Le devoir, 12 août 2017, Cahier E
[" Jean-Philippe Collard à la rescousse de la musique française Page E 5 Le plein de polars pour l\u2019été Page E 7 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 D O M I N I C T A R D I F Nous sommes Chez Roger, rue Beaubien Est, un lundi soir, il y a quelques années.Stéphane Larue trône seul derrière le bar (où il travaillait jadis).Le quart de travail, en apparence facile, ne l\u2019est pas forcément, dans la mesure où, les lundis, Larue mène seul ce grand navire qu\u2019est un débit de boisson, et doit à la fois couler des bières, remplir les frigos, ramasser les vides, s\u2019assurer de la salubrité des lieux et toutes autres imprévisibles tâches connexes.Mais rien quand même pour que de la broue se forme dans le toupet ou dans la barbe de notre homme, qui revendique aujourd\u2019hui 16 ans d\u2019expérience dans la jungle de la restauration et des bars.Soirée relativement relax, donc, jusqu\u2019à ce qu\u2019un torrent de 80 clients aussi inattendus qu\u2019assoif fés franchisse la porte.« Là, tu tombes dans le jus », raconte l\u2019auteur du Plongeur, roman ayant produit au cours des derniers mois le même effet sur le monde littéraire qu\u2019une giclée de rouge dans une poêle brûlante remplie de gras de cuisson.« Dans ce temps-là, poursuit- il, t\u2019avertis tous les clients qu\u2019ils doivent venir commander directement au comptoir et tu te transformes en gigantesque calmar : tu lances ton argent dans le tiroir-caisse, tu le fermes avec ton pied, t\u2019es partout au même moment.Je me souviens que ce soir-là, j\u2019avais un ami prof de cégep qui prenait une pinte au bar, et je lui avais dit : \u201cC\u2019est exactement pour ça que je ne peux pas sortir de ce mi- lieu-là.Le rush d\u2019adrénaline que je vis présentement à courir partout, à torcher ma salle, à me faire poser dix questions en même temps, je ne serais prêt à l\u2019échanger contre aucun autre trip.\u201d » Pas prêt à se passer non plus de cette tension qui électrise un bar ou une cuisine quand la tempête frappe et que sous la chaleur conjuguée de la pression et des fourneaux, des amitiés bourgeonnent en un instant, presque comme dans une serre.« On vit des choses qui sont d\u2019une intensité anormale en matière d\u2019absorption de stress.Tu passes à travers des moments pas agréables, mais après, t\u2019as l\u2019impression d\u2019avoir survécu à une épreuve.Ça soude les liens qui sont d\u2019une puissance que tu ne retrouves pas dans d\u2019autres milieux », observe Larue, sans non plus éluder la fragilité de ces amitiés, constamment à risque de s\u2019étioler lorsque l\u2019aide-cui- sinier sympathique par tira pour une autre adresse, ou lorsque ce maître d\u2019hôtel amusant fera le choix de la vie diurne.Dans les coulisses de la ville Stéphane Larue connaît tout le monde.C\u2019est du moins l\u2019impression que vous aurez si vous éclusez une pinte en sa compagnie dans un lieu comme Le Verre Bouteille.Chacun des clients \u2014 vraiment chacun d\u2019entre eux \u2014 qui passent la porte lui lance au moins un regard entendu, quand il ne se présente pas car rément à notre table le temps de lui serrer la pince, L\u2019ÉCRIVAIN AU TRAVAIL Stéphane Larue, barman au nom de l\u2019adrénaline et de l\u2019amitié ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019auteur des bandes dessinées mettant le personnage Paul en vedette, Michel Rabagliati, a dû s\u2019imposer plusieurs contraintes dans la conception de fresques pour le 375e anniversaire de Montréal.I S A B E L L E P A R É P resque 20 ans après son irruption dans l\u2019univers de la bédé québécoise, Paul, Montréalais pur jus, s\u2019échappe de ses cases pour incarner l\u2019histoire de la ville de Montréal.Pour le 375e anniversaire de la métropole, le héros du 9e art délaisse le papier pour s\u2019afficher en douze tableaux exposés en plein air, traçant ainsi un parcours historique à travers les méandres du Plateau Mont-Royal.C\u2019est la première fois, depuis l\u2019exposition Big bang présentée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) en 2011, que le fameux personnage quitte le confort de ses albums pour se frotter au vrai monde.En gestation depuis plusieurs années, le projet d\u2019exposer la bédé en plein air, caressé en 2013 par les éditions La Pastèque pour ses 15 ans, avait dû être mis au rancart faute de moyens.Les festivités du 375e anniversaire ont permis de lui redonner vie, dans la peau de Paul, devenu au fil des ans le Tintin national et le chantre du petit quotidien de la métropole.Dès le 15 août, les tableaux, de 6 pieds sur 12 pieds, disséminés dans 12 secteurs du Plateau, camperont l\u2019histoire de Montréal en 12 moments clés, de 1642 à aujourd\u2019hui.Loin de la bédé, la série de fresques sera « muette », dépour vue des phylactères propres au genre, mais traversée par un fil conducteur.« Ça prenait un projet que tous pouvaient regarder et comprendre, sans texte, pour évoquer l\u2019histoire de Montréal.Ce n\u2019est pas une bédé au sens propre, avec une histoire, mais des \u201cstrips\u201d exposés sur les murs du Plateau Mont-Royal.D\u2019ailleurs, le plus dur a été de trouver des propriétaires qui acceptent de prêter leurs murs à l\u2019exercice près des lieux choisis », soutient Michel Rabagliati, rencontré au Jardin de Pa- nos, légendaire restaurant de la rue Duluth dont l\u2019un des murs extérieurs accueillera une fresque.Une fantaisie d\u2019auteur Paul, lui, revêtira au fil des siècles, et d\u2019un tableau à l\u2019autre, « cas\u2019 de poil », redingote ou haut de forme, et campera un Montréalais galant lancé aux trousses d\u2019une jeune demoiselle pour lui remettre un mouchoir.Cette poursuite permettra à Paul de sauter les époques et d\u2019exposer au passage les monuments, les événements et les personnages emblématiques de la métropole, dont les Dow, les Mol- son, le Ouimetoscope, toujours lancé sur la piste de sa belle, filant tantôt en tramway, tantôt en métro ou en Bixi.Alouette ! «On voulait que les gens se déplacent et fassent le circuit.Le thème de la poursuite, c\u2019est un prétexte pour que les gens passent à la fresque suivante et découvrent l\u2019histoire de Montréal en même temps que les rues du Plateau», explique Rabagliati.Pourquoi le Plateau ?Parce que c\u2019est à deux pas des éditions La Pastèque, mais surtout parce que Paul, Montréalais jusqu\u2019à la moelle, y a égrené plusieurs des moments clés de son existence.C\u2019est au cœur du Plateau, justement, qu\u2019est campé Paul en appartement (La Pastèque, 2004), œuvre qui incarne case par case le quotidien d\u2019un jeune amorçant sa vie amoureuse et son plongeon dans la vie adulte.Rabagliati a lui-même déniché son Le personnage emblématique raconte l\u2019histoire de Montréal en douze tableaux géants dans les rues du Paul s\u2019expose en plein air Plateau VOIR PAGE E 2 : PAUL De l\u2019autre côté de la fiction.Durant tout l\u2019été, Le Devoir part à la rencontre d\u2019écrivains gagnant leur croûte dans des boulots plutôt éloignés de la littérature.En apparence.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Stéphane Larue connaît tout le monde.C\u2019est du moins l\u2019impression que vous aurez si vous éclusez une pinte en sa compagnie dans un lieu comme Le Verre Bouteille.VOIR PAGE E 6 : BARMAN CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 E 2 premier appartement à l\u2019angle des rues Villeneuve, Gilford et Saint-Denis, à deux jets de pierre de la petite ruelle De- mers, petit bijou vert du quartier où sera accroché un tableau de cette série en douze clins d\u2019œil.« Même si le parcours traverse le Plateau, les images parlent de toute l\u2019histoire de Montréal qui, dans le fond, part du fleuve pour se poursuivre ensuite rue Notre-Dame, puis rue Sainte-Catherine, en montant ainsi au fil des décennies de plus en plus vers le Nord », raconte le géniteur de Paul.Rabagliati met d\u2019ailleurs en garde ceux qui s\u2019of fusque- raient de dénicher dans cette fresque des raccourcis avec l\u2019histoire.Ils sont légion ! « C\u2019est d\u2019abord une fantaisie d\u2019auteur, ce n\u2019est pas un polaroïd de la réalité.Je me suis basé sur des références historiques pour chaque période, mais j\u2019ai mis l\u2019accent sur des choses qui ont des résonances très personnelles pour moi comme pour Paul, dont le Oui- metoscope, le parc Belmont ou le pont Jacques-Cartier.» Comme depuis le tout début des Paul, le passé de la métropole y est vivement teinté par l\u2019univers de son personnage, lui-même traversé par la sensibilité de Rabagliati et des anecdotes vécues.Des tableaux sans bulles Pour les mordus de la bédé, note l\u2019auteur, le résultat de cette fresque n\u2019est pas le produit d\u2019une création libre, mais plutôt une commande.Rabagliati a dû s\u2019imposer plusieurs contraintes, inexistantes lors de la création d\u2019un album.«J\u2019ai choisi de mettre en valeur des marqueurs connus de la ville.C\u2019est comme illustrer un magazine, ce qui est beaucoup moins intime qu\u2019un livre.Je ne voulais pas tomber dans la caricature ou dans la critique.Je vois ça comme quelque chose de festif sur Montréal», dit-il.Ce portrait en douze temps contient d\u2019ailleurs quelques clins d\u2019œil affectueux décochés à des personnages comme Michel Tremblay ou Thérèse Cas- grain, dissimulés par Rabagliati.Les plus perspicaces sauront les dénicher dans ces tableaux sans bulles, qu\u2019il faudra scruter de près pour en tirer toute la substantifique moelle.Un dépliant, des stèles fixées au sol et une application à télécharger permettront d\u2019ailleurs d\u2019en savoir plus sur chacun des arrêts de ce joyeux parcours, à faire dans l\u2019ordre ou dans le désordre.Le tout vivra pendant quatre mois, jusqu\u2019au froid de novembre, moment à par tir duquel l\u2019œuvre connaîtra une seconde vie sous la forme d\u2019un grand album, intitulé Paul à Montréal, enveloppé d\u2019une couverture rigide drapée de tissu rouge.En plus des 12 tableaux, le bel objet comprendra plus d\u2019une quarantaine d\u2019illustrations, de textes, de croquis et d\u2019anecdotes, comme une porte ouverte sur l\u2019univers créatif de Rabagliati.La chose fera figure de point final sur la jeunesse de Paul, près de 20 ans après l\u2019apparition du personnage dans Paul à la campagne, publiée en 1999.En ef fet, le metteur en scène de l\u2019ordinaire planche déjà sur une version plus sombre du personnage, que l\u2019on redécouvrira en 2018 au tournant de la cinquantaine, dans de nouvelles tranches de vie\u2026 À suivre.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 PAUL MICHEL RABAGLIATI / LA PASTÈQUE L\u2019Expo 67 fait partie des moments clés de l\u2019histoire de Montréal illustrés par le dessinateur.C\u2019est d\u2019abord une fantaisie d\u2019auteur, ce n\u2019est pas un polaroïd de la réalité.[J]\u2019ai mis l\u2019accent sur des choses qui ont des résonances très personnelles pour moi comme pour Paul [.] Michel Rabagliati « » O n s\u2019était arrêtés une fois en petite délégation familiale voir « la chose » au lieu de filer vers Charlevoix comme d\u2019habitude.Ce Cyclorama-là, à Sainte-Anne-de- Beaupré, nous semblait bien kitsch.Ses allures de jouet mécanique à crinquer, son portail néoexotique juraient avec l\u2019architecture de la basilique voisine.Non, le revêtement n\u2019était pas son atout premier\u2026 Or c\u2019est bien pour dire, une fois à l\u2019intérieur, l\u2019immense toile circulaire du panorama biblique créé à la fin du XIXe siècle nous avait impressionnés.Tous ces détails du Jérusalem d\u2019antan au moment de la crucifixion, en partie fantasmés, on le présume, si réalistes pourtant.Sur 365 degrés et 17 000 pieds carrés, avant l\u2019avènement d\u2019IMAX, fallait voir ça\u2026 Station obligée des pèlerins de la basilique depuis 1895, ce Cyclorama imaginé par le peintre allemand Hans Bruno Pighein nous était apparu soudain respectable.La fois suivante, on l\u2019avait salué au passage, le sourire en coin moins ironique, avant de l\u2019oublier à nouveau.On a un rapport tout croche avec notre héritage religieux, faut dire.Mélange de révolte et d\u2019attendrissement, mâtiné de honte.Encore difficile de saisir la pleine valeur culturelle de ce patrimoine-là, mémoire de nos aïeux.Longues à faire taire, les rancœurs collectives contre l\u2019ancienne omnipotence du clergé.Reste à s\u2019y atteler, sous peine d\u2019amnésie.Or donc, le ministre de la Culture, Luc Fortin, a reconnu au début de la semaine la valeur patrimoniale du Cyclorama, panorama le plus imposant d\u2019Amérique, ancêtre des projections immersives.En principe, il devrait rester au Québec, jugé bien patrimonial par les experts du ministère de la Culture.Restera à déterminer si ça se jouera à l\u2019échelle nationale ou locale et qui l\u2019achètera.Au moins, le dossier bouge.Depuis que la famille Blouin, gardienne du temple, l\u2019a mis en vente au coût de 5 millions, à la fin juillet, le Cyclorama, jugé longtemps ringard, reprend de la vogue.Les curieux viennent de loin pour admirer ses courbes et sa toile géante.Question de regard posé dessus.Sans une pétition lancée par le professeur de cinéma à l\u2019Université Laval Jean-Pierre Sirois- Trahan, dont Le Devoir a fait écho, elle prendrait sans doute le chemin des États, cette immense fresque là.Selon Le Soleil, la famille Blouin aurait tenté en 2015, avec l\u2019appui de la députée du coin, d\u2019obtenir une aide gouvernementale.En pure perte, alors\u2026 Comme quoi ça prend des avis d\u2019experts et des branle-bas de combat pour réveiller l\u2019État qui dort et secouer les puces des blocages collectifs.Le dragon de Lachine L\u2019héritage religieux du Québec m\u2019aura sauté aux yeux cet été, au hasard d\u2019expos et de visites guidées, tirant au passage des leçons d\u2019histoire et de culture bien inspirantes.À Lachine, devant l\u2019église des Saints-Anges- Gardiens, j\u2019admirais au-dessus du pignon central, entre deux clochers, la magnifique statue de l\u2019archange saint Michel terrassant un dragon à bouche ouverte, sur bois couvert de cuivre, attribuée \u2014 on nous l\u2019apprit plus tard \u2014 au grand sculpteur Louis Jobin.Elles sont fermées à clé, de nos jours, les églises, après les vols d\u2019objets de culte qui n\u2019honorent personne.Mais un baptême venait d\u2019y être célébré et l\u2019heureux papa nous tint la porte ouverte.\u2014 OK, on entre ! Ils valaient cent fois le coup d\u2019œil, ces anges du chœur et de la nef peints par Ozias Leduc sous assistance entre autres de Paul-Émile Borduas.Le buffet de l\u2019orgue Casavant exposait ses tuyaux en tribune.Du coup, deux dames qui s\u2019activaient devant l\u2019autel nous ont raconté l\u2019histoire de l\u2019église, sans cesse brûlée et reconstruite depuis l\u2019aube du Régime français : un de ces moments délicieux et instructifs qui nous font taper sur Google « église des Saints-Anges » et « Lachine » pour en apprendre davantage.Voyage dans le temps Autre escale : Québec, au pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts.Sur les cimaises jusqu\u2019au 4 septembre, j\u2019ai rattrapé l\u2019expo Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins.Ces œuvres religieuses, exécutées aux XVIIe et XVIIIe siècles par des artistes européens souvent renommés, ornaient les églises de Paris.Saisies à la Révolution française puis récupérées par le père Philippe- Jean-Louis Desjardins avec appui de son frère aumônier, expédiées au Québec, elles ornaient depuis les parois des églises paroissiales et des communautés religieuses.Plusieurs servirent de modèles aux artistes d\u2019ici, de Théophile Hamel à Joseph Légaré.40 tableaux d\u2019origine et 20 copies québécoises, déployés sur grandes surfaces muséales, pour mieux nous raconter les migrations de l\u2019art lors des crises politiques sur dérive des continents.Je gardais le souvenir de l\u2019importance accordée par les sœurs ursulines devant les élèves aux tableaux français de la chapelle extérieure du couvent.Décrochés de leurs vieux murs, ils se mêlent aujourd\u2019hui au musée à ceux des Augus- tines, des églises Saint-Roch, de Saint-Antoine-de- Tilly, et autres prêteurs.Grande panoplie d\u2019angelots, de cieux déchirés pour les grandes révélations, et autres Marie-Madeleine, souvent superbes, en mission désormais historique.Étant entrée plus tard dans la chapelle des Augustines de l\u2019Hôtel-Dieu, le fac-similé d\u2019une œuvre de François-Guillaume Ménageot y comblait un vide au mur, en attendait son retour du MBAQ.L\u2019ancien cloître du monastère, placé en fidu- cie (avec délicieux resto), se laisse visiter.Parcourant ses dédales et les voûtes du Régime français, sur garnitures de boulets perdus de tirs britanniques, on remontait le temps.De la cour du couvent, se berçait devant nous au balcon une des dix ou douze augustines toujours hôtesses des lieux.Lorsque la dernière d\u2019entre elles quittera le Vieux-Québec, comme le feront à l\u2019automne les ursulines, c\u2019est un pan continu de l\u2019aventure des francophones d\u2019Amérique qui s\u2019évanouira à leur suite, ai-je songé.Et par-delà les incroyances, aucune rancune tenace, même justifiée, ne devrait nous masquer la valeur de ce riche patrimoine, me suis-je dit encore en fermant le portail.Paroles d\u2019anges de bois ou de papier GOUVERNEMENT DU CANADA INSTITUT CANADIEN DE CONSERVATION L\u2019Incrédulité de saint Thomas (1770), une œuvre de Jean-Jacques Lagrenée qu\u2019on peut voir au Musée national des beaux-arts du Québec ODILE TREMBLAY CULTURE > CINÉMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 E 3 F R A N Ç O I S L É V E S Q U E I l était une fois un père qui, par cupidité, vendit sa fille à Lucifer.Touchée par la grâce, elle échappa au Malin qui, courroucé, lui coupa les mains.Ne succombant pas au chantage, elle alla son chemin et trouva refuge en un mer veilleux jardin.La jeune fille sans mains n\u2019est, pour dire le vrai, pas l\u2019œuvre la plus connue des frères Grimm.Ce qui n\u2019a pas empêché Sébastien Laudenbach d\u2019en tirer un film d\u2019animation remarquable.Ce conte, pour le compte, le cinéaste ne le connaissait pas du tout avant qu\u2019un producteur lui en parle.De cela, et de la pièce qu\u2019en avait tirée Olivier Py.C\u2019était en 2001 et, après sept ans d\u2019ef forts, ce premier projet d\u2019adaptation tomba à l\u2019eau.«On n\u2019est pas arrivés à réunir les fonds, ce sujet faisant grincer», explique Sébastien Laudenbach.Vrai que du Grimm, ce n\u2019est pas du Disney.«En même temps, d\u2019emblée, je m\u2019étais dit qu\u2019il ne fallait pas que je mette mes tripes sur la table, parce que ce serait trop dur si, justement, ça ne fonctionnait pas.» Hanté par cette histoire dure mais inspirante, Sébastien Laudenbach y revint, irrésistiblement.Fluidité envoûtante Laissant de côté la version scénique, il s\u2019en tint alors au conte originel, fort riche au demeurant.« J\u2019ai été séduit par la trajectoire de cette jeune fille ; il y avait une dimension féministe inhérente au récit.Le thème de l\u2019émancipation est récurrent dans les contes, mais je ne l\u2019avais jamais vu traité de cette façon-là.» La dénonciation du patriarcat et de la misogynie tous azimuts est manifeste dans l\u2019adaptation, davantage encore que dans le conte, issu du reste d\u2019un autre temps, or, jamais le film ne succombe au piège de la thèse.La narration coule, à l\u2019instar de l\u2019animation, d\u2019une fluidité envoûtante.«À terme, j\u2019ai fait une lecture psychanalytique du conte : je me suis demandé ce que ça me racontait à moi.Je me suis dès lors retrouvé dans plein d\u2019aspects de cette histoire.D\u2019où sans doute la nécessité d\u2019y revenir.» L\u2019héritage McLaren Juste avant de rempiler avec La jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach réalisa un court métrage en expérimentant avec des techniques d\u2019animation nouvelles pour lui.« Elles m\u2019ont été inspirées par un génie de chez vous, Norman McLaren.Ce court métrage, je l\u2019ai réalisé tout seul en un mois, et je me suis dit qu\u2019en recourant aux mêmes techniques, du dessin sur papier très traditionnel dont la couleur est ensuite transformée par ordinateur, je parviendrais peut-être à réaliser un long métrage tout seul, en un an.Ç\u2019a pris plus qu\u2019un an, mais j \u2019ai été immergé dans le film ; c\u2019était presque une transe.» Rien de ce qui avait été développé pour la première tentative ne fut utilisé.À partir du conte, Sébastien Laudenbach improvisa un scénario au gré d\u2019esquisses qui jaillissent les unes des autres en un flot d\u2019une force d\u2019évocation remarquable.«L\u2019ironie, c\u2019est que contrairement à la mise en garde que je m\u2019étais faite des années auparavant, je n\u2019ai fait que cela, mettre mes tripes sur la table.C\u2019est pour ça que je ne peux pas voir le film : je m\u2019y reconnais trop.Je me reconnais dans tous les personnages, à commencer par celui de la jeune fille.Au commencement, on m\u2019a confié ce projet que j\u2019ai aimé et nourri ; je l\u2019ai illustré.Puis, on me l\u2019a enlevé : on m\u2019a coupé les mains.Après, comme la jeune fille, il a fallu que je m\u2019isole et fasse pousser un jardin, que je développe mon univers créatif, pour finalement faire fleurir le film, autrement.» L\u2019art et la manière Qui peut voir La jeune fille sans mains ?En France, le film a été permis à tous, à partir de l\u2019âge de 8 ans.« Aux parents qui m\u2019ont demandé s\u2019ils pouvaient amener leurs enfants, j\u2019ai répondu : c\u2019est une histoire cruelle, mais qui est racontée de manière douce.Le concevoir sans pression commerciale, ça voulait dire personne pour venir s\u2019opposer à tel ou tel élément.C\u2019est pour ça que beaucoup de films d\u2019animation sont un peu coincés.Ce film-ci ne l\u2019est pas.Il est certes étrange, avec cette jeune fille inachevée et ces dessins qui le sont aussi, le fond et la forme fusionnant\u2026 Un film étrange, donc, mais ouvert.Et libre.» Lauréat du Prix du jury au Festival international du film d\u2019animation d\u2019Annecy, La jeune fille sans mains prend l\u2019affiche le 18 août.Le Devoir La manière douce Sébastien Laudenbach à propos de La jeune fille sans mains, d\u2019après les frères Grimm THE GLASS CASTLE ?Drame biographique de Destin Daniel Cretton.Avec Brie Larson, Woody Harrelson, Naomi Watts, Max Greenfield, John Caras, Sarah Snook et Brigette Lundy-Paine.États- Unis, 2017, 127 minutes.M A N O N D U M A I S L\u2019 écrivaine et journaliste Jeannette Walls a vécu une enfance hors du commun qu\u2019elle a racontée dans Le château de verre, best-seller de 2005.Toutefois, l\u2019adaptation qu\u2019en a tirée Destin Daniel Cretton, réalisateur de Short Term 12 (inédit au Québec) et scénariste du lamentable The Shack de Stuar t Hazeldine, s\u2019apparente à un film inspiré de faits vécus bien commun.Chroniqueuse mondaine au New York Magazine, Jeannette Walls (Brie Larson, glaciale) s\u2019apprête à épouser son fiancé (Max Greenfield, ar tificiel) avec qui elle vit dans un somptueux appartement sur Park Avenue.Un soir qu\u2019elle revient chez elle en taxi, elle aperçoit un couple qui fait les poubelles.Ayant reconnu ses parents, Rex (Woody Harrelson, frisant la caricature sous son horrible moumoute) et Rose Mary (Naomi Watts, sous-utilisée derrière son maquillage raté), Jeannette se remémore alors son enfance difficile.Élevés par un père alcoolique, menteur et incapable de tenir ses promesses et une mère peintre insouciante et irresponsable, les quatre enfants Walls ont passé leur jeunesse à déménager d\u2019une demeure miteuse à une autre à travers les États-Unis afin de fuir de nombreux créanciers.Le manque d\u2019argent, de nourriture et de soins était leur lot quotidien.En revanche, ils baignaient dans la poésie et le rêve.À l\u2019exception de la benjamine Maureen (Brigette Lundy-Paine), qui squatte avec ses parents une piaule pourrie dans le Lower East Side, les enfants \u2014 Lori (Sarah Snook), Brian (John Caras) et Jeannette \u2014 ont quitté prématurément le foyer afin de s\u2019émanciper.Les gros violons L\u2019enfance de Jeannette Walls ayant été assez malheureuse, on se demande bien pourquoi le réalisateur a sorti ses gros violons.Dénué de toute subtilité, The Glass Castle enchaîne mécaniquement les allers-retours dans le temps sans parvenir à maintenir l\u2019intérêt du spectateur.Sans prendre la peine d\u2019étoffer les personnages, Destin Daniel Cretton, qui signe le scénario avec Andrew Lanham (The Shack), se complaît plutôt dans le sordide et dans le sucré pour illustrer le passé.Lorsqu\u2019il s\u2019intéresse à la Jeannette adulte, qui mène une vie confortable dans le New York de 1989, The Glass Castle prend l\u2019allure d\u2019un magazine de papier glacé.D\u2019une réalisation impersonnelle, ce lourd et laborieux mélo se résume en une suite de flash-back anecdotiques racontés du point de vue d\u2019un personnage antipathique.S\u2019il parvient à rendre émouvant ce récit d\u2019un clan aussi aimant que dysfonctionnel, Destin Daniel Cretton noie le moindre moment de sincérité alors qu\u2019il s\u2019enlise progressivement dans la guimauve et fait sombrer l\u2019ensemble dans une conclusion moralisatrice.Pour couronner le tout, on nous balance durant le générique final des photos et des extraits d\u2019archives de la famille Walls.Le Devoir Les mensonges que mon père me contait The Glass Castle relate l\u2019enfance malheureuse de la journaliste Jeannette Walls SAGE FEMME ?Drame de Martin Provost.Avec Catherine Frot, Catherine Deneuve, Olivier Gourmet, Quentin Dolmaire, Mylène Demongeot.France, 2017, 117 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E E lles sont deux actrices aux tempéraments distincts, appartiennent à deux générations, mais partagent un même prénom.Catherine Deneuve est devenue icône presque à ses débuts.Catherine Frot a connu la gloire sur le tard.Leur rencontre, on l\u2019attendait depuis longtemps.Avec Sage femme, de Martin Provost, c\u2019est maintenant chose faite, et bien faite.Il faut dire que Martin Provost est passé maître dans l\u2019art des portraits féminins complexes et sensibles, portés chaque fois par des interprétations exceptionnelles.On n\u2019a qu\u2019à se souvenir de Séraphine, sur la peintre Séraphine de Senlis, et d\u2019Où va la nuit, sur une femme victime de violence conjugale qui décide de tuer son mari, tous deux avec Yolande Moreau, ou encore de Violette, dans lequel Emmanuelle Devos incarne l\u2019auteure Violette Leduc.Sage femme ne fait pas exception.Frot et De- neuve, au sommet de leur art, l\u2019une sobre, l\u2019autre exubérante, toutes deux d\u2019une justesse inouïe, se livrent à un pas de deux qui fait plaisir à voir.La cigale et la fourmi Ce drame tout en demi-teintes, et non dénué d\u2019humour, s\u2019attarde au quotidien professionnel gratifiant, mais personnel quelque peu morne, de Claire, une sage-femme qui a élevé seule un grand fils qui vient de quitter le nid.Claire ne boit pas, ne fume pas et ne mange pas de viande.Elle sourit peu.Débarque dans son existence rangée Béatrice, une figure du passé qui charrie sans le savoir dans son sillage un lot de souvenirs malheureux.Béatrice qui boit, fume, mange de la viande, mais rit moins qu\u2019avant.Cancer.Ancienne amoureuse du défunt père de Claire, Béatrice entend renouer avec celle-ci.Prompte à repousser l\u2019importune, Claire se laisse émouvoir par la maladie de Béatrice, puis, enfin, par la personne, une femme libre et insouciante : son exact contraire.Profondément humain En cela, le titre, qui apparaît avec un trait d\u2019union qui se dissout, renferme plusieurs clés pour comprendre le personnage de Claire.Claire si pleine de sagesse, mais trop flegmatique \u2014 sage \u2014 pour son propre bien.Ce dont elle prend conscience, non sans résister, au contact de Béatrice.Ce faisant, elle se donne un second souffle, se (re)donne naissance.C\u2019est d\u2019une délicatesse, d\u2019une acuité, et ce tant à l\u2019écriture qu\u2019à la mise en scène.Avec sa beauté sans fard et, surtout, sa paire d\u2019actrices suprêmement douées, ce film profondément humain réchauffera le cœur des cinéphiles.Oui, l\u2019attente en aura valu la peine.Le Devoir Se donner naissance Sage femme offre un face à face émouvant entre les deux Catherine du cinéma français ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour Sébastien Laudenbach, La jeune fille sans mains est une histoire cruelle mais racontée de manière douce.Aux parents qui m\u2019ont demandé s\u2019ils pouvaient amener leurs enfants, j\u2019ai répondu : c\u2019est une histoire cruelle, mais qui est racontée de manière douce Le réalisateur français Sébastien Laudenbach « » MICHAEL CROTTO / MK2 MILE END Avec sa paire d\u2019actrices suprêmement douées, ce film profondément humain réchauf fera le cœur des cinéphiles.LES FILMS SÉVILLE Les quatre enfants Walls ont passé leur jeunesse à déménager d\u2019une demeure miteuse à l\u2019autre à travers les États-Unis. CULTURE > CINÉMA ET MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 E 4 MENASHE ?Drame de Joshua Z.Weinstein.Avec Menashe Lustig, Yoel Weisshauss, Ruben Niborski, Meyer Schwartz.États-Unis, 2017, 82 minutes.A N D R É L A V O I E V ous souvenez-vous du désarroi de Dustin Hoffman en père démuni et seul devant sa progéniture dans Kramer vs.Kramer ?À la fin des années 1970, le sujet était jugé audacieux, et la même situation semble aujourd\u2019hui aussi controversée au sein de la communauté juive hassidique.C\u2019est à ce tabou que s\u2019attaque le documentariste Joshua Z.Weinstein dans Menashe, son premier film de fiction.Nullement rattaché à cet univers clos, n\u2019ayant aucune maîtrise du yiddish, il effectue tout de même cette plongée dans ce monde où tout est strictement codifié, dont les rapports entre les hommes et les femmes.Voilà d\u2019ailleurs ce qui provoque un malaise sérieux autour de Menashe (émouvant et débonnaire Me- nashe Lustig), veuf depuis un an et pas du tout pressé de se remarier.Tous, à commencer par son rabbin, lui souhaitent une nouvelle conjointe, ce qui assurera le bien-être de son fils Rieven (Ruben Niborski), ballotté entre le foyer de son oncle (Yoel Weisshauss), un être intransigeant et accusateur même dans ses silences, et celui de son père, modeste et bordélique.Bourdes et étourderies Or, comment y par venir avec un boulot de caissier dans une épicerie, criblé de dettes, incapable de se faire cuire un œuf et toujours en retard ?Menashe semble passer sa vie à réparer ses bourdes et ses étourdies, dont certaines couvrent de honte son fils tiraillé aussi entre son respect pour son père et son désir légitime d\u2019une existence moins précaire.Une cérémonie soul ignant la mémoire de sa conjointe disparue, point culminant de cette conquête désespérée d\u2019autonomie, mélange les odeurs de roussi aux souvenirs doux-amers, illustrant aussi tous les codes secrets qui régissent ce milieu en marge du monde.Joshua Z.Weinstein laisse constamment transparaître son héritage de documentariste, filmant de près des interprètes au profil singulier, et pas seulement à cause de leur absence évidente de technique de jeu et leur aisance à converser en yiddish.Car mis à part quelques rares dialogues en anglais et en espagnol, tout se déroule dans cette langue largement entendue dans les rues de Brooklyn.Jamais le cinéaste n\u2019embrasse ce célèbre quartier dans sa totalité, nettement plus concentré sur ces visages souvent fermés, ou, en de rares occasions, légèrement illuminés d\u2019espoir.L\u2019espérance se fait d\u2019ailleurs rare tout au long de ce récit accordant une large place à l\u2019observation de coutumes plutôt déstabilisantes pour un regard extérieur, égratignant le côté rigoriste de ces rituels, révélant aussi les sacrifices personnels que chacun doit assumer pour la sauvegarde de la communauté.C\u2019est cette mascarade religieuse que le rebelle Menashe a beaucoup de mal à jouer.Sur un ton que plusieurs jugeront pessimiste, rien ne laisse croire qu\u2019il en sor tira vainqueur, prouvant aussi que Joshua Z.Weinstein, le documentariste, n\u2019est jamais loin.Collaborateur Le Devoir Papa veut avoir raison Un juif hassidique rêve d\u2019autonomie, mais sa communauté ne le voit pas du même œil S E R G E T R U F F A U T C\u2019 est la saison des palmes, des récompenses, la saison des champions.À la surprise générale, le trompettiste et compositeur Wadada Leo Smith a été sacré ar tiste de l\u2019année, devant Charles Lloyd, trompettiste de l\u2019année et auteur du meilleur disque de l\u2019année, soit America\u2019s National Park paru sur l\u2019étiquette CuneiformRecords.La surprise ?Les critiques de jazz réunis aux quatre coins de la planète, et qui année après année sont invités par le mensuel Down Beat à se prononcer et à voter, ont choisi cette année un musicien inclinant for tement vers le free jazz et la musique contemporaine.En un mot comme en mille, l\u2019œuvre de Smith est à la fois austère et méditative.Son parcours, son long parcours, est bien évidemment à l\u2019image de ses af fections esthétiques.À preuve : ses fréquentations.À ce que l \u2019on sache, il n\u2019a jamais occupé la scène aux côtés des cadors du jazz, mais toujours aux côtés de ceux qui s\u2019appliquent à décaper nos neurones.La plus emblématique de ses fréquentations reste Anthony Braxton, avec qui il a collaboré dès 1970.Qui d\u2019autre ?Les pianistes Anthony Davis et Mathew Shipp, les saxophonistes Oliver Lake et David Murray, le compositeur et chef d\u2019orchestre Butch Morris et le touche-à-tout de génie qu\u2019est John Zorn.Voilà pour Wadada Leo Smith.Dans la catégorie disques, les critiques ont accordé leurs votes, dans l\u2019ordre, à Old Locks and Irregular Verbs d\u2019Henr y Threadgill, à Sunday Night at The Vanguard du pianiste Fred Hersch, à In Movement du trio DeJohnette-Coltrane- Garrison, à Lovers du guitariste Nels Clines et à Holding the Stage : Road Shows Vol.4 de Sonny Rollins.L\u2019iconoclaste Don Cherry a été élu (Yes !) au Temple de la renommée devant Anthony Braxton et Charles Lloyd.On a eu la mauvaise surprise de constater que ni le pianiste Jaki Byard, réputé notamment pour son immense science musicale, ni le saxophoniste Hank Mobley, réputé pour avoir été au cœur de l\u2019explosion du hard-bop, ni Oliver Nelson, réputé pour ses talents d\u2019arrangeur et de compositeur, n\u2019ont encore été élus.La palme de l\u2019album historique de l\u2019année est allée à Bill Evans pour Some Other Time, The Lost Session from The Black Forest sur l\u2019étiquette Resonance, devant Miles Davis pour Freedom Jazz Dance : The Bootleg Series sur Sony/Legacy, Count Basie et Lester Young pour Classic 1936-1947 Studio Sessions sur Mosaic, Keith Jarrett pour A Multitude of Angels sur ECM et Sun Ra pour Singles : The Definitive 45s Collection Vol.1, 1952- 1961.Le groupe de l\u2019année?Charles Lloyd et The Marvels, devant DeJohnette-Coltrane-Garrison, The Cookers, le Fred Herch Trio et le Wayne Shooter Quartet.Lloyd a également été nommé meilleur saxophoniste ténor, suivi de Joe Lovano, de Donny McCaslin et de Waybe Shorter.Le big-band ?Le Maria Schneider Orchestra, devant la Darcy James Argue\u2019s Secret Society, Carla Bley With Charlie Haden\u2019s Libération Orchestra et le Jazz at Lincoln Center Orchestra.Kenny Bar ron a doublé Hersch, Brad Meldhau, Craig Taborn et Vijay Iyer dans la catégorie piano.À la trompette derrière Leo Smith on retrouve Ambrose Akinmu- sire, Tom Harrell et Ingrid Jensen.Quoi d\u2019autre ?The Blues, The Whole Blues and Nothing But the Blues de David Bromberg a récolté la palme du meilleur album de blues, devant Fantasizing about Being Black d\u2019Otis Taylor.Voilà pour l\u2019essentiel de ce 65e référendum organisé par Down Beat.?Intéressant.S\u2019agissant de la brève consacrée dans une chronique récente à des bandes enregistrées par Thelonious Monk pour les besoins du film Les liaisons dangereuses de Roger Vadim, un lecteur très attentif nous a envoyé un message pour nous signaler que l\u2019étiquette Sam Records & Saga les avait publiées en Europe.Et alors ?Dans la brève en question, on avait souligné que l\u2019étiquette américaine Resonance avait présidé notamment au nettoyage et au mixage des bandes.Après vérification, c\u2019est bel et bien à cette dernière que les propriétaires français de ces dernières avaient confié l\u2019opération évoquée.Reste ceci à élucider : est-ce que Resonance aura le mandat de distribution, sous licence évidemment, en Amérique du Nord ?En attendant, mille fois merci au lecteur de Terrebonne.?Joe Fields, producteur et fondateur des étiquettes Muse, High Note et Savant, est décédé le 12 juillet dernier.Il avait 88 ans.Les albums que le saxophoniste Teddy Edwards avait enregistrés pour Muse avaient permis à ce dernier de connaître un second et long souf fle.Idem pour Houston Person, David Fathead Newman et Frank Morgan, mais sur l\u2019étiquette High Note.Collaborateur Le Devoir JAZZ Wadada Leo Smith, champion toutes catégories Le trompettiste et compositeur a été sacré artiste de l\u2019année par Down Beat TOM BEETZ CC WIKIMEDIA Wadada Leo Smith incline fortement vers le free jazz et la musique contemporaine.13 \u2013 26 AOÛT DIRECTEUR GÉNÉRAL & ARTISTIQUE ANDRÉ J.ROY ENTRÉE GRATUITE / RÉSERVEZ VOS PLACES 2017 6 CONCERTS EXCEPTIONNELS 17 08 ZORÀ ÉTATS-UNIS / IDOMENEO ESPAGNE / HONGRIE / BELGIQUE 18 08 ROLSTON CANADA / GIOCOSO ALLEMAGNE / ROUMANIE / PAYS-BAS 13 08 ESCHER ÉTATS-UNIS CONCERT D\u2019OUVERTURE 26 08 VAN KUIJK FRANCE CONCERT DE CLÔTURE 24 08 IDOMENEO ESPAGNE / HONGRIE / BELGIQUE / ZORÀ ÉTATS-UNIS 25 08 GIOCOSO ALLEMAGNE / ROUMANIE / PAYS-BAS / ROLSTON CANADA QUATUORS À CORDES SALLE POLLACK 19 H MISQA.COM 514.550.8057 INVITÉS : VALENTIN ERBEN ET MATHIEU HERZOG MÉTROPOLE FILMS Joshua Z.Weinstein laisse constamment transparaître son héritage de documentariste, filmant des interprètes au profil singulier.LANDLINE ?1/2 Comédie de Gillian Robespierre.Avec Jenny Slate, John Turturro, Finn Wittrock, Edie Falco, Jay Duplass.États-Unis, 2017, 93 minutes.O D I L E T R E M B L A Y Comédie de mœurs plutôt facile et second long métrage de la réalisatrice américaine Gillian Robespierre après Obvious Child, Landline, lancé à Sundance, s\u2019appuie sur des ressorts éprouvés, entre rires et émotions.Avec l\u2019Italien John Turturro, sous-utilisé en père de famille infidèle, l\u2019action se déroule à Manhattan en 1995, dans la communauté juive italienne.L\u2019ado (Abby Quinn), qui s\u2019initie aux joies sexuelles, découvre que son papa a une aventure.La sœur aînée (Jenny Slate), mise en confidence, tâte de l\u2019infidélité par effet d\u2019entraînement, au grand dam du compagnon officiel, qui n\u2019apprécie guère les écarts de conduite de sa promise.Quant aux parents, ils gagneront, vite fait, en humanité à travers cette crise de couple.Les dialogues entre les deux sœurs marient charme, velléités de rébellion et candeur involontaire sur une atmosphère propre aux films indépendants new-yorkais, très urbains, parfois vibrants.Nulle prouesse d\u2019interprétation au menu, à par t quelques étincelles de Jenny Slate, et une mise en scène banale avec caméra de proximité.Des références aux classiques de Woody Allen sont multiples : vues frontales sur Manhattan, séances au cinéma, sexe et rock\u2019n\u2019roll, sans le sel des répliques du cinéaste d\u2019Annie Hall ni ses talents de scénariste.L\u2019esthétique et la technologie des années 1990 se révèlent omniprésentes, histoire d\u2019éclairer une ère prérévolu- tion numérique.Téléphones à fils entor tillés, magasins de musique archibondés, murs de vidéocassettes, bars enfumés, banc public pour amours furtives : voici toute la panoplie du vintage récent mise au service d\u2019une dynamique familiale plus convenue que coquine, par-delà deux ou trois sages étreintes sexuelles.De jolies chansons et des bons sentiments arracheront peut- être une larme aux nostalgiques de cette époque révolue, malgré le dénouement en queue de poisson et une morale d\u2019unité familiale appuyée.Est-ce bien suffisant ?Le Devoir Dérives sans sel à Manhattan Présenté par La Fondation Arte Musica présente IAN BOSTRIDGE LE VOYAGE D\u2019HIVER LUNDI 12 FÉVRIER, 19 h 30 Ian Bostridge, ténor Julius Drake, piano SCHUBERT Winterreise L\u2019extraordinaire ténor anglais interprète l\u2019un des cycles vocaux les plus bouleversants de l\u2019histoire de la musique.LES ARTS FLORISSANTS MERCREDI 4 OCTOBRE, 19 h 30 Paul Agnew, direction musicale et ténor MONTEVERDI Magrigaux extraits des Livres IV, V et VI Célébrez le 450e anniversaire de la naissance de Claudio Monteverdi avec l\u2019une des formations les plus réputées au monde.Concert présenté en collaboration avec le Club musical de Québec LE POÈME HARMONIQUE MARDI 7 NOVEMBRE, 19 h 30 Isabelle Druet, mezzo-Soprano Vincent Dumestre, direction Danza ! Découvrez les musiques espagnoles jouées dans le Paris baroque ! THE TALLIS SCHOLARS MARDI 5 DÉCEMBRE, 19 h 30 Peter Phillips, chef Motets de Heinrich ISSAC, Josquin DES PRÉS, Thomas CRECQUILLON et John BROWNE Les Tallis Scholars sont incontestablement l\u2019un des plus prestigieux chœurs de chambre au monde.JEAN RONDEAU clavecin JEUDI 26 AVRIL, 19 h 30 Œuvres de F.COUPERIN, RAMEAU et ROYER Le fougueux claveciniste français revient à la salle Bourgie avec un programme regroupant trois ?gures marquantes de la musique baroque française.17.18 SÉRIE TIFFANY Beauté et émotion sont au rendez-vous dans cette série de prestige ! SALLEBOURGIE.CA 514-285-2000 Billets et programmation complète MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 E 5 C U L T U R E theatreoutremont.ca # 8,50 $ (Corée du Sud) Le lundi 14 août | 16 h et 19 h 30 9,00 $ de Park Chan-wook MADEMOISELLE VOSTF theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 47 FILMS 27 JOURS 3 SÉANCES PAR JOUR Du 3 août au 3 septembre 2017 à 2001 : L\u2019ODYSSÉE DE L\u2019ESPACE Cette semaine de LA DOLCE VITA Y V E S B E R N A R D Au festival Orientalys, Yacine & The Oriental Groove fut assurément la révélation de 2013.Avec son mélange de chaâbi algérois et de rumba catalane, de mélodies orientales et de rythmes nord-africains, avec une touche de reggae et de rock, le groupe de Barcelone revient ce samedi au quai de l\u2019Horloge du Vieux- Port de Montréal pour of frir Mediterranean Clash, un troisième disque qui révèle un réel intérêt pour une Méditerranée ouverte en cette période d\u2019explosion migratoire.« En comparaison avec nos deux premiers albums, on a essayé de revendiquer cette Méditerranée positive qui nous a apporté tellement», affirme Yacine Belahcene Benet, le chanteur de l\u2019Oriental Groove.« Cette même Méditerranée est en train de se convertir en cimetière.On n\u2019a qu\u2019à regarder tout ce qui se passe avec les migrants qui essaient de traverser.On essaie de revendiquer cette facilité de mouvement parce que, sinon, il se passe ce qui est en train de se passer : des morts et des gens qui se jettent dans la mer.» Cette Méditerranée, Yacine & The Oriental Groove la recherche également dans la musique, alors que le répertoire permet de faire le tour de la grande bleue, du Moyen- Orient au Maghreb.Les deux leaders du groupe incarnent bien le phénomène : Yacine Belahcene, qui est né de père algérien et de mère catalane, chante dans les deux langues alors que Yannis Papaioannou vient de Thessalonique.Il a électrifié son oud et intègre souvent des cordes orientales à sa musique.« Il est le directeur artistique, il a fait l\u2019école classique de l\u2019oud et a aussi cette influence grecque.Il est la moitié de la sonorité des chansons», explique l\u2019autre meneur de la formation.Esprit d\u2019ouverture Au début du millénaire, on l\u2019a connu avec Cheb Balowski, un excellent band de musique aux allures débridées, qui était au centre d\u2019un fabuleux mouvement de métissage à Barcelone, dont la compilation Barcelona Raval Sessions avait dévoilé plusieurs secrets.Les Ojos de Brujo, Dusminget et d\u2019autres avaient fait les beaux jours d\u2019une ville qui s\u2019affirmait par son esprit d\u2019ouverture et, depuis ce temps, plusieurs ont établi des comparaisons entre Montréal et la capitale catalane.Cela tient-il la route, selon Yacine Belahcene ?« Oui et non.C\u2019est vrai que, pendant des années, il y avait des musiciens partout et plein de locaux pour répéter.Dans les locaux, tu trouvais des musiciens qui venaient de partout et c\u2019est vrai qu\u2019il y a eu un mix, mais il a duré très peu de temps.Ça n\u2019a pas tenu parce que les grands labels se sont approprié ce mouvement.Et pendant ces années, il y a eu un modèle touristique hyperspécu- latif.C\u2019est horrible, c\u2019est devenu impossible de louer pour les gens de Barcelone.Même moi, je suis rendu à une trentaine de kilomètres à l\u2019extérieur.Par contre, il est vrai que Barcelone demeure une ville plus ouverte qu\u2019ailleurs en Europe, même si le racisme y existe comme partout et que, avec tout ce qui se passe avec le terrorisme, il y a beaucoup de stigmatisation.» Le choc méditerranéen traverse les villes et anime donc le troisième disque de l\u2019Oriental Groove : « Dans Barcelona Sona, on parle de notre ville qui est devenue celle d\u2019Airbnb.Dans Monstres Sota el LLit, on parle de vie meilleure.Ce qu\u2019on veut, c\u2019est de vivre avec le maximum de respect pour les dif fé- rentes cultures.On revendique aussi l\u2019authenticité des villes.La mondialisation a fait qu\u2019il n\u2019y a plus de grandes dif fé- rences entre les villes.» Musicalement, l\u2019Oriental Groove intègre par fois les cordes orientales avec sensibilité : «On ne veut pas mélanger pour mélanger.On essaie de donner une sonorité sérieuse », af firme Yacine.Ce qui n\u2019empêche pas la danse.Collaborateur Le Devoir LE FESTIVAL ORIENTALYS Au quai de l\u2019Horloge du Vieux- Port de Montréal du 10 au 13 août.Yacine & The Oriental Groove sur la scène TD, samedi 12 août à 19h30.www.festivalorientalys.com FESTIVAL ORIENTALYS Yacine & The Oriental Groove : Alger, Barcelone et la Méditerranée C H R I S T O P H E H U S S L e pianiste français Jean-Philippe Collard, 69 ans, est l\u2019un des invités prestigieux de la V irée classique qui se tient ce samedi à la Place des Arts.Après avoir présenté vendredi soir son Concerto pour la main gauche de Ravel avec Kent Nagano, dif fusé en direct sur Medici.tv, Jean-Phi- lippe Collard donnera ce samedi un récital Chopin, à 20 h 45, à la Cinquième Salle et un concer t de musique de chambre consacré à Fauré à 13 h au même endroit.Une disparition à petit feu Jean-Philippe Collard s\u2019est battu pendant toute sa carrière pour le répertoire français.Pas seulement Ravel et Debussy, mais aussi Fauré, avec sa célèbre intégrale discographique des nocturnes.«Au disque, oui, car programmer les nocturnes de Fauré en concert, il ne faut pas rêver», se désole le pianiste, en entrevue au Devoir.Cette musique française, Jean-Philippe Collard l\u2019a moins imposée qu\u2019il l\u2019aurait voulu lui- même, puisque Dédodat de Sé- verac, qu\u2019il place en tête de liste des compositeurs sous-estimés, il ne l\u2019a jamais vraiment joué.Par contre, Jean-Philippe Collard est très pessimiste quant au futur de ce répertoire : «Je suis effrayé de voir que cette musique célébrée dans le monde entier, ce joyau pour un pays comme la France, est laissée de côté dans les concours internationaux et n\u2019est plus mise en valeur.» Le pianiste, qui avait consenti à faire par tie du jur y au concours Van Cliburn avant de se récuser (« Je ne peux me résoudre à entendre du piano à la chaîne», nous confie-t-il), dresse un constat inquiet et inquiétant: «On assiste à une mondialisation du jeu pianistique.Il y a par ailleurs une manière de rentrer dans la carrière.Je schématise un peu: il faut jouer vite et fort.Le répertoire français est donc absent de tout cela puisque, précisément, ce n\u2019est pas \u201cle genre de la maison\u201d.Le piano français, c\u2019est une question de sonorité, de toucher, d\u2019articulation, d\u2019atmosphère, de brumes, de couleurs, de nuages.Tout cela a disparu de l\u2019esprit des étudiants et des professeurs, qui ont besoin de résultats pour faire bouillir la marmite.» La situation n\u2019est pas nouvelle.Jean-Philippe Collard se remémore ainsi la période où Charles Dutoit dirigeait l\u2019Orchestre national de France (1991-2001).La curiosité du chef envers des œuvres françaises moins connues n\u2019était pas vraiment partagée par les musiciens et l\u2019administration.«Charles Dutoit m\u2019avait raconté la difficulté d\u2019imposer des œuvres françaises moins réputées pour les amener en tournée à l\u2019étranger et les faire connaître », raconte Collard.Et le pianiste de conclure : «On était déjà dans une logique étrange, comme si cette musique était \u201cà côté\u201d.» Renouveau et reconnaissance Le risque d\u2019une désuétude de la musique française inquiète Jean-Philippe Collard au point de l\u2019amener à créer une Académie pour l\u2019enseignement de la musique française pour piano.Parmi la quinzaine de professeurs, on trouve Jean- Philippe Collard, bien sûr, Michel Béroff, Jacques Rouvier, Jean-Ef flam Bavouzet, Bertrand Chamayou, Anne Quéfel- lec, Claire Marie Le Guay, tous inquiets de voir cette musique disparaître des répertoires et des concours internationaux, « à l\u2019exception peut-être de Fauré, qui connaît une recrudescence d\u2019intérêt de la part de certains confrères », reconnaît Jean-Philippe Collard, sans nommer Éric Le Sage.L\u2019Académie, qui en est à sa première année de fonctionnement, recr ute sur dossiers pour garantir le niveau et opère au moment des vacances scolaires en profitant des infrastructures de l\u2019École normale à Paris.Chose importante : « Les étudiants ne peuvent pas se concentrer juste sur Debussy ou Ravel.La première année, un accent a été mis sur la musique pour piano d\u2019Albert Roussel.» « L\u2019Académie est encore embryonnaire, mais le fait que 15 ou 16 des plus grands pianistes français vivants aient dit oui tout de suite en dit long sur leurs préoccupations et interrogations.Quelque chose ne fonctionne pas normalement.» Celui qui voudrait savoir si Jean-Philippe Collard apprécie par ticulièrement un de ses disques ferait chou blanc : « Je ne réécoute jamais mes enregistrements, sauf par accident à la radio.» Mais il n\u2019est toutefois pas indifférent au sort de ses enregistrements : « Il m\u2019est venu à l\u2019idée l\u2019autre jour qu\u2019une revue musicale que je ne nommerai pas, mais qui distribue des machins d\u2019or, ne m\u2019a jamais attribué le moindre laurier, alors qu\u2019on entend dire ici ou là que j\u2019ai pu laisser une trace dans tel ou tel répertoire.Je ne voudrais pas que cela passe pour de l\u2019amertume.Je constate simplement qu\u2019ils en ont plein la bouche, du baroque, mais que le piano de la fin du XIXe passe un peu à côté du radar.» Se souvient-il de l\u2019enregistrement de son intégrale des concertos de Rachmaninov ?Elle nous plaît beaucoup et n\u2019a pourtant jamais retenu l\u2019attention.« Avec Michel Plasson, on a fait cela bras dessus bras dessous, avec l\u2019enthousiasme de la jeunesse, dans une salle magique.C\u2019était le temps où je galopais dans ce répertoire avec une certaine aisance.On enregistrait avec le sourire, on ne se posait pas trop de questions et on chantait comme ce n\u2019était pas permis.» Finalement, en musique, il y a peut-être, aussi, une forme d\u2019insouciance et de franche camaraderie qui se perd\u2026 Le Devoir Jean-Philippe Collard à la rescousse de la musique française Le pianiste français est l\u2019un des invités vedettes de la Virée classique de l\u2019OSM AU CINÉMA LE 11 AOÛT « LE DUO VIRTUOSE DONNE AU FILM SON RELIEF ET SA DENSITÉ. » LE PARISIEN ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le risque d\u2019une désuétude de la musique française inquiète Jean-Philippe Collard, qui est pessimiste quant au futur de ce répertoire.335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ?Ma Loute Le Parc Ven.-jeu.19 h 30 de BRUNO DUMONT Ven.-jeu.18 h (VOFSTA) de DAMIEN MANIVEL Je suis effrayé de voir que cette musique célébrée dans le monde entier, ce joyau pour un pays comme la France, est laissée de côté dans les concours internationaux et n\u2019est plus mise en valeur Le pianiste Jean-Philippe Collard « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 LIVRES E 6 C\u2019 est la « mère de toutes les adaptations ».Il en est qui sont des copies « son et images» à peu près conformes, d\u2019autres qui ressemblent à une assiette remplie dans un buffet où le scénariste, glanant ici le squelette d\u2019une intrigue, là la chair d\u2019une idée, s\u2019est servi à volonté, d\u2019autres enfin sont des voyages où l\u2019œuvre littéraire est le point de départ et dont la destination n\u2019est pas toujours connue à l\u2019avance.De ces aventures filmiques, l\u2019adaptation d\u2019Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad par Francis Ford Coppola, avec son interminable tournage épique aux allures d\u2019aller simple pour l\u2019enfer dans la jungle des Philippines, demeurera le modèle absolu.La novela de Conrad date de 1899.Ce natif de la Pologne ayant choisi la langue anglaise pour patrie a navigué sur les mers du globe, de moussaillon à capitaine au long cours dans la glorieuse marine marchande britannique, avant de se fixer, à presque quarante ans, à sa table de travail pour devenir un des prosateurs les plus influents de son époque.En 1890, il commande un steamer sur le Haut-Congo pour une société commerciale belge.Dans ce soi-disant «État indépendant du Congo», le marché dont s\u2019occupent surtout les braves sujets de Léopold II est celui de l\u2019ivoire, prélevé sur des éléphants massacrés légalement ou braconnés à outrance, peu importe.Conrad remontera le fleuve une seule fois, jusqu\u2019à Stanleyville (au- jourd\u2019hui Kisangani), avant de choper la dysenterie et d\u2019être rapatrié.Mais des brousses opaques de l\u2019amont du fleuve Noir, il rapportera un personnage, une sorte de statue, taillée dans le bois précieux dont on fait les mythes.Monsieur Kur tz, dont le destin est de mourir, connaîtra une longue vie.Trente ans avant le débarquement du Badarmu de Céline dans la même région en pleine pourriture coloniale, à une époque où les Rudyard Kipling de ce monde sont les zélés et célébrés propagateurs des virils charmes de la suprématie impériale, Au cœur des ténèbres est avant tout une féroce dénonciation, sombrement lyrique, des ravages de l\u2019idéologie coloniale.On a dit de Conrad qu\u2019il avait inventé la sensibilité politique du roman moderne.Ce n\u2019est pas un mince compliment.Or John Milius, le scénariste américain qui, tard au siècle suivant, va d\u2019abord s\u2019emparer de l\u2019histoire de Kurtz, était, je cite sa notice wikipédique : «un personnage complexe, sur- feur, fasciné par les armes à feu, à la fois défenseur des valeurs traditionnelles et romantique révolutionnaire, admirateur de figures conquérantes et impérialistes»\u2026 La trouble ambiance idéologique dans laquelle va baigner Apocalypse Now, et à laquelle le film devra même, osons le dire, une par tie de sa grandeur, serait-elle donc une « valeur ajoutée » américaine?Ce serait oublier qu\u2019une ambivalence semblable caractérise déjà les états d\u2019âme de Marlow, le narrateur d\u2019Au cœur des ténèbres.Bien avant le capitaine Willard, le navigateur du Haut-Congo, en même temps qu\u2019il est horrifié par ses méthodes, se laisse envoûter par la personnalité du demi-dieu barbare qui l \u2019attend là-bas, au bout de la nuit et de la civil isation : « J\u2019af - firme que Kurtz fut un homme remarquable.» Liberté dans l\u2019adaptation On a qualifié le film d\u2019adaptation « libre» de la nouvelle de Conrad, dont le générique ne ferait, semble-t-il, même pas mention.On prend, au Congo belge, un directeur de comptoir commercial aux méthodes contestées, mais dont les récoltes d\u2019ivoire battent tous les records et que les sauvages du coin ont érigé en divinité, et on le transplante en pleine guerre du Vietnam sous les traits d\u2019un colonel des Forces spéciales ayant échappé à tout contrôle, réfugié avec sa garde prétorienne de montagnards sanguinaires dans un temple cambodgien au milieu de la jungle, et on garde l\u2019idée de la remontée du fleuve en bateau et le tour est joué ?Si seulement c\u2019était si simple\u2026 Tout a été raconté de ce tournage mythique, les héli- cos loués à l \u2019armée philippine qui s\u2019absentent du plateau pour aller combattre de vrais rebelles, les millions de dollars de décors balayés par un typhon, l \u2019 infarctus de Mar tin Sheen, Dennis Hopper qui enfile ses répliques sur l\u2019acide et Brando, censé jouer un of ficier athlétique, qui débarque obèse et incapable de mémoriser une seule ligne.Et comme si tout cela ne générait pas encore assez d\u2019insécurité, il y a Coppola lui-même, porté au pinacle par Le parrain et qui, au lieu de s\u2019asseoir sur son succès, a risqué ses millions personnels en garantie de cette péri l leuse expédit ion aux confins du septième art.Coppola doutant férocement de lui-même et de parvenir à la fin à extraire une forme maîtrisable de cette accumulation de péripéties dantesques et de rushes hallucinés.Avalé par Kurtz Coppola commence le tournage en Willard et, comme ce dernier, il sera avalé par Kurtz.Il veut comprendre, le film devient quête métaphysique.Largué, le Kurtz de Conrad pâlit en comparaison.Comme si comprendre ce qui se joue en lui-même à chaque scène était devenu, pour Coppola, le seul but de cette improbable synthèse entre une épopée psychédélique et la peinture italienne \u2014 chaque plan composé comme une toile de grand maître, sans parler de l\u2019hommage explicite à Dante et à Delacroix\u2026 Coppola qui, jusqu\u2019à l\u2019étape du montage, va continuer de remanier et de réécrire ce scénario dont la conclusion semble échapper à ses pouvoirs.Conrad est bien loin, mais le cœur des ténèbres, lui, se rapproche\u2026 Le cinéaste se l\u2019est approprié, au point que sa femme Eleonor, qui tient un journal du tournage, pourra lui reprocher d\u2019être « en train d\u2019engendrer son propre Vietnam avec ses commandes d\u2019entrecôtes, de vin et de climatiseurs, et de créer lui-même ce qu\u2019il souhaitait dénoncer.[\u2026] avec son équipe, ces centaines de personnes prêtes à répondre à chacune de ses exigences, il se transformait en Kurtz et allait trop loin».Fascinant.Et il ne faut peut- être pas chercher ail leurs que dans cette ultime identification l\u2019évidente supériorité esthétique du film, à la fois comme expérience totale et entreprise prométhéenne, sur son pendant littéraire, au style harmonieux et puissant, mais orné, distancié.En un mot : écrit.AU CŒUR DES TÉNÈBRES Joseph Conrad Traduit de l\u2019anglais par J.J.Mayoux Flammarion Paris, 1989, 214 pages DANS L\u2019OMBRE DES FILMS Je suis Kurtz BANDE DESSINÉE OBJETS TROUVÉS ?Vanoli La Pastèque Montréal, 2017, 88 pages Une tête géante de Mickey sortie de la glace de l\u2019Arctique.L\u2019habit de lumière de Keith Richards.Une association de gens liés par des adresses inversées.Un lion dans la ville.Une tribu d\u2019enfants vivant dans les bois.Un soldat marchant dans la nuit\u2026 Les aventures, courtes, se suivent, sans se ressembler, ni jamais se parler dans ce recueil surprenant de nouvelles dessinées qui frayent avec l\u2019improbable, comme pour mieux révéler l\u2019absurde, l\u2019insignifiance ou la fatalité de la condition humaine.Impressionnistes, poétiques ou moraux, ces fragments de quotidien ou ces incursions dans des univers fantaisistes sont surtout l\u2019occasion de révéler un jeune dessinateur, auteur par le passé de La chasse-galerie et du Mé- chant petit Poucet, habile dans l\u2019observation d\u2019une certaine banalité et à l\u2019imagination assez fertile pour rendre intéressant le récit d\u2019une ville sans histoire ou celui d\u2019un homme marchant sur deux pages à la recherche du moment où il va enfin déconnecter.Intéressant, comme peut le devenir ce livre dont la trame principale est finalement de ne pas en avoir une.Fabien Deglise Durant tout l\u2019été, Le Devoir vous invite à redécouvrir des œu- vres littéraires condamnées à vivre dans l\u2019ombre de leur adaptation à l\u2019écran.Neuvième chapitre d\u2019une série de douze : Au cœur des ténèbres de\u2026 Joseph Conrad.LOUIS HAMELIN UNITED ARTISTS AMERICA ZOOTROPE Le film américain Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, sorti en salle en 1979, est la «mère de toutes les adaptations».avec une sorte de singulière familiarité suggérant un passé rempli de soirées mémorables.Le plus fou : Larue se souvient de tous leurs prénoms (et de leur parcours respectif).Le gars avec le chapeau là-bas : c\u2019était un habitué de Chez Roger dans le temps.Le barman: on a travaillé au même endroit, mais je ne te dirai pas où.La barmaid : on a déjà servi des déjeuners ensemble.« J\u2019ai toujours eu une fascination pour les milieux interlopes, les milieux liminaires.J\u2019ai toujours été attiré par les coulisses du monde », se rappelle celui qui a œuvré comme aide-cuisi- nier, busboy, suiteur, serveur et maître d\u2019hôtel.« Tu rencontres et tu travailles avec plein de spécimens d\u2019humains, des gens de tous les horizons.Tu bond autant avec des gens qui n\u2019ont pas fini leur secondaire qu\u2019avec des gens surdi- plômés et des immigrants, ce qui de mon point de vue d\u2019écrivain est inspirant d\u2019une manière inégalable.» Et l\u2019écriture, justement, dans tout ça ?Comment un barman, qui ne retrouve la douceur de son oreiller souvent qu\u2019à 5 ou 6 h, après avoir mis la clé dans la porte du Terminal, où il décapsule des petites et grosses froides depuis un an et demi, parvient-il à aligner les mots sur l\u2019écran d\u2019ordi ?« Il faut une excellente discipline de vie, confie Larue.Je suis chanceux d\u2019avoir commencé dans les restaurants, et d\u2019être arrivé dans les bars passé 30 ans.Je suis beaucoup moins impressionnable que lorsque j\u2019étais plus jeune.C\u2019est un milieu qui peut devenir toxique, oui, mais si tu fais attention et que tu mets les por tes coupe-feu aux bons endroits, ça peut être aussi un milieu très écologique.» Ce que ça signifie, pour Stéphane Larue, avoir de la discipline ?Ça signifie se réveiller à 11 h maximum et se mettre au travail tout de suite.Ça signifie se rendre au gym fréquemment et, surtout, ne pas boire pendant ses journées de congé.« Ça ne m\u2019arrive quasiment plus de me réveiller magané, se réjouit-il, parce c\u2019est toujours frustrant de perdre une journée d\u2019écriture.Il y a une précarité liée à mon métier que je ne peux pas accepter sans en faire quelque chose de productif sur le plan de l\u2019écriture.Je sais que je pourrais verser dans plein de penchants autodestruc- tifs, et c\u2019est comme si cette dis- cipline-là venait me protéger de tous mes possibles écar ts de conduite.Mais la job, ça demeure de vivre dans une proximité avec l\u2019alcool qui crée une tolérance chez toi, qui repousse tes limites.Il faut que t\u2019apprennes à danser là-dedans, sinon tu rentres dans un mur à cent miles à l\u2019heure.» Barman, romancier, star Alors, Stéphane Larue, êtes- vous davantage un romancier ou un vaillant soldat du monde du service ?« Je vais toujours d\u2019abord dire que je suis barman ou serveur, par respect pour mes collègues qui font ça », répond-il avec toute la sauvage dignité de celui qui défend sa meute, même si aux yeux des gens de l\u2019hôtellerie, l\u2019écrivain est désormais une sorte de star \u2014 c\u2019est du moins en employant ce mot que l\u2019accueillait tantôt le serveur Benjamin, à son arrivée au Verre Bouteille.« Anthony Bourdain dit que les gens qui choisissent longtemps ce métier-là ont une espèce d\u2019incapacité à travailler avec du monde normal, conclut Larue.Je n\u2019aime pas tellement le mot \u201cnormal\u201d, mais ce qui est sûr, c\u2019est que je suis accro.» Comme quoi la dépendance a parfois très bon goût.Collaborateur Le Devoir POLAR (IN)VISIBLE ?Sarai Walker Traduit de l\u2019américain par Alexandre Guégan Gallimard, «Série noire» Paris, 2017, 357 pages En surface, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une grosse qui, après avoir passé sa vie à suivre tous les régimes imaginables, s\u2019assume enfin.Ce qui ne va pas de soi, évidemment.Il faudra l\u2019arrivée d\u2019un personnage improbable et la lecture d\u2019un livre (Dietland, le titre anglais du roman) pour brusquer les choses et faire en sorte que Prune (alias Louise, alias Alicia) se mette à vivre sa vie.Mais bien sûr, on ne sort pas impunément d\u2019une existence de recluse honteuse d\u2019exister ; Prune n\u2019y parviendra qu\u2019en s\u2019associant à une bande de femmes rebelles menant toute une série de projets d\u2019émancipation.Car c\u2019est précisément de cela qu\u2019il s\u2019agit malgré quelques dérives plus violentes: de l\u2019émancipation d\u2019une femme qui s\u2019assume pour ce qu\u2019elle est.La charge menée ici contre les Waist Watchers [sic] de toute engeance est percutante.Et puis, tout cela est raconté fort habilement à un rythme qui s\u2019accélère tout au long, traduisant bien les changements d\u2019âme de Prune et de ses nouvelles amies.En fait, vous verrez, le livre se lit d\u2019une traite\u2026 accompagné de tranches de pastèque ou de petits fours, au choix.Michel Bélair www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Laissez-nous vous raconter \u2022 l\u2019histoire du pays par le timbre-poste \u2022 l\u2019art canadien et autochtone au musée des beaux-arts \u2022 et la nature fleurie de la Mosaïculture ! Cet automne : Montréal, tour de l\u2019île vers l\u2019ouest, Sherbrooke, le Vermont\u2026 à GATINEAU et OTTAWA, le samedi 9 septembre ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Quand j\u2019ai commencé comme plongeur, j\u2019entrais dans les coulisses de quelque chose, dans les coulisses de la ville, et ça m\u2019a accroché.C\u2019est comme si j\u2019étais invité backstage.L\u2019auteur québécois Stéphane Larue « » SUITE DE LA PAGE E 1 BARMAN L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 LIVRES > POLARS E 7 M I C H E L B É L A I R C\u2019 est avec le premier roman d\u2019Ahmed Tiab (Le Français de Roseville), publié en 2016, qu\u2019on a pris conscience ici de l\u2019existence d\u2019une collection polar aux éditions de l\u2019Aube, cette petite maison pourtant installée dans la région d\u2019Avignon depuis 25 ans.De son très riche catalogue, voici que surgit une autre surprise de taille, tombée sur mon bureau il y a quelques semaines déjà et que j\u2019ai dévorée en deux jours\u2026 En quatrième de couver ture, on nous apprend qu\u2019Olivier Bottini écrit peu, qu\u2019il connaît un succès fulgurant en Allemagne et que ses livres sont traduits en une dizaine de langues.En France, l\u2019Aube en est déjà à son troisième titre.Complexe, dense, fort bien raconté (et traduit !), ce récit de vengeance profondément actuel s\u2019amorce à la fin de la Deuxième Guerre mondiale dans les Balkans et se profile sur fond de migrations et d\u2019appar tenances diverses jusqu\u2019au tout début de la décennie.Une vengeance terrible C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme, issu d\u2019une famille allemande installée, du temps de l\u2019Empire austro-hongrois, dans ce qui est devenu la Yougoslavie.Un apatride qui a tout perdu : sa nationalité d\u2019abord, ses parents, qu\u2019il a plus tard vus mourir alors qu\u2019ils fuyaient la guerre, puis sa femme, sa fille et finalement sa vie.L\u2019histoire d\u2019une vengeance terrible qui anéantira d\u2019autres innocents qui, comme lui, n\u2019avaient pourtant rien à se reprocher.Ce guerrier formé sur les champs de bataille, au milieu des colonnes de réfugiés, décide donc de se venger.Avant de disparaître, il fait subir à Paul Niemann, le petit fonctionnaire allemand qui l\u2019a renvoyé en enfer en signant un simple formulaire, le supplice qu\u2019il a vécu.La commissaire Louise Boni est sur l\u2019affaire dès que le vengeur annonce ses couleurs.La traque est difficile, car l\u2019homme a appris à se cacher et à disparaître toute sa vie durant, mais Boni remontera la filière pour comprendre l\u2019insupportable enfer que le tueur apatride a vécu.Elle se tapera même le pèlerinage en Ser- bie pour mieux saisir son univers\u2026 et l\u2019ampleur bien concrète de son désespoir.Comme si on ne le savait pas déjà, le ridicule consommé de la notion de frontières et les contradictions inavouées que cache le concept de nation s\u2019imposeront à la conscience de la policière\u2026 comme du lecteur.Oliver Bottini signe ici un livre d\u2019une immense profondeur qui dépasse la richesse de l\u2019intrigue policière dans laquelle il s\u2019inscrit.À travers des personnages toujours crédibles et poignants \u2014 Louise Boni, par exemple, vous séduira par sa sensibilité et sur tout par la conscience de sa fragilité \u2014 et grâce à une écriture limpide méticuleusement rendue par le traducteur, il sait fouiller dans des recoins d\u2019histoire oubliés qui expliquent beaucoup de choses.Bottini parvient ainsi tout au long à nous faire saisir l\u2019épaisseur du drame qui se joue autour de toutes les frontières du monde.Et à quel point aussi le sentiment d\u2019appartenance est souvent difficile à définir.Un livre indispensable pour comprendre la complexité qui se cache dans la vie de tous les réfugiés du monde, d\u2019où qu\u2019ils viennent.Collaborateur Le Devoir AU NOM DES PÈRES ?1/2 Oliver Bottini Traduit de l\u2019allemand par Didier Debord Éditions de l\u2019Aube/Noire Avignon, 2017, 388 pages Le blues migratoire d\u2019Oliver Bottini Au nom des pères dévoile une intrigue aussi riche que sensible M I C H E L B É L A I R L es grands éditeurs ne se contentent pas de publier des polars ; ils ratissent plus large en multipliant les collections selon les métamorphoses du genre.Gallimard, Le Seuil, Actes Sud le font.Galmeister publie des textes de coloration « noire » dans ses collections « Americana », « Noir », « Néo Noir » et « Totem ».Mais c\u2019est Mé- taillié qui va encore plus loin en explorant carrément des pans entiers de littérature par région du globe.Le petit éditeur français publie ainsi une « Bibliothèque nordique », une « Bibliothèque italienne », une « Bibliothèque brésilienne », une « Bibliothèque hispanique », une « Bibliothèque latino-américaine ».Et c\u2019est dans celle-ci que l\u2019on vient de découvrir des textes argentins, péruviens et mexicains absolument étonnants.Le dernier en date, La femme de tes rêves de l\u2019auteur mexicain Antonio Sa- rabia, décédé en juin dernier, est une véritable perle rare.Nous sommes quelque part au Mexique, dans une petite ville de province dont on ne saura jamais le nom et où les mendiants por tent des costumes délirant sur la structure atomique de l\u2019univers.Dans la salle de rédaction du petit journal local, le chroniqueur aux faits divers se fait impunément tabasser par des truands.Personne ne meurt \u2014 enfin, pas tout de suite \u2014, mais on saisit déjà après quelques pages que le ton est fixé : tout est possible dans cet univers où la trame narrative déjantée fait penser au «réalisme onirique» de García Márquez ou aux délires organisés de Borges.Une perle rare Une série d\u2019enlèvements et d\u2019exécutions sommaires va se produire sous le regard étonné du « héros », Hilario Godinez, qui est chroniqueur spor tif au même petit journal.Même s\u2019il a abandonné ses prétentions littéraires, Godinez s\u2019ennuie un peu tout en peaufinant ses chroniques qui lui valent une réputation de connaisseur.Mais on découvre surtout qu\u2019il reçoit chaque semaine depuis plus de 10 ans des lettres d\u2019amour particulièrement bien tournées signées « la femme de tes rêves»\u2026 dont il ignore totalement l\u2019identité.Tout cela alors que se développe malgré lui une relation bizarre avec un balafré amateur de foot \u2014 en qui il reconnaît le chef des tabasseurs \u2014 et homme de main, à ses heures, d\u2019un trafiquant de drogue omnipuissant.Au moment où Hilario s\u2019apprête à succomber aux charmes d\u2019une jeune fille de famille aisée, le monde semble vaciller autour de lui alors que ladite « femme de [ses] rêves » se dévoile enfin\u2026 et qu\u2019il est à son tour victime d\u2019un enlèvement ! On aura deviné que ce n\u2019est là qu\u2019une mince partie de ce qui se trame dans cette histoire déroutante écrite si « différemment ».Il faudrait parler de la dégaine de l\u2019auteur, de son style inimitable et de sa faculté de passer d\u2019un sujet à l\u2019autre en touchant toujours, mine de rien, à l\u2019essentiel.À un point tel que cet improbable récit vous laissera pantois quand ar rivera la der nière page sans prévenir.Une sorte de perle rare à siroter lentement au cœur de l \u2019été que voilà.Collaborateur Le Devoir LA FEMME DE TES RÊVES ?1/2 Antonio Sarabia Traduit du mexicain par René Solis Métailié, «Noir» Paris, 2017, 175 pages Un délicieux ovni littéraire Antonio Sarabia signe un récit déjanté sur un monde qui vacille ISTOCK Enlèvements et exécutions se succèdent sous le regard du chroniqueur sportif d\u2019un journal mexicain.M I C H E L B É L A I R L\u2019 un, Rober t Goddard, en est déjà à son sixième titre, alors que l\u2019autre, Mike McCrary, paraît ici pour la première fois en français.Le premier est tout ce qu\u2019il y a d\u2019anglais \u2014 même si on l\u2019a déjà comparé à Harlan Coben \u2014 et le nouveau, baveux, tout à fait violemment américain, façon Bret Easton Ellis (American Psycho).Petite plongée dans deux univers tordus\u2026 de façon complètement différente.Fiction pulpeuse L\u2019Amérique est une terre de contraste, même en des ères de déconstruction politique comme celle que nous traversons.Mais s\u2019il est une constante qui s\u2019y affirme quotidiennement, quel que soit le régime en place, c\u2019est la violence.Incarnation à sa façon de l\u2019American way of life, la violence sévit, immodérée, constitutionnelle, omniprésente, dans toutes les classes de la société.Remo Cobb est bien placé pour le savoir.Avocat de la défense dans le plus célèbre cabinet new-yor- kais, Remo a défendu les pires truands jusqu\u2019au jour où un braquage de banque se terminant en boucherie le dégoûte au point qu\u2019il perd délibérément le procès.Ce n\u2019est pourtant pas que Remo Cobb soit un personnage exemplaire.Au contraire, c\u2019est une sorte d\u2019ordure sans conscience qui porte des costumes élégants et qui enfile les verres de gin, les nanas et les stimulants en tous genres pour par venir à continuer en empilant des liasses de dollars.Sauf que les sombres auteurs du braquage le retrouvent quelques années plus tard\u2026 L\u2019histoire de la liquéfaction de Remo Cobb vaut sur tout par l\u2019écriture nerveuse qui la décrit si bien ; on retrouve ici des passages étonnants qui placent McCrar y avec toute une génération de jeunes auteurs frondeurs qui redéfinissent le genre « noir » aux États-Unis.Mais toute cette violence \u2014 traduite ef ficace- ment en argot franchouillard \u2014 est difficilement supportable, soyez prévenus.Trois disparus Presque aux antipodes, le roman de Robert Goddard emprunte la forme classique du thriller.Tout renvoie ici à l\u2019enlèvement d\u2019une petite fille qui tourne au désastre ; la famille est décimée, les témoins sont rares et la police patine dans la choucroute.L\u2019histoire nous est racontée par David Humber, un des deux témoins du drame qui reprend l\u2019enquête près de 20 ans plus tard après avoir perdu sa femme\u2026 qui était la gardienne de la petite disparue.En parallèle, une passionnante trame historique s\u2019appuyant sur un polémiste virulent du XVIIIe siècle anglais ancre solidement le récit sans pourtant lui donner vraiment plus d\u2019envergure.Les personnages sont bien définis, crédibles, l\u2019intrigue est solide et, comme le veut le genre, l\u2019af faire ne s\u2019éclaircit qu\u2019à la toute fin dans un coup de théâtre qui rebrasse les cartes en redéfinissant toute l\u2019histoire.Un livre à traîner à la plage ou à lire près de la piscine avec un verre de rosé\u2026 et des cacahuètes bio ! Collaborateur Le Devoir COBB TOURNE MAL ?Mike McCrary Traduit de l\u2019américain par Christophe Cuq Gallmeister, «Néo Noire» Paris, 2017, 204 pages LES MYSTÈRES D\u2019AVEBURY ?Robert Goddard Traduit de l\u2019anglais par Maxime Berrée Éditions Sonatine Paris, 2017, 393 pages Intrigant doublé Des styles aux antipodes pour les récits d\u2019un Anglais et d\u2019un Américain ANDREJ ISAKOVIC AGENGE FRANCE-PRESSE L\u2019auteur parvient à faire comprendre la complexité de la vie des réfugiés, d\u2019où qu\u2019ils viennent.Antonio Sarabia ÉTONNE Z- MOI! Philippe Halsman MNBAQ.ORG Une exposition produite par le Musée de l'Elysée, Lausanne, en collaboration avec les Archives Philippe Halsman, New York.Commissaires : Anne Lacoste et Sam Stourdzé Philippe Halsman, Marilyn Monroe, 1959 (détail).© 2017 Archives Philippe Halsman / Magnum Photos 15 JUIN \u2013 4 SEP TEMBRE 2017 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 2 E T D I M A N C H E 1 3 A O Û T 2 0 1 7 LIVRES E 8 L es hommes forment 49,7 % de la population québécoise.Comment vont-ils ?Sont-ils en bonne santé physique et mentale ?Leur vie sociale est-elle satisfaisante ?Savent-ils aller chercher de l\u2019aide en cas de besoin ?Les chercheurs Jacques Roy (sociologie) et Gilles Tremblay (service social) se penchent sur la question dans Les hommes au Québec.Leur but n\u2019est pas de victimiser leurs semblables, mais « de stimuler la réflexion sur les hommes au Québec, sur le plan social et sur celui de la santé, et dans le contexte de leur rapport aux services», afin de contribuer à l\u2019amélioration de leur situation.L\u2019exercice, par moments étourdissant étant donné son caractère statistique, s\u2019avère éclairant.En ce qui concer ne la scolarité, la situation des hommes québécois n\u2019est pas rose.En mater nelle, déjà, selon des données de 2013, le tiers des garçons sont identifiés comme vulnérables dans au moins un domaine de développement, ce qui n\u2019est le cas que de 18,5 % des filles.Dans les classes du collégial, on retrouve 19,8 % plus de filles que de garçons.En 2006, 22 % des femmes ont obtenu un diplôme universitaire par rappor t à 20,7 % des hommes.Le taux de décrochage des moins de 20 ans s\u2019est amélioré au Québec.En 1979-1980, 43,8 % des garçons et 37,2 % des filles décrochaient.En 2009-2010, 21,5 % des garçons et 13,6 % des filles quittent l\u2019école sans diplôme.Ça va mieux qu\u2019avant, mais la situation des garçons ne s\u2019est pas améliorée autant que celle des filles.Rapprochements En matière d\u2019emploi et de revenu, la situation des hommes et celle des femmes tendent à se rapprocher.Les taux d\u2019emploi et d\u2019activité des hommes dépassent légèrement ceux des femmes et le taux de chômage est à peu près le même.Entre 1980 et 2010, le revenu moyen des femmes a doublé, pendant que celui des hommes restait stable.Toutefois, en 2010, les hommes gagnent toujours, en moyenne, 29,1 % plus que les femmes, une réalité qui devrait changer dans les prochaines années, étant donné ce qui a été dit de la scolarité des uns et des autres précédemment.D\u2019après les données recueillies par les chercheurs, les pères d\u2019aujourd\u2019hui consacrent plus de temps que leurs prédécesseurs aux tâches familiales, même si l\u2019égalité avec les femmes reste à atteindre à cet égard.Sur le plan de la santé physique et mentale, le portrait des hommes tend à s\u2019améliorer, mais reste préoccupant si on le compare à celui des femmes.Les premiers seraient ainsi plus nombreux que les secondes à être physiquement actifs (44 % contre 36,5 %), mais ils auraient de moins bonnes habitudes alimentaires, feraient plus d\u2019embonpoint (41 % contre 27,1 %) et consommeraient plus d\u2019alcool et de drogue de manière excessive.Retenons aussi que, « en 2014, les trois quarts des suicides complétés au Québec ont été commis par des hommes ».Malgré tout, l\u2019espérance de vie de ces derniers tend à se rapprocher de celle des femmes (79,8 ans contre 83,8 ans en 2012).Résistance En gros et en moyenne, donc, les hommes vivent moins longtemps que les femmes, ont plus de dépendances (alcool, drogue, jeu), décrochent plus, se laissent plus souvent aller à la délinquance et à la criminalité (« en 2012, les hommes composent 81 % des personnes ayant commis une infraction criminelle ») et se suicident plus.Pourtant, constatent les chercheurs, ils consultent nettement moins que les femmes les services de santé et les services sociaux.Cette résistance à recourir à ces ser vices d\u2019aide s\u2019explique, selon Roy et Tremblay, par « la socialisation de genre».Les hommes ressentiraient un malaise à faire par t de leurs faiblesses et cultiveraient un fort sens de l\u2019autonomie qui les mènerait à vouloir régler leurs problèmes par eux-mêmes ainsi qu\u2019à préserver leur vie intime.De plus, les hommes des classes populaires seraient particulièrement allergiques à la «culture technocratique» des services.Bien des hommes sont vulnérables, donc, mais ils ne consultent pas.Au lieu de plaider pour leur «rééducation», les chercheurs proposent que les services tentent de les rejoindre en respectant leur volonté d\u2019autonomie, c\u2019est-à-dire en développant «des rapports égalitaires entre les clients et les intervenants», une approche valable autant pour les femmes que pour les hommes, d\u2019ailleurs.LES HOMMES AU QUÉBEC UN PORTRAIT SOCIAL ET DE SANTÉ ?Sous la direction de Jacques Roy et Gilles Tremblay Avec la collaboration de Linda Cazale, Richard Cloutier et Aimé Lebeau PUL Québec, 2017, 176 pages Les hommes en chiffres Des chercheurs proposent un éclairant portrait statistique des hommes québécois LOUIS CORNELLIER F A B I E N D E G L I S E «M a vie est telle que je me la figurais.Il est des jours où, quand je me réveille le matin, sachant par avance que je n\u2019aurai d\u2019autre compagnie, ou presque, tout au long de la journée, que celle de Solitude, Souvenir et Nostalgie [\u2026] j\u2019ai le cœur bien lourd.» Le génie a parfois dans ses coulisses des pensées bien sombres, un « silence fatal » aussi que vient aujourd\u2019hui faire entendre, avec éloquence, l\u2019imposante correspondance que les sœurs Brontë ont animée entre elles, leur famille et leurs amis au milieu du XIXe siècle.Près de 300 lettres, inédites en français, traduites et annotées par Constance Lacroix, qui racontent un Yorkshire d\u2019antan, mais entre surtout dans l\u2019intimité d\u2019un incroyable phénomène littéraire qui y a émergé d\u2019entre les murs du presbytère de Haworth sous la plume de trois romancières ayant traversé leur époque en coup de vent.Le prodige des sœurs Brontë a été fugace, avec l\u2019apparition en 1846 d\u2019un recueil de poésie signé à six mains par Currer, Ellis et Acton Bell, pseudonymes masculins que s\u2019étaient donnés Charlotte, Emily et Anne pour s\u2019imposer dans le conservatisme et l\u2019austérité de leur présent.Un an plus tard, trois chefs-d\u2019œuvre des lettres britanniques allaient suivre : Jane Eyre, signé par Charlotte, Agnes Grey d\u2019Anne, et sur tout Les hauts de Hurle-Vent, mis au monde par Emily, que sa famille surnommait le « major » en raison de son tempérament militaire et son esprit carré.Dans La littérature et le mal (1957), le sociologue et écrivain Georges Bataille considère ce roman comme une pièce maîtresse du corpus gothique, « peut-être la plus belle, la plus profonde et violente des histoires d\u2019amour», écrit-il.Charlotte laissée seule Et puis la mort est venue chercher Emily à 30 ans et Anne à 29, laissant derrière une Charlotte troublée par sa condition humaine.Sa souffrance, tout comme sa détermination à ne pas laisser un voile sinistre se poser sur sa vie, se répand dans les lettres qu\u2019elle a adressées entre autres à son ami éditeur, William S.William, mais aussi à son amie Ellen Nussey, par qui l \u2019archivage et donc la transmission de cette correspondance de son époque à notre présent est passée.L\u2019assemblage part de 1821, année où Maria, la mère, meurt.Il va jusqu\u2019en 1855, à la disparition à 39 ans de Charlotte, dont les lettres, de par sa longévité bien relative, sont sur- représentées dans ce recueil.«C\u2019est du travail que doit venir la guérison, et non de la compassion, écrit-elle d\u2019ailleurs à son éditeur.Le travail seul triomphe des chagrins les plus tenaces.» Il y a de la tristesse dans tous ces échanges, marqués par le froid saisonnier, la solitude, un rapport au père, Patrick Brontë, pasteur de son état, plutôt distant, tout comme par des détails anthropologiques sur le travail d\u2019enseignante et de gouvernante de Charlotte \u2014 «Au terme d\u2019une journée de dur labeur (où mes prometteuses élèves ont fait montre d\u2019un degré de stupidité exceptionnel), je peux enfin m\u2019asseoir un moment pour écrire à la hâte quelques mots à ma chère Ellen », écrit-elle en 1836 \u2014 ou sur les mœurs littéraires de son temps.On y croise des contemporaines des sœurs Brontë, dont Harriet Martineau et Elizabeth Gaskell.Des subalternes On y découvre aussi des au- teures qui n\u2019avaient que faire du succès, se considérant sur tout comme des subalternes qui par le récit ont cherché à mieux apprivoiser ce que la nature leur a fait subir, sans autre quête de reconnaissance.« Mieux vaut une profonde obscurité plutôt qu\u2019une publicité vulgaire, publicité que je suis loin de souhaiter et que je fuirai toujours résolument », expose Charlotte à son amie en 1848, après le succès de son Jane Eyre.Au critique littéraire George Henr y Lewes, elle écrira, sous le pseudo de Currer Bell : « [\u2026] Je vous soupçonne, non sans inquiétude, depuis que j\u2019ai lu votre article dans Frazer, de vous être fait de l\u2019auteur de Jane Eyre une bien plus haute opinion que ne le mérite ce personnage, or je préfère encore que vous vous formiez de moi une image exacte, plutôt que trop flatteuse, même si nous ne devons jamais nous rencontrer.» Avec une douce ironie, Arthur Ni- cholls, mari de Charlotte, réclamait que les lettres qu\u2019ils s\u2019échangeaient soient jetées au feu, le contenu étant jugé «aussi dangereux que des allumettes Lucifer».C\u2019est ce que relate la dernière survivante des sœurs Brontë à son amie Ellen.Près de deux siècles plus tard, on peut remercier ces sœurs tout comme leur entourage de n\u2019avoir jamais, quant à la communication épistolaire, pris ce genre de boutade au pied de la lettre.Le Devoir LETTRES CHOISIES DE LA FAMILLE BRONTË 1821-1855 ?1/2 Traduit de l\u2019anglais et annoté par Constance Lacroix Quai Voltaire Paris, 2017, 624 pages RÉCIT ÉPISTOLAIRE Dans l\u2019intimité du génie littéraire Les sœurs Brontë se dévoilent dans une série de lettres inédites en français WIKIMEDIA COMMONS Anne, Emily et Charlotte Brontë, peintes par leur frère Branwell P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 1/8 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 2/13 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 3/14 Pourquoi pars-tu, Alice?Nathalie Roy/Libre Expression 4/12 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier 5/10 Bien roulée Annie Lambert/Mortagne 7/7 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 6 Les sorciers Anne Robillard/Wellan 6/12 Le bonheur des autres \u2022 Tome 2 Le revenant Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 8/11 Deux sœurs et un pompier Mélanie Cousineau/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Taqawan Éric Plamondon/Quartanier \u2013/1 Romans étrangers La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 2/15 Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 3/9 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 1/20 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 4/12 Noir comme la mer Mary Higgins Clark/Albin Michel 5/13 Jusqu\u2019à l\u2019impensable Michael Connelly/Calmann-Lévy 6/12 L\u2019informateur John Grisham/Lattès 7/14 Quand sort la recluse Fred Vargas/Flammarion 8/13 Vaticanum José Rodrigues dos Santos/HC éditions 9/15 Corps royal des quêteurs \u2022 Tome 1 La table.Luis Montero Manglano/Actes Sud \u2013/1 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/42 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 2/12 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 6/9 La traversée du Colbert.De Gaulle au Québec.André Duchesne/Boréal 3/7 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 9/3 Traces de l\u2019histoire de Montréal Serge Joyal | Mario Robert/Boréal 10/2 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système.Joëlle Tremblay/Somme toute 4/8 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 7/11 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme \u2013/1 Le principe du cumshot.Le désir des femmes.Lili Boisvert/VLB 5/4 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/77 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 2/20 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 3/7 La dette de Louis XV Christophe Tardieu/Cerf 4/3 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 5/10 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel 6/22 Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une.Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard \u2013/1 E = mc2 : L\u2019équation de tous les possibles Christophe Galfard/Flammarion 7/3 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard \u2013/1 Connaissance, ignorance, mystère Edgar Morin/Fayard 10/5 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 31 juillet au 6 août 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.«Chère Ellen, Allons, reprenez courage ; je sens bien à votre lettre que vous avez le cœur lourd.En ce qui me concerne, voilà comment il faut comprendre mes propos \u2014 en l\u2019état actuel des choses, ce serait trop m\u2019avancer que d\u2019escompter une longe vie.C\u2019est l\u2019évidence même.Pour le reste, nous sommes tous entre les mains de Celui qui dispense ses dons \u2014 santé ou maladie, longévité ou courte vie \u2014 à chaque homme pour son plus grand bien ; celui à qui est assignée une mission sur terre se verra accorder le temps de l\u2019accomplir ; celui à qui nulle tâche n\u2019est échue verra survenir plus tôt l\u2019heure du repos ; quant aux souffrances qui précèdent le dernier sommeil \u2014 la maladie, la décrépitude, et les ultimes convulsions de la chair et de l\u2019esprit \u2014 il est dit que nous les connaîtrons tous tôt ou tard [\u2026].» Extrait de Lettres choisies de la famille Brontë ALBUM JEUNESSE LES MÛRES ?Olivier de Solminihac Éditions Sarbacane Paris, 2017, 32 pages C\u2019est la fin des vacances.On range la maisonnette, on «passe un coup de balai pour chasser la poussière» et «on charge la voiture pièce par pièce, comme un puzzle».Mais avant le grand départ, Michao, Marguerite et Jim \u2014 trio composé d\u2019un ours, d\u2019une chèvre et d\u2019un renard \u2014 font une petite escapade au champ pour récolter quelques mûres, ces «souvenirs de vacances».Le texte de Solminihac reproduit avec finesse cet instant précieux, suspendu, pendant lequel on profite plus que tout du présent, tout juste avant de basculer de l\u2019autre côté.Savourer les mûres, comme savourer ce moment que l\u2019on voudrait voir s\u2019étirer, mais qui est inexorablement rattrapé par la réalité, voilà ce qui sous-tend cet album admirablement illustré par Stéphane Poulin.Cet artiste visuel parvient toujours à recréer avec autant de justesse et de sensibilité des atmosphères.À l\u2019instar des grands maîtres que sont Vermeer, Hopper et Rockwell, Poulin joue avec la lumière, les angles et les plans, nous propulsant de plein fouet au cœur d\u2019un tableau qui prend vie.Marie Fradette ALBUM JEUNESSE LES VOYAGES EXTRAORDINAIRES DE FACTEUR SOURIS ?Marianne Dubuc Casterman Bruxelles, 2017, 24 pages Au travail, en vacances ou en rêve, Facteur Souris n\u2019arrête jamais de trotter.Après avoir parcouru le pays dans La tournée et pris des Vacances de Facteur Souris plutôt occupées, le voici, combinaison spatiale sur le dos.De la Planète XYZ à Microville, en passant par le fond des abysses ou encore le monde à l\u2019envers, Facteur Souris en voit de toutes les couleurs, de toutes les formes et de toutes les grandeurs.La force de cette série réside dans la capacité de Dubuc à recréer avec candeur et légèreté des mondes sensibles, parfois surréalistes, facilement identifiables par l\u2019œil des enfants.Que ce soit une paire de ciseaux égarée dans le décor, une sirène se faisant croquer le bout de la queue par un poisson, une glace oubliée sur le sol, toutes les scènes présentées grouillent de vie et stimulent le sens de l\u2019observation.Ce troisième opus n\u2019offre rien de nouveau pour les adeptes de la série, sinon toujours ce bonheur de vérifier si Facteur Souris a bien livré tous les colis qu\u2019il traîne dans sa petite charrette.Marie Fradette "]
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