Le devoir, 2 septembre 2017, Cahier E
[" F R A N Ç O I S L É V E S Q U E «Q u\u2019est -ce qui vient se nourrir à Derr y ?Qu\u2019est -ce qui se nourrit de Derry ?» se demande le narrateur de ÇA.Dans ce roman- fleuve paru en 1986 sous le titre original IT, Stephen King, déjà surnommé le « maître de l\u2019horreur », relate les méfaits d\u2019une entité surnaturelle qui menace de détruire la petite ville américaine de Derry, un enfant à la fois.Réalisé par l\u2019Argentin Andy Mu- schetti, le premier volet de ce qui sera un diptyque cinématographique est assuré de faire recette si l\u2019on en croit les projections les plus prudentes.Pourquoi une histoire aussi sombre et terrifiante suscite-t-elle un tel engouement?Peut-être parce qu\u2019elle fait écho à des peurs bien réelles, et bien actuelles.Tous les 27 ans, une horreur sans nom, «ÇA», jaillit des tréfonds de la ville de Derry.Prenant souvent l\u2019apparence d\u2019un clown qui se présente sous le nom de Gripsou (Pennywise en anglais), ÇA apparaît aux enfants, puis il épouse la forme de ce qui les terrifie le plus : loup-garou, père violent\u2026 Après quoi, il se délecte des petits que la peur aura rendus plus savoureux encore.Depuis des siècles que cela dure, et les enfants morts et disparus se comptent par centaines à Derry.Or, grâce à ses pouvoirs, ÇA parvient à contrôler les adultes et leurs perceptions.L\u2019hécatombe se meut ainsi en vague souvenir, voire en mauvais rêve.Le roman s\u2019ouvre en 1957 alors que Bill, 11 ans, entreprend de traquer et de détruire ÇA après que son petit frère eut été la victime du monstre.Bientôt, il forme une alliance avec un groupe de camarades diversement maltraités ou laissés-pour-compte.C\u2019est cette bande de gamins marginalisés qui en viendra à bout.Jusqu\u2019au prochain réveil en 1984, avec le même groupe d\u2019amis devenus adultes (à noter que les films transposent l\u2019action en 1989 et en 2016).Thèmes et genèse Qui a lu King, la première phase de son œuvre tout spécialement, sait combien le thème de l\u2019enfance (ou de l\u2019adolescence) mise à mal y est Momenta: après les photos, les images Page E 3 Deux histoires et autant de disques pour Jason Bajada Page E 5 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 M A R I E L A B R E C Q U E H abiter la maison à plusieurs.La nouvelle devise gravée en larges lettres sur la devanture du Théâtre de Quat\u2019Sous n\u2019est pas un vain mot dans son spectacle d\u2019ouverture.Trois femmes, trois hommes.Une chorégraphe, deux cinéastes, les autres sont gens de théâtre.Les six metteurs en scène réunis par À te regarder, ils s\u2019habitueront af fichent une pluralité à plus d\u2019un titre.La création se veut un exercice de réappro- priation culturelle et historique, au profit d\u2019une distribution diversifiée comme on en voit peu, encore, sur nos scènes.Il s\u2019agissait, dans cette aventure collective conçue par Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou, «d\u2019essayer de donner une autre sonorité à cer tains classiques québécois, résume le réalisateur Bachir Bensaddek.L\u2019idée était de dire que l\u2019autre fait partie du \u201cnous\u201d et que nous, c\u2019est l\u2019autre aussi.» En offrant une tribune à des interprètes que le public n\u2019a pas coutume de voir, trop souvent «absents de la Cité».L\u2019entrevue en quintette (sans Jean-Simon Traversy, arrivé trop tard, dont la création s\u2019inspire du spectacle légendaire L\u2019Osstidcho) donne une idée de la multiplicité des points de vue qui constituent ce spectacle.À une semaine de sa création, ses metteurs en scène œuvraient encore à la mise en commun de ces segments formant «six réflexions, mais nourries par le même élan», assure Bensaddek, le cinéaste de Montréal la blanche.Si cer taines œuvres semblent avoir dérivé du mandat initial («remonter les textes fondateurs du \u201cnous\u201d»), ce qui ressort chez tous, c\u2019est la prise de parole des comédiens aux origines multiples, estime Chloé Robichaud.Braquant souvent sa caméra sur les femmes, la cinéaste de Sarah préfère la course a elle-même choisi de porter son regard ailleurs.Elle a orchestré une rencontre avec les « fascinants » Igor Ova- dis et Fayolle Jean autour du film culte Pour la suite du monde.Si les scènes montréa- laises sont si blanches, « c\u2019est parce qu\u2019il y a tellement de nostalgie dans notre théâtre, croit- elle.Alors je traite de nostalgie avec ces hommes arrivés ici en 1979 et en 1988, qui nous parlent de leur vie, et qui, finalement, nous ressemblent».Pour Nini Bélanger, collaborer avec une actrice d\u2019origine catalane lui a permis de voir d\u2019un œil neuf le manifeste du Front de libération du Québec (FLQ) \u2014 un texte très for t dans notre imaginaire collectif, mais qu\u2019on ne connaît pas vraiment, dit-elle.En voyant Emma Gomez réagir si fortement à cette « charge anticapitaliste, anti-État », la metteure en scène de Beauté, chaleur et mort a compris que son niveau d\u2019indignation s\u2019était un peu émoussé.(«Et c\u2019est peut-être de ça qu\u2019on a besoin au Québec : un peu d\u2019indignation.») À partir de ce brûlot, elles posent la question : «À quoi sert l\u2019immigration maintenant dans notre système capitaliste?» Bachir Bensaddek, lui, revi- site un autre moment traumatique de notre histoire : le discours post-référendaire de Jacques Parizeau.«Le 30 octobre 1995 reste une date assez majeure dans ma vie parce que j\u2019ai vu des gens que j\u2019aime blessés au plus profond de leur âme, des deux côtés du vote.» Le cinéaste québécois, immigré il y a 25 ans en provenance d\u2019Algérie, se demande ce qui « reste de nos peines », ce qu\u2019on fait aujourd\u2019hui d\u2019une parole qu\u2019on avait réduite à une formule (« l\u2019argent et les votes ethniques »), mais dont lui avait ÇA est l\u2019un des romans les plus riches de Stephen King.Après une première adaptation édulcorée produite pour la télé en 1990, voici qu\u2019une seconde, plus fidèle promet-on, sort au cinéma le 8 septembre.C\u2019est l\u2019un des films les plus attendus de l\u2019année, et il ne saurait mieux tomber.ÇA signe le retour du monstre intérieur L\u2019adaptation du roman de Stephen King arrive à point nommé dans une Amérique en crise ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les six metteurs en scène de cette folle et ambitieuse aventure: Jean-Simon Traversy, Dave Jenniss, Mélanie Demers, Chloé Robichaud, Bachir Bensaddek et Nini Bélanger WARNER BROS.Une scène du film ÇA du réalisateur Andy Muschetti, premier volet d\u2019un diptyque cinématographique VOIR PAGE E 6 : MONSTRE VOIR PAGE E 4 : NOUS l\u2019autre c\u2019est aussi Nous, Six metteurs en scène réunis portent un regard pluriel sur notre histoire commune CULTURE> DIFFUSION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 2 LA VIE ATTEND DAVID ALBERT-TOTH & EMILY GUALTIERI [PARTS+LABOUR_DANSE] | TRACES-CHORÉGRAPHES 27.28.29.30 SEPT.+ 4.5.6.7 OCT.2017 \u2013 20 H THÉÂTRE LA CHAPELLE | SCÈNES CONTEMPORAINES BILETTERIE 514 844-2033 EROS JOURNAL DAVID PRESSAULT | TRACES-CHORÉGRAPHES 26.27.28 OCT.+ 31 OCT.1.2.3.4 NOV.2017 \u2013 20 H THÉÂTRE PROSPERO BILETTERIE 514 526-6582 ELLE RESPIRE ENCORE JÉRÉMIE NIEL | TRACES-HORS-SENTIERS 14.15.16 MARS \u2013 19 H + 17 MARS 2018 \u2013 16 H Une coproduction et codiffusion avec l\u2019AGORA DE LA DANSE BILETTERIE 514 525-1500 PLUTON - ACTE 3 LA 2e PORTE À GAUCHE | TRACES-HORS-SENTIERS 22.23.24 + 27.28.29.30.31 MARS 2018 \u2013 20 H THÉÂTRE LA CHAPELLE | SCÈNES CONTEMPORAINES BILETTERIE 514 844-2033 © D a n s e - C i t é ABONNEMENT JE DONNE MON « » à DANSE-CITÉ * À LA FOLIE = 4 spectacles 95 $ (+ de 30 % de rabais) PASSIONNÉMENT = 3 spectacles 75 $ (20 % de rabais) BEAUCOUP = 2 spectacles 50 $ (20 % de rabais) *Achat seulement à LA VITRINE.COM 514.285.4545 poste 1 ILS S\u2019HABITUERONT À TE REGARDER, SEPT.2017 ?5 30 Idéation et codirection artistique Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou Mise en scène Nini Bélanger, Bachir Bensaddek, Mélanie Demers, Dave Jenniss, Chloé Robichaud et Jean-Simon Traversy Texte Collectif d\u2019auteurs Dramaturgie Alain Farah et Étienne Lepage Avec Obia le Chef, Angie Cheng, Marco Collin, Emma Gomez, Fayolle Jean, Igor Ovadis, Olivia Palacci, Jacques Poulin-Denis, René Rousseau, Inès Talbi et Leila Thibeault-Louchem Assistance à la mise en scène Ariane Lamarre Décor Yann Pocreau Costumes Romain Fabre Lumière Erwann Bernard Musique Laurier Rajotte Régie Adèle Saint-Amand Une coproduction du Théâtre de Quat\u2019Sous et Six metteurs en scène.Onze acteurs.Mille horizons.100 , avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com 26 $ en prévente jusqu\u2019au 5 septembre P arfois, je cherche dans les rangées de l\u2019Impérial des têtes familières, avec trop de mes cinq doigts pour les dénombrer.Tant de médias nationaux ont laissé tomber le FFM.Nos ténors de l\u2019industrie du cinéma auront tenu moins longtemps encore que les scribes et les caméras.Certains soirs, je vois pourtant monter du Quartier chinois de belles dames et de beaux messieurs tout chics pour la première d\u2019un long métrage en mandarin.Leur bruissement laisse planer que ce festival subsiste dans d\u2019autres dimensions pour d\u2019autres publics.Reste aussi en salle des ir réductibles, bien entendu, plus clairsemés d\u2019une cuvée à l\u2019autre.Un public, ça se respecte.Je vais voir des films à l\u2019Impérial parce que j\u2019aime ce magnifique cinéma, par fond de sentimentalité et esprit de découverte.On ne sait jamais\u2026 Hasard ou miracle, la dizaine d\u2019œuvres que j\u2019ai vues en compétition n\u2019étaient pas mal du tout.Classique réussi pour le russe Anna Karenine, pureté esthétique du chinois Unaware Control, intérêt historique pour le tchèque A Prominent Patient, etc.S\u2019offrir un film albanais sur un clone d\u2019Elvis en otage de guerre émeut au passage.Des voix m\u2019assurent qu\u2019au cinéma du Parc, et surtout au cinéma Dollar, dans un NDG décollé du rayon FFM, les autres séances font le vide ou presque.Ce festival de films se sera effondré au long des ans, catégorie A sous le bras, désormais sans argent, sans appuis.V ision d\u2019hier que celle de Serge Losique ?N\u2019empêche : son rendez-vous a fait mentir toutes nos prédictions de mort imminente.On en veut au président du FFM d\u2019avoir hypothéqué l\u2019Impérial, joyau patrimonial, pour garnir les coffres d\u2019un festival anémique, comme d\u2019être demeuré sourd aux propositions d\u2019expansion.Résilient et fragile en figure de proue désuète aux couleurs pâlies.Mais n\u2019allons pas reprocher à sa clientèle de vieillir ; toute la cinéphilie traditionnelle vieillit de concert.Sans volets plus novateurs, comme en génère le Festival du nouveau cinéma (FNC), point de relève du public.Critiquons d\u2019abord l\u2019éducation et l\u2019air du temps.Serge Losique refuse de quitter la barre d\u2019un rendez-vous enregistré à son nom, soit ! Durer signifie dès lors baisser ses prix.Au petit cinéaste étranger, Montréal paraît à hauteur de festival, désormais bien étriqué.Ce FFM qui s\u2019était rêvé grand, et le fut, tangue avec ses derniers fidèles.Ça rend humble et c\u2019est malheureux.Pour durer encore un an ou deux \u2014 qui sait?\u2014, son capitaine, s\u2019il conserve la santé, devra renoncer au faste des visiteurs de prestige comme à tout ancrage dans une industrie québécoise en fuite.Après avoir évalué en vain tant d\u2019autres avenues, on se prend à songer : après tout, pourquoi pas?Si Serge Losique acceptait de présenter une quarantaine d\u2019œuvres internationales dans le seul Impérial, il pourrait continuer à jouer le rôle d\u2019un cinéclub auprès de ses habitués et des communautés culturelles.Mais Montréal réclame et on regarde ailleurs\u2026 Sous la tour du CN Car dès jeudi démarre le Festival international du film de Toronto (TIFF), avec les cinéastes d\u2019ici et de là-bas roulant leurs valises à pleins halls d\u2019hôtels de la Ville reine.Un gros banquet ouvert, vital.Il y aura, venus du Québec, La petite fille qui aimait trop les allumettes de Simon Lavoie, d\u2019après le roman de Gaé- tan Soucy, Les af famés de Robin Auber t, Eye on Juliet de Kim Nguyen et Ta peau si lisse de Denis Côté dans la foulée de sa première à Lo- carno, Hochelaga de François Girard après lancement à Montréal.Se pointer sous la tour du CN, c\u2019est peut-être voir son film traverser le circuit planétaire.Il n\u2019est pas qu\u2019inféodé au cinéma américain, ce TIFF.Avec de tout pour tous, des programmateurs allumés, des ennuis même, car tous les festivals sont en dif ficulté : la concurrence, les mutations de l\u2019industrie\u2026 On a beau se sentir en terre étrangère dans la rue King, ça frappe l\u2019esprit d\u2019aller respirer là-bas l\u2019odeur de la richesse, quand Montréal dégage plutôt une odeur de par ty ou de fin de party, c\u2019est selon.D\u2019autres arômes nous montent au nez, chose certaine.Réenchanter la terre patrie Au fil des éditions du TIFF, j \u2019ai croisé souvent Alanis Obomsawin, grande ambassadrice des Premières Nations.Le Festival de Toronto suit sa démarche depuis le milieu des années 1980, fin premier à lui avoir tendu la main.La dame aux tresses célébrait ses 85 ans jeudi dernier.Elle aura subi durant son enfance à Odanak tant de brimades dans sa langue et ses racines.Assez pour trouver que ça valait la peine de vivre longtemps afin de voir de jeunes autochtones relever la tête.Les années de suicide, de drogue, elle en aura filmé tous les spasmes.Son documentaire Our People Will Be Healed, 50e film en 50 ans, lancé là- bas, offre soudain une proposition de lumière.Des portes s\u2019ouvrent sur la spiritualité, les coutumes ancestrales.Le vent tourne en « Amérindie ».« Oh, pas partout, me dit-elle, mais\u2026 il se passe quelque chose.Toutes ces marches des jeunes, toutes ces prises en charge de l\u2019éducation par les communautés.» Jamais n\u2019a-t-on senti Alanis Obomsa- win plus sereine.À l\u2019écran dans une école du Manitoba à Norway House, la musique, la culture ancestrale, la langue, la rituelle danse du soleil aident des Cris des Plaines à relever la tête.Des images de nature apaisée, des jeunes au teint br un jouant du violon réenchantent la terre patrie.Sur les nouvelles politiques de Justin Trudeau, qui vient de scinder les ministères dévolus aux af faires autochtones, elle dit : « On verra ce que ça donne, mais la pulsion viendra de nos rangs.» Et à l\u2019heure où nos pas nous conduisent aussi au Marché Bonsecours, à l\u2019expo du World Press Photo, là où toute la misère planétaire nous brûle avec raison les yeux, on se baigne au retour dans le documentaire d\u2019Alanis avec un espoir timide.Il vient d\u2019un vent de liberté contraire en train de monter.Sur sa bourrasque, on aimerait aussi, comme Québécois francophone, de passage au TIFF ou pas, réapprendre à planer.« La parole est plus importante que l\u2019image, me dit la dame de caméra.Mais ça prend des modèles qui la portent, vous savez\u2026» Nuages et lumières sur la survivance des vaisseaux culturels ODILE TREMBLAY SOURCE ONF Une scène du film d\u2019Alanis Obomsawin, Our People Will Be Healed, son 50e film en 50 ans, qui sera présenté en grande première au TIFF de Toronto. CULTURE> ARTS VISUELS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 3 J É R Ô M E D E L G A D O Q uand des festivals et des événe- ments tardent à se renouveler, ils en paient d\u2019une certaine manière le prix.Parlez-en aux gens de la Biennale de Montréal, une manifestation sans âme et désormais sans tête \u2014 certains diront sans avenir.Le Mois de la photo à Montréal, l\u2019autre biennale en ville, a certes 20 ans d\u2019existence, le voilà rajeuni et armé d\u2019un nouveau nom, prompt à défendre un art beaucoup plus vaste que la seule photographie.L\u2019ère est désormais celle de Momenta, la biennale dite de l\u2019image.Le changement de nom, opéré entre deux éditions \u2014 pendant que la Biennale de Montréal se tirait dans les pieds \u2014, s\u2019est matérialisé avec l\u2019arrivée à la direction générale d\u2019Audrey Genois.Bon timing.La première Momenta a été confiée à Ami Barak, commissaire indépendant venu de Paris avec des idées idéales pour une mise à jour.La photographie ?Un concept dépassé, clame sans hésitation cet homme à l\u2019esprit libre.« Je fais partie, dit-il, de cette génération à qui on demandait si on s\u2019y connaissait en photo, en prises de vue, en temps d\u2019exposition\u2026 Aujourd\u2019hui, ça n\u2019existe plus.Votre grand-mère qui se fait des sel- fies ne se pose pas ces questions.C\u2019est une sacrée révolution.» Ami Barak est plus que ravi d\u2019inaugurer la nouvelle ère de la biennale montréalaise.Et il arrive avec une « expo à thèse », une thèse qui tient en une question : «De quoi l\u2019image est-elle le nom?» «Nous vivons dans un continuel malentendu au sujet de ce que les images montrent et démontrent», dit-il, en entrevue.La peinture a eu son Magritte avec son «Ceci n\u2019est pas une pipe» \u2014 il ne s\u2019agissait que de la représentation d\u2019une pipe.La photo et ses tonnes d\u2019images n\u2019ont jamais eu un équivalent aussi explicite.«Nous avons tendance à oublier qu\u2019une photographie n\u2019est pas la réalité en soi, mais plutôt un moment cadré et isolé », précise le commissaire dans le texte qui ouvre la publication \u2014 déjà imprimée ! \u2014 de Momenta.Depuis près de deux siècles, le malentendu auquel il fait référence entretient le fantasme qu\u2019un clic rapide comme l\u2019éclair exprime les quatre vérités d\u2019un moment, d\u2019un lieu, d\u2019un sujet.Sans peur d\u2019opposer les tenants de ce discours (les photographes de presse, notamment) et ceux qui tentent de le réévaluer (les artistes), Ami Barak prétend qu\u2019une image vaut plus par ce qu\u2019elle raconte hors champ que par ce que dit l\u2019intérieur du cadre.«Alors que les reporters ont tendance à capturer et à enfermer le visible, les artistes cherchent à ouvrir et à dévoiler de manière à présenter un aspect de la réalité sans nier l\u2019existence d\u2019autres vérités, cachées et possiblement contradictoires, écrit-il.Ce sont deux versions du document, deux modes opératoires, deux rappor ts au monde, deux conceptions du référent et deux régimes de vérité.» Ami Barak n\u2019ouvre pas une boîte de Pandore.La scission entre les deux régimes est chose connue depuis que les Bernd et Hilla Becher, Jeff Wall ou Cindy Sherman \u2014 tous pris à témoin par le commissaire dans son texte \u2014 ont voulu contourner « la pièce à conviction» et « la dictature du temps» que Barak associe à la photographie.Il souhaite plutôt rappeler la diversité des chemins que prennent aujourd\u2019hui les artistes qui disent : «Ne gobez pas tout ce qu\u2019on vous met devant le visage.» Des revers aux belles images Comme les photojournalistes, les artistes de l\u2019image, croit Ami Barak, sont «lanceurs d\u2019alerte».Son meilleur exemple, qui illustre la page couverture de la publication, concerne le travail de la Sud-Africaine Zanele Muholi, considérée comme une activiste, membre du mouvement LGBTQ.«L\u2019image est extraordinaire, mais pas uniquement ça, dit-il au sujet d\u2019un por trait d\u2019une femme noire sur fond noir.Cette image n\u2019est pas là pour vous montrer une belle fille.Il y a un revers.Cette fille a une vie malheureuse.Elle a des partis pris sexuels que tout le monde peut avoir, mais pas partout.On lui rend la vie impossible.» Le genre portrait sera bien représenté dans Momenta, avec les œuvres du Mexicain Luis Ar turo Aguirre, de la Croate de New York Dora Budor, du Camerounais de Paris Samuel Fosso ou encore du New-Yorkais Artie Vier- kant.En plus de compter ceux qui font dans la métaphore.« Le portrait est présent même quand il n\u2019y a pas d\u2019être humain », avance Ami Barak, en citant la Suédoise Hanna Liden, également basée dans la Grosse Pomme.«Elle fabrique un bouquet avec des bouts de plastique et c\u2019est un portrait.Elle le dit elle-même : \u201cC\u2019est le portrait de ma copine\u201d.» La thèse de Momenta se matérialisera sous deux formes: une exposition centrale partagée entre le centre Vox et la Galerie de l\u2019UQAM, et 14 solos dispersés en 14 adresses.Le Mois de la photo peut avoir été rebaptisé, la manière d\u2019exposer demeure sensiblement identique.En réalité, d\u2019une biennale à l\u2019autre, c\u2019est le même modus ope- randi.L\u2019innovation de deux expos centrales en une risque cependant d\u2019étioler le propos.« Il s\u2019agit d\u2019une expo en deux parties.En fait, en deux lieux.Elle n\u2019est pas en deux parties, se corrige le commissaire, pris lui-même dans la confusion.À l\u2019entrée, vous aurez le même texte.C\u2019est comme si vous preniez une pause pour fumer et vous rentrez après avoir fait quelques centaines de mètres.» Collaborateur Le Devoir MOMENTA BIENNALE DE L\u2019IMAGE Du 7 septembre au 15 octobre Momenta : après les photos, les images Auréolée de son nouveau nom, la biennale montréalaise de l\u2019image entame une nouvelle ère Cinq solos à surveiller On Theater Road (notre photo), Jonas St.Michael, Canad).Cet artiste montréalais propose une vidéo à trois canaux, inspirée des zones floues entre fiction et réalité.À la maison de la culture Frontenac.Paperwork and the Will of Capital, Taryn Simon, États-Unis.De jolis bouquets de fleurs cachent les ruses des leaders dans leur exercice du pouvoir.Au Musée d\u2019art contemporain.Lettre au pilote qui a désobéi, Akram Zaatari, Liban.La guerre, la mémoire et la désobéissance sont au cœur de ce travail en vidéo et en archives.Au centre Dazibao.Other Hauntings, Jin-Me Yoon, Corée du Sud.Paysages sur bord de mer, dans un village de pê- cheurs, les vidéos parlent de la résistance à des projets militaires.À la galerie B-312.Spot the Difference, Micah Lexier, Canada.Ludiques et déroutantes, ces images prennent forme de projet éditorial, intégré à la publication, de sujet d\u2019étude au centre Artexte.SOURCE MOMENTA Zanele Muholi, Somnyama IV, Oslo, 2015, de la série Somnyama Ngonyama, 2015 SOURCE MOMENTA Luis Arturo Aguirre, Phoebe, photo tirée de la série Desvestidas, 2011 JONAS ST.MICHAEL surtout retenu un « nous » exclusif «extrêmement violent ».«Ce qui est intéressant quand on lit le discours, c\u2019est qu\u2019on se rend compte qu\u2019il y a une partie écrite, et une autre improvisée.Il y a, sous-jacente, une tentative de consoler les gens, mais qui est inhibée par la douleur, l\u2019amertume.On a donc pu dégager deux personnages, afin que ces lignes de force s\u2019af fron- tent et donnent naissance à un nouvel objet.» Un dialogue porté par les comédiennes Inès Talbi et Leila Thibeault-Lou- chem, qui revisitent ainsi cet événement.« L\u2019Histoire, c\u2019est une question d\u2019interprétation, de toute façon.» Aventure risquée Dave Jenniss a plutôt fini par écarter l\u2019aspect historique.« Ce spectacle donne la chance de dire les vraies choses sur notre vie.» Il a donc demandé à ses comédiens, Marco Collin et René Rousseau, d\u2019improviser sur leur réalité présente d\u2019autochtones.Le directeur artistique du Théâtre Ondinnok a saisi cette occasion de ne pas tenir un « discours de victime », ou accusateur.« Je voulais pour une fois essayer l\u2019autodérision parce que les Innus, les Attikameks sont de grands blagueurs, et personne ne le sait.On regarde toujours le côté négatif.On peut rire de nos travers, mais en faisant réfléchir le spectateur aussi, avec un message et des malaises.J\u2019ai une petite crainte, mais c\u2019est ça le spectacle : on risque quelque chose.» La chorégraphe Mélanie Demers avoue avoir d\u2019abord soupiré devant cette proposition de « spectacle sur la diversité ».« Par fois, je me sens un peu utilisée dans ces choses-là.Et je n\u2019avais pas besoin de faire [quelque chose] de spécial pour parler de la diversité : c\u2019est ma vie.» La danseuse, qui a découver t dans ce milieu un lieu de liberté où elle peut vraiment prendre son espace sur scène \u2014 contrairement au théâtre \u2014, a préféré faire parler les corps.Elle va créer avec ses interprètes coutumiers (Angie Cheng et Jacques Poulin-De- nis) des figures d\u2019Adam et Ève qui s\u2019écartent de la conception convenue.Une œuvre où « un regard très frontal est porté sur le public.On se demande qui regarde qui, en fait.Et qui s\u2019habitue à qui».En entrevue, Mélanie De- mers soulève un regard critique sur cer tains éléments jugés problématiques dans le concept de départ.« Il y a toujours ce piège de mettre la blancheur au centre du spectre de la diversité.» Ainsi, cette façon de dire qu\u2019on « donne la place » aux autres implique que c\u2019est un espace appartenant à la majorité\u2026 « Alors que je pense que le désir, c\u2019est de par tager.Peut-être que le projet est déjà gangrené et qu\u2019on se tire dans le pied en faisant quelque chose comme ça.Mais j\u2019aime ce risque : on se trompe peut-être à essayer, mais il faut l\u2019essayer\u2026 » Collaboratrice Le Devoir À TE REGARDER, ILS S\u2019HABITUERONT Idéation et codirection artistique: Olivier Kemeid et Mani Soley- manlou.Une coproduction du Théâtre de Quat\u2019Sous et Orange Noyée.Du 5 au 30 septembre, au Théâtre de Quat\u2019Sous.CULTURE> SCÈNES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 4 L\u2019AUTRE ET MOI Lecture James Hyndman Recherche et animation Stéphane Lépine 11 septembre 2017 D\u2019autres vies que la mienne d\u2019Emmanuel Carrère 11 décembre 2017 La Réuni?cation des deux Corées de Joël Pommerat Lectrice invitée : Évelyne de la Chenelière 5 février 2018 Ce que j\u2019appelle oubli de Laurent Mauvignier 7 mai 2018 La Maladie de Sachs de Martin Winckler Lectrice invitée : Fanny Mallette 100, avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com ( un interrogatoire ) SUITE DE LA PAGE E 1 NOUS Nouveau chapitre À l\u2019instar du Wild West Show de Gabriel Dumont, autre gros spectacle aux signatures diversifiées qu\u2019on verra au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, À te regarder, ils s\u2019habitueront est l\u2019un des heureux élus qui ont bénéficié du soutien de Nouveau chapitre.Un programme ponctuel de financement créé par le Conseil des arts du Canada à l\u2019occasion du 150e anniversaire de la Confédération.Invitant les artistes à « rêver en grand » et notamment à chercher à rejoindre de nouveaux publics, le CAC a ainsi partagé une enveloppe de 35 millions entre 201 projets, dont 50 au Québec.M É L A N I E C A R P E N T I E R A lors que la rentrée automnale s\u2019amorce à Montréal, la compagnie Danse-Cité s\u2019apprête à célébrer ses 35 années de présence dans le paysage montréalais, tandis que le festival Quartiers Danses soufflera ses 15 bougies.Outre certaines similarités dans leurs mandats \u2014 dont celui de soutenir et de mettre en avant des ar tistes émergents en ouvrant les bras à une diversité de disciplines \u2014, les deux entités ont la particularité d\u2019œuvrer, chacune à sa manière, à mettre la danse à la portée des plus vulnérables à travers leurs initiatives de médiation culturelle.Implanté en 2013, le volet médiation culturelle de Quartiers Danses a nettement pris de l\u2019ampleur, précisant la mission socio-communautaire du festival.Toute l\u2019année, ce dernier s\u2019évertue à proposer gratuitement des ateliers de danse contemporaine, dispensés par des chorégraphes et des animateurs culturels auprès d\u2019organismes communautaires, de CHSLD, d\u2019écoles et de CPE.D\u2019abord orientée vers les aînés, l\u2019offre s\u2019est diversifiée en fonction des demandes et des besoins des organismes.Leurs ateliers peuvent prendre la forme de cours de danse, mais aussi d\u2019initiation aux codes de la danse contemporaine afin de proposer des clés de lecture avant les sorties aux spectacles.Un partenariat avec le Musée des beaux-ar ts de Montréal permet d\u2019amener des personnes à mobilité réduite à la rencontre de l\u2019art contemporain et de la danse au musée.« Cette année, on s\u2019est vraiment concentrés sur les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle et motrice ou qui ont des troubles comportementaux, affirme Alexandra Ladde, directrice de la médiation culturelle du festival.On avait envie de toucher un public qui n\u2019avait pas accès à la danse et à l\u2019art contemporain pour toutes sor tes de raisons : que ce soit par désintérêt, par manque d\u2019argent ou par dif fi- culté de mobilité.On est parti du principe que si les personnes ne pouvaient pas se déplacer, alors on viendrait à elles.» Approcher la création avec délicatesse Chez Danse-Cité, la collaboration avec les Impatients \u2014 organisme qui vient en aide aux personnes qui ont un problème de santé mentale via l\u2019expression ar tistique \u2014 a lancé et consolidé le volet médiation culturelle de la compagnie, jumelant dès 2015 la chorégraphe Aurélie Pedron, et plus tard Catherine Tardif, avec l\u2019organisme.À l\u2019instar de Quar tiers Danses, les participants sont invités aux spectacles produits par la compagnie, et un travail d\u2019initiation à la danse contemporaine autant pratique qu\u2019informatif et didactique est effectué au cours des ateliers.«Pour moi, ce qui est important, c\u2019est que ce soit en continuité avec les demandes des artistes », af firme Daniel Soulières, fondateur et directeur de la compagnie trentenaire.Le danseur émérite ayant étudié en psychologie dans sa jeunesse souhaitait que les médiations soient entièrement por tées par les ar tistes.Et comment approcher la création dans des contextes sensibles ?« Quand tu infiltres ce genre de domaine, il y a toujours des psychologues et des intervenants qui suivent et accompagnent les ar tistes » , ajoute Maud Mazo-Rottenbüh- ler, directrice des communications chez Danse-Cité.« Aurélie [Pedron] s\u2019est centrée sur l\u2019idée de faire de l\u2019art en essayant de mettre un tant soit peu de côté les soucis que les participants pouvaient rencontrer.Elle s\u2019est heurtée parfois à la réalité, mais elle a toujours réussi à les amener sur des chemins qu\u2019ils ne connaissaient pas.Ils ont été très friands et redemandent des ateliers toutes les sessions.Le groupe a ainsi grossi au fur à mesure.» Du côté de Quartiers Danses, la collaboration avec les intervenants sur place dans les organismes est cruciale pour Alexandra Ladde, aussi éducatrice spécialisée de formation : «On n\u2019est pas juste dans l\u2019animation, il y a aussi tout un travail fait en amont avec les intervenants sociaux.» Rencontres thérapeutiques De façon similaire, le dernier projet de médiation culturelle de Danse-Cité mené par l\u2019artiste Sarah Dell\u2019Ava auprès de personnes arrivées à titre de réfugié ou de migrant reçu, a nécessité d\u2019approcher des spécialistes en la matière pour saisir amplement les conditions des migrants et éviter les maladresses et les faux pas.Avec La trace de ceux qui ont marché, il s\u2019agissait d\u2019ouvrir un espace de partage et de rencontres interculturelles par le biais de la danse et du chant afin d\u2019aboutir à une installation per formative (présentée au MAI en juin dernier).Dépassant le besoin d\u2019élargir, au compte-gouttes, le public pour la danse contemporaine, chez Quartiers Danses, tout comme chez Danse-Cité, on croit aux vertus thérapeutiques de la danse, à son pouvoir d\u2019expressivité et surtout à ses bienfaits pour pallier l\u2019isolement des plus vulnérables.Pour Danièle Soulières, « l\u2019expression et la libération d\u2019émotions étouf fées est un premier moteur vers la danse».Tandis que pour Rafik Huber t Sabbagh, directeur du festival Quar tiers Danses et ancien danseur ayant longtemps enseigné l\u2019alignement postural, « l\u2019écoute du corps, son équilibre avec l\u2019esprit, le fait de se laisser-aller pour vivre le moment présent peuvent épanouir quelqu\u2019un.Ne serait- ce que de voir des danseurs essayer de communiquer quelque chose, qu\u2019elle soit sociale, politique ou artistique, via l\u2019émotion que génèrent certaines esthétiques, ça peut éveiller un moment d\u2019humanité, de relâchement, de poésie chez celui qui regarde».Le Devoir Briser l\u2019isolement par la danse contemporaine Souk-Cité revient Afin de récolter des fonds et de continuer à soutenir les chorégraphes et interprètes dans leur processus de création, de production et de diffusion, Danse-Cité organise une soirée-bénéfice le 8 septembre au MAI (Montréal, arts in- terculturels).Souk-Cité 2 sera aussi l\u2019occasion pour la compagnie de souligner ses 35 ans et de lancer officiellement sa 36e saison.L\u2019édifice abritant la compagnie sera transformé en un vaste espace de représentation inspiré de l\u2019univers du film L\u2019hôtel Grand Budapest de Wes Anderson, où se jouera une série de microperformances dans des lieux et recoins inattendus du bâtiment.SOURCE QUARTIERS DANSES Quartiers Danses multiplie les ateliers de danse contemporaine, les disséminant sur toute l\u2019année, en divers lieux La danse sous toutes ses formes Au programme de cette 15e édition du festival Quartiers Danses, qui aura lieu du 7 au 17 septembre, une panoplie de petites formes en salle et hors les murs s\u2019étirant de la place des Festivals à la rue Wellington (Verdun).Du côté des artistes émergentes, on surveillera les signatures prometteuses d\u2019Andrea Peña avec sa nouvelle création El vientre del animal, et d\u2019Anne-Flore de Rochambeau avec une œuvre participative et un solo présenté aux côtés de la chorégraphe Mélanie Demers (MAYDAY) lors d\u2019une soirée dédiée à la diversité.L\u2019Espagne sera mise à l\u2019honneur avec, entre autres, le retour du chorégraphe Daniel Abreu.S\u2019ajoute à la programmation éclectique une journée de tables rondes, dont une sur le thème de la médiation culturelle, suivie du court-métrage de Julien Tourigny-Gagnon, Entrez dans la danse, une incursion dans les ateliers donnés par le festival auprès des organismes communautaires.Enfin, la reprise de 9 de Cas Public, mettant en scène le danseur atypique Cai Glover, viendra clore le festival. CULTURE> MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 5 ILLUSTRATION MICHEL HELLMAN CONCEPTION MARIE-LOVE PETIT 1 7 1 8 S A I S O N A B O N N E Z -V O U S ! THEATRELALICORNE.COM 4 5 5 9 .P a p i n e a u .M o n t r é a l .Q C .H 2 H 1 V 4 .5 1 4 5 2 3 2 2 4 6 15 SPECTACLES 12 COMPAGNIES DÉDIÉ À LA DRAMATURGIE D\u2019ICI P H I L I P P E P A P I N E A U «Honnêtement, je suis un peu terrifié de commencer les entrevues pour cet album-là », lance le chanteur Jason Bajada en riant.Et nous de poser les questions, doit-on lui avouer.C\u2019est que l\u2019auteur de la pièce Pékin (les amitiés) \u2014 qui a trouvé une belle place sur les ondes commerciales il y a quelques mois \u2014 s\u2019apprête à lancer un nouveau disque (double et en anglais) où il met ses tripes sur la table, sans métaphores et sans tabous.De quoi faire jongler le journaliste et l\u2019artiste.Ce Loveshit II \u2014 nouvelle déclinaison du disque au titre sans équivoque lancé par Ba- jada en 2008 \u2014 raconte un double uppercut au menton.D\u2019une part, il y a une relation ardue avec une fille « toxique » déjà en couple et de l\u2019autre, de multiples trahisons et la détresse profonde, voire les pensées suicidaires, qui les ont suivies.Le sous-titre de l\u2019album est d\u2019ailleurs Blondie & The Backstabberz.« Imagine, si tu prends les quatre piliers les plus importants dans ta vie, les quatre personnes qui sont juste inébranlables, et que ces gens-là se mettent à appuyer sur tes boutons, tes cordes sensibles en même temps, explique Bajada.Et il y a un couteau dans le dos ici, un autre là, et tout le monde se met à te poignarder de partout.J\u2019étais dépassé, complètement étourdi par les événements.Après avoir essayé de gérer ça pendant des mois et des mois, j\u2019ai complètement sauté un plomb et, next thing you know, j\u2019étais en train de magasiner des pistolets sur Internet.Ça ne filait pas, mais pas du tout.» Jason Bajada précise à raison que la majeure partie du premier disque est lumineuse, autant dans les textes que dans les musiques accrocheuses.Mais le second opus nous plonge plutôt dans sa torpeur.L\u2019écriture de cette vingtaine de pièces, toutes en anglais et divisées en deux volets distincts, a permis à l\u2019auteur-com- positeur-interprète de sortir la tête de l\u2019eau, admet-il au- jourd\u2019hui que les choses vont beaucoup mieux pour lui.«Sans blague, ce disque-là a vraiment fucking sauvé ma vie, confie Jason Bajada.C\u2019est un peu dark et un peu drôle à dire, mais je me disais que, si j\u2019étais pour me \u201cpitcher\u201d en bas de la falaise ou me tirer une balle, je devais juste finir cet album-là avant.Il restait quelque chose que je voulais faire.J\u2019ai tout laissé sur la table.» Écouter ses influences Pour Loveshit II, Bajada a travaillé en équipe réduite, avec le musicien et réalisateur Philippe Brault et le batteur Sam Joly.Le chanteur a d\u2019ailleurs joué de presque tous les instruments.«Ce disque-là ne peut pas plus me ressembler, c\u2019est mes quatre pédales, mon chorus, mon re- verb, c\u2019est exactement mon jeu de guitare naturel.J\u2019ai travaillé avec mes forces.» Bajada s\u2019est dit enchanté d\u2019avoir pu œuvrer avec Philippe Brault, son «premier choix» au poste de réalisateur.«J\u2019étais sûr qu\u2019il allait dire non.Il était pas mal sollicité après l\u2019ADISQ, où il avait gagné avec Koriass.Et finalement, il a embarqué, il a tout le temps été rassurant et on a eu infiniment de plaisir.On avait beau chanter \u201cAll I wanna do is die\u201d, après on rigolait, on buvait du vin, on était dans un bon esprit pour écrire des chansons tristes!» Dans cette bulle agréable, Bajada a aussi décidé d\u2019assumer plus que jamais ses références, ses amours musicales, plutôt évidentes sur Loveshit II mais bien assimilées.« Je me suis dit : \u201cTom Waits, il chante bien de trois voix dif fé- rentes, moi aussi je peux.\u201d Je \u201ctripe\u201d sur Springsteen, sur les Strokes et sur The Smiths, alors c\u2019est un mariage de tout ça, de ce que j\u2019écoute dans la vie.» Disque double Avant de se restreindre à vingt morceaux, Bajada avait au total plus d\u2019une trentaine de titres dans ses poches pour raconter les deux volets de Lo- veshit II.Dans sa tête, rapidement, le disque se devait d\u2019être double.D\u2019abord, il n\u2019était pas question de mélanger les deux chapitres de sa vie sur un même album.Et le chanteur ne voulait pas en lancer un maintenant et un autre quelques mois plus tard.« Un des arguments [contre le disque double], c\u2019est que les gens ont un déficit d\u2019attention.Ils ont du mal à se concentrer sur un seul album, alors imagine sur un double.Mais je trouvais que c\u2019était plus demandant pour le public de voir deux albums différents sortir [en peu de temps].\u201cO.K., il sort juste plein de trucs.Lequel j\u2019achète?\u201d» Bajada et son équipe ont tout de même fait plus de travail en amont que jamais pour ce disque, faisant paraître à l\u2019avance quelques titres et des capsules vidéo détournant des films connus.«Ma crainte, c\u2019est qu\u2019on pousse pour un single et que toutes ces chansons-là, que je trouve les meilleures que j\u2019ai écrites, tombent entre les craques.J\u2019ai trop d\u2019ambition pour ce disque-là, je veux que les chansons se rendent aux oreilles des gens.» Même si l\u2019amour c\u2019est de la merde, il aimerait bien un peu du vôtre.Le Devoir LOVESHIT II BLONDIE & THE BACKSTABBERZ Jason Bajada Audiogram En magasin le 1er septembre Jason Bajada, deux histoires pour autant d\u2019uppercuts et de disques Le chanteur revient à l\u2019anglais avec un album double où il raconte détresse et trahison ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour Loveshit II, Jason Bajada a travaillé en équipe réduite, avec le musicien et réalisateur Philippe Brault et le batteur Sam Joly.Le chanteur a d\u2019ailleurs joué de presque tous les instruments.Ce disque-là ne peut pas plus me ressembler, c\u2019est mes quatre pédales, mon chorus, mon reverb, c\u2019est exactement mon jeu de guitare naturel « » omniprésent (voir Carrie, Salem, Shining, Christine, Cujo, L\u2019année du loup-garou, etc.).Au moment de concevoir ÇA, King pensait beaucoup à son fils de 9 ans et décida que ce serait là son dernier roman à mettre en scène des enfants victimes de sévices réalistes ou fantastiques.En écrivant, il replongea lui-même dans son enfance et revisita des épisodes douloureux qu\u2019il croyait avoir oubliés à jamais.Plusieurs éléments lui inspirèrent l\u2019intrigue particulièrement dense (1138 pages!).Il y eut d\u2019abord cette marche au crépuscule près d\u2019une rivière de Bangor, et cette réminiscence d\u2019un conte au sujet d\u2019un troll caché sous un pont.Il y eut ensuite cette anecdote selon laquelle Bangor avait reçu tellement d\u2019argent pour construire son réseau d\u2019égouts après la Deuxième Guerre mondiale qu\u2019un véritable labyrinthe avait été creusé sous la ville et ses environs et qu\u2019on pouvait y entrer et n\u2019en jamais ressortir.Il y eut, enfin, ce fait divers rapportant qu\u2019un jeune homosexuel avait été battu puis jeté dans la rivière, toujours à Bangor.Bangor devint Derry, le troll devint ÇA, et le réseau d\u2019égouts, son royaume poisseux.Quant au meur tre homophobe qui troubla profondément King, il est repris presque à l\u2019identique au début de la deuxième partie du roman campée en 1984, alors qu\u2019un groupe de brutes épaisses tabasse un couple gai.Une des deux victimes est jetée d\u2019un pont sous lequel l\u2019attend ÇA, qui, forcé au sommeil par Bill et ses amis 27 ans plus tôt, s\u2019est de nouveau réveillé.Repu de haine, terré dans le vaste réseau d\u2019égouts de la municipalité, voici que ÇA revêt son déguisement humain, clown affamé d\u2019enfance.Née de l\u2019obscurité Pour revenir à la question originelle quant à la nature de ÇA, dans l\u2019essai Stephen King\u2019s Modern Macabre : Essays on the Later Works, Michael A.Perr y y va de cette hypothèse : « ÇA est une chose née de l\u2019obscurité au-delà des confins de l \u2019univers, mais pour les enfants de Derry, ÇA est un monstre de contes de fées tout droit sor ti des frères Grimm sans sauvetage de dernière minute, sans gentil bûcheron, et sans \u201cils vécurent heureux\u2026\u201d » Le roman fait implicitement référence à cette idée puisqu\u2019on peut y lire : « Il ne fait aucun doute que tous, nous savons depuis l\u2019enfance ce que nous fait le monstre lorsqu\u2019il nous attrape au fond des bois : il nous dévore.C\u2019est peut-être la chose la plus épouvantable que nous sommes capables de concevoir.Mais en fait, c\u2019est de foi et de croyance que vivent les monstres, non?» SUITE DE LA PAGE E 1 MONSTRE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 6 DE VISU C U L T U R E LE MUR DES RAPACES RENÉ DEROUIN CENTRE D\u2019EXPOSITION DE VAL-DAVID Dernière ?n de semaine incluant le lundi 4 septembre Catalogue disponible : info@renederouin.com C\u2019est dans la nature des RAPACES de chasser des proies pour leur survie, tandis que chez l\u2019humain, c\u2019est une idéologie dominante qui élimine tous les acquis de nos sociétés, la société de droit et la démocratie, le pays, la famille et les enfants à qui je dédie ce livre et cette exposition.Nous sommes menacés autant par les changements climatiques que par la société des RAPACES, ce sont les mêmes personnes qui nous imposent l\u2019austérité.www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Quelques places disponibles pour.\u2022 MONTRÉAL \u2013 tour de l\u2019île vers l\u2019ouest le pouls de l\u2019histoire : 24 septembre \u2022 SHERBROOKE \u2013 sculptures au musée poésie d\u2019Anne Hébert en spectacle : 22 octobre \u2022 BURLINGTON \u2013 MIDDLEBURY : 28-29 octobre musées \u2013 concert : le Vermont Mozart Festival Laissez-vous prendre aux joies de l\u2019automne ! FIXE LE JOUR De Pascal Grandmaison, à la galerie René Blouin jusqu\u2019au 9 septembre.JOHN HEWARD À la galerie Roger Bellemare et Christian Lambert jusqu\u2019au 2 septembre.N I C O L A S M A V R I K A K I S On nous fait toujours le coup, pour chaque nouvel appareil photo, pour chaque nouvelle caméra vidéo.Nous en serions arrivés avec eux à un niveau de réalisme jamais atteint auparavant.Chaque époque se fait croire cela et, du coup, glorifie sa modernité.Mais du temps où la photo n\u2019existait pas, c\u2019était entre autres à la peinture et aux talents d\u2019ar tistes comme le Grec Zeuxis que l\u2019on prêtait des pouvoirs, comme celui de tromper les yeux des oiseaux avec ses peintures de raisins\u2026 En regardant la dizaine de photos réalisées \u2014 et pas seulement prises \u2014 par Pascal Grandmaison, principalement des photos de paysages, photos exposées ces temps-ci à la galerie René Blouin, le visiteur pourrait avoir le sentiment qu\u2019elles sont d\u2019un grand réalisme.D\u2019un réalisme \u2014 se diront cer tains \u2014 dépassant même ce que les photographes des décennies passées auraient pu faire.Devant ces grandes photos, on a le sentiment d\u2019une épaisseur, d\u2019une profondeur, mais aussi d\u2019une présence accrue.Magie des appareils photographiques actuels ?Miracles des méthodes d\u2019impression contemporaine ?Talent de l\u2019artiste ?La photo en miettes Grandmaison n\u2019a pas uniquement utilisé des modèles d\u2019appareil numérique dernier cri.Même si l\u2019artiste a utilisé des lentilles de grande qualité, cer taines photos ont en fait été réalisées avec un ancien appareil 5x7.Néanmoins, il y a dans cette exposition une mise en scène du prodigieux spectacle de la technologie photographique et de son éblouissant pouvoir à capter, à fixer, à transmettre dans une image la réalité du monde qui nous entoure.Le fait d\u2019avoir imprimé ces images sur de la toile accentue cet effet.Ce procédé augmente la texture des sujets exhibés.Le pan de lichen ici présenté ou le sol d\u2019asphalte qui est là af fiché semblent sauter aux yeux du spectateur.La toile donne une souplesse, une épaisseur au pigment qui fut jeté en minces couches sur sa trame.Pourtant, passé ce moment de séduction, les images se révèlent en fait bien étranges et finalement beaucoup moins proches du réel que ce que nous avions pu croire.Les couleurs en par ticulier sont d\u2019une intensité et par fois même d\u2019une acidité presque violente.Cet ef fet est certes rehaussé par l\u2019éclairage aux néons de la galerie, mais Grandmaison a modifié légèrement les couleurs pour les rendre plus saturées.De loin, l\u2019ef fet est déjà saisissant, mais dès que l\u2019on s\u2019approche de ces images, il est encore plus troublant, l\u2019œil a presque du mal à soutenir l\u2019éclat de leur intensité.Par exemple, la photo du pan d\u2019asphalte révèle des accents rosés et bleutés scintillants.Cela peut faire penser à ces tableaux pointillistes du peintre Seurat à la fin du XIXe siècle, tableaux composés de petites taches qui ne correspondent pas à la couleur locale de l\u2019objet dépeint, mais qui de loin recréent les effets de la lumière.En jouant sur les couleurs, Grandmaison a voulu encore plus souligner la tension entre l\u2019image et ses composantes matérielles.Du coup, les photos de Grandmaison ruinent l\u2019idée d\u2019une image plus réaliste.Au bout de quelques moments, le spectateur ne voit plus que ces couleurs acides\u2026 Ces images rappelleront ces films ou ces photos anciennes dont les couleurs semblent de nos jours totalement irréalistes, voire psychédéliques.Elles montrent le réalisme en ar t comme une forme d\u2019illusion momentanée, prisonnière d\u2019un contexte historique.Le paysage à l\u2019entrée de la galerie, avec ses couleurs vives, en est un bon exemple.Il donne à voir un bord de mer avec des vagues se jetant sur des rochers et fait penser à ces photos de dépliants publicitaires des années 1960-1970 aux couleurs un peu trop bonbon, un peu trop kitsch, qui tentent d\u2019attirer le touriste\u2026 La peinture en lambeaux John Heward fut le premier artiste à être représenté par la galerie Roger Bellemare en 1971, et un des premiers à y être exposé.Plus de 46 ans plus tard, son travail est de nouveau présenté par son ga- leriste.Et Heward continue de mettre en déroute notre idée de ce qu\u2019est l\u2019art, la peinture, et à travers cela ce qu\u2019est une représentation.Une œuvre inclassable.Et cela est très bien ainsi.Dans la première salle, le visiteur remarquera entre autres trois grandes « installations » \u2014 untitled (abstraction) \u2014, des « bâches » principalement couvertes de peinture.Des serres industrielles achetées dans une quincaillerie retiennent ces morceaux de tissu accrochés ensemble.Certains de ces morceaux de canevas ou de rayonne, couver ts d\u2019acr ylique et d\u2019huile, ont été exposés aux éléments sur un toit et des moisissures se sont développées sur l\u2019un d\u2019entre eux.Heward réutilise des matériaux d\u2019autres œu- vres, les recycle.Ici, il a repris des matériaux de 1992.Ce faisant, il nous montre la nature matérielle, fragile de la peinture, et les traces que le temps laisse sur les œuvres.Et pas uniquement du point de vue matériel\u2026 Collaborateur Le Devoir L\u2019image en ruines Pascal Grandmaison et John Heward exposent la fatale matérialité des images Les démons de King Chez Stephen King, le jeu de la métaphore fonctionne à plusieurs niveaux.Les petites villes en proie à l\u2019implosion devenant la représentation d\u2019un monde prompt à s\u2019autodétruire, c\u2019est la vision macroscopique des choses.La vision microscopique, tout aussi fascinante, renvoie quant à elle à l\u2019intimité du créateur.De quelle manière ?ÇA, le monstre, peut aussi être vu comme la manifestation extérieure, c\u2019est-à-dire sur la page, des démons intérieurs qui tourmentent le romancier.Il faut savoir que King était un gros consommateur de cocaïne, de son propre aveu, entre 1979 et 1986, soit jusqu\u2019à la sortie de ÇA.Dans Hollywood\u2019s Stephen King, Tony Magistrale met en exergue la complaisance \u2014 certes involontaire \u2014 des adultes sous l\u2019emprise de la créature qui a élu domicile dans ses égouts : «Le roman détaille les interrelations entre la ville de Derry et le monstre identifié en tant que ÇA, une créature qui aide la municipalité à soutenir sa viabilité économique en échange de la volonté de Derry de permettre à ÇA de s\u2019en prendre à ses enfants.» Au faîte de sa consommation, King pondit les manuscrits à une vitesse effrénée et vit son succès se confirmer, puis exploser.Il était parfois tellement à côté de ses pompes qu\u2019il confie dans son essai Écriture : mémoires d\u2019un métier être incapable de se remémorer l\u2019écriture de Cujo, un de ses nombreux romans à succès.Mais voilà, le succès serait-il au rendez-vous même sans la coke ?King réussirait-il à écrire sans cette stimulante béquille ?En lui s\u2019opérait le même phénomène qu\u2019à Derry, en cela que King nourrissait lui-même le monstre qui le détruisait à petit feu sous prétexte de le soutenir dans sa réussite professionnelle.King explique dans le même ouvrage que son roman de 1987 Misery, dans lequel un romancier à succès est séquestré par son admiratrice numéro un, est autobiographique en cela que la geôlière représente la cocaïne.En racontant la lutte de son alter ego pour s\u2019en sortir, King relate, en sous-texte, le combat qu\u2019il mena, et remporta, contre sa dépendance.Autre exemple, plus ancien et lié à l\u2019autre dépendance de l\u2019écrivain, que celui de Shining, paru en 1977.On y est témoin de la descente dans une folie homicide d\u2019un écrivain alcoolique (comme King à l\u2019époque) alors qu\u2019il a la garde d\u2019un hôtel de montagne reculé, avec sa femme et leur fils.Dans l\u2019avant-propos de la réédition, Stephen King écrivit : «Les monstres existent, et les fantômes aussi.Ils vivent en nous, et parfois, ils gagnent.» Rarement dans ses romans, fort heureusement.VOIR PAGE E 6 : MAL SOURCE GALERIE RENÉ BLOUIN Pascal Grandmaison, Univers parallèle, 2017 KENZO TRIBOUILLARD AFP CULTURE> ÉCRANS L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 7 ON VOUS GARDE UNE PLACE ! LA GRANDE SOPHIE & DELPHINE DE VIGAN L\u2019UNE & L\u2019AUTRE 22 septembre ALEXANDRE DA COSTA STRADIVARIUS À L\u2019OPÉRA 2 décembre LES VIOLONS DU ROY ET MARIE-THÉRÈSE FORTIN HOMMAGE À BARBARA 19 octobre ANDREA LINDSAY ENTRE LE JAZZ ET LA JAVA 1er mars DANS L\u2019UNIVERS DE MARCEL PAGNOL DU THÉÂTRE AU CINÉMA 26 octobre au 5 novembre DANIEL LAVOIE MES LONGS VOYAGES 2 mars ADIB ALKHALIDEY INGÉNU 9 novembre SAISON 2017-2018 BILLETS ET INFOS theatreoutremont.ca 514 495-9944, poste 1 7 NOUVELLES EXPÉRIENCES MUSICALES BOTTLENECK JAY & KEPA \u2013 15 sept.MACKJOFFATT \u2013 29 sept.MOULETTES \u2013 7 oct.PONY GIRL \u2013 3 nov.D-TRAK \u2013 18 nov.CLAY AND FRIENDS \u2013 9 fév.ILAM \u2013 17 fév.ET PLUS ENCORE ! Et qu\u2019est-ce qui, en amont, fait vivre les fois et les croyances, sinon la peur?Le mal qui couve Pour mémoire, le théâtre de l\u2019action macabre de ÇA, Derry, est l\u2019une des trois villes de Nouvelle-Angleterre créées par Stephen King dans sa toponymie imaginaire du Maine, avec Castle Rock et Jerusalem\u2019s Lot, alias «Salem ».D\u2019ailleurs, comme dans le roman coif fé de ce titre, Salem, Ça met en scène une petite ville dont l\u2019existence est compromise par une créature malveillante \u2014 un concept décliné en maintes versions dans l\u2019œuvre de King au demeurant.Dans Salem, c\u2019est un vampire.Dans ÇA, c\u2019est un être polymorphe.Dans Bazaar , c\u2019est le Diable en personne, ou du moins l\u2019idée que l\u2019on s\u2019en fait, qui séduit puis détruit un à un les habitants de Castle Rock en autant de variations de Faust.Seulement voilà, la « créature malveillante » agit surtout comme un agent révélateur des turpitudes et infamies, petites et grandes, qui ont cours der rière les façades proprettes.De fait, le mal qui ronge ces lieux mythiques n\u2019est, au fond, que la manifestation de celui qui couve dans le cœur de ceux qui les habitent.Et les petites villes inventées par Stephen King de se muer en autant de métaphores d\u2019une Amérique dont l\u2019écrivain explore sans relâche le versant sombre.Échos contemporains Cette lecture est en l \u2019occurrence renforcée par les propos du romancier.En 2014, en entrevue à Rolling Stone, Stephen King confia : « Le mal est à l\u2019intérieur de nous.Plus je vieillis, moins je crois qu\u2019i l existe une sor te d\u2019influence extérieure démoniaque ; ça vient des gens.Et à moins que nous soyons capables de nous attaquer à cet enjeu, tôt ou tard, on va finir par se tuer.» Le Derry de ÇA a beaucoup en commun avec l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui, celle où fleurit la haine de l\u2019autre, fut-il gai, noir, trans ou immigrant\u2026 Une Amérique qui s\u2019autodé- truit.Une Amérique qui dévore ses enfants.Ce que le public, consciemment ou non, a d\u2019ores et déjà compris.Et c\u2019est sans doute dans le but de s\u2019offrir une nécessaire « catharsis » qu\u2019il ira af fronter ses peurs du moment au cinéma tandis qu\u2019au dehors, le clown maléfique continuera de sévir, en plein jour désormais puisqu\u2019on a voté pour lui.Autrefois tapi dans les ténèbres déliquescentes des égouts, il trône à présent dans le Bureau ovale.En 2017, ÇA s\u2019est trouvé un nouveau nom, un nouveau déguisement.Il est président.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 6 MAL 17.18 LA FONDATION ARTE MUSICA PRÉSENTE Présenté par Billets en vente maintenant SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 EXPO 67 - TERRE DES HOMMES VENDREDI 15 SEPTEMBRE, 19 h 30 LES VIOLONS DU ROY Andrei Feher, chef Quatuor Arthur-LeBlanc Œuvres de BEETHOVEN, ELGAR, Morton GOULD, Pierre MERCURE, Yannick PLAMONDON et Nino ROTA Célébrez le 50e anniversaire d\u2019Expo 67 avec le jeune chef montréalais Andrei Feher.MÉLODIES ROMANTIQUES VENDREDI 22 SEPTEMBRE, 18 h 30 Sarah Wegener, soprano Musiciens de l\u2019OSM Œuvres de BRAHMS, FAURÉ, MENDELSSOHN, SCHUMANN et WEBERN Un magni?que programme d\u2019œuvres romantiques et postromantiques.FESTIVAL QUARTIERS DANSES DIMANCHE 17 SEPTEMBRE, 14 h If Only for a Short Time Jane Mappin, danse et chorégraphies Daniel Firth, danse Œuvres de Arvo PÄRT, Erich KORY et Ludovico EINAUDI Musique et danse s\u2019unissent dans ce spectacle unique.Présenté dans le cadre du Festival Quartiers Danses CONCERT D\u2019OUVERTURE WARNER BROS.Une scène du film ÇA C H R I S T O P H E H U S S D ans sa série de documentaires 1001 vies, ICI Radio Canada Télé dif fuse samedi à 21 h un documentaire sur Claude Gingras, critique musical à La Presse pendant 63 ans.Plus qu\u2019une découverte d\u2019un métier en voie de disparition, le film Claude Gingras critique est avant tout une rencontre avec un personnage connu de peu de gens.En visionnant le documentaire Claude Gingras critique, réalisé par Christine Gautrin et Patrice Massenet, une réflexion viendra immédiatement à l\u2019esprit de ceux qui le connaissent bien : « C\u2019est lui, c\u2019est vraiment lui ! » Personnage discret et secret, Claude Gingras le reste quand il le veut : «Je suis étonné, avec la vie de débauche que j\u2019ai menée, d\u2019être encore en vie à 84 ans.Je ne me suis privé de rien, croyez- moi!» dit-il à la documentariste, avant de refermer ce chapitre.On n\u2019en saura pas plus.Par contre, quand Marie-Ni- cole Lemieux prend congé de lui, après leur première rencontre, à un événement-béné- fice, elle lui glisse dans l\u2019oreille «Vous êtes un grand sensible.» Voici donc le grand méchant loup démasqué : un sensible écorchant des sensibles.La balle n\u2019a pas été saisie au bond par les documentaristes, qui, au fond, décor tiquent assez peu le métier et ses exigences.La forte tête et la censure Le Devoir a voulu connaître les réactions du principal intéressé à ces 52 minutes autour de sa personne.«J\u2019y croyais plus ou moins», statue-t-il sur la légitimité du projet, tout en confessant n\u2019avoir plus eu de doutes une fois la chose sur les rails.Il regrette toutefois que « la dernière soirée au journal n\u2019ait pas trouvé une place plus importante dans le montage».Après avoir découvert dans le documentaire comment Claude Gingras avait choqué à sa première critique (on ne devait pas, à l\u2019époque, émettre de commentaires négatifs !), nous voulions savoir comment cette forte tête avait pu survivre à une époque totalement éludée dans le film : la période 1953- 1967, celle de la censure, inépuisable source de savoureuses anecdotes.« Monseigneur Chaumont lisait tous les journaux de Montréal et lorsque quelque chose déplaisait, il téléphonait à Mi- noune.Minoune était le surnom de la femme du propriétaire de l\u2019époque, monsieur Du- tremblay.Lorsqu\u2019elle avait été alertée par Mgr Chaumont, Mi- noune téléphonait à son seul contact à la salle de rédaction, un employé de ce qu\u2019on appelait \u201cla morgue\u201d, l\u2019endroit où on mettait les photos, un cer tain Ernest Paquin, vague assistant à bretelles dont elle avait connu la mère ou la tante, domestique chez elle.Parce que quelqu\u2019un avait employé le mot \u201cmaîtresse\u201d ou le mot \u201cdimanche\u201d, ce Paquin allait voir le chef de l\u2019information, Hervé Major, un type à visière, disciple de Charles Maurras, qui haïssait tout ce qui bougeait.En voyant Paquin dans les couloirs, tout le monde tombait de sa chaise : c\u2019était le règne de la peur ! » «Des gens comme ça, cela ne pourrait même plus exister », songe Claude Gingras.Dans la section Arts et spectacles, le mot « sensuel » était banni, certes, mais aussi le mot «dimanche».«Il fallait employer \u201chier\u201d, \u201cdemain\u201d ou \u201caprès-demain\u201d, car le dimanche, on allait à la messe, pas au spectacle ! » Claude Gingras a résisté : «J\u2019ai toujours lutté contre ça.J\u2019ai toujours été comme ça.Déjà enfant, quand ma mère m\u2019a mis pensionnaire dans ma propre ville sans m\u2019en parler.» À La Presse , le frondeur avait un cer tain pouvoir de choquer lorsqu\u2019il était responsable de la mise en page : « Il y avait aussi du danger pour les photos.Je m\u2019arrangeais pour prendre les plus audacieuses afin de les écœurer.Je m\u2019en sortais en disant qu\u2019il n\u2019y en avait pas d\u2019autres.Et le mot \u201cdimanche\u201d, je l\u2019utilisais.Au début, ils me le faisaient remarquer.Ensuite, plus tellement.Je ne me suis jamais occupé de leurs diktats.Une fois, à la veille du Vendredi saint, j\u2019avais écrit \u201cFilm comique demain au Loews\u201d.C\u2019était un fait, pas un commentaire.Je n\u2019ai pas eu d\u2019échos.» Minoune était peut- être à la messe ! Quand le boulet est-il passé le plus près de la tête de Claude Gingras?«Plusieurs fois, mais ce n\u2019était pas un bien gros boulet et je n\u2019ai jamais eu peur, car je suis un être chanceux.Si je racontais les chances que j\u2019ai prises dans ma vie, on ne me croirait pas.J\u2019ai toujours eu un ange au- dessus de ma tête.» Soudainement consensuel Si ce documentaire, à la bande sonore remarquablement conçue et mixée, attire l\u2019attention, c\u2019est parce que les témoins aussi privilégiés de 60 ans de la vie musicale d\u2019une métropole ne sont pas nombreux.De ce point de vue-là, Claude Gingras critique est plutôt réussi, avec des retours en arrière sur Callas et Pavarotti, mais trop peu d\u2019anecdotes sur la miraculeuse année d\u2019Expo 67.Il est aussi rare de voir un documentaire sur un critique musical et, même si le personnage est surprenant et attachant, c\u2019est à ce chapitre que Claude Gingras critique pèche, hélas, hors les remarques très sensées de Karina Gauvin sur la dilution des repères et des balises.Il manque un regard plus acéré sur le métier de critique et son évolution.Il y a aussi cet étrange «trop- plein » qui fait que l\u2019on se demande comment le personnage le plus controversé de la scène classique de la métropole est devenu d\u2019un coup un gourou aussi consensuel, certains témoignages, comme celui de Yannick Nézet-Séguin voyant en lui «le critique dans le monde [\u2026] dont jamais le fond de la pensée n\u2019était erroné», laissant carrément pantois.Pour éviter un excès hagiographique et cerner la réalité de l\u2019influence de Claude Gin- gras sur la vie musicale de la métropole, il aurait été intéressant, par exemple, de savoir si certains artistes ne se produisaient pas ou plus à Montréal par crainte de ses foudres.Il y a aussi, hélas, un manque de recul des documentaristes par rappor t aux opinions de leur sujet : « Pas facile pour Kent Nagano, le chef de l\u2019OSM, le plus grand orchestre mont- réalais, de faire face à un chef prestigieux comme Yannick Né- zet-Séguin et à l\u2019Orchestre Métropolitain, un orchestre montant », dit Christine Gautrin en voix hors champ.Euh ?Kent Nagano, à son arrivée en 2006, était une vedette mondiale alors que personne, hors du pays, ne connaissait le nom Nézet-Séguin et l\u2019existence d\u2019un autre orchestre à Montréal.On a connu des situations plus difficiles\u2026 En dépit de ces défauts «cosmétiques», Claude Gingras critique permet cependant de toucher du doigt, l\u2019espace de 52 minutes, l \u2019amour de cette « chose vaporeuse, inaccessible et grande » qu\u2019est la musique.C\u2019est rare et précieux.Le Devoir Claude Gingras, itinéraire d\u2019un frondeur chanceux Un documentaire raconte le métier de critique musical à travers sa figure la plus explosive ICI RADIO-CANADA TÉLÉ Claude Gingras en conversation avec Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, pendant le tournage. I l fut quelque chose comme le Jules Vernes de notre temps.Son œuvre prolifique anticiperait, entre autres, les animaux artificiels (comment s\u2019appelaient, déjà, ces petits poussins électroniques dont raffolaient les Japonais ?).Ce serait peut-être une solution pour le caribou forestier des environs de Val-d\u2019Or.Tu remplaces les bêtes vivantes par des contrefaçons cybernétiques plus vraies que nature et personne, du haut de son gros pick-up sur le chemin tout neuf, ne verra la dif fé- rence de toute façon.« Rien n\u2019aurait pu être plus impoli que de demander à quelqu\u2019un s\u2019il possédait un animal authentique.» (Les androïdes rêvent- ils de moutons électriques?) Cette œuvre anticiperait aussi, de façon plus générale, l\u2019actuelle postréalité et l\u2019inexorable convergence de l\u2019humain et de la machine.Sans compter que la consommation de drogues et de médicaments de l\u2019auteur et sa légendaire paranoïa le placent aux côtés d\u2019un Burroughs parmi les prophètes de cette société parano- normale, surinformée et sur- surveillée, dont a accouché la technologie.Si le monde de Blade Runner peut nous paraître aussi familier qu\u2019une image reconnaissable mais grotesque contemplée dans un miroir déformant, c\u2019est parce que notre civilisation a banalisé l\u2019étrangeté.Mais pour Philip K.Dick, prévoir l\u2019avenir pourrait bien ne pas avoir été la seule manière d\u2019être en avance sur son temps.Il le fut aussi dans la mesure où i l écrivait à une époque où le cloisonnement et la hiérarchisation des genres littéraires étaient toujours solidement en place, ce qui le condamnait à œuvrer dans une « paralittérature » considérée comme un sous-genre.Un créatif précaire Or, selon ses biographes, Dick n\u2019aurait jamais renoncé à écrire (et à l\u2019espoir de faire publier) des « romans-romans », de la littérature sérieuse, comme on ose encore parfois l\u2019appeler.Mais les éditeurs écartaient systématiquement les manuscrits qu\u2019il leur envoyait sous cette étiquette et continuaient de lui réclamer de cette SF qui lui rapportait des clopinettes.44 romans, 121 nouvelles, 14 recueils de nouvelles\u2026 et pour tant, il connut la précarité financière pendant la plus grande partie de sa carrière.La canonisation de Philip K.Dick dut donc attendre que le courant postmoderne (post- modernité : rejet de l\u2019héritage culturel et scientifique des Lumières et de l\u2019idée hégélienne de progrès historique ; se situe « pour ainsi dire dans un espace déterritorialisé» (Encyclopédie Universalis), que ce courant, bref, finisse d\u2019émerger et devienne, quelque part autour de la fin du millénaire précé- dent, la référence culturelle dominante.Aujourd\u2019hui, l\u2019œuvre de Dick n\u2019a plus grand-chose de marginal et il y a déjà plusieurs années que des auteurs à la mode comme Jean- Claude Carrère en France, Jonathan Le- them aux USA, ailleurs Vila-Matas et son ami Rodrigo Fresan, pour ne rien dire du chouchou postmoderne par excellence, Bolano, ont entrepris de la célébrer, ce qui les démarque efficacement des encombrants maîtres du passé, au point de friser par fois la posture intellectuelle.Pas sûr que les Mailer, Oates, Vidal et autres Updike qui occupaient le haut du pavé des lettres étasuniennes dans les années 1970, avec leurs esprits classiques formés aux humanités, auraient pu donner le même coup de chapeau à un écrivain aussi ouver tement dénué de style et de recherche, de réflexivité, d\u2019ingéniosité narrative et de préoccupations formelles sérieuses, pour ne rien dire de la quête lancinante du mot et de l\u2019expression justes, bref de toutes ces choses que la culture littéraire traditionnelle plaçait encore, et place toujours pour autant qu\u2019elle continue d\u2019exister, tout au sommet de son système de valeurs.En fait, il faudrait peut-être, pour qualifier cette posthume heure de gloire de Philip K.Dick, aller encore plus loin et parler d\u2019une post-postmoder- nité, dans laquelle la sous-cul- ture geek a définitivement supplanté la vieille culture d\u2019origine gréco-latine.Une œuvre au panthéon En 2007, l\u2019œuvre de Dick a été éditée par la Librar y of America, l\u2019équivalent américain de la Pléiade.Entre les années de paralittérature et cette entrée au panthéon, ce sont des cinéastes, et pas les moindres (Steven Spielberg, Ridley Scott\u2026), qui allaient, au-delà des cercles de fanas de la SF, assurer la postérité de l\u2019œuvre.J\u2019ai lu, dans une étrange biographie, aussi éclatée que mal foutue (en un mot : pétée), de Dick intitulée L\u2019homme qui changea le futur, que l\u2019écrivain, la première fois qu\u2019il a visionné un extrait de Blade Runner, a été « impressionné de voir à quel point le film était parvenu à retranscrire les images qu\u2019il avait en tête ».C\u2019est comme si mon cerveau projetait sa vision du monde sur mon écran de TV.Le roman s\u2019ouvre pourtant sur une scène qui nous emmène à des lieues des sombres décors de la mégapole posta- pocalyptique du film, dans un intérieur où règne une atmosphère presque douillette, avec son petit couple qui dort en pyjama, se dispute, écoute la télé\u2026 On a là un chasseur d\u2019androïdes très classe moyenne, qui réussit à transmettre une quasi-impression de normalité malgré la radioactivité à l\u2019extérieur, les espèces vivantes dévastées et les trois quarts de la population mondiale partis coloniser l\u2019espace.Le scénariste en a fait une espèce de loup solitaire, un ténébreux célibataire qui avale en vitesse ses nouilles chinoises dans une gargote à ciel ouvert du bazar multiculturel qu\u2019est devenue cette Amérique de 2019 où Los Angeles a des airs d\u2019un Shanghai mutant.Oui, je sais : 2019, ça fait sourire\u2026 jusqu\u2019à ce que nous traverse l\u2019idée que Trump a encore deux ans pour peser sur le piton.Fait intéressant, la production de Blade Runner demanda à Dick d\u2019écrire une novélisa- tion du scénario, de tirer, donc, un roman (!) du film adapté de son roman.On offrait de le rémunérer grassement pour cet exercice, mais à la condition que le nouveau machin (la mutation ?le produit dérivé ?) remplace désormais l\u2019œuvre originale.L\u2019écrivain refusa tout net.Il eut même l\u2019impolitesse de mourir quelques mois avant la sortie du film.BLADE RUNNER LES ANDROÏDES RÊVENT-ILS DE MOUTONS ÉLECTRIQUES ?Philip.K.Dick Traduit de l\u2019américain par Sébastien Guillot Éditions J\u2019ai lu Paris, 2012, 254 pages CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 S E P T E M B R E 2 0 1 7 E 8 C U L T U R E 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise ?La jeune fille ?sans mains L\u2019ornithologue Tous les jours 18 h de SÉBASTIEN LAUDENBACH Tous les jours 19 h 30 de JOÃO PEDRO RODRIGUES theatreoutremont.ca 514 495-9944, # 1 8,50 $ (FR) Le lundi 4 sept.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC JEAN-STAN DU PAC, ALIX VALLOT, CHARLES BERLING ET PASCAL ELBÉ.de Michel Boujenah LE CŒUR EN BRAILLE Durant tout l\u2019été, Le Devoir vous a invité à redécouvrir des œuvres littéraires condamnées à vivre dans l\u2019ombre de leur adaptation à l\u2019écran.Douzième et dernier chapitre de cette série: Le Blade Runner de\u2026 Philip K.Dick.DANS L\u2019OMBRE DES FILMS Les créateurs sérieux rêvent-ils de Philip K.Dick ?LOUIS HAMELIN WARNER BROS.Harrison Ford est Rick Deckard, un policier qui a pour mission de traquer les réplicants illégaux.PATTI CAKE$ ?1/2 Drame de Geremy Jasper avec Danielle Macdonald, Bridget Everett, Siddharth Dhananjay.États-Unis, 2017, 107 minutes.C A R O L I N E M O N T P E T I T L e rêve de faire carrière sur scène traverse les classes et les générations.Patricia Dombrowksi, alias Patti Cake$ (Danielle Macdonald), brûle quant à elle de quitter Bergen County, dans son New Jersey natal, où elle occupe un boulot de serveuse dans un bar où sa mère alcoolique (Bridget Everett) chante à l\u2019occasion.Rap- peuse qui dévoile son talent au cours d\u2019une rixe de rue, blanche, femme et obèse, elle doit aussi se battre contre les préjugés qui entourent sa condition.On assiste même à une scène de racisme à l\u2019envers, lorsque Patti se fait traiter de Blanche et de «vautour de culture » par son chanteur idole, un richissime rappeur du nom de Oz, chez qui elle travaille comme\u2026 serveuse.Reste qu\u2019avec son ami Jheri (Siddhar th Dhananjay), qui travaille dans une pharmacie, Basterd (Mamoudou Athie), un musicien qui a élu domicile dans une cambuse près du cimetière, et sa grand-mère Nana (Cathy Moriar ty), qui est en fauteuil roulant, le groupe de Patti Cake$ est original et sympathique, et l\u2019affection qui les lie les aidera à surmonter les épreuves.Patti Cake$, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, est le premier film de Geremy Jasper, grand amateur de hip-hop, qui en a aussi écrit les textes et coconçu la bande- son.Cette proximité de Jasper avec l\u2019univers du hip-hop n\u2019est sûrement pas étrangère au réalisme de l\u2019ensemble du scénario, où c\u2019est grâce au bagout que l\u2019on fait son chemin.Feel good movie sur la traversée de l\u2019adolescence vers l\u2019âge adulte, il dépeint un milieu pauvre américain où chaque ennui de santé représente un défi financier inquiétant.Patti Cake$ est donc un film qui se regarde avec plaisir, même si les ficelles de l\u2019intrigue, nouée à grands coups de bons sentiments, se dénouent peut-être un peu trop facilement et de façon un peu prévisible.Danielle Macdonald est très convaincante en rappeuse obèse, à la fois battante et vulnérable.La comédienne a dû suivre des cours de rap et travailler assidûment pour apprendre l\u2019accent du New Jersey.Les cinéphiles qui verront la version originale anglaise du film auront d\u2019ailleurs peut-être du mal à en suivre le détail des paroles à cause de l\u2019accent, notamment lors des envolées de rap.Aucune version doublée n\u2019en a d\u2019ailleurs été produite.Et c\u2019est tant mieux.Le Devoir Le La La Land des pauvres Danielle Macdonald se transforme en rappeuse du New Jersey dans Patti Cake$ BRIGSBY BEAR ?Comédie dramatique de Dave McCary.Avec Kyle Mooney, Greg Kinnear, Jorge Lendeborg Jr., Mark Hamill.États-Unis, 2017, 100 minutes.A N D R É L A V O I E A vec ses personnages aux couleurs vives, un soleil éblouissant rappelant celui qui illumine les Télétubbies et une morale dépouillée de toute forme de subtilité, on pourrait croire que l\u2019émission Brigsby Bear a fait les beaux jours des enfants du siècle passé, rivés devant PBS ou Télé-Québec.Même le ruban magnétosco- pique quelque peu abîmé des vidéocassettes témoigne de la passion ardente de son plus fidèle téléspectateur.Or, James (Kyle Mooney, un profil atypique impossible à oublier), 25 ans, brillant et immature, ignore qu\u2019il est le seul à connaître, et à aimer, cette émission faite sur mesure pour lui.Fabriquée en secret par son père (Mark Hamill, qui s\u2019y connaît en matière de dévotion névrotique), cette télé édifiante quelque peu débilitante semble la seule chose à laquelle le jeune homme s\u2019accroche, isolé dans un bunker avec ses parents depuis sa naissance.Voilà la prémisse amusante, mais pas nécessairement très originale \u2014 on songe autant à Be Kind Rewind, pour le côté bricolage, qu\u2019à Blast From the Past, pour l\u2019aspect survivaliste \u2014, de Brigsby Bear, le premier film de Dave McCary, un artisan de Saturday Night Live, tout comme Kyle Mooney, tandem déterminé à transposer sa folie créatrice au cinéma.Et il y parvient souvent dans cette comédie douce-amère qui bascule d\u2019une réalité souterraine au monde extérieur.Car l\u2019arrivée brutale des autorités policières dans cet espace clos va révéler le subterfuge et bouleverser la vie de James, que l\u2019on tenait en quelque sorte en captivité.Sa rencontre avec sa véritable famille, et tout ce qui gravite autour, là où sa série favorite n\u2019est connue de personne, sera un choc brutal, d\u2019autant plus que James ressemble le plus souvent à un extraterrestre.C\u2019est alors que la nécessité de la création entre en scène, illustrée de façon poétique et comique, soulignant aussi son caractère thérapeutique.James apprendra rapidement les techniques cinématographiques pour recréer cet univers rassurant, appuyé par un ami cinéphile, lui qui comprend avant les autres la passion qui l\u2019anime, contrairement à ses parents et à une psychologue psychorigide (Claire Danes, qui se croit un peu dans Homeland).À l\u2019image de cette émission à la fois inventée de toutes pièces et si caractéristique de la galaxie Passe-Partout, ce récit d\u2019apprentissage surligne parfois ses intentions, traînant à l\u2019occasion en longueur, mais n\u2019est jamais en manque de situations cocasses et de scènes arrache-cœur.Dans ce monde de pure fantaisie et de banalité banlieusarde, où les enquêteurs de police défient sans gêne leur code de déontologie (touchant Greg Kinnear), et où les marginaux finissent par être acceptés par la majorité, Brigsby Bear fait l\u2019apologie de l \u2019enfance\u2026 tout en montrant le chemin pour en sortir.Dans le cas de James, c\u2019est au prix d\u2019efforts douloureux, de renoncements déchirants, mais le plus souvent avec le sourire des esprits candides.L\u2019Amérique en a bien besoin.Collaborateur Le Devoir À chacun son Passe-Partout Une émission devient une bouée de sauvetage pour revenir à la réalité 20TH CENTURY FOX Danielle Macdonald dans le rôle de Patti Cake$ MÉTROPOLE FILMS Kyle Mooney et Mark Hamill dans une scène de Brigsby Bear "]
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