada dont a besoin le monde, c\u2019est un Canada respectueux et accueillant de toutes les dimensions de la diversité, individuelle et collective.Voilà le cadeau que je nous souhaite pour les lendemains du 150e.150E ANNIVERSAIRE DE LA FÉDÉRATION CANADIENNE Un Québec pour tous, et un Canada pour tous R O M É O S A G A N A S H Député néodémocrate d\u2019Abitibi\u2013 Baie-James\u2013Nunavik\u2013Eeyou a nuit, je n\u2019arrive pas à dormir.J\u2019ai commencé à perdre le sommeil étant encore jeune, à l\u2019époque où le simple fait de vivre et ma compréhension naissante du monde commençaient à se consolider.J\u2019ai toute une panoplie de moyens pour m\u2019aider à dormir : exercice, saines habi - tudes alimentaires, musique, obscurité, tisanes calmantes, livres de poésie.Et dans les pires moments : période de repos obligatoire, écriture, nuit à la belle étoile au pied d\u2019un pin blanc, non loin d\u2019un lac, sur le territoire eeyou.Il est dif ficile d\u2019expliquer comment la colonisation peut af fecter quelqu\u2019un.Jusqu\u2019où ses tentacules peuvent se déployer.Jusqu\u2019à quel point l\u2019étendue de la domination totalitaire discordante est vaste.Récemment, quelqu\u2019un m\u2019a dit qu\u2019il appréciait le fait d\u2019avoir des amis dont les points de vue politiques et sociaux sont dif férents des siens, car il pouvait ainsi élargir ses horizons et apprendre à raf finer ses arguments.Au cours des sept dernières générations, j\u2019ai tellement élargi mon regard pour m\u2019adapter et m\u2019accommoder aux valeurs, aux objectifs, aux institutions et à la société du colonisateur que mes yeux se lamentent.Voyez-vous, pour nous, pres - que tout ce qui nous entoure rappelle la domination du colonialisme et le génocide, et illustre la résilience des Autochtones.Mais je suis réellement fatigué de devoir sans cesse me battre pour prouver que j \u2019ai le droit d\u2019exister.Et je cherche le sommeil.Gaspillage Je me disais que ces 500 millions de dollars que va dépenser le gouvernement pour souligner cet anniversaire sont comme les corps des bisons que la GRC a tués dans le but de faire crever de faim mes cousins, laissant derrière elle d\u2019innombrables amoncellements d\u2019os blancs séchant au soleil.Ces animaux auraient pu nourrir des familles entières pendant 150 ans, et donner aux peuples qui font face à l\u2019envahisseur hostile une force physique et spirituelle.Au lieu de cela, ils sont gaspillés pour l\u2019édification démagogique d\u2019un pays, d\u2019un patriotisme qui écrit le récit d\u2019une réconciliation pour apaiser sa culpabilité coloniale.C\u2019est aux survivants et à leurs guerriers qu\u2019il appartient de décider et d\u2019articuler ce qui est ou ce qui n\u2019est pas un geste de réconciliation, pas au gouvernement et certainement pas à ceux qui violent ouvertement nos droits fondamentaux.Mon agitation nocturne, mon incapacité à relâcher le stress et l\u2019anxiété que crée mon rapport quotidien avec les modes de pensée coloniale et la répression illustrent ainsi la façon dont j\u2019ai intériorisé ma réalité politique et sociale en cette année du 150e.Que veut dire être en sécurité et libre dans le contexte d\u2019un État colonial qui célèbre son 150e ?Aujourd\u2019hui, on voit partout les lignes de front du combat des Autochtones : qu\u2019il s\u2019agisse des prairies, de la forêt boréale, des rivières, des rues dans les villes, des salles de classe ou des édifices du Parlement.Dans un monde où notre simple existence est un crime et notre présence, une provocation, nous, les Autochtones, sommes forcés de vivre chaque jour de notre vie dans le monde que les colonisateurs ont créé.Le colonialisme exige la disparition des Autochtones pour ensuite revendiquer leurs territoires ; il s\u2019agit là de la substitution symbolique et réelle des colonisateurs, qui tentent de s\u2019approprier les biens d\u2019autrui, aux Autochtones.Le véritable problème avec les célébrations de Canada 150, ce sont les histoires que l\u2019État se raconte à lui-même et à tout le monde, à savoir qu\u2019il a suppo- sément l\u2019autorité légitime d\u2019adopter des lois et des politiques ou même d\u2019imaginer un avenir sans notre partenariat.Toutes les célébrations du pays, de la nation et de sa soi-disant souveraineté, ses récits d\u2019expansion et d\u2019établissement ou d\u2019édification du pays au sens large, reproduisent le discours colonial et sont une insulte envers mes ancêtres, envers mon peuple, envers mes enfants et envers moi.J\u2019ai intentionnellement omis de vous raconter les histoires que vous avez peut-être déjà entendues.Je n\u2019ai pas dressé la liste de toutes les raisons pour lesquelles Canada 150 est un concept ridicule aux yeux des Autochtones parce qu\u2019il ne s\u2019agit pas uniquement d\u2019une réalité politique et sociale : c\u2019est également une réalité profondément culturelle, spirituelle et personnelle.Nothing Je pourrais vous donner les mille raisons pour lesquelles les célébrations de Canada 150 sont offensantes et expliquer pourquoi elles accentuent et exacerbent ce que nous vivons chaque jour.Au lieu de cela, je vais vous raconter une histoire, parce que c\u2019est l\u2019exemple le plus clair et le plus personnel du colonialisme et de l\u2019extinction des Autochtones que j\u2019ai pu trouver.Nous n\u2019avons jamais eu de nom de famille.Depuis toujours, et encore aujourd\u2019hui, nous sommes unis par le clan, la communauté, la bande et la tribu.Un grand nombre des patronymes que nous utilisons ont été inscrits dans les listes de traités par des prêtres ou des agents des Indiens, des noms déformés ou attribués par les représentants de la colonie.Une de mes amies originaire du territoire visé par le traité no 9 por te le nom de famille Nothing.Lorsque je l\u2019ai rencontrée la première fois, j\u2019ai cru que c\u2019était un moyen de contestation et qu\u2019elle avait, comme Malcolm X, choisi d\u2019utiliser un nom qui mettait en évidence la façon dont pendant un certain temps nous n\u2019avions même pas le droit de choisir le nom de nos propres enfants.Anawtin est un mot anishi- naabe qui veut dire « vent léger ».Le grand-père de mon amie faisait partie des signataires de ce très problématique traité no 9.Au moment d\u2019inscrire le nom de cet homme dans le document, l\u2019agent des Indiens l\u2019a entendu dire «nothing».Par ce seul geste, un nom attribué au cours d\u2019une cérémonie, un nom qui aurait lié le grand-père de mon amie à sa communauté, décrit sa personnalité et ses qualités dans les récits et dépeint une magnifique image chargée de sens et de beauté, a été réduit, littéralement, à rien \u2014 nothing.Cauchemars Et je me demande pourquoi je n\u2019arrive pas à trouver le sommeil.Ce serait bien un jour de pouvoir dormir toute la nuit, sans faire de rêves étranges, et de me réveiller le lendemain sans ce sentiment immédiat d\u2019obligation, d\u2019urgence et de désespoir.Et de ne plus avoir à faire valoir \u2014 pendant mes heures de veille et dans mes rêves \u2014 mon droit à mon identité autochtone, telle que mon peuple et moi-même la concevons.Mais pour l\u2019instant, le 150e anniversaire du Canada me donne l\u2019impression que mes pensées sont finalement trop redondantes pour être écoutées ; une suite de trop de mots tristes et évidents qui s\u2019ajoutent aux nombreux autres mots presque identiques prononcés par des milliers d\u2019autres, par moi.Et que notre vie même peut s\u2019avérer épuisante.C\u2019est épuisant d\u2019écrire constamment sur de nouvelles personnes racistes à la mentalité coloniale se montrant parfois horribles, et de devoir y penser.C\u2019est épuisant de sans cesse avoir à défendre son droit à la dignité.La seule bonne façon de répondre au discours de cet État qui célèbre 150 ans de génocide \u2014 la seule façon de le faire sans perdre la raison \u2014, c\u2019est au moyen d\u2019un communiqué de presse d\u2019une seule phrase disant : «Les Autochtones sont des gens normaux, qui méritent le même respect que qui que ce soit d\u2019autre et la reconnaissance de leurs droits fondamentaux, ce qu\u2019on ne leur accorde que rarement étant donné les machinations du colonialisme.» Ainsi, la nuit, j\u2019énumère les nombreuses façons que je peux trouver pour dire que je suis un être humain, que je suis Autochtone et que je suis toujours ici.Canada 150, ce n\u2019est qu\u2019une an née de revictimisation.Com - me si la colonisation n\u2019avait pas suffi, il faut maintenant remuer le fer dans la plaie.Remuer le fer dans la plaie L La dualité linguistique du Canada lui offre un avantage incomparable L DARRYL DYCK LA PRESSE CANADIENNE Des manifestants autochtones, dont un brandissant un drapeau mohawk, protestent contre le projet de pipeline Northern Gateway, à Vancouver.«Aujourd\u2019hui, on voit partout les lignes de front du combat des Autochtones», écrit Roméo Saganash. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 J U I L L E T 2 0 1 7 B 6 MORDU DE JEUX MOTS FLÉCHÉS LE JUNIOR GRILLE BLANCHE SUDOKU MOTS CROISÉS DU SAMEDI MOTS CROISÉS Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n°355 Horizontalement I.Spontanément.II.Yéti.Ioniser.III.Crevant.Va.IV.Os.Er.Ionien.V.Putatif.No.VI.Haruspice.Sp.VII.Ase.Eee.Zoo.VIII.Ninas.Duels.IX.Toc.Atterrée.X.Enherberions.Verticalement 1.Sycophante.2.Persuasion.3.Oté.Trench.4.Niveau.5.Arts.Sar.6.Ain.Ipé.Tb.7.Notifié.Té.8.En.Céder.9.Mienne.Uri.10.Es.Io.Zéro.11.Névé.Solen.12.Transposés.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 356 1.Force de frappe.2.Publiés pour corriger.3.Travaux point par point.4.Le nouveau est déjà bien ancien.Donne de la hauteur.5.Un peu trop salé.Donner de la voix comme un Tyrolien.6.Donné avant exécution.Article.7.Très gros mangeur.Mit en bon ordre.8.Le germanium.Apportent confort et chaleur.9.Le temps de faire un tour.Possessif.Démonstratif.10.Facteur dans les vents.A vous de tirer le bon.11.Cordage au port.Préposition.12.Maternités qui prennent l\u2019eau.I.Chez lui tout n\u2019est que mesure.II.Nécessaire à la campagne à éviter en campagne.Monumental pour un triomphe.III.Bosse dur.Fait belle figure sur la glace.IV.Boulette mal préparée.Homme vert dans un Taxi mauve.Pour une bonne toile venue d\u2019ailleurs.V.Met à plat.Ville de Serbie.VI.Fournisseur d\u2019ivresse.Assure la rigidité de l\u2019ensemble.VII.Léger et allégé.Renforcer les fonds.VIII.S\u2019attaque aux extrémités.IX.Dame du monde.Ne doit à priori rien à personne.X.Précautions pour être sûr d\u2019avoir de bonnes place.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde Vous aimez cette page ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com.GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS LE JUNIOR SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE "]
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