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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-07-08, Collections de BAnQ.

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[" Entrevue croisée avec Jean-Marie Zeitouni et Bernard Labadie Page E 3 La misère des riches dans l\u2019objectif de Lauren Green?eld Page E 8 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Est-ce qu\u2019il y avait autant de rodage dans les années 1990?Non.Est-ce que les shows étaient aussi drôles ?Non plus», souligne l\u2019humoriste québécois François Bellefeuille.PHIL ELVERUM Arrachée au monde par un cancer du pancréas, Geneviève Castrée n\u2019aura pu bercer sa fille Agathe que pendant 18 mois.À la fois modèle d\u2019af faires et laboratoire comique, le rodage en humour occupe une large part des marquises de salles de spectacles en été, tout en débordant de plus en plus dans leurs programmations régulières.François Bellefeuille et Virginie Fortin parlent de leur rapport à cette étape cruciale de leur processus de création.D O M I N I C T A R D I F L e titre ne pourrait être plus limpide : « François Bellefeuille essaye des nouvelles affaires ».Sur la scène du Vieux Clocher de Magog, l\u2019humoriste québécois aux lunettes d\u2019universitaire des années 80 ne ressemble pourtant en rien à celui qui lancerait des ballons d\u2019essai.S\u2019il rayera une ou deux blagues tombées à plat dans son cahier de notes posé à sa gauche sur un tabouret, en ne manquant pas de sublimer leur échec en rires avec une obligatoire dose d\u2019autodérision, l\u2019hirsute personnage semble pour l\u2019essentiel en complète maîtrise.Peu importe qu\u2019il en soit toujours à l\u2019étape du rodage de son deuxième spectacle solo.François Bellefeuille se soumet depuis quelques mois à ce qu\u2019il appelle du «prérodage», en étrennant ses numéros un à un au comedy club Le Bordel à Montréal, une stratégie qui se répand rapidement, même chez des vétérans qui avaient jadis l\u2019habitude de mettre leur spectacle sur papier en un bloc, avant même d\u2019en trimballer des morceaux sous les projecteurs.«Faire rire les gens avec un texte écrit, c\u2019est vraiment plus dur qu\u2019on le pense.Et il ne faut jamais oublier qu\u2019on s\u2019adresse à une foule.Si j\u2019ai un spectacle à écrire seulement pour mon meilleur ami, je sais déjà ce qui le fait rire.Les foules n\u2019ont pas toutes les mêmes références, donc c\u2019est important de confirmer si l\u2019impact présumé d\u2019un gag fonctionne», explique ce perfectionniste autoproclamé, qui filme et visionne chacune des représentations de son rodage, avant d\u2019en corriger certaines portions en vue de la représentation suivante.Inauguré en 1982, le Vieux Clocher de Magog s\u2019est rapidement érigé en temple du rodage, en s\u2019emparant d\u2019un marché où régnait alors en maître le théâtre d\u2019été.RBO, le Groupe sanguin, Stéphane Rousseau, Jean-Marc Parent et Michel Courtemanche verront entre autres leurs carrières propulsées après un été dans l\u2019enceinte de l\u2019ancienne église méthodiste.Sa formule cabaret, intime au point où certains estivants malpolis s\u2019essaient parfois à poser leurs pieds sur la scène, permet aux humoristes de mesurer de visu la puissance de leurs punchs, souligne son directeur artistique, Bernard Caza.Les médias à distance Nécessaire laboratoire de création, le rodage estival tenait au départ \u2014 et tient toujours à bien des égards \u2014 de la ruse afin de garder les journalistes à distance.«Ce que les producteurs disaient dans le temps, c\u2019est qu\u2019on est juste assez loin de Montréal pour que Francine Grimaldi ne puisse pas se rendre », rigole monsieur Caza au sujet de la légendaire vadrouilleuse et chroniqueuse culturelle.Mais alors que le rodage humoristique est longtemps demeuré la chasse gardée du Vieux Clocher et de quelques autres lieux, les spectacles en gestation s\u2019insinuent aujourd\u2019hui dans plusieurs programmations de centres culturels, et pas qu\u2019en été.Jusqu\u2019à sa première médiatique de février, Katherine Levac présentera par exemple quelque 70 fois Velours, son premier one-woman-show.Le rodage, autrefois passage obligé vers une imparable efficacité, se transfor- merait-il en salutaire occasion d\u2019amortir les frais de production et de promotion d\u2019un spectacle?«Tout ça est lié à la compétition qui s\u2019installe en Le rodage comme laboratoire Pourquoi les humoristes doivent-ils polir leurs blagues aussi longtemps ?D O M I N I C T A R D I F «M alheureusement\u2026 beaucoup de filles que je connais sont assez fragiles et beaucoup trop facilement égarées par les vents », écrit Geneviève Castrée dans Roula- thèque roulathèque nicolore (2001), livre onirique d\u2019illustrations parsemées de quelques rares phrases.Sur la couverture de cette fable fauve, une jeune femme chaussée de patins vintage danse avec les « tristounettes », sortes de mignons petits succubes aux allures d\u2019adorables chatons.À l\u2019instar de cet alter ego, Geneviève Castrée n\u2019aura jamais cessé tout au long de sa courte existence de célébrer en mots et en images l\u2019éblouissement du rêve et de la vie intensément vécue, tout en tentant d\u2019apprivoiser avec le plus grand courage les fantômes qui la pourchassaient.Un cancer du pancréas l\u2019arrachait à ce monde il y a un an, le 9 juillet 2016, à l\u2019âge de 35 ans.Elle n\u2019aura pu bercer sa fille que pendant 18 mois.«Je crois, oui, que cette phrase- là de Roulathèque était autobiographique.Elle se trouvait fragile, mais c\u2019était, Geneviève, une fragile qui vivait toujours sur la ligne de risque.C\u2019était quelqu\u2019un qui défiait le sort, qui faisait les choses pour vrai, qui n\u2019attendait pas, qui bougeait», se souvient son ami et éditeur, le fondateur de L\u2019Oie de Cravan Benoît Cha- put, qui rencontre d\u2019abord cette «petite punk aux dreads blancs bleachés» lors d\u2019un événement de bédés au bar Le Cheval blanc.Elle n\u2019a que 15 ou 16 ans et saisit tous les prétextes pour fuir sa banlieue de Saint-Bruno, dont elle a horreur.Son premier livre, Lait frappé, paraît à l\u2019enseigne de la petite maison du Mile-End alors qu\u2019elle n\u2019a que 18 ans.Susceptible (2012), la seule bédé signée Geneviève Castrée épousant une narration plus traditionnelle, traversée crûment autobiographe de la jeunesse de Goglu, gamine contrainte de veiller sur une mère célibataire incapable de se mesurer au défi de la paren- talité.Une histoire sans happy end, au sens hollywoodien du terme du moins, que couvaient jusque-là de manière métaphorique presque toutes ses publications, et qu\u2019elle souhaitait enfin raconter le plus limpide- ment possible, dans l\u2019espoir de passer à autre chose.« Il y a des millions de films sur des familles qui traversent quelque chose de difficile et à la fin, l\u2019enfant dit un truc aux parents, les parents l\u2019acceptent, tout le monde est content, puis HOMMAGE La grande toute petite Geneviève Castrée Il y a un an, le 9 juillet, la lumineuse colère de l\u2019illustratrice, poète et musicienne s\u2019est éteinte.L\u2019auteure n\u2019avait que 35 ans.Les foules n\u2019ont pas toutes les mêmes références, donc c\u2019est important de confirmer si l\u2019impact présumé d\u2019un gag fonctionne François Bellefeuille « » VOIR PAGE E 6 : RODAGE VOIR PAGE E 6 : CASTRÉE C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 E 2 FESTIVALOPERAQUEBEC.COM LOUIS RIEL / HARRY SOMERS DON GIOVANNI / MOZART / STUDIO D\u2019OPÉRA GALA D\u2019OPÉRA SOUS LES ÉTOILES ANTHONY ROTH COSTANZO ET LES VIOLONS DU ROY SHAKESPEARE À L\u2019OPÉRA LA BRIGADE LYRIQUE MASCARADE À VENISE / OPÉRA JEUNESSE QUARTOM / ACTE III VIENNOISERIES MUSICALES BILLETECH.COM 1 877 643-8131 Y V E S B E R N A R D I ls ont récemment fait paraître Bofou Safou , un titre afro-disco qui se retrouvera sur le prochain disque prévu pour septembre prochain.La pièce a également fait l\u2019objet de cinq remix sur un mini-al- bum qui vient également d\u2019être lancé.Entre tout cela, le célèbre duo malien vient offrir le concer t d\u2019ouver ture des 31es Nuits d\u2019Afrique ce jeudi au Métropolis, un endroit tout indiqué pour leur permettre de dégager la force de leur rock-blues.Bofou Safou n\u2019est pas un disco à l\u2019américaine et on y retrouve quand même la personnalité d\u2019Amadou et Ma- riam.Après une introduction vaguement orientale, la soul sister finit par chanter : « Il faut travailler dans la vie.Il faut pas croiser les bras dans la vie.» Le message est simple, comme tous les autres de leur répertoire, mais la portée sera bien réelle, comme toujours.Amadou, le funky brother devenu funky father, résume avec sa voix traînante, en entrevue téléphonique au Devoir : « Le morceau s\u2019adresse à des gens pour leur donner du courage, pour les encourager à travailler.» Tout simplement.Comme toujours depuis la première phrase qui les a rendus célèbres : « Je pense à toi mon amour, ma bien-aimée.» Pourquoi se compliquer inutilement la vie, surtout quand la musique est si prenante ?Il en va de même du disco dans Bofou Safou, comment l\u2019expliquer ?Réponse d\u2019Amadou Bagayoko : « On compose, et quand on entre en studio, on essaie de donner la coloration.On aime bien le disco, on écoutait Donna Summer et on est allé pour ça.On aime ce qui est nouveau et ce qui est moderne.» Mais Bofou Safou n\u2019est qu\u2019une pièce.Déjà dans le mini-album, le titre Filaou Bessame ramène davantage au style habituel du couple avec toutefois un côté électro et un saxo plus jazz.« C\u2019est un morceau qui parle des Peuhls qui vivent au Mali, en Guinée, au Niger, au Nigeria et au Tchad », explique encore le chanteur-guitariste.À la fin de l\u2019été, l\u2019album La confusion sera lancé et plusieurs morceaux de l\u2019album seront offerts lors de la prestation aux Nuits d\u2019Afrique.On devine la raison d\u2019un tel titre : « Oui, la confusion, c\u2019est l\u2019état du monde, confirme Amadou.Nous parlons de ce qui se passe dans le monde : la guerre, les conflits, les problèmes.On parle de société.On ne sait pas ce qui se passe, c\u2019est une confusion.» Jusqu\u2019à quel point la thématique est-elle inspirée par les événements tragiques qui se passent encore au Mali ?« Les chansons de l\u2019album, on a commencé à les composer quand il y a eu le coup d\u2019État et des rébellions.Ça fait partie des choses qui se passent au Mali.» Et comment se passe la vie musicale à Bamako, la vil le où le duo se pose quelques mois par année entre deux tour nées ?« Les endroits commencent à être animés.Les musiciens jouent dans les bars, les restaurants et les autres lieux de concer ts.Je pense que la musique commence à revenir.» Qu\u2019en est-il dans les régions ?« Je n\u2019en sais pas beaucoup, puisque je suis souvent à l\u2019extérieur.Je pense que dans le Sud, ça va.Dans le Nord, c\u2019est un peu chaud.» Pour l\u2019avoir inter viewé à maintes reprises, m\u2019est avis que le patron demeure toujours calme et serein, du moins devant les journalistes.Mais cela n\u2019empêche en rien les célébrations et le partage.Sur tous les disques du couple aveugle, des invités sont là pour chanter, jouer ou coréali- ser.Mais cette fois-ci, pour le disque La confusion, Amadou et Mariam veulent se retrouver entre eux, sans collaborations extérieures.« On a fait un peu le tour de tout, il faut qu\u2019on revienne à la base.On a beaucoup coloré, on revient à la couleur originale.» Est-ce à dire ce mélange de rock-blues malien à la cadence parfaite, aux accords répétitifs, au son limpide et aux inflexions urbaines?On verra bien.Collaborateur Le Devoir Au Métropolis, jeudi 13 juillet à 20h30 Renseignements : 514 844-3500, festivalnuitsdafrique.com FESTIVAL NUITS D\u2019AFRIQUE Amadou et Mariam : afro-disco et retour au couple HASSAN HAJJAJ Le célèbre duo malien of frira jeudi le concert d\u2019ouverture des 31es Nuits d\u2019Afrique.Trois artistes à voir aux Nuits d\u2019Afrique Emel Mathlouthi À la fois puissante et engagée, angélique et délicate, électro et ancrée dans la nuit des temps, cette insoumise refuse de se contraindre et de s\u2019attacher à une seule nationalité, même si elle fut l\u2019une des voix principales de la révolution du Jasmin dans sa Tunisie natale.Ensen, son plus récent disque, confirme sa force internationale.Au théâtre Fairmont, le 18 juillet.Delgrès Avec leur blues créole, ils créent un pont entre leur Guadeloupe natale et la Louisiane.Avec batterie, guitare et tuba.Au Balattou, le 12 juillet.Tété Chantre de la poésie humaine, il mêle soul, pop et blues.Dans Les chroniques de Pierrot lunaire, il compose comme dans une pièce de théâtre.Au Balattou, le 13 juillet.P H I L I P P E P A P I N E A U M algré le fa i t que les membres du quatuor to- rontois The Beaches aient toutes autour de vingt ans, la formation rode déjà son rock depuis 2012 et s\u2019apprête à lancer un tout premier disque après des mois de travail et d\u2019apprentissage.Eliza Enman McDaniel, Leandra Earl et les deux sœurs Miller, Jordan et Kylie, aurait pu profiter de l\u2019élan qu\u2019ils avaient pris avec leurs deux premiers mini-albums pour rapidement faire paraître un disque complet, mais les quatre jeunes femmes ont pris une autre voix, un peu plus sage.Conscientes qu\u2019elles en étaient encore à leurs premières armes, elles ont laissé la poussière retomber un peu, et surtout elles ont profité d\u2019un volet « développement » de leur contrat de disque.«Pendant deux ans, on a fait beaucoup de voyages d\u2019écriture, où on a rencontré un paquet de réalisateurs et de compositeurs, raconte la guitariste Kylie Miller.Même si à la fin on a conclu qu\u2019on voulait écrire par nous-mêmes, rencontrer tout ce monde-là a fait de nous de meilleures compositrices, et on a pu développer quelque chose à nous, quelque chose qu\u2019on n\u2019avait pas trouvé » sur leurs deux EP de jeunesse.« Je pense qu\u2019on avait besoin de grandir comme ar tistes », ajoute-t-elle.The Beaches, qui sera sur scène au Festival d\u2019été de Québec ce samedi, a trouvé « quelque chose » de moins glam, Kylie Miller insistant sur l\u2019aspect plus « cru » de leur nouvelle approche.On les découvrira plus du type Yeah Yeah Yeahs que leur son jadis plus proche de celui des White FESTIVAL D\u2019ÉTÉ DE QUÉBEC The Beaches, tout pour le rock Les quatre jeunes Torontoises préparent un disque plus cru que leurs deux mini-albums de jeunesse VOIR PAGE E 3 : ROCK CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 E 3 Stripes ou de Metric ?«Ahaha, c\u2019est un peu ça, rigole la guitariste.C\u2019est un peu plus grunge et lo-fi, c\u2019est vraiment un disque de guitare rock.On voulait que ça ressemble à nos per for- mances en spectacle.On entend de petites erreurs, des failles, mais on les a gardées parce que de montrer ce côté cru et honnête, c\u2019était très important.» Le quatuor aime citer David Bowie et Nirvana dans ses influences, mais Kylie Miller ajoute qu\u2019une femme comme Debbie Harry de Blondie l\u2019inspire beaucoup.« Elle est une auteure importante, elle a été une des premières femmes à être aussi impliquée dans le rock, au point de devenir une icône, c\u2019est très inspirant.» Informée par Le Devoir du récent regroupement de musiciennes québécoises dénonçant une industrie musicale où règnent souvent des inégalités hommes-femmes, Kylie Miller a expliqué que ce type de mouvement est « sans aucun doute nécessaire ».« Il faut se lever et dénoncer ce qui se passe.On a eu à gérer ce genre de choses nous aussi, comme entrer dans une salle où on jouait le soir même et se faire expulser parce qu\u2019on nous prenait pour des fans\u2026 C\u2019est im- por tant que plus de femmes s\u2019impliquent dans l\u2019industrie musicale et qu\u2019elles forment des groupes.Plus il y a de femmes impliquées, plus l\u2019industrie sera juste.» Le groupe a envie que leur futur premier disque soit leur carte de visite pour se promener à travers le monde.« Je pense que les gens ont besoin de rock en ce moment, avec toute la musique EDM [electro dance music] et les pistes préenregistrées qu\u2019on entend partout.Il doit y avoir du vrai rock, et c\u2019est ce qu\u2019on essaie de faire.» Le Devoir THE BEACHES Au Festival d\u2019été de Québec samedi 20 h au Cœur du FEQ.SUITE DE LA PAGE E 2 ROCK PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean-Marie Zeitouni C H R I S T O P H E H U S S É vénement rare à l\u2019amphithéâtre Fernand-Lindsay du Festival de Lanaudière en cette fin de semaine : deux orchestres, Les Violons du Roy et I Musici, se réunissent et deux chefs, Bernard Labadie et Jean-Marie Zeitouni, se partagent le podium.Trois concer ts, samedi à 15 h, samedi à 20 h et dimanche à 14 h proposeront la musique des grands classiques viennois : Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert.Samedi après-midi, Jean-Marie Zeitouni dirigera la Symphonie inachevée de Schubert et l\u2019Héroïque, puis, le soir, la 7e Symphonie de Beethoven.Bernard Labadie prendra en charge la 40e Symphonie de Mozart lors de la première moitié de ce concert et dirigera la 104e de Haydn et la 5e de Beethoven le lendemain après-midi.Nous avons eu envie de poser aux deux chefs les cinq mêmes questions.Ils ont bien voulu se prêter au jeu, ne sachant pas ce que leur collègue allait répondre.Ils le découvriront ainsi comme vous, en lisant ce qui suit, ce samedi ! Entre Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert, quel compositeur vous a «parlé» le plus tôt dans votre vie de musicien professionnel?À travers quelle(s) œuvre(s)?Jean-Marie Zeitouni (JMZ) : Mozar t.La découver te des opéras, avec Ferenc Fricsay (La flûte enchantée), Istvan Kertész (La clémence de Titus) et des symphonies avec Joseph Krips a été déterminante dans mon choix de dédier ma vie à la musique.Sur le plan professionnel (et parce que j\u2019ai d\u2019abord été percussionniste), le choc a été la rencontre des symphonies de Beethoven.Y tenir la partie de timbales fut une des choses les plus stimulantes, excitantes et satisfaisantes de ma vie de musicien avant de faire la transition vers la direction d\u2019orchestre.Bernard Labadie (BL) : Mo- zar t, indiscutablement, par l\u2019opéra.La flûte enchantée a été un des chocs de ma postado- lescence.Avant mes études en chant, mon univers était très limité (Bach et la musique baroque).C\u2019est le contact avec la voix humaine qui a déclenché l\u2019ouverture vers tout le reste \u2014 Mozart d\u2019abord, puis Schubert, Schumann, et jusqu\u2019à Richard Strauss\u2026 J\u2019ai aussi des souvenirs d\u2019avoir « tripé» sur la 5e de Beethoven à l\u2019adolescence également, mais c\u2019était comme un phénomène isolé.À quel est le compositeur êtes- vous venu le plus tard?BL : Techniquement, ce serait Beethoven, parce que je me suis passionné pour les lieder de Schubert dès le cégep, mais je me suis investi dans l\u2019univers sonore des symphonies de Beethoven bien avant celui des symphonies de Schubert.Aujourd\u2019hui encore, j\u2019aborde les symphonies de Schuber t avec l\u2019impression d\u2019entrer dans un mode infiniment fragile où l \u2019équilibre tient par fois à un fil \u2014 sauf peut-être la 5e, qui est une œu- vre juvénile et radieuse\u2026 Mon premier contact avec la 9e il y a quelques années (précisément pour Lanaudière, à la demande insistante d\u2019Alex Benjamin, qui m\u2019a forcé la main \u2014 et je lui en suis très reconnaissant) a été un moment marquant.JMZ : Schuber t.Évidemment, j\u2019écoutais les lieder depuis toujours, et j\u2019étais complètement ébloui de ce génie qui crée des univers aussi divers que complexes en trois minutes, mais je pense que j\u2019avais besoin de mûrir avant d\u2019assimiler la manière dont son langage s\u2019adapte aux grandes formes.Y a-t-il chez l\u2019un ou plusieurs de ces compositeurs des œuvres que vous redoutez et que vous n\u2019abordez pas?JMZ: Je redoute la plupart des grandes œuvres de ces compositeurs parce que je suis hyperscrupuleux et parce que je leur voue un respect immense.Plus spécifiquement, comme pour les grandes œu- vres de Bach, les grands oratorios de Haydn m\u2019intimident encore beaucoup.C\u2019est toute une question de culture germanique, de symbolique et de philosophie.Ce n\u2019est pas le lieu pour « s\u2019essayer » ou se faire la main\u2026 BL: Il n\u2019y a aucune œuvre de ce réper toire que je n\u2019ai pas l\u2019intention d\u2019aborder, mais dans mon cas, à cause de mon approche très « Aufführungs- praxis » (historiquement informée), je ne peux pas me permettre de les aborder pour la première fois avec un orchestre lambda.Il faut que les conditions soient idéales.J\u2019ai donc refusé jusqu\u2019ici plusieurs occasions de faire la 9e de Beethoven avec de grands orchestres américains\u2026 Et puis, il faut le dire, les chœurs de la 9e sont inchantables, ce qui ajoute à la souffrance\u2026 Cela dit, il y a deux autres « moments » dans les symphonies de Beethoven que je redoute : le finale de la 8e, qui requiert un orchestre hypervirtuose si on veut s\u2019approcher du tempo métronomique suggéré par Beethoven, et le début de la 4e, cette superposition d\u2019octaves de si bémol qui rend l\u2019intonation presque impossible, surtout au concert.Quelle est la symphonie que dirige l\u2019autre et que vous jalousez le plus?BL : Je les jalouse toutes, mais l\u2019Héroïque est une chose immense et irrésistible\u2026 JMZ: Aucune jalousie ici.Je sais que le public et les musiciens sont entre des mains ex- per tes avec Bernard.Mon seul regret est de ne pas pouvoir écouter les Haydn et Beethoven de dimanche, puisque je dois retourner en vitesse au Colorado\u2026 diriger la 9e ! Imaginons une intégrale partagée pour le 250e anniversaire d e B e e t h o v e n e n 2 0 2 0 .Puisque chacun de vous aurait l\u2019occasion de diriger la 9e, choisissez deux symphonies parmi 3, 5, 6, 7 et deux parmi 1, 2, 4, 8, et dites pourquoi! JMZ: Je choisirais 5 et 6 : je pour rais dire « bêtement » parce que je dirige 3 et 7 cette année, mais en fait parce que ce sont deux symphonies qui gagnent énormément à être j o u é e s e n s e m b l e .T r è s contrastantes en surface, on remarque exactement les mêmes préoccupations struc- tur e l les , har moniques e t même motiviques.Dans le second groupe, sans aucun doute la 4e, parce que c\u2019est ma préférée (en ce moment du moins).Ensuite la 2e, parce que les occasions sont rares et qu\u2019il y a tant à dire.BL : Du premier groupe, je prends encore et toujours la 5e (la transition entre le 3e et le 4e mouvement, c\u2019était tellement révolutionnaire pour l\u2019époque, et à l\u2019échelle de la «vieille musique» que je dirige souvent, ça sonne toujours à mes oreilles comme un cataclysme improbable !).Du deuxième groupe, je reste profondément attaché à la 1re, sans doute à cause de sa filiation avec Haydn, ce compositeur qui m\u2019est si cher.Et quand même, commencer sa première symphonie en do majeur par la dominante de fa majeur, il fallait le faire ! Après une mesure, il avait déjà prévenu le monde que tout allait changer\u2026 Le Devoir MUSIQUE CLASSIQUE Côte à côte, Jean-Marie Zeitouni et Bernard Labadie célèbrent les classiques viennois Présenté par La Fondation Arte Musica présente SOLEDAD JEUDI 2 NOVEMBRE, 19 h 30 Manu Comté, accorédon et bandonéon Jean-Frédéric Molard, violon Alexander Gurning, piano L\u2019éclectique et inventif trio belge nous propose un véritable kaléidoscope musical.Coup de cœur assuré ! BOLDUC RÊVE MONK JEUDI 28 SEPTEMBRE, 18 h RÉMI BOLDUC JAZZ ENSEMBLE Rémi Bolduc interprète des compositions emblématiques de Thelonious MONK telles que Bright Mississippi et Round\u2019 Midnight dans ce vibrant hommage ! LOVE ELLA JEUDI 23 NOVEMBRE, 18 h RANEE LEE QUINTET L\u2019année 2017 marque le 100e anniversaire de la naissance de la Grande Dame du jazz, Ella FITZGERALD.AFRICAN GUITAR SPIRIT SAMEDI 30 SEPTEMBRE, 20 h Gotta Lago, guitare et voix Carlo Birri, basse Sergio Barrenechea, percussion Originaire de la Côte d\u2019Ivoire, Gotta Lago incarne toute la richesse, la beauté et la chaleur de l\u2019Afrique.Ô-CELLI FAIT SON CINÉMA MERCREDI 18 OCTOBRE, 19 h 30 Ô-CELLI, octuor de violoncelles Musiques de Nino ROTA, John WILLIAMS, John BARRY et Henry MANCINI Quand le 4e art rencontre le 7e art ! 17.18 SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 BILLETS EN VENTE MAINTENANT JAZZ CULTURES DU MONDE CINÉ-MUSIQUE PEDRO RUIZ LE DEVOIR Bernard Labadie FESTIVAL D\u2019ÉTÉ DE QUÉBEC Le quatuor aime citer David Bowie et Nirvana dans ses influences, mais Kylie Miller ajoute qu\u2019une femme comme Debbie Harry de Blondie l\u2019inspire beaucoup. CULTURE > THÉÂTRE ET ARTS VISUELS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 E 4 M A R I E L A B R E C Q U E L\u2019auteur de la pièce La genèse de la rage au royaume de la pantalonnade légère?«Ça peut avoir l\u2019air surprenant, mais c\u2019est une branche comme une autre du théâtre, rétorque Sébastien Dodge.Une avenue qu\u2019on peut emprunter et essayer de renouveler, pourquoi pas?» Pour le créateur, qui avoue ne pas être un habitué des scènes estivales, trouver un producteur pour sa comédie s\u2019est toutefois avéré un long processus.Sa version initiale a d\u2019abord été jugée un peu trop farfelue pour les standards réalistes de la saison, par celui-là même qui avait suggéré au dramaturge ce coup d\u2019essai, le comédien Stéphane Franche.« J\u2019étais un peu choqué.Je me suis dit : ce n\u2019est pas pour moi le théâtre d\u2019été, ça ne me tente pas de me plier à ces règles restrictives.» Mais alors qu\u2019il s\u2019était résolu à la destiner plutôt à la saison régulière, les Productions Jean- Bernard Hébert ont décidé de monter une mouture retravaillée de Repas de famille.S\u2019appuyant sur une situation classique du genre, une réunion familiale qui tourne mal, Sébastien Dodge a d\u2019abord envisagé la création comme un exercice mathématique: un récit bâti sur une succession de gags jusqu\u2019à un gros punch final.«Mon écriture est plutôt éclatée d\u2019habitude, avec une structure analogique, progressant d\u2019un détail à un autre.Mais cette pièce se voulait réaliste, alors j\u2019ai écrit une longue scène de repas.L\u2019exercice était assez intéressant à faire.Écrire autre chose était une bouffée d\u2019air frais.» L\u2019auteur de Dominion a-t-il dû édulcorer son ton usuel ?«Pas tellement, finalement.J\u2019ai écrit la pièce en me disant qu\u2019il fallait qu\u2019elle soit accessible.Je pense que les habitués du théâtre d\u2019été ne seront pas perdus.Mais à mon avis, la pièce peut aussi intéresser les spectateurs du théâtre en saison, qui pourront s\u2019amuser à en voir les deuxième et troisième degrés.Le texte est bâti de telle façon que j\u2019introduis tous les codes du théâtre d\u2019été, mais ensuite je les déconstruis.On y aborde mes thématiques habituelles : la satire du néolibéralisme, une critique de l\u2019absence de par tage des ressources.On parle d\u2019inceste, de conflits intergénéra- tionnels\u2026 Ces enjeux plus profonds sont présents dans la pièce, mais à travers un traitement assez léger.» La famille en question, issue de la classe moyenne de banlieue, possédant «tout le confort matériel inimaginable» et magasinant à crédit, constitue une métaphore de notre société dysfonctionnelle, dans sa super ficialité et son égocentrisme.Alors que sa maison vient d\u2019être cambriolée, un couple accueille une succession de proches.En résulte une dynamique d\u2019alliances mouvantes entre ces personnages médisants, «une suite de quiproquos et de chicanes».Et, parce qu\u2019on est dans l\u2019univers violent de Sébastien Dodge, un meurtre\u2026 La pièce a été conçue pour paraître inoffensive à première vue.Ce qui passe aussi par la direction d\u2019acteurs (Maxime Tremblay, Noémie O\u2019Farrell, Louis-Olivier Mauffette, Diane Jules, Marie-Soleil Dion et Jean-Léon Rondeau), explique le metteur en scène.« Sur papier, il semble y avoir beaucoup d\u2019agressivité, mais on essaie de banaliser ces échanges, de les rendre très quotidiens.» Un ludisme proche du sketch permet de faire passer une pilule «somme toute un peu difficile à avaler ».Le spectacle est « un fin compromis entre ce que moi je veux et jusqu\u2019où on peut aller dans ce cadre-là».Dénoncer ou rien S\u2019il ne ferme pas la porte à une éventuelle récidive de cette aventure estivale, le dramaturge nourrit des « aspirations plus pointues ».Il prend son temps pour bien préparer sa prochaine création avec sa compagnie, un opéra-rock théâtral.L\u2019insuccès public de sa précédente, une pièce campée dans l\u2019Italie fasciste (Tele- vizione, créée au Quat\u2019Sous il y a un an), paraît l\u2019avoir ébranlé.Le dramaturge constate qu\u2019on «aime beaucoup les témoignages, maintenant».Les univers d\u2019apparence réaliste qui parlent de soi.Et que créer se complique de considérations marketing de représentativité, «des phénomènes à la mode qui surgissent tous les trois mois dans les réseaux sociaux et qu\u2019il faut intégrer tout d\u2019un coup ».« Je trouve que la recherche théâtrale à la fine pointe finit par en pâtir.Les gens sont tellement accrochés à eux-mêmes que dès qu\u2019on ne parle pas de leur vie actuelle, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils sont vite désintéressés.Et étrangement, ils en ont assez d\u2019entendre parler du néolibéralisme.» Pourtant, selon lui, on creuse rarement à fond cette question, les racines et les ef fets néfastes d\u2019un système économique qui «permet toutes ces dérives» de consommation.«On n\u2019a pas le temps de s\u2019asseoir et de réfléchir.» L\u2019auteur déplore cette incohérence : alors que « tout le monde est toujours en train de lever le poing pour dénoncer des situations », la création « politique ou satirique semble être moins dans l\u2019air du temps.Mais moi, c\u2019est ce que je fais ; je ne vais pas me réinventer en autre chose.Je veux bien explorer toutes sor tes d\u2019avenues, mais mon côté pamphlétaire est toujours là.Si je raconte une histoire sur scène, il faut que je dénonce quelque chose, ça ne peut pas être gratuit.» Que les fans de Sébastien Dodge se rassurent donc : théâtre d\u2019été ou pas, la colère, son moteur créatif, ne semble pas l\u2019avoir quitté.Collaboratrice Le Devoir REPAS DE FAMILLE Texte et mise en scène : Sébastien Dodge.Un spectacle des Productions Jean-Bernard Hé- bert, présenté au théâtre des Grands Chênes, à Kingsey Falls, du 8 juillet au 26 août.THÉÂTRE Surprise de saison ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le moteur créatif de Sébastien Dodge, la colère, ne semble pas l\u2019avoir quitté.14E DOCUMENTA Jusqu\u2019au 17 septembre À Cassel, en Allemagne N I C O L A S M A V R I K A K I S «A pprendre d\u2019Athènes » ( « L e a r n i n g F r o m Athens »).Voilà le titre donné cette année par le commissaire général Adam Szymczyk à la 14e documenta, célèbre événement ayant lieu tous les cinq ans à Cassel, en Allemagne.Il fut une époque pas si lointaine où cette phrase aurait été une exhortation à revenir aux leçons de l\u2019Antiquité et au classicisme en art.Pour cet événement, il s\u2019agit plutôt de réfléchir aux « problèmes » soulevés par la crise financière grecque ainsi qu\u2019à nos rapports aux vagues de réfugiés qui touchent principalement la Méditerranée et l\u2019Europe.Ce thème est une invitation à participer à la consolidation des liens de solidarité en Europe et sur la planète au moment ou nous vivons de fortes turbulences isolationnistes.Même si cer tains ont crié au tourisme de crise, ce thème donna lieu à une pertinente délocalisation de la documenta en un 2e lieu, justement à Athènes, où se poursuit jusqu\u2019au 16 juillet ce volet de cette manifestation.Un système de domination politique et esthétique À Cassel, geste très fort, le cœur historique de cet événement, le célèbre bâtiment du Fridericianum, a été donné à la présentation des collections du EMST \u2014 Musée national d\u2019art contemporain d\u2019Athènes.Le visiteur y retrouve des «célébrités » de l\u2019ar t contemporain « international » comme Mona Hatoum, Gary Hill, Janine Antoni, Kendell Geers, Emily Jacir, dont plusieurs Grecs comme Takis, Jannis Kounellis, Lucas Samaras\u2026 Mais on pourra surtout y découvrir des artistes méconnus comme Chryssa (1933-2013), qui travailla sur des moulages d\u2019espaces en négatifs (bien avant Rachel Whiteread) ou Andreas Lolis dont on peut voir un abri pour itinérant fait de marbre\u2026 Voilà déjà une prise de position qui défie les codes dominants du milieu de l\u2019art contemporain et ancien, celui qui réitère les valeurs sociales, intellectuelles et esthétiques des grands centres contre celles des régions périphériques qui seraient moins fortes, moins valables, moins sérieuses\u2026 La leçon de cette remise en question des normes esthétiques prédominantes se poursuit dans d\u2019autres lieux de Cassel où bien des artistes « marginaux » ont été invités.Par exemple, des artistes sa- mis \u2014 autrefois on parlait de Lapons \u2014 sont présents, entre autres avec Britta Mara- katt-Labba qui expose, au documenta Hall, une immense tapisserie de 23,5 mètres de long qui montre l\u2019univers réel et mythologique de ces autochtones.On y voit une s o r t e d e p r o c e s s i o n d e rennes, de loups et d\u2019ours, mais aussi des gens qui manifestent ou se rassemblent pour discuter de l\u2019autodétermination de leur peuple.Dans le même lieu, on pourra aussi retrouver les masques du Canadien Beau Dick, artiste et chef hérédi ta ire de la Pr emièr e Nat ion Nam- gis, en Colombie-Britannique, mort en mars dernier.Post-colonialisme, post- médium, post-gender?Voilà en fait un événement qui est hanté par la question du post-colo- n ia l i sme , ou p lus exactement par le fait que la colonisation de la planète par certains pays occidentaux n\u2019est pas finie.Au Grimmwelt Kas- sel, on remarquera en particulier le travail de Susan Hiller, qui, dans sa vidéo Lost an Found, donne la parole à 23 langues régionales qui sont en danger, ont disparu, ou parfois \u2014 chose plus rare, sont en résurgence sur la planète.Un événement qui tente aussi de renégocier les rapports entre le grand art et les arts dits mineurs.Par exemple, on notera l\u2019inclusion du centre Peppermint où se réu- n i ssen t en t r e au t r es des femmes de différents groupes sociaux et même religieux pour par ticiper au cercle de couture Lose Fäden.On sera aussi très inspiré par les vidéos du duo Prinz Gholam (composé de l\u2019Allemand Wolfgang Prinz et du Libanais Michel Gholam) qui, portant des vêtements contemporains, prennent des poses d\u2019hommes \u2014 et de femmes \u2014 prises dans des œuvres ou des images se référant à la culture grecque ancienne.Cela donne souvent des attitudes mélancoliques qui parlent bien plus de l \u2019accablement du c i toyen contemporain, dont le corps est prisonnier de représentations sociales imposées, que du poids de l\u2019héritage de la culture grecque antique.Nos corps et nos vies ne nous appartiennent pas totalement, ils sont politiquement contraints par des valeurs contre lesquelles il faut encore lutter.Collaborateur Le Devoir 14E DOCUMENTA DE CASSEL Comment lutter contre l\u2019isolationnisme ?www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec 6 août MONTRÉAL - tour de l\u2019île vers l\u2019est 24 septembre tour de l\u2019île vers l\u2019ouest 9 septembre OTTAWA et GATINEAU Nouvelle salles d\u2019art canadien et autochtone Mosaïculture - célébration fleurie ! 22 octobre SHERBROOKE sculpture au musée - poésie en spectacle ART, HISTOIRE ET NATURE Une exposition réalisée par le MEG - Musée d\u2019ethnographie de Genève et adaptée par Pointe-à-Callière, cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, avec la participation des Musées royaux d\u2019Art et d\u2019Histoire de Bruxelles.© Photographies : MEG \u2013 Musée d\u2019ethnographie de Genève, Johnathan Watts / René Fuerst C R E U S E Z D A N S L E S O R I G I N E S Découvrez LES ANIMAUX DE L\u2019AMAZONIE avec des animateurs du Zoo de Granby.Une activité gratuite, le 9 juillet, de 13 h à 16 h.Rencontrez un boa constricteur, un tatou et des mygales ! DIMANCHES~FAMILLES ROMAN MÄRZ Vue de l\u2019installation de Beau Dick, artiste et chef héréditaire de la Première Nation Namgis, en Colombie-Britannique Un événement qui tente aussi de renégocier les rapports entre le grand art et les arts dits mineurs CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 E 5 C U L T U R E theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ (CL-AR-FR-ES-US) Le lundi 10 juil.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ LUIS GNECCO, GAEL GARCÍA BERNAL ET MERCEDES MORÁN.de Pablo Larrain NERUDA VOSTF M A N O N D U M A I S T ourner la suite d\u2019un grand succès est un exercice d\u2019équilibriste : d\u2019une part, il faut préserver ce qui a plu aux spectateurs ; d\u2019autre part, il faut les surprendre.Comme l\u2019expliquait Patrick Huard peut avant la sortie de Bon Cop, Bad Cop 2, qui a jusqu\u2019à maintenant cumulé 5 millions au box-office, le public tend à idéaliser le premier film en cristallisant ses dix meilleures minutes.Si les uns attendent impatiemment la suite d\u2019un film qu\u2019ils ont aimé, les autres l\u2019attendent avec une brique et un fanal.Parlez-en à Michel Côté, qui a réalisé avec Robert Ménard la suite du film culte Cruising Bar.«Après 20 ans, j\u2019ai dit oui à la suite de Cruising Bar et on a gagné la Bobine d\u2019or en 2009.C\u2019est sûr que ce n\u2019est pas toujours évident\u2026 Le public a aimé ça, mais moins que le premier.Il y a toujours quelque chose qui se mystifie avec le temps.Les suites, c\u2019est toujours plus dur pour les acteurs.Avec Louis-José Houde, on n\u2019étonnera personne.Heureusement, nos personnages sont attachants », explique l\u2019acteur émérite.« C\u2019était tout un défi d\u2019écriture.Je sentais qu\u2019on ne pouvait pas se fier à l\u2019attachement que les gens avaient pour le premier.Avec Michel, la première fois qu\u2019on s\u2019en est parlé, on s\u2019est dit qu\u2019il fallait que ce soit meilleur que le premier », se souvient Émile Gaudreault, qui, en l\u2019absence d\u2019Ian Lauzon, parti se faire son cinéma, a fait appel aux scénaristes Sébastien Ravary et Éric K.Boulianne, dont les sketchs écrits pour SNL Québec et Le nouveau show lui avaient plus.« Je ne m\u2019attendais pas à faire ce film-là, reconnaît Boulianne.Je trouvais que c\u2019était un beau challenge que d\u2019écrire un film qui allait parler au plus grand nombre de spectateurs possible.C\u2019est un peu un rêve de \u201ctit cul\u201d que de se retrouver dans cette grosse production-là.» De retour en thérapie Les choses ont assez peu changé pour Jacques (Côté) et Marc Laroche (Houde).Le père et le fils sont toujours à couteaux tirés.Afin de tirer les vers du nez de Martin Germain (Patrice Robitaille), l\u2019un des sbires du chef de la mafia montréalaise, les deux policiers infiltrent une thérapie de couple où Martin et sa copine (Julie LeBreton) se sont inscrits.Ça ne pourrait mieux tomber puisque Marc, obsédé par l\u2019idée d\u2019impressionner son père, néglige le couple qu\u2019il forme avec Alice (Karine Vanasse).«L\u2019idée de la thérapie de couple était porteuse.On sentait qu\u2019il y avait une richesse ; c\u2019est la même chose, mais ça nous amène complètement ailleurs.J\u2019ai eu l\u2019intuition qu\u2019il fallait qu\u2019on développe davantage les couples qu\u2019on l\u2019avait avec les pères et fils du premier, où ils mettaient en valeur les personnages principaux», raconte Émile Gaudreault.Les problèmes de couples prennent tant de place que par moments, l\u2019émotion prend le pas sur l\u2019intrigue policière.« J\u2019ai bien aimé la version française de De père en flic, Père fils thérapie, mais je trouvais que le père et le fils avaient l\u2019air de se haïr pour vrai », révèle Michel Côté.Pour moi, c\u2019était très important que même si avec Louis-José, on s\u2019engueule comme des malades dans les deux films, on sente qu\u2019on s\u2019aime.Jacques ne se prend pas pour un Seven Up, mais il aime son fils qu\u2019il a élevé seul.Il y a de beaux moments que j\u2019aime dans le film qui ne sont pas drôles, mais qui sont très touchants ; et ça, il n\u2019y en avait pas dans le premier.» L\u2019acteur poursuit : «Après De père en flic, les hommes me disaient qu\u2019ils allaient appeler leur père ou leur fils.En sortant de De père en flic 2, les gens vont se dire que leurs problèmes de couple ne sont pas si graves que ça.Comme je le dis dans le film, il faut se dire \u201cje t\u2019aime.\u201d » Vingt fois sur le métier\u2026 Émile Gaudreault le répète à qui veut bien l\u2019entendre : il a beaucoup travaillé sur ce film : «Émile retravaille tout le temps le scénario.C\u2019est fou ! confirme Éric K.Boulianne.Il m\u2019a invité en montage, en mixage.J\u2019ai assisté à toutes les étapes du tournage.C\u2019était comme un gros stage ! On ajoutait même des gags et des répliques en post-synchro.» « On avait un scénario de 166 pages ; je suis allé au maximum pour chaque scène.J\u2019ai commencé comme scénariste sur Louis 19 de Michel Poulette, je ne me suis jamais senti menacé par les scénaristes, c\u2019est pour ça que je les invite tout le temps.Pour moi, les scénaristes et les acteurs, ce sont des par tenaires.Je suis à leur écoute parce que je veux que leur ADN fasse aussi partie de cette histoire-là », conclut Émile Gaudreault.Collaboratrice Le Devoir À l\u2019affiche le 13 juillet Papa a encore raison dans De père en flic 2 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le scénariste Eric K.Boulianne, le réalisateur Émile Gaudreault et le comédien Michel Côté THE B-SIDE : ELSA DORFMAN\u2019S PORTRAIT PHOTOGRAPHY ?1/2 Documentaire d\u2019Errol Morris.États-Unis, 2016, 76 min.A N D R É L A V O I E E lsa Dorfman n\u2019a guère le profil d\u2019une négationniste de l\u2019Holocauste, d\u2019une polémiste endurcie, d\u2019une femme de pouvoir échafaudant des stratégies militaires, ou de propagande.Elle apparaît pourtant fascinante aux yeux du documentariste Er rol Mor ris, aimant f i lmer des personnages ambigus et inquiétants (The Thin Blue Line, The Fog of War), mais rarement ses amies.Dans Elsa Dor fman\u2019s Portrait Photography, cette proximité s\u2019illustre sur le plan esthétique, délaissant les cadrages soignés et une caméra inquisitrice pour une simplicité relevant de l\u2019échange à bâtons rompus.Le téléphone sonne au milieu d\u2019une conversation ?Elsa s\u2019empresse de répondre, signalant à son interlocuteur que leurs propos seront sans doute immortalisés.À 80 ans, cette photographe sans prétention aime bien se définir comme une « nice Jewish girl » ; elle le répétera souvent, comme si son sourire espiègle ne l\u2019exprimait pas déjà.Rien ne semblait la destiner à la photographie, un art qu\u2019elle a commencé à pratiquer à la fin de la vingtaine, cherchant à être autre chose qu\u2019une secrétaire célibataire vivant chez ses parents, nullement attirée par la drogue et la promiscuité des femmes de son entourage dans le New York des années 1960.Cette pudeur a de quoi étonner quand on sait qu\u2019elle a côtoyé les stars de la beat generation, devenue l\u2019amie fidèle du poète Allen Ginsberg jusqu\u2019à sa mort, tirant le portrait d\u2019une impressionnante galerie d\u2019artistes (Bob Dylan, Joni Mitchell, Anaïs Nin, Jorge Luis Borges), saisissant leur gloire sans que jamais elle rejaillisse sur elle.Les agents, les galeries, les vernissages : ce n\u2019était pas sa tasse de thé, confiant qu\u2019au palmarès de la renommée, son nom se situe au dernier rang.S\u2019il y a de l\u2019amer tume dans ce constat, Elsa Dor f- man sait bien la camoufler.La décennie 1980 constituera un tournant pour celle qui travaillait principalement en noir et blanc.L\u2019arrivée de cette aventure chimique nommée Polaroid sera déterminante, surtout lorsque la photographe mettra la main sur un de ces appareils de grande dimension pour des portraits en couleurs que les clients peuvent contempler sans attendre.Elsa leur offrait deux photographies : ils en choisissaient une, de leur point de vue la meilleure, et la photographe conser vait l\u2019autre, la « b-side », de son point de vue la plus charmante et la plus évocatrice.Son affection pour ses sujets aux yeux mi-clos, à la posture légèrement disgracieuse, ou victimes d\u2019une machine capricieuse au moment de l\u2019impression, témoigne aussi de sa modestie d\u2019autodidacte.Pourquoi un fond rouge ?« Just there », dit-elle sans ambages.La photographie, voleuse d\u2019âmes ?« I\u2019m interested in the surfaces of people », comme pour éviter tout discours pompeux.Nous voilà loin des énigmatiques Diane Arbus et Vivian Maier.Poussée à la retraite après la fermeture des usines Polaroid, une technologie écrasée par le numérique, Elsa Dorfman s\u2019interroge à voix haute sur la destinée de son œuvre, encore dans ses classeurs.L\u2019intérêt d\u2019Errol Morris, au-delà du personnage coloré, réside aussi dans cette volonté de dévoiler cette face B de l\u2019histoire de la photographie américaine.Comme avec les anciens 45 tours, il faut se donner la peine de la découvrir.Collaborateur Le Devoir Le côté givré d\u2019une artiste sans prétention MÉTROPOLE FILMS L\u2019intérêt du film réside aussi dans cette volonté de dévoiler la face B de l\u2019histoire de la photographie américaine.DJANGO ?1/2 Drame d\u2019Étienne Comar.Avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya, Bimbam Merstein.France, 2017, 117 min.A N D R É L A V O I E Une vie d\u2019artiste peut-elle tenir en deux heures de cinéma ?Beaucoup tentent ce pari, avec des résultats parfois décevants (Claude François et Dalida ne sont plus des nôtres pour s\u2019en plaindre).D\u2019autres préfèrent circonscrire un moment fort pour illuminer l\u2019ensemble de l\u2019œuvre, et du héros.Avec une impressionnante feuille de route comme scénariste (Des hommes et des dieux, Mon roi) et producteur (Timbuktu), Étienne Comar s\u2019installe maintenant dans la chaise du réalisateur avec Django, un chapitre tumultueux de la vie du célèbre musicien pendant la Deuxième Guerre mondiale.En 1943, disons-le, rien ne ressemblait à un long fleuve tranquille\u2026 Sauf, justement, la vie et la carrière de Django Reinhardt (Reda Kateb, plein de dévotion), le musicien tzigane le plus célèbre de Paris, curieuse ironie quand on sait ce que le régime nazi a fait subir à ses semblables.Grâce à sa renommée, et un talent fou à la guitare malgré deux doigts paralysés, il se croit invincible, jugeant cette guerre comme étant celle des autres, à peine ébranlé par les mises en garde d\u2019une résistante aux allégeances ambiguës (Cécile de France, un peu éthérée).Sur le point de céder aux propositions d\u2019officiers qui lui font miroiter une tournée triomphale en Allemagne \u2014 et dont il ne pourrait jamais revenir \u2014, le virtuose se laisse convaincre de passer en Suisse avec sa conjointe (Beata Palya) et sa vieille mère (Bim- bam Merstein), forcé toutefois d\u2019attendre à la frontière, période qui le marquera à jamais.Ce moment charnière en partie romancé par l\u2019écrivain Alexis Salatko, qui signe l\u2019adaptation de son livre en compagnie d\u2019Étienne Comar, met en lumière les contradictions de la figure emblématique du jazz manouche, dont celles de l\u2019artiste intouchable, au-dessus des contingences morales.C\u2019est également le prétexte pour épingler sa désinvolture, alors que le film démarre à la fois sur une note grave (un massacre de Tziganes en Ardenne) et légère (Reinhardt pêche le long de la Seine pendant que son public s\u2019impatiente dans un théâtre surchauffé).Ce récit d\u2019une prise de conscience est entrecoupé de numéros musicaux dont l\u2019énergie émane davantage de la touche Reinhardt (entièrement reproduite par le Rosenberg Trio, et habilement mimée par Reda Kateb), que de l\u2019approche d\u2019Étienne Comar, purement illustrative, rarement enlevante.Un peu comme si la fougue de Django écrasait le peu d\u2019assurance que tente d\u2019afficher le cinéaste apprenti, plus à l\u2019aise à capter ce son si singulier qu\u2019à saisir les complexités d\u2019une âme peu à peu tourmentée, gagnant en maturité, même après la mort d\u2019un singe qui le suivait partout\u2026 Alors qu\u2019une fois encore la grande Histoire s\u2019entremêle à la petite, Django appor te un éclairage plus blafard qu\u2019original de cette période dont le cinéma s\u2019est depuis longtemps entiché.Étienne Comar, confiné dans une succession d\u2019espaces clos par souci d\u2019économie, célèbre un génie en l\u2019examinant à distance, dans un respect académique qui, lui, ne confine pas au génie.Collaborateur Le Devoir Le swing dans l\u2019adversité 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise Paris pieds nus Cinéma complètement cirque ?Les Nuits ?blanches du facteur Ven.-dim.15 h lun.-jeu.20 h 45 (VOSTF) d\u2019ANDREÏ KONCHALOVSKY Tous les jours 19 h de DOMINIQUE ABEL et FIONA GORDON Tous les jours 17 h 7 classiques du burlesque à revoir sur grand écran MK2/MILE-END Dans le rôle de Django Reinhardt, Reda Kateb est plein de dévotion. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 6 humour, fait valoir François Bellefeuille.Est-ce qu\u2019il y avait autant de rodage dans les années 1990?Non.Est-ce que les shows étaient aussi drôles ?Non plus.» Éloge de l\u2019imperfection À 30 ans, Virginie Fortin appartient à une génération d\u2019humoristes qui envisagent de moins en moins leur parcours comme une simple ascension vers le Graal d\u2019une tournée panquébécoise des grands théâtres.Le Zoofest, le Dr.Mobilo Aquafest et les soirées d\u2019humour qui pullulent dans les bars de la province aménagent désormais de nombreux espaces permettant de partager des textes en différents états de gestation, devant un public éclairé, bien instruit de ce à quoi il est convié.«Rodage, c\u2019est un mot qui me terrifie, même si je comprends les bénéfices de l\u2019exercice», confie celle qui présentera un numéro (bien rodé !) pendant le gala Juste engagé du Festival Juste pour rire, et qui amorcera bientôt le travail de scène autour de son premier spectacle solo.«Je sais que le rodage, ça sert à se péter la gueule en faisant moins de dégâts, mais j\u2019ai de la dif fi- culté à concevoir une réelle scission entre la dernière représentation d\u2019une série de rodage et la première représentation de mon vrai spectacle.Je sais aussi que je me lasse vite de dire la même af faire.C\u2019est peut-être pour ça que l\u2019éventualité de faire des dizaines de fois mon show avant de réellement le lancer m\u2019angoisse.Je ne veux pas me tanner.» « Je ne déteste pas le spectacle imparfait, poursuit-elle.Si tu fais un 7 minutes dans un gala Juste pour rire, tu veux évidemment que ça rentre au quart de tour, mais dans le cadre d\u2019un spectacle avec une seule tête d\u2019affiche, j\u2019aime les moments de vérité, de spontanéité, qui se produisent parce qu\u2019on sent la fébrilité de l\u2019humoriste.» Une fois un spectacle sur son erre d\u2019aller, renouer avec les conditions du rodage permet par fois de chasser les mauvaises habitudes, signale Bernard Caza, en évoquant certains humoristes célèbres qui se soumettent à un week-end au Vieux Clocher en milieu de tournée, le temps d\u2019huiler à nouveau la machine.« Quand tu as fait 125 dates, tu peux tomber dans certains automatismes, adopter un début plus rapide, moins laisser aux gens le temps de rire.Le contact avec le public est tellement violent chez nous que ça te force à te mettre à jour.» « Il y a peut-être un moment où tu vas voir de la déception dans le visage d\u2019un humoriste pendant un rodage, mais ce que tu vois aussi, c\u2019est un humoriste plus excité, plus en danger, conclut quant à lui François Bellefeuille.Pour être franc, c\u2019est pendant le rodage que j\u2019ai le plus de fun.Quand une ligne marche for t, ça ne fai t pas longtemps qu \u2019e l le marche fort, donc je suis méga excité.Quand je me plante, ça m\u2019obsède tellement que je dois trouver une solution.Et c\u2019est quand je finis par trouver des solutions que je me sens le plus vivant et le plus humoriste.» Collaborateur Le Devoir FRANÇOIS BELLEFEUILLE ESSAYE DES AFFAIRES En tournée partout au Québec GALA JUSTE SKETCHS Animé par Léane Labrèche-Dor, Virginie Fortin et Antoine Vé- zina, le 23 juillet à 18h30 et à 21h30 à la salle Wilfrid-Pelletier SUITE DE LA PAGE E 1 RODAGE LA VITRINE ESSAI FAIRE MAILLE ?Mélissa Labonté L\u2019instant même Montréal, 2017, 108 pages Il y a cinq ans que le Printemps érable a soufflé sur le Québec et, depuis, le projet social qu\u2019il poussait semble être parti au vent\u2026 Avec Faire maille, Mélissa Labonté nous ramène la grève étudiante par le biais des mots qui s\u2019y sont greffés.Mots poétiques davantage que discours politiques : l\u2019essai de cette littéraire scrute avec discernement « l\u2019engagement poétique de la revue Fermaille», hebdomadaire publié par des étudiants pendant le conflit de 2012.Le ton est érudit, les références multiples, mais les exemples de la verve étudiante plutôt rares, excepté les reproductions au début du livre.Il faut préciser que le texte, d\u2019abord un mémoire de maîtrise, ne vise pas à faire revivre la revue poétique, mais à en analyser la portée politique.Dans Faire maille, ou Fermaille, peu importe la graphie, c\u2019est l\u2019idée de collectivité, ou ce qui en reste, qui anime les étudiants poètes.«La poésie fermail- lienne, écrit Labonté, prend du passé ce qui est encore vivant afin de créer un nouveau réseau de sens [\u2026] La devise \u201cje me souviens\u201d devient \u201ctu te souviens\u201d [\u2026] Cette translation pronominale ouvre le poème à une expérience de la communauté.» Un baume, en cette période d\u2019incertitudes.Jérôme Delgado ALBUM JEUNESSE D\u2019UNE PETITE MOUCHE BLEUE ?Mathias Friman Les fourmis rouges Montreuil, 2017, 24 pages « Il était une fois une mouche bleue avec des yeux globuleux.Posé au pied d\u2019un arbre, le minuscule insecte venait de terminer son repas.C\u2019est bon ça, dit la mouche en s\u2019essuyant la bouche.Allons voir plus loin, la Terre est ronde, la Lune est blonde, je pars découvrir le monde».Elle fit long feu, car une grenouille se trouva sur son chemin.À son tour, le batracien voulut aller voir plus loin, mais un serpent l\u2019engloutit, qui se fit à son tour dévorer par une corneille et ainsi de suite jusqu\u2019à l\u2019homme qui, après avoir goûté au loup, fit ce qu\u2019il devait et alla digérer son repas au pied d\u2019un arbre.Sous forme de fable, Mathias Friman nous plonge au cœur du cycle de la vie, de cette chaîne alimentaire au bout de laquelle se trouve l\u2019homme, puissant, laissant ses restes et ses déchets aux plus petits qui s\u2019en délectent.La sobriété des illustrations, le peu de couleurs \u2014 noir, blanc et bleu suffisent à l\u2019évocation \u2014, la ligne pure, le style réaliste et très détaillé et le graphisme réfléchi imposent un second niveau de narration riche en signification.Marie Fradette Virginie Fortin D O M I N I C T A R D I F L e rock et la littérature auront beaucoup contribué à sanctifier en ultime objet de désir la fille appelée par un ailleurs avec lequel elle renouera inéluctablement, de la Ruby Tuesday des Rolling Stones, qui refusait d\u2019être enchaînée au monde matériel, à la Betty du 37°2 le matin de Philippe Djian, que la folie ne pouvait qu\u2019un jour complètement engouffrer.Le féminin insaisissable a des yeux enjôleurs auxquels peinent à résister les durs au cœur tendre.La Marie que chante Cardinal Song, premier roman de Vincent Giudicelli, appartient à ce même stéréotype de la vamp envoûtante parce que volatile.Le genre de muse autour de laquelle édifier une grande œuvre mais qui, en attendant, pourrait bien faire souffler une tempête sur votre quotidien.« Contrairement à pas mal d\u2019autres filles, Marie savait qu\u2019elle était limite.C\u2019est ce qui rend les gens intéressants, cette conscience qu\u2019ils ont d\u2019eux- mêmes », note le narrateur, complètement obnubilé, mais aussi soulagé d\u2019avoir enfin trouvé sa «partner in crime» à lui.« Je savais en rencontrant Marie que je n\u2019aurais pas affaire à une Agathe ou à une Clémence, une de ces assommantes buveuses d\u2019Évian qui sentent constamment la lavande, apprennent le violon, n\u2019achètent jamais de ketchup et font leur lit en quittant les chambres d\u2019hôtel.» En visite à Tunis, le jeune amoureux se réveille un matin dans une maison désertée par Marie, par tie à la recherche d\u2019un père qu\u2019elle n\u2019a jamais connu.Par tie sans avertissement, comme de raison, parce que sinon, il n\u2019y aurait pas de roman, autrement dit, pas de chanson.Assemblage de mythes Bien qu\u2019il soit annoncé en quatrième de couver ture comme «une sorte de road trip moderne à la Jack Kerouac» et qu\u2019il se déroule en partie aux États-Unis, Cardinal Song propose essentiellement un assemblage de mythes américains tels qu\u2019imaginés depuis la France.L\u2019Amérique que Vincent Giudicelli fabule n\u2019existe sans doute que dans sa tête.La constante tentative de glorification de l\u2019excès, du rock et de la Californie à laquelle œuvre l\u2019auteur, qui a grandi entre Paris et la Corse, doit beaucoup au magazine Rock & Folk et à une certaine école de la rock critic française.Le personnage de Norman, insatiable bourlingueur qui a un jour dormi avec Debbie Harr y et fêté avec The Clash, semble en ce sens tout droit sorti de la plus hallucinée des Musicographies avec « ses boots noirs, son jean noir, son t-shirt noir, son sac en bandoulière, rempli de toute la pharmacopée indispensable à celui qui veut planer et redescendre tranquillement».Les clichés abondent comme les groupies dans une chambre d\u2019hôtel après un show de Led Zeppelin en 1971, sans pourtant gâcher le charme de cet exercice de style, dans la mesure où Giudicelli ne sait tolérer un paragraphe qui ne serait électrisé par la stridence d\u2019une phrase péremptoire et vénéneuse.«Les parents ressemblent parfois à un agent toxique ou à une religion.» «Fuir est un droit que l\u2019on s\u2019octroie pour survivre.» «De l\u2019enfance, nous ne gardons finalement que ce que nous n\u2019avons jamais voulu comprendre et nous le retenons comme une pulpe au fond d\u2019une vieille bouteille oubliée dans un placard.» Mélancolique cri de révolte, Cardinal Song pleure la décadence d\u2019un monde qui, par respect pour cette chose fragile qu\u2019est la vie, ne sait plus qu\u2019embrasser la sobriété, l\u2019équilibre et la modération d\u2019un quotidien rangé, bercé par la musak des rêves sacrifiés.Un sombre por trait auquel Vincent Giudicelli semble préférer ses fantasmes d\u2019une Amérique de l\u2019ivresse et de l\u2019autodestruction.Collaborateur Le Devoir CARDINAL SONG ?1/2 Vincent Giudicelli Annika Parance éditeur Montréal, 2017, 274 pages L\u2019amère America de Vincent Giudicelli L\u2019auteur signe une lettre d\u2019amour très française à une Amérique qui n\u2019existe que dans sa tête ils se donnent tous une accolade larmoyante.Dans la vraie vie, les choses ne se passent pas toujours comme ça.C\u2019est en fait très rare, expliquait-elle à The Comics Journal, en avril 2013 (notre traduction).Le temps qui guérit tous les maux, c\u2019est de la pure bullshit.» Univers féerique constamment surplombé par l\u2019ombre d\u2019un passé impossible à laisser derrière soi, les premiers titres de Geneviève Castrée, sorte de livres pour bambins forcés trop vite à devenir adultes, ont de l\u2019enfance à la fois la dureté de la rencontre initiale avec le monde, et son indissociable émerveillement.«Elle a souvent séjourné chez moi, et je me souviens qu\u2019elle se nourrissait exclusivement de grands bols de céréales sucrées avec du lait », raconte Benoît Chaput, en évoquant une éternelle jeune fille, à la colère lumineuse face aux injustices d\u2019un monde dans lequel elle avait été accueillie sans assez de douceur.« J\u2019ai un sticker ici qu\u2019elle avait fabriqué sur lequel c\u2019est écrit \u201cLa toute petite Geneviève Castrée\u201d.» «Elle voulait que le monde vienne à elle» À Anacortes, dans l\u2019État de Washington, où elle vivait avec son mari musicien Phil Elve- rum depuis environ huit ans, Geneviève Castrée enregistre sous toutes sortes de noms sibyllins (d\u2019abord Woelv, puis Ô Paon) des albums de folk hypnotique et étrange, aux accords s\u2019élevant comme d\u2019un sommeil limoneux.Si elle s\u2019adresse essentiellement à un public anglophone, c\u2019est néanmoins en français qu\u2019elle chante des textes surréalistes, tendres, joueurs et graves.« Je crois que si elle s\u2019entêtait à s\u2019exprimer dans sa langue, c\u2019est qu\u2019elle voulait que le monde vienne à elle, et non pas le contraire.Elle voulait être considérée selon ses propres termes, ne jouer aucun jeu», explique son mari, au sujet de celle qui aimait se décrire comme une Martienne.Sous son pseudo Mount Eerie, il lançait en mars dernier l\u2019album A Crow Looked at Me, journal souvent insoutenablement intime du quotidien d\u2019un jeune veuf refusant d\u2019attribuer un sens au départ de sa femme.Il s\u2019attelle présentement à mettre de l\u2019ordre dans la quantité phénoménale de textes et de dessins laissés derrière.Deux livres doivent d\u2019ailleurs voir le jour cet automne chez Drawn & Quarterly.Au bout du fil, la bédéiste Julie Doucet peine toujours à suppor ter la cr uauté d\u2019une mort ayant frappé une femme qui, enfin, goûtait à une forme d\u2019apaisement, après s\u2019être délestée d\u2019une par tie de son amertume grâce à Susceptible.« Je suis encore incapable d\u2019écouter ses disques », laisse-t- elle tomber à propos de son amie, très laconique, mais parfaitement transparente.« Comment se sentir / quand on a finalement / tout ce qu\u2019on voulait ?// Doit-on devenir pantouflard ?/ platte ?/ endormi » , s \u2019 inter roge Geneviève Elverum en s\u2019adressant à sa fille enfin née dans Maman sauvage, son premier recueil de poésie paru en 2015 sous son vrai nom, auquel succédera Maman apprivoisée cet automne, chez L\u2019Oie de Cravan.«En t\u2019allaitant / je regardais ton oreille / minuscule, délicate / tortellini.// Ta peau sucrée / contre moi / j\u2019ai encore du mal / à comprendre / comment tu as pu / sortir de mon corps.// Même, juste comment / une oreille pareille / a pu sortir de là.» Nous sommes nombreux à avoir encore du mal à comprendre l\u2019injustice de la mort de Geneviève Castrée.Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 CASTRÉE MARC LECLERCQ La Marie que chante Cardinal Song, premier roman de Vincent Giudicelli, appartient au stéréotype de la vamp envoûtante parce que volatile.Le genre de muse autour de laquelle édifier une grande œuvre mais qui, en attendant, pourrait bien faire souffler une tempête sur votre quotidien.L\u2019OIE DE CRAVAN Détail d\u2019une illustration tirée de Pamplemoussi (2004), de Geneviève Castrée, album illustré accompagné d\u2019un disque de chansons interprétées par l\u2019auteure.L\u2019œuvre hybride a été tirée à 800 exemplaires. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 7 P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 1/3 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 2/8 Une simple histoire d'amour \u2022 Tome 1 L'incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 3/9 Pourquoi pars-tu, Alice?Nathalie Roy/Libre Expression 5/7 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 6 Les sorciers Anne Robillard/Wellan 4/7 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier 7/5 Le bonheur des autres \u2022 Tome 2 Le revenant Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 6/6 Bien roulée Annie Lambert/Mortagne 10/2 Les Glorieux et les Réprouvés \u2022 Tome 1 Perdition Alexandre Vézina/ADA 9/2 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 3 Amours.Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 Romans étrangers Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 1/4 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 2/10 Noir comme la mer Mary Higgins Clark/Albin Michel 5/8 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 3/15 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 4/7 Jusqu\u2019à l\u2019impensable Michael Connelly/Calmann-Lévy 6/7 L?informateur John Grisham/Lattès 8/9 Quand sort la recluse Fred Vargas/Flammarion 7/8 Vaticanum José Rodrigues dos Santos/HC éditions 10/10 À nous Elin Hilderbrand/Lattès 9/3 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/37 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 3/7 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système.Joëlle Tremblay/Somme toute 2/3 Une histoire de Montréal Paul-André Linteau/Boréal \u2013/1 La traversée du Colbert.De Gaulle au Québec.André Duchesne/Boréal 5/2 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme \u2013/1 Le principe du cumshot.Le désir des femmes.Lili Boisvert/VLB 4/10 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 6/6 Traces de l\u2019histoire de Montréal Serge Joyal | Mario Robert/Boréal \u2013/1 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 8/4 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/72 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 2/15 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 3/2 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel 4/17 Frères migrants Patrick Chamoiseau/Seuil 9/3 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 5/5 Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une.Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard 8/13 La parole au peuple Michel Onfray/Aube \u2013/1 Perles de vie René de Obaldia/Grasset \u2013/1 Pourquoi je ne suis pas mon cerveau Markus Gabriel/Lattès \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 26 juin au 2 juillet 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Durant tout l\u2019été, Le Devoir vous invite à redécouvrir des œuvres littéraires condamnées à vivre dans l\u2019ombre de leur adaptation à l\u2019écran.Quatrième chapitre d\u2019une série de douze : Les Plouffe de\u2026 Roger Lemelin.«Y a pas de place, nulle par t, pour les Ovide Plouf fe du monde entier\u2026 » Lancée par un Gabriel Arcand bouleversant en jeune esthète sur la brosse, la phrase continue de résonner.Personne, à moins d\u2019être un Y convaincu que l\u2019histoire du cinéma québécois commence avec La grenouille et la baleine, ne l\u2019a oubliée.Mais on chercherait en vain cette réplique dans le roman dont fut tiré le scénario du film de Carle.Cette tirade d\u2019Ovide, par contre, y est, clôturant la première partie du livre, aussi marquante à l\u2019écrit qu\u2019à l\u2019écran : « J\u2019ai des millions de mots qui voudraient sortir.[\u2026] Vous voulez chanter l\u2019opéra ?On rit de vous.Vous voulez vous conduire en monsieur avec les femmes ?Elles vous traitent de tapette si vous n\u2019êtes pas champion avec des muscles gros comme ça.» Ovide a 28 ans; l\u2019aîné, Napoléon, en a 32.Ils vivent tous les deux en appar tement, avec frère et sœur et ces locataires à vie que sont leurs parents.Au- jourd\u2019hui, c\u2019est en Afrique du Nord et ailleurs que le chômage chronique et les boulots de misère condamnent des générations complètes à la tutelle familiale.Et relire Les Plouffe en 2017, c\u2019est se dépouiller de tous les sacro-saints acquis de la Révolution tranquille et replonger dans le mélange d\u2019hébétude ensoutanée et d\u2019innocence heureuse que d\u2019aucuns ont qualifié d\u2019«héritage de la pauvreté».Un héritage dont l\u2019auteur du roman, Roger Lemelin, s\u2019est, il faut le dire, plutôt bien accommodé.Il était plus vite sur ses patins que son Ovide, et semble avoir assimilé très tôt la leçon que son personnage apprend à la dure : les femmes préfèrent les sportifs.Il s\u2019essaie à la boxe, mais est trop myope pour parer les coups et les lentilles de contact restent à inventer.Il rêve des Olympiques d\u2019hiver, mais se fracasse une cheville en sautant à ski.Adieu, pente douce.C\u2019est sur son lit d\u2019hôpital qu\u2019il découvre cet éternel prix de consolation : la littérature.Lemelin est un surdoué.Il écrit Au pied de la pente douce, un gros roman, avant d\u2019avoir 25 ans.Le livre paraît à Montréal, puis à Paris.Ensuite, mon volume des Éditions La Presse mentionne, comiquement, une traduction a m é r i c a i n e à N e w York et une autre, anglaise, à Toronto\u2026 L\u2019auteur devient le correspondant à Québec de deux vénérables institutions étasuniennes, le Time et le Life .Et i l écrit Les Plouf fe avec, excusez du peu, une bourse Guggenheim.Roger Lemelin, ou l\u2019irruption inattendue, dans notre littérature, du mythe fondateur de l\u2019économie américaine : le millionnaire par ti de rien.Il avait rejoint, à 20 ans, un oncle jobbeur dans la forêt gaspé- sienne.Il faut l\u2019entendre s\u2019extasier, dans ses entretiens avec VLB, sur la qualité de la fibre du bouleau d\u2019ici, si prisée des industriels écossais (Pour faire une histoire cour te, Stanké, 1991).Le jeune Lemelin maîtrise déjà l\u2019anglais, et plutôt que de moisir dans un vieil autobus scolaire converti en roulotte au fond des Chic-Chocs, c\u2019est lui qui traverse l\u2019océan pour aller négocier avec les acheteurs.Si une chose peut être affirmée avec certitude à propos de cet auteur, c\u2019est qu\u2019il refusa le double vœu de pauvreté attendu d\u2019un littérateur canadien-français.Il va devenir un cas dans nos lettres : un écrivain qui réussit en affaires\u2026 Et le symbole est presque trop beau pour être vrai : la première entreprise dont il fera l\u2019acquisition est une fabrique de saucisses.Son ascension dans la bonne société se produit parallèlement à la «nationalisation» de la littérature québécoise, faisant de lui un suspect aux yeux des poètes du pays et des écrivains du peuple qui dominent alors le paysage.Pendant que tout ce qui grouille, grenouille et scribouille embrasse l\u2019indépendantisme et la cause révolutionnaire, le fédéraliste convaincu accède à la classe aisée.Trudeau l\u2019invite à Moscou.Desmarais, r encontré dans un avion, lui offre la direction de la Grosse Presse.Dans une société où l\u2019argent et les gros chars ont toujours été ceux des autres, l\u2019image de grand bourgeois qui s\u2019est alors attachée à sa personne a sans doute nui à sa postérité littéraire, mais pas plus qu\u2019un certain éparpillement et que la raréfaction de cette œuvre populaire pour cause d\u2019affairisme.On ne lui pardonnait pas plus de fumer le cigare avec les big shots qu\u2019on ne pardonnera à Charlebois de se mettre au golf dans les années 1980.Hubert Aquin, qu\u2019il embaucha comme directeur littéraire des Éditions La Presse, puis congédia au bout d\u2019un an sous prétexte (dit la légende) que les affolants frais de déplacement et de représentation qui rebondissaient sur le bureau du boss menaçaient l\u2019entreprise de faillite, l\u2019apostropha en ces termes dans une lettre ouverte où il qualifiait la «future NRF» de Le- melin de «machine anti-québé- coise» : «Vous avez bien démérité de la patrie, monsieur Lemelin, en offrant à Power Corporation, moyennant un gros salaire, d\u2019enrober toute l\u2019opération dans votre style Place Royale.» [«Pourquoi je suis désenchanté du monde merveilleux de Roger Lemelin», Le Devoir, 7 août 1976] C\u2019était plutôt bien envoyé.Mais ça ne manquait pas de sel, venant d\u2019un homme qui s\u2019était lui-même reconnu « écrivain faute d\u2019être banquier», flambeur notoire dont les pulsions effrénées trahissaient les aspirations à la grande vie.En somme, un cassé réglait ses comptes avec celui qui avait réussi, son semblable, son frère.Pour ce qui est du « style Place Royale», j\u2019avoue que lire « Roger Lemelin de l\u2019Académie Goncourt » sur la couverture de mon exemplaire des Plouffe a le don de faire monter à mes lèvres un sourire presque attendri.Il n\u2019est pas évident de trouver, dans la liste « couvert par couver t » des membres présents et passés de l\u2019auguste aréopage, une mention d\u2019un tel répondant canadien.Peut- être qu\u2019en fouillant un peu\u2026 En retrouvant quelques scènes mémorables du film de Carle dans les pages de Leme- lin, j\u2019ai été agréablement surpris par ma relecture, par tous ces mots qui revenaient à la vie sous mes yeux: «\u201cAllez-vous lâcher mon Guillaume, mes maudits grands flancs-mous !\u201d hurla Joséphine qui fit irruption en brandissant un lourd tisonnier.» Vas-y, môman ! LES PLOUFFE Roger Lemelin Les Éditions La Presse Montréal, 1948, 395 pages DANS L\u2019OMBRE DES FILMS Le merveilleux monde des Plouffe ICI RADIO-CANADA Relire Les Plouffe en 2017, c\u2019est se dépouiller de tous les sacro-saints acquis de la Révolution tranquille et replonger dans le mélange d\u2019hébétude ensoutanée et d\u2019innocence heureuse.LA VITRINE HISTOIRE LES RUSSES L\u2019ESPRIT D\u2019UN PEUPLE ?Marc Ferro Tallandier Paris, 2017, 224 pages L\u2019historien français Marc Ferro, 92 ans, spécialiste de la Russie, de l\u2019URSS et de l\u2019histoire du cinéma, se livre ici à une sorte de bilan d\u2019une existence vouée à une exhumation patiente \u2014 et parfois rusée \u2014 des secrets de l\u2019histoire de l\u2019URSS.« Khrouchtchev l\u2019avait bien compris : les historiens sont des gens dangereux, produisant des analyses qu\u2019ils prétendent scientifiques alors que la science est l\u2019apanage du Parti.» Premier historien à avoir eu accès en URSS aux archives du Parti communiste (il en raconte les circonstances), Ferro a été autant le témoin direct du stalinisme que de la perestroïka.Collection d\u2019observations faites sur le vif, récits circonstanciés de ses nombreux voyages, exposé de ses méthodes d\u2019historien, son ouvrage est aussi intéressant que décousu.Mais y trouvera-t-on la clé nous permettant d\u2019accéder à l\u2019esprit du peuple russe ?L\u2019énigme demeure entière.Christian Desmeules RÉCIT ÉPISTOLAIRE LETTRES D\u2019AMÉRIQUE ?1/2 Nathalie Sarraute Gallimard Paris, 2017, 124 pages «Mon cher Chien Loup.Le voyage s\u2019est passé aussi vite psychi- quement (et moins crispé) que Paris-Chérence en dormant [\u2026] Hier soir, ma 1re conférence en anglais devant un public impressionnant et toute l\u2019élite intellectuelle [\u2026] a eu un succès éclatant.» En 1964, Nathalie Sarraute traverse l\u2019Atlantique pour les États- Unis, loin de son mari, Raymond, avocat retenu à Paris.La séparation était chose rare chez eux.Une chance.Elle a fait naître 24 lettres intimes qui, pour une rare fois, dévoilent cette théoricienne majeure de l\u2019écriture romanesque, cette plume singulière, sous un angle inédit.La figure forte du nouveau roman s\u2019y raconte dans l\u2019ordinaire de ses observations du quotidien, de ses réflexions sur le mouvement des droits civiques, sur la guerre du Vietnam avec un style parfois télégraphique et un ton étrangement plaisantin et sarcastique par moments.Femme de lettres, morte en 1999 en laissant derrière elle une œuvre d\u2019envergure (Le Planétarium, L\u2019ère du soupçon\u2026), Nathalie Sarraute s\u2019est toujours promenée dans l\u2019antichambre de la pensée humaine, pour mieux en saisir les oscillations.Ces lettres sont un peu un vestibule apportant un nouvel éclairage sur la sienne.Fabien Deglise N A D I A K O R O M Y S L O V A Le roman d\u2019anticipation de Lionel Shriver Les Mandible serait-il un pamphlet de droite libertarienne à peine camouflé?Le futur qu\u2019il propose semble en ef fet s\u2019abreuver aux craintes d\u2019une droite conservatrice quant à l\u2019influence croissante des Latino-Américains sur la Grande Amérique et quant aux impôts qui écrasent les honnêtes travailleurs alors qu\u2019une élite « techno-bobo » jouit, elle, d\u2019un mode de vie irréaliste.À sa sortie en anglais, l\u2019an dernier, le récit n\u2019a laissé personne indif férent dans un pays en crise et en campagne électorale, même s\u2019il oppose à l\u2019ef fondrement du monde et fait l\u2019éloge naïf du dur labeur, de la famille et de la réduction de la taille de l\u2019État.Nous sommes en 2029, les États-Unis ne peuvent plus rembourser leur dette nationale, le dollar ne vaut plus un kopeck, et l\u2019ordre social est en chute libre.Il ne reste qu\u2019une dizaine d\u2019années aux Américains pour jouir de leur domination économique, de leurs VUS et de leurs maisons monstrueuses.Leur insouciance a un prix : une nouvelle crise économique qui s\u2019apprête à rejouer celle des années 1930.Au centre de la tempête une famille blanche de classe moyenne, les Mandible, est plongée dans une pauvreté digne de celle qui af flige le tiers-monde.Les quatre générations de ce clan familial ordinaire doivent réapprendre à compter les uns sur les autres et à vivre sous le même toit, au cœur d\u2019une société dystopique qui se dévoile dans l\u2019accumulation de ses dérives : à la crise déflationniste et au chaos social qui habitent la première partie du livre succède la reconstruction d\u2019un État-providence 2.0, où la technologie conjuguée au big data enferme les travailleurs dans un quasi-esclavage.Un rêve en morceaux L\u2019écriture de Lionel Shriver est directe, railleuse et arrache morceau par morceau les restes de l\u2019« American way of life », à laquelle s\u2019accrochent désespérément ses personnages, tout en partant en croisade contre le politiquement correct.La romancière multiplie d\u2019ailleurs les coups sur les « régimes sans gluten » et autres névroses de riches devenues insignifiantes alors que la nourriture même commence à manquer.Mais son jupon idéologique dépasse rapidement, au point d\u2019en faire souffrir un récit qui, sans surprise, laisse le salut venir de la famille comme unique socle, alors que tout autour tout fout le camp.Et c\u2019est bien là le problème des Mandible, qui résume une trajectoire familiale à une tranquille accumulation de richesses, et ce, dans un univers, celui de Lionel Shriver, où la lâcheté, le conservatisme et la peur du changement sont justifiés par la peur de tout perdre et par un effondrement qui est perçu comme un simple horizon redouté plutôt que comme une crise dont ils sont en partie responsables.Difficile donc de compatir à leur drame alors qu\u2019ils découvrent la réalité de l\u2019insécurité, de la perte des économies, des pénuries et de la débrouille qui n\u2019est pas une fiction pour une bonne partie de la population mondiale, y compris aux États-Unis, sans grandes compassions eux-mêmes pour ces exclus qui les ont précédés.D\u2019ailleurs, ces habitués à la crise, lorsque convoqués dans le récit, n\u2019occupent que des rôles secondaires teintés d\u2019un racisme ordinaire.Le traitement réservé à son seul personnage noir \u2014 une femme mariée par intérêt au patriarche des Mandible, atteinte de démence et qui finit littéralement tenue en laisse \u2014 confirme surtout que Lionel Shriver n\u2019a pas peur de la provocation pour nous faire avaler n\u2019importe quoi.Dans ce por trait corrosif d\u2019un monde où l\u2019argent cimente les relations humaines et sociales, la perte de valeur des capitaux aurait pu être vue comme un appel d\u2019air.Or Les Mandible n\u2019ose pas ce saut dans l\u2019inconnu et par le fait même perd très vite en intérêt.Le Devoir LES MANDIBLE UNE FAMILLE 2029-2047 ?1/2 Lionel Shriver Traduit de l\u2019anglais par Laurence Richard Belfond Paris, 2017, 528 pages FICTION AMÉRICAINE Le jour où l\u2019Amérique a fait banqueroute Lionel Shriver livre une dystopie familiale sur fond de thèse libertarienne JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019écriture de Lionel Shriver est directe, railleuse et arrache morceau par morceau les restes de l\u2019«American way of life».JACQUES SASSIER AFP Nathalie Sarraute en 1968 LOUIS HAMELIN L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 8 A lors, tous dopés, les sportifs d\u2019élite ?Presque tous, répondent Jean-François Bourg et Jean-Jacques Gouguet dans La société dopée.« Selon des études médicales et des témoignages d\u2019anciens champions ou entraîneurs, une très grande majorité des sportifs se dopent », écrivent les deux économistes du sport.Et ça ne date pas d\u2019hier.Les grands alpinistes des années 1950 carburaient tous aux amphétamines, semble-t-il.Dans les années 1960, le champion cycliste Jacques Anquetil passe aux aveux : « Je me suis tellement piqué que mes cuisses ressemblent à des passoires », dé- clare-t-il, en ajoutant qu\u2019il faut être imbécile pour croire que les performances des athlètes d\u2019élite peuvent être obtenues sans stimulants.Il n\u2019y a donc pas que des fraises qui se consomment actuellement à Wimbledon et du Gatorade au Tour de France.Le dopage sportif n\u2019est pas nouveau, mais il a changé de nature.Plutôt artisanal et sans surveillance jusqu\u2019en 1960, il passe ensuite au stade industriel et devient, pour ainsi dire, la norme à partir des années 1980, étant en phase avec le règne d\u2019une société de marché mondia- lisée obsédée par la performance, la compétition et le dépassement de soi.Problème de société Dans ce contexte, écrivent les deux économistes, le dopage s\u2019avère inévitable et irréductible.Il convient donc de le considérer non pas comme un problème strictement individuel, mais comme un problème de cette « société qui promeut la recherche de la per for- mance maximale » en tous domaines.Afin de l\u2019enrayer, il faudrait en finir avec l\u2019idéologie capitaliste de la compétition et de la performance à tout prix.Mine d\u2019or pour le crime organisé, cet inévitable dopage peut s\u2019expliquer par un calcul coûts-avantages.Les risques d\u2019être démasqué sont faibles et les bénéfices (gagner ou pouvoir « faire le métier », tout simplement), à court terme, sont importants.À long terme, les risques augmentent, comme le montre le cas Lance Armstrong, mais l\u2019effet de « la préférence pour le présent » joue dans la décision de plonger.La théorie des jeux propose une explication dite stratégique.Dans cette logique, on se dope parce qu\u2019on craint que les autres le fassent et en tirent un avantage.Sans rejeter ces explications, Bourg et Gou- guet adhèrent plutôt à la thèse institutionnelle.Dans une société de performance, expliquent- ils, les institutions exercent une pression en ce sens sur les athlètes.Les États protègent les tricheurs (la France a détruit les échantillons prélevés lors de la Coupe du monde de football en 1998, gagnée par son équipe), le règlement intérieur de certaines équipes (US Postal, par exemple, l\u2019équipe cycliste d\u2019Armstrong) impose le dopage, les médecins, censés protéger la santé, collaborent à l\u2019amélioration artificielle des per formances, les médias étouf fent les scandales pour ne pas tuer la poule aux œufs d\u2019or du spectacle sportif et le public choisit les records plutôt que la morale.La lutte antidopage brille, quant à elle, par son inefficacité.Lance Armstrong, faut-il le rappeler, a subi 500 contrôles, tous négatifs.Les tricheurs ont toujours « une longueur d\u2019avance sur les gendarmes de l\u2019antidopage», et le conflit d\u2019intérêts règne, puisque la lutte contre le dopage est menée par les institutions sportives en quête de médailles et de popularité.Cette lutte relève donc de l\u2019hypocrisie pure et fait elle- même partie du spectacle.Révolution des mentalités Devant ces constats, cer tains proposent « une régulation du dopage sous contrôle médical ».Bourg et Gouguet ne croient pas à l\u2019efficacité de ce type de légalisation.Cette solution ne remet pas en cause l\u2019obsession de la performance et ne garantit en rien que médecins et athlètes se plieront à l\u2019objectif de préservation de la santé.De plus, cette régulation équivaudrait à une « incitation généralisée au dopage ».Pour les deux économistes, qui citent souvent des penseurs de gauche comme Jacques Généreux et Jacques Ellul, de même que le philosophe Robert Redeker, la seule solution valable se trouve dans une révolution des mentalités, dans un rejet de la société de croissance et de performance au profit du «convi- vialisme».Contre la démesure et le gaspillage du spectacle sportif, contre son idéologie de la loi du plus fort, il faut choisir, comme le faisait Albert Jacquard dans Halte aux Jeux ! (Stock, 2004), le plaisir du jeu, de l\u2019ef fort et de l\u2019accomplissement de soi dans une « confrontation fraternelle ».C\u2019est la société, dopée à la performance, qui doit changer pour que le sport redevienne un humanisme.Ce n\u2019est pas gagné.LA SOCIÉTÉ DOPÉE PEUT-ON LUTTER CONTRE LE DOPAGE SPORTIF DANS UNE SOCIÉTÉ DE MARCHÉ ?1/2 Jean-François Bourg et Jean-Jacques Gouguet Seuil Paris, 2017, 224 pages L\u2019économie du dopage LOUIS CORNELLIER Deux économistes confirment que l\u2019athlète d\u2019élite n\u2019est rien sans stimulants F A B I E N D E G L I S E S ur la photo, la piscine est bleue, le regard est vague et le nez de la jeune fille est caché derrière un énorme pansement.Depuis l\u2019âge de 12 ans, Lindsey rêvait d\u2019une chirurgie esthétique et surtout d\u2019un nouveau nez.« Depuis mon entrée au secondaire, mon apparence a commencé à me déranger, mon nez était trop proéminent », explique-t-elle dans Generation Wealth (Phaidon) une brique de 500 pages lancée au visage de l\u2019Amérique des riches saisie depuis 25 ans dans l\u2019intimité de son rêve, dans sa culture de l\u2019abondance, du paraître et du bling-bling par la photographe Lauren Greenfield.« Pendant mes années de collège, mes amies ont toutes eu des chirurgies esthétiques », pour se faire refaire le nez, les seins, pour de la liposuccion, poursuit la jeune Californienne immortalisée quelques jours avant les célébrations du 4 juillet, fête nationale aux États-Unis, mais surtout au lendemain de l\u2019opération tant désirée.Le manque de conviction de son sourire n\u2019est toutefois pas à interpréter comme l\u2019expression d\u2019un échec.« J\u2019ai raconté beaucoup d\u2019histoires tristes comme celle de Lindsey » , lance à l\u2019autre bout du fil Lauren Greenfield, jointe par Le Devoir à Cannes en France, quelques jours après le lancement de cet album photographique atypique, pas encore traduit en français, qui sonde, cliché après cliché, la grandeur, la décadence et le désespoir de ces Américains obnubilés par l \u2019argent, et surtout par le pouvoir qu\u2019il confère.« Et cela n\u2019a fait qu\u2019attiser au fil des années mes questionnements sur une société et sur une culture qui semblent se préoccuper davantage de l\u2019apparence des jeunes filles que de leur éducation », ajoute l\u2019Américaine.Vue de l\u2019intérieur, la vie des gens riches et par fois célèbres ne livre pas tout à fait les mêmes images que celles qui ont colonisé l\u2019imaginaire collectif, en passant par les médias, le cinéma ou Instagram, estime Lauren Greenfield en insistant sur le caractère critique bien plus que voyeuriste de son album qui expose des adolescentes dans leur obsession du magasinage, des yachts amarrés à des quais privés, des hommes d\u2019affaires dans le décor chargé et ostentatoire de leur résidence volumineuse et des jeunes mères au foyer bien seules et toutes petites au bord de la démesure de leur piscine intérieure.«Ce n\u2019est pas un livre sur les riches, mais sur le désir de le devenir et sur ce que ce désir est capable de faire naître chez les gens», particulièrement en matière d\u2019égoïsme, d\u2019absurdité, de dysfonction, de contradictions, mais aussi d\u2019exploitation et de violence.De la tyrannie du corps parfait au culte du superficiel, en passant par la sous-culture des rap- peurs, le corps de leurs femmes nageant dans les billets verts, les ascensions fulgurantes et les chutes brutales, Generation Wealth expose les chemins qui, pour mener à la richesse, passent par la tristesse du sexe et l\u2019exploitation, par la violence que l\u2019on s\u2019inflige ou que l\u2019on impose aux autres, dans un tout qui montre le décor d\u2019un rêve américain et surtout son enfer.«Le passage d\u2019une société de production à celle de consommation a complètement changé notre rapport à l\u2019argent et à la richesse, expose la photographe.Dans les années 1980, les valeurs du reaganisme ont cristallisé ce passage en plaçant la richesse au plus haut point de la réussite sociale.Avoir de l\u2019argent, c\u2019était une façon de démontrer que l\u2019on était une bonne personne.Et à l\u2019ère de Donald Trump, ces valeurs ne font que se renforcer.Elles poursuivent leur expansion», tout en continuant à fragiliser un rêve américain, de plus en plus illusoire, selon elle.« Les inégalités sociales aujourd\u2019hui sont encore plus grandes qu\u2019avant, dit la photographe.La mobilité sociale est une illusion.Or, influencés par les médias, par la culture cinématographique, télévisuelle, les Américains continuent à rêver à cette vie inaccessible qu\u2019on leur présente» et qui, à terme, tout en s\u2019exportant un peu partout à travers le monde, à Shanghai, à Dubaï, à Moscou, comme elle a pu le constater en photos, ne peut qu\u2019induire déception, envie et profonde frustration.Dans la piscine avec chute d\u2019eau majestueuse et toboggan géant de leur résidence de Canyon Lake en Californie, Brian, 50 ans, et Scott, son fils de 19 ans, photographiés en 2008, se foutent un peu de tout ça, préférant s\u2019amuser sous le soleil du printemps.Dans le Tennessee, les clients d\u2019une chaîne de vêtements pour la pratique du yoga en font autant en participant à une séance de méditation en groupe, alors que la petite Kailia Deliz, 5 ans, exhibe le paquet de billets qu\u2019elle a récolté dans un concours de mini-Miss.Un peu comme le faisait le quatuor à cordes d\u2019un célèbre navire avant de couler, fait remarquer Lauren Greenfield.Le Devoir GENERATION WEALTH Lauren Greenfield Phaidon New York, 2017, 504 pages ENTREVUE Dans l\u2019enfer du décor Depuis 25 ans, Lauren Greenfield documente en photo la décadence des riches F A B I E N D E G L I S E N\u2019 essayez pas ça à la maison : lire Géopolitique du moustique (Fayard) d\u2019Erik Orsenna un après-midi de juin au cœur de la forêt boréale, dans la réser ve faunique Mastigouche, tient du masochisme, particulièrement cet été où le brûlot, la mouche noire et le maringouin semblent, quand on mesure ça au «grattomètre », avoir trouvé les conditions propices à leur prolifération.Déconcentré par les bourdonnements en nuée, forcé de lâcher sans cesse le livre pour repousser de la main ces fâcheux de petite taille, le lecteur abandonne rapidement l\u2019exercice, même si le sujet est paradoxalement cohérent avec l\u2019environnement direct.Sombre paradoxe.On pourrait en vouloir à l\u2019académicien de ne pas faire mention du Québec dans son livre, de notre boréalité particulièrement riche en parasites volants.Il a préféré le Panama, la Guyane, le Cambodge ou encore le Sénégal pour dresser, avec la complicité de sa blonde, médecin-angiologue de son état, Isabelle de Saint-Aubin, un portrait exhaustif, inquiété et admiratif en même temps, du moustique, dont le génie en matière d\u2019adaptation, s\u2019il laisse des traces persistantes sur nos corps en été, a de quoi inspirer, selon lui.Le secret de la persistance et de la prolifération du moustique tient en effet en peu de chose : il mange de tout, il habite partout, il se reproduit frénétiquement, il se plaît en société et il cultive la diversité, écrit l\u2019homme de lettres avec ce même ton taquin qu\u2019il a exploité pour raconter par le passé le papier ou l\u2019eau, ces précédents précis de mondialisation par les choses.Et ce guide de sur vie du moustique devrait être suivi à la lettre par l\u2019espèce humaine.« Quand la dynamique de l\u2019espèce l\u2019emporte sur la revendication de l\u2019individu, il y a gros à parier que la vitalité générale y gagne.» Il y a de l\u2019admiration dans l\u2019air, mais aussi des craintes exprimées face à ces insectes, même si sur les «3564 espèces de moustiques, il n\u2019y en a que 300 qui piquent ! » pré- cise-t-il.L\u2019insignifiance de leur taille ne doit pas nous empêcher de les prendre très au sérieux : le moustique est une espèce tueuse responsable de 750 000 mor ts chaque année par l\u2019entremise des maladies qu\u2019il transporte et propage.La dengue, le Zika, le paludisme, le chikungunya en font partie, laissant du coup le romancier- reporter admiratif, cette fois, face à ces quelques scientifiques qu\u2019il a rencontrés en chemin, ceux qui bossent en ce moment sur les façons de nous protéger du fléau ou d\u2019en réduire l\u2019impact sur nos vies.Car, rappelle-t-il, il faut craindre le moustique, bien plus que le serpent, le crocodile ou le requin qui entraînent bien moins d\u2019humains dans la mort.À l\u2019échelle des préjugés, les moustiques ébranlent donc les certitudes, constate d\u2019ailleurs Erik Or- senna qui rappelle que ce vampire est « le double de l\u2019homme, son parfait imitateur ».Il a suivi chacune des évolutions majeures de la planète, il s\u2019est aussi mondialisé, en se foutant des frontières imaginées par les hommes, autant entre les pays, qu\u2019entre la modernité et la nature.Et en prendre conscience, finalement, est une belle façon de rester humble, selon lui, mais aussi, sans cesse émer veillé, y compris face à toutes ces petites choses qui parfois nous irritent.Le Devoir GÉOPOLITIQUE DU MOUSTIQUE ?1/2 Erik Orsenna Fayard Paris, 2017, 280 pages ESSAI Le moustique, ce grand incompris Erik Orsenna dresse le portrait exhaustif d\u2019un parasite aussi inquiétant qu\u2019inspirant TANG CHHIN SOTHY AGENCE FRANCE-PRESSE Une jeune femme s\u2019est fait dessiner un moustique sur la joue dans le cadre d\u2019une campagne de lutte contre la dengue à Phnom Penh au Cambodge.PHOTOS LAUREN GREENFIELD/PHAIDON Dans son livre Generation Wealth, la photographe Lauren Greenfield a immortalisé le visage de riches Américains.Ci-dessus, Lindsey à la suite de sa chirurgie esthétique du nez.Ilona, femme au foyer, semble bien seule et toute petite au bord de sa piscine intérieure (à gauche).Heure de l\u2019apéro pour Suzanne, 40 ans, et son mari banquier de 62 ans.Xue Qiwen dans son appartement de Shanghai «Ce n\u2019est pas un livre sur les riches, mais sur le désir de le devenir et sur ce que ce désir est capable de faire naître chez les gens» "]
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