Le devoir, 22 juillet 2017, Cahier E
[" Hamlet-Machine ou le discours artistique à l\u2019ère du rendement Page E 3 La comédie humaine bien informée de l\u2019auteur Jay McInerney Page E 7 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 P H I L I P P E R E N A U D A ffaiblie par presque deux décennies de décroissance de ses revenus, l\u2019industrie de la musique rêve à son nouveau sauveur.Qui ça ?La blockchain (ou « chaîne de blocs » en français, un terme peu utilisé ici, voire pas), une technologie pratiquement inviolable qui promet une juste rétribution des droits d\u2019auteur et d\u2019interprète en répertoriant toute action ou transaction associée à une œuvre numérisée.Un jour, elle permettra même de suivre chaque sou versé, de la poche du consommateur directement à celle de l\u2019ayant droit, sans intermédiaires.Précisément ce dont cette industrie qui répartit mal ses profits a besoin.Mais il y a quelques hics, dont celui-ci : son application, au- jourd\u2019hui, en 2017, provoquerait une catastrophe environnementale.Depuis deux ans, la blockchain est sur toutes les lèvres des acteurs de l\u2019industrie de la musique ; la technologie faisait d\u2019ailleurs l\u2019objet d\u2019un panel lors du MIDEM (Marché international de l\u2019édition musicale) à Cannes en juin dernier.Or, si en théorie son application peut régler moult problèmes qui plombent le fonctionnement de cette industrie, en pratique, les obstacles à sa mise en application sont colossaux.«C\u2019est clair qu\u2019on se retrouve en face d\u2019un gigantesque chantier», estime Jean-Robert Bisaillon, exper t de l\u2019enjeu des métadonnées musicales \u2014 enjeu qui traîne depuis 15 ans et qui devra être résolu avant d\u2019adopter la block- chain \u2014 et président de TGiT, qui suit de près le développement de la technologie.« Régulièrement, dans les industries culturelles, apparaît un nouveau concept qui ser t de parade à la rupture de ses modèles économiques », un concept promettant un monde meilleur à coups de slogans alléchants : plus grande transparence dans le fonctionnement de cette industrie, uniformité et partage des bases de données, automatisation des compensations aux ayants droit, alouette\u2026 Or, en avril dernier, le rêve d\u2019une industrie plus efficace et transparente s\u2019est approché un peu plus de la réalité lorsque fut dévoilée une alliance entre IBM et trois grandes sociétés de perception de droits d\u2019auteurs \u2014 la SACEM française, l\u2019ASCAP américaine et la PRM britannique \u2014 pour explorer la piste de la block- chain.Quelques initiatives avaient déjà été concrètement menées, l\u2019artiste Imogen Heap a par exemple commercialisé une chanson avec la blockchain, et des start-ups musicales investissent déjà le domaine, comme dotblockchain- music.com, appuyée par la SOCAN canadienne, pour ne nommer qu\u2019elles.Ces initiatives demeurent encore modestes ; le consor tium épaulé par IBM marque une première expérience à plus grande échelle.D O M I N I C T A R D I F L a phrase a désormais presque quelque chose de tautologique, tant elle a été répétée et répétée et répétée: les Québécois aiment rire.Ils rigolent d\u2019ailleurs beaucoup ces jours-ci, grâce entre autres au Festival Juste pour rire, et à De père en flic 2, qui triomphe au box-office.Quelle autre contrée s\u2019offre périodiquement le luxe d\u2019un débat national sur la quantité d\u2019humoristes \u2014 trop ?Juste assez ?Pas la bonne sorte?\u2014 peuplant son monde médiatico-culturel.Raconter l\u2019histoire de la littérature anglaise sans évoquer la place majeure qu\u2019y occupe le roman comique apparaît aussi farfelu que de raconter l\u2019histoire de l\u2019humour québécois en omettant Yvon Des- champs.Tom Sharpe, Evelyn Waugh, P.G.Wodehouse, Terr y Pratchett ou Douglas Adams logent tous au panthéon des lettres anglaises grâce à leurs romans comiques.Autrement dit : rire un livre à la main, chez les Anglais, c\u2019est pas des farces.Au Québec, les exemples de fictions littéraires grâce auxquelles vous glousserez se font nettement plus rares.Parmi les listes de finalistes au plus récent Prix des libraires du Québec ou au Prix des collégiens, le regard parfois caustique sur l\u2019absurdité de l\u2019existence d\u2019Autour d\u2019elle de Sophie Bienvenu, le sarcasme salvateur des Maisons de Fanny Britt, ou le style suranné de David Turgeon dans Le continent de plastique vous arracheront sans doute un sourire.Mais au point de réellement émettre un rire sonore?Vous devrez, si c\u2019est votre objectif, vous tourner vers des œuvres fortes, mais moins universellement célébrées, et goûter les satires d\u2019un quotidien morne de Simon Paquet (Une vie inutile, Héliotrope), les contrepèteries de Maurice Soudeyns ou l\u2019ironie mordante de François Barcelo.La genèse du genre romanesque est pourtant indissociable de l\u2019humour, rappelle Georges Desmeules, professeur et spécialiste des relations entre humour et littérature, en évoquant Rabelais et le Don Quichotte de Cervantès.«Milan Kundera dit dans L\u2019art du roman que le roman est inventé en même temps que l\u2019humour», signale-t-il d\u2019emblée.Alors, qu\u2019en est-il de nos écrivains?Pourquoi le roman proprement comique a-t-il si peu fait florès en Amérique francophone ?Première hypothèse.«Les origines de notre littérature ne sont évidemment pas que françaises, mais on a eu historiquement tendance à camoufler nos origines anglo-saxonnes, note monsieur Desmeules.L\u2019humour romanesque étant d\u2019abord anglo-saxon, il est possible qu\u2019on n\u2019ait pas voulu assumer pleinement dans notre littérature cet apport anglo-saxon et qu\u2019on ait préféré le biffer.» Littérature divertissante pour intellos Michael Bay est largement reconnu par la critique comme un des réalisateurs les plus grossièrement grandiloquents de notre époque.Dans Des explosions, premier roman de Mathieu Poulin paru en 2015 aux Éditions de Ta Mère, Michael Bay est pourtant dépeint en génie incompris, et sa comédie policière Bad Boys décrite comme un authentique brûlot sur la décolonisation.Lire sans rire Au Québec, l\u2019humour triomphe sur scène, au cinéma, à la télévision, mais rarement dans la littérature.Pourquoi donc ?ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «La blockchain représente un changement de paradigme en matière de gouvernance des sociétés, non pas une nouvelle bébelle qui va aider les industries culturelles», dit Jean-Robert Bisaillon.CHRISTIAN TIFFET VOIR PAGE E 6 : RIRE blockchain La à la rescousse de l\u2019industrie musicale Si elle s\u2019avère, la révolution sera décentralisée\u2026 ou ne sera pas VOIR PAGE E 2 : BLOCKCHAIN « Nous avons choisi une voie plus pragmatique, explique Xavier Costaz, directeur de projets et de l\u2019innovation à la SA- CEM.On s\u2019est demandé ce que concrètement on pouvait faire avec la blockchain, et comment rapidement créer de la valeur grâce à elle.On a voulu tester deux choses : d\u2019abord, expérimenter avec la technologie, simplement parce que tout le monde en parlait et qu\u2019on ne voyait pas quoi en faire.Ensuite, investir pour vrai dans un sujet qui nous préoccupe, l\u2019interaction entre les codes ISRC [codes internationaux pour les enregistrements musicaux] et ISWC [codes internationaux pour les œuvres musicales] ».Pour traduire en français simple, il s\u2019agit ici de mettre en commun et d\u2019unifier deux bases de données pour simplifier la gestion des droits d\u2019auteur, ce qui constituera déjà un grand pas en avant pour l\u2019industrie.Mécanique générale La blockchain est arrivée avec la plus connue des monnaies virtuelles, le bitcoin.Essentiellement, il s\u2019agit d\u2019un registre, une base de données, indissociable d\u2019un fichier \u2014 la devise bitcoin, ou encore une chanson numérisée dans le cas qui nous intéresse.«En fait, on peut adjoindre n\u2019importe quelle information dans ce registre », note Bisaillon: ce sont ce qu\u2019on appelle les «blocks».Ce qui fait tant rêver dans cette technologie, c\u2019est que «la base de données identifiant le fichier en circulation est distribuée plutôt que centralisée, explique Bisaillon.Donc, il existera plusieurs exemplaires d\u2019un même fichier, à plusieurs endroits dif férents \u2014 un peu comme pour les téléchargements peer to peer [poste-à-poste] pour la musique ou les films.Seulement, pour modifier ce fichier distribué, il faut l\u2019autorisation de tous les acteurs y ayant accès.Cela certifie que la modification qu\u2019on lui appor te, son changement de statut, est consen- suelle.» Ça, c\u2019est la «chain».En clair, toute transaction ef fectuée dans la blockchain est transparente, parce que colligée dans le registre distribué, et de facto plus sécuritaire : si quelqu\u2019un voulait compromettre l\u2019intégrité d\u2019un fichier de la blockchain, il lui faudrait modifier tous les fichiers de cette base de données décentralisée en même temps, ce qui nécessiterait du temps et des ressources technologiques considérables.Selon Geoffroi Garon-Épaule, entrepreneur, doctorant et chercheur en design communau- tique au Laboratoire de commu- nautique appliquée de l\u2019UQAM, « la blockchain a trois grandes utilités : d\u2019abord la dimension transactionnelle, qu\u2019elle rend plus ef ficace.Ensuite, sur la dimension du registre, du répertoire, en permettant de stocker, de noter et de protéger de l\u2019information.Puis, éventuellement, par l\u2019automatisation en ligne de certaines tâches», la facturation, pour utiliser un exemple facile, grâce à ce que l\u2019on désigne comme les «contrats intelligents».«Cela permet au créateur de reprendre le contrôle sur son œuvre, abonde le chercheur.On touche donc beaucoup aux droits d\u2019auteur.[L\u2019ayant droit] pourrait choisir comment est réparti l\u2019argent, ça change le rapport de force.» Le chantier Garon-Épaule rappelle alors le mot de Jerry Cuomo, vice- président du développement blockchain chez IBM: «Tous les directeurs généraux veulent connaître la blockchain parce que c\u2019est à la fois une opportunité et une menace à leur entreprise.» «Il y a encore beaucoup d\u2019hypothétique, de théorie, dans la blockchain, dit Garon-Épaule.On ne parle même plus d\u2019une technologie disruptive \u2014 comme l\u2019arrivée de l\u2019iPhone venant bouleverser le marché du téléphone por table \u2014, mais bien d\u2019un changement fondamental de la structure d\u2019Internet» qui repose non pas sur un lien client-ser- veur, mais bien sur un réseau décentralisé, où le client peut aussi être un serveur.«Même l\u2019inventeur du Web, Tim Berners- Lee, voit dans la blockchain la possibilité de libérer l\u2019Internet, de l\u2019ouvrir.Ce sera l\u2019Internet 2.0», croit Garon-Épaule.«La solution [qu\u2019apporte la blockchain], c\u2019est une mécanique permettant d\u2019établir la confiance, la transparence et l\u2019autorité sans faire appel à un tiers de confiance \u2014 c\u2019est-à-dire une institution financière, un comptable, un notaire, une maison de disques, etc., extrapole Bisaillon.La vérité, l\u2019authenticité, ne serait plus établie de manière centralisée, mais par un ensemble.La blockchain représente un changement de paradigme en matière de gouvernance des sociétés, non pas une nouvelle bébelle qui va aider les industries culturelles.» Mais ce n\u2019est pas demain la veille.«L\u2019un des problèmes de la blockchain, c\u2019est qu\u2019elle effectue ses actions assez lentement, à raison d\u2019environ sept transactions à la seconde», souligne Xavier Costaz.En comparaison, une entreprise de crédit, Visa ou MasterCard par exemple, peut traiter plus de cinq mille transactions à la seconde.Un autre problème est plus terre à terre : «Pour que ce consensus distribué s\u2019opère, ça nécessitera beaucoup de ressources, beaucoup d\u2019ordinateurs qui travaillent, qui digèrent des algorithmes pour fixer de façon stable et irrévocable les informations relatives au créateur [d\u2019un fichier], pour les quelque 62 millions de chansons aujourd\u2019hui numérisées», illustre Bisaillon.Ce qui représente un besoin énergétique irréaliste, démesuré.«Nombreux sont ceux qui tripent sur l\u2019idée de la block- chain, mais pas mal moins sur l\u2019apport énergétique nécessaire pour faire fonctionner son infrastructure.Comme avec toute innovation liée aux technologies de l\u2019information, on ne se rend pas compte de l\u2019impact que ça a sur le plan écologique.» Bref, ce n\u2019est que le début de l\u2019ère de la blockchain.«On fait des tests, on verra l\u2019utilité que ça aura, avance Xavier Costaz.Pour l\u2019instant, je pense qu\u2019il y a une possibilité que ça facilite l\u2019échange d\u2019informations, et du coup que ça améliore la qualité des répar titions, diminue les coûts et améliore la transparence.Mais pour moi, la block- chain ne va pas tout résoudre.Ce n\u2019est, après tout, qu\u2019une base de données décentralisée; après, derrière, il y a d\u2019autres technologies qui nous intéressent, le big data, l\u2019intelligence artificielle.Ce n\u2019est pas la blockchain toute seule qui va sauver notre industrie, mais la convergence de dif férentes technologies.» Collaborateur Le Devoir CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 E 2 www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec « Tout est musique.Un tableau, un paysage, un livre, un voyage\u2026» Après le Festival de Lanaudière, la musique à Tanglewood et Marlboro, les 28 et 29 octobre, prenez les couleurs de l\u2019automne avec le VERMONT MOZART FESTIVAL Détail du voyage sur demande - Prix spécial jusqu\u2019au 25 juillet C H R I S T O P H E H U S S I l n\u2019arrête pas de se passer des choses à Ottawa, la ville la plus foisonnante en musique classique l\u2019été, à juste deux heures de Montréal.Le 24e Festival de musique de chambre débute en fin de semaine avec la venue du pianiste anglais Stephen Hough.À peine digérés les 70 concerts de Musique et autres mondes, les mélomanes d\u2019Ottawa se lancent dans de nouvelles festivités cham- bristes avec l\u2019Ottawa Chamberfest.Moins naturellement ancré dans les mœurs que l\u2019Estrie, Charlevoix ou Lanaudière, l\u2019Outaouais pourrait bien devenir une destination naturelle des mélomanes festivaliers de la métropole.La présence du Festival de musique de chambre d\u2019Ottawa la dernière semaine de juillet et la première d\u2019août est ancrée depuis ses débuts, comme nous l\u2019explique Roman Borys, directeur artistique de la manifestation depuis 2008.« Nous nous inscrivons dans une offre globale de festivals à Ottawa, un réseau qui collabore étroitement.» En tant que violoncelliste du Trio Gr yphon, Bor ys s\u2019est signalé par son ouverture à un large répertoire.Il applique la recette dans son festival : « Il est impor tant que nous puissions toucher au maximum de nouveaux auditeurs, tout en satisfaisant les amateurs.Nous célébrons donc, si j\u2019ose dire, \u201cl\u2019art du petit ensemble\u201d dans divers types de formations.» Musique tous azimuts Même si la « musique classique occidentale reste le cœur du festival », l\u2019Ottawa Chamber- fest surprend avec des propositions qui sortent vraiment de l\u2019ordinaire.On trouve ces concerts régulièrement à 22 h : violoncelle et musique électronique avec danseur de cerceaux, programme de musiques syriennes, chansons composées à bord d\u2019un brise-glace russe, compositions classiques à la sauce jazz.« C\u2019était une tradition du festival de se prolonger tard, habituellement avec du jazz ou une atmosphère cabaret.Nous voulions ouvrir les portes à un public plus jeune, pour qu\u2019il explore et s\u2019intéresse à ce qui se passe chez nous », nous dit Roman Borys.« En pratique, nous avons des concerts tardifs de plus en plus profilés, gérés exclusivement par les jeunes membres de notre équipe pour attirer un public de 18 à 35 ans.Donner la mission, à travers des séries dédiées et des outils de communication dif férents, de toucher un nouveau public, c\u2019est aussi encourager aussi les administrateurs artistiques de demain.» Le Festival est l\u2019un des trois piliers de la Société de musique de chambre d\u2019Ottawa, institution de huit employés permanents.Celle-ci mène par ailleurs une saison annuelle de dix concerts dans la capitale nationale.Le Devoir peut vous annoncer en primeur \u2014 car c\u2019est encore un secret \u2014 que la prochaine saison s\u2019ouvrira, le 23 octobre, avec le mythique pianiste hongrois András Schiff (billets en vente à partir du 27 juillet).Le troisième pilier de la Société de musique de chambre est éducationnel, la Société essayant même par fois d\u2019amener les ar tistes qu\u2019elle invite auprès des enfants : « Il est intéressant de voir à quel point on reconnaît désormais l\u2019impact tangible de la créativité et de l\u2019innovation, donc de l\u2019art, dans le développement.Un pays n\u2019a pas intérêt qu\u2019à couper du bois et à pomper du pétrole : il faut nourrir et stimuler la créativité.Et les organisations qui font cela auprès des enfants ont une grande importance.» Travaux pratiques Le Festival, qui se tiendra jusqu\u2019au 4 août, s\u2019ouvre ce samedi par la coprésentation, au Centre national des arts, du premier concert de la tournée pancanadienne de l\u2019Orchestre national des jeunes du Canada, dirigé par Jonathan Darling- ton.Les mêmes seront d\u2019ailleurs à la Maison symphonique de Montréal dimanche soir.Vu sous le prisme des diverses activités de la Société de musique de chambre, le festival apparaît comme des travaux pratiques des diverses ambitions de Roman Borys et de ses troupes.Cette première fin de semaine illustre d\u2019ailleurs à merveille les priorités de la Société de musique de chambre, avec concerts gratuits à l\u2019extérieur du Musée des beaux-arts, prestations de jeunes musiciens tout au long du samedi après-midi, opéra contemporain pour neuf chanteurs à bicyclette dans une usine de textile et prestations de musiciens des quatre coins du monde.Stephen Hough, l\u2019invité vedette en ouverture de festival, se produira dimanche soir à l\u2019église unie Dominion-Chalmers et jouera notamment les deux livres d\u2019Images de Debussy, la Fantaisie opus 17 de Schumann et la Sonate Appassionata de Beethoven, un programme parfait pour un artiste précieux que l\u2019on a entendu en récital pour la dernière fois à Montréal en décembre 2012.Nous avions alors vu en lui « un pianiste prodiguant un son quasi orchestral et un artiste doublé d\u2019un grand penseur, un interprète dans le plus noble sens du terme, un voyageur à l\u2019imaginaire infini ».Dès mardi, l\u2019autre grande visite de cette édition 2017 de l\u2019Ottawa Chamberfest : la venue du Quatuor Miro au même endroit, dans le redoutable Quatuor opus 131 de Beethoven.Les autres visites majeures seront celles du Trinity Choir de Cambridge (le 28 juillet), et d\u2019un ensemble vocal moins connu mais non moins éminent, Cinquecento, le 31 juillet.Le festival se conclura sur une réinvention, par Andrew Burashko et son ensemble Art of Time, de l\u2019album des Beatles Sgt.Pepper\u2019s Lonely Hearts Club Band ! Autant, donc, jeter un coup d\u2019œil au site Internet : la foisonnante programmation est vraiment imprévisible ! Le Devoir FESTIVAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE D\u2019OTTAWA Du 22 juillet au 4 août.L\u2019Outaouais, nouvelle destination naturelle des mélomanes L\u2019Ottawa Chamberfest marque un grand coup avec Stephen Hough en ouverture SUITE DE LA PAGE E 1 BLOCKCHAIN AGENCE MKI L\u2019autre grande visite de cette édition 2017 de l\u2019Ottawa Chamberfest est la venue du Quatuor Miro à l\u2019église unie Dominion-Chalmers.Stephen Hough Même l\u2019inventeur du Web, Tim Berners-Lee, voit dans la blockchain la possibilité de libérer l\u2019Internet, de l\u2019ouvrir.Ce sera l\u2019Internet 2.0.Geoffroi Garon-Épaule, entrepreneur, doctorant et chercheur « » CULTURE > THÉÂTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 E 3 M A R I E L A B R E C Q U E V oilà un antidote, radical, à la légèreté coutumière de la scène théâtrale estivale.L\u2019œuvre marquante d\u2019Heiner Müller n\u2019a pas été montée à Montréal, sauf erreur, depuis la version qu\u2019en a tirée Brigitte Haentjens en 2001.Le comédien, metteur en scène et dramaturge Jocelyn Pelletier, lui, est obsédé depuis longtemps par ce Hamlet-Machine qu\u2019il explore dans le cadre du ZH Festival.« L\u2019écriture d\u2019Heiner Müller est complexe et assez intellectuelle, mais j\u2019ai toujours trouvé que ses textes devenaient très vibrants grâce à leurs images, à leur poésie», explique le cocréa- teur de Disparaître ici, présenté au théâtre La Chapelle en 2015.Une « vibration émotive profonde» qu\u2019il éprouve en lisant ces œuvres mythiques, mais qui lui paraît toutefois difficile à rendre sur scène.C\u2019est par une approche visuelle que lui-même va tenter de mettre en relief les images de ce texte très éclaté.Écrite en 1977, dans une Europe toujours divisée en deux blocs idéologiques, cette réécriture de la tragédie de Shakespeare comptait 250 pages dans son manuscrit originel, avant que Müller ne la réduise à\u2026 9.C\u2019est dire l\u2019incroyable densité de cette pièce qui comporte de nombreuses couches, superposant la trame de Hamlet, des allusions à la vie personnelle du dramaturge est-allemand, des références à d\u2019autres personnages shakespeariens, ainsi qu\u2019à la tragédie grecque, à la chute du communisme, « aux dangers du capitalisme et de l\u2019individualisme montant»\u2026 Jocelyn Pelletier a pu com- ter sur l\u2019aide du spécialiste Stéphane Lépine pour le travail dramaturgique.Car si Hamlet-Machine laisse une énorme latitude à celui qui la met en scène, la pièce oblige aussi à se poser d\u2019innombrables questions.« Chaque mot est là pour quelque chose.» L\u2019erreur, a prévenu Lépine, serait de monter de manière littérale cet assor timent de fragments.Le metteur en scène s\u2019est donc accordé la liber té d\u2019y intégrer d\u2019autres textes, tel un petit conte tiré d\u2019une réécriture du Roi Lear par Edward Bond, ou même des extraits de discours d\u2019un politicien québécois.« J\u2019essaie de faire résonner les enjeux profonds de ce texte, sans pourtant les souligner.C\u2019est plus des impressions.» Le noir texte évoque le désabusement quant aux idéologies, l\u2019impuissance de l\u2019intellectuel et remet en question l\u2019idée même de fiction traditionnelle.Actuellement, le créateur y voit surtout l\u2019illustration du «discours inopérant de l\u2019artiste dans le système économique, dans la société.C\u2019est comme si nos connaissances culturelles et historiques n\u2019étaient pas opérantes de nos jours.Et c\u2019est très frustrant».En effet, quel intérêt ont les idées, les mots dans une vision capitaliste qui repose sur une mécanique de rentabilité ?« Les gens veulent du rendement.Et ça en devient dif fi- cile, même, de les inviter au théâtre, parce que le théâtre n\u2019est pas vu comme étant ef fi- cace.» D\u2019où la question : le coût qu\u2019il faut investir dans cette sortie en vaut-il la peine ?« On est vraiment dans un monde d\u2019ef ficacité.Et ce qui est ef farant avec Heiner Mül- ler, c\u2019est qu\u2019il parle déjà de ça.» Ce Hamlet qui se décrit comme une machine, dépourvu de douleur et de pensée, renvoie notamment à notre statut de consommateurs.Cette parole résonne très fortement pour le metteur en scène et ses huit jeunes comédiens (Virginie M.Lapor te, Élisabeth Smith, Claudia Chil- lis-Rivard, Nadine Desjardins, Patrice Ducharme-Caston- guay, Jules Ronfard, Félix-An- toine Cantin et Rosemarie Sa- bor).Le premier a hâte de voir comment les spectateurs vont recevoir sa proposition, qui établit un « rapport très direct avec le public ».Une expérience sensorielle Formé au Conser vatoire d\u2019ar t dramatique de Québec en 2005, Jocelyn Pelletier a multiplié durant une décennie les projets dans la Vieille Capitale, où il a entre autres monté ses propres textes La Mélodie entre la vie et la mort et Entre vous et moi, il n\u2019y a qu\u2019un mur, à Premier Acte.Puis le créateur a eu envie d\u2019approfondir le métier de metteur en scène : il terminera sa formation à l\u2019École nationale de théâtre en décembre prochain.Ses spectacles se rapprochent généralement d\u2019une «expérience sensorielle », dit-il.Sa démarche dans Hamlet- Machine relève un peu de la per formance en ar ts plastiques.La scénographie de Marie-Eve Fortier of fre ainsi une vision « assez troublante », mais dont le metteur en scène préfère garder la surprise.Disons tout de même qu\u2019elle s\u2019inspire d\u2019une expérience conduite dans son projet-labo- ratoire Okok, il y a deux ans.L\u2019éclairagiste Martin Sirois et lui avaient profité de la plate- forme d\u2019essai du ZH Festival \u2014 alors baptisé Zone Homa \u2014 pour jouer avec de la cire sur des projecteurs\u2026 Quarante années \u2014 exactement \u2014 après sa rédaction, la pièce de Müller elle-même crée-t-elle encore un choc ?Jocelyn Pelletier croit que oui.« Il y a là des paragraphes d\u2019une force et d\u2019une beauté incroyables.Le texte est encore très pertinent et il va l\u2019être assez longtemps parce qu\u2019il dresse un constat de la per te de l\u2019humanisme.Je pense que c\u2019est bien d\u2019essayer de revenir à notre essence humaine et à son sens, pendant qu\u2019on le peut encore\u2026 » Collaboratrice Le Devoir HAMLET-MACHINE Texte: Heiner Müller.Mise en scène: Jocelyn Pelletier.Le 27 juillet, à Espace libre.ZH FESTIVAL Le discours artistique à l\u2019ère du rendement Le metteur en scène Jocelyn Pelletier prend la mesure des multiples couches de Hamlet-Machine ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Formé au Conservatoire d\u2019art dramatique de Québec en 2005, Jocelyn Pelletier a multiplié durant une décennie les projets dans la Vieille Capitale.Le texte [d\u2019Heiner Müller] est encore très pertinent et il va l\u2019être assez longtemps parce qu\u2019il dresse un constat de la perte de l\u2019humanisme Jocelyn Pelletier à propos de Hamlet-Machine « » CULTURE > CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 E 4 FESTIVALOPERAQUEBEC.COM LOUIS RIEL / HARRY SOMERS DON GIOVANNI / MOZART / STUDIO D\u2019OPÉRA GALA D\u2019OPÉRA SOUS LES ÉTOILES ANTHONY ROTH COSTANZO ET LES VIOLONS DU ROY SHAKESPEARE À L\u2019OPÉRA LA BRIGADE LYRIQUE MASCARADE À VENISE / OPÉRA JEUNESSE QUARTOM / ACTE III VIENNOISERIES MUSICALES BILLETECH.COM 1 877 643-8131 O r a n g e m é c a n i q u e .© W a r n e r B r o s .TROIS SÉANCES PAR JOUR | | DE CITIZEN KANE JUSQU\u2019À FORCE MAJEURE Info et billets theatreoutremont.ca 514 495-9944, poste 1 LES FILMS DE MA VIE VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES (V.F.DE VALERIAN AND THE CITY OF A THOUSAND PLANETS) ?F A B I E N D E G L I S E Des emprunts, un vague esprit, quelques formes, oui! Mais la comparaison du film Va- lérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson avec l\u2019album de bande dessinée L\u2019ambassadeur des Ombres (Dar- gaud), tome VI de la série de science-fiction Valérian et Lau- reline, mise au monde en 1967 par Pierre Christin et Jean- Claude Mézières, auquel le film cherche à se coller, ne pourrait certainement pas aller plus loin.De cette aventure singulière et politiquement chargée, tout comme de l\u2019œuvre majeure du 9e art qu\u2019elle nourrit en 23 volumes, le réalisateur du Cinquième élément et du Grand Bleu ne tire finalement qu\u2019un récit d\u2019action terriblement générique, aux effets spéciaux impressionnants, certes, mais un récit qui reste sur la sur face naïve et prévisible des choses.Oubliez donc la réflexion sur le droit à l\u2019autodétermination des peuples, sur l\u2019indépendance, sur l\u2019insoumission, sur l\u2019illusion des instances internationales et sur le pacifisme portée par l\u2019aventure dessinée.Sur grand écran, Valérian et Laureline deviennent surtout le prétexte à une énième mise en victime d\u2019une gentille tribu d\u2019oisifs en harmonie avec la nature par les méchants intérêts supérieurs de la guerre et des pouvoirs qu\u2019ils protègent.Leur résistance va passer par l\u2019enlèvement d\u2019un « commander » responsable de son propre malheur pour avoir sacrifié la beauté d\u2019un monde dans son passé.Dans leur quête pour retrouver le bonhomme, les deux héros, agents spatio-temporels en mission permanente dans l\u2019espace et le temps et cultivant une histoire d\u2019amour, vont découvrir le pot aux roses.Dès les premières minutes du film, l\u2019Avatar de James Cameron vient bien plus à l\u2019esprit que la «planète sans nom» et le «peuple des ombres» du chapitre VI de la série de Mézières et Christin.Bien sûr, il y a des clins d\u2019œil sympathiques.La présence du trio de Shingouz, ces drôles d\u2019espions informateurs, la collecte par Laureline d\u2019une méduse géante sur le dos d\u2019un Groubos pour « voir » où se trouve Valérian \u2014 scène sublime mettant en scène un Alain Chabat qui l\u2019est tout autant \u2014, le polymorphisme des Suffuss, incarné à l\u2019écran par une Rihanna envoûtante, en font partie.Mais le réalisateur marche surtout en grande liberté sur les territoires narratifs défrichés et circonscrits par le duo de bédéistes, dont on perd la critique sociale, la philosophie des Lumières, inhérente à l\u2019œuvre, tout comme les déplacements dans le temps \u2014 une part pourtant importante de la série \u2014, ou encore le féminisme fortement affiché par Laureline, héroïne à l\u2019avant- garde dans sa version dessinée, et qui s\u2019af firme de manière sur tout caricaturale dans des fragments de dialogues entre elle et son compagnon de quête.Il faut donc excuser beaucoup de libertés pour s\u2019abandonner à cette transposition qui confirme que, pour exister au cinéma, une œuvre en bande dessinée doit sur tout réussir à devenir autre chose.Et c\u2019est cette dilution, cette perte de signal sur la tableau de bord de l\u2019adapation, que Luc Besson rend finalement la plus convaincante.Le Devoir Un Valérian vaguement dans les formes L\u2019adaptation du cinéaste français reste surtout à la surface naïve des choses VALÉRIAN, DE LA CASE À L\u2019ÉCRAN PHOTOS DARGAUD ET FILMS SÉVILLE Alors, ce Valérian de chair et de pixels, il passe la rampe?Le Devoir s\u2019est prêté à une critique croisée soumettant l\u2019adaptation au jugement avisé de Manon Dumais et Fabien Deglise, la première pour son œil cinématographique, le second pour son expertise en littérature.Verdict ! VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES (V.F.DE VALERIAN AND THE CITY OF A THOUSAND PLANETS) ?1/2 Science-fiction de Luc Besson.Avec Dane DeHaan, Cara Dele- vingne, Clive Owen, Sasha Luss, Ethan Hawke.France\u2013États- Unis, 2017, 137 minutes.M A N O N D U M A I S Luc Besson rêvait depuis vingt ans de transposer au grand écran l\u2019univers des bé- déistes Christin et Mézières.Ayant jeté son dévolu sur l\u2019album L\u2019ambassadeur des Ombres (Dargaud, 1975), le réalisateur du Cinquième élément en a extirpé toute la substance socialiste et féministe pour n\u2019en garder qu\u2019un récit aux vagues accents écologiques sur fond de féroce colonisation, lequel n\u2019est pas sans rappeler Avatar.Il est difficile de ne pas penser au film de James Cameron lorsqu\u2019on découvre l\u2019existence idyllique de la princesse Lïhio- Minaa (Sasha Luss) et les siens, gracieuses créatures opalescentes vivant en harmonie avec la nature sur leur planète qui sera bientôt détruite.Les clins d\u2019œil aux canons de la science-fiction sont par ailleurs légion dans cet opulent space opera.À la défense de Besson, les aventures spatio- temporelles de Valérian et Lau- reline ont fortement influencé plusieurs cinéastes.Avec la bénédiction de Chris- tin et Mézières, ce dernier ayant imaginé vingt ans auparavant le splendide délire visuel du Cinquième élément, Besson, tel un enfant gâté, s\u2019est approprié les péripéties spatiales de Valérian (Dane DeHaan, tantôt cabotin, tantôt sur le pilote automatique) et Laureline (Cara Delevingne, glaciale et aguichante).Couple amoureux, égalitaire et solidaire sur papier, les deux aventuriers font ici figure de couple adolescent et chamailleur sur un vertigineux terrain de jeux évoquant davantage un tapageur jeu vidéo que la bédé d\u2019origine.De sommaire, le récit de Va- lérian et la Cité des mille planètes, où le tandem doit tout bonnement sauver le monde d\u2019une mystérieuse menace, devient très tôt carrément secondaire au profit d\u2019une enfilade de scènes rivalisant d\u2019effets spectaculaires et d\u2019un défilé de personnages hauts en couleur.Du belliqueux commandeur de Clive Owen au déjanté proxénète d\u2019Ethan Hawke, que l\u2019on découvre dans une allée des plaisirs évoquant Total Recall, Blade Runner et Who Framed Roger Rabbit (si, si !), en passant par l\u2019hilarant Bob le pirate d\u2019Alain Chabat, chacun tire habilement profit du peu de temps d\u2019écran lui étant alloué.Et que dire de l\u2019apparition de Rihanna dans le rôle de Bubble ?De dieu grec séduisant Laureline dans la bédé, Bubble, créature gélatineuse polymorphe, s\u2019incarne ici sous les multiples perruques et costumes d\u2019une af friolante et flexible danseuse de cabaret dont aurait rêvé Bob Fosse.Mémorable au demeurant, ce numéro cristallise à lui seul l\u2019essence de Valérian et la Cité des mille planètes : peu importe ce qu\u2019on y présente, l\u2019important ce n\u2019est pas de faire avancer le récit, mais d\u2019épater la galerie.Et ça, Besson sait faire.Mieux encore, il sait s\u2019entourer d\u2019artisans doués pour donner vie à ses fantasmes les plus fous.Reposant sur une époustouflante direction artistique, une formidable orgie d\u2019effets spéciaux et une percutante explosion de couleurs, le tout donne lieu à une extravagante coquille vide gonflée à bloc.Le Devoir Extravagance spatiale pour épater la galerie Luc Besson signe un space opera visuellement époustouflant, mais peu substantiel N I C O L A S M A V R I K A K I S à Kingston L\u2019 a-t-on oublié ?Il fut une star du milieu de l\u2019art à la fin des années 1960 et au début des années 1970.Les Levine, ar tiste né à Dublin en 1935, qui vint s\u2019installer à Toronto en 1957 avant d\u2019aller s\u2019établir définitivement à New York en 1964, fut célébré par plusieurs critiques comme le digne héritier médiatique et ar tistique d\u2019Andy Warhol ! Rien de moins.Mais qu\u2019est-ce qui a donc valu une telle réputation à ce créateur ?En entrevue à CBC en 1964, il ne souhaitait pas vraiment défendre le statut artistique de ses réalisations\u2026 «Qu\u2019est-ce que l\u2019art?» répond-il à l\u2019intervieweuse Merle Shain.Attrapée au Agnes Etherington Art Centre, cette petite expo montée par le musée d\u2019ar t contemporain Oakville Galleries \u2014 lieu où elle fut présentée en début d\u2019année \u2014 permet de revenir sur les débuts fracassants de la carrière de cet artiste et sur une époque proche de la nôtre sur bien des points.Une marchandise comme les autres?Au début des années 1960, Les Levine commença à développer un ar t avant-gardiste tout à fait dans la lignée du Pop Ar t et de Marcel Duchamp.Dès 1962, il invente le concept d\u2019un art jetable, fait d\u2019un matériau moderne, le styrène poly- extensible.Il en fait des moulages d\u2019objets (des bouteilles, des bols à fruits\u2026) ou de simples formes abstraites.Ces jetables font indéniablement penser à ces contenants de styro- mousse dont on se débarrasse si rapidement après avoir consommé ce qu\u2019ils recélaient.Cette référence aux objets jetables pourra sembler étonnante, mais rappelons que Duchamp lui-même, le père et le pape de l\u2019art conceptuel, avait mis au rebut (au rébus ?) plusieurs de ses ready-mades, objets insignifiants, œuvres qui devaient montrer la fin de l\u2019art, ou tout au moins d\u2019une vision sacralisante de l\u2019art.Les œuvres jetables de Levine pouvaient quant à elles être assemblées et réassem- blées selon le caprice du moment par l\u2019acheteur, ou tout simplement balancées à la poubelle quand le consommateur s\u2019en lassait.Une sorte de mise en abîme d\u2019un système de consommation capitaliste, de l\u2019art comme commerce, mais aussi une forme de constat un peu triste sur un milieu de l\u2019art qui carburerait de plus en plus au vedettariat éphémère.Levine lui-même devant être celui qui allait remplacer Warhol\u2026 Bien avant que soit lancé Pharmacy, établissement branché de Damien Hirst à Londres, et un peu avant le restaurant communautaire Food (1971-1974) à New York de Gordon Matta-Clark (ami de Levine), Les Levine avait ouvert un restaurant.De mars à septembre 1969, au coin de la 19e Rue et de Park Avenue South à New York, trônait le Levine\u2019s Restaurant.Le menu précisait que l\u2019on pouvait y retrouver de la cuisine irlan- daise-juive-canadienne.L\u2019ar tiste prétendait qu\u2019il était en fait le seul restaurant canadien à New York.Quelqu\u2019un osa-t-il prétendre le contraire ?Mais était-ce un slogan vendeur ?Peut-être pas, car l\u2019établissement ferma après quelques mois d\u2019activités.Ce resto se voulait plus qu\u2019un endroit où aller manger, il était une sorte d\u2019« autobiographical culinar y environment » où on pouvait retrouver des liens avec les diverses origines culturelles de l\u2019artiste et même avec les plats de sa mère, dont les « Her Son\u2019s Favorites »\u2026 Amusant slogan qui nous rappelle comment il y aurait bien des choses à écrire sur les rapports entre les artistes modernes pourfendeurs des valeurs anciennes et leurs chères petites mamans, et ce, de Warhol à Kerouac en passant par Levine\u2026 Dans ce resto, cinq caméras captaient l\u2019atmosphère du lieu et diffusaient ces images sur huit écrans de télévision dans le même espace.Cela donnait au resto une atmosphère à la fois branchée et inquiétante, digne du livre 1984 d\u2019Orwell.Parmi les œuvres les plus importantes de Levine, il faut aussi nommer Table d\u2019écoute (1970) qui fait par tie de la collection du Musée des beaux-ar ts du Canda depuis 1971.Pour cette œuvre sonore, Levine a enregistré toutes les conservations téléphoniques faites ou reçues à par tir de son atelier.Cette installation permet de comprendre le processus de création ar tistique au quotidien, avec les commandes de matériaux, l\u2019organisation du transport des œuvres pour les expositions\u2026 Une pièce qui remet en question l\u2019idée romanesque du créateur isolé et trouvant son inspiration dans sa seule imagination.Un grand regret : pourquoi cette exposition \u2014 et la recherche qu\u2019elle incar ne \u2014 n\u2019est-elle pas accompagnée d\u2019un catalogue ?Cela est d\u2019autant plus triste que la commissaire, Sarah Robayo Sheridan, a fait un travail de recherche documentaire très sérieux.Une preuve de cela : le visiteur pourra consulter dans l\u2019exposition toute une série de critiques et de communiqués de presse sur une tablette à écran tactile.L\u2019art de l\u2019exposition serait-il lui aussi devenu éphémère et jetable ?Collaborateur Le Devoir TRANSMEDIA De Les Levine.Commissaire : Sarah Robayo Sheridan.Au Agnes Etherington Art Centre de l\u2019Université Queen\u2019s à Kingston.Jusqu\u2019au 6 août.CRITIQUES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 E 5 C U L T U R E 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514 842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise Cinéma complètement cirque Le Roi des Belges Ma Loute ?Kedi de PETER BROSENS et JESSICA WOODWORTH ven.-jeu.18 h 10 (VOSTF) de BRUNO DUMONT ven.-jeu.20 h de CEYDA TORUN ven.-jeu.16 h 30 (VOSTF) theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ (France) Le lundi 24 juil.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC LÉONIE SOUCHAUD, FANTINE HARDUIN ET JULIANE LEPOUREAU.de Lola Doillon LE VOYAGE DE FANNY MA LOUTE ?Comédie de Bruno Dumont.Avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni Tede- schi, Brandon Lavieville.France-Allemagne, 2016, 122 min.A N D R É L A V O I E La démarche de Bruno Du- mont ressemble à celle d\u2019un équilibriste, exigeante et périlleuse.Chez lui, une enquête policière (L\u2019humanité), un road movie (Twentynine Palms), ou un drame de guerre (Flandres) en possèdent les allures, mais c\u2019est pour mieux se moquer des codes qui les régissent, attiré par les personnages opaques, souvent monosyllabiques.Qui aurait dit qu\u2019il céderait un jour aux sirènes de la comédie ?Avant l\u2019apparition surprise de P\u2019tit Quinquin en 2014, une fantaisie policière d\u2019abord destinée à la télévision, personne n\u2019aurait cru cela possible.Ma Loute prouve qu\u2019il y a pris goût, sans renier son approche, dont une propension pour les acteurs non professionnels, et ses origines, celles du nord de la France.Alors qu\u2019il a longtemps refusé toute filiation cinématographique, on ne les compte plus dans ce portrait d\u2019une France à la fois provinciale et bourgeoise en 1910, fable aussi pittoresque que picaresque sur la lutte des classes où s\u2019affrontent des personnages de bande dessinée, où s\u2019accumulent les situations grotesques, allant jusqu\u2019au cannibalisme.Des pitreries dignes des Monty Python se superposent à celles, plus cérébrales, d\u2019un Alain Resnais au milieu d\u2019une élégance comparable aux meilleurs films à costumes du cinéma anglais.Il n\u2019en faut pas beaucoup pour étonner cette bande de bourgeois qui débarquent dans les environs avec larges chapeaux et bagages, traînant aussi leur lot de préjugés sur les habitants du coin.Dans leur maison d\u2019inspiration égyptienne, André (Fabrice Luchini, cabotin à l\u2019extrême) et Aude (Valeria Bruni Tedeschi, par fois irritante) Van Peteghem ne cessent de s\u2019extasier, tout comme leurs deux filles, et leur nièce Billie (Raph), précédant de peu l\u2019arrivée de sa mère (Juliette Bi- noche, dans un numéro digne de Sabine Azéma), encore plus exaltée.Leurs rappor ts avec la famille Br ufor t, des paysans cueilleurs de moules, se compliquent alors que les disparitions d\u2019estivants s\u2019accumulent \u2014 le mystère est vite expédié \u2014 et que l\u2019aîné Brufort, que tous surnomment «Ma Loute » (Brandon La- vieville), en pince pour la nièce bourgeoise, une fille qui aime se déguiser en garçon.Ou l\u2019inverse ?Ajoutez à cela un inspecteur de police loin de son poids santé et dont l\u2019accent nécessiterait quelques sous-titres, son jeune collègue sorti de l\u2019imagination de Hergé, de vieilles histoires de famille teintées d\u2019inceste, et vous avez là un récit décousu farci d\u2019étonnantes digressions, dont certaines entre ciel et terre.Ce foisonnement étonne souvent, agace parfois, rehaussé par le jeu jamais naturaliste de stars lâchées lousse et d\u2019apprentis comédiens qui, comme toujours chez Du- mont, semblent toujours un peu paralysés devant la caméra.Une fois encore, si Bruno Dumont affiche un certain sourire, c\u2019est à sa manière, et surtout à ses conditions.Dans Ma Loute, elles ne risquent pas de faire l\u2019unanimité.Ce qui ne manquera pas de le réjouir.Collaborateur Le Devoir Bouffer du bourgeois Les Levine, l\u2019homme de plastique L\u2019œuvre avant-gardiste du créateur est à l\u2019honneur à Kingston PAUL LITHERLAND Vue sur l\u2019exposition Transmedia au Agnes Etherington Art Centre LE ROI DES BELGES ?1/2 Comédie dramatique de Peter Brosens et Jessica Woodworth.Avec Peter Van den Begin, Lucie Debay, Titus De Voogdt, Bruno Georis.Belgique, 2016, 94 min.A N D R É L A V O I E L es lecteurs de Gala et de Paris Match ne trouveront rien d\u2019amusant au nouveau film de Peter Brosens et Jessica Woodworth, Le roi des Belges, habitués à se gaver des scandales et des extravagances des têtes couronnées.Ce tandem de cinéastes belges (La cinquième saison, Altiplano) préfère jouer la carte de la subtile ironie, et jongler avec les subterfuges du documenteur, pour esquisser un portrait à la fois tendre et mordant d\u2019un monarque qui, croyez-le ou non, s\u2019ennuie.Nicolas III (Peter Van den Begin, une dégaine à la Jacques Tati) débarque à Istanbul pour solidifier une possible alliance entre la Turquie et l\u2019Union européenne, mais sur les rives du Bosphore, il apprend une terrible nouvelle : la Wallonie a déclaré son indépendance, la Belgique vient d\u2019éclater, la couronne du roi vacille.Autour de lui s\u2019agite une petite équipe composée de Ludovic (Bruno Georis), un directeur du protocole imperturbable, Louise (Lucie Debay), une responsable des communications sur le point d\u2019imploser, et Carlos (Titus De Voogdt), un valet aux convictions monarchiques à géométrie variable.À ces remous politiques s\u2019ajoutent des perturbations météorologiques, car une tempête solaire cloue tous les avions au sol.Toute cette agitation est minutieusement scrutée par un documentariste anglais, Duncan (Pie- ter van der Houwen), engagé pour réaliser un portrait flatteur d\u2019un souverain qui sourit bien peu.C\u2019est lui qui propose au roi de s\u2019embarquer, contre l\u2019avis de la sécurité turque et de ses collaborateurs zélés, dans une véritable odyssée en autobus, en voiture, en tracteur, et en ambulance à travers les Balkans pour rejoindre le pays fracturé.Le parcours ressemble parfois à un chemin de croix, mais surtout à une épiphanie pour celui qui découvre qu\u2019une vie existe en dehors du protocole et des cérémonies téléguidées.Et que penser par soi-même comporte des risques, mais aussi un grand sentiment de liber té, voire d\u2019ivresse.La mécanique du documen- teur, celle qui repose sur un réalisme à la fois dépouillé et soigné, se présente ici sous des dehors séduisants, ne serait-ce que par la diversité des pays visités (ne vous méprenez pas: la Bulgarie fut le théâtre de toute la portion située dans les Balkans), et surtout celle des péripéties\u2026 dont un concours de yogourts.Dans un savant crescendo où s\u2019alignent des rencontres accidentelles (comme avec un ancien tireur d\u2019élite serbe!) et de mauvais virages, l\u2019un étant provoqué par une tortue, s\u2019accompagne l\u2019évolution d\u2019un homme de moins en moins en quête de pouvoir, si ce n\u2019est sur sa propre existence.Cette sortie hors du bocal, alignant une foule de situations absurdes, ne souligne jamais à gros traits l\u2019invraisemblance de l\u2019aventure.Le roi des Belges témoigne sur tout de l\u2019incongruité de la monarchie dans un monde dominé par tant de forces obscures, accablé aussi par la bêtise de la guerre, autant de vicissitudes devant lesquelles rois et reines n\u2019ont plus beaucoup d\u2019autorité.Or, le peuple belge, qu\u2019il soit flamand ou wallon, a depuis longtemps choisi ses armes: le rire et l\u2019au- todérision.Ce film possède tout cela, et en abondance.Collaborateur Le Devoir Mardi, c\u2019est donc la Belgique, ou les Balkans Juliette Binoche L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 6 www.roseart.ca 216, boul.Ste-Rose (en face de l\u2019église Ste-Rose) Laval, Québec · 450 625-7925 · corp@rosart.ca SYMPOSIUM DE SAINTE-ROSE 22 e 90 artistes à l\u2019œuvre dans le Vieux Ste-Rose Du 27 30 juillet au he : 10 h à 17 h imanc D Samedi : 10 h à 20 h : 11 h à 20 h edi endr v et eudi J T imé A ges- Geor e Sandra Grégoir eault étr F A B I E N D E G L I S E Il y a beaucoup de vrai dans le faux mis en roman par Jean-Christophe Rufin dans Le tour du monde du roi Zibeline, conte moral et philosophique aux accents de ceux déposés au patrimoine mondial par les Voltaire, Rousseau ou Diderot à une autre époque, et qui s\u2019inspire du destin singulier de Maurice Auguste Beniowski, aventurier et aristocrate, célèbre dans les pays d\u2019Europe centrale.Né en 1746, l\u2019homme a été formé aux Lettres par un précepteur français et aux armes par un père militaire.Il a connu l\u2019exil en Sibérie, il a sillonné les mers du globe, a arpenté la Chine, le Japon, le Brésil avant de finir sa vie roi de Madagascar.Il vivra également une histoire d\u2019amour intense avec la fille d\u2019un gouverneur qui va l\u2019aider à s\u2019enfuir lors de son emprisonnement en Russie.Amour et Lumières, voilà ce que retient de cette vie hors du commun l\u2019auteur de L\u2019Abyssin et de Check-point dans ce récit à deux voix, celle d\u2019Auguste et celle d\u2019Aphanasie, qui remonte le fil d\u2019une existence unique en lui donnant la tonalité de ces récits orientaux pouvant tenir éveillé mille et une nuits.Tout commence par une rencontre imaginée par l\u2019auteur entre Beniowski, baron de son état, issu la noblesse hongroise et polonaise, sa compagne et Benjamin Franklin, père fondateur des États-Unis, à qui le roi Zibeline vient demander de l\u2019aide pour repousser les Français de son territoire baignant dans l\u2019Océan indien.On est à Philadelphie en 1784.L\u2019illustre chef d\u2019État est fatigué par sa propre existence et par les nombreux fâcheux qui frappent à sa porte.Le charisme d\u2019Auguste, qui se dit roi, l\u2019intrigue.Le par fum et la beauté d\u2019Aphanasie le séduisent.Les deux invités débarquant à l\u2019improviste chez lui vont commencer par lui raconter leur vie.Le style de Jean-Christophe Rufin épouse les contours de celui des grands classiques de la littérature pour construire ce fabuleux récit d\u2019aventure, dans l\u2019espace et dans le temps, cette fable qui fait du voyage, des rencontres et des aléas qu\u2019il induit, ce terrain propice pour raconter les caractères, ébranler les certitudes, mais qui vient surtout nourrir ces questionnements sur l\u2019être et la place qu\u2019il occupe dans l\u2019univers.Sans l\u2019ombre d\u2019un doute, Auguste est un voltairien, rêvant de science et de progrès.Aphanasie est une féministe avant l\u2019heure, lectrice de Diderot et de son Supplément au voyage de Bougain- ville.Leur double perspective sur une même trajectoire donne ce dynamisme au récit.L\u2019inclinaison respective de leur regard balise également une réflexion forte sur la violence des hommes \u2014 et des femmes, aussi \u2014, sur le libre arbitre, sur l\u2019égalité, sur l\u2019autodétermination des peuples, des thèmes chers et sans doute fondateurs de l\u2019œuvre de Rufin, qui manie habilement l\u2019art de mettre la philosophie au diapason du romanesque.Chose qu\u2019il fait remarquablement encore ici, dans ce roman qui propulse dans la grande histoire en passant par la petite, qui convoque autant le souvenir d\u2019un Jules Ver ne que d\u2019un Alexandre Dumas, et qui surtout confirme l \u2019 idée que l\u2019existence humaine, peu im- por te l\u2019endroit et l\u2019époque, est bel et bien une grande aventure.Le Devoir LE TOUR DU MONDE DU ROI ZIBELINE ?Jean-Christophe Rufin Gallimard Paris, 2017, 370 pages FICTION FRANÇAISE D\u2019amour et de lumière Jean-Christophe Rufin livre un conte moral fait d\u2019élégance et de sagesse www.circuitdesarts.com Exposition collective du 19 au 30 juillet Du 22 au 30 juillet 2017 Au Centre d\u2019arts visuels de Magog 61 rue Merry Nord, Magog JOEL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE Jean-Christophe Rufin manie habilement l\u2019art de mettre la philosophie au diapason du romanesque.FRED DUFOUR AGENCE FRANCE-PRESSE L'écrivain nous laisse entrevoir une Chine faite de tabous cultivés par de fortes pressions sociales.Le plaidoyer, servi dans une langue outrancièrement châtiée, loge là où l\u2019improbable se transforme en éclats de rire.Le cliché décrirait sans doute le roman comme un ovni littéraire.Disons plus simplement que ce genre de point de vue décalé et affectueux sur la pop culture ne pullule pas dans nos librairies.Et qu\u2019on rit rarement autant avec un livre québécois sous les yeux.« Il y a une partie de moi qui voulait faire de la littérature divertissante pour intellos, explique l\u2019auteur, qui enseigne aussi au collégial.Il y a une autre partie de moi qui avait en tête ses étudiants.Ça arrive tellement souvent que je leur fasse lire des textes et qu\u2019ils trouvent ça plate.Leur critique instantanée, c\u2019est souvent que c\u2019est trop long et qu\u2019il n\u2019y a pas assez d\u2019action.J\u2019ai décidé d\u2019y aller all in, d\u2019essayer de faire un roman drôle et dans lequel il y aurait tellement d\u2019action que personne ne pourrait se plaindre que c\u2019est plate.» Bien qu\u2019il affirme ne jamais s\u2019être assis devant l\u2019ordinateur avec l\u2019intention d\u2019écrire drôle, Mathieu Poulin parle d\u2019un équilibre difficile à trouver entre l\u2019hilarité et une nécessaire densité dramatique, sans laquelle le rire ne peut réellement s\u2019incarner.« Le problème, en général, c\u2019est le dosage, ajoute Georges Desmeules, lui aussi romancier à ses heures (Le projet Syracuse, L\u2019instant même, Prophète de hasard, Lévesque éditeur).C\u2019est extrêmement subtil.T\u2019en mets trop et tout s\u2019ef fondre.T\u2019en mets pas assez et les gens ne comprennent pas.L\u2019humour, c\u2019est une figure rhétorique extrêmement complexe.C\u2019est un jeu formel très raffiné, comme la poésie.» Un jeu formel, oui, mais qui, contrairement à la poésie, doit générer une réaction physique immédiate pour que son ef ficacité se confirme.L\u2019assurance de faire rire Autre hypothèse : se pour- rait-il que la littérature québécoise, encore très jeune et largement marginalisée dans le discours public, préfère ne pas s\u2019aventurer sur le terrain du rire, de peur que son aura de sérieux rudement acquise s\u2019envole sous les blagues?« Peut-être que c\u2019est un problème social, suggère Georges Desmeules.C\u2019est encore dur collectivement d\u2019assumer notre littérature.Il faut constamment la défendre.Même au cégep, on la discrédite d\u2019une certaine manière en présentant d\u2019abord aux étudiants la littérature française.» Le prof se réjouit de voir une nouvelle génération d\u2019auteurs s\u2019autoriser une salutaire distance par rappor t à la solennité de l\u2019aventure littéraire.Les Nicolas Dickner, William S.Messier et Alain Farah usent à profusion d\u2019ironie et d\u2019autodérision, et envisagent plus généralement la littérature comme un jeu, signe d\u2019une littérature assumant sa légitimité comme donnée d\u2019emblée.« Pour faire de l\u2019humour, il faut être sûr de soi, conclut monsieur Desmeules.Tu peux bien sûr faire de l\u2019humour dans une situation catastrophique, mais en général, ça prend une dose de self-control.Peut-être que la littérature québécoise n\u2019a pas encore assez pleinement conscience de son autonomie pour se permettre ça.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 RIRE Y A N N I C K M A R C O U X E n 2011, le People\u2019s Literature \u2014 premier magazine littéraire de la Chine communiste \u2014 a fait entrer Xu Ze- chen, auteur de trois romans et d\u2019un recueil de nouvelles, dans sa liste des vingt écrivains chinois les plus prometteurs de notre temps.Son premier roman traduit en français, Pékin pirate, peignait une Chine de marginaux, faite de prostitution, de misère et de corruption.Avec ses novellas Le faussaire et La muette, Zechen replonge dans cet univers peuplé de personnages déracinés, venus chercher l\u2019espoir de réussir dans la capitale.Le narrateur du Faussaire est un jeune romancier qui rencontre, à l\u2019occasion d\u2019un récital de poésie, Bian HongQi, poète et faussaire au caractère bouillant, venu à Pékin par ambition.Leur amitié naissante mène à une colocation, qui nous plonge au cœur des tiraillements tragicomiques du poète, emmêlés à ses pratiques illicites et deux histoires de cœur : l\u2019une pour une fougueuse Pékinoise et l\u2019autre pour sa femme, mature et patiente, restée dans sa ville d\u2019origine.Incapable de quitter Pékin pour retrouver sa femme, mais trop lâche pour divorcer, il erre entre la capitale et sa ville natale, laissant la situation s\u2019envenimer jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit arrêté et placé en détention pour sa pratique de faussaire.Pantin de son sort jusqu\u2019au dénouement, son salut dépend de la bonne volonté des gens qui l\u2019entourent.Dans La muette, un jeune libraire, Wang Yiding, est convoqué au commissariat où la police le force à prendre en charge XiXia, une jeune muette dont la provenance est aussi mystérieuse que les raisons qui l\u2019ont menée à Yiding.Cette présence imposée devient source de problèmes pour le libraire.Il tente à plusieurs reprises de s\u2019en débarrasser, en vain, étant plutôt aux prises avec un sentiment amoureux naissant qui va le mener sur des chemins inexplorés.«Si XiXia réussit à parler, vous formerez un parfait petit couple », lui dit son oncle, comme pour rappeler le poids du regard des autres sur la vie des Chinois.L\u2019attrait principal des novellas de Zechen réside dans ses personnages qui, tiraillés et vulnérables, por tent vertus et lâchetés.L\u2019auteur se garde pour tant de les sanctionner et nous laisse plutôt entrevoir une Chine complexe, faite de tabous cultivés par de for tes pressions sociales.Dans ce pays surpeuplé, chacun cherche à se distinguer tout en cheminant dans les l imites de l \u2019ordre établi : « On est tellement serrés qu\u2019on n\u2019arrive pas à se frayer un chemin.Et pourtant, il faut avancer quand même.Quoi faire d\u2019autre ?» Appuyé par un style sobre mais percutant, l\u2019auteur tisse ses intrigues avec ironie, soulignant les contradictions du cadre social.Son univers nous of fre ainsi le plaisir d\u2019une rencontre avec l\u2019altérité pékinoise, tout en éclairant un malaise aussi ressenti dans notre société : l\u2019inquiétante étrangeté de l\u2019inconnu.Avec ses descriptions d\u2019êtres stigmatisés par la masse, Zechen nous rappelle que la paix est souvent plus facile à atteindre lorsqu\u2019on rentre dans le rang : « Nous qui sommes des gens simples, nous devons nous montrer responsables et éviter les conduites excentriques », écrit-il.Collaborateur Le Devoir LE FAUSSAIRE SUIVI DE LA MUETTE ?1/2 Xu Zechen Traduit du chinois par Hervé Denès Philippe Rey Paris, 2017, 224 pages FICTION CHINOISE Délinquants à la lisière de l\u2019ordre établi En deux novellas, Xu Zechen plonge au cœur d\u2019une Chine complexe L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 7 C H R I S T I A N D E S M E U L E S T roisième et dernier volet de la saga new-yorkaise que Jay McInerney consacre à un couple d\u2019intellectuels new-yorkais, Russell et Corrine Callo- way, après Trente ans et des poussières et La belle vie, Les jours enfuis nous plonge une fois encore en plein cœur de la Grosse Pomme.Tandis que le premier se déroulait en périphérie du monde de la finance des années 1980, le second se déployait dans l\u2019onde de choc qui a suivi le 11-Septembre.Les jours enfuis s\u2019amorce quant à lui en 2007 alors que le couple fétiche de McInerney est à présent à l\u2019aube de la cinquantaine, parents de jumeaux de onze ans.« Les couples les plus solides, comme les bateaux les plus résistants, sont ceux qui savent essuyer les tempêtes.Ils prennent l\u2019eau, tanguent, donnent de la bande et sont proches de couler, puis ils se redressent et refont cap vers l\u2019horizon.Après tout, n\u2019est-ce pas pour le meilleur et pour le pire que l\u2019on se marie?» Peu de temps après être devenu éditeur, Russell avait publié le premier livre de son meilleur ami, Jeff, un recueil de nouvelles.Puis, après la mort de Jeff, un roman posthume qui racontait une histoire de triangle amoureux où deux des personnages principaux étaient inspirés de Russell et sa femme.Mort en 1988 au plus fort de l\u2019épidémie du sida, Jeunesse et beauté prend aujourd\u2019hui des airs de roman culte dont les ventes \u2014 au bénéfice de Russell, qui en a racheté les droits \u2014 se mettent à exploser.Pur parmi les purs, Russell continuait à voir «en Manhattan la Mecque de la littérature américaine, et en lui-même un serviteur, voire un prêtre, du Verbe écrit.» Aujourd\u2019hui à la tête de sa propre maison d\u2019édition, avec tous les risques que cela comporte.De son côté, Corinne, sa femme, directrice générale de l\u2019association humanitaire Nourrir New York, avait eu cinq ans plus tôt une brève liaison avec un riche homme d\u2019affaires rencontré dans une soupe populaire de Ground Zero.Le retour de cet homme, qui n\u2019a jamais réussi à l\u2019oublier, viendra ébranler leur existence conjugale ronronnante et la mettre en péril.Locataire avec sa femme d\u2019un « loft à l\u2019ancienne» dans Greenwich Village, alors que tous leurs amis étaient devenus propriétaires, Russell s\u2019accrochait à son image d\u2019habitant bohème du cœur historique de la ville.L\u2019éditeur fait partie de ces gens qui pensent que vivre ailleurs qu\u2019à New York n\u2019a aucun sens.« Russell, surtout après deux ou trois verres, aimait à répartir l\u2019humanité en deux camps adverses : l\u2019Art et l\u2019Amour, contre le Pouvoir et l\u2019Argent.» Des débuts de la campagne d\u2019Obama jusqu\u2019aux premiers soubresauts de la crise des subprimes, Jay McInerney nous plonge ainsi jusqu\u2019au cou dans le monde de l\u2019édition à Manhattan, mais il trace aussi dans Les jours enfuis le crépuscule d\u2019une certaine bourgeoisie new-yorkaise.Observateur privilégié à l\u2019évidence, McInerney nous livre ici une «comédie humaine» (façon Balzac) particulièrement fine et bien informée.Mais sur tout, l\u2019écrivain de 62 ans, ancien membre du fameux « Brat Pack » des années 1980 \u2014 qui comptait aussi, entre autres, l\u2019écrivain Bret Easton Ellis \u2014, scrute avec une grande sensibilité l\u2019énigme du lien conjugal.Ses beautés et ses richesses uniques, ses langueurs et ses fissures.Il y met à nu le pouvoir empoisonné de l\u2019argent, l\u2019un des ciments du couple, mais qui confère aussi à New York une dimension vénale et superficielle \u2014 partout où se pose le regard, on a ainsi l\u2019impression que chaque chose a un prix, qui suffit à lui seul à la résumer.New York, surtout, s\u2019anime comme nulle autre à travers le regard de l\u2019auteur de Journal d\u2019un oiseau de nuit (Bright Lights, Big City, son premier roman paru en 1984), à la manière d\u2019un personnage à part entière.La New York littéraire et artistique, celle qui vibre encore, même imperceptiblement, dans l\u2019esprit d\u2019une poignée d\u2019idéalistes, de romantiques et d\u2019oiseaux de nuit nostalgiques.Une satire douce-amère.Collaborateur Le Devoir LES JOURS ENFUIS ?Jay McInerney Traduit de l\u2019anglais (États-Unis) par Marc Amfreville L\u2019Olivier Paris, 2017, 496 pages FICTION AMÉRICAINE La comédie humaine bien informée de Jay McInerney Les jours enfuis raconte le crépuscule d\u2019une certaine bourgeoisie new-yorkaise Durant tout l\u2019été, Le Devoir vous invite à redécouvrir des œuvres littéraires condamnées à vivre dans l\u2019ombre de leur adaptation à l\u2019écran.Sixième chapitre d\u2019une série de douze : Jules et Jim de\u2026 Henri-Pierre Roché.E n avri l der nier, un sous-titre du supplément littéraire du Devoir faisait du roman Berlin secret, de l\u2019écrivain allemand Franz Hessel (alias Jules), le « livre à l \u2019origine du f i lm Jules et Jim ».C\u2019était une erreur.Le chef-d\u2019œuvre de François Tr uf faut doit bien entendu son existence au roman de Henri-Pierre Roché publié sous le même t i tre chez Gal l imard en 1953.Mais la postérité littéraire du célèbre triangle amoureux franco-allemand ne s\u2019arrête pas là.En 1994 paraissait Le tourbillon de la vie, une enquête historique du professeur Manfred Flügge sur « la véritable histoire de Jules et Jim ».Sans compter le journal intime tenu par Roché lui-même pendant près d\u2019un demi-siè- cle : 346 carnets, qui donnèrent, lorsque Truffaut les récupéra et les fit dactylographier, de quoi remplir quarante classeurs ! Si jamais ces der niers f inissent par trouver eux aussi le chemin de la publication, on peut parier que la sensibilité de nos contemporains n\u2019y verra pas la même matière à scandale que la série de secrétaires- dactylos embauchées par Truffaut, qui démissionnaient l\u2019une après l\u2019autre, choquées.« Il n\u2019y avait, raconte Flügge, que très peu de renseignements sur les personnalités que Roché avait fréquentées, mais en revanche [\u2026] [dans] un jargon qui lui était par ti- culier où se mêlaient des bribes d\u2019anglais, des abréviations et des sigles étranges, ses innombrables aventures et ses pratiques amoureuses étaient minutieusement décrites.» Abréviations, sigles étranges\u2026 On pense aux carnets de Hugo, autre méticuleux comptable d\u2019une surenchère de conquêtes.Mais Roché n\u2019était pas Hugo, ni même Casanova.Collectionneur d\u2019art et pas seulement de femmes, «à la fois grand enfant et esprit bohème», le Roché diariste se révèle, toujours selon Flügge : « faible de caractère, il n\u2019a pas de personnalité, pas d\u2019idées, pas de repères dans la pensée ni dans l\u2019écriture.D\u2019ailleurs, il n\u2019a qu\u2019une culture très super ficielle.[\u2026] [On se trouve devant] toute une vie décrite en fonction du SEXE [sic]».Cet homme dispersé qui nourrit des ambitions littéraires devra attendre l\u2019âge vénérable de 74 ans pour voir paraître ce premier roman, inspiré de son histoire avec Hessel et la journaliste de mode Helen Grund.Profitable crépuscule de la li - bido : « Il ne peut écrire un roman que lorsque tout n\u2019est plus que souvenir, lorsque toute aventure à tenter ou toute proie à chasser a disparu de son horizon\u2026 » Des amours franco-allemands Commencé en 1942, le roman, à la fin de la guerre, est achevé.Il atterrit chez Galli- mard en 1946, recueille les avis favorables de Gaston et de Jean Paulhan, mais devra encore attendre sept longues années pour voir le jour.Peut- être la période n\u2019était-elle pas idéale pour faire la promotion d\u2019une histoire d\u2019amitié et d\u2019amour franco-allemande ?On aurait tort de négliger la dimension européenne de cet ouvrage rédigé par un esthète cosmopolite.« Vous êtes de bons Européens » , lance Jules aux deux autres dans le livre de Roché.« Vous n\u2019êtes nationalistes qu\u2019à l\u2019intérieur de votre amour.» Son « livre européen » ; ainsi l\u2019auteur désigne-t-il le projet dans ses carnets.Une idylle géopolitique, Jules et Jim ?Peut-être, mais l\u2019essentiel est annoncé dès le titre : « Le roman s\u2019appelle Jules et Jim, note-t-il un autre jour en guise de rappel à lui-même adressé, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une amitié qu\u2019une situation amoureuse extrêmement compliquée n\u2019a pas brisée.» Le roman est écrit dans un style simple et concis, précis, baigné d\u2019humour.L\u2019échantillon suivant en donne une idée: «Jim avait une camarade, dans un de ces cafés, une jolie petite femme désinvolte, qui tenait le coup aux Halles mieux que les poètes, jusqu\u2019à six heures du matin.Elle distribuait, de haut, ses faveurs brèves.Elle conservait, à travers tout, une liberté hors la loi et un esprit rapide qui frappait juste.Ils eurent des sorties à trois.Elle décon- cer tait Jules, qu\u2019elle trouvait gentil, mais ballot.Il la jugeait remarquable, mais terrible.Elle amena pour Jules une amie bonasse, mais Jules la trouva bonasse.» Deux ans après la sor tie, dans l \u2019 indi f férence, de ce coup d\u2019envoi d\u2019un septuagénaire, le jeune Tr uf faut en déniche un exemplaire dans les caisses d\u2019un bouquiniste du Palais-Royal.C\u2019est le coup de foudre.I l songe déjà à Jeanne Moreau pour le rôle de Kathe, la journaliste berli- noise qui, dégermanisée par ses bons soins, deviendra Catherine au grand écran.D\u2019une certaine manière, Jules et Jim est l\u2019hommage d\u2019un «homme qui aimait les femmes» à un autre.Une écriture cinématographique On ne saurait imaginer adaptation plus fidèle, au-delà même du contenu de l \u2019histoire, jusque dans la technique nar rative adoptée.Comme si, bien avant l\u2019apparition de ce cliché éculé de la littérature contemporaine, le « roman-à-l\u2019écriture-cinémato- graphique », la vision très littéraire qu\u2019avait Truf faut du cinéma se dévoilait dans ce film.Flügge : « Le film renvoie au roman et ne vit presque que de lui, de son rythme, de son élan.La voix du narrateur cite des passages entiers du texte de Roché\u2026 » Ce qui est le plus frappant quand on revoit ce film au- jourd\u2019hui, c\u2019est la sorte d\u2019innocence bon enfant dans laquelle baigne le tout, du ton des dialogues au récit des péripéties amoureuses et des trahisons successives en passant par l\u2019ensorcelante sim- pl icité de comptine de la chanson principale chantée par Jeanne Moreau.Loin de la vraie vie où les situations tordues font le plus souvent des victimes, quand elles ne marquent pas les enfants des couples au fer rose, dans le roman de Roché la chair est inof fensive et l\u2019idylle recouvre de son aile transparente et paradisiaque jusqu\u2019aux coucheries en série.« [\u2026] les avortements sont fréquents, signale Flügge, mais le journal de Roché reste allusif sur cet aspect de la vie libérée.» Quant à la fin en principe tragique, ce saut fatal en voiture dans la Seine, elle ressemble à une bonne blague.C\u2019est un jeu, on n\u2019y croit pas une seconde.« Est-ce que je peux inventer une fin alors que tout le reste est si proche de la vérité ?» se demandait Henri-Pierre Roché au moment de conclure.Merci de nous épargner la scène de rupture du vrai bouillon de la vie.JULES ET JIM Henri-Pierre Roché Gallimard Paris, 1953, 246 pages LE TOURBILLON DE LA VIE Manfred Flügge Traduit de l\u2019allemand par Nicole Bary Albin-Michel Paris, 1994, 347 pages DANS L\u2019OMBRE DES FILMS Le tourbillon de l\u2019écrit PATRICE NORMAND L'OLIVIER L\u2019écrivain de 62 ans, ancien membre du fameux «Brat Pack» des années 1980, scrute avec une grande sensibilité l\u2019énigme du lien conjugal.LOUIS HAMELIN Présenté par La Fondation Arte Musica présente BENEDETTO LUPO JEUDI 22 MARS, 19 h 30 DEBUSSY Images inédites Images, Livres I et II Estampes Masques D\u2019un cahier d\u2019esquisses L\u2019Isle Joyeuse Quel bonheur de pouvoir écouter ce grand pianiste italien dans quelques-uns des chefs-d\u2019œuvre de Debussy.Concert présenté dans le cadre des Journées Debussy.LOUISE BESSETTE MARDI 17 OCTOBRE, 19 h 30 Viva Espana ! Œuvres de J.EVANGELISTA, GRANADOS, LECUONA et MOMPOU Louise Bessette célèbre la fête national de l\u2019Espagne par un programme inspiré de la péninsule ibérique, véritable voyage au pays de Cervantes.ALEXANDRE THARAUD MARDI 20 FÉVRIER, 19 h 30 D.SCARLATTI Sept Sonates RACHMANINOV Cinq Morceaux de fantaisie MAHLER Adagietto de la Symphonie no 5 RAVEL Miroirs Alexandre Tharaud retrouve le ?dèle public de la salle Bourgie le temps d\u2019un récital couvrant 250 ans de musique.DAVID FRAY MERCREDI 7 MARS, 19 h 30 MOZART Fantaisie, K.475 Sonate en do mineur, K.457 Rondo en la mineur, K.511 SCHUBERT Sonate en la majeur, D.959 Retrouvez toute l\u2019intensité du jeu de David Fray dans ce programme jumelant Mozart et Schubert.KATIA & MARIELLE LABÈQUE VENDREDI 25 MAI, 19 h 30 STRAVINSKI Le Sacre du printemps DEBUSSY Six Épigraphes antiques Philip GLASS Four Movements for Two Pianos Le piano retentira dans toute sa puissance avec les célèbres sœurs Labèque.17.18 SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 Billets et programmation complète COMPLÈTEMENT PIANO Une série de 11 récitals Avant d\u2019être le film de François Truffaut, Jules et Jim a été un roman d\u2019Henri- Pierre Roché publié en 1953 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 2 E T D I M A N C H E 2 3 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 8 D ans une démocratie, on n\u2019impose pas de contraintes sans avoir de bonnes raisons de le faire.La liberté est trop importante pour qu\u2019on la limite sans se justifier.Toutes les sociétés démocratiques sont toutefois forcées d\u2019imposer une multitude de lois et de règlements pour éviter que la loi de la jungle ne règne.Les limites à la liberté seront considérées comme légitimes si elles sont raisonnables et si elles permettent l\u2019atteinte d\u2019un bien jugé supérieur, qui demeurerait inaccessible sans elles.Serait-ce le cas d\u2019une extension de la loi 101 au cégep ?Actuellement, cette dernière oblige la vaste majorité des francophones et allo- phones à fréquenter les écoles primaires et secondaires de langue française.En 2010-2011, par exemple, 85,4 % des élèves allophones québécois étudiaient en français au secondaire.Au cégep, cependant, le li- bre-choix demeure la règle, avec des résultats plus incertains.Selon des chiffres de 2010 du ministère de l\u2019Éducation rapportés par le sociologue Simon Langlois dans Le Québec change (Del Busso, 2016), 53 % des étudiants allophones choisissent un cégep francophone, contre 47 % qui décident d\u2019étudier en anglais.Les al- lophones qui ont fréquenté le secondaire en français poursuivent leurs études dans cette langue dans une proportion de 68 %.L\u2019effet anglicisant Ces chif fres peuvent paraître encourageants quand on sait qu\u2019en 2000, par exemple, 43,1 % des étudiants allophones choisissaient le français au collégial.On constate donc une augmentation du pouvoir d\u2019attraction du cé- gep français.Or, quand on considère que, en 2015, environ 8 % de tous les nouveaux collégiens québécois étaient de langue maternelle anglaise, mais que le cégep anglais accueillait 19,4 % des nouveaux inscrits, on doit néanmoins conclure que le libre-choix de la langue d\u2019enseignement au collégial contribue à l\u2019an- glicisation du Québec.C\u2019est la thèse que développe, à coups de statistiques, le mathématicien Charles Castonguay dans Libre-choix au cégep : un suicide linguistique, une publication des Carnets de l\u2019aut\u2019journal.« L\u2019on ne saurait, écrit le statisticien militant, bien penser la langue sans savoir compter.» La plupart des francophones et des anglophones étudient dans leur langue maternelle au cégep.Ce sont sur tout les autres qui influent sur l\u2019équilibre linguistique général.De 1981 à 2010, établit Castonguay, 54 426 francophones et 75 024 allophones ont choisi un cé- gep anglophone, alors que 9905 anglophones et 54 621 allophones optaient pour un cégep francophone.« En gros, résume le mathématicien, le régime de libre-choix a profité au cégep anglais à hauteur de 120 000 nouveaux inscrits [l\u2019addition des deux premiers chiffres moins le troisième], contre 10 000 au cégep français [l\u2019addition des deux derniers chiffres moins le premier].Voilà le bilan global, en chif fres réels, de trente ans de laisser-faire.» Castonguay cite des études qui montrent que la langue des études collégiales a un lien direct avec la langue utilisée au travail ensuite, et que cette dernière est déterminante dans l\u2019adoption d\u2019une langue d\u2019usage à la maison.Une autre étude, celle de Patrick Sabourin parue en 2010, en arrive à la conclusion, résume le mathématicien, que « la fréquentation des cé- geps anglais est associée à des comportements nettement anglicisés quant à la langue utilisée dans les commerces, au travail, dans la consommation des créations culturelles, avec les amis et à la maison ».Des élites frileuses Le libre-choix permet peut-être à des francophones et à des allophones d\u2019améliorer leur anglais, mais il a pour effet d\u2019angliciser le Québec, raison pour laquelle Castonguay s\u2019y oppose et plaide pour une extension de la loi 101 au cégep.Dans la foulée, il ajoute que cette loi doit aussi s\u2019appliquer aux entreprises de moins de 50 employés puisqu\u2019il serait illogique d\u2019imposer des études en français si le milieu du travail exige l\u2019anglais.Pour accepter cette limite à la liberté individuelle, qui n\u2019af fecte en rien les droits de la communauté anglophone, il faut considérer que la préservation du caractère français du Québec est un bien supérieur.Des militants péquistes ont l\u2019intention de défendre cette idée au congrès du parti en septembre 2017, mais Jean-François Lisée, d\u2019accord en cela avec Québec solidaire, a déjà exprimé son opposition à la fin du libre-choix.Faut-il conclure, comme le fait Pierre Dubuc dans la préface de ce carnet, à « la capitulation d\u2019une bonne partie des élites francophones dans le combat pour la langue»?Ce serait triste.LE LIBRE-CHOIX AU CÉGEP UN SUICIDE LINGUISTIQUE ?1/2 Charles Castonguay Les Éditions du Renouveau québécois Montréal, 2017, 76 pages Penser la langue en comptant Le militant et statisticien Charles Castonguay plaide pour une extension de la loi 101 au collégial LOUIS CORNELLIER F A B I E N D E G L I S E L\u2019 art de la critique, c\u2019est un peu l\u2019art de gérer l\u2019erreur\u2026 de jugement.Demandez à Pierre Billard, critique de cinéma qui, en 1962, a déclaré : « Au cinéma, la science-fiction n\u2019a aucun avenir.» Deux ans plus tôt, dans Les cahiers du cinéma, un autre de ses confrères a écrit : «Claude Lelouch, retenez bien ce nom.Vous n\u2019en entendrez plus jamais parler.» C\u2019était à la sortie de son film Le propre de l\u2019homme, qui a été, en ef fet, un échec.Mais quand même\u2026 Et ces deux excès de vision troublée dans l\u2019univers du 7e art respectent finalement une tonalité originelle, celle donnée par Auguste Lumière lui- même, et qui en 1900 a af firmé : «Mon invention sera exploitée pendant un certain temps comme une curiosité scientifique, mais à part cela, elle n\u2019a aucune valeur commerciale, quelle qu\u2019elle soit.» Osons l\u2019affirmation : la prospective et le hasard suivent une trajectoire commune, trajectoire qui vient de faire entrer 300 «vrais» visionnaires au panthéon des déclarations foireuses et recensées par Anne Queinnec dans 160 pages, intitulées Internet, ça ne marche jamais (First Éditions), une référence à la déclaration d\u2019un politicien français faite en\u2026 2001 sur le dos d\u2019un réseau dont l\u2019hégémonie ne fait aujourd\u2019hui plus aucun doute.Dans ce bouquin, les critiques artistiques en prennent pour leur rhume avec un Thomas Craven qui, en 1934, dans l\u2019Art Digest a écrit : « Le prestige de Picasso pâlit rapidement et les gardiens de sa renommée \u2014 comme ses tableaux \u2014 mènent un combat perdu pour le placer parmi les immor tels.» Et Kafka, «que les jeunes doivent absolument lire par snobisme» ?Et bien, il « sera pris dans trente ans pour une boisson rapide à base de café », a écrit Hervé Lauwick en 1965.L\u2019erreur est humaine, mais elle est aussi démocratiquement ré- par tie au sein des leaders d\u2019opinion, et pas les moindres, comme Winston Churchill qui, en 1932, voyait très bien ce qui allait se passer dans les années 1980.Ou pas : « D\u2019ici 50 ans, nous échapperons à cette absurdité d\u2019élever un poulet tout entier pour en manger le blanc ou l\u2019aile, en faisant pousser ces morceaux séparément dans un milieu approprié », a-t-il osé prétendre sur la place publique.Dommage.À la même époque, Léon Blum affirmait : « Quoi qu\u2019il arrive, la route du pouvoir est fermée devant Hitler.» C\u2019était le 2 août 1932, cinq mois avant qu\u2019il ne soit nommé chancelier de la république de Weimar.L\u2019éditorialiste britannique Rex Lambert, lui, a estimé la même année que « la télévision n\u2019aura pas d\u2019importance au cours de [notre] vie ou de la [sienne] » et le New York Times était catégorique : « Jamais une fusée ne sera capable de quitter l\u2019atmosphère de la Terre ».Aussi catégorique que Nikola Tesla, nouvel inspirateur du hipster contemporain et qui, en 1928, disait : « Aucune fusée n\u2019atteindra la Lune, sauf découverte miraculeuse d\u2019un explosif encore plus énergétique que tout ce qui est connu.Et même si le combustible indispensable était produit, il faudrait néanmoins démontrer que la fusée pourrait fonctionner à 459 degrés au- dessous de zéro : la température de l\u2019espace interplanétaire.» La crédulité de ce temps fait donc aujourd\u2019hui place au sourire moqueur, celui qui devrait amener à relativiser les grandes vérités de tous les temps.En 1968, le très sérieux Time Magazine en avait une : «La vente à distance, bien que tout à fait faisable, est vouée à l\u2019échec.» La revue Popular Mechanics, en 1949, en avait une autre : «Dans le futur, le poids des ordinateurs ne devrait pas excéder 1,5 tonne.» Et du coup, ça aide à prendre avec un grain de sel les appels à la peur, les promesses lumineuses ou désastreuses et toutes les cer ti- tudes qui circulent sur les écrans de nos ordinateurs tenant désormais dans une poche.Le Devoir « INTERNET, ÇA NE MARCHERA JAMAIS ! » PRÈS DE 300 PRÉDICTIONS DE « VRAIS » VISIONNAIRES ?Anne Queinnec First Éditions Paris, 2017, 160 pages La prospective, cette grande fumisterie Anne Queinnec s\u2019amuse avec ces grands visionnaires qui ont vraiment manqué de vision Y A S M I N E M E H D I D es murs, des expulsions d\u2019indésirables, des ruptures unilatérales d\u2019accords internationaux\u2026 les idées radicales d\u2019hier qui cherchaient à perturber l\u2019establishment sont en train de devenir les programmes politiques d\u2019aujourd\u2019hui.Mais pourquoi donc?Le dernier recueil de nouvelles de Vittorio Frigerio apporte à sa manière un début de réponse en confrontant les grands bouleversements politiques des derniers mois à un mot porteur autant d\u2019enthousiasme que d\u2019appréhension : Révolution! (Prise de parole).À l\u2019intérieur, onze histoires font revivre étudiants marxistes, syndicalistes révoltés et insurgés épris de liberté, comme pour rappeler le caractère «éternel et toujours renaissant à travers les époques» de ces envies de renversement.Le professeur d\u2019études françaises fasciné par la littérature anarchiste remplit ainsi un devoir en mémoire auprès de ceux qui sont nés après la chute du mur du Berlin et qui n\u2019ont connu le monde du XXe siècle scindé entre communisme et capitalisme que dans les livres d\u2019histoire.Les révolutionnaires armés de cocktails Molotov qu\u2019il dépeint, les guérillas urbaines et les enlèvements de personnalités politiques sont tellement lointains qu\u2019on croirait qu\u2019ils n\u2019ont jamais existé.«Des manifestants remplissaient les rues des grandes villes, chaque semaine, de centaines de milliers de sympathisants, toujours plus confiants », décrit Frigerio dans une de ses nouvelles qui, vue d\u2019aujourd\u2019hui, peut renvoyer à des images du Printemps érable en 2012 et aux manifestations du G20 à Toronto deux ans plus tôt.Sans plus.Pourtant, en 2017, les raisons de s\u2019insurger ne manquent pas: précarité économique, multiplication des scandales politiques, crise de légitimité des institutions démocratiques.La liste n\u2019est pas exhaustive.Mais ces instincts révolutionnaires se matérialisent ailleurs et le font aussi dans une certaine confusion.« Le populisme n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une réponse confuse mais légitime au sentiment d\u2019abandon des classes populaires des pays développés face à la mondialisation et à la montée des inégalités », écrivait le Prix Nobel Thomas Piketty dans Le Monde, en janvier dernier, pour expliquer la nouvelle configuration de ce goût de la révolution, toujours éternel, mais dont l\u2019ar ticulation récente laisse souvent perplexe.La radicalité du geste a fait place à la radicalité du propos.Il suf fit de voir ce qui se passe du côté du Bureau ovale de la Mai- son-Blanche pour le croire.On y retrouve des tweets matinaux qui sentent surtout l\u2019agressivité et rarement la cohérence.L\u2019image du politicien conventionnel, celle du technocrate centriste aux costumes gris anthracite et aux discours soignés en prend pour son rhume en nous mettant désormais devant des comportements erratiques qui sont sans doute bien plus révolutionnaires qu\u2019on le croit puisqu\u2019ils cherchent surtout à remettre en question l\u2019ordre établi, le statu quo contre lequel les révolutionnaires, de tous les temps, se sont historiquement opposés.« Plus le président [des États- Unis] scandalise le monde, plus ceux qui ont voté pour lui l\u2019apprécient, notait d\u2019ailleurs début juin le romancier britannique Salman Rushdie dans les pages du magazine français L\u2019Obs.Il a été élu pour cela : pour détruire l\u2019ordre mondial, et c\u2019est ce qu\u2019il fait.L\u2019OTAN, les traités internationaux, etc.» Il est possible d\u2019en rire.Donald Trump \u2014 puisque c\u2019est bien de lui qu\u2019il est question ici \u2014 est finalement plus près du révolutionnaire avec un cocktail Molotov en main tel que décrit par Frigerio que d\u2019un politicien comme Philippe Couillard.Or, il n\u2019y a rien de louable d\u2019abuser de la confusion idéologique du moment et même de l\u2019alimenter pour séduire un électorat désenchanté et confus et le faire entrer dans une révolution antisystème, à coups de déclarations choquantes et de promesses sans doute, pour la plupart, irréalisables.Celui qui a joué à la révolution pour arriver au pouvoir pourrait devoir, plus tôt que tard, composer avec les revers d\u2019une telle stratégie.La Marche des femmes du 21 janvier dernier, qui a mobilisé des millions de personnes à Washington, mais aussi à Toronto, à Paris, à Calcutta et à Nairobi, a donné les premières notes de ce qui l\u2019attend.Les enquêtes qui pourrissent son gouvernement, tout comme les déclarations récentes de l\u2019ex-directeur du FBI James Comey, ont aussi des accents de résistance.Action, réaction, révolution, contre-révolution.Frigerio explique que nous ne sommes jamais bien loin d\u2019une nouvelle ère de révolte, aussi confuse puisse-t- elle être.Mais comme il le montre aussi, changer le monde est une idée noble, innée, envoûtante, qui, lorsqu\u2019on flirte avec, finit par devenir aussi belle que dangereuse.Collaboratrice Le Devoir POINT DE VUE Flirter avec la Révolution Lire Frigerio et découvrir que l\u2019insurgé n\u2019a plus le monopole du combat contre l\u2019ordre établi P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 1/5 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 2/10 Une simple histoire d?amour \u2022 Tome 1 L i?ncendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 3/11 Pourquoi pars-tu, Alice?Nathalie Roy/Libre Expression 4/9 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 6 Les sorciers Anne Robillard/Wellan 5/9 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier 6/7 Le bonheur des autres \u2022 Tome 2 Le revenant Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 7/8 Bien roulée Annie Lambert/Mortagne 9/4 Les Glorieux et les Réprouvés \u2022 Tome 1 Perdition Alexandre Vézina/ADA 8/4 Le bonheur des autres \u2022 Tome 1 Le destin de.Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Romans étrangers Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 1/6 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 2/12 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 3/17 Noir comme la mer Mary Higgins Clark/Albin Michel 5/10 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 4/9 Jusqu\u2019à l\u2019impensable Michael Connelly/Calmann-Lévy 6/9 L?informateur John Grisham/Lattès 8/11 Quand sort la recluse Fred Vargas/Flammarion 7/10 Vaticanum José Rodrigues dos Santos/HC éditions 9/12 À nous Elin Hilderbrand/Lattès 10/5 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/39 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 2/9 La traversée du Colbert.De Gaulle au Québec.André Duchesne/Boréal 6/4 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système.Joëlle Tremblay/Somme toute 3/5 Feux de position Tristan Malavoy-Racine/Somme toute \u2013/1 Le principe du cumshot.Le désir des femmes.Lili Boisvert/VLB \u2013/1 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 8/6 Chroniques politiques \u2022 Tome 2 1970-1971 René Lévesque/Hurtubise \u2013/1 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme \u2013/1 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 5/8 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/74 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 2/4 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 3/17 Une colère noire.Lettre à mon fils Ta-Nehisi Coates/J\u2019ai lu \u2013/1 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel 5/19 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 4/7 Une très légère oscillation Sylvain Tesson/Équateurs \u2013/1 Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2.Michel Onfray/Flammarion \u2013/1 L\u2019empire de l\u2019or rouge Jean-Baptiste Malet/Fayard \u2013/1 Connaissance, ignorance, mystère Edgar Morin/Fayard 10/2 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 10 au 16 juillet 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Le roman est une forme littéraire inepte qui n\u2019a aucun avenir Victor Segalen, médecin, poète et ethnographe, 1910 « » FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Action, réaction, révolution, contre-révolution.Vittorio Frigerio explique que nous ne sommes jamais bien loin d\u2019une nouvelle ère de révolte."]
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