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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-08-26, Collections de BAnQ.

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[" Le Lactume, mystérieuse et ultime œuvre de Réjean Ducharme Page F 2 L\u2019animalité portée dans les mondes sensuels d\u2019Audrée Wilhelmy Page F 3 C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 A O Û T 2 0 1 7 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Abandonner la littérature, c\u2019était peut-être, oui, d\u2019une certaine manière, tuer le père», souligne Sébastien La Rocque.ROBYN BECK AGENCE FRANCE-PRESSE La romancière et poétesse Margaret Atwood De l\u2019autre côté de la fiction.Durant tout l\u2019été, Le Devoir part à la rencontre d\u2019écrivains gagnant leur croûte dans des boulots plutôt éloignés de la littérature.En apparence.D O M I N I C T A R D I F I l y a naître dans une famille valorisant la lecture, et il y a naître entre les paragraphes d\u2019un manuscrit.« Ma mère me racontait \u2014 je ne sais pas si c\u2019est vrai \u2014 que j\u2019aurais été conçu entre deux pages de roman, pendant une pause d\u2019écriture », rigole Sébastien La Rocque, même si sa conception de la littérature rejette par ailleurs toute vision romantique qui oserait décrire l\u2019écrivain comme une sorte d\u2019élu du destin.Alors qu\u2019il n\u2019a que 41 ans, l\u2019éditeur et romancier Gilbert La Rocque (Le nombril, Serge d\u2019entre les morts, Le passager) meurt subitement, en plein Salon du livre.Son fils, Sébastien, n\u2019en a alors que seize et ne cessera pas pendant plusieurs années de se débattre avec un legs paternel aussi imposant qu\u2019étouffant.Résumé d\u2019un curriculum vitæ échevelé: après de brèves études en lettres, Sébastien La Rocque se tourne vers la basse (il avait déjà porté le pantalon de spandex en tant que chanteur d\u2019un groupe métal), découvre le jazz, récolte quelques chèques de paie au sein d\u2019un orchestre de noces italiennes, visite tous les bars de la province en reprenant les succès du top 40, avant de se laisser gagner par le désenchantement à force de contrats affligeants.«C\u2019est dif ficile de te prendre pour une rock star un mardi soir à Kirkland Lake, Ontario », se rappelle aujourd\u2019hui, à l\u2019aube de la cinquantaine, celui qui publiait en avril dernier au Cheval d\u2019août Un parc pour les vivants, obsédant premier roman traversé par la question de la mémoire et de la filiation.La basse remisée dans son étui, La Rocque retrouve le chemin de la littérature, habité par une soif de sens que lui permettait plus dif ficilement d\u2019apaiser la musique.Il accomplit un baccalauréat, une maîtrise ainsi que trois ans de doctorat, en se nourrissant presque littéralement de ses lectures, jusqu\u2019à ce que la réalité le foudroie à nouveau.« Il fallait que je gagne ma vie, et enseigner ne m\u2019intéressait pas.Le milieu universitaire, je l\u2019ai beaucoup aimé, mais quand j\u2019étais au doc, je voyais des profs qui passaient 40 heures par semaine à remplir des demandes de subvention», se souvient-il, alors que nous invoquons le Michel de Un parc pour les vivants, personnage d\u2019intellectuel envisagent la vie de la pensée comme un interminable sprint.«Ce n\u2019était pas ça, pour moi, la littérature.» Que faire alors ?Appeler le beau-frère, tiens.«On a toujours été très proches.Comme il travaillait pour un antiquaire de la rue Notre-Dame, il faisait des petits contrats le week-end.J\u2019ai commencé à l\u2019aider à décaper, à restaurer des antiquités.J\u2019ai appris l\u2019ébénisterie en démontant des meubles.Puis on s\u2019est mis à fabriquer des tables, des reproductions d\u2019antiquités.On s\u2019est promené un peu partout pour les vendre.Un gars qui avait capoté sur nos af faires m\u2019appelle deux semaines après nous en avoir acheté et il me dit: \u201cJ\u2019ai un client qui veut deux petites armoires.Tu peux me faire ça, han?\u201d J\u2019ai répondu : \u201cPas de problème.\u201d Mais il y en avait un problème: je n\u2019avais jamais fait ça de ma vie, construire des armoires.» L\u2019importance de la structure La littérature, toujours plus retorse qu\u2019on le soupçonne, ne baissera pas les bras face à Sébastien La Rocque, malgré ses nombreuses tentatives de rupture définitive.«Pendant sept ou huit ans, je n\u2019ai pas lu un livre, assure-t-il.J\u2019étais encore abonné au Devoir, mais je ne le lisais pas.C\u2019était parfait pour partir les feux.Mais j\u2019avais toujours ma bibliothèque qui remplissait L\u2019ÉCRIVAIN AU TRAVAIL Construire un roman comme on assemble une armoire En passant par l\u2019ébénisterie, Sébastien La Rocque a renoué avec la littérature F A B I E N D E G L I S E I mpossible de ne pas voir la cape rouge et la cornette blanche de La servante écarlate, roman de Margaret Atwood publié en 1985 et ramené au bon souvenir du présent par sa récente et remarquable mise en série télévisée (Handmaid\u2019s Tale), planer sur C\u2019est le cœur qui lâche en dernier (Robert Laffont) \u2014 The Heart Goes Last dans son titre original \u2014, nouvelle création de la romancière canadienne.Dif ficile aussi de ne pas songer aux expériences de Stanley Milgram sur la soumission à l\u2019autorité, le genre de soumission qui sournoisement dégrade les environnements sociaux, avec la complicité silencieuse de citoyens ouvrant la voie au totalitarisme, cultivant leur victimisation dans des cadres sociaux moralisant, avec leur silence et leur indolence face à la douce répression qu\u2019on leur inflige.Même inclinaison critique du regard, autre lieu.C\u2019est au cœur du projet Concilience/Positron, ville modèle dans une Amérique frappée par la crise économique, que Margaret Atwood laisse ici ses deux cobayes, Stan et Charmaine, se perdre pour mieux raconter leurs égarements et observer la façon qu\u2019ils ont de se débattre dans l\u2019enfer qu\u2019ils se sont imposé.Une maison, un travail, un environnement sécuritaire, de la nourriture, de la stabilité, voilà ce qui attire l\u2019infirmière et l\u2019ingénieur, dépossédés de leur vie, de leurs biens, de leur dignité par l\u2019affaissement général d\u2019une économie devenu une maladie auto-immune.Vagabonds dans leur voiture, vivant à la petite semaine avec de la petite monnaie, ils vont prendre part, sans grande résistance, à une expérience urbaine et politique censée sortir le pays de son marasme et redonner de la fierté à ses habitants.Make America great again, comme dirait l\u2019autre.Dans cette ville, utopique dans les circonstances, la vie se joue sous cloche, et en alternance.Les citoyens, dont tous les besoins sont comblés par le système, y vivent en liberté un mois sur deux.L\u2019autre mois se passe en prison, dans une incarcération plutôt agréable, nécessaire pour entretenir un équilibre social que rien ne semble pouvoir ébranler.Le projet a son slogan : « Condamnés + Résilience = Concilience.Un séjour en prison au- jourd\u2019hui, c\u2019est notre avenir garanti.» Les jours de permutation rendent Charmaine heureuse.« Quand il ne pleut pas, les rues fourmillent de gens qui se sourient, se saluent, certains à pied, d\u2019autres sur leur scooter avec leur code de couleurs [distinguant les citoyens libres de ceux qui vont en prison] [\u2026] Tout le monde paraît très heureux : quand on a deux vies, il y a toujours la perspective d\u2019autre chose.C\u2019est comme FICTION CANADIENNE Les univers dystopiques de Margaret Atwood L\u2019auteure de La servante écarlate replonge dans un monde où l\u2019humain est sa propre menace VOIR PAGE F 4 : ATWOOD VOIR PAGE F 2 : CONSTRUIRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 A O Û T 2 0 1 7 LIVRES F 2 F A B I E N D E G L I S E «J e hais la sécurité, la propreté, le bon, le vrai, le bien et le beau.J\u2019aime le qui-vive.Il n\u2019y a que celui qui est sur le qui-vive qui vive.J\u2019aime les seules vraies choses : les petites choses.J\u2019aime les clefs chaudes et les clés froides, les clés laissées sur le calorifère et les clés tombées dans la neige.» Pas banal.Mystérieux.Ludique.Révolté et révolutionnaire.Enfantin et cabotin\u2026 Réjean Ducharme, entré dans l\u2019éternité d\u2019un hiver de force, aura été tout ça dans les 76 années d\u2019une vie qui a pris fin au début de cette semaine.Avec constance, traits anguleux et notes griffonnées, son ultime œuvre, Le Lactume (Les éditions du passage) vient en témoigner en 198 dessins et pensées lapidaires inédites à ce jour.Le lancement du bouquin, initialement prévu le 12 septembre prochain, a été devancé de quelques semaines, comme pour profiter de la convergence soudaine des regards vers le spectre d\u2019un romancier singulier qui a vécu toute sa vie comme un fantôme.Œuvre graphique et poétique oubliée pendant des années, ce Lactume perd son caractère initialement oppor tuniste pour prendre dans les circonstances les allures d\u2019un bilan, d\u2019un hommage en images et en condensé, en marge d\u2019une sortie de scène sur laquelle, paradoxalement, Réjean Ducharme n\u2019a jamais accepté de se monter.Du « pop ar t mal dirigé » ?Voilà ce qu\u2019en disait, dans une note adressée à Raymond Queneau, membre du comité de lecture de la maison d\u2019édition, le directeur artistique de la maison Gallimard, Robert Massin, chargé d\u2019évaluer la chose.On est en mars 1966.Le Lactume vient d\u2019arriver de Saint-Félix-de-Valois au Québec par la poste chez l\u2019éditeur parisien, avec une note du romancier s\u2019excusant de l\u2019insolence de son geste.« Je ne sais pas plus dessiner qu\u2019écrire, ex- pose-t-il.[\u2026] J\u2019ai mis toute ma liberté et tout mon amour dans ces dessins.Si vous les jugez sans intérêt, ne me les retournez pas.Of frez-les à une jolie femme de ma part.» Dans son texte de présentation de l\u2019œuvre, dont une version a déjà été publiée une première fois en 2009 dans l\u2019ouvrage collectif Présence de Du- charme (Nota Bene), l\u2019éditeur Rolf Puls, qui a été l\u2019ami de l\u2019atypique romancier et de sa femme Claire Richard pendant 40 ans, explique que le cartable contenant les 198 dessins de l\u2019auteur de Le nez qui voque a été envoyé dans les archives de Massin peu de temps après sa réception en raison «de frais de photogravure et d\u2019impression en quadrichromie» qui ont éloigné ce recueil des plans de publication de Gal- limard.À l\u2019époque, Réjean Du- charme n\u2019était encore qu\u2019un homme ordinaire « né qu\u2019une fois» et voulant «mourir verticalement, la tête en bas et les pieds en haut».Son premier roman, L\u2019avalée des avalés, n\u2019était que dans les coulisses de la révolution littéraire qu\u2019il était sur le point d\u2019induire.Ce n\u2019est qu\u2019en 1995, à la faveur d\u2019une rencontre à Montréal entre Robert Massin et les œuvres d\u2019art d\u2019un certain Roch Plante, le pseudo de Ducharme, que Le Lactume s\u2019est rappelé au bon souvenir d\u2019un éditeur, et désormais du présent.Tout Réjean Ducharme se concentre dans cet assemblage plutôt enfantin de croquis aux crayons de couleur, aux courbes, aux carrés, aux formes répétitives et à l\u2019image des exercices de style explorant l\u2019abstraction pour combattre l\u2019ennui et posé par un écolier dans les marges d\u2019un cahier Canada.On y retrouve ses thématiques et obsessions habituelles sur la perte de l\u2019enfance, sur la fourberie de l\u2019âge adulte, sur la peur de l\u2019amour, des pouvoirs, avec toujours ce ton taquin qui s\u2019est par la suite répandu dans le reste de son œuvre.«Radio et tévé sont des vendeuses de savon et de déodorant.Puons tous », écrit-il.«On aime pour rien, pour d\u2019injustes raisons.On hait pour rien, pour d\u2019injustes raisons» et «Les adultes sont des enfants qui se prennent pour des adultes.Mé- fiez-vous d\u2019eux.Non contents de se prendre pour des adultes, ils vous prendront pour des adultes et essaieront de vous vendre des réfrigérateurs, des chapeaux melon, des machines à coudre.» Dans ces illustrations de pensées, Ducharme s\u2019amuse aussi avec Shakespeare, les Beatles ou encore Rembrandt, tout comme l\u2019esprit de sérieux en lui disant : «À regarder parler ceux qui parlent très bien, on a envie de parler très mal.» L\u2019ouvrage, dont il n\u2019assistera pas à la sor tie, comme cela devait sans doute déjà être planifié dans la tête de cet homme qui a passé sa vie à fuir les autres, est dédié à Claire, sa femme, son rempart contre le reste du monde, partie un an plus tôt sur ces territoires inconnus dont on ne revient pas, et ce, dans un respect de volonté de l\u2019auteur qui voulait qu\u2019on offre son travail à une jolie femme.Le Devoir LE LACTUME ?Réjean Ducharme Les Éditions du Passage Montréal, 2017, 248 pages 198 fragments sur le mystère Réjean Ducharme Entre dessins et pensées lapidaires, Le Lactume dévoile l\u2019ultime œuvre de l\u2019écrivain fantomatique un mur.Je n\u2019étais pas capable de m\u2019en débarrasser.» Après s\u2019être durci les mains dans les éclisses de bois, en construisant armoires, tables et commodes, Sébastien La Rocque renoue éventuellement avec l\u2019écriture, désormais muni d\u2019une compréhension plus aiguisée pour le rôle d\u2019une structure solide dans l\u2019édification de n\u2019importe quel projet, peu importe qu\u2019il faille l\u2019assembler à partir de planches de merisier ou à partir de la matière visqueuse du langage.« J\u2019ai compris que, lorsque j\u2019écrivais, je n\u2019avais pas de méthode de travail, confie-t-il.En faisant des meubles, tu te rends compte qu\u2019il faut que tu détermines un cer tain ordre de tâches à accomplir avant de commencer.Il faut que tu dessines tes meubles, que tu débites tes morceaux.Cette méthode-là a inconsciemment influencé mon travail d\u2019écriture.Plus j\u2019y pense et plus je crois que je ne serais jamais revenu à la littérature si je n\u2019étais pas passé par l\u2019ébénisterie.» Debout chaque matin à quatre heures, par fois même à trois, Sébastien La Rocque boit son premier café en tant qu\u2019écrivain, en équarrissant des phrases, avant de rallier son atelier d\u2019ébéniste.« Une fois le banc de scie par ti, je tombe dans une sorte de transe, explique le barbu.Je deviens moi-même une machine.Je suis un médium entre le bois et la patente à construire.Je me mets de la musique et j\u2019embarque là-dedans pendant une semaine, deux semaines.» Ah oui, quel genre de musique ?«Pas mal de tout.Beaucoup de métal, évidemment.Je me suis aussi tapé les cours de Foucault, Deleuze, Barthes et Bourdieu au Collège de France.Ça m\u2019a replongé dans ma période universitaire et ça m\u2019a permis de me rendre compte que\u2026 j\u2019avais pris la bonne décision en quittant cette vie-là!» Tuer le père Tous ces détours auront permis à Sébastien La Rocque de se réconcilier avec l\u2019héritage de son père, pour mieux le sublimer, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui, aucune autre séparation, brève ou longue, entre la littérature et lui ne se profile à l\u2019horizon.« À l\u2019âge de dix ans, j\u2019allais dans le bureau de mon père et il me parlait de Proust, de Faulkner, de Céline.On avait une bonne relation, mais une relation essentiellement littéraire.Je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion de le confronter, de m\u2019obstiner avec lui », regrette-t-il, en évoquant ce passage permettant normalement à un enfant de façonner son identité.« Abandonner la littérature, c\u2019était peut-être oui, d\u2019une certaine manière, tuer le père.J\u2019ai heureusement fini par découvrir que je n\u2019étais pas Gilbert La Rocque.Je suis Sébastien La Rocque.» Enchanté, monsieur l\u2019ébéniste.Enchanté, monsieur l\u2019écrivain.Collaborateur Le Devoir ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Après s\u2019être durci les mains dans les éclisses de bois, Sébastien La Rocque a renoué avec l\u2019écriture.SUITE DE LA PAGE F 1 CONSTRUIRE ILLUSTRATIONS LES ÉDITIONS DU PASSAGE Dans Le Lactume, tout Réjean Ducharme se concentre dans cet assemblage plutôt enfantin de croquis aux crayons de couleur, aux courbes, aux carrés, aux formes répétitives. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 A O Û T 2 0 1 7 FICTIONS F 3 L I V R E S P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/2 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 7 Vent de trahison Anne Robillard/Wellan \u2013/1 Un outrage mortel Louise Penny/Flammarion Québec 2/2 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 4/16 À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 3/10 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 6/15 On a juste une vie à vivre Marie-Ève Roy/Mortagne \u2013/1 Je préfère qu\u2019on soit amants Sylvie G./Les Éditeurs réunis \u2013/1 Pourquoi pars-tu, Alice?Nathalie Roy/Libre Expression 7/14 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier 5/12 Romans étrangers Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 1/2 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 2/22 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 4/17 Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 3/11 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 5/14 Noir comme la mer Mary Higgins Clark/Albin Michel 6/15 L\u2019informateur John Grisham/Lattès 7/16 Jusqu\u2019à l\u2019impensable Michael Connelly/Calmann-Lévy 8/14 Le jour où les lions mangeront de la salade verte Raphaëlle Giordano/Édito \u2013/1 Vaticanum José Rodrigues dos Santos/HC éditions 10/17 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/44 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 3/14 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système.Joëlle Tremblay/Somme toute 5/10 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 2/11 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 9/3 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux 4/5 La langue affranchie Anne-Marie Beaudoin-Bégin/Somme toute \u2013/1 Ne renonçons à rien Collectif/Lux \u2013/1 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 7/13 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 8/2 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/79 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 2/22 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 3/9 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel \u2013/1 Ceci n\u2019est pas un paradis May Telmissany/Mémoire d\u2019encrier \u2013/1 La dette de Louis XV Christophe Tardieu/Cerf 5/5 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 4/12 L\u2019empire de l\u2019or rouge Jean-Baptiste Malet/Fayard 9/2 Brève encyclopédie du monde \u2022 Tome 2 Décadence JeMichel Onfray/Flammarion \u2013/1 Altamont 69.Les Rolling Stones, les Hells Angels.Joel Selvin/Rivages \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 14 au 20 août 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.C H R I S T I A N D E S M E U L E S A u cœur du nouveau roman d\u2019Audrée Wilhelmy, son troisième, palpite un lieu nouveau mais toujours en forme de « territoire rugueux».Et vibre une préadolescente aux pouvoirs singuliers, Mie, qui pose sur le monde autour d\u2019elle une curiosité insatiable et qui éprouve sans patience l\u2019éveil de ses sens.L\u2019écrivaine née à Cap-Rouge en 1985 poursuit la construction d\u2019un univers unique, porté une fois encore par une écriture riche, sensuelle et organique.Une sorte de monde à par t dans lequel évoluent quelques personnages, toujours, encore, attachés à leur enfance.Avant de vivre à Sitjaq, la famille Bor ya mangeait sa misère à Seiche, à huit heures de marche, en saumurant des poissons.Des années plus tard, elle vit désormais dans un phare dont elle s\u2019occupe, face à une mer qui a repris la moitié de ses membres.Sevastian-Benedikt, l\u2019aîné, une sor te de « géant massif » qui a tourné le dos à la mer, vit dans la forêt la plupart du temps, à l\u2019abri des humeurs du large, chasseur-cueilleur qui fait vivre toute la famille.Osip, le cadet, obser ve la plage depuis le balcon du phare, où il passe le plus clair de son temps.À dix-neuf ans, gardien des lieux, son regard ne quitte l\u2019horizon du large que pour se f ixer sur les formes de Noé, une étrangère aux « manières de sauvageonne » qui marche pieds nus, mange avec ses doigts et déchire ses robes sans les repriser.Noé est la femme de son frère.Quatre ans après Les sangs (Leméac, 2013), mais dans la foulée d\u2019Oss (Leméac, 2011), qui appartient à un même cycle, Le corps des bêtes nous ramène Noé longtemps après qu\u2019elle a quitté Oss, « très petit village de sel et de roches».Celle que tout le monde appelait la Petite dans le premier roman d\u2019Audrée Wilhelmy a un jour débarqué à Sitjaq après quinze années d\u2019errance, avec pour tout bagage d\u2019étranges cicatrices qui lui mangent le dos.Elle va s\u2019unir avec le fils aîné des Borya, accouchant tour à tour d\u2019enfants dont elle ne veut pas et qui occupent la Vieille, mère effacée de ce clan de naufragés.Noé, «rustre et pleine de grâce», qui « ne parle pas à moins d\u2019en avoir envie », semble vivre dans son monde.Ce qui n\u2019empêche pas les deux frères de se la partager.Elle habite seule, par choix, dans une cabane posée sur la grève, au milieu d\u2019un fouillis indescriptible, mûrissant en silence des projets de grand dé- par t auxquels elle va devoir vite renoncer.En lieu et place, elle se mettra à couvrir les murs de dessins fantasques au fusain qui semblent résumer sa vie et à fabriquer d\u2019étranges sculptures animalières.Autant de façons de s\u2019extraire d\u2019un réel qui peut-être \u2014 qu\u2019en sait-on?\u2014 ne lui suffit pas.L\u2019une de ses filles, Mie, vraie protagoniste du roman, peut «emprunter» à volonté le corps de mammifères, d\u2019oiseaux, de poissons ou d\u2019insectes.C\u2019est son secret, entre chamanisme et fantastique, son moyen d\u2019assouvir sa curiosité envers un monde « qu\u2019elle essaie d\u2019entendre tout entier ».Et une manière de métaphore de la littérature elle-même.«Toujours, elle a emprunté le corps des bêtes oiseaux et poissons, mammifères, insectes minuscules.Elle peut sentir les courants chauds et froids sous les ailes des cormorans, le travail de l \u2019eau dans les branchies des requins ; ses doigts et ses orteils devinent le relief des pierres sous les coussinets des renards\u2026 » Mie vient tout juste d\u2019avoir douze ans et quelque chose l\u2019intrigue : « Elle connaît son corps habillé.Elle l\u2019a fouillé sous les vêtements, sous les laines ; elle l\u2019a exploré malgré les obstacles du linge (main bloquée par la couture des culottes, tissu rêche contre les phalanges).Elle connaît les lèvres et leur forme de fleur, la fente qui est creuse comme un marécage \u2014 quand elle y entre les doigts, ils sont aspirés vers l\u2019intérieur, comme le pied dans la vase qui s\u2019enfonce et qu\u2019il faut ensuite tirer pour l\u2019extirper \u2014, le cul plus sec que le reste et les poils qui se mêlent autour.» Se sentant prête, elle demandera sans rougir à Osip, son oncle, de lui apprendre « le sexe des humains».Une expérience à laquelle elle a brièvement goûté à travers les animaux dans lesquels elle s\u2019est incarnée : grue, loutre, ourse.Osip, troublé, y répondra-t-il ?Audrée Wilhelmy compose à petites touches, dans Le corps des bêtes, un univers unique gorgé de sève et de silence, luxuriant au possible, touffus, sans morale.Un petit tour de force d\u2019audace et de sensualité, porté sans fléchir par une écriture ronde à la précision sans faille.Un livre brûlant qui explore à haute altitude un aspect trop souvent évacué de la condition humaine : notre propre animalité.Collaborateur Le Devoir LE CORPS DES BÊTES ?Audrée Wilhelmy Leméac Montréal, 2017, 160 pages FICTION QUÉBÉCOISE L\u2019écriture sensuelle et organique d\u2019Audrée Wilhelmy Le corps des bêtes ajoute une pierre brûlante à un univers romanesque qui envoûte F A B I E N D E G L I S E O -uchi-gari.En japonais, le concept, puisé dans le vocabulaire du judo, signifie « grand fauchage intérieur », mouvement qui entraîne la chute de son par tenaire par fauchage d\u2019une jambe pour induire un important déséquilibre arrière.Fauchage.Déséquilibre.Chute.Voilà ce qui illustre aussi très bien la condition de Jeanne, habitée par l\u2019horreur d\u2019un drame personnel, par la violence de deux départs précipités, et qui, pour ne pas se laisser submerger par la fatalité, quitte le Québec pour le Liban, même si le gouvernement canadien ne recommande pas à ces citoyens de voyager là-bas, précise-t-elle.Jeanne est photographe à la recherche de la paix et d\u2019une nouvelle vie au contact de l \u2019histoire de la mor t et des sépultures anciennes.Paradoxalement.Elle va se laisser absorber par la nécropole phénicienne royale de Byblos, lieu du dernier repos des nobles et des rois de ce temps, par la tombe du roi Ahirma, par les puits funéraires, par les sarcophages, mais surtout par les yeux et la douceur de Julien, qu\u2019elle va rencontrer dès les premiers jours de son arrivée au Liban.Il habite Paris.Il est de passage lui aussi au pays des cèdres pour y par ticiper à un championnat de\u2026 judo.Une des âmes est solide, l\u2019autre moins.Très vite, elles vont se voir, se connaître et faire un bout de chemin ensemble.Jeanne fuit pour se retrouver.« Je me suis retirée de mon corps en me rabattant sur la photographie, où j \u2019étais en quelque sor te à l\u2019extérieur de moi-même.J \u2019ai suivi des cours, des classes de maître, j\u2019ai lu et sur tout j\u2019ai pris des photos.Je pouvais d\u2019un clic arrêter le temps, le fixer, l\u2019immortaliser.» Elle tutoie aussi la mor t pour l \u2019apprivoiser, pour relativiser sans doute ce qu\u2019elle a perdu en l\u2019inscrivant dans l \u2019échelle d\u2019un temps, d\u2019une humanité, de cette humanité qu\u2019elle veut tutoyer de nouveau pour ne pas arrêter d\u2019exister.Avec son personnage principal en reconstruction, en attente d\u2019une mue salvatrice, le premier roman de Stéphanie Filion laisse l\u2019élégance de son texte dévoiler un voyage intérieur qui trouve ses points d\u2019ancrage dans la confrontation avec un autre territoire, une autre chaleur, une autre culture, un autre homme, et surtout avec ces subtils décalages qui facilitent les mises en perspective.La quête de sens de Jeanne se dévoile par fragments, sans jamais sombrer dans les excès d\u2019une rhétorique un peu trop introspective qui puiserait un peu trop dans la douleur pour se faire consoler.Le récit fait plutôt émerger une tonalité lascive, douce et lumineuse sur une trame délicatement brodée où chaque indice apparaît comme des balises successives le long d\u2019une piste d\u2019atter rissage.Piste sur laquelle Jeanne finit ultimement par se poser.Le Devoir GRAND FAUCHAGE INTÉRIEUR ?1/2 Stéphanie Filion Boréal Montréal, 2017, 174 pages PREMIER ROMAN Ode à la vie au contact de la mort Stéphanie Filion raconte la mue salvatrice d\u2019une femme sous les cèdres du Liban ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le récit que signe Stéphanie Filion fait émerger une tonalité lascive, douce et lumineuse.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Audrée Wilhelmy compose à petites touches, dans Le corps des bêtes, un univers unique gorgé de sève et de silence.«Mie est la grue sans effort.Son souffle s\u2019accorde à celui de la bête.Ses mains mollissent et ses jambes et son cou.L\u2019animal ne se pose aucune question.Elle non plus.Elle est comme les autres : elle soulève le foin de mer et débusque les oursins, les moules cachés dessous.Elle ne les goûte pas.Elle ne les sent pas.Elle en perçoit la texture avec son bec.Rêche ou lisse.Comestible ou non.De la gueule au jabot, les aliments glissent, ils s\u2019entassent contre le cœur et restent là.» Extrait de Le corps des bêtes L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 A O Û T 2 0 1 7 LIVRES F 4 F A B I E N D E G L I S E L e sol minéral des vallées du Nevada et de l\u2019Utah, des mustangs éloignés de leur liberté dans des corrals, des hommes rassemblés autour d\u2019une cantine mobile, mais, par-dessus tout, un destin singulier, celui d\u2019un Québécois, Ernest Dufault, parti à la recherche d\u2019une vie meilleure dans l\u2019ouest du continent au début du siècle dernier, comme bien d\u2019autres autour de lui.Bénédiction (Marchand de feuilles) n\u2019aurait pu qu\u2019être le premier roman réussi d\u2019un professeur de lettres de Montréal plongeant dans la vie tumultueuse d\u2019un de ses ancêtres.Au cœur du Grand Bassin, par la petite histoire d\u2019un homme qui fuit ses origines pour s\u2019ancrer un peu mieux sur le continent qui lui a donné la vie, c\u2019est finalement une grande aventure humaine qu\u2019il relate, celle d\u2019un peuple qui, par fois à la dure, a forgé la par t américaine de son identité.Pas banale, l\u2019existence d\u2019Ernest Dufault a tout ce qu\u2019il faut pour entrer dans un roman.Par ti du Québec en 1907 à l\u2019âge de 15 ans, il s\u2019est inventé une nouvelle identité en devenant Will James.Il a fabulé une enfance, celle d\u2019un orphelin de l\u2019Alberta sauvé par un prospecteur canadien-fran- çais, pour s\u2019enraciner dans le monde des buckaroos , ces cow-boys originaires de la Califor nie, de l\u2019Utah, du Nevada, de l\u2019Oregon \u2014 mais pas du Texas \u2014 et trouver ainsi la reconnaissance dans le domptage des isabelles, ces jeunes chevaux au tempérament imprévisible.Puis, à la fin de 1914, tout bascule : Dufault se fait embarquer dans le vol d\u2019un troupeau de bétail appar tenant à un baron de l\u2019élevage qui maîtrise assez bien l\u2019art de la politique et de la répression.Il va passer un an en prison où, pour rendre sa condition carcérale un peu plus acceptable, il va exploiter à fond ses talents de dessinateur en produisant des dessins coquins à l\u2019intention de ces compagnons de prison et de quelques gardiens.Car Will James n\u2019était pas qu\u2019un cow-boy qui venait du froid.Il était aussi artiste.En passant par des témoignages familiaux, des lettres d\u2019Ernest envoyées à sa famille à Montréal, mais aussi des documents bien réels glanés à la bibliothèque de l\u2019Université du Nevada à Reno, dont plusieurs relatant l\u2019emprisonnement du jeune Amé- rico-Québécois voleur de bétail à la prison de Carson City au Nevada, Olivier Dufault donne à cette promenade au trot dans cette année de la vie de cet ancêtre atypique les allures d\u2019une aventure fascinante au cœur du rêve américain.Le cri d\u2019une liber té, la quête d\u2019une identité, la communion d\u2019un être avec la majesté et la rigueur d\u2019un territoire sont ici magnifiés autant par la précision du détail pour évoquer les paysages et les états d\u2019esprit et par le verbe du jeune romancier que par l\u2019enfermement vécu par Will James/Ernest Du- fault, qui aura constr uit sa propre mythologie jusqu\u2019au bout de sa vie : de cow-boy dessinateur, il est devenu par la suite romancier à succès dans l\u2019Ouest américain, illustrateur, cascadeur au cinéma, avant de mourir à 50 ans.Ce n\u2019est qu\u2019après sa mor t que ses proches, y compris son ex-femme, vont découvrir sa véritable identité.Le Devoir BÉNÉDICTION ?Olivier Dufault Marchand de feuilles Montréal, 2017, 448 pages FICTION QUÉBÉCOISE Un homme et son américanité Bénédiction romance le destin singulier d\u2019un ancêtre d\u2019Olivier Dufault dans l\u2019Ouest américain F A B I E N D E G L I S E Difficile de ne pas voir les attentats de Barcelone en trame de fond à la lecture de Basculer dans l\u2019enfer, nouveau roman de Jocelyne Mallet-Pa- rent.Entre l\u2019enquête policière et l\u2019autopsie sociale, la prolifique romancière, derrière Le silence de la Restigouche (2016), y par t à la rencontre de ces jeunes Occidentaux qui se laissent embrigader par l\u2019horreur.Entre Montréal, la Turquie et le drame de la radicalisation.Sous la couverture souple : Tariq et Élise croient que le monde va leur appartenir car ils se lèvent tôt, à 6h32 du matin, un jour ordinaire qu\u2019ils rêvent de déranger en allant faire exploser leur rage, leur frustration, leur colère mal canalisée dans une rame de métro de Montréal.Une rame dans laquelle se trouvent une mère de famille et ses enfants.L\u2019un est le fils d\u2019un couple d\u2019immigrants qui s\u2019est sacri- f ié pour donner un avenir meilleur à sa progéniture.L\u2019autre est la fille d\u2019une chi- r urgienne qui s\u2019est perdue dans le luxe et le confort de son existence et sur la trajectoire d\u2019une vie marquée par un père aux comportements et aux relations douteuses.Ils sont des étudiants, politiquement engagés comme bien d\u2019autres, critiques de leurs environnements sociaux et scolaires.Leur intolérance s\u2019est forgée sournoisement jusqu\u2019à l\u2019extrême, dans l\u2019indifférence de tous.La mécanique du mal qui s\u2019installe, jusqu\u2019à la folie du passage à l\u2019acte, puis de cette fuite à l\u2019étranger, dans la clandestinité et la paranoïa, vers le paradis que des gourous et leur fanatisme leur ont promis, Jocelyne Mallet-Parent l\u2019explore avec cette précision par fois naïve en passant par les yeux d\u2019Ariane, mère d\u2019Élise, de Fatima, mère de Tariq, mais aussi ceux de l\u2019entourage de ces radicalisés qui ne peuvent que devenir les victimes collatérales de ces terribles desseins.Du déni à l\u2019acceptation de l\u2019indicible, la plume claire de la romancière cherche à expliquer simplement la complexité de cette rupture avec le réel et de cette négation obsessive du mécréant.Elle le fait aussi en passant par le calme d\u2019un policier, un Alex Duval prévisible avec ses fêlures, mais élégant dans sa démarche.L\u2019homme est un tendre à une époque où le pire s\u2019installe désormais dans les couloirs d\u2019une école en passant par la légèreté à accéder à la lourdeur de quelques sites Internet.Il ne s\u2019est toujours pas habitué «à matraquer les honnêtes gens [\u2026], à coup de paroles acides qui refusent de leur pénétrer dans le crâne», lorsqu\u2019il est question de la contribution d\u2019un fils, d\u2019une fille à un attentat.Chronique d\u2019une dérive sociale ?Visage humain posé sur l\u2019abstraction d\u2019une menace intérieure ?Fiction inspirée sans doute par le voyage de quelques étudiants d\u2019un cer tain collège de Montréal vers la Syrie ?Basculer dans l\u2019enfer est un peu tout ça à la fois, mais il n\u2019évite pas les tonalités un peu trop didactiques et les perceptions de l\u2019autre dans l\u2019expression de préjugés et de raccourcis faciles.Le Devoir BASCULER DANS L\u2019ENFER ?Jocelyne Mallet-Parent Éditions David Ottawa, 2017, 258 pages FICTION QUÉBÉCOISE Dans l\u2019intimité de la radicalisation Jocelyne Mallet-Parent raconte ces Occidentaux qui se laissent embrigader par l\u2019horreur ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Olivier Dufault relate une grande aventure humaine, celle d\u2019un peuple qui, parfois à la dure, a forgé la part américaine de son identité.STRINGER / AGENCE FRANCE-PRESSE Basculer dans l\u2019enfer est sans doute inspiré par le voyage de quelques étudiants d\u2019un certain collège de Montréal vers la Syrie.« Will était bien descendu à Saco, Montana, mais il lui manquait encore beaucoup d\u2019expérience pour être un bon cow-boy \u2014 il n\u2019y avait pas que sa prise au lasso qui était particulièrement mauvaise.On lui gueulait continuellement dessus et, souvent, on le renvoyait en plein milieu d\u2019un rassemblement.À quelques reprises il avait touché le fond et avait cru qu\u2019il ne lui restait pas d\u2019autres options que de retourner à Montréal.Il faisait cavalier seul, errait dans la prairie, en proie à une mélancolie sans nom qui ne s\u2019améliorait pas quand il s\u2019essayait sans succès à capturer des chevaux sauvages.» Extrait de Bénédiction JOSHUA LOTT AGENCE FRANCE PRESSE Margaret Atwood pose sa dystopie déroutante sur les bases de cette Amérique en crise dont le rêve est en train de devenir une maladie auto-immune.être en vacances tous les mois.» Mais l\u2019idéal a ses parts d\u2019ombre, celles qui se cachent parfois derrière les bons sentiments pour mieux construire ces mondes dystopiques que sait si bien arpenter Margaret Atwood.La mécanique narrative est redoutable.Elle tient aussi, une fois de plus, du travail d\u2019orfèvre, cet art de la minutie et de la précision qui donne un mouvement tout en élégance et en aisance à ce drame humain \u2014 puisque c\u2019est bien de cela qu\u2019il est question ici \u2014 et dont l\u2019ensemble est révélé par la finesse des pièces qui le composent.L\u2019aveuglement mû par le désespoir y côtoie l\u2019asservissement sournois, l\u2019abandon dans le matérialisme et le confort facile, la violence complice \u2014 qui justifie le titre du bouquin \u2014 auxquels viennent s\u2019accrocher une histoire d\u2019adultère, des robots sexuels, du poulet, des choux de Br uxelles et des sosies d\u2019Elvis Presley et de Marilyn Monroe.Oui, Margaret Atwood a cet âge cruel qui donne à ses dédicaces des allures d\u2019hommages à des proches qui ont quitté le monde des vivants, mais elle ne laisse certainement pas le spleen et la nostalgie imbiber son récit lucide et terriblement ancré dans son présent.La surveillance passive des masses, la collectivisation des moyens de production, le culte du partage et de l\u2019hypersécurité \u2014 des enjeux criants d\u2019actualité \u2014 font résonner, dans cette fiction dérangeante, cette critique audible par encore trop peu de gens sur le conformisme imposé par la technologie et sur la protection des âmes perdues par le « solutionnisme », qui sournoisement donnent ce carburant insoupçonné aux nouveaux régimes totalitaires et à des sociétés dont les objectifs louables finissent par devenir néfastes et toxiques pour ceux et celles qui y répondent un peu trop positivement.C\u2019est le cœur qui lâche en dernier est donc, dans le ici-maintenant, un acte littéraire fort, nécessaire, remarqué quand il est sor ti en 2015 dans les univers anglophones et qui, malgré quelques grincements linguistiques d\u2019une traduction en français forgée d\u2019un peu trop loin, ne perd rien de sa sagesse et de son acuité, deux ans plus tard, quant aux nombreuses dérives du moment.Ce qui en fait une fiction paradoxale : lumineuse par ce qu\u2019elle nous raconte mais finalement bien sombre par ce qu\u2019elle raconte de nous.Le Devoir C\u2019EST LE CŒUR QUI LÂCHE EN DERNIER ?Margaret Atwood Traduit de l\u2019anglais par Michèle Albaret-Maatsch Robert Laffont Paris, 2017, 444 pages En librairie, le 31 août SUITE DE LA PAGE F 1 ATWOOD «Les porte-parole, hommes ou femmes [\u2026] ont bravé beaucoup de protestations indignées des extrémistes et des mécontents en ligne, lesquels prétendent que Concilience/Positron empiète sur les libertés individuelles, cherche à contrôler l\u2019ensemble de la société et représente une insulte à la nature humaine.Personne n\u2019est plus respectueux des libertés individuelles qu\u2019Ed, mais ils le savent tous [\u2026], ces prétendues libertés ne se mangent pas, ce n\u2019est pas la nature humaine qui paie les factures et de toute façon il fallait bien faire quelque chose pour soulager la pression qui s\u2019amassait dans la cocotte-minute de la société.Ne sont-ils pas de cet avis?» Extrait de C\u2019est le cœur qui lâche en dernier Jocelyne Mallet-Parent L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 A O Û T 2 0 1 7 LIVRES F 5 DANS L\u2019OMBRE DES FILMS Le territoire des livres G U I L L A U M E L E P A G E 2 020.Il suffirait de quelques degrés de moins pour que le monde soit plongé dans une nouvelle ère glaciaire.Les bulletins météo se succèdent et les gens se pressent dans les aéroports pour fuir le froid à venir.Les informations dépeignent une catastrophe annoncée qui semble pourtant prendre tout le monde par surprise.« Toute l\u2019Europe est paralysée depuis quelques jours.La planète entière est touchée par l\u2019effondrement de systèmes météorologiques complexes essentiels à la survie.» Une fiction, donc ?Avec Les buveurs de lumière, Jenni Fa- gan signe plutôt un bouquin d\u2019anticipation, un roman apocalyptique traversé par une crise climatique qui plonge la petite communauté fictive de Clachan Fells, au nord de l\u2019Écosse, dans un hiver rigoureux.Un euphémisme puisqu\u2019au fil des chapitres que l\u2019on dévore, le thermomètre chute à une vitesse vertigineuse.Le mercure passera de 6 à 70 degrés sous zéro, ne manquant pas de nous donner quelques sueurs froides.L\u2019intrigue se joue au cœur d\u2019un parc de caravanes passablement isolé où vivent une poignée de gens atypiques et quelque peu excentriques.Le destin de trois personnages s\u2019y croise.Il y a Dylan MacRae, citadin ayant passé toute sa vie dans un cinéma d\u2019art et d\u2019essai de Soho, à Londres, qui y pose ses pénates vers la fin de l\u2019automne après la mort de sa mère et de sa grand-mère.Il y rencontre Constance, une femme caractérielle, indépendante et habile de ses mains, qui a un penchant marqué pour le surviva- lisme.Constance a une fille aussi, transgenre : Stella, pré- ado courageuse en pleine quête identitaire.Une histoire d\u2019amour discrète se dessine entre Dylan et Constance, alors que Stella poursuit sa transformation entre la complicité et l\u2019amour inconditionnel de sa mère, les moqueries de ses pairs et le déni de son père taxidermiste pour sa nouvelle identité.Ses pensées occupent une place centrale dans ce roman paru l\u2019an dernier au Royaume-Uni et aux États-Unis, avec une lucidité teintée d\u2019une légère touche de cynisme \u2014 «gothique», pour reprendre ses mots \u2014 qui a tout pour charmer.Brutal et poétique « Dehors, il y a un ciel bleu, très bleu, et le givre a saupoudré d\u2019argent les montagnes de Clachan Fells.Stella Fairbairn a l\u2019impression qu\u2019elle va se mettre à pleurer, et personne n\u2019est encore debout.Elle est un cygne enveloppé dans de la cellophane et tout le monde voit à travers sa peau.Lewis ne l\u2019embrassera plus jamais.Elle ferait mieux de faire une croix là-dessus.Elle n\u2019est pas jolie, elle est anguleuse, et elle a un pénis.» L\u2019écriture de Jenni Fagan est crue et brutale, portée par une lumière ponctuée d\u2019images fortes et poétiques.Ce second roman, quatre ans après la parution de La sauvage (The Pa- nopticon), apparaît cet automne en nous rappelant à chaque ligne que la jeune au- teure britannique est aussi poète (The Dead Queen of Bohemia, son plus récent livre).Les descriptions sont d\u2019une finesse métaphorique élaborée.Elles donnent à voir et à sentir avec une impressionnante précision cette ère glaciaire prête à étendre ses tentacules au-delà des portes de la civilisation.Les dialogues revêtent toutefois cet air un brin franchouillard et parfois rébarbatif, traduction oblige.Les buveurs de lumière est une ode aux choses toutes simples de la vie, sur tout celles qui agissent comme un baume dans un univers aux allures de fin du monde.Jenni Fagan, avec sa prose vive et authentique, livre un roman d\u2019une grande force lyrique mêlant la chaleur humaine au froid polaire, comme une lampée de gin pour se réchauffer avant de braver la tempête.Le Devoir LES BUVEURS DE LUMIÈRE ?1/2 Jenni Fagan Traduit de l\u2019anglais (Écosse) par Céline Schwaller Éditions Métaillé Paris, 2017, 304 pages En librairie le 29 août FICTION ÉCOSSAISE Guide de survie à la prochaine ère glaciaire Dans Les buveurs de lumière, Jenni Fagan oppose chaleur humaine et froid polaire J E A N - P H I L I P P E P R O U L X L\u2019 ouragan Jeanne ravage Haïti.George W.Bush est réélu et Facebook voit le jour.Loin des écrans de télévision, Julian, 22 ans, vit dans son propre monde dans les environs de Vienne.Bouleversé par sa première grande rupture amoureuse causée par ce qu\u2019il appelle un « problème de coordination temporelle» \u2014 la bonne histoire mais pas le bon tempo \u2014 il est forcé de rembourser son ex-beau-père pour les mois passés sans rien payer dans l\u2019appartement de son ex-copine Judith.En guise de dédommagement, l \u2019étudiant vétérinaire se voit alors confier par le père la garde d\u2019un hippopotame nain.Bien qu\u2019il soit triste et désillusionné, Julian est doté d\u2019une grande intelligence amoureuse.« Je suis d\u2019avis qu\u2019on apprend certes à mieux connaître le monde chaque jour, mais que notre étonnement ne faiblit pas pour autant.C\u2019est tout le contraire.Et nos doutes grandissent eux aussi.Moins je suis sûr de moi, plus je me sens mûr.» C\u2019est une plongée au cœur du trouble de l\u2019amour, précisément dans les phases de la vie où les mythes se forment et se solidifient.Au contact de son hippopotame, Julian va découvrir sa nonchalance face à la fuite du temps.Il se cherche en s\u2019accrochant à cette insouciance qui s\u2019effrite de plus en plus à l\u2019ar rivée de l\u2019âge adulte et craint de faire naufrage.« [\u2026] j\u2019avançais dans l\u2019existence avec cette certitude qui est le lot des par faits inconscients.Convictions absolues, sentiments absolus : les choses y gagnaient en netteté.Mais désormais, au contraire : mon cœur bat à un r ythme irrégulier quand je pense au présent.» Cette peur de l\u2019inconnu va le mener vers une cer taine forme d\u2019immobilisme et un attachement aux valeurs traditionnelles en matière amoureuse.S\u2019il rêve d\u2019un amour qui dure toute une vie, les amours insouciantes et sans lendemain lui donnent plutôt l\u2019impression de ne plus habiter son corps.Constamment, il se sent aller à l\u2019encontre des valeurs des gens qui l\u2019entourent.L\u2019auteur autrichien Arno Geiger (lauréat du Prix du livre allemand en 2005 pour Tout va bien) livre dans Autoportrait à l\u2019hippopotame un roman de formation dans lequel, entre sourires et larmes, couche sur papier le début de la vie adulte \u2014 l\u2019âge de tous les possibles \u2014 avec vérité et sobriété.L\u2019écriture introspective nous plonge dans un roman empreint de sensibilité et de crédibilité qui nous force à prendre conscience du temps, en devenant un plaidoyer de l\u2019instant présent.Le tour de force repose dans ce récit intime \u2014 situé quelque part entre agitation et léthargie \u2014 comme une célébration de l\u2019amour complexe.Mais aussi une ode à nos faiblesses émotionnelles, celles qui nous gardent en vie et nous permettent d\u2019avancer.«Tôt ou tard, l\u2019enfant cherche le trésor qu\u2019il a perdu.Comme le font les hommes ».Au fond, cette histoire n\u2019est-elle pas celle d\u2019une éternelle quête de sens?Le Devoir AUTOPORTRAIT À L\u2019HIPPOPOTAME ?1/2 Arno Geiger Traduit de l\u2019allemand (Autriche) par Olivier Le Lay Gallimard, 2017, 320 pages FICTION AUTRICHIENNE À la recherche de soi sur le dos d\u2019un hippopotame nain Arno Geiger signe un roman d\u2019apprentissage sensible qui fait l\u2019éloge de l\u2019instant présent Durant tout l\u2019été, Le Devoir vous invite à redécouvrir des œuvres littéraires condamnées à vivre dans l\u2019ombre de leur adaptation à l\u2019écran.Onzième chapitre d\u2019une série de douze : Macadam Cowboy de\u2026 James Leo Herlihy.L e film est classé au quarante-septième- rang de la dernière mise à jour des «100 meilleurs films américains de tous les temps » de l\u2019American Film Institute.Il arrive beaucoup plus haut dans ma liste personnelle, parmi les cinq premiers.C\u2019est le seul film classé X à avoir déjà remporté l\u2019Oscar du meilleur film (1970).Jusque-là, la récompense la plus convoitée de l\u2019Académie avait été l\u2019apanage de comédies musicales et de drames historiques aussi consensuels qu\u2019inoffensifs.Midnight Cowboy, de John Schlesinger, avec son mélange d\u2019audace visuelle et de parti pris thématique dérangeant pour l\u2019époque (prostitution, marginalité, drogue, bisexualité), rompait avec ce lourd conservatisme institutionnel et annonçait la couleur des seventies.Comme le faisait remarquer Gwilym Mumford dans The Guardian en février dernier, la géniale réalisation de cet Anglais parachuté à Hollywood pave la voie de la récompense suprême aux authentiques chefs-d\u2019œuvre à venir : Le parrain I et II, Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou, Annie Hall, Voyage au bout de l\u2019enfer\u2026 Mais je n\u2019avais jamais ne serait-ce que posé les yeux sur la couverture du roman de James Leo Herlihy, dont le scénario a été tiré (James qui ?).Je pouvais craindre le pire.Même très bon, le roman serait silencieux, amputant ainsi l\u2019histoire de Joe Buck et de son copain Ratso (un buck et un rat !) du doux et envoûtant air d\u2019harmonica du thème musical signé John Barry, cet air de ruine-babines beau à pleurer qui résonnait encore sous la voûte de mon crâne quand j\u2019ai rouvert les yeux ce matin.Comme toute bonne Blanche-Neige littéraire embrassée par le Prince charmant du cinéma, le roman a perdu sa virginité, il est désormais contaminé par les images qui ont rejeté dans l\u2019abstraction le code rival, je parle de la langue qui accoucha de cette histoire de cowboy solitaire chevauchant un lévrier gris d\u2019autocar qui cavale au cœur de l\u2019Amérique vers le lit des riches dames mal baisées de la bonne société new-yorkaise.Il est devenu impossible d\u2019imaginer cet aspirant gigolo sous d\u2019autres traits que ceux de l\u2019ange blond dont le mètre quatre-vingt-dix engoncé dans une veste de daim à franges et surmonté d\u2019un chapeau de cowboy fend la foule uniforme et bigarrée des trottoirs de la Grosse Pomme, Jon Voight, mon acteur préféré, dont la haute silhouette se détachant sur la prolifération de poutres et de poutrelles du pont de Brooklyn orne la couverture de mon édition de poche de chez Stock.Javellisation des mœurs Si le film était audacieux pour l\u2019époque, son propos n\u2019en respecte pas moins, ultimement, une cer taine direction morale.Le travail de transposition et de montage trahit un subtil for- matage idéologique.À l\u2019adaptation du roman à l\u2019écran semble en effet correspondre un processus de javellisation des mœurs sexuelles qui permet de démarquer le discours du film de la substance du livre.Aux fins du scénario, on a recalibré et, en quelque sorte, assaini la trajectoire du héros.Dans le film de Schlesinger, le grand gaillard élevé à Albuquerque, au Nou- veau-Mexique, est visiblement un étalon hétéro pétant de santé qui ne s\u2019abaisse à la prostitution homosexuelle qu\u2019une fois complètement tombé dans la dèche, réduit à l\u2019errance dans le Red Light de la grande cité pécheresse et faute de pouvoir rejoindre la clientèle féminine dont il avait d\u2019abord ambitionné d\u2019incarner les fantasmes.Dans le roman de Herlihy, les relations avec d\u2019autres hommes sont présentes dès le début, avant même le départ pour la côte est : «Joe ne tarda pas à comprendre que le jeune Italien cherchait à faire avec lui une expérience d\u2019ordre charnel [\u2026].Joe, qui était très complaisant, accéda à son désir [\u2026].Les personnes des deux sexes qui utilisaient son corps ne paraissaient pas se douter que ce corps était habité par Joe Buck.» Ce Joe Buck du roman, avant d\u2019atterrir dans les bas-fonds new-yorkais, séjourne à Houston.Il y fréquente des garçons qui évoluent dans une zone queer où l\u2019ambivalence sexuelle de Joe, même teintée d\u2019une forte dose d\u2019innocence campagnarde, est évidente : «Perry le prit par les épaules, le posa sur la chaise et s\u2019assit sur ses genoux.Cela se fit si rapidement que Joe ne le réalisa pas tout de suite.Le geste brusque de Perry lui avait fait retrouver un peu ses esprits.Il respira de nouveau librement.» Or, ce séjour dans la métropole texane a sauté dans la transposition à l\u2019écran.Vingt ans s\u2019étaient écoulés depuis que le premier rappor t Kinsey, ébranlant la vision hétérocentrée de la culture dominante, avait révélé la relative bisexualité du mâle américain.Mais l\u2019orientation à voile et à vapeur demeurait, semble-t-il, un tabou pour une œuvre destinée au grand public.Gang bang entre amis Dans le film, Joe revit, en flash-back, un traumatisme lié à une relation hétérosexuelle: le viol collectif de sa copine par des voyous qui le forcent à regarder.La même scène, dans le roman \u2014 avant, donc, de passer dans le lave-linge du scénariste \u2014, montrait l\u2019équivalent de ce qu\u2019on appelle au- jourd\u2019hui un gang bang : la fille est consentante, et Joe Buck un participant parmi d\u2019autres.De nouveau, là où le film a tranché en noir et blanc, le livre semble ouvrir une zone grise, un territoire aux frontières morales pas très nettes, sans doute plus proche de l\u2019expérience existentielle commune que la religion et l\u2019idéologie.Et le problème du cinéma, c\u2019est que, par essence, il est condamné à montrer.Le flou des motivations, l\u2019incertitude des actions ne peuvent que rebuter son esthétique.Luc Picard demanda que son personnage de Valcourt dans Un dimanche à Kigali, l\u2019adaptation du roman de Gil Courtemanche, soit réécrit, parce qu\u2019il le trouvait trop ambigu, pas assez «positif ».Devant un cinéma condamné par ses millions à viser le plus grand nombre, et dont les producteurs et leurs répondants de la bureaucratie ne jurent que par les caractères et les « courbes dramatiques » clairement définis, peut-être y a-t-il là un territoire, l\u2019espace incertain des profondeurs langagières où règnent ambivalence morale et ironie, que la littérature peut, et doit défendre et préserver.MACADAM COWBOY James Leo Herlihy Traduit de l\u2019américain par Antoine Gentien Stock Paris, 1971, 315 pages LOUIS HAMELIN UNITED ARTISTS Midnight Cowboy, de John Schlesinger, rompait avec le lourd conservatisme institutionnel et annonçait la couleur des seventies.WIKIMEDIA COMMONS L\u2019écrivain Arno Geiger L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 6 E T D I M A N C H E 2 7 A O Û T 2 0 1 7 ESSAIS F 6 L I V R E S L a littérature ne se trouve pas que dans les romans.S\u2019il est vrai que la littérature de qualité, selon la formule du critique Robert Melançon, « se signale par une sor te de tremblement du langage », force est même de conclure que bien des romans n\u2019en sont pas ni n\u2019en contiennent.Pourtant, constate le professeur François Du- mont, «le roman est aujourd\u2019hui le seul genre à témoigner d\u2019une certaine présence de la littérature» dans l\u2019espace public.Les essais, la plupart du temps, sont traités comme de simples textes d\u2019opinion, les carnets sont lus, au mieux, comme des textes d\u2019accompagnement de l\u2019œuvre et la poésie, si elle ne devient pas chanson, a peu d\u2019écho.Poète et essayiste, comme son célèbre père Fernand, François Dumont note donc avec regret que « la littérature non narrative n\u2019est jamais à l\u2019avant-plan ».Dans L\u2019ombre du roman (Nota Bene), un exigeant recueil d\u2019essais, il explore avec finesse ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019autre littérature, c\u2019est-à-dire la littérature non romanesque, qui fait voir, explique-t-il, «que créer, ce n\u2019est pas uniquement imaginer».Dans ses essais sur des essais, des carnets et des poèmes, Dumont met en lumière que «l\u2019écoute, la délibération, la critique, la rhétorique, le rythme» sont, tout autant que la narration et la description, des recours privilégiés pour «l\u2019artiste de l\u2019écriture».Définir l\u2019essai Dans son excellent Dialogue sur l\u2019essai et la culture (PUL, 2008), Robert Vigneault déplore que l\u2019essai, dans une chronique comme la mienne, notamment, soit trop souvent confondu avec des études, des traités ou de simples livres d\u2019opinion, ce que les anglophones appellent de la «non-fiction».L\u2019essai relève de la prose d\u2019idées, écrit-il, «mais transmuée par l\u2019écriture ».En français, pour distinguer ce dernier type d\u2019essai des autres, de l\u2019ensemble de la « non-fiction », on parle souvent d\u2019«essai littéraire», une formule que Vigneault, un peu polémiste, qualifie de pléonasme, mais que je trouve juste et utile.Définir le genre essayistique est un vrai défi.Il ne suffit pas de dire, pour fournir une définition satisfaisante, que Montaigne en est le maître et l\u2019inspirateur moderne.Dans Approches de l\u2019essai, une indispensable anthologie consacrée à cette discussion et que rééditent cette année les Éditions Nota bene, Dumont a réuni des essais canoniques sur la question.«Déchiré entre ses ascendances littéraires et ses aspirations à la légitimité philosophique», comme l\u2019écrit le critique américain R.Lane Kauffmann, l\u2019essai, ajoute Robert Vi- gneault, ne va pas sans « questionnement, recherche, inquiétude, inachèvement».Les textes réunis dans L\u2019ombre du roman s\u2019inscrivent, à l\u2019évidence, dans le registre littéraire, tant par leur objet \u2014 ils parlent d\u2019œuvres littéraires \u2014 que par leur méthode \u2014 fidèle à l\u2019esprit des définitions qui précèdent.Dans ces essais particulièrement subtils, où la thèse s\u2019impose moins qu\u2019elle ne ressort discrètement au gré de l\u2019avancée d\u2019une écriture délicate, plus exploratoire que tendue vers un objectif précis, Dumont cherche la littérature «à l\u2019ombre du roman» et tente d\u2019interpréter ce qu\u2019elle nous dit d\u2019inattendu et d\u2019essentiel.Écriture et vérité Dumont propose de belles lectures des essayistes Pierre Vadeboncœur, Neil Bissoondath, Monique LaRue et Jacques Brault.Toutefois, ce sont les carnettistes \u2014 Saint-Denys Garneau, Philippe Jaccottet, André Major \u2014 qui lui inspirent ses méditations les plus pénétrantes, notamment celle sur les Feuillets d\u2019Hypnos, du poète et résistant René Char, dans lesquels il voit «une rencontre d\u2019exception entre la poésie et la réalité» brutale du temps de l\u2019Occupation en France.La poésie, Dumont la trouve bien sûr dans les recueils d\u2019Anne Hébert, mais aussi dans les romans de Gabrielle Roy et dans les essais de Gilles Marcotte, où elle apparaît comme une réalité étrange, qui nous échappe, et par là nécessaire.Parce que leur beauté et leur vérité sont dans leur écriture même, faite d\u2019exigence et de discrétion, les essais de François Dumont résistent au résumé.Les lecteurs raf finés, qui savent que la vraie littérature se tient souvent dans l\u2019ombre, les goûteront.Dans la littérature de l\u2019ombre LOUIS CORNELLIER Dans deux essais subtils, François Dumont cherche le littéraire ailleurs que dans le roman F A B I E N D E G L I S E L a menace serait dans l\u2019air, impalpable.À une époque où les liber tés civiles s\u2019érodent dans des sociétés de plus en plus numériques, où s\u2019accroissent les discours qui divisent, en appelant au son des bottes au rejet de l\u2019autre, où une nouvelle morale fait passer les plumes et le goudron pour une posture critique, la justice des hommes, celle sur laquelle reposent les sociétés de droit et la démocratie, n\u2019aura jamais été aussi fragilisée.Trente-neuf personnalités et penseurs du présent l\u2019af firment d\u2019ailleurs, dans Sauvons la justice, ouvrage qui, sous la direction de trois universitaires, Catherine Régis, Karim Be- nyekhlef et Daniel Weinstock, explore les racines du mal et propose des idées « provocantes, pragmatiques ou pondérées » pour la sauvegarde de cet idéal qui n\u2019est « jamais vraiment acquis ».Justice numérique, justice économique, justice sociale, justice participative\u2026 le terrain couvert par les textes réflexifs est vaste.Les auteurs y appellent autant à revoir l\u2019éducation des enfants, pour les conscientiser à la fragilité du droit, qu\u2019à réaf firmer le pouvoir des États dans des environnements technologiques où la prérogative de définir le droit a été par tiellement privatisée par les Google, Facebook, Apple et consorts, ou encore à redonner la parole à des députés pour dénoncer les injustices, dans des cadres moins contraignants que ceux du moment.C\u2019est ce que souhaite, entre autres, l\u2019étudiant en droit, boursier Rhodes et ex-figure du mouvement étudiant de 2012, Léo Bureau- Blouin dans un texte qui propose une réforme parlementaire par l\u2019introduction d\u2019un vote libre hebdomadaire sur des projets de loi proposés par les députés, mais aussi par l\u2019ajout d\u2019un débat de 60 minutes chaque semaine entre élus, sans filtre.« Pour discuter des vraies af faires, il faut avoir de vrais débats », écrit-il.Les députés, liens entre les citoyens et l\u2019appareil gouvernemental, doivent retrouver, selon lui, la possibilité de donner une réelle « parole aux sans-voix » et à « braquer les projecteurs sur davantage d\u2019injustices ».Ailleurs, la sociologue Micheline Milot fait l\u2019éloge des accommodements religieux qui, selon elle, contribuent à entretenir une justice sociale pour tous.« Nous pouvons désapprouver des compor tements ou des accoutrements liés à la religion, écrit-elle, mais cela ne peut pas conduire à exiger de réglementer la vie sociale de manière à interdire à l\u2019autre ce que nous désapprouvons, le privant ainsi de sa liberté de choix.» Elle dénonce ainsi l\u2019angle d\u2019attaque souvent préconisé par les mouvements et partis politiques populistes pour appréhender plusieurs enjeux sociaux du moment.« C\u2019est une insulte aux valeurs d\u2019égalité et de justice que d\u2019interpréter, à la place des individus, le sens qu\u2019ils attribuent à des prescriptions religieuses pour ensuite en nier la validité », ajoute-t-elle dans ce plaidoyer pour la préservation des accommodements qui, selon elle, n\u2019entre pas en contradiction avec « le principe de neutralité de l\u2019État ».La recherche d\u2019équilibre entre vivre et laisser faire n\u2019est pas une sinécure.Elle remet en question au passage l\u2019individualisme, un vecteur d\u2019iniquité sociale, économique et politique, écrivent plusieurs, en invitant le citoyen à se rappeler qu\u2019il forme un tout dont il est aussi individuellement responsable.« Pour que justice et démocratie soient faites, il faut donc penser le droit de manière à ce que le citoyen puisse se le réapproprier et, ce faisant, assumer la par t de responsabilité qui lui revient dans la réalisation de la justice et du principe démocratique.» Pour sauver la justice, Daniel Weinstock, professeur de philosophie, ne propose rien de moins que de faire disparaître les examens du cadre scolaire.« Et si nous demandions aux enfants ce qu\u2019ils ont envie de faire dans la vie plutôt que de voir leurs notes comme représentants un destin ?» écrit-il.Hélène Trudel, de la fondation du docteur Julien, appelle à faire plus pour « résoudre les problèmes sociaux et les disparités économiques qui sont à la source de la négligence ».Gabriel Nadeau-Dubois estime que les progressistes « doivent se mettre au diapason de ceux qu\u2019ils prétendent représenter, et renouer avec un discours qui assume la dimension conflictuelle et polarisante du politique », plutôt que de se contenter de dénoncer les radicaux, y compris ceux qui se prétendent libres.Et l\u2019éthicien Dominic Martin propose de réduire l\u2019influence des superentreprises du monde numérique par un plus grand cadre légal et par la promotion de technologies libres et de systèmes dits ouverts.Une chorale qui confirme la complexité d\u2019un processus de sauvetage autant que les ef fets dévastateurs de l\u2019indifférence que la protection de la justice, trop souvent, inspire.Le Devoir SAUVONS LA JUSTICE 39 PROPOSITIONS POUR AGIR ?1/2 Sous la direction de Catherine Régis, Karim Benyekhlef et Daniel Weinstock Del Busso éditeur Montréal, 2017, 220 pages JUSTICE Éloge de l\u2019équité et de la liberté 39 penseurs se portent à la défense d\u2019un idéal que le présent menace ESSAI QUÉBÉCOIS LA COMMUNAUTÉ INDOMPTABLE D\u2019ANDRÉ FORCIER Marie-Claude Loiselle ?1/2 Les Herbes rouges Montréal, 2017, 150 pages Ex-collaboratrice de la revue 24 images, dont elle a été la rédactrice en chef durant vingt-trois ans, Marie-Claude Loiselle consacre au cinéma d\u2019André Forcier une analyse riche et dense où elle met brillamment en lumière son rapport à la réalité, au rêve, à la notion du territoire, à la classe ouvrière, à la culture populaire et à la langue.Surnommé l\u2019enfant terrible du cinéma québécois, le vénérable cinéaste a construit, contre vents et marées, une œu- vre d\u2019une remarquable singularité, peuplée de doux dingues, de femmes fortes et de mémorables marginaux, où il dépeint avec fantaisie, poésie et humour l\u2019évolution de la société québécoise.Au cours de cette plongée captivante dans l\u2019univers de Forcier, Loiselle établit d\u2019éclairants et judicieux parallèles avec les romans de Jacques Ferron et d\u2019Hubert Aquin, de même qu\u2019avec le cinéma de Gilles Carle, grand frère spirituel de Forcier, de Federico Fellini, de Pier Paolo Pasolini et d\u2019Aki Kaurismäki.En complément de lecture, l\u2019auteure nous offre vingt-cinq anecdotes colorées et souvenirs émus d\u2019André For- cier, lesquels ont de toute évidence nourri cet essai incontournable pour les amoureux des films du paria.Manon Dumais SOURCE NOTA BENE Le professeur François Dumont FICTION CANADIENNE L\u2019EUGÉNIE PRATIQUE ?1/2 Trevor Cole Flammarion Québec Montréal, 2017, 364 pages Comédie caustique à tendance perverse, auréolée d\u2019un prix de l\u2019humour lors de sa sortie en 2010 au Canada, L\u2019Eugénie pratique dévoile en français cet automne le récit sans doute plus décevant qu\u2019amusant du journaliste ontarien Trevor Cole.Sous la couverture, dans une petite ville canadienne, on y suit Eugénie, fille et sœur de policiers, qui, marquée par le décès de sa mère, décide de combattre autour d\u2019elle la dure réalité de la mort et de la déliquescence des corps avec l\u2019âge par\u2026 le mal.À l\u2019image de la série américaine Breaking Bad, il y a de la transgression dans l\u2019air, tout comme une femme en rupture avec le réel qui se joue des gardiens de la morale et des représentants de l\u2019autorité autour d\u2019elle.Mais il y a surtout un texte qui donne à la littérature ce que Linda Lemay a apporté à la chanson : une profonde banalité du propos qui laisse cette impression de bien « sonner », tant et aussi longtemps que l\u2019on ne prend pas trop conscience de sa vacuité.Fabien Deglise TÉMOIGNAGE TOUS SONT VIVANTS ?1/2 Klaus Vogel Les arènes Paris, 2017, 228 pages Il y a plusieurs façons de devenir un héros sur les mers : en les traversant, en les domptant ou, plus rarement, en contribuant à sauver les immigrants clandestins qui, pour atteindre une vie meilleure, n\u2019hésitent pas à mettre leur vie en danger sur des embarcations de fortune.Voilà le destin qui a frappé Klaus Vogel, capitaine dans la marine marchande qui, en 2015, a plaqué son emploi dans une grande compagnie de transport maritime pour aider ses frères humains, à la barre de l\u2019Aquarius.Ce navire sillonne depuis 2016 la Méditerranée, au large des côtes de la Libye, pour récupérer les victimes des passeurs.Il a ramené à ce jour 18 000 naufragés sur la terre ferme.Daniel Pennac a dit de lui qu\u2019il était « l\u2019honneur de l\u2019Europe ».L\u2019homme se raconte dans ce livre, avec la complicité de Valérie Péronnet, en rappelant que des familles de migrants ont encore besoin d\u2019aide en pleine mer et en démontrant surtout que l\u2019impuissance affichée par plusieurs face à cette tragédie humanitaire n\u2019est qu\u2019une excuse facile remise en question par ceux qui, comme lui, un jour, ont laissé leur humanité les guider vers un passage à l\u2019acte.Fabien Deglise JACQUES NADEAU LE DEVOIR Léo Bureau-Blouin signe un texte dans lequel il propose une réforme parlementaire par l\u2019introduction d\u2019un vote libre hebdomadaire sur des projets de loi présentés par les députés."]
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